‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 632 sur 1059 · L'OFFRANDE A LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

L'OFFRANDE A LA LIBERTÉ

Quelques mois auparavant, les deux directeurs de l'Opéra, Francœur et Celierier. s'étant refusés à faire représente-.- gratis le Siège de Thionville, l'administration de la Commune de Paris avait rendu, le 19 juin 1793, l'arrêté suivant :

« Considérant que depuis^longtemps l'aristocratie s'est réfugiée chez les administrateurs des divers spectacles ; Considérant que •ces viessieurs corrompent l'esprit public par les pièces qu'ils représentent; Considérant qu'ils influent d'une manière funeste sur la Révolution; Arrête que le Siège de Thionville sera représenté gratis et uniquement pour l'amusement des sans-culottes, qui, jusqu'à ce moment, ont été les vrais défenseurs de la liberté et les soutiens de la démocratie. »

Les spectacles gratis devinrent bientôt tellement fréquents, que le gouvernement révolutionnaire dut indemniser les grands et les petits théâtres qu'on obligeait à donner ces spectacles, en leur payant une somme équivalente à la recette dont ils étaient privés. Un décret en date du 7 pluviôse an II (22 janvier H94) alloua 100,000 livres pour cette dépense; mais celle-ci ne tarda pas à absorber une somme beaucoup plus considérable, et il fallut aviser. Les mots sacramentels : De par et pour le peuple, réapparaissaient si souvent en tête des affiches, que bien des gens croyaient que c'était le titre d'une pièce.

On peut aussi comprendre, parmi le&spectacles gratis de cette époque, les fameux ballets ambulatoires, espèces de processions théâtrales et politiques, entourées d'une pompe extraordinaire, aux grandes fêtes de la Révolution. Oastil-Blaze en a parlé dans son livre indigeste, mais utile : l'Académie impériale de musique. Voici ce qu'il en dit : « Le ballet qui court les rues, dit-il, le ballet ambulatoire, inventé par Bacclius, adopte par le roi "David, perfectionné par les Grecs et les Romains, rajeuni par le roi René d'Anjou, qui s'emptessa de l'ajouter à sa procession d'Aix; renouvelé par les jésuites, moines guerriers, qui donnèrent une représentation magnifique du Siège et brûlure de Troie, sans oublier le cheval, pour célébrer la canonisation de leur chef, le ballet ambulatoire reparut en France en 1789. Les fêtes de la République étaient des ballets de ce genre, où les acteurs de l'Opéra, vêtus en Grecs, en Romains, chantaient en chœur, marchaient ou cabriolaient au milieu du cortège, figuraient sur des chars et mêlaient leurs gestes élégants, leurs danses régulières aux gambades rustiques des sans-culottes. Le peintre David avait fait le programme de la fête à l'Etre suprême. Des presses typographiques, des presses en taille-douce, montées sur des roues comme des pièces de canon, avec leurs caissons bien munis de papier blanc, roulaient parmi le cortège dans ces promenades civiques. A chaque temps de repos, les couplets, les hymnes, les choeurs exécutés par une armée de musiciens étaient imprimés et livrés au peuple souverain. Paroles, musique, images, tout arrivait à l'instant dans les mains et sous les yeux de l'immense auditoire. Estamper en plein air, en marchant, publier ainsi la pensée du

Poète, du musicien, du peintre, en livrer à instant des copies, révéler au peuple les mystères, la soudaineté, la puissance de l'imprimerie, cette reine du monde que nul ne pourrait détrôner, était une heureuse idée. Le citoyen Herguez, acteur tragi-comique, alors typographe, commandait une batterie d'imprimeurs te 20 prairial an II; il distribua des milliers d'exemplaires de l'hymne de Théodore Désorgues, durit Gossec avait fait la musique : Père de l'univers, suprême intelligence. Chéron, Adrien, Lays, Rousseau, Lainez, Mllês Maillard, Rousselois, Gavaudan chantaient les sûlos de cet hymne; tous les autres acteurs de l'Opéra, ceux des théâtres lyriques secondaires figuraient parmi le peuple de choristes qui tonnait dans les ensembles. La fête votée par la Convention nationale en l'honneur de Barra et de Viala devait être célébrée le décadi 10 thermidor an II. Le comité de Salut public avait invité les citoyens Gossec, Cherubiui, Méhul à composer des airs patriotiques pour cette solennité. On voulait que tout le monde fit chorus. D'après la même invitation, ces illustres musiciens se promenèrent dans Paris le violon à la main ; montés sur une chaise ou sur une borne, chantant et jouant de toutes leurs forces, ils tâchaient d'apprendre leurs airs au peuple

souverain , formant le cercle autour dos ménestrels, dont les soins furent inutiles. Ces maîtres, faisant répéter, endoctrinant de tels disciples, n'étaient pas médiocrement comiques. » C'est Robespierre qui avait été te principal instigateur de ce spectacle, et il périt justement le jour indiqué pour la représentation. Au lieu d'une farce longuement préparée, les spectateurs eurent, sur la place de la Révolution, une tragédie improvisée.

A l'un des spectacles gratis donnés, pendant la période révolutionnaire, au théâtre Feydeau, il arriva une aventure assez curieuse, que M. Charles Maurice raconte ainsi dans son Histoire anecdoiique du théâtre : « La première fois que je vis M1'6 Mars, dit-il, c'était au théâtre Feydeau, occupé par lu fraction des comédiens français venus de l'Odéon, tandis que l'autre tenait toujours à la rue de Richelieu, près du Palais- Royal. La représentation s'y donnait de par et pour le peuple, ce qu'on a depuis appelé par abréviation un gratis. Je m'y étais introduit en parterrien très-friand de la soirée. On jouait le Conciliateur de Demoustier. Vers le milieu de la pièce, il arriva une chose curieuse. Le balcon de droite, apparemment plus surchargé de spectateurs que le reste de la salle, fit tout à coup entendre un craquement et, peu après, commença à s'affaisser d'une manière effrayante. Au lieu de le quitter, ceux qui le remplissaient outre mesure se cramponnaient les uns aux planches qui allaient se séparer, les autres à leurs voisins, mais tous continuaient de regarder les acteurs, comme si rien ne les eût menacés. Toutefois, cela ne se faisait pas sans causer un bruit auquel l'assemblée répondait par les cris : « Silence I A la porte I Sortez! On n'entend pasl » Plus animé, le balcon de gauche se mit à injurier les quasinaufragés de la droite, et de piquantes reparties s'engagèrent. Tant enfin , que le spectacle fut interrompu. Fleury s'avança, et, après s'être convaincu que l'éboulement même ne ferait pas fuir ces affamés de comédie, il s'interposa entre les deux, balcons, allant de l'un à l'autre, calmant l'irritation, ramenant à la paix chaque partie par d'obligeantes paroles et continuant, sans y penser, le rôle de conciliateur dont il était chargé dans la pièce. Cette remarque, à laquelle bien des gens d'esprit n'auraient peutêtre pas pensé, fut faite et exprimée, par ce public sans prétention, uvec une soudaineté, un à-propos incroyables, appuyés de quatre salves d'applaudissements. Fleury, comprenant à son tour, en fut fort touché. Bien longtemps après, lorsque je lui en parlai, il m'assura n'avoir pas perdu ce souvenir, dont il plaçait le motif au nombre de ses plus agréables aventures... »

C'est aussi à l'occasion des spectacles gratis, qui se renouvelèrent si fréquemment pendant les premières années de la République, et pour donner une idée (exagérée, d'ailleurs) de la naïveté de quelques-uns des spectateurs qui assistaient à ces sortes de réjouissances, qu'on fit courir le couplet satirique suivant :

A l'Opéra gratis, parmi les spectateurs,

Une poissarde était assise ; ,,

Et, voyant de quatre chanteurs

Briller en quatuor les talents enchanteurs- • Ah! Jérôme, je suis surprise,

Pit-elle à son mnri, d'entendre ces acteurs

Brailler tous à la fois. Mon homme, que t'en semble? Est-ce l'usage? — Oh! répond-il, nenni!

Mais, vois-tu, cest gratis; ils chantent quatre en- Aûn d'avoir plus tôt nui. ■ [semble

Pendant la période impériale ainsi que pendant la Restauration, les spectacles gratis continuèrent d'être en faveur, et, quoi- 3ue moins fréquents que sous la République, était d'usage de comprendre ce plaisir parmi ceux qui étaient offerts à la fouie aux jours de grandes réjouissances. Le gouvernement de Juillet ne conserva pas cette habitude ; mais la seconde République la remit en honneur, et le second Empire établit comme coutume traditionnelle que tous les théâtres de Paris donneraient leur spectacle gratis le 15 août. Les principaux théâtres donnaient ce jour -là des représentations gratuites auxquelles la population parisienne se portait avec ensemble. Ces représentations, au lieu d'être données le soir, comme à l'ordinaire, se donnaient en plein jour, à une heure de l'après-midi, et, dès six et sept heures du matin, la queue commençait à se former à la porte. Chaque salle donnait asile, en ces jours particuliers, à trois, quatre et cinq fois plus de spectateurs qu'aux jours ordinaires. Telle loge, qui ne contient ordinairement que quatre ou six places, était occupée par huit, dix et jusqu'à douze spectateurs, suant, suffoquant, haletant, mais heureux malgré tout de se donner le plaisir du spectacle. Tout se passait d'ailleurs dans le plus grand ordre, et l'on a même fait cette remarque singulière : c'est que les premiers arrivés se portaient toujours, par habitude, sans doute, aux places les moins bonnes.

C'étaient, tout naturellement, les grands théâtres qui attiraient la plus grande afliueijce de spectateurs. L'Opéra surtout était privilégié sous ce rapport, et c'est par plusieurs milliers que 1 on comptait ceux qui l'assiégeaient en cette circonstance. Après

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lui venaient la Comédie-Française et l'O- | péra-Comiqtie. Les spectacles des représentations gratuites étaient toujours composés des chefs-d'œuvre du répertoire et des pièces Je plus en vogue, et l'on choisissait aussi pour interprètes [es acteurs les plus aimés du public. Les habitués de ces représentations, quoique appartenant à la partie qui passe pour la moins éclairée de la popula-^ , tion, étaient loin, comme on pourrait le croire, ; d'être insensibles à ces attentions et savaient j parfaitement discerner le bon du mauvais. A chaque fois, ils faisaient fête aux grands artistes et leur adressaient des ovations enthousiastes, dont ceux-ci, il faut le dire, n'étaient pas médiocrement flattés; on a remarqué qu'ils applaudissaient à point nommé aux. plus- beaux passages, saisissaient les allusions les plus délicates et ne laissaient inaperçue aucune beauté. Aussi les comédiens, tenus en éveil déjà par une salle remplie jusqu'aux combles, électrisés par l'accueil qui leur est fait, heureux des marques nombreuses d'approbation données à leur talent, ne sont-ils, dit-on, jamais meilleurs, jamais plus inspirés qu'à ces sortes de solennités.

SpedAclo* (contre les), traité célèbre de Tertullien et un de ses titres littéraires. La principale objection de l'auteur contre les spectacles est qu'ils sont d'origine païenne. Ce sont d'abord les jeux (ludi), ainsi nommés de ce qu'ils furent apportés en Italie par des émigrés lydiens, et ils ressemblèrent, au début, à une cérémonie religieuse. Or, tout ce qui touche à l'idolâtrie de près ou de loin doit être proscrit par des chrétiens. Pour le théâtre proprement dit, il a aussi une origine religieuse. On se rend au théâtre comme aux jeux du cirque au sortir des temples païens, où on a prodigué l'encens et arrosé' du sang des victimes les autels des dieux : « On marche au bruit des lifres et des trompettes pendant que deux infâmes personnages, directeurs des funérailles et des sacrifices, je veux dire le désignateur et l'aruspice, conduisent tout le cortège. « De plus, le théâtre est proprement le temple de Vénus, et il ne dément pas son nom ; il est aussi consacré au dieu du vin, Liber, c'est-à-dire Bacchus. Bacchus passait chez les Grecs pour l'inventeur du théâtre. Les vers, la musique, la flûte, le3 violons, tout cela sent Apollon, les Muses, Minerve, Mercure. Ilyaencorelesjeuxathlétiques. Les païens les divisent en sacrés et funèbres, ce qui atteste suffisamment leur origine idolâtrique ; qu'ils soient Olympiques, G'apitolins, Pythiens, Néméens, Isthmiens, ils sentent l'idolâtrie d'une lieue. Restent les spectacles de gladiateurs. On les appela d'abord devoir ou office. « Les anciens s'imaginaient, dit Tertullien, que par cette sorte de spectacle ils rendaient leurs devoirs aux morts; on croyait que les âmes des défunts étaient soulagées par l'effusion du sang humain, et on immolait sur leur tombeau de malheureux captifs ou des esclaves mutins qu'on achetait exprès pour cela. Dans la suite, on j ugeu à propos de couvrir du voile d'un divertissement une inhumanité si atroce ; c'est pourquoi on instruisait ces misérables à faire des armes, bien ou mal, cela était indifférent, pourvu qu'ils apprissent à s'entre-tuer. Instruits de la sorte, on les faisait venir au jour marqué pour les funérailles, afin qu'ils s'immolassent comme par divertissement 'sur le tombeau des défunts. Ce spectacle, quelque temps après", devint d'autant plus agréable qu'il fut plus cruel; c'était peu que d'employer le fer [tour faire s'entre-tuer des hommes, il fallut encore, pour rendre le divertissement plus complet, exposer ces hommes à la fureur des bétes féroces. Les victimes immolées de la sorte étaient regardées comme un sacrifice fait a l'honneur des parents défunts. Or, un pareil sacrifice est une véritable idolâtrie, puisque c'est une espèce de culte que l'on rend aux morts. •

Tertullien montre encore plus d'indignation pour les acteurs des théâtres. « Ces misérables victimes de l'impuilicité, qui ont prostitué leur corps au public, ne paraissent-elles pas aussi sur le théâtre d'autant plus misérables que, ne découvrant ailleurs leur turpitude qu'aux hommes, ici elles la font paraître aux yeux des autres femmes, à qui elles avaient eu soin de se cacher jusqu'alors? On les expose à la vue de tout le inonde, aux gens «le tout âge, de toute dignité. De plus, un erieur public annonce ces courtisanes à ceux qui ne les connaissent déjà que trop. Voilà, dit-il, la loge d'une telle; il faut donner tant pour la voir; elle a telle et telle qualité. »

Ici Tertullien montre avec quelle tranquillité de conscience les pères de famille et les matrones romaines laissaient étaler aux yeux de leurs enfants, et de jeunes fllles encore dans l'à^e de l'innocence, ces hontes variées d'une civilisation qui pourrit. Les oreilles et les yeux, s'écriait-il, sont les avenues de l'âme. Vous corrompez i'enfance prématurément. La semonce finit naturellement par des malédictions bien autrement véhémentes que i celles de J.-J. Rousseau sur le même sujet.

Spectacle* (LliTTKË SUR LES) , par Jean- !

Jacques Rousseau (Amsterdam, 1758, I vol. '

in-8"). Le véritable titre de cet ouvrage est : \ J.-J. Jiousseau, citoyen de Genève, à M. d'A-

temèerl sur son article Genève (dans l'Eney- I

elopèdie) et principalement sur le projet d'é- !

iablir un théâtre de comédie en cette ville. I

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Il y a plusieurs hommes dans Rousseau; l'homme privé n'est pas toujours un héros, le publiciste est plus théoricien que pratique, le philosophe se contredit, mais le moraliste est à la hauteur de l'écrivain, et, d'un coté comme de l'autre, une sève puissante et uniforme donne au caractère de l'auteur une valeur d'ensemble qui perce dans chaque œuvre. Sa Letl'e sur les spectacles est un de ses livres les plus originaux. Il n'a pas empêché le théâtie d'être ce qu'il devait être au milieu d'une civilisation formée d'éléments si divers que la nôtre ; néanmoins sa protestation contre le théâtre reste un de ses titres importants devant la postériié. « Rousseau, dit M. Villemain, avait eu de célèbres précurseurs dans sa haine pour les spectacles, et d'abord tous les docteurs chrétiens. Il serait curieux de rapprocher sur ce point le langage du dernier des Pères de l'Eglise, Bossuet, et celui du philosophe de Genève. Bossuetavait trouvé dans sa foi l'exemple et la tradition d'un tel blâme. Il renouvelait les anathèmes des premiers chrétiens contre Je théâtre immonde de l'empire, et tout en les appliquant à son siècle, il était dominé par les réminiscences d'une indignation plus forte que le mal qu'il avait à combattre. Au ' contraire, Rousseau, sans rien emprunter à l'orthodoxie chrétienne, ni au zèle non moins ardent du puritanisme, prenait toute sa colère dans 1 état présent des mœurs et tirait toutes ses maximes de l'antiquité républicaine. » Rousseau se moque fort agréablement des attendrissements de scène. ■ En donnant des pleurs à ces fictions, dit-il, nous avons satisfait à tous les droits de l'humanité, sans avoir plus rien à mettre du nôtre; au lieu que les infortunés en personne exigeraient de nous des soins, de3 soulagements, des consolations, des travaux, qui pourraient nous associer à leurs peines, qui coûteraient du moins à notre indolence et dont nous sommes bien aises d'être exemptés. On dirait que notre cœur se resserre de peur de s'attendrir à nos dépens. Au fond, quand un homme est allé admirer de belles actions dans des fables et pleurer des malheurs imaginaires, qu'at-on encore à exiger de lui? n'est-il pas content de lui-même? ne s'applaudit-il pas de sa belle âme ? ne s'est-il pas acquitté de tout ce qu'il doit à la vertu par l'hommage qu'il vient de lui rendre? que voudrait-on qu'il fit de plus? qu'il la pratiquât lui-même? il n'a pas de rôle à jouer, il n'est pas comédien. » Ici l'auteur parle surtout de la scène tragique encore en honneur au xviirs siècle et de la haute comédie. S'il avait assisté au développement que le théâtre a pris parmi les générations du xix° siècle, où il est devenu presque une succursale des mauvais lieux, il aurait trouvé des paroles indignées pour qualifier des choses qui n'existaient point encore sur la scène de son temps. Il aurait pu arguer du théâtre à Rome sous l'empire; mais il le connaissait mal, et il se rabat sur des inconvénients beaucoup moindres en réalité. A propos de la Lettre de Rousseau sur les spectacles, M. Villemain, qui en sait plus long, justifie par le tableau suivant du théâtre sous les Césars romains les in vecti"es de Rousseau contre le théâtre et indirectement contre les mœurs du xviue siècle : « Le théâtre était la succursale du temple païen, et une portion même de l'ancienne idolâtrie, puis il était horrible. Figurez-vous cet immense amphithéâtre de Rome, où se succédaient les cruautés religieuses, les représentations de débauche et les scènes de meurtre ; car les jeux des gladiateurs étaient un drame où le peuple entier était acteur aussi par ses cris, ses regards avides, ses gestes homicides. Un gladiateur vaincu tombait-il, le peupie était interrogé. Assise sur les gradins du cirque, la vierge modeste, comme dit un poëte chrétien (Prudence), ordonnait d'un signe que ce mourant fût achevé

Consuryit ad ictus

Et quotics viclor ferrumjuguto inscrit. Ma Delicias ait esse suas : pectusqite jacentis Virgo rnoUesta jubcl converso poltice rumpi.

Des pompes scéniques encadraient ces sanglantes réalités. Un dieu, Mercure, traversait les rangées de cadavres étendus sur l'arène, et, par une effroyable pantomime, touchait et explorait ces morts de son caducée de fer; puis venait Pluton, un marteau à la main pour conduire les morts et comme pour enlever cette desserte sanglante du repas funèbre auquel avait été convié le peuple romain, il y avait là, mais à large dose, et l'affreux plaisir dont la foule de nos villes sa repaît devant l'échafaud et l'émotion des vicissitudes d'un combat, et l'amusement d'une pompe fantastique. »

Il y avait bien autre chose, qu'on peut lire dans Juvénal, et particulièrement ce héraut qui paraissait sur la scène à la fin du spectacle, donnait le nom des actrices, le détail do leurs charmes, le prix qu'elles y mettaient, le tout terminé par l'indication de leur adresse.

Rousseau avait peu lu les anciens et il négligea rie rappeler combien, chez les anciens, le théâtre avait été un foyer permanent de corruption pour les mœurs. Cependant il voit parfaitement que le théâtre est un moyen puissant de tourner la vertu en dérision au profit du vice. Les exemples qu'il avait sous les yeux le lui disaient suffisamment. « La charge, dit-il, ne rend pas les objets haïssables, elle ne les rend que ridi-

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Cule3, et de là résulte un très-grand inconvénient : c'est qu'à force de craindre les ridicules qu'on jette sur la vertu au théâtre, les vices n'effrayent plus, et qu'on ne saurait guérir les premiers sans fomenter les autres. Pourquoi, direz- vous, supposer cette opposition nécessaire? Pourquoi? Parce que les bons ne tournent point les méchants en dérision, mais les écrasent de leur mépris, et que rien n'est moins plaisant et risible que l'indignation de la vertu. Le ridicule, au contraire, est l'arme favorite du vice. C'est par elle qu'attaquant dans le fond des coeurs le respect qu'on doit à la vertu, il éteint enfin l'umour qu'on lui porte. » Puis Rousseau analyse les grandes pièces de théâtre en vogue au xvii ra siècle et prouve que, partoutoùle crime est honoré, la vertu,» à laquelle on décerne un éloge banal, n'a aucun bénéfice à espérer sur la scène. 11 est très-curieux de voir Rousseau se faire critique dramatique ; il est également curieux de voir ce personnage, qui fut d'une moralité douteuse, se prendre d'une si belle ardeur pour la défense de la morale. Il n'excepte pas même Molière de sa réprobation. « Examinez, dit-il, le comique de cet auteur : partout vous trouverez que les vices (la caractère en sont l'instrument, et les défauts naturels le sujet; que la malice de l'un peint' la simplicité de l'autre et que les sots sont les victimes des méchants ; ce qui, pour n'être que trop vrai dans le monde, n'en vaut pas mieux à mettre au théâtre avec un air d'approbation, comme pour exciter les âmes perfides à punir, sous le nom de sottise, la candeur des honnêtes gens :

Dai veniam comis, vexat censura colwnbas.

Voilà l'esprit général de Molière et de ses imitateurs. » Rousseau compare l'œuvre des auteurs dramatiques à celle de ces gens qui savent moucher une lampe, mais qui ne savent pas y mettre d'huile, en d'autres termes qui savent flétrir le vice et non faire aimer la vertu.

11 termine par protester contre l'idée émise , par d'Alembert d'établir un théâtre à Genève. Il prévoit que cela y ferait tomber les mœurs publiques, et ferait une ville de débauche d'un lieu qui fut le berceau de la Réforme et l'asile séculaire de la liberté.

La Lettre de Rousseau eut un prodigieux succès. Les vérités un peu bourrues qu'elle contient à l'adresse des mœurs de la société polie du xvme siècle furent accueillies par elle avec une bienveillance remarquable, quoique stérile, car le théâtre ne changea point de caractère.

Spectacle dans un fauteuil (LE), recueil de vers d'Alfred de Musset (1833, in-8°). Ce recueil se compose : d'un Sonnet au lecteur, d'une dédicace en vers à M. Alfred Tuttet, un des amis du poète ; d'un poème dramatique, la Coupe et les lèvres; de flamouna, une des fantaisies les plus spirituelles d'Alfred de Musset, et d'une petite comédie en deux actes, A quoi récent les jeunes filles? Nous avons rendu compte de la Coupe et les livres et de Namouna (v. ces deux mots). La dédicace est curieuse en ce qu'elle renferme, sous une forme ironique, la profession de foi du poste; Alfred de Musset était un sceptique en religion, en morale, en politique et même en poésie; il se moque tout naturellement de ceux qui croient à quelque chose .

Vous me demanderez si j'aime la sagesse ? Oui; j'aime fort aussi le tabac a fumer...

Et il applique le même procédé railleur à toutes les demandes qu'on peut lui faire : s'il aime la richesse, s'il aime sa patrie, s'il aimo la nature, s'il est catholique, etc. Il n'y a rien de vrai que l'amour, et dans l'amour que la volupté.

A quoi rêvent les jeunes filles? est une fantaisie pleine de malice, un imbroglio de situations impossibles, bourré de jolis vers et de bavardages étineelants d'esprit. Le canevas n'a ni queue ni tète et la pièce n'en est que plus jolie. Le vieux duc LuCrte a deux grandes filles à marier et un neveu bête con?ine une oie, le seigneur Irus. 11 fait venir chez lui le fils d'un de ses amis, Silvio, jeune homme mélancolique, avec l'intention de lui faire choisir pour femme l'une de ses deux filles, Ninette et Ninon. Rien de plus simple; mais le vieux duc est persuadé que les jeunes filles rêvent un roman dans le mariage et il conseille à Silvio de se faire passer pour un Galaor, d'écrire des billets doux, d'escalader les fenêtres, de provoquer Irus en duel, de rosser les valets, etc.

Recevoir un mari de la main de son père Pour une jeune fille est un pauvre régal ; C'est un serpent doré qu'un apneau conjugal. C'est flans les nuits d'été, sur une mince échelle, Une épéo a la main, un manteau Bur les yeux Qu'une enfant de quinze ans rêve fies amoureux. Avant de se montrer, il faut leur apparaître, Le père ouvre la porte au matériel époux, Mais toujours l'idéal entre par la fenêtre.

Silvio ne se prête que de mauvaise grâce à ces combinaisons romanesques. Le père alors écrit lui-même les billets doux, s'enveloppe d'un manteau, rôde sous les fenêtres des jeunes filles, chante la sérénade de rigueur, embrasse au passage Ninon, qui ne le reconnaît pas et qui vient le raconter à Ninette. Voilà la tête des jeunes filles en fermentation; Ninette récapitule en se couchant les événements de la soirée ;

. ..... Ah! demain, quand j'y pense,

Ce jeune homme étranger qui doit venir dîner. C'est un mari, je crois, que l'on veut nous donner. Quelle drûle de chose ! Ah! j'en ai peur d'avance. Quelle robemettrai-je?

(Elle se couche).

Une robe d'été?

Non, d'hiver; cela donne un air plus convenable. Non, d'été; c'est plus jeune et c'est moins apprêté. On le mettra sans doute entre nous deux à table. Ma sœur lui plaira mieux. — Bah! nous verrons

(toujours.

— Des éperons d'ar^entl un manteau de velours — Mon Dieu! comme il fait chaud pour une nuit d'automne !

Il fautdormirpourtant. — N'entends-jepasdu bruit? C'est Flora qui revient. — Non ! non, ce n'est personne.

Tra la, tra dérida ! Qu'on est bien dans son lit ! Ma tante était bien laide avec ses vieux panuches, Hier soir, a souper. — Comme mon bras est blanc ! Tra dérida! — Mes yeux se ferment. — Des moustaches | , II la prend, il l'embrasse et se sauve en courant...

' Le lendemain, après ce dîner où Silvio a été I officiellement présenté, la petite intriguo ourdie par le duo Lafirte va son train; les jeunes filles ont reçu le même billet; elles arrivent toutes deux au rendez-vous, se croient jouées et se retirent furieuses. Silvio escalade la fenêtre, Irus arrive l'ôpée la à main et la servante leur jette un seau d'eau sur la tête. Silvio se cache dans un cabinet, Irus dans uno armoire; ils sortent tous les deux de leu'S réduits respectifs pour se provoquer en duel. On entend deux coups de pistolet.

Irus.

... Je suis mort! il vient de me viser!

LA E RTC.

Il était bien matin, Irus, pour vous griser,

Irus.

Regarde! mon chapeau; vous y verres sa balle]

Laerte.

Alors votre chapeau se meurt, mais non pas vous!

Ninette et Ninon apparaissent vêtues en religieuses. Après l'éclat de tout à l'heure, le couvent seul peut cacher leur honte. Laerte les rassure en leur montrant que le donneur de rendez-vous, l'escaladeur de fenêtres est le même Silvio qui a dîné avec eux, et tout finit par le mariage de Silvio avec Ninon.

Spectacle (LK DIRECTEUR DE ) [SchaUspiet dî-

rector (rfer)], opéra-comique allemand en un acte, musique de W, Mozart; représenté à Sehosnbrunn le 3 février 1786. Ce petit ouvrage a été écrit pour être chanté par Mme Lange(Aloysia'Weber),labelle-sooiir de Mozart, Al11** Cuvoglieri et le ténor Adainberger. L'ouverture est composée avec cette faci lité et cette pureté de style qui étaient devenues en quelque sorte la dernière manière du maître. Le sujet ne comportait pas do longs développements : deux mesures de huit croches données par les violoncelles, les altos et les bassons sur une tenue de la fiûte servent de cadre à quelques phrases mélodieuses. C'est un morceau où règne l'unité sans monotonie. Le livret allemand a été immédiatement traduit en italien. Les personnages Mme Herz, M'ic Silberklang, MAI. Vogelsang et Puf, sont devenus Dulcinea, Argentina , Ruosignuolo et Kuffo. L'andante du premier air, celui de Dulcinea : Suouar già l'ora io sento, est délicieux. L'allégro offre des vocalises très-élevées. L'air suivant û A rgentina : Caro amante il cor mi dic.e, n'est pas moins joli ni écrit moins haut. Le terzetto : Io son prima cantatrice, dans lequel les deux virtuoses font assaut de vanité et de prouesses vocales, sous la direction de Rossignuolo, est un petit chef-d'œuvre. Comme dans la rôle do la Heine de la Nuit, dans la Flûte enchantée, écrit aussi pour Mme Lange, on y remarque des traits qui montent au contre-fa à l'aigu et encore dans un mouvement adagio. Les principaux mouvements de la musique se succèdent : l'anduntino, l'andante, l'adagio, l'allégretto, l'allégro, l'allegrissimo ; et le trio se termine piano, pianissimo, mancando , diminuendo , decrescendo et ritardando. Ce terzetto soutenu par un accompagnement délicieux est d'un grand intérêt musical ; mais il exige des moyens vocaux assez rares, beaucoup de goût, enfin une interprétation excellente pour produire son effet. Le finale est assez développé.

L'empereur Joseph avait commandé cet ouvrage au compositeur pour le théâtre de la cour. Mozart écrivit une ouverture, deux airs, un trio et le finale. Quoique la partition renferme des idées charmantes, développées avec la grâce et la facilité qui lui étaient familières, on sent qu'il n'a pas attaché luimême un grand intérêt à cette pièce de circonstance.

Sous le titre de l'Imprésario, on a donné ce petit opéra aux Bouffes-Parisiens, avec un livret arrangé par MM. L. Battu et Ludovic Halévy.

SPECTACULEOX, EUSE adj. (spèkta-kulcu, eu-ze — rad. spectacle). Pompeux, qui ressemble k un spectacle : Ils se délassent le dimanche en assistant avec leurs familles aux longs ci spectaculkux offices du culte grec ou syriaque. (Lumart.) Il Inus.

SPECTATEUR, TRICE g. (spè-kta-teur,

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tri-se — lat. spectator: fait de spectare, regarder). Témoin oculaire d'une action, d'un événement, d'un fait : II n'a été gîte iimple SPKCTATBtm, que SPECTATEUR indifférent. Les grands vivent comme, s'ils, n'avaient pas de spectateurs. (Mass.) Bien ne coûte à l'homme pourvu qu'il ail des spectateurs. (L'abb.i Trublet.) Celui qui donne au monde toi grand spectacle est moins touché et moins enseigné que le spectateur.. (Chateaub.) Il hésite, il bégaye, et le triste orateur Demeure enfin muet aux yeux du spectateur.

Boileau.

— Personne qui assiste à un exercice, à une cérémonie publique, à une représentation théâtrale : Etre parmi les spkctateurs. Il y avait beaucoup de spectateurs à cette séance. Cette revue avait attiré une foule de spectateurs. Cette pièce a raui les spectateurs. (Aead.)

Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable.

Poileau.

Vos froids raisonnements ne feront qu'attijdir Un spectateur toujours paresseux d'applaudir.

BoiLEAU.

It Personne qui assiste à des actions considérées comme Spectacle :

Pour nous, vil peuple assis aux derniers rangs, Troupe futile et des grands rebutée, Par nous d'en bas la pièce est écoutée; Mais nous payons, utiles spectateurs, Et, quand l.v pièce est mal représentée, Pour notre argent nous sifflons les acteurs. Spectateur (le), feuille périodique, dont le premier numéro parut a Londres le 1er murs 1711. L'idée d'un ouvrage de ce genre appartient à Steele. En 1709, il publia le Babillard (The Tatler), sous le nom supposé de Bicherstaff, que Swift avait déjà rendu célèbre. II n'avait point communiqué son secret à Addison, qui cependant ne tarda pas a reconnaître l'auteur. Celte découverte amena la coopération de l'élégant écrivain, qui débuta, le 21 mai 1709, par la description des infortunes des journalistes.

Quoique le Babillard eût obtenu une grande vogue, Steele crut devoir en interrompre la publication, sans en prévenir Addison, le 23 décembre 1710, sous prétexte, dit-il luimême, que le .but qu'il s'était proposé ne pouvait plus être atteint, parce qu'on savait depuis trop longtemps qu'il en était l'auteur et le directeur. Deux mois s'étaient à peine écoulés depuis que le Babillard était suspendu, lorsque parut une nouvelle feuille périodique, qui portait le titre du Spectateur, le 1er mars 1711. lille était conçue sur un plan plus vaste et plus particulièrement consacrée à la peinture des mœurs et à l'application des principes de ta morale aux devoirs de la vie sociale. On doit1 à Addison, qui en était à la fois l'éditeur et le directeur, le numéro s tout entier, dans lequel il in traduisit cette réunion de caractères qui ont rendu le Spectateur si intéressant et si dramatique. Malgré le succès obtenu par cette publication, elle fut suspendue le 6 décembre 1712, lorsque le septième volume fut terminé, a cause de 1 eloignement de Steele, qui paraît avoir été obligé de quitter Londres pour échapper aux poursuites do ses créanciers. Le Spectateur fut repris le 18 janvier 1714 et cessa définitivement le 20 décembre suivant.

Cetouu-age a été traduit dans toutes les langues, a obtenu partout à peu près le même succès et semble avoir contribué à la célébrité d'Addison plus qu'aucune autredeses productions. Il n avait paru eu Angleterre, comme nous l'avons dit, aucun ouvrage qui eût le même but et la même forme. Un y connaissait, depuis longtemps, des feuilles périodiques qui avaient pour objet la politique et les nouvelles; mais le Talter et le Spectateur furent les premières où l'on se proposa de présenter un tableau des moeurs du temps, en peignant les caractères, en censurant les vices, en relevant les ridicules et les travers dominants de la société et en employant alternativement la note grave de la raison, le ton du sarcasme et de 1 ironie, et quelquefois les formes ingénieuses de l'apologue et de l'allégorie.

Spectateur français (le) , par Marivaux (1725). Le Spectateur français, rédigé par Marivaux sur le modèle de celui qu'avait publié Addison, contient d'excellentes eboses; mais la peinture des mœurs, loin d'y être franche comme chez Addison, n'y est présentée que dans la demi-teinte ; aussi l'auteur abandonna-t-il bientôt cette feuille périodique dont le succès ne s'accentuait pas assez proraptement. « Il y peint, dit d'Alembert, sous diverses images souvent, piquantes et agréables, les manèges de l'ambition , les tourments de l'avance, la perfidie ou la lâcheté des amis, l'ingratitude des enfants et l'injustice des pères, l'insolence des riches, la tyrannie des protecteurs. Parmi ces morceaux intéressants, on doit surtout distinguer la lettre d'un père sur l'ingratitude de son fils. Cette lettre, que son étendue nous empêche à regret de transcrire, est pleine de la sensibilité la plus louchante et la plus vraie; c'est peut-être le meilleur ouvrage de Marivaux, quoiqu'il soit un des moins connus. »

La lettre où une jeune femme, vivant dans le tourbillon des plaisirs du monda et résolue cependant de rester Adèle à son mari, con-

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jure un amant, dont les discours l'ont à moitié séduite, d'épargner sa faiblesse, de se retirer, d'être plus généreux que tendre: le tableau attendrissant qui nous montre, d'un côté, une jeuue tille belle et vertueuse forcée de mendier le soir pour donner du pain à sa mère, et, de l'autre, un riche libertin fondant sur la misère de l'innocence l'espoir de la corrompre; les trois lettres qu'adresse à son père, a son amant et au Spectateur une malheureuse jeune fille, victime d'un amour plus imprudent que coupable, sont des morceaux d'une réelle valeur.

La critique littéraire du Spectateur de Marivaux est faible; c'est principalement dans la peinture des mœurs ut surtout des mœurs féminines qu'il réussit. C'est un observateur sûr, mais plus bonhomme que l'on ne croit ordinairement. Marivaux a son petit cercle ; il se localise et ne généralise guère. Esprit moyen, poli, aimable, il a plus de bon sens que de finesse, ou pour mieux dire sa finesse ne consiste que dans son style alambiqué. Le Spectateur dénote peu d'originalité dans le ^ens absolu du mot; il se rapproche de quelques passages des Guêpes ou plutôt des Bourdonnements d'Alphonse Kart-. Nous citerons quelques lignes pour donner une idée du genre de Marivaux dans son recueil périodique : « Quand on demande des grâces aux puissants de ce monde et qu'on a le cœur bien placé, on a toujours l'haleine trop eoune. » — ■ L'amour-propre d'un auteur ressemble à Celui d'une femme qui loue volontiers une rivale, quand elle sent sa propre supériorité, et la déchire sans pitié quand elle craint un parallèle dangereux. »

Il faut remarquer que le Spectateur se compose de lettres supposées et que Marivaux y introduit l'habitude, si bien exploitée par les feuilletonistes de nos jours, d'exciter l'intérêt en coupant chaque fois son sujet au moment le plus intéressant. Marivaux se peint tout entier dans cette invention,

SPECTRAL, ALËadj. (spè-ktral,a-Ie — rad, spectre). Qui appartient aux spectres, aux fantômes : Apparitions spectrales.

— Physiq. Qui a rapport au spectre lumineux : Couleurs spectrales. Il Analyse spectrale, Analyse des corps par l'étude des raies de leur spectre.

— Encycl. Physiq. et ehim. Analyse spectrale. L'analyse spectrale est une méthode d'analyse qualitative et, dans quelques cas rares, quantitative, qui est fondée sur l'observation des divers spectres lumineux.

On connaissait depuis longtemps la coloration que prennent les flammes quand on y introduit certains composés chimiques, tels que l'acide borique, les sels de lithine, de strontiane, de cuivre, etc. Talbot, Brewater, Miller analysèrent optiquement ces flammes colorées au moyen du prisme et reconnurent qu'elles donnent des spectres brillants formés de raies ou de bandes lumineuses d'un éclat souvent très-intense. Le chlorure de sodium surtout attira une attention spéciale par la nature de son spectre, qui se réduit k une double ligne, unique dans le jaune, et offre ainsi le curieux exemple d'une lumière presque monochromatique.

L'importance de la formation de ces spectres paraît avoir échappé aux physiciens. Iwan, en étudiant le spectre gazeux des carbures hydrogénés, rit le premier la judicieuse remarque que certaines lignes s'y trouvent communes, y dominent d'autant plus que la proportion de carbone est plus forte dans le carbure et y révèlent, par conséquent, la présence de ce métalloïde. C'est le nouveau champ de recherches ouvert par cette observation que Kiri.'hhotf et Bunsen ont exploité avec un succès qui en a fait une des découvertes capitales de notre époque. Ces deux savants ont constate que tous les éléments réduits à l'état de vapeur incandescente donnent des spectres dont les maxima caractérisent, par leur nombre, leur largeur et leur position, le corps simple employé. Le spectre des sels volatils portés dans une flamme très-chaude, mais à peine éclairante, est aussi formé des raies caractéristiques du métal qui fait la base du sel. Lors de la présence de plusieurs sels dans une flamme ou du mélange de plusieurs vapeurs lumineuses, le spectre produit participe de chacun d'eux et se forme par la superposition de leurs spectres individuels, chacun avec une intensité qui dépend de la quantité et de la faculté lumineuse du métal qui l'engendre. A parler exactement, toutes les substances en présence, les divers éléments de la flamme tout comme les principes constituants des sels, développent individuellement leur spectre ; seulement ceux des métaux par leur intensité effacent ceux des métalloïdes.

Cette méthode d'analyse spectroscopique est d'une telle sensibilité, qu'elle permet de reconnaître la présence de métaux en quantités impossibles à apprécier aveu les balances les plus délicates; ainsi, l'œil perçoit très-nettement, pendant une seconde, les#raies brillantes produites par l troismillionième de milligramme de chlorure de sodium, 9 millionièmes de milligramme de carbonate de lithine et 1 millième de milligramme de chlorate de potasse.

Nous allons exposer un certain nombre de faits qui, tout en complétant les données précédentes, les modifieront dans ce qu'elles

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, ont de trop absolu. Quoique chaque métal donne son spectre propre, si l'on compare les uns aux autres les spectres des divers métaux, on verra que plusieurs de leurs raies semblent coïncider. Cela est frappant surtout pour la raie 1655,6 (échelle de Kirchhoff), qui appartient au fer et au magnésium, et pour la raie 1522,7, propre au fer et au calcium. Les observations n'ont pas encore atteint un degré d'exactitude suffisant pour permettre de décider si cette coïncidence est réelle ou simplement apparente.

Des spectres assez simples à certaines températures deviennent très-compliqués lorsqu'on porte la température à un degré beaucoup plus élevé. Miller a constaté ce fait pour le cas du thallium, et Wolf et Diacon pour celui des métaux alcalins. Pliieker a obtenu, des résultats analogues avec l'azote et avec le soufre.

Contrairement à ce qui a été dit ci-dessus touchant la superposition des spectres des sels mélangés, Nicklès a annoncé que la présence du sodium en grand excès dans une flamme empêche la réaction spectroseppique du thallium de se manifester. D'après Stulba, le chlorure de sodium se comporterait de la même manière à l'égard du chlorure de cuivre. Heintz enfin a reconnu que la raie spectrale du rubidium ne se manifeste pas en présence d'un grand excès de carbonate de césium. En portant dans une flamme qui donnait le spectre du potassium un faisceau de fils de platine imprégnés d'acide chlorhydrique et de sel ammoniac, Mitscherlich a vu aussitôt disparaître le spectre du potassium. Mulder a fait une observation analogue dans laquelle il a reconnu que le spectre du phosphore, produit par la flamme d'un mélange d'hydrogène et d'hydrogène phosphore, est complètement anéanti par la flamme de l'éther.

Certaines raies d'un spectre peuvent être éteintes par suite do la présence de plusieurs Substances dans une même flamme; ainsi, le chlorure de cuivre et d'ammonium, porté dans la flamme du chlorure de strontium, éteint la raie bleue de ce dernier.

Une série de recherches sur les composés haloïdes du baryum, du strontium, du calcium, du cuivre, etc., a montré à Mitscherlich que chaque composé binaire qui n'est pas détruit par la flamme et qui est chauffé à une température suffisante pour devenir lumineux a un spectre propre et indépendant d'autres circonstances. Diacon est arrivé de son côté à des résultats qui confirment ceux de Mitscherlich.

On a tenté d'établir quelques relations antre les distances des raies d'un spectre et le poids atomique, par exemple, du corps qui le fournit; mais l'on n'est arrivé à rien de précis et de positif (Mitscherlich, Ileiniichs).

Les spectres des métaux, avons-nous dit plus haut, sont engendrés par les vapeurs métallifères lumineuses; toutefois, Bunsen et Bohr ont trouvé à cette condition deux exceptions curieuses, fournies l'une par l'oxyde de didyme et l'autre par la terbine. En fondant une petite quantité d'oxyde de didyme avec du sel de phosphore, de manière à obtenir une perle transparente, améthyste, exempte de tmllè, et en chauffant cette perle avec précaution jusqu'à l'incandescence par le moyen d'une flamme obscure placée audessous, on verra se manifester au spectroscope les principales bandes brillantes du didyme (Bunsen). Si l'on plonge un mince fll de platine dans une dissolution sirupeuse d'azotate de terbine et qu'on le porte dans la flamme d'un bec de Bunsen, il se forme une masse spongieuse de terre qui brille avec une lumière verte d'un grand éclat; cette lumière, examinée au spectroscope, montre un spectre continu sur lequel se détachent les raies brillantes du terbium (Bohr). Delafontaine a eu l'occasion de constater l'exactitude de ces faits. Ajoutons que le pouvoir émisstf de la terbine est considérablement renforcé qua.nd on arrose et calcine avec une quantité suffisante d'acide phosphotique la petite masse spongieuse attachée au fll de platine. Bunsen considère les spectres lumineux que nous venons de décrire comme étant propres aux oxydes et non aux métaux eux-mêmes.

— Spectres d'absorption. L'interposition, sur le chemin d'un rayon iunlineux à spectre continu et complet, soit avant, soit après le prisme, d'un milieu coloré, solide,, liquide ou gazeux, amène un changement dans la composition delà lumière, c'est-à-dire l'affaiblissement ou l'extinction de certaines parties du spectre; ce sujet a fait l'objet des recherches de Hersehel, de Brewster, de Gladstone, etc., et, plus récemment, de Stoke.s. Les diverses substances colorées se distinguent par les parties du spectre qui sont absorbées par le nombre des maxima et des minimn de lumière et par la dernière couleur persistante. L'acide hypoazotique (hypoazotide, vapeurs rutilantes) donne un spectre d'absorption remarquable, formé de bandes ou de ligues noires plus ou moins nombreuses, presque équidistantes, qui couvrent les différentes régions du spectre. L'acide hypochlorique (peroxyde de chlore), la vapeur d'iode (Miller), la solution rie permanganate potassique, celles de didyme (Gladstone) et de terbium (Bohr) produisent des effets semblables. Au point de vue de la purification de l'yttria, de l'oxyde de lanthane et de l'or-

i "btne, la connaissance de ces deux derniers 1 spectres d'absorption est d'une grande importance; ils offrent, en outre, la particularité de coïncider exactement avec les spectres lumineux produits par les oxydes (v. plus haut), à cela près que, si l'on compare les maxima lumineux des bandes claires aves les minima lumineux des bandes obscures, on trouve qu'ils correspondent exactement. On s'est servi de ces spectres d'absorption pour déterminer quantitativement le didyme et le terbium.

— Renversement des spectres. Si Von fait traverser une flamme qui donne un spectre métallique (celui du sodium ou du lithium, par exemple) par la lumière très-vive émanant d'un corps solide porté à un haut degré d'incandescence, on verra le spectre de la flamme devenir obscur et ses raies se détacher comme autant de traits noirs sur le fond brillant du spectre continu fourni par la source de. lumière. C'est là ce qu'on appelle le renversement du spectre, fait observé en premier lieu par Foucault et qui sert de base à l'explication des raies de Fraunhofer, ainsi qu'il la théorie de Kirenhoff sur la constitution du soleil.

— Résultais obtenus. Indépendamment des questions de physique du plus haut intérêt qu'elle a soulevées ou résolues, et abstraction faite .ie la facilité avec laquelle elle permet de constater la présence de tel ou tel métal déjà connu dans un composé donné, la méthode de MM. Kirchhoff et Bunsen a conduit à la découverte de quatre métaux nouveaux et intéressants dont l'existence avait échappé jusque là à tous les chimistes; ce sont, d'après l'ordre de leurs découvertes, le césium et le rubidium (Kirchhoff et Bunsen, 1859- 1860), le thallium (Crookes, I.amy, ls6ù) et l'ir.dium (Reieh et Richter, 1363). Les deux premiers sont extrêmement voisins du potassium; le troisième appartient aussi au groupe des métaux alcalins, mais il fuit en outre la transition entre ces métaux et le plomb, et son histoire présente, tout comme celle de l'uranium, quoique sur d'autres points, certaines particularités qui lui sont tout à fait spéciales (v. thallium). Quant à l'indiuni, il se rapproche du cadmium.

L'analyse spectrale a également permis de reconnaître l'excessive dissémination dans la. nature de plusieurs éléments considérés jusqu'à ces derniers temps comme très-rares (le lithium, par exemple). Plusieurs chimistes avaient pensé pouvoir déduire de leurs expériences que la terbine, découverte par Morander en 1843, est seulement un mélange d'yttria et d'erhiue ou da didyme. La propriété de donner un spectre spécial d'absorption, qui a été reconnue a, ses sels dissous, a confirmé l'exactitude des données de Morander.

— Appareils et mode opératoire. Nous allons donner ici une idée générale de l'appareil employé dans l'analyse spectrale et de la marche de l'opération.

Une plate- forme circulaire en fer est supportée par une colonne de fonte à trois pieds et peut tourner horizontalement autour d'elle. Au centre de cette plate-forme est placé un prisme vertical en flint-glass, placé une fois pour toutes au minimum de déviation ; a la circonférence se trouventtrois lunettes. L'une est une lunette d'observation qui grossit cinq à six fois ; la seconde est une lunette dont l'oculaire a été remplacé par une plaque do métal percée d'une fente verticale, susceptible de s'élargir ou de se rétrécir à volonté au moyeu d'une vis. La moitié de cette fente est recouverte par un petit prisme à réflexion totale, ce qui permet de faire entrer dans la lunette des rayons émanant de deux sources lumineuses différentes. La troisième lunette est un simple tube portant un objectif à son extrémité la plus éloignée du prisme de flint et, à l'autre, une lame de verre sur laquelle est photographiée une graduation microscopique horizontale. Les axes de ces trois lunettes convergent vers le centre du prisme, de telle manière qu'en mettant l'œil à l'oculaire de la première on puisse voir simultanément en un même champ l'image de l'échelle graduée portée par la troisième et lo spectre engendré par un rayon de lumière qui aurait traversé la fente de la plaque qui remplace l'oculaire de la seconde.

Pour se garantir, dans les observations, do toute lumière étrangère, on se place dans une chambre noire et l'on recouvre le tube et le prisme d'une calotte noire en drap, en toile cirée ou en peau, dans laquelle sont pratiquées trois ouvertures pour laisser passer les trois tubes.

Quand on veut faire une observation, on éclaire l'échelle graduée de la troisième lunette avec une bougie ou un bec de gaz a. flamme brillante, et, k quelques centimètres en avant de la fente de la deuxième lunette, on place une lampe de Bunsen à flamme obscure, qui doit être munie d'une cheminée en forme de cône tronqué pour empêcher le vacillement de la flamme. Cette lampe sert u chauffer et à. volatiliser la substance salino à examiner. Quand le gaz est allumé, on y introduit cette dernière sous la forme d'uno perle ou d'un menu fragment fixé à un mémo fil de platine emmanche lui-même à un pelit tube tle verre. Pour se réserver la liberté do ses mouvements et obtenir une position plus stable du fll de platine, l'opérateur engage le

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tube de verre dans la branche horizontale et mobile par glissement d'un petit support fixe et spécial.

11 peut se présenter des cas où la flamme d'un bec de Bunsen ne produit pas une température assez élevée pour les besoins de l'expérience; il faut alors avoir recours au chalumeau oxhydrique ou bien à l'arc voltuïque produit par une bonne bobine de Ruhrakorff.

Pour observer les spectres des gaz, on fait passer l'étincelle d'induction à travers le gaz, soit à la pression ordinaire, entre des pôles métalliques donnant un spectre connu, soit à une très- faible pression dans un tube de Geisblur a étranglement capillaire. C'est cette partie capillaire et fort lumineuse- que l'on dispose devant la fente,

La largeur de la fente doit être proportionnée inversement à l'intensité de lu source lumineuse; dans la plupart des cas, 1 dixième de millimètre suffit.

Nous avons dit que le petit prisme à réflexion totale placé devant la fente permet de voir, en même temps que le spectre de la substance incandescente qu'on examine, le spectre d'une seconde source lumineuse. Cette disposition est d'une grande utilité pour trancher la question de l'identité des deux spectres, auquel cas les lignes de l'un se verront exactement sur le prolongement des lignes de l'autre, avec lesquelles elles coïncideront ainsi d'una manière parfaite. Supposons, par exemple, que l'on ait du doute sur l'existence du strontium dans une matière. Dans la flamme placée en avant de la fente on introduira la substance à essaj'er, en sorte que son spectre se dessinera dans la moitié supérieure du champ de la lunette, et, dans une seconde flamme située devant le petit prisme, on portera un til de platine imprégné de chlorure de strontium; le spectre du strontium apparaîtra alors dans la moitié inférieure du champ de la lunette. Si les raies de celui-ci se prolongent dans le spectre supérieur, la présence du strontium dans la matière en question sera indubitable.

L'observateur se dispensera, dans la plupart des cas, de cette comparaison directe de deux spectres en dressant une fois pour toutes une table de la position des raies des principaux spectres par rapport aux degrés de l'échelle graduée dont son appareil est muni. Cependant, il convient de le faire remarquer, une telle tabie perd toute valeur si l'on déplace le prisme ou l'échelle, à moins qu'après les avoir dérangés on ne les ramène exactement au point qu'ils occupaient auparavant, ce qui est toujours fort délicat.

Les métaux que l'analyse spectrale peut aisément déceler sont les suivants : ie sodium (3 millionièmes de milligramme), le lithium (9 millionièmes de milligramme), Je calcium (1 dix-millième de milligramme), le césium (5 dix-millièmes de milligramme), le strontium (6 dix-millièmes), le thullium (2 dix-millièmes), le potassium (1 centième), le baryum (1 centième) et l'indium. Les autres corps simples donnent des spectres trop compliqués et ils exigent l'emploi de l'étincelle d'induction. Parmi les sels que l'on peut employer, les chlorures, bromures, iodures et fluorures méritent la préférence à cause de leur volatilité. Toutefois, l'indium exige qu'on recoure de préférence au sulfure ou a. l'oxyde, qui donnent un spectre infiniment moins fugace et, par suite, plus facile à observer.

Le spectroscope à vision verticale et celui de Holmann à vision directe sont peu- em-

fdoyés; cependant le dernier, en. forme de uuutie d'approche, est très - commode en voyage pour l'étude des flammes des fourneaux ou l'on traite les minerais métalliques, par exemple. Le spectroscope à plusieurs prismes est plutôt destiné aux recherches de physique, et en particulier à l'examen des raies du spectre solaire.

— Projection des spectres. M. Debray a décrit un appareil propre à effectuer la projection amplitiée des spectres sur un écran, de manière à rendre visibles à un auditoire même assez nombreux les raies caractéristiques de plusieurs métaux. Eu voici une description ubiégée.

Dans une lanterne électrique de Dubosc, au lieu d'une lampe électrique on introduit un chalumeau de Debray à lumière de Drummoud. L'ouverture latérale delà lanterne est munie d une fente large de O^ûm environ, eu avant de laquelle on place (à 0m,30) une lentille dont la largeur focale est de 0111,33, A 00,25 ou 0m,3Û de cette lentille, on dispose un prisme en flint, puis un miroir destiné à renvoyer sur une teuille de papier blanc l'ensemble des rayons réfractés. La lentille, le prisme et le miroir sont portés sur des pieds. Quant à l'écran, on peut, si l'on veut, le fixer contre une muraille.

Pour montrer un spectre continu, on dirige le jet enflamma de gaz oxhydrique contre un bûton de chaux vive qui devient incandescent; quand ensuite on veut produire les spectres des métaux, il suffit d'enlever la chaux et de porter dans la flamme une allumette ou un petit charbon de cornue fortement imprégné du substance métallique; le platine doit être proscrit pour cet usage, à cause de la facilité avec laquelle il fondrait sous l'influence d'une température aussi éle-

Vuû.

— Composition chimique du soleil et des

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étoiles. Certes, c'était déjà un résultat admirable que d'avoir découvert un moyen qui permit, par la simple .inspection d'un rayon de lumière, de déceler la présence de quantités infinitésimales de métaux rares, souvent si difficiles à déceler autrement, que plusieurs d'entre eux n'ont été découverts que grâce à cette nouvelle méthode analytique. Mais là ne devaient pas se borner les prodiges de cette méthode. Elle a permis aux physiciens et aux chimistes da sortir de l'étroite sphère où certainement ils croyaient l'humanité éternellement enfermée: elle leur a permis de déterminer non plus seulement [a composition des matériaux qui constituent la croûte terrestre et que nous avons sous la main, mais encore celle de la matière qui constitue le soleil et les étoiles et de démontrer ainsi l'identité de composition de tous les mondes, prodige qui étonne encore aujourd'hui l'intelligence humaine et dont le simple énoncé eût été, il y a trente ans, traité d utopie par les savants les plus illustres.

Nous avons déjà vu plus hautque, lorsqu'on fait traverser une flamme qui donne un spectre métallique par la lumière très-vive émanant d'un corps solide porté & un haut degré d'incandescence, on voit le spectre de la flamme devenir obscur et ses raies se détacher comme autant de traits noirs sur le fond brillant du spectre continu fourni parla source de lum.ère. C'est ce que nous avons appelé le renversement des spectres. Les raies obscures des spectres renversés sont absolument semblables aux raies obscures que Fraunhofer a constatées dans le spectre solaire. Kirchholï a pu en conclure que celles-ci avaient une origine identique et étaient dues à des substances en vapeur répandues dans le globe solaire, radiations qui sont obscurcies par les mêmes vapeurs dans l'atmosphère du soleil.

Or, en examinant la place qu'occupent les raies de Eraunholfer dans le spectre solaire, on reconnaît qu'elles coïncident avec les raiesbrillantes fournies parles.spectres directs de certains métaux, dont ia présence dans le soleil se trouve ainsi démontrée. Au premier rang parmi les métaux, il faut citer le fer et l'hydrogène. En outre, il ne peut exister aucun doute sur la présence dans l'atmosphère solaire du sodium, du calcium, du baryum, du magnésium, du chrome, du nickel, du cuivre, du zinc, du strontium, du cadmium et du cobalt. Par contre, l'or, l'argent, le mercure, l'aluminium, ie rubidium, l'était), le plomb, l'antimoine, l'arsenic, le lithium, le silicium, le glueiniiim, le cérium, je lanthane, le didyine, le ruthénium, l'iridium, le palladium et le platine paraissent être complètement étrangers à 1 atmosphère solaire.

Toutes les raies obscures du spectre solaire ne sont cependant pas dues à des phénomènes d'absorption dans le soleil. 11 en est qui sont dues à un phénomène d'absorption produit par l'atmosphère terrestre. La preuve en est que ces lignes ont leur maximum d'obscurité au moment où le soleil approche de l'horizon. Plusieurs de ces lignes coïncident avec les raies brillantes du spectre de l'air obtenu au moyeu de l'étincelle électrique.

MAI. Huggius et Miller ont appliqué l'étude du spectre solaire à la solution du problème de l'existence ou de la non-existence d'une atmosphère dans ia lune. Mais le spectre des rayons lunaires n'offre aucune différence, soit quant à l'intensité, soit quant au nombre des raies, aveu le spectre des rayons solaires directs, ce qui porte une fuis de plus à conclure que la lune n'a pas d'atmosphère parce que, si elle en avait une, celte atmosphère modifierait certainement le spectre dans une certaine mesure, comme l'atmosphère terrestre le modifie.

Quant aux planètes, elles n'agissent pas non plus sur la lumière solaire en en modifiant le spectre; mais la cause en est probablement dans ce que la lumière solaire est ici réfléchie non par la surface planétaire, mais par les nuages très-èlevés dans l'atmosphère, de telle façon qu'elle échappe à l'action des portions inférieures, de beaucoup les plus Censés et par conséquent les plus actives de celte atmosphère.

M. Janssen, par l'étude du spectre de la vapeur d'eau, a prouvé que ce corps existe dans le soleil, dans Jupiter et dans Saturne. Outre tous ces corps, la lumière solaire indique dans cet astre un métal qui n'existe pas sur la terre, l'hélium.

Le spectre fourni par la lumière des étoiles dift'ère, ou le sait depuis une vingtaine d'années, de celui du soleil et des planètes qui doivent leur éclat à la lumière solaire réfléchie par elles. Cette étendue des Spectres stellaires n'est point encore suffisante pour faire connaître complètement la composition de l'atmosphère des étoiles, parce que les différents métaux qui s'y trouvent ne fournissent pas tous la totalité des lignes qu'ils donnent ordinairement. Un ne saurait cependant conserver des doutes relativement à quelques métaux dont la présence parait absolument démontrée, taudis que la présence de certains autres est simplement probable. Ainsi, Aldébaraii renferme sûrement de l'hydrogène, du sodium, du magnésium, du calcium, du fer, du bismuth, uu tellure, de l'autimoine, du mercure et probablement de l'azote, du cobalt, de l'éltiiu, du plomb, du cadmium, du baryum, du lithium. L'étoile a d'Orion renferme sûrement du sodium, du magnésium, du calcium, du fer, du bismuth, du thalliuin, et vrai-

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semblablement de l'azote, de î'étain, du plomb, de l'or, du cadmium, de l'argent, du mercure, du baryum, du lithium. Le spectre de ces étoiles indique en outre la présence dans ces astres de plusieurs éléments nouveaux qu'il est impossible d'isoler et de déterminer individuellement, ce qui jette un certain trouble dans les observations. On ne connaît que deux étoiles dont le spectre ne renferme pas les lignes de l'hydrogène ; ce sont a d'Orion et $ de Pégase. Cette dernière contient du sodium, du magnésium et peut-être du baryum. Sirius renferme du fer et de l'hydrogène. |

Un phénomène assez curieux est celui qui avait été observé par Huggins et Miller en i 1866. Le 15 mai, M. Braxendell, de Manchester, observa une nouvelle étoile de troisième , grandeur, très-brillante, dont la lumière était ; jaune tirant un peu sur le bleu. Au bout de quelques mois, cette étoile s'éteignit et devint invisible dans l'espace. Pendant l'intervalle de temps où elle brillait d'un si vif éclat, son spectre était celui des gaz incandescents et paraissait se confondre avec celui de l'hydrogène. De là cette supposition qu'un grand cataclysme avait amené la mise en liberté d'une immense quantité d'oxygène dont la combustion avait donné lieu a l'éclat constaté par nous. Ce gaz une fois épuisé, l'éclat serait allé en diminuant de plus en plus et aurait fini par s'évanouir tout à fait.

On ne s'est pas borné à étudier les spectres du soleil, des planètes et des étoiles ; on a étudié aussi celui des nébuleuses vingt mille fois moins brillantes qu'une bougie à -100 mètres. Malgré le peu d'éclat de cette lumière, ces I nébuleuses ont fourni un spectre, car cette , lumière, si faible est très-simple dans sa con- ' stitutiou, et le spectre qu'elle donne se réduit à deux ou trois raies brillantes, une de i'hy- I drogène et une autre de l'azote. Ces nébu- I leuses, qui donnent des raies très-brillantes, | sont celles que les plus puissants télescopes I ne parviennent pas à réduire. Il y a un abime L entre elles et les nébuleuses résolubles, les- . quelles , semblables aux étoiles ordinaires, donnent un spectre à raies noires. Elles sont ; évidemment entièrement à l'état gazeux et ne ! renferment aucun noyau solide pouvant ren- , verser le spectre par. sa lumière.

, Quelque imparfaites que soient encore nos connaissances sur la constitution des étoiles, ! on peut dès à présent considérer comme étant du domaine de la science les points suivants: i les étoiles, les plus brillantes au moins, ont : une structure anaJogue à celle du soleil; i les étoiles renferment des éléments qui leur ; sont communs avec ceux que l'on rencontre : dans le soleil et sur la terre; la couleur des étoiles est due à des différences dans la con- 1 stitutiou chimique des atmosphères qui les environnent.

Quel effort gigantesque de l'esprit humain 1 Découvrir la constitution d'étoiles dont les distances mêmes nous sont inconnues, de nébuleuses qui ne sont pas encore des mondes; établir une classification de tous ies astres et, mieux encore, supputer leur âge, n'est-ce pas là un immense triomphe pour la science ? Oui, on les a classés, d'après leur ancienneté, en étoiles colorées, étoiles jaunes, étoiles blanches. Les blanches sont les plus chaudes et les plus jeunes. Leur spectre se compose de quelques raies seulement, et ces raies sont noires. L'hydrogène y domine. On y rencontre aussi des traces de magnésium, de fer et peut-être de sodium, et s'il est vrai que Sirius ait été rouge du temps des anciens, il devait peut-être cette teinte à l'abondance plus grande de l'hydrogène à cette époque. Notre soleil, Aldébaran, Arcturus font partie . du groupe des étoiles jaunes. Dans leur spectre, les raies de l'hydrogène sont moins développées, mais les raies métalliques apparaissent fines et nombreuses. Les étoiles colorées sont les moins chaudes et les plus vieilles. Eu raison de leur âge, elles émettent la lumière la moins vive. Là, peu ou point d'hydrogène. Les raies métalliques dominent , dans le spectre, mais on y rencontre aussi des cannelures ombrées, semblables aux bandes ' des combinaisons. La température étant plus basse , ces dernières peuvent exister soit ! qu'elles constituent des atomes conjugués de ' la même espèce, soit qu'elles renferment des ' : groupes d'atomes hétérogènes, tandis que I dans le soleil et dans les étoiles blunches ou jaunes la température est telle que tous les éléments sont à l'état libre, qu'aucune combinaison chimique ne peut exister. !

i Eu rappelant récemment cette classitica- ; tiou du Père Secchi et la distribution des corps simples dans les diverses étoiles, Lockyer a fait observer que les éléments dont les atomes sont ies plus légers sont répandus [ dans les étoiles les plus chaudes, et que les i métaux à poids atomiques élevés abondent, j au contraire, dans les astres les plus froids. Et il ajoute ceci : « Les premiers éléments ne I seraient -ils pas le résultat d'une décomposii tion que des températures extrêmes feraient 1 subir aux autres '/Tous ensemble ne seraientj ils pas le produit d'une condensation d'atomes J très-légers d'une matière primordiale iu- | connue qui est peut-être l'étherî » Ainsi s'est posée de nouveau, par des considérations em- | plumées à l'économie de l'univers, cette quesj tion de l'unité de la matière que la chimie ! avait soulevée autrefois par ia comparaison | des poids atomiques. Elle n'est pas résolue. .' M. Wurtz no croit même pas qu'elle ie soit

jamais dans le sens de M. Loeltyer. I! croit à la nature indestructible et irréductible des atomes. C'est là jusqu'à présent de la métaphysique; mais les arguments tirés de la chaleur spécifique des atomes égale pour tous ne nous paraissent pas concluants, car il y a d'autres considérations, les considérations de poids, de masse, qui militent en sens inverse. Bornons-nous donc à dire que la chimie stellaire n'a pas plus résolu ce grand problème que ne l'avait résolu la chimie terrestre, et constatons néanmoins une fois de plus la grandeur des questions résolues ou simplement posées par la découverte de l'analyse spectrale.

SPECTRE s. m. (spè-ktre — fat. spectrum; de specere, regarder). Fantôme; tigure fantastique d'un individu, visible, mais inconsistante, impalpable : Croire aux spectres. Jïvo~ citer des spectres. Hobbes, cet esprit si fort, craignait de se trouver seul et redoutait les spectres. (Sallentin.) Ahl monsieur, c'est un spectre ; je le reconnais au marcher. (Mol.)

Que vois-je ! justes rïiuuxl suis-jc bien éveillé? Est-ce un spectre ?...

Beonam».

— Fig. Epouvantail, monstre :

La famine cri nos murs, spectre horrible, se montre.

Mme E. DE GlKMiDlN,

— Fam. Personne grande, maigre et défaite : C'est un spectre, un vrai spectre.

Mais pourquoi donc ce spectre fiîminin Me poursuit-il de son regard malin?

— Physiq. Image, diversement colorée, que donne un rayon lumineux décomposé.

— Ma mm. Syn. de vampire, genre de chéiroptères.

— Entom. Genre d'insectes lépidoptères crépusculaires , de la tribu des sphingides , formé aux dépens des sphinx et des sniérinthes. Il Ancien nom des phasmes, genre d'insectes orthoptères.

— Moll. Nom vulgaire d'une coquille du genre cône.

— s. m. pi. Pathol. Syn. de mouches volantes.

— Syn. Spectre, faniâme. V. FANTÔME.

— Bncycl. Optique. Aux mots fantôsib et revenant, nous avons traité du spectre au point de vue des superstitions populaires ; nous ne parlerons ici que de quelques phénomènes extraordinaires en apparence, auxquels on a donné le nom de spectres et qui s'expliquent très-bien "par les lois ordinaires de 1 optique.

Brewster, dans ses Lettres sur la mnrjie naturelle, a rapporté une expérience de Newton qui montre que chacun peut faire naître à son gré des hallucinations, et qui donne l'explication de l'apparition de certaines figures amplifiées et un peu changées que 1 on prend pour des figures surnaturelles et auxquelles on donne ie nom de spectres. Newton, après avoir fixé le soleil dans une ^lace, dirigea sa vue par hasard sur une partie obscure de l'appartement; il fut fort surpris de voirie spectre solaire se reproduire et se montrer peu à peu avec des couleurs aussi vives et aussi brillantes que le soleil lui-même. L'hallucination avait lieu aussi souvent qu'il portait ses regards vers l'endroit sombre. Paterson fait observer que ce même phénomène a lieu quand on fixe une croisée très-éelairée et qu on regarde ensuite la muraille. L'image de la croisée avec ses carreaux et ses barres ne tarde pas à se dessiner devant vous.

On désigne sous le nom de spectre du Brocfeen un phénomène d'optique observé par M. Hane en 1797. Ce savant se trouvait sur la montagne du Brocken, qui est située dans le Hanovre et forme le pic le plus élevé de la chaîne du Harz, et qui, à cause de l'existence d'anciennes grottes où les Saxons allaient célébrer leurs tucritices à Odin, jouit d'une célébrité historique et a été nommée la montagne de la Sorcière, quand tout à coup, en regardant devant lui, il vie à quelques mètres un spectre qui imitait tous ses mouvements, saluait lorsqu'il ôtait sou chapeau, etc.; après avoir duré quelques minutes, cette apparition disparut par un coup de vent. li fit les jours suivants d'autres ascensions et fut encore quelquefois témoin de ce phénomena. En examinant les conditions dans lesquelles il se produisait, il l'expliqua bien vite. La montagne étant très-haute, on se trouvait assez souvent au milieu des nuages, et le soleil venant darder ses rayons derrière l'observateur projetait son ombre sur un nuage placé à quelque distance et qui faisait l'office d'écran. Maintenant, si lé vent venait à souffler, le nuage disparaissant emportait l'image.

Des phénomènes tout à fait analogues au précédent se manifestent quelquefois dans des circonstances moins imposantes. On voit quelquefois une ombre projetée par le Soleil, levant ou couchant, sur une masse de vapeurs blanches passant à quelque distance; mais la tête de 1 ombre est presque toujours environnée d'un cercle de rayons lumineux. Souvent cette figure aérienne n'est pas plus grande que nature; ses dimensions et sa distance apparentes dépendent de circonstances locales. Lorsqu'on se baigne par un beau solei| dans une eau limpide, profonde et tranquille, l'ombre du baigneur e3t projetée au fond, comme elle se voit sur la terre. Mais

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quand l'agitation produite par le baigneur a soulevé la vase du fond, de manière à la disséminer dans la niasse liquide, l'ombre n'est plus seulement une figure plate dessinée sur le fond, elle présente les apparences d'un corps plus ou moins solide, formé sur les particules flottantes de la vase. La tète de cette ombre parait aussi environnée d'une auréole lumineuse.

Bouguer, membre de l'Académie des sciences de Paris, envoyé à l'éqttateur avec La Condamine pour mesurer un degré terrestre, fut témoin au Pérou, en novembre 1744, sur le sommet du mont Pambamarca, d'un phénomène tout à fait semblable a celui du Brocken.

« Un nuage dans lequel nous étions plongés, dit-i), nous laissa voir, en se dissipant, le soleil qui s'élevait et qui était très-éclatant. Le nuage passa de l'autre côté. Il n'était pas à trente pas et il était encore à trop peu de distance pour avoir acquis sa teinte blanchâtre, lorsque chacun de nous vit son ombre projetée dessus et ne voyait que la sienne, parce que le nuage n'offrait pas une surface unie. Le peu de distance permettait de distinguer toutes les parties de l'ombre; on voyait les bras, les jambes, la tête ; mais ce qui nous étonna, c'est que cette dernière partie était ornée d'une auréole formée de trois ou quatre petites couronnes concentriques d'une couleur très-vive, chacune avec les mêmes variétés que le premier arc-enciel, le rouge étant en dehors. Les intervalles entre ces cercles étaient égaux; le dernier était le plus faible, et enfin, à une grande distance, nous voyions un grand cercle blanc qui environnait le tout. C était comme une espèce d'apothéose pour chaque spectateur, et je ne dois pas manquer d'avertir que chacun jouit tranquillement de toutes ces couronnes, sans rien apercevoir de celles de ses voisins. Je me hâtai de faire, avec les premières règles que je trouvai, un instrument pour mesurer les diamètres. Je craignais que cet admirable spectacle ne s'offrît pas souvent. J'ai eu occasion d'observer depuis que ces diamètres changeaient de grandeur d un instant à l'autre, mais en conservant toujours entre eux l'égalité des intervalles, quoique devenus plus grands ou plus petits. »

Bouguer ajoute qu'on apercevrait probablement quelquefois ce spectacle sur les tours élevées, si l'on s'y trouvait dans des circonstances convenables, savoir : un brouillard peu étendu, k quelques pas de dislance, et le soleil placé à l'horizon, k l'opposite. La grandeur et la lucidité de l'image dépendent de la distance de l'écran, c'est-à dire du nuage. Il est k remarquer que le spectre a la tête entourée d'une auréole lumineuse qui, probablement, est due à la réflexion de la lumière par les cheveux dont l'éclat forme un peu miroir.

— Spectre lumineux. On nomme spectre d'un objet lumineux limage de cet objet formée par les rayons qui en émanent, après leur réfraction à travers un prisme. On reçoit habituellement cette image sur un écran disposé au fond d'une chambre obscure. Le premier spectre qui ait. été étudié a été naturellement celui du soleil; depuis, on lui a comparé les spectres soit de quelques autres astres, soit de divers corps rendus lumineux artificiellement.

— Spectre solaire. Pour obtenir le spectre solaire, on pratique une ouverture circulaire très-petite dans le volet d'une chambre obscure; on dispose, sur la route suivie par le faisceau conique des rayons qui pénètrent dans la chambre, un prisme de verre bien transparent, et l'on reçoit les rayons qui en. émergent sur un écran établi en face de l'ouverture. Pour -que les couleurs du spectre soient mieux marquées, il convient que te faisceau conique des layons émanés du soleil traverse le prisme prés de son arête, afin que la déperdition de lumière soit moins considérable ; d'ailleurs, pour que l'image produite sur l'écran soit plus régulière, on dispose l'arête du prisme perpendiculairement aux rayons incidents et l'écran perpendiculairement aux rayons émergents. Habituellement, on donne une directiun horizontale aux rayons du soleil avant de les faire pénétrer dans 1 intérieur de la chambre obscure. Il suffit pour cela de disposer convenablement un petit miroir près de l'ouverture, à l'extérieur.

Avant qu'on ait interposé la prisme sur la marche des rayons solaires, ils forment sur l'écran une image blanche, circulaire ou un peu oblongue, suivitnt l'incidence; aussitôt après, ils donnent une image colorée en forme de rectangle ou de parallélogramme terminé par deux demi-cercles ou deux demi-ellipses.

C'est cette image qui constitue le spectre solaire. Elle présente, dans l'ordre de leur

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réfrangibilité décroissante, les sept couleurs principales : violet,' indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge, dont la teinte se dégrade insensiblement d'une division à l'autre.

Ces divisions restèrent fort peu tranchées et presque indéfinissables depuis Newton, qui avait le premier analysé la lumière blanche, jusqu'au moment où Fraunhofer, opticien de Munich, observa dans le spectre un nombre considérable de raies noires parallèles entre elles et aux lignes de séparation apparente des diverses couleurs. Wollaston avait fait, quelques années auparavant, la même observation", mais il n'en avait tiré aucun parti, en sorte que le nom de Fraunhofer est resté seul attaché à la découverte des raies du speefre. Voici dans quelles circonstances Wollaston les aperçut. Il avait pratiqué dans le volet d'une chambre obscure une fente verticale très-minoe et se servait d'un prisme également vertical pour observer k travers cette fente la lumière des nuées. Ayant par hasard donné aux faces de son prisme une direction telle que la déviation des rayons fût minimum, et plaçant son oeil à la distance de la vue distincte, il vit un spectre virtuel offrant la même succession de teintes que celui de Newton, mais présentant en outre les traits noirs dont nous parlons. C'est dans les mêmes conditions, k peu près, que Fraunhofer fit sa découverte ; mais il eut, de plus que Wollaston, l'idée heureuse de présenter . une lentille achromatique convergente an faisceau émergent du prisme, pour obtenir du spectre de la fente une image virtuelle qu'on pût observer avec une lunette. Il compta ainsi plus de 600 raies inégales en grosseur et paraissant disposées assez irrégulièrement, mais qui se retrouvent toujours aux mêmes plans, quel que soit le prisme employé, lorsque les lumières essayées proviennent du soleil.

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Ces raies servent aujourd'hui de repères pour désigner les principales divisions du spectre. Fraunhofer en désigna les groupes les plus remarquables par les premières lettres de l'alphabet. Les trois premiers groupes, A, B, C, sont dans le rouge ; D occupe la partie la plus brillante du spectre, entre l'orangé et le jaune. C'est à la place occupée par cette raie, considérée comme formant le milieu du spectre, que se rapporte ordinairement l'indice moyen de réfraction d'un corps transparent, lorsqu'il n'est pas fait expressément mention de la nature des rayons réfractés. E désigne la dernière raie du jaune; F est la raie qui se voit au milieu du vert; G sépare le bleu de l'indigo; enfin H termine le violet.

Les rayons diversement colorés qui composent le spectre, ramenés au parallélisme, reconstituent la lumière blanche , ce qui prouve d'abord qu'ils ne se sont séparés que parce qu'ils étaient inégalement réfrangibles et, en outre, que la décomposition ne leur a fait subir aucune altération.

Lorsqu'on isole les rayons tombant dans l'intérieur d'une petite bande du spectre parallèle aux raies et qu'on les soumet à de nouvelles réfractions, ils ne donnent plus d'abord de spectre, c'est-à-dire qu'ils ne se séparent plus; mais si cependant on les fait passer successivement à travers un grand nombre de prismes disposés semblablement, on les voit se disperser à leur tour. V. spec-

TROSCOPE.

Nous avons déjà dit que les divers rayons colorés qui composent le spectre, ramenés au parallélisme et concentrés, reconstituent la lumière blanche; voici un tableau à double entrée qui donne les résultats des combinaisons des cinq couleurs principales prises deux k deux.

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