‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 559 sur 1059 · tome X, page · texte numérisé non relu

tome X, page

SOUFFLET s. m. (sou-flè — du verbe souffler. Ce mot désigne un instrument servant à souffler et des objets en ayant la forme ; il .signifie aussi coup du plat de la main sur la joue ; l'ancien français babequin signifiait également à la fois soufflet pour allumer le feu et coup donné sur la joue avec le plat de la main. De même, en provençal bouffet désigne un suufflet pour allumer le feu, et le vieux français bu/fe, buffet, espagnol bofetada signifie un soufflet donné sur la joue. *Voici quelle est l'origine de cette singulière transition de sens. Au moyen âge, les jongleurs , les bouffons enflaient leurs joues comme un soufflet plein d'air au moment où on les souffletait pour l'amusement du public, afin que le coup fit plus de bruit et moins de mal ; de là le nom que l'on donnait à ce coup. Les enfants s'amusent encore à faire entre eux ce que faisaient les histrions). Instrument servant à souffler, a donner du vent : Soufflet d'appartement. Soufflet de cuisine. Soufflet de forge. Donner tin coup de soufflet. C'est un vieux soufflet qui n'a plus d'âme. L'air sort de l'extrémité d'une trombe comme du tuyau d'un soufflet. (Buff.) S'ils avaient besoin de souffler leur feu, ils se faisaient un soufflet avec un journal. (Baudelaire.)

Des soufflets haletants le vent chassé ruffit.

Dei.ii.lc.

Et le soufflet mouvant

Tour à tour emprisonne et déchaîne le vent.

Dui.auu.

— Dessus de calèche, de cabriolet qui se replie en manière de soufflet : Lever, abaisser le soufflet, il Par ext. S'est dit d'une petite calèche à soufflet : 5e promener dans un soufflet.

— Loc. prov. Cela ne vaut pas un clou à soufflet, Cela n'est d'aucune utilité, d'aucun usage.

— Techn. Soufflet à deux vents, à double vent, Soufflet à deux âmes, Soufflet dont une [lartie aspire l'air pendant que l'autre le chasse, en sorte qu'il souffle sans interruption, n Machine soufflante employée dans les hauts fourneaux et autres usines où l'on travaille le fer.

— Iclithyol. Nom vulgaire d'un poisson du genre chelmon, appelé aussi bécasse, et d'un chétodon.

— Encycl. Linguist. L'étymologie immédiate de ce mot est si apparente, qu'il est à peine nécessaire de l'indiquer. L'étude des différents noms que porte cet instrument dans les différentes langues indo-européennes est très-intéressante et conduit à des résultats curieux. M. Pictet, qui s'en est occupé, dit sur ce sujet : La nécessité de produire un calorique intense, soit pour fondre les métaux, soit pour ramollir le fer, a dû conduire de bonne heure à l'invention du soufflet, et on le trouve en usage de temps immémorial chez les peuples les plus divers. Toutefois, ses noms aryens ne donnent lieu qu'à un petit nombre de comparaisons , parce qu'ici , comme en général pour les objets dont le rôle est bien caractérisé , les langues ont remplacé incessamment les termes anciens

fiar des mots clairement significatifs, comme e grec zdpuron, qui vivifie le feu, l'allemand blascbalq, sac à souffler, le kymrique chwythbren, bois à vent, notre soufflet, etc. Ces quelques remarques une fois faites, commençons avec M. Pictet par examiner le premier groupe étymologique des noms du soufflet, celui que le sanscrit nous offre sous la forme bliastrâ, soufflet. A ce mot se rattache directement le grec phusêier, phzesa, de phusad, souffler. Ces deux termes semblent dérivés d'une racine commune, formée proba-.

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blement par onomatopée, bhas, bkus ou bfo's. La famille germanique a dérivé également beaucoup de mots de ce thème; ainsi le Scandinave basa, suffoquer, souffler, l'allemand bisa et pisa, souffle du nord, d'où le mot fiançais bise. L'anglo-saxon bosum , bosm, l'allemand ancien bâsam , et l'allemand moderne busen, la poitrine, considérée comme organe de respiration , appartiennent au même groupe étymologique. M. Pictet y rapporte encore l'ancien allemand bâsi, vain, inanis , vide , formé comme le latin vanus d'une racine va, souffler.

Un autre groupe étymologique nous montre clairement les origines du soufflet et prouve que primitivement c'était une outre gonflée, d'où l'on faisait sortir l'air par la pression. Ainsi le mot persan mâsah, soufflet de forge, les mots mâs et âmâs, enflure, gonflement, tumeur, doivent évidemment être rapprochés du sanscrit ma-çaka, outre de cuir pour mettre de l'eau. Les langues slaves ont dérivé de cette même racine une double série de mots qui ont à la fois le sens d'outre et de soufflet, et qui justifient ainsi complètement l'ingénieuse hypothèse de M. Pictet. Les langues celtiques viennent encore la confirmer.

Pour d'autres détails philologiques , v. le

mot BOUFFÉE.

— Techn. Le soufflet est un appareil employé, dans les usages domestiques et dans l'industrie, pour utiliser la compression de l'air à l'allumage du feu en produisant un courant d'air forcé. Il se compose de deux surfaces s'écartant et se rapprochant, réunies par des cuirs; les soufflets sont triangulaires, cylindriques ou composés de caisses s'éloigmint ou se rapprochant. L'une des surfaces est munie d'une soupape par le jeu de laquelle l'air se trouve emprisonné, pour être ensuite comprimé et chassé par les mouvements des plateaux et des caisses. Pour augmenter la vitesse de sortie de l'air et l'utiliser en filet mince, on munit l'extrémité du soufflet d'une petite tuyère, qui permet de diriger le vent où cela est nécessaire. Le soufflet employé dans les usages domestiques pour allumer le feu des fo-urneaux de cuisine et des cheminées «l'appartement se manœuvre à la main à l'aide de poignées découpées dans les plateaux en bois. Ce mode de transmission de mouvement serait trop faible pour les soufflets de forge, tels que ceux que l'on voit dans les ateliers de Serrurerie et de maréchalerie, qui doivent débiter une quantité d'air assez considérable. La dimension qu'on leur donne force à avoir recours à un système de levier articulé que le chauffeur ou l'aide forgeron met en mouvement à l'aide d'une chaîne sur laquelle il se cofttente de produire un effet de traction. Le soufflet, fixé au plafond audessus du manteau de la forge, a son plateau supérieur fixe, tandis que 1 autre, inférieur, monte sous l'action de la chaîne et descend , par son propre poids, ou par un poids supplé- ■ mentaire ; l'air s'échappe par la tuyère, qui ' se rend sous la grille du foyer de la forge ou , à son niveau inférieur. Le soufflet est remplacé aujourd'hui avec avantage par les ventilateurs , les machines soufflantes, les cagniardelles et les tympans ; la facilité ayec laquelle ces diverse^ machines peuvent être mises en mouvement par les machines à vapeur ou hydrauliques les ont fait adopter dans tous les ateliers de construction ainsi que dans les usines. Le soufflet trouve encore une grande application dans les forges portatives, si utiles sur les chantiers ; il en existe divers modèles. Comme il serait trop long de les énumérer tous, nous nous contenterons de décrire celui de M. Enfer, qui présente des particularités remarquables. Les soufflets établis par ce constructeur sont cylindriques, à piston, sans frottement et à double ou à simple vent. Leur enveloppe extérieure, en tôle ou en bois, se démonte avec une grande facilité et sans aucune combinaison ; leurs cuirs sont renfermés et se trouvent ainsi à l'abri de la poussière et de toutes les avaries qui nuisent aux soufflets de l'ancien système, dit en forme de poire. De plus, quoique occupant moitié moins de place que ces derniers, ils chauffent le 1er et l'amènent au rouge beaucoup plus vite. Les soufflets ont une ou deux capacités cylindriques. Quand ils ont une seule capacité, celleci, qui renferme le mécanisme, est divisée en deux compartiments séparés par une cloison sur laquelle est fixé un piston en cuivre à double effet. Le compartiment inférieur forme réservoir. Le piston est garni intérieurement de fils de fer qui maintiennent dans leurs saillies les plis successifs dont il se compose ; il est mobile et muni intérieurement d'un ressort qui sert à régulariser et à modérer la pression. Lorsqu'on appuie sur le levier qui le commande, il est soulevé et l'air pénètre dans son intérieur par une soupape qui prend son aspiration à l'extérieur du cylindre, tandis que l'air compris entre sa surface extérieure et la surface intérieure du cylindre pénètre dans le réservoir par une deuxième soupape rixée sur la cloison intermédiaire. Lorsque le levier est au contraire soulevé, l'air pénètre entre l'intérieur du cylindre et l'extérieur du piston par une soupape tixée sur le plateau supérieur, et l'air compris a l'intérieur du piston pénètre dans le réservoir par une soupape fixée sur la cloison. Ainsi, à chaque mouvement ascensionnel ou de descente, le piston aspire et refoule en

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J même temps l'air qui s'échappe alternativement par les deux soupapes de la cloison; il en résulte pour la soufflerie un jet continu qu'on régularise d'ailleurs par l'action d'un ressort placé à l'intérieur du réservoir. L'avantage de ce système est de n'employer que peu de cuir et de n'exiger qu'un seul piston pour former double vent, puisque l'intérieur du cuir-piston forme un soufflet et que son extérieur forme l'autre soufflet avec l'extérieur de l'enveloppe métallique. La disposition de ces soufflets permet d'obtenir une pression plus forte que celle produite par les anciens systèmes. Les soufflets à deux capacités cylindriques diffèrent des précédents en ce que l'une des capacités contient le cuirpiston et l'autre, qui est à côté, forme réservoir; ce système de construction permet de fixer les soufflets dans des emplacements peu élevés et, pour certaines forges, de tenir le foyer aussi bas que possible, ce qui facilite le travail des pièces lourdes. Outre les soufflets établis à l'usage des serruriers, des mécaniciens, des maréchaux, des charrons, des carrossiers, des bijoutiers, des orfèvres, des appareilleurs à gaz, des émailleurs, etc., on en fait encore pour la carbonisation du bois, système Lapparent, et pour le flambage des cannes; ces appareils, généralement à basse pression, se construisent encore à haute pression pour les fortes températures de gaz, l'essai des conduites à gaz, l'agitation des liquides, pour souder et fondre les métaux. On établit aussi des soufflets à. quatre vents pour les fondeurs de fer, de cuivre et les hauts fourneaux, ainsi que des soufflets aspirants et foulants pour le séchage, et enfin des soufflets pour la soudure au chalumeau à, gaz.

Le soufflet cylindrique à double effet est encore employé comme régulateur du mouvement des machines. Cet appareil, dans lequel on utilise l'élasticité de l'air, est dû à M. Molinié et est connu sous le nom de régulateur Molinié. Il se compose d'un soufflet cylindrique à double effet, chargé, à sa partie supérieure, d'un poids tel que ie plateau supérieur s'élève sous l'influence de 1 air qui s'accumule dans le réservoir supérieur du cylindre enveloppe. Le soufflet est divisé en deux capacités par un plateau mis en mouvement par une bielle mue par la machine qu'il s'agit de régler, et la partie inférieure à ce plateau forme ainsi le soufflet proprement dit à double effet avec l'enveloppe de l'appareil ; lorsqu'il fonctionne, l'air est chassé dans lu capacité supérieure à travers deux soupapes, dont l'une est placée à l'extrémité d'un tuyau élastique, et la face supérieure de cette capacité s'élève si l'air ne sort pas avec une vitesse suffisante par un orifice supérieur. En faisant varier cet orifice, on obtient une position déterminée, pour une vitesse donnée de la machine, du plateau supérieur, et par suite de la tige qui fait corps avec lui et qui agit sur la vanne à régler. Par suite , la vitesse de la machine ne peut varier sans que la position d'équilibre change et que le régulateur agisse aussitôt pour ramener les pièces a la position normale V. machines soufflantes, (tome X, page 865).

SOUFFLET s. m. (sou-flè. — Pour l'étymol., v. le mot précédent). Coup du plat ou du revers de la main sur la joue : Donner, recevoir un soufflet. Je lui appliquai un bon soufflet. Un démenti vaut un soufflet, et un soufflet un coup d'épée. Il me donna un soufflet ; mais je tut dis bien son fait. (Mol.) Je t'appliquerai sur lu joue le plus grand soufflet gui se soit jamais donné. (Mol.) Jai reçu un soufflet gui m'a fait voir vingt chandelles. (Le Sage.) Le magicien le retint et le gronda fort, en lui donnant un soufflet ai fortement appliqué, qu'il le jeta par terre. (Galland.) Ht un homme nous donnait un soufflet, nous ne tendrions pas l'autre joue. (Chateaub.) Si l'on vous donne un soufflet, rendez-en quatre, n'importe la joue. (Chateaub.) Il lui administra à l'improoiste une grêle de soufflets'. (G. Sand.) Un soufflet l il faut du sang pour laver une pareille insulte ; ainsi le veulent les lois du inonde et de l'honneur. (L. Enault.)

Monsieur, tâtez plutôt :

Le soufflet sur ma joue est encore tout chaud.

Racine.

Compte sur cent soufflets.

Si sur un pareil ton tu me parles jamais.

Destouches.

Un soufflet! sur mon front ce seul mol prononcé Fait monter tout le sang que l'Etat m'a laissé. ! C. Delavigne. i

— Fig. Affront, mortification : Il a reçu là un rude soufflet. On l'a frustré de ta place qu'on lui avait promise; voilà un vilain soufflet. (Acad.) |

0 Mahomet! quel soufflet sur ta joue!

Du fier turban la tiare se joue.

Parnï.

— Loc. fam. Donner unsoufflet à quelqu'un sur la joue d'un autre, Faire à l'un des reproches qui retombent sur l'autre : Il veut donner des soufflets à Locke sur ma joue.

(Volt.) il Donner un soufflet à Vauyelas, Faire une faute grossière contre la langue française. Il On a dit autrefois, dans* le même sens, Donner un soufflet à Ronsard. Il Donner un soufflet au bon droit, à la raison, au bon sens, etc., Faire, dire une chose contraire au bon droit, à la raison, au bon sens, etc. : Les poètes ne se piquent pas d'exactitude, et, pour

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un nom harmonieux, donneraient bien des soufflets à la vérité. (P.-L. Courier.) h Anciennem., Donner un soufflet au roi, Faire de la fausse monnaie.

— Techn. En termes de relieur, Sorte de godet que présente la peau.

SOUFFLETADE s. f. (sou-ûe-ta-de — rad.

soufflet). Suite de soufflets appliqués coup sur coup : Ces paroles furent suivies d'une souffletade. il Peu usité.

SOUFFLETÉ, ÉE (sou-fle-té) part, passé du v. Souffleter : Vous mériteriez d'être souffleté. Cunégonde s'évanouit; elle fut souffletée par il/me la baronne dès qu'elle fut revenue à elle-même. (Volt.) Deux servantes déjà, largement souffletées. Avaient à coups de pied descendu les montées.

SOUFFLETER v. a. ou tr. (sou-fle-té — rad. soufflet. Double le t de la consonne finale toutes les fois que la terminaison commence par un e muet : Je soufflette ; je souffletterai; je souffletterais ; que je soufflette). Donner un soufflet, des soufflets à : Souffleter quelqu'un. Ils se mirent à me houspiller et à vie souffleter de manière qu'un soufflet n'attendait pas l'autre. (Le Sage.)

S'il m'eût été permis de la bien souffleter.

Quelle eut été ma joie!

Campistron.

— Fig. Outrager, avilir : Un créancier est pire qu'un maître ; car un maitre ne possède que votre personne, un créancier possède notre dignité et peut /«souffleter. (V. Hugo.) Ah! vous avez pensé que vous pourries impunément souffleter mon blason! (J. Sundeau.)

On peut a poing fermé souffleter le bon droit; • Au mérite» au bon sens on peut faire avanie En jetant à l'intrigue un prix qu'on leur dénie. C. Délavions.

— Absol. :

Et moi je ne crois pas

Qu'il soit digne du peuple, en qui Dieu se reflète, De joindre au bras qui tue une main qui soufflette.

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