‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 633 sur 1059 · VIOLET · texte numérisé non relu

VIOLET

On voit que le bleu et le jaune donnent du blanc. Ce n'est pas une singularité : deux rayons quelconques, l'un plus réfrangible que le jaune et l'autre moins, peuvent donner du blanc. Ces rayons sont dits complémentaires.

Le tableau précédent a été formé par M. Helmholtz, qui a donné un procédé fort ingénieux pour combiner k volonté deux couleurs simples dans des proportions arbitraires. Voici en quoi consiste ce procédé. On regarde à travers un pvisma -vertical, au moyen d'une lunette horizontale convenablement disposée, une fente BAC, k deux branches de même longueur, pratiquée en forme d'angle aigu dans une pièce métallique fixée au volet d'une chambre obscure, mais mobile autour d'un de ses points dans le plan vertical du volet. Les rayons, rendus horizontaux, qui arrivent dans la chambre par le sommet A de la fente, se dispersent et fournissent de ce point A une image rectiligne horizontale A A plus ou moins longue, selon le prouvoir réfringent du prisme; les

Fig. 2.

images des points RetC sont de même BrBTet CrCv, mais les trois longueurs ArA,, BrBv, CrCT qui représentent la dispersion du rouge

au violet ont la même longueur et sont parallèles. Les spectres des deux fentes forment donc deux parallélogrammes tels que ApAvCTCr et ArAyBvBr, de même base horizontale, mais de hauteurs différentes, puisque les côtés ArCr et ArBr, qui ont même longueur (celle de AB ou de AC), sont inégalement inclinés sur l'horizon. Ces deux paral-

lélogrammes se recouvrent en partie, et il est facile, en menant d'un point O quelconque de la partie commune des parallèles aux côtés ArCr et ArBr, ou plutôt en examinant les rangf des raies les plus voisines de ce point,

Fig. 3.

de connaître les couleurs dos rayons des doux spectres qui s'y croisent; on peut, d'ailleurs, observer directement la couleur produite en O par le mélange. Il reste à apprécier la proportion dans laquelle les couleurs correspondantes aux raies 00,, OOj sont mélangées en O. Or, les fentes ayant même largeur et même longueur, on peut admettre que les densités lumineuses dans les deux spectres sont inversement proportionnelles aux surfaces qu'ils occupent. On a donc tous les éléments de la question. D'ailleurs, en faisant tourner autour d'un de ses points la plaque qui porto la fente, on change k volonté les inclinaisons par rapport k l'horizon des côtés A-rCr, ArÈr des deux parallélogrammes et, par conséquent, les surfaces de ces parallélogrammes ; on peut donc varier à volonté les expériences. Ce procédé a parfaitement réussi à M. Helmholtz, qui a constaté ainsi les inexactitudes assez graves de la règle empirique qu'avait donnée Newton pour obtenir le résultat du mélange de deux couleurs.

Lorsqu'on cherche k estimer les pouvoirs calorifiques des rayons dispersés dans le jpecire.soitau moyen d'un thermomètre trèssensible, soit à l'aide d'une pile thermo-électrique assez amincie pour qu'en la disposant parallèlement aux raies on puisse supposer qu'elle ne reçoit que des rayons de même réfrangibilité, on observe que les effets obtenus croissent quand on s'avance du violet vers le rouge et que le maximum a lieu en dehors du spectre et à une assez grande distance. Il en resuite que le spectre visible ne comprend pas tous les rayons également réfrangibles'

qui composent une radiation solaire? que beaucoup de ces rayons ne sont pas lumineux, c'est-à-dire n'affectent pas notre œil, et que ceux qui ont le pouvoir calorifique le plus intense sont précisément compris parmi les rayons invisibles. Ainsi, le spectre réel se prolonge en deçà du rouge et comprend des rayons thermiques non lumineux. On a désigné ces rayons par le nom d'infra-rouges. Cette remarquable découverte est due à John Herschel; elle a donné lieu à de belles recherches de la part de Melloni. Pour faire les observations, il convient de se servir de préférence d'un prisme de sel gemme, parce que cette substance absorbe k peu près également les rayons de toute réfrangibilité.

La lumière détermine par elle-même certaines combinaisons, bien connues aujourd'hui et très-appréciables, mnlgré l'extrèmo petitesse des doses des substances employées. Ces combinaisons photogéniques ont été, comme cela devait être, employées à l'analyse du spectre considéré sous un nouveau rapport. On a cherché à comparer les pouvoirs chimiques des différents rayons mélangés dans un faisceau de lumière blanche. On a reconnu d'abord que le pouvoir chimique va en croissant du rouge au violet , mais on a constaté aussi qu'il existe des rayons ultraviolets, comme il y a des rayons infra-rouges, c'est-à-dire que le spectre se prolonge encore du côté des rayons les plus réfrangibles. Ainsi, il existe des rayons d'une nouvelle espèce, invisibles, presque athermiques, mais jouissant encore de la propriété d'agir sur certaines combinaisons chimiques très-sensibles. Il y a plus : en exposant k la partie ultra-violette du spectre une plaque daguerrienne très-sensible ou un papier photographique, on peut obtenir des épreuves de co spectre, invisible autrement. On y remarque des raies analogues k celles du spectre visible. Si l'on trouve le moyen d'obliger la chaleur à laisser des traces permanentes de son passage, il est probable qu'on trouvera aussi des raies dans le spectre infra-rouge. M. Becquerel, qui a un des premiers analysé le spectre ultra-violet, a prolongé la nomenclature des raies de Fraunhofer ; M. Muller en a photographié environ soixante-dis.

On admet généralement que les raies du spectre correspondent à des places du tableau Sur lesquelles n'arrive aucun rayon. On en conclut que les refrangibilités des rayons ne croissent pas d'une manière continue, les solutions de continuité étant indiquées par Ja présence des raies.

On a essayé de représenter par des nombres les pouvoirs lumineux, calorifique et chimique des différents rayons composant la lumière blanche. La tentative était évidemment prématurée. Toutefois, nous mentionnerons le procédé imaginé par M. Edmond Becquerel pour comparer les pouvoirs chimiques. Il prend deux lames pareilles d'argent poli, les expose sur une de leurs faces k la vapeur d'iode, les plonge parallèlement dans un liquide peu conducteur renfermé dans un vase en verre et les met en communication par leurs faces iodées, oiu moyeu d'un galvanomètre. Le galvanomètre accuse d'abord un courant assez intense, mais on laisse l'équilibre se rétablir. On expose alors l'une des plaques k la lumière d'une frange du spectre. Il se produit instantanément un courant d'autant plus intense que la frange essayée se rapproche plus du violet; or, la déviation du galvanomètre peut, jusqu'à un certain point, servir de mesure au pouvoir chimique des rayons essayés.

En résumé, le soleil nous envoie une série de v ibratTons coexistantes, différant entre elles parleurs refrangibilités, c'est-à-dire parleurs longueurs d'ondes ou par la rapidité de leurs oscillations. Les rayons les moins réfrangibles sont ceux qui manifestent les effets thermiques les plus intenses; ceux dont la réfrangibilité est moyenne sont les rayons lumineux; les derniers président aux combinaisons chimiques. Il est, au reste, extrêmement ■probable que le spectre n'est pasencoru connu, dans toute son étendue.

— Spectres de diverses origines. Les spectres des corps solides ou liquides incandescents sont continus; ils ne présentent pas de raies; on n'en trouve pas davantage dans ia partie ultra-violette, et l'on peut admettre qu'il n'en existe pus non plus dans la partie infra-rouge. Ainsi, les spectres des corps solides et liquides se distinguent déjà du spectre solaire par un caractère bien tranché.

Au contraire, les spectres des gaz incandescents purs, c'est-à-dire des flammes gazeuses qui ne contiennent aucune particule solide en suspension, sont formés d'un petit nombre de bandes brillantes assez larges, séparées les unes des autres par des intervalles obscurs. Quelques faits particuliers semblaient contredire cette loi. Ainsi, les flammes du gaz k éclairage, celles de l'huile, de la cire, de la stéarine, etc. , donnent habituellement des spectres continus; mais la combustion dus vapeurs d'huile, de cire, etc., est ordinairement précédée d'une décomposition de ces vapeurs qui met k nu le charbon, en sorte que le gaz éprouve ne remplit pas les conditions voulues. Effectivement, on a bientôt reconnu qu'en activant la combustion par l'addition d'une certaine quantité d'oxygène on faisait disparaître la continuité. Ainsi, les. spectres des gaz incandescents sont djsçonji?

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nus;* le spectre solaire devait donc l'être, puisque les rayons que nous envoie cet astre émanent de son atmosphère.

Les spectres continus des solides présentent tous quelques bandes brillantes caractéristiques. Ainsi, les flammes qui contiennent du charbon présentent 6 raies brillantes et équidistantes dans l'orangé, 7 dans le jaune verdâtre, 3 dans le vert, 5 dans le bleu indigo. Le spectre de l'arc voltaïqne, obtenu k l'aide des cônes de charbon, présente les mêmes raies brillantes.

Les flammes qui contiennent du sodium, telles que la flamme de l'alcool salé, celle d'un gaz quelconque brûlé dans une chambre où l'on a fait détoner seulement 2 ou 3 milligrammes, de chlorate de soude, accusent une raie jaune brillante qui occupe la place delà raie D de Fraunhofer,

Si l'on mélange à l'alcool des traces d'un sel de cuivre ou d'argent, la flamme qu'il donne est colorée en vert et son spectre contient des raies vertes très-brillantes, différemment placées d'ailleurs, selon que le sel employé est à base de cuivre ou à base d'argent. Si c'est un sel de strontium qu'on a mêlé à l'alcool, la flamme est rouge et son spectre -présente des raies rouges.

On retrouve les caractères spéciaux propres à chaque inétal dans le spectre de l'arc voltaïque toutes les fois que l'électrode positif est formé de co métal, parce que le courant électrique en transporte des particules.

Ces divers résultats étaient connus depuis longtemps, lorsqu'en 1855 MM. Bunsen et Kirclilioir, soupçonnant la spécialisation des raies brillantes propres aux spectres des divers métaux, dirigèrent leurs observations de manière à la constater définitivement. Nous avons, pour abréger, classé d'avance les faits de façon à préparer l'admission de cette belle hypothèse devenue aujourd'hui une réalité. La méthode de MM. bunsen et Kirchhoff, dont nous avons parlé ailleurs (v. spkctralk [analyse]), consistait simplement à introduire dans la flamme du gaz a éclairage, mêlé d'une assez grande quantité d'air pour que les raies carboniques ne se présentassent point, un iil iin de platine trempé dans la solution saline à essayer.

Tous les sels de lithium fournissent deux raies, l'une rouge, après 13, l'autre jaune orangé, avant D. Tous les sels de potassium donnent deux raies, l'une rouge, l'aucre violette. Les sels de strontium donnent plusieurs raies rouges, une orangée et une d'un bleu intense; ceux de calcium donnent des bandes orangées et une belle raie verte; enfin, ceux de baryum présentent un grand nombre de lignes brillantes comprises entre le rouge et le bleu. Nous ne rappelons pas ce qui a été dit du sodium.

La proposition énoncée par MM. Bunsen et Kirehhoff pouvait être considérée comme établie. Plusieurs brillantes découvertes vinrent bientôt la consacrer définitivement.

Après avoir précipité tous les métaux contenus dans une dissolution de Iépidolite do Saxe, sauf le sodium et le potassium, MM. Bunsen et Kirchhoff découvriront au speotroscope des raies nouvelles n'appartenant à aucun métal connu; ils en conclurent que la dissolution contenait un nouveau métal alcalin; ils le nommèrent rubidium , parce qu'il donnait des raies rouges, et parvinrent à l'isoler peu de temps après. V. rubidium.

Les eaux mères des salines de Duriïheim accusèrent de même l'existence d'un métal à raies bleues; MM. Bunsen et Kirchhoff le nommèrent césium. M. Crookes a depuis découvert le thallium par la même voie.

Ainsi, l'observation du spectre fournira aux chimistes un moyen d'analyse d'une finesse incomparable. Mais que dire d'une analyse faite à 32 millions de lieues de la substance du soleil? Les expériences do M. Kirchhoff ont mis jusqu'ici en évidence la présence du potassium, du sodium, du calcium, du baryum, du magnésium, du zinc, du fer, du chroma, du cobalt, du nickel et du cuivre dans l'atmosphère du soleil. Au contraire, le lithium, le strontium, l'aluminium, l'arsenic, l'antimoine, le plomb. l'étain, le cadmium, le mercure, le silicium, l'argent et l'or paraissent y manquer.

On a tenté depuis jusqu'à l'analyse des substances des étoiles, et il n'est pas impossible qu'on parvienne au moins à l'ébaucher. On sait déjà que les raies principales des spectres stellaires diffèrent sensiblement de celles du spectre solaire. Ceux de quelques nébuleuses sont, comme les spectres des vapeurs incandescentes, formés d'un petit nombre de b;indos lumineuses séparées par des intervalles obscurs.

— Spectres fantasmagoriques. Lorsque nous nous trouvons le soir, sur le boulevard, dans l'intérieur d'un café brillamment illuminé, nous pouvons observer que les glaces qui forment la devanture du. café jouent l'office de miroirs. Le boulevard est moins éclairé que l'intérieur où nous sommes. Notre imago et celles des personnes qui nous entourent se réfléchissent dans ces glaces, et comme la transparence de ces mêmes glaces nous permet de voir en mémo temps les promeneurs du boulevard, nos images rencontrent les dits promeneurs, et l'apparence se mêle à la réalité. Or, la formation des spectres sur une scène où jouent des acteurs est la même que la rencontre de nos images très-éclairees

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avec les promeneurs moins éclairés que nous qui passent

C est sous le théâtre que se trouve l'acteur vêtu de blanc, dont l'image réfléchie doit servir de fantôme. Sur le devant de la véritable scène, en avant même des draperies, se trouve encastrée, dans un cadre mobile, une glace sans tain de la plus grande dimension possible et inclinée à 15° par rapport au plan du théâtre. C'est une glace et non un verre, parce que la surface de réflexfon doit être d'une pureté rigoureuse. Ce n'est qu'à cette condition que l'image a toute sa netteté. Quant au personnage qui ligure le fantôme, il doit se placer sous 1s théâtre, de manière à rendre son image rigoureusement verticale, malgré l'inclinaison de la glace.

Au moment fixé pour l'apparition, on projette sur le sujet les rayons éblouissants émanant du foyer d'une lanterne sourde alimentée par !e gaz oxyhydrogène, et le spectre v.a se peindre instantanément à côté de l'acteur réel, jouant sur la scène et derrière la glace. La distance entre la glace et l'acteur est la même qu'entre la glace et le spectre. Pour faire disparaître le spectre, il suffit de refermer la lanterne, et l'image s'évanouit subitement. Une chose à noter, c'est que le spectre ne peut être vu du personnage réel qui est aux prises avec lui sur la scène. Ces sortes de scènes, dès lors, ne peuvent s'exécutor qu'à tâtons.

Il est bon d'éclairer faiblement le théâtre pendant ces expériences, car alors le personnage spectre, devant, être éclairé fortement sous ht scène, s'en détachera mieux sur un fond obscur.

Cette production du spectre, si simple en théorie, est irès-difficile en pratique. Il faut d'abord combiner avec justesse les mouvements des acteurs, dont l'un ne peut jouer qu'à tâtons derrière la glace. Celui qui fait le rôle de spectre, sous la scène, doit se tenir renversé à 45<>, pour se trouver sur un plan parallèle à la glace, qui est penchée sous le même angle, et de là pour lui une grunde difficulté à marcher. De plus, les mouvements de ce même acteur doivent être réglés en sens inverse de ce qu'ils seraient dans la réalité.

Par exemple, s'il tient une arme à la main, il doit la tenir de la main gauche, pour que ce soit la droite qui vienne se flgurer sur la surface réfléchissante.

Bien exécutées, ces expériences surpassent de beaucoup les effets du même genre obtenus par les anciens dans leurs illusions magiques.

— Mamm. Rangée tour à tour parmi les vespertilions, les vampires et les phyllostomes,la chauve-souris vulgairement désignée sous le nom de spectre a paru à quelques auteurs devoir former le type d'un genre particulier. Ce ehéiroptère est à peu près de la taille d'un rat; il a la tête longue, avec une membrane nasale longue, en entonnoir, terminée supérieurement en forme do feuille lancéolée ; les oreilles ovales, avec un oreillon aigu; la membrane hiteriemorale sans , divisions. Son pelage est d'un brun roussâtre i ou cendré. Cette espèce habite l'Amérique j du Sud. Elle doit son nom vulgaire moins à son aspect, qui n'est pas plus effrayant que j celui de la plupart des chauves-souris, qu'aux habitudes sanguinaires dont on s'est plu à la charger. On lui a attribué, en effet, comme aux vampires, la faculté de sucer le sang des hommes ou des animaux endormis sans les réveiller et de les fairepérir d'épuisement.

— Entom. Les spectres sont très-voisins des phasmes et leur ressemblent par leurs antennes placées entre les yeux; leur lèvre inférieure à quatre divisions inégales; leur tête avancée, ovale. Mais ils en diffèrent eu ce qu'ils ont les antennes sétacées, la tête oblique, le corselet cylindrique, l'abdomen eflilé et allungé , les olytres très-courtes , les pattes longues et grêles. L'espèce type de ce genre est le spectre géant. Cet insecte a le corps verdâtre, la tête marquée de quatre bandes longitudinales d'un blanc jaunâtre, le corselet tuberculeux, les élytres vertes en dessus, avec deux taches blanchâtres à la base, les ailes d'un vert clair en dessus et d'un rouge de sang en dessous, l'abdomen vert, bordo d'une bande jaune ; les pattes épineuses. Cotte espèce habite l'Australie; on l'appelle vulgairement soldat. On peut citer encore le spiclre filiforme. Les mœurs des spectres ne différent pas sensiblement de celles des phasmes.

Spectre rouge de 48S3 (LE), par A. Ro-

mieu (Paris, 1851, in-lZJ, plusieurs fois réimprimé.

Cette brochure fameuse, lancée Comme un épouvantait pour préparer le coup d'Etat, les proscriptions, la prise de possession de la dictature, comme l'avait été peu de temps auparavant un autre factum du même auteur, l'Ere des césars, a laissé son nom à une manteuvre politique toujours employée avec succès, et qui consiste à effrayer les populations par la perspective d'excès révolutionnaires, afin de les engager à se jeter dans les bras du despotisme ; en un mot, agiter le spectre rouge, c'est faire un appel grossier à la peur, c est exploiter l'effroi au profit des .ambitions dynastiques et des factions réactionnaires. .

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La couleur donnée à cette entité, à cette chimère était une allusion, personne ne l'ignore, à la légende des Rouges, à la République rouge ou radicale.

En 1851, l'opinion était émue, inquiète; on s'attendait chaque jour à un coup d'Etat, soit du président de la République, qui bien évidemment voulait garder le pouvoir, soit des coteries monarchiques, qui dominaient à l'Assemblée. D'un autre côté, la mutilation du suffrage universel par la loi du 31 mai avait retranché trois millions d'électeurs, et l'on redoutait de voir ces citoyens injustement dépossédés envahir les comices électoraux lors du renouvellement des pouvoirs publics en 1552. Il est certain que le parti démocratique attendait cette échéance pour prendre sa revanche sur la réaction de toutes couleurs et restaurer la République avilie.

C'est au milieu de cette attente et de ces appréhensions que Romieu lança, comme un biulot, sa brochure dans le public.

On connaît ce personnage, à la fois sinistre et burlesque, usé par une vie de débauches dont le retentissement est venu jusqu'à nous, fameux comme mystificateur, et qui avait noyé dans toutes les espèces d'intempérance des facultés certainement très-remarquables. Sa nomination comme sous-préfet, puis comme préfet, avait été un des scandales du règne de Louis-Philippe. La République devait écarter ce Trimalcion, car son honneur est d'être condamnée h respecter la morale, et cette espèce d'individus ne trouve sa place naturelle que dans les monatehies.

C'était une recrue précieuse pour le prétendant, un de ces hommes finis, démonétisés, comme César en rassemblait autour de lui. Romieu, qui ne croyait à rien qu'à la fortune, trouva sans doute plaisant de terminer sa carrière par une dernière et fructueuse mystification. Il inventa le spectre rouge.

On ne trouve pas ces choses-là tous les jours. Déjà il avait publié des feuilles et des factuins d'une violence inouïe, et qui étaient autant d'insultes à la raison, au droit et au bon sens ; c'est dans le Spectre rouge qu'il donna sa formule définitive et qu'il dit son dernier mot. On jurerait le cauchemar d'un aliéné, et cependant remarquez que les hommes de décembre ont suivi ce catéchisme de la tyrannie autant que l'état de la société leur a permis de le faire.

Le but, nous l'avons dit, était d'épouvanter la masse du public, pour la dégoûter de la liberté, de la démocratie, et préparer les voies au despotisme césarien, en présentant le tableau d'un prétendu cataclysme social.

« J'annonce la Jacquerie 1 dit ce scribe effronté ; les prolétaires sont prêts ; embusqués jusque dans le dernier village, la haine et l'envie dans le cœur, ils vont déborder sur la société, égorger les riches, les bourgeois, tous ceux qui possèdent quelque chose, promener la torche partout, piller tes propriétés, « écraser les petits enfants sur la pierre, • replonger le monde dans la barbarie et le chaos, > etc.

Contre cette irruption, il n'y a pas à songer à la loi, il ny a qu'à employer les moyens des seigneurs contre les Jacques du xive siècle, c'est-à-dire l'extermination.

» Cette société do procureurs et de boutiquiers est à l'agonie, et si elle peut se relever heureuse, c'est qu'un soldat se sera chargé de son salut. Le canon seul peut régler les questions de notre siècle, et il les réglera, dût-il arriver de Itussie. »

Le droit, la justice, le progrès, la liberté, etc., sont des chimères funestes; il n'y a qu'une chose qui soit légitime et sacrée, c'est ia force ; seule elie est le symbole de l'ordre. Depuis 1780, la société est comme uue classe en révolte : il est temps qu'un pouvoir sauveur vienne la mettre à la raison.

Les pauvres demandent des améliorations sociales : c'est par envie, par rage matérialiste. C'est nous, d'ailleurs, qui leur avons communiqué ce virus avec nos stupides docr trines de philunlhropisine et de pliilosophisme. M. Giizot, pur la loi « fatale • de 1833 sur l'instruction primaire, par la fondation d'écoles dans toutes les communes, est un de ceux qui ont le ..plus fait pour la propagation des doctrines antisociales. Il adonné ainsi « un adversaire au prêtre à côté de chaque bénitier. ■

La seule amélioration sociale, ce serait de rétablir la loterie, que notre « siècle imbécile » a supprimée, et qui donnait au misérable le freiu de l'espérance.

Le meilleur régime était le régime féodal, le règne des forts. La foule stupide est faite pour obéir et se résigner à des souffrances nécessaires. Dans les siècles de foi, elle acceptait docilement son sort. Mais les sophistes ont tout gâté. Ce qui seul peut remplacer la foi aujourd'hui, c'est un pouvoir formidablement armé, qui contienne, et qui écrase, au besoin, les niasses révoltées.

Bourgeois, votre rôle est fini; depuis 1789, vous avez gouverné la société, et vos inepties libérales ont contribué à déchaîner la populace, qui se prépare k vous dévorer. Si vous voulez éviter le pillage et l'extermination, il ne vous reste qu'à vous abriter derrière u;i suu\c;ir, un césar, mais en abdiquant

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toute prétention à vous occuper des aflaiies du pays.

« Entre le règne de la torche et le règne du sabre, vous n'avez plus que le choix. •

C'est à l'épée qu'aboutissent tous les débats humains. C'est la force militaire qui doit régler tous les conflits. « Le fléau passager de vidée se dissipe à l'immuable apparition de la Force. •

■ Il est bien temps que le remède opère t et ce sera justice. Je ne regretterai pas d'avoir vécu dans ce triste temps, si je puis voir, une bonne fois, châtier et fustiger la Foule, cette bête cruelle et stupide dont j'ai toujours eu l'horreur.

» Nous verrons donc, je l'espère, finir les saturnales au milieu desquelles nous sommes nés. Ce sera dans des flots de sang que se fera cette rénovation de la marche humaine.... Bientôt surgira le Chef pour apaiser ce tumulte immense.... Quel qu'il soit, son rôle est simple : prendre d'une main ferme la dictature la plus absolue, et se substituer à tous les textes qui nou3 ont gouvernés depuis soixante ans. »

Donc, à l'heure suprême du combat, qui peut sonner demain, celui qui sera vainqueur, « qui le dernier essuiera son sabre, pourra marquer sa place dans ia liste des hommes utiles et grands. Il n'aura qu'il souffler sur le château de cartes de 1789, et h dire à son tour : o L'Etat, c'est moi ! »

D'ailleurs, il serait indigne de son rôle providentiel s'il n'anéantissait pas tous les éléments désorganisateurs, c'esl-à-diro tout ce qui pourrait rappeler la liberté et en redonner l'envie.

Ce factum insensé se termine ainsi :

«Ne désespérons pas. Il sera versé du sang et des larmes. La misère étendra son froid réseau sur le peuple abusé ; il sera violent, plein de désespoir et de rage; il sera châtié durement, et par la famine et par les boulets ; les bourgeois consternés subiront la crise, avec ses phases diverses, sans rien comprendre à ce tumulte colossal qui les décimera. Mais, à la tin de ces grands désastres, un pouvoir fort s'établira pour ouvrir l'ère nouvelle de l'autorité. Elle passera dans beaucoup de mains, qui se la disputeront par les urines. Mais, au moins, les sophismes ne seront plus en jeu : il vaut mieux voir le peuple se battre pour César que pour les ateliers nationaux. ■

Cette esquissa et ces quelques citations donnent une idée suffisante de cette œuvre d'un scribe vénal et d'un cerveau dévoyé. Il serait superflu de commenter et de réfuter de pareilles théories, encore plus ineptes et plus honteuses qu'elles ne sont infâmes. Le bon sens et le mépris public en ont fait justice. Mais on est bien obligé d'en tenir compte, au moins historiquement, quand on songe que le rhéteur et le bouffon sinistre qui les émettait était un familier de l'Elysée, et qu'elles ont trouvé eu partie leur application dans les fusillades et les proscriptions de décembre et dans le rétablissement du pouvoir absolu.

Spectre do Pairîck (le), drame en cinq actes, eu prose, de M. Ed. Cadol; représenté au théâtre du Château-d'tëau le lu mars 18.72. M. Cadol s'est contenté de mettre en scène un des récits les plus émouvants de Dickens dans ses Contes de Noël. Le romancier anglais a esquissé là un profil d'avare, celui du vieux Scrooge, qui a une énergie incomparable. Scrouge et Marley étaient deux associés aussi rapaces l'un que l'autre. Marley est mort; Scrooge survit. «Ah! c'était un compère à la main serrée que Scrooge I cupide, avare et sachant exprimer jusqu'à la dernière goutte d'une éponge ; un cœur dur coininu un caillou; un vieux pécheur madré, retors, discret, mystérieux et renfermé en lui-inèinu. On devinait toute la froideur de sou âme k sa taille roide, à son nez eflilé, à ses joucj sèches, à ses yeux bordés d'un cercle rouge, à ses lèvres minces et bleuâtres, au ton aigre de sa voix. Il y avait sur sa physionomie, sur toute sa personne, autour de lui, tous les signes de cette atmosphère glaciale dans laquelle il vivait et dont la température se faisait sentir à tou-. ceux qui l'approchaient. Personne ne l'aborda jamais dans la rue pour lui dire d'un air gai : Bonjour, monsieur Scrooge I Aucun mendiant n'eût osé implorer de lui une menue monnaie; aucun entant ne lui demandait l'heure; jamais passant, hommo ou femme, ne le pria de vouloir bien lui indiquer son chemin. Les chiens d'aveugles semblaient eux-mêmes le connaîtro et tiraient leurs maîtres à droite ou à gauche pour l'éviter. Mais qu'importait à Scrooge? C'était , au contraire, ce qu'il voulait ; écarter la foule du coude dans les sentiers populeux delà vie et tenir à distance toutes les sympathies humaines ; c'était là. le bonheur de Scrooge. • La veille de Nuel, grande fête populaire à Londres, comme on sait, Scrooge ferme son comptoir en rechignant, souffle 1 unique et fumeuse chandelle qui l'éclairé et congédie son commis ; « Vous prendrez toute la journée de demain, je suppose? lui demande Scrooge. — Si cela vous convient, monsieur. — Cela me convient peu et ce n'est nullement juste; si je vous retenais une demi-couronne sur vos appointements pour ce jourlà, vous vous plaindriez, j'en suis certain.! Le commis sourit d'un demi-sourire. « Et cependant, euiuiuuc Scrooge, vous ne peuseï

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pas que je doive me plaindre lorsque je vous paye un jour de salaire pour ne rien taire du toutl » Ce trait d'avarice est excellent. Les volets fermés, Scrooge s'accroupit devant son maigre feu et voici te spectre de son ancien associé, Mariey,quilui apparaît. Scrooge ne tressaille pas; il se dit que les sens sont trompeurs, qu'un rien les abuse, a "Vous pouvez être, dit-il au spectre, le produit d'une tranche de bœuf mdigévée, d'un grain de moutarde, d'un morceau de fromage, d'une pomme de terre mal cuite. » Il ne lui en faut jias moins subir les reproches du spectre, qui lui raconte tous les tourments qu'il sourire dans l'autre monde pour avoir été dans celui-ci le vrai pendant de Scrooge, et dont le pire est le remords des bonheurs qu'il a dédaignés. Pour convaincre Scrooge et le décider à changer de vie, Marley évoque trois fantômes, l'Esprit de Noël pas«é, l'Esprit de de Noël présent et l'Esprit de Noël futur, qui successivement emportent le vieil avare dans leurs sphères. Le premier, en le transportant dans les scènes passées de sa jeunesse, lui fait voir la jeune fille honnête qu'il a dédaignée pour poursuivre la fortune et le bonheur du rival à qui il a laissé la place. Le second le fait entrer dans le modeste intérieur de familles qui fêtent joyeusement Noël et l'invite à comparer ces joies douces avec la pesante monotonie de son existence. Le ' troisième le ramène dans sa maison, et Scrooge s'y voit mort, étendu roide sur son lit, tandis que les croque-morts s'arrachent ses bardes et que le voisinage, pour toute oraison funèbre, adresse des injures à son cadavre. Ce dernier tableau est si horrible que Scrooge se réveille, car il a vu tout cela en songe. Il sort de chez lui, donne de l'argent aux pauvres, des bonbons aux petits enfants qu'il rencontre, achète une dinde, va fêter Noël avec un neveu qu'il n'avait jamais voulu voir, augmente les appointements de son pauvre commis et devient un homme comme un autre.

M. Cadol, en mettant au théâtre ce conte moral et fantastique, s'est borné à lui faire subir les changements nécessaires à la scène. Son vieil avare, qui s'appelle Patrick, est promené, comme M. Scrooge, dans toutes les situations de sa vie passée, présente et future, par un spectre complaisant et, comme lui, change d'existence, après avoir goûté pendant cinq actes le spectacle des joies dont il se privait par avarice. Il y a dans la pièce des détails intéressants et des scènes d'un bon comique.

SPECTRomètre s. m. (spè-ktro-mè-tre

— de spectre, et du gr. tnetron, mesure). Physiq. Appareil au moyen duquel on prend sur le spectre lumineux les mesures nécessaires a connaître pour faire l'analyse spectrale.

SPECTROMÉTRIE s. f. (spè-ktro-mé-tiî

— V. spuctromètrù:). Physiq. S'est dit pour

ANA.LYSB SPECTRALE.

SPECTRÛMÉTRIQUE adj. ( spè-ktro-métri-ke — rad. spectrométrie). Physiq. Qui a rapport à la spectrometrie : Analyse SPEO-

TROMÉTRIQUB.

SPECTRÛSCOPE s. m. (spè-ktro-sko-pe — de speclre, et du gr. skopeà, j'examine). Physiq. Appareil qui sert à l'étude du spectre lumineux.

— Encycl. Le speclroscope est un appareil destiné, comme son nom l'indique, à compléter l'analyse du spectre en augmentant la dispersion. Il se compose d'un certain nombre de prismes semblables, disposés circulairement sur un disque et présentant leurs arêtes en dehors. Ces prismes sont tous mobiles autour d'uxes que l'on voit sur la ligure et peuvent être rendus fixes au moyeu de vis

de pression ; le rayon lumineux LL,qui tombe sur le premier prisme, est renvoyé sur le sei:oml, puis. sur le troisième; enfin il émerge du dernier prisroa très- décomposé, la dispersion se trouvant a peu près multipliée par le nombre des prismes employés. Pour obtenir une image plus nette, il faut disposer chaque prisme par rapport au rayon incident, de manière que la déviation soit minimum ; pour rendre les mesures plus précises, on joint habituellement a l'appareil un collimateur portant un micromètre tracé sur verre. Les rayons partis de ce micromètre se réfléchissent sur la face d'un organe du dernier prisme et viennent se confondre dans la lunette 00 avec ceux du spectre, de sorte que l'observateur voit à la fois les raies du speclre et

SPEC

les divisions du micromètre. Le speclroscope a été imaginé par M. Kirchhoff, qui a pu compter jusqu'à 2,000 raies.

SPECTROSCOP1E s. f. (spè-ktro-sko-pî — v. spkctrOScope). Physiq. Elude du spectre lumineux,

SPECTROSCOP1QCE adj. (spè-ktroskopi-ke — rad. spectroscopie). Physiq. Qui a rapport à la spectroscopie ou au speetroseope : Observations spectkoscopiques. Appareil SPECTROSCOPIQUE.

SPECTRO-TUBÉRANTIEL, ELLE adj.

(spè-kiro-tu-bê-ran-si-èl, è-le — de spectre, et de protubérance). Physiq. Qui a rapport au spectre des protubérances solaires : Analyse

SPECTRO-TUBÉRANTIËI.LE.

SPÉCULAIRE adj. (spé-ku-lè-re — lat.

specularis, transparent; de speeulari, regarder). Miner. Se dit des minéraux composés de feuillets brillants : Fer spéculaire. Il Pierre spéculaire, Nom donné aux feuilles de mica, dont les anciens se servaient en guise de vitres, .

— Ane, loc. Art spéculaire, Art de fajre des miroirs.

— s. m. Nom donné aux devins qui prétendaient faire apparaître dans un miroir les personnes ou les choses qu'on désirait voir.

— s. f. Bot. Genre de plantes, de la famille des campanulaeéea, tribu des campanulées, comprenant plusieurs espèces qui croissent dans l'hémisphère nord : La spéculairk »itroir de Vénus est une jolie espèce, fort commune dans les moissons. Il Syn. de monopsidb, autre genre de campanulacées.

— Enoycl. Bot. Les spëculaires, confondues autrefois avec les campanules, s'en distinguent parleur calice à tube adhérent, allongé, prismatique ou en long cône renversé ; la corolle rotacée, à cinq lobes; la capsule longue, prismatique, à trois loges, l.a spéculaire miroir, vulgairement nommée miroir de Vénus, est une jolie plante annuelle, à tiges anguleuses et iiexueuses, portant des feuilles oblongues et crénelées, et des fleurs violettes, qui se ferment ordinairement le soir, et présentent alors un pentagone à angles saillants. Cette plante est très-commune dans nos moissons; elle ne nuit pas beaucoup aux blés; néanmoins son abondance est toujours l'indice d'une culture négligée et un bon agronome doit chercher à, la détruire. Dans quelques pays, on la mange en salade. On la cultive aussi dans les jardins, comme plante d'ornement; il lui faut une terre légère et une exposition chaude.

SPÉCULATEUR, TRICE S. f. (spé-ku -lateur, tri-ce — lat. speculaior ; de speeulari, observer). Antiq. rom. Espion militaire.

— Personne qui se livre U l'observation des phénomènes naturels :

Revenons a l'histoire De ce »j>écuiaimr qui fut contraint de boire.

— Personne qui fait des spéculations de nuance, de commerce : Profond spéculateur. Hardi spéculateur. Heureux spéculateur.

— Adjectiv. Qui se livre à des spéoulatibns : Avant tout, it est spéculateur.

— Encycl. Antiq. rom. Les frumenlaires et les spectateurs avaient ensemble beaucoup d'aflinité. Ainsi chaque compagnie avait un bureau où l'on s'assemblait pour traiter des affaires du corps; celui des spéculateurs s'étant écroulé, ce fut un frumentaire qui le fit réparer aux trais des spéculateurs. 11 y avait dix spéculateurs pur légion, ainsi qu'il résulte d'une inscription ; cependant d'autres inscriptions n'en donnent que huit, qui étaient peutêtre joints à la centurie des fruinontaires. Les spéculateurs étaient employés en qualité d'espions. Ils allaient observer d'un point élevé les mouvements des ennemis; ils portaient les dépêches, parce que c'étaient des hommes lestes et adroits. Sous Jules César et quelques-uns de ses successeurs, ils composèrent une partie de la garde du prince et il en existait alors une cohorte entière. Plus tard, ils servaient de bourreaux, et sous Caligula se piquaient d'adresse à faire voler la tête des condamnés. L'organisation de cette milice fut longtemps la même que celle des prétoriens. Tacite ltur donne un tesséraire et un bas officier, appelé opiio (option). Ils étaient armés de lances et d'épèes. 11 existait aussi des spéculateurs dans la cavalerie ; c'étaient des auxiliaires attachés à une légion et commandés par un chevalier romain, qui prenait lui-même le nom de sjtéculateur. On donnait le nom de speculatoria caliga s. une chaussure que les citoyens aisés auraient rougi de porter, parce que les spéculateurs, devenus une troupe d'espions, et de bourreaux, l'avaient adoptée. Les exploraiores et les specutalores étaient la même espèce de soldats sous deux noms différenis.

Spéculateur h ta Bourse (MA.KVJEL T>u), par

P.-J. Proudhon (faris, 1853). Dans le principe, cet. ouvrage n'était qu'une sorte de vaderoecum, le bréviaire de la Bourse. Quelques notions d'économie politique servant à déterminer le rôle de la spéculation, soit comme force productrice, soit comme opération boursière, quelques appréciations critiques de simple bon sens, voilà tout ce qui le distinguait des manuels ordinaires. Eu IS57, l'auteur refondit entièrement son livre, discuta plus à

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fond les affaires, qualifia les actes, en dégagea les causes, définit les situations, calcula les tendances d'après des considérations élevées d'économie politique et de droit. Le Manuel du spéculateur à la bovrse se transforma en une œuvre de philosophie sociale, dont tous les jugements étaient dominés par deux considérations d'ordre majeur : la morale publique et le mouvement économique. Nous allons exposer ces considérations d'après P.-J. Proudhon.

Morale publique. L'ordre agricole et industriel, cette première et profonde assise sur laquelle repose l'édifice social, est en pleine révolution; la transformation pour la suprématie du travail sur la prépondérance du privilège est partout à l'ordre du jour. Tel est le fait général, décisif, qui ressort en premier lieu de notre inventaire industriel. Or, toute révolution ayant pour objet la distribution et l'exploitation de la fortune publique est une occasion de triomphe pour l'imprnbité. Le jeu, l'agiotage ne sont pus les seules causes des scandales de l'époque. Au spectacle de quelques fortunes subites, inattaquables peut-être au point de vue d'une légalité incomplète, mais parfaitement illégitimes devant la conscience et jugées telles, s'est ébranlée la multitude des âmes faibles, en qui la soif du bi 'nétre avait marché plus vite que le sens moral. Les anciens programmes politiques et sociaux ont été remplacés par cette morale, à l'usage des boursiers : « De ton (es les sources de la fortune, le travail est la plus- précaire et la plus pauvre. Au-dessus du travail, il y a d'abord le faisceau des forces productrices, fonds commun de l'exploitation nationale, dont le gouvernement est le dispensateur suprême. Ensuite vient la spéculation, c'est-à-dire l'ensemble des moyens non prévus par la loi ou insaisissables à la justice do surprendre le bien d'autrui. » Cela est si vrai, qu'on peut interroger le premier venu ; il vous dira qu'aucun gain obtenu pur les concessions de l'Etat, les combinaisons de la commandite, les négociations de la Bourse n'est pur de corruption, de violence ou de fraude, et que, sur cent individus enrichis pris au hasard, il n'y en a peut-être pas dix de foncièrement honnêtes. De cette mésestime découlent les sinistres qui frappent chaque jour les compagnies financières. Que conclure de là? que les faits et les gestes de la Bourse ont fait table rase de l'honnêteté commerciale. L'exagération arbitraire, insultante des loyers, la mobilité des tarifs, la fusion des compagnies, les confiscations, expulsions pour cause d'utilité publique ont détruit ie respect de la propriété et, ce qui est pire, l'amour du travail dans les cœurs. « Nous n'existons plus, dit Proudhon, que par la police, par la force, »

Mouvement économique. La faute de cet état de choses est moins aux hommes qu'aux idées. Depuis longtemps, Proudhon signalait le danger du mouvement économique, qu'il définissait « l'anarchie industrielle prête à tomber dans la féodalité industrielle. » Anarchie industrielle, .féodalité industrielle, telle était, selon lui , l'inévitable gradation. « Aujourd'hui, dit-il, la féodalité industrielle existe, réunissant tous les vices de l'anarchie et de la subalternisation, toutes les corruptions de l'hypocrisie et du scepticisme : système de concurrence anarchique et de coalition légale; système de concessions gouvernementales et de monopoles d'Etat ; système de corporations, maîtrises et jurandes en commandite et anonymes ; système de dettes nationales et d'emprunts populaires; système d'exploitation du travail par le capital; système de bascule mercantile et de brigandages boursiers ; système de consommation de l'avenir par un présent de plus en plus appauvri, ï Mais la féodalité industrielle n'est qu'une crise qui doit passer, comme l'anarchie industrielle, et tourner, au moyen d'une concentration plus puissante, a Y empire industriel. Tout nous y pousse : la tradition monarchique, les analogies de l'histoire, l'instinct populaire, les préjugés de la démocratie. A défaut du droit, de la liberté et de l'égalité, on aura du moins l'unité. Mais qu'estce que l'empire industriel? le principe anarchique lui-même, le fameux « Laissez faire, laissez passer, » poussé à son exirêma conséquence ; une réduction à l'absurde de l'économie politique classique et officielle; en un mot, une contradiction. Or, une contradiction n'est pas le droit, encore moins la liberté et l'égalité; et, sans liberté, sans égalité, sans droit, la crise ne finit pas; elle est seulement à sa troisième phase. Voilà pourquoi le gouvernement de Napoléon III résiste à cette logique des idées qui le pousse, malgré lui, à se faire d'empire politique empire industriel. Que ne donnerait-il pas à celui qui pourrait lui concilier ces trois termes : anarchie industrielle, féodalité industrielle, empire industriel 1 Vain espoir ! Le eousiitutionnalisme, instable en politique, est absurde en économie. Le droit social ne saurait être le produit de trois formules du non-droit, pas plus que l'unité ne peut sortir d'une addition de zéros. La formule impériale est inapplicable à l'ordre économique. Que faut-il donc faire? « Terminons, dit Proudhon, la révolution commencée eu 17S9 en fondant l'équilibre économique et social, c'est-à-dire le droit, la liberté, l'égalité, l'honneur, la paix, le progrès, la joie intérieure, toutes les vertus civiques t't domestiques (je ne parle pas du guuvcrncinjiit, je iio fais pas ici de puliti-

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que), sur la république industrielle; c'est le seul moyen de réparer les dissolutions d'une époque qui a pris pour Décalogue I» Bourse et ses œuvres, pour philosophie la Bourse, pour politique la. Bourse , pour morale la Bourse, pour patrie et pour église la Bourse. »

C'est en suivant ces considérations que Proudhon traite toutes les questions de droit économique et de moralité boursière, étudiant d'abord, dans une partie théorique et pratique, les formes de la spéculation, les ressorts, les rouages de la Bourse, qu'il fait mouvoir et fonctionner sous nos yeux; et, en second lieu, les matières de la spéculation, les éléments de l'aj;iolage, les fonds publics français et étrangers, les actions et les obligations des compagnies, dont il montre le fort et le faible, le bon et le mauvais côté.

Après un examen long, consciencieux, approfondi de chacun de ces éléments en particulier, Promlhon tire ses conclusions générales, ce qu'il appelle ses considérations finales : * Il faut, dit-il, «ne transformation radicale de la société dans le sens de la liberté, de l'égalité des personnes, de la confédération des peuples; mais nous ne la voulons ni violente ni spoliatrice. Il s'agit donc de trouver les voies et moyens; c'est par'là que nous terminerons ce manuel. ■ De son livre il résulte que le travail, ayant trouvé le secret de se commanditer lui-même, trouvant en lui-même sa puissance de circulation et son débouché, n a plus que faire du crédit des privilégiés, de la direction d'une aristocratie, du protectorat d'un empereur ou d'un roi. Ce qui fait la base de toute entreprise industrielle, de toute spéculation mercantile ou financière, c'est la division du travail, le groupe ouvrier, la solidarité de la production et de la consommation, toutes choses qui indiquent une action ou une fonction collective. Que la collectivité acquière donc la conscience d'elle-même, et, au lieu de servir à l'exploitation individuelle, elle ne voudra plus produire que pour soi; alors les institutions de crédit, les services publics, les corporations ouvrières, au lieu d'agir au profit de quelques-uns, travailleront pour tous, et la propriété, comme l'Etat, sera révolutionnée. Qu'on ne s'y trompe pas; l'organisme industriel détruit en 1789 n'a disparu que pour faire place à un autre, plus profond, plus large, dégagé de tout privilège et retrempé dans la liberté et l'égalité populaires. Jadis, tout était caste; maintenant, tout tend à devenir peuple ; la fusion des deux classes s'opère rapidement par la coopération et l'association , acheminement vers la démocratie industrielle. Quelques modifications apportées aux statuts des grandes compagnies assureront son avènement et le capital deviendra le subalterne du travail ; c'est justice, car ■ le travailleur, dit Proudhon, a dans la pauine de sa main plus de richesses qu'il n'en existe sur la surface de la terre. Ne 1 oublions pas (et c'est là la conclusion du livre), la base de toute spéculation honnête et féconde est le travail. > ■

Tel est l'esprit de ce remarquable ouvrage. Ce n'est donc pas, comme le titre semblerait l'indiquer, un manuel pour aider les spéculateurs a jouer à coup sûr; c'est plutôt la révélation des ficelles de la spéculation , pour mettre le public en garde et en défense contra elle. Proudhon élève ici l'étude de l'agiotage à la hauteur d'une science politique et sociale.

Spéculateur (U;), comédie en cinq actes et en vers, de Ribouttè (Théâtre- Français, 24 juin 1S26). L'auteur, qui avait fait et défait plusieurs fois sa fortune à la Bourse, était plus à même que tout autre de traiter ce sujet; il aurait pu, en tout cas, le traiter d'une façon originale. Sa comédie est pourtant bien médiocre comme agencement de scènes ; quant aux vers, ils sont d'une platitude qui confine à la niaiserie. Les trois premiers actes sont employés, non a préparer ou à mettre en relief le type du spéculateur, mais k nous initier longuement et fastidieusementaux petites affaires domestiques de Sa famille. La famille Duvcrnet se compose d'un

Eère, ancien commerçant au Marais, homme onnête, mais faible et d'un esprit borné ; de sa femme, bonne et raisonnable personne; d'une fille, Henriette, âgée de seize ans ; d'un fils puîné, Jules, garçon de vingt ans, épris de la peinture, ne rêvant que beaux-arts, en dépit des remontrances de son père, qui ne veut point d'artiste dans sa famille; et enfin d'un (ils aîné, Alexis, qui s'est jeté à corps perdu dans les spéculations de la Bourse. Après y avoir fait des gains énormes, Alexis a engagé toute la fortune de son père, ébloui des succès prodigieux du jeune homme. Deux autres personnages font encore partie de la famille Ûuvernet : ce sont Edouard et Jenny Mesnard , enfants d'un fabricant de Lyon immensément riche, ami intime de Duvernet, et qui jadis lui prêta 700,000 fr., que celui-ci lui doit encore. Les jeunes gens ont été à peu près élevés par les soins de Mmu Duvernet et ils habitent avec elle. Des projets de mariage ont été faits et doivent resserrer l'union des deux familles: Alexis doit épouser Jenny et le contrat sera même signé dans la journée; Edouard deviendra plus tard l'époux d'Henriette, qu'il aime et dont il est uimé. Alexis a une maîtresse, nommée Emilie; il est follement épris de cette femme, mais il cousent à se marier avec Jenny, do»i

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la fortune le tente beaucoup. Jenny, au contraire, ne se prête à cet hymen qu'avec répugnance; elle aime Jules en secret, et celui-ci, avec la même retenue, la paye de retour. Alexis a déterminé sa famille à quitter son antique demeure du Marais et à venir occuper, dans le quartier des affaires, un magnifique hôtel qu'il a fait acheter par son père. C'est dans cet hôtel que commence et se passe l'action. Les trois premiers actes sont employés a l'exposition des faits qui précèdent, et c'est une faute capitale de la. part de l'auteur. Le spéculateur Alexis y paraît, mais non pas avec son caractère, comme agissant et s'occupunt de Ventes et d'achats ; il y semble même étranger. Toute la scène est absorbée par des affaires de famille... Un seul incident se présente. Le domestique Dupré, qui trouve son profit dans l'intrigue d'Emilie et d'Alexis, veut essayer de rompre le mariage projeté de celui-ci ; il lui fait renvoyer, par un valet complice, un écrin dont Alexis avait fait cadeau à sa maîtresse. Ce valet .1 soin de remettre cet écrin entre les mains du père; mais M. Duvernet, dans ses préventions habituelles contre Jules, le soupçonne de ce dérèglement de conduite et lui en fait de viojents reproches. Alexis veut justifier son frère j mais Jules se jette au-devant do la révélation et se charge des torts qu'il n'a point eus. L'intérêt et l'action commencent à se développer au quatrième acte. M. Mesnard est arrivé; on présume qu'il vient pour assister au mariage de sa fille avec Alexis. Il s'étonne du luxe nouveau de la famille Duvernet, et, dans une scène bien faite, lorsqu'il apprend dans quelles affaires Alexis s'est lancé, il fait le tableau de tous les dangers auxquels l'honnête homme s'expose en se livrant à de pareilles spéculations. Mais enfin on veut savoir le motif de son arrivée inopinée. Mesnard est ruiné. Un incendie a consumé sa manufacture. 11 vient à Paris solliciter les bienfaits du roi; il n'a plus d'autres ressources que les 700,000 francs qu'il a déposés entre les mains de Duvernet. Son argent est prêt ; mais le père et le (ils ne parlent plus avec autunt d'empressement du mariage projeté et laissent voir pour le désastre de Mesnard une froideur dont la fierté de celui-ci se révolte. Il exige de sa fille qu'au moment de la signature du contrat elle réponde : Non. Mais les choses ont bien changé. Alexis, entraîné dans une spéculation considérable, aurait besoin d'une baisse sur les fonds publics. 11 se décide à faire paraître à la Bourse Dupré, son domestique, arrivant en courrier d'Angleterre et rapportant une nouvelle alarmante... Cette manœuvre est déjouée par un avis officiel que fait publier le ministère. La hausse se manifeste et produit contre Duvernet une différence de 3 millions qu'il faut acquitter presque sur-lechamp. Alexis veut un moment faire tête à l'orage. Dédaigneux tout à l'heure de l'alliance de Mesnard, il veut maintenant la conclure à la hâte; les 700,000 francs resteront ainsi entre ses mains : il pourra faire face aux premiers payements. Duvernet s'y oppose; il ne veut pas compléter la ruine de son ancien ami. Toute la lamille se rassemble pour signer le contrat de mariage d'Alexis et de Jenny. Mesnard demande de nouveau le consentement de toutes les parties. Duvernet, retenu par son fils, hésite et paraît refuser plutôt qu'accorder son approbation. Mesnard n'attribue cette conduite qu'au mépris qu'on fait de lui depuis qu'il a perdu sa fortune. Alexis, au contraire, presse la conclusion de cette affaire, et Mesnard, toujours trompé par l'ap, arence, lui sait gré de cet empressement; mais, toutefois, il n'en persiste pas moins dans son projet de vengeance, et, sur un signe qu'il fait à sa fille, Jenny déclare qu'elle ne veut pas épouser Alexis. La catastrophe de Duvernet touche à son comble, car, après ce refus, il lui faut rendre sur-le-champ à Mesnard la somme qu'il réclame. La faillite est imminente, Alexis propose à son père de ne point payer les différences qu'ils ont perdues à la Bourse. Duvernet rejette celte proposition avec horreur. Alexis forme alors le projet de se tuer. Jules et Henriette le détournent de ce dessein en lui faisant sentir la nécessité de vivre et de travailler pour soutenir leurs parents. Pendant tout cet embarras, le notaire Duval a vu les principaux créanciers; ils accordent à Duvernet le temps nécessaire pour liquider ses affaires. Tout pourra s'arranger si Mesnard consent aussi à ne point exiger le remboursement immédiat de sa créance. 11 est tellement irrité de l'ingratitude de ses anciens amis, qu'il ne veut entendre à rien ; cependant, vaincu par les larmes de son fils et de sa fille, il cède enfin, Henriette épouse Edouard, qui est avocat, et qui ne parait dans la pièce que pour être préoccupé, pendant cinq actes, d'un procès criminel dont il est chargé ; il finit par le gagner, ce qui est bien intéressant. Jenny épouse Jules, qui, de son côté et malgré les défenses de son père, a exposé au Salon ; le jury lui adjuge le grand prix et la croix de la Légion d'honneur, Alexis seul, quoiqu'il ait obtenu le pardon de son père, reste sans position et sans avenir. L'ardeur que Jules, le peintre, et Edouard, l'avocat, montrent pour leurs professions est poussée à un degré d'exagération ridicule. L'auteur, pour peindre sur le vif un avocat, n'a rien trouvé de mieux que lui faire dire : n En composant mes plaidoyers, j'ai toujours

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sous les yeux le portrait de Malesherbes. » La teinte niaise et exagérée du peintre ne le cède point à celle de l'avocat. Jules ne voit d'honneur et de gloire que dans les beauxarts, et, quand il obtient le prix et la croix d'honneur, il se fait fort de payer les 3 millions de dettes de son frère. Tout cela serait excellent comme charge. Cependant les deux derniers actes de cette comédie ont de l'intérêt, et la fureur d'agiotage qui s'était emparée de la France, de Paris surtout, lors des emprunts de 1817 et de 1822, lui donnait une certaine actualité.

SPÉCDLATIF, IVE adj. (spé-ku-la-tiff, i-ve — lat. speculativus ; de speculari, observer). Qui spécule, qui observe, qui étudie. Il Vieux en ce sens.

— Qui a pour objet l'étude, la contemplation exclusive des faits de conscience, la réflexion pure, la théorie : Les connaissances spéculatives ne conviennent guère aux enfants. (J.-J. Rouss.) Là philosophie spéculative, comme les hautes mathématiques, n'est pas faite pour le peuple. (V. Cousin.) Sans la toi, le principe du droit ne serait qu'un idéal vainement mis en avant par les esprits spéculatifs. (Franck.) Le scepticisme moral a pour corollaire le scepticisme spéculatif. (Proudh.)

— s. in. Celui qui se livre à la spéculation pure, h, la théorie : Je m'en rapporte à ces hauts spéculatifs, à ces esprits subtils créés pour sonder les cavités de l'intérieur de l'homme. (Piron.) Moïse et Mahomet n'ont pas été des spéculatifs, ce furent des hommes d'action. (Renan.)

SPÉCULATION s. f. (spé-ku-la-si-on — lat. speculatio ; de speculari, observer). Action de spéculer, d'observer : La spéculation désastres, des phénomènes célestes. Il Vieux en ce sens.

— Observation interne , méditation, réflexion, raisonnements : Les spéculations de la politique. Etre plongé dans des continuelles spéculations. Il vient de publier ses spéculations sur ce système. La tradition est te point de départ de toute spéculation sur l'avenir. (Proudh.) Les spéculations abstruses contiennent du vertige. (V. Hugo.) Sans le sens commun, la philosophie n'est qu'une Spéculation arbitraire. (V. Cousin.) Platon n'a jamais plus de séduction qu'alors qu'il descend des hauteurs de la spéculation la plus sublime à des peintures familières de la vie. (Nisard.) Les spéculations des anciens penseurs ne sont que des jeux d'esprit. (H. Taine.) Le plus haut degré de la spéculation, c'est la métaphysique. (Ad. Franck.) 11 Théorie pure : La spéculation et la pratique constituent la principale différence qui distingue les sciences d'avec tes arts. (D'Aleinb.) Il n'y a de politique générale qu'en spéculation ; mais en ac tion, toute politique est et doit être nationale. (Fiévée.)

— Calculs, com binaisons qu'on imagine ; opérations que l'on fait dans le commerce ou l'industrie : Bonne, heureuse spéculation. Spéculation fausse, malheureuse. Faire des spéculations. Se livrer à des spéculations. C'est la spéculation qui recherche et découvre, pour ainsi dire, les gisements de la richesse. (Proudh.) La spéculation n'est autre chose que la conception intellectuelle des différents procédés par lesquels le travail, te crédit, le transport, l'échange peuvent intervenir dans ta production. (Proudh.) Chaque espèce de bêlait peut donner lieu à des spéculations fort diverses. (M. deDombasle.) Aujourd'hui, les millions croissent et se multiplient à vue d'oeil sur le fumier de spéculations équivoques. (J. Sandeau.)

La spéculation est l'arae du commerce.

Lamartine.

— Moll. Nom vulgaire d'une coquille du genre côae.

— Encycl. Econ. soc. La production des richesses peut se ramener à quatre principes généraux : 1° le travail proprement dit ou la façon donnée à la matière; 2° le capital, c'est-h-dire la matière sur laquelle s'exerce le travail ; 3° le commerce, qui transporte les produits sous la main des consommateurs ; 4° la spéculation. A proprement parler, spéculer n'est autre chose que prévoir, et surtout prévoir une plus-value dont il sera possible de profiter.

Outre l'idée que nous venons d'exprimer, celle de la recherche d'une plus-value ou d'une prime, le mot spéculation en réveille encore une autre assez directement. Cette autre idée est celle d'une entreprise aléatoire, c'est-à-dire d'une opération dont le résultat peut être un bénéfice ou une perte. Sous ce rapport, il n'y a pas un seul entrepreneur qui ne joue un rôle de spéculateur. En effet, le motif qui le porte à entreprendre c'est le désir et l'espoir d'un bénéfice. Mais, s'il peut gagner, il peut perdre aussi, et c'est ce qui fait que son entreprise est aléatoire. Quand le succès vient couronner ses efforts, il perçoit, outre les sommes nécessaires pour couvrir ses avances de toutes sortes, une différence qui est la récompense, non-seulement de la peine qu'il a prise, mais encore du risque qu'il a couru. En cela, il n'y a rien que de juste.

Ce que nous venons de dire se rapporte au cas où l'entreprise a une base sérieuse, où elle consiste principalement dans l'ellort que fait un individu pour créer une valeur non-

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velle, sans être sûr d'arriver au but. Or, ce cas est fréquent, même dans l'exercice des métiers les plus anciens et les plus communs. Par exemple, c'est celui du cultivateur qui n'a pas fait assurer ses récoltes contre la grêle, ni ses bâtiments contre l'incendie.

La spéculation pure ou la recherche de la plus-value est une opération qui tient plus du commerce que de l'industrie. Cependant, un spéculateur habile ne recule jamais devant la nécessité de faire des transports de marchandises, et même de l'industrie, pour réaliser une idée heureuse et qui lui promet des bénéfices considérables. Voici en ce genre un fait que raconte Schmalck et qui nous semble un très-joli spécimen de la spéculation.

L'opération eut pour auteur le comte de Schimmelman, négociant et ministre des finances au service du Danemark. En 1774, sa maison de commerce subsistait encore à Hambourg. Elle fit acheter toute la cire que l'on put trouver en Europe ; des vaisseaux chargés de cette matière partirent de tous les ports r-t se rendirent a Livourne, sans ! que l'on sût pour le compte de qui cette im- | mense provision avait été faite. A cette épo- < que, les bougies stéariques n'avaient pas été inventées, et l'on n'avait guère d'autre cire \ que celle des abeilles. Or, c'est là un article 1 que l'industrie humaine ne peut pas multiplier à volonté, et que, par conséquent, il était possible d'accaparer. Dès lors, les acquisi- . tions faites par une maison qui jouissait d'une grande fortune et d'un grand crédit la rendirent très-rare, et le prix de la cire augmenta partout. Voici maintenant le dénoûment. L'année suivante, en 1775, on célébra à Rome le grand jubilé ; une foule innombrable de catholiques dévots achetèrent des cierges pour les offrir sur l'autel des apôtres saint Pierre et saint Paul, et cette circonstance, prévue par le comte de Schimmelman, lui fie faire un bénéfice considérable.

Revenons aux spéculations qui consistent à acheter pour revendre. Elles constituent un commerce qu'on pourrait appeler fantaisiste, parce qu il se fait tantôt sur une chose, tantôt sur une autre, et que la spéculation n'est nullement exclusive dan3 les moyens qu'elle emploie pour réaliser la prime. Cependant il y a une espèce de valeurs qu'elle affectionne particulièrement; ce sont celles qui se cotent a la bourse. Or, la quantité de ces propriétés parcellaires est aujourd'hui plus grande que jamais, et cela tient à deux causes principales qui sont, d'une part, l'extension des emprunts contractés par "des Etats et par d'autres communautés, et, d'autre part, l'augmentation du nombre des sociétés en commandite. Comme, d'ailleurs, cette espèce de valeurs est à la portée d'un grand nombre de bourses, qu'elle est d'une transmission facile et sujette à des variations trèsfréquentes, parfois même très-brusques, il n'est pas surprenant que la spéculation ait pour elle une prédilection particulière.

L'art de spéculer a eu ses progrès, comme beaucoup d'autres. D'abord on a fait seulement des opérations au comptant, en entendant par là celles dont le règlement, c'est-àdire la livraison et le payement de l'objet vendu, a lieu soit au moment même où se fait l'opération, soit dans un délai très-limité. Ensuite, pour varier ses moyens, la spéculation imagina les opérations à terme. On appelle ainsi les marchés qui ne se règlent qu'à une époque plus ou moins éloignée du moment de la négociation, mais cependunt toujours fixée d'avance. La ressemblance de la spéculation avec le pari apparaît bien dans ces sortes de marchés. En effet, lorsque Jean vend à Paul une action qui ne lui sera livrée qu'un mois après et qu'il devra payer au prix qu'elle a aujourd'hui, que font-ils véritablement tous les deux? Le vendeur suppose et parie que la valeur de l'action aura diminué au bout du mois, tandis que l'acheteur suppose et parie le contraire. Ce caractère ressort bien mieux encore lorsqu'il est convenu entre les parties que le vendeur ne sera pas obligé de livrer et que l'acheteur ne sera pas obligé de recevoir la chose vendue, mais que le règlement du marché sa fera par le payement de la simple différence, si, au terme convenu, la valeur de la chose vendue n'est plus la même qu'au moment de la négociation. Dans ce cas, la spéculation n'est qu'un pari ou un jeu.

La spéculation abusive est la grande plaie de notre époque (v. agiotage). En vain la loi frappe de nullité les opérations fictives; en vain les tribunaux correctionnels sévissent contre les mille ruses déloyales qui donnent à la spéculation le caractère d'escroquerie. La spéculation règne toujours, multipliant ses formes, s'appropriant les plus clairs bénéfices du travail, du capital et du commerce, dévorant comme un chanere la production réelle. « Jusqu'ici, disait dans les Manieurs d'argent un avocat général, M. de Vallée, jusqu'ici la loi a été vaincue par l'agiotage et réduite à. ce rôle, le pire de ceux qu'elle puisse avoir, d'exister malgré sa défaite et de vivre sans commander... Il faut être magistrat pour savoir jusqu'où vont lts abus et combien est douloureuse et complète cette impuissance de la loi...

» Que si je me trompais, ajoute-t-il amèrement, et que s'il était nécessaire de supporter ces plaies pour que la richesse s'accrût et que le progrès matériel ne fût pas ralenti, je demande du moins que la loi disparaisse et que

nous ne soyons pas condamnés, nous ses ministres, à la tenir entre nos mains, frémissante, inappliquée et vaincue. »

Ceci fait très-bien dans un réquisitoire ; mais, en fin de compte, la loi ne doit point s'occuper de ces sortes d'affaires; c'est aux citoyens eux-mêmes à se préserver d'entraînements funestes.

Le jeu de la spéculation prête à la tricherie, comme tout autre jeu, et, en réalité, on y a souvent triché.

Cette tricherie revêt des formes très-diverses, et elle est employée dans toutes les classes de la société. Par exemple, on a vu des préfets et même des ministres exploitnr les informations qu'ils devaient à leur position officielle pour faire de bonnes spéculations. Parfois, des spéculateurs qui s'entendaient ont employé des pigeons pour s'envoyer les cotas de différente:-: bourses. Aujourd'hui, le télégraphe électrique peut servir au même usage. Une ficelle très-commune, c'est celle qui consiste à répandre des nouvelles fausses. C'est pour cela que les gros bonnets de la finance considèrent comme une chose iinport-.mte d'avoir un journal à leur discrétion. Un grand capitaliste, qui est en même temps un grand ficelier et qui possède un journal, l'emploie constamment à fabriquer des nouvelles et à interpréter les faits connus dans le sens le plus favorable au succès de ses opérations. C'est une manière de tricher au jeu. Aujourd'hui, parmi les journaux de Paris, il y en a un assez grand nombre qui appartiennent à des particuliers ou à des compagnies qui spéculent .sur uie grande échelle. Tout récemment, le public était dans le doute pour une question grosse d'orage. Lorsque le doute eut été dissipé par des nouvelles favorables publiées dans ia plupart des journaux, il s'en trouva un qui, pendant toute une semaine, laissa subsister le doute pour ses lecteurs et continua à interpréter les faits dans le sens le plus alarmant quant au maintien de la paix. Comme ce journal appartient à un financier, il est clair que le propriétaire vis;iit à faire la baisse. Les manœuvres de ce genre ne sont pas rares et s'expliquent en partie par cette circonstance que, par la faute des lois draconiennes qui régissent la presse, la plupart des journaux ne peuvent subsister sans le secours des financiers. Par conséquent, lorsqu'on lit un journal, il est important de savoir à qui il appartient, et la chose est facile.

La spéculation et l'agiotage sont des modes de l'activité humaine. Ces modes d'action tendent à devenir plus fréquents partout où la population augmente et où il se forme des villes très-considérables. Ce fuit, facile à observer, se rattache à des causes qu'il est intéressant de connaître.

La plus active est l'amour du gain, qui luimême se rattache à des besoins en fin de compte légitimes. -

La vue de l'opulence et du luxe qu'étalent les grandes villes a pour effet naturel d'exciter Ta cupidité, de la rendre plus vive et plus impatiente. Maintenant, ce qui fait qu'un grand nombre de personnes cherchent à gagner de l'argent par la spéculation plutôt que par l'exercice d'une profession plus déterminée, c'est que, quand on a l'idée de ce genre de moyen et la possibilité de l'employer, comme il est commode et peu pénible, on trouve bon de ne pas faire par le plus ce qu'on peut faire par le moins.

Que faut-il penser de cette surexcitation ? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de voir quels sont les effets économiques et moraux que peut produire la spécula-

Ecartons d'abord le cas où le spéculateur emploie des moyens immoraux. En effet, comme l'honnêteté doit passer avant tout, le doute n'est pas possible en pareil cas. Supposons donc une spéculation qui n'emploie que des moyens licites et qui n'arrive au but qu'à force de prévoyance et d'habileté. Alors on pourra encore dire contre elle qu'elle a beaucoup d'analogie avec le jeu, parce qu'elle ne fuit que déplacer des valeurs et qu'elle n'en crée pas de nouvelles. C'est une vérité incontestable. Mais il ne s'ensuit pas nécessairement que la spéculation soit absolument inutile à la société, et même on peut dire avec vérité que souvent elle rend un service appréciable, en modérant, tes variations de prix que subissent les marchandises. C'est ce qui u fait comparer son rôle à celui que remplit le régulateur dans une machine à vapeur. En efiet, le ipéculateur qui retire du marché une quantité notable d'un article offert, lo^que le prix en est tombé très-bas, et qui ne la remet à .a disposition des acheteurs que lorsque ce même prix s'est relevé, rend les écarts des prix de cet article moins considérables, et par là il est utile a. la fois aux producteurs et aux consommateurs.

II y a des cas où la spéculation rend des services d'une autre sorte. C'est lorsqu'elle entreprend une œuvre d'utilité générale , comme un canal ou un chemin de fer, qu'ello fait uppel à une multitude de petits capitaux, qu'elle les tire de leur inaction pour leur taire jouer un rôle productif, et enfin lorsqu'elle leur procure des bénéfices plus considérables que s'ils avaient agi isolément. Ceux qui connaissent toute la valeur que la concentration peut donner au capital comprendront très-bien que ce cas est souvent réalisable et qu'alors les capitalistes associés,

c'est-à-dire les actionnaires, peuvent obtenir une plus-value, tout en payant grassement le spéculateur qui a été l'instrument de leur union.

On voit par là que la spéculation joue souvent un rôle utile à la société et qu'il ne faut pas toujours reprocher aux grandes villes de la fomenter. Il est vrai de dire que cette tendance à spéculer a pour effet d'augmenter le nombre îles agioteurs stériles, qui ne diffèrent en rien des joueurs vulgaires. Dans ce cas, toutes les facultés qu'ils auraient pu appliquer à une production réelle sont paralysées par l'amour de l'agiotage, et par conséquent inutiles à lasoeiété. De plus, comme il y a toujours des perdants à ce triste jeu, c'est une cause de ruine et de misère pour un gmnd nombre de gens qui, ayant épui>é leurs ressources et perdu le goût du travail , tombent dans le désespoir ou se précipitent dans le crime.

Si nous examinons maintenant la question de savoir si la loi doit, en raison des désastres que peut amener la spéculation, intervenir d'une façon active, permettre telles ou telles opérations, par exemple, et en interdire d'autres, nous trouvons sur ce point les opinions très-partagées. Les uns sont pour les mesures les plus sévères et veulent que le législateur traite les citoyens en mineurs; d'autres demandent que la loi n'intervienne que lorsque les opérations effectuées tombent sous le coup des lois ordinaires qui frappent l'escroquerie ou le vol. Nous sommes de ce dernier avis, et nous n'admettons pas que la loi assimile les citoyens à -les mineurs, qu'il faut protéger à chaque instant. En effet, si bien laite que soit la loi, on l'élude, et rien ne vaut, pour éviter un piège, l'expérience ou la connaissance du danger que l'on court. Si des escroqués se plaignent, que ta justice punisse lesescroqueurs; umis pas d'intervention préventive, car celle-ci aurait pour objet de paralyser bien des affaires.

SPÉCULATIVE s. f. (spé-cu-Ia-ti-ve — rad. spéculatif). Théorie : Est-ce de l'art ou de la science? de la pratique ou de ta spéculative ? de la matière ou de la forme? (Danc.) Il Vieux mot.

SPÉCULATIVEMENT adv. (spé-cu-la-tive-man — rad. spéculatif). D'une manière spéculative : Traiter spéculativement des questions politiques.

SPÉCULATOIRE s. f. (spé-ku-la-toi-re — rad. spéculer). Interprétation des phénomènes de la nature, dans les sciences occultes.

SPÉCULER v. a. ou tr. (spé-ku-Ié — du lat. speculari, observer, méditer attentivement; venu lui-même de specere, voir, regarder). Observer dans un but d'étude : Spéculer les astres, [I Vieux en ce sens.

— v. n. ou intr. Méditer, réfléchir, raisonner : Spéculer sur la métaphysique, sur la philosophie, sur la politique, il Faire de la théorie pure : Hien n'est aisé comme de spéculer en politique; ta pratique seule est difficile,

— Faire des combinaisons commerciales ou industrielles : Spéculer sur les fonds publics. Spéculer sur les blés, sur les vins, sur les cuirs. Spéculer à la hausse. Spéculer à la baisse. Louis XV spéculait sur les subsistances. (Proudh.) Comment peut-on spéculer sur les choses de première nécessité? (F. Bastiat.)

— Fig. Compter, calculer pour réaliser un gain : Spéculer sur la curiosité du public, sur l'ignorance du peuple. Spéculer sur tes faiblesses, sur les vices de l'humanité. Lorsqu'on spécule sur la crédulité humaine, on est toujours sûr de réussir. (Arago.)

SPÉCUL1FÉRE adj. (spé-ku-li-fè-re — du lat. spéculum, miroir; fera, je porte). Ornith. Se dit des oiseaux qui portent sur l'aile une . tache appelée miroir.

SPÉCULUM s. m. (spé-ku-lomm — mot lat.

qui signifie miroir, et qui vient de specere, regarder). Chir. Instrument propre à dilater l'entr>*e de certaines cavités, de manière à en faciliter l'exploration: Spéculum de l'anus, de l'utérus, de l'oreille. SI Pi. spéculums.

— Encycl. Spéculumde l'anus. C'est un cône creux métallique, ouvert à sesdeuxexlréinités et fendu longitudinalement sur une de ses parois. Il sert à l'exploration du rectum dans les maladies de ce viscère.

Il existait autrefois des spéculums oris , oculi et gut(uris, pour l'examen de la bouche, des yeux et de la gorge, mais ces instruments sont actuellement inusités.

— Spéculum de l'utérus. C'est le spéculum proprement dit. 11 était connu, dans sa forme la plus simple, des Arabes et des Romains. Les chirurgiens en ont maintenant à leur service de tous les modèles possibles, mais ils représentent tous au fond une sorte de canal métallique propre à dilater le vagin et à faire connaître les altérations de l'utérus par la réflexion de la lumière. Ils sont en général légèrement coniques et longs de 0m,l2 à Om,lS. On leur reconnaît une extrémité utérine plus étroite et une extrémité vulvaire fixée à un inanche de forme variable. Les spéculums les plus simples et les plus faciles à manier sont pleins, c'est-àdire d'une seule pièce. Avec eux on court moins risque de blesser les parties qu'avec les spéculums à valves , mais on découvre moins bien les organes qu'on veut examiner.

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Les spéculums les plus favorables sous ce rapport sont à deux ou trois valves appliquées les unes sur les autres au moment où on les introduit dans le vagin, mais susceptibles de s'écarter suivant la volonté de l'opérateur de manière à refouler les parois vaginales dans une étendue convenable. Les autres modifications que cet instrument a subies reposent sur le volume, la disposition du manche et la nature du métal employé. C'est ainsi qu'on en fabrique en argent, en étain, en mailleehort, en tissu élastique, en verre et en bois.

SPEDALIERI (Niccolo), publiciste italien, né à Bronte (Sicile) en 1740, mort à Rome en 1795. Il étudia la théologie et entra dans les ordres. Quelque temps après son admission, il partit pour Rome et obtint un canonicat à Saint-Pierre. On doit à ce modeste et infatigable travailleur, entre autres écrits : De' dirilli del uorno lib. VI (Assise, 1791, in-4«); Confutazione dell' esamedelcrislianesimo fatto da Gibbon nella sua Sloria délia decadenza (Plaisance, 1798, 2 vol. in-4°).

SPEDALIERI (Archangeio), médecin italien, neveu du précédent, né à Bronte en 1779, mort à Palerme en 1823. Il fit ses études médicales à Catane. Des revers de fortune le déterminèrent à abandonner la Sicile pour aller à Milan. Là, Moscati, qui jouissait alors de toute sa célébrité, le prit dans sa maison à titre de secrétaire; mais les talents de Spedalieri lui eurent bientôt gagné l'estime et l'affection de son protecteur, qui le fit nommer à Bologne professeur de clinique en second. Les succès de Spedalieri furent d'autant plus remarquables qu'il se trouvait placé à côté du professeur Testa, savant très-capable de faire des leçons théoriques, mais peu propre a briller dans l'enseignement de la pratique de l'art. Par suite des bouleversements politiques de l'Italie, il perdit sa position et revint à Milan, auprès de Moscati, qui lui fit donner la chaire d'anatomie et de physiologie comparée à l'université de Pavie. Dans ce poste difficile, il sut soutenir sa réputation k côté de Searpa. Vers 1821, sa santé s'alfaiblissant de jour en jour, il retourna en Sicile et se fixa à Palerme, où il mourut, laissant les ouvrages suivants : Medicinte praxeos compendium (Paris, 2 vol., 1815-1816); Iiiflessioni sopra una straordinaria rottura detto stomaco (Pavie, 1815 in-8u); Elogiostorico di G. F. Inyrassia, célèbre medico e anatomico siciliano (Milan, 181 G), etc.

SPÉE s. f. (spé). Variante orthographique du mot cépée.

SPEECH s. m. (spltch — mot angl.). Fam. Discours de circonstance : Prononcer un speech , un long speech , un speech bien senti.

SPEED (John), historien et géographe anglais, né à Farington (Cheshire) en 1552, mort à Londres en 1629. 11 était tailleur à Londres, et c'est seulement k cinquante ans, après des études assidues auxquelles il consacrait les loisirs de su profession, qu'il se décida à retracer l'histoire et à décrire les antiquités de son pays. Ses œuvres sont: Théâtre of Great Brituin (Londres, 1606, in-fol.) ; Ilistory of Great Britain (Londres, 1614, in-fol.); The Cloud of voitnesses (Londres, 1616, in-8°).

SPEGEL (Haquin), poëte, historien et théologien suédois, né à Ronneby en 1645, mort à Upsal en 1713. Prédicateur de la reine douairière à Stockholm, puis prédicateur et confesseur de Charles XI, il devint successivement êvêque de Skava (1686), de Linkœping(l692) etenfin archevêque d'Upsai (1711). Ses principaux écrits sont: l'Œuvre et le repos de Dieu, poésies (Stockholm, 1085, in-8°) ; le Paradis ouvert et fermé, poème ; Histoire ecclésiastique de la Su«rf«"(Linkœping, 1707, 2 vol.); Glossarium suevo-gothicum (Lund, 1712).

SPEICHER, village de Suisse, dans le canton d'Appenzell, à 4 kilom. N.-O. de Trogen, sur la route de cette ville à Saint-Gall ; 2,500 hab. reformés. Ce villuge agi éable, situé sur un monticule entouré de belles prairies, est célèbre dans l'histoire des Suisses par la victoire que les intrépides habitants de l'Appenzell y remportèrent le 15 mai 1403 sur les troupes bien plus nombreuses de l'abbé de Saint-Gall.

SPEIGHT'S-TOWN, ville de l'Amérique centrale, dans les Antilles anglaises, sur la côte occidentale de l'île de la Barbade, à 16 kilom. N. de Bridge-Town ; 2,000 hab.

SPEIRÉDON1E s. f. (spè-ré-do-nl — du gr. speirêdon, en spirale), lîntom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des noctuèlides.

SPEIRÉE s. f. (spè-ré — du gr. speirô, je dissémine). Bot. Genre de champignons, du groupe des toruléeS.

SPEISS s. m. (spèïss). Métall. Minerai de nickel qui a subi un premier grillage.

SPEKE (John-Hanning) , célèbre voyageur anglais, né à Jordans, près d'Ilminster (comté de Somerset), en 1827, mort près de Bath le 15 septembre 1864. 11 l'ut élevé dans un collège de province et manifesta fort jeune une très-grande passion pour la chasse et les exercices corporels. Sa vocation le poussa à prendre du service daus l'année, et en 1844, à l'âge de dix-sept ans, il partit pour l'Inde,

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où il fut incorporé dans la division du général Campbell, avec le grade d'officier subalterne. Il fit sous lord Gough la campagne du Pendjab. Nommé capitaine du 46e régiment d'infanterie indienne au Bengale, il se distingua dans plusieurs combats, entre autres ceux de Ramnugfrur et de Sadcul&pou, où il reçut une légère blessure. Comme il avait, pendant la durée de la guerre, donné de nombreuses preuves de sa bravoure et de la variété de ses connaissances en histoire naturelle, le capitaine Speke n'eut pas de peine k obtenir de ses chefs, après ta cessation des hostilités, la permission de se livrer, dans l'Himalaya et le Thibet, à des recherches minéralogiques et zoologiques.

Ses travaux pacifiques lui acquirent une liberté de plus en plus grande. En 1854, il obtint un congé pour l'Europe. Se trouvant de passnge à Aden, sur la côte orientale d'Afrique, il y rencontra le capitaine Burton, chargé par le gouvernement colonial d'explorer 1 Afrique orientale et qui organisait en ce moment son expédition. Burton vit dans le jeune officier une utile et vaillante recrue, qu'il s'empressa d'associer à son entreprise; mais ils ne purent, comme ils en avaient l'intention, pénétrer au centre du continent africain et revinrent peu de temps après leur départ. Sur ces entrefaites, la guerre de Crimée éclata. Le capitaine Speke y prit part, comme volontaire, dans les troupes organisées par le sultan. Là, comme dans l'Inde, il réalisa de nombreuses explorations scientifiques et fit une étude spéciale de la faune du Caucase. Mais Burton n'avait pas renoncé à son entreprise et se décidait une seconde fois à pénétrer au cœur de l'Afrique. Lorsque le capitaine Speke apprit cette nouvelle , il laissa les herborisations et vint rejoindre son compagnon sur la côte de Zanzibar en 185G. Au mois de juin de l'année suivante, Burton et Speke repartirent ensemble de Zanzibar, Ils s'avancèrent dans l'intérieur de l'Afrique par le pays d'Ouzaramo , traversèrent le Zoungoméro et l'Ougogo et arrivèrent à Kazeh, dans l'Ounyamonezi (terre de la lune). Le 13 février 1858, Speke, laissant son compagnon malade à Oujiji, alla explorer pendant vingt-sept jours, dans un canot, un vaste lac. La caravane quitta le lac vers la fin du mois de mai 1858 pour revenir à la côte. A Kazeh, où l'on repassa, des marchands arabes parlaient d'un grand lac situé au nord, à quinze ou vingt jours de marche. Speke, accompagné d'une partie de l'escorte, marcha à la découverte de ce lac, laissant à Kazeh Burton pris de fièvre. Il se mit en route le 9 juillet 1858, et après vingt-cinq jours de marche, à 226 milles au nord de Kazeh, il atteignit la rive méridionale du nouveau lac, désigné par les Arabes sous le nom d'Oukéréoui et par les indigènes sous celui de Nyanza. En bon Anglais, Speke appela lac Victoria cette immense étendue d'eau dont la pointe méridionale, d'après ses calculs, était située à 2° 24'. Speke pensa qu'il fallait rattacher ce lac aux sources du Nil et que l'antique fleuve devait s'échapper de cette masse d'eau. Il fit part de sa découverte à Burton, qui le désenchanta. Ce dernier n'admettait pas que son compagnon eût pu songer au Nil. Son scepticistne à cet égard, tout en s'appuyunt sur l'incohérence des détails géographiques donnés à son compagnon par les indigènes, provenait aussi d un certain dépit do n'avoir point participé à la découverte d'un nouveau lac. Il résulta de leurs discussions à ce sujet un grand refroidissement dans leurs rapports, et, à partir de ce moment, ils cherchèrent l'un et l'autre à amoindrir leurs découvertes respectives.

La Société de géographie de Paris, ayant à décerner un prix pour la découverte la plus importante se rapportant à l'année 1857, fut unanime pour l'accorder aux capitaines J.-H. Speke et W.-F. Burton, pour leur exploration des lacs de l'Afrique orientale.

Speke considérait le lac Victoria comme point de départ du Nil Blanc et il brûlait du désir de l'explorer, car il n'en avait vu que la rive méridionale. 11 fit partager ses vues k sir Mun:hison, qui obtint, pour le voyageur, de la Société de géographie de Londres, dont il était président, un subside de 2,500 livres Sterling.

Speke partit d'Angleterre avec le capitaine Grantle 4 avril 1860 et entra le 4 juillet dans le port du Cap, où le gouverneur lui donna une escorte de Hottentots. Le 2 octobre, l'expédition, composée de 220 hommes d'escorte, partit de Bagamoyo, traversa l'Ouzaraino, Kazeh et arriva dans le Karagoué, pays montagneux, coupé de torrents qui se jettent dans le lac Victoria. Le roi du Karagoué, Roumanica, accueillit les voyageurs avec empressement, leur fit des cadeaux et donna à Speke des renseignements sur les contrées qu'il allait parcourir. Celui-ci vit la rivière de Kitangoulé, à laquelle il assigne approximativement une largeur moyenne de 25 mètres, et il apprit dans le Karagoué qu'à l'ouest du lac Victoria existait un autre lac désigné sous le nom de Louta- Nzi^é, qu'on pouvait traverser en une semaine, taudis qu'il fallait un mois pour franchir en canot la longueur du lac Victoria. Ce lac Louta-Nzigé est celui que Baker découvrît quelques années après et qu'il baptisa du nom de lac Albert.

Du Karagoué, Speke s engage dans l'Ouganda, pays riverain du lac Victoria. Le

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