‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 561 sur 1059 · V. nu-pieds · texte numérisé non relu

V. nu-pieds

Souffrance! du professeur Delteil (LES), roman de M. Chimpfleuiy (1855, in-16). Un pauvre diable d*i savant incompris est envoyé comme régent de septième au collège de Laon. Le hasard le fait loger chez des modistes, trois soeurs, auxquelles leur célibat u fait donner le surnom des trois Sans-hommes. Bonnes et charitables, elles l'accueillent de leur ïuUux et peu à peu s'insinuent dans sa vie, q l'elles parviennent à régler sans qu'il s'en doute, tant il est absorbé par la composition d'un dictionnaire grec.

Toute médaille a son revers. Autant Al. Delteil est heureux de se voir au logis choyer comme un enfant, autant la vie lui est dure au collège. Le Jauvre régent tremble devant le principal, M. Tassin, un de ces petits despotes de clocher qui se plaisent à humilier de leur supériorité tout individu trop digne pour ramper devant eux ou trop faible pour oser résister à leur tyrannie. M. Deheil croit pouvoir rempl icer la discipline par l'indulgence et ses élèves inventent chaque jour une niche nouvelle, un nouveau tourment pour le faire souffrir. C'est en vain qu'il a recours à l'auiaiïté du principal ; ce marchand

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de soupe patenté lui reproche de ne pas savoir se faire respecter par des gamins et achève ainsi publiquement de lui enlever le peu d'autorité qui lui reste. Là ne s'arrête pas la lâcheté de ce tyran de bas étage. Une des modistes a jadis été trompée et abandonnée par son séducteur. Un fils est résulté de cette liaison malheureuse, le petit Jean - Marie, qu'elle fait passer pour son neveu. L'enfant gentil, sage, intelligent et studieux mérite toujours la première place dans la classe de M. Delteil; le principal, en clignant de l'œil, accuse celui-ci de faire les compositions de son élève. A cette injure, le pauvre savant perd la tête et tombe gravement malade. Sophie, l'une des modistes, lui prodigue les soins les plus touchants. Elle est bien triste cependant; car sa cadette Caroline, bien qu elle lui ait confié le secret de la naissance de Jean-Marie, abandonne la maison pour suivre un débauché. Un médecin, vieil ami des modistes, entend le lendemain dire qu'il ne reste plus que deux Sans-Hommes. Poussé par un sentiment de générosité, il propose à Sophie de l'épouser. Elle refuse et lui dévoile son dés-honneur ; le dévouemsnt du docteur s'accentue alors plus vivement; il s'offre de nouveau comme un mari disposé à devenir le père de Jean-Marie. Sophie accepte et court annoncer cette heureuse nouvelle à M. Delteil. C'est un coup de foudre pour le malhsureux savant, qui est fort surpris de trouver dans son cœur un tendre sentiment auquel la confection du fameux dictionnaire grec n'avait pas dû le disposer. Au même instant, il reçoit l'avis de sa destitution. Refoulant son amour muet, il accepte de vivre avec les futurs époux afin de se consacrer à l'éducation de Jean-Marie et de voir encore celle qui doit ignorer toute sa vie qu'il l'a aimée.

Ce roman a de la simplicité et de la précision. C'est un des meilleurs de M. Cnaropfleury ; il y a encadré avec assez de verve des souvenirs personnels, car on le soupçonne fort de s'être mis en scène sous le personnage de l'espiègle Bineau, amateur de musique, joueur de niches perfectionné, paresseux d'ailleurs, moqueur et quelque peu entaché d'impudence. Tout le petit monde du collège Tassin est représenté d'après nature.

SOUFFRANT, ANTE adj. (sou-fran, an-te — rad. souffrir). Q.ii souffre : It est toujours

SOUFFRANT. Elle est SOUFFRANTE depuis SU

dernière couche. J'ai toujours vu ceux qui voyageaient dans de bonnes voitures bien douces, tristes, rêveurs et souffrants. (J.-J. Rouss.) Le soulagement des hommes souffrants est le devoir de tous et l'affaire de tous. (Turgot.) C'est un instinct commun d tous les êtres sensibles et souffrants de se réfugier dans les lieux les plus sauvages et les plus désert". (B. de Si- P.) La poésie est te refuge'des âmes souffrantes. (De Custine.) La femme souffrantk et dénuée de tout fait des enfants infirmes ou faibles de constitution. (E. Texier.) 1/ Qui annonce la souffrance on dépeint la souffrance : Air souffrant. Visage souffrant.

— Endurant : Ne lui dites rien, car il n'est pas souffrant, il n'est pas d'une humeur souffrante, il Peu usité.

— Loe. Partie souffrante, Partie du corps qui est affectée. Il Personne sur laquelle tombe le dommage, qui est en butte à la raillerie, aux reproches.

— Rebg. chrétienne, Eglise souffrante.

Ames du purgatoire : Il y a L'Eglise triomphante, l'Église militante et i'EoLisK souffrante.

— Substantiv. : Personne qui souffre, qui est malheureuse ;

[dieux.

Ce qu'on donne aux souffrants, on le consacre aux

E. Lëgouvé.

SOUFFRE-DOULEUR s. m. Personne ou animal qu'on expose à toute sorte de fatigues, sur qui l'on se décharge des choses les plus pénibles : Ce domestique est le souffre-douleur de la maison. Le chameau et le dromadaire sont parmi les animaux domestiques de véritables souffrk-douleur. ( A. Kee. ) Il Personne qui sert de but à toutes les attaques, à toutes les plaisanteries. Il PI. souf-

FRIS-DOULRUR.

SOUFFRETEUX, EUSE adj. (sou-fi e-teu, eu-ze. — Ce mot ne vient pas de souffrir, comme on le croirait au premier aspect; il répond au provençal sofraitos , snfruchos , vieux français soffraitous, pauvre, privé, et vient directement du substantif vieux français soufraite, souffre te, provençal sofraita, sofrac/ie, manque, civette, deuûinent. Ce substantif est un dérivé du participe latin suffructus, brisé, à qui l'on a coupé les ressources, de suffrtnyere, briser, qui est formé du préfixe sub et du verbe frangera, briser). Qui souffre de la pauvreté, de la misera : Vieillard SOUFFRETEUX.

Un pauvre souffreteux Se plaint la-bas : (hiver «t rigoureux.

La Fontaini.

— Qui éprouve des souffrances [ hysiques : Je suis tout souffreteux aujowa hut. Je travaille douze heures par jour, et cela est possible à quiconque n'est pas chétif et souffreteux, ((j. Sand.) Jt es! chauve, ridé, pâle du reflet des parchemins , souffreteux et d'une élégance médiocre. (Tn. Ciaut.)

— Qui annonce lu souffrance ; A?V bout-

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fretbux. Visage SOUFFRKTEUX. Mine SOUF- FRETEUSE. Elle avnil toujours l'air souffreteux, la mine af'flictive et le propos languissant. (Mme de Créquy.)

— Substantiv. Personne souffreteuse :

Quand via personne fui affichée par mes écrits, je devins alors le bureau d'adresse de lous les souffrkteux et de tous les aventuriers gui cherchaient des dupes. (J.-J. Rouss.)

— s. f. Emom. Sya. de mange-bouillon.

SOUFFRIR v. a. ou tr. (sou-frir — d'un

type latin sufferere pour su/ferre, qui est formé du préfixe sub et du verbe ferre, porter, de la grande racine bhar, porter, qui est restée, avec une foule de dérivés, dans toutes les langues de la famille indo-européenne. Se conjugue comme offrir). Endurer : Souffrir mille maux. Souffrir la faim, la soif. Pour se consoler de ce que l'on souffre, il faut songer à tout ce que l'on ne souffris pas. (Mlle Clairon.) // est plus affreux de faire le mal que de le souffrir. (Thomas.) Quoique a peine à mes maux je puisse résister, J'aime mieux les souffrir que de les mériter.

Corbeille.

L'âme, rayon du ciel, prisonnière invisible, Souffre dans son cachot de sanglantes'douleurs, Il Supporter, endurer les douleurs, les inconvénients de : Je ne puis souffrir te soleil. Il est trop malade pour souffrir la voiture. Il y a des personnes qui ne peuvent souffrir la mer. Il faut beaucoup d'humilité pour souffrir la dépendance des autres. (Nicole.) On souffre aisément des répréhensions, mois on ne souffre pas la raillerie. (Mol.) Il est bien rare une l'homme gui souffre tranquillement l'injure ne la mérite pas. (Mme de Salin.) || Tolérer, se résigner à : L'autorité souffre patiemment l'indépendance de ses instruments. (B. Const.) Nous SOUFFRONS les invraisemblances des historiens, mais nous sommes intraitables avec les conteurs. (Ch. Nodier.) On souffre tout de ce qu'on aime Et rien de ce qu'on n'aime plus.

VlENNET.

Il Permettre, ne pas empêcher .- Il serait arrivé quelque folie, si j'avais souffert qu'ils se fussent vus. (Mol.) Les vieux Romains ne souffraient pas l'immixtion du sexe dans les choses de l'Etat: (Proudh.) Lorsqu'une femme souffris des assiduités, c'est qu'elle a trouvé son vainqueur. (M"»» de Rostaing.) Femme qui souffre qu'on lui donne Aux soupirants tôt ou tard s'abandonne.

La Fontaine.

Ne souffre pas. Seigneur, que noire humble héritage. Passe de mains en mains, troqué contre un vil prix!

Lamartine.

— Supporter, tolérer les actes, le caractère, la personne de : Je ne veux souffrir ici m les indiscrets, ni les importuns, ni les bavards. La faveur , aussi bien que l'amour, ne se partage pas et ne souffre aucun compétiteur. (Lu Rochef.)

Je suis le seul objet qu'il ne saurait souffrir.

Racine.

Quant & moi, les boudeurs sont mon aversion, Et je n'en veux jamais souffrir dans m.a maison.

Gresset.

L'âne, s'il eût osé, se fût mis en colère Encor qu'on le raillât avec juste raison. Car qui pourrait souffrir un âne fanfaron? Ce n'est pas la leur caractère.

La Fontaine.

— Consentir avec complaisance, aveu bienveillance; permettre, avec quelque impolitesse : Souffrez que je vous fuise une observutiou. Je ne souffrirai pas que vous me parties découvert. (Acad.)

Souffrez qu'en liberté mon désespoir éclate.

Corneille.

Ah ! de grâce! un moment souffrez que je respire.

Boilbau.

— Admettre, être susceptible de : Cela ne souffre aucun doute, aucune difficulté. Celte règle souffre quelques exceptions. Cette inversion est permise dans la poésie: la prose ne la souffhe pas, ne lu, souffrirait pas. (Acad.) La démonstration, ne souffris m cercle vicieux ni développement infini. (Ch. Renouvier.) L'égalité devant la loi ne souffre ni restriction ni exception, (Pruudh.) H Résister à, n'être pus détérioré par : Ce vin ne souffre pas le transport.

— Souffrir mort et passion, Souffrir le martyre, Eprouver de grandes douleurs ou de grande» contrariétés : La goutte me fait souffrir mort et passion. Sa lenteur, sa nonchutance, me fait souffrir le martyre.

— Prov. Le papier souffre tout, On écrit tout ce qu'on veut, vrai ou faux, bon ou mauvais: Ces tours de passe-passe ont fait dire avec raison en France que les papier Souffre TOUT. (Mme de Slael.)

— Manège. Souffrir l'éperon, Etre insensible à l'éperon, il Souffrir l'étalon, Etre en chaleur, permettre l'approche de l'étalon.

— v. n. ou intr. Eprouver une douleur physique ou morale, supporter un mal ; Je souffre cruellement. Si la malignité de l'esprit d'indépendance s'est déclarée sans réserve en Angleterre, les rois en ont souffert, mais aussi les rois en ont été cause. (Bo^s.) Le détir de Souffrir pour Dieu fut la passion dominante de sainte Thérèse. (Fléch.) Les hommes vulgaires naissent pour souffrir, pour

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fournir de leurs sueurs aux plaisirs et aux profusions des grands. (Mass.) // n'y a pour l'homme que trois événements : nditre, vivre et mourir; il ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre. (La Bruy.) Les peuples ne souffrent que par les fautes des j rois. (Eén.) C'est être bien avancé dans la , science de lu vie que de savoir souffrir. (M"1» de Maintenon.) La pitié naturelle est fondée sur les rapports que nous avons avec l'objet qui souffre. (Butf.) Il faut savoir souffrir et attendre des temps plus heureux. (Volt.) Souffrir est la première chose qu'on doit apprendre, celle qu'on a le plus grand besoin de savoir. (J.-J. Rouss.) Plus on vit, plus on a de sujets de souffrir. (La Mothe LeVayer.) Dans la société, c'est toujours le grand nombre gui souffre. (Chateaub.) Les femmes aiment mieux souffrir que ne rien sentir. (Demoustier.) De toutes les facultés de l'âme que j'ai reçues de la nature, celle de souffrir est la seule que j'aie exercée tout entière. (Mme de Staël.) L'homme qui a beaucoup souffert a ordinairement l'esprit défiant. (Réveillé-Parise.) Pour les peuples amollis par la civilisation, souffrir est le plus grand des maux. (B. Const.) La femme souffre toujours pour deux. (Balz.) On a beaucoup plus À souffrir en ce monde de ses qualités^que de ses défauts. (Lamenu.) L'homme souffre et toujours souffrira.

(Proudh.) Le menteur et le fourbe souffrent | plus encore qu'ils ne font souffrir. (Raspaii.) Souffrir n'est rien : il n'y a qu'un seul mal pour l'homme, c'est de fuillir. (J. Simon.) L'âme qui aime et qui souffre est à l'état sublime. (V. Hugo.) On peut rêver quelque chose ' de plus terrible qu'un enfer où l'on souffre, j c'est un enfer où l'on s'ennuierait. (V. Hugo.) i La femme sait SOUFFRIR mieux que nous. (Mi- | chelet.) Ceux qui «'ont point souffert ensemble ne connaissent pas les liens du coeur les plus puissants. (X. Marinier.) La jouissance de souffrir pour sa foi est si grande qu'on a vu plus d'une fois les natures passionnées embrasser des opinions pour avoir le plaisir de s'y sacrifier (Renan.) Nous souffronH fous, mais parler nous soulage.

Voltaire.

Ûh ! combien la vertu souffre à se démentir \

Laharpe Le mal cherche le mal, et qui souffre nous aide. A. ue Musset.

Plutôt souffrir que mourir, C'est la devise des hommes.

La Fontaine.

Après auot'r souffert, il faut souffrir encore, Il faut aimer sans cesse, après avoir aimé.

A. de Musset.

— Etre tourmenté, inquiété, ennuyé : Je souffre à l'entendre, de l'entendre.

— Eprouver du dommage, être détérioré : Les blés, les vignes ont beaucoup souffert cette année.

— Souffrir de, Eprouver une douleur à : Souffrir de la iéle, de l'estomac, il Etre tourmenté par : Souffrir de la faim, du ta soif. Les jeunes gens souffrent 7/ioins de leurs foutes que de ta prudence des vieillards. (Vauven.) La médiocrité et quelques amourspropres irascibles souffrent seuls de Ut liberté de ta presse. (Chateaub.) Un être sensible souffre du mai qu'éprouve un autre être sensible. (Fr. Arago.) Quand on souffre de sa propre haine, on n'est pas loin de regretter le temps où l'un souffrait dis son amour. (H. Muiger.) [| Etre détériore, endommagé par : Les vignes ont souffert de ta gelée. La ville A beaucoup souffert Ou bombardement, il Etre contrarie par ; Sa modestie souffre de toutes ces louanges.

— Eprouver des déceptions, du mécontentement, de la douleur au sujet de : La femme délaissée souffre dans ses droits d'épouse, et dans sa vanité de femme. (St-Marc Gir.)

— Avoir cessé de souffrir, Etre mort.

— Prov. Souffre quand tu seras enclume, frappe quand tu seras marteau, Il faut se soumettre sans murmure quand on est dans une situation dépendante, et ne songer à tyranniser les autres que quand on les a sous son autorité.

Se souffrir v. pr. Etre souffert : C'est un abus qui ne peut se Souffrir plus longtemps. Vous êtes, ma mie, d'une impertinence qui ne peut se souffrir. (Mol.)

— Se supporter soi-même : Si l'homme se connaissait, il ne pourrait se souffrir.

— Se supporter mutuellement ; Ces enfants ne peuvent se souffrir.

— Sya. Souffrir, endurer, pâlir, etc. V. EN- DURER.

— Souffrir, permettre, tolérer. V. PER- METTRE.

SOUFI ou SOUPHI s. m. (sou-fi. — Bochart tire ce nom du verbe arabe sapha, être pur; mais il vient plutôt de l'arabe souph, laine, k cause du vêtement porté par ces philosophes). Philosophe musulman panthéiste. Il On dit au- si sofi ou sopui.

— Encycl. V. soufisme ci-après.

SOUFISME s, m. (sou-tl-sme). Doctrine des soulis, secte très-répandue en Asie, et surtout en Perse.

— Encycl. On attribue la fondation du soufisme a un certain Abou-Saïd-Aboul-Chéir, qui vivait au viue siècle de notre ère ; mais, si l'on examine les doctrines du soufisme, ou

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leur voit tant de rapports avec les opinions mystiques professées dans l'Inde, qu'il parait plus supposable qu'à cette époque elles existaient déjà, et qu'Abou-Saïd Aboul-Chéir n'a fait que les coordonner et les réunir en un corps de doctrine. Le mahométisme trouva d'abord dans le soufisme un allié qui aida puissamment à sa propagande. En effet, la doctrine fondamentale du soufisme est telle, qu'il est compatible, dans une certaine mesure, avec toutes les religions. 11 admet que les religions sont des formes nécessaires qui retiennent dans la vertu et la pratique du bien des âmes vulgaires qui, affranchies de ce frein, s'égareraient loin de Dieu, Cette opinion lui est commune avec le bouddhisme ou plutôt la philosophie mystique du Dagharat-Gita; les dieux étant regardés, dans ces deux grandes écoles iudoues, comme des êtres vraiment divins, quoique inférieurs à Dieu, qui ont mission de veiller sur les hommes que leur sainteté et leur intelligence ne rendent pas dignes de contempler la vérité.

Voici les principaux points de la doctrine des soufis. La crèaùou est sortie de Dieu par une sorte d'émanation, d'irradiation, comparable à l'irradiation du soleil qui éclaire notre univers. Mais tout ce qui sort de Dieu y rentrera. Dieu ramènera en lui, réabsoibera en lui toutes ces émissions de lui-même qui ont formé le inonde. Aussi, pour une secte considérable du soufisme, à laquelle on ne peut refuser une certaine logique, Dieu est partout dans sou œuvre : toutes choses sont de Dieu et en Dieu : et, tout étant Dieu, rien ne peut être rejeté ni préféré sans impiété. Cette secte arrive forcément, en morale, à la négation de ses conceptions antithétiques, le juste et l'injuste, le bien et le mal. Il n y a que Dieu partout; en tout, il faut adorer Dieu. Le mahométisme ne tarda pas à redouter un ennemi dans le soufisme, dont il s'était fait bien venir à l'origine. La personnalité du Dieu de Mahomet était singulièrement' compromise par ces opinions; et le mépris avec lequel les sectateurs du soufisme abandonnaient à ladernière classe des nommes la pratique du culte et le côté extérieur de la religion constituait un sérieux danger pour le mahométisme ; la théorie de l'amour divin et de la contemplation, par lesquelles les sages arrivaient a s'identifier avec Dieu même, exaltait à un tel point les sectateurs du soufisme, que quelquesuns se prétendaient hautement supérieurs à Mahomet, qui était envoyé par Dieu, k vrai dire, mais qui n'était point confondu divinement en lui ; car cette croyance de l'absorption du sagu en Dieu se retrouvait au fond de toutes les sectes tres-noinbreuses du soufisme. C'est en cette croyance universelle qu'elles s'unissaient toutes. Nous avons tort, d'ailleurs, de parler à l'imparfait; car le soufisme, loin d'avoir décliné, s'est répandu et propagé avec une nouvelle vigueur au commencement du xixe siècle. M. de Hammer, dans son livre sur YElt.quence persane, la traduction du Pend-Numeh et des Fruits et fleurs, ouvrage d'Azed-din, composé vers la fin du xne siècle et dans lequt-1 le soufisme tout entier est exposé, fait connaître suflisaimneut cette secte aux peuples de l'Occident. Elle admet quatre degrés pour parvenir à cet état parfait de l'âme où elle est comme divinisée. Le premier degré est {'humanité ; à celui-là appartiennent tous les hommes qui vivent soumis aux injonctions et aux pratiques do la religion. Les disciples qui plus tard s'élèveront au plus haut uegre de la vie ascétique sont confondus également, k ce degré, avec le vulgaire qui n'eu puurra sortir. Le second degré s'appelle le «entier ; c'est à. proprement parler le degré d'initiation. Atteint seulement ce degré l'adepte qui s'est montré capable et digne de comprendre Dieu, et par là même il se trouve affranchi des pratiques extérieures du cuite. Comme il a en lut un guide qui ne peut s'égarer, il n'a pas besoin de se renfermer, de s'emprisonner dans le culte. Le troisième degré est la science on la connaissance. Celui qui s'élève jusque-la sait et commit les moyens de n'être plus dupe des vaines apparences-, il est en possession de la voie qui le conduira k l'identification divine. Les épreuves subies pour arriver a ce degré sont si rudes que quelquefois l'initié en meurt ; mais, s'il en échappe, il est inspire?, il est l'égal des anges. Pour arriver au quatrième degré, qui est la béatitude, il faut, pendant quarante jours, ne se nourrir que de la quantité d'aliments strictement nécessaire pour que le corps ne s'évanouisse pas; ensuite le patient, après avoir vécu dans la solitude, dans l'attitude de la contemplation, erre dans les déserts; son docteur, son maître, qui ressemble au gourou des lndous, est le seul être qu'il puisse voir. A;ais, ces épreuves accomplies, il est l'égal de Dieu, c'est-à-dire qu'ayant retranché par la méditation tous les vices qui l'alourdissent dans lu matière, son âme ecatte le voile du corps, comme le disent les adeptes, et s'unit à Dieu. Celte union, cette absorption, cet anéantissement en Dieu, qui se font par l'amour et l'extase, donnent au docteur de grands privilèges, li peut, par exemple, ressusciter les morts; il a le don du miracle. Toutes les sectes sont d'accord sur le l'ait même de cette absorption, mais non sur la manière dont elle s'accomplit. La secte dite des inspirés affirme que Dieu lui-même descend daus les hommes intelligents qui se purifient dans les macérations. Los unitaires, au contraire, prétendent ne faire qu'un avec

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Dieu; s'étant absorbés en lui, ils en sont une partie intégrante et inséparable. Dieu est la flamme, l'inspiré est le charbon ; et comme au contact de la flamme le charbon lui-même devient flamme, l'âme, au contact de Dieu, devient Dieu, Les sectateurs du soufisme vivent détachés de tous les liens du monde et de toutes les préoccupations mondaines. Toute occupation quelconque est indigne des hommes qui sont en train de se diviniser; toutes, excepté cependant la musique, la danse et le chant, parce qu'ils procurent l'extase. Une chose curieuse à remarquer, c'est que la secte la plus décidément panthéiste, celle qui affirme que Dieu vit en toutes choses et que toutes choses vivent en Dieu, passe, chez les Persans, pour provenir directement de la philosophie grecque t>t principalement de Platon. Cette secte, d'ailleurs, est la plus répandue et la plus puissante.

Le Bulbul-NaméU (Livre du rossignol) de Scheik-Attar renferme un apologue qui, de la part d'un aréfi (connaisseur, savant), d'un mystique, d'un soufi tel qu'il l'était, mérite une attention très-sérieuse. C'est l'histoire d'un certain contemplatif nommé Manso ir, dont l'amour divin avait exalté l'imagination jusqu'à ce degré sublime du ravissement et de 1 extase que les Arabes appellent vagd ou va/tai et les Persans wassilah, c'est-à-dire la béatitude. « Je suis Dieu I » criait-il avec force, persuadé que Dieu l'avait absorbé dans la toute- plénitude desauêtre. Les intentions de Mansour étaient droites j; mais ce cri parut un blasphème et il lui coûta la vie.

La légende s'est emparée de la mort du pauvre soufi, au nom duquel les hagiographes accolent toujours le surnom qualiticatif de Héladj, Le cri qu'il proférait sans interruption était celui-ci; ■ An-col-huk! Je suis la vérité ; » en termes équivalents: « Je suL* Dieu; ■ profession de foi très-caractéristique et qui, pour les initiés, témoignait suflisamment de son accession k ce périlleux degré du wassilah, que l'ignorance des profanes ne pouvait que confondre avec le plus horrible blasphème ou avec la plus incurable folie.

Voici comment il y était monté : Mansour- Héladj avait une sœur; s'étant aperçu qu'elle sortait tous les soirs en grand secret, il eut la curiosité de la suivre. Il la surprit dans un entretien familier avec les houris et la vit recevoir de ces ineffables beautés, compagnes et récompense des justes, une pleine coupe de l'élixir céleste, où tout aussitôt elle trempa ses lèvres avec avidité. Cependant, une goutte de la mystérieuse liqueur, une seule, restait au fond de la coupe. « Donnela-moi 1 ■ s'écria le soufi hors de lui, en se preoipltant^vers sa sœur. — Malheureux ! ce n'est rien qVune goutte, mais tu ne pourrais la contenir l lui dit la favorite des houris ; tu en mourrais 1 — Donne I > répéta Mansour entraîné par un désir irrésistible. Et, l'ayant avalée, il se mit soudain à proférer le cri téméraire qui devait en effet le conduire au supplice et qu'il ne cessa de pousser sur le pal qu'en rendant le dernier soupir.

Un souri, k qui l'horreur de ce châtiment paraissait imméritée, fut assez hardi pour deinauder à Dieu pourquoi sa justice avait souffert qu'un si saint personnage fût mis k mort par l'ordre des prêtres orthodoxes. 11 en obtint cette réponse: ■ Telle est la punition de celui qui révèle les secrets.» Suivant une autre version, le corps de Mansour-Hôladj, taudis qu'un le menait au poteau fatal, échappa tout d'un coup à ses bourreaux. En vain essayaieiit-ilsde le ressaisir ; il parut assis en l'air, immobile, k quelque distance du théâtre de l'exécution. L'âme du docteur, s'eluiiçanl hors de sou habitation matérielle, avait pénétré dans la région du paradis, où Mahomet lui-même venait, de l'accueillir. Le prophète d'Allah, interrogé par Mansour, convint sans difficulté que celui-ci s'était élevé jusqu'au radieux degré du viassitah, et qu'en se proclamant Dieu, ou la vérité, il n'avait qu'énoncé un fait réel, accompli, incontestable. • Mais la religion a ses exigences , ajouta Mahomet ; elle seule peut contenir le commun des hommes dans des limites qu'ils ne sauraient franchir sans préjudice pour leur salut et pour le repos du monde. » La conclusion de ce discours fut que Mansour devait consentir à son supplice. Convaincue par c^-s raisons, l'âme du docteur redescendit sur la terre; elle y ranima son corps et le remit entre les mains des bourreaux, qui purent ainsi achever leur oflice.

Il n'est pas difficile de comprendre le but où visait, dans cet apologue, l'auteur du Bulbul-Namék, Les doctrines du soufisme aboutissent fatalementau panthéisme. Sehetk- Aitar en appréciait le péril ; il en craignait la diffusion parmi les masses ; il eût voulu les restreindre parmi un petit nombre d'un» tiés, les y tenir cachées sous un voile, en un mot ne point révéler les secrets , si ce n'est par allégories et par énigmes, comme autrefois Pythagore pour ses axiomes de morale et de politique. Il ne se faisait aucune ihusion sur l'impossibilité meiaphysique d'accorder les théories nouvelles -vec les dogmes puis de l'islam, il mesurait d'un regard proioud et centriste la persécution immense, inévitable qui attendait la secte tout entière le jour où un prince clairvoyatt, quoique schismatique, bien plus intéressé à la conservation de son trône et de sa

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dynastie qu'à la gloire et au triomphe d'un idéal incompatible avec l'existence de toute religion positive , sentirait la nécessité de renfermer le corps de doctrines des alides dans les bornes que le mysticisme à outrance, sorti de leur sein, tendait à reculer indéfiniment.

Les appréciations de Scheik-Àttar n'étaient que tropfondées. L'abus audacieux du spiritualisme finit par ouvrir les yeux aux dignitaires de l'orthodoxie persane. Les plus déterminés d'entre les alides avaient dit : 4 Nous ne reconnaissons point Ali pour Dieu, mais il n'est pas loin d'être Dieuj" proposition extrême, dépassée bientôt par le lyrisme panthéiste des soufis. L'opinion, soulevée contre eux, les frappa tous du même anathèine, les enveloppa dans la même proscription. Chassés de l'empire d'Iran comme des hérétiques en démence qui niaient ou altéraient, par leurs rêveries, toutes les vérités de l'enseignement du Coran, ils se réfugièrent d'abord à Konich, en Natolie, puis au faubourg de Péra, à Constantinople, et trouvèrent un asile assuré, une protection fraternelle dans les couvents des derviches mewlevis, ou associés, dont le fondateur, Jellal-Eddin, avait composé un livre adn.is déjà comme écriture canonique chez les soufis de la Perse.

Soufisme OU Tbcosophie (mnlhcistique des

Perses [Sufismus, sive theosophia Persarum pantkeislicu), par Tholuck (Berlin, 1 821, in-8°). Ce livre est un traité complet et méthodique sur lu doctrine des soufis et sur l'histoire de cette doctrine parmi Jes musulmans. Avurit d'entrer en matière, M. Tholuck fait connaître les ouvrages manuscrits persans, arabes et turcs dans lesquels il a [misé les notions qui doivent former le tableau de la doctrine des soufis, et il donne un très-court aperçu de leur contenu. Dans son premier chapitre, il passe en revue toutes les étymologies qu'on a données du nom des soufis. Parmi ces élymologies, deux seulement lui paraissent pouvoir être admises sans faire violence aux règles de dérivation propres» à la langue arabe. 11 faut, suivant Tholuck, dériver le nom des soufis ou du mot grec sophos, snge, ou du mot arabe sauf, laine, et il se décide pour cette dernière étymologie, en s'appuyant sur ce que les Orientaux euxmêmes regardent l'habit de laine comme une marque distinctive des sourts. Le chapitre second traite de l'origine de ia doctrine des soufis, que plusieurs écrivains n'ont pas hésité à faire venir des Grecs ou des Indous. M. Tholuck pense, au contraire, qu'elle a sa source dans le mahoinétisme même, et il cherche à prouver que l'opinion qu'il combat n'est appuyée sur aucun fondement solide. Le troisième chapitre a pour litre : De l'union mystique de l'homme avec Dieu (De mystica hominis cum Deo conjmictioue algue unione) ; ici commence proprement l'exposition du système de doctrine des sourts, Oest dans la nature même de l'âme et dans sa divine origine que M, Tholuck trouve la source de cette doctriuespiriluelle, qui propose à l'homme son union intime avec la divinité comme le seul but digne de tous ses efforts. M. Tholuck examine les formes particulières qu'elle a revêtues chez les soufls et les conséquences qu'elle y a produites. De là dérivent et l'idée qu'ils se font de la nature de l'homme et de sa dignité, et la doctrine de l'émanation substituée à celle de lu création, et le système qui anéantit la distinction du bien et du mal en faisant Dieu également auteur de l'un et de l'autre. Ces divers objets, et plusieurs autres d'une inoindre importance, sont traités avec beaucoup de développement par M. Tholuck dans les chapitres suivants, qui contiennent des discussions très-solides et trèslumineuses. Le septième chapitre traite des prophètes; M. Tholuck donne d'abord des considérations générales sur l'idée que les nations de l'Orient se font des prophètes, médiateurs entre Dieu et l'homme, et il examine ensuite l'opinion qu'ont les soufis et des prophètes, fondateurs des diverses religions, et des religions elles-mêmes ; il finit ce chapitre en parlant du respect des soufis pour leurs supérieurs ou maîtres spirituels. Il donne ensuite l'exposé du style mystique dus soufis et des symboles les plus usités dans leurs poésies, il. Tholuck termine son livre par un chapitre consacré à l'exposition des divers degrés entre lesquels se partagent ceux qui aspirent à la perfection de la vie spirituelle.

SOUF1TE s. m. (sou-fi-te). Ecrivain qui a exposé les doctrines du soufisme.

SOUFRAGE s. m. (sou-fra-je — rad. so«- /rer). Techa. Action de soufrer ; résultat de cette action : Le soufrage des allumettes. Le soufrage des vins, tl Emploi du soufre pour le blanchiment des laines.

— Agric. Action de répandre le soufre en poudre sur la vigne ou sur les autres végétaux malades.

— Encycl. Agric. Soufrage de la vigne. Le soufrage de la vigne est aujourd'hui universellement employé pour combattre la niuludie de ia vigne appelée oïdium. L'idée de l'appliquer est déjà ancienne, puisqu'on l'attribue à M. Kyle, de Leyton (Angleterre), qui le premier, dès l'apparition du mal en 1846, proposa à ceux qui l'avaient observé de le combattre par Je soufre, fin Fiance, la

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première application en fut faite par M. Duebartre, et, en 1850, M. Gontier, 1 habile horticulteur de Montrouge, près de Paris, l'a employé en grand dans ses serres et ses jardins; enfin M. Mares a démontré l'efficacité absolue de l'emploi du soufre comme agent destructeur de l'oïdium et a réglé les conditions de son emploi dans les vignobles ; si bien que le prix de 10,000 francs, fondé à la fois par le gouvernement et par la Société d'encouragement, a dû être accordé, à titre égal, à MM. Kyle, Ducbartre, Gontier et Mares.

Depuis 1850, l'emploi du soufrage n'a fait que s'étendre et a remplacé rapidement tous les autres systèmes curatifs préconisés par d'autres savants.

En 1854, le soufrage à sec était partout en pratique ; on en obtenait les résultats les plus contradictoires, parce que les prescriptions indiquées étaient insuffisantes et ne pouvaient convenir à tous les climats. L'année suivante seulement, après de nombreuses recherches, on put indiquer d'une manière précise les règles du soufrage , en même temps que l'on signalait le soufre trituré comme pouvant remplacer avec succès la fleur de soufre, dont le prix était trop élevé.

En 1850, on employait pour les treilles de Fontainebleau de la fleur de soufre, mais on croyait nécessaire de mouiller la vigne avant de s'en servir ; le soufre se mêlait alors au raisin, qui devenait invendable ; un cas fortuit amena l'emploi de la poudre sèche ; en 1851, l'eau vint à manquer ; il fallut soufrer sans mouiller ; le résultat fut excellent, et, en peu d'années, on abandonna le premier système.

Dans la Gironde, le soufrage eut beaucoup de peine à s'introduire, à cause du goût qu'il risque de communiquer au raisin et dont les courtiers faisaient leur grand cheval de bataille en refusant d'acheter des vins dont le raisin avait été soufré. Mais il a bien fallu en arriver au seul système qui puisse combattre victorieusement la maladie, M. de La Vergue, membre de la Société d'agriculture de la Gironde, a été l'un des principaux promoteurs du système qui consiste à employer la poudre de soufre, et il a donné, dans un excellent mémoire, la manière de s'en servir.

Le département de l'Hérault a généralement adopté, dès 1857, ce moyen de salut dans ses immenses vignobles, parce que la Société d'agriculture de ce département a constaté que l'emploi méthodique du soufre pouvait seul arrêter à coup sur les ravages de l'oïdium et rendre aux vignes toute leur fécondité.

Cependant l'emploi du soufre en poudre ne se répandit pas sans qu'il s'élevât de graves contestations à son sujet, et, de fait, il offre des inconvénients. Les poudres de soufre fatiguent les yeux des ouvriers et peuvent déterminer des ophthalmies ; le soufre pur aide au grillage du raisin ; enfin il communique souvent son goût au vin ; mais, comme tous les autres moyens curatifs que l'on a préconisés comme pouvant le remplacer ont présenté également des inconvénients sans être aussi efficaces, on a dû préférer le moyen indiqué par l'expérience comme le plus apte à détruire l'oïdium. Le soufre en poudre ne détruit pas, il est vrai, complètement les germes de cette maladie, mais, mis en contact avec l'oïdium, il le désorganise et arrête sa végétation; enfin il stimule la végétation de la vigne et en favorise la fructification. Le soufrage présente donc de très-grands avantages; non-seulement il combat les invasions de l'oïdium, mais encore il pousse à la fructification et à la végétation des ceps ; son résultat est une augmentation considérable de produit, une végétation plus brillante; sous son influence, les vendanges deviennent beaucoup plus précoces, et elles sont avancées d'une dizaine de jours en moyenne à Montpellier.

De plus, le soufre exerce une certaine action sur les insectes dont les vignes sont attaquées, et, s'il ne les tue pas, il est bien avéré qu'il les éloigne, si bien que les agronomes croient que son usage persistera indépendamment de l'oïdium et le considèrent comme un engrais plutôt que comme un amendement d'un ordre particulier.

— Principes du soufrage de la vigne et méthodes d'application. Connaissant les propriétés du soufre et la nature de l'oïdium, on a pu déterminer les règles à suivre pour le soufrage. Il faut ; 1° soufrer dès qu'on voit les premiers symptômes de la maladie ; 2° renouveler l'opération chaque fois que l'oïdium menace de reparaître; 3° Soufrer toutes les parties du cep attaqué, fruits, feuilles, sarments ; 4» soufrer préventivement les ceps voisins, quoique non malades; 5<> combiner les soufrages de façon que l'un d'eux ait lieu au moment de la floraison; principe général qui comprend tous les cas, depuis ceux auxquels une seule opération suffit, jusqu'à ceux qui en exigent cinq ou six ; 6» enfin, varier le nombre des soufrages suivant la nature du terrain et les sortes de cépages.

Plusieurs instruments sont en usage pour répandre le soufre sur la vigne.

îo Le soufflet Gontier, appareil fort simple, au moyen duquel on peut couvrir de soufre, presque sans frais tle main-d'œuvre, de grands espaces de vigne. C'est un soufflet sur la douille duquel on interpose une boîte remplie de fleur ae soufre, que l'air entraîne

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ensuite avec lui. C'est le moyen aujourd'hui universellement employé dans la grande culture.

20 Le sablier est un instrument fort en usage chez les paysans et les petits propriétaires. Il dépense beaucoup de soufre et ne permet pas d'accélérer le travail. Ce n'est autre chose qu'un sablier très-profond et percé de petits trous. On en abandonne l'usage dans les cultures de quelque importance. Il n'est plus guère employé que dan s le Midi.

30 Le soufflet ordinaire tend à remplacer le soufflet Gontier, sujet à se déranger. Le corps du soufflet remplit l'office de réservoir. A l'extrémité de l'instrument se trouve une tuyère en deux pièces, garnies l'une et l'autre d'une toile métallique à fortes mailles. L'entrée et ia sortie de l'air se faisant par la tuyère, le soufre est continuellement en mouvement et ne risque pas alors d'engorger les passages étroits du soufflet.

Quand le soufrage est bien fait, on trouve de la poussière déposée sur le cep, comme si un nuage l'eût uniformément enveloppé. On la distingue alors parfaitement, lorsqu on regarde & contre-jour une partie quelconque du cep, raisin, feuille ou sarment.

L'opération se fait ;rès-rapidement ; une femme peut soufrer er. huit heures de travail effectif un hectare, lorsque les ceps ne sont pas encore très-feuillés, et un demihectare lorsqu'ils le sont.

Les meilleures condit ons pour le bon emploi du soufre et pour qte son action soit vive et prompte sont un temps sec, assez chaud, un soleil brillaat, un vert léger. Il ne faut pas souflïer quand il pleut , quand il fait trèschaud parce que les raisins risquent d'être échaudès, ni quand il fait beaucoup de vent. On soufre le plus généralement trois fois : avant la floraison, quaid les grappes commencent à paraître; pendant la floraison et à l'époque de la véraison; mais un plus grand nombre de soufrages est souvent indispensable lorsque la maladie est très-intense.

— Des poudres de soufre employées. On emploie la poudre de soufra pur, soit sous forme de soufre sublimé, soit tous forme de soufre trituré. Le soufre sublimé ou fleur de soufre est le premier dont on ait fait usage ; mais son prix ayant triplé et peu d'années, on a dû chercher à le remplacer. Le soufre trituré est du soufre en pierre ou en canon que l'on écrase aussi finement que possible et que Von blute; il convi-mt- parfaitement au soufrage. Dans certains vignobles, son emploi est dix fois plus considérable qua celui du soufre sublimé, parce que seul il permet de suffire aux besoins de l'agriculture. Le soufre sublimé se produ.t trop lentement et devient trop onéreux four former la base des opérations. La trituration du soufre est des plus simples et s'opère dans le premier moulin venu ; la sublimation demande des appareils spéciaux et xmte six fois plus cher.

On mélange souvent la poudre de soufre à des poussières de plâtre cuit ou à des cendres fraîches et l'on en obtient des résultats avantageux. On prend :J4 de soufre et 66 de la poussière que l'on veat employer; on incorpore bien les deux poudres par la trituration et le blutage, et la nouvelle poudre que l'on obtient, si elle t'est pas aussi active que le soufre pur, ne ff.tigue pas les yeux de l'ouvrier, n'échaude pas les raisins, ne donne aucun mauvais goût au vin et est bien moins coûteuse. Cette poudre ne s'emploie guère que dans les derniers soufrages, parce que les premiers et sun.out celui de la floraison veulent être fait» au soufre pur. L'usage des mélanges est aassi préconisé pour les vignes et les cépages que la maladie n'attaque pas avec une intensité bien grande; il faut aussi les employé: lorsqu'on craint le grillage, en proportiont ant la quantité de soufre à entrer dans le mélange suivant le plus ou moins de crainte que l'on a à ce sujet.

— Techn. Le gaz acide sulfureux a reçu, soit pour ses propriétéis décolorantes, soit pour ses propriétés antiseptiques, un grand nombre d'applications. .Son emploi le plus important consiste dans le blanchiment de la laine. Les appareils pour les soufrages, ou soufroirs, peuvent être rE.ngés dans deux catégories. Tantôt ce son, des chambres en maçonnerie, dans lesquelles on suspend les pièces encore humides à des perches horizontale^, disposées parallèlement à la partie supérieure. Le soufre est brûlé dans de petits fourneaux disposés aux quatre coins de fa chambre. Le gaz acide sulfureux est absorbé par l'eau dont les pièces sont chargées. D'autres fois, on se sert de soufroirs continus ou de chambres rectangulaires en maçonnerie ou en bois. Le tissu se déroule d'un rouleau et pénètre par une fente dans la partie supérieure de l'appareil où il circule, tendu par des roulettes, par couches horizontales, depuis le haut jusqu'en bas, pour sortir par une fente dispesée à la partie inférieure de la paroi opposée. L'acide sulfureux, engendré par la combustion du soufre, s'élève en sens inverse de la marche des pièces pour s'écouler par un tuyau qui communique avec une chemiree d'appel. On lave les pièces à l'eau tiède pour faire disparaître l'acide sulfurique formé; on azuré au moyen du carmin d'indigo et on sèche au tambour.

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La laine blanchie au moyen du guz acide sulfureux jaunit au contact de l'air. M. Pion évite cet effet en remplaçant le soufrage ordinaire par une immersion de la laine dans du sulfite de soude additionné d'acide chlorhydrique. Quand la soie est destinée h être tissée en blanc ou que le tissu se teint pour blanc à un échantillon donné, il devient nécessaire de soumettre cette soie ou ce tissu à l'action de l'acide sulfureux. Dans un iocal en maçonnerie, voûté et pouvant se fermer hermétiquement par une porte boulonnée, on expose la soie dégommée par un premier savon aux vapeurs de soufre enflammé.

Après vingt-quatre heures d'exposition, on achève la cuite par un second savon et on teint en blanc au moyen du carmin d'indigo ou de la cochenille ammoniacale.

Le soufrage ou mutage se pratique fort en grand pour la conservation des liquides sucrés ou vineux, tels que le vin, le moût de raisin, les sucs de pommes, de poires, de coings, etc. Cette opération consiste à les imprégner de gaz acide sulfureux, qu'on obtient par la combustion de mèches soufrées, et qui ne sont autre chose que des bandes de grosse toile ou de coton que l'on plonge à plusieurs reprises dans du soufre fondu, auquel on ajoute, dans certains pays, des poudres aromatiques. On introduit les mèches enflammées dans le tonneau et on renouvelle l'air au moyen d'un soufflât. Pour empêcher que les débris de la combustion de lu toile ne restent dans le tonneau, on peut placer les mèches soufrées dans un dé en terre, percé de trous, qu'on suspend a. la bonde au moyen de fll de fer; cet appareil est dû à. M. Maumené. M. l'abbé Rozier a imaginé, dans le même but, un petit fourneau en tôle qui sert avec avantage,

Matthieu de Dombasle et Braconnot ont tiré un parti avantageux du gaz acide sulfureux pour conserver intacts pendant tout l'hiver les pulpes de betteraves et les légumes herbacés (oseille , laitues , asperges). M. Lamy a perfectionné et généralisé 1 emploi de cet agent, si éminemment antiseptique, en l'appliquant à la conservation des viandes. Voici comment il opère: les viandes sont renfermées à l'état frais, sans avoir subi aucune préparation, dans des caisses de fer-blanc, dans lesquelles on introduit du gaz acide sulfureux. Les caisses sont à double fond, et, pour éviter que le gaz sulfureux ne se transforme au contact de l'air en acide sulfurique, on remplit le double fond d'une dissolution alcaline de protoxyde de fer ou d'une dissolution de sulfate de cuivre saturée de deutoxyde d'azote.

SOUFRE s. m. (sou-fre — du lat. sulphur, mot qu'on rapporte au sanscrit çulvdri, soufre). Chim. Substance minérale d'un jaune citron, considérée comme un corps simple : Vapeur de soufre. Odeur de Soufrk. Cela sent le soufre. Blanchir des étoffes ù la fumée du soufre. Cette allumette n'a pas assez de soufre. (Acad.) La gale est, de toutes les 7naladies cutanées, celle pour laquelle oit fait le plus habituellement usage du soufre. (Cadet-Gassicourt.) Il Soufre vif, Soufre naturel.

il Fleur de soufre, Soufre sublimé. Il Soufre lavé, Soufre sublimé débarrassé par des lavages de toute espèce d'acide sulfurique. Il Lait de soufre, Liqueur laiteuse produite par la précipitation d'un sulfhyilrateparun acide.

t\ Foie de soufre, Polysuifure de potassium.

[[Soufre doré d'antimoine, Oxyde d'antimoine. Il Soufre hydrogéné, Acide hydrosulfurique. Il Crème de soufre. Ancien nom du soufre porphyrisé et lavé. Il Soufre en canon, Soufre coulé en bâtons cylindriques. Il Soufre rouge, Arsenic sulfuré, il Magistère de soufre, Sulfure de potasse précipité par un acide.

— Soufre végétal, Nom vulgaire de la poudre de lycopode et du pollen des conifères.

— Alchim. Principe imaginaire que l'on prétendait trouver dans les métaux.

— B.-arts. Reproduction en soufre de médailles ou autres objets en demi-ielief.

— Mar. Chemise de soufre, Artifice qu'on accrochait aux haubans du navire ennemi, pour l'incendier.

— Entom. Nom vulgaire d'un papillon du genre coliade. Il On l'appelle aussi soufré.

— Encycl. Chim. Lesou/reest un métalloïde connu depuis les temps les plus recules. Il a un poids atomique de 32, une dens.té de vapeur de 2,218 par rapport à l'air et de 32 par rapport à l'hydrogène, ce qui indique que son poids moléculaire est égal à 64. Son sjmbole étant S, et son poids moléculaire étant double de son poids atomique, la molécule du soufre en vapeur doit être représentée par le

symbole S* ou £.

Le soufre se rencontre à l'état natif soit sous la forme de cristaux transparents qui ont une couleur d'ambre (soufre vierge), soit sous la forme de masses cristallines opaques d'un jaune citron (soufre volcanique). On le trouve principalement en Sici, e, dans les couches qui appartiennent à ia formation de l'argile bleue, plus récente que celle de la cruie. Le soufre est intimement mêlé au cristal de roche, au gypse et à la célesline. Dans d'autres parties de l'Europo.on trouve aussi des couches semblables renfermant du soufre. On en rencontre aussi au Mexique. Ce corps se trouve quelquefois oc-

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Casionnellement dans les roches primitives, granit, mica, etc. Il abonde dans les tissures de la lave, autour des cratères volcaniques, comme cela se voit a la Solfatare de Naples {forum Vulcani) et sur le volcan de Popocatepetl, au Mexique. Le soufre existe aussi dans la nature en combinaison avec divers métaux, avec lesquels il forme des sulfures, tels que la blende (sulfure de zinc), les pyrites de fer et de cuivre (sulfures de fer et de cuivre), la galène (sulfure de plomb), le cinabre (sulfure de mercure), l'antimoine gris (sulfure d'antimoine), l'orpiment et le réal^ar (sulfure d'arsenic). Dans certaines eaux minérales, on rencontre de l'acide sulfhydrique libre. Cet acide fait partie des produits de décomposition des matières animales putréfiées. L'acide sulfureux est un des constituants les plus fréquents des émanations volcaniques, et l'acide sulfurique libre existe quelquefois tout formé dans les eaux qui coulent dans le voisinage des volcans. Le gypse, la célestine et le spath pesant sont des minéraux sulfatés biens connus, auxquels il faut ajouter les sulfates de magnésium et de sodium qui, si souvent, font partie des sels contenus dans les eaux minérales. Le soufre existe encore dans les composés albuminoïdes végétaux ou animaux, dans la taurine de la bile, danslacys-. tine de l'urine et dans les huiles volatiles de moutarde, d'ail, etc.

— Extraction. 1° Le soufre natif est quelquefois purifié par une simple fusion faite sur place. On met le feu à un tas de minerai, et la chaleur développée par la combustion d'une partie du soufre suffit à fondre une autre portion de ce corps, qui s'écoule. Tel est le procédé sicilien. D'autres fois, on le distille dans des cornues ou des pots placés dos à dos sur deux rangs dans de loi.gs fourneaux- de brique. On reçoit le produit distillé dans des pots semblables aux premiers et placés de même sur deux rangées à l'extérieur du fourneau. Ceux-ci sont munis chacun d'une ouverture à leur partie inférieure, par laquelle le soufre distillé et encore en fusion s'écoule dans un vase plein d'eau, où il se condense. Le soufre ainsi purifié, par fusion ou par une première distillation, est connu sous le nom de soufre brut ; il renferme environ 3 pour 100 de matières étrangères. En France, on raffine le soufre par une seconde distillation. Cette distillntion s'exécute dans une chaudière qui communique avec une grande chambre en maçonnerie, La chaudière est disposée d'une façon telle qu'on puisse y introduire de nouvelles quantités de soufre sans arrêter l'opération. Si l'on opère avec assez de rapidité pour distiller 1,800 kilogrammes de soufre en vingt-quatre heures, les parois de la chambre s échauffent suffisamment pour que le métalloïde y conserve l'état liquide. En le retirant, on le coule dans des moules en bois et on le livre au commerce sous la forme de bâtons. Si, au contraire, on conduitl'opératioii avec assez de lenteur pour que le poids du soufre distillé en vingt-quatre heures n'excède pas 300 kilogrammes, ce métalloïde se solidifie dans la chambre même, et, comme l'air s'interpose entre ses molécules au moment de la solidification, il se condense sous la forme d'une poussière fort ténue, connue dans le commerce sous le nom de fleur de soufre.

20 Extraction du soufre des pyrites. On peut obtenir du soufre libre en chauffant en vase clos du bisulfure de fer (pyrite martiale), par une réaction identique à celle qui donne de l'oxygène lorsqu'on calcine le peroxyde de manganèse :

3FeS« = Fe3S*. + s*

Bisulfure Sulfure Soufre.

de fer. de fer

magnétique.

Mais c'est surtout du sulfure double de fer et de cuivre (pyrite de cuivre) qu'on extrait industriellement le soufre, dans une première phase de la métallurgie du cuivre. Sur unecouche de pyrites cassées on place une couche de broussailles, au-dessus de laquelle on construit une énorme pyramide de minerai, au. centre de laquelle on ménage une cheminée communiquant avec des passages à air laissés à travers la broussaille. On recouvre la pyramide de minerai pulvérisé et l'on met le feu à la masse en jetant de petits fagots enflammés par la cheminée centrale. A mesure que la combustion a lieu, le soufre, mis en liberté par l'élévation de température, et qui a échappé à la combustion par suite de 1 insuffisance de la quantité d'air pour tout brûler, fond, coule et est reçu dans des cavités qui se forment d'elles-mêmes dans les parois du tas. On le recueille avec de grandes cuillers et on le met dans des moules. Un tas renfermant 2,000 tonnes de minerai continue de brûler pendant cinq ou six mois et fournit environ 20 tonnes de soufre brut, que l'on peut raffiner, comme celui qui provient du soufre natif de Sicile, par la méthode indiquée ci-dessus. Quelquefois on grille les pyrites de cuivre, pour en extraire le soufre, dans de grands tonneaux à dôme, du sommet duquel part un tuyau horizontal qui amène les vapeurs de soufre dans une chambre où elles se condensent. La chaleur seule ne suffisant pas à extraire tout le soufre contenu dans les pyrites ; on chauffe celles-ci à l'air, qui enlève le reste à l'état d'acide sulfureux, que l'on conduit dans des chambres de plomb

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pour la préparation de l'acide sulfurique. Dans certaines contrées, on extrait le soufre du sulfure de fer hydraté, qui résulte de la purification du gaz de l'éclairage, en l'exposant au contact de l'air :

2FeS + HSO + O» = 2HFer"Oî + S* Sulfure Eau. Oxy- Hydrate Soufre.

de fer. gène. ferrique.

L'acide ferrique obtenu dans cette oxydation sert de nouveau à purifier le gaz de l'éclairage avec production d'une nouvelle quantité de sulfure dont on extrait encore le soufre par l'exposition à l'air. On répète l'opération un grand nombre de fois, jusqu'à ce que le soufre qui reste mélangé à l'hydrate de fer s'élève aux 40 on aux 50 centièmes de la masse. Arrivé à ce point, on distille celle-ci dans de grands tubes en fer.

3° Régénération du soufre des marcs de soude. Cette industrie a pris naissance en Allemagne. Le problème était partiellement résolu dans ses différents détails par les recherches antérieures des chimistes, et la question était circonscrite dans l'étude des trois points suivants :a. l'application convenable de l'oxydation par l'air, de manière à obtenir des composés qui, traités par un acide, ne dégageassent pas de gaz et n'exigeassent qu'une molécule d'acide pour la précipitation de plusieurs molécules de soufre ; %. l'emploi des résidus de chlorure de chaux, Soit comme principe acide, soit comme sels métalliques capables de fixer le soufre ou encore de le précipiter; y. l'extraction, la purification et la fusion du soufre brut précipité.

Les travaux de MM. Losh (1852), "Woble, Townsend et Walker (1860) avaient porté sur la première question ; ceux de MM. Townsend et Walker sur la seconde, combinée avec la première; enfin, la troisième n'avait pas été encore abordée, lorsque MM. Guckelberger et Schaffner arrivèrent au but en traitant les marcs de soude oxydés par l'acide ohlorhydrique.

De là à l'emploi des résidus de chlorure de chaux au lieu d'acide chlorhydrique, il n'y avait plus qu'un pas à faire ; il suffisait de suivre la voie tracée par MM. Townsend et Walker dans leur brevet de 1860 et dont voici quelques extraits :

< Pour retirer le soufre, on mélange la solution de sulfure de calcium que nous appellerons liqueur non oxydée, provenant de l'oxydation par l'air des marcs de soude, avec du chlorure de manganèse provenant de la préparation du chlore. On peut alors obtenir à volonté, suivant les proportions employées, soit du soufre, soit un mélange de soufre et de sulfure de fer, soit encore un mélange de soufre, de sulfure de fer et de sulfure de manganèse. Le sulfure de manganèse est brûlé dans des fours semblables a ceux des pyrites, et le résidu, contenant une forte proportion de manganèse, peut être utilisé dans la préparation du chlore... »

L'usine de Dieuze rendit plus tard ce procédé tout à fait pratique en y apportant certains perfectionnements dus aux recherches de Kopp et Hoffmann.

Les premières recherches de MM. Guckelberger et Schaffner datent de 1858.

M. Schaffner a fabriqué en 1866, dans l'usine d'Aussig, plus de 400,000 kilogrammes de soufre pur préparé par le procédé suivant : La première oxydation (à l'air) a lieu en grand tas; la masse est lessivée; les résidus, laissés dans les bassins de lixiviation, sont soumis à l'action des gaz provenant des foyers de la fabrique, avant que ceux-ci se rendent dans la cheminée. Ces gaz, composés d'anhydride carbonique, de vapeur d'eau et d'air en excès, produisent une oxydation trèsprompte ; on lessive à nouveau et l'on recommence cette opération une seconde fois. Les liquides obtenus sont traités par l'acide chlorhydrique, et le soufre, lavé, est fondu dans un appareil à haute pression.

En résumé , le procédé généralement employé consiste aujourd'hui à faire agir l'air sur les marcs de soude de manière à provoquer la formation de polysulfures et d'hyposulfites. A Dieuze, cette opération est activée par une adjonction de sulfure métallique. Les marcs oxydés fournissent une dissolution sulfurée qui est traitée soit par l'acide chlorhydrique, soit par les résidus de la fabrication du chlore. Enfin le soufre précipité est purifié et fondu par le procédé de M. Schaffner.

— Propriétés. A la température ordinaire, le soufre est solide, très-cassant, d'une couleur jaune citron, dénué de toute saveur, de toute odeur et insoluble dans l'eau. Il conduit mal le calorique et ne conduit pas du tout l'électricité. Frotté avec de la laine ou des poils, il devient électro-négatif. Cristallisé a l'état natif, il a une densité de 2,05. Il commence à fondre à 114°; à 120°, il est entièrement converti en un liquide limpide , d'un jaune pâle, plus léger que le soufre solide. Si la température de 120° n'a pas été dépassée, le liquide se solidifie d'une manière instantanée par le refroidissement et se prend alors en une masse transparente qui conserve longtemps sa transparence. Si l'on élève la température bien au-dessus de 120° , le point de congélation du soufre se trouve abaissé à 1U°,5 par suite de la formation d'une modification, allotropique de cet élément. Solidifié à cette basse température, le soufre est d'à-

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bord transparent, mais il perd beaucoup plus vite sa transparence que celui qui n'a pas été chauffé au-dessus de 120°. A mesure que l'on élève de plus en plus au-dessus de 120° la température du soufre fondu, celui-ci se fonce en couleur et devient visqueux, à ce point qu'entre 200" et 250" on peut, tant est grande sa viscosité, retourner le vase qui le renferme sans qu'il s'en écoule une seule goutte. La température correspondant au maximum de viscosité demeure constante pendant quelque temps, par suite de l'absorption d une grande quantité de chaleur qui devient latente. Entre 250° et 300° et au-dessus, le soufre se liquéfie de nouveau, mais sans reprendre sa couleur jaune et sans devenir jamais aussi fluide qu'entre 115» et 120°. Par le refroidissement, i! passe par des phases absolument inverses de celles que nous venons de décrire. Il bout à 440" et se convertit alors en une vapeur jaune orangé. D'après Bineau, dont les données ont été plus récemment confirmées par MM. Deville et Troost, la densité de vapeur du soufre, prise a l,oooo, est 32 fois plus forte que celle de l'hydrogène à la même température. La même densité prise a 500" est anomale et 3 fois plus forte que la théorie n'exige. On doit en conclure qu'à 1,000° la vapeur sulfureuse renferme ia molécule simple S*, tandis qu'à 500° elle renferme la molécule plus complexe S', qui est probablement celle de la modification allotropique du soufre que nous décrirons plus bas et qui est connue sous le nom de soufre insoluble. Le soufre émet des vapeurs sensibles à la température ordinaire; en effet, un morceau de feuille d'argent suspendu au-dessus d'un bâton de soufre qu'elle ne touche pas se transforme rapidement en sulfure argentique sous l'influence de la vapeur de soufre.

Le soufre est remarquable par le grand nombre des formes allotropiques qu'il peut affecter. Parmi ces formes, toutefois, il y a deux variétés principales bien caractérisées, celle qui est connue sous le nom de variété soluble et celle qui est connue sous le nom de variété insoluble. Les autres sont des modifications de second ordre. Berthelot distingue la variété soluble par le nom de soufre électro-négatif, parce qu'elle se dépose au pôle positif d'une pile pendant l'electrolyse de l'acide sulfhydrique, et parce qu'elle se sépare de la combinaison du soufre avec les métaux positifs. Quant à la variété insoluble, il lui donne le nom de soufre électro-positif, parce que le soufre se dépose sous cette forme au pôle négatif d'une pile dans l'electrolyse de l'acide sulfureux, et que c'est également sous cette forme que ce métalloïde se sépare de Ses combinaisons avec les éléments électronégatifs , chlore, brome, oxygène, etc. Cette division de Berthelot du soufre en électropositif et électro-négatif n'est pas fondée. Cloez a fait voir, en effet, que d'un même composé , le chlorure de soufre par exemple, on peut retirer, au moyen de l'eau, soit du soufre soluble, soit, du soufre insoluble, selon la rapidité de lu réaction. Cette expérience et quelques autres fort importantes de cet habile chimiste ont ruiné complètement l'opinion de Berthelot.

On connaît trots modifications de la variété soluble du soufre : le soufre octaédrique, le soufre prismatique et le soufre amorphe soluble.

La modification octaédrique, souvent représentée par le symbole Sa, qui est de beaucoup la plus stable a la température ordinaire, est par cela même celle dans laquelle à cette température toutes les autres modifications solubles ou insolubles tendent à se transformer. C'est sous cette forme que le soufre se rencontre cristallisé à l'état natif et qu'il se dépose lorsqu'on abandonne à l'évaporation spontanée sa dissolution dans le sulfure de carbone. Sa densité égale 2,05 et son point de fusion est à 114°. Il se dissout avec facilite dans le sulfure de carbone, le disulfure de chlore, la benzine, l'essence de térébenthine, le pétrole, etc. Il est fort peu soluble dans l'alcool et l'éther. Le sulfure de carbone est de beaucoup le meilleur de ses dissolvants. Ses cristaux ont la forme d'octaèdres allongés, qui dérivent du prisme droit du quatrième système.

La modification prismatique, souvent représentée par le symbole Sa, se produit lorsqu'on abandonne le soufre fondu à un refroidissement lent, ou lorsqu'on abandonne pendant quelque temps le soufre octaédrique à une température de 105°-114°. A cette température, c'est, en effet, la variété prismatique qui est la plus stable et vers laquelle toutes les autres convergent. Si, lorsqu'on a laissé refroidir lentement quelques kilogrammes de soufre fondu, jusqu à ce qu'une croûte solide se soit formée à la surface, on enlève cette croûte et qu'on verse ce qui reste de soufre liquide encore, la masse solidifiée sur les parois du vase est formée de magnifiques aiguilles transparentes d'un jaune brun, qui appartiennent au prisme du cinquième système cristallin. La densité de ces aiguilles est de 1,98 et, lorsqu'elles sont exemptes de soufre plastique, leur point de fusion est, d'après Brodie, situé à 120°, tandis que la présence du soufre plastique abaisse leur point de fusion à 111». Il se dissout facilement dans le sulfure de carbone et les autres dissolvants. En quelques jours, à la température ordinaire, il tombe en poussière pour peu qu'on le touche, et, si l'on examine la poudre au

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microscope , on voit qu'elle est composée de petits octaèdres du quatrième système ; le soufre prismatique s'est donc transformé en soufre octaédrique; nous avons dit que la transformation inverse s'opère entre 105° et 114<>. La transformation du soufre prismatique en soufre octaédrique s'accompagne d'un dégagement de chaleur, qui devient très-évident lorsqu'on rend cette transformation rapide en broyant les cristaux. Lorsqu'on laisse refroidir une dissolution saturée à chaud do soufre dans l'essence de térébenthine, les premiers cristaux qui se déposent sont prismatiques ; ceux qui viennent après, et qui correspondent au moment où le liquide est relativement plus froid, appartiennent au contraire à la variété octaédiique. Quelquefois, exceptionnellement, il se dépose quelque senstaux transparents de soufre prismatique d'une dissolution de soufre dans le sulfure de carbone; mais ces derniers se convertissent presque aussitôt en agrégations opaques de cristaux octaédriques microscopiques.

Le soufre amorphe soluble se précipite sous la forme d'-;ne matière bla riche émulsionnée lorsqu'on ajoute un acide à la solution des polysulfures alcalins :

K2S« -f 2HC1

Pcrsul- Acide,

fure de po- chlorny-

tassium. drique.

Chlorure

Acide sulf-

Soufre

potassique.

hydrique.

Examinée au microscope, cette variété de soufre parait constituée par de petits granules dépourvus de tout caractère cristallin. Elle est facilement soluble dans le sulfure de carbone et autres menstrues. Sa couleur est d'un blanc verdure. On lui donne généralement le nom de lait de soufre. Par le repos, elle se convertit graduellement en cristaux octaédriques. Le soufre sublimé semble appartenir à eette variété ; il consiste, en effet, en petits globules, dont ni la surface ni la cassure ne sont cristallines. Toutefois, le soufre sublimé renferme toujours une certaine proportion de soufre insoluble. La vapeur de soufre, lorsqu'elle est brusquement refroidie, se condense sous la forme de cellules ou de gouttes liquides, entourées par une pellicule solide. Celles-ci retiennent pendant longtemps leur liquidité ; mais, dès qu'elles sont devenues solides, elles ont tous les caractères du soufre sublimé. Abandonnées à ellesmêmes , elles se convertissent eu cristaux octaédriques.

Les principales modifications de la variété insoluble du soufre sont les suivantes :

1° Le soufre insoluble amorphe, la plus stable de toutes; on l'obtient sous la forme d'un magma mou en décomposant le chlorure de soufre par l'eau :

2SÎC12

Chlorure

de soufre.

+ 3H«0 Eau.

4HC1 + Acide chlorhydrique.

H2SS03 -f- Acide hyposulfureux.

2S Soufre

L'acide hyposulfureuxproduitdans cette réaction se décompose secondairement en acide sulfureux et en soufre :

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