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évangélique et devint en dernier lieu (1853) surintendant et premier pasteur à Peine, dans la principauté d'Hildesheim. On a de lui quelques écrits hornilétiques qui ne sont pas sans mérite, mais il est surtout connu comme auteur de chants religieux qui ont obtenu en Allemagne un prodigieux succès. Il en publia deux recueils sous le même titre : le Psaltérion et la harpe (1er recueil, 1833 ; 1866, 30e édit.; 20 recueil, 1842; 1865, 176 édit.)- Après sa mort ont encore paru ses Chants religieux posthumes (1866, 3e édit.). Ces chants sont incontestablement ce qui a paru de meilleur en ce genre, en Allemagne, depuis Paul Gerhard. Nul poète moderne n'a atteint à l'harmonie, à la perfection de style, à la profondeur de sentiment qui caractérisent les compositions de Spitta.
SP1TTLER (Louis-Timothée, baron de), historien et -publiciste allemand, né à Stuttgard en 1752, mort en 1810. Il fit ses études a Tubingue et à Gœttingue, devint, en 1777, répétiteur au séminaire tliéologique de Tubingue, puis, en 1779, professeur de philosophie à l'université de Gœttingue, et fit en outre, dans cette ville, des cours sur l'histoire universelle qui obtinrent beaucoup de succès. Il revint ensuite dans le Wurtemberg, fut nommé, en 1806, ministre, président de la direction des hautes études, curateur de l'université de Tubingue, et reçut en même temps le titre de baron. On a de lui un grand nombre d'ouvrages d'histoire et de critique théologique, parmi lesquels nous citerons : Recherches critiques sur le soixantième canon de Laodicée (Brème, 1777) ; Histoire du droit canonique jusqu'au temps du faux Isidore (Halle, 1778) ; Histoire du calice dans la communion (Lemgo, 1780); Histoire du Wurtemberg sous ses comtes et sous ses ducs (Gœttingue, 1783); Histoire du Wurtemberg (Gœttingue, 1783); Histoire de la principauté de Banoore (Gœttingue, 1780) ; Plan d'une Histoire des Etats européens (Berlin, 1793 ; 1823, 3» édit. publiée par Sartorius) ; Histoire de la révolution danoise de 1660 (Berlin, 1796); Abrégé de l'histoire de l'Eglise chrétienne (Gœttingue, 1806; 1813, 5« édit.), son ouvrage le plus remarquable. Ce ne fut que plusieurs années après la mort de Spittler que ses Leçons sur l'histoire de la papauté furent publiées par Gurliti (Hambourg, 1S24-182S). Son Histoire des croisades et son Histoire de la hiérarchie depuis Grégoire Vil jusqu'à l'époque de ta Béformation furent éditées après la mort de Gurlitt, qui en possédait le manuscrit, par K. Muller (Hambourg, 1827- 1828). Enfin, l'édition complète de ses Œuvres a été publiée par son gendre, K. Wœchter (Stutlgard, 1827-1837, 15 vol.).
SI'ITZBEIU; (de l'allemand spitz, pointe, et berg, montagne, à cause des collines et des montagnes droites et aiguës dont ces Iles sont remplies), groupe d'îles de l'océan Glacial arctique, au N.-E. du Groenland, composé de trois lies principales: la Nouveile-Frieslande, la Terre du Sud-Est et la Terre du Nord-Est. Le Spitzberg est situé par 76» il 80° de latit. N. (150 lieues plus haut que la Laponie) et forme bourrelet, avec le Groenland et les côtes de Sibérie, autour de la mer qu'on suppose recouvrir le pôle boréal. Ses montagnes, couronnées de neiges perpétuelles et flanquées de glaciers, jettent de loin un éclat semblable a celui de la pleine lune. Sur ce manteau de blancheur uniforme tranche par places la couleur rouge d'immenses blocs degranitqui resplendissent comme une musse de (eu. Du tillac d'un navire, l'effet est des plus saisissants. Dans ces parages, la nuit dure six mois ; mais aussi elle est fréquemment illuminée par la lueur des aurores boréales. Vers la lin de mars, à l'équinoxe de printemps, le soleil reparaît; son disque rase d'abord l'horizon ; il s'élève ensuite, mais avec une leuteur magistrale, en demeurant toujours en vue. Au bout de trois mois, la chaleur longtemps accumulée pénètre un peu avant dans la terre glacée. Le goudron des vaisseaux fond aux rayons du soleil, et cependant on ne voit éclore qu'un petit nombre de plantes, les renoncules, les joubarbes, les coquelicots. Les golfes et les baies se remplissent d'algues d'une dimension gigantesque ; une espèce a 200 pieds de longueur. La mousse et le lichen forment des prairies du plus bel aspect. Les phoquus chassent les mollusques et les petits poissons au milieu de ces forêts marines. Les morses réunis se chauffent en famille, leurs énormes défenses piquées dans la glace. La baleine lance des jets d'eau par ses vastes évents. L'ours blanc vorace poursuit tout ce qui respire. Dès que finit le jour polaire, ces animaux se retirent à travers des terres inconnues, soit en Amérique, soit en Asie, Singularité remarquable et qui peut mettre sur la voie pour la solution de problèmes géologiques, d'immenses quantités de bois flottants s'accumulent dans les baies du Spitzberg et en comblent pour ainsi dire l'étendue. Ces îles, qui ne sont fréquentées que par les pêcheurs de baleines et de chiens marins, foirent découvertes en 1563 par le navigateur anglais Willoughby; en 1595, deux Hollandais, Cornélius et Bareutz, les visitèrent et donnèrent au groupe le nom de Spitzberg. Le capitaine anglais Phipps en donna une description assez exacte en 1773. De nos jours (1866), deux Suédois, MM. Duner et Nordenskiold, ont présenté devant l'Académie de Stockholm une cuvto du Spitz-
SPIZ
berg courageusement relevée sur les lieux, malgré les difficultés inséparables d'une telle entreprise. Il n'a pas fallu & MM. Dnner et Nordenskiold moins de deux voyages consécutifs au pôle nord pour en venir a bout. Ils ont mesuré la hauteur des montagnes à l'aide des instruments de précision qu'ils avaient apportés avec eux dans ce but, payant même de leur personne j'usqu'à tenter l'ascension des moins accessibles. Ils ont pu évaluer ainsi que le Lindstroom, pic culminant de la chaîne, était élevé de 1,000 mètres; ils ont nu également fixer à 457 mètres la limite inférieure des neiges perpétuelles au Spitzberg. Ils ont exploré et pointé sur la carte les baies, criques, ports qui se rencontrent en giand nombre sur tout le littoral.
SPITZEL ou SPIZEL (Gottlieb) , dit Spl- •clius, érudit allemand, né à Augsbourg en 1639, mort dans la même ville en 1691. Il fit ses études à, l'université de Leipzig, puis alla" compléter son instruction en Hollande, en Allemagne et en Suisse. Rappelé à Augsbourg en 1661, il fut nommé successivement diacre et pasteur, de l'église Saint-Jacques, et ses fonctions pastorales ne l'empêchèrent point de continuer ses travaux littéraires. Ses principaux ouvrages sont: De re litterarin Sinensium (Leyde, 1060, in-12); Scrutinium atheismi historico-xliologicum (Augsbourg, 1G63, in-8°) ; Sacra bibliothecarum arcnna retecta (Augsbourg, 1668, in-8u); Plus litterali hominis secessus (Augsbourg, 16B9, in-8°) ; Vêtus academia Jesu-Christi (Augsbourg, 1671, in-4°); Templum honoris reseratum (Augsbourg, 1673, in-4<>) ; Félix litteralus (Augsbourg, 1676,in-S°); Infelix litteratus (1680, ln-8°) ; Lilteratus felicissimus (1685, in-8°).
SPITZÉLIE s. f. (spi-tzé lî — de Spitzel, savant allemand). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des chieoracèes, réuni par plusieurs auteurs, comme simple section, au genre picride.
SPITZNER (Jean-Ernest), naturaliste allemand, né à Obertilbertsdorf, près deZwiekau, en 1731, mort à Trebnitz en 1806. Il fit ses étudesà Iéna et à Leipziget fut nommé, en 1762, pasteur k Trebnitz. Ou a de lui : Instruction pour l'éducation des abeilles en ruche (Leipzig, 1775; nouv. éd., 1803, in-go) ; Histoire critique des opinions sur les abeilles (Leipzig, 1795, 2 v. in-8°) ; Almanach perpétuel des abeilles (Leipzig, 1805, in-8°), tous en allemand. Spitzner a publié d'autres ouvrages sur des objets d'économie rurale et a inséré des dissertations sur l'histoire naturelle dans diverses publications périodiques.
SP1TZWEG (Charles), peintre allemand , né à Munich en 1808. Il commença par peindre des paysages, puis il entreprit avec succès le genre humoristique, traitant des sujets de la vie réelle. Ses tableaux, qui parfois tournaient presque à la caricature, obtinrent un grand succès. On cite surtout : le Poète dans une mansarde ; le Portrait d'un bourgmestre ; la Poste particulière ; le Facteur; ta Promenade du dimanche d'un vieux célibataire.
SP1URE s. f. (spi-u-re). Techn. Poussier de houille.
êPIX (Jean-Baptiste), zoologiste allemand, né à Hochsteedt en 1781, mort en 1826. Après avoir étudié pendant deux ans la théologie au séminaire de Wurztbourg, il renonça à cette science pour s'adonner à la médecine et fut reçu docteur en 1806. Son attention s'était surtout portée sur l'anatomie du corps humain et sur l'anatomie comparée. En 1809, il alla, aux frais du gouvernement bavarois, poursuivre ses études à Paris. De retour à Munich, il fut élu membre de l'Académie des sciences, qui, après la publication deson ouvrage intitulé Histoire et appréciation de tous les systèmes de zoologie (1811), le choisit pour conservateur de son musée d'histoire naturelle. En 1815, il fit paraître sa Cephalogenesis, dans laquelle il décrit le développement de la tête dans tous les êtres, depuis l'insecte jusqu'à l'homme. Deux ans plus tard, le gouvernement bavarois l'envoya, avec C.-F.-P. von Martius, explorer le Brésil. Ils débarquèrent à Rio-de-Janeiro, traversèrent les provinces de San-Paulo et de Minas-Geraes, se rendirent de là, par terre, à Bahia, puis par Piauhy jusqu'à Marafion. Ils atteignirent ensuite la province de Para, et Spix remonta l'Amazone jusqu'à la frontière du Pérou, tandis que Martius explorait le Yapura ; ils revinrent à Para en juin 1820. La santé de Spix avaitgravement souffert des fatigues de cette excursion, mais il réussit à terminer, de 1824 à 1825, avec l'aide d'autres naturalistes, cinq ouvrages illustrés sur les singes, les chauves-souris, les oiseaux et les reptiles du Brésil. On y trouve beaucoup de renseignements nouveaux et importants, mais ils renferment aussi des vues hasardées et des conclusions erronées qui doivent être attribuées au désir qu'avait Spix de terminer ses publications avant de mourir.
SP1XIA s. m. (spi-ksi-a — de Spix, naturaliste aliéna.). Bot. Syn. de péra et de cen-
TRATHERE.
SPIZAÈTE s. m. (spi-za-è-ta — du gr.
spiza, pinson ; aetos, aigle). Ornith. Syn. d'AiGï.B autour, genre de rapaces : Les spi-
SPLA.
zaetes se nourrissent de petits animaux qu'ifs chassent. (Z. Gerbe.)
— Encycl. Les spizaèles, regardés autrefois comme une simplesection du genre aigle, sous le nom d'aigle-autour, forment, pour les ornithologistes modernes, un genre bien distinct, caractérisé par un bec long, presque droit, comprimé latéralement; la mandibule supérieure à bords dilatés, crochue et amincie à l'extrémité ; l'inférieure droite et plus courte ; des narines elliptiques ; les tarses allongés, un peu grêles, nus et réticulés ou velus et emplumés ; les doigts faibles, courts ; l'ongle postérieur plus long que les autres. Ils se rapprochent des aigles par leur titilla et des vautours par leur organisation et leurs mœurs. Ils chassent les petites espèces de mammifères et d'oiseaux, dont ils font leur nourriture. Les spizaètes font l2ur nid sur les arbres élevés et dans les rochers; ils
• nourrissent leurs petits dans le nid- et leur apportent des aliments que ceux-ci prennent eux-mêmes dès leur naissance.
Ce genre comprend une douzaine d'espèces, qui habitent l'Asie, l'Afrique et surtout l'Amérique. Le spizaète d'Afrique a le plumage généralement noir, l'occiput surmonté d'une longue huppe et les tarses emplumés sur toute leur longueur. Il habite les terres de l'Afrique australe. • Cet oiseau, dit M. Z. Gerbe, chasse les lièvres, les canards, les perdrix, et son vol est tellement prompt qu'il saisit souvent des oiseaux dans les airs. 11 ne jette que des sons plaintifs et ne les fait entendre tjue rarement, à moins qu'il ne soit à la poursuite des corbeaux, auxquels il fait une guerre opiniâtre, parce qu'ils osent l'attaquer en troupes pour se saisir de sa proie ou même pour dévorer ses œufs et ses petits. Le mâle et la femelle habitent toujours ensemble et dans le même canton ; leur nid est placé sur les arbres et rempli de plumes ou do laine. La femelle pond deux œufs presque ronds, à taches d'un brun roux. »
Nous citerons encore le spizaète huppé, à plumage mélangé de noir, de gris et de blanc, et qui présente d'ailleurs d'assez nombreuses variétés ; le spizaète de la Guyane, à plumage presque entièrement blanc, sauf les pennes des ailes et de la queue, qui ont, des bandes noires et grises disposées en échiquier ; le spizaète urubilingua, à plumage brun, varié de noir, de gris cendré, de fauve et de blanc, et qui habite les lieux inondés. Ces trois espèces appartiennent à l'Amérique du Sud. Nous ne ferons que nommer les spizaètes moucheté, panema, blanchard, tyran, neigeux, cristatelle, incolore, etc.
EPIZASTUR s. m. (spi-za-stur — du gr.
spiza , pinson, et du lat. astur , autour). Ornith. Section du genre faucon, érigée en genre particulier par plusieurs auteurs.
SPIZE s. f. (spi-ze — du gr. spiza, pinson). Ornith. Syn. de passkrinë, genre d'oiseaux.
SPIZÉ, ÉE adj. (spi-zé — rad. spize).
Ornith. Qui ressemble ou qui se rapporte à la spize.
— s. f. pi. Section ou tribu de la famille des fringillidées, ayant pour type le genre spize.
SPIZELLEs. f. (spi-zè-le — dimin.de spize). Ornith. Genre d'oiseaux, formé aux dépens des passerines.
SPLACHNE s. m. (spla-kne). Bot. Genre de mousses, type de la tribu des splachnées, comprenant six espèces, qui croissent en Europe.
— Encycl. Les splachnes sont caractérisés par des tiges simples ou presque simples, le plus souvent couvertes de feuilles éparses, quelquefois complètement nues et exclusivement fructifères ; des rameaux tantôt stériles I et terminés par une rosette de feuilles, tantôt I fertiles et à fleurs terminales ; une coiffe campanules ; des fleurs dioïques, rarement monoïques ; la capsule égale, sans anneau, de forme variable, mais le plus souvent petite, cylindrique, toujours munie d'une apophyse renflée en poire ou étalée en ombelle ; un péristome simple, à seize dents assez grandes, lancéolées, se dressant par l'humidité et se renversant par la sécheresse ; une columelle en tête, faisant saillie hors de la capsule ; un opercule court et obtus. Ce genre renferme un petit nombre d'espèces, qui habitent l'Europe et surtout les contrées du Nord. On les trouve le plus souvent sur les fientes des animaux.
SPLACHNE, ÉE adj. (spla-kné — rad. splachne). Bot. Qui ressemble ou qui se rap porte au splachne.
— • s. f. pi. Tribu de mousses, ayant pour type le genre splachne,
SPLANC s. m. (splank). Bot. Syn, de
SPLACHNE.
SPLANCHNEURYSME s. m. (splan-fcneu-risme — du gr, splauchnon, viscère ; eurus, large). Pathol. Développement excessif des yiscères.
SPLANCHNIQUE adj. (sp!an-kni-ke — du gr. sptagchna, entrailles). Anat. Qui appartient, qui a rapport aux viscères. U Cavités splanchniques, Grandes cavités du corps, crâne, thorax et abdomen, il Nerfs splanchniques, Nerfs qui se distribuent dans les cavités thoracique et abdominale.
— Encycl. Nerfs plane/iniques. Ce Sont
SPLâ
des nerfs de la vie organique nu végétative, fournis par les six derniers ganglions thoraciques, situés de chaque côté au nombre de deux et distingués en grand et petit. Le grand splanchnique naît des septième, huitième, neuvième et dixième ganglions thoraciques,par des filets qui se réunissent en un seul tronc, sur les côtés de la colonne rachidienne, derrière la plèvre, au niveau de la onzième côte. Il traverse ensuite le diaphragme et se termine au ganglion semi-lunaire. Le petit splanchnique nuit des dixième et onzième ganglions thoraciques ; il descend en dehors du précédent, mais parallèlement à lui, pour se jeter dans le plexus rénal et dans le plexus aortique abdominal. Souvent les nerfs grand et petit splanchnique du même côté s'anastomosent et se confondent ensemble.
SPLANCHNOCÔTE s. f. (splan-kno-kô-te — du gr. splauchnon, viscère, et de côte). Anat. Côte du splanchnosquelette.
SPLANCHNODENT s. f. (splan-kno-dan — du gr. splanchnoii, viscère, et de deh ). Anat. Dent du spl mchtiosquelette.
SPLANCHNOGRAPHE S. m. (splan-knogra-fe. — V. splanchnooraphik). Celui qui s'occupe de splanchnographie.
SPLANCHNOGRAPHIE s. f. (splan-knogra-fi — du gr. splauchnon, viscère ; graphe, j'écris). Description des viscères.
SPLANCHNOGRAPHIQUE adj. (splan-knogra-li ke — rad. splanchnographie). Qui appartient à la splanchnographie.
SPLANCHNOLITHIASIE s. f. (splan-kno- H-ti-a-zt — du gr, splauchnon, viscère ; lit hou, pierre). Pathol. Maladie causée par la présence de Calculs dans un viscère.
SPLANCHNOLOGIE s. f. (splan-kno-lo-jl — — du gr. splanchnon, viscère ; logos, discours). Anat. Partie de l'anatomie qui traite des viscères. Il Ouvrage qui traite des viscères. '
— Encycl. La sptanchnologie traite des viscères ou organes viscéraux, e'est^à-diro des organes qui servent à la nutrition. Ce sont les organes digestifs, urinaires et respiratoires; l'usage y a fait joindre la description des organes génitaux, en raison de leur situation analogue à celle des organes précédents et de leur connexion avec les organes urinaires. Quelques auteurs, no considérant que la situation des organes, et non la structure d'où résultent leurs usages, ont rattaché k la sptanchnologie lé cerveau, la moelle épinière et même lès organes des sens, parce qu'ils sont contenus dans des cavités, à
I exception pourtant de la peau, que cette erreur faisait comprendre dans cette description ; mais aujourd'hui on est revenu de cette erreur. Quant au cœur, c'est bien un viscère, mais ses connexions avec les vaisseaux font qu'il a été décrit presque toujours avec eux. Les viscères se divisent en : 1» creux ou tu— buleux : organes digestifs, tubes, renflements, sacs intestinaux: conduits excréteurs et génito-tirina'tres ; conduits et sacs aériens ou aquifères de quelques invertébrés ; 2° pleins : parenchymateux , à conduits excréteurs , sans conduits excréteurs (friandes vasculaires), aériens ou pulmonaires ; membraneux et lamelleux (branchies).
Les organes dont s'occupe la splanchnologie, offrant peu de rapports entre eux, ne peuvent donner lieu à des considérations générales étendues et bien importantes. On ne peut donc que donner succinctement la méthode qui doit présider à la description de chacun de ces organes.
Tout organe présente à considérer: 1<> sa conformation extérieure ; 2" sa conformation intérieure ou sa structure ; 3° son développement; 4° ses usages.
Conformation extérieure. La conformation extérieure des organes a pour objet leur nomenclature, leur nombre, leur situation, leur direction, leur volume, leur figure et leurs rapports.
La nomenclature des organes n'a pas été soumise aux mêmes vicissitudes que celle des os et des muscles : les dénominations adoptées par les auteurs les plus anciens se sont maintenues dans la science et ont môme passé dans le langage vulgaire. Les noms des organes sont déduits: 1° des usages; ex.: poumons, du grec pneâ, je souffle; glandes lacrymales , salivaires, etc.; 2° de la longueur; ex. : duodénum ;3U de la direction ;ex.: reetum;4° dé la forme, ex.: amygdales ; 5" de la structure ; ex.: ovaires ■ co du nom des auteurs qui les ont le mieux décrits; ex.: membrane de Schneider, trompes de Fallope ; 7° enfin ce sont des mots de convention ; ex.: rate; foie.
Le nombre des organes est pair ou impair.
II n'est pas rare de voir des variétés de nombre, soit en plus, soit en moins. Ainsi on a vu trois reins chez le même individu; il est fréquent de n'en trouver qu'un seul. On cito quelques exemples de sujets qui avaient trois testicules ; mais il est rare de n'eu trouver qu'un seul. Au reste, ces variétés de nombre par excès tiennent presque toujours à la division, de même que les variétés par défaut tiennent à la réunion ou fusion des organes.
La situation doit être considérée : 1<> eu égard à la région du corps qu'occupe l'organe : c'est ce qu'on appelle situation générale ou absolue ; 2° eu égard aux rapports
SPLA
de l'organe avec les organes qui l'avoisinent: c'est la situation relative. Ainsi, lorsqu'on dit que l'estomac occupe l'hypochondre gauche et l'épigastre, on énonce la situation absolue ou générale de cet organe ; mais lorsqu'on ajout»» qu'il est situé entre l'œsophage et le duodénum, au-dessous du diaphragme, au-dessus du mésocolon transverse , on énonce sa situation relative. Il existe plusieurs organes sujets a des variétés de position qui constituent un point important dans l'histoire de ces organes. Ces variétés de position dépendent: l<> d'un déplacement congénital j 2° d'un déplacement accidentel, lequel est tantôt particulier à l'organe, tantôt consécutif à des changemenis survenus dans les organes voisins; 3° d'une modification dans le volume de l'organe lui-même.
Le volume d'un organe se détermine :
d'une manière absolue, 1° par des mesures linéaires; 2° pa.r la quantité d'eau que l'organe déplace ; 3° par le poids; d'une manière relative, par la compensation de cet organe avec des corps dont le volume est connu ou avec d'autres organes. Le volume des organes est sujet à un grand nombre de variétés. Ces variétés sont relatives: 1° à l'âge; ex.: foie, testicules, thymus ; 2° au sexe ; 3» au tempérament ; 4° à l'individu; elles sont encore relatives aux conditions dans lesquelles se trouve l'organe ; ex. : utérus, pénis, rate ; 5° enfin il est des variétés pathologiques qui ne doivent pas être étrangères à l'étude de l'anatomie.
La figure des organes se détermine d'après les considérations suivantes : 1<> les organes doubles ne se ressemblent pas exactement à droite et à gauche ; 20 les organes impairs, qui habitent la ligne médiane, sont symétriques; mais ceux, en plus grand nombre, qui n'occupent pas cette ligne médiane, ne sont pas symétriques. Toutefois, la symétrie n'est pas aussi rigoureusement bannie des viscères qui servent à la vie nutritive que l'avait avancé Bichat ; ainsi l'estomac, l'intestin grêle, le gros intestin, peuvent être divisés en deux moitiés égales. La figure des organes se déduit en général de leur ressemblance : 10 avec des objets connus ; 2° avec des formes géométriques. Ainsi on dit que le rein ressemble à un haricot, le poumon k un cône. Pour les organes très-irréguliers, on se contente de décrire les faces et les bords. On ne trouve pas dans les viscères l'invariabilité de forme qui est propre aux organes de lu vie de relation.
La direction d'un organe se détermine comme celle des os et des muscles, par les rapports de cet organe avec les plans de circonscription du corps ou avec le plan médian.
Les rapports des organes s'établissent exactement en divisant leurs surfaces en régions, lorsque leur figure est déterminée. Ces régions portent généralement le nom de faces et de bords. La situation de plusieurs organes étant sujette à de nombreuses variations, leurs rapports doivent en offrir de corres-
fiondantes. On ne saurait trop insister sur a détermination précise de ces rapports, qui est féconde en applications pratiques de la plus haute importance.
— Conformation intérieure ou structure des organes. La superficie d'un organe étant bien connue, on passe à l'étude de sa structure, qui comprend : 1<> la couleur ; 2» la consistance ; 3» les éléments anatomiques.
La couleur d'un organe doit être étudiée et a la surface et dans la profondeur de cet organe. Les variations de coloration seront notées avec soin. L'âge et les maladies influent beaucoup sur cette coloration. Il est souvent bien difficile d'établir une ligne de démarcation bien tranchée entre l'état physiologique et l'état pathologique.
La consistauce, la densité, la fragilité des organes appartiennent k la structure de l'organe. La pesanteur spécifique ou la densité n'a été rigoureusement étudiée que dans un seul organe, le poumon, et cela dans, un but médico-légal. La consistance, la fragilité ne peuvent être appréciées que d'une manière approximative. Il serait k désirer que cette appréciation fût soumise à des procédés plus méthodiques et plus rigoureux.
La détermination des éléments anatomiques immédiats ou tissus qui entrent dans la composition d'un organe, de leurs proportions, de leur arrangement, voilà ce qui constitue essentiellement sa structure. Or, tout organe aune charpente qui est celluleuse, fibreuse, cartilagineuse ou osseuse. Quelques organes sont pourvus de fibres musculaires et même de muscles ; tous ont des vaisseaux sanguins de divers ordres, artères, veines, vaisseaux lymphatiques ; tous ont des nerfs. Les organes glanduleux ont des conduits excréteurs.
L'étude du développement des organes, des changements qu'ils éprouvent aux diverses époques de la vie intra-utérine et extra-utérine est d'un haut intérêt, au moins pour quelques-uns d'entre eux ; mais il s'en faut Dieu que l'étude des parties molles soit aussi exactement comme que celle des parties dures ; ce qui lient k ce que les phénomènes les plus importants de cette évolution des parties molles ont lieu dans les premières semaines de la conception. Aussi les notions relatives au développement laissent-elles beaucoup à désirer.
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Les usages ou les fonctions des organes découlent si naturellement de leur description anatomique que ces deux études n'en doivent faire qu'une. Quant aux détails et aux discussions sur les divers points litigieux de la science, c'est à la physiologie qu'il appartient de décrire et d'expliquer ces questions.
La splanchnologie est, en raison de l'importance des organes qui font l'objet de son étude, la partie de l'anatomie qui excite le plus grand intérêt de curiosité. Sans elle, il est impossible de comprendre le mécanisme des fonctions indispensables a la vie ; et, comme ces mêmes organes sont le siège de la plupart des lésions dont s'occupe la médecine, et d'un grand nombre de celles dont s'occupe la chirurgie, les questions fondamentales ds l'art de guérir sont attachées à la connaissance approfondie de ces organes.
La préparation n natomique des organes dont s'occupe \sLsptanchnologie ne consiste pas seulement dans leur isolement, qui, pour lesorganes contenus dans les cavités splanehniques, a lieu par le seul fait de l'ouverture de ces cavités ; mais elle consiste essentiellement dans la séparation des éléments anatomiques de ces organes ou des tissus. Or, les injections les plus déliées, la macération, la coction, la conservation dans l'alcool, la dessiccation, l'action des acides, toutes les ressources, en un mot, de l'art de l'anatomiste, sont mises à contribution pour cet objet.
SPLANCHNOLOGIQUE adj. (splan-kno-loji-ke — rad, splanchnologie). Qui appartient a la splanchnologie.
SPLANCHNOLOGUE s. m. (splan-kno-loghe — rad. splanchnologie). Auteur d'un traité sur la splanchnologie. Il Celui qui s'occupe de splanchnologie.
SPLANCHNOMYCE s. m. (splan-kno-mi-se — du gr. splanchnon, viscère; mukàs, champignon). Bot. Genre de champignons, de la tribu des hystérangiés.
SPLANCHNONÈME s. m. (splan-kno-nème — du gr. splanchnon, viscère ; néma, filament). Bot. Genre de champignons, de la tribu des sphériacés, réuni par plusieurs auteurs aux sphéries.
SPLANCHNOSCOPIE s. f. (splan-kno-skopl — du gr. splanchnon, viscère; skopeâ, j'examine). Antiq. roui. Inspection des entrailles des victimes pour connaître l'avenir,
SPLANCHNOSQUELETTE s. m. (splankno-ske-lè-te — du gr. splanchnon, viscère, et de squelette). Anat. Squelette, boîte osseuse des viscères.
SPLANCHNOSQUELETTIQUE adj. (splankno-ske-lè-ti-ke — rad. splanchnosquelette). Anat. Qui a rapport au splanchnosquelette.
SPLANCHNOTOMIE s. f. (splan-kno-tomî — du gr. splanchnon, viscère; tome, section). Anat. Dissection des viscères.
SPLANCHNOTOMIQUE adj. (splan-knoto-mi-ke — rad. splanehnotomie). Anat. Qui appartient k la splanehnotomie.
SPLANCHNOVERTÉBRAL,ALEadj.(splankno-vèr-té-bral, a-le — rad. splanchnovertêbre). Anat. Qui a rapport k la splanehnovertèbre. '
SPLANCHNOVERTÈBRE s. f. (splan-knovèr-tè-bre — du gr. splanchnon, viscère, et de vertèbre). Anat. Vertèbre du splanchnosquelette.
SPLANE s. m. (spla-ne). Bot. Syn. de splachne : On distingue le splane ampoulé. (Y. de Bomare.)
SPLEEN s. m, (splinn — motang. venu du gr. splén, rate, parce qu'on avait cru que la rate était le siège de cette affection). Pathol. Hypocondrie, malaise consistant dans un ennui invincible, poussé souvent jusqu'au dégoût de la vie : Avoir le spleen. Jene sais rire que des lèvres ; j'ai le spleen, tristesse physique, véritable maladie. (Chateaub.) Aloion n'a pas été toujours la terre du spleen, et V épi t hè te dont les anciens bardes la qualifiaient le plus volontiers est celle de la joyeuse Angleterre. (Th. Gaut.) Le repos absolu produit le spleen. (Balz.)
Nul ennui ne t'est comparable, Spleen lumineux de l'Orient.
Th. Gautier.
— Encycl. Les sociétés humaines ont, comme les individus , leur phase de croissance et leur phase de décroissance, leur commencement et leur fin. Les familles se réunissent en tribus, les tribus en peuples; les peuples se civilisent, se policent, puis se raffinent, s'énervent, deviennent mous, efféminés, blasés, corrompus et meurent. Insensé qui nierait cette loi, k la fois attestée par la raison et par l'histoire. La croyance générale, mise en vers par Casimir Delavigne (Charles VU) :
Un jour voit mourir une armée, Mais un peuple ne meurt jamais,
est une patriotique ineptie.
Le symptôme caractéristique du dépérissement d'une société est cet immense eunui qui s'empare de toutes les classes, de tous les individus. Le spleen en est le nom nouveau, mais la chose u'c-t pas nouvelle.
Prenons par exemple la décadence romaine. Nous ne parierons pas de ces milliers de gladiateurs qui allaient joyeusement à la
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mort et trouvaient encore dans ce dernier voyage des vivats pour le prince (Caligula) qui ordonnait leur égorgement. On pourrait penser que cette gaieté n'était que factice et que ces vivats n'étaient qu'une forfanterie; dans tous les cas, l'attitude d'hommes ignorants etk demi sauvages ne saurait être d'un grand poids dans une démonstration. Prenons donc un homme lettré, appartenant à l'élite de la société romaine, un contemporain, un ami de Sénèque. Voici ce qu'il écrit à ce philosophe :
« Ce qui me frappe surtout en moi (car pourquoi ne pas te confesser la vérité comme a mon médecin?), c'est que je ne suis jamais sérieusement affranchi de ce que je craignais et de ce que je haïssais... Mon état, pour ne pas être désespéré, est au plus haut point décourageant et pénible. Je ne suis ni malade ni bien portant. Cette disposition de l'âme qui me laisse hésiter entre deux partis à prendre, qui ne me pousse pas énergiquement vers le bien et ne m'entraîne pas non plus vers le mal, est une infirmité que je vais essayer de décrire en détail et dont tu me diras le nom. » Lk-dessus, le correspondant de Sénèque lui raconte qu'il passe tour à tor.r de l'amour pour une vie simple au désir d'une existence brillante, de la passion pour la solitude à la passion d'une carrière active, de l'étude contemplative et modeste à l'ambition d'une grande éloquence, etc. « Je viens te demander, dit-il en terminant, si tu ne possèdes pas quelque remède propre k arrêter cette mobilité de mon esprit. Je sais bien que ce ne sont pas 1k des émotions dangereuses et perturbatrices, et, pour t'exprimer par une comparaison exacte le mal dont je me plains, je ne suis pas tourmenté par la tempête, mais par le mal de mer. >
Sénèque lui répond que son mal, c'est le dégoût et l'ennui ; le spleen en un mot. comme nous dirions aujourd hui. Il était semblable, dit encore Sénèque, k ce héros d'Homère qui se tient tantôt debout, tantôt assis, dans l'inquiétude de la maladie. Il était malade, non pas tant des secousses qu'il avait subies que d'un immense dégoût de toutes choses... Son mal, le mal de tout l'empire à ce moment, le mal de Sénèque lui-même, était bien l'ennui, le spleen. Rassasié de tout ce qu'il possède, de tout ce qu'il a vu, le Romain de la décadence s'écrie dédaigneusement : « Serait-ce toujours la même chose?» Comme aujourd'hui le Français de la décadence, il s'écrie : Il nous faut du nouveau, n'en fut-il plusau monde!
Et pour avoir du nouveau, il tourmente la nature morte et animée, mêle le sang des gladiateurs au vin des festins et les râles des mourants aux cris de joie des convives. Tous les liens ordinaires de la vie sont rompus par l'ennui ; la débauche même ne peut le conjurer. Les femmes ont beau, selon l'expression de Sénèque, compter les années, non par les noms des consuls, mais par ceux de leur maris; elles peuvent, comme le dit Juvénal, passer en riant devant l'autel de la pudeur. Vainement, de leur côté, les hommes renchérissent sur ces débauches et se livrent aux plus infâmes accouplements, l'ennui surnage au-dessus de l'orgie et n'en devient que plus terrible. La volupté appelle alors la cruauté à son secours et l'on voit se former, dans des proportions gigantesques, l'association entre la débauche et le meurtre. On voit un préfet, Flaruinius, donnera sa maîtresse, dans un festin, le hideux spectacle de l'exécution d'un criminel, et, au dire de Tacite, un Romain termine une nuit d'orgie en assassinant la courtisane qui a présidé à cette fête infâme. Vains efforts 1 La terrible maladie s'irrite de tous les monstrueux remèdes employés pour la combattre et reparaît sans cesse plus épouvantable que jamais. Il n'y a plus qu'un moyen sûr de la conjurer efficacement : la mort. La société romaine est décrépite; elle doit périr, et le spleen de chacun est l'indice certain que l'heure est venue. Le glaive impérial ne fauche pas assez de têtes ; le suicide vient à son aide ; des associations se fondent, dont les membres doivent, k la fin d'une orgie, se faire passer de main en main la coupe empoisonnée; l'eau parfumée des bains se rougit du sang de nombreux suicidés; le fer libérateur, tombé des nobles mains de Caton et de Brutus, est repris par des affranchis, par des philosophes, par des courtisans. Le trépas est le seul remède de tous les maux (matorum omnium curator) et de l'ennui, plus terrible que tous les maux!
Cet immense ennui, ce spleen inexorable qui s'empare de l'empire romain, nous a paru le meilleur exemple à choisir, parce qu'il est le plus connu, pour démontrer que les vieilles sociétés agonisent dans la consomption, le marasme, longtemps avant de mourir, et que la cause apparente et violente, la révolution intérieure ou l'invasion étrangère, ne font que consommer une mort en préparation depuis des siècles. Ainsi, le veillaru arrivé aux dernières limites de l'âge succombe aux attaques d'une maladie qui indisposerait à peine un adolescent.
! Telle est la loi universelle de destruction . des individus et des sociétés. L'Orient comme l'Occident, et plus encure que lui, nous en ! fournit la preuve. L'ennui, le spleen, ont de- I puis longtemps envahi ces peuples caducs. | Ils ont recours, pour s'étourdir, aux stupé- ! fiants. L'un fume le haschich, l'autre l'opium, ces poisons terribles qui guérissent moineu-
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tanémpnt de l'ennui en engourdissant le cerveau. L'Inde elle-même, l'Inde surtout, cotte ancêtre vénérable de notre civilisation, est tombée dans la décrépitude. Elle chancelle dans le dernier terme de laTrimourti sacrée ; le Brahma l'a fondée, Vichnou l'a conservée; elle est maintenant dans les mains du destructeur Shiva. L'ennui, le dégoût la dévore. Des centaines de fidèles se hâtent de sortir de la vie en se plongeant dans les eaux sacrées de i'Indus ; d'autres se font broyer sous les roues massives du char de Jaggrenat; les veuves se précipitent dans les flammes du bûcher qui dévore les restes de leur mari. La destruction est une frénésie, et les thugs, adorateurs de la féroce Kâly, ne vivent que pour l'assassinat. Chez tous ces peuples antiques, l'ennui a, comme à Rome, amené le goût de la mort.
Dans no're Europe occidentale, cet ennui épidémique, précurseur do la mort, a pris pour Heu do prédilection la sombre et froide Angleterre, qui lui a donné ce nom de spleen. Le spleen est, peut-on dire, en Angleterre, une maladie nationale. Nul pays ne compte autant de suicides. Certes, tous les suicides ne sont pas occasionnés par le spleen; dans une ville comme Londres, où il meurt, en moyenne, quatre personnes de faim par jour, sans compter celles, bien plus nombreuses, qui meurent des suites de la faim et des privations (anémie, phthisie, etc.) , il est plus d'un malheureux qui ne demanderait qu'à vivre et qui va chercher dans les eaux noires de la Tamise ou dans une atmosphère carbonique une mort plus rapide et moins cruelle que l'horrible mort de la faim, précédée d'une épouvantable agonie. Ce n'est donc puint chez les pauvres qu'il faut chercher les suicides par suite de spleen.
Le spleen est l'ennui sans motif apparent, l'ennui vague, indéterminé, sourd, persévérant et ne finissant qu'à la mort. C'est uno vraie maladie mentale. Il saisit le plus riche lord au milieu de ses serres immenses, dans la haute chambre, dans une cérémonie, n'importe où, et, dès ce moment, ne le quitte plus. Marche-til , le spleen se fait son compagnon de route; monte-t-il à cheval, lo spleen
. . . Monte en croupe et galope avec lui.
Dès lors, le malheureux tombe dans la condition de l'ami de Sénèque; il ne peut plus tenir en place; il se levé, s'assied, voyage, franchit la Manche, cherche k perdre son spleen dans le tourbillon des plaisirs de Paris : peine perdue, le Spleen l'accompagne à l'Opéra, k Longchamp, à la Maison-Borée ; il ne le lâche pas. L'ivresse lu calme momentanément, en enlevant au malheureux jusqu'à la conscience de son existence, et c'est dans ce fait que nous trouvons la cause de l'habitude des Anglais, qui, après le repus du soir, font retirer les daines, et, restant à' lubie, y boivent des liqueurs fortes jusqu'à l'ivresse. Il n'est pas d excentricité que le spleen ne fasse faire; on tente tout pour le chassur jusqu'à ce qu'un jour uu accès plus violent que de coutume arme la main du malade , qui échappe alors au fléau par la mort. De là ces suicides si fréquents et souvent si bizarres. Que d'Anglais se sont précipités du haut do la colonne Vendôme I combien se sont égorgés avec leurs rasoirs I combien se sont pendus dans nos promenades publiques ! L'un tient à se brûler la cervelle sur le sommet d'une montagne célèbre, un autre fait fabriquer une guillotine et se coupe lui-même la tête dans sa chambre, etc. Le spleen a fait enfin école en littérature, et, sous son influence, lord Byron s'est immortalisé en so peignant dans ses héros Manfred, Lara, Don Juan, etc. Promenant dans toute l'Europe ton implacable ennui, il l'a exhalé sans cesse dans des strophes qui ne périront pas.
Le spleen, fils de l'Angleterre, a franchi la Manche et s'est installé dans notre pays.
Que lui font les baisers de la vieille Angleterre?
Il est vrai qu'elle sait, auprès d'un pot de bière,
Tranquillement s'ouvrir une veine du front,
Ou se faire sauter la tête avec du plomb;
Mais la France vaut mieux, et lui plaît davantage...
Si le poète exagère un peu, le fond de sa pensée n'en est pas moins vrai. L'ennui, lo di'goùt de la vie, le malaise général de notre époque l'attestent. Toute une littérature, semblable à celle de Byron, s'est fondée sur la «-désespérance, • mot qu'elle a forgé pour elle et qui ressemble terriblement au spleen, avec ceci de plus pénible, que la désespérance est un spleen conscient et raisonné. Qui n'a lu les pages navrantes qui servent de préface à la Confession d'un enfant du siècle; et ces poèmes désolés où Alfred de Musset gémit de ne plus croire au passé et de ne pas croire à l'avenir?
Tu goûtas enûn le charme de la mort, dit-il dans ses stances à la Malibran. Son héros, Rolla, s'empoisonne dans un bouge; et les excentricités de tous ses poèmes (Don Paez, Namouna, etc.) ne sont que factices ; par elles, Musset essaye de tromper son spleen; il n'y parvient pas, et, renonçant à trente ans k la poésie, il traîne pendant dixsept ans sa misérable existence dans les tavernes et les lupanars, demandant sans cesse k l'ivresse et à l'orgie ietourdisseuient qui fait oublier l'ennui.
De même; le malheureux Gérard de Narval, admirable poète, admirable prosateur,
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qui, dédaignant l'étourdissement momentané, va demander à la mort elle-même la guérison de son spleen.
Ainsi de Baudelaire, dont l'esprit mourut avant le corps, et qui, dans ses Fleurs du mal, pousse le cri célèbre :
Û Mort ! vieux capitaine, il est temps ; levons l'ancre ! Ce pays nous ennuie. 0 Mort! appareillons! Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre, Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons I Donne-nous tou poison pour qu'il nous réconforte 1
Kt ce vers, enfin, qui résume tout :
Plongeons dans le néant pour trouver du nouveau!
Le spleen ne pusse cependant pas pour s'être acclimaté en France. 11 semble au premier abord, en effet, s'être circonscrit à l'école poétique dont nous venons de parler. S'il en était ainsi, on pourrait conclure, avec certains littérateurs, que cette mélancolie n'a été que factice, qu'elle a été importée dans notre pays par l'admiration de Byron et qu'elle n'est pas plus sérieuse au point de vue social que les projets et les enthousiasmes des petits enfants à la lecture de Jîobinson Crusoé; de même que ceux-ci rêvent sans cesse une île déserte, il semble que ceux-là aient voulu, par esprit d'imitation, se donner le « genre* de la désespérance. Cette thèse a été souvent et éloqueinment soutenue, et elle est juste. Toutefois, nous avons en France une variété de spleen, la désespérance. Le spleen anglais est plus inconscient, moins douloureux que la désespérance française. U tient davantage de la pathologie; c'est une maladie plutôt qu'un sentiment; il affecte plus ce que Xavier de Maistre appelait « la bêle » et moins la conscience. Il est impossible de ne pas citer, à son sujet, la belle pièce d'Auguste Barbier, dans son Las are , intitulée :