XV->.W,--S\'W.V.^,.AW^^VVWV
Vig. I.
dans un tuyau courbé en spires dont les diamètres décroissent progressivement et qui forme une roue tournant sur un axe horizontal. Ce tuyau est ouvert à l'extrémité 0 et aboutit à l'autre extrémité N' à une capacité faisant partie de la roue et communiquant avec te tuyau d'ascension fixe EH. La roue est à moitié plongée dans l'eau du réservoir inférieur; en la faisant tourner, il entre alternativement dans le tuyau ON des volumes à peu près égaux d'air et d'eau. En passant de spire en spire, l'eau et l'air se distribuent de telle manière que le volume des portions d'air diminue progressivement à mesurequ'elles se trouvent soumises à des pressions de plus en plus grandes. Parvenu en N', l'air supporte une pression égale à la pression atmosphérique, plus celle qui est due àla somme des hauteurs verticales des colonnes d'eau qui sont contenues dans toutes les spires, ce qui détermine la hauieur à laquelle l'eau peut être élevée dans le tuyau EH, Dans cette machine, dont Navier a donné la théorie, le nombre de spires est d'autant plus grand que l'eau doit être élevée à une plus grande hauteur. On#n'a pas d'observations sur le produit de cet appareil, dont il n'a été fait que (rçs-peu d'usage; cependant, les expériences faites en 1830 sur une pompe spirale du Conservatoire des arts et métiers, à l'aide d'une manivelle dynamométrique, ont montré que, lorsque la hauteur du tuyau d'ascension est un peu moindre que la somme des diamètres de toutes les spires, l'effet utile de la machine atteint à peu près les 0,60 du travail moteur. La pompe expérimentée portait six. spires à section carrée de 0m,06' environ, roulées sur un cylindre de près de 1 mètre de diamètre; elle élevait l'eau à 5 mètres environ.
SPIRALES, f. (spi-ra-le — rad. spire). Gfcom. Courbe qui fait sur un plan plusieurs révolutions autour d'un point, dont elle s'écarte de plus en plus : Il y a une infinité de sortes de spirales, parmi lesquelles celle d Archimêde eut la plus célèbre. (Acad.)
— Pyrotech. Nom impropre d'une pièce d'artifice, disposée non en spirale, mais en hélice conique.
— Dans le langage commun, Nom impropre donné aux hélices : Escalier en sptRALB.
— Encycl. Géom. On nomme généralement spirale une courbe dont le rayon polaire croit suivant une loi il'ailleurs quelconque, en même temps qu'il tourne, toujours dans le même sens, autour du pôle. Une spirale a nécessairement une induite de spires distinctes; le rayon polaire peut croître indéfiniment avec l'angle ou tendre vers une limite finie ; dans ce dernier cas, la spirale est asymptote à un cercle. Le rayon polaire diminue lorsqu'on lui donne un mouvement contraire, et il peut tendre soit vers zéro, soit vers une limite quelconque ; dans le premier cas, la spirale a pour asymptote le pôle lui-même ; dans le second, elle a pour asymptote un cercle.
Les spirales le.5 plus connues sont la spirale d'Arehimède, représentée par l'équation
P = f „ + ri, la spirale hyperbolique,
et la spirale logarithmique,
P = remi.
— Spirale d'Arehimède. Dans la spirale d'Arehimède, le rayon polaire p croît de quantités proportionnelles aux accroissements donnés à l'angle 9 ; aussi doniie-t'-oil la figure de cette courbe aux excentriques destinés à changer un mouvement uniforme de rotation en un mouvement rectiligne uniforme. Si l'on reporte l'origine des angles à UDe distance 0, de la première, dans le sens du mouvement, l'équation de la spirale devient
t = p. + ri, + ri.
SPIlt
On la simplifie en prenant 8„ = — — ; elle rîe-
r vient alors
p = ri.
Si l'on veut donner à 0 des valeurs négatives, on obtient une seconde spirale d'Arehimède, faisant suite à la première, c'est-à-dire se raccordant avec elle au pôle et symétriquement placée par rapport à ta perpendiculaire à l'axe polaire.
L'équation p = ri donne ~ = r; par conséquent l'angle n que fait la tangente à la spirale d'Arehimède avec le rayon polaire a pour tangente
p ri
tang j. = — ;- = - = 0.
W La sous-tangente Sj k cetle courbe, comprise entre le pôle et le point de rencontre de la tangente avec la perpendiculaire au rayon polaire menée par le pôle, est S( = p tans; p = ri'.
La sous -normale Sn, comprise entre le pôle et te point de rencontre de la normale avec la même perpendiculaire au rayon polaire, est
S„=p cot tt = r;
elle est donc constante.
L'aire "comprise entre la courbe et le rayon polaire mené sous l'inclinaison 8 est
V„ ïj. 2 3 0
— Spirale hyperbolique. L'équation p8 = a donne p = » puur 0 = 0 ; la limite de p sin 0, lorsque 0 tendra vers zéro, donnera la distance au pôle de l'asymptote, parallèle à l'axe polaire ; cette limite est celle de
a sin 0
Ainsi, la courbe est asymptote à la parallèle à l'axe polaire menée à la distance a du pôle. 0 croissant indéfiniment, p tend vers zéro ; la courbe a donc le pôle pour asymptote.
L'angle que fait la tangente avec le rayon polaire est donné par la formule
tang n=-r- = =—0.
dS ti
di i'
La sous-tangente S, est
S, = p tangi) = — -6 = — a.
Elle est donc constante.
L'aire de la courbe comprise entre deux rayons menés sous les angles 8, et i est
Si l'on fait, par exemple, 8, = n et 8 = » , on aura pour l'aire comprise entre l'axe polaire prolongé à gauche du pôle et le pôle
lui-même la valeur — a1, qui reste finie, qtioi-
que le rayon polaire ait fait une infinité de tours.
— Spirale logarithmique. L'équation
e = rem*
donne p = 0 pour 8 = — œ ; par conséquent, la spirale logarithmique a le pôle pour asymptote.
%=mrem*-i di
par conséquent, l'angle \k que la tangente à la courbe fait avec le rayon polaire est donné par l'équation
SPIR
tang ii = 4- =
dp di
c'est-à-dire que cet angle est constant. La sous-tangente est
S, = p tang (x = ~ rem\
et la sous-normale
Sn=f cot n = mremi-
Les extrémités de la sous--tangente et de la sous-normale décrivent des spirales logarithmiques égales à la première, mais situées différemment.
L'aire de la spirale logarithmique est
e*mhi = il e^ -f C.
Si l'on prend pour limites 0 et — <» , il vient pour l'aire comprise entre l'axe polaire et le
r' pôle -— . Elle reste encore finie, quoique le
rayon polaire ait fait une infinité de tours.
M. Casimir Cornu, ainsi que nous l'avons dit dans sa biographie, est auteur d'un procédé fort simple pour décrire, d'un mouvement continu, des spirales suffisamment régulières quand il s'agit, par exemple, de la décoration des jardins. Voici ce procédé :
Attachez un cordeau à un piquet fiché verticalement en terre à l'endroit où doit se trouver le centre de la spirale. Enroulez ensuite le cordeau autour du piquet et attachez une pointe k l'extrémité mobile du cordeau, lequel on déroule en le tenant tendu, ayant soin de bien appuyer la pointe verticalement sur le terrain, de manière à tracer la courbo à mesure que le cordeau se déroule.
II est évident que dans ce procédé les spires de la ligne tracée sont d'autant plus écartées que le piquet central est plus gros.
SPIRALE, ÉE adj. (spi-ra-lé — rad. spirale). Bot. Roulé en spirale.
SP1RALEMENT ad v. (spi-ra-le-man — rad.
spirale). En spirale. H Peu usité.-
SPIRALÉP1S s. m. (spi-ra-lé-piss — do spire; et du gr. lepis, écaille). Bot. Syn. de léOntonvx, genre de composées.
SPIRALIFÈRE s. m. (spi-ra-li-fè-re — de spirale, et du lat. fera, je porte). Jouet consistant en une sorte d'hélice semblable à celle des bateaux à vapeur, et qui, lancée à l'aide d'un ressort ou d'une cordeletto vivement déroulée, s'élève en l'air et s'y soutient quelque temps.
SPIRAMELLE s. f. (spi-ra-mè-le). Annél.
Genre d'annèlides tubicules, formé aux dépens des serpules, et dont l'espèce type habite la nier des Indes.
SPIRANT, ANTE adj. (spi-ran, an-te — du lat. spirare, soufhVr). Gr-nmin. Se dit des consonnes qui se forment à l'aide d'un souffle prolongé.
SPIRANTHEs. m. (spi-ran-te — de spire, et du gr. ant/ios, fleur). Bot. Genre de plantes, de la famille des orchidées, tribu des néottiées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent dans les contrées chaudes et tempérées, et dont deux se trouvent en France : Le spiranthk d'automne croit sur les coteaux incultes. (P. Duchartre.)
SFIRANTHÈRE s. m. (spi-ran-tè-re — de spire, utiioaut/tère). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des diosmées, tribu des cuspariées, dont l'espèce type croît au Brésil.
SPIRASTIGMA s. ni. (spi-ra-sti-gma — do spire, et du lut. stigma, .stigmate). Bot. Syn. de pitcairme, genre de bronvéUacées.
SPIRATELLE s. f. (spi-ra-tè-le — "dimiti. de spire). Moll. Genre do mollusques pléropodes, appelé aussi limacina, et dont l'espèce type vit dans les mers arctiques : Les spiratelLbs soiil des mollusques presque microscopiques. (A. Rousseau.)
— Encycl. Les spirtilclles, désignées par plusieurs auteurs sous le nom impropre do limacines, ont pour caractères principaux: le corps allongé en avant, contourné en spirale en arrière ; la bouche miure de deux petits appendices qui se réunissent par leur extrémité au bord antérieur; les branchies en forme de plis à l'origine du dos ; une coquille très-mince, tiès-tragile, papyracée ou vitrée, spirale, à peine car.-née, tournant un peu obliquement sur elle-même, à ouverture circulaire, grande, entière et à bords tranchants. Les spiratelles sont des mollusques de très-petite taille, presque microscopiques ; mais elles se multiplient si abondamment qu'elles peuvent, concurremment avec les clios, servie de nourriture aux baleines. On n'en connaît qu'uue espèce, qui habite les mers du nord,
SPIRATION s. f. (spi-ra-si-on — latin spiratio; de spirare, souffler). Théol. Manière dont le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.
SPIRE s. f. (spi-re — latin spira, grec speira, enroulement, de speirô, rouler, qu'il faut probablement rattacher à la racine sanscrite spfiar, sphur, se mouvoir, trembler, vaciller, qu'on croit alliée à la racine spni1. Cette dernière racine n'a plus en sanscrit que le sens de vivre ; comparez le latin spirare, respirer, spiritus, esprit, etc.; mais elle semble procéder de la notion générale de mouvement et se retrouve dans le grec spairà, aspairô, trembler, palpiter, s'agiter, se débattre, le lithuanien spirti, ruer, speray, rapidement, l'irlandais sparnaim, spaimim, lutter, faire effort, speir, spir, jambe, jarret, etc.). Tour d'une, ligne spirale. [I On dit
aussi TOUR DE SP1RU.
— Se dit quelquefois pour spirale.
— Archit. Base de colonne, quand la figure ou le profil de cette base va en serpen tant.
— Moll. Genre de mollusques gastéropodes pectinibranehes, de la fumille des trocho:des. Il Partie enroulée des coquilles univalves.
SPIRE, la Noviomagus, Augusta Nemetum des Romains, appelée Speyer par les Allemands, ville de la Bavière rhénane, ch.-l. du cercle du Palatinat, près de la rive gauche du Rhin, sur la rivière de son nom, à 2G4 kilom N.-O. de Munich, par 490 19' da huit. N. et G° 8' de longit. E.; 13,000 hab. Evêché, jadis prineier, suffragant de Bamberg; consistoire évangéli<|ue. Gymnase, écoles d'agriculture, de commerce et forestière; jardin botanique. Fabrication de tabacs , blanchisserie de cire ; commerce de bois, cire, garance, bois de construction. Navigation active. Spire, une des villes les
SPIR
plus importantes de l'Allemagne au moyen âge, n'est plus de nos jours qu'une ville de troisième ordre, mais néanmoins très-intéressante au double point de vue historique et architectural. La ville actuelle est propre, bien bâtie et abondamment pourvue d'eau; la rue principale est la rue Maximilien, qui s'étend, à l'O. de la cathédrale, jusqu'à YAltpxrtel , un des rares débris de 1 ancienne ville épiscopale.
— Monuments. La vieille cathédrale de Spire a survécu par miracle aux désastres qu'elles a subis. Cet édifice, désigné sous le nom du Dom , commencé par Conrad 1", continué par Conrad II et Henri III, terminé par Henri IV en 1097, peut passer pour -un des plus remarquables modèles de l'architecture du xic siècle. Elle fut placée dès .son origine sous l'invocation de la Vierge. Dès 1165, un incendie terrible ne laissa debout que les deux tours et l'extrémité semi-circulaire orientale. D'autres incendies, au xm<= et au XV siècle, endommagèrent encore la basilique. Enfin, vinrent les Français qui, en 1GS9, abattirent les deux tours de la coupole occidentale, la nef et le chœur. Près d'un siècle plus tard seulement, en 1772, le princeévèque, comte de Limbourg-Styrum, en entreprit la reconstruction. Pendant l'invasion française de 1793, l'édifice, entièrement saccagé, servit de magasin à fourrages, puis d'hôpital m litaire. Enfin, le roi de Bavière, Maximilien - Joseph, reprit l'idée du prinoeévêque et restaura la vieille cathédrale. Actuellement le Dom de Spire est, après la cathédrale de Cologne, la plus grande église d'Allemagne; ses proportions sont les suivantes : 147 mètres de longueur, 42 de largeur (nef et collatéraux); chœur, 59 mètres. Sa superficie totale est de 23,116 mètres carrés. Des six tours anciennes qui jadis surmontaient l'édifice, il ne reste plus que les deux, tours orientales, mesurant chacune una hauteur de près de 78 mètres. Le roi Louis de Bavière a fait ajouter à ces deux tour3 deux autres de construction moderne, oeuvre de l'architecte Hùbseh de Carlsruhe. « La rosace, dit M. Jounne (18G9), représente la tète du Christ couronnée d'épines, par Hopfgarten, entourée des quatre évangelistes, par Ronn. Sous le portique, appelé Kaiserhalle, on ii placé dans huit niches les statues des huit empereurs. Les bas-reliefs représentent des scènes de la vie de Rodolphe de Habsbourg et la fondation de lu cathédrale par Conrad II. Le portail principal a été achevé en 1856. L'intérieur offre un aspect sévère. Douze piliers carrés séparent la haute et large nef des deux latéraux. » Un escalier de dix marches conduit au Kœnigsckon (chœur royal ) ; c'est sous le lioonigschon que se trouve le caveau impérial ; là, de 1024 à 1308, sur dix-huit empereurs qui oiit régné dans cet intervalle, neuf ont été ensevelis : Conrad II, Henri III, Henri IV, Henri V, Conrad III, Philippe de Souabe, Rodolphe de Habsbourg, Adolphe de Nassau, Albert d'Autriche. Ces tombes ayant été violées par les armées de Louis XIV, l'empereur Charles IV rit rechercher les ossements de ses ancêtres, mais il ne put les retrouver. A la place des tombeaux détruits, deux monuments tout modernes ont été élevés, l'un, en 1824, à Adolphe de Nassau , l'autre, en 1843, par le roi de Bavière, à Rodolphe de Habsbourg. Ces monuments sont l'œuvre, le premier d'Ohvnacht, le ko -nnd de Schwauthaler. Indépendamment d i caveau impérial, une crypte, soutenue par vingt piliers courts et massifs, s'etend sous la partie orientale de l'édifice. Elle contient un vieux tombeau de Rodolphe de Habsbourg et de curieux fonts baptismaux du ixe ou du xa siècle. Parmi les peintures qui décorent l'intérieur du Dom, nous citerons : une bonne copie de la Af adonna di San-Sisto de Raphaël, par Schlesinger ; un Saint Jean dans le désert, d'Amigoni, et enfin les admirables fre-ques commandées par le roi Louis de Bavière et exécutées par Claude Schraudolph , Jos. Moese, J.-C. Koch, Sus-smair, Max. Bantelo et Sehwuzmann, d'après les cartons et sous la direction de Schraudolph : les prophètes, les éviuigélistes , l'épisode du passage de saint Bernard à Spire, la naissance et la mort de la Vierge, enfin les divers épisodes de la vie du Christ, depuis sa naissance jusqu'au crucifiement, tels sont les principaux sujets de ces fresques.'
A peu de distance de la cathédrale s'élève le Domnapf, sorte de bassin en pierre, devant lequel, au moyen âge, tout nouvel évoque était tenu , en présence de.! bourgeois de Spire, de prêter serment de respecter les libertés et privilèges. Ce serment prêté, la coupe de pierre était remplie de vin et les bourgeois portaient la santé du nouveau prélat.
Des dix chapelles qui entouraient le Dom au temps de la splendeur de Spire, une seule, ceile de Sainte-AI'ra, est encore debout aujourd'hui. C'est dans cette chapelle que fut déposé provisoirement le corps de l'empereur Henri IV en attendant que l'excommunication qui lui interdisait Ventrée du caveau impérial fût levée.
Les autres monuments de Spire sont : le Heidenthurmchen (tour des païens), ainsi nommé parce que la tradition lui donne pour constructeurs les Romains; il ne parait pas néanmoins que cette tour remonte au delà du jsiie siècle; on y conserve une curieuse col-
SPIR
Iection de pétrificatione antédiluviennes et d'antiquités; la Salle des antiquités (Antiquitastenltidle), construction plus moderne, a reçu une destination analogue : elle renferme les débris romains, celtiques et germaniques dont les fouilles pratiquées à diverses époques ont amené la découverte dans le Palatinat; l'Altpœrtel, dernier vestige de l'ancienne ville libre impériale et épargné par le maréchal de Duras, qui, en 16S9, se proposa un instant de le faire sauter par la mine; enfin, le Retscher ou Retschel, ou palais impérial , siège des diètes de l'empire, entre autres de celle de 1529, où fut rendu le fameux décret restrictif sur ou plutôt contre la liberté de conscience (c'est contre ce décret que les luthériens protestèrent et de là que date leur nom de protestants). Le Retscher ne se compose plus guère aujourd'hui que de quelques pans de murs en ruine. Il en est de même du Rathof, ancienne résidence des empereurs lors de leur passage à Spire, et où siégeait la chambre impériale. L'église protestante, le palais du gouvernement, le palais épiscopal, l'hôtel do ville sont des édifices modernes qui no méritent qu'une mention.
— Histoire. « Spire ou Speyer, comme la nomment les Allemands, ou Spira, comme la nommaient les Romains, Neumagus, dit la légende, Augusla Afemetum, dit l'histoire, est une ville illustre. César y a campé, Drusus l'a fortitiée, Tacite en a parlé, les Huns l'ont brûlée, Constantin l'a rebâtie, Julien l'a agrandie, Dagobert y a fait d'un temple de Mercure un couvent de Saint - Germain , Othon Ier y a donné à la chrétienté le premier tournoi, Conrad le Salien en a fait la capitale de l'empire, Conrad II en a fait le sépulcre des empereurs, a Ainsi, en peu de mots et dans son style magnifique, Victor Hugo résume dans le Rhin les commencements de la vieille cité germanique dont nous allons esquisser l'histoire à grands traits. C'est à Conrad II, surnommé le Spirois [der Spereycr), que Spire dut ses premiers agrandissements. Henri IV accorda à ses ôvèques le titre et les privilèges de princes séculiers. II en résulta entre ces prélats, véritables souverains de la ville, et la bourgeoisie des luttes incessantes qui obligèrent les premiers, dès 1192, à fixer leur résidence à Bruchsal. Après une longue opposition, Spire réussit enfin à conquérir, sous Rodolphe de Habsbourg, une charte d'affranchissement, et dès lors, devenue. ville libre, sa prospérité ne lit que s'accroître. Les templiers y eurent de bonne heure un de leurs postes les plus importants. Dès le xmc siècle, sa population atteignait le chiffre de 30,000 habitants et pouvait fournir 6,000 hommes de troupes au premier appel, sans parler d'une armée permanente de chevaliers et de soldats. Lorsque, en 1247, les villes du Rhin s'allièrent contre la féodalité, Spire devint la capitale de la confédération, et plus d'une fois ses troupes abattirent les redoutables burgs à l'abri desquels la noblesse voisine pillait et rançonnait les villes et les villages. Assiégée à diverses reprises (onze l'ois en trois cents ans, de 1125 à 1422), Spire résista toujours ou Mit toujours se relever de ses désastres. En 1530, après l'abolition du droit de guerre privée, prononcée par la diète de Worma, ce fut à Spire que s'installa la Heichs-Kammergericlit (chambre impériale), chargée de veiller à l'exécution de cet édit. Elle y siégea deux siècles, jusqu'en 1C89, époquo où elle fut transférée àWetzlar. C'est encore à Spire que siégeait, vers la même époquo, la chambre des assesseurs avocats, a lesquels, suivant une ancienne chronique, sont faisans et administrans justice au nom do la majesté impériale, des électeurs et antres princes de l'empire au consistoire public de tout l'emrire établi par Charles le Quint..., et auxquels toutes autres juridictions estoient dévolues et ressortissantes en dernier ressort. • Un gibet de pierre, à quatre piliers gigantesques, dont la silhouette se détacha longtemps sur la plaine qui borde le Rhin, attestait la terrible puissance de la chambre des assesseurs. Spire traversa la guerre de Trente ans intacte ; il était réservé à Louis XIV d'abattre la ville des césars germains. Sommée, le 2 février 1G8S, de recevoir une garnison française, Spire, dans l'impossibilité do résister, obéit. Moins de six mois plus tard, elle était obligée de démolir elle même ses murai, les, puis l'intendant Lufond enjoignit à la population de sortir de la ville, sous un délai de six jours, et d'aller émigrer à son choix, en Alsace, en Bourgogne ou en Lorraine, la peine de mort atteignant quiconque eût essayé de franchir lé Rhin et de s'enfoncer dans l'Allemagne. Spire obéit et la ville, réduite à un désert peuplé seulement de quelques malheureux qui n'avaient pu trouver des moyens de transport, fut envahie par une soldatesque effrénée : «L'armée du grand roi entra dans Spire, dit Victor Hugo. Touty était fermé, les maisons, l'église, tes tombeaux. Les soldats ouvrirent les portes des maisons, ouvrirent les portes de l'église et brisèrent la pierre des tombeaux. Ils violèrent la famille, ils violèrent la religion, ils violèrent la mort... et avec la mort, chose qu'on n'avait pas vue encore , la majesté royale , et , avec la majesté royale, toute l'histoire d'un grand peuple, tout le passé d'un grand empire. Les soldats fouillèrent les cercueils, arrachèrent les suaires, volèrent à
SPIR
dos squelettes , majestés endormies , leurs sceptres d'or, leurs couronnes et pierreries, leurs anneaux qui avaient scellé la paix et la guerre, leurs bannières d'investiture, hustas vexilliferas. Ils vendirent à des juifs ce que des papes avaient béni. lis brocantèrent cette pourpre en haillons et ces grandeurs couvertes de cendre... Des caporaux ivres roulèrent avec le pied dans une fosse commune les crânes de neuf césars. » Il s'agit ici des tombeaux des empereurs ensevelis dans la cathédrale. Les malheureux Spirois demeurés dans la ville, aussi bien d'ailleurs que le plus grand nombre des exilés, avaient entassé dans la cathédrale leurs biens les plus précieux, et cela d'après le conseil de Monclar lui-même, commandant au nom du roi de France; les soldats ne se bornèrent pas à violer les sépultures, ils pillèrent encore tous ces biens, anéantissant ainsi la fortune de tout un peuple. Après quoi ils mirent le feu aux débris. Jusqu à la paix de Ryswiek, une ruine désolée rappela seule l'emplacement de l'ancienne ville des empereurs. A cette époque, une partie des anciens habitants y revint et tenta de faire revivre Spire. Mais de nouvelles vicissitudes entravèrent ces efforts. En 1710, les paysans de l'évèque Hartard de Rollingen 1 envahirent et la mirent à sac. En 1734, elle subit des Français un siège meurtrier et finit par être emportée d'assaut. Enfin, en 1792, l'armée républicaine, commandée par Custine, s'en empara. Spire, cédée définitivement à la France par la paix de Luné ville, de vint, sous l'Empire, une simple sous-préfecture du département du Mont- Tonnerre. Elley demeura incorporée jusqu'en 1815, époque où les traités de Paris l'attribuèrent à la Bavière avec le Palatinat.
Spire était, avant la Révolution, le chef-lieu d'un évêché-princîpauté composé de tout le pays compris entre le Palatinat, le margraviat de Bade, la basse Alsace et le comté de Linange. Le prince-évêque de Spire siégeait à la diète de l'empire sur le premier banc du collège des princes, au neuvième ranç, et émettait son suffrage, pour l'élection de 1 empereur, après l'évèque d'Eiehstœdt et avant celui de Strasbourg.
Un concile a été tenu à Spire en 1356. Berthold de Rorbach enseignait en Ail -magne que Jésus-Christ, dans sa passion, avait été abandonné par son père, que, sur la croix, il avait maudit la Vierge Marie, sa mère. L'évèque de Spire cita l'hérétique devant un concile et essaya en vain de le faire rétracter. Après avoir été condamné pour sa doctrine par le concile, il fut livré au bras séculier et brûlé vif dans la ville de Spire même.
Spiro (diète de). La plus célèbre de toutes les diètes qui se tinrent dans cette ville est celle du mois de mars 1529; elle fut l'origine de la dénomination de protestants , sous laquelle on désigne depuis les partisans de la Réforme, qui, jusqu'alors, n'avaient pas de nom reconnu, car ils rejetaient celui de luthériens, et à juste titre , puisque Luther était loin de se trouver d'accord avec plusieurs autres chefs de la Réforme. Charles- Quint n'assista point à la diète, mais tous les Etats germaniques y étaient représentés. La majorité décida que l'empereur serait supplié encore une fois de convoquer un concile général et de le faire assembler dans une ville importante de l'Allemagne , ou, à défaut d'un concile général , un concile national germanique, qu'il présiderait en personne. Jusqu'à cette époque, les princes et les villes qui avaient exécuté ledit de Worms devaient continuer à s'y conformer. Quant aux Etats où s'étaient introduites et propagées les nouvelles doctrines, ils devaient empocher autant que possible toute innovation ultérieure; surtout ils devaient interdire la propagande religieuse des Sacramentaires , qui niaient la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Us ne devaient pus tolérer qu'on abolit la messe, ni qu'on empêchât personne de la dire ou de l'entendre. L'empereur serait prié de publier un nouvel édit sévère contre les anabaptistes; enlin , sous peine d'être traité comme perturbateur de la paix publique, nul ne troublerait les autres, pour cause de religion, dans la jouissance de leurs biens et de leurs droits.
H était facile de prévoir que les réformés, formant la minorité de la diète, ne se soumettraient jamais à de telles conditions. Ils représentèrent énergiquement que, dans une affaire où il s'agissait de la gloire de Dieu et du salut des âmes, la pluralité des voix ne pouvait pas faire loi, et qu'avant la tenue d'un concile, reconnu par tous comme le meilleur moyen de vider ia querelle, personne n'avait le droit de condamner leur doctrine et de leur ordonner de l'abolir. En conséquence, ils demandaient qu'on s'en tint purement et simplement au recez de Spire, de 1520, dont l'empereur venait deleursiguilier l'annulation. La majorité repousssa les représentations des réformés, et rendit son décret dans le sens que nous avons indiqué plus haut. Alors cinq princes : Jean, électeur de Saxe ; Georges, margrave de Brandbourg en Franconie; Philippe, landgrave de liesse; Ernest, duc de Brunswick-Lunebourg-Celle; "Wolfgang, prince d'Anhalt-Cœthen, et quatorze villes libres, savoir : Strasbourg, Ulin,- Constance, Lindau, Memmingen, liempten , Ncerdlingue , Heilbronn , Reutlingen , Ysni, Saint - Gall, Wissembourg -en - Nonlgiiu et
SPIR
Windsheim, signèrent, le *19 avril 1529, une protestation contre le décret de la majorité, demandant que cette protestation fût insérée dans le recez. La majorité ayant rrpuuss i cette demande, les réformés en appelèrent h l'empereur et à un concile libre pour la décision de tous les griefs. Us firent ensuite porter leur protestation à l'empereur , qui se trouvait alors à Plaisance, se rendant à Bologne pour son couronnement. Charles-Quint se montra vivement irrité de cet acte, et lit une réponse foudroyante aux réformés. Mais ils ne s'en émurent nullement, et persistèrent dans leur attitude ferme et décidée.
Telle est l'origine du nom de protestants, sous lequel on a réuni depuis toutes les sectes chrétiennes enfantées par la Réforme du xvi<s siècle.
SPIRE, petite rivière de la Bavière rhénane (Palatinat). Elle prend sa source dans les Vosges, coule à i'E., baigne Neustadl, la ville de Spire et se jette dans le Rhin, audessous de cette ville, après un cours de C0 kilom.
SPIRE (Jean DE), en latin Jobumie» de Spirn, imprimeur allemand du xva s.ècle. On suppose qu'il fut l'un des imprimeurs qui, 11 près la prise de Mayenee en 1462, quittèrent cette ville et répandirent l'art de l'imprimerie dans toute l'Europe. Ce qui est certain, c'est qu'il fonda la première imprimerie à Venise et qu'il la dirigea pendant deux années. L'innovntion eut ungniiid succès, car, en 1500, Venise possédait déjà deux cents imprimeries. Voyez Denis, Suff'ragium proJoanne de Spira, primo Venetorum typogrnpko (Vienne, 1794).
Le premier ouvrage dû aux soins de Spire fut une édition des Lettres de Cicëron, en latin (1469), ouvrage très-rare et dont un exemplaire s'est payé jusqu'à 2,000 francs en France. Jean de Spire imprima ia même année l'Histoire naturelle, de Pline (en latin), tirée à cent exemplaires seulement. Il fit paraître aussi les œuvres de Tacite (sans date). Il fut surpris par la mort au milieu de la publication de la Cité de Dieu, de saint Augustin. — Vendelin de Spire, son frère, dirigea après lui son imprimerie de concert, pendant quelque temps , avec Jean de Cologne. Il acheva en 1470 la publication de la Cité de Dieu et publia, la même année, Virgile et probablement aussi Stilluste. En 1471 il imprima la première Bible en langue italienne (traducion de Nicolas Malermi); en 1471, Strabon, etc. A partir de 1477, on ne voit plus son nom figurer sur les volumes.
SPIRÉACÉ, ÉE adj. ( spi-ré-a-sé ). Bot. Syn. de spirée adj.
SPIRÉE s. f. (spi-ré — lat. spirsa, gr. speiraia, même sens-). Bot. Genre de plantes, de la famille des rosacées, type de la tribu des spirèées, comprenant une centaine d'espèces, répandues dans les régions tempérées de l'hémisphère nord : La spirée filipciiUule est asses commune dans les bois. (P. Duoliartre.) La, spirée ulmaire est vulgairement appelée reine des prés. (T. de Berneaud.) Zes bestiaux ne mangent pas la spirée ulmaire. (Bosc). La spiréë ulmaire est assez ornementale, (Vilmorin.) Il Spirée barbue, Nom vulgaire de l'astilbé des rivages. Il Spirée du Japon, Nom vulgaire de l'hotéia, du Japon, li Spirée trifoliée, Nom vulgaire de la giilénio à trois feuilles, il Ou trouve quelquefois ce mot employé au masculin.
— Encycl. Le genre spirée Irenferme des arbrisseaux, des sous -arbrisseaux et des plantes hi-rbacées, à feuilles alternes, simples ou pennatiséquées, munies de stipules, et à fleurs blanches ou roses, très-diversement groupées; le fruit se compose de plusieurs follicules , rangés en verticille. Les nombreuses espèces de ce genre croissent dans lus régions tempérées de l'hémisphère nord. Presque toutes tout plus ou moins remarquables par leurs propriétés médicinales ou économiques, qu'elles doivent à l'abondance du principe astringent, non moins que par l'élégance de leur port et la beauté, de leur floraison, qui leur assignent une place distinguée dans l'ornementation des jardins. L'une des plus intéres*antes, à ce double point do vue, est Inspirée ulmaire, plus connue sous le nom poétique de reine des prés, et qui, vu son importance, sera l'objet d'un article spécial. V. TJLMAIRK.
La spirée filipendule est une plante vivace, à racines fibreuses, grêles, produisant près de leur extrémité des renflements tuberculeux, ovoïdes, bruns, du volume d'une noisette. Ses tiges, hautes de om,50 à 0"),G0, à peine rameuses au sommet, portent des feuilles très-iongues, formées de quinze à vingt paires de segments très-inégaux, d'un beau vert foncé eu dessus, plus clair on dessous, et se terminent par des corymbes élégants et très-fournis do fleurs blanches, quelquefois rosées en dehors. La iilipendule croit dans presque toute l'Europe ; on la trouve surtout dans les clairières des bois, sur les coteaux secs et sablonneux , quelquefois dans les prés.
Comme elle est très-abondante à l'état sauvage, et rarement employée, on ne la cultive que dans les jardins botaniques ou d'agrément. Peu exigeante pour le sol, elle se propage très-facilement par graines, par éclats au pied ou par tubercules. Celte plante est d'un aspect agréable; on la plante par touffes, soit dans les parterres, soit dans les jar
SPIR
dins paysagers, sur le bord des massifs , autour des bouquets d'arbres, dans les platesbandes, en bordures, sur les talus et les terrains en pente, au milieu des roeailles, etc. Elle produit toujours un bel effet. On en a obtenu une variété à fleurs doubles, une autre a fleura tout a fait roses. Cette spirée convient beaucoup pour la confection des bouquets.
Les tubercules de cette plante, quand ils Sont frais, exhalent une odeur analogue à celle des fleurs d'oranger. Leur saveur est amèreet astringente; aussi sont-ils peu pro-
f»res à l'alimentation de l'homme, bien qu'on es ait utilisés quelquefois dans les temps de disette. Ils renferment toutefois une assez grande proportion de fécule, qu'on pourrait en extraire avec avantage; elle est bonne à manger, et convient d'ailleurs pour la fabrication de la colle et pour d'autres usages industriels. Ils contiennent aussi beaucoup de tannin, et peuvent servir au tannage. Les cochons en sont très-friands. On les a employés, en médecine, comme astringents, diurétiques ou incisifs, contre les diarrhées, la dyssenterie, l'hydropisie, la leucorrhée, les hémorroïdes et les scrofules; on leur a même attribué des propriétés lithontriptiques, qui sont au moins tort exagérées. Les feuilles ont été vantées aussi contre l'hydropisie; tous les bestiaux les mangent ; entin, on les emploie pour le tannage. Les fleurs de cette plante, infusées dans le lait, lui donnent une saveur agréable.
Lu. &pirée barbe de chèvre (aruncus) a des feuilles amples, trois fois ailées, à grandes folioles ovales et dentées en scie, et des fleurs blanches, petites, mais très-nombreuses; elle croît dans les régions montagneuses et boisées de l'Europe centrale. On la regarde comme astringente et vulnéraire. L'usage de cette plante est très-ancien ; c'est une des espèces médicinales que Charlemagne, dans ses cupitulaires, ordonne de cultiver dans ses jardins, La spirée du Kamtchatka habite le nord de la Russie d'Europe et d'Asie, où on la cultive quelquefois comme plante potagère; on mange ses racines, ses feuilles et ses jeunes pousses. La spirée tumenceuse, à feuilles blanchâtres cotonneuses en dessous, et à fleurs roses, croît dans l'Amérique du Nord; on emploie ses feuilles comme vulnéraires, aius'i que celles de la spirée américaine, qui est employée aussi pour le tannage. La spirée trifoliée se trouve aux Etats-Unis; ses racines, connues sous le nom d'ipecacuanlia des Indiens, ont des propriétés cinétiques et sont usitées, dans le pays, comme vomitives. La spirée à feuilles d obi"r est un arbrisseau de 2 à 3 mètres, à fleurs blanches, qui croit au Canada; ses rameau> servent à teindre les étoffes en jaune nantir,. Nous citerons, comme espèces ornemental s, les spirées crénelée, élégante, étalée, de -teeues, lisse, lancéolée, pubescsnle, de Fortme, etc.
SPIRÉE, ÉÉE adj. (spi-ré-é — vad. spirée). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte à la spirée.
— s. f. pi. Tribu de la famille des rosacées, ayant pour type le genre spirée, et élevée par plusieurs auteurs au rang de famille distincte, sous le nom de spiréaches.
SPIRÉINE s. f. (spi-ré-i-ne — rud. spirée). C'hiiu. Mauère colorante jaune des fleurs du la spirée ulmaire ou reine des prés.
— Encycl. Ou peut extraire la spiréine au moyen de 1 ether. On précipite par l'eau la solution éthéree et l'on dissout le précipité dans l'alcool à chaud ; celui-ci dépose, par le refroidissement, de la matière grasse. Ou filtre et l'on évapore la liqueur filtrée ; on fait dissoudre dans l'alcool, a plusieurs reprises, la spiréine qui se dépose ainsi.
C'est une poudre jaune et cristalline, insoluble dans l'eau, fort soluble dans l'éther et dans l'alcool ; les solutions concentrées sont vert foncé; à l'état étendu, elles sont jaunes, et rougissent iégèrement le tournesol. Elle n'est pas volatile sans décomposition. Zâwig lui a attribué la formule (JSIH^O10 ; cette fuimule, qui correspond assez bien aux analyses, manque néanmoins de contrôle; et même le carbone ost en quantité un peu trop forte dans les analyses.
L'acide azotique concentré la dissout à chaud avec une couleur rouge, et ne l'altère que par une ebullition prolongée , sous forme d'acide oxalique. L'acide suifurique la dissout sans altération, et l'eau la précipite intacte de cette dissolution. L'acide chlorhydrique est sans action sur elle. Le brome la décompose eu dégageant de l'acide bromhydrique, et eu produisant une masse rouge particulière, composée de plusieurs combi- : naisons. Distillée avec un mélange d'acide | suifurique et de peroxyde de manganèse ou i de bichromate de potasse, elle fournit de l'a- , cide furuuque et de l'acide carbonique. Les j alcalis caustiques la dissolvent avec une cou- | leur jaune ; elle expulse l'acide carbonique quand ou la chauffe avec une solution de carbonate de potasse ; les acides l'en précipitent sans altération. Les solutions alcalines brunissent ù l'air et se décomposent avec assez de promptitude.
L'eau «.le baryte, le sulfate d'aluminium et l'émétique précipitent en jaune la solution alcoolique de la spiréine; l'acétate de plomb
}t produit un précipite cramoisi qui noircit par a dessiccation. Ce précipite renferme du carbone, de l'hydrogène en petite quantité et uuo
SPIR
forte proportion de l'oxyde de plomb PbO8. Les sels ferreux précipitent la spiréine en vert foncé; les sels ferriques la précipitent en noir ; les sels de zinc mélangés d'un peu d'ammoniaque donnent un précipité jaune soluble dans un excès d'ammoniaque. La combinaison avec l'oxyde de cuivre affecte une couleur vert de pré.
L'azotate d'argent ne précipite la solution alcoolique de spiréine que sous l'influence d'une addition d'ammoniaque, qui ne redissout pas le précipité noir ainsi produit. L'azotate mercureux donne un précipité brun jaunâtre qui passe rapidement au brun foncé. Le sublimé corrosif, le chlorure d'or et le perehlorure de platine ne font naître aucun précipité dans cette solution.
SPIRICELLE s. f, (spi-ri-sè-le — de spire, et du lat. cetla, chambre). Moll. Genre de mollusques, rapporté avec doute à la famille des cabochons, et dont l'espèce type est fossile dans les terrains miocènes.
SPIRiCULE s. m. (spi-ri-ku-le — dimin. de spire). Bot. Kilet mince, enroulé en hélice, dans l'intérieur des vaisseaux trachéens.
SPIRIDANTHE s. m. (spi-ri-dan-te — de spire, et du gr. anthos, fleur). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des sènécionées, dont l'espèce type croît dans l'Asie tropicale.
SP1RIDENT s. m. (spi-ri-dan — de spire, et de dent). Bot. Genre de mousses, dont l'espèce type, de très-grande taille, croît à Java et à Tuïti.
SP1B1D10N (saint), èvèque deTrimilhonte, né dans l'île de Chypre, mort en 348. Il possédait de nombreux troupeaux qu'il gardait lui-même. Spiridion se maria, eut une fille , puis vécut, dit-on, avec sa femme comme un frère avec sa sœur. Comme il était trèscharitable , ses concitoyens le nommèrent évéque de TYimithonte; il accepta ces fonctions, tout eu continuant à élever et à vendre des moutons, et assista aux conciles de Nicée (325) et de Sardique (347). La légende, qui lui attribue un certain nombre de miracles plus ou moins grotesques, raconte que l'empereur Constance l'appela auprès de lui pour le guérir d'une maladie, qu'il lit un voyage k Alexandrie pour y détruire les idoles, et qu'il lui suffit de les maudire pour qu'aussitôt elles fussent réduites en poudre, etc. Pendant la persécution de Galérius, il fut condamné aux mines et à la perte de l'œil droit. L'Eglise l'honore le 14 décembre.
Spiridion, roman par G. Sand (Paris, 1839). Spiridion a été écrit en grande partie et terminé dans la Chartreuse de Valdamosa, aux gémissements de la bise, dans le cloître en ruines, C'est en vain que dans ces' pages graves et dogmatiques, où le style ne dépouille parfois son austérité que pour s'élancer vers les hauteurs nuageuses d'un mysticisme de nouveau genre, on chercherait a. retrouver l'ardent poète A'Indiana, les cris du cœur et l'éloquence passionnée de Valentine, ici, point de femmes, point d'amour, mais des théories philosophiques et morales, écrites sous l'inspiration des idées de Lamennais et de Pierre Leroux.
Le sujet de Spiridion est fort simple. Un jeune homme, Angel, obéissant k ses pieux instincts, à sa ferveur religieuse, s'est fait admettre dans un couvent. Là, au lieu de rencontrer le calme et le recueillement qu'il souhaitait, il s'est trouvé en contact avec des moines grossiers, ignorants et sensuels, incapables de comprendre les aspirations généreuses, l'enthousiasme ardent de son cceur. Il avait fui le monde pour se soustraire aux préoccupations matérielles et échapper au tourbillon de la vie mondaine, et il se trouve mêlé dans le cloître à toutes les menées de ses compagnons. Un sourd désespoir s'empare de l'âme d'Angel et il va se jeter aux pieds du fère Alexis, vieux moine retiré dans un coin du couvent et qui, depuis longues années, dégoûté de la vie en commun par les mêmes raisons qu'Angel, vit solitaire dans la méditation et l'étude. Le Père Alexis accueille Angel, lui raconte les combats, les luttes qu'il a eu à soutenir pour l'apaisement de son âme, et, trouvant dans son nouveau compagnon la ferveur et la foi, il entreprend de lui faire concevoir une religion nouvelle, et pour cela il lui raconte l'histoire de Spiridion, le fondateur du couvent. Spiridion, lui aussi, dès sa jeunesse, s'était senti au cœur un ardent amour pour la religion; d'abord, il avait penché pour les doctrines de Luther, puis la religion catholique avec ses magnificences et ses pompes avait séduit son imagination avide de poésie et d'idéal; il avait alors abjuré la foi protestante et, désireux de mettre ' son âme à l'abri des passions et des tumultes du nionde, il avait fonde un couvent pour s'y retirer et s'y livrer, dans une pieuse retraite, à la méditation et à l'étude. Mais bientôt ia dissipation, les querelles, les intrigues avaient force les portes du cloître et mis le désordre parmi les moines qu'il s'était uonnés pour compagnons. Il s'était vu forcé de s'isoler complètement, et pendant de longues années de recueillement, absorbé dans les réflexions et les recherches philosophiques, il en était arrivé à tomber dans un doute profond ; puis, poursuivant avec une énergie nouvelle la recherche de la vérité, il avait conclu au rejet du christianisme et à son remplacement par
SPIR
une religion basée sur un déisme pur, dont il avait exposé les principes dans un écrit qu'il avait t'ait renfermer avec lui dans son cercueil, la léguant à celui qui se sentirait assez fort pour aller chercher la vérité au sein de la tombe. Le Père Alexis a passé par toutes les souffrances morales, a soutenu les mêmes luttes que Spiridion; comme lui, après de longues années de méditations dans le silence du cloître, il s'est vu eu face du doute et de la négation ; mais il m s'est jamais senti assez fort pour se faire l'héritier spirituel de son maître Spiridion. C'est Angel qui descend dans la tombe, ouvre le cercueil du philosophe et s'approprie le manuscrit qui révèle la religion nouvelle. Nous n'entreprendrons pas d'analyser les idées renfermées dans le prétendu livre de Spiridion ; c'est un mélange des théories du prêtre philosophe Lamennais et du socialiste poëte Pierre Leroux. Quant à la portion du livre qui renferme la peinture des luttes terribles entre la raison et la foi, dont les voûtes du cloître ont dû et doivent être encore témoins, elle est traitée de main de maître; on y retrouve G, Sand avec les brillantes qualités de Son style et Sa connaissance profonde du cœur et de l'esprit humains.
SPIRIFÈRE adj. (spi-ri-fè-re — de spire, et du lat. fero, je porte). Hist. nat. Qui est muni d'une spire.
— s. m. Moll. Genre de mollusques braehiopodes, formé aux dépens des térébratules, et comprenant plusieurs espèces fossiles des terrains de transition.
— Encycl. Les spirifères ont une coquille fibreuse, souvent triangulaire, très-bombée. La grande valve est pourvue d'une aréa inférieure large, transverse et striée en travers ; la petite valve a un petit crochet el aussi une petite aréa linéaire. L'ouverture est mince, triangulaire, sans deltidium, et échuncre un peu la valve inférieure. La charnière est souvent longue et linéaire, pourvue, dechaque côté de l'ouverture de la grande valve, d'une dent qui entre dans une fossette de la valve opposée. L'appareil spiral est soutenu par une grande apophyse de la petite valve qui part à côté de la base de la charnière. Les ornements consistent ordinairement en côtes rayonnantes ; la coquille est, du reste, souvent lisse. La grande valve présente dans son milieu une grande dépression médiane qui correspond à un bourrelet de la petite valve. Les moules présentent des impressions profondes, correspondant aux apophyses internes. Les spirifères sont, en général, caractéristiques de l'époque paléozoïque. On en cite cependant quelques-uns dans le terrain triasique. Il y a près de cinquante espèces dans les terrains siluriens. Us augmentent beaucoup de nombre dans l'époque dévonienne et sont presque aussi nombreux à l'époque carbonifère. Le spirifère strialus atteint souvent une grande dimension et est caractérisé par sa forme triangulaire, sa charnière droite et ses côtes nombreuses et irregulières. Le spirifère glaber est au contraire lisse, de forme arrondie. Le spirifère cuspidatus est remnrquau'le ,par «a grande aréa. Le spirifère lineatus ôst\ arrondi et presque lisse. Le terrain permîen a fourni quelques espèces, et au delà de l'époque triasique les spirifères ne sont plus représentés.
SPIRIFÉRIDE adj. (spi-ri-fé-ri-de — rad.
spirifère), Moll. Qui ressemble à un spirifère.
— s. m. pi. Famille de mollusques fossiles, qui a pour type le genre spirifère.
— Encycl. Les spiriférides constituent une famille des mollusques brachiopodes. L'animal est fixé par un pédoncule qui passe par le crochet de la grande valve, comme dans le3 térébratulideS. La petite valve porte pour chacun des bras une armure compliquée, formée principalement d'une lame testacée, enroulée en une longue spirale très-caractéristique. Le test est tantôt fibreux, tantôt perforé. L'armure des bras distingue clairement cette famille. Les genres lui la composent appartiennent exclusivement aux époques anciennes du globe. Surtout développés dans la période paléozoïque, ils se continuent dans le trias, deviennent plus rares dans les terrains jurassiques et manquent complètement à partir de là. Trois de ces genres, spirifer, cyrius et spirigera, commencent à l'époque silurienne et se terminent à l'époque triasique. Trois sont spéciaux à l'époque paléozoïque, les spirigerina aux terrains silurien et dévonien, les setzia à ces terrains et au carbonifère, les unéites à l'époque dévonienne. Les koninckia caractérisent les schistes de Saint-Cassian. Les spiriferina paraissent appartenir exclusivement au lias.
SPIRIFÉRINE s. f. (spi-ri-fé-ri-ne — rad. spirifère). Moll. Genre de brachiopodes, de la famille des spiriférides.
— Encycl. Les spiriférines diffèrent des spirifères par leur coquille perforée. Leur aréa est peu circonscrite et large ; l'ouverture, placée sous le crochet, est triangulaire, sans deltidium et n'échancrant pas la petite valve. Elles ont parfois une cloison médiane sur la grande valve. Leur charnière est moins longue. La grande valve a toujours un sillon médian et la petite une côte simple correspondante, peu apparente. Les Spirij érines sont spéciales au lias, mais elles se sont peut-être prolongées un peu plus loin.
SPIR
SPIRIFORME adj. (spi-ri-for-me — de spire, et de forme). Qui est en forme de spire, en spirale : Organe spiriforme.
SPIRIGÉRE s. f. (spi-ri-jè-re — de spire, et du lat. gero, je porte). Moll. Genre de la famille des spiriférides.
— Encycl. Les spirigères, de !a famille des spiriférides, ont une coquille ovale, de structure fibreuse. La grande valve n'a pas d'aréa; son crochet est recourbé et tronqué; celui de la petite n'est pas caché. L'ouverture est petite et placée à l'extrémité du crochet, se continuant jusqu'à la charnière sans deltidium et arrivant parfois à s'oblitérer. Les caractères internes sont ceux des spirifères. Les spirigères ont commencé avec l'époque silurienne, se continuant dans la période dévonienne et dans les dépôts carbonifères. On en cite une dans le terrain pennien et aucune au delà de l'époque triasique.
SPIRIGÉRINE s. f. (spi-ri-jé-ri-ne — dimin. de spirigère). Moll. Genre de la famille des spiriférides.
— Encycl. Les spirigérines ont une coquille ovale, de structure libreuse et une grande valve sans aréa. Le crochet est court, saillant et entier. L'ouverture, petite et ronde, disparait parfois aussi. Elle est séparée de la petite valve par un deltidium de deux pièces soudées. Les ornements consistent le plus souvent en lignes saillantes dichotomiques. Les spirigérines paraissent spéciales à 1 époque paléozoïque et n'ont pas dépassé probablement la période dévonienne. Les plus anciennes appartiennent à l'étage silurien inférieur.
SPIRILLE s. f. (spi-ri-lle; Il mil. — dimin. de spire). Infus. Genre d'infusoires en forme d'hélice, de la famille des vibrioniens, comprenant plusieurs espèces, qui vivent dans les infusions animales.
SPIRIQUE adj. (spi-ri-ke — rad. spire). Qui est en forme de spire.
SPIRIS s. f. (spi-riss — rad. Spire). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, do la tribu des chélonides.
SPIRITE s. (spi-ri-te — du lat. spirilus, esprit). Personne qui passe pour avoir la faculté de se mettre en relation avec les esprits, particulièrement avec les âmes des morts. Il Partisan du spiritisme.
— Adjectiv. : Qui a rapport aux spirites ou au spiritisme : Une revue spiritb.
— Encycl. V. spiritisme.
Spirite, roman de Théophile Gautier (1866, in-12). Les extravagances du spiritisme prennent dans ce livre, merveilleusement écrit des teintes si poétiques et si vaporeuses, qu'on s'y laisse aller comme aux plus séduisantes créations. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que l'auteur, sceptique et matérialiste, ne croyant pas un traître mot des choses surnaturelles auxquelles son imagination prêtait la vie, ait pu si bien entrer dans la peau d'un spirite convaincu; ses con ceptions idéales dépassent de beaucoup la fantasmagorie des prétendus adeptes. Voici comment ce spirituel écrivain a encadré sa fiction.
Un élégant sportsman parisien , Guy do Malivert,estétendu dansun excellent fauteuil près de sa cheminée, ou flamboie un bon feu. On est en hiver ; la neige récemment tombée assourdit le roulement lointain des voilures. Ce soir-là, Guy devait aller prendre le thé chezMnWYmbercourt, jeune elriohe veuve, dont le monde le croit amoureux ; mais, après dîner, la nonchalance l'a envahi; il s'est senti si bien chez lui, qu'il a reculé à l'idée de s'habiller et de sortir par sept ou huit degrés de froid, malgré la pelisse et le manchon d'eau bouillante placés dans sa voiture. > Assoupi par la douce température de la chambre, où voltigeait la bleuâtre et odorante fumée de deux ou trois cabanas, dont les cendres remplissaient une petite coupe de bronze antique chinois, au pied en bois d'aigle, posée à côté de lui sur le guéridon qui supportait la lampe, if commençait à sentir rouler sous ses paupières les premières poudres d'or du sommeil ; la porte s'ouvrit avec précaution, et un domestique parut, tenant sur un plateau d'argent une lettre mignonne, parfumée et cachetée. d'une >ievise bien connue de Guy. «C'était uu billet de Mme d'Vnjb'ercourt, qui lui rappelait la promesse de venir chez elle prendre une tasse de thé. 11 se décide à envoyer un mot d'excuse et se met à écrire; mais sa main, prise d'impatiem es, semble vouloir se passer d'ordre, et, qui :id il relit ce que sa main vient de tracer, il est très-étonné d'avoir écrit absolument sans conscience dix ou douze lignes dont le sens est une ru[iture. Impatieuié, il s'habille pour se rendre chez M"" d'Yinbercourt. Comme il allait sortir de sa chambre, il croit entendre un soupir, mais si faible, si léger, si aérien, qu'il fallait le profond silence de la nuit pour que l'orei.le put le saisir. Ce soupir l'arrête un instant et lui cause cette impression que ie surnaturel fait éprouver aux plus braves. Tout en roulant dans sa voiture, Malivert ne peut s'empêcher de penser au soupir mystérieux qu'il a entendu ou cru entendre. Un instinct secret lui affirme que ce soupir n'était dû à aucune des causes naturelles auxquelles son scepticisme pour-
SPIR
rait l'attribuer, et il est envahi par de vagues pressentiments.
A la soirée, il rencontre une de ses connaissances, le baron de Feroë, un Suédois, compatriote de Svedenborg et comme lui penché sur l'abîme du mysticisme, pour le moins aussi occupé de Vautre monde que de celui-ci. A la suite de quelques mots échangés sur les femmes : « Ne vous engagez dans aucun lien terrestre, lui dit le baron. Restez libre pour l'amour, qui peut-être va vous visiter. Les esprits ont l'œil sur vous, et vous
fourriez vous repentir éternellement dans extra-monde d'une faute commise dans ceïui-ei. b De retour chez lui, Malivert pense au baron en se déshabillant : « Que diable
Ï>ouvait-il vouloir dire avec ses énigmes soennelles débitées d'un ton de mystagogueîi Il se couche, mais le sommeil ne lui vient pas. « Maigre lui, il écoutait les imperceptibles bruits qui se dégagent encore du plus complet silence, La détente de la sonnerie de sa pendule avant de sonner l'heure ou la demie, un pétillement d'étincelles sous les cendres, le craquement do la boiserie contractée par la chaleur, le son de la goutte d'huile tombant dans la lampe, le souffle de l'air attiré par le foyer et sifflant tout bas en dépit des bourrelets, la chute inopinée d'un journal de son lit à terre le faisaient tressaillir, tellement ses nerfs étaient tendus, comme aurait pu le faire la brusque détonation d'une arme à feu... Mais, parmi tous ces murmures confus, il ne put démêler rien qui ressemblât à un soupir. » Le lendemain, quand, après déjeuner, il se présente devant la porte de M»« d'Yinbercourt, il entend ces mots murmurés distinctement k son oreille : « N'entrez pas. » Il se retourne vivement et ne voit personne.
Rentré chez lui le soir, après avoir eu au club une conversation avec le baron de Péroô, qui lui a expliqué la projection de volonté nécessaire pour amener les esprits du monde invisible sur les limites de notre monde, Malivert rassemble toutes les puissances de son être et formule intérieurement le désir d'entrer en communication plus directe avec l'agent mystérieux qu'il pressent autour de lui. Insensiblement ses yeux, comme sollicités par un avertissement intérieur, se dirigent vers un miroir de Venise suspendu à la tapisserie. « Il crut démêler comme une vague blancheur laiteuse, comme une sorte de lueur lointaine et tremblotante qui semblait se rapprocher. Il se retourna pour voir quel objet dans la chambre pouvait projeter ce reflet; il ne vit rien... La tache lumineuse du miroir commençait à se dessiner d'une façon plus distincte et k se teindre de couleurs légères, immatérielles pour ainsi dire, et qui auraient fait paraître terreux les tons de la plus fraîche palette. C'était plutôt l'idée d'une couleur que la couleur elle-même, une vapeur traversée de lumière et si délicatement nuancée que tous les mots humains ne sauraient la rendre. Guy regardait toujours, en proie à l'émotion la plus anxieusement nerveuse. L'image se condensait de plus en plus sans atteindre pourtant la précision grossière de la réalité, et Guy de Malivert put enfin voir, délimitée par la bordure de la glace comme un portrait parson cadre, une tête de jeune femme, ou plutôt de jeune tille, d'une beauté dont la beauté mortelle n'est que l'ombre. Une pâleur légèrement rosée colorait cette tête où les ombres et les lumières étaient à peine sensibles, et qui n'avait pas besoin, comme les figures terrestres, de ce contracte pour se modeler, n'étant pas soumise au jour qui nous éclaire. Ses cheveux, d'une teinta d'auréole, estompaient comme une fumée d'or le contour de son front. Dans ses yeux à demi baissés nageaient des prunelles d'un bleu nocturne, d'une douceur infinie, et rappelant ces places du ciel qu'au crépuscule envahissent les violettes du soir. Sun nez lin et miuca était d'une idéale délicatesse ; un sourire ii la Léonard de Vinci, avec plus de tendresse et moins d'ironie, faisait prendre aux lèvres des sinuosités adorables ; le cou flexible, un peu ployé sur la tête, s'inclinait en avant et se perdait dans une demi-teinte argeutée qui eût pu servir de lumière k une autre figure. » Guy, plongé dans uu ravissement mettable, essaye vainement de rattacher à cette figure quelque souvenir terrestre; elle était pour lui entièrement nouvelle, et cependant il lui semblait la reconnaître. No sachant comment se la désigner k luimême, il donne à cette apparition le nom de Spirite. A partir de ce moment, toutes les femmes sortent de sa mémoire; l'amour terrestre est oublié.
Le lendemain, pour se soustraire à l'excitation nerveuse qui le dominait, Guy va faire au bois de Boulogne une promenade en traîneau. Une foule considérable se pressait aux abords du lac. • Ou voyait à demi couchées dans le berceau des calèches à huit ressorts, sous une vaste peau d'ours blanc denticulée d'écarlate, les véritables femmes du monde, pressant contre leurs manteaux desaiin doublés de fourrure leurs chauds manchons de martre zibeline. Sur les sièges à grosses passementeries, des cochers de bonne maison majestueusement assis, les épaules garanties par une paluline de renard, regardaient d'un œil non moins dédaigneux que celui de Leurs maltresses passer les petites dames conduisant elles-mêmes des poneys attelés k quelque véhicule extravagant et prétentieux...
SPIR
Le lac était couvert de patineurs... Ils niaient comme l'éclair, changeaient brusquement de route, évitaient les chocs, s'arrêtaient soudain en faisant mordre le talon de la lame, décrivaient des courbes, des spirales, des huit, dessinaient des lettres, comme ces cavaliers arabes qui, avec la pointe de l'éperon, écrivent k rebrousse-poil le nom d'Allah sur le flanc de leur monture. D'autres poussaient dans de légers traîneaux, fantasquement ornés, de belles dames emmaillottées de fourrures, qui se renversaient et leur souriaient, ivres de rapidité et de froid. 1 Guy s'en retournait, lorsqu'il rencontra la calèche de Mme d'Yinbercourt. Au moment où il causait avec elle, il voit passer un magnifique traîneau dans lequel il reconnaît ou croit reconnaître la figure de Spirite. Jetant à la hâte quelques mots d'excuse à M™e d'Yinbercourt, il se met à suivre le traîneau, qui accélère son allure. 11 ne peut l'atteindre ; mais à l'extrémité d'une allée il se convainc qu'il voyait bien le visage de Spirite, dont le vent avait soulevé le voile. Alors le traîneau qui la portait s'élance avec une impétuosité terrible. « Guy poussa un cri d'épouvante, car au même moment une grande berline traversait le chemin, et, oubliant que Spirite était un être immatériel k l'abri de tous les accidents terrestres, il crut à un choc épouvantable; niais le cheval, le cocher et le traîneau passèrent à travers la voiture comme k travers un brouillard, et bientôt Malivert les perdit de vue. •
Comme il songeait, rentré chez lui, il voit, parmi les papiers qui couvraient sa- table, se dessiner une inain diaphane, dont les doigts s'allongeaient sur une des feuilles de papier à lettres et simulaient les mouvements de l'écriture. Quand la page fut entièrement parcourue, Guy se saisit de la feuille, croyant y trouver des phrases écrites, des signes inconnus ou connus. Le papier était tout blanc. Cependant la main continuait le même travail sur une autre feuille, mais sans donner aucun résultat apparent. Malivert se rappelle alors l'impulsion qu'il avait subie dans la soirée où il avait écrit le billet à Mme d'Yinbercourt et pense que Spirite, par un influx nerveux, parviendrait peut-être à lui dicter intérieurement ce qu'elle voulait dire. Au bout de quelques minutes, il lui semble que le sentiment de sa personnalité l'abandonne et qu'une autre volonté se substitue k la sienne. Les nerfs de ses doigts tressaillaient et commençaient k exécuter des mouvements dont il n'avait pas conscience; le bec de la plume se met k courir sur le papier, traçant des signes rapides avec l'écriture de Guy légèrement modifiée par une impulsion étrangère. Ce que Guy écrivit ainsi, c'était la confession de Spirite : « La première fois que je vous vis, lui disait-elle, c'était au parloir du couvent des Oiseaux, où vous alliez visiter votre sœur qui était là en pension ainsi que moi." Elle ajoutait que, l'ayant aimé dès ce moment sans qu'il s en doutât, elle s'était faite religieuse lorsqu'elle avait appris qu'il allait se marier , puis elle était morte. Alors, échangeant une passion terrestre pour la soif des amours célestes et éternelles, elle s'était révélée à son cœur, à son esprit, k ses yeux mêmes. A la suite de cette révélation, de celte dictée de Spirite, l'existence de Malivert se scinde en deux portions distinctes, l'une réelle, l'autre fantastique. Rien, en apparence, n'est changé chez lui ; il va au club et dans le monde ; on le voit au bois de Boulogne et sur le boulevard; il assiste aux premières représentations ; il voyage ; mais, en réalité, il ne vit qu'avec le fantôme idéal de Spirite. Elle est 1 objet de toutes ses pensées. Il n'aspire plus qu'a mourir pour lui donner le premier baiser d'amour, et sa vie sur la terre n'est qu'un mauvais rêve. Enfin, il meurt, et Spirite l'emporte au ciel. Il y a là, en trois ou quatre pages, une idéale description du paradis, tel que ne l'ont jamais rêvé les croyants.
Ce livre est un des plus remarquables de l'œuvre de Th. Gautier. L'auteur a. adapté avec une rare justesse au vague des formes, aux nuances vaporeuses de sentiments que réclamait le mysticisme du sujet son merveilleux talent descriptif, cette netteté de dessin, cette vivacité de coloris qui donnent à ses peintures l'air d'être faites au crayon et au pinceau plutôt qu'à la plume.
SP1B1T1 (Salvatore, marquis), littérateur italien, né à Cosenza en L7 12, mort à Naples en 1776. Entré dans la magistrature, il devint successivement secrétaire du tribunal suprême de commerce (1757), conseiller, juge de la cour de la Vicaiia (1762), et en dernier lieu conseiller de lachumbro royale de Sainte- Claire (1775). De très-bonne heure il s'adonna k la poésie et consacra ses loisirs aux lettres. Il a publié, entre autres écrits : Rlemorie degli scritlori Coseulini (Naples, 1750, in-40); De machina electrica (1760, in-8<>J ; Dûilogo de rnorti, poème (1770, in-8«); Alamachina perclri vuol divertirsi (1770, in-8»), en vers et en prose, etc.
SPIRITISME s. in. (spi-ri-ti-sme. — rad. spirite), Doctrine des spirites.
— Encycl. Le spiritisme est fondé sur l'existence prétendue des esprits et sur la réalité des manifestations à l'aide desquelles ils su feraient connaître uux vivants. Apprenons d'abord, de la bouche même du grand prêtre des spirites, Allan lutidcc, ce que sont les esnrits.
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« On a su par eux-mêmes, dit-il, que ce ne sont point des êtres k part dans la création, mais les propnes âmes de ceux qui ont vécu sur la terre; que ces âmes, après avoir dépouillé leur enveloppe corporelle, peuplent et parcourent l'espace... Il y a en l'homme trois choses essentielles : l° l'âme ou esprit, principe intelligent, en qui résident la pensée, la volonté et le sens moral; 2« le corps, enveloppe matérielle, lourde et grossière, qui met l'esprit en rapport avec le monde extérieur; 3° le périsprit, enveloppe fluidique, légère, servant d'intermédiaire entre l'esprit et le corps. Lorsque l'enveloppe extérieure est usée et ne peut plus fonctionner, elle tombe, et l'esprit s en détache comme ie fruit se dépouille de sa coque, l'arbre de son écorce ; en un mot, comme on quitte un vieil habit hors de service. C'est ce qu'on appelle la mort. Le corps seul meurt; l'esprit ne meurt pas; la mort du corps le débarrasse de se* liens ; il s'en dégage et recouvre sa liberté comme le papillon en sortant de sa chrysalide. Mais il ne quitte que le corps matériel; il conserve le périsprit, qui constitue pour lui une sorte de corps éthèré, vaporeux, impondérable pour nous et de forme humaine, qui paraît être la forme type. Dans son état normal, le périsprit est invisible, mais l'esprit peut lui taire subir certaines modifications qui le rendent momentanément accessible k la vue et même au toucher, comme cela a lieu pour la vapeur condensée ; c'est ainsi qu'il peut quelquefois se montrer à nous dans las apparitions. C'est k l'aide du périsprit que l'esprit ajiit sur la matière inerte et produit les divers phénomènes de bruit, de mouvements, d'écriture, etc. »
Des esprits, revêtus de leur périsprit, étaient apparus aux vivants bien avant l'époque contemporaine, puisque c'est sur cette croyance populaire que sont fondés tous les récits où il est question de revenants, de fantômes, de spectres ;,> cette superstition est vieille comme le monde. Mais les spirites ne tiennent aucun compte de ces manifestations antérieures des esprits; pour eux, elles ne comptent pas. Le spiritisme date seulement de 1848. A cette époque, l'attention fut appelée aux Etats-Unis sur divers phénomènes étranges en apparence, tels que bruits, coups frappés, mouvements d'objets, etc., que l'on ne pouvait, disaient les adeptes, rapporter k aucune cause connue. Bientôt on remarqua, disaient-ils encore, que ces phénomènes se produisaient de préférence sous l'influence de certaines personnes, auxquelles on donna le nom de médiums, mais»sans leur intervention active. C'est alors qu'on fit tourner des tables (v. tables tournantes) et que l'on crut remarquer dans ce mouvement des tables non-seulement la spontanéité, mais encore l'intelligence. En etfet, disent les spirites, les tables se dirigent à droite ou k gauche vers une personne désignée, se dressent k un commandement sur un ou deux pieds, frappent le nombre de coups demandés, battent la mesure, etc.
C'est pour expliquer ces effets intelligents que les spirites ont imaginé des causes intelligentes. On pensa d'abord k placer ces causes dans un reflet de l'intelligence des assistants ; mais comme on obtenait avec les tables des effets complètement étrangers- à la pensée des personnes présentes, il fallut avoir recours k des êtres invisibles. Et l'argument invoqué, c'est que ces êtres invisibles ont manifesté leur existence d'une manière non équivoque. De l'Amérique , ce phénomène passa en France et dans le reste de l'Europe, où il occupa beaucoup les esprits frivoles. La doctrine du spiritisme fut alors constituée et divulguée, en même temps que les Américains habilesqui l'avaient importée en tiraient un profit sérieux. Allan Kaidec, le premier, lui donna la forme claire et précise que nous avons exposée plus haut. On a vu que cette doctrine est complète, que rien n'y manque, sauf que pour l'admettre il est nécessaire d'avoir la foi, puisque l'auteur considère de prime abord comme prouvés les phénomènes qui, précisément, sont en question et qu'il les explique par une hypothèse à laquelle il faut croire, sans autre examen. Voici quel fut le fait initial du spiritisme aux Etats-Unis :
A la lin de mars 1848, une famille Fox, qui occupait une petite maison du village d'Hydesville, dans le comté de Wayne (Etat de New- York), entendit k la tombée de la nuit des bruits insolites dans les chambres du haut ; des coups étaient frappés au plancher, des chaises remuées et déplacées. On visita les chambres, il n'y avait personne. Le lendemain les mêmes bruits se reproduisirent, et une des filles de M. Fox eut l'idée de dire k l'agent invisible qui les produisait : • Faites comme moi, comptez : un, deux, trois, quatre... ■ L'invisible frappa un, deux, trois, quatre coups. La jeune tille s'évanouit. A lu suite de ces faits tout le village fut en rumeur. Pour comble, un précédent locataire de la maison Fox vint déposer d'un fait bien grave, dont ces phénomènes surnaturels le faisaient souvenir. Un soir, par une obscurité profonde, il -avait entendu distinctement frapper deux coups à sa porte; il était allé ouvrir... Personnel 11 n'eu fallut pas davantage pour porter la terreur à son paroxysme. La maison Fox continuait k être toutes les nuits hantée par le frappeur mystérieux, qui répondait parfaitement k toutes les questions. On lui demanda l'âge des enfants Fox; il
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frappa autant de coups que l'enfant désigné avait d'années; on lui demanda s'il était un être vivant : silence complet; s'il était un esprit : un coup, signifiant oui ; s'il avait reçu quelque offense : deux coups très-forts, affirmant catégoriquement sa plainte. Enfin, on eut l'idée de se servir de l'alphabet; on lui dit de frapper un coup pour chaque lettre composant son nom, à mesure qu'on promenait la pointe d'un stylot air toutes les lettres successivement. On apprit ainsi que l'esprit frappeur s'appelait Charles Rayn, qu'il avait été assassiné dans cette maison et demandait des prières.
Les inventeurs' de cette petite drôlerie ne s'étaient pas mis en grands frais d'imagination, car toute cette aventure de l'homme assassiné qui demande la sépulture se trouve dans une des lettres de Pline le Jeune. Les craquements de meubles, les coups frappés au platond étaient produits tout simplement, comme on l'a su plus tard, par une des filles rie M. Fox, encore tout enfant et déjà ventriloque, qui s'amusa a mystifier sa famillo et les voisins en répondant aux battements de mains de sa sœur et même aux siens propre?, car elle interrogeait aussi. On a vu bien plus fort que cela chez M. Comte 011 chez Robert Houtlin; l'homme k la poupée du café des Aveugles en faisait entendre de bien plus drôles. Quant k l'esprit invisible qui avait frappé deux coups à la porte du précédent locataire de la maison, il parait que c'était un i gamin, uriné d'une balle de plomb attachée k 1 une ficelle, farce usitée dans les villages pour jouir de l'ahurissement de l'homme qui paraît sur son huis en bonnet de coton et la chandelle k la main.
Au lieu de se donner de ces phénomènes bien peu extraordinaires l'explication naturelle qui leur convenait, la crédulité populaire s en empara et la famille Fox, toujours dupe de la jeune ventriloque ou peut-être bien sa complice, acquit une rapide célébrité. Après avoir fait semblant de chercher dans la cave le cadavre de Charles Rayn, elle partit d'Hydesville et vint à Rochener, où l'ombre du frappeur irrité ia suivit. Les manifestations recommencèrent sur ce nouveau théâtre plus vaste que l'ancien et plus propice k une bonne petite spéctlation américaine. 11 y eut des séances publiques; des commissions scientifiques furent nommées pour rechercher la cause des phénomènes surnaturels dont tout le monde aarluit. Pui3, c'était chose si simple que de produire des manifestations spirites, qu'il y t-n eut bientôt partout, à Auburn, à New-Ycrk, k Boston, à Cincinnati, à Saint-Louis, à fcufialo, à Philadelphie. Dans cette derniers ville, trois cents cercles ou réunions se mirent en relation avec les esprits, les évoquèrent et conversèrent avec eux, chacun d'eux par le moyen d'un médium particulier. En 1832, on comptait aux Etats-Unis environ trente mille médiums, et soixante mille en 183J.
Ce fut le moment où le spiritisme pénétra en France; c'est sur ces scènes grotesques que s'appuie Allan Kardec pour dire qu'on a su, par les esprits eux-mêmes, ce qu'ils étaient, quelle était leur nature. Rendons-lui la parole pour apprendre de lui les perfectionnements que subit, en se répandant, la pratique du spiritisme.
« Les coups et les mouvements sont, pour les esprits, des moyeus d'attester leur présence et d'appeler sur eux l'attention, absolument comme lorsqu'une personne frappe pour avertir qu'il y a quelqu'un. 11 en est qui ne sa bornent pas a des bruits modères, mais qui vont jusqu'à faire un vacarme pareil k celui de la vaisselle qui se brise, de portes qui s'ouvrent et se ferment, ou de meubles que l'on renverse. A l'aide des coups et des mouvements de convention, ils ont pu exprimer leurs pensées, mais l'écriture leur oifra le moyen le plus complet, le plus rapide et la plus commode ; aussi est-ce celui qu'ils préfèrent. Par la même raison qu'ils peuvent faire former des caractères, ils peuvent guider la main pour faire tracer des dessins, écrire de la musique, exécuter un morceau sur un instrument; en un mot, k défaut de leur propre corps qu'ils n'ont plus, ils se servent de celui du médium pour su manifester uux hommes d'une manière sensible.
» Les esprits peuvent encore se manifester de plusieurs manières, entre autres par la vue et par l'audition. Certaines personnes, dites médiums auditifs, ont la faculté de les entendre et peuvent aussi converser avec eux; d'autres les voient : ce sont les médiums voyants. Les esprits qui se manifestent k la vue se présentent généralement sous une forme analogue k celle qu'ils avaient de leur vivant, mais vaporeuse; d'autres fuis, cette forme a toutes les apparences d'un éti-s vivant, au point de faire complètement illusion, et on les a quelquefois pris pour des personnes en chair et en os, avec lesquelles on a pu causer et échanger des poignées de mains, sans se douter qu'on avait ult'aire k des esprits, autrement que par leur disparilion subite.
» La vue permanente et générale des esprits est fort rare, mais les apparitions individuelles sont assez fréquentes, surtout au moment de la mort; l'esprit dégage semble se hâter d'aller revoir ses p iront» et ses amis, comme pour les avertir qu'il vient do quitter la terre et leur dire qu'il vit toujours.
» Que chacun recueille ses souvenirs, tst
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l'on verra combien de fuits authentiques de ce genre, dont on ne se rendait pas compte, ont eu lieu non-seulement Ja nuit, pendant le sommeil, mais en plein jour et à l'état de veille ie plus complet. Jadis on regardait ces fuits comme surnaturels et merveilleux, et on le3 attribuait à la magie et à la sorcellerie ; aujourd'hui les incrédules les mettent sur le compte de l'imagination; mais depuis que la science spirite en a donné la clef, on sait comment ils se produisent et qu'ils ne sortent pas de l'ordre des phénomènes naturels...
• Les esprits se communiquent généralement avec plaisir et c'est pour eux une satisfaction de voir qu'on ne les a pas oubliés; ils décrivent volontiers leurs impressions en quittant la terre, leur nouvelle situation, la nature de leurs joies et de leurs souffrances dans le monde où ils se trouvent : les uns sont très -heureux, d'autres malheureux, quelques-uns même endurent d'horribles tourments, selon la manière dont ils ont vécu et l'emploi bon ou mauvais, utile ou inutile qu'ils ont fait de la. vie. En les observant dans toutes les phases de leur nouvelle existence, selon la position qu'ils ont occupée sur la terre, leur genre de mort, leur caractère et leurs habitudes comme hommes, on arrive à une connaissance sinon complète, du moins assez précise du monde invisible pour se rendre compte de notre état futur et pressentir le sort heureux ou malheureux qui nous y attend...
» Le spiritisme a eu son point de départ, en France, dans le phénomène vulgaire des tables tournantes ; mais comme ces faits parlent plus aux yeux qu'à l'intelligence, qu'ils éveillent plus de curiosité que de sentiment, la curiosité satisfai-te, on s'y est d'autant moins intéressé qu'on ne les comprenait pas. 11 n'en a plus été de même quand la théorie est venue en expliquer la cause; quand surtout on a vu que de ces tables tournantes, dont on s'était un instant amusé, sortait toute une doctrine morale parlant à l'âme, dissipant les angoisses du doute, satisfaisant à toutes les aspirations laissées dans le vague par un enseignement incomplet sur l'avenir de l'humanité; les gens sérieux ont accueilli la nouvelle doctrine comme un bienfait, et dès lors, loin de décliner, elle a grandi avec une incroyable rapidité...
■ Le spiritisme n'apprend rien de nouveau, c'est vrai ; mais n'est-ce rien que de prouver d'une manière patente, irrécusable l'existence de l'âme, sa survivance au corps, son individualité après la mort, son immortalité, les peines et les récompenses futures? Que de gens croient à ces choses, mais y croient avec une vague arrière-pensée d'incertitude, et se disent dans leur for intérieur : « Si » pourtant cela n'était pas I » Combien ont été conduits il l'incrédulité parce qu'on leur a présenté l'avenir sous un aspect que leur raison ne pouvait admettre ! N'est-ce donc rien pour le croyant chancelant de pouvoir se dire : ■ Maintenant je suis sûr I » pour l'aveugle de revoir la lumière ? Par les faits et parla logique, le spiritisme vient dioHper l'anxiété du doute et ramener à la foi celui qui s'en était écarté ; en nous révélant l'existence du monde invisible qui nous entoure et au milieu duquel nous vivons sans nous en douter, il nous fait connaître, pat l'exemple de ceux qui ont vécu, les conditions de notre bonheur ou de notre malheur avenir; il nous explique la cause de nos souffrances ici-bas et le moyen de les adoucir. Sa propagation aura pour effet inévitable la destruction des doctrines matérialistes qui ne peuvent résister à l'évidence. L'homme, convaincu de la grandeur et de l'importance de son existence future, qui est éternelle, la compare à l'incertitude de la vie terrestre, qui est si courte, et s'élève par la pensée audessus des mesquines considérations humaines; connaissant la cause et le but de ses misères, il les supporte avec patience et résignation, parce qu'il sait qu'elles sont un moyen d'arriver à un état meilleur. L'exemple de ceux qui viennent d'outre-tombe décrire leurs joies et leurs douleurs, en prouvant la réalité de la vie future, prouve en même temps que la justice de Dieu ne laisse aucun vice sans punition, ni aucune vertu s:uis récompense. Ajoutons enfin que les communications avec les êtres chéris que l'on a perdus procurent une douce consolation en prouvant non-seulement qu'ils existent, mais qu'on en est moins séparé que s'ils étaient vivants et dans un pays étranger. . .
» Au point de vue religieux, le spiritisme a pour base les vérités fondamentales de toutes les religions : Dieu, l'âme, l'immortalité, les peines et les récompenses futures ; mais il est indépendant de tout culte particulier. Son but est de prouver à ceux qui nient ou qui doutent que l'âme existe, qu'elle survit au corps, qu'elle subit après la mort les conséquences du bien ou du mal qu'elle a fait pendant la vie corporelle; or, ceci est de toutes les religions.
» Comme croyance aux esprits, il est également de toutes les religions, de même qu'il est de tous les peuples, puisque partout où il y a des hommes il y a des âmes ou esprits ; que les manifestations sont de tous les temps et que le récit s'en trouve dans toutes les religions sans exception. On peut donc être catholique grec ou romain, protestant, juif ou musulman et croire aux manifestations
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des esprits et par conséquent être spirite; la preuve, c'est que le spiritisme a des adhérents dans toutes les sectes.
• Comme morale, il est essentiellement chrétien, parce que celle qu'il enseigne n'est que le développement et l'application de celle du Christ, la plus pure de toutes, et dont la supériorité n est contestée par personne , preuve évidente qu'elle est la loi de Dieu ; or, la morale est à l'usage d« tout le monde. >
Tel est le résumé de l'enseignement spirite. On ne peut pas dire que la doctrine soit obscure: elle est au contraire d'une entière clarté, d une clarté bien supérieure à celle de beaucoup de livres émanés de philosophes plus sérieux. Mais cette clarté plénière, cette assurance magistrale, ce toD convaincu, ces affirmations catégoriques sont justement ce qui nous instruit Te plus sur la nature du spiritisme. Ce n'est point une doctrine de recherche, de réflexion, de méditations, où l'on essa}'e de rendre compte péniblement et lentement de choses difficiles à comprendre ; c'est un système construit de toutes pièces, par inspiration, sans nulle connaissance des lois physiques, de la constitution positive des choses, ni de l'enchaînement réel des phénomènes. C'est une religion, et comme toutes les religions celle-ci prétend se fonder en dépit de la raison et de la logique; il faut que ses adeptes disent comme saint Augustin : Credo quia absttrdum. Cela n'empêche pas ces adeptes d'être fort nombreux, et par moments, lorsqu'un procès, par exemple, permet d'en passer une revue sommaire, on est tout étonné de la quantité de gens dont le cerveau travaille à vide sur ces idées creuses. Pour satisfaire aux besoins de ce public spécial, il a été créé des journaux, parmi lesquels il faut citer: la Revue spirite, journal d'études psychologiques, fondé à Paris sous • la direction d'Allan Kardec et rédigé par lui jusqu'à sa mort, survenue en mars 1869 ; \' Avenir, moniteur du spiritisme ; la Vérité, journal du spiritisme; la Ruche spirite bordelaise; Revue de l'enseignement des esprits; le Sauveur des peuples, journal du spiritisme, publié aussi à Bordeaux; l'Echo d'outretombe, publié à Marseille ; la Revue spirite d'Anvers, etc. Les ouvrages d'Allan Kardec, le Livre des esprits (1853, in-12), qui n'a pas eu moins de treize éditions et ou nous avons pris les extraits donnés dans cet article ; le Livre des médiums, guide des médiums et des évocaleurs (1865, in-i2°) ; le Spiritisme à sa plus simple expression (1865, in-12), brochure destinée à répandre la doctrine dans les masses populaires, servent nécessairement de vade-mecuinaux auteurs de toutes ces élucubrations. 11 y a eu de plus diverses sociétés, entre autres la Société parisienne des études spirites, qui fonctionnèrent de 1868 à 1870 et donnèrent des séances plus ou moins publiques. Une jeune fille de quatorze ans, dit-on, a publié {'Histoire de Jeanne Z?«rc, dictée par la Pucelle elle-même; d'autres ont fait parler de la même manière d'autres grands personnages, et on compte aujourd'hui une centaine d'opuscules ou de mélanges de même provenance. Il n'est pas jusqu'à un président de tribunal de commerce qui n'ait publié des fables dictées par un esprit et écrites par un guéridon.
Est-il besoin de dire que, si le spiritisme a ses croyants intrépides, ces crédules adeptes sont dupés comme des Cassandres de comédie par d'effrontés charlatans? C'est ce qui est apparu clairement pour tout le monde, Sauf pour les dupes, dans divers procès en police correctionnelle, mais jamais avec une évidence plus manifeste que dans le procès dit des photographies spirites (7° chambre; 16 et 17 juin 1875). On vit là tout un personnel impayable de dupes et de fripons. Un sieur Leymarie, qui, après la mort d'Allan Kardec, avait pris la direction de la Revue spirite, avait joint à ce petit commerce de librairie une industrie plus productive. Associé à un photographe nommé Buguet et à un médium américain du nom de Firmann, il se faisait fort d'évoquer les ombres des personnes décédées et d'en livrer, au prix de 20 francs, la photographie. Le client entrait dans la boutique : on le priait de penser fortement a la personne dont il voulait posséder l'image; Firmann opérait des passes magnétiques sur la tête de Buguet; Buguet hérissait sa chevelure d'un air inspiré, faisait poser le client devant l'appareil, et quelques minutes après on montrait à lu dupe émerveillée su propre image, derrière laquelle apparaissait celle d'une forme vague et indécise, ayant l'apparence d'un spectre enveloppé d'un suaire, dont la tête seule se dégageait plus ou inoins confusément. Ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est que les clients, pour la plupart, reconnaissaient parfaitement, dans ce spectre, qui un frère, qui un oncle, qui une tante, et se retiraient aveu la précieuse image, parfaitement convaincus de la puissance évocatrice du photographe. Quelques-uns, dont les indications sans doute avaient manqué de précision, furent tout étonnés, ayant voulu évoquer l'ombre d'une tante, de voir derrière leur image celle du sapeur de Thérésa et, moins crédules que les autres, flairèrent une escroquerie. La justice eut à intervenir. Buguet fit des aveux et dévoila tout le mystère. L'évocation des spectres se faisait à l'aide de poupées sans tête, drapées à l'avance d'un morceau de mousseline en guise de suaire et
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renfermées dans un coffre ; dos têtes de toutes sortes, découpées dans de vieilles photographies, têtes d'enfants, de jeunes filles, de vieilles femmes, d'hommes à barbe, étaient rangées par catégories dans divers compartiments du coffre. Quand un client se présentait, la caissière le faisait préalablement causer un peu dans l'antichambre et en tirait, sans avoir l'air, des indications suffisantes sur l'ombre a évoquer. D'après ces indications, ia photographie du client étant obtenue, on transportait le cliché dans une chambre voisine, comme pour le soumettre aux manipulations ordinaires, et en réalité pour y ajouter l'image spectrale, obtenue a l'aide d une des poupées à laquelle on ajoutait une tête prise au hasard dans le tas des têtes de femmes, d'enfants ou de vieillards. Il fut de plus prouvé que, dans diverses séances de spiritisme données par Leymarie et Firmann, où l'on avait entendu des musiques mystérieuses, senti des mains surnaturelles voltiger sur les têtes, évoqué les ombres d'un jeune inca et de l'empereur Maximilien , c'était Firmann en personne, diversement costumé, qui avait joué tous ces rôles de spectre. Ce n'était pas bien difficile ; par exemple, pour représenter un inca, il se mettait à genoux, couvert d'un voile noir, et croquait des noix sans rien dire, en roulant des yeux effrayés ; les adeptes se retiraient convaincus qu'ils avaient vu l'ombre d'un inca. Appelés comme témoins, ils montrèrent la même conviction inébranlable, même après qu'on leur eut dévoilé la supercherie de Buguet et de ses confrères-, fait voir la boite aux esprits, expliqué tout le mécanisme de la photographie spectrale. Quelques passages des dépositions méritent d'être conservés à titre de curiosité :
M. le comte de Bullet (quarante-six ans). Je suis allé chez Buguet et dans l'image qu'il m'a livrée j'ai très-positivement reconnu le portrait de ma sœur; je suis parfaitement convaincu que c'est son image.
M. le substitut. Mais on vous a montré la tête découpée à l'aide de laquelle on a obtenu cette image.
Le témoin. Pour moi, cela n'est rien. La ressemblance est incontestable; je suis convaincu de la réalité du portrait.
M. le substitut. Mais, dans l'enquête, on a fait l'opération devant vous, on a manœuvré la poupée en votre présence.
Le témoin. Ce n'est pas le même cliché. Le président. Que dire pour combattre votre crédulité? La preuve est acquise que les procédés n'ont rien de surnaturel, que les moyens sont frauduleux, que vous êtes dupe de vos illusions. Voici la tête à l'aide de laquelle on a obtenu le portrait de votre sœur.
Lk témoin. Non ; cela ne ressemble pas à ma sœur.
■ Le président. Ne vous a-t-on pas fait apparaître un prince indien? ' Le témoin. Non; un inca.
Le président. Et l'empereur Maximilien ?.,. Cela vous a coûté 4,000 ou 5,000 francs.
M"e Marie de Veh (dix-neuf ans). Je suis allée chez Buguet pur curiosité ; j'ai demandé une apparition ; il est venu deux esprits, un ami et un oncle.
Le président. Que vous avez reconnus ?
Le témoin. Parfaitement.
Le président. Et cependant Buguet avoue qu'il n'est pas un médium, qu'il n'est que photographe. N'y a-t-il pas eu d'illusion de votre part?
Le témoin. Non, monsieur; je les ai parfaitement reconnus.
Le président. Vous avez devant vous la boîte aux esprits. On les tire de là, voyezvous? Est-ce que vous persistez à y croire? Le témoin. Oui, monsieur.
M. de Veh, père du précédent témoin, explique qu'il a conduit sa fille chez Buguet sur la recommandation du prince de Wittgenstein, « un spirite convaincu comme nous tous, » dit-il. Nous avons tous reconnu le portrait, ajoute le témoin; tout le monde s'est écrié : a C'est notre Charles! ••
Le président. Eh bien, vous avez devant vous la boite de laquelle on tire les esprits. Le témoin. M'a-t-on fait venir ici pour me dire que j'étais un imbécile?
Le président. Non ; mais pour vous dire qu'on en voulait à votre bourse.
Lis témoin. Jamais on ne m'a demandé d'argent.
Le président. C'est que l'on comptait sur votre générosité, et elle a été grande.
M. Jacques Dessenon, marchand de tableaux {cinquante-quatre ans). Je ne voulais pas croire aux photographies spirites ; pour eu avoir le dernier mot, j'allai chez M. Buguet, et à d.eux reprises il me donna des épreuves très-mauvaises. Je manifestai mon mécontentement à un certain M. Scipion qui se trouvait là et qui me dit être un très- fort médium. Eh bien, lui dis-je, demandez à M. Buguet de me faire poser une troisième fois et ajoutez vos forces magnétiques aux nôtres pour l'évocation. 11 y consentit. L'épreuve fut des plus extraordinaires. L'image était double et les deux n'étaient pas semblables; dans l'une, j'avais une tête de mort sur les genoux. La ressemblance de ma femme était telle que ma cousine, qui était à son lit de mort, jeta un cri de surprise et d'admiration en voyant l'image. Mes enfants s'écrièrent : « C'est mnman I »
SPIR
Le président. Buguet, est-ce que vous n'avez pas employé vos procédés ordinaires?
Buguet [suuriant). Si cette ressemblance existait, c'est l'effet du hasard. Quant à la tête de mort que monsieur a vue, c'est le nli du voile qui a produit confusément cet effet.
Les nombreux adeptes présents à l'audience levaient les épaules de pitié en voyant la boîte aux esprits, et leurs regards semblaient reprocher à Buguet de renier sa puissance de médium. Ils voyaient dans les accusés des hommes surhumains, qu'on allait envoyer au martyre ; on se contenta de les envoyer en prison.
Quoiquo le spiritisme semble maintenant décliner, cette dernière affaire a montré suffisamment qu'il est encore bien répandu et qu'il a des adeptes fervents dans toutes les classes de la société. En laissant de côté les charlatans plus ou moins adroits qui spéculent sur la crédulité des dupes, pour ne nous occuper que des croyants fidèles, des adeptes convaincus, il y a lieu, non point d'apprécier le spiritisme, on ne juge point en ellesmêmes d'aussi tristes folies, mais de l'expliquer et de lui assigner une place dans le cadre des maladies mentales. Il n'y a, en effet, pas d'autre terme que celui de folie pour caractériser ces aberrations incroyables qui ne le cèdent à aucune de celles de lu sorcellerie ou de la magie. Les spirites sont des hallucinés qui donnent une existence réelle et objective aux conceptions imaginaires et subjectives de leur esprit. Chez eux, l'image formée spontanément dans le cerveau a plus d'intensité que l'image qu'y forment les corps extérieurs, et alors leurs visions deviennent pour eux plus réelles que les réalités extérieures. Tout ici est affaire de cerveau sain ou de cerveau malade. Un cerveau sain agit d'après la réalité extérieure ; un cerveau malade ne voit pas celle-ci et n'écoute que les suggestions de l'imagination, plusactive que les impressions venues de l'extérieur. Les spirites voient au dehors et extérieurement les images de leur esprit, absolument comme on les voit dans le rêve. Ce sont des hallucinés, et l'hallucination permanente est de la folie. La plupart du temps, ce sont des gens très-sincères et qui ont réellement cru voir ce qu'ils disent avoir vu. Leur bonne foi ne saurait être mise en doute, pas plus que celle des fous qui racontent les histoires les plus extraordinaires, pas plus que celle des gens crédules qui pensent avoir été témoins de faits miraculeux.
SP1RITISTE adj. (spi-ri-ti-ste — rad. spirite). Qui a rapport au spiritisme : Hallucinations, jongleries spiritisTES.
SP1RITO ( Lorenzo Gualtieri, dit), poUte italien, né à Pérouse vers U30, mort vers la fin du xvo siècle. Il était secrétaire du condottiere Niccolo Piccinino, et les satires nu style vigoureux et mordant qu'il dirigea contre le clergé eurent un grand retentissement. L'une d'elles lui valut, en 1457, une condamnation à un an de prison et à l'amende. Ses principaux écrits sont: Sorti (Vicence, 1473, in-fol.; trad. en français, 1528, in-4u) ; Allro Marte (Vicence, 1489, iii-fo!,), poëinc épique, dont Piccinino est le héros; lie spirititalibus ascensionibus (Montserrat, 1499). Ou lui doit encore une traduction des Métamorphoses d'Ovide (1519, in-go); des sonnets, des poésies, etc.
SPIRITOSO adv. (spi-ri-to-zo — mot ital. formé de spirito, esprit). Mus. Avec entrain et expression.
SPIRITUAL1SATION s. f. (spi-ri-tu-a-li-zasi-on — rad. spirilualiser). Action de spiritualiser; interprétation au sens spirituel et non au sens physique.
— Chim„ Action d'extraire des liqueurs spiritueuses des corps solides ou liquides.
SPIRITUALISER v. a. ou tr. (spi-ri-tu-ali-zâ — du lut. spiritualis, spirituel). Donner un esprit, une âme a : Les philosophes qui spiritualisent ta matière relèvent l'homme. (Boss.)
— Donner un caractère spirituel à : Par le travail, nous spïritualiso.ns déplus en plus notre existence. (Proiidh.) La tendance directe du progrès est de spiritualiser de plus en plus l'homme. (Lamenn.) n Dégager de toute affection sensuelle : Il ne faut pus tant spiritualiser l'amour. (St-Evrem.)
— Donner de l'esprit à : Fonlenelle, à force de spiritualiser la poésie, en a fait une algèbre de la pensée. (Rigault.)
— Interpréter au sens spirituel, et non au sens physique : Spiritualiser tin texte de l'Ecriture.
— Ane. chim. Extraire les esprits de.
Se spiritualiser v. pr. Etre spiritualisé, devenir spiritualiste : A mesure que les religions se spiritualisent, les temples s'en vont. (Lamenn.)
SPIRITUALISME s. m. (spi-ri-tu-a-li-smo — rad. spiritualiser). Abus de spiritualité, mysticité : Ses ouvrages sont remplis d'unspiritualismk obscur. (Acad.)
— fhilos. Doctrine spiritualiste; système qui admet un Dieu distinct du monde, une âme distincte du corps : Le spiritualisme coip duit à l'idéalisme. (Géruzez.) Le christianisme est un spiritualisme passionné. (E. Scherer.)
Il Doctrine de ceux qui admettent l'existenco de l'esprit, d'une substance immatérielle.
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— Encycl. Parmi toutes les solutions que l'esprit humain a proposées pour résoudre le problème éternel de l'origine et de l'essence des choses, la solution spiritualiste est, k coup sûr, une des pins anciennes et des plus remarquables. Mais, d'abord, que fnut-il entendre par ce mot spiritualisme? On peut donner au problème métaphysique deux solutions opposées, fausses toutes deux parce qu'elles sont exclusives, mais réellement philosophiques, parce que chacune admet l'unité du principe des choses : la première est la solution matérialiste, qui nie l'esprit comme distinct de la matière et affirme celle-ci seule; la seconde, la solution idéaliste, qui nie la matière et affirme la pensée. Pour la première, il n'y a qu'un principe, et la pensée n'est en quelque sorte qu'un produit, qu'une sécrétion de la matière; pour la seconde, il n'y a aussi qu'un seul principe, et la matière est, pour ainsi dire, l'extériorisation de !a pensée, la pensée rendue sensible. Ces deux solutions, je le répète, sont éminemment philosophiques, parce que chacune d'elles peut donner et a donné naissance à. un système organisé dont toutes les parties gravitent régulièrement autour d'un centre commun. Le spiritualisme proprement dit est une tentative de conciliation entre ces deux doctrines opposées. Comme le matérialisme, il admet l'existence substantielle de la matière; comme l'idéalisme, il reconnaît l'existence substantielle de l'esprit; pour lui, l'univers existe substantiellement dans une individualité propre ; mais au-dessus de cet univers plane le Dieu esprit qui l'a créé. I.e type du système spiritualiste est le système péripatétïcien, qui admet d'une part le inonde et, d'autre part, un Dieu distinct du inonde et le dirigeant par l'attraction irrésistible de la finalité. Ainsi, spiritualisme veut dire dualisme, si l'on va au fond des choses ; le titre dont il se pare est un titre usurpé ; il n'est pas la doctrine de l'esprit, il est à la fois la doctrine de la matière et de l'esprit.
Socrate commence la liste des philosophes spiritualistes. Il ramena la philosophie à l'étude de l'homme; sa maxime favorite fut cette célèbre devise :o Connais-toi toi-même. » Le résultat de cette étude même de l'homme fut chez lui le spiritualisme. La psychologie en effet, à moins qu'elle ne soit la psychologie métaphysique de Fichte et de Maine de Biran, aboutit aisément au dualisme de la matière et de l'esprit. Que trouve-t-elle dans l'homme? Deux sortes de phénomènes : les uns accomcompagnés de conscience, les autres inconscients. Klle attribue les premiers k une force qu'elle appelle lame, et les seconds au corps. "Voilà donc la matière distinguée, séparée de l'esprit, et c'est là le propre de la doctrine spiritualiste.
La théorie platonicienne est généralement connue sous le nom de théorie des idées. Il semble, au premier abord, que ce soit là une théorie essentiellement idéaliste plutôt que spiritualiste. Le doute est permis, et Platon donne lieu k deux interprétations différentes. Après la lecture du Parménide, on conclut à bon droit que Platon est idéaliste ; après avoir lu le Timée, on conclut, non sans raison, qu'il est spiritualiste.
Pour Aristote, le doute n'est pas permis; c'est le spiritualisme le plus franc qui ait jamais existé; il affirme nettement!» distinction substantielle, la dualité du monde et de Dieu, de la matière et de l'esprit. La métaphysique d'Aristote peut se résumer en quelques mots : d'une part, le monde existe; d'autre part, Dieu est ; chacun d'eux a sa substance, sa personnalité distincte; chacun d'eux peut exister séparément de l'autre ; pourtant, le monde est suspendu a. Dieu; mais ce n'est pus là le rapport de la créature au créateur; Dieu est le bien par excellence, la finalité sopréme ; il imprime le mouvement au monde, non par impulsion, mais par attraction ; il le dirige et l'anime par l'invincible attrait de la finalité; il est cause motrice, parce qu'il est cause finale.
Dans la philosophie moderne, le premier philosophe que nous rencontrons, Descartes, se présente d'abord comme un spiritualiste. Pour Descartes, il existe deux substances essentiellement distinctes : la matière et l'esprit. L'essence de ta matière est l'étendue, l'essence de l'esprit est la pensée. Or, comme jamais, dans l'hypothèse cartésienne, l'esprit ne peut devenir étendu, et que jamais toutes les combinaisons imaginables de l'étendue ne réussiront à produire une pensée, il suit que jamais l'esprit ne se confondra avec la matière et que tous deux resteront k jamais substantiellement distincts et séparés. Toutefois, n'exagérons rien ; il y a deux hommes, deux philosophes dans Descartes, le philosophe du Discours sur la méthode et le philosophe des Méditations. Le Discours sur la méthode affirme nettement la distinction substantielle de l'esprit et de la matière; les Méditations aussi. Pourtant, dans les Méditations, qui sont l'Evangile du cartésianisme, Descartes fait un pas vers l'idéalisme, pas dont il n'a peut-être pas conscience, mais qui conduira Malebranche, son disciple, à l'idéalisme absolu. Dana les Méditations, eu elîet, « il ne reconnaît d'autre évidence immédiate que celle du sens intime et révoque en doute i autorité des sens extérieurs. Cette opinion conduit directement au teeptiebruc sur la réalité du monda extérieur. Descartes en demeure d'accord et convient que, si nous u'a-
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vions d'autre preuve de la réalité de ce que nous voyons et touchons que le témoignage des sens, nous n'aurions pas pour y croire des raisons suffisantes. Mais quelle autre preuve trouver de la réalité du monde extérieur, quand on a supprimé la preuve naturelle? Il est évident que cet aveu équivaut au scepticisme même. Aussi , vainement Descartes trouve-t-il dans les données de la conscience des preuves de l'existence de Dieu, et, dans la véracité de Dieu, des raisons de croire que les sens qu'il nous a donnés ne nous trompent pas ; ce mauvais raisonnement que personne ne fait ne saurait remplacer 1 autorité détruite du témoignage des sens; c'est un sophisme péniblement inventé pour échapper aux conséquences inévitables du principe. Malebranche le sentit et, plus hardi que son maître, fit porter au cartésianisme ses fruits véritables. D'après ce philosophe, les arbres, les maisons, les montagnes sont des phénomènes que nous voyons en Dieu, ce qui revient à dire que le monde extérieur est une cause qui produit en nous des images que nous prenons pour des réalités; conséquence à laquelle, sous une forme ou sous une autre, arrivent toutes les écoles idéalistes. » (Jouffroy, Mélanges philosophiques.)
Leibniz est, comme Descartss, idéaliste par un certain côté et spiritualiste par un autre; il est idéaliste dans sa Métaphysique, dans sa Monad'ologie, et spiritualiste dans sa;2'/teodicée.
Le spiritualisme compte peu d'adeptes parmi les philosophes du xvme siècle. L'école qui domine à cette époque est l'école improprement appelée école sensualiste. Toutefois, il semble qu'on peut rattacher au spiritualisme, tel que nous l'entendons, Locke, le père de cette philosophie dont Condillac est en France le plus illustre représentant. Que fautil, en effet, pour être spiritualiste? Admettre à la fois, en métaphysique, la matière et l'esprit; en logique, la certitude du sens intime et celle des sens extérieurs. Or, Locke semble précisément tenir la babines égale entre les sens et la conscience. « Il accorde deux sources à la connaissance humaine : le sentiment de ce qui se passe en nous, qu'il appelle réflexion, et la perception de ce qui existe au dehors, qu'il nomme sensation. Il accepte avec la même confiance les idées qui nous arrivent par ces deux voies. » (JoufFroy , Mélanges philosophiques.)
Mais, nous dira-t-on, si vous faites de Locke un spiritualiste, vous devez donner le même nom à tous ses disciples, à Condillac en particulier. Non, assurément, car Condillac n'est pas un véritable disciple de Locke ; Locke admettait deux sources de nos idées : les sens extérieurs et la réflexion, que nous appelons aujourd'hui la conscience. Condillac supprime cette, conscience et prétend démontrer, en ' imaginant une statue à laquelle i) ouvre successivement tous les sens extérieurs, que. non -seulement toutes nos idées, mais encore toutes nos facultés intellectuelles et affectives viennent de la sensation, qu'elles ne sont que des sensations transformées. C'est donner k l'âme une origine purement matérielle. L'abbé Condillac a. beau, par un scrupule de conscience, par une pudeur de chrétien, protester de sa croyance à l'existence spirituelle, k l'immortalité de l'âme et k l'existence de Dieu, malgré lui sa philosophie est matérialiste, ou sensualiste, comme l'on dit le plus souvent; toutes ces protestations sont autant d'inconséquences. Les vrais spirituaiistes français du xvme siècle sont tous ceux qui, avec Voltaire, ne comprenaient pas de montre sans horloger ; ce sont les déistes qui, comme le vicaire savoyard, croyaient à l'existence d'un Dieu organisateur du monde.
Il ne faut pas chercher de spiritualistes parmi la brillante pléiade de philosophes allemands qui apparut a la fin du xvme siècle tt au commencement du siècle suivant. Kant n'a pas, à proprement parler, un corps de doctrine. Son œuvre est une œuvre de critique ; il a recherché quel était le mécanisme de l'esprit dans l'acquisition de la vérité et jusqu'où pouvait aller la certitude hu- . maine. On peut cependant le considérer k bon droit comme un idéaliste, puisque ses théories aboutissent à l'identification du sujet et "le l'objet de la connaissance. Mais il est si loin d'être spiritualiste, que, dans sa Critique de la raison pure, il a miné k tout jamais les preuves dont se servent d'ordinaire les spiritualistes pour établir l'existence et les attributs de Dieu. Son disciple, Fichte, poussant jusqu'aux dernières conséquences les principes renfermés dans les trois Critiques de liant, identifia le moi absolu et le mai relatif, cherchant à prouver que Je moi se pose luimême. Sehelling et Hegel, d'abord ses disciples et ses amis, plus tard ses adversaires, ne se rapprochèrent pas davantage du spiritualisme, tout en combattant l'idéalisme subjectif de Fichte. Aux doctrines de leur maître ils substituèrent chacun un idéalisme aussi transcemluntal. Sobelling dit eu propres termes que la matière est de l'esprit éteint, et pour Hegel l'être absolu et la pensée absolue ne font qu'un, l'être marchant, dans un process continu, de l'inconscience matérielle à la conscience de la pensée. IL nous fuut donc, pour retrouver le spiritualisme, rentrer en France et chercher parmi nos contemporains. Nous ferons cette recherche avec la plus grande réserve, la plus grande discrétion. Nous exposerons d'abord, sous forme hisio-
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rique, les théories particulières à chaque spiritualiste contemporain, puis nous tracerons h grands traits un tableau général de la doctrine.
« Un matin, en 1811, M. Royer-Collard, qu'on venait de nommer professeur de philosophie à la Sorbonne, se promenait sur les quais fort embarrassé. Il avait relu la veille la Bible du temps, Condillac. Quoil enseigner que nos facultés sont des sensations transformées, que l'étendue est peut-être une illusion, que nos idées générales sont de simples signes , qu'une science achevée n'est qu'une langue bien faite? De toutes ces phrases s'exhalait une odeur de scepticisme qui répugnait au chrétien, au moraliste austère, à l'homme d'ordre et d'autorité. Pourtant, que faire? Nouveau en philosophie, il n'avait pas de doctrine à lui, et, bon gré, mal gré, il devait en professer une. Tout k coup, il aperçut à l'étalage d'un bouquiniste, entre un Cuvier dépareillé et VAtmanach des cuisinières, un pauvre livre honteux, ignoré, antique habitant des quais, dont personne, sauf le vent, n'avait encore tourné les- feuilles : Recherches sur l'entendement humain, d'après les principes du sens commun, par le docteur Thomas Uerd. Il l'ouvre et voit une réfutation des condillaciens anglais : « Coiti- » bien ce livre? — Trente sous. » 11 venait d'acheter et il allait fonder la nouvelle philosophie française. • (H. Taine, les Philosophes français du xrx.e siècle.)
Pendant que Royer - Collard réfutait k la Sorbonne les théories sensualistes du xvme siècle et exposait avec éloquence les doctrines écossaises, un penseur solitaire, Maine de Biran, s'enfonçait dans les galeries souterraines de la pensée, et, faisant de l'homme moral le sujet et l'objet de ses méditations, il se regardait, en quelque sorte, passer lui-même. De cette féconde solitude il sortit une théorie neuve, profonde, que n'adopta pas tout d'abord le spiritualisme français, mais qui k cette heure, par un retour de fortune, a saisi et maîtrisé les esprits de presque tous nos philosophes officiels. Les œuvres de Maine de Biran furent peu lues, tant elles sont hérissées d'abstractions. Victor Cousin en publia plus tard quatre volumes, mais il dédaigna ou il craignit peutêtre de traduire dans son riche et clair langage cette pensée embrouillée, ce langage épineux de Maine de Biran ; il lui eût fallu, pour cela, abandonner les convictions de sa jeunesse, renoncer aux philosophes écossais, k l'éclectisme et tomber peut-être dans un panthéisme voisin de celui de Fichte.
Le plus brillant aes élèves de Victor Cousin , Théodore Jouffroy, finit par adopter entièrement la théorie de Maine de. Biran, d'après laquelle l'œil de la conscience peut saisir l'àme dans son ensemble et dans sa substance. Adolphe Garnier, versé, lui aussi, dans l'étude des philosophes écossais, et qui consacra son principal ouvrage aux Facultés de l'âme, adhéra à cette proposition que i'âme humaine a une connaissance immédiate d'ellemême. Emile Saisset, Adolphe Franck, Pau! Janet, Caro et presque tous les spiritualistes qui occupent les chaires officielles de philosophie, ont adopté, dans ce qu'elle a d'essentiel, la doctrine proclamée par Maine de Biran. Telle est, en résumé, l'histoire du spiritualisme contemporain. 11 nous reste maintenant, et c'est la la partie la plus délicate de notre tache, k exposer cette doctrine dans son ensemble.
La question la plus importante aux yeux de nos modernes spiritualistes est la question de l'origine des idées. Victor Cousin a consacré plusieurs volumes à l'examen et k la réfutation du système de Locke et de Condillac, et l'on peut dire que le spiritualisme contemporain est né d'une réaction contre la philosophie condillacienne,que professait encore en Sorbonne Laromiguière en 1812. Nous n'avons pas ici k raconter ni k juger cette polémique. Il nous suffit de savoir que Victor Cousin reconnaissait, dans certaines idées, dans certaines notions de l'esprit, des caractères que la sensation ne pouvait expliquer k elle seule. Toutefois, l'esprit de réaction et l'ardeur de la lutte ne précipitèrent pas l'adversaire de Condillac dans l'idéalisme absolu. Si la sensation ne peut rendre compte de certaines notions, de certains jugements, ce n'est pas à dire pour cela qu'elle ne soit la source d'aucune idée et qu'il faille révoquer le témoignage des sens extérieurs. Loin de 1k; toutes les idées que nous avons des chosesparticulières et contingentes nous viennent de la sensation, par l'intermédiaire des sens extérieurs. Le spiritualisme admet donc une origine empirique pour un certwin nombre de nos connaissances; par là, il reconnaît l'existence substantielle de la matière, qui, si elle n'était qu'une manifestation, qu'une extériorisation de la pensée, ne pourrait nous fournir aucune connaissance. A côté de cette première source expérimentale, il faut en placer une seconde : la conscience ou le sens intime, qui nous révèle tous les phénomènes dont l'àme est le sujet. Mais, au-dessus de ces deux sources, et c'est là surtout que la philosophie spiritualiste se sépare de la philosophie sensualiste, il faut en placer une autre purement rationnelle, qui nous donne tout ce qui ne saurait venir ni de la sensation ni du sens intime, c'est la raison, « V. Cousin appelle raison la faculté ou pouvoir qu'a l'esprit de produire l:s a\ujincs ■:. les iuirc^ dus uliijîs inli-
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nis. Les axiomes sont des propositions nécessaires, pur exemple: toute qualité suppose une substance, tout corps est situé dnns J'espace, tout changement arrive dans le temps, etc. Les objets infinis sont, par exemple, l'espace, le temps, Dieu, etc. Ces axiomes sont bien réellement nécessaires; non-seulement nous n'apercevons pas de cas ou ils soient faux, mais nous apercevons très-nettement qu'en aucun cas ils ne peu vent être faux. Ces objets sont bien réellement infinis ; non-seulement nous ne leur découvrons pas de limite, mais nous savons très-évidemment qu'ils ne peuvent pas en avoir. La théorie consiste k dire que ces axiomes et ces idées ne peuvent se tirer par aucune voie, addition, abstraction, combinaison, transformation, etc., des jugements et des idées que fournissent les sens et la conscience. Ainsi, mes sens me donnent l'idée d'un corps étendu ; la théorie prétend que par aueun moyen je ne pourrai tirer de cette idée la notion de l'étendue infinie qu'on appelle l'espace. Je me connais moi-même par la conscience, et je juge qu'entre autres qualités la faculté de sentir appartient à mon être et k ma substance; la théorie prétond que de ce jugement particulier je ne pourrai jamais tirer le jugement universel ou axiome: « Toute qualité suppose une substance. ■ ( H. Taine, les Philosophes français du xix.« siècle, p. 148.)
Les preuves sur lesquelles on établit cette théorie sont exposées et disséminées dans différents ouvrages de V. Cousin; nous allons les réunir en un tout systématique. C'est une vérité absolue qu'on ne peut tirer d'une chose que ce qu'elle contient. Par conséquent, les jugements portés par les sens et par la conscience ne pourront jamais nous donner que ce qu'ils renferment. Or, ils ne renferment qu'un simple rapport de contingence, et non pus de nécessité. « Additionnez tous les cas où par les sens et la conscience vous avez remarqué que le tout est plus grand que la partie, qu'une qualité suppose une substance, et autres vérités semblables : votre vie a commencé ; donc vous n'avez remarqué qu'un nombre limité de cas; donc le total de votre addition ne comprendra qu'un nombre limité de cas. Mais l'axiome : oToute qualité suppose « une substance », s'upplique k la totalité des cas, non-seulement k tous ceux que vous avez remarqués, mais à tous ceux qui vous ont précédé, k tous ceux qui paraîtront aprè3 vous, à tous ceux que vous ne connaissez pas. Donc vous ne l'avez pas formé en additionnant vos expériences, c'est-à-dire les jugements portés par votre conscience et par vos sens. Donc vous ne l'avez pas tiré de ces jugements. De même, additionnez toutes les étendues finies que vous avez observées: votre vie a commencé; donc vous n'avez pu en observer qu'un nombre fini; donc, en les joignant bout k bout, vous n'avez encore qu'une quantité finie. Mais l'espace est une quantité infinie. Vous n'avez donc pas formé son idée en additionnant toutes les étendues que vos sens ont observées. Donc vous n'avez pas- tiré sa notion des notions que vous acquérez par les sens. En résumé, on ne tire pas l'universel du particulier, l'infini du fini, le nécessaire du contingent, par cette raison très-simple qu'on ne tire pas d'une chose ce qu'elle ne contient pas, • (11. Taine, les Philosophes français du xix» siècle.)
On le voit par ce rapide mats fidèle exposé, le spiritualisme admet une double origine k nos connaissances, l'une expérimentale et l'autre rationnelle, tandis que le matérialisme ne reconnaît que la première, et l'idéalisme la seconde. En psychologie, le spiritualisme tient donc le milieu entre le matérialisme et l'idéalisme, puisqu'il admet simultanément ce qui est le propre de chacun de ces deux systèmes. Nous avions donc raison de dire, en commençant, que le spiritualisme est, à proprement parler, la doctrine de la matière et de l'esprit. Une telle doctrine est-elle philosophique? est- elle vraie? D'abord, elle nous semble peu philosophique. Un système de philosophie doit être comme un tout organisé, comme un être vivant, dont toutes les parties reçoivent le mouvement et la vie d'un centre commun. Supposez un corps humain ayant deux cœurs, l'un a droite et l'autre à gauche ; un tel corps, s'il peut vivre et fond tonner, ne pourra du moins vivre ni fonctionner dans les conditions normales de l'existence. Ce sorti une monstruosité. Le spiritualisme nous senib.ô ce corps. Quand on cherche son principe, on en trouve deux, et l'on ne sait lequel prendre pour le principe véritable.
Mais qu'est-ce que l'esprit dans lu doctrine spiritualiste? C'est une substance iminulé» rtelle, simple, sans étendue, sans lieu; car, si elle avait un lieu, si un être plus clairvoyant que nous pouvait dire : « L'âme est ici, je la. vois, elle nJest pas ik, » des lors cette âms aurait une étendue, aussi petite qu'on voudra Ja supposer, elle ne serait plus immatérielle. Maintenant, est-il possible d'admettre la réalité d'un être qui n a pas de lieu, qui n'existe nulle part? Etre quelque part, occuper un lieu, si petit que ce soit, dans l'espace, n'est-ce pas là ce qu'il y a de plus essentiel dans l'idée même de l'existence? Au fond, c'est 1k le point important, le seul sur lequel les spiritualistes et les matérialistes n'ont jamais pu s'entendre. Qu'il y ait dans l'homme un esprit, une â.me, quelque chose qui produit la pensée, les matérialistes sont tout prêts à lq rci-onimltre, et même ils admettront volon-,
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tiers que ce quelque chose est, sous beaucoup <le rapports, très-différent de la matière ordinaire. Mais ils veulent que cela occupe une place, et ils prétendent savoir que cette place est dans l'intérieur même du corps. Beaucoup d'entre eux croient que l'àme n'est autre chose que le cerveau ; mais ce n'est là qu'une supposition. Il se pourraitque l'âme fût composée de molécules subtiles circulant a travers les fibres du cerveau et peut-être à travers d'autres fibres encore; il se pourrait aussi qu'elle se composât de simples traces empreintes sur la matière du cerveau, et il est permis de faire beaucoup d'autres suppositions: mais ce qu'il y a de certain, selon eux, c est que l'àme est quelque part dans l'intérieur de l'homme, parce que, si elle n'était nulle part, elle n'existerait pas. En prenant le mot spirituel dans le sens de chose très-subtile, comme l'entendaient généralement les anciens, les matérialistes pourraient, eux aussi, dire que l'âme est spirituelle. Seulement, comme elle occupe une place pendant la vie présente, il faut, s'il y a une vie future, qu'elle en occupe une autre. Dès lors, cette vie future ne peut avoir de réalité que s'il existe un lieu précis, un séjour fixé pour les âmes après la mort, et la difficulté d'imaginer un tel séjour avec quelque apparence de vérité rend l'immortalité fort douteuse. Quand on croyait à l'existence d'un paradis situé au-dessus des nuages, les choses allaient de soi, et si l'on ignorait la manière dont les âmes pouvaient se transporter dans l'espace à des distances incommensurables, on savait au moins quelle direction elles devaient suivre et vers quel but elles tendaient. Aujourd'hui, la question est plus embarrassante. Les spiritualistes la suppriment en disant que les âmes n'ont pas de lieu ; mais ils n'ont jamais prouvé qu'une chose puisse exister sans être juelque part, et ce sera toujours là le point aible de leur doctrine. Ils peuvent répondre, il est vrai, que leurs adversaires ne prouvent pas non plus la réalité de l'espace, sans laquelle les mois place et lieu n'ont pas de sens. Cela est vrai, comme il est vrai que l'homme sera toujours forcé, quand il veut raisonner, de commencer par admettre un certain nombre de notions sans définition et sans preuve. Le début entre les deux doctrines se ramène donc, en dernier résultat, à cette alternative : admettre sans preuve la réalité de l'espace, ou admettre sans preuve l'existence d'un être qui n'a pas de lieu, qui n'existe nulle part. Si, après examen, on se dit à soi-même que la croyance gratuite à la réalité de l'espace répugne moins que la croyance gratuite à la réalité d'un être qui n'existe nulle part, on se déclare, par la même, contre le spi'riiualisme.
Spiritualisme dans l'art (LE), par M. Ch. Lévèque (1864, in-iS). Le livre dont nous voulons pailer, le Spiritualisme dans l'art, est la réunion de quelques études sur l'art, dans lesquelles M. <Jh. Lévèque s'était lancé dans des digressions ingénieuses et abondantes qui n'étaient ni sans valeur ni sans charme.
o Les Grecs, dit-il, grâce à leur tempérament, à leur religion et à leur éducation, ont eu le bonheur de faire. des œuvres de sculpture d'une beauté parfaite. Ce n'est pas en copiant la nature qu ils sont arrivés à ce résultat; ce n'est pas seulement eu reproduisant la réalité sensible, mais en s'inspiraut du sentiment de l'idéal qu'ils .avaient en eux à un haut degré et qu'ils cultivaient sans cesse. Les modernes pourront-ils jamais égaler les Grecs? Leur religion, leur tempérament, leur éducation ne les poussent-ils pas à sacrifier lu forme à l'expression?» il. Lévèque répond affirmativement et pose ce dilemme : « Lu sculpture est placée dans cette alternative, ou de se faire tout à fait moderne à son détriment certain, ou de marcher dans la voie suivie par les maîtres grecs, sans aucun espoir d'aller ni plus loin qu'eux, ni même aussi loin qu'eux, du moins en ce qui touche la beauté visible. » Il conseille aux artistes de mêler à l'esthétique grecque le sentiment moderne. « Le marbre et le bronze, dit-il, n'auront de valeur esthétique aux yeux des générations nouvelles que si l'âme humaine et surtout l'âme moderne y palpite. *
Quant à la peinture, elle est exclusivement du domaine des nations modernes, et sa destinée est d'être, surtout chez nous, d'après M. Lévèque, absolument spirituuliste. «Il faut en prendre son parti, dit-il; quiconque parle éloqueinment ou spirituellement des Français est populaire en France ; mais quiconque nous entretient a\ ec chaleur et conviction de l'homme en général, de l'humanité, est plus populaire encore. A tort ou à raison, nous nous croyons faits pour être écoutés ou entendus du inonde entier... Notre peinture est française, à coup sûr ; mais, à coup sûr aussi, elle est plus générale, plus humaine que nulle autre en Europe. »
Spiritualisme «I l'idéal drius l'art et la poésie des Grec» (le), par M. A. Chassang (1868, iu-80). Ce livre est divisé en six études qui, quoique traitant de sujets différents, se rattachent intimement les unes aux autres. Au moment où la lutte est engagée le plus vivement entre le spiritualisme et le matérialisme, où le matérialisme invoque pour lui la science, et le spiritualisme les sentiments éternels du cœur humain, Jl. Chassang s'est senti incliner vers les recherches sur les croyances de l'an-
SPIR
tiquité ; il a voulu voir si les anciens étaient matérialistes ou spiritualistes; il est allé en Grèce, il en a étudié la littérature et la philosophie. Ce livre est le résultat de ses travaux.
La première étude est une esquisse largement tracée de l'art et de ses tendances au siècie de Périclès. M. Chassang y montre que les poètes et les artistes grecs, dominés par l'amour de l'idéal, ont toujours cherché leurs inspirations dans des doctrines spiritualistes plus ou moins arrêtées. La seconde, intitulée Du spiritualisme populaire , expose les croyances des anciens sur les destinées des âmes après leur mort. M. Chassang rapproche l'Enfer des Latins, décrit par Virgile, du Tartare décrit dans les mythes de Platon et étudie le Songe de Scipion. La troisième est intitulée Hélène dans la poésie et dans l'art ; du culte et du respect de la beauté chez les Grecs, C'est un sujet que M. Saint-Marc Girardin avait déjà traité dans son Cours de littérature dramatique, mais que M. Chassang n'en a pas moins heureusement repris. La Caricature et le grotesque, tel est le titre de la quatrième étude; le laid banni de la plastique et des arts du dessin , le grotesque admis à peine sur le second plan, telle est la conclusion de M. Chassang. La cinquième traite de la mise en scène dans le théâtre grec : tous les arts concourent au succès de 1 art dramatique, la poésie, la musique, la danse, l'architecture, la peinture de décors, les riches costumes, la mécanique. La dernière étude enfin est consacrée tout entière à Pindare.
Dans tout ce livre respire un amour sincère de l'antiquité. On sent un esprit qui est familier avec l'art ancien et qui le vénère; on désirerait seulement un peu plus d'élévation dans le style. Ce n'en est pas moins un travail sérieux et bien fait. M. Chassang s'est souvenu de cette parole de Pindare, qu il cite et 'qui explique la vie et l'art grecs : « Puissent les dieux me donner l'amour des belles choses 1 »
SPIRITUALISTE s. (spi-ri-tu-a-li-ste — rad. spiritualisme). Partisan du spiritualisme : l'ous les jours on prouve à un spiritualiste qu'il est matérialiste sans le savoir. (S. de Sacy.) Le Spiritualiste représente le corps comme un instrument momentanément placé au service d'une force incorporelle. (E. Sche- ■ ter.)
— adj. Qui appartient, qui a rapport au spiritualisme eu aux spiritualistes : Doctrine SPIRITUALISTE. Ecole SPIRITUALISTE. Il ne faut
pas se faire illusion : la philosophie spiritualiste est passée à l'état a" honorable curiosité. (H. Bersot.)
SPIRITUALITÉ s. f. (spi-ri-tu-a-li-té — rad. spirituel). Nature spirituelle, qualité de ce qui est esprit ; La spiritualité de l'àme.
— Théologie mystique, qui a pour objet la vie spirituelle : Livre de spiritualité. Toute âme chrétienne fait de la spiritualité, dans le sens rigoureux du mot; très-peu d'âmes s'élèvent à l'ascétisme. (Michon.)
SPIRITUEL, ELLE adj. (spi-ri-tu-èl, è-le — lat. spiritualis; île spiritus, esprit). Qui est esprit, qui est de la nature des esprits : Les anges sont des substances spirituelles. (Acad.) L'ennuyeuse chose que d'être si peu spirituelle, que de ne pouvoir faire un pas sans corps.' (Mu« de Sév.) Nous savons que l'âme est spirituelle, mais nous ne savons point du tout ce que c'est qu'un esprit. (Volt.)
— Qui a de l'esprit, qui sait donner aux choses une tournure vive et ingénieuse : Un spirituel causeur. Une femme plus spirituelle que jolie. Que les hommes soient spirituels sans prétention, et les femmes aimables sans être trop coquettes. (Brill.-Sav.) L'homme spirituel dénué de jugement se croit le premier des hommes; il n'en est que le plus dangereux. (Boïste.) il Qui est dit ou tait avec espri t : Un mot spirituel n'a de mérite pour nous que parce qu'il nous présente une idée que nous n'avions pas conçue. (Mme Guizot.)
Il Qui marque, qui indiqua, qui dénote l'esprit : Physionomie spirituelle. Les yeux de l'éléphant sont brillants et spirituels. (Buif.)
— Qui est borné, limité au domaine de l'esprit, des intelligences : L'art fait naitre entre ceux qui le pratiquent une sorte de parenté spirituelle. I) Qui regarde l'àme , la conscience, le salut : L'amour spirituel d'un confesseur pour sa pénitente.
— Qui regarde la religion, l'Eglise ; Le pouvoir spirituel. Les biens spirituels. Le royaume de Jésus-Christ est purement spirituel. (Fleury.) Le curé est l'administrateur spirituel des sacrements de soit Eglise. (Lamart.)
— B.-arts- Touche spirituelle, Touche, en peinture ou en gravure, qui a quelque chose de piquant et d'imprévu.
— Philol. Sens spirituel, Sens figuré, dans l'interprétation des Ecritures.
— Mystic. Se dit des personnes livrées aux pratiques d'une dévotion mystique. Il Vie spirituelle, Vie de l'âme dévote , pratique habituelle de la méditation des choses du salut et de l'union à Dieu, il Exercices spirituels, Pratiques de dévotion tendre. Il Communion spiritueâe, Communion d'intention ; effort d'intention par lequel on s'unit à ceux qui communient réellement, on prend part en esprit à l'acte qu'ils accomplissent, il Lecture spirituelle , Lecture suc un sujet mystique, il Bouquet spi-
SPIR
rituel, Pensée dévote que l'on entretient dans son esprit, qu'on se rappelle de temps en temps pour satisfaire sa dévotion, comme on garde un bouquet sur soi pour le respirer de temps àautre. Il âlédecinou Directeur spirituel, Confesseur, directeur des âmes.
— Mus. Concert spirituel, Concert où l'on exécute exclusivement de la musique religieuse.
— s. in. Pouvoir spirituel : Comme la puissance temporelle ne doit pas touchera l'autel, le spirituel ne doit pas toucher au trône. (Pléch.)
— Hist. relig. Membre d'une section de l'ordre des frères mineurs de Saint-François, qui se sépara de l'institut au xm6 siècle.
SPIRITUELLEMENT adv. (spi-ri-tu-è-!eman — rad. spirituel). En esprit : Quelque spirituellement qu'on médite, chacunmédile en sa langue, (Fonten.) Avec esprit, d'une manière ingénieuse et piquante : Répondre spirituellement. Les arbres, dans ce paysage, sont touchés spirituellement. (Acad.) Nul 'n'a plus spirituellement que La Fontaine réfuté Descartes et les cartésiens sur l'âme des betes. (Ste-Beuve.)
— Mystic. En esprit, en pensée, en imagination : Communier spirituellement avec le prêtre. (Acad.) h Vivre spirituellement, Vivre de la vie spirituelle : On ne peut vivre spirituellement qulnutant qu'on se nourrit par la communion. (Pén.)
SPIRITUEUX, EUSE adj. (spi-ri-tu-eu, euze — du lat. spiritus, esprit). Qui contient en notable quantité de l'esprit-de-vin ou alcool : Ce vin est fort spiritueux. L'usage des liqueurs spjritubuses est dangereux. (Acad.)
— Fig. Qui est d'un esprit vif, pétulant : Il y a des gens qui, au moyen d'une grande vivacité d'esprit, paraissent avoir plus d'esprit qu'ils n'en ont en effet ; ils sont spiritueux, si cela peut se dire, plutôt uue spirituels. (Trublet.)
— s. m. Liqueur spiritueuse : Si le soldat anglais manque de viande et de spiritueux, le cœur et les jambes s'abattent. (E. Wey.)
— Encycl. Depuis deux siècles, les sptrilueux sont devenus une des sources de l'alimentation publique, et le développement de la consommation qu'on en fait commence à alarmer les hommes d'Etat autant que les moralistes. L'alcool et ses dérivés sont des substances saines de leur nature, car ils contiennent un principe nutritif, le carbone , et possèdent des propriétés toniques pour lesquelles on les recherche souvent en médecine. User d'alcool n'a donc en soi rien de mauvais ; dans l'abus seul est le péril. « On comprend sans peine, dit lé docteur Virey, que moins on abuse des excitants, plus on économise son excitabilité, et qu'un enfant, un homme sobre seront bien plus vigoureusement émus par un léger stimulant que ne le serait un vieillard épuisé ou tel individu blasé à force d'impressions vives. Il s'établit donc un rapport nécessaire entre l'excitabilité et l'excitation. Trop de stimulants physiques ou moraux sur un organisme jeune et neuf le fatigue,-l'ètonne, l'irrite, puis finit par l'épuiser; trop peu de stimulants pour le vieillard insensible le laisse inerte ou languissant. «
Bref, il y a un milieu à garder. Ce qui distingue les spiritueux des autres excitants et menace de leur donner une si grande importance sur l'économie entière de la civilisation est que leur action s'exerce particulièrement sur le cerveau. Ils exaltent momentanément les facultés intellectuelles et l'imagination, qui retombent bientôt au-dessous de la situation moyenne , dans la proportion même du degré d'excitation obtenu.
L'origine des spiritueux ne remonte pas au delà du moyen âge. L'eau-de-vie , « élixir de longue vie des alchimistes,» n'a été employée jusqu'au xviu* siècle qu'en qualité de médicament, et ne se trouvait que dans les pharmacies. Son usage comme boisson contemporaine date de l'introduction du café dans l'alimentation publique. Cet usage grandit chaque jour, et les économistes voient venir le moment ou il aura détruit une partie notable de l'espèce humaine. Il s'agirait d'avoir là-dessus une opinion fondée, i Je suis fermement convaincu, dit le docteur Meyrstein, que les boissons fortes, sous quelque dénomination que l'on en fasse usage, sont nuisibles au corps de l'homme et produisent des résultats funestes ; qu'elles sont la cause d'un grand nombre de maladies et généralement abrègent la vie. Je suis convaincu que, loin d'en avoir aucunement besoin, nous faisons une chose salutaire en nous en sevrant absolument. Une croyance malheureusement trop répandue , c'est qu'elles restaurent celui qui se livre à des travaux pénibles et fatigants. C'est là une erreur évidente, puisqu'elles produisent un effet absolument contraire. Elles raniment, il est vrai, pendantJes premiers moments, mais elles affaiblissent, épuisent ensuite doublement. Je considère les boissons fortes comme l'ennemi le plus destructeur de l'espèce humaine, plus dangereux et plus effrayant que cet ennemi dont les armes, en soumettant un pays jusqu'alors paisible, indique son passage par la destruction et l'incendie... J'ai la triste certitude qu'une infinité de personnes riches, douées de qualités, ayant cédé insensiblement à la séduction des spiritueux, rnt été précipitées dans la débauche et conduites au crime. » 'IV it o ■- jHiit. s'appliquer à iVb-i.i,
SPIR
, mais l'asage modéré D'à pas de si tristes conséquences et n'est que très-salutaire, surtout
\ en certains pays.
Le spectacle des maux qui résultent de l'abus des spiritueux a provoqué en plusieurs pays, l'établissement de sociétés de tempérance, dont l'office se borne à protester assez inutilement. C'est à l'hygiène, et non à la morale, qu'il faut s'adresser pour conjurer les effets des spiritueux. On dit des ivrognes de profession qu'ils ont le corps trop affaibli, le moral trop dégradé pour être encore susceptibles d'une forte excitation; ils siint également insensibles à l'honneur et à la honte. Sans doute ; mais il resterait à démontrer que la misère n est point la cause de l'état où ils se trouvent. Ou rencontre-t-on d'ordinaire des ivrognes? Parmi ceux que la misère poursuit. On se console par l'ivresse de la vie précaire à laquelle on est condamné. Durant une heure ou deux, on se dérobe à sa condition et ou a l'esprit libre du joug sons le poids duquel on marche si péniblement. D'autre part, les travaux absorbants auxquels la civilisation soumet un si grand nombre de ceux qui la servent appauvrissent le tempérament et surtout le système nerveux, abrutissent en un mot. Beaucoup de médecins et de moralistes pensent que l'usage des spiritueux secoue les muscles appesantis et rend momentanément au système nerveux son activité normale. L'ivresse elle-même, si elle n'est pas fréquente, ne leur répugne qu'à moitié chez certains sujets exposés plus que d'autres à l'effet désastreux du travail manuel continu, attendu qu'il rend l'âme esclave de la chair et des besoins de l'estomac. Ils considèrent même l'ivresse, venant à de longs intervalles, comme un coup de fouet qui produit sur. l'organisme une impression salutaire. Pour quelques instants, suivant eux, des gens qui n'ont plus d'humain que la forme remontent à la dignité d'homme, et c'est quelque chose assurément.
L'abus des spiritueux produit des effets plus désastreux chez ceux qui n'en font pas un usage habituel que chez les ivrognes de profession. Ces derniers, avinés- on débilités, s'enivrent sans danger pour eux-mêmes ni pour autrui. Les autres, en proie à une surexcitation d'autant plus viojente qu'elle est rare, perdent conscience de leurs actes. Toutes les passions qui végétaient en eux prennent tout à coup un violent essor. La haine, la vengeance, le goût de la débauche se traduisent alors par des accidents terribles.
En 1873, on a cru devoir, en France, combattre l'abus des spiritueux par une loi qui punit l'ivresse publique.
En définitive , les spiritueux constituent dans l'économie de la société moderne un agent inconnu des anciens et d'une puissance encore mal définie. Que leur abus soit à redouter, personne ne le contestera; mais qu'ils soient en eux-mêmes un mal, il n'y a pas lieu de le croire. C'est un élément à ajouter à ceux que l'homme a conquis sur la nature, élément destiné à le fortifier, à augmenter son action extérieure et la vitalité de son système nerveux. Le temps, du reste, en réglera l'emploi. Dès aujourd'hui, cette force des choses qui donne à chaque objet son importance relative limite l'usage des Spiritueux. Sous 1 equateur, il y a peine de mort prononcée par la nature contre ceux qui font un usage considérable des spiritueux. Dans les pays méridionaux, mais déjà tempérés, la chaleur du climat empêche d'avoir recours à ce moyen d'augmenter la chaleur du sang. Au contraire, plus ou descend vers le Nord, plus se généralise l'usage des spiritueux. On s'en sert contre le froid, et les plus violents ennemis de l'alcool ne peuvent iiier qu'il ne soit en beaucoup de cas un remède efricaee. Sans l'immense consommation qu'on en fait aux Etats-Unis, air Canada, en Angleterre, en France, en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Russie, bref dans toutes les contrées où la température descend très-bas, le travail et la . santé de tous subiraient une réduction notable. Sans l'alcool, notre état industriel n'existerait pas, et l'immense développement matériel dont le XIXe siècle est l'artisan et restera le témoin devant l'histoire s'arrêterait court. L'alcool n'est d'ailleurs, sous sa forme liquide, que le principe alimentaire qu'on retrouve à l'analyse comme 1 essence nutritive de tout ce qui sert à taire vivre les animaux terrestres. Au fond, il est bien inutile de lui déclarer la guerre; il est de taille à résister à toute entreprise collective ou individuelle qu'on pourrait tenter contre lui. Essayez donc do proscrire l'habitude de manger clu pain I
Quant aux méfaits qu'on lui reproche, ils sont réels ; son usage est uue question de mesure, dépend des circonstances, de la latitude, du climat ou des saisons, pour être légitime ou nuisible. Qu'on laisse agir la nature, et il se réglera de lui-même.
— Bibliogr. A consulter, parmi une grande quantité de documents sur cette matière, Huydercoper, De l'abolition des boissons fortes, traduitdu hollandais en français parBouquié- Lefebvre (Bruxelles, 1847, 1 vol. in-8").
SPIRITUOSITÉ s. f. (spi-ri-tu-o-zi-té — rad. spiritueux). Chim. Qualité d'un liquide spiritueux; degré d'alcoolisation: La sfirituosité du vin. Il est parvenu à obtenir par une seule chauffe tous les degrés de spirituqsité. (Chaptal.)
SPIR
SPIRITUS PROMPTCS EST, CAHO AUTEM INFIRMA {L'esprit est prompt et la chair est faible), Paroles prononcées par Jésus-Christ au jardin des Oliviers : « Ensuite Jésus se rendit aveu ses disciples k une maison de campagne appelée Gethsémani, et il leur dit : « Asseyez-vous ici, pendant que j'irai là pour » prier. »
» Kt ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença a s'abandonner ii la tristesse et à un chagrin profond.
• Alors il leur dit : « Mon 4me est triste jus- » qu'à la mort. Attendez ici et veillez avec o mol. »
» Il revint ensuite vers ses disciples, et les ayant trouvés endormis , il dit a Pierre : « Quoi t vous n'avez pu veiller une heure avec « moi ! Veillez et priez, afin que vous ne toin- » biez pas dans la tentation, car l'esprit est » prompt et la chair est faible. »
«Vous digérez, mon cher ami; mon estomac est déplorable ; spirituspramptits est, caro autem infirma : mon cœur est toujours à
vous, l
Voltaire.
« Mon cher ami, je suis malade de bonne chère, de deux terres que je bâtis, de cent ouvriers que je dirige, du cultivateur et du semoir, et de nombre de mauvais livres qui pleuvent. Pardonnez-moi si je ne vous écris pas de ma main : Spiritus enim promptus est, manus autem infirma. »
Voltaire.
SPIRIVALVË adj. (spi-ri-val-ve — de spire, et de valve). Moll. Se dit. d'une coquille enroulée oblique de bus en haut.
SFIRLIN s. m. (spir-lain). Ichthyol. Nom vulgaire de Table éperlan.
— Encycl. Le spirlin, désigné sous le nom impropre à'éperlan de Seine, est une espèce d'ablette, dont la longueur dépasse rarement un décimètre; il a le corps élargi, la tête assez courte, le dos un peu arqué; sa couleur est d'un brun verdâtre métallique en dessus, d'un blanc d'argent sur les lianes et en dessous. Ces couleurs deviennent beaucoup plus vives à l'époque du frai. Le spirlin est trèsrépandu dans l'Europe centrale; il fraye en mai et juin et recherche surtout les eaux rapides. Il est très-vorace et fait une grande consommation d'insectes, de vers, de mollusques, ainsi que d'oeufs de divers animaux aquatiques; il mange fort peu de matières végétales. Sa chair est assez bonno, mais sa petite taille fait qu'il est peu recherché comme aliment. En revanche, ses écailles sont employées, comme celles de l'ablette, pour fabriquer les fausses perles ou l'essence d'Orient.
SPIROBOLE s. m. (spi-ro-bo-le — despire, et du gr. bolos, jet), Myriap. Genre de myriapodes, de l'ordre des diplopodes. famille des iulides, formé aux dépens des iules, et dont l'espèce type vit au Brésil.
SPIROBOTRYS s, m, (spi-ro-bo-triss — de spire, et du gr. botrus, grappe de raisin). Foram. Genre de foramiuifères.
SPIROBRACHIOPHORE adj. (spi-ro-braki-o-fo-re — de spire, et du gr. brachion, bras ; phoros, qui porte). Moll. Qui a des bras ou appendices en forme de spirale.
— s. m. pi. Syn, de brachiopodes, classe de mollusques.
SPIROBRANCHE s. m. (spi-ro-bran-che — de spire, et du gr. bragehia, branchies). Ichthyol. Genre de poissons acanthoptérygiens, dont l'espèce type vit dans les rivières du Cap de Bonne-Espérance.
— Annél. Genre d'annélides, formé aux dépens des amphitrites ou sabelles.
SPIROBRANCHIDÉ, ÉE adj. (spi-ro-branchi-dé — rad. spirobranche). Ichthyol. Qui ressemble ou qui se rapporte au spirobranche.
— s. m. pi. Groupe de poissons acanthoptérygieas, ayant pour type Je genre spirobraiiehe.
SPIROCHÈTE S. m. (spi-ro-kè-te — de spire, et du gr. chaitê, crin). Infus. Genre d'infusoires, de la famille des vibrioniens, formé aux dépens des spirilles.
SPIROCYLISTE s. m. (spi-ro-si-li-ste— de spire, et dugr. kuliâ,}e roule). Myriap. Genre de myriapodes, de Tordre des diplopodes, famille des iulides, voisin des spirostreptes, comprenant une seule espèce dont la patrie est inconnue.
SPIRODÈLE s. f. (spi-ro-dè-le — de spire, et du gr. délos, manifeste). Bot. Genre de plantes, de la famille des lemnacées, formé aux dépens des canillées ou lenticules.
SPIRODISQUE s. m. (spi-to-di-ske — de spire, et de disque). Infus. Genre d'infusoires, de la famille des vibrioniens, dont l'espèce type a été trouvée en Sibérie.
SFIROGLYPHE s. m. (spi-ro-gli-fe — de spire, et du gr. gluphô, je sculpte). Annél. Genre d'annélides tubicoles, formé aux dépens des serpules.
SPIROGRAPHE* s. m. (spi-ro-gra-fe — de .«pire, et du gr. graphis, stylet). Annél. Genre n'annélides tubicoles, formé aux dépens des .sabelles.
SPIR
8PIR0GYRE s. m. (spi-ro-ji-re — de spire, et du lat. gyrus, tour). Bot. Genre d'algues, de la tribu des conjuguées ou zygnémées, comprenant une vingtaine d'espèces filamenteuses : Les spmoGTfRKS habitent tes eaux douces. (Brébisson.) |
— Encycl. Les spirogyres sont constitués | par des filaments simples, articulés, renier- j mant dans chaque loge une ou plusieurs ban- ■ delettes vertes, contournées en spirale, le I plus souvent canaliculées, dentelées sur leurs ; bords, s'accouplant au moyen de tnbes transversaux. Ces algues sont répandues dans les j eaux douces; on en connaît une vingtaine d'espèces. Leurs filaments, légèrement muqueux, d'un beau vert, forment des masses floconneuses, quelquefois assez étendues. Quanil on les plonge dans un vase plein d'eau, ils se réunissent souvent sous forme de pinceaux, dont l'extrémité tend à sortir du liquide.
SPIROÏDE adj. (spi-ro-i-de — de spire, et du gr. eidos, aspect). Qui est contourné en spirale.
— Anat. Conduit spiroïde du tympan. Canal de Fallope.
— Physioi. Mouvement spiroïde, Mouvement du cœur dont la pointe, à chaque contraction, se tord de droite à gauche et d'avant en arrière.
SPIROLE s. f. (spi-ro-le). Ane. artill. Sorte de petite coulevrine.
Spiroline s. f. (spi-ro-li-ne — dimin.de spirale). Foram. Genre de foraminifères hélicostègues, de la famille des nautiloïdes.
SPIROLOBÉ, ÉE adj, (spi-ro-lo-bé — de spire, et de lobe). Bot. Qui a l'embryon contourné en spirale.
— s. f. pi. Section de la famille des crucifères, caractérisée par Tembryon contourné en spirale, et comprenant les tribus des buniadées et des érucariées. il Tribu de la famille des atriplicées, caractérisée par Tembryon contourné en spirale.
SP1ROLOCULINE s. f. (spi-ro-lo-ku-li-ne — de spire, et du lat. loculina, dimin. de locula, petite loge). Foram. Genre de foraminifères ou rhizopodes, de l'ordre des agal thistègues et de la famille des miliolides, i comprenant plusieurs espèces qui vivent I dans la Méditerranée ou sont fossiles des I terrains tertiaires.
SPIROMÈTRE s. m. (spi-ro-mè-tre — du lat. spirare, respirer, et du gr. metron, mesure). Méd. Instrument à l'aide duquel on mesure la quantité d'air expiré.
— Encycl. Le spiromètre se compose ordinairement d'une pocha en caoutchouc, dont les parois très-minces sont facilement dilatables. Un long tube élastique s'ouvre d'un côté dans cette poche et se termine de l'autre côté par un embout en ivoire. Au sommet de la poche est adaptée une tige graduée qui a la l'orme d'une règle. Quand on veut laire fonctionner l'appareil, on le place sur un support qui consiste en une lame de cuivre assez large, aux extrémités de laquelle on fixe deux tiges verticales, aussi en cuivre, et qui se rejoignent supérieurement en forme d'arc de cercle, au moyen d'un ajutage flexible en acier. Le centre de cette lame d'acier est percé d'un trou qui donne passage a la tige graduée qui va servir d'indicateur. Tout étant ainsi disposé, il ne reste plus pour expérimenter qu'à introduire dans la bouche l'embout du tube élastique et à faire passer dans la poche, après une profonde inspiration, Tair contenu dans la poitrine. Au fur et à mesure que Tair arrive dans la poche, elle se gonfle et fait remonter la tige graduée qui glisse dans l'ouverture de Tare de cercle métallique et indique par des degrés correspondants la quantité que la poche va renfermer et qui est contenue dans la poitrine.
11 existe encore un autre instrument qui est de Keutish et qui consiste en une cloche graduée se plaçant à la surface d'un vase plein d'eau et au sommet de laquelle existe un robinet d'où part un tube respirateur. A chaque inspiration, l'eau monte, dans la cloche, d'un certain nombre de degrés qui indiquent aussitôt la quantité d'air introduite dans le poumon ; pour voir la quantité expirée, on fait monter Teau d'un certain nombre de degrés et Ton voit de combien Tair rejeté a fait descendre cette eau. On arrive,
, avec un peu d'habitude, à faire manceuvrer
I le robinet d'une manière correspondante aux mouvements respiratoires et à tenir compte
; de l'effort à faire pour soulever Teau durant l'inspiration sans commettre d'erreur. Le docteur Hutchinson a trouvé que la quantité d'aif expiré après une inspiration forcée augmentait, suivant la taille des individus, do 158 centimètres 691 millimètres cubes pour chaque 27 centimètres au-dessus de 1111,624 de taille. Quant au poids 'du corps, entre 75 kilogrammes et 77,50, la quantité augmente de 19 centimètres 836 millimètres cubes pour chaque 500 grammes; mais, audessus de cette limite, elle diminue dans la même mesure pour chaque 500 grammes ad-
, ditionnels. L'âge apporte aussi des modifications capitales dans la capacité ; elle augmente de quinze à trente ans; après cette époque, elle diminue de 19 centimètres 836 millimètres cubes pour chaque année additionnelle. La capacité normale a été fixée par Hutchinson chez des hommes de trente
SPÎR
ans environ, pesant 75 kilogr., k 4,4G3 centimètres 184 millimètres cubes. On comprend qu'avec un point de départ ainsi établi on peut apprécier les diminutions que les maladies apportent dans la capacité. Quelques essais ont déjà été faits, en particulier pour la phthisie, qu'ils ont, à ce qu'il parait, permis, dans certains cas, de reconnaître avant que les signes fournis par l'auscultation ou la percussion aient indiqué qu'il existait quelque altération dans le parenchyme pulmonaire.
SPlRONÈMB s. m. (spi-ro-nè-me — de spire, et du gr. néma. filament). Bot. Genre de plantes, de la famille des commélynées, dont l'espèce type croit au Mexique.
SPIROPÉB s. m. (spi-ro-pé — de spire, et du gr. poieâ, je fais). Myriap. Genre de myriapodes, de Tordre des diplopodes, famille des iulides, formé aux dépens des iules, et comprenant une seule espèce, dont la patrie est inconnue.
SPIROPLECTE s. f. (spi-ro-plè-kte — de spire, et du gr. plektôs, enlacé). Foram. Genre de foraminifères ou rhizopodes.
SPIROPORE s. m. (spi-ro-po-re — despire, et de pore). Zooph. Genre de polypiers calcaires, comprenant plusieurs espèces fossiles des terrains jurassiques et crétacés : On peut considérer les cellules des spiropores comme de petits tubes. (Al. Rousseau.)
SPIROPTÈRE s. m. (spi-ro-ptè-re — de spire, et du gr. pteron, aile). Helminth. Genre d'helminthes, de Tordre des nématotdes et de la famille des filaires, comprenant plusieurs espèces qui vivent en parasites dans l'homme, les mammifères, les oiseaux et les reptiles : Le mâle des spiroptèrks a ta queue ordinairement enroulée en spirale et munie d'expansions aliformes. (P. Gervais.)
SPIRORBE s. m. (spi-ror-be — de spire, et de orbe). Annél. Genre d'annélides tubicoles, formé aux dépens des serpules, et comprenant plusieurs espèces, répandues dans toutes les mers, ou fossiles des divers terrains.
— Moll. Genre de mollusques gastéropodes d'eau douce, il Genre do mollusques gastéropodes pectinibranches, de la famille des trochoïdes, qui doit être réuni aux cadrans.
— Encycl. Annél. Par leur organisation, les spirorbes ressemblent beaucoup aux serpules, auxquelles plusieurs auteurs les ont réunis; mais ils en diffèrent surtout en ce que leur test, adhérent dans toute sa longueur, s'enroule régulièrement à plat, de manière à figurer une sorte de coquille en forme d'hélice ou plutôt de planorbe. En outre, chaque individu est solitaire et ne se réunitjamais à d'autres pour former des groupes ou des faisceaux; le test est d'ailleurs limité dans sa longueur, à l'inverse de celui des serpules qui tend toujours fl s'allonger. Enfin, les spirorbes se distinguent par le nombre et la disposition de leurs appendices tentaeuliformes. Les spirorbes se rapprochent encore des serpules par leur manière de vivre; on les trouve à peu près dans toutes les mers, fixés aux coquillages, aux végétaux et aux autres corps sous- marins. On connaît aussi un certain nombre d'espèces fossiles, réparties dans presque tous les terrains.
SP1RORHYNQUE s. m. (spi-ro-raîn-ke — de spire, et du gr. rhngc/ios, bec). Bot. Genre de plantes, de la famille des crucifères, tribu des isatidéeSjdonti'espèce type crott dans les endroits sablonneux et salés de la Songarie.
SPIROSPERME s. m. (spi-ro-spèr-me — de spire, et du gr. sperma, graine). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des ménispermées, dont l'espèce type croit à Madagascar.
SPIROSTIGMA s. m, (spi-ro-sti-gma — de spire, et du gr. stigma, stigmate). Bot. Genre de plantes, delà famille des acanthacées, dont l'espèce type croit au Brésil.
SPIROSTOME s. m. (spi-ro-sto-me — de spire, et du gr. stoma, bouche). Entom. Genre d'infusoires, de la famille des bursariens ou des irachéliens, dont l'espèce type vit dans Teau des marais.
SPIROSTRAQUE s. m. (spi-ro-stra-ke — de s/lire, et du gr. ostrakon, coquille). Moll. Genre de mollusques céphalopodes décacères.
SPIROSTRÉPHON s. m. (spi-ro-stré-fon — de spire, et du gr. strephà, je tourne). Myriap, Syn. de cambalis, genre de myriapodes diplopodes, de la famille des iulides.
SPIROSTREPTE s. m. (spi-ro-strè-pte — de spire, et du gr. streptos, enroulé). Myriap. Genre de myriapodes diplopodes, de la famille des iulides, type de la tribu des spirostreptidés, comprenant un assez grand nombre d'espèces, dont les principales vivent au Cap de Bonne-Espérance.
SPIROSTREPTIDÉ, ÉE adj. {spi-ro-strèpti-tlé — de spirostrepte, et du gr. iden, forme) . Myriap. Qui ressemble ou qui se rapporte au spirostrepte.
— s. m. pi. Tribu de myriapodes, de la famille des iulides, avant pour type le genre spirostrepte.
SP1ROSTYLE adj, (spi-ro-sti-le— despire, et de style). Bot. Qui a le style tordu en spirale.
SPIROTÉNIE s. f. (spi-ro-té-nl— despire,
SPIt
et du gr. taittia, bandelette). Bot. Genre d'ulgues, du groupe des desmidiées : La spiroténik croit dans les eaux des marais tourbeux. (Brébisson.)
SPIROTROPIS s. m. (spi-ro-tro-piss — de spire, et du gr. iropis, carène). Bot. Genre d'arbres, de la famille des légumineuses, tribu des dalbergiées, dont l'espèce type croit dans les forêts de la Guyane.
SPIROYLE s. f. (spi-ro-i-le — de spirée, et du gr. ulé, matière). Chim. Radical que quelques chimistes prétendent avoir trouvé dans 1 huile de la spirée ulniaire.
SPIROYLURE s. m. (spi-ro-i-lu-re — rad.
spiroyle). Chim. Nom donné aux combinaisons de la spiroyle avec les corps simples. Il Peu usité.
SP1RULACÉ, ÉE adj. (spi-ru-la-sé — rad.
spirule). Moll. Qui ressemble ou qui se rapporte à la spirule.
— s. f. pi. Famille de mollusques céphalopodes, ayant pour type le genre spirule.
SPIRULE s. f. (spi-ru-le — dimin. de spire). Moll. Genre de mollusques céphalopodes décapodes, type de la famille des spirulacées,dont l'espèce principale vit sur nos côtes : La spirule avait été classée par Linné dans le genre nautile. (Dujardin.) La coquille de la SpirvJlT; n'est pas à tours de spire embrassants comme celle des nauCiles. (H. Hupé.)
— Encycl. Les spirules sont caractérisées par une coquille blanche, mince, presque transparente, nacrée à l'intérieur, cylindrique ou en cône très-allongé, partiellement contournée en une Bpirale discoïde, à tours écartés ou disjoints ; elle est divisée en loges nombreuses par des cloisons transversales, également espacées, concaves en dehors, traversées parun siphon ventral interrompu; l'ouverture est ronde. L'animal a la tête entourée de dix bras, dont deux plus longs ; la majeure partie de son corps, revêtu du sac ou manteau, est en dehors de la coquille, qui est comme fixée à l'extrémité postérieure. Les mœurs de ces mollusques sont à peu près inconnues ; on sait qu'ils sont pélagiens, et on présume qu'ils deviennent souvent la proie des physalies. L'unique espèce du genre est la spirute du Pérou, vulgairement nommée, à cause de sa forme, cornet de postillon; elle habite les mers équatoriales.
SPIRULE, ÉE adj. (spi-ru-lé). Moll. Syn. de spirulacé.
SP1RUL1DE adj. (spi-ru-li-de — de spirule, et du gr. eidos, aspect). Moll. Syn. de spirulacé.
SPIRULINE s. f. (spi-ru-li-ne — dimin. de spirule). Bot. Genre d algues, de la tribu des oscillariées, comprenant une dizaine d'espèces qui habitent les eaux douces et les eaux saumâtres.
SPIRULIROSTRE a. m. (spi-ru-li-ro-stre — de spirute, et du lat. rostrum, bec). Moll. Genre de mollusques céphalopodes décapodes, intermédiaire entre les spirules et les seiches, et dont l'espèce type est un fossile des terrains miocènes de Turin.
SP1SAISO (Vkcent),, surnommé Spinnnclli,
peintre italien, né à Orta, près de ililun, en 1595, mort en 1662. Il étudia k Bologne à l'école de Denis Calvaert, mais il fut loin d'égaler ce maître. Ou trouve a Bologne un grand nombre de tableaux de Spisano, parmi lesquels on cite la Mort de saint Joseph, à l'église Santa-Maria-iMaggiore, etc.
SP1SSICORNE adj. (spiss-si-kor-ne — du lat. spissus, épais, et de corne). Entom. Qui a les cornes ou les antennes épaisses.
SPISSIPÈDE adj. (spiss-si-pè-de — du lat. spissus, épais ; pes, pedis, pied). Zool. Qui aies pieds épais.
— s. m. pi. Entom. Groupe d'insectes hémiptères, de la famille des réduviens, tribu des aradides.
SPISSIROSTRE adj. (spiss-si-ro-stre — du lat. spissus, épais; rostrum, bec). Entom. Qui a le bec épais.
— s. m. pi. Division de la tribu des scutellériens, dans Tordre des insectes hémiptères
SPISULE s. f. (spi-zu-le — dimin. du lat. spissus, épais). Moll. Genre de mollusques acéphales, de la famille des mactracées.
SPITHAME s. f. (spi-ta-me). Ane. métrol. Petite mesure de longueur employée par les Grecs, et qui valait la moitié de la coudée ou 0'",231.
— Bot. Sorte de mesure dont se sert Linné, et qui représente l'espace compris entre le pouce et 1 index ouverts le plus possible.
SP1THE.VD, belle rade d'Angleterre, formée par la Manche sur la côte du comté do liants, entre l'Ile de Wight au S. et le port do Portsmouth au N. Elle mesure 20 kilom. de longueur de TE. k TO. et 5 kilom. du N. au S-, et peut contenir 1,000 vaisseaux de guerre. Cette rade, nommée par les matelots chambre à couchej- du roi, est le rendez-vous ordinaire des flottes de la Grande-Bretagne en temps de guerre et aux grandes fêtes maritimes.
SP1TTA (Charles-Jean-Philippe), poète religieux allemand, né k Hanovre en 1801, mort en 1859. Il étudia, de 1821 k 1824, la théologie à l'université de Gœttingue, exerça dans diverses paroisses lesi fonctions du ministèr»