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saleurs en plein air. Nous reconnaîtrons dans la chaussure, dans les vêtements, dans la coiffure et dans les gambades de leurs san~ ttiones et de leurs mimi le modèle du zanni, ou bouffon moderne par excellence, l'aïeul de notre Arlequin.
'» Mais ce petit théâtre, soit populaire, soit aristocratique, dans lequel vint se perdre et disparaître le grand théâtre ancien, ce théâtre de carrefour et de boudoir dont nous lisons de curieuses relations contemporaines dans le Symposion et VAnabasis de Xéno-
f)hon, dans l'Âne d'or d'Apulée, dans les diaogues de Lucien, surtout dans le Banquet d'Athénée, et dont on peut, en cherchant bien, recueillir ça et là quelques échantillons ; ce
Eetit théâtre, dis-je, n est que d'un intérêt ien faible et d'une importance tout à fait secondaire pourles professeurs appelés à vous faire connaître les inépuisables trésors du théâtregrec et romain. Pour moi, au contraire, cette source tarissante , ce gravier mêlé de terre, cette vase dramatique, pour ainsi dire, dans laquelle apparaissent les premiers germes et comme les molécules du théâtre moderne, sont d'une importance extrême, d'un prix sans égal. »
C'est bien là, on le voit, non pas le théâtre dans l'acception modprne et étendue de ce mot, mais le spectacle. Le spectacle se retrouve partout dans les premiers temps de notre civilisation. Il n'en pouvait être autrement chez un peuple spirituel , frondeur, chansonnier, enclin à la curiosité et, disonsle, aussi à la badauderie. Tandis que les ménestrels, les troubadours, les trouvères s'en allaient de château en château chanter devant les barons et les seigneurs, devant les dames et les damoiselles, les baladins et les jongleurs s'offraient aux yeux du peuple, sur lés places publiques et les carrefours et exécutaient devant lui des tours et des exercices destinés h le charmer, à l'égayer et à l'étonner. Ces histrions obtenaient de grands succès, vivaient de ce qu'ils avaient élevé a la hauteur d'un métier et formaient une corporation nombreuse et puissante.
Les corporations et les confréries ellesmêmes avaient chacune leur fête patronale, qu'elles célébraient chaque année et qui devenait une occasion de cavalcades, de cortèges et de jeux de toutes sortes. Chacune de ces fêtes présentait un spectacle véritable, souvent riche et grandiose, toujours fort curieux et qui, on peut le dire, faisait courir tout Paris. On peut citer particulièrement, en ce genre, les magnificences qui distinguaient la fête des orfèvres, celle des pâtissiers, celle des imprimeurs, celle des menuisiers, etc. On trouve à ce sujet dans le livre de M. Victor Fournel, les Spectacles populaires , des détails extrêmement curieux.
Les confréries proprement dites, celles qui n'avaient rien à voir avec les corporations, célébraient aussi leurs fêtes particulières, et elles le faisaient au grand air, coram populo, avec des démonstrations solennelles qui, dit justement Al. Victor Fournel, « iiffectuient souvent la forme d'une sorte de représentation populaire où le drame et parfois la comédie se déroulaient dans une pantomime naïve et passionnée. Telle était, par exemple, la fameuse procession des pèlerins, le jour de Saint-Jacques. •
La grande réjouissance connue sous le nom de fête des Fous n'était qu'un immense spectacle qui se célébrait par toute la France, grâce aux soins d'un certain nombre de sociétés joyeuses formées à cet effet, telles que la Mère toile de Dijon, les Uanards d'Evreux, les Cornuyuux de Douai, les compagnies du roi de l'Epinette, du prince de 1 Etrille, de l'abbé de l'Escaehe, etc., etc. Il en était de même de la fête des Sots et de tant d'autres du même genre.
Avec les clercs de la Basoche, les Enfants sans souci, les confrères de la Passion, nous arrivons aux représentations des mystères et, par conséquent , aux premières manifestations du théâtre véritable. Nous n'avons donc pas a nous en occuper ici; mais c'est peut-être le cas de faire remarquer que l'Eglise elle-même encourageait un certain genre de spectacles et s'en servait comme d'un moyen de propagande, l'un des meilleurs du reste et des plus efricaces, car on sait la puissance de tout ce qui, en passant par les yeux, parle a l'imagination d'une foule ignorante et conséqueniment superstitieuse. Ici, nous al-. Ions donner un nouveau passage du cours de M. Magnin : « Si l'Eglise chrétienne, dit-il, attaqua pendant les six premiers siècles avec tant d'énergie les jeux du cirque et du théâtre, c'était surtout en tant que païens et comme souillés d'idolâtrie et de cruauté. L'Eglise s'est élevée de toute l'éloquence des saints Pères contre les immolations du cirque et les obscénités de l'orchestre, qui révoltaient jusqu'aux païens non corrompus et contre lesquelles Julien argumentait si rudement à Antioche. Plus tard, quand le christianisme fut dominant et que, avec l'aide des barbares en Occident et celle des Sarrasins en Orient, il eut anéanti les jeux sceniques, l'Eglise continua d'anathéinatiaer les facéties des baladins qui continuaient l'idolâtrie daus les carrefours et propageaient le paganisme dans les châteaux. Mais, en même temps, l'Eglise faisait de son côté appel à l'imagination dramatique; elle instituait des cérémonies figuratives, multipliait les procès-
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sions et les translations de reliques, et aussi ces offices qui sont de véritables drames : celui du Prssepe ou de ia Crèche, à Noël ; celui de l'Etoile et des Trois rois, à l'Epiphanie; celui du Sépulcre et des Trois Marie, à Pâques, où les trois saintes femmes étaient représentées par trois chanoines, la tête voilée de leur aumusse, ad simililudiaem atulierum, comme dit le rituel; celui de l'Ascension, où l'on voyait, quelquefois sur le jubé, quelquefois sur la galerie extérieure, au-dessus du portail, un prêtre représenter l'ascension du Christ, toutes cérémonies vraiment mimiques, qui ont fait longtemps l'admiration des fidèles et dont l'orthodoxie a été reconnue par une bulle d'Innocent III.
• En un mot, nous voyons au moyen âge les grands seigneurs et, les princes accueillir les jeux sceniques comme un objet de luxe et de parade, le peuple s'y livrer avec un emportement déplaisir effréné; mais nous voyons le clergé seul s'emparer dès l'origine de l'instinct dramatique, le cultiver dans une vue déterminée et l'élever enfin à la hauteur d'un art. »
Les processions, dont l'Eglise romaine est si prodigue et dans lesquelles elle s'efforce de parler aux sens de la foule, sunt aujourd'hui tout ce qui reste de l'ancien déploiement des pompes catholiques ; ce ne sont plus que des spectacles.
— Spectacles gratis. Les spectacles gratis sont classés parmi les réjouissances populaires. C'est il Mazarin qu\>n en doit la première idée. A l'occasion de la naissance du duc de Bourgogne, de grandes réjouissances publiques furent organisées et, par ordre du fameux ministre, le théâtre de l'Opéra donna pour la première fois, au mois de mars 1662, un spectacle gratis. Ce spectacle se composait du Persée de Quinault et Lulli , qui avait obtenu un très-grand succès. L'Opéra était alors situé dans l'ancien jeu de paume de i rue Mazarine, vis-à-vis de la rue Guénégnud. La façade en avait été, pour la circonstance, illuminée d'une fnçon tout exceptionnelle. Un chroniqueur contemporain dit qu'on y voyait plus de mille lumières, et qu'à l'issue du spectacle, dans la rue, on tira plus de soixante fusées!.,. C'était le nec plus ultra de la pyrotechnie d'alors.
Près d'un siècle s'écoula avant qu'on renouvelât l'expérience des spectacles gratis. La seconde représentation gratuite n'eut lieu qu'en 174*, à l'occasion de l'entrée en convalescence de Louis XV, surnommé jusqu'alors le Bien-aimé, et qui, par la suite, devait peu mériter ce titre. (Jette représentation fut donnée par les acteurs de la Comédie-Italienne, dans leur belle salle de la rue Mauconseil. Par une innovation dont les conséquences ne furent pas très-heureuses , on crut faire quelque chose de très-original en plaçant dans le théâtre même un certain nombre de pièces de vin destinées à désaltérer la foule des spectateurs. On peut s'imaginer facilement ce qui en résulta : ces pièces furent attaquées, prises d'assaut, défoncées et vidées en un clin d'oeil, si bien que la représentation théâtrale ne fut qu'un accessoire; l'important, ce fut de boire à pleines tasses. Le tapage et les cris empêchèrent les acteurs de se faire entendre. On baissa le rideau, et le régisseur, qui avait de l'esprit, vint dire au public : i Quand vous aurez fini votre pièce, nous continuerons la nôtre. »
Au commencement du règne de Louis XVI, les spectacles gratis devinrent fréquents. Ce fut à propos d un spectacle gratis donné en 1779, peu de temps après la réception de Ducis à 1 Académie française, qu'un malin mit en cours l'épigramme suivante :
Le fauteuil a Ducis 2 — Eh oui I... L'Académie Veut donner son gratis.
Comme la Comédie.
En 1785, il y eut plusieurs représentations de ce genre à l'Opéra et à la Comédie-Françjiise, à l'occasion de la naissnnce du dauphin. A l'Opéra, on joua Castor et Pollux, l'une des
Plus belles œuvres musicales de Rameau, et on termina par le célèbre choeur ù'Iphigénie : « Chantons, célébrons notre reine 1 » ce qui était de circonstance. La foule, saisissant le sens des paroles et en faisant l'application immédiate, éclata en applaudissements redoublés, fit recommencer le morceau et manifesta une seconde fois son enthousiasme d'une façon si bruyante, qu'il fallut qu'on baissât le rideau. Il y eut encore d'autres spectacles gratis pour célébrer soit la naissance, soit le mariage d'un prince, soit tel autre événement heureux pour la famille souveraine ; car , à cette époque , le roi personnifiait la nation, et il semblait que tout ce qui l'intéressait devait en même temps intéresser celle-ci. <
Avec les premiers jours de ta Révolution, les spectacles gratis se multiplièrent. Le peuple était maître alors; les puissants du jour, qui n'étaient véritablement que ses délégués, voulaient le flatter, et l'on organisa des représentations gratuites, qui devaient avoir lieu chaque semaine dans chacun des grands théâtres. On inscrivait alors en tête de l'affiche cette mention concise et biscornue : De par et pour le peuple, ce qui voulait dire : « De par la volonté du peuple et pour son plaisir. » Une affiche du spectacle gratis donné par l'Opéra le 21 janvier 1794, anni-
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versaire de l'exécution de Louis XVI, est ainsi conçue :
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