‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 543 sur 1059 · SOTI · texte numérisé non relu

SOTI

a la faiblesse d'écouter son pernicieux conseiller et s'endort. Abus court alors à différents arbres et frappe ; à ce signal, on voit sortir Sot dissolu, habillé en homme d'Eglise; Sot glorieux, habillé en gendarme ; Sot fripon, avec une robe de procureur. Chacun de ces honorables personnages débite une phrase qui le caractérise :

Allons ! des cartes à foison,

Vin clair et toute gourmandise !

s'écrie Sot dissolu. — Et le gendarme : • A l'assautl à l'assaut! à cheval!

Sus en point, en armes!

Je ferai pleurer maintes larmes

A ces gros vilains du village. • Le dénoûment est simple et tout primitif: ce cortège d'Abus se met à tondre et dépouiller le Vieux monde endormi. Après quoi, ii en crée un nouveau, lequel va encore plus mal et tombe dans l'abîme. Ainsi finit cette sotie. Nous ferons remarquer l'audace de ce genre de pièce, qui s'attaquait ouvertement à l'Eglise et à l'armée, ces deux pouvoirs si puissants, et qui ne craignait pas' de les mar- ■quer d'un stigmate indélébile. Les Enfants sans souci eurent plus d'une persécution à subir; mais leur théâtre, souvent fermé, rouvrait toujours. La sotie n'épargnait rien. Nous venons de voir ce qu'elle osait contre le clergé et l'armée ; voici comment elle traite la noblesse et le roi :

Libéralité interdite

Est aux nobles par avarice;

Le chef même y est propice.

Le roi Louis XII, qui régnait alors, loin de se fâcher de cette critique un peu vive, eut une réponse excellente: «J'aime mieux les faire rire par mon avarice que pleurer de mes dépenses. » 11 ajouta même : a La basoche est bonne, car elle m'apprend beaucoup de choses que d'habitude les rois ignorent, et m'avertit d'abus que sans elle jamaisje ne connaîtrais. » Tous les intérêts du temps, toutes les conditions du siècle étaient saisis, personnifiés et impitoyablement traînés à la scène par les Enfants sans souci, C'était tantôt dame Pragmatique aux prises avec le légat; tantôt Peuple italique, déplorant le gouvernement de Mère sotte, déguisée en robe d'Eglise. La libre critique du théâtre n'a jamais été plus loin. Mais la sotie ne survécut guère à Louis XII ; à ce roi économe et rigide succéda le brillant et ruineux François 1er; l'amant de la duchesse d'Ecampes n'avait pas pour la vérité l'amour de son ancêtre ; ce protecteur des lettres, comme le fait judicieusement remarquer un grand écrivain moderne, « qui avait eu forte tentation do détruire l'imprimerie, ne tolérait pas les soties, dont la liberté aurait pu lui dire bien des choses sur l'imprudence de ses guerres et le luxe de ses fêtes. » François 1er établit la censure théâtrale; cette honorable institution, qui bâillonne encore de nos jours plus d'une œuvre vigoureuse et excellente, n'est pas, comme on le voit, née d'hier; les farces et les soties^ fuient proscrites. Bientôt, d'ailleurs, le goût public devait les délaisser pour la tragédie et la comédie, qui commençaient à poindre.

La sotie était rarement représentée toute seule. Dans les recueils dramatiques du xvc et du xvie siècle, on la rencontre toujours associée à une farce et à une moralité, avec lesquelles elle forme une sorte de trilogie, imitation barbare de la trilogie grecque. Le tout était précédé d'un cri" ou prologue et portait le nom de jeu, c'est-à-dire de représentation. C'est sous cette forme et comme faisant partie d'un tel ensemble que l'on rencontre un certain nombre de soties de P. Gringoire; nous avons rendu compte de l'une de ces trilogies (v. jeu du pkinck des sots). Murot, qui appartenait à l'association des Enfants sans-souci, composa pour leurs représentations quelques cris ou prologues. On trouve dans ses œuvres un Cri du jeu de l'empire d'Orléans, qui a semblé énigmatique à tous les commentateurs, même au bibliophile Jacob. Il suffit de savoir, pour le comprendre, que la basoche d'Orléans prenait le nom d'empire d'Orléans, même dans les actes juridiques. La pièce de vers de Marot est tout simplement le prologue d'une représentation donnée par la basoche de cette ville. Cette représentation, dont il ne reste que le prologue, se composait vraisemblablement comme toutes les autres d'un cri , d'une moralité , d'une sotie et d'une farce.

SOT1N DE LA COINDIERE (Pierre- Jean -

Marie), diplomate français, né à Nantes en 1764, mort à La Chevrolière en 1810. Il se destina d'abord au droit, puis il se fit courtier. I! embrassa les principes de la Révolution et fut nommé, en 1790, membre du directoire du -district de Nantes et, en 1792, l'un des administrateurs du département de la Loire-Inférieure. Arrêté et envoyé à Paris avec cent trente et un autres Nantais, il fut, après le 9 thermidor, jugé et acquitté avec eux par le tribunal révolutionnaire. Sotiu fut nommé ensuite commissaire central auprès du département de la Seine, puis, à la fin de juillet 1797, ministre de la police. Il fut obligé de donner sa démission eu 1798 et fut ensuite nommé successivement ambassadeur de France à Gênes et k New-York, puis enfin consul à Savannah. Le manque de tact et de discernement lui lit perdre successivement toutes ces positions. De retour à Nantes en

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