‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 630 sur 1059 · V. SPATANGOÏDK · texte numérisé non relu

V. SPATANGOÏDK

SPATAGUE s. m. (spa-ta-ghe). Echin. V.

SPATANGUE.

SPATALANTHE s. m. (spa-ta-Ian-te — du gr. spatalos, somptueux; anthos, fleur). Bot. Syn. de geissorhize.

SPATAL1E s. f. (spa-ta-lî — du gr. spatalos, somptueux). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des bombyeites.

SPATALLE s. f. (spa-ta-le). Bot. Genre d'arbustes, de la famille des protéacées, comprenant plusieurs espèces qui croissent au Cap de Bonne-Espérance.

SPATANGACÉ, ÉE adj. (spa-tan-ga-sé).

Echin, Syn. de spatangoÎde.

SPATANGITE s. m. (spa-tan-ji-te — rad.

spatangue). Echin. Nom donné aux spatangiies fossiles.

SPATANGOÎDE adj. (spa-tan-go-i-de — de spatangue, et du gr. eidos, aspect). Echin. Qui ressemble ou qui se rapporte au spatangue.

— s. m. Syn. de spatangitb.

— s. m. pf. Famille d'échinides, ayant pour type le genre spatangue : Plusieurs spatangoïdes ont sur le lest des bandelettes lisses nommées fasciales. (Dujardin.)

— Encycl. La famille des spatangoïdes est caractérisée par un corps plus ou moins allongé et gibbeux ; la bouche placée en avant et dépourvue de mâchoires ; l'anus en arrière, tantôt en dessus, tantôt en dessous; le test mince, couvert de nombreux tubercules, la plupart petits et quelques-uns plus gros disséminés; des piquants sétacés et inégaux ; les flmbulacres formant autour de la bouche des sillons ou des tentacules ramifiés, l'antérieur ordinairement moins développé ; cinq trous ocellaires et quatre pores génitaux, éloignés ou rapprochés. Cette famille, qui fait

SPAT

partie de l'ordre des échinides, comprend les genres spatansrue, maeropneuste, eupatague, gualtière, lovénie, amphidète, breynie, brisse, brissopsis, hémiastre, agassizie, schizastre, micrastre, toxastre, holastre, ananchyte, hémipneuste et disastre. Leurs nombreuses espèces vivent dans les diverses mers ou sont des fossiles des terrains crétacés et tertiaires.

SPATANGUE s. m. (spa-tan-ghe — du gr.

spatos, cuir; aggos, vase). Echin. Genre d'é* chinid-es, formé aux dépens des oursins, et comprenan t plusieurs espèces, qu: vivent dans les diverses mers, ou fossiles des terrains tertiaires : L'intestin des spaTANgues est contourné à l'intérieur du test. (Dujardin.)

— s. m. pi. Syn. de spatangoïdes.

SPATH s. m. (spatt — mot allem.). Miner.

Nom donné a diverses substances pierreuses, k texture lamellaire et cristalline : Spath boracigue. Spath sélénileux.

— Encycl. Les anciens minéralogistes avaient designé sous le nom de spath un prétendu genre de minéraux, renfermant toutes ou du moins la plupart des espèces qui offraient une texture cristalline et lamellaire. Les substances les plus disparates étaient rangées sous cette dénomination complètement vide de sens et qui est aujourd'hui entièrement abandonnée dans le langage scientifique. Toutefois, quelques minéraux continuent à être ainsi désignés abusivement.

Nous citerons, entre autres, le spath adamantin (corindon), le spath calcaire (calcaire lamellaire), le spath changeant ou chatoyant (diallage), le spath fluor (fluorine), le spath d'Islande (calcaire transparent), le spath pelé (dolomie), le spath séléniteux (gypse), le spalh porcelaine (scapoltte), etc. V, les mots cités.

SPÀTHACÉ, ÉE adj. (spa-ta-sé — rad.

spathe). Bot. Qui est muni d'une spathe ou d'un organe analogue.

— s. f. pi. Nom donné par les anciens auteurs k un groupe de plantes qui correspond k une partie de la famille des Iiliacées.

SPATHANDRE s. m. (spa-tan-dre — du gr.

spaihê, spatule ; anêr, mâlrt). Bot. Genre d'arbres, de la famille des mélastomacées, tribu des charianthées, dont l'espèce type croît dans la Sénégainbie.

SPATHANTHE s. m. (spa-tan-te — du gr.

spathe, spatule ; anthos, fleur). Bot, Syn. de

RAPATES).

SPATHE s. f. (spa-te — lat. spalha; du gr. spathe, même sens). Antiq. Sorte d'épée commune aux Gaulois et aux Germains, et qui était plus large que l'épée romaine ordinaire.

— Moll. Genre de mollusques acéphales, de la famille des mytilacés.

— Bot. Grande bractée qui entoure d'une manière plus ou moins complète l'inflorescence d'un grand nombre de plantes monocotylédones, notamment des aroidées : Tantôt la spathe ressemble à un cornet évasé, tantôt elle figure une sorte de sac. (Th. de Berneaud.) La spathe est monophylle , comme dans le goupt ; dinhylle dans l'ail, i'oignon, etc. (P. Hœfer.)

— Encycl. Bot. La spathe est une grande bractée qui enveloppe et abrite les organes 'de la fructification ; tantôt elle ressemble à un cornet évasé, tantôt elle figure un sac plus ou moins ouvert et à bords découpés, tantôt enfin on la prendrait pour une simple feuille florale. Elle s'ouvre ou se rompt au moment où les fleurs s'épanouissent ; mais comme elle s'aeeroît rarement dans les mêmes proportions, elle continue k les couvrir en partie. La spathe caractérise essentiellement certaines familles monocotylédones, telles que les aroïdées, les typhacées, les pandanées, les palmiers, les musacées, etc.; elle se trouve aussi dans plusieurs genres de Iiliacées, d'amuryllidées, d'hydrocharidées, etc. Sa consistance varie ; elle est le plus souvent mollo et herbacée et quelquefois ligneuse. La spathe peut être composée d'une, de deux ou de plusieurs valves ou pièces; on la dit, suivant les cas, univalve, bivalve ou multivalve.

SPATHE, ÉE adj. (spa-té — rad. spathe). Bot. Qui est muni d'une spathe.

SPATHÉLIE s. f. (spa-té-lî — du gr. spathe, spatule). Bot. Genre d'arbres, de la famille des zanthoxylées, dont l'espèce type croît k la Jamaïque.

SPATHELLE s. f. (spa-tè-ie — dimin. de spathe). Bot. Bractée qui enveloppe seulement une partie de l'inflorescence ou même une fleur unique.

— Bot. Chacune des pièces de la glumelle des graminées.

SPATHELLULE s. f. (spa-tè-Iu-le — dimin. de spalhelle). Annél. Soie terminée par une sorte de palette, chez les annélides chétopodes.

SPATHICARPE s. f, (spa-ti-kar-pe — de spathe, et du gr. karpos, fruit). Bot. Plante indéterminée des bords de l'Uruguay.

SPATHIDÉ, ÉE adj. (s'pa-ti-dé — de spathe, et du gr. idea, forme). Bot. Qui est muni d'une spathe.

— s. f. pi. Syn. de spadiciïxores, classe de plantes endogènes.

SPATHIDIE s. r. (spa-ti-dî — du gr. spathe, spatule -, idea, forme). Infus, Genre dïn-

SPAT

fusoires, de lu famille des leucophryens, dont l'espèce type habite les eaux douces.

SPATHIFICATION s. f. (spa- ti-fi-ka-si-on

— rad. spathifier). Miner. Transformation de corps organiques eu matières pierreuses.

SPATHIFIER v. a. ou tr. (spa-ti-fi-é — de spath, et du lat. facere, faire). Miuér. Transformer en spath.

SPATHIFLORE adj. (spa-ti-flo-re — de spathe,etd\i lat. flos, /loris, fleur). Bot. Qui a ses fleurs entourées d'une spathe.

SPATHIFORME adj. (spa-ti-for-me — de spath, et de forme). Miner. Qui a l'apparence du spath : Substance spatbiforme.

SPATHILLE s. f. (spa-ti-lle; Il mil.— dimin. de spathe). Bot. Syn. de spa.thui.le : Quelquefois les fleurs contenues dans une spathe sont enveloppées chacune dans une petite spathe particulière, qui porte le nom de spathillb. (F. Hœfer.)

SFATHIQUE adj. (spa-ti-ke — rad.spa(A).

Miuér. Qui est de la nature du spath, qui est à l'état de spath : Fer spatuique.

— Chim. Acide- spathique, Ancien nom de l'acide fluorique.

SPATHIOSTÉMON s. m. (spa-ti-o-sté-mon

— du gr. spathe, spatule; stémân, étaniine). Bot. Genre d'arbustes, de la famille des euphorbiacées, tribu des crotonées, dont l'espèce type croit à Java.

SPATHIPHYLLE s. m. (spa-ti-fl-le — du gr. spat/tê, spatule; phullon, feuille). Bot. Genre de plantes, de la famille des aroïdées, comprenant des espèces qui croissent dans l'Amérique tropicale.

SPATHIUM s. m. (spa-ti-omm — rad. spathe). Bot. Syn. de saururb et d'ÉPiDENDRE.

SPATHODÉE S. m. (spa-to-dé — du gr.

spathàdês, qui ressembler une spathej. Bot. Genre d'arbres et d'arbustes, de la famille des bignoniacées, formé aux dépens des bignones, et comprenant une quarantaine d'espèces, qui croissent dans les régions tropicales.

SPATHOGÉNÉSIE s. f. (spa-to-jé-né-zl — de spath, et du gr. genesis, naissance). Miner. Origine, formation des spaths.

SPATHOGLOTTE s. m. (spa-to-glo-te — du gr. spathe, spatule; glôtta, langue). Bot. Genre de plantes, de la famille des orchidées, tribu des épidendrées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent dans l'Inde et à Java.

SPATHOLOBE s. m. (spa-to-lo-be — du gr. spathe, spatule; lobos, gousse). Bot. Genre d'arbustes grimpants, de la famille des légumineuses, tribu des dalbergiées, dont l'espèce type croit à Java.

SPATHOPHORE s. m. (spa-to-fo-re — du

gr. spathe, spatule; phoros, qui porte), Entom. Genre d'insectes hémiptères, de la tribu des coréides, groupe des anisoscélites, formé aux dépens des pachylides, et dont l'espèce type habite la Guyane.

SPATHOPTÈRE s. m. (spa-to-ptè-re — du gr. spathe, spatule; pteron, aile). Eutom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la famille des longicornes, tribu des lamiaires, comprenant quatre espèces, qui habitent le Brésil et la Guyane.

SPATHULAIRE s, t. (spa-tn-lè-re — du lat. spathula, spatule). Bot. Syn. de saxifrage.

SPATHYÈME s. m. (spa-ti-è-me — du gr.

spathe, spatule). Bot, Syn. de symplocarpe, genre d'aroïdées.

SPATOMNO, fameux chef de brigands italiens, fusillé à Rome en 1807. Pendant dixhuit ans, il tint la campagne à la tête de sa bande, détroussant, rançonnant et assassinant les voyageurs, sans qu'on pût mettre un terme à ses crimes. Le gouvernement français en délivra cependant les Etats romains, grâce au stratagème d'un commissaire de police, Angelo Rotoli, qui, après avoir demandé un rendez-vous à Spatolino, lui persuada que le gouvernement français lui accordait sûreiê et protection s'il voulait livrer sa bande. Le brigand, faligué de sa vie aventureuse, aspirait au repos; il consentit à cet arrangement et fut arrêté en même temps que huit de ses compagnons.

Cette affaire fit grand bruit et amena à Rome de tous les points de l'Italie une foule de témoins. Une commission instruisit le procès, et, après une information de cinq mois, après qu'on eut recueilli environ quatre cents témoignages qui confirmaient les innombrables forfaits de l'accusé, l'atfaire fut portée devant la cour. Spatolino comparut avec ses huit compagnons et sa femme. Il avait promis de donner une bonne comédie à 1 audience; il tint parole. A chaque déposition, il relevait quelque inexactitude. • Votre mémoire est en défaut, disait-il au témoin; j'ai commis cet assassinat de telle ou telle manière. » Et il entrait dans les détails les plus circonstanciés, aggravant ses crimes, occupé seulement d'envelopper dans sa perte quatre de ses hommes et de sauver les quatre autres, ainsi que sa femme, dont il proclamait l'innocence. Il haranguait de temps à autre les Spectateurs et soulevait leur hilarité. Tout à coup il fixe un des gendarmes qui veillaient sur lui et reconnaît cet homme qui avait fait

SPAT

autrefois partie de sa troupe. Après l'avoir bien examiné de peur de quelque méprise : « Je n'aurais jamais cru, s écria-t-il, que le gouvernement français recrutait ainsi sa gendarmerie. — Que dites-vous là? demanda le président. — Je reconnais ici un gendarme qui a servi avec moi il y a quinze ans; nous avons assassiné de compagnie telle et telle personne, et, pour vous en convaincre, interrogez tel témoin ; son domestique a été tué et il reconnaîtra le meurtrier. » Le témoin fut appelé et on le mit en présence du gendarme qu il reconnut pour l'assassin de son domestique. En conséquence, on désarma le coupable et on !e fît asseoir sur le banc des accusés. « A merveille, s'écria Spatolino, te voilà à la place qui te convient; nous avons fait nos campagnes ensemble et nous quitterons le service en même temps. » Le procès dura huit jours entiers. Le cynisme de Spatolino ne se démentit pas un instant; on le vit regretter certaines embuscades qui n'avaient pas réussi. Lorsque le maître de poste de Civita-Castellana fut appelé à déposer, Spatolino se leva et dit : « Monsieur le président, j'ai blessé trois fois ce digne gentilhomme; je mourrai avec l'amer regret de ne l'avoir pas tué, car c'est le plus grand ennemi que j'aie eu pendant ma vie. ■ Le tribunal condamna à mort Spatolino, quatre de ses compagnons et le gendarme ; sa femme subit seulement quatre ans d'emprisonnement.

Spatolino refusa l'assistance du prêtre et, ayant détaché les briques de la cheminée de sa cellule, il déclara qu'il assommerait le premier qui s'aviserait de franchir le seuil. Il marcha au supplice gaiement, lorgnant les jolies filles et gourmandant ses compagnons qui prêtaient l'oreille aux paroles des religieux. Cependant il dit, arrivé sur la place de l'exécution : a Allons, mes amis, nous avons bien tourmenté ce pauvre peuple ; il est juste que nous ayons noire tour. Mourons sans faiblesse. » Il ne voulut point qu'on lui bandât les yeux et commanda lui-même le feu. Les aventures de ce brigand eurent à l'époque un grand retentissement et fournirent plusieurs sujets de drames.

SPATULAIRE s. m. (spa-tu-lè-re — rad.

spatule). Iehtbyol. Syn. de polyodon, genre de poissons sturioniens.

SPATULARIÉ, ÉE adj. (spa-tu-la-ri-é — rad. spalulaire). Ichthyol. Qui ressemble ou qui se rapporte au spatulaire.

— s. m. pi. Groupe de poissons sturioniens, ayant pour type le genre spatulaire ou polyodon.

SPATULE s. f. (spa-tu-la — lat. spathula, diinin. de spatha, spathe). Instrument de pharmacie et de chirurgie, rond par un bout et plat par l'autre, dont on se sert pour remuer et étendre les préparations de consistance pftteuse.

— Techn. Instrument dont on se sert pour délayer et broyer les couleurs. Il Outil avec lequel on répare les moulures avec de la pâte, il Pelle avec laquelle on jette les scories et les crasses, dans les affineries. Il Outil dont les marbriers se servent pour gâcher le plâtre.

— Ornith. Genre d'oiseaux échassiers, de la famille des ardéidécs, comprenant trois espèces, réparties entre les deux continents : La spatUlk rose est particulière aux climats chauds de l'Amérique. (Z. Gerbe.) La spatule blanche est susceptible de vivre en domesticité. (Belon.) La spatule habite les bords de la mer. (V. de Bomare.) Il Syn. de souchbt, genre de palmipèdes.

— Ichthyol. Nom vulgaire de divers poissons des genres pégase, cycloptère, gobiésoce, etc.

— Bot. Nom vulgaire de l'iris fétide ou glaïeul puant.

— Encycl. Techn. Une spatule est un instrument très-simple, de bois, d'os, d'ivoire ou de métal, rond par un bout, plus large et aplati par l'autre bout, celui-ci taillé tantôt droit, tamôt en sifflet, c'est-à-dire formant une pointe, et qui sert à divers usages et dans divers métiers. La spatule du sculpteur lui sert pour le modelage de la cire ou de la terre glaise ; elle est en buis ou en os poli, pour que la matière qu'on modèle ne s'y attache point; elle est comprise au nombre des ébauchoirs.

Les pharmaciens, les droguistes, les épiciers se servent de la spatule à peu près comme d'une cuiller qui serait plate, pour manipuler des corps demi-liquides, des pâtes molles ou des graisses ; les pharmaciens manipulent avec cet instrument des onguents et des pommades , les épiciers des confitures et autres produits du même genre.

Les ébénistes et les menuisiers font usage de la spatule pour appliquer la colle forte sur les parois des tenons et des mortaises; cette manière est plus propre, plus sûre et plus efficace que 1 emploi du pinceau, qui dépose les liquides sirupeux en gouttes, tandis que la spatule les étend et les fait pénétrer dans les pores du corps sur lequel elle les dépose, ce qui, dans ce cas particulier, est une condition nécessaire. Les mêmes ouvriers se servent du même instrument pour faire les rebouchages, et cela pour les mêmes raisons. Ces rebou.hages se pratiquant avec un mélange de cire et de résine fondues, on ne peut se servir d'un pinceau pour les exécuter; il faut pour cela un instrument qui puisse dé-

le

SPAT

poser le mélange et avec lequel on puisse l'étendre, le rendre adhérent au bois et le façonner de telle sorte qu'il soit bien tassé dans le trou et qu'il fasse corps avec la matière sur laquelle il est appliqué; cet instrument, c'est la spatule.

Le rebouchoir des peintres en bâtiments, avec lequel ils manipulent le mastic, n'est pas autre chose qu'une spatule en fer munie d'un manche de bois.

La spatule des maçons est une espèce de etite truelle dont ils se servent pour faire es rejointoiements; elle se compose d'une lame qui a environ 0m,12 de longueur et O"1^ ou 0m,04 de largeur et se termine en pointe arrondie comme la truelle à mortier, dite guerluchone. La spatule sert aussi au maçon qui fuit des enduits en mortier de chaux ou de ciment, pour enlever le mortier qui s'attache après sa truelle.

Dans les fonderies, on donne le nom de spatule à divers outils dont les modeleurs font usage pour la confection des moules. Ces spatules sont de différentes formes et servent à lisser le sable du moule, à dégager les angles et à enlever les arêtes laissées par les noyaux. On distingue : la spatule méplate, dont les extrémités sont rectangulaires; sa longueur est 0>»,25; son épaisseur au milieu, om,005 à 0"1, 012; la largeur des parties rectangulaires, on^Oî, et leur longueur 0m,04 ; la spatule conique, dont les deux extrémités sont terminées en forme d'ébauchoir ; sa longueur est de 0™,22 et la largeur des extrémités 0"n,008 ; la spatule mixte, ayant une extrémité rectangulaire et l'autre en ébauchoir; elle tient le milieu entre les deux précédentes et les remplace le plus souvent, principalement dans les moules peu profonds ; sa longueur est de 0m,145. Toutes ces spatules ont les extrémitées recourbées en sens inverse pour faciliter l'opération du lissage; l'angle que les parties travaillantes de l'outil font avec le corps est d'environ 45<>.

— Ornith. Les spatules diffèrent des autres oiseaux du même ordre par la forme singulière de leur bec, qui est long, plat et s'élargit à son extrémité en un disque arrondi comme celui d'une spatule ; ce bec est sans force et ne peut que fouiller la vase ou pêcher de petits poissons; les pieds sont longs, forts et réticulés; les doigts antérieurs sont bordés et réunis à la base par un repli membraneux ; les ailes sont médiocres, la queue courte.

Les spatules, nommées aussi vulgairement palettes et pales, dénominations qui expriment la forme du bec de ces oiseaux, sont fort voisines des cigognes. Comme celles-ci, elles ont une langue très-petite, deux trèspetits ceecums, un gésier peu musculeux et un larynx inférieur dépourvu de muscles propres. Les marais boisés, l'embouchure des fleuves, des rivières sont les lieux que fréquentent ordinairement les spatules, et ce n'est que par accident, à l'époque des migrations, qu'on les rencontre dans l'intérieur des terres. Ce sont des oiseaux d'un caractère doux, qui aiment la société de leurs semblables, forment des bandes quelquefois considérables et vivent constamment entre eux en bonne intelligence.

Les spatules paraissent se délier de l'homme et évitent de loin sa présence ; cependant celles que l'on prend adultes supportent même facilement la captivité, se familiarisent aisément et finissent par servir presque en domesticité dans une basse-cour.

Lorsqu'elles sont inquiétées , qu'elles sont animées par la colère ou par la crainte, et quelquefois même sans motif, elles font mouvoir précipitamment leurs mandibules et produisent un claquement semblable à celui que fait entendre la cigogne. Dans leurs migrations d'automne, qui se font toujours par bandes plus ou moiDS nombreuses, tous les individus d'une même bande volent comme les pélicans, les uns à côté des autres, formant ainsi une rangée qui se développe en largeur.

Les spatules, à cause de la forme et de ta disposition de leur bec, ne peuvent saisir ni retenir de grosses proies ; aussi se nourrissent-elles de vers, d'insectes aquatiques, de mollusques, de frai de poisson qu'elles attrapent en fouillant dans la vase. Selon Vieillot, la spatule a une autre manière assez singulière de pêcher; elle fait autour d'elle, de coté et d'autre, un demi-cercle avec son bec et s'en sert avec tant d'adresse qu'aucun petit poisson vers lequel elle le dirige ne peut lui échapper. On trouve souvent cette espèce dans les lagunes, enfoncée dans l'eau jusqu'à mi-jambe et exerçant de la sorte son industrie.

Suivant les localités, les spatules nichent sur les arbres de haute futaie, sur les buissons ou dans les roseaux. Leur nid est construit, comme celui des hérons et des cigognes, avec des bûchettes et des herbes. Leur ponte est de deux à quatre œufs. Ceux de la spatule blanche sont très-gros. Les jeunes sont longtemps nourris dans le nid avant d'être assez forts pour pouvoir le quitter; leur bec se développe lentement et paraît couvert d'une membrane. Ce n'est qu'à la troisième année qu'ils prennent le plumage des adultes ; avant ce temps, ils en différent d'une manière sensible. La mue des uns et des autres est simple.

Le genre spatule possède des représentants dans 1 ancien et dans le nouveau continent.

SPÊ

L'une des trois espèces connues habite l'Europe ; c'est laspatwie&iaiicAe.dontle plumage est entièrement blanc, avec une huppe à nuque ; elle est répandue dans plusieurs con» trées de l'Europe; elle monte très-avant dans le Nord pendant l'été. On la rencontre beaucoup en Hollande, ainsi que dans les pays qu i entourent la mer Noire. Elle est assez commune en France à son double passage sur nus côtes maritimes, surtout sur celles de la Picardie et de la Normandie.

La spatule rose est particulière aux climats chauds de l'Amérique, depuis la Louisiane jusqu'aux côtes des Patagons. Son visage est nu et tout son plumage offre des teintes rose vif de diverses nuances, qui deviennent plus intenses avec l'âge.

La spatule à front nu a tout le plumage blanc; elle habite le Cap de Bonne-Espérance et le Sénégal.

SPATULE, ÉE adj. (spa-tu-!é — rad. spatule). Hist. nat. Qui a la forme d'une spatule : Les feuilles de la pâquerette sont spatulkes.

SPATULER v. a. ou tr. (spa-tu-lé — rad. spatule). Techn. Battre et secouer, en parlant du chanvre.

SPATULIFÈRE adj. (spa-tu-li-fè-re — de spatule, et du lat. fero, je porte). Hist. nat. Qui porte des parties ayant la forme d'une spatule.

SPAUTA ou MARCIANBS, grand lac de l'Asie ancienne, au N. de la Mésopotamie. C'est aujourd'hui le lac Ourmiah, dans l'Aderbaidjan, province de Perse.

SPAVENTO, type de fanfaron, dans la comédie italienne. Ce personnage du capitaine Spavento, dont le nom d'ailleurs indique bien le caractère, date du xvio siècle et fut introduit en France, en 1577, par la troupe des Gelosi. Spavento est le fils et l'héritier du Pyrgopolyniee de Plaute; il ne se détacho pas très-nettement des autres caractères de capitan dont les théâtres espagnols et fiançait sont remplis, tels que les rodomonts et les matamores. L'Espagne a fourni des capitans si admirablement bouffons, des modèles de matamores si parfaits, que les Italiens quittèrent, dit Riccoboni, leur capitan indigène, si attachés qu'ils fussent à leurs types nationaux, pour prendre le capitan espagnol.

SPAVIE s. in. (spa-vî — altér. du gr. spanios, rare). Entom. Genre d'inseetos coléoptères peutamères, do la famille des clavicornes, tribu des engitides, formé aux dépens des cryptophages, et dont l'espèce type habite l'Europe, il On dit mieux, tuais plus rarement, spanjb.

SPAZIER (Charles), écrivain allemand, né à Berlin en 1761, mort à Leipzig en 1805. Après avoir terminé ses études de théologie, il devint professeur de langue allemande a l'université de Berlin, puis enfin professeur et inspecteur à l'établissement philanthropique de Dessau, Il fonda, en 1801, le Journal élégant (Die élégante Zeitung) et publia le Jioman de ma vie (Berlin, 1792) et un grand nombre de romans, sous le pseudonyme de Karl Pilger. — Sa femme, Jeanne- Cauolinb, née Maykr, belle-sœur de Jean- Paul Richter, morte en 1825 fit paraître, jusqu'en 1813, Das Taschenbuch fur Freundschaft u. Liebe. Elle devint, après la mort de son mari, directrice d'une école de jeunes filles, épousa l'organiste Uihe, à Dresde, et publia divers petits écrits sous le nom d'Uthe Spazier.

SPAZIER (Richard - Otto), écrivain allemand, fils des précédents, né à Leipzig en 1803. U étudia la philosophie et le droit dans sa ville natale et passa quelques années à Dresde, où il publia une édition des œuvres de Jean-Paul et un récit des derniers jours de la vie de cet écrivain. En 1830, il se rendit à Nuremberg, où il fit paraître le journal Numberger Blâlter. Force de quitter cette ville, il revint à Leipzig, où il continua de cultiver les lettres. En avril 1831, ii commença la publication, en allemand, de l'Histoire du peuple polonais et de sa campagne, c'est-à-dire de la campagne de 1830-1831. Plusieurs des émigrés polonais de 1831, J<î passage à Dresde, lui ayant fourni des rensoijjnements et des matériaux sur l'histoire de cette campagne, il en profila pour fuire paraître Y Histoire de l'insurrection du peuple polonais en 1830 et 1831, eu allemand (AUuuburg, 1832; Stuttgard, 1834). E<i 1833, il alla se fixer h Pans. Parmi les ouvrages qu'il rit paraître depuis lors, nous citerons : Die Uskoklii (Leipzig, 1831); Nooetlen u. vermischte Aufsàtze (Heidelberg, 1833) ; Ueber die letzlen Ereignisse in Polen (Altenburg, 1831); ùresden, vie eo durih eine Goldbritle ist (Dresde, 1830). Ou a encore de Spazier un certain nombre de traductions allemandes d'ouvrages espagnols et anglais.

SPAZIGASTRE s. m. (spa-zi-ga-stre — du gr. speird, j'arrache ; gasiér, ventre). E.itoin. Genre d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu des muscides, groupe des syrphides, dont l'espèce type habite l'Italie centrale.

SPÉ s. m. (spé). Nom qu'on donne au plus ancien enfant de chœur de la cathédrale de Paris.

SPÉ ou SPÉE (Frédéric de), jésuite allemand, né au château de Langenfeld, près de Keyserwerth, en 1595, mort à Trêves le 7 août

SPEC

1635. Il entra dans l'ordre de Saint-Ignace, fit plusieurs missions dans l'évêehé de Ililjîesheim, fut blessé par un assassin , protégea les prisonniers français lors de !a prise de Trêves en 1635 et mourut atteinte la contagion qui ravageait cette ville, laissan la réputation d'un saint. Outre quelques ouvrages de théologie en allemand, dont on trouvera les titrps dans la Bibhotheca Coloniensis du Père Hartzheim, p. 88, on a de loi : Caxdio criminalis seu De processibus contra sagas, authore theologo ramano (Rhintel, 1531, i«-8°). réimprimé plusieurs fois a Francfort et a Cologne et traduit en français sous ce titre : Avis aux criminalistes sur les abus qui se glissent dans les procès de sorcellerie, par P.-B. deVilledor(pseudon.deFerd.Bo4Vot){t;yon, 1660, in-go]; Trvtz-Nachtigalt, recueil de poésies sacrées très-estimé (Cologne, 1649), publiées d'abord sons le voile de l'anonyme. Elles ont été traduites en latin par M. D. L. (Francfort, 1719), et J.-H. de Wessenberg en a donné un abréfré retouché pour le style, sous le titre de : Poésies choisies de Frédéric Spée (Zurich, 1802).

SPEAKER s. m. (spî-keur — mot angl, dérivé de to Speah , parler). Président de la Chambre des communes, en Angleterre, ainsi nommé parce que c'est à lui, et non à l'assemblée, que sont censés parler les orateurs.

SPEAN, petite rivière d'Ecosse, dans le comté d'tnverness. Elle prend sa source dans les lacs de Loggon et do Troïg, coule à l'O. et au S.-O. et communique à la mer par un petit i-anal; cours de 62 kilom.

SPEAUTP.E s. m. (spôtre — du lat. spelta, même sens). Bot. Ancien nom de l'épeautre.

SPECCHU-DE-PRETI, bour" du royaume d'Italie, province de la Terre d'Ocrante, district de Gallipoli, mandement de Ruffano ;

SPÉCERIE s. f. (spé-se-rl). Bot. Nom vulgaire de la spergule, en Belgique.

SPÉCIAL, ALE adj. (spé-si-al — lat. spéciales; de species, espèce). Particulier, affecté exclusivement à une chose : Pouvoir spécial. Etude spéciale. Fonds spéciaux.

L'honneur d'une femme pudique est sous la protection spéciale de tous les gens de bien. (J.-J. Rouss.)Zm leçons que donn? t'expérience sont spéciales et bornées. (Mme Gnizot.) La musique est l'art d'émouvoir par des sons les hommes intelligents et doués d'une organisation Spéciale. (Hect. Berlioz.) Je ne crois pas à la nécessité de lois spéciales pour la presse. (J. Simon.)

— Qui a une spécialité, une aptitude, un talent particulier : La loi doit être l'œuvre des hommes spéciaux les plus éminents. (E. de Gir.) Il n'est pas besoin d'être spécial pour distinguer la nature du talent de Marnwntel. (Ste-Beuve.)

Econ. soc. Commerce spécial, Commerce

limité aux produits propres du pays d'exportation et aux objet* consommés par le pays d'importation.

— s. f. Spéciale, Nom donné, dans certains collèges, à une classe où l'on s'occupe spécialement de mathématiques supérieures :

Cet élèoe a fait sa spéciale.

SPECIALE (Nicolas), historien italien, nék- Noto. en Sicile, vers la fin du xnie siècle. Il a écrit une Histoire divisée en huit livres et qui embrasse une période de cinquante-cinq ans, depuis les Vêpres siciliennes en 1282 jusqu'à la mort de FrédéricT" d'Aragon en 1337. Cet ouvrage a été publié par Baluze, d'après un manuscrit de la Bibliothèque de Parie, dans le supplément de l'ouvrage de Marca, intitulé : Marca Bispanica (Paris, 1688, info)., p. 97), et par Murutori dans sa collection des Scriptores rerum italicarum (t. X, p. 915).

SPECIALE (Nicolas), vice-roi de Sicile depuis 1423 jusqu'en 1432, mort à Noto en 1444. Il fut chargé par Alphonse V de plusieurs missions importantes auprès de Jeanne II, de l'empereur Sigismond et du saint-siége. En 1435, il fut fait prisonnier à la bataille navale de Ponza.

SPÉCIALEMENT adv. (spé-si-a-le-man — rad. spécial). D'une manière spéciale, particulière : H lui a affecté, hypothéqué tous ses biens, et spécialement tel domaine. (Acad.) Les oiseaux de proie sont spécialement ceux qui se nourrissent de chair et font la guerre aux autres oiseaux. (Buff,) La aille d'Argos fut spécialement consacrée à Junon. (Barthél.) La puissance de faire du mal appartient spécialement d la médiocrité vaine, (Chateaub.) C'est de nos motifs et de nos intentions * que s'occupe spécialement notre conscience. (Mme de Rémusat.)

SPÉCIALISER v. a. outr. (spé-si-a-li-zé — rad. spécial). Indiquer, désigner spécialement, particulièrement.

SPÉCIALISTE s. m. (spé-si-a-H-ste — rad. spécial). Personne qui. s adonne, qui se consacre à une spécialité, qui est spéciale en quelque chose : C'est un spécialiste. Adressez-vous d un SPÉCIALISTE.

Méd. Médecin qui s'attacheàl'étude et a

la cure d'un genre de maladies; chirurgien qui s'occupe spécialement de certaines opérations,

— Adjectiv. : Médecin spécialiste.

SPÉCIALITÉ s. f. (spé-si-a-li-ta — rad. spécial). Qualité de ce qui est spécial.

— Branche d'étude, de travail, à laquelle une personne se consacre, dans laquelle elle se distinguo : Il faut étudier une spécialité, se faire une spécialité. C'est un homme gui n'a point de spécialité. Levaient est d'ordinaire l'attribut d'une nature disgraciée, en qui l'inharmonie des aptitudes produit une spécialité monstrueuse. (Proudh.) Noussommes travaillés d'une maladie, la spécialité : dès qu'un homme fait bien une chose,- on le croit tout de suite incapable d'en faire une autre. (Th. Gaut.)

— Branche spéciale de 'commerce, de fabrication : Spécialité de café. L'art des apprêts constitue à lui seul une grande et difficile spécialité. (J. Simon.) Chaque spécialité de travail enlraitie le plus souvent des habitudes particulières. (Renan.)

— Personne qui se livre à une étude spéciale,' à un commerce, à un travail spécial: Consulter les spécialités médicales.

— Pratiq. Désignation, détermination d'une chose spéciale : Sans que la spécialité, en matière d'hypothèque, déroge à ta généralité...

— Fin. Application exclusive d'un fonds à une dépense particulière

— Encycl. Le champ des connaissances humaines, théoriques et pratiques, est si vaste que, après s'être d'abord arrêtés et circonscrits, chacun selon ses aptitudes ou ses besoins, dans une des cases particulières, les hommes ont été forcés de subdiviser presque à l'infini chacune de ces cases et de se consacrer à l'exploration de l'une de ces subdivisions. Les cases primitives sont les connaissances générales ; les subdivisions, les spécialités.

Tout était d'abord compris dans la philosophie; ce mot général embrassait, chez les peuples assez'igiiorants encore pour n'avoir eu à recourir qu'à une analyse rudinientaire , toutes les sciences et se divisait eu deux parties, correspondant l'une au inonde sensible, l'autre au monde intelligible ou suprasensible, et qui s'appelaient la physique et la métaphysique.

Quant aux professions manuelles, elles n'étaient pas encore philosophiquement classées ni philosophiquement appliquées. Méprisées des hommes de pensée, elles n'étaient exercées que par les plus humbles des habitants, qui s'y livraient par routine et y succédaient à leurs parents, sans se rendre compte de la moindre des lois de mécanique ou de physique qu'ils appliquaient sans cesse.

Peu à peu, cependant, l'homme s'est développé, les classifications se sont faites , et l'on a établi les grandes cases dont nous venons de parler et dont lesprincipales sont: les lettres, les arts, les sciences théoriques, puis les sciences et les arts appliqués, c'est-ii-dire le commerce, l'industrie, les métiers, etc.

C'est dans chacune de ces cases que se sont formées les spécialités,

La médecine, qui a pour but de guérir ou de soulager les maux de l'humanité, a affaire à tant et à de si diverses maladies, que ceux qui exercent cette profession doivent, pour être bien compétents, s'adonner à une spécialité. Malheureusement, dans les petites villes et dans les campagnes, cela ne leur est pas possible, et ils doivent donner leurs soins à toutes sortes de maladies ; mais, dans les grandes villes, les médecins les plus estimés sont des spécialistes. Les chirurgiens ne s'occupent que des opérations et des pansements. Les autres médecins se partagent les principaux genres de maladie : les uns s'occupent des maladies de l'ensemble de l'organisme, et fuut de la thérapeutique générale; d'autres ne soignent quêtes maladies des yeux; d'autres, celles des oreilles; d'autres, les maladies générales de la peau ; d'autres, les maladies des voies urinaires ; les uns ne s'occupent que des maladies particulières a la femme, d'autres des maladies des petits enfants. Toute partie du corps humain tend à devenir une spécialité médicale; tous les hommes de l'art sont à peu près spécialistes, depuis l'illustre Ricord jusqu'au modeste dentiste et à l'humble pédicure. Quelques médecins sont dits égalementsjBrâ'a£i.s{esà cause des traitements spéciaux qu'ils appliquent à leurs malades, en contradiction avec l'enseignement de la Faculté. Parmi ces spécialistes, on devrait plutôt dire ces hérétiques, citons les médecins qui traitent par le système d'Hahnemann (les homœopathes), par le système Raspail, par l'hydrothérapie, etc.

Tout commerce, toute industrie occupe une grande variété d'aptitudes. On y retrouve toujours ces trois emplois, qui sont des spécialités : les comptables, les commis de vente et les commis voyageurs. Ce sont des spécialités, disons-nous, et ne les remplit pas qui veut. L'attention continue, l'assiduité, la fidélité, la discrétion font du comptable modèle un rara avis. Quant au commis de vente, nous disons celui qui a le talent, l'amourpropre de sa spécialité, on ne saurait trop le payer; aussi est-il rapidement chef de rayon et fort bien appointé. Savoir provoquer le client, lui vanter avec tact ce qu'on veut qu'il achète, lui déguiser habilement les imperfections de la marchandise , flatter son amour-propre, le faire payer sans marchander sont autant de qualités précieuses pour cette spécialité. Quant à celle du commis voyageur, tout le monde la connaît et l'apprécie, depuis surtout que Balzac a immortalisé l'illustra Gaudissart. De même, &. la fa-

brique, le poste de contre-maître est une spécialité. Que de maisons, et de grandes maisons, se sont perdues pour avoir laissé ce poste à des favoris du maître ou à des ouvriers habiles.

Tel qui brille ouvrier s'éclipse contre-maître.

On peut bien connaître son métier et ne rien entendre a cette spécialité délicate où l'on doit avoir assez d'autorité pour maintenir la discipline, assez de souplesse pour ne pomt indisposer les ouvriers, prendre les intérêts du patron sans ostentation, sans en avoir trop l'air, être en un mot le trait d'union du maître et de l'ouvrier sans mécontenter l'un et sans froisser l'autre.

Tout est devenu aujourd'hui spécialité. Un cuisinier un peu habile prétend avoir la spé' cialité de tel ou tel plat; bien des cafés restaurants de Paris écrivent sur leur enseigne : « Spécialité de déjeuners ! • et la plupart des marchands de vin aubergistes ont sur leur vitrine ces mots : " Spécialité d'escargots, a Certaines confiseries ont la spécialité des bonbons d'étrennes et de baptême; d'autres, celles du nougat ou du pain d'épices. Quelques pâtissiers ont la spécialité de la. galette, d'autres celle de la brioche.

Dans l'armée, las/ie'eùi/ifeestentrée comme partout ailleurs; certaines troupes choisies sont munies d'armes spéciales.

Nous avons vu que l'extension toujours croissante du domaine de l'activité humaine rendait nécessaire le nombre toujours croissant do3 spécialités. Au point de vue de la science, la spécialité est une condition sine qua non de compétence. Qui ne sait se spécialiser ne sera jamais un savant. Des éléments généraux de toutes les sciences sont utiles a tous, même aux hommes du monde ; mais, lorsque après ces connaissances vagues et indéterminées on prétend approfondir, il faut limiter la matière sur laquelle on travaille ; sans cela, on avance lentement, on confond tout, on reste en tout d;ins la moyenne. Lu. spécialité est aussi indispensable dans la science appliquée, c'est-à-dire dans l'atelier, pour le travail manuel. C'est surtout pour obtenir la rapidité du travail que les spécialités ont été ainsi importées dans tons les ateliers; on appelle cela la division du travail (v. division). Cette division est d'un avantage si considérable que partout elle règne, même dans les fabrications les plus simples. C'est ainsi que dans la fabrication des épingles certains ouvriers coupent les filsde laiton, d'autres font les tètes, d'autres aiguisent les pointes, etc. Dans ces immenses magasins de couture que l'on ne voit qu'à Londres, certaines ouvrières ont une speeiaiile' étonnante : celle d'enfileuses d'aiguilles. Les chefs de ces maisons déclarent que par ce moyen ils réalisent d'importantes économies.

Lorsqu'on arrive à ce degré de division du travail, il est permis de se demander si la Spécialité ne conduit pas à l'atrophie morale. Si, par exemple, les ouvrières qui passent leur journée a cette occupation si aisée, si douce en apparence, d'enfiler des aiguilles, ne perdent rien de leurs facultés. Les statistiques répondent pour celles-ci qu'elles tinissent'par perdre Ja vue de très -bonne heure. Mais les facultés mentales, dans ce cas et dans les cas analogues,, ne sont-elles pas aussi oblitérées ? Dans la science pure, les hommes qui se livrent a des spécialités, beaucoup de mathématiciens, par exemple, de géomètres, d'astronomes, vivent au milieu du monde comme n'y vivant pas et étonnent leurs contemporains par leurs bizarre ■ ries de caractère et par leurs proverbiales distractions.

Il en est de même dans le inonde travailleur. La spécialité poussée à l'excès fait perdre la notion des idées générales; la notion de synthèse disparaît; les actes de la vie, les idées, les jugements ressemblent a un collier de perles dont le fil est rompu.

Que conclure ? Doit-on renoncer aux bienfaits énormes des spécialités, ou doit-on leur sacrifier l'équilibre de l'entendement humain ? Non. Il faut seulement que les spécialistes, savants ou ouvriers, soient prémunis contre l'envahissement de l'esprit diviseur par de solides études antérieures; il faut, en outre, que chacun ait, non une, mais deux ou trois spécialités, dont l'exercice de l'une la repose de l'autre.

SPÉCIATIF, IVEadj. (spé-si-a-tiff, i-ve — du lat. species, espèce). Qui désigne une espèce. Il Peu usité.

SPECIES s. m. (spé-si-èss — mot lat. qui signif. espèce). Hist. nat. Nom donné aux ouvrages d'histoire naturelle dans lesquels sont exposés méthodiquement les caractères des espèces.

SPÉCIEUSEMENT adv. (spé-si-eu-ze-man — rad. spécieux). D'une manière spécieuse : Exposer un fait spécieusement.

SPÉCIEUX, EDSE adj. (spé-si-eu, eu-ze — lat. spedosus, beau, qui a de l'apparence ; de species, apparence). Qui a une apparence de vérité, de justice : Prétexte spécieux. Baisons spécieuses. On est avare, maison ne voit pas son avarice; elle est couverte de prétextes • spécieux; elle s'appelle bon ordre, économie, I prévoyance des besoins. (Fén.) Crains l'attrait spécieux du mensonge et les vapeurs enivran- ' tes de l'orgueil. (J.-J. Rouss.) Le domaine des

idées spécieuses, mais fausses, e3t beaucoup moins vaste qu'on ne le suppose. (E. de Gir.)

Redoutez le laux jour i un spécieux indice.

Lemierbb.

Pour moi, je ne vois rien qui soit plus odieux Que les dehors plâtrés d'un zèle spécieux.

Momère.

— Mnthém. Arithmétique spécieuse, Ancien nom de l'algèbre.

— s. m. Ce qu'il y a de spécieux : La vérité est simple et ingénue, et l'homme veut du spécieux et de l'ornement. (La Bmy.) Lus esprits ordinaires s'arrêtent au spécieux. (Ch. Nodier.)

SPÉCIFICATIF, IVE adj. (spé-si-fi-ka-kiff, i-ve — rad, spécifier). Gramm. Se dit des mots qui restreignent à une partie d'un tout ce qui semblait dit du tout dans son entier : Terme SpèciFicAtiF.

SPÉCIFICATION S. f. (spé-si-fi-ka-si-on — rad. spécifier). Action de spécifier; expression, détermination des choses particulières, fuiteen les: spécifiant : Il fut dit dans le contrat qu'il payerait en denrées, sans autre spécification. (Acad.)

SPÉCIFICISTEs. m. (spê-si-fi-si-ste — rad . spécifier ). Médecin qui fuit principalement reposer l'étude des maladies sur la détermination de leur spécificité. """

SPÉCIFICITÉ s. f. (spê-si-fi-si-té — rad.

Spécifier), Caractère spécifique, qualité de ce jui est spécifique : La réduction des lois de a vie aux lois physiques sous le rapport de

spécificité n'est pas tolérable. (C. Reuou-

vier.)

— Méd. Cause qui donne à une affection morbide son caractère spécial. Il Action spéciale d'un médicament qui le rend propre à combattre certaines affections particulières.

SPÉCIFIER v. a. ou tr. (spé-si-fi-é — bas latin specificare ; de spécifions, spécifique. Prend deux i de suite aux deux prem. pers. pi. de l'imp. de l'ind. et du prés, du subj. : Nous spécifiions ; que vous spécifiiez). Exprimer, déterminer spécialement, en particulier, en détail : Classer et spécifier, c'est définir, définir, c'est faire un double jugement. (E. Alaux.) C'est énerver la critique littéraire que d'aller chercher des circonlocutions pour exprimer des défauts qu'on peut spécifier d'un seul mot. (Geoffroy.)

Mais quoi ! n'a-t-il voulu rien te spécifier ?

Molière.

— Philos. Donner le caractère d'espèce à : L'étendue est le caractère gui spécifie la matière.

SPÉCIFIQUE adj. (spé-si-fi-ke — du bas lat. specificus, qui est formé du latin species, espèce, et du suffixe ficus ; de facere, faire. Specificus est donc une traduction littérale du grec eidopoios, signifiant ce qui fait ou constitue un eidos, une espèce). Propre, spécial, appartenant particulièrement à quelque chose : Vertu , qualité spécifique. La philosophie ne suppose rien au-dessus de soi; l'indépendance est son caractère spécifique. (J. Simon.) La fonction spécifique du sexe féminin est de con ceuoiret d'enfanter. (L'abbé Bautain. )

— Statistique, Population spécifique, Rapport dn chiffre de la population d'une contrée à. son étendue superficielle.

— Physiq. Pesanteur spécifique ou mieux Poids spécifique. Poids relatif, poids spécial d'un corps sous l'unité de volume et dans des conditions de température et do milieu qui permettent la comparaison avec le poids des autres corps dans les mêmes conditions : Le poids spécifique de l'eau à son maximum de densité a été choisi pour unité, dans la détermination du poids spécifique des solides et des liquides. Il C/ialeur spécifique , Quantité relative de calorique absorbée par chaque corps d'un poids donné, lorsque su température s'élève d'un nombre de degrés donné : Dans la détermination de la chaleur spécifique des corps, on prend pour unité la chaleur nécessaire pour élever d'un degré la température d'un kilogramme d'eau.

— Méd. Qui détermine une affection spéciale : Les causes spécifiques de la fièvre ne sont pas connues. Il Qui a une efficacité particulière dans une maladie déterminée : Remède spécifique. Médicament Spécifique, Agent spécifique. Cette substance a des propriétés spécifiques. Un bon médecin est celui qui a des remèdes spécifiques. (La Bruy. ) A peine l'homme se fait-il une idée d'une maladie, que le nom du médicament spécifique se présente à son esprit. (Nérat.)

— s. m. Remède, médicament spécifique : Le quinquina est un spécifique contre la fièvre. (Acad.)

A vos maux j'apporte un spécifique : Va pâté de Strasbourg, un faisan magnifique.,

Dbuanoie.

— Hist, nat. Qui se rapporte à l'espèce : Caractères spécifiques. Le nom spécifique est le nom assigné à chaque espèce. (Lemaout et Decaisne.)

SPÉCIFIQUEMENT adv. (spé-si-fi-ke-raan — rad. spécifique). D'une manière spécifique, sous le rapport de l'espèce ; Les ramiers et les pigeons sont des oiseaux gui diffèrent spécifiquement les uns des autres. (Buff.) Ce qui ■ distingue et ce qui constitue spécifiquement le moi humain est la Justice. (Proudh.)

SPEC

— Physiq. Sous le rapport du poids spécifique : Le plomb est spécifiquement moins lourd que l'or.

' SPÉCIMEN s. m. (spé-si-mènn — mot latin qui signifie exemple, échantillon; de specere, regarder). Modèle, échantillon : J'ai reçu le spécimen d'une nouvelle histoire de France, La Normandie a envoyé à l'exposition les plus beaux spécimens de pommes qu'on eût encore vus.

SPÉCIOSITÉ s. f. (spé-si-o-zi-té — 'rad. spécieux). Caractère spécieux : La SPÊCIOSITB de vos raisons ne me fait pas illusion.

SPECKBACHER (Joseph), un des héros populaires du Tyrol autrichien, né dans un hameau situé à peu de distance de Hall le 13 juillet 1767, mort le Î8 mars ÏS20. Son aïeul s'était distingué dans la guerre de 1703, ei les récits du vieux soldat éveillèrent dans l'âme de Joseph le goût des armes. Tout jeune, il s'était déjà fait remarquer de ses voisins par sa force physique et par son mépris du péril. Jusqu'à l'âge de trente ans, il vécut confiné dans son modeste intérieur. En 1797, nous le trouvons quelque temps enrôlé parmi les chasseurs t\ roliens, et combaltant avec courage à ha bataille de Spinge ; il reprend les armes en 1800. Cinq années après, il servait dans la milice d'Inspruck^et défendait avec elle le passage de Si-harnitz, que les troupes françaises essayèrent vainement de forcer.

En 1809, les Tyroliens résolurent de s'affranchir du joug: de Ja Bavière et de se réunir à l'Autriche. Le jour où la guerre fut déclarée entre cet empire et la France, toutes les cloches sonnèrent le signal de l'insurrection, et tous les hommes en état de porteries armes se rallièrent sous un même drapeau. Parmi eux et au premier rang on remarqua Speckbacher, qui, cette fois, avait le rang d'officier. Andréas Hofer l'avait connu en 1805 à îa foire de Sterzing; c'était dans ces réunions que les fidèles partisans de l'Autriche discutaient leurs plans de campagne. Hofer, qui appréciait la valeur du jeune chasseur de Hall, avait demandé son concours dans l'œuvre qu'il projetait, et Speckbacher s'était engage à servir sous ses ordres. Il serait trop long de dire toutes les mêlées où il se jeta à corps perdu, les défilés qu'il défendit, les batailles où il vit reculer devant lui les régiments bavarois. La population, du reste, le secondait avec un zèle admirable. A l'approche des ennemis, le tocsin retentissait dans les villages ; les hommes couraient à leur fu~ sil, les femmes et les enfants allumaient sur les montagnes des feux qui devaient servir désignai aux gens du pays et indiquer la marche de l'ennemi. Le 13 avril, après une bataille sanglante, Français et Bavarois durent abandonner Insprnckaux insurgés, qui, dans l'espace de trois jours, avaient fait 6,000 pri» sonniers, et s'étaient emparés de 800 chevaux, llofer et Speckbacher entrèrent triomphalement dans cette ville ; mais ce triomphe fut de courte durée. Un mois après, malgré la résistance de Speckbacher, le maréchal Lefobvre reprenait possession ée la capitale du Tyrol. Forcé de I abandonner de nouveau, il y rentrait encore quelques semaines plus tard. La victoire des Français était complète sur tous les points; une plus longue lutte devenait impossible; les Autrichiens eux-mêmes avaient abandonné le pays. La paix fut conclue.

Speckbacher, a l'instigation de Hofer, qui ne pouvait croire à ce traité de paix, voulut rallier encore un bataillon de chasseurs à la tête desquels il avait tant de fois combattu; mais l'Autriche elle-même leur ordonnait de déposer les armes : ils rentraient l'un après l'autre dans leurs village?, et un jour vint où leur chef se trouva seul et sans défense. Le 24 janvier 1810, s,a tête fut mise à prix. Des chasseurs bavarois, des gardes forestiers, des Soldats gravirent pour le trouver les cimes 'les montagnes, et pénétrèrent dans les défilés. Us l'avaient surnommé le Diable de fer, et juraient de couper sa chair en lambeaux. Speckbacher, cependant, fuyait de chalet en chalet; tant qu'il lui resta quelque argent, il l'employa à acheter des vivres pour lui et le petit groupe de fidèles compagnons d'armes qui n'avaient pas voulu l'abandonner. Bientôt il fut forcé de les congédier, car il ne pouvait plus pourvoir à leur subsistance. Il essaya d'arriver dans le Pusterthal ; mais de tous les côtés les chemins lui étaient fermés, ici par des amas de neige infranchissables, là par des piquets de soldats. Enfin il parvint à gagner une forêt et il passa vingt-sept jours à errer en tous sens, craignant sans cesse d'être surpris, et souvent privé de toute nourriture.

Dans une de ses courses inquiètes, il rencontra sa femme et son fils, que la crainte d'un emprisonnement avait aussi chassés de leur demeure, et qui n'avaient pour toute provision qu'un peu de pain. 11 eut le bonheur de les conduire dans un chalet où de braves gens se chargèrent de les dérober à toute poursuite eu faisant passer l'enfant pour leur propre fils et sa femme pour laservante de la maison. Quant à Speckbacher, comme il n'était pas possible de lui donner un asile sûr dans cette retraite, il se réfugia de nouveau dans les bois, où son domestique lui portait de temps à autre quelques aliments. Ce domestique savait seul ou le trouver, et ni les menaces, ni les offres-d'argent, ni les promes-

SPEC

ses de toutes sortes ne purent un instant ébranler sa fidélité. Vers le milieu de l'hiver, Speckbacher, s'imaginant qu'il était poursuivi moins activement, crut pouvoir reprendre un peu de liberté et s'en alla dans la maison où était Sa femme pour célébrer avec elle la fête des Rois. A peine était-il à table, qu'un des gens du chalet s'écria : • Voilà les soldats I • Speckbacher se précipite à la porte : elle était gardée. Il court à une autre, sort, et aperçoit sept chasseurs bavarois qui s'avancent sur lui. Avec cette merveilleuse présence d'esprit que donne quelquefois l'imminence d'un danger, il prend un petit traîneau qui se trouvait sur le seuil de la porte, le met sur ses épaules comme un domestique qui va chercher du bois et marche au-devant des soldats. Ceux-ci lui ordonnent de leur laisser le passage libre : ■ Ah ! ah ! leur répond-il en riant, vous parlez bien à, votre aise; si vous aviez comme moi tant de charges de bois à amener au chalet, vous ne seriez pas si fiers I » Et il continua sa route. De cette maison, où il ne pouvait plus rentrer, il se retira dans une grotte, ou son excellent serviteur continua à lui porter des vivres. Au mois de mars, il se hasarda k prendre le chemin de sa demeure, y parvint à l'insu de tout le monde et se coucha dans l'écurie, sous la paille et le fumier. 11 resta là sept semaines, n ayant pour toute nourriture que du luit et du pain. Des soldats occupaient les alentours de sa retraite, et sa femme ne pouvait que de loin en loin, et avec des précautions extrêmes, lui apporter quelques aliments.

Un jour, ceux qui le poursuivaient pénétrèrent jusque dans l'étable et s'avanoèreDt si près de lui, que le moindre mouvement l'eut trahi. Le 2 mai, il sortit enfin de son affreux gîte, où il était enseveli comme dans un tombeau. La neige couvrait encore les montagnes ; mais les sentiers escarpés étaient plus, praticables. Speckbacher avait résolu «le chercher un dernier refuge en Autriche. 11 prit quelques livres de viande et du pain ; puis, ayant embrassé sa femme, i! se mit en inarche par les ravins les plus déserts, les collines les moins fréquentées. Au point du jour, il s'arrêtait entre les rocs, sommeillait un peu, puis, le soir venu se remettait à marcher toute la nuit. Speckbacher arriva enfin à Vienne, après mille dangers.

En 1SM, le vaillant chasseur tyrolien put rentrer dans son pays ; mais les campagnes et les années de proscription avaient miné son robuste tempérament de montagnard. Il mourut le 28 mars 1820, à l'âge de cinquantetrois ans. L'empereur d'Autriche lui avait accordé une pension de 1,000 florins (2,500 fr.) qui, après sa mort, fut d'abord reversée en entier sur sa femme et ses enfants, puis réduite à un chiffre insignifiant. Son fils est mort en 1834. Le nom du brave Speckbacher est resté populaire parmi les honnêtes paysans du Tyrol.

SPECKLINIE s. f. (spè-kti-nl — de Specklin, aura pr.). Bot. Genre de plantes, de lu famille des orchidées, tribu des molaxidées, comprenant cinq espèces, qui croissent sur le tronc des arbres, dans les forêts de l'Amérique tropicale.

SPECKTER,(Edwin), peintre allemand, né à Hambourg en 1800, mort le 23 novembre 1835. Il étudiai Munich sous Cornélius, voyagea de 1830 à 1834-en Italie, et peignit des tableaux et des fresques. Il ne traita presque exclusivement que des sujets mylhologi- 1 ques ou religieux. Ses tableaux les plus re- , nommés sont : les Saintes femmes au tombeau de Jésus-Christ (gravé par F. Schrœder), et Samson et Dalila. — Son frère Othon, graveur, né à Hambourg en 1808, a illustré par des gravures un ceiiain nombre d'ouvrages, entre autres les chants religieux de Luther Bannchen und die Kûchlein, d'Eberhard ; les Fables, de Hey ; Quickborn, de Grotb, etc.

SPECTABLE adj. (spè-kta-ble — lat. spectabtlis; de specere, regarder). Digne de considération : Le spectablb eitoijen.,.. \\ Vieux mot qui était usité à Genève.

SPECTACLE s. m. (spè-kta-kle — lat. spectaculum, aspect, vue, théâtre; de spéciale, regarder. Comparez le grec tiieatron, théâtre, de thedstliai, voir, contempler. Le verbe latin speclare est le fréquentatif de speeere, voir, regarder). Objet qui attire les regards, l'attention : Spectacle «iKjiii/îgue. Spectacle touchant. Le spectacle de la nature. Un beau visage est le plus beau de tous les spectacles, et l'harmonie la plus douce est le son de la voix de celle que l'on aime. (La Bruy.) Le spectacle des passions violentes est un des plus dangereux que l'on puisse offrir aux enfants, (J.-J. Rouss.) Le Spectacle de la mer fait toujours une impression profonde. (M,ne de Staël.) Le spectacle épouvantable du carnage n'endurcit point le véritable guerrier, (i. de Mnistre.) C'est un grand spectacle que celui d'unpevple qui travaillée se relever d'un long déclin, (Guizol.) Le spectacle des misères humaines navre l'âme. (Gnizot.) Les créations de l'art parlent à (esprit seul, et le spectacle de la nature parle à toutes les fucuités. (G- Sand.) C'est toujours un spectacle misérable que de vuir ferrailler les amours-propres, (V. Hugo.) Le spectacle du monde est un foyer permanent d'instruction saine et solide. (V. Cousin.) L'Arabie offre le spbctaClb d'un peuple qui n'a point été remué de dessus sa

SPEC

lie et a conservé toute sa saveur. [Renan.) Une nation prête à tout approuver, des jurisconsultes prêts à tout prouver, voilà le pire spectacle que la civilisation puisse offrir. (Prévost- Paradol.)

L'œil ravi, promené de spectacle en spectacle, De l'art a chaque pas voit un nouveau miracle. C. d'Harueviu-b, Quel spectacle imposant, quel aspect merveilleux Que tout ce vaste amas de sommets sourcilleux !

A. Barbier.

— Représentation théâtrale, jeux publics : Aller au spectacle. Aimer le spectacle.

Courir les spectacles. Faire bâtir une salle de spectacle. J'aime la pompe du spectacle, mais j'aime mieux un vers passionné. (Volt.) L'Espagnol aime les spectacles sanglants. (C'hateaub.) On reçoit'au spectacle de grandes leçons de vertu, et l'on rapporte l'impression du vice. (Mme de Lambert.) Tout spectacle ffiit se fait attendre, par cela même qu'il irrite f impatience du public, en accroît l'exigence. (E. de Gir.) Pour mettre à la portée du citadin la douteuse moralité des spectacles, le gouvernement prend un morceau de son pain au paysan qui a faim. (F. Bastiat.)

Des Grecs et des Romains les spectacles pompeux De l'univers encore occupent ta mémoire.

Il Mise en scène, pompe, magnificence dans la représentation d'une pièce de théâtre : Il y a beaucoup de spectacle dans ce drame, dans cet opéra-comique. C'est une féerie à grand spectacle.

— Faits, actes qui attirent l'attention comme une représentation théâtrale : Les hommes chauds, violents, sensibles sont en scène ; ils donnent le spectacle, mats ils n'en jouissent pas. (Dider.)

— Etre en spectacle, Servir de spectacle, Se donner en spectacle, Etre exposé, s'exposer à l'attention, au jugement, aux critiques du public : Les grands sont en spectacle à tout l'univers. (Mass.)

A vos désirs, messieurs, je ae vois qu'un obstacle, C'est que je ne veux pas me donner en spectacle.

Etienne.

Pour toute ambition, pour vertu singulière, 11 excelle a conduire un char dans la carrière, A disputer des prix isdignes de ses mains, A se donner lui-même en speelacle aux Romains.

Racine.

— Encycl. On confond trop souvent le théâtre avec le spectacle; si l'analogie est grande entre les deux, elle est loin d'être complète cependant. Le théâtre est assurément un spectacle, mais tous les spectacles n'ont pas lieu dans les théâtres, et, bien avant ceux-ci, ceux-là étaient connus. Dès que l'homme acquit un rudiment de civilisation, il éprouva le besoin des spectacles, qui le distrayaient de ses chagrins, de ses travaux, de ses préoccupations, et le premier baladin qui parut aux regards de la foule, exécutant des tours quelconques, des danses plus ou moins variées, plus ou moins accentuées, lui offrit un spectacle.

Le théâtre est un spectacle réfléchi, intellectuel, plus ou moins élevé, un spectacle raffiné, qui parle au moins autant à l'imagination et à l'esprit qu'aux yeux et aux sens. Mais i! y a, à côté et en dehors du théâtre, des spectacles parfois intelligents, quoique non intellectuels, et des spectacles dont la vulgarité n'est qu'une question de plus ou de moins, mais qui ne laissent pas que de charmer la foule. C'est un spectacle que nous présentent les jeux du cirque et les exercices équestres; c'est un spectacle aussi que nous offrent les combats d 'animaux, de tareras qcs les luttes ae ooxe et celles a main armée ;' c'est un spectacle encore qus nous trouvons dans la parade des saltimbanques, dans les dialogues cocasses de Bobèche et de Galimafrè. Spectacle, les pantomimes et les marionnettes foraines ; spectacle, les expériences amusantes ou savantes de Robin ou de Robert Houdin ; spectacle, le café-concert où nous allons entendre des romances fades, entremêlées de chansons trop épicées ; spectacle, les tours de gobelet exécutés par un artiste en plein vent; spectacle, la baraque de Guignol, si chère aux enfants et devant laquelle les parents eux-mêmes prennent parfois un plaisir aussi vif que peu coûteux ; spectacle, le feu d'artifice qui est invariablement offert à la population d'un pays quelconque par son souverain bien-aimé, le jour de sa fête ; spectacle, les joutes sur l'eau; spectacle, les courses de chars, de ehevaux ou de vélocipèdes; spectacle, la promenade traditionnelle de Longcharop ; spectacle, les Folies burlesques du carnaval, les masques qui courent les rues, les cavalcades du mardi gras et de la mi-carême.

Les spectacles, chez tous les peuples du monde, ont toujours précédé les premiers essais du théâtre régulier et ils ont toujours vécu concurremment avec celui-ci, même à l'époque de ses manifestations littéraires les plus éclatantes. Bien avant la naissance de Sophocle et d'Euripide, d'Eschyle et de Mônandre, de Piaule et de Térence, les Grecs et les Romains possédaient des spectacles de genres différents, qui s'étaient engendrés les uns les autres et qui contenaient dans leurs flancs le théâtre et ses splendeurs, et ses

SPEC

beautés intelligents, et ses émouvantes peintures. En Grec, avant la tragédie et la comédie, avant le drame humain et la satire scénique, on eut leschorodies, les monodies, les chants amebées; puis la choristique et les danses de toutes sortes. De même les Romains, avant de connaître le théâtre régulier, eurent diverses cérémonies religieuses qui étaient, k un certain point de vue, des spectacles : les bacchanales, les lupercales,'etc; ils eurent aussi les funambules, les marionnettes, les histrions,les mimes, les bouffons, les gladiateurs. Il en fut de même chez tous les peuples-, c'est là la marche naturelle des choses, et la civilisation, comme toute chose qui a sa source dans l'intelligence humaine, procède toujours du primitif au complexe, du simple au composé. Les peuples modernes, qui se sont entes sur les peuples antiques et dont la civilisation n'a été qu'un recommencement des civilisations antérieures , ont donc fatalement passé, sous ce rapport, par les mêmes phases. Kn ce qui concerne la France, nous allons voir ce qui s'est produit.

Le savant Charles Magnin, l'auteur de VUistoire des marionnettes et des Origines du théâtre antique et du théâtre moderne, l'écrivain si expert et si versé dans, toutes les questions de ce genre, s'exprimait ainsi dans un cours professe par lui en 1834 et 1835, à la Faculté des lettres de Paris :

«On trouve, en observantaveenttention l'état actuel ou peu antérieur de nos spectacles, que, pour être complète, l'étude des origines théâtrales doit s'étendre à trois familles de drames distincts, quoique se touchant et se confondaiitpar quelques points: 10 le drame merveilleux , féerique, surnaturel, qui, pendant toute la durée du moyen âge, fut essentiellement ecclésiastique , religieux , sacerdotal ; ï° le drame aristocratique et royal, qui, dès les premiers temps de la conquête, porta aux jours de gala les pompes et la joie dans les donjons des baronnies et les cours pléuières de la royauté ; 3" le drame populaire et roturier qui n'a jamais manqué d'égayer dans les carrefours, à ciel découvert, la tristesse des serfs et les courts loisirs des mauants ; théâtre indestructible, qui revit de nos jours dans les parades de Deburau ; théâtre qui serait peu digne de nous occuper s'il ne se trouvait être précisément l'anneau qui unit la scène ancienne à la scène moderne et si l'érudition ne pouvait trouver à ces joculatores, à ces delusores, à ces gogliardi de nos jours et du moyen âge, les plus honorables ancêtres dans l'antiquité grecque, latine, osque, étrusque, sicilienne, asiatique, depuis Ésope, le sage bossu phrygien, jusqu'à Maecus, le Calabrais jovial et contrefait, héros des farces atellanes, devenu depuis, dans les rues de Naples, le tiès-séimllant seigneur Polichinelle.

• Ainsi, pour suivre dans tous ses développements l'histoire du théâtre moderne, nous devons ranger les jeux scéniques en trois classes et, comme je le disais tout k l'heure, en trois familles dont nous étudierons séparément les origines: 1« le théâtre religieux, merveilleux, ihéocratique, le grand théâtre qui a eu pour scène uu moyen âge les nefs de Sainte-Sophie, de Sainte-Marie- Majeure, les cathédrales da Strasbourg, de Ruuen, de Reims, de Cambrai, les monastère de Corbie, de Saint-Martial, de Gandersheiro, de S.iint-Alban ; zo le théâtre seigneurial et royal, qui brilla aux palais des ducs de Provence, de Normandie, de Bretagne et d'Aquitaine, aux donjons des comtes de Champagne, aux châteaux des sires de Couey, aux l'êtes des rois de France et d'Angleterre, à la cour de l'empereur, aux galas des rois de Sicile et d'Aragon ; 3° le théâtre populaire et forain, qu'on vit constamment, à de certains jours, s'agiter et s'ébattre, à grand renfort de bruit et de gaieté, dans les places de Florence, sur les quais et les canaux de Venise, dans les carrefours de Londres et de Pans.

» Ces trois sortes de drame, ecclésiastique, aristocratique et populaire, se retrouvent dans l'antiquité gieeque et romaine. C'est pour ne les y avoir pas suffisamment distinguées et pour nous être trop exclusivement bornés à l'examen du theât:e officiel et national, que nous nous trouvons généralement peu préparés à l'intelligence de nos propres origines théâtrales. Je hais fort bien, messieurs, que les habiles professeurs chargés de vous initier aux chefs-d'œuvre des littératures anciennes ne vous ont pas laissé ignorer qu'à côté du théâtre public et solennel des Accius, des Sophocle, des Aristophane et des Térence, il y eut à Athènes et àRoinedes théâtres privés, des ballets à huis clos, de petites pièces domestiques sans cothurnes et sans masques, Complément ordinaire de tous les festins splendides. Muratori, Montfaucon, Flœgel, Boulanger, Bœttiger ont recueilli une toule de documents sur les slotidi et les moriones, nains idiots, commensaux contrefaits des riches, joujoux hideux des gynécées, ancêtres et précurseurs de nos fous de cour. Quant au théâtre populaire, les peintures et les bronzes d'Heiculanuin, les mosaïques, les bas-reliefs, les pierres gravées, les monuments de toute espèce attestent assez que la populace antique, outre les grandes boucheries de l'amphithéâtre et les grands jeux scéniques, n'a pas manqué, plus que la nôtre, de toutes les variétés de saltimbanques, de faiseurs de tours, de grimaciers, de funambules, d'animaux savants et d'itnprovi-

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