‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 640 sur 1059 · SP1L · texte numérisé non relu

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exerce une action plus salutaire; mais le meilleur contre-poison parait être le suc du nandhirobe.

Dans quelques provinces du Brésil, on emploie la spigélie glabre comme excitante, fébrifuge et sudoiïfique; sa racine ressemble à celle de la valériane. La médecine homeeopathique se sert aussi de la spigélie, sans désignation d'espèce; mais la difficulté de s'en procurer dans le commerce, même pour l'administrer à très- petites doses, fait que ce médicament est très-peu usité.

spigélie, ÉE adj. (spi-jé-li-é — rad. spigélie). Bot. Qui ressemble ou se rapporte à la spigélie.

— s. f. pi. Tribu de la famille des spigéliacées, ou de celle des loganiacées, ayant pour type le genre spigélie.

SPIGÉLINE s. f. (spi-jé-Ii-ne — rad. spigélie). Chim. Substance extraite des feuilles et des racines d'une espèce de spigélie.

SPIGNOMONTFERRATO, bourgdu royaume d'Italie, province d'Alexandrie, district et a. 15kiiom. S.-O. d'Acqui, ch.-l. de mandement; 2,633 hab. l'oterie, papeterie.

SPILAMBERTO, bourg du royaume d'Italie, province, district et à 14 kiloin. S.-E. de Modène, mandement de Vignola, sur la rive gauche du Panaro; 3.537 hab.

SPILANTHE s. m. (spi-lan-te — du gr.

spilos, tache ; anthos, fleur). Bot. Genre de plantes, de la fcmiille des composées, tribu des sénéeionées, comprenant une cinquantaine d'espèces, qui croissent dans les régions tropicales, surtout en Amérique : Le Spilanthe se cultive pour l'assaisonnement des salades. (Bosc.)

— Encycl. Les spilanthes sont des plantes annuelles, à feuilles opposées, entières, et à fleurs jaunes, groupées en capitules discoïdes ou rayonnes, disposées sur un réceptacle eonvexe ou conique, entouré d'un involucre formé d'une double rangées d'écaillés. Les espèces très-nombreuses de ce genre croissent dans les régions tropicales, et surtout en Amérique. Le spilanthe oléracé, vulgairement nominé abécédaire, cresson de Para, etc., ne dépasse guère la hauteur de0">,30; sa tige dressée, rameuse, diffuse, d'un vert un peu violacé, porte des feuilles ovales, sinuées, dentées, glabres, d'un vert clair, et des fleurs d'un jaune pâle, en capitules longuement pédoncules. Le spilanthe brun , appelé aussi cresson du Brésil, n'est probablement qu'une simple variété du précédent, dont il diffère par ses feuilles d'un vert sombre ou un peu roussâtre et par ses capitules de fleurs d'un jaune verdâtre à la base et brunâtre au sommet.

Le spilanthe croit dans les régions chaudes de l'Amérique du Sud, notamment au Brésil et au Pérou. On le cultive quelquefois ea Europe, dans les jardins maraîchers. Il demande une exposition chaude, mais n'est pas difficile sur la nature du sol, bien qu'il végète mieux dans une terre légère et sablonneuse. On le propage de graines, semées sur couche au printemps, ou, si l'on veut une récolte plus hâtive, en pots et sous cloche ou sous châssis. Quand les jeunes plants sont assez forts, on les repique et on arrose fréquemment pour faciliter la reprise. La plante ne demande ensuite aucun soin particulier et se ressème souvent d'elle-même, quand la sol et l'exposition lui conviennent. On récolte les feuilles avant la floraison et les capitules floraux quand ils sont bien développés, mais non encore ouverts; ceux-ci perdent par lu dessiccation la majeure partie de leurs propriétés.

Le spilanthe a une odeur aromatique, une saveur chaude et piquante, analogue à celle du cresson. L'analyse chimique y constate une huile volatile, odorante, acre ; une matière gommeuse, de la cire, un principe colorant jaune .et des sels de potasse. On mange les feuilles de cette plante en mélange avec les salades, dont elles relèvent la saveur. Elles excitent beaucoup la salivation, et on les emploie souvent comme masticatoire. C'est un excellent antiscorbutique, qui peut avantageusement remplacer le cochléaria. On lui attribue aussi des propriétés vermifuges et hydragogues. On prépare avec celte plante uu alcoolat qui possèdo les mêmes vertus. Les capitules entrent dans la composition du médicament appelé Paraguay Roux, qui a joui d'une grande réputation comme odontalgique et sialagogue. Du reste, il suffit de frotter les gencives avec cette plante pour produire une sensation de fourmillement plutôt gênante que désagréable.

Le spilanthe acmelle est une plante annuelle, à feuilles ovales lancéolées, presque glabres, et à fleurs petites, groupées en capitules ovoïdes. Cette espèce croît dans l'Inde; eile a un saveur piquante et poivrée qui va jusqu'à l'àcreté et excite beaucoup la salivation ; aussi l'emploie- t-on quelquefois pour guérir l'engorgement des glandes salivaires et pour tonilier les gencives. Le spilanthe brûlant a une racine dont la saveur est âcra et chaude comme celle du pyrèthre. On l'emploie, dans certains pays, contre les maux de dents; on lui a attribué aussi des propriétés lithontriptiques. Le spilanthe tinctorial croît en Chine et en Cochinchine; on en retire une matière colorante bleue, qui a beaucoup d'analogie avec l'indigo. Le suc da

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quelques spilant/ies a été préconisé contra la morsure des serpents. On trouve dans les jardins botaniques quelques espèces qui se rapprochent des précédentes par leurs propriétés. SPILBERG ou SPIELBEHG (Jean), peintre allemand, né à Dusseldorf en 1619, mort dans la même ville le 10 août 1690. Il étudia la peinture à Amsterdam sous Govaert Klinck et fut le peintre favori du duc Wolfgang. I) fit quelques tableaux pour l'électeur de Brandebourg, et fut chargé par l'électeur palatin Jean-Guillaume de peindre le tableau du maître-autel de l'église de Roiremont et les Travaux d'Hercule, de grandeur colossale, pour le château de Dusselbourg. Spilberg a peint surtout des portraits ; on a aussi de lui quelques tableaux historiques assez remarquables. On cite surtout comme un de ses chefs-d'œuvre : la Muse de la musique, entourée d'un groupe de belles femmes, de grandeur naturelle. — Sa fille, Adrienne, née à Amsterdam en 1646, peignait au pastel avec beaucoup de talent. Elle épousa en 1684 le peintre Guillaume Brickart ou Breckvelt , et, après la mort de celui-ci, Eglon van der Neer, autre peintre hollandais.

SP1LBERGBN (Georges de), navigateur hollandais, né au xvia siècle. Envoyé aux Indes en 1501 par la compagnie de Zélande, il arriva sur les côtes de Geylan le 28 mai 1602, se rendit ensuite a Aehem, dans l'Ile de Sumatra, et revint en Europe en 1604. En 1614, il reçut le commandement d'une escadre qui devait aller aux Moluques par le détroit de Magellan, battit une escadre espagnole de huit vaisseaux sur la côte du Pérou, près de Callao, remporta plusieurs autres succès sur 1rs Espagnols et, après avoir visité différentes lies de l'océan Pacifique, arriva à Java, où il prit à son bord Le Maire et Schouten, dont le vaisseau avait été confisqué. Il considéra ou fit semblant de considérer ces deux navigateurs, qui venaient de faire, sur leur vaisseau VEndragkt, le tour du monde, comme des imposteurs. 11 fut de retour en Hollande en 1617. Le journal de voyage de Spilbergen, rédigé en hollandais par Jean Cornelissen de Mayz, écrivain du vaisseau amiral, parut sous ce titre : Spéculum orientalis occidentalisque Indis navigationum quarum una Georgii a Spilbergen, altéra Jacobi Le Maire auspiciis direcla est, annis 16H-16I8 (Leyde, 1619, in-4" oblong), avec cartes et figures, traduit en français, même format (Amsterdam, 1621), en allemand (Francfort, 1625, in-fol.). L'ouvrage de Spilbergen se trouve aussi dans les recueils de Debry et de Purchas, et dans ie tome VIII des Voyages de la compagnie des Indes, Le tome IV des Voyages de la compagnie contient un récit du premier voyage de Spilbergen dans les Indes.

SPILE s. m. (spi-le — du gr. spilos, tache). Bot. Ombilic, point d'attache de la graine des graminées.

SP1LENBERGER (Hans), peintre et graveur allemand. V. Spielberokr.

SP1MMBERGO, ville du royaume d'Italie, province d'Udine, chef-lieu de district et de mandement, à 31 kilom. O. d'Udine, près de la rive droite dtiTagliamento; 4,855 hab.

SP1LINGA, bourg du royaume d'Italie, province de la Calabre Ultérieure Ile, district de Monteleone,mandemei)tdeTropea; 2,191 hab.

SP1LITE s. f. (spi-li-te — du gr. spilos, tache). Miner. Roche à base de vake, renfermant des noyaux ou des veines calcaires et divers autres minéraux.

— Encycl. La spilite est en général d'une faible dureté et se décompose facilement sous l'action de l'atmosphère. Le calcaire qui remplit ses cavités est attaqué le premier; les vides qui se produisent alors donnent à la roche l aspect d'une lave poreuse. La spilite est d'origine ignée; elle s'est épanchée à la surface du sol, de manière à former des collines ou des montagnes peu élevées, terminées ordinairement en cônes irréguliers. Elle n'offre aucune trace de stratification, mais souvent une tendance marquée à la division en prismes. Cette roche présente plusieurs variétés ; on distingue la spilite cojnmune , la spilite veinée, la spilite porphyrique , la spilite zoo* tique, etc.

SPILLER DE ÎIÀUENSCHILD ( Richard - Georges), littérateur allemand, né a Breslau en 1822, mort en 1855. En quittant l'université d'Heidelberg, où il avait particulièrement étudié la jurisprudence, l'histoire et la philosophie,, il parcourut l'Allemagne, la Suisse, la France, la Belgique, l'Italie et se retira, en 1S43, en Silésie, dans son château de Tscheidt, près de Bauerwitz, où il termina sa vie. Georges Spiller de Hauenscliild, qui est également connu sous le pseudonyme de Max Waltinu, est un des écrivains les plus distingués de l'Allemagne contemporaine. Ses ouvrages en vers et en prose se font surtout remarquer par le soin extrême du style, par la chaleur et la vérité des sentiments, par l'élévation des idées. Ses romans, dans lesquels il a émis des idées politiques très-avancées, ont beaucoup contribué ksa réputation. Parmi les ouvrages de Hauenscbiid, nous citerons : On conte de fées (Heidelberg, 1847); Feuilles au vent, recueil de poésies lyriques (Leipzig, 1848); une imitation des sirvenles de Peyro Cardinal (Leipzig, 1850) ; Pour Kinkel (1850) ; Cûrdula, légende du pays des Grisons (1851); Rahal ( 1854) et trois romans fort remarqua-

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bles, intitulés : D'après nature (Hambourg, 1850- 1851, 8 vol.); Épisode de la vie des gentilshommes (Hambourg, 1850) ; Aimery le jongleur (1852, 5 vol.).

SPILOBOLE s. m. (spi-lo-bo-le — du gr.

spilos, tache; bolos, jet). Bot. Genre de champignons, de la tribu des sphéropsidés.

SPILOCÉE s. f. (spi-lo-sé). Bot. Genre de champignons, de la famille des urédinées, tribu des coniopsidées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent sous l'épiderme des plantes vivantes et le percent ensuite.

SPILOGASTRE adj. (spi-lo-ga-stre — du gr. spilos, tache ; gastêr, ventre). Zool. Qui a le ventre tacheté ou ponctué.

» — 's. m. Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu de3 museides, comprenant plusieurs espèces, qui vivent au bord des marais, et dont l'espèce type se trouve dans toute l'Europe : Les spilogastres sont très-voisins des arides. (E. Desmarest.)

SPILOM1CRE s. m. (spi-lo-mi-kre — du gr. spilos, tache; mikros, petit). Entom. Genre d'insectes hyménoptères, de la famille des proctotrupiens.

SPILOMYIE s. f. (spi-lo-mi-î — du gr. spilos, tache ;muia, mouche). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des brachystomes, tribu des syrphides.

SPILONOTE s. f. (spi-lo-no-te — du gr.

spilos, tache; notas, dos). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des tortricites ou tordeuses.

SPILOPLAXIE s. f. (spi-lo-pla-ksî — du gr. spilos, tache; plax , plaque). Pathol. Maladie de l'Inde qu'on a reconnue être identique à l'éléphantiasis. Il Nom spécifique do l'éléphantiasis tuberculeux.

SPILOPTÈRE adj. (spi-lo-ptè-re — du gr.

spilos, tache ; pteron, aile), Zool. Qui a les ailes tachetées.

SP1LORN1S s. m. (spi-lor-niss — du gr.

spilos, tache ; omis, oiseau). Ornith. Genre de rapaces diurnes, formé aux dépens des circaètes, section des faucons.

SP1LOSOME s. in. (spi-lo-so-me — du gr. spilos, tache; soma, corps). Entom. Syn. d'AReriE, genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des chélonides.

SPILOTE adj. (spi-lo-te — du gr. spilâtos, taché. La dérivation est irrégulière, car spilâtos signifie, non pas tacheté, marqueté, mais taché, souillé, sali). Hist. nat. Tacheté, marqué de taches colorées.

— s. m. Erpét. Genre de reptiles ophidiens, formé aux dépens des couleuvres.

— s. f. Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des lamellicornes, tribu des scarabées phyllophages, dont l'espèce type habite Java.

— s. f. pi. Groupe d'insectes lépidoptères nocturnes, formant une section de la tribu des géomètres ou arpenteuses.

SPILOTHYRE s. m. (spi-lo-ti-re — du grspilos, tache; thuris, fenêtre). Entom. Genre d'insectes lépidoptères diurnes, de la tribu des hespérides, comprenant quatre espèces, dont le type habite le centre et le midi de la France : Les spilothtres ont la massue des antennes piriforme , sans courbure. (E. Desmarest.)

— Encycl. Les spilothyres sont caractérisés par des antennes en massue piriforme ; des palpes écartées, très-velues; le thorax trèsrobuste; les ailes supérieures à taches transparentes ou vitrées , les ailes inférieures profondément dentées, plus courtes que l'abdomen. Les chenilles sont courtes, cylindriques, rugueuses, pubescentes ; les chrysalides sont couvertes d'une poussière blanchâtre et renfermées dans une coque. Parmi les espèces peu nombreuses de ce genre, quatre habitent l'Europe; les chenilles vivent en général sur les malvacées. Le spilothyre de la mauve paraît en mai et en juillet et se trouve communément dans les bois et les jardins. Les chenilles da cette espèce qui ne se sont pas métamorphosées avant l'hiver s'enferment, jusqu'au printemps, dans les tiges des bardanes et des chardons.

SPILSBURG (Inigo), dessinateur et graveur anglais, né en 1730, mort en 1795. It établit en 1760, à Londres, un commerce d'estampes et remporta, en 1761 et 1762, par deux gravures d'après Reynolds, le premier prix de gravure à la Société d'encouragement des arts et des sciences de Londres. 11 a gravé d'après un grand nombre de peintres, surtout des portraits. On cite, parmi ces portraits : | Inigo Joues, d'aprèsVan Dyck; Howard, d'à- j près Reynolds; le Roi George III et la reine t Caroline; Benjamin West ; Abraham chassant , Agar, d'après Rembrandt. Parmi ses autres gravures, on signale une Suite de six paysages, d'après Marc Ricci ; un Petit garçon mangeant des raisins ; Deux ermites (en buste) lisant dans le même livre, d'après Rnbens; la Fuite en Egypte et le Crucifiement, d'après Rembrandt; quatre sujets différents en points rouges, d'après Angelica Kauffmann.

SP1N s. m. (spain). Vitic. Variété de raisin qu'on cultive aux environs de Cahors.

SPINA s. m. (spi-na — mot lat. qui signif. épine). Ornith Genre de passereaux, formé aux dépens des bruants.

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SPINA, ville de l'empire romain, clans la Gaule Cisalpine, à l'embouchure la plus méridionale du Pô. C'était, croit-on, une colonie pélasgique.

SPINA (Alexandre dei.la), né à Pise vers le milieu du xme siècle, mort dans la même ville en 1313. On lui a attribué faussement l'invention des lunettes, qui est due a Salvino degli Arroati. Spina, qui appartenait à l'ordre des FVères prêcheurs, s'est contenté d'enluminer des manuscrits.

SP1ISA ou DE L'ESPINE (Alphonse) , théologien espagnol du xve siècle. Il était religieux de l'observance de Saint-François et docteur de l'université de Salamanque, et fut chargé par quelques évèques de la recherche des hérétiques dans leurs diocèses. 11 est l'auteur d'un ouvrage théologique dirigé contre les Sarrasins et surtout contre les juifs, intitulé : Fortalitium fidei in universos Christian^ reliffionis hastes; Judsorum et Saracenorum non invalido brevis «ce minus lucidi compendii vallo rabiem cokibens; Fortitudinis turris non abs re appellatum quinque turrium inexpugnabilium munimine radians; succincte admodum et ad amussim guinçueparlium librorum fnrragine absolutum (Nuremberg, 1494-1498; Lyon, 1511-1525, in-4°).

SPINA-BIFIDAs. m. (spi-na-bi-fi-da — mot lat. qui signif. épine bifide). Pathol. Affection congénitale, déterminée par l'ossification incomplète des lames de quelques vertèbres, et par une tumeur remplie de liquide faisant hernie à. travers l'ouverture anomale du canal rachidien.

— Encycl. D'après Cruveilhier , la cause déterminante de l'hydrorachis ou spina-bifida serait une adhérence accidentelle et contre nature de la moelle épiniére et de ses membranes avec les téguments. Quoi qu'il eu soit, l'affection est toujours congénitale, et le canal rachidien est imparfaitement fermé sur l'un de ses points; delà, la dénomination de spina-bifida donnée a la maladie.

Le spina-bifida est assez fréquent. Chaussier en a observé vingt-deux cas sur cent trente-deux enfants nés avec différents vices de conformation.

La tumeur du spina-bifida se présente sons la forme d'une tumeur ordinaire située le long de la colonne vertébrale. Elle occupe exceptionnellement la région cervicale, plus souvent la région dorsale, et presque toujours les régions lombaire etsacrée. Son volume varie depuis celui d'une petite noix jusqu'à celui de la tête d'un adulte. Elle est tantôt pédiculée, tantôt à large base ; dans le premier cas, il n'y a qu'une ou deux vertèbres de disjointes; dans le second, il y en a un plus griind nombre. Si le canal rachidien se trouve ouvert dans une assez grande étendue, on observe une tumeur ovalaire dont le grand axe est vertical. Quelquefois, il existe plusieurs tumeurs en même temps; elles sont alors inoins volumineuses. Enfin, on a vu des cas où, le canal étant ouvert dans toute sa longueur, la tumeur consistait en un relief anomal s'étendant depuis ''occipital jusqu'au sacrum. La quantité du liquide contenu dans ces tumeurs peut aller jusqu'à 750 grammes. Les téguments conservent d'ordinaire leur coloration naturelle. Cependant, lorsque la tumeur devient volumineuse, la peau distendue s'amincit; elle est transparente, rouge ou violacée au centre de la. tumeur. Quelquefois même elle s'éraille et l'on voit transsuder le liquide à travers Tes parois du foyer. Enfin, on trouve exceptionnellement des cas où la peau est brusquement interrompue à la base de la tumeur, et celle-ci est constituée par les membranes mêmes de la moelle épiniére. La tumeur est dure et rénitente quand on tient le sujet debout.; elle devient molle si l'on place la tête au-dessous du niveau du tronc. L'expiration produit souvent le premier effet; l'inspiration, le second. La pression réduit en partie la tumeur. Cruveilhier a constaté des pulsations isochrones à celles da pouls. Lorsqu'il existe plusieurs tumeurs, en comprimant l'une on fait passer le liquide dans l'autre, et la première diminue de volume tandis que la seconde augmente. Le mémo phénomène se produit dans les cas fréquents d'hydrocéphalie concomitante, lorsqu'en pressant sur la tête on fait passer le liquide dans le canal rachidien.

Le pronostic de l'hydrorachis est essentiellement grave, surtout lorsque la tumeur siège dans la région cervicale. L'art est presque toujours impuissant. Cependant, le spina-bifida lombaire n'est pas incurable. La terminaison la plus fréquente de cette maladie est la rupture de la tumeur, suivie bientôt de la mort par une méningite. A l'autopsie , on trouve des altérations des vertèbres, du liquide rachidien et de la moelle allongée. Les vertèbres sont divisées en deux parties latérales, tantôt au niveau du corps, tantôt au niveau des lames ; le premier cas est le plus rare. Quelquefois , il y a absence complète des arcs latéraux. Le liquide, plus ou moins abondant, est ordinairement limpide, de couleur citrine, insipide ou salé; il est parfois mêlé à des iiocons albumineux et à une matière sanguinolente. L'épanchement communique toujours avec le cerveau, qui peut être sain ; mais il n'en est pas ainsi de la moelle, où se rencontrent les plus graves désordres. En effet, ce cordon est quelquefois divisé en deux parties distinctes , écartées l'une de

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l'autre; ou bien encore Us faiscemix qui le constituent sont disjoints, détruits; la moelle est décomposée et fait partie de la tumeur. D'autres fois, elle est ramollie, atrophiée, absente vis-à-vis de l'hiatus vertébral. Branner l'a trouvée percée au centre d'un canal rempli de sérosité communiquant avec la tumeur.

Laborie résume ainsi qu'il suit les indications de l'opération du spina-bifida : 1» si l'enfant parait bien constitué et que la tumeur soit unique; 2° si la tumeur est pédiculée ; 3» si la peau qui revêt la tumeur est complètement formée et qu'elle ne soit pas ulcérée et si h travers la peau on reconnaît une transparence uniforme de la tumeur; 4° si la pression exercée sur tous les points de la tumeur ne détermine que peu ou point de douleur; 5<> si les mouvements imprimés à la tumeur pour la déplacer sont indolores ; 6° si la tumeur est franchement fluctuante et si partout on peut apprécier au même degré le flot du liquide à travers la paroi externe. Quand on ne rencontre point la réunion de tous ces symptômes favorables, il est inutile d'opérer un enfant condamné fatalement à une mort prochaine. Le procédé opératoire à l'aide duquel on a obtenu quelques succès consiste dans l'acupuncture répétée de temps en temps et dans l'application d'un bandage comprexsif à pelote concave, analogue à celui qu'on emploie dans le traitement I de la hernie ombilicale non réductible. Vel- ' peau et Chassaignac ont employé l'injection iodée ; Dubois, l'étranglement et la suture ; mais tous ces moyens, toujours dangereux, offrent peu de chance de succès.

I — Bibliogr. Hochstetter, Dissertatio de . spina bifida (Altorf, 1703); Saltzm;mn , , Dissertatio de quibusdam tumoribus iunicatis externis (1710); Ulhoorn, Epistola de spina bifida (Amsterdam, 1733); Pattner , Programma de spina bifida (Vienne, 1754) ; Mathey, Séance publique de la Société royale de médecine de Paris (1779) ; Murray, Programma i spins bifids (Gœitingue, 1779); Œnine, De i morbis recenter natorum cldrurgicis (Leipzig, 1783) ; Decnen, Historia spinas bifidx (Marbourg, 1801); Budiu, Dissertation sur lespinabifida (an XII); Terris, Considérations géué- I rates et observations particulières sur le spina- \ bifida, dans le Journal général de médecine i (1806); Okes, An account of spina bifida ; (Ctimbrid^e, 1810J; Neuendorf, Dissertatio de j spina Oifida curutione radicali ( Leipzig , l 1820) ; Fieischinnnn, De vitiis congénital! bus circa thoracem et abdomen (Erlangen, 1822) ; Andral, article hydrorachis au Dictionnaire I en 21 volumes; A. Couper, Some observations i on spina bifida, dans les Med. chir. iransact. (iSll); Ollivier, article hydrorachis du Die- | tionnaire de médecine en 30 volumes (1837); Ollivier, Traité des maladies de la moelle épiniére (Paris, 1837, 30 édït.); Dubourg, Mémoire sur la cure radicale du spina-bifida, dans la Gazette médicale (1841); Laborie, Hydrorachis lombo-sacré , dans les Annales de la chirurgie française et étrangère (Paris , 1845); Caille, De 'l'hydrorachis, thèse (Paris, 1843); Malguigne, De la nature et du traitement du spina-bifida, dans le Journal de chirurgie (1845); Lutil deThiinecourt, Observations de spina-bifida, dans le Journal de chirurgie (1846) ; Beaunier, Observation duspinabifida guéri par la ligature, dans le Journal de chirurgie (1847); Decourt, Du spina-bifida, thèse (Paris, 1853); Bevalet, Du spina-bifida, thèse (Pars, 1857); Robin, Du spina-bifida, thèse (Paris, 184S). V. les Traités classiques de pathologie externe.

SPiNACANTHE s. m. (spi-na-kan-te — du lat. spina, épine, et du gr. altanthti, mémo signif'.). Iehthyol. Genre de poissons cycloïdes, de la fii mille des blennioïdes, comprenant une espèce fossile du monte Bolea.

SPINACE adj. (spi-mi-se — du lat. spinax, aiguidat). Iehthyol. Qui ressemble ou qui se rapporte à l'aiguillât.

— s. m. pi. Section de la famille des squales, ayant pour type le genre aiguillât.

SPINACHE s. m. (spi-na-che — du lat.

spina, épine). Iehthyol. Nom vulgaire dugastré, espèce d'épinoche de mer.

SPINA CI A s. m. (spi-na-si-a — du lat. spina, épine). Bot. Nom scientifique du genre épinard.

SPINACIÉ, ÉE adj. (spi-na-si-é - du lat. spinacia, épinard). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte à l'épinard.

— s. f. pi. Tribu de la famille des atriplicées, ayant pour type le genre épinard.

SPINACIN, IKE adj. (spi-na-sain, i-ne).

Iehthyol. Syn. de spinace.

SPINACORH1NE s. m. (spi-na-ko-ri-ne — du lat. spinnx, aiguillât, et du gr. rhin, nez). Iehthyol. Syn. de squalobava, genre de poi-ssons, tenant à la fois des squales et des raies, et dont l'espèce type est fossile du terrain liasique.

SPINA1RE s. m. (spi-nè-re — du lat. spina^ épine). Entom. Genre d'insectes hyménoptères, de la tribu des braconides, comprenant trois ou quatre espèces, qui habitent l'Inde.

SPINAL, ALE adj. (spi-nal , a-le — du lat. spina, épine). Anat. Qui appartient, qui a rapport à l'épine dorsale : Nerf spinal. Il Moelle spinale, Nom donné quelquefois à la moelle épiniére. B Nerf spinal, Nerf qui naît de la partie latérale postérieure de la moelle

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l'-pinière, au-dessus de la racine postérieure du quatrième nerf cervical.

— Encycl. Nerf spinal. On donne ce nom à un nerf qui part de la partie latérale postérieure de la moelle épiniére, au-dessus de la racine postérieure du quatrième nerf cervical et quelquefois pins bas. 11 remonte entre le ligament dentelé et les racines postérieures des nerfs cervicaux correspondants jusque dans le crâne, où il entre par le grand trou occipital. Il en sort par le trou déchiré postérieur et traverse le muscle sterno-mastoîdien pour venir se perdre dans le trapèze. Le nerf spinal se compose de deux portions anatomiquement distinctes par leur origine, | une branche interne qui provient de la moelle allongée et une branche externe qui naît de la moelle épiniére cervicale.

Le nerf spinal agit sur les fonctions du larynx et n'a aucune part dans le gouvernement des autres organes qui reçoivent le pneumogastrique (estomac, cœur, poumon).

Quand on enlève ce nerf ou qu'on le coupe chez un animal , on observe la disparition de la voix et udb certaine gêne de la déglutition. Après l'arrachement d'un seul nerf spinal, la voix devient rauque; après l'arrachement des deux nerfs, l'aphonie est complète. L'animal ne peut plus produire que des souffles expiratoires, m;iis point de voix. Le larynx est tantôt un appareil vocal, quand le spirtall'oxcite, tantôt un appareil respiratoire, quand le pneumogastrique seul l'influence.

La gêne de la déglutition qui survient après l'ablation des nerfs spinaux s'explique par la suppression des filets nerveux que le spinal envoie aux muscles du pharynx. Elle n'est d'ailleurs que gênée, mais non point abolie, attendu que le pharynx reçoit toujours des îilets des nerfs pneumogastriques et glossopharyngiens. Quand, au lieu d'enlever le spinal tout entier, on pratique seulement la section de sa branche externe , la voix et la déglutition restent intactes, mais les muscles trapèze et sterno-clèido-mastoïriien, dans lesquels se répand cette branche externe, sont paralysés en partie et le thorax n'est plus maintenu très-solidement.

Le nerf spinal, qu'on appelle aussi nerf accessoire de Willis, a été découvert par ce grand anatomiste, et ses fonctions ont été étudiées par Cl. Bernard.

SPINARELLE s. f. (spi-na-rè-le — du lat. spina , épine). Ichthyol. Nom vulgaire d'un poisson du genre céphalaeanthe.

SP1NA-VENTOSA s. m. (spi-na-vain-to-za — mois lat. qui signif. épine venteuse). Pathol. Maladie des os dans laquelle leur tissu se dilate et semble souftîé.

— Encycl. Sous cette dénomination, qui tend à disparaître du langage chirurgical actuel, les pathologistes ont décrit des affections osseuses très- diverses qui n'avaient d'autre caractère commun que leur apparence superficielle. Pour eux, le spina-ventosa étnit essentiellement constitué par une tumeur creuse formée aux dépens du tissu osseux , à parois très -minces et pour ainsi dire soufflée dans le point malade. A leurs yeux, il y avait là une maladie toute spéciale du tissu diploïque , qui se raréfiait et ilistei dait les lames compactes extérieures de l'os en les amincissant. Aussi celles - ci devenaient-elles crépitantes sous la pression du doigt comme du parchemin sec, et, si ou les traversait avec un stylet explorateur, l'instrument tombait dans une sorte de caverne osseuse. La plupart de ces tumeurs, surtout celles qui affectent les os des pieds et des mains chez les jeunes sujets, sont sous la dépendance du vice scrofuleux, et elles contiennent souvent de la matière tuberculeuse. Celles qu'on a observées chez les adultes sont de trois sortes : 1° des tumeurs fibreuses mélangées ou non avec des produits colloïdes; elles se montrentsurtoutaux maxillaires inférieur et supérieur et ont alors leur point de départ dans le canal dentaire; So des tumeurs à myéloplaxes et quelquefois des altérations osseuses consécutives à l'épithélioma; 3» des kystes a parois fibreuses ou non. Elles n'ont d'autre lien de communauté, comme on voit, que la distension et l'amincissement des os qu'elles atteignent. 11 n'y a d'autre remède contre le spina-veiitosa que l'ablation ou l'amputation. Le tissu osseux a subi, en effet, des modifications trop profondes dans sa structure pour qu'on puisse tfspérer son retour à l'état normal.

SPINAX s. m. (spi-nakss — du lat. spina, épine). Ichthyol. Nom scientifique du genre aiguillât, voisin des squales.

SP1NAZZ1 (Innocent), sculpteur italien du X.V1UC siècle. Il acquit de la réputation à Rome par sa statue colossale de Suinl Joseph Calazanzio, dans l'église Saint-Pierre. Il travailla ensuite pour le grand-duc LéopoUl à Florence ety n't un buste dugrand-duedans le palais Pilti, la statue de Eani et le monument de Machiavel k l'église Sauta-Croce. Il était président de l'Académie de sculpture et directeur de l'école de gravure de Florence.

SPINA.XZOLA, ville du royaume d'Italie, province de la Terre de Bari, district et à 35 kiloni. S.-O. de Barletta, chef-lieu de rnau- Uement; 10,174 hab.

SPlNCKES(Nathaniel), théologien anglais, n-3 à Castor, dans le Northamptonshire, en

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1653 ou 1654, mort en 1727. Il occupa plusieurs cures et en dernier lieu une prébende à Salisbury et la cure de Sainte-Marie, et fut destitué pour avoir refusé, par attachement aux Stuarts, de prêter serment h Guillaume et à Marie. Il a publié plusieurs ouvrages de controverse, relatifs au catholicisme en Angleterre et pour la défense de la cour de Rome. On cite, entre autres, l'ouvrage intitulé : l'Homme malade visité (1712). Ses Œuvres complètes ont été publiées (6e édition) en 1775.

SP1NCOCRT, bourg de France (Meuse), cb.-l. de canton, arrond. et à 32 kilom. S.-E. de Montmédy; pop. aggl., 459 hab. — pop. tôt., 479 hab.

SPINCTÊRULE s. f. (spain-kté-ru-le). Moll. Genre de coquilles microscopiques, qui doit être réuni au genre robuline.

SPINDALIS s. m. (spain-da-liss). Ornitb.

Syn. de taînGàka.

SP1NDLER (Charles), romancier allemand, né à Breslau en 179R, mort en 1855. Elevé à Strasbourg, où son père était organiste de la cathédrale, il s'enfuit de cette ville pour échapper à l'obligation du service militaire en France, embrassa la carrière théàtrule, qu'il suivit pendant longtemps, et finit par se consacrer tout entier à la littérature. Il a été l'un des romanciers les plus féconds et les plus goûtés de l'Allemagne contemporaine; mais la plupart de ses romans n'ont obtenu qu'un succès passager. Parmi ceux qui peuvent prétendre a une plus longue existence et dans lesquels éclate un véritable talent de conteur, nous citerons : Eugène de Kronstein ou les Masques de la vie et de l'amour (1824); le Bâtard (t826), tableau de mœurs de l'époque de l'empereur Rodolphe II qui établit la réputation de l'auteur; le /«!/(l827); le Jésuite (1829), et l'Invalide (1831). On lui doit, en outre, des traductions des romans français les plus remarquables de l'époque et un grand nombre de nouvelles, insérées en majeure partie dans le recueil littéraire qu'il publia à partir de 1830, sous le titre de : Ne-m'oubliezpas ( Vergissmeinniclit). Ses Œuvres complètes (Stuttgard, 1851-1856, nouv. édit.) comprennent 100 vol. in-16.

SPINELLANE s. m. (spi-nèl-la-ne — rad.

spinelle). Miner. Hydrosilicate d'alumine et de soude naturel, ainsi appelé autrefois à cause de sa couleur, qui présente une certaine ressemblance avec celle d'une variété de spinelle. il Ou l'appelle aujourd'hui ko-

SËANE, NOSIANB OU NOSINE.

SPINELLE s. f. (spi-nè-le — dirain. du lat. spina, épine. Le mot botanique est clair ; mais on ne saisit pas le rapport de la pierre qui porte le nom de spinelle avec une petite épine, et il ne semble pas probable qu'il faille rapporter spinelle en ce sens au latin spina) . Bot. Poil gros et fort, comparable à une épine,

— s. m. Miner. Nom donné à divers alurainates : Spinelle rouge. Spinelle bleu.

— Adjeetiv : liubis spinelle.

— Encycl. Miner. Les spinelles sont des aluminates qui constituent une famille d'espèces minérales, rapprochées entre elles par leur composition chimique, par leur forme

■ cristalline et, probablement aussi, par les conditions de leur formation.

Les spinelles proprement dits cristallisent, dans le système cubique, presque toujours en octaèdres réguliers, plus rarement en dodécaèdres rhoinboïdaax. Ils rayent le quartz et sont rayés par la topaze. Leur densité varie de a,i à 3,8, et ils peuvent avoir des colorations assez variées.

Le spinelle rouge ou rubis balais contient surtout de l'alumine, de la magnésie et de l'oxyde de chrome, quelquefois des traces d'oxyde de magnésie , lesquelles donnent une coloration uu peu violacée. Cette pierre précieuse est remarquable par son rose délicat, rarement foncé ; si on la regarde de travers, elle prend une teinte bleuâtre, et si on l'examina de près elle devient plus rouge.

On distingue encore dans les spinelles le rubis spinelle ou spinelle rubis, variété écarlute d'un grand feu et d'une couleur fort riche. Cus deux spinelles sont souvent appelés simplement rubis. L'ancien rubis de la couronne d'Angleterre, qui avait été donné au prince Noir par Pierre le Cruel, est un spinelle, de même que celui qui accompagnait le Koh-i-Noor. Une autre variété de spinelle, d'un rouge orangé, est connue sous le nom de rubicelle. D'autres sont d'un bleu de Prusse pâle ou d'un bleu de canard avec du vert; mais ces variétés sont rares et plutôt curieuses que belles; enrin , le rubis connu sous le nom tX'alabandiiie se rapproche par sa couleur du grenat.

Le saphir est encore uu spinelle presque blanc ou bleu violacé; la coloration bleue semble provenir du fer qui s'y trouve; il existe en assez grande quantité aux Etats- Unis, daus une gangue calcaire. Il y a aussi des spinelles noirs dont la poussière est d'un noir plus ou moins foncé ; ils se présentent tantôt en petits cristaux superficiels ou empâtés dans la gangue, tantôt eu cristaux disséminés dans des schistes presque toujours chloriteux. Ces spinelles sont fréquemment zincifèrea et prennent alors le nom de gahuite; ils sont moins durs que le saphir et le

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rubis balais, et se rencontrent aussi parfois en masses granulaires un peu lamelleuses.

Tous les spinelles sont infusibles et insolubles dans les acides; quand ils se présentent en masses granulaires, la coloration les distingue facilement des autres substances qui offrent une texture analogue.

SPINELLI (Spinello), l'Ancien, peintre italien, né à Arezzo dans les dernières années du xine siècle et surnommé pour ce motif Arelino, mort dans la même ville vers la fin du xive siècle. Il fut élève de Jacques de Casentino et ne tarda pas à surpasser son maî- | tre. On cite, parmi ses compositions : les fres- ! ques de Saint-Nicolas, à Florence (1334), dont 1 la plus grande partie a été détruite car des ! incendies ; V Adoration des mages, à Arezzo; : le maître-autel de l'église des Camaldules, a Casentino; la Vocufj'on des fils de Zëbédée (saint Jacques et saint Jean), qui existe encore dans une chapelle de l'église des Carmes, à Florence, ainsi qu'une fresque peinte dans une autre chapelle de la même église; la Vierge donnant une rose à l'Enfant Jésus, qui se trouve aujourd'hui dans le palais des Treize, à Arezzo ; six tableaux dans le Campo- Santo,àl'ise, que Yasari considère comme les meilleures compositions de Spinelli ; la Chute des anges rebelles, à Arezzo. On ne connaît pas au juste l'époque de la mort de Spinelli; on sait seulement qu'il atteignit l'âge de quatrevingt-douze ans. Le musée du Louvre et celui de Berlin possèdent quelques tableaux de Spinelli assez bien conservés. Il laissa deux tils, l'un, Parri (Gaspard), orfèvre d'un certain talent, et l'autre, ForZOrE, peintre de mérite. — Spinello Spinelli, le Jeune, fils de Forzore, fut peintre comme son père et son grand-père. On cite, parmi ses compositions, les Scènes de la vie de saint Bénëdict, dans la chapelle de San-Miniato, près de Florence , et plusieurs autres tableaux dans la sacristie de la même église. C'est à tort que Vasari attribue ces tableaux à Spinelli l'Ancien. Celui-ci a peut-être aidé son petitfils dans ses travaux ; mais c'est ce dernier qui est l'auteur principal, sinon le seul auteur des peintures de San-Miniato.

SPINELLI (Nicolas), jurisconsulte italien du xive siècle. Ayant embrassé jeune encore la carrière ecclésiastique, il obtint l'autorisation de rentrer dans le inonde et professa la jurisprudence à Naples, à Padoue et à Bologne. Urbain V et Grégoire XI l'employèrent à diverses missions diplomatiques, dont il s'acquitta si heureusement que Jeanne 1" de Naples l'appela à sa cour et le créa grand chancelier. A la suite d'un affront que lui lit publiquement Urbain VI, auprès duquel il avait été député par la reine, Spinelli jura de se venger, et c'est à sa rancune qu'on peut attribuer, en grande partie, l'origine de la dissension qui agita l'Eglise au xive siècle, sous le nom de schisme d'Occident. Après la mort de Jeanne lr*, Spinelli, dépouillé de sa fortune, reprit sa chaire de droit à Padoue ; puis, vers 1394, il fut chargé d'une mission secrète auprès de Louis d'Orléans. Ce fut le dernier acte de sa vie diplomatique. On lui doit un grand nombre d'écrits, parmi lesquels on cite : Lectura in aliquot titulos primas partis inforliati (Venise, 1605, in-fol.) ; Additiones, seu glossiB ad constitutiones et capitula regni neapolilani (Naples , 1551 , in-fol.).

SPINELLI (rrancesco-Maiia) , prince de Scalea, philosophe italien, né à Murano en 1686, mort a Naples en 1752. 11 étudia la philosophie et se montra l'ardent défenseur de Descartes. Ses principaux ouvrages sont : lii/lessioni suite principali materie delta priwi filosofia (Naples, 1733, in-4°); De origine mali (Naples, 1750, in-S°); De origine boni (Naples, 1753, in-8<>).

SPlPiELLl (Antoine), homme politique italien , né dans le royaume de Naples vers 1800. Intendant de la province de Naples en 1845, il reçut, en novembre 1847, le portefeuille de l'agriculture et du commerce dans le ministère a tendances libérales que le mouvement réformiste italien imposa au roi Ferdinand II. Spinelli quitta le pouvoir après la promulgation de la constitution et fut nommé pair du royaume, A partir du coup d'Etat du 15 mai 1848, il se tint entièrement à l'écart de la via publique et fut, pendant tout le reste du règne de Ferdinand, soumis à une étroite surveillance de la part de la police. Le 25 juin 1860, lorsque Garibaldi était maître de la Sicile et que M. de Martino revenait de Paris sans avoir pu obtenir une médiation, François II confia la direction des affaires à M. Spinelli. Celui-ci, gardant la présidence du conseil sans portefeuille, eut quelque peine, tant la situation était désespérée, à former un ministère où entraient le prince Torella, le marquis de La Greca, M. de Martino, M. Mauna et bientôt après Liborto Romano. Mais la constitution de 1848, proclamée par François 11, arrivait trop tard, et l'œuvre de M. Spinelli , comme premier ministre libéral du jeune roi, se réduisit aux efforts d'un dévouement sincère et honorable, mais inutile. M. Spinelli n'a pas reparu sur la scène politique depuis la chute de François II, auquel il fut fidèle jusqu'au dernier moment.

SPINELLI (Joseph-Eustache CUOCÉ-), aéronaute français. V. Crocé-Spinelli, au Supplément.

SPINELLINE s. f. (spi-nèl-li-ne — rad.

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ion

spinelle). Miner. Nom donné par Rose à une substance trouvée duns les trachytes vitreux du lac de Laach, dans la Prusse rhénane, et qui n'est autre chose que la variété de sphène appelée séraeline.

SPINELLO (Matteo), chroniqueur italien, né à Giovenazzo en 1230, mort vers 1268. Il prit parti pour Charles d'Anjou , dans les guerres qui suivirent l'avènement de ce prince au trône de Naples, et périt, croit-on, à la bataille de Tagliacozzo- Spinello a laissé une intéressante Chronique, s'étendant de 1247 à 1268, qui a été insérée dans le toineVII des Rerum italiearum scriptores de Muratovi.

SPINESCENCE s. f, (spi-nèss-san-se — rad. spinescent). Bot. Distribution des épines à la surface des diverses parties d'un végétal.

SPINESCENT , ENTE adj. (spi-nèss-San, an-te — d'un lat. fictif spinescens, part. prés, de spinescere, qui signifierait se changer en épine ; de spina, épine). Hist. nat. Qui dégénère en épine, qui se transforme en épine : Feuilles spinescentes. Il Qui est légèrement épineux : Arbuste Spiîjbscknt.

SPINICAUDE adj. (spî-m-kô-de — du lat.

spina, épine; cauda, queue). Ornith. Qui a les plumes de la queue terminées en pointe.

SPINICOLLE adj. (spi-ni-ko-le — du lat.

spina, épine; coltum, cou). Entom. Qui a le cou ou le corselet épineux.

SPINICORNE adj. (spi-ni-kor-ne — du lat. spina, épine, et de corne). Zool. Qui a les cornes ou les antennes épineuses.

SPINICRURE adj. (spi-ni-kru-re — du lat. spina, épine; crus, cruris, jambe). Entom. Qui a les pattes épineuses.

SPINIFÈRE adj. (spi-ni-fè-re — du lat.

spina, épine; fero, je porte). Hist. nat. Qui porte des épines.

SPINIFEX s. m. (spi-ni-fèkss — du lat.

spina, épine ; facio, je fais). Bot. Genre de plantes, de la famille des graminées, tribu des phalaridées, comprenant un certain nombre d'espèces, dont la plupart croissent sur les côtes de l'Australie.

SPINIFORME adj. (spi-ni-for-me — du lat. spina, épine, et de forme). Hist. nat. Qui a la forme d'une épine.

SPINIFRONT adj. (spi-ni-fron — du lat, spina, épine; frons, front). Entom. Quia une épine sur le front.

— s. m. pi. Section de la tribu des eoréides, dans l'ordre des insectes hémiptères, caractérisée par la présence d'une épine frontale, située près de la base des antennes.

SPINIGÈRE adj. (spi-ni-jè-re — du lat.

spina, épine ; gero, je porte). Hist. nat. Qui porte des épines.

— s. m. Entom, Genre d'insectes hémiptères, de la famille des réduviens, tribu des réduviides, comprenant plusieurs espèces, qui habitent l'Amérique du Sud-: Les SPirUGÉaiss sont caractérisés par un corps long et élancé. (Blanchard.)

SPINIGRADE adj. (spi-ai-gra-de — du lat. spina, épine; gradior, je marche). Echin. Qui a les organes ambulatoires munis d'épines ou en forme d'épines.

— s. m. pi. Syn. d'opmuRiDES, famille d'échinodermes.

SPINILA.BRE adj. (spi-ni-la-bre — du lat. spina, épine, et de labre). Entom. Qui a le labre garni d'épines.

SPINIMANE adj. (spi-ni-ma-ne — du lat.

spina, épiue; «tonus, main). Zool. Qui a les mains ou les pinces couvertes de rugosités épineuses.

SPININERVÉ, ÉE adj. (spi-ni-nèr-vé — du lat. spina, épine; nerous, nerf). Bot. Dont les nervures ou les feuilles sont denticulées.

SPINIPÈDE adj. (spi-ni-pè-de — du lat.

spina, épine ; pe$, pedis, pied). Zool. Qui a Ses pieds inunis d'épines.

— s. m. Erpét. Nom d'une espèce de stellion.

— s. m. pi. Entom. Tribu d'insectes hémiptères, de la famille des scutellériens, correspondait aux cydnites.

SP1H1TARSE adj. (spi-ni-tar-se — du lat. spina, épine, et de tarse). Entom. Qui a les tarses épineux.

SPINITE s. f. (spi-ni-te — du lat. spina, épine). Patbol. Inflammation de la moelle épiniére.

SPINO (Pierre), poste et biographe italien, né à Albino, près de Bergaine, eu 1513, mort le 10 avril 1585. On a de lui des poésies imprimées dans les recueils de Licinio (Bergame, 1587, in-8<>)etde Ruscelli, et un ouvrage intitulé : Yita e fatli deW eccellentissimo capiiano di guerra Bartolommeo Coleone (Venise, 1569, in-4», et Bergame, 1732, in-40).

SPINOCARPE adj. (spi-no-kar-pe — du lat. spina, épine, et du gr, karpos, fruit). Bot. Qui a des fruits épineux.

SPINOLA (Thomassine), dame italienne, morte à Gènes en 1505. Elle épousa Lucas Spinola, qui appartenait a la branche aînée d^ine famille qu'Ambroise Spinola devait rendre célèbre. Thomassine était par son esprit et par sa beauté la femme la plus remarquable de Gênes, lorsque, au mois d'août 1502, le roi de France, Louis XII, se rendit

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dans cette ville. Elle figura dans les fêtes brillantes qui furent données à ce prince, eut à plusieurs reprises l'occasion de l'entretenir et se prit pour lui d'une passion exaltée. Cependant on assure que son amour, quelque vif qu'il fût, resta toujours pnr et dégagé des sens. Le départ du roi lui causa le plus grand chagrin, et l'absence n'affaiblit en rien l'affection qu elle lui portait. « Tout aultre mist en oubly , dit d'Auton dans sa Chronique (tome II, p. 236), voires jusques à jamais plus

ne vouloir coucher avecque son mary •

Thomassine saisit avec empressement toutes les occasions qui se présentèrent d'écrire k Louis XII : tantôt elle intercédait auprès de lui en faveur des malheureux qui avaient eu l'heureuse idée de s'adressera elle; tantôt elle avait recours aux brillantes qualités de son esprit et k la tendresse de son cœur pour procurer tous les avantages possibles a sa pairie, dont elle ne perdit jamais de vue les intérêts. Aussi ses contemporains ne virentils dans ces égarements, d.mt ils surent tirer de grands avantages, qu'une passion épurée, débarrassée du grossier alliage des sens et digue du plus grand respect. En 1505, Louis XII, a'ors grièvement malade, passa pour mort pendant quelques jours. A cette nouvelle, Thomassine, accablée de douleur, s'enferma dans son appartement, ne voulut plus voir personne et succomba quelques jours après, emportée par une fièvre ardente. La république de Gènes lui lit de somptueuses funérailles, lui éleva un magnifique tombeau et députa deux de ses plus illustres citoyens à Louis XII pour lui porter cette triste nouvelle.

SPINOLA (Ambroise, marquis de), illustre capitaine italien, né à Gênes en 1571, mort à Castelnuovo-di-Serivia en 1630. Sa famille, une des plus riches et des plus influentes de Gênes, avait occupé les plus hautes fonctions dans ia république, où elle dirigeait, avec les Doria, le parti gibelin. Ambroise Spinola avait pour aïeule Thomassine, dont nous avons parlé plus haut, et son père, le marquis Philippe, avait épousé la fille du riche prince Grimaldo de Salerne. Il reçut une éducation brillante, puis remplit diverses charges pubiijues. Fendant ce temps, son frère cadet, Frédéric, suivait le métier des armes, prenait du service en Espagne (159S), battait, à. ia tête d'une escadre, uns flotte hollandaise et recevait de Philippe III le grade de' grand amiral d'Espagne. En apprenant les exploits do son frère, Ambroise Spinola se pritsoudain de passion pour l'art militaire et se mit à étudier avec ardeur les auteurs qui avaient écrit sur la stratégie et l'art des fortifications. Son frère étant venu sur ces entrefaites a Gênes, il se décida à entrer, comme lui, au service du roi d'Espagne. Grâce à son énorme fortune, il leva à ses frais 9,000 hommes, quitta Milan en 1602 à la tête de sa petite armée, traversa la Suisse, la Franche-Comté et arriva à Gand, auprès de l'archiduc Albert, qui se trouvait dans la position la plus critique. Pour ses débuts, le général improvisé, dont le corps de troupes devint le noyau d'une armée considérable, se trouva en présence du général le plus renommé de son temps, Maurice de Nassau.

Chargé de secourir Gavre, investi par ce dernier, Spinola échoua dans son entreprise, mais montra la plus grande habileté dans les marches stratégiques qu'il lit faire à sou corps d'armée dans un pays difficile. Pendant le siège d'Ostende, une partie de l'armée espagnole déserta, tandis que la troupe de Spinola, parfaitement payée par lui et soumise à une discipline sévère, restait inébranlable. Sou frère Frédéric ayant été tué d'un coup de canon dans un combat naval (26 mai 1603), Philippe 111 offrit à Ambroise de succéder à Frédéric comme amiral; mais Spinola, ne se sentant pas de connaissances nautiques suffisantes, refusa et fut alors nommé commandant en chef de l'armée des Pays-Bas. Depuis deux ans, Ostende était assiégée sans succès par l'armée espagnole: chargé de réduire cette ville, Spinola continua a puiser dans sa fortune privée les sommes nécessaires pour lever deux nouveaux régiments étrangers, prit le commandement de l'armée assiégeante, dont il paya régulièrement la solde et où il rétablit la discipline, et fit exécuter autour de la place des travaux qui lui permirent de l'investir complètement, puis de la foudroyer par son artillerie. Eu même temps, il faisait échouer toutes les tentatives de Maurice de Nassau pour secourir Ostende, et, le 22 septembre 1604, cette ville était contrainte de capituler. Les talents militaires hors ligne dont Spinola avait fait preuve pendant ce siège lui acquirent une réputation européenne. S'étant rendu a Madrid, il y fut comblé d'honneurs par le roi, dont pendant trois ans il avait payé presque entièrement les troupes, comme s il eut fait la guerre pour son propre compte, dépensant des sommes énormes, qu'on ne lui rendit jamais. Spinola reçut" la décoration de la Toison d'or et fut maintenu dans son commandement, dont les attributions furent étendues à toute l'administration militaire. Pendant son voyage, il s'était arrêté à Paris et avait reçu l'accueil le plus fiutteur de la part de Henri IV. Ce prince, allié secrètement à Maurice de Nassau, interrogea Spinola sur ses projets de campagne, persuadé que le général ûii dirait le contraire de ce

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qu'il avait l'intention de faire. Spinola, pénétrant la pensée du roi, lui dévoila ses intentions réelles, ce qui fit dire à Henri IV : ■ Les autres trompent en mentant; cet Italien m'a trompé en disant la vérité.»

De retour dans les Pays-Bas, le marquis de Spinola continua la guerre contre Maurice de Nassau, le força à lever le siège de. Gand, puis pénétra en Frise, soumit l'Over-Yssel, s'empara de Gral, de Rhiuberg, de Linghen et sut, par des marches savantes, déjouer toutes les combinaisons de Maurice de Nassau. Chargé, en avril 1607, de conclure une suspension d'armes, il se rendit auprès de Maurice, qui le reçut avec les plus grands témoignages d'estime et signa la suspension d'armes, suivie deux ans plus tard d'une trêve de douze ans. Pendant cette trêve, Spinola fit un voyage à Madrid, se rendit à diverses reprises k Gênes, où on lui offrit le pouvoir suprême, puis revint dans les Pays- Bas, où il continua à maintenir dans l'armée une grande discipline et a faire exécuter des travaux de défense. Ce fut lui qui, en 1610, empêcha l'ambassadeur de France d'enlever la princesse de Coudé et refusa à Henri IV l'extradition de cette princesse. Au début de la guerre de Trente ans (1620), Spinola s'empara d'une partie du Palatinat, puis revint dans les Pays-Bas, où, la trêve étant expirée, les hostilités recommencèrent. Après avoir pris Juliers, il assiégea Berg-op-Zoom; mais, attaqué à ta fois par Maurice et par Mansfeld, il dut battre en retraite, ce qu'il fit avec une grande habileté et sans se laisser entamer (1622). Deux ans plus tard, il reçut de Madrid l'ordre de s'emparer de Bréda, place forte réputée imprenable. Il alla camper devant cette ville, défendue par une nombreuse garnison et au secours de laquelle vint Maurice de Nassau. Malgré les immenses difficultés de l'entreprise, il força Bréda k capituler au bout de dix mois (5 juin 1625). Appelé à Madrid en 1628, il traversa la France, alla voir Louis XIII, qui assiégeait La Rochelle, et donna a ce prince, le conseil «de fermer le port et d'ouvrir la main,» c'est-à-dire d'empêcher les secours du dehors d'arriver et de payer largement l'armée pour l'amènera supporter plus facilement les iatiguesdu siège. Pendantqu'en France on suivait ses conseils, il arrivait en Espagne, où il ne put parvenir k dissuader le roi de continuer les hostilités. Malgré lui, il dut aller prendre le commandement d'une armée envoyée au secours du duc de Savoie, en guerre avec Louis XIII au sujet de la possession du duché de Mantoue. Il assiégea Casai, mais dut lever le siège à l'approche de l'armée française, beaucoup plus forte que la sienne, et se maintint dans le Montferrat jusqu'après le départ de Louis XIII et d'une partie de son armée. Spinola alla reprendre alors le siège de Casai, s'empara de la ville, mais ne put prendre la citadelle, défendue par le maréchal de Toiras, et demanda vainement à Madrid qu'on lui envoyât des renforts. Abreuvé de dégoûts, il tomba malade et mourut dans un château voisin de la ville. Maurice de Nassau, à qui on demandait un jour quel était le plus grand capitaine de l'époque, répondit : «Spinola est le second. » C'était, en effet, un homme de guerre du plus haut mérite, un savant stratégiste, qui joignait aux qjalités de l'homme de guerre une grande habileté poulies négociations, et, chose bien rare, surtout de son temps, un soldat plein de désintéressement et d'humanité. Il avait épousé Jeanne Bacciadonna, dontii eut deux fils : l'un, Philippe, fut président du conseil de Flandre à Madrid, l'autre, Augustin, entra dans les ordres et devint cardinal.

SPINOPORE s. m. (spi-no-po-re — du lat. spuia, épine, et de pore). Zooph. Syn. de pagre, genre de polypiers, du groupe des milléporés.

SP1NOSA, philosophe hollandais. V. Spinoza.

SPINOSISME, autre orthographe du mot spinozisme. V. Spinoza.

SPINOS1STE S. m. V. SPINOZISTE.

SP1NOSO, bourg du royaume d'Italie, province de la Basilioate, district de Potenza, mandement de Monteinurro; 2,713 hab.Aux environs, beau pont romain, près duquel Annibal défit Clauilius Nero.

SPINOZA ou SPINOSA ( Baruch ), illustre philosophe, né à Amsterdam (Hollande) le 24 novembre 1632, d'une famille de juifs portugais, mort le 21 février 1677, d'une phthisie pulmonaire. Ses parents, qui étaient de iiche3 commerçants, lui firent donner une éducation distinguée. En même temps que les langues classiques, le jeune Spinoza apprit l'hébreu et acquit des notions étendues sur l'histoire politique , religieuse et critique du judaïsme et des livres qui lui servent da monuments n;itionaux. Son esprit lucide lui fil entrevoir de bonne heure dans la tradition judaïque une foule de côtés peu familiers à ceux qui l'entouraient. Il leur demandait en vain des explications qu'ils ne pouvaient lui fournir. Il prit le parti de se taire désormais et de rechercher par ses travaux personnels la solution des problèmes qui se posaient chaque jour à son intelligence. Sa réserve n'était pas telle qu'il ne parlât quelquefois de sa manière de concevoir les choses de la religion & ses coreligionnaires, que la liberté extrême du jugement de Spinoza était bien

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faite pour scandaliser. On en parla au consistoire israélite d'Amsterdam, qui fit venir le jeune homme .et le somma de s'expliquer sur les opinions qu'on lui prêtait.

Cet examen de ses doctrines acheva de le perdra dans l'esprit des rabbins; on lui intima l'ordre de ne plus reparaître à la synagogue.. Spinoza ne demandait pas mieux ; mais un isolement absolu était dangereux. Il fit semblant de se rapprocher du "christianisme, auquel il n'accordait pas plus de valeur qu'au judaïsme, afin d'éviter d'être inquiété. Ce fut un de ses nouveaux amis chrétiens, Van den Ende, qui lui enseigna les langues anciennes. Van den Ende était médecin et possédait une fille distinguée par sa beauté et son savoir ; Spinoza conçut pour elle un amour ardent, qu il ne parvint pas à lui faire partager; mais la jeune fille l'aida dans ses études, et c'était lui rendre un double service. En effet, en lui inspirant l'amour de la science, elle le mettait à même de l'oublier et, en outre, elle lui préparait un avenir de gloire que Spinoza était loin do supposer. Il se mit à étudier les oeuvres de Descartes, dont tout le inonde savant s'occupait alors, et n'eut bientôt plus d'autre souci. Aussi acheva-t-il de rompre les derniers liens qui l'unissaient au judaïsme; il changea même son nom de Baruch contre celui de Benoit. On crut qu'il voulait se faire chrétien ; mais aucune profession de foi ne vint confirmer cette présomption. 11 n'avait en réalité l'envie de professer aucune des religions positives qui se partageaient l'empire des croyances. Le doute aurait été sa religion s'il n'était parvenu à s'en créer une autre d'une nature beaucoup plus élevée et dont le culte devait prendre toute son existence.

Cependant ses anciens coreligionnaires avaient pris une haute idée de lui; ils lui offrirent une pension de 1,000 florins, non pas pour qu'il reprit la foi judaïque, mais pour qu'il consentit simplement à reparaître aux assemblées qui se tenaient périodiquement dans leur synagogue. Spinoza n'y voulut point consentir, ce qui leur inspira contre lui une animositè furieuse. Il n'est pas bien démontré qu'on ait chargé quelqu'un de l'assassiner ; mais un fanatique lui donna néanmoins un coup de poignard, qui ne portu point, un jour qu'il passait devant la synagogue portugaise d'Amsterdam.

Cet événement l'engagea k quitter la ville. Il venait d'inventer un instrument d'optique dont il est question dans une lettre à Leibniz, du 9 novembre 1671, publiée en 1802 par de Murr, dans un ouvrage ayant pour titre : B. deSpinosa adnotationes ad traclatitm i/ieologico-polilicum, ex auloijvupho, cuui imagine et chirograpko philosophi (La Haye [Nuremberg], in-4u). Spinoza 1 avait appelé pandochs. Dans la retraite qu'il se choisit dans les environs d'Amsterdam (1604), il vécut de la fabrication de cet instrument et continua de donner à l'étude et à la méditation la meilleure partie de son temps. En attendant, les rabbins d'Amsterdam le proscrivirent. Spinoza se défendit dans une apologie restée inédite, et, pour éviter d'ailleurs d'autres tracasseries, il se retira près de Leyde, k Rheinsbourg- Là, il De tarda pas a être connu ; ses conversations sur les principes de Descartes le firent engager par ses amis à publier un exposé des idées de Descartes, ce qu'il fit. Son travail est une simple analyse. Spinoza n'était point cartésien, et, s'il a pris quelque chose à Descartes, il était fort éloigne d'être animé du même esprit. Il s'en explique, du teste, suffisamment dans la préface de l'analyse précédente, ce qui montre combien il serait injuste d'accuser, comme on l'a fait plusieurs fois, Descartes d'avoir été l'inspirateur de Spinoza.

Cependant son livre sur Descartes le força d'émigrer une seconde fois pour échapper aux clameurs suscitées surtout pur les ennemis de Descartes. Il se retira donck Voorbtirgh, tout près de La Haye, où il espérait rester inconnu. Sa réputation naissante ne le lui permit cependant pas. Déjà de tous côtés on venait lui demander des conseils ou le consulter sur des questions de philosophie, ce qui le détermina à se fixer définitivement à La Haye, à portée de quelques personnes auxquelles il s était attache particulièrement.

Il continua d'y résider dans un. isolement relatif, vivant comme un anachorète et du seul produit de la fabrication de ses verres de lunettes. Une soupe au lait et un pot de bière formaient, dit-on, son ordinaire de chaque jour.

L'austérité de pareilles mœurs le dérobait aux tentations de la fortune comme aux douleurs delà pauvreté. N'ayant pas de besoins, il était riche de tout ce qu'il ne désirait point, comme il le disait lui-même; il était, d'ailleurs, d'un naturel débile, maigre et atteint de phthisie depuis sa jeunesse, « C'était, dit M. Saisset, soli b.ographe et son traducteur, un homme de moyenne taille ; il avait les traits du visage Lien proportionnés, la peau un peu noire, les cheveux frises et noirs, les sourcils 'mgs et de même couleur, de sorte qu'à sa mine on le reconnaissait aisément pour être uescendu de juifs portugais. Pour ce qui est de ses habits, il en prenait fort peu de soin, disant qu'il est contre le bon sens de mettre une enveloppe précieuse à des choses de néant ou de peu de valeur. Si sa manière de vivre était fort réglée, sa conversation n'était pas

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moins douce et paisible. Il savait admirablement bien être le maître de sos passions. On ne l'a jamais vu ni fort triste ni fort joyeux. Il savait se posséder dans sa colère et dans les déplaisirs qui lui survenaient; il n'en paraissait rien au dehors, 11 était d'ailleurs fort affable et d'un commerce aisé, parlait souvent à son hôtesse et a ceux du logii lorsqu'il leur survenait quelque affliction ou maladie; il ne manquait point alors de les consoler et de les exhorter à souffrir avec patience des maux qui étaient comme un partage que Dieu leur avait assigné. »

Simon de Vries, ami de Spinoza, lut avait offert 2,000 florins afin qu'il pût se dispenser de fabriquer des verres d'optique pour gagner sa vie ; le philosophe refusa poliment, comme il refusa bientôt d'être l'héritier du même Simon de Vries, qui voulait l'instituer par testament son légataire universel. .lean de Witt, grand pensionnaire de Hollande, nourrUsait pour Spinoza une vive amitié. Après sa mort tragique, ses héritiers contestaient au philosophe une pension da 200 florins que Jean de Witt lui avait faite. Spinoza renvoya le titre de la pension avec une indifférence qui surprit tellement les héritiers du grand pensionnaire, qu'ils le supplièrent d'accepter ce qu'ils lui avaientrefu.se d'abord.

On sait que la Hollande fut envahie par les troupes françaises en 1672; te prince de .Condé, après s'être installé dans son gouvernement d'Utrecht, voulut voir et entretenir Spinoza; il lui proposa de venir en France, ou dans tous les cas d'accepter une pension de Louis XIV, qui ne lui demanderait en retour que de lui dédier quelqu'un de ses ouvrages, a N'ayant, dit Spinoza, le dessein de rien dédier au roi de France, j'ai refusé l'offre qu'on me faisait, avec toute la civilité dont j'étais capable.» On ignore s'il eut avec le prince de Condé l'entrevue que ce dernier sollicitait de lui, mais on sait qu'il se rendit au camp français et qu'à son retour, le peuple le prenant pour un espion et menaçant la maison où Spinoza résidait, celui-ci dit à son hôte, qui avait peur: «Ne craignez rien: il m'est aisé de me justifier. Mais, quoi qu'il en soit, aussitôt que la populace fera le moindre bruit à votre porto, je sortirai et irai droit k eux, quand ils devraient me faire le même traitement qu'ils ont fait aux pauvres messieurs de Witt. Je suis bon républicain et n'ai jamais eu en vue que la gloire et l'avantage de l'Etat. »

Son fameux Traclatus iheolor/ico-poUlicus avait paru en 1670 (Hambourg [Amsterdam], 1 vol. in-4<>); les tracas qu il lui suscita avaient dévidé Spinoza, dans l'intérêt de son repos, a ne plus rien publier de son vivant. li Ethique parut l'année même de sa mort (1677). Sa santé était toujours chancelante, mais pas plus mauvaise qu'à l'ordinaire , quand un jour, le 23 février, l'hôte de Spinoza étant allé assister à un sermon accompagné de sa femme apprit en rentrant que son pensionnaire venait d'expirer. Spinoza n'avait que quarante-cinq ans.

Spinoza est, sans contredit, le représentant le plus élevé que le panthéisme ait rencontré dans les temps modernes ; on peut dire qu'il le personnifie. Goûté, au xvn" siècle, par quelques rares adeptes, il était tombé dans un ou bli presque complet, quand la philosophie allemande l'a pour ainsi dire exhumé pour faire de lui son véritable inspirateur sinon son patron. Par les écrits de Fiente, de Hegel et de Schelling, le panthéisme de Spinoza s'est répandu dans l'Europe entière. En France, V, Cousin l'a fait connaître, puis JoufFroy, et M. Saisset l'a presque vulgarisé par la traduction q:''il a donnée des rouvres de cet illustre philosophe ; de sorte que la gloire posthume de Spinoza est pour ainsi dire une gloire actuelle et que son influence grandit chaque jour, sinon dans les chaires de l'Université, au inoins dans les intelligences cultivées.

Le premier des écrits de Spinoza où il expose son système est Je Traclatus tkeologicopoliiieus. Ce n'est pourtant que de la critique historique appliquée à la Bible, aux institutions sociales, et qui suppose plus qu'il ne les fuit connaître les principes du panthéisme. L'exposé méthodique de sa doctrine est contenu dans l'Ethique.

« Cet écrit de Spinoza enferme en cinq livres, dit Jouffroy, l'exposition la plus rigoureuse, la- plus complète et en même temps la plus obscure du système panthéiste qui ait jamais été faite. Dans le premier livre, intitulé : De De», Spinoza explique l'idée 411e nous devons nous faire de Dieu, Dans le deuxième livre, intitule : De r.atura et origine mentis, il déduit de l'idée de Dieu l'idée qu'on doit se faire de l'homme. Dans le troisième, intitulé ; De natura et origine affectuum, le philosophe expose tout le mécanisme des passions humaines, ce qui embrasse dans sa pensée tout le mécanisme des phénomènes ue la nature humaine. Dans la quatrième, iinilUié : De servitute hnmaita seu de affectuum viribus, partant des lois de la nature humaine qu'il a tracées, il montre ce qu'il y a de fatal dans les développements de celte nature et fait dans l'homme ia part de la nécessité. Enfin, dans la cinquième partie, intitulée : /Je po~ tentia inteltectus seu de liberlate kttmttna, Spinoza essaye aussi de faire la part de ce qu'il y a de liberté en nous. Cette part est extrêmement faible ; mais elle est encore plus large, si je ne me trompe, que les principes

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do sa doctrine admis dans toute leur rigueur ne lui permettaient de io faire.»

Spinoza, en définitive, commence par étudiai' la nature de Dieu; il en déduit celle de l'homme, et, cette marche adoptée, il examine point par point quelles sont les lois de la nature humaine, puis, ces lois reconnues, quelle part il faut attribuer dans nos actes à la nécessité et à la liberté,

Dans un autre ouvrage, resté malheureusement inachevé, Tractatus politicus, Spinoza entreprend de construire le droit naturel sur les principes émis dans son Ethiquevu. 2'raité de morale.

Il avait beaucoup étudié les mathématiques et avait une grande idée de la forme géométrique ; aussi sa méthode consiste-t-elle à procéder par axiomes et par définitions, après quoi il énonce successivement différentes propositions qu'il démontre et à la suite desquelles viennent des scolies et des corollaires ; à mesure qu'on avance, chaque démonstration nouvelle impliquant les précédentes y renvoie, en sorte qu'à moins que l'on ait parfaitement présentes à l'esprit et les propositions énoncées auparavant et leur démonstration, il est impossible de continuer de comprendre ; c'est ce qui rend l'intelligence de ce grand ouvrage si difficile.

«Spinoza, dit Jouffroy, distingue trois sortes de choses qui existent. Les unes nous apparaissent comme existant et ne pouvant exister que dans une autre chose. Les qualités des corps et tout ce que nous appelons attributs, propriétés, phénomènes, effets, composent cette première classe de choses qui existent; nous ne les percevons jamais isolément et jouissant d'une existence indépendante, mais associées et unies a une autre chose par laquelle elles existent et hors de laquelle nous ne concevrions pas qu'elles existassent.

» Il n'en est pas ainsi de la seconde classe des choses qui existent. Les choses comprises dans cette classe ont l'air d'exister par ellesmêmes ; elles nous paraissent isolées de toute autre ; elles imitent, comme dit Spinoza, ce qui existe de sa propre existence. Tels sont par exemple tous les corps que nous voyons autour de nous; tel est l'homme lui-inéme. Mais, quand on y réfléchit, on trouve que ces choses ont commencé d'exister, on trouve qu'elles finiront d'exister; on trouve enfin que ce n'est point par elles que se conserve e< se continue leur existence. L'homme, par exemple, a le sentiment qu'il ne s'est pas donne, qu'il ne se conserve pas et qu'il ne dépend pas de lui de se continuer l'existence, et qu'ainsi elle n'est pas en lui essentiellement, mais seulement en passant. Bien donc que ces choses paraissent exister par ellesmêmes et d'une manière indépendante, il n'en est rien, et on trouve qu'au fond l'existence qui est en elles ne leur appartient pas. »

Les choses comprises dans ces deux premières classes sont les seules que notre observation atteigne. Mais notre raison va plus loin, et, considérant que l'existence de toutes les choses perçues par notre observation est empruntée, qu'elle ne se rencontre en elles que passagèrement et qu'aucune ne la possède essentiellement, elle en conclut qu'il faut que quelque chose existe qui possède par soi-même 1 existence. Delà 1 idée d'une troisième classe d'êtres dont l'essence est précisément l'existence, d'une classe d'êtres, en d'autres termes, dont l'essence propre est d'exister par eux-mêmes. C'est de cette troisième classe d'êtres que Spinoza s'occupe en premier lieu, et il prouve d'abord qu'il ne peut pas y avoir deux êtres de cette nature, car, dit-il, les êtres se distinguent par leurs attributs. Or, qu'expriment les attributs d'un être? Ils expriment son essence. Donc, deux êtres qui auraient la même essence auraient nécessairement les mêmes attributs; mais alors ils ne seraient pas distincts l'un de l'autre; ils ne seraient donc pas deux, mais un. II ne peut donc y avoir deux êtres dont l'essence soit l'existence. L'être dont l'essence est l'existence est donc un, et comme le nom de substance ne convient qu'à celui qui subsiste par soi-même, il n'y a etne peut y avoir qu'une seule substance, et cette substance est Lieu.

Après avoir déterminé ce principe général, Spinoza établit que la substance est nécessaire et infinie. Elle est nécessaire parce que, autrement, on ne la concevrait pas existant par elle-même; elle est infinie parce qu'elle possède toute 1 existence, ce qui est une déduction de la proposition qui précède,

Ainsi, voilà trois qualités en Dieu, ou, si l'on veut, dans la substance. Ces trois qualités sont l'unité, la nécessité et l'infinité. Maintenant, la substance est éternelle, car telle es nécessaire; elle est indépendante puisqu'elle est unique ; enfin, elle est simple et indivisible. En effet, si elle était divisible, elle aurait des parties ; ces parties seraient de même nature ou de nature différente. Si elles étaient de même nature, il y aurait plusieurs êtres dont l'essence serait l'existence, ce qui est contraire à ce qui a été établi plus haut. Elles ne peuvent pas, pour la même raison, être de nature différente.

Les propriétés de Dieu étant reconnues, Spinoza recherche si ces propriétés de l'être unique peuvent s'appliquer exclusivement à l'étendue ou à la pensée. Il affirme que non, car, s'il coïncidait avec la pensée, l'étendue

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n'existerait pas, et réciproquement, s'il coïncidait avec l'étendue, la pensée n'existerait pas davantage. Il en conclut que la pensée et l'étendue sont les deux attributs généraux de l'être.

« Spinoza, reprend Jouffroy, ne disconvient pas qu'il ne soit contre les idées communes d'attribuer l'étendue et la pensée à une même substance; mais il ne tient aucun compte de ce préjugé. Qu'y a-t-il de plus opposé, dit-il, que la forme ronde et la forme carrée, et cependant elles sont des modes d'une même chose, l'étendue. L'idée de substance n'implique qu'une seule propriété ; l'existence est aussi nécessairement impliquée par l'étendue et la pensée, que l'étendue par la forme carrée.»

Nous avons une idée de ces deux attributs de l'être, parce que notre observation atteint des choses étendues et des choses pensantes. Mais il est impossible que ce soient là les deux seuls attributs de l'être, car étant infini, il doit en avoir une infinité. C'est donc aussi un caractère de l'être qui existe par lui - même d'avoir une infinité d'attributs, lesquels sont infinis chacun dans leur sens, et expriment tous à leur manière l'essence de cet être qui est l'existence.

Ainsi un être un, simple, éternel, infini avec une infinité d'attributs qui tous expriment sous une face particulière le caractère essentiel de cet être qui est l'existence, et parmi ces attributs, l'étendue et la pensée, les seuls dont nous ayons connaissance, telle est l'idée que Spinoza se fait de Dieu, et cette idée est la base de tout son système.

Dieu étant par conséquent l'être infini, il n'existe rien en dehors de lui, ou, si l'on veut, il est la cause unique de tout ce qui est. D'où il suit qu'il n'existe qu'un être, et que les êtres variés dont l'univers se compose sont des inodes particuliers de l'existence divine. Mais Dieu ou la substance infinie n'est pas seulement la nature naturante (natura naturans), la cause de tout ce qui est, il est aussi la cause de la conservation de tout ce qui est. Rien hors de Dieu, sinon ses attributs ; rien en dehors des attributs de Dieu, sinon des modes partiels qu'on peut tous rapporter à ces attributs et qui constituent la nature naturée (natura naturula),

Comment se développe Dieu dans le temps ? Par la voie de la nécessité. Il n'y a pas de volonté en Dieu dans le sens attribué vulgairement à ce mot, c'est-à-dire une faculté de choisir une fin librement et pouvant en choisir une autre. C'est, dit Spinoza, un nonsens qui témoigne d'une ignorance absolue des conditions de l'être.

Cependant Dieu est libre. En effet, toutes les pensées, tous les actes, tous les développements possibles de Dieu émanent de sa seule nature et non de l'action d'une autre nature agissant -sur la sienne; Dieu est donc libre en ce sens que tout ce qu'il fait n'est déterminé en lui que par les seules lois de sa nature et de sou essence. Ce fait caractérise Dieu et le distingue des autres êtres, par exemple de l'homme. Ce dernier n'est pas la cause des faits qui se passent en lui; ces faits ont une cause extérieure, et cette cause est Dieu. L'action de Dieu est donc à la fois nécessaire et libre. La liberté divine est donc loin d'être le libre arbitre de la métaphysique vulgaire. Dieu n'est ni bon ni méchant, il est simplement. Ce qu'il fait est déterminé p£r sa nature. Il suit de là que si tout est nécessaire en Dieu, tout l'est également dans la nature, qui est son œuvre. Les modes divers qui s'y produisent sont le résultat d'actes nécessaires. La contingence philosophique est un mot vide de sens et indique un état de choses dont nous ne comprenons pas la cause et par conséquent la nécessité, i II suit encore des mêmes principes, d t Jouffroy, que le monde est éternel et que 1 idée de la création est une chimère ; car ce qui n'aurait pas existé dans un certain temps n'a pu commencer d'exister, et rien ne peut être hors de l'être un et infini. ■

Cependant, Dieu est distinct de l'univers, d'après Spinoza, et les êtres individuels ne sont que des modes particuliers de ses attributs. Dieu est distinct de ses attributs; ces attributs eux-mêmes sont distincts de Dieu. Les modes sont aux attributs ce que les attributs sont à Dieu. « Il suit du rapport que nous venons de signaler entre Dieu et ses attributs, que chacun de ceux-ci n'étant qu'une manifestation de la nature de Dieu qui est une, Dieu peut bien être conçu tantôt sous l'un de ces attributs et tantôt sous l'autre, mais qu'il reste simple et toujours le même sous la diversité de ces attributs qui ne sont que les différentes expressions d'une seule nature et les différents développements d'une seule cause. S'il en est ainsi, il doit y avoir harmonie et correspondance entre la série des modes successifs d'un de ces attributs et la série des modes successifs de tous les autres. »

Spinoza émet l'opinion que les modes -de !a pensée sont les idées. Les idées ont un objet en Dieu comme eu nous. L'objet de la pensée de Dieu, c'est lui-même; cette idée est donc une et infinie; mais en ce qui concerne ses attributs, elle est multiple et infinie comme ses attributs eux-mêmes. La pensée de Dieu représente ses attributs et se représente ellemême. Kn un mot, Dieu pense son essence et pense aussi sa pensée.

De même que Spinoza reconnaît en Dieu

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deux attributs, l'étendue et la pensée; il reconnaît dans l'homme deux attributs : le corps, qui répond à l'étendue en Dieu, et l'esprit, qui répond à la pensée en Dieu.

Mais il parle surtout des corps et des esprits, abstraction faite de l'homme. Comme exemple d'un corps, il prend de la cire. (Jet objet est étendu, mais ce n'est pas ce qui le caractérise, sinon tout corps étendu serait de la cire. L'étendue n'est donc que le fond d'un corps. Mais l'étendue est déterminée d'une certaine façon dans la cire, d'où il suit qu'un corps n'est qu'un mode de l'étendue, attribut de Dieu. Un corps est donc un certain mode d'un attribut de Dieu.

Les esprits sont dans le même cas; la pensée est leur qualité commune. Mais un esprit donné n'est pas la pensée tout entière; il n'en est qu'un mode particulier. Spinoza résume sa théorie : « Le fond de tous les corps possibles, c'est l'étendue, attribut de Dieu ; le fond de tous les esprits, c'est la pensée, autre attribut de Dieu. Un corps, un esprit quelconque ne sont donc qu'une portion, un moment déterminé de ce double développement de Dieu comme être intelUgent et comme être étendu; tout corps, en d'autres termes, est une portion de l'étendue divine ou de la série infinie de mouvements qui s'y succèdent ; tout esprit, une portion de la pensée divine ou de la série infinie d'idées qu'elle développe. L'étendue et la pensée sont comme deux fleuves parallèles dont chaque corps et chaque esprit sont quelques flots; et comme dans un fleuve chaque flot est déterminé par celui qui le pousse, celui-ci par un autre, et ainsi de suite jusqu'à la source, de même la série de mouvements ou d'idées qui constitue chaque corps et chaque esprit est déterminée par des mouvements ou des idées antérieures qui le sont eux-mêmes pard'autres, etainsi de suite jusqu'à Dieu, qui est la seule cause de tout ce qui arrive, comme il est la seule substance de tout ce qui est. »

L'âme n'est donc, dans la théorie de Spinoza, qu'une succession de pensées, et, à un moment donné, elle se compose de la somme ries idées présentes à la conscience. De même le corps est une succession de modes de l'étendue. Mais le corps et l'âme ne t'ont qu'une seule chose, et le corps est l'objet de l'âme.

Qu'est-ce alors que l'homme? « Un certain mode de la pensée divine correspondant à un certain mode de l'étendue divine, par lequel il est déterminé et qui est son objet propre. Le mode d'étendue est le corps, le mode, de pensée est l'âme ou l'esprit, eî ces deux modes qui so correspondent parfaitement ne sont qu'un seul et même phénomène qui est 1 homme, r,

La métaphysique de Spinoza est la conséquence logique de cette ontologie aux proportions colossales, que les contemporains du philosophe d'Amsterdam ont qualifiée de monstrueuse, n'ayant pas d'autre moyen de la trouver inexacte.

La morale de Spinoza n'est que de la métaphysique. Les idées constituent notre esprit; pur suite, plus on a d'idées, plus on a de réalité et d'existence ; plus on a de réalité et d'existence, plus on est moral. On a. déjà vu que, suivant Spinoza, Dieu n'est ni libre, ni bon, ni mauvais. Il nie pour l'homme comme pour Dieu le libre arbitre et l'existence du bien et du mal, absolument parlant.

Conformément à sa manière de considérer les choses au point de vue de l'infini, il confond le bien et le mal avec les idées de perfection et d'imperfection. Dana l'origine, dit-il, on entendait par perfection l'accomplissement d'une chose conformément au but de l'auteur , et par imperfection le défaut de complément de cette chose; ainsi, quand il était question d'un ouvrage dont le but était entièrement inconnu, on ne pouvait en déterminer ni la perfection ni l'imperfection. Miiis le sens des mots changea par la suite. Chacun nommait parfait ce qui paraissait Correspondre à une idée générale qu'il s'était faite d'un certain objet; il appelait le contraire imparfait lors même que la chose aurait été parfaitement en rapport avec 1 idée de l'auteur. C'est ainsi, par exemple, que les produits naturels auxqnels l'art humain ne prend pas la moindre part sont appelés parfaits ou imparfaits, quoiqu'on ne puisse pas reconnaître le but de leur auteur. En effet, les hommes se forment, des produits de la nature aussi bien que de ceux de l'art, des idées générales qui servent ensuite de bases à leurs jugements.

En somme, la cause en vertu de laquelle Dieu agit est la même que la cause en vertu de laquelle il existe. L'homme est dans le même cas que Dieu. 11 n'y a donc ni bien ni mal, pas plus au physique qu'au moral; il n'y a ni perfection ni imperfection ; il y a de l'être et du mouvement. Perfection et imperfection sont des idées qui naissent en nous de la comparaison des individus ou des espèces. Au fond, la réalité et la perfection sont des choses identiques. Plus de réalité équivaut à plus de perfection, et réciproquement ; il s'agit de savoir analyser nos idées à cet égard.

En ce qui touche le bien et le mal proprement dits, nos idées n'indiquent rien de positif dans les choses. Nous les formons aussi par voie de comparaison. La même chose peut être en même temps bonne, indifférente et mauvaise. Il faut cependant conserver la notion du bien et du mal ; elle sert à former

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des idées sur les qualités, les appétits et les répugnances de l'homme en général, idées qui servent à juger des individus afin de les forcer à se conformer aux tendances communes de l'espèce, les seules à consulter. Ainsi, Spinoza appelle bien ce qui nous rapproche de la fin du genre humain, dont nous nous sommes créé une image idéale; le mal est ce qui met obstacle à cette tin. En dehors de l'humanité, le bien et le mal n'ont donc pas de sens, c'est-à-dire n'existent point.

Jouffroy résume ainsi la théorie morale de Spinoza : « Comme émanation de Dieu, l'âme humaine participe au désir fondamental et unique qui est en Dieu, et elle aspire aussi à persévérer dans ce qui la constitue ou la fait être. Or, ce qui constitue l'âme étant la connaissance et cette connaissance étant bornée, il s'ensuit que le désir fondamental propre à tout être qui désire persévérer dans ce qui le constitue ne peut avoir d'autre objet dans l'âme que la persévérance dans la connaissance; et puisque la connaissance humaino est bornée, l'extension de la connaissance, telle est ou telle doit être nécessairement la tendance unique de l'âme humaine, tendance que Spinoza appelle désir.

» Mais les idées qui constituent l'âme humaine sont bornées, et elles le sont par les causes extérieures qui tendent à en restreindre le nombre et à les rendre inadéquates et confuses; en d'autres termes, le désir fondamental de notre nature rencontre au dehors des causes favorables ou contraires, mais dont l'action totale et définitive aboutit à déterminer et à limiter notre connaissance. Ces actions, rencontrant en nous le désir fondamental qui s'y trouve, nous réjouissent ou nous attristent, et excitent en nous des amours et des espérances, des aversions et des craintes. De là des mouvements secondaires que Spinoza distingue par le nom da passions du désir primitif et fondamental qui existait antérieurement en nous. Cette diflérence de dénomination est fondée sur cette observation profonde, que les mouvements secondaires proviennent de l'action des causes extérieures sur nous, et que par conséquent nous sommes passifs dans ces mouvements, tandis que la tendance à persévérer dans ce qui nous constitue sort du fond même de notre nature et s'y développerait encore quand bien même aucune cause extérieure ne nous affecterait; et c'est là une différence qu'expriment bien les termes de désir et de passion appliqués par Spinoza à ces deux espèces de mouvements. »

Les passions sont hostiles à notre connaissance. Or, la connaissance étant le désir de persévérer dans ce qui nous constitue, désirer accroître notre connaissance, c'est désirer nous perfectionner, c'est-à-dire faire lo bien. Il s'agit d'obtenir plus de réalité ou si l'on veut d'existence. Par contre, le mal consiste à se laisser aller à l'influence des causes extérieures qui engendrent et fortifient les passions, passions qui détournent l'homme de sa fin naturelle.

Il nous reste à exposer ici la fameuse théorie des idées inadéquates de Spinoza, la partie la plus obscure de X Ethique.

D'après Spinoza, nous avons une idée adéquate lorsque cette idée est en Dieu, en tant qu'il constitue l'essence de l'âme humaine, et non pas en tant qu'il a l'idée d'autre chose. Une idée est, au contraire, inadéquate ou partielle lorsque cette idée est en Dieu , non plus seulement en tant qu'il constitue l'âme humaine, mais en tant qu'il a aussi l'idée d'autre chose. Avant d'aller plus loin, tâchons d'éclaircir et d'expliquer ces définitions.

Toutes les idées sont adéquates en Dieu, puisque sa puissance de penser est égale à sa puissance d'agir. Mais l'âme humaine n'est qu'une partie de l'entendement infini de Dieu. D'où il suit tout d'abord qu'une inimité de choses sont entièrement hors de la portée do notre esprit; autrement dit que sur une infinité de points nous sommes condamnés à une ignorance totale, absolue. Mais il est d'autres choses que l'âme peut connaître , soit complètement, soit en partie, c'est-àdire dont elle peut avoir des idées soit adéquates, soit inadéquates. Dans quel cas l'idée u'une certaine chose sera-t-elle adéquate en nous? Quand elle égalera l'idée que Dieu a de cette même chose. Dans quel cas serat-elle au contraire inadéquate? Quand elle ne sera qu'une partie, qu'un fragment de la connaissance divine.

Mais quand est-ce qu'une idée de notre esprit peut égaler une idée de la pensée divine? N'est-ce pas quand Dieu a cette idée précisément et seulement en tant qu'il constitue la nature de notre esprit? Alors, en effet, l'idée divine est le produit de cette partie de l'entendement divin qui est nôtre, qui constitue notre esprit. Elle ne dépasse donc point les limites de notre esprit; l'idée de Dieu alors, c'est notre idée, et rien de plus que notre idée. Au contraire, quand Dieu a une idée à la fois en tant qu'il constitue notre àmo à nous et en tant qu'il constitue d'autres êtres, c'est-k-dire quand une idée de Dieu n'est plus le produit de cette partie seulement de l'entendement infini qui est la nôtre, mais aussi d'autres parties de cet entendement infini, comment pourrions-nous alors embrasser dans sa totalité une idée qui nous dépasse? Une portion seulement de cette idée est en nous, et notre connaissance est inadéquate.

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L'idée adéquate et l'idée inadéquate étant définies, il faut voir pourquoi nous n'avons, suivant Spinoza, de notre propre corps, des corps extérieurs, de notre âme même que des idées inadéquates. Tout d'abord, l'âine, suivant Spinoza, n'a du corps humain en luimême aucune connaissance directe, ni adéquate, ni inadéquate. Comment l'idée du corps humain est-elle en Dieu? Une chose particulière quelconque a Dieu pour cause, non pas en tant qu'infini, mais en tant qu'il est cause d'autres" chosei particulières. Plus clairement, une chose Unie n'a pu être produite directement et sans intermédiaire par la nature absolue d'un des attributs de Dieu. Entre les objets finis et Dieu, il faut de toute nécessité admettre une série infinie de causes particulières. Si c'est uniquement en tant que Dieu constitue d'autres choses particulières que l'âme humaine qu'il a l'idée du corps humain, nous n'avons de notre propre corps ni une idée adéquate, ni même une idée inadéquate; l'àme est dans une ignorance absolue de son propre objet. Mais si l'âme n'a aucune connaissance directe du corps humain en liii-mênie, elle en connaît cependant les affections. A. quel titre, en effet, Dieu a-t-il connaissance des affections du corps humain ? C'est évidemment en tant qu'il a l'idée du corps humain, autrement dit en tant qu'il constitue la nature de l'unie humaine, puisque celle-ci n'est autre chose que l'idée du corps.

L'idée des affections du corps est-elle adéquate ou inadéquate? Il semblerait, d'après les principes posés plus haut, qu'elle dût être adéquate. Il- n'en est-rien cependant. En effet, dit Spinoza, les idées des affections du corps humain n'enveloppent pas seulement la nature du coi ps humain lui-même, mais aussi celle des corps extérieurs; car tontes les affections résultent k la fois de la nature du corps qui reçoit l'affection et de celle du corps qui la produit. Or, à quel titre la connaissance des corps extérieurs est-elle en Dieu? Est-ce uniquement en tant qu'il constitue l'âme humaine? Cela est impossible, puisque l'àme humaine n'est que l'idée du corps humain et que les corps extérieurs étrangers à notre propre corps ne sont mis qu'accidentellement en rapport avec lui. Nous n'avons donc des corps extérieurs qu'une connaissance inadéquate; et comme les idées des affections du corps enveloppent cette connaissance des corps extérieurs, ces idées elles-mêmes ne sont pomt adéquates et distinctes, mais inadéquates et confuses. L'àme donc ne connaît pas son propre corps directement et en lui-même. Elle ne sait qu'il existe que par les idées des affections qu'il éprouve, et ces idées elles-mêmes sont obscures et confuses.

Quelle connaissance enfin , aux yeux de Spinoza, l'âme a-t-elle d'elle-même? L'àme, nous le savons, ne connaît le corps humain que par les idées de ses affections. De même aussi, l'âme ne se connaît elle-même que par la conscience qu'elle a de connaître ces affections. Mais, comme la conscience d'une idée ne peut nous apprendre autre chose que ce que cette idée renferme, la conscience de l'idée que nous avons du corps humain ne nous donne de l'âme qu'une cotinuissaneo inadéquate. En résumé donc, l'âme n'a point de son propre corps, des corps extérieurs et d'elle-même une connaissance adéquate, mais une connaissance confuse et mutilée.

Mais l'âme n'est pas réduite uniquement à cet ordre d'idées. Ce n'est là que le premier degré de la connaissance ; Spinoza en distingue encore deux autres : la connaissance du second degré et celle du troisième. Sous ce nom de connaissance du second degré, Spinoza comprend ce qu'on appelle aujourd'hui les idées générales. Ces idées sont-elles clai-. res ou confuses? Ce qui est commun à toutes choses, dit Spinoza, ne peut se concevoir que d'une façon adéquate. Ce qui est commun au corps humain et aux corps extérieurs par lesquels lo corps humain est ordinairement modifié, l'àme humaine en a également une idée adéquate,

Il est enfin un dernier genre de connaissance appelé par Spinoza science intuitive, et qui consiste à s'élancer d'abord de la perception des choses sensibles à l'idée de l'essence infinie de Dieu, pour redescendre ensuite de l'idée adéquate de cette essence infinie à l'idée adéquate des choses particulières. L'âme humaine, nous l'avons vu, n'a de son propre corps etdes corps extérieurs qu'une idée inadéquate. Mais qu'est-ce qu'un corps? Une modalité de l'étendue. En d'autres termes, les corps ont pour cause Dieu en tant qu'étendue. Or, c'est un axiome pour Spinoza que la connaissance de l'effet implique la connaissance de la cause. La connaissance des corps est donc enveloppée dans la connaissance de l'étendue divine. Pour la même raison, la conscience que nous avons des idées des corps enveloppe la connaissance de la pensée absolue. Mais qu'est-ce que l'étendue et la pensée divine? Ce sont des attributs de Dieu. Or, un attribut, c'est ce que la raison conçoit comme constituant son essence. Le concept de l'étendue et de la pensée divine contient donc le concept de l'essence éternelle efinfinie. Ainsi, la plus humble, la plus obscure de nos conceptions nous fait connaître Dieu et, Dieu étunt le fond commun de toutes choses, nous le fait connaître adéquatement. De l'idée adéquate de

SPIN

l'essence éternelle et infinie de Dieu, l'esprit peut tirer une foule de connaissances également adéquates. Aussi l'idée de Dieu doit être le point de départ de toute déduction. L'Etre infini n'est pas en effet seulement le plus général des universaux, c'est aussi le plus réel, le plus déterminé des êtres, ou pour mieux dire le seul être véritable. Cause et substance de toutes choses, c'est de lui que tout vient; c'est de l'idée de cet être infini que l'on peut tout déduire, en allant de l'idée adéquate de la cause ou du principe à l'idée adéquate des effets ou des conséquences. L'esprit suit ainsi l'ordre et l'enchaînement de la nature ; il en reproduit l'image fidèle, et c'est en cela que consiste la science.

Le spinozisme a été le signal d'un mouvement d'idées extraordinaire dans l'histoire de la philosophip, Sans parler des innombrables écrits publiés au xvno et au xvme siècle sur Spinoza et sur son oeuvre, nous, nous contenterons de rappeler que les plus grands esprits du temps, Leibniz, Fénelon, Malebranche, Bayle, Locke, Toland, Voltaire, en ont été vivement préoccu pés. Le xix° siècle fut pour Spinoza une véritable résurrection. Sa théorie sur Dieu, la nature et l'homme est le fond commun de la nouvelle philosophie allemande. Même dans le domaine des lettres, Lessing s'est inspiré de lui ; Byron lui emprunte sans cesse, pense et raisonne par lui.

On a de Spinoza : Renati Descartis principiorum philosophie, pars I et II, more geometrico demonsiratasper Benedictum de Spinoza, Amstelodamensem. Accesserunt ejttsdem cogitata metuphysica , quibus dif/iciliores, qui tam in parle metapàysices yenerali quam speciali occurrunt, qu&stiones breviter explicantur (Amsterdam, 1663); Traclatus theologicopoliticus, continent dissertaliones aliquot quitus osteudilur libertatem pbilosophandi non tantum salua pintate et reipublicx pare posse concedi, sed eamdem nisi cum pace reipubtics ipsaque pietate tolli non posse (Hainburgi [Amsterdam], 1670,1vol. in-4»de233 pages), avec l'épigraphe significative : Per hoc cognoscimus quod in Deo manemus et Deus manet in nobis, quod de Spiritu suo dédit nabis (Joan., Ep., 1-4); proscrit dès son apparition, l'ouvrage reparut bientôt sous des titres divers; B. U, Sp. opéra postltuma quorum séries post prsfationem ex/dbetur (Am-terdam, 1677, 2 parties en l vol. in-4«). Les divers ouvrages dont se compose cette collection sont : Elkica more geometrico demonstrata et in quinque partes distincta; Traclatus politicus, réédition du Traclatus theoloyico-polilicus; Traclatus de emendatione inlellecius, œuvre inachevée ; Epistolx ; Compendium grammatices linguss hebixz. On possède deux éditions des œuvres complètes de Spinoza ; la première, celle de Paulus, est d'Iéna (1803, 2 vol. in-8°); la seconde, de Gfroerer, a paru dans le Corpus p/titosophorum, où elle forme le t. III (in-go).

SPINOZISME s. m. (spi-uo-zi-srae — de Spinoza, n. pr,). Philos. Doctrine de Spinoza.

— Encycl. V. Spinoza..

SPINOZISTE s. (spi-no-zi-ste — rad. spinozisme). Philos. Partisan du spinozisme.

SPINTHÈRE s. m. (spain-tè-re — du grec spinthêr, étincelle, qui est pour skinther, selon Curtius, et appartient à la même famille que le diminutif latin scintilla, étincelle.) Miner. Nom donné k une variété de sphène, de couleur gris verdâtre, qui présente des reflets étincelants et qu'on trouve k Chalanches et à Maromine, dans le ûauphiné, sous forme de petits cristaux implantés sur un calcaire spathique.

SPINTHÉROMÈTRE S. m. (spain-té-romë-tre — du gr. spinthêr, étincelle; nietron, mesure). Physiq. Instrument dont on se sert pour mesurer la force des étincelles électriques.

SPINTHÉROPIE s. f. (spain-té-ro-pî — du gr. spimhêr, étincelle; ops, vue). Pathol. Lésion de la vision par laquelle le malade croit voir des étincelles.

SPINTHÉROPS s. m. (spain-té-rops — du gr. spinthêr, étincelle; ops, apparence). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des amphipyrides, formé aux dépens des ainphipyres et comprenant quatre espèces, dont trois habitent le midi de la France : Les SPINTHÉROPS oji< les antennes filiformes. (E. Desinarest.)

SPINTRIEN, IENNE adj. (spain-tri-îiin, i-è-ne — du lat. spiniria, homme qui se livre à des débauches contre nature; de sphincter^ muscle constricteur de l'anus). Numism. Nom donné à des médailles obscènes des premiers temps de l'empire.

— Encycl. Les médailles spintriennes sont en bronze et d'un module un peu supérieur au petit bronze. Elles portent à l'avers un homme et une femme dans des positions lascives et, au revers, une lettre numérale dans une couronne de laurier. On en connaît environ cinquante variétés; cependant, elles sont rares. Tout, dans l'aspect de ces pièces, prouve qu'elles n'ont pas été des monnaies. L'opinion générale les regarde comme des I espèces de jetons ou de tessères qui servaient dans des réunions de débauchés, et l'on pense qu'elles ont été fabriquées dans les dernières années du règne de Tibère et par les ordres

SPIP

de ce prince, alors retiré à Caprée, où il vivait dans de continuelles orgies. Ce sont probablement les lasciva numismata dont parle Martial.

SPINTUHN1X s. m. ( spain-tur- nikss ).

Arachn. Syn. de ptéropte.

SPINULE s. f. (spi-nu-le — lat. spinula, dimin. de spina , épine). Hist. nat. Petite épine.

SPINULEUX, ËOSE adj. (spi-nu-Ieu, eu-ze — rad. spinale). Hist. nat. Qui est en pointe roide et presque piquante,

SPINULIFORME adj. (spi-nu-li-for-me — de spiuule et de forme). Bot. Qui a la forme d'une petite épine.

SPINUS s. m. (spi-nuss — du lat. spina, épine). Ornith. Nom scientifique du tarin et du genre dont cet oiseau est le type, genre qu'on désigne aussi sous les noms de chrysomitrb et de ligdhin.

SPIO s. m. (spi-o). Arachn. Genre d'arachnides, de l'ordre des acariens, tribu des hydrachuelles.

— Annél. Genre d'annélides marines, de la famille des néréides : Des animaux semblables aux SPIOS ont été trouoés dans l'Océan, (f. Gervais.) Le spio filicorne habite les côtes du Groenland. (H. Lucas.)

— Encycl. Le genre spio est caractérisé par un corps allongé, articulé, grêle, offrant de chaque côté une rangée de faisceaux de soies très -courtes ; une bouche terminale; deux ou quatre yeux ; deux tentacules trèslongs, filiformes ou sétacés, imitant des bras ; des branchies latérales, filiformes, indivises. Les espèces peu nombreuses de ce genre vivent dans des tubes enfoncés dans la vase, et quelques-unes habitent nos mers. Le spio séticorne , type du genre , se trouve dans l'océan Atlantique. Le spio filicorne se rencontre sur les côtes du Groenland. Le spio à antennes crénelées présente, entre les deux grands tentacules, deux autres filets courts et frontaux, qui paraissent être des antennes. Le spio cornu, originaire de la Caroline, forme , pour quelques auteurs, le typa du genre polydore. Au reste, les spios, trèsvoisins des néréides, s'en rapprochent aussi par leurs moeurs.

SPlONADEs. f. (spi-o-na-de). Entom. Genre d'insectes lépidoptères diurnes, de la tribu des papillonicles.

SPIONCELLE s. f. (spi-on-sè-le — du provenç. pioncetla, pucelle, jeune fille). Ornith. Oiseau du genre pipit.

— Encycl. La spioncelle a environ 0m,l7 de longueur totale; le plumage d'un gris brun en dessus, plus foncé au centre de chaque plume, brun cendré sur la queue, flambé de brun clair sur les côtés du £ou et de la poitrine, blanc en dessous ; le bec noirâtre et les pieds d'un brun marron. La femelle se distingue par les taches plus nombreuses des parties inférieures. Cette livrée est celle des sujets adultes en automne et en hiver. Au printemps et en été, toutes lei parties supérieures sont d'un joli gris bleuâtre, le dessous du corps d'un rouge roussàtre, la gorge d'un blanc lavé de roux. Cet oiseau, qu'on appelle quelquefois alouette des friches ou alouette pipit, est très-répandu en Europe; on le trouve aussi au Japon et dans l'Amérique du Nord ; il se plaît dans les friches et les bruyères. « La pipit spioncelle, dit M. Z. Gerbe, quitte nos pays et y revient en même temps que les pinsons et souvent de compagnie avec eux. On la voit pendant l'été miles hautes montagnes du midi de la France, en Italie, en Eapagne et en Saniaigne. On la trouve aussi sur les côtes maritimes d'Angleterre et de Hnllande. Ses mœurs sont les mêmes que celles de ses congénères. Elle niche dans les pays de montagnes, même sur les plateaux stériles de celles qui sont très-élevées; plus rarement sur les falaises et sur les rocs qui bordent la mer ; sa ponte est de quatre à cinq œufs, d'un blanc sale couvert de petits points bruns, qui sont très-rapprochés sur le gros bout. » La spioncelle arrive dans le midi de la France vers la rai-octobre, souvent mêlée avec les farlouses, dont le cri est le même, mais la voix plus faible. Cette espèce est beaucoup plus méfiante que ses congénères, car elle s'enfuit précipitamment des qu'on veut l'approcher.

SPIPOLE s. f. (spi-po-le). Ornith. Syn. de

PIPIT.

SPIPOLETTE s. f. (spi-po-lè-te — dimin.

de spipole). Ornith. Espèce d'alouette.

— Encycl. La spipolette est une espèce ou peut-être une simple variété très-voisine de l'alouette commune. Sa taille dépasse un peu celle de la farlouse. Elle a le plumage d'un gris brun mêlé d'olivâtre, en dessus; les pennes variées par bandes de noir et de blanc; celles des ailes bordées de brun jaunâtre; la queue bordée de blanc; le dessous blanc jaunâtre, taché de noirâtre; le bec noir et les pieds bruns. Cet oiseau est répandu dans la plupart des contrées de l'Europe; il se plaît clans les bruyères, les friches et les chauines d'avoine, voyage par troupes plus ou moins nombreuses, niche sur terre comme les autres alouettes, mais se perche sur les arbres. Le mâle a un chant très-agréable. La spipolette est très-grasso à l'automne et fait alors un excellent mets.

SPIR

SPIRACANTHE s. m. (spi-ra-kan-te — de spire, et du gr. alcantha, épine). Bot. Genre de plantes, de la famille îles composées, tribu des vernoniées, dont l'espèce type croit à la Nouvelle-Grenade.

SPIRACULE s. m. (spi-ra-ku-Ie — lat. spiraculum, soupirail; de spirare, souffler, respirer). Entom. Orifice extérieur des trachées des insectes.

SPIRADICLIS s. m. (spi-ra-di-kîiss — de spire, et du gr. diklis, vaVve). Bot. Genre de plantes, de la famille des rubiacées, tribu des cinchonées, dont l'espèce type croît à Java.

SPIRAL, ALE adj. (spi-ral, a-le — rad.

spire). Qui a la forme d'une spirale : Ligne spirale. Forme spirale. Ressorts spiraux. Les fleurs femelles sont portées sur des tiges spirales. (Cuvier.)

— Hydraul. Pompe spirale, Pompe essentiellement formée d'un tube contourné en spirale.

— s. m. Petit ressort de montre qui met le balancier en mouvement : Je n'ai cassé

?'ite le grand ressort, la sonnerie, le spiral et e barillet. (G. Snnd.) Il Spiral réglant, Spiral spécial qui répond à l'aiguille de l'avance et du retard dans les chronomètres.

— Encycl. Techn. Ce qu'avait été le pendule pour les horloges, le ressort spiral le fut pour les montres et les chronomètres, et c'est encore ù Muyghens qu'est due cette admirable invention. Il donne lui-même une description de cet organe dans une communication faite a l'Académie royale des sciences :

« Le secret de l'invention consiste en un ressort tourné en spirale attaché par son extrémité intérieure à l'arbre d'un balancier équilibré, mais plus grand et plus pesant qu'à l'ordinaire, qui tourne sur deux pivots, et par l'autre extrémité à une pièce qui tient à la platine de l'horloge; lequel ressort, lorsqu'on met une fois le balancier en branle, serre et desserre alternativement ses spires et conseiWe, avec le peu d'aide qui lui vient par les roues de l'horloge, le mouvement du balancier, en sorte que, quoiqu'il fasse plus ou moins de tours, les temps de ses réciproquations sont toujours égaux les uns aux autres. »

Pour que l'action du ressort spiral soit bien régulière, il faut qu'il agisse tout entier et, pour cela, que sa courbure soit régulière, que l'inflexion du métal soit la même en chaque point. Si la place ne manque pas, eommo dans les chronomètres, le ressort se fait en hélice, avec une hauteur proportionnée à la résistance ; dans une montre, les spires s'enroulent dans un même plan. Le ressort à hélice est obtenu au moyen d'une lame droite qu'on enroule autour d'une tige cylindriquo pour la tremper, ce qui donne une inclinaison constante à ses éléments successifs. Pour les montres, on enroule le fil d'acier sur luimême, ce qui donne une spirale d'Archiniède.

M. Phillips, rémittent professeur de mécanique de l'École centrale des nrts et manufactures et de l'Ecole polytechnique, a démontré, dans un travail fort curieux, que, pour obtenir un ressort agissant dans de bonnes conditions, c'est-à-dire pur l'élnsti 'itè do tous ses points, il fallait fixer l'extrémité du spiral de manière à la faire rentrer dans l'intérieur, en lui donnant une forme elliptique.

Par suite de l'élasticité parfaite de ces petites lames d'acier très-déliées, l'action des oscillations du balancier placé à leur centre tend à modifier simultanément l'inclinaison mutuelle de tous les éléments successifs.

Or, si l'on examine d'abord ce qui se passe dans une lame élastique recliligue encas-

l'jg. U

trêe par son extrémité A , lorsqu'on l'écarte de sa position initiale, on sait qu'elle

; se courbera d'une manière à peu près régulière, si son élasticité est très-grande, dans les positions symétriques Ali', AB" qu'elle

■ prendra autour de la position moyenne AB, la convexité de la ligne courbe qu'elle formera étant toujours tournée vers AB. Or, une hélice n'est qu'une droite enroulée sur un cylindre, et les effets élastiques qui s'y produisent sont en tout semblables à ceux qui sont habituels à une lame vibrante. Ainsi, un effort exercé pour resserrer les spires, par exemple, pur 1 effet de la rotation du ba-

i lancier, tend à augmenter ou diminuer le rapprochement des spires dans le sens vertical, si l'épaisseur est constante. Si le spiral est formé d'une lame d'épaisseur inoindre au milieu, comme le faisait A. Brégiet,

SPÎR

les spires du milieu se gonflent entre le point fixe et le point d'impulsion (fig. 3).

. Fig. 2 et 3.

Inversement, lorsque le mouvement du balancier est amorti par la résistance croissante du ressort et qu'il revient sur lui-même, la spirale se creuse au milieu.

Les effets du ressort spiral dont les spires sont enroulées dans un même plan sont absolument analogues aux précédents. Le ressort, attaché à l'axe du balancier, s'enroule en quelque sorte autour de celui-ci par l'effet de 1 impulsion ; les spires, en se resserrant, se rapprochent du centre. Dans la période inverse, elles s'en écartent, et cet effet produit comme un balancement qui frappe la vue lorsque l'on considère le mouvement d'une montre.

La longueur à donner aux spiraux pour atteindre l'isochronisme est une des plus grandes difficultés h vaincre dans la fabrique des montres; l'importance est la même que celle de la longueur du pendule pour les horloges. Mais l'élasticité, qui dépend de la nature variable de chaque morceau d'acier, ne permet pas, comme la pesanteur, de fixer même la longueur convenable dans chaque cas.

Pierre Leroy a déduit de l'expérience une règle empirique qui fait généralement loi en cette matière :

« 11 y a, dans tous les ressorts spiraux d'une longueur suffisante, une longueur où toutes les vibrations grandes et petites sont isochrones. Pour une longueur supérieure, les grandes vibrations sont plus lentes que les courtes, et inversement, pour une longueur moindre. » Pour bien comprendre cet énoncé, qui se rapporte à un spiral faisant un nombre de .tours déterminé et qui, avec un tour de plus ou de moins, pourrait satisfaire encore à d'autres conditions d'isochronisme, il faut remarquer que, plus les arcs du balancier sont grands, plus le spiral est armé, plus il parcourt l'aie rétrograde avec vitesse. Si donc, la force du spiral croît dans une proportion plus grande que celle de l'étendue des arcs (s'il est court), le spiral accélérera les grands arcs comparés aux petits. Si, au contraire, la force du spiral augmente dans une proportion moindre que 1 étendue des arcs (si le spiral est trop long), le spiral retardera les grands arcs comparés aux petits. Il existe donc, pour les ressorts spiraux, une certaine progression de force, en raison des petites variations de longueur, qui peut rendre isochrones entre elles des vibrations d'inégale étendue et, par conséquent, procurer une régularité qui, sans cela, serait impossible. Le spiral isochrone est celui auquel on est parvenu à donner cette progression exacte en en variant la longueur.

Il est bien certain que les spiraux croissent en résistance à mesure qu'on les arme, mais cette résistance ne suit pas dans tous la même progression.

Une autre difficulté est de régler les rapports de la force du spiral et du poids du balancier. Cette opération ne peut pas se faire théoriquement; on est obligé de procéder par tâtonnements ou d'imiter des constructions bien réussies.

Un spiral en mouvement, remarque A. Bréguet, ne doit pas avoir de lames en repos ou qui travaillent en sens contraire des autres, ou qui, sans mouvements dans une certaine étendue d'arc, finissent par en prendre uii très-grand quand les arcs augmentent. On rencontre surtout cet inconvénient en assemblant le spiral avec Je point fixe. Le piton, dans son ajustement avec son support, doit se fixer sans causer aucun bridage au spiral, qui ne doit jamais éprouver qu'une tension d'élasticité, sans qu'aucune cause doive engendrer des frottements.

Les mouvements en ligne droite n'altèrent pas la marche des ressorts spiraux; mais ii n'en est pas de même des mouvements circulaires qui ont lieu dans le plan du balancier et qui accélèrent ou retardent son mouvement propre. Pour diminuer spécialement cette cause d'erreur, il faudra rendre trèsgrande la vitesse de vibration. Ainsi, dans les chronomètres, le nombre des vibrations est do cinq ou six. par seconde.

SPIR

— lîydraul. Pompe spirale. Cet appareil a été longtemps attribué à André Wùrtz, ferblantier de Zurich, et les mémoires de la Société de cette ville ont décrit celle qu'il avait établie en 1766; mais la pompe spirale avait été présentée à l'Académie des sciences par le Hollandais Yettman dès 1756. Daniel Bernouilli s'en est occupé, en 1772, dans les Mémoires de Pétersbourg, ainsi que le Père Ximenès dans le tome XII de la Haecolta des auteurs italiens sur l'hydraulique. Comme l'indique la figure, la pompe spirale consiste

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