SOULIOTE
— Encycl. Hist. Le petit territoire de Souli servit autrefois de refuge k quelques familles de l'Epire, dont les descendants conservèrent toujours la haine du despotisme turc. La lutte héroïque des Souliotes contre les Turcs mérite que nous consacrions quelques lignes à l'histoire de cette énergique population. Vers la fin du xvne siècle, des pâtres du voisinage de Gardiki, en Albanie, maltraités par les Turcs, se retirèrent avec leurs troupeaux dans les montagnes et formèrent une communauté dans un village qui porta dès lors le nom de Souli. En 1792, ce village était devenu le chef-lieu d'une petite république non-seulement reconnue, mais redoutée.
La masse totale du peuple de Souli se partageait à cette époque en deux classes : l'une souveraine et gouvernante, l'autre sujette et gouvernée. Cette dernière consistait en un mélange de Grecs et d'Albanais conquis, désignés collectivement par le nom de Para- Souliotes, Souliotes adjoints. Les Souliotes de race habitaient onze villages, et étaient au nombre de 5,000. Quant à la population sujette, elle s'élevait à plus de 7,000 individus, qui occupaient une soixantaine de villages dans le plat pays.
Les Souliotes primitifs, confinés sur d'âpres rochers, n'exerçaient aucune industrie, ne se livraient à aucun négoce. Ils élevaient quelque bétail, mais trop peu pour en tirer leur subsistance. Ce qui leur manquait, il n'y avait pour eux qu'un moyen de se le procurer : c était de l'enlever aux habitants et aux cultivateurs des plaines. Ils partaient, pour justifier cette conduite, d'un principe de droit qu'ils énonçaient sans détours, et même avec orgueil : « Les terres qu'occupent aujourd'hui les Turcs, ne sont pas les terres des Turcs ; ce sont celles de nos pères. Nos pères en ont été dépouillés par la force, et nous, leurs enfants et leurs héritiers, nous avons le droit d'en reprendre, pour vivre, tout ce que nous pouvons. Quant aux Grecs et aux autres chrétiens qui labourent pour les Turcs, qu'ils prennent les armes avec nous pour conquérir la terre commune ou qu'ils se résignent à être traités par nous comme ceux qui nous l'ont ravie. » Avec un tel principe de droit public, les Souliotes eurent nécessairement des guerres fréquentes avec les petits pachas turcs du voisinage ; ils furent victorieux, et ce fut ainsi qu'ils conquirent les soixante villages de la Para-Souliotide. Les Turcs les reconnurent comme puissance indépendante, mais il y eut cela de bizarre dans les conventions entre les deux peuples, que les Souliotes y figurèrent à la fois à titre de conquérants ou de vainqueurs et à titre de sujets ou de vaincus. Ainsi, ils payaient aux délégués de la Porte le tribut ordinaire des raïas, c'est-àdire une capitation en argent, et de plus la dîme de leurs troupeaux, de leur beurre et de leur fromage. D'un autre côté, ils levaient la même dîme et la même capitation dans les villages qu'ils possédaient à titre de conquête.
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Ce n'étuit pas tout : ils se faisaient payer, en outre, une rétribution particulière en argent, par les agas et les pachas voisins, pour ne point dévaster les terres de leur domaine.
Quant ù l'organisation intérieure de la république, la famille, prise collectivement, était considérée comme l'élément politique de l'Etat. Un certain nombre de familles alliées formait une phara ou tribu, gouvernéo par le chef de lu famille la plus respectée. Il n'y avait ni tribunaux ni lois; les différends se terminaient par la sentence arbitrale des chefs des familles ju pharas auxquelles appartenaient les disputants. Quant aux affaires publiques, c'était un conseil composé des chefs des pharas, au nombre de quarante-sept, qui en décidait. De ces affaires, la principale, la seule presque, était la guerre.
Les forces militaires des Souliotes, trèsgrandes, sans doute, relativement à la population totale, étaient fort peu de chose par elles-mêmes. Sou!; ne put jamais, dans ses plus grandes détresses, ni dans ses plus grandes entreprises , mettre sur pied plus de 1,500 combattants.
Un Souliole ne quittait jamais ses armes ; il mangeait, il donnait avec elles. C'était le fusil sur l'ëpa'ile, le sabre au flanc et le poignard k la ceinture, qu'il allait à l'église ou menait paître ses chèvres. Tout dans les lois, les mœurs, l'éducation, tendait à l'exaltation du courage. Les femmes suivaient les hommes à la guerre; elles leur apportaient des vivres, des munitions, et au besoin combattaient avec eux.
En J789 et 1790, les Soulioies, excités par les Russes, se soulevèrent et battirent l'armée d'Ali-Pacha; mais la Russie signa bientôt un accommodement avec la Turquie et livra, comme en 1770, les malheureux Grecs à la vengeance de leurs oppresseurs. Ali songea alors à se venger; il essaya d'abord de la ruse, mais il fut joué par Lampros Tsavellas, l'un des chefs des Souliotes, Il se décida enfin à combattre, rassembla l'élite des Albanais, au nombre de 7,000 à 8,000 hommes, et marcha sur Souli. Les montagnards n'avaient k lui opposer que 1,300 hommes commandés pat- Georges Botzaris et Lampros Tsavellas. Après une résistance acharnée, les défilés furent forcés, et les Albanais poursuivirent leur marche vers la cime de la montagne. Le plan des Souliotes était de les laisser approcher jusqu'à Souli, où une embuscade leur était tendue. Mais ce plan fut modifié par un incident qu'on n'avait pu prévoir. Les femmes de Souli voyant l'ennemi s'avancer, s'imaginèrent que c'était à elles de sauver le pays. Moscho, l'épouse de Tsavellas, force k coups de hache trois caissons de cartouches, remplit son tablier, prend un sabre, un fusil, et s'élance au-devant des Albanais, suivie d'un bataillon de ses compagnes. Entraînés par leur élan, 400 hommes postés à Souli, se jettent avec elles sur l'ennemi, qui recule déconcerté.' Les troupes placées en embuscade accourent; une grêle de balles, d'énormes rochers roulent sur les Albanais. Entourés de toutes parts, ceux-ci perdent la tête, jettent leurs armes et se précipitent en désordre vers ta plaine, poursuivis par leurs vainqueurs. On porte le nombre des morts à plus de 3,000 du côté des Albanais ; les Souliotes n'eurent que 74 tués. Cette journée (20 juillet 1792) est restée fameuse dans les annales de la nationalité hellénique. Ali, qui avait vu de loin la déroute de son armée, s enferma dans son palais, à Janina, et s'y tint caché plus de quinze jours, sans vouloir parler à arae qui vive; et, pour que personne ne sût en quel état ses troupes rentraient à Janina, il défendit, sous peine de la vie, k tous les habitants de la ville de mettre la tête à la fenêtre. Il conclut la paix avec les Souliotes moyennant l'abandon d'une certaine étendue de territoire et autres conditions humiliantes.
Ali tenta une seconde expédition en 1800; ayant réuni une armée d'une vingtaine de mille hommes, il apparut inopinément dans les montagnes de la Souliotide. Georges Botzaris avait été gagné et s'était retiré de Souli avec sa tribu. Ce fut Photos, le fils de Tsavellas, mort quelques années auparavant, qui organisa la défense. A la tête de 200 hommes, il surprit pendant la nuit et mit en déroute l'armée ennemie, qui s'enfuit à la débandade et s'insurgea contre Ali, refusant de marcher désormais contre des êtres doués d'un pouvoir surnaturel. Ali fit alors construire autour de la montagne de Souli douze forteresses sur les points par lesquels les Souliotes pouvaient communiquer avec les pays environnants. Son but était de les prendre par la famine. Eu effet, au bout de quelques mois de blocus, les malheureux Souliotes turent réduits aux plus terribles extrémités, mais ils refusèrent de se rendre. Leurs sorties continuelles déconcertaient les assiégeants. Cependant, la détresse croissait de jour en jour, lorsque Ali-Pacha, forcé de marcher à Andrinople contre Georgim-Pacha, leur donna quelque temps de relâche ; ils en profitèrent pour s'approvisionner de vivres et de munitions. Ali, de retour avec toutes ses troupes, leur envoya un fils de Botzaris, porteur de nouvelles propositions de paix, propositions avantageuses, mais subordonnées à une condition essentielle : l'éloignement de Photos Tsavellas, le chef héroïque ui avait si bien défendu Souli, Les Souliotes iiiblirent dans cette circonstance; ils acceptèrent les propositions d'Ali. Photos mit de
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sa main le feu à sa maison et quitta le territoire de son ingrate patrie.
Ali , toujours perfide , crut alors pouvoir exploiter les ressentiments du brave capitaine. Il l'invita à so rendre à Janina, et là, après lui avoir fait une réception magnifique, il le pressa de faire sortir de Souli tous les hommes de sa tribu et de sa faction. Photos feignit d'entrer dans les vues du pacha ; il se rendit à Souli ; mais, au lieu d'intriguer en faveur d'Ali, il dévoila à ses compatriotes les ruses et les intentions secrètes de leur mortel ennemi; il les exhorta k l'union et h la vigilance. Les Souliotes, dévorés de remords, voulurent le retenir, lui jurant dévouement et obéissance; mais, fidèle à sa parole, !e nouveau Régulas repartit pour Souli, où le pacha le fit jeter dans un cachot.
La guerre recommença. Elle se continua sans incident iusqu'en mai 1803; k cette époque, les Soulioies, manquant de munitions, eurent recours aux Français en guerre avec la Porte et maîtres de Corfou. Le pacha présenta ce fait comme une trahison envers le Grand Seigneur, et dès lors il lui fut permis de poursuivre la guerre contre les Souliotes aveedes forces plus considérableset en même temps plus dévouées. Mais Souli paraissait imprenable; l'armée turque commençait à désespérer, lorsque la trahison vint au secours de sus armes. Deux misérables, Koutsonikas et Pilios Goussis, vendirent leur pays. Grâce à eux, les Turcs purent franchir les défilés et s'emparer de' presque tous les villages de la montagne. 11 ne resta bientôt plus aux Souliotes que la petite forteresse de Kiounghi et le village de Kiappa, dans lesquels ils se retranchèrent.
Dans cette situation désespérée, Photos, trompant le pacha, sortit de prison et vint se mettre à la tête des derniers braves de Souli. Le pain, l'eau manquaient. De nouvelles trahisons \inrent encore affaiblir les Souliotes. Une poignée de héros fit encore des prodiges. Photos, avec 150 hommes et quelques femmes arrêta et fit reculer 18,000 Turcs. A la fin, il fallut capituler; le lieutenant d'Ali, Véli-Pacha, accorda aux Soulioies la vie sauve et le passage libre, avec toutes les garanties de sécurité demandées; cette capitulatiou fut signée le 12 décembre 1803.
Le lendemain, les Souliotes partirent, lea larmes aux yeux, le cœur brisé. Cinq hommes restaient à Iliounghi, chargés de remettre aux Turcs la forteresse. L'un d'eux, le moine Samuel, lorsque les Turcs furent entrés dans le fort, mit le feu à un caisson de poudre et fit tout sauter.
Cependant Véli-Pacha et Ali, contrairement à la parole donnée, se mettaient à la poursuite des Souliotes qui se retiraient eu bon ordre, avec leurs femmes et leurs enfants. A Zalongos s'engagea une lutte terrible, dans laquelle se distingua Kitsos Botzaris, redevenu un vrai Soutiote. On se battit pendant trois jours.
Dans les montagnes d'Agrapha, près du monastère du Seltson, les Turcs firent une horrible boucherie. Après avoir écrasé les hommes sous des farces dix fois supérieures, ils se précipitèrent sur les femmes, qui se défendirent avec des couteaux, des pierres et des bâtons; beaucoup furent massacrées; d'autres, au nombre de cent soixante, parvinrent à gagner le sommet des roches et se précipitèrent avec leurs enfants dans les précipices. Photos et son détachement, Botzaris avec une poignée d'hommes, échappèrent à ces massacres et se réfugièrent k Parga. Ces débris du peuple souliote jouèrent un grand rôle dans la guerre de l'indépendance hellénique, et contribuèrent puissamment au succès de la cause nationale.
Soulioies (les femmks), tableau d'Ary Sohef-
fer. V. FKMMIiS SOULIOTUS.
SOULIOTIDE, contrée habitée par les Souliotes, et qui fait aujourd'hui partie de l'Albanie.
SOULL1ER (Charles-Simon-Pascal), littérateur, publiciste et compositeur français, né à Avignon le 16 avril 1797. Son père, qui était agent de change, le destina au commerce lorsqu'il eut terminé ses études; mais son goût prononcé pour les lettres et les arts, surtout pour la poésie et la musique, entraîna vers 1832, M. Charles Soullier à Paris, où il fonda, dès son arrivée, un journal de musique, le Troubadour provençal, et publia, chez les éditeurs Paciui et Romagnesi, plusieurs romances, entre autres : l'Effet d'un regard, les Châteaux en Espagne, la Valse du hameau, le lianz des vaches, etc. Peu de temps après, il fit paraître un journal de musique et de modes, la Gazette dessalons, puis un autre journal de modes, la Psyché, qui existe encore. De retour dans sa ville natale en 1810, il créa l'Indicateur d'Avignon , journal qui parait encore dans le Vaucluse. Cinq ans plus tard, il se défit de ce journal, qui prit alors le titre de Gazette de Vaucluse, et revint k Paris, où il fonda diverses feuilles littéraires et musicales, notamment l'Union chorale (1881), devenue quelque temps après l'Union musicale. Outre de nombreux articles de journaux, des poésies de circonstance, des romans, des feuilletons, une série de chœurs à trois ou quatre voix d'hommes, tels que le Moulin, les Champs, etc., composés pour des sociétés chorales, on lui doit plusieurs ouvrages, dans lesquels il a fait preuve d'un talent aussi souple que varié. Nous citerons de lui :
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la Caslromanie ou le Nouvel Abailard (1834, in- 12) ; les Satires de Pirse (Paris, 1837), traduites en vers français avec le texte en regard ; les Oiseaux politiques, poèmes héroïcomiques (Paris, 1836) ; Histoire de la révolution d'Avignon et du Comtat-Venaissin (Avignon, 1840, 2 vol. in-8°); Une vie de garçon (1844, in-8°), roniai ; Lettre à M. Tliiers sur le quatrième livre de la Propriété (1849, in-8°), sans nom d'autour; Nouveau dictionnaire de musique illustré (1855, in-8°) ; Annuaire musical ou Guide des compositeurs (1855, 2 vol. in-8°); PaWs neuf on Rêve et réalité (1855. in-4", illustré), recueil de satires; Junius Brulus ou Rome ancienne, draine historique en vers et en neuf tableaux (1869, in -8») ; Dictionnaire de musique complet (1870, in-18); Poésies complètes (1871, S vol. in-S"), comprenant des satires, épitres, odes, cantates, fables, chansons, pièces de théâtre, etc.; Epitre à un mutérialûte, avec des notes historiques sur le siège de Paris, etc. On doit encore à M. Charles Soullier cinq traductions d'ouvrages lyriques : la Sémiramide de Rossini, le Mariage secret de Cimarosa, VOberon de Weber, l'Etrangère de Bellini, la Pie voleuse de Rossini; la traduction en vers des principaux Noëls de Saboly, arrangés en chœurs pour les orphéons; un Noël inédit, traduit en vers, mis en musique et arrangé en choeur. Enfin, M. Soullier a obtenu une médaille dans le concours ouvert à l'occasion du cinquième centenaire de Pétrarque, pour un mémoire historique sur^la belle Laure.
SOULOIR v, n. ou intr. (sou-loir — lat. so- 1ère, même sens). Avoir coutume, avoir l'habitude de :
Quant à son temps, bien sut le dispenser : Deux parts en Ht, dont il touloit passer L'une a dormir et l'autre à ne rien faire.
La Fontaine.
Il Vieux mot. L'imparfait, qui avait survécu aux autres temps, est tombé lui-même en désuétude.
SOULOU (archipel de), groupe d'Iles de l'Océanie, dans la Malaisie, entre l'extrémité N.-E. de Bornéo et la côte S.-O. de Mindanao, par 5» 45'-6° 44' de latit. S. et 117«-120<> de longit. E. Cet archipel, qui suit une direction S.-O.-N.-E., comprend une soixantaine d'îles et se compose de trois groupes principaux : le groupe de Tawi-Tawi, près de Bornéo; le groupe Basilan, près de Mindanao, et le groupe deSoulou proprement dit, au centre. Les lies les plus ii (portantes sont : Basilan (v. ce mot), la plus grande ; Soulou, avec une ville du même nom, capitale de l'Ile et de tout l'archipel, nur la côte N.-O. de l'Ile ; Pangoutaran, Boulipougpong, Pata, Siassi, Taoui-Taoui et Tapoul. Le sol de ces iles est à la fois volcaniquti et madréporique, montueux et très-fertile. Le climat est chaud et il y règne un été presque continuel. Les montagnes, peu élevée:!, sont extrêmement boisées. Elles sont couvertes jusqu'au sommet d'épaisses forêts d 3 tecks, de cocotiers, de sagoutiers, de cam ihriers, de quassias, etc. Les terres basses abondent en bambous et en rotins. On y récolte du riz, du maïs, de la canne à sucre, du cacao, du coton, un café excellent, des patates , du sagou et des fruits délicieux, l'jrange, l'ananas, la mangouste, etc. On trouve dans les forêts des singes, des sangliers, des daims et quelques éléphants; les habitants élèvent des chevaux de petite race, des bœufs, des chèvres et des porcs. La mer qui entoure ces îles est parsemée de récifs de madrépores et de corail ; néanmoins, la navigation y est assez active. On y pêche de nombreux poissons et crustacés domestiques; on y trouve en abondance des requins, des tortues à écaille précieuse, l'huître periière , la nacre, dus holothuries très-prisées par les gourmets chinois ; et, dans les rochers des cotes, on prend des nids d'hirondelles qui sont l'objet d'un important commerce. L'ethnographie de ces contrées est encore très-conjet:turale. Cependant, on peut en tracer les trats principaux : les montagnes recèlent de petites tribus sauvages appartenant à une des races noires de ces régions, à la race papoue ou k la race des Négritos, plutôt môme à cette dernière; les esclaves fugitifs des côtes y ont aussi importé une certaine proportion de sang malais ou tagal. Les habitants des bords de la mer sont de même race que ceux du royaume de Baujermussing à Bornéo, dont 1 archipel faisait autrefois partie sous le nom de Baujerkoulan oc petit Baujer. En revanche, la noblesse, particulièrement des groupes de Soulou e: de Basilan, est originaire des îles Bisayas et a imposé son dialecte, voisin de celui des Philippines, k !a population de l'archipel. Cependant, l'élément purement malais a la prépondérance dans les villes, et la dynastie des sultans de Soulou, qui ne remonte qu'au xvi» siècle, tire son origine de Java, d'où elle a apporté l'islamisme. Il existe aussi quelques petites communautés d'industrieux Bouguis, excellents pêcheurs et marins. Enfin, les Chinois, qui monopolisent entre leurs mains toutes lea transactions commerciales, sont assez nombreux dans la capitale pour y avoir fondé un quartier tout entier.
Il est k peu p:ès impossible de déterminer le chiffre de la population de cet archipel. Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'elle paraît être d'une grande densité. La religion actuelle est l'islamisme; mais, en do-
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pit du surnom de Mecque orientale donné a Soulou, les prescriptions du Coran y sont peu ou point suivies. Les mosquées tombent en ruine; la viande de porc y est estimée, et l'usage du vin et des liqueurs spiritueuses, loin d'être prohibé, y est au contraire développé à un haut degré. On y fait aussi un grand abus de l'opium. La polygamie, bien qu'autorisée, n'est pas dan3 les mœurs, et les femmes jouissent d'une indépendance et d'une influence considérables. L'industrie est peu florissante, et l'archipel de Soulou reçoit do Chine, des possessions hollandaises ou espagnoles presque tous les objets manufacturés dont il a besoin. La culture est également assez mal entendue ; la bonne irrigation, si nécessaire dans les pays chauds, est k peu près inconnue ; aussi les terres ne produisentelles pas ce qu'elles devraient produire, et l'archipel souffre souvent de la famine. On est obligé même de faire venir du riz des Célèbes. A part la pêche, la seule ressource importante des habitants de Soulou et surtout de son gouvernement et de son aristocratie, c'est la piraterie et la traite des esclaves. Au fond, cet archipel, difficile à approcher k cause des bancs de corail qui l'entourent, n'est qu'un nid d'audacieux forbans; montés sur leurs pros rapides et bas sur l'eau, ceuxci écument les mers environnantes, débarquent sans cesse sur les côtes des Philippines qu'ils pillent et dont ils enlèvent les habitants, et poussent même parfois jusqu'auprès de Singapour, où ils font le plus grand tort au commerce européen.
L'état social et te gouvernement de Soulou ne présentent, du reste, aucune garantie d'ordre. Contrairement & ce qui se passe dans les autres Etats de l'Orient, en général, et de la Malaisie en particulier, le sultan de Soulou ne jouit que d'un pouvoir nominal et, comme le ferait supposer le surnom de Cherif donné au fondateur de la dynastie, d'une nature plus religieuse que politique. Le pouvoir réel est entre les mains de l'aristocratie des datous , qui, au nombre de quinze k vingt, constituent un véritable parlement perpétuel, non électif, héréditaire et investi du gouvernement effectif. De cette Chambre haute et unique, Ilouma biljara , sortent les ministres, dont le premier, le I résident du conseil, le maha raja lela , a pour mission de surveiller les agissements du sultan et ceux des autres dignitaires; il a pour collaborateur le raja laut, amiral, le fourni kaltj, garde des sceaux , et Voranky mallik ou tribun du peuple ; mais ce dernier, dont les fonctions seraient de proléger les droits du peuple, n'est au fond qu'un dignitaire de cour, sans aucune influence. Il va sans dire que les datous se partagent entre eux, leurs parents et leurs amis, les gouvernements de province et tomes les places, ainsi que les titres de tanglima, dignité accordée au plus brave guerrier, c'est-à-dire au plus heureux pirate. Les impôts sont généralement payés en nature, c'est-à-dire en objets de vente facile, comme la nacre ou les nids d'hirondelles, et en objets de consommation usuelle pour le palais. L'Assemblée des datons perçoit aussi des droits de douane sur le commerce d'importation et d'exportation. Toutes ces recettes constituent le budget de Soulou, dont le gouvernement du sultan n'a que la moindre part, si bien que oelui-ci, pour augmenter sa liste civile, fait faire du commerce et surtout de la piraterie par ses esclaves. Au reste, c'est la piraterie qui fuit l'occupation principale de tout ce inonde : les datous en font chacun pour leur propre compte ; le ministère en fait faire sur une vaste échelle par la flotte de l'Etat au profit do l'Assemblée; et quand celle-ci a décrété une expédition, nul de ceux qui sont désignés pour y prendre part ne peut éviter cette obligation. En cas d'attaque , la levée en masse est aussi décrétée par le gouvernement, et personne, sous aucun prétexte, ne peut se soustraire au service militaire. C'est, avec la bravoure naturelle à ces peuples, ce qui explique l'indépendance sauvage dans laquelle ils vivent. A côlO décela, l'anarchie la plus complète règne dans ce pays. Les datous n'ont d'autres lois que leurs caprices. La propriété n'est pas respectée ; chaque jour, des enfants et des jeunes filles sont violemment arrachés k leurs familles pour aller servir aux plaisirs de quelque puissant seigneur , et nul pouvoir n'a le droit ou les moyens de réprimer ces atrocités.
Le gouvernement a son siège dans l'île et la ville de Soulou, au centre de l'archipel. On évalue la population de cette capitale à 60,000 hab. La ville est très-étendue ; les maisons sont construites dans le goût malais et élevées sur des piliers de bambou k l mètre au-dessus du sol. Le port de cette ville, centre de commerce de tout l'archipel, n'est sûr que pendant la mousson du S.-O. Les principaux articles qu'on y importe sont : le cuivre, le fer, les nankins, toiles et tissus de coton, les articles de quincaillerie, le thé, lu porcelaine, etc.; l'exportation a surtout pour objet : la cire , les perles, les écailles de tortue, bois de santal, sagou, camphre, poivre, etc.
— Histoire. Les sultans originaires de Java régnaient dans le, îles Soulou, lorsque les E-pagnols, sous les ordres de Gallinoto, essayèrent de s'en emparer en 1602. Ils renouvelèrent leur tentative quelques années plus tard et obtinrent du sultau la cession de
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quelques lies (1646), eession plus nominale ne réelle et qui fut reconnue par le traité e Munster (1648). Vers 1750, deux jésuites parvinrent à convertir au christianisme la sultan Mohammed Alimodin ; mats les indigènes se soulevèrent contre lui, et, pour le rétablir, les Espagnols firent deux expéditions dans l'archipel, en 1760 et en 1762. Los Espagnols ayant eu des doutes sur la bonne foi de Mohammed , l'emprisonnèrent; mais il fut délivré parles Anglais, en 1763. Le sultan donnaalors a ces derniers quelques îles de Son archipel. En 1771, la Compagnie anglaise des Indes fonda un établissement dans l'Ile de Balambangan ; mais quatre ans plus tard sous le règne de Mohammed Israël, les Anglais qui s'y trouvaient furent massacres. En 1803, le colonel anglais Farquhar essaya sans succès de relever cet établissement. E^ 1839, Dumont-d'Urville débarqua dans l'archipel, entama des négociations, qu'il abandonna bientôt, avec le sultan Djeinal-el-ltiram, qui lui avait proposé de se mettre sous le protectorat de la France. En 1842, le Commodore américain Wilkes signa avec le sultan un traité qui resta k l'état de lettre morte. Pendant une croisière de l'amiral C'écille, dans l'archipel de Soulou, un officier et quelques matelots ayant été massacrés (1845), ce marin fit entièrement raser la principale ville de l'Ile Basilan. Les Espagnols, dans l'espoir de mettre un terme aux incessantes pirateries des indigènes, envoyèrent en 1848 aux lies Soulou une expédition qui s'empara de l'île Balanguingui, principal repaire des pirates. Une nouvelle expédition espagnole attaqua en 1851 la ville même de Soulou, s'en empara, proclama de nouveau la souveraineté de l'Espagne sur tout l'archipel, et le sultan reconnut sa vassalité en 1858; mais en 1866, dans l'espoir de se débarrasser des Espagnols, le sultan envoya au consul de Prusse, à Canton, une ambassade pour proposer au roi de Prusse de reconnaître sa suzeraineté et de lui céder ses possessions sur la côte nord de Bornéo pour y établir une colonie. Cet offre ne fut point acceptée; mais, depuis lors, les Allemands établis dans les Philippines entretinrent des relations avec les indigènes de l'archipel Soulou. En 1873, les autorités espagnoles de Manille firent saisir des bâtiments appartenant a des Allemands et chargés de munitions destinées aux habitants de l'archipel, à peu près constamment en guerre avec l'Espagne; miiis, sur les vives réclamations du gouvernement de Berlin., le cabinet de Madrid dut faire amende honorable et relâcher les navires saisis. Un fait du même genre se produisit, au mois de septembre 187 4, à l'égard d'un bateau français, 1 Avenir, qui fut capturé par un croiseur espagnol au moment où il livrait de la poudre et des armes- aux habitants de ces îles.
SOULOUQUE (Faustin), empereur d'Haïti sous le nom de Faustin le», né à Saint-Domingue en 1789, mort à Petit-Goyave en 1867. Issu d'une négresse esclave, il avait un an lorsque parut le décret de 1790, qui donnait la liberté aux noirs. Dès 1803, il prit part au soulèvement des nègres contre les Français , puis devint domestique du général Lamarre. En 1810, ce général ayant été tué en défendant le Môle contre Christophe, Soulouque fut chargé, dit-on, de porter son cœur à Pétion. Celui-ci le nomma lieutenant dans sa garde à cheval et le légua plus tard à Boyer, comme un meuble du palais de la présidence. Boyer, a son tour, le nomma capitaine et l'attacha au service particulierde M'I» Joute, sa maîtresse. Soulouque resta complètement oublié jusqu'en 1853; mais, à partir de cette époque, chacune des révolutions qui agitèrent l'île lui fut profitable. Sous llérard, il devint chef d'escadron et colonel (1844); sous Guerrier, général; sous Riche, général de division (1846) et commandant supérieur de la garde du palais. Riche étant mort, le sénat, ;iuquel appartenait l'élection du chef de l'Etat, se partagea entre deux candidats noirs, les généraux Souffran et Paul. Le président du sénat, Beaubrun-Ardouiu , coupa court à la difficulté en proposant tout à coup un troisième candidat auquel personne ne songeait, et, k la surprise générale, .le sénat nomma le général Faustin Soulouque (1er mars 1847). « Soulouque, dit M. G. d'Alaux, approchait de la soixantaine ; mais le ton clair de ses yeux, le jais uni et luisant de sa peau, ses cheveux noirs n'auraient pas permis, à la première vue, de lui eu donner plus de quarante. La calvitie régulière et symétrique qui dégarnissait le haut de son front n'en faisait que mieux ressortir le beau type sénégalais , e'est-a-diré presque caucasien , type que complétaient un nez droit, des lèvres médiocrement lippues et des pommettes de joues dont la saillie n'avait rien d'exagéré. De ses yeux, d'une douceur extrême, mais légèrement brides, partaient des lueurs un peu incertaines, qui rappelaient tour à tour le regard limpide et étonné d'un enfant de sis anà et la finesse intelligente et câline d'un matou qui s'endort. ■ D'une timidité insurmontable, d'un caractère faible , accessible k toutes les in- Huences, sachant à peine signer son nom, dominé par les superstitions sauvages du vaudoux, sorte d'illuminisme nègre, le nouveau président fut bientôt en butte aux mépris et aux sarcasmes de la bourgeoisie des
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mulâtres, qui ne se génèrent pas pour exprimer leurs sentiments dans les journaux, et entre autres dans la Feuille du Commerce, dont le rédacteur Courtois fut traduit devant le sénat, dont il était membre. Le sénat ne condamna Courtois qu'a un mois d'emprisonnement. Soulouque, furieux, convoqua un conseil de guerre, fit rejuger le journaliste, qui fut condamné à mort (1847); mais le consul de France intervint, et Courtois fut simplementbanni. Le peup/eitoiVetlesprétres du vaudoux dominaient de plus en plus le président d'Haïti. On sentait qu'un coup d'Etat était imminent. En effet, le 16 avril 1848, un dimanche, le canon fut tiré. et donna le signal d'un massacre général des mulâtres, massacre qui se fût prolongé davantage sans la nouvelle intervention du consul de France, M. Reyboud, qui, avec l'aide de l'équipage de la frégate la Danalde, sauva beaucoup de victimes et arracha à Soulouque une amnistie, limitée seulement à Port-au-Prince. Soulouque se porta sur les districts du sud de l'île, à la tête d'une partie de sa garde et des piguels, bandes féroces, restes de l'insurrection communiste d'Acaau; il jeta partout la terreur, fit fusiller le colonel Desbrosses, le général Lelièvre et un grand nombre de mulâtres ou de nègres qui n'avaient point dissimulé leur mépris pour lui. A partir de ce moment, tout plia sou.1! sa domination.
Revenu dans Port-av\-Prince, lorsqu'il se présenta aux Chambres annonçant que les pervers étant vaincus, Ht'ïli allait parvenir enfin k ce degré de splendeur que la divine Providence lui réservait, dis vivats accueillirent ses paroles, et les deux Chambres le remercièrent avec chaleur d'avoir sauvé la patrie et la constitution. Un représentant, considérant que le président d'Haïti avait bien mérité delà patrie par ses constants efforts pour le maintien de l'ordre et des institutions, proposa de lui accorder, à titre de récompense nationale, une maison à son choix, sise dans la ville, proposition qui fut votée par acclamation. Cependant, Similien, un des chefs de sa garde, conspira contre lui ; il fut jeté en prison ; un autre favori, Pierre Noir, capitaine des piquets, fut fusillé pour le même motif. Soulouque visait à l'empire; il voulut avoir son Marengo et lit la guerre à la république dominicaine; il remporta quelques avantages. On le vit alors faire des proclamations pompeuses à son armée : i Soldats, de triomphe en triompha vous êtes arrivés jusqu'aux bords de la rivière d'Ocoa. Vous occupiez dans cet endroit une position dont les avantages me permettaient de vous conduire encore plus loin, mais je n'ai pas cru devoir abuser de votre couiage... Arrivés dans vos foyers, vous aurez beaucoup à dire à ceux qui ne se sont pas trouvés sur ces champs de bataille qui ont rappelé les gloires de nos ancêtres... Soldats ! je suis content de vous l... » Soulouque projetait de se faire proclamer empereur au retour de la conquête de l'Est, dans l'église des Gonaïves, où avait été proclamé Dessalines ; mais iî ne put mener à tin cette conquête et se résigna à accepter la couronne sans attendre la gloire des armes. Le 21 août 1849, on commença à colporter à Port-au- Prince une pétition aux Chambres, par laquelle « le peuple haïtien, jaloux de conserver intacts les principes sacrés de la liberté..., appréciant les bienfaits inexprimables dont son excellence le président Faustin Soulouque avait doté le pays..., reconnaissant les efforts incessants et héroïques dont il avait fait preuve pour consolider les institutions, lui conférait le titre d'empereur d'Haïti. > Personne, bien entendu, ne poussa le mépris de la vie assez loin pour refuser sa signature. Le 25, la pétition fut poriée à la Chambre des représentants, qui s'associa au voau du peuple, et le lendemain (26 août 1849) le sénat sanctionna cette décision. Le même jour, les sénateurs, à cheval, se rendirent en corps au palais. Le président du sénat portait a la main une couronne de carton doré, fabriquée pendant la nuit. Il la posa sur l'auguste chef de Soulouque, lui attacha ensuite sur la poitrine une large décoration d'origine inconnue et lui débita un discours auquel Sa Majesté Faustin répondit avec âme : «Vive la liberté I vive l'égalité li Voilà comment le président d'une république devint empereur. Soulouque prit alors le. nom de Faustin Ier-. Il commanda ensuite à Paris une couronne pour lui, une pour l'impératrice, un globe, une main de justice, un trône et un costume semblable à celui que portait Bonaparte lors des cérémonies du sacre. Napoléon était le modèle qu'il se proposait d'imiter. Dans ce but, il institua une famille impériale, une sorte d'ordre de la Légion d'honneur pour le mérite civil, l'ordre de Saiiit-Faustin pour récompenser les services militaires, de grandes charges de la noblesse et créa une noblesse comprenant quatre cents membres. En outre, il lit fabriquer uneconstilutiou, qu'il promulgua le 20 septembre suivant. Le pouvoir impérial y était déclaré héréditaire et transmissible de mâle eu mâle, avec facilité pour l'empereur, dans le cas où il n'aurait pas d'héritier direct, d'adopter un de ses neveux ou de designer un successeur. Le pouvoir législatif comprenait un sénat et une Chambre des députés, dont les attributions, toujours à l'instar de l'empire français, étaient singulièrement restreintes. Quant à la formule de la promulgation des lois, elle était celle -ci :
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■ Au nom delà nation, nous, par la grâce de Dieu et la constitution de l'empire...» Faustin n'eut garde d'oublier une liste civile qu'il fixa à 150,000 gourdes d'Espagne, près de 800,000 francs, et à laquelle il adjoignit un prélèvement sur la récolte du café, qui lui rendit annuellement quelques millions; des titres de duc, de duchesse, de comte, etc., distribués à une 'foule de favoris, complétèrent le système. Les principaux •personnages de son empire s'appelaient ; le duc de Trou-Bonbon, leurs grâces monseigneur le duc de la Limonade, le prince de Lazare Tape-a-1'CEil, monseigneur de Bobo, monseigneur de la Marmelade, le comte de la Seringue, le comte de-Numéro-Deux, les barons du Petit-Trou et du Sale-Trou , etc. Monseigneur de Limonade ayant été, en outre, nommé grand panetier, errait de porte en porte comme une âme en peine demandant vainement partout quelle était la nature de ses fonctions. Eu désespoir de cause, sa grâce s'adressa à l'empereur qui, n'en sachant rien lui-même, se contenta de répondre : «C'est quelque chose de bon. ■ Soulouque s'était fait la part du lion dans l'éuiargeinen t du budget, dans le double but d'accroître la splendeur du trône et de faire des économies qui, par la suite, ne devaient pas lui être, inutiles. Par contre, il restreignit fort la part de ses grands fonctionhaires. C'est ainsi que les plus hauts dignitaires de l'empire, sénateurs et députés, ne touchaient que 100 gourdes (représentant 800 francs) par an. Ceux-ci s'étant un jour enhardis jusqu'à demander une augmentation, peu s'en fallut que Sa Majesté impériale ne les fît fusiller. Après s'être constitué une courdigned'un empereur, Faustin 1" voulut que son armée fût k la hauteur des circonstances et brillât par l'uniforme en attendant qu'elle pût se couvrir de gloire sur les champs de bataille. Un matin qu'il la passait en revue, un voyageur eut la curiosité de voir de près les plaques qui brillaient aux chapeaux des grenadiers de la garde, et lut très-distinctement ces mots :
«Sardines à l'huile, Barton et Cio, Lorient.» Le négociant chargé de fournir les bonnets k poil de ce corps d'élite était, dit-on, un Marseillais, qui avait trouva aussi spirituel qu'économique d'employer k cet etfet de vieilles boîtes dont on n aurait su que faire. Les généraux haïtiens du reste, y compris Faustin ler5 n'étaient pas assez versés dans l'art de la lecture pour trouver rien d'étrange k ce singulier frontispice qui décorait le chef de leurs soldats.
Maître absolu du pouvoir, Faustin résolût d'accomplir impérialement ses grandes destinées en se débarrassant des hommes qui le gênaient et en conquérant ce prestige qui lui faisait quelque peu défaut. En conséquence, il commença par faire fusiller les hommes dont l'audace lui paraissait redoutable, notamment Similien , le commandant de Sa garde, et plusieurs prêtres du vaudoux des plus influents (1849); puis il tenta, sans succès, de conquérir la république dominicaine. Lamothe s'etant mis k la tète d'une conspiration pour le renverser, le digne empereur profita de la circonstance pour faire mettre k mort un grand nombre d'individus, entre autres le général Francisque, duc de Limbe ; il mit k prix la tête du prince Bobo et annonça qu'il livrerait aux conseils de guerre, pour être fusillé, quiconque ne dénoncerait pas les actes politiques qu'il considérait comme coupables (1851). Au commencement de 1858, Faustin 1er conclut une trêve avec les Dominicains. En ce moment, il méditait un grand acte et ne doutait point qu'il n'eût enfin trouvé l'infaillible moyen de se donner le prestige jusque-là si vainement cherché.
Le 18 avril 1852, il se lit sacrer solennellement avec sa femme, la négresse Adelina, à Port-au-Prince, avec des cérémonies d'un luxe grotesque, copiées sur le sacre de Napoléon 1", a. partir de ce moment, sa pensée fixe fut d'acquérir la gloire d'un grand capitaine en s'einparant de l'île entière d'Haïti. Pendant trois ans, il prépara son armée k entrer en campagne et pensa, en 1855, qu'elle était suffisamment prête. Ce fut cette année que, ne mettant plus de bornes k ses prétentions, il fit sommer par ses sentinelles un secrétaire du consulat d'Espagne d'ôter son chapeau et de saluer en piiss'aut devant une de ses résidences, ce qui amena une rupture entre le consul d'Espagne et le gouvernement haïtien. En décembre 1855, k la tête d'une douzaine de mille hommes, Faustin envahit le territoire dominicain, par malheur, ses talents militaires n'étaient pas k la hauteur de son ambition. Les Dominicains, commandés par ganta-Anna, le battirent k plate couture, le mirent en fuite et lui prirent son trésor, sa couronne et ses bagages. Quelques jours après, il essuya une nouvelle défaite non moins honteuse, qui lui enleva définitivement l'envie de jouer au conquérant. Soulouque, furieux, lit fusiller plusieurs de ses officiers généraux, notamment Toussaint et Voltaire Castor, et revint k Porl-au- Prmce en février 1856.
Pour distraire lui et son peuple de ses revers, iSoulouque ne trouva rieu de mieux à faire que de créer deux nouveaux ordres de chevalerie, l'ordre de Sainte-Anne et celui de Saiute-Marie-Madeleine, et de donner des armoiries aux villes de son empire. Quant k s'occuper de la prospérité matérielle de sou pays, cet homme sauguinaire et imbécile n'y
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songea nullement, et l'on prétend même qu'il ne lut pas étranger k l'incendie qui dévora en 1855 une partie de Port-au-Prince, parce qu'il y voyait une cause de ruine pour les bourgeois et les communautés, sourdement hostiles à sa tyrannique domination. En 1857, Faustin conclut une trêve de deux ans avec le gouvernement dominicain. En ce moment il était tombé au plus bas dans l'opinion ; c'était un empereur fini, l'île entière était lasse du despote. Le général Geffrard, après avoir établi des comités d'insurrection dans diverses parties de l'île, quitta secrètement Portau-Prince, se rendit aux Gonaïves et donna le signal de l'insurrection (décembre 1858). Pendant qu'il proclamait k Saint-Marc le rétablissement de la république et la déchéance de Soulouque, celui-ci faisait emprisonner les femmes et les enfants des révoltés, puis marchait contre eux avec quelques milliers d'hommes. Mais, ayant rencontré les républicains à la Gorge-Marie, il n'osa leur livrer batailla (5 janvier 1859) et revint précipitamment k Port-au-Prince. Il venait de donner l'ordre de massacrer les mulâtres, lorsque Geffrard arriva dans la ville le 15 janvier, au milieu d'unanimes acclamations. Soulouque eut d'abord la velléité de faire marcher contre lui sa garde; mais, toute réflexion faite, il préféra lui demander sa protection et alla s'embarquer, avec toute sa famille et ses économies impériales, sur une frégate anglaise, qui le transporta k Kingston. Les propriétés qu'il possédait k Haïti et l'argent qu'il y avait laissé furent confisqués, et tous ses actes furent déclarés non avenus. Soulouque se retira k la Jamaïque avec ses deux filles. Ce fut lk que ce grotesque et sanguinaire monarque s'éteignit, après être tombé dans un état de complète imbécillité.
SOULODS s. m, (sou-louss). Philol. Sorte d'écriture turque et arabe, usitée pour les inscriptions, les titres de livres.
SOULT ( Nicolas- Jean-de-Dieu ), duc dk DalMàTie, maréchal et pair de France, ministre, né k Saint-Amans-la- Bastide (Tarn) le 29 mars 1769, mort au même lieu le 26 novembre 1851. Fils d'un notaire, selon les uns, d'un cultivateur, selon d'autres, il reçut une instruction très-incomplète et s'engagea k seize ans (1785) dans le régiment de Royal-infanterie. Soult n'était que caporal lorsque éclata la Révolution. Sous-officier eu 1790, il fut successivement élu par les volontaires du l«r bataillon du Bas-Rhin souslieutenant en 1791, adjudant-major en 1792 et capitaine en 1793. A cette époque, il se fit remarquer par son sang-froid et sa bravoure nu combat d'Uberfelsheim, k la prise d'un camp retranché dans les Vosges, et dans un manifeste qu'il adressa, en juillet 1793, aux habitants de Leimen, dans le grand-duché de Bade, il les invita k «défendre la France contre l'insurrection des aristocrates, k opposer un rempart impénétrable k ces hommes insolents qui voudraient renverser le système heureux de l'égalité sociale établi sur les droits de l'humanité.» A la fin de 1793, Soult passa k l'état-major de Hoche, a l'armée de la Moselle, coopéra à la prise du camp de Marsthal et k la reprise des lignes de Wissembourg, fut nommé chef de bataillon le 5 avril 1794, chef de brigade adjudant général le 14 mai suivant, combattit à Arlon, au siège de Fort-Louis, puis passa k l'armée de Sambre-et-Meuse comme chef d'état-inajor. Sa brillante conduite k ta bataille de Fleurus lui valut le grade de général de brigade (il octobre 1794). Après avoir assisté au siège de Luxembourg, Soult commanda Une brigade de la division Lefebvre, fut mis k l'avant-garde et montra autant d'habileté que de vigueur k Altenkirchen (1796), pendant la retraite de l'année de Sambre-et- Meuse Sur le Rhin, à Wildendorf et à Friedberg. En 1797, il battit près de Steinberg le général Elnitz. Deux ans plus tard, envoyé à 1 armée du Danube, Soult remplaça Lefebvre k la tète de sa division, se conduisit héroïquement k Stoekach, sauva l'armée d'un désastre pendant la retraite et fut promu général de division (21 avril 1799). Pendant la campagne d'Helvétie, il seconda puissamment Masséna, contribua beaucoup à la victoire de Zurich (25 septembre), puis passa k l'année d'Italie (15 décembre), partagea avec Masséna la difficile mission de défendre Gènes et tomba blessé au pouvoir des Autrichiens, k la bataille meurtrière de Monte- Cretto (13 mai 1800). Rendu à la liberté après la victoire de Marengo, il commanda en Piémont, parviut k soumettre et à organiser les barbets, puis commanda les troupes chargées d'occuper la presqu'île d'Otrunte ( 1801 }. En 1802, il reçut le commandement de la gardé des ç.onsuls, avec la qualité de colonel général, puis celui du cainp de Saint-Omer, et, oubliant qu'il avait été républicain, il écrivit au premier consul Bonaparte pour l'engager «k mettre le sceau k ses sublimes institutions, en plaçant majestueusement sa famille chérie au faite de l'édifice pour fixer k jamais les regards des citoyens vertueux.» Cet acte de plate adulation, aussi bien que ses talents milituires, lui valut de faire partie de la première promotion de maréchaux (19 mai 18Û4). Soult n'avait alors que trente-cinq ans. En même, temps, il fut nommé grand officier de la Légion d'honneur et chef d'une des cohortes de cet ordre. L'année suivante, la guerre ayant de
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nouveau éclaté, Soult reçut le commandement du 40 corps. Après avoir battu l'ennemi à Landsberg, a Memmingen, k Hollabrunn, il dirigea avec une telle précision l'aile droite de l'armée à Austerlitz que Napoléon lui dit, après la victoire : « Maréchal, vous êtes le premier manœuvrier de l'Europe. » Il devint peu après gouverneur de Vienne. Dans la guerre de Prusse et de Pologne, Soult contribua k la victoire d'Iéna (14 octobre 1806), battit Kalckreuth à Guessen le lendemain , forma le blocus de Magdebourg, prit Lubeck (6 novembre), combattit kPultusk, à Eylau, à Heilsberg, k la tête du 4« corps, et s'empara de Kœnigsberg le 16 juin 1807. Napoléon lui donna le titre de duc de Dalmatie après la paixdeTilsitt. Envoyé en Espagne en 1808, avec le commandement du centre de l'armée, il gagna la bataille de Gamonal (10 novembre), entra dans Burgos, poursuivit le général John Moore l'épée dans les reins jusqu'à La Corogne, qui tomba en son pouvoir, ainsi que Santanderet LeFerrol, poussa une pointe rapide en Portugal, battit l'ennemi à Braga et se rendit maître d'Oporto (29 mars 1809) ; mais il n'osa s'aventurer plus loin dans un pays soulevé et où Wellington allait lui opposer des forces infiniment supérieures. Il est constaté aujourd'hui, par les documents le3 plus irrécusables, que le maréchal Soult, pendant son séjour k Oporto, songea sérieusement à Se faire proclamer roi de la Lusitanie septentrionale. Ces velléités ambitieuses étaient secondées par les habitants et par l'entourage du maréchal. Elles parvinrent aux oreilles de Napoléon, qui dissimula son mécontentement. Il fallut d'ailleurs y renoncer et évacuer la ville (12 mai 1809) a l'approche de Wellington, en abandonnant, l'artillerie et les équipages. Revenu dans la Galice, le duc de Dalmatie débloqua Lugo et dispersa les bandes de La Romana: mais sa mésintelligence avec Ney iit perdre la Galice. A la fln de 1809, Soult remplaça Jourdan comme major général de l'armée d'Espagne. Il releva les affaires du roi Joseph par l'éclatante victoire d'Ocafia (12 novembre), envahit l'Andalousie l'année suivante, fut nommé général en chef de l'armée du Midi et força, par une suite de combats heureux, Séville, Oli venca et Badajoa (1 1 mars 1811) à se rendre. Après avoir éprouvé un échec k Albaherra (16 mai 181 1), il eut avec le roi Joseph de nombreux démêlés qui eurent une influence désastreuse sur les affaires. Soult avait mis le siège devant Cadix, qu'il allait emporter, lorsque la défaite de l'armée de Portugal aux Arapiles et l'évacuation de Madrid par le roi Joseph l'obligèrent à se replier (25 août 1812). Sa retraite vers les Pyrénées fut admirable^ Rappelé alors a Pans, il fit, en 1813, la campagne de Saxe à ia tète du 48 corps; mais Napoléon le renvoya en Espagne après la désastreuse bataille de Vittoria, pour rassembler les débris de l'armée devant Bayonne. Soult, en présence de forces quadruples, ne pouvait que faire une honorable retraite. Il la fit lente, défendant avec opiniâtreté toutes nos places frontières ; acculé enfin sur Toulouse, il livra là un combat mémorable, où 25,000 Français tinrent tête k 100,000 Anglo-Espagnols, commandés par Wellington (mars 1814). Après l'abdication de Fontainebleau, il se rallia avec un écœurant enthousiasme au gouvernement de Louis XVIII, qui lui donna le commandement de la 13° division militaire, puis la portefeuille de la guerre (3 décembre 1814). Le maréchal se lit remarquer parmi les plus fougueux royalistes. C'est lui qui provoqua l'érection d'un monument aux mânes des émigrés tués k Quiberon. Au début des Cent- Jours, lorsqu'il apprit que Bonaparte venait de débarquer à Cannes, le duc de Dalmatie lança une proclamation dans laquelle il qualifia Duonaparte d'usurpateur et à'aventurier (8 mars 1815); néanmoins, Louis XVIII lui retira le portefeuille de la guerre (il mars). Bonaparte, qui avait besoin de lui, oublia cette proclamation et le nomma pair de France et major général de l'armée. Soult, toujours prêt à toute palinodie, publia, à l'ouverture de la campagne de 1815, un ordre du jour plein d'invectives contre les Bourbons. Il se battit a Fleurus et à Waterloo avec son courage et son talent ordinaires ; mais, comme major général, il montra fort
fteu de capacité. Apres Waterloo, il alla ralier à Laon les débris de l'armée, puis se rendit à Paris, où il assista au conseil de guerre qui examina la question de savoir si Paris devait se défendre- Après la capitulation de cette ville (3 juillet 1815), Soult se retira k Saint-Amans, et, pour rentrer en grâce auprès de Louis XVIII, il publia un mémoire dans lequel, parlant de Napoléon, il disait : «L'année entière sait bien que je n'eus jamais qu'à me plaindre de cet homme et que nul ne le détesta plus franchement que moi.» Malgré ses protestations de dévouement aux Bourbons, il fut compris dans la liste des bannis (12 janvier 1816) et se retira dans le duché de Berg, où il resta trois ans. L'ordonnance du 26 mai 1819 lui permit de revenir en France. Au commencement de \82o, Louis XVIII lui rendit le bâton de majèchal du France et lui fit donner une gratification de 200,000 francs. Charles X, k l'occaiion de son sacre, lui accorda le collier de ses ordres (1825), puis l'appela k siéger à la Chainvre des pairi. .Le duc de Dalmatie s'y montra le partisan aveugle du gouvernement,
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l'adversaire déclaré de toutes les libertés publiques. Comme il était alors nécessaire, pour être bien en cour, de se montrer tout contit en religion, Soult Se mit k accomplir ses devoirs religieux avec une ferveur édifiante. Toute ia capitale put le voir suivant dévotement les processions un cierge k la mftin. La révolution de 1830 devait le trouver debout pour saluer le nouveau règne. Il s'empressa d'acclamer Louis-Philippe, qui lui donna le portefeuille de la guerre, s'occupa alors de réorganiser l'armée, de mettre les places fortes sur pied de guerre et alla comprimer, en novembre 1831, des troubles qui avaient éclaté k Lyon. Lors du remaniement du ministère, le 10 octobre 1832, il reçut la présidence du conseil, mais il n'y remplit en réalité qu'un rôle très-secondaire, étant en politique d'une profonde nullité; l'influence qu'y exerçait M. Thiers, comme ministre de l'intérieur, irritait vivement le vieux maréchal, qui exprima fréquemment d'une façon brutale son dépit de se voir dominé malgré lui par son jeune collègue. Le 18 juillet 1834, Soult dut quitter le ministère et la présidence du conseil, qui fut donnée au maréchal Gérard, Chargé par Louis- Philippe d'aller représenter la France au couronnement de la reine Victoria (25 avril 1838), il fut l'objet, de la part du peuple anglais, d'une véritable ovation. Le 12 mai de l'année suivante, il revint au pouvoir comme ministre des affaires étrangères et président du conseil; mais le rejet de la dotation qu'il avait proposé d'allouer au duc de Nemours amena sa chute et son remplacement par le cabinet du 1er mars 1840, formé par M. Thiers'. La guerre semblait imminente lorsque Louis- Philippe, qui tenait k conserver la paix et qui voulait se couvrir par une haute célébrité militaire, accepta la démission du cabinet Thiers et chargea Guizot de former un nouveau ministère (29 octobre 1840), dans lequel le duc de Dalmatie eut la présidence du conseil et le portefeuille de la guerre. Comme on sait, M. Guizot fut le ministre dirigeant, et le maréchal ne joua qu'un rôle tres-secondaire. Par raison de santé, il se démit de son portefeuille (il novembre 1845), puis de la présidence du conseil (10 septembre 1847). Il reçut alors le vain titre de maréchal général, qu'avaient porté Turenne et Villars et, en dernier lieu, Maurice de Saxe. Il se retira peu après da'ns son magnifique château de Soultberg, k Saint-Amans, où il s'éteignit quelques jours avant que Louis Bonaparte lit son coup d'Etat. Sa statue, en marbre blanc, exécutée par*Pradier, fut placée en 1852 au musée de Versailles.
Soult était un vaillant soldat, un général plein de sang-froid, de coup d'oeil et d'un mérite supérieur; mais le caractère en lui était loin u'ètre k la hauteur des capacités militaires. 11 fut le plat adulateur de tous les pouvoirs et ne sut conserver ni tact ni mesure dans ses palinodies. Esprit étroit, entêté, ayant de lui-même l'opinion la plus haute, il ne sut jamais corriger l'insuffisance de son éducation première, et il lui arriva fréquemment d'émailierles discours qu'il prononçait k la tribune de cuirs devenus légendaires. Mal a l'aise en face des esprits lettrés et supérieurs, il ne se faisait aucun scrupule de les froisser par la brutalité de son langage. C'était, en outre, un homme avide et qui trouva le moyen de faire une grande fortune. Lorsqu'il fut question, en 1832, de supprimer le cumul desgros traitements et de lui enlever celui de maréchal, qu il cumulait avec celui de ministre, il déclara nettement qu'on ne le iui enlèverait qu'avec ia vie. Pendant son séjour en Espagne, il s'était emparé de tableaux du plus grand prix, qu'il envoya, non au musée du Louvre, mais k son château de Soultberg. Après sa mort, on vendit k Paris sa galène de tableaux, comprenant des Ribeira, des Murillo, des Zurbaran, des Alonso Cano, etc. Cette vente, qui eut lieu les 19, 21 et 23 mai 1S52, produisit une somme de 1,467,351 fr. 50 c. Un seul tableau, la grande Conception de la Vierge, par Murillo, fut acheté par l'Etat pour le musée du Louvre au prix de 586,000 francs. Le duc de Dalmatie a laissé des Mémoires, dont une partie seulement a été publiée par son (ils (Paris, 1854, 3 vol. in-80). 11 avait épousé une Allemande, qui, vers la lin de sa vie, se convertit au catholicisme et qui mourut également k Soultberg, âgée de quatre-vingt-un ans, en 1852. Elle avait donné au maréchal un fils, Napoléon-Hector, dont nous parlerons plus loin , et une iille , Hortense , qui épousa le marquis de Murnay.
SOULT (Pierre-Benoît, baron), général français, frère du précédent, né k Saint- Amans (Tarn) en 1770, mort k Tarbes en 1843. Il prit du service dans le régiment de Touruine en 1788 et fit les principales campagnes de la République presque toujours près île son frère aîné. Après la bataille de Zurich, il obtint le grade de chef d'escadron (1799), coopéra ensuite au siège de Gênes, ueviut chePde brigade en 1803 et remplit les fonctions d'aide de camp du maréchal Soult jusqu'en 1807. A cette époque, il obtint le grade de général de brigade. Envoyé en Espagne après avoir fait la campagne tle Prusse, il se signala, k la tête de la brigade de cavalerie, au passage du Tage, mit en déroute des bandes espagnoles dans les monts d'Alpujarrus (1812) et reçut, l'année suivante, les
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épaulettes de général de division et le titre de baron. En 1814, il quitta l'Espagne, assista k la bataille de Waterloo en 1815 et fut mis k la retraite au commencement de la seconde Restauration. Il obtint néanmoins, en 1825, le grand cordon de la Légion d'honneur, fut réintégré dans le cadre d'activité après la révolution de Juillet et prit définitivement sa retraite en 1836.
SOULT (Napoléon- Hector), duc de Dalmatie, diplomate et homme politique, neveu du précédent et fils du maréchal, né en 1801, mort à Paris en 185". Elève de l'Ecole polytechnique k dix-huit ans, il entra dans l'étatmajor, accompagna comme aide de camp le général Maison en Morée (1828) et épousa à son retour la fille du général de Savigny, qui mourut au comm;ncement de 1830. Après la révolution de Jtillet, Hector ,Soult, qui était alors capitaine, renonça au métier des armes et entra dans la diplomatie. Successivement ministre plénipotentiaire àStockholm (1831), k La Haye (1832), k Turin (1839), k Berlin (1843), il alla siéger l'année suivante k la Chambre des députés comme représentant de Castres, tout en conservant son poste diplomatique. Réélu en 1848, il vota constamment pour le ministère Guizot et rentra dans la vie privée après la chute de Louis-Philippe. Lors des élections pour l'Assemblée législative en 1849, le marquis de Dalmatie (c'était le titre qu'il portait depuis que son père avait été crééuio) fut élu représentant du peuple. Il alla siéger dans les rangs de la majorité réactionnaire, sans se faire remarquer. A la mort de son père (26 novembre 1851), il prit le titre de duc, rentra peu après dans la vie privée, k la suite du coup d'État du 2 décembre, et s'occupa de publier les Mémoires du maréchal, que la mort l'empêcha de faire paraîtro entièrement.
SOULTE s. f. (soul-te — d'un type soltus, pour solutus; de soliere, payer). Jurispr. Ce que l'un des coparlageants paye k l'autre pour rétablir l'égalité des lots : Soulte de partage. Soultb d'es.hange.
— Comm. Payemont qu'on fait pour demeurer quitte d'un teste da compte. Il En ce sens, on dit aujourd hui solde.
— Encycl. Exemjle de soulte : Pierre et Paul sont appelés, par portions égales, k se partager une succeision dont l'actif net est de 3,000 francs. Pierre reçoit un immeuble matériellement indivisible et de valeur de 2,000 francs. Piitil, de son côté, reçoit un autre immeuble évalué seulement 1,000 francs. Pierre est chargé, par une clause de l'acte de partage, de payor k Paul une soulte ou retour de la somme de 500 francs qui rétablirait l'équilibre des lots. Il peut également y avoir lieu k soulte en matière de contrat d'échange lorsque les choses mobilières ou immobilières qui ont été échangées sont de valeur inégale et qu'un retour pécuniaire est nécessaire pour que l'un des copermutants reçoive l'équivalent de ce qu'il donne.
Les soultes en manière de partage sont les plus usuelles, et elles sont, dans Ta législation du code civil, l'abjet de quelques dispositions d'une certaine importance. Le principe dominant en <etto matière est, on le sait, celui d'une rigoureuse égalité entre les copartageants. Les opérations qui préparent et consomment le partage tendent toutes à ce but dans l'éconoi lie du code. Le partage une fois consommé, la loi se préoccupe encore de maintenir dans l'avenir l'égalité qu'elle vient de réaliser dans le travail de la liquidation. A cette fin, l'article 884 du code civil soumet lei cohéritiers, les uns visà-vis des autres, à ane mutuelle obligation de garantie. Cette garantie a pour objet d'assurer k chacun U paisible et perpétuelle possession de l'intégrité de son lot, da l'indemniser en cas d'éviction et d'assurer également le payement des soultes qui peuvent être dues pour suppléer k l'insuffisance du lot en nature.
- La créance de la soulte trouve enfin une dernière et très-effeïtive sûreté dans le privilège qui y est attaché par les articles 2103 et 2109 du code civil, privilège qui grève, circonstance remarquable, la totalité -les immeubles composant la masse qui a été partagée entre les intéressés. Il peut néanmoins arriver, et il arrive fréquemment, que, dans un partage intervenu entre un nombre plus ou moins considérable de personnes, un seul lot se trouve grevi! d'une soulte vis-k-vis d'un cohéritier qui se trouve insuffisamment loti. Même dans ce cas, le privilège n'est point circonscrit exclusivement sur les immeubles du lot socialement grevé de la soulte; il continue d'affecter l'universalité de la masse immobilière. Le texte des articles 1103 et 2109 1e permet pas de doute sur ce point. Cetto solution peut sembler, k première vue, en désaccord avec l'article 883 du code, lequel pose le principe que le partage a un effet purement déclaratif et que chaque cohéritier est censé avoir succédé immédiatement et sans transition aux objets qui forment sjn lot. Ce principe, pris à lu lettre, conduirait à conclure que, après le partage, les situations et les intérêts des différents cohéritier;! demeurent absolument séparés, et que ce.ui d'entre eux qui se trouve créancier d'une soulte n'a plus rien k démêler qu'avec le copartageant personnellement chargé du payement de cette soulte.
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Les choses ne se passent point ainsi en réalité. On fait remarquer avec raison que, k voir le fond des choses, le partage est vraiment un acte commutatif où chaque intéressé abdique son droit de propriété indivise sur la totalité de la masse, moyennant l'attribution qui lui est faite de la propriété divise et exclusive d'une partie. Le partage a beau avoir réglé les lots, tant que le lotissement ne s'est pas matériellement réalisé d'une manière complète, tant que la soulte, si une soulte est due, n'a point été effectivement payée, le cohéritier créancier de cette soulte, n'étant point en possession encore de l'intégralité de sa part divise, conserve sur la masse son droit de copropriété indivise et la faculté d'exercer ce droit.
Disons un mot de la soulte en matière d'échange. Deux propriétaires échangent entre eux deax immeubles, l'immeuble A et l'immeuble B, le premier de valeur estimative de 3,000 francs, le second évalué seulement 2,000 francs. Celui des deux copermutants qui a reçu l'immeuble A s'oblige k payer k 1 autre une soulte de 1,000 francs. L unique question qui présente ici un véritable intérêt est celle de savoir si la soulte stipulée dans un contrat d'échange et garantie par un privilège est de la même nature que le privilège attaché par l'article 2103 du code civil à la créance d'un prix de vente sur l'immeuble vendu. Une apparence de doute pourrait résulter k cet égard du silence de la loi, qui n'a consacré en termes exprès que le privilège du vendeur et ne s'est point expliquée relativement k l'échangiste. On pourrait alléguer que les privilèges sont par essence de droit exorbitant, qu'on ne les présume point et qu'il n'est pas permis d'en créer par des arguments de simple analogie. Néanmoins, de graves auteurs, MM. Troplong et Grenier notamment, se prononcent sans hésitation pour l'existence du privilège attaché k la créance de la soulte sur l'immeuble livré en contre-échange parle copermutant auquel cette soulte est due. L'échange compliqué de soulte est, en effet, un contrat mixte, participant de la vente k un certain degré. Il doit être régi par les principes du contrat de vente, dans la mesure dans laquelle il est identique k ce contrat, et, par conséquent, protégé par la disposition de l'article 2103 du code civil en ce qui concerne la soulte stipulée. Il va sans dire que, indépendamment du privilège auquel il a un droit incontestable, l'échangiste non payé de la soulte pourrait concurremment user de l'action résolutoire inhérente k tout contrat commutatif pour le cas où l'une des parties ne satisfait pas k ses engagements. Le privilège de la soulte d'échange, comme le privilège du prix de vente, est d'ailleurs soumis aux conditions de publicité et de transcription déterminées par la loi des 23-26 mars 1855. La même loi a assujetti également k la publicité par l'inscription le privilège concernant les soultes en
1 matière de partage. Celte nouvelle législation est fort rigoureuse; elle met k néant tout privilège et toute hypothèque dont l'inscription n'a point encore eu lieu, si l'immeuble grevé est aliéné par le débiteur, et
I dès le moment même où cette aliénation est
; transcrite sur les registres du conservateur. Toutefois, pour les soultes de partage, l'article 6 de la loi de mars 1855 accorde aux copartageants un délai de quarante-cinq jours k dater de l'acte de partage, délai durant lequel ils peuvent inscrire utilement leur privilège , nonobstant toute aliénation
| intervenue et toute transcription opérée dans l'intervalle.
| SOULTKAIT (Jacques-Hyacinthe-Georges- Richard, comte de), archéologue français, né k Toury-sur-Abron (Nièvre) en 1822. Il
I s'est fait connaître par un certain nombre d'ouvrages et il est devenu membre de l'Aca-
1 demie de Lyon ainsi que du Comité de la
I langue, de l'histoire et des arts de France.
I M. Soultrait a l'ait partie du conseil général de la Nièvre de 1852 à 1862. Nous citerons de lui : Armoriai de l'ancien duché de Nivernais {Isa, ïn-12); Abrégé de la statistique
» monumentale de l'arrondissement de Neuers (1851, in-8°); Essai sur la numismatique nivernuise (1854, iri-8"); Guide archéologique
'■ dans Nevers (1836, iti-12) ; Armoriai du Bour-
-, donnais (1857, 111-8°) ; Considérations archéologiques sur les églises de Lyon (1859, iu-8u); Abrégé de la statistigue archéologique de l'arrondissement de Moulins (1860, in-8u); Dictionnaire topayrapkique du département de la Nièvre (1865, 111-40), etc.
SOOLTZ, ancienne ville de France (Haut- Rhin), ch.-l. de canton, arrond. et k 27 kilom. S.-O. de Colmar; 4,635 hab. Cédée k la Prusse par le traité de Francfort (10 mai 1871), elle fait partie depuis lori de l'Alsace- Lorraine. Fabrication de rubans ; tuileries, fonderies, huileries ; tuyaux pour le gaz.
Soultz, qui tire son nom des sources salines situées sur son territoire, est mentionné pour la première l'ois en 667. En 1079, les évêques de Strasbourg- en devinrent propriétaires et conservèrent ce domaine jusqu'en 1789. Une chapelle, dépendant jadis d'une commanderie de Saint-Jean, est aujourd'hui convertie en grange. On y voit encore plusieurs pierres tombales encastrées dans le mur. Un ancien couvent de capucins, fondé en 1632, est occupé par l'hospice. L'église paroissiale, da style ogival, est surmontée d'une tour octo»
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gonale à deux étages, terminée par une flèche élégante, et elle présente un ensemble harmonieux. Il faut encore mentionner l'hôtel de ville, plusieurs maisons du xvie siècle avec escalier en spirale renfermé dans une tourelle, enfin des restes de tours et de murailles provenant des anciennes fortifications. Des fouilles récentes ont, en outre, fait découvrir au sud de la ville des fragments de poteries, de tombes, de mosaïques et le torse d'un aigle en marbre blanc d'origine romaine.
SOULTZ-LES-BAINS, en allemand Sultz- Aad,-ancien village et commune de France (Bas-Rhin), canton de Molsheim, arrond. et à 22 kilom. O. de Strasbourg, sur la Mossig. Il a été cédé a la Prusse par le traité de Francfort (10 mai 1S71) et depuis lors il est compris dans l'Alsace-Lorraine ; 826 hab. Fabrication de bonneterie ethuile degrain ; récolte de vins estimés. Sources minérales et établissement de bains très -fréquenté. Les eaux de Soultz, froides, chlorurées, bromo-iodurées et sodiques, se prennent en boissons, bains et douches.
SOULTZ SOUS FORETS, ancien bourg de France (Bas-Rhin), ch.-i. de canton, arrond. et a. 25 kilom. S. de "Wissembourg, sur la Seltzbach, cédé à la Prusse par le traité de Francfort (10 mai 1871) et compris depuis dans l' Alsace-Lorraine; 1,600 hab. Source sa--" line abandonnée; exploitation de minerai de fer, teinturerie; fabrication de peignes. L'église paroissiale est surmontée d un beau clocher.
SOULTZBACH, ancien village et commune de France (Haut-Rhin), canton de Munster, arrond. et k 14 kilom. S.-O. de Colmar, à l'entrée de la belle vallée de Munster. Par suite du traité de Francfort (10 mai 1871), il a été cédé à la Prusse et il fait partie depuis lors de l'Alsaee-Lorraine ; 956 hab. Sources d'eaux minérales froides.
Soultzbach, qui s'élève sur un petit affluent de la Fetch-Soultzbach, relevait autrefois des ducs de Lorraine et était entouré d'une enceinte défensive construite en 1225. L'euceinte est aujourd'hui abattue et la ville du moyen âge n'est plus qu'un bourg; mais Soultzbach doit à ses eaux minérales un regain de prospérité qui n'est pas près de se ralentir.
L'établissement des bains est situé h 500 mètres sud de la ville, au pied d'une montagne argileuse nommée Oberfeldwald. Réorganisé il y a quelques années, il renferme de nombreuses salles et présente aux baigneurs toutes les garanties de confortable. Une galerie couverte, formée par une colonnade en pi.jrre de taille, donne sur l'avenue et sur le jardin. Les sources sont au nombre de trois et sourdent de la montagne. La découverte delà principale remonte k 1603 et est due, si l'on en croit la tradition locale, k un pâtre qui, y menant boire ses vaches, eut un jour fantaisie d'y goûter lui-même et fit part de la saveur singulièrement acide de l'eau qu'il venait d'absorber, i Les eaux de Soultzbach, gazeuses, très-analogues aux eaux de Bussang et de Seltz, dit M. Joanne, ont une saveur acidulée, fraîche, piquante, très-légèrement ferrugineuse. Elles sont parfaitement limpides et très-agréables k boire. Leur température constante est de 10° à 11° centigrades. Ces eaux, excitantes, toniques, apéïitives et reconstituantes, sont recommandées contre les dyspepsies , les embarras gastriques, l'anémie, la chlorose,- etc. Elles s'emploient en boissons et en bains, mais surtout eu boissons. Elles s'exportent sans perdre de leurs qualités par le transport. Le sédiment ferrugineux des sources, recueilli pour le pansement des plaies et des ulcères rebelles, k l'exemple de ce qui se pratique à Louiche , produit d'excellents résultats. Soultzbach est environné de montagnes couvertes de sapins , qui en. rendent la température des plus saines. On remarque k peu de distance les ruines des châteaux de flohhattstatt, de Schrankenfels et de Haneck ou de Landeck.
SOULTZMATT, ancien bourg et commune de France (Haut-Rhin), canton de Rouffach, arrond. et à 23 kilom. S.-O. de Colmar, cédé k la Prusse par le traité de Francfort (10 mai 1871) et compris depuis dans l'Alsace-Lorraine ; 2,606 hab. Filature de bourre de soie et de coton, tuilerie, scierie mécanique. Eaux minérales. Soultzmatt est agréablement situé dans un étroit vallon aboutissant à un vaste cirque. Il est entouré à peu près de tous les côtés par des collines hautes de 350 à 400 mètres, plantées en vignes sur leurs versants et offrant à leur sommet, quelques-unes des bois de hêtres et de chênes, et le plus grand nombre des pâturages semés de rochers.
Soultzmatt possède une église peu intéressante comme architecture, mais renfermant un grand nombre de monuments funéraires. L'un des plus intéressants, portant la date de 1495, se compose d'un bas-relief fixé dans le mur, au pied de l'autel de la 'Vierge. Une inscription allemande gravée dans la pierre rappelle le nom des Capler, ancienne fumille noble, aujourd'hui éteinte, de la haute Alsace. Autour du village s'élèvent, en outre, uu certain nombre de chapelles covnmémoratives. L'une d'elles, celle de Schœfferthall, est notamment l'objet d'un pèlerinage spécial. A peu de distance de Soultzmatt se
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trouvent les restes bien conservés du château des seigneurs de Laudenberg.
L'établissementdes eauxetbainsde Soultzmatt, construit au fond du vallon, à 500 mètres k peine du village, dont il est séparé par une avenue de tilleuls, se compose tout d'abord de plusieurs bâtiments (l'habitation et d'exploitation contenant seize cabinets environ. Quant aux sources, qui jaillissent au pied du Heidenberg, leur découverte remonte au xve siècle; mais leur analyse et leur emploi régulier ne sont pas antérieurs au xvnie. Elles sont au nombre dé onze. Une seule, la plus importante (source acidulée), s'emploie en boissons. Les autres desservent les bains. Les eaux de Soultzmatt présentent beaucoup de rapport avec celles de Soultzbach, sauf
?ue ces dernières renferment. en plus une aible proportion de bicarbonate ferreux.
Comme les eaux de Seltz, elles sont limpides, incolores et dégagent dans le verre de nombreuses bulles de gaz. Leur saveur rappelle l'acide carbonique ; leur goût est frais, piquant, acidulé, un peu alcalescent, en résumé très-agréable. Les derniers travaux d'analyse exécutés en 1851 par M. Béchamp, et qui résument les travaux antérieurs, nous apprennent que les éléments principaux des eaux de Soultzmatt sont les suivants : l'acide carbonique libre, qui en constitue la nature dominante; puis, dans une proportion plus ou moins étendue, des bicarbonates de soude, de chaux et de magnésie. La température des eaux de Soultzmatt est de 10° à 120. Ces eaux, au goût agréable, ont beaucoup d'analogie avec celles de Contrexeville, de Vichy, d'Ems, dont elles ne diffèrent réellement que par les proportions des principes basiques. On les emploie avec succès dans le traitement des maladies de femme, des maladies des voies urinaires, des affections rhumatismales et des affections de la peau et du système nerveux. Les eaux agissent surtout par l'acide carbonique qu'elles renferment, et l'absence de fer les rend précieuses dans les cas où les martiaux sont contre-indiqués. Le climat, grâce aux montagnes qui encaissent Soultzmatt, est généralement plus doux que sur les plateaux voisins. La saison des bains s'ouvre le 15 mai et se termine dans les derniers jours de septembre.
Le Heidenberg, couvert de beaux arbres et aménagé en jardin anglais, constitue un véritable parc à côté des bains. En outre, les montagnes voisines offrent des promenades agréables, d'où l'on jouit de panoramas admirables et variés sur la plaine de l'Alsace et sur Ta forêt Noire.
SOCMAGNE," bourg de Belgique, province de Liège, arrond. et à 15 kilom. E. de Liège; 2,500 hab. Nombreuses clouteries; exploitation de deux houillères.
SOUMAROKOF (Alexandre - Petrovitch), poëte russe. V. Soumokokov.
SOCMBAVA, île de la Malaisie. V. Scmbava.
SOUMET (Alexandre), poëte français, né à Castelnaudary en 1788, mort à Paris en 1845. Fils d'un ancien directeur du canal du Midi, il fit ses études à Toulouse, et, comme on le destinait à la carrière du génie militaire, il subit à Toulouse, en 1803, un examen pour l'Ecole polytechnique; il échoua au concours et s'adonna alors a la poésie. Ses premiers essais furent couronnés par l'Académie des Jeux floraux. ■ Sa vocation pour la poésie, dit M. Vitet, fut aussi précoce qu'irrésistible ; dès l'enfance il parlait, il écrivait en vers... » Rêveur et mélancolique par nature, porté vers les sujets religieux, il se complaisait dans la lecture du Psalmiste et avait beaucoup de goût pour Klopstock, l'auteur de la Messiade. En 1808, il vint à Paris, où, deux ans après, on le plaça, bien malgré lui, au conseil d'Etat avec le titre d'auditeur. Il était bien difficile, pour ne pas dire impossible, qu'un rimeur de cette époque ne célébrât point en vers le génie et la gloire de Napoléon. Soumet chanta donc sur le ton dithyrambique Napoléon, Marie-Louise et le roi de Rome; il célébra aussi la renaissance du catholicisme dans Son poème de l'Incrédulité. La chute de l'Empire fut pour lui un sujet d'affliction. Il repoussa les avances de Louis XVIII, se démit de son emploi d'auditeur et se retira à Toulouse, chez son père. Là, durant cinq années, il vécut dans la retraite, exclusivement occupé de poésie. On était à l'aurore de la grande querelle des classiques et des romantiques. Professant en littérature les opinions les plus libérales , ainsi qu'il l'avait prouvé en 1814, en reprenant Mme de Staël de sa trop grande timidité, Soumet était acquis en principe aux idées de réforme; toutefois, ramené par les habitudes de son talent aux traditions d'ordre et de régularité, il ne prit pas une part active aux controverses théoriques et se contenta de fournir des vers au Conservateur et à la Muse française, avec Victor Hugo et E. Deschamps. A la même époque, s'essayant dans l'art dramatique, il obtint coup sur coup deux triomphes : à deux jours d'intervalle, il fit représenter au Théâtre-Français et k l'Odéon Clytemnestre (7 novembre) et Sait (9 novembre 1822). Ces ouvrages lui ouvrirent les portes de l'Académie, où il succéda à Aigna», le 29 juillet de la même année. Encouragé par le succès, Alexandre Soumet continua d'exploiter le filon lucratif du théâtre et donna successivement quatre tragédies : Cléopâtre (1824), les
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Macchabées (1827), Jeanne Darc (\%%t),Jeanne de France (1828), et un drame, Èmitia (1829), emprunté au roman du Château du Kenitworlh de Walter Scott. Une fêle de Néron , drame ou tragédie semi-romantique , faite en collaboration avec M. Louis Belmontet, obtint de vifs applaudissements à l'Odéon (1830). Vinrent ensuite Norrna (1831), le Gladiateur (1841), en collaboration avec sa fille, M "e Soumet, et le Chêne du roi, comédie donnée au Théâtre - Français. Rappelons que Soumet avait, dans cette période, travaillé au texte de l'opéra du Siège de Corinthe, musique de Rossini.
Dans l'intervalle de dix ans, écoulé entre Norma et le Gladiateur, Soumet avait composé un grand poëme, la Divine épopée, œuvre longtemps prônée d'avance, » que le public, dit M. Vitet, reçut avec une sorte d'étonnement respectueux. » C'est l'œuvre capitale du poète, celle dans laquelle il a donné sa mesure entière (v. Divine épopée). M. Soumet avait été nommé successivement bibliothécaire des palais de Saint-Cloud, de Rambouillet et de Compiègue. Louis XVIII lui avait accordé la croix de la Légion d'honneur en 1823, et Charles X une pension en 1826. Aux ouvrages que nous avons indiqués dans le cours de cette notice, il faut ajouter les suivants : Mme de La Vallière; Hymne à la Vierge, pièce de poésie qui remporta le prix à l'Académie des Jeux floraux (Paris, 1811, in-8°); les Embellissements de Paris (Paris, 1812, in-80); la Pauvre fille, élégie (1814, in-8°); la Découverte de la vaccine, poëme couronné par la 2e classe de l'Institut (1815); les Derniers moments de Bayard, poëme également couronné par l'Institut; la Guerre oVEspagnè, ode à S. A. R. Mgr le duc d'Angoulême (Paris, 1824, in-4°); Pharamond, opéra, en société avec Ancelot et Guiraud (1825, in-8°); Ode à Pierre-Paul Riquet. baron de Bon-Repos, auteur du canal du Lan* guedoc , à l'occasion de l'obélisque qui lui avait été élevé par ses descendants (Paris, 1825, in -8°); les Scrupules littéraires de M,ae de Staël ou Réflexions sur le livre De l'Allemagne (Paris, 1814, in-8°); Oraison funèbre de Louis XVI (Toulouse, 1817, in-8°); Jane Grey, tragédie jouée en 1844 (avec Gabrielle Soumet, sa fille); David, opéra en trois actes, joué en 1346 (avec Mallefille); Monseigneur se marie, comédio non représentée; divers articles dans le Livre des cent et un et" dans le Journal des jeunes personnes.
SOUMET (Mme Becvain d'Altenheym, née Gabrielle ) , femme auteur, née à Paris le 17 mars 1814. Fille du précédent, elle apprit de lui à aimer la poésie. A vingt-deux ans, elle publia les Filiales, recueil de vers (1836, in-S»), puis un recueil de petits romans, Nouvelles Filiales (1838, in-l2),qui est son œuvre la plus achevée; l'auteur y a placé cette épigraphe: t Habituez de bonne heure la jeune fille aux travaux domestiques; mais que la religion et la poésie entr'ouvrent son âme au ciel ; amassez de la terre autour de la racine qui nourrit cette plante délicate, mais n'en laissez point tomber dans son calice. »
« Cette pensée de Jean-Paul devait être la seule préface de mon livre, dit Mlle Soumet, mais j ai voulu la faire précéder d'une élégie devenue populaire par sa touchante simplicité, et je place sous la douce protection de la Pauvre fille les inspirations de tendresse filiale que j'ai reçues d'elle, n Le volume s'ouvre donc par cette élégie, qui est restée un des chefs-d'œuvre du genre. Les trois Nouvelles que renferme ce volume et qui sont liées par un même sentiment, comme l'indique le titre général du livre, sont pleines d'intérêt et montrent que M"e Soumet était la digne fille de son père. Voici ce que dit d'elle M. Emile Deschamps dans l'étude biographique qu'il lui a consacrée : n Personne plus que moi, dit-il, ne pouvait être son biographe... Je sais jour par jour la vie de la charmante Gabrielle. Mais qu'aurai-je a dire d'une vie si jeune et si peu remplie d'événements', quoique si bien employée? L'histoire des plus douces vertus et des plus ardents sentiments de famille et de piété, voilà toute la biographie de Mlle Soumet-, puis, mariée vers la fin de 1834 à un homme digne d'elle par l'élévation de l'âme et l'étendue de l'esprit et des connaissances, toute la biographie de Mme d'Altenheym sera l'histoire de son pieux bonheur d'épouse et de mère.
Mais la physiologie et la psychologie auraient de curieuses études et d'intéressantes observations à faire sur le développement simultané de son génie mystique et de ses traits, dont les lignes tiennent de l'ange. La figure est l'image visible de l'âme. C'est en» core à soi-même qu'on ressemble davantage. Les premières pensées de M"s Gabrielle Soumet furent très-hautes et ses premières pages furent empreintes d'harmonie et de pureté. Ce fut pour elle comme une double révélation innée que l'idéal des sentiments et la beauté de la forme. J'ai conservé un chant de poëme biblique en prose qu'elle avait composé a l'âge de neuf ans et donné k mon père, qui écrivit sur le manuscrit : « Gabrielle ira bien a loin et peut-être aussi loin qu'Alexandre n Soumet. » A propos de la « figure d'ange » dont parle E. Deschamps, disons qu'Alexandre Soumet aimait h appeler sa fille Raphaël- Gabrielle ; il lui a même dédié sous ce nom un de ses sonnets. Un portrait d'elle, dessiné par Boilly, donne, en effet, à son profil une
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grande ressemblance avec celui du peintre d'Urbin.
On doit encore k M"e Soumet : Récits de l'histoire d'Angleterre (1840); Berthe Berlha, poëme (1843); les Anges d'Israël (1856); les Deux frères (1858, in-18); la Croix et la lyre, recueil de poésies (1858, in-is); les Marguerites de France (1858, in-12); les Fauteuils illustres ou Quarante éludes littéraires (1860, in-12); les Quatre siècles littéraires (1860, in-12); les Fleurs de mai, recueil de contes (1862, in-12): Récits de l'histoire d'Espagne (1865, in-12); Récits de l'histoire de Rome chrétienne (1862, in-12).
SOUMETTRE v. a. ou tr. (sou-mè-tre — du lat. submitlere; de sub, sous, et de mettre. Se conjugue comme ce dernier verbe). Réduire à l'obéissance, & la dépendance : Soumettre des rebelles. Soumettre un pays, une province. Il y aura toujours une grande différence entre soumettre une multitude et régir une société. (3.-3. Rouss.) Bonaparte ne se faisait obéir qu'en avilissant ceux qu'il soumettait. (Mme de Staël.) Il est, pour les peuples comme pour les individus, un état d'enfance où. la raison des hommes, loin d'être en état de les conduire, peut à peine suffire à les soumettre. (Guizot.)
— Dompter, réduire, devenir maître de : Soumettre son orgueil. Soumettre ses passions. L'éducation peut seule corriger le naturel, et l'habitude le soumettre. (Grimm.) il Subordonner, laisser diriger, régenter ; faire régler, régir : Soumettre sa raison à la foi, c'est renoncer d la raison. Ce n'est pas attenter à la propriété que d'eu soumettre l'emploi et l'exercice à l'intérêt, à la volonté générale. (Garât.) Equilibrer deux forces, cesl les SOumSTTre d une loi qui, les tenant en respect l'une par l'autre, les n\etle d'accord. (Proudh.) On aime, on estime la jeune fille gui soumet facilement sa volonté à la raison. (Théry.)
— Monter, couvrir, en parlant d'une femelle : Dans certaines espèces, ce n'est pas sans. peine que le mâle soumet la femelle.
~ Présenter pour être jugé, décidé : Soumettre un projet à quelqu'un, à l'attention, à l'examen de quelqu un. Je vous soumets le fait. Permettez-moi de vous soumettre une observation. (Acad.)
— Astreindre, obliger, réduire : Soumettre les- postulants à des formairies rebutantes.
— Soumettre à, Faire subir à : Soumettre une question  un examen sérieux. Soumettre un problème À l'analyse. Soumettre «h maladek un traitement rationnel. Jai remarqué que les chiens qu'on ava.it soumis a cette mutilation étaient moins attachés à leur maître. (B. de St-P.)
Se soumettre v. pr. Etre, devenir soumis : Il est des animaux qui ne peuvent su soumettre, quelque effort qu'on fasse pour les dompter.
— Soumettre sa volonté, accorder obéissance, renoncer à résister : Se soumettre au vainqueur. Il ne suffit pas, en bonne morale, de se soumettre à la justice, il faut encore s'y soumettre librement. (T. Delord.)
— Donner son acquiescement : Se soumettre à une décision. On doit, pour bien servir sa patrie, SB soumettre aux évolutions que les siècles amènent. (Chateaub.) Il Faire adhésion : Se soumettre à la foi. Se soumettre aux ordres de quelqu'un. Le plus grand effort de la raison qui juge est de se soumettre à l'autorité qui se trompe. (Laharpe.) II Consentir, s'engager : Se soumettre à faire des excuses. Se soumettre à payer.
— Syn. SoumeUre, aaaervir,*a*fiuietilr, etc. V. ASSERVIR.
SOUMILLE (Bernard-Laurent), mécanicien et mathématicien français, né à Carpentras vers la fin du xvne siècle, mort à Villeneuveiez-Avignon en 1774. U inventa uu procédé pour remonter les bateaux sur les rivières navigables, procédé qui eut peu de succès ; un semoir à bras, dont il publia la description (1763, in- 16) et qui fut accueilli favorablement par les agronomes, et un thermomètre qui valut à son inventeur les éloges de l'Académie (v. Mém. de V Académie, 1770). On a de Soumiile : le Grdnd trictrac ou Méthode pour apprendre les finesses de ce jeu (1738, 1756, etc., in-8») et la Loterie insidieuse ou Tableau général de tous les points, tant en perte qu'en profit, qu'on peut faire avec sept dés (Avignon, 1775, iti-12).
SOUMIS, 1SE (sou-mi, i-ze) part, passé du v. Soumettre. Mis sous l'autorité, rendu dépendant : Peuple soumis par les Romains. Pourquoi mon âme est-elle soumise à mes sens et à ce corps qui l'asservit et la gêne? (J.-J. Rouss.) Tout homme chargé de commander aux autres, s'il n'est pas soumis à la loi, n'obéit qu'à ses passions. (Mmo de Staël.) Les idées de souillure occupent une place importante dans les religions soumises aux prêtres. (B. Const.) Le devoir oblige la volonté et n'est pas soumis à la volonté. (Lamenn.) L'intelligence est esclave toutes les fois qu'elle est soumise à des autorités individuelles. (Lacordaire.) A Alger, les amins sont des syndics soumis <i l'autorité du chef de la ville. (Feydeau.)
On dirait que le ciel est soumis à sa loi.
Boileao.
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— Obéissant, docile : Des sujets soumis. Une fille modeste et soumise. Que les filles soient toujours soumises, mais que les mères ne soient pas toujours inexorables. (J.-J. Rouss.) L'âme la plus chrétienne est celle qui, du cœur le plus SOUMIS, accepte la fustigation. (Proudh.) Une femme galante ou seulement coquette peut facilement être laplus douce des épouses, mais une femme vertueuse seule peut être la plus soumise. (Mme de Rémusat.) Il Qui annonce la soumission, la disposition à l'obéissance : Air soumis. Ton soumis. Jîëponse SOUMISH. Quand je rentrai chez moi, j'aperçus ces deux ckiens, qui vinrent m'aborder d'un air soumis. (Gulland.)
— Astreint, assujetti : Des navires soumis à la quarantaine. Une règle soumise à de nombreuses exceptions. Soumis à beaucoup moins de maux corporels, les animaux ne connaissent pas les maux plus cruels encore des préjugés et des passions. (Chateaub.) L'intelligence humaine est soumise à des lois indépendantes de ses désirs. (B. Const.) Tout ce qui est terrestre est soumis au péché. (V. Hugo.)
— Lié par une relation de dépendance : Tous les corps sont soumis à la loi de la pesanteur. L'homme est omnivore, el tout ce qui est mangeable est soumis à son vaste appétit. (Brill.-Sav.)
— Administr. Fille soumise, Fille de joie munie d'une carte et soumise aux règlements spéciaux de la polies.
— Mus. Tons soumis, Tons plagaux, dans le plain-chant.
— Fortif. Ouorage soumis à un autre, Ouvrage dominé par un autre.
SOUMISSION s. f. (sou-mi-si-on — rad.
soumis). Dépendance volontaire de la volonté, disposition à obéir, action d'obéir : Se tenir, demeurer dans une grande soumission. L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission dont on se sert pour soumettre les autres; c'est un artifice de l'orgueil, qui s'abaisse pour s'élever. (La Rochef.) La douceur et la soumission sont les ptus puissantes armes de la femme. (Balz.) Sans soumission, l'éducation n'est pas possible. (M"»e Monmarson.) Jamais la soumission ne fut universelle. (Ch. de Rémusat.) La plus grande difficulté de l'éducation, c'est de tenir les enfants dans la soumission sans dégrader leur caractère. (De Lévis.) .
Sous la soumission, la haine croit à l'ombre.
Poksahd.
— Démonstration respectueuse : C'est un homme qui exige de grandes soumissions.
(Acad.) La duchesse de Bourgogne demandait son pardon avec Vint de bonne grâce et de soumissions par lettre, avec tant de foldlrerie de vive voix, qu'elle était bien sûre de l'obtenir. (Ste-Beuve.) Les soumissions font quelquefois naître l'amour, mais ne le ressuscitent jamais. (Beauchêne.)
Une âme accoutumée aux grandes actions Ne ee peut abaisser à des soumissions.
Corneille.
— Engagement à payer une somme,
— Offre par écrit de faire une acquisition ou de se charger d'une entreprise, à des conditions que l'on énonce : Soumission cachetée.
— Faire sa soumission, Se soumettre, déclarer qu'on se soumet : La citadelle a fait sa SOUMISSION.
— Procéd. Faire sa soumission, Déclarer par écrit qu'on se soumet au jugement.
— Hist. Acte de soumission, Acte par lequel, au temps de Henri VIII, l'assemblée des députés du clergé anglican s'engagea à ne promulguer aucun décret sans l'assentiment de la couronne.
— Syn. Soumission, obéiaaauce. V. OBÉIS- SANCE.
— Encycl. Légis!. Soumission en matière de travaux publics. Les adjudications relatives aux travaux publics ont lieu par voie de soumission cachetée. Nu! n'est admis à concourir s'il n'a les qualités requises pour entreprendre les travaux et en garantir le succès. Chaque concurrent est tenu, à cet effet, de fournir un certificat constatant sa capacité et de présenter un acte régulier ou au moins une promesse vulable de cautionnement. Ce certificat et cet acte ou cette promesse sont joints à la soumission; mais celle-ci doit être placée sous un second cachet. Il n'est pas exigé de certificat de capacité pour la fourniture des matériaux destinés à l'entretien des routes, ni pour les travaux de terrassement dont l'estimation ne s'élève pas ù plus de 15,000 francs.
Dans les adjudications relatives aux travaux dépendant de l'administration des ponts et chaussées, les paquets sont reçus cachetés par le préfet, le conseil de préfecture assemblé, en présence do l'ingénieur en chef. Ils sont immédiatement rangés sur le bureau et numérotés dans l'ordre de leur présentation (ordonnance du 10 mai 1829, art. 9 à 11). A l'instant fixé pour l'ouverture des paquets, le premier cachet est rompu publiquement et il est dressé un état des pièces contenues sous ce premier cachet. Les concurrents ou soumissionnaires se retirent alors de lu salle de l'adjudication, et le préfet, après^avo.T consulté les membres du conseil de préfecture et l'ingénieur en chef, arrête la liste des
SOUM
concurrents qui ont été agréés. La séance devient publique immédiatement après, et le préfet fait connaître sa décision. Les soumissions sont alors ouvertes publiquement, et le soumissionnaire qui a fait l'offre d'exécuter les travaux aux conditions les plus avantageuses est déclaré adjudicataire. Néanmoins, si les prix des soumissions excèdent le montant du devis des travaux, le préfet sursoit a l'adjudication, et presque toujours on fait appel à de nouvelles soumissions.
Quand un certificat de capacité n'a pas été admis, la soumission qui l'accompagne n'est pas ouverte. Toute soumission est réputée nulle et non avenue si elle n'est en tous points conforme au modèle donné dans le cahier des charges.
— Soumission eu matière de marchés de fournitures. En principe, tous les marchés au nom de l'Etat doivent être faits avec concurrence et publicité. Il est généralement procédé aux adjudications sur des soumissions écrites dont la forme est indiquée par le cahier des charges et qui doivent être accompagnées de toutes les pièces et certificats qu'il exige. Comme en matière de travaux publics, la soumission ne peut être accueillie si elle n'est en tous points conforme au modèle donné dans le cahier des charges. Les soumissions doivent également être toujours remises cachetées en séance publique. Lorsqu'un maximum de prix ou un minimum de rabais a été arrêté d'avance par le ministre compétent ou par le fonctionnaire qu'il a délégué, ce maximum ou ce minimum doit être déposé cacheté sur le bureau, à l'ouverture de la séance. Dans le cas où plusieurs soumissionnaires ont offert le même prix, et où ce prix est le plus bas de ceux portés dans les soumissions, il est procédé, séance tenante, à une réadjudication, soit sur de nouvelles soumissions, soit à extinction des feux, entre ces Soumissionnaires seulement. Il peut être fixé par le cahier des charges un délai pour recevoir des offres do rabais sur le prix de l'adjudication. Si, pendant ce délai, qui ne doit pas dépasser trente jours, il est fuit une ou plusieurs offres de rabais d'au moins 10 pour 100 chacune, il est procédé à une réadjudication entre le premier adjudicataire et l'auteur ou les auteurs des offres de rabais, pourvu que ces derniers aient, préalablement à leurs offres, satisfait aux conditions imposées par le cahier des charges pour pouvoir se présenter aux adjudications (ordonnance du * décembre 1836, art. 7-10).
On donne encore le nom de soumission à l'action par laquelle on offre de payer, en matière de cautionnement. La caution acceptée par la partie ou admise par la justice fait sa soumission au greffe du tribunal où s'est suivie l'instance. Elle doit être assistée d'un avoué. Lorsque la caution est fournio pour l'exécution d'un jugement de condamnation, elle s'oblige à rembourser, Je cas échéant, le montant des condamnations. S'il s'agit d'un héritier bénéficiaire, elle s'engage à représenter la "valeur du mobilier inventorié.
S'il s'agit d'une caution conventionnelle ou légale, la soumission peut être faite devant notaire.
La soumission faite au greffe est exécutoire sans jugement.
Ennn, en matière de contributions, on désigne sous le nom de soumissions les engagements contractés par les contribuables de payer des droits, des suppléments de droits, des frais ou des amendes dont ils se reconnaissent débiteurs. Ces engagements sont pris par eux en vue d'éviter les frais de poursuite.
SOUMISSIONNAIRE s', (sou-mi si-o-nè-re — rad. soumissionner). Personne qui a fait une soumission pour un travail , pour une fourniture, une acquisition.
SOUMISSIONNES v. a. ou tr. (sou-mi-sio-né — rad. soumission). Faire sa soumission pour l'exécution ou l'acquisition de : Soumissionner une fourniture, un emprunt. Soumissionner pour vingt mille francs.
SODMOROKOV ou SOUMAROKOF (Alexandre-Pètrovitch), poôte et auteur dramatique russe, né a Moscou en 1727, mort en 1778. Après s'être fait connaître comme poëte lyrique et didactique, il s'essaya dans la tragédie, s'inspirant de l'école française, et particulièrement de Racine, et fonda le premier théâtre national, dont il fut nommé directeur. Presque tous ses sujets sont tirés de l'histoire russe, et il fut le premier poète de ! sa nation qui ait fait des tragédies d'après ; les règles adoptées par les classiques. Il a aussi composé un giand nombre de corné- | dies imitées de Molière. Ses Œuvres ont été publiées à Moscou en 1787, 10 forts volumes in-8").
SOUMPOU, ville du Japon. V. Souronga.
Soumuacb de Buniiji.n (les), grottes innombrables situées cote à côte près de Bamiyan, vers la source du Surkhab, un des affluents de l'Oxus (aujourd'hui le Djihoun), et dans Ja contrée la plus sauvage de l'Indou- Khou. On prétend dans le pays que ces excavations sont l'ouvrage d'un roi nommé Joulal. Les habitants appellent ce lieu Ghoulgoulaou Ghalgala, suivant Al. Burnes (Travels into Dokhara, vol. Ier, p. 182). Les Soumusch ne sont d'ailleurs, pour la plupart, que
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des excavations sans architecture et sans ornements. Quelques-unes se terminent a leur sommet en forme de dôme, et à l'endroit où la coupole prend sa naissance il y a une petite frise ornée; mais les Soumusch sont surtout remarquables par les traditions extraordinaires qui- s'y rattachent. Une d'elles passe pour celle dans laquelle le fameux Vyasa composa les Védas. Dans une autre, une mère perdit son enfant, et ce ne fut que douze ans plus tard qu'elle parvint à le retrouver, tellement elles ressemblent à un labyrinthe. Ritter (Die Stupa's. etc., und die Colosse von Bamiyan, p. 36) croit que c'est à Biimiyan qu'il faut placer la grotte que la fable de Prométhée a rendue s célèbre. Un passage de Quinte-Curce (vil, ÏA) lui semble surtout important pour appuyer cette opinion. Dans la légende de Vichrioti, il est aussi question d'un Pramat'hesa (le Aliitre des cinq sens) indien et d'un aigle nommé Garuda, qui dévora cet audacieux mortel (Wilford, Asiatic Jiesearches, t. VI, p. 506-512). L'opinion de Ritter sur l'âge des Soumusch de Bamiyan est qu'ils datent de l'époque de l'introduction du bouddhisme dans celte contrée, c'est-à-dire cinq ou six siècles avant notre ère. Abul-Fsizel, à la fin du xvi» siècla, donne en ces termes la description des Sot.musch de Bamiyan : ■ Au milieu de la monta'ne de Bamiyan se trouvent douze mille cavités ou grottes taillées dans le roc, avec dss ornements ou des revêtements en stuc, tïlles servaient de séjour d'hiver aux anciens habitants du pays; on les appelle SummiJ (les grottes) ; là se trouvent d'énormes figures, un homme haut de quatre-vingts aunes, une femme haute de cinquante aunes, ui enfant de quinze aunes; dans une de ces grottes se trouve un cadavre embaumé dont les. naturels ne connaissent pas l'origine et qu'ils tiennent en grand honneur. >
SODMY, ville de la Russie d'Europe, dans le gouvernement et à 181 kilom. N.-O. de Kharkow, sur le Psol, chef-lieu du district de son nom ; H, 600 hab. Importante foire, où il se traite pour environ 20 millions d'affaires.
SOUMY ouABISKAN, lac de Sibérie, dans les steppes des Barabinstes, gouvernement et à -100 kilom. O. de Tomsk. Ce lac, qui communique avec lelacTchany, aune superficie de 4,600 kilom. carrés.
SOUNA, territoiie du Sénégal, sur la rive gauche de la Casa nance.
SODNDA. V. javanais (idiomes).
SOUNGARI, rivière de l'empire chinois, dans la iMundchourie. Elle prend sa source au versant septentrional des "montagnes qui forment la limite N. de la presqu'île de Corée, coule d'abord au N., baigne la ville de Kirin ou Girin-Ûulu, tourne ensuite au N.-E. et se jette dans l'Amour, après un cours de 1,100 kilom.
Su UNGARIE, contrée de l'Asie centrale. V. Dzoungarib.
SOUNG-K1ANG, ville de Chine, province de Kiang-Sou, chef-lieu du département de son nom, à 275 kilom. S.-E. de Nankin. Immense fabrication de toi! es de coton. C'est une des villes les plus indistrieuses de la Chine.
SOUNNA s. m. (sounn-na). V. sonna.
SOUPAPE s. f. (sou-pa-pe — do l'espagnol sopapo, soupape, proprement coup sous le menton ; de so, sous, et de papo, dessous du menton). Mécan. Obturateur qui s'ouvre et se ferme pour donner passage à un liquide ou à un gaz dans ur. sens et 1 empêcher de se mouvoir dans le sens opposé : Soupapes d'une pompe, d'une machine pneumatique, d'un soufflet, d'un ballon, d'une baignoire. Il Soupape de sûreté, Soupape qui, établie sur une chaudière à vapeur, s ouvre spontanément quand la vapeur dépasse une certaine pression, et prévient ainsi les explosions.
— Fig. Issue, moyen de dégagement qui prévient une expiosion des passions -.La liéforme fut une de ces protestations qui ouvrent une soupapk à V étouffemenl universel. (G. Sand.) *
— Teehn. Piaf ue de fer servant d'obturateur mobile : La soupape d'un tuyau de poêle, d'une cuvette de lieux d'aisances.
— Encycl. Les soupapes diffèrent de3 robinets et des clapets en ce qu'elles sont rondes et ont leur partie mobile douée d'un mouvement rectiligne alternatif suivant la direction de l'axe. La fermeture au moyen des soupapes s'obtient par le contact de deux surfaces annulaires, tantôt planes, tantôt coniques, dont l'une est concave et l'autre convexe. Les soupapes se composent d'une partie plane et d'une partie cylindrique; tantôt c'est la première qui est mobile, tantôt c'est la seconde; dans les deux cas, la partie fixe porte le nom de base, et la pa.-tie mobile celui de chapeau. On distingue las soupapes à chapeau plat et celles à chapeau cylindrique. Les soupapes
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dans le corps d'une conduite, au fond d'un tube, et dont la tète est guidée par une plaque, comme l'indiquent les figures ci-dessus :
Fig. 1.
ont souvent la forme d'un cône que l'on place
(hupea a, b
Fis. 2.
Fig. 3.
elles prennent le nom de soupapes à ailettes lorsqu'elles se composent d'un disque circulaire portant au bas des ailettes qui se réunissent autour d'un moyeu; ces lames frottent contre les parois et empêchent la rupture du guide; les soupapes à lanterne se composent d'un disque plein terminé par un cylindre creux, sur la surface convexe duquel on a méimgé dos ouvertures pour le passage de l'eau ou de la vapeur.
Pig- *
La soupape à boulet est formée d'une sphère métnllique le plus souvent creuse, pour que soc poids n'excède pas des limites convenables; l'ouverture qu'elle est destinée à fermer est elle-même taillée en forme de zone sphérique creuse. Le boulet est ordinairement maintenu près de l'orifice par une muselière qui ne laisse qu'un jeu suffisant au dégagement de l'orifice. La symétrie de la forme sphérique dispense de l'emploi d'aucun guide au mouvement du boulet; la pesanteur suffit pour le ramener en face de l'orifice.
Fig. 5.
La soupape à double siège, imaginée d'abord pour le service des machines de Cornouailles, tend à se généraliser de plus en plus. Elle remplit à la fois les deux conditions capitales de s ouvrir sous l'effort d'une très-petite force et de dégager un large passage pour un trèspetit déplacement. Elle est formée d'une partie fixe C, formée de six cloisons rayonnant vers un axe central et recouvertes par un disque faisant corps avec elles. La partie mobile est le fourreau DD, que la figure représente soulevé, et qui, lorsqu'il est baissé, appuie d'une part sur le bord conique de la large ouverture dans laquelle bayentles cloisons, de l'autre sur la tranche également conique du disque qui les recouvre. Lorsque le fourreau est soulevé, la vapeur passe à la fois de A en B par les deux ouvertures E etK. La force nécessaire pour soulever le fourreau ne représente que la somme des composantes verticales des pressions qu'exerçait la vapeur répandue autour de lui sur les surfaces tronconiques par lesquelles il s'appuie aux parties fixes.
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Une chaudière a vapeur doit être munie d'une soupape dite de sûreté, qui laisse passage à la vapeur lorque sa tension devient
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trop forte a l'intérieur. La tige de cette sonpape, fortnée d'un axe central et de trois cloisons, pénètre dans le tuyau dont l'ouverture
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doit rester Douchée dans les circonstances ordinaires. L'orifice n'est obturé que par la tête de la soupape; la forme de la. tige es.t au contraire destinée à permettre la sortie de la vapeur dès que la soupape est soulevée. La charge maximum P de chaque soupape de sûreté est déterminée en multipliant lk'1,033, la pression de l'atmosphère sur 1 centimètre carré de surface, par le nombre n — 1 d'atmosphères mesurant la pression effectuée ; ainsi, d étant le diamètre de l'orifice en centimètres, on a
P = 1,033 (ji— i)— ;
P' étant le poids propre de la soupape, le poids Q qu'il faut appliquer sur cette dernière est
Cette expression est donc celle du poids dont doit être chargée la soupape pour ne se lever que sous une pression dépassant n atmosphères.
Les ordonnances des 22 et 23 mai 1843, relatives aux appareils à vapeur, déterminent les diamètres ûës soupapes de sûreté d'après la surface de chauffe des chaudières et la pression pour laquelle elles ont été timbrées. Les poids dont il faut les charger sont quelquefois très-considérables; on les applique direetementoupar levier. Le premier mode, qui ne s'emploie que lorsque la pression intérieure ne doit pas dépasser 2 atmosphères, consiste dans l'application, sur la tête du chapeau, d'un poids suffisant, de forme cy- . lindrique et muni de quatre oreilles, situées aux extrémités de deux génératrices opposées et enfilées dans deux tringles verticales en fer, qui servent de guides au poids quand les soupapes se lèvent. Le second consiste dans l'emploi d'un levier plus ou moins long, ayant son point fixe à une extrémité et très-
Ïirès du centre du chapeau de la soupape; ce évier est chargé, à son autre extrémité, d'un poids qui est à la charge directe en rai- Son inverse des bras. Dans ce cas, on détermine la pression P" du levier non chargé sur la soupape. Pour cela, on fixe ou point du levier qui repose sur la soupape l'extrémité d'un fil vertical passant sur une petite poulie très-mobile sur son axe, et l'on suspend à l'autre extrémité de ce fil un poids suffisant pour soulever le levier mis en place; ce poids est égal à P". Connaissant P,r*',P", le poids Q' qu'il faut appliquera l'extrémité du levier pour faire équilibre à la pression de la vapeur est, en négligeant le frottement de l'axe du levier et l'influence de la surface de contact de la soupape sur son siège, „, (P-P'-P")i Q - £ ,
L étant le bras de levier du poids Q' , c'est-àdire la longueur totale du levier, ou mieux la distance du point d'application de Q' à l'axe d'articulation du levier; l, la distance de l'axe d'articulation du levier au point où il ï'appuie sur la soupape, c'est-à-dire le bras de levier de P — P'-P".
Les soupapes de sûreté ont les surfaces annulaires ue contact planes et très-petites; leur largeur de recouvrement ne doit pas dépasser la trentième partie du diamètre de la surface circulaire exposée directement à la pression de la vapeur, et cette largeur, dans aucun cas , ne doit excéder 2 millimètres. Cette disposition a principalement pour but de faire coïncider la levée des soupapes avec l'indication du manomètre pour laquelle leurs poids ont été détermines. Pour calculer le diamètre des soupapes de sûreté, on suppose une production maximu de vapeur par m<jire carre de surface de chauffe et par seconde ; on le calcule alors d'après la section d'écoulement nécessaire à l'échappement, dans le même temps, de toute cette vapeur sous la u-ession pour laquelle la chaudière a été Unirée. U résulte de là que, à dimensions égales, les chaudières ont des soupapes de sûreté d'autant plus petites que la pression pour laquelle elles sont timbrées est plus considérable. En procédant comme ou vient de l'indiquer, ou a obtenu plusieurs formules, parmi lesquelles se trouve la suivante, qui est celle qu'on emploie le plus généralement:
dans laquelle d est le diamètre de la soupape de sûreté en centimètres, s la surface de chauffe de la chaudière, y compris les parties des parois situées dans les carneaux ou conduits de la flamme et de la fumée, exprimées en mètres carrés; h, le numéro du timbre que porte la chaudière. L'expérience a fait voir quîune seule soupape, dont l'orifice avait un- diamètre déterminé parla formule empirique précédente, suffisait pour débiter toute la vapeur qui pourrait se former dans la chaudière, à la tension de n atmosphères, sous l'influence du feu le plus actif.
Le décret impérial du 25 janvier 1865, relatif aux chaudières à vapeur autres que celles des bateaux, qui annule l'ordonnance royale du 22 mai 1843 ayant rapport au même sujet, conserve à l'article 5 du titre 1er les dispositions suivantes pour les soupapes : i Chaque chaudière est munie de deux soupapes de sûreté chargées de manière à laisser la vapeur s'écouler avant que sa pression effective atteigne ou, tout au moins, dès qu'elle atteint la limite maximum indiquée par le timbre dont il est fait mention à l article 4. Chacune des soupapes offre une section suffisante pour maintenir à elle seule, quelle que soit l'activité du feu, la vapeur dans la chaudière h. un degré de pression qui n'excède dans aucun cas la limite ci-dessus. Le constructeur est libre de répartir, s'il le préfère, la section totale d'écoulement nécessaire des deux soupapes réglementaires entre un plus grand nombre de soupapes.
» Sur les bateaux à vapeur, chaque chaudière porte deux soupapes, disposées et chargées comme pour les machines fixes. Leur diamètre et 1 épaisseur de leur rebord se règlent comme précédemment et d'après l'ordonnance royale du 22 mai 1843. Il est, de plus, adapté a la partie supérieure des chaudières à faces planes, une soupape atmosphérique, c'est-à-dire une soupape s'ouvraut du dehors au dedans, appelée reniflard. Quand la machine marche sur le vide, o'est-à-dire quand la pression de la vapeur dans la chaudière est égale ou inférieure à la pression atmosphérique, cette soupape, s'ouvrant du dehors au dedans sous cette dernière pression supérieure à celle de la vapeur, laisse pénétrer dans la chaudière une quantité d'air qui rétablit l'équilibre entre ces deux pressions opposées, épargnant ainsi aux lôles de l'enveloppe l'effort d'écrasement contre lequel elles sont peu consolidées. »
Dans les locomotives, les règlements administratifs exigent la présence de deux soupapes de sûreté , une à chaque extrémité. Néanmoins, dans les machines de construction récente, on les' place toutes les deux audessus du foyer, afin qu'elles soient plus à portée du mécanicien dans le cas où elles viendraient à se déranger. Ces soupapes, qui sont en tout semblables, comme forme et comme disposition, à celles des machines fixes, ne diffèrent de celles-ci qu'en ce que le levier, au lieu de porter à son extrémité un poids faisant équilibre à la pression de la .vapeur, agit sur un ressort à boudin dont on peut augmenter ou diminuer la tension en serrant l'écrou qui limite sa course. La disposition des poids ne pouvait convenir aux machines locomotives, à cause des trépidations auxquelles elles sont exposées pendant leur marche; le ressort, il est vrai, est plus sujet à se déranger que le poids, et sa tension augmente d'une manière sensible quand la soupape se lève ; mais, comme les locomotives sont soumises à une surveillance incessante et que le mode de construction adopté pour les chaudières les rend presque inexplosibles, ces inconvénients n'ont que peu d'importance. On emploie aujourd'hui avec avantage les soupapes ou balances de MM. Lemonnier et Vallée, qui présentent une disposition ingénieuse au moyen de laquelle, dès que la pression s'élève d une manière inquiétante, la soupape s'ouvre en. grand et donne une large issue à la vapeur.
Dans les machines pour bateaux, on établit sur les cylindres et dans le fond des soupapes de sûreté, destinées à offrir un passage à l'eau provenant de la condensation ou des chaudières, dans le cas de projection d'eau. Cette eau, comprimée parle piston à l'extrémité de sa course, pourrait causer la rupture du fond ou couvercle.
Les soupapes servent encore, dans les machines à vapeur dites de Cornouailles, à éta-
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blir alternativement la communication, d'une part, entre la chaudière et une des faces du piston moteur; d'autre part, entre l'autre face de ce piston et l'atmosphère ou le condenseur, suivant le cas. Elles sont donc encore utilisées comme distributeurs ; elles se comportent bien dans les machines dont la puissance s'élève au-dessus de loo chevaux et aussi dans celles d'une puissance moindre, mais à mouvement simple de va-et-vient, comme le sont la plupart des pompes a feu. Elles fonctionneraient probablement mal avec des machines à rotation d'une faible puissance ; cependant l'expérience montre qu elles continuent à bien fonctionner jusqu'à 28 et 30 tours ou coups doubles par minute. Dans les machines à double effet et, par conséquent, dans toutes celles à rotation, il faut découvrir deux ouvertures ou lumières et en fermer en même temps deux autres, à chaque changement de direction du piston. Quatre soupapes sont donc indispensables pour le jeu d'une machine à arbre tournant. Le moyen le plus commode de les disposer, lorsque ce sont des soupapes simples, consiste à les placer deux à deux, l'une au-dessous de l'autre, dans une boite divisée en trois compartiments; on leur donne alors le nom de soupapes enfilées. Le compartiment supérieur de chacune de ces boîtes, dont l'une est fixée au haut du cylindre et l'autre au bas, reçoit la vapeur de la chaudière par le tuyau d amenée, tandis que le compartiment inférieur communique avec le tuyau d'échappement. Dans ce jeu, deux soupapes mettent donc successivement chacun des compartiments en communication avec celui du milieu, qui communique luimême, par ses orifices d'admission et d'échappement, avec le dessus et le dessous du piston, et réciproquement. Ces soupapes simples ferment très-bien et résistent assez longtemps; aussi sont-elles employées dnn3 un grand nombre de fortes machines ; mais elles présentent un inconvénient résultant de leurs dispositions. La vapeur opéra sur leur surface une pression qui exige un effort considérable pour leur manœuvre. Cet effort n'absorbe pas sensiblement de travail, parce qu'il ne dure qu'un temps très-court; mais il occasionne un petit choc, et, comme on le sait, on doit éviter toutes les causes de choc dans la fonctionnement des machines. Elles présentent aussi l'inconvénient de ne pas offrir une large issue à la vapeur, dès l'instant où elles commencent à se soulever. A basse pression, le travail absorbé est peu de chose ; aussi sont-elles préférables pour ces machines, avec leurs inconvénients, à toutes celles que l'on pourrait leur substituer ; mais, à haute pression, elles ne sont pas tolèrables, et il est indispensable d'avoir recours à toute autre disposition. Les deux inconvénients signalés plus haut n'existent pas avec les soupapes doubles , appelées aussi soupapes de Cornouailles. On s est servi en Amérique avec succès, pour de puissantes machines de bateaux, d'une autre disposition de soupapes doubles d'une application facile. Chacune d'elles se compose de deux soupapes simples fixées à la même tige et disposées de telle façon que la pression de la vapeur sur l'une soit contre-balancée, ou à peu près, par la même pression exercée sur l'autre, mais en sens inverse. Lorsque la distribution est effectuée au moyen de soupapes, on soulève ces dernières à 1 aide de cames placées sur un arbre tournant disposé près du cylindre. Dans le cas où les machines ne sont pas à rotation* le mouvement des soupapes s'opère par un système de leviers assez compliqué, qui porte le nom d'encliquetage.
Dans les pompes, on appelle soupape d'aspiration celle qui livre passage à l'eau venant du puisard sous le piston ; soupape de refoulement celle qui laisse passer l'eau en dessus du piston ou dans le tuyau d'élévation. Dans les pompes d'alimentation de3 chaudières, on donne le nom de soupape de retenue à celle que l'on place dans le tuyau de refoulement, très-près de la chaudière, pour retenir l'eau qu'elle renferme, en cas de rupture ou de réparation de la pompe. Un appelle soupapes de prise d'eau ou bondes de fond les obturateurs en formu de soupapes que l'on place au fond des réservoirs d'eau et qui doivent livrer passage à celle-ci pour qu'olle puisse se répandre uans les conduites d'alimentation. Ces soupapes sont généralement manœuvrées par des tiges qui s'élèvent au-dessus du réservoir et sont commandées par de petites manettes; leur siège, fixé au fond de la construction, s'élève un peu audessus de ce dernier, pour que les dépôts qui s'y accumulent ne pénètrent pas dans les conduites ; quelquefois, par mesure de précaution, on recouvre le siège de la soupape d'un panier en fil de laiton, à mailles iresserrées,ou formé d'une feuille de cuivre percée de trous très-petits. Dans beaucoup de circonstances, on a remplacé ces soupapes par des robinets-vannes, dont le bon fonctionnement est plus assuré.
SOUPARNA, nom de l'oiseau Garoudha, dans la mythologie indoue. On appelle, en général, souparna une classe d'êtres surnaturels, représentés comme des oiseaux, créés dés le commencement du monde; on fait pour eux des libations d'eau tous les jours, quand on honore les mânes.
SOUPATOIRE adj. (sou-pa-toi-re — rad.
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souper). Qui appartient au souper, qui tient du souper : Diner soupatoire.
SOUPÇON s. m. (sou-pson— latin suspicio, mot qui est également représenté dans notre langue par le mot suspicion. Quant au latin suspicio, il vient de suspiçere, suspienri, qui signifie proprement regarder dessous, suspecter, soupçonner, de su6, d'en bas, etspicere, voir, regarder). Doute désavantageux que l'on conçoit : Soupçon fondé. Soupçon mal fondé, injuste, injurieux. Avoir du soupçon, dessoupçons. Donner du soupçon. Eclaircir un soupçon. Dissiper, détruire un soupçon. Celui qui est dans te bonheur ne forme aucun soupçon. (M™" d'Epinay.) Si le monde est léger dans ses soupçons , il est généralement vrai dans ses jugements. (La Ruchef.- Doud.) La pudeur craint le soupçon du mal autant que te mal même. (St-Marc Gh\) Iiien n'est terrible, surtout à Paris, comme des soupçons sans fondement ; il est impossible de les détruire. (Balz.)
. . . Auï faux soupçons la nature est sujette. Et c'est souvent à mal que le bien s'interprète.
Molière, Un injuste soupçon peut tromper notre cœur, Et la prudence humaine est sujette II l'erreur.
M.-J. Chênier.
... La vieillesse, ombrageuse et sévère, En de vagues soupçons se plaît à s'égarer.
A. Ceékier.
Le soupçon, dans les cœur», n'est que trop légitime;
[crime.
C'est la qu'un grand Becretn'estsouventqu'un grand
Ducis.
Gardez-vous du soupçon qu'un jaloux fait paraître; Tout ie fruit qu'on en tire est de se mettre mal, Et d'avancer par la les desseins d'un rival.
Molière.
— Doute désavantageux que l'on inspire : Une conduite exempte de soupçon.
— Action ou habitude de soupçonner, défiance : Un coeur exempt de soupçon.
— Opinion incertaine, conjecture qui inspire des doutes ■. J'ai quelque soupçon qu'il est le véritable auteur de ces vers. L'hôtelier avait déjà quelque soupçon du jugement fêlé de son hôte. (L. Viardot.)
— Quantité très-faible, presque nulle ; apparence légère : Avoir un soupçon de fièvre. Versez-m'en une goutte, un soupçon. L'affectation de gravité extérieure est un soupçon d'hypocrisie. (La Roehef.) Au moindre soupçon de soleil, tes fleurs sourient avec une grâce délicieuse; ou dirait de belles vierges timides et frêles sous un voile qu'on va lever. (H.Tuine.)
— Hist. relig. Calice de soupçon. Epreuve à laquelle les chrétiens d'Alexandrie soumettaient les femmes -soupçonnées d'infidélité, en leur faisant avaler un breuvage qui passait pour leur faire endurer d'affreuses douleurs, quand elles étaient véritablement coupables.
— Sya. Soupçon, «uvpicton. Soupçon est le mot du langage ordinaire, et suspicion est proprement un terme de droit, de palais. Un caractère défiant conçoit des soupçons, même quand rien ne les justifie; la suspicion suppose toujours des raisons, au moins apparentes, pour se mettre on défiance. Celui qui est l'objet d'une suspicion est suspect; celui contre qui s'élèvent des soupçons est toujours à plaindre, mais le mal qu'il souffre peut n'avoir d'autre cause que le caractère soupçonneux des personnes qui l'entourent.
— Encycl. Cette toute petite part d'affirmation accusatrice, qui dans le langage familier a fait donner le nom de soupçon à une très-petite quantité de quelque chose, est plus dangereuse pour la personne qui en est la victime qu'une accusation directe, ouvertement proférée. On peut répondre à une calomnie énoncée hautement; il est presque impossible de le faire à un soupçon. Le soupçon se cache ; il est propagé secrètement, est murmuré à vuix basse, tout le monde le connaît et le partage ; seule, la personne soupçonnée l'ignore, et ne l'apprend, si elle l'apprend jamais, que lorsque le vide s'est fait autour d'elle et qu'il n'est plus tempe. Le soupçon propagé et connu de tous devient dans tous les esprits une certitude, que la certitude même n'ébranlera pas. Il engendre la méfiance entre tous les hommes, détruit le lieu social, tue la bonne foi et amène, lorsqu'il est enfin ouvertement énoncé par quelque personne ardente et qui y ajoute foi, devant le malheureux soupçonné, des scènes de désordre et de violence qui finissent souvent par des combats ou des duels à mort.
Le soupçon, lorsqu'il s'est propagé et qu'il est devenu, comme on dit, > la rumeur publique, • fait mettre les innocents en prison, les fait même condamner à mort. Ou sait que l'infortuné Calas fut condamné à' la roue et exécuté pour être, dit la sentence, « véhémentement soupçonné • d'avoir assassiné son fils.
il est vrai que sur le nombre des gens dénoncés à la justice par le soupçon il s'est trouvé quelques coupables ; mais n'est-ce pas ici le cas de répéter cette belle maxime qu' • il vaut mieux laisser échapper cent coupables que de condamner un innocent? »
Que de fois les journaux n'ont-il3 pas à enregistrer, en dehors des condamnations prononcées par les tribunaux, des actes de désespoir et des crimes occasionnés par le
SOUP
soupçon! Tantôt c'est un homme qui", exaspéré d'être soupçonné, et découvrant un de ceux qui propagent le soupçon, le tue dans sa colère; tantôt c'est un homme qui, victime de soupçons continuels et ne pouvant plus les tolérer, met fin à ses jours et va chercher dans la mort l'oubli et la paix, de la tombe.
Si les individus sur lesquels plane le soupçon sont fort malheureux , il est des cas où ceux qui soupçonnent sont plus malheureux encore.
Les tyrans, par exemple, vivent de la manière la plus misérable, au milieu du soupçon. Ils soupçonnent tout le monde, leurs confidents, leurs favoris, et jusqu'à leurs parents. Denys le tyran était si soupçonneux qu'il ne couchait qu'au fond de son palais et qu'il changeait toutes les nuits la place et la chumbre ou il établissait son lit. Il soupçonnait son barbier de vouloir lui couper la gorge et en était réduit à se brûler la barbe. Xénophon rapporte que les rois de Médie., avant de manger, faisaient goûter leurs aliments par leurs cuisiniers, de peur qu'on ne voulût les empoisonner. Les empereurs romains étaient dévorés de soupçons au point de faire périr tous ceux de leurs sujets qui leur portaient ombrage, en vertu de la maxime que développe si bien Racine, que les princes dotvent se débarrasser de tous ceux qu'ils soupçonnent :
On le craint; tout est examiné.
A d'illustres parents s'il doit son origine, La splendeur de son sang doit hâter sa ruine; Dans le vulgaire obscur si le sort l'a placé. Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé?
C'est le grand prêtre de Baal, Mathan, qui expose à Athatie ces principes mis en pratique par les princes soupçonneux, c'est-à-dire à peu près par tous les princes :
Est-ce aux rois à garder cette lente justice? Leur sûreté sauvent dépend d'un prompt supplice.
Les soupçons des rois les ont portés fréquemment à faire périr même leurs proches; d'autres ont préféré mourir de faim plutôt que de prendre de la nourriture qu'ils supposaient avoir été empoisonnée. De ce nombre fut, dit-on, le faible et indolent Charles VU, qui soupçonnait son fils de vouloir le faire périr. Il est vrai que ce tils était Louis XI.
De ces appréhensions incessantes, de ces soupçons continuels sont venues les terribles lois des suspects qui ont fait périr des milliers d'hommes en tout pays, et notamment dans cet empire romain des Tibère, des Caligula, des Néron. Il faut lire dans Tacite le récit de toutes ces variétés de suspects que les soupçons impériaux envoyaient à la rnort.
Camille Desmoulius, dans un numéro célèbre de son Vieux Cordelier, traduit et assaisonne de son amère ironie les pages de Tacite dont nous parlons. Cet admirable polémiste, qui ne fut jamais qu'un écervelé, et qui pour un bon mot eût perdu cent amis, ce jeune ami de Danton, dont les conseils le perdaient, s'efforce, dans ces articles, d'assimiler le comité de Salut public et surtout son ami de collège, Maxiniilien Robespierre, aux tyrans de Home dans leurs soupçons. Il savait cependant que si les césars étaient soupçonneux, c'était parce qu'ils tremblaient pour leur vie; que leurs suspects étaient des hommes qui passaient pour ne pas les aimer, tandis que les membres du grand comité n'étaient soupçonneux que parce qu'ils tremblaient pour le salut de la République; tout ce qu'on peut reprocher à ces hommes, c'est de n'avoir pas su garder une juste mesure dans l'application des lois rigoureuses que le soupçon leur avait inspirées.
Jamais, même k Syracuse, sous les deux tyrans Denys, jamais à Rome, même sous les plus féroces despotes, le soupçon ne fleurit autant que dans les pays d'Europe, sous la domination des inquisiteurs et des jésuites. Les suspects politiques de toute l'histoire du monde sont moins nombreux que les suspects faits par le catholicisme dans un siècle seulement. Nul n'est à l'abri des soupçons dans les pays d'inquisition. Un geste, un regard, la silence même «ont soupçonnés. Jamais le conseil des Dix de Venise ne mit autant d'individus en suspicion que le saint olîice. Les bûchers, une fois allumes, ne s'éteignent plus ; le soupçon plane partout, et tout individu soupçonné est un individu mort. Pas de confiance, pas d'épanchements. Chacun se surveille, s'observe, se redoute. On soupçonne ses serviteurs, sa femme, son iils d'accointances avec les bourreaux.
Le soupçon ne pourra être banni des sociétés que le jour où nul n'aura intérêt à nuire à son prochain; que lorsque la franchise et la loyauté seront a l'ordre du jour; lorsque tout soupçon sera immédiatement vérifié et toute accusation portée en face de la personne accusée et qui pourra se justifier. Voilà pour le soupçon entre citoyens.
Quant aux soupçons des rois contre leurs sujets, ils ne disparaîtront qu'avec la royauté même, car il est de son essence d'être soupçonneuse, et elle le sera toujours.
SOUPÇONNABLE adj. (sou-pso-na-ble — rad. soupçonner). Que Ion peut soupçonner : Les Chinois sont trop soupçonneux et trop soupçonnablës pour qu'on entame avec eux un grand commerce, qui demande ,de la générosité et de ta franchise. (Volt.)
SOUPÇONNÉ, ÉE (sou-pso-né) part, passé du v. soupçonner. Qui inspire des soupçons :
SOUP
Etre soupçonné d'une faute, d'un crime. Fûtelle innocente, la femme a tort du moment qu'elle est soupçonnée, (J.-J. Rouss.) Une femme légère est quelquefois plus soupçonnée qu'une femme coupable. (La Rochef.-Doud.) Vous avez fait un crime, et j'en fus soupçonné; J'ai vécu dans les fers, et vous avez régné.
Voltaire.
— Dont on se doute : Le crime est soupçonné. Son retour n'avait pas seulement été