‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 576 sur 1059 · C. Delavione · texte numérisé non relu

C. Delavione

Le cœur d'un homme vierge est un vase profond: Lorsque la première eau qu'on y verse est impure, La mer y passerait sans laver la souillure.

— Encycl. Théol. Les fondateurs des religions antiques ont été des législateurs autant et plus que des théologiens; leur rôle a été pour le moins aussi politique que religieux. Beaucoup de leurs prescriptions, dont ia portée échappe aux esprits superiiciels, lorsqu'on étudie les mœurs, les caractères et les climats dont ils ont eu à tenir compte, apparaissent pleines de sagesse et de raison.

Les peuples primitifs, et en général, même de nos jours, les ignorants sont comme les enfants; il faut qu'on les oblige à faire ce qui leur est utile, qu'on leur défende de faire ce qui est nuisible; les conseils ne servent de rien ; il leur faut des ordres, des prescriptions.

Dans les pays chauds, plus encore que dans tous les autres, la propreté est d'une nécessité absolue. La chaleur faisant éclore avec une grande rapidité tous les germes délétères et corrupieurs qui se trouvent dans les ordures, il y va de la salubrité publique que les individus se tiennent à l'abri de toute souillure.

Or, le grand purificateur, l'agent qui est à la fois le plus répandu et le plus propre à nettoyer et à entretenir en propreté nommes, bêtes et choses, c'est l'eau. Aussi, toutes les religions antiques prescrivent-elles les ablutions.

Afin de donner un caractère surnaturel aux ablutions prescrites, et afin d'empêcher aucun homme d'y manquer, les religions primitives enseignent que ces ablutions, en même temps qu'elles lavent le corps, purifient l'âme de ses souillures. Aussi les Indous déposent-ils encore, de nos jours, leurs malades et leurs mourants le long du fleuve sacré, le Gange. Ce moyen thérapeutique est déplorable, mais il fallait que l'idée de purification fut ainsi accentuée pour qu'elle s'implantât d'une manière durable dans la population. L'Arabe, au sein du désert, n ayant pas d'eau pour faire ses ablutions matinales, se frotte le corps avec le sable brûlant. Les Hébreux avaient aussi leurs aspersions, les Grecs et les Romains leur eau lustrale, les chrétiens leur baptême, qui lavait autrefois tout le corps, et dont le symbole seul est resté sous forme de quelques gouttes d'eau

SOUI

versées sur le front de l'enfant. Les idées de propreté ont assez pénétré dans notre société pour qu'il ne soit plus nécessaire de faire intervenir la religion pour nous engager à laver notre corps.

Mais il ne suffit pas, surtout dans les pays chauds, pour maintenir le corps sain, d'enlever les souillures extérieures, la poussière, la crasse, etc. ; il fa xt aussi prémunir les hommes contre les aliments agréables au goût, inoffensifs dans le reste du monde, dangereux dans les pays chauds, notamment contre la chair de certains animaux. L'Inde, avec. sa métempsycose et son amour profond de tout ce qui vit, s'abstient de chair, et ainsi sont supprimées les causes d'une foule de maladies contagieuses; les Juifs aimaient, au contraire, à tuer et à manger les animaux. Du goût immodéré pour Ta chair peut résulter un grand nembre d'affections morbides. Moïse dut donc combattre cette tendance, et il y réussit, en partie.

D'abord, il interdit de se nourrir du sang des animaux ; le sang, cette chair liquide qui entretient et développe ia chair solide, charrie, en effet, les ger nés de toutes les impuretés des animaux malsains. Il décréta que c'était une souillure de manger du sang, et que de longues purifications ne la lavaient qu'à grand'peine. » Le sang est l'àme de la bête, » dit ce matérialiste, dans les écrits duquel les théologiens ineptes cherchent des preuves de l'immor:alité de l'àme. Les Hébreux s'abstiûrent de sang; ils s'en abstiennent encore uujorrd'hui, même dans nos pays, où cette loi nosaïque n'a plus de raison d'être. Ensuite Moïse interdit la chair de quelques animaux que son expérience lui dénonçait corane malsaine; de ce nombre, les animaux <■ à pied fourchu, » et surtout le cochon, dont la viande était réputée donner la lèpre , maladie essentiellement orientale. Le porc est d'ailleurs, même dans nos pays, sujet à une foule d'affections qui le rendent trés-dangereux. Citons, par exemple, la ladrerie, qui n'a pas chez nous, aujourd'hui, des effets très-délétères, et la trichinose, maladie c jntagieuse, qui amène chez l'homme qui a mangé du porc atteint de cette maladie une mor; cruelle, précédée d'horribles souffrances. La loi de Moïse ne mit pas seulement au nombre des souillures la viande de certains animaux. Sa nomenclature des bêtes immondes i.'étendit aux bêtes les plus dangereuses et les plus horribles à voir. Ainsi Moïse pro-scrivit tous les reptiles, le lézard, la salamandre, les serpents, dont le venin est mort£l dans ces pays chauds.

L'Inde, aimante h l'excès, était bienveillante, même envers ces animaux hideux ; elle ne les supprimait pas, ne les tenait pas pour immondes; elle les charmait, et le terrible serpent à lunettes égayait par ses danses les fêtes publiques. La Judée, moins poétique, était effrayée de ces animaux; elle s'en éloignait et les faisait périr lorsqu'elle le pouvait. Aucun animal n'était une occasion de souillure pour l'Inde; tous les animaux malfaisants étaient immondes pour la Judée; et lorsque l'auteur de la Genèse veut mettre en scène le mJ lui-même, Satan, il lui donne la forme d'un serpent.

L'esprit inquiat et soupçonneux des Juifs les tenait éloignés de tout ce qu'ils ne connaissaient pas. L'inconnu est dangereux; le dangereux est immonde. Toute relation avec l'inconnu est une souillure. Et eette^précaution exagérée rie concerne pas seulement les animaux et les choses, elle s'adresse même aux hommes : souillure, tout rapport avec les peuples étrangers. De là, cette solitude étonnante où sj trouvent les Juifs dans l'histoire; de là, lu défiance réciproque des peuples voisins; le là, ces guerres incessantes ; de là, ce J éhovah, fort et jaloux, qui refuse de pactiser, comme les dieux faciles de la Grèce et de Rome. L'idée de souillure attachée aux rapports des Juifs avec les étrangers créa dans la primitive Eglise chrétienne des dispensions célèbres. Ainsi, tandis que saint Pai.l, élève des pharisiens, mais aussi citoyen romain, évangéli&ait les «barbares s et s'intitulait « l'apôtre des gentils, » saint Jacques et saint Pierre ne voulaient prêcher leur doctrines qu'aux enfants d'Israël, croyant que c'était souillure que de parler aux païens, et recommandaient, comme les Juifs, de «'abstenir de viandes d'animaux étouffés et non saignés. Le livre des Actes des apôtres nous fait à ce sujet un récit très-curieux dt très-caractéristique ; nous voulons parler de la vision de saint Pierre, à Césarée, ehtz le centurion Corneille. Dans cette vision, t'apôtre vit descendre du ciel un drap sur lequel se trouvaient toutes les souillures possibles, des porcs, des reptiles, des bêtes étouffées, etc., et une voix lui dit : « Pierre, prends et mange. — Jamais, répondit saint Pierre, aucune souillure n'entrera dans r.ia bouche. » Et la voix lui dit : « Ne tiens plus pour souillé ce que Dieu a purifié. » Et c'est alors que Pierre comprit que le formalisme juif ne devait pas être appliqué à la nouvelle religion et qu'il devait aller la prêcher aux païens.

En dehor.i de la malpropreté des animaux malsains et dangereux, en dehors des étrangers ennem.s, le inosaïsme reconnaissait encore d'autres causes de souillure. Si l'on devait, dans l'intérêt de lu. santé publique, proscrire les viandes susceptibles de donner des maladies contagieuses, on devait user de

SOUI

même vis-à-vis des individus atteints de ces maladies. Les moindres maladies de peau pouvaient devenir mortelles à cause de l'élévation de la température, et la contagion pouvait se propager avec une effrayante rapidité. Combien plus était alors à redouter la Contagion de la lèpre, ce mal hideux qui faisait tomber les chairs en putréfaction et consommait lentement, avec d'atroces souffrances, la destruction des tissus etde la vie. Aussi Moïse déclare-t-il le lépreux souillé, et ordonne-t-il de le bannir de la ville. La lèpre est une souillure; quiconque vient à en guérir, ou quiconque a touché quelque chose appartenant à un lépreux, doit venir aussitôt accomplir sa purification dans le temple.

Les maladies contagieuses ne sont pas les seules que la loi de Moïse considère comme des souillures. La grossesse, par exemple, est une souilture au premier chef. La cause de ce fait b!zarre est multiple. La grossesse est une souillure pour les Juifs : io parce qu'elle est le résultat d'un acte charnel, matériel, auquel est attachée, dans toutes les religions monothéistes, une idée d'impureté ; 20 parce que les circonstances mêm.±s qui entourent l'accouchement, le sang répandu, les mucosités et toutes les excrétions qui accompagnent la venue de l'enfant nécessitent une purification, des ablutions, etc., que le législateur de peuples ignorants doit ordonner au nom de la religion pour qu'on ne les néglige pas. Aussi, toute femme juive, après ses couches, était-elle tenue d'aller faire sa purification au temple, et l'église célèbre, le 2 février, l'anniversaire de la purification de la vierge Marie. Cette idée de souillure de ia grossesse se retrouve également dans les relevailles chrétiennes.

Les viandes sacrifiées aux idoles étaient, cela va sans dire, des souillures pour les premiers chrétiens. Quiconque en mangeait était tenu pour apostat. Les prescriptions de l'Eglise touchant le carême et le vendredi, le samedi, etc., période et jours auxquels il est défendu de manger des viandes d'animaux à sang chaud, peuvent être considérées comme le résultat de la notion de jeûne et d'abstinence combinée avec la notion juive de souillure attachée k certaines viandes. Dans le protestantisme, aucune prescription à ce sujetn'a été faite. La religion réformée n'admet d'autres souillures que les mauvaises pensées et les mauvaises actions.

SOl/lLLY, bourg de France (Meuse), chM.

de cant., arrond. et à 20 kilom. S.-O. de "Verdun, entre l'Aire et la Meuse; pop. aggl., 877 hab. — pop. tôt., 888 hab. Fabriques de bois de brosses.

SOUÏ-MANGA s. m. (sou-i-manga — du madécasse souî, sucre; manga, manger).

Ornilh. Genre de passereaux ténuirostres, type de la famille des cinnyridée.s, voisin des sucriers, et comprenant de nombreuses espèces, qui habitent Surtout l'Afrique et l'archipel Indien: Les souÏ-manqas ont un ramage agréable, un naturel gai. (Z. Gerbe.) Le souï-manga ordinaire est le grimpereau violet. (V. de Bomare.)

— Encycl. Ce genre a pour caractères zoologiques le bec droit ou recourbé légèrement, plus ou moins long, très-grêle, trèsaigu, un peu irigone, en alêne, élargi à la base, ayant les bords des mandibules trèsfinement dentelés le plus ordinairement, parfois unis. Les narines sont latérales, situées à la base du bec, fermées par une membrane. Les ailes sont subaigues ; la queue courte et égale, souvent dépassée par deux longs brins provenant de rallongement des deux rectrices médianes ; les tarses minces, nus, scutellés, plus longs ou aussi longs que le doigt intermédiaire; le doigt latéral externe plus allongé que l'interne; la langue extensible, tubulaire, pouvant sortir du bec et s'étendre au dehors, et bifurquée à sa pointe ou parfois ayant trois filets. Dans presque tous les souî-mangas, les mandibules sont dentelées comme une scie; les dents sont plus ou moins grandes, plus ou moins écartées dans certains individus. Celles de la nvindibule supérieure correspondent tellement à celles de l'inférieure, qu'elles s'engrènent les unes dans les auties. Eu général, les soul-mangas ont le plumage au moins aussi beau que celii des brillants colibris; ce sont les couleurs les plus riches, les plus éclatantes, les plus moelleuses; toutes les nuances de vert, de bleu, d'orangé, de rouge, de pourpre, relevées encore par l'opposition des diverses teintes de bleu et de noir velouté qui leur servent d'ombre.

Ces oiseaux font leur principale nourriture de la substance mielleuse que contient le calice des fleurs. Ils se tiennent sur le tronc des arbres et sur la tige des plantes, soit pour se mettre à la portée des fleurs, joit pour pomper la surabondfince àe la sôve dont certains arbres se débarrassent naturellement et qu'ils recherchent aussi , soit enfin pour ramasser les petits insectes dont ils se nourrissent encore, surtout lorsqu'ils sont privés de leur nourriture favorite, le miel des fleurs; mais ils ne grimpent absolument pas, et même, lorsqu ils se suspendent aux petites branches ou qu'ils s'accrochent aux tiges des plantes, c'est en les empoignant de leurs doigts, ainsi que le font les mésanges, et non à la manière des vrais grimpereaux qui s'accrochent avec leurs ongles a cramjpons, caractère qui manque aux

Page 1