‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 643 sur 1059 · LE SPLEEN · texte numérisé non relu

LE SPLEEN

• C'est moi, moi qui, du fond des siècles et des âges, Fis blanchir le sourcil et la barbe des sages;

La terre à peine ouverte au soleil souriant, C'est moi qui, sous le froc des vieux rois d'Orient, Avec la tète basse et la face pensive. Du haut de la terrasse et de la tour massive, Jetai cette clameur au monde épouvante1 : Vanité, vanité, tout n'est que vanité 1 C'est moi qui mis l'Asie aux serres d'Alexandre, Qui, plus tard, changeai Rome en un grand tas de

[cendre, Kt qui, menant son peuple éventrer les lions. Sur la pourpre latine enfantai les Nérons. Partout, j'ai fait tomber bien des dieux en poussière, J'en ai fait arriver d'autres à la lumière, Et sitôt qu'ils ont vu dominer leurs autels, A. leur tour, j'ai brisé ces nouveaux immortels. Ici-bas, rien ne peut m'arracher la victoire. Je suis la fin de tout, le terme it toute gloire, Le vautour déchirant le cœur des nations, La main qui fais jouer les révolutions ; Je change constamment les besoins de la foule, Kt partant le grand lit où le neuve humain coule. »

Ah! nous te connaissons ; ce n'est pas d'aujourd'hui Que tu passes chez nous et qu'on te nomme ennui; Prince des scorpions, fléau de l'Angleterre, Au sein de nos cités, fantôme solitaire, Jour et nuit l'on te voit, maigre et décoloré, Courir, on ne sait où, comme un chien égaré! Que de fois, fatigué de mâcher du gingembre, Dans ton mois le plus cher, dans ton mois de novembre, A d'horribles cordons tu suspends nos enfants Ou leur ouvres le crâne avec des plombs brûlants ! Arrière Us Lacets et ta poudre maudite! Avec tes instruments, va-l'en rendre visite Aux malheureux chargés de travaux continus! O sanglant médecin ! va voir les gueux tout nus Que la vie embarrasse et qui, sur chaque voie, Présentent à la mort une facile proie; Les mille souffreteux qui, sur leurs noirs grabats, Se plaignent d'être mal et de n'en unir pas ] [sêres j Prends-les, monstre, et d'un coup termine leurs mi- Respecte les richards et ne traîne jamais Ton spectre maigr6 et jaune autour de nos palais!

* Eh ! que me font à moi les soucis et les plaintes, lit les gémissements de vos races éteintes?

11 faut bien que, jouant mou râle de bourreau, Je remette partout les hommes de niveau. O corrompus! ô vous que mon haleine enivre Et qui ne savez plus comment faire pour vivre. Qui, sans cesse flottant, voguant de mers en mers, Sur vos planches de bois arpentez l'univers. Cherchez au loin le vin et le libertinage,

Et, passant par la France, allez voir à l'ouvrage Sur son rouge établi le sombre menuisier Travaillant un coupable et le rognant d'un pied, Semez l'or et l'argent comme de la poussière, Pour vos ventres blasés fouillez l'onde et la terre, inventez des paisirs de toutes les façons, Que l'homme et l'animal soient les sanglants jetons Et les dés palpitants de jeux épouvantables Où viendront s'étourdir vos âmes lamentables ; Qu'a nos regards ardents, sous des poings vigoureux, Les hommes, assommés, tombent comme des bœufs, Et que, sur le gazon des vallons et des plaines, Chevaux et cavaliers expirent sans baleines; Malgré vos durs boxeurs, vos courses, vos renards, Sous le ciel bleu d'Espagne ou sous les gris brouillards, Et le jour et la nuit, sur l'onde et sur la terre, Je planerai sur vous, et vous aurez beau faire, Nouer de longs détours, revenir sur vos pas, Demeurer, vous enfuir, vous n'échapperez pas [ J'épuiserai vos nerfs à cette rude course, Et no'is irons ensemble, en dernière ressource,

SPLE

Heurter, tout haletants, le seuil ensanglanté De ton temple de bronze, 6 froide cruauté ! •

Ennui, fatal ennui! monstre au pâle visage,

A la taille voûtée et courbée avant l'âge;

Mais aussi fort, pourtant, qu'un empereur romain,

Comment se dérober a ta puissante main?

Nos envahissements sur le temps et l'espace

Ne servent qu'à te foire une plus large place,

Nos vaisseaux à vapeur et nos chemins de fer

A t'amener vers nous plus vite de l'enfer :

Lutter est désormais chose inutile et vaine.

Sur l'univers entier ta victoire est certaine ;

Et nous nous inclinons sous ton vent' destructeur

Comme un agneau muet sous la main du tondeur.

Verse, verse à ton gré les vapeurs homicides,

Fais de la terre un champ de bruyères arides,

De la voûte céleste un pays sons beauté

Et du soleil lui-même un orbe sans clarté ;

Hébète tous nos sens et ferme leurs cinq portes

Aux désirs les plus vifs, aux ardeurs les plus fortes;

I Dans l'arbre des amours jette un ver malfaisant

| Et sur la vigne en fleurs un rayon flétrissant. Mieux que le vil poison, que l'opium en poudre, Que l'acide qui tue aussi prompt que la foudre,

] Que le blanc arsenic et tous les minéraux, Ouvrages ténébreux des esprits infernaux,

! Fais circuler le mal sur le globe où nous sommes, Jusqu'au dernier tissu ronge le cœur des hommes, Et lorsque, bien repu, vampire sensuel, A tes lèvres sans feu le plus chétif mortel Aura livré sa veine aride et languissante, Que la terre vaincue et toujours gémissante Aux bras du suicide abandonne son corps, Et, sombre coroner, que l'ange noir des morts Rende enfin ce verdict sur le globe sans vie : Ci-glt un monde mort pour cause de foliet

Folie I c'est par ce mot, en effet, que l'on prétend communément expliquer le spleen. Sans doute, cet ennemi mortel n'est pas raisonné et peut, à ce titre, prendre sa place au nombre des maladies mentales, sous l'étiquette de o monomanie du suicide. > Mais, d'un autre côté, il se distingue terriblement de toutes les autres maladies mentales par ce fait : que les maladies mentales sont isolées, pouvant atteindre des individus de tout âge et de toute classe, au lieu que, dans les sociétés où il s'implante, le spleen ne vient aux individus qu'avec la raison, et que son empire s'étend à la fois sur un grand nombre de personnes appartenant à la classe la moins pauvre d'abord, puis descendant de couche en couche et finissant par tout absorber.

C'est que si, au point de vue de l'individu qui en est atteint, le spleen est une maladie mentale, au point de vue social, il est un symptôme. Nul doute, pour nous servir de notre premier exemple, que l'ami de Sénèque ne fût malade; mais n'est-il pas évident que sa maladie, commune à bon nombre de contemporains, n'était que le signe certain de la désorganisation profonde du monde romain, le symptôme de son agonie, l'indice précurseur de sa mort?

SPLÉNALGIE s. f. (splé-nal-jî — du gr.

splên, rate; algos, douleur). Pathol. Douleur qu'on ressent à la rate, ou dont on rapporte le siège à la rate.

SPLÉNALG1QUE adj. (splé-nal-ji-ke — rad. splënalgie). Pathol. Qui concerne la splénalgie : Douleur splénalgique.

SPLENDEUR s. f. (splan-deur — lat.spteitdor ; de splendeo , je brille). Grand éclat de lumière : La splendeur du soleil. La splendeur des astres.

Ce dieu d'un seul regard confond toute grandeur, Des astres devant lui s'éclipse la splendeur.

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