‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 538 sur 1059 · SONT SORTIS · texte numérisé non relu

SONT SORTIS

— Véner. Sortir du fort, Quitter son gîta ou sa tanière.

— Mar. Sortir de l'eau. Apparaître à l'horizon, en ayant l'air d'émerger de la mer, par l'effet de la convexité de la terre.

— Typogr. Faire sortir une ligne, La terminer dans la marge, quand elle est trop longue pour être contenue dans la justifl cation. Il Sortir de feuille, Empiéter d'une feuille sur l'autre.

— v. a. ou tr. Porter hors, porter dehors : Il est temps de sortir les orangers de la serre. Sortez ce cheval de l'écurie. Sortez la voiture de la remise. Il faut sortir les enfants le plus souvent qu'on peut.

— Pousser hors : La folie a cela de commun avec le crime, qu'elle nous sort violemment de l'humanité. (Vinet.) Il Tirer, faire sortir : li faut sortir la France de sa léthargie bureaucratique, (li. de Gir.) Il Délivrer, débarrasser, affranchir : Vous hi'avez sorti de peine.

— Jeux. Sortir les dames, Tirer les dames hors du tritrac.

— Loc. prép. Au sortir de, Tout en sortant; au temps, au moment où l'on sort de : Au sortir de cette maison. Je l'attendis au sortir du conseil, au sortir du lit, de ta table, de table. Au sortir du collège, ses parents l'engagèrent à s'attacher aux affaires. (Bailly.) au sortir de son bureau, il traversait la grande place, non sans jeter un regard sur le marché à la marée. (H, Berthoud.) On encloitrait autrefois d'innocentes créatures presque au sortir du berceau. (Chateaub.)

On bavarde, on écrit, mais se corrige-t-on? lie villageois s'enivre au sortir du sermon.

Anorieux.

11 A l'issue, à la fin de : Les écureuils muent au sortir de l'hiver. (Buff.)

Dans les temps orageux de mon n.-îissant empire. Au sortir du baptême on courait au martyre.

Uoileau.

— Gramm. Comme verbe neutre ou intransitif, sortir se conjugue le plus souvent avec l'auxiliaire être, parce que c'est presque toujours la situation, l'état que l'on veut exprimer. Mais quand on veut simplement énoncer le fait, on emploie l'auxiliaire avoir ; Il a sorti, mais il vient de rentrer. (Acad.)

— AlluS. littér. El «i voua n'en aortes, voua

en devez lonir, Vers de Boileau dans sa satire V (Sur la noblesse). Le poète trace les caractères de la véritable noblesse :

Respectez-vous les loiB , fuyez-vous l'injustice, Savez-vous pour la gloire oublier le repos Et dormir en plein champ le harnois sur le dos ; Je vous connais pour noble à ces illustres marques Alors soyez issu des plus fameux monarques, Venez de mille aïeux , et, si ce n'est assez. Feuilletez & loisir tous les siècles passés ; Voyez de quel guerrier il vous plaît de descendre: Choisissez de César, d'Achille ou d'Alexandre; En vain un faux censeur voudrait vous démentir. Et si vous nV» sortes, vous en dettes sortir.

L'application de ce vers est le plus souvent plaisante :

a Si maître Jean a des aïeux, s'il descend de quelqu'un, c'est de ce bon président, Ut si vous 7Ïen sortez, vous devez en sortir, maître Jean Broë. »

P.-L. Courier.

SORTIR v. a, ou tr, (sor-tir — du lat, sortiri, même sens. Je sortis, tu sortis, il sortit, nous sortissons, vous sortissez, ils sortissent ; je sortissais, nous sortissions ; que je sortisse, que nous sortissions au prés, et à l'imp.; sotiissant. Les autres temps se conjuguent comme ceux du verbe précédent). Obtenir, avoir en partage, il Vieux mot.

— Ane. pratiq. Sortir nature de propre, Etre considéré et partagé comme bien propre.

— Comm. Assortir, mettre par sorte : Sortir des marchandises.

SORUBIM s. m. (so-ru-bimm). Ichthyol.

Genre de poissons, de la famille des siluroïdes, qui habite le Brésil.

SOS, bourg d'Espagne, province de>Saragosse, ch.-i. de la juridiction de son nom, à

12 kilom. S.-E. de Sanguesa; 3,000 hab. Ce bourg, situé sur une montagne, est entouré de vieilles murailles, percées de sept portas, et défendu par un château fort, où naquit, en U58, Ferdinand le Catholique, dont le père, Jean II , anoblit pour ce motif tous les habitants du bourg.

SOSIE s. m. (so-zl — n. pr.). Personne qui a une parfaite ressemblance avec une autre ; par aliusion au Sosie de ['Amphitryon de Piaule et de l'Amphitryon de Muliei e, qui rencontre dans Mercure un autre Sosie, un autre lui-même.

— Eucycl. V. l'article ci-après.

SOSIE, Personnage de l'Amphitryon, co médie de Molière. Dans cette pièce, Jupiter a pris les traits d'Amphitryon absent, époux d'Alcmène, et s'esi fan accompagner de Mercure, qui, lui-même, a revêtu la ligure du valet Sosie, envoyé par son maître auprès d'Alcmène. Rien n'égale l'étonné-

SOSI

ment et le chagrin du pauvre Sosie en voyant un autre lui-même qui lui interdit sa porte et lui prouve a coups de bâton qu'il ne doit point s'appeler Sosie ; il en vient bientôt à douter de sa propre personnalité en entendant l'autre qui connaît aussi bien que luimême ses propres secrets :

11 a raison. A moins d'être Sosie,

On ne peut pas savoir tout ce qu'il dit.

Cette double confusion, tragi-comique entre Jupiter et Amphitryon, étourdissante de verve et de gaieté entre Mercure et le pauvre Sosie, continue jusqu'au moment où il plaît au dieu de mettre fin k ce quiproquo en se faisant connaître.

Depuis, par allusion à ce rôle, on dit d'une personne offrant une parfaite ressemblance avec une autre : C'est son Sosie. Nous allons en donner quelques exemples:

• Mais que était ceci, se dit en lui-même ■ l'Anglais splénétique? Une lady qui ouvrir » beaucoup la bouche et qui semblait dans » oune grand ossommement! Ce ouverture de » bouche il allait au cœur de moâ. «

» En effet, c'était inouï, une femme qui bâillait au bal. Milord interrompit sa promenade silencieuse. Il était comme fasciné par cette femme qui s'ennuyait. Il avait donc trouvé son Sosie, lui dont la vie n'était qu'un long bâillement. »

Adèle Esqciros.

« Il traversa sans accident les temps les plus terribles de la Révolution; mais il fut conscrit à son tour, acheta un homme qui alla bravement se faire tuer pour lui , et, bien muni de l'extrait mortuaire de son Sosie, Se trouva convenablement placé pour célébrer nos triomphes ou déplorer nos revers. »

BRILLAT-SaVAKIN.

« A la Bourse, il n'y a que deux physionomies qui vessortent, deux caractères qui se font jour et tranchent : l'un, monotone, pâle, officiel et réglé, c'est l'agent de change; l'autre, physionomie pleine de mouvement, avisée, audacieuse, c'est celle du courtier marron. Le courtier marron est tout un drame, et ce Sosie de l'agent de change mériterait un article pour lui tout seul. »

Philippe Bosoni.

« Que le poète se garde surtout de copier qui que ce soit, pas plus Shakspeare que Molière, pas plus Schiller que Corneille. Si le vrai talent pouvait abdiquer à ce point sa propre nature et laisser ainsi de côté son originalité personnelle pour se transformer en autrui, il perdrait tout à jouer ce rôle de Sosie. C'est le dieu qui se fait valet. »

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