‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 648 sur 1059 · OU CLANDESTINE · texte numérisé non relu

OU CLANDESTINE

SQUAMEUX, EUSE adj. (skoua-meu, eu^ze

— lat. squamosus; de squama, écaille). Hist, nat. Qui est formé ou composé d'écaillés. Il Qui est couvert d'écaillés.

— Anat. Ecailleux, composé d'écaillés : La portion squameuse du temporal.

— Ornith. Plumes squameuses, Celles qui, par leur forme ou leur coloration, ressemblent a des écailles imbriquées les unes sur les autres.

— Bot. Aigrette squameuse, Aigrette formée d'un assemblage d'écaillés ou de folioles. Il Bulbe squameux, Bulbe formé de feuilles avortées, épaisses et peu ou point embrassantes. Il Fruits squameux, Ceux qui résultent d'écaillés soudées.

— Rem. L'Académie écrit squammetix, orthographe qu'on abandonne aujourd'hui avec raison, parce qu'elle est contraire a l'orthographe latine.

SQUAMIFÈRE adj. (skoua-mi-fè-re — du lat. squarna, écaille ; fero, je porte). Zool. Qui porte des écailles.

— s. m. pi. Erpét. Classe de reptiles, comprenant les chéloniens, les ophidiens et les sauriens, à l'exclusion des batraciens.

SQUAMIFLORE adj. (skoua-mi-flo-re — du lat. squama, écaille; flos, floris, fleur). Bot. Se dit du périanthe qui se compose d'une seule ou de plusieurs écailles accompagnant les organes sexuels.

SQUAMIFÛL1É, ÉE adj. (skoua-mi-fo-li-é

— du lat. squama, écaille; folium, feuille). Bot. Qui a des feuilles en forme d'écaillés imbriquées.'

SQUAMIFORME adj. (skoua-mi-for-me — du lat. squama, écaille, et de forme). Bot. Qui a la forme d'une écaille.

— Miner. Se dit d'un cristal aplati en forme de lame semblable à une petite écaille.

— Moll. Se dit d'une coquille que sa forme plate fait ressembler à une écaille de poisson ou à un ongle.

SQUAMIGÈRE adj. (skoua-mi-jè-re — du lat. squama, écaille ; gero, je porte). Zool. Qui porte des écailles.

SQUAMIPÈDE adj. (skoua-mi-pè-de — du lat. squama, écaille ; pes; pedis, pied). Zool. Qui a les pattes écailleuses.

SQUAMIPENNE adj. (skoua-mi-pè-ne — du lat. squama, écaille; penna, aile). Ichthyol. Qui a des écailles sur les nageoires.

— s. m. pi, famille de poissons, caractérisée par des nageoires en partie couvertes d'écailies, et ayant pour type le genre chétodon : Le museau des squamipennes n'est ni renflé ni caverneux comme celui des sciénoïdes. (Cuvier.) Je regarde la famille des squaMIpennes comme tout à fait artificielle. (Valciiciennes.) Les squamipennes ckétodons forment une première tribu, o dents semblables à des crins par leur finesse. (A. Guicbenot.)

— Encycl. La famille des squamipennes présente, ce caractère principal, d'avoir toutes les nageoires recouvertes d'écaillés, qui les embrassent pour ainsi dire et les rendent très-difficiles à distinguer de fa masse du corps , qui est comprimé et généralement ecailleux, Cuvier range dans Ce groupe les genres chétodon , chehnon , hénioque , éphippe, drépane, scatophage , taurichihe, holacathe, pomacanthe, platax, psette, piînéleptère, diptérodon, eastagnole , peuiphéride et toxote. D'après Valenciennes, cette famille, fondée sur des caractères purement artificiels et en quelque sorte négatifs, doit être supprimée, ou, si on tient à la conserver, se réduire au seul genre chétodon et à ceux qui ont été formés à ses dépens. On aurait alors un petit groupe assez naturel, caractérisé par un corps très-comprimé et élevé verticalement; des dents en soie ou en velours, semblables à des crins par leur finesse et réunies en rangs Serrés comme les poils d'une brosse.

SQOAMMEUX, EUSE adj. {skouamm-meu, eu-ze). V. squameux.

SQUAMODERME ndj. (skoua-mo-dèr-me — du lat, squarna, écaille, et du gr. derma, peau). Zool, Qui a la peau couverte d'écaillés.

— S. m. pi. Ichthyol.' Grande division du groupe des poissons gnathodontes, comprenant ceux qui ont la peau couverte d'écailies.

SQUAMOLOMBRIC s. m. (skoua-mo-lonbrik — de squame, et de lombric). Annél. Genre d'annélides chétopodes, de la famille des néréiscolés, formé aux dépens des lombrics.

SQUAMOSITÉ s. f, (skoua-mo-si-té — rad.

squameux). Etat squameux, il Peu usité.

SQUAMULE s. f. (skoua-mu-le — dimin. du lat. squama, écaille). Petite écaille.

SQUAMULIFORME adj. (skoua-mu-li-forme — de squamule, et de forme). Qui a la forme d'une petite écaille.

SQUARCIALUPI (Antonio), célèbre musicien italien du xve siècle. 11 vivait à la cour

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de Laurent de Médicis, qui lui témoigna beaucoup d'estime, et composa un poème à sa louange.

SQUARCIALUPI (Marcel), médecin italien, né à Piombino, mort en 1599. Il étudia à Pise, exerça ensuite la médecine dans sa ville natale, se rendit à Rome, puis voyagea dans diverses contrées de l'Asie et de l'Europe, vint a Bâîe et enfin se rendit, en 1577, en Pologne, Après être resté un assez grand nombre d'années dans ce pays, il passa en Transylvanie. Il a publié contre un médecin socinien de Lucques, nommé Simonius, une violente satire intitulée ; Simonis Simonii Lu~ censis primum romani, lum caloiniani, deinde tutheriani, denuo romani, semper aulem athei, summa religio authore D. M. S. P. (Cracovie, 15S8, in-4°).Cet opuscule est très-rare. On a encore de Squarcialupi : Difesa contra la Peste di Marcello Squarcialupi medico, etc.,corella da Gherardo Borgogni, ililano pel Tint ( 1 570). — On croit que Marcel Squarcialupi de Piombino est le même personnage que Marcel Squarcialupi, savant du xvie siècle, auteur d'un ouvrage intitulé : De cometa in wiiversum atque de illo qui visus est anno 1577 (in-4°), dissertation réimprimée dans les recueils sur les comètes. V. la Bibliogr. astr. de Lalande, p. 104, 110 et 264.

SQUARCIONE (Francesco), peintre italien, né à Fadoue en 1394, mort à Venise en 1474. Aussitôt qu'il eut appris les principes de son art, il se mit à parcourir la Grèce et l'Italie, dessinant ou achetant les œuvres qui lui semoublaient le plus remarquables , puis il vint ouvrir dans sa ville natale un atelier qui compta jusqu'à cent trente-sept élèves, et c'est plutôt comme professeur que comme praticien qu'il a mérité sa célébrité, car il confiait à ses élèves la plupart des travaux dont il était chargé. On connaît peu d'ouvrages authentiques de Squarcione; les seuls qu'on puisse lui attribuer d'une manière certaine sont le Saint Jérôme de la- galerie du comte Lazaro à Padoue, une Pieta à Dresde et une Âfadone avec deux anges au Louvre. Squarcione peut revendiquer la gloire d'avoir formé M:mtegno et Mario Zoppo.

SQUARE s. m. (skoua-re, ou à l'anglaise skouê-re — mot angl. qui signif. place carrée, du lat. quadratus, carré). Jardin entouré d'une grille, établi sur une pluce publique.

— Encycl. Longtemps, la place Royale, au Marais, tut le seul véritable square que Paris possédât; depuis, de nombreux jardins de ce genre ont été créés; nous allons mentionner les principaux : ce sont les squares de la Trinité, Vintimille, "Monttaolon, des Batignolles du Temple, des Arts-et-Métiers, de Saint- Jacques, de Sainte-Clotilde, Louvois et des Innocents.

Le square de la Trinité est situé à l'extrémité de la rue de la Chaussée d'Antin et a son entrée sur la rue du Cardinal -Fesch ; il forme un ovale devant l'escalier de pierre à rampe découpée qui conduit à l'église. Il est entouré d'une balustrade à jour en pierre. Sur le balcon qui surmonte le perron de l'église se trouvent trois statues, deux anges et une Vierge, qui dominent trois fontaines composées de petits bassins superposés. "Vingtsept becs de gaz éclairent ce jardin, comprenant une pelouse de gazon flanquée à droite et à gauche de rosiers rouges et blancs, et échancrée en demi-cercle au fond comme une collerette. Des tontîeS de fleurs alternent dans la bordure circulaire avec les lauriers, les seringas et les lilas aux pieds desquels s'épanouissent les marguerites et les géraniums. Des allées passent autour de la pelouse, traversent des massifs de marronniers et d'arbres exotiques. Partout des chaises de fer à ressort et des bancs de fer creux imitant le roseau.

Le square "Vintimille, sis place du même nom, est également de forme ovale, 11 est entouré d'une grille verte, surmontée de flèches dorées et entrecoupée de pilastres de pierre couronnés de vases en fonte dont les anses sont formées par des tètes d'anges dorées; dans ces vases on a placé des cactus. Autour, court une bordure de gazon. A l'entrée se présentent des massifs de verdure, acacias, marronniers et touffes de géraniums; une pelouse de petite dimension, derrière laquelle est un kiosque peint en vert avec marquise découpée et portant au fronton les armes de la ville de Paris. C'est depuis 1862 seulement que ce square appartient à laville. Antérieurement, c'était un jardin particulier. On y voit, en outre, des touffes de lilas mêlés de pins, des vernis du Japon, des massifs de rosiers et quelques plantes exotiques. Le rare public qui fréquente ce square se compose de rentiers paisibles et de passants fatigués. Les enfants y apparaissent peu. Ce jardin semble avoir conservé son aspect tranquille de propriété privée; il ne mesure, du reste, que 778 mètres de superficie.

Le s<?««reMontholon,qui prend son entrée sur la rue La Fayette, occupe 4,507 mètres superficiels. Il est entouré de maisons élégantes avec balcons. Une grille de fonte, ornementée de bandes et de branches qui s entre-croisent en forme de cœurs, le ferme de toutes parts; cette grille est encastrée dans des pilastres de fonte couronnés d'une poignée contournée en volute. C'est l'un des squares les plus agréables de Paris. Autour règne une plate-bande pleine de verdure,

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dé plantes grimpantes et d'arbustes d'espèces variées. Des marronniers et des tileuls, le pied bloqué dans le gazon, dessinent les divers massifs. A l'entrée qui donne sur la rue La Fayette se voit une sorte d'entonnoir gazonné formant les parois d'une pièce d'eau alimentée par une source qui tombe d'un amas de rochers surchargés de lierre et pittoresquement amoncelés. D'un côté de l'étang se trouve un peuplier non ébranché à la base et formant comme une sorte d'énorme plumet vert; de l'antre, un saule pleureur versant ses branches flexibles et son feuillage pâle sur les quartiers de roc que contournent par derrière un fouillis de lierre, de marronniers sombres et d'autres arbustes entrelacés. L'étang est couvert de nénufars, de glaïeuls, d'iris et de traînes d'eau; il est même chargé d'un petit canot. Dans les bords de gazon, autour des arbustes, on voit de grandes plantes à feuilles flexibles dont la tige a des espèces d'écaillés rougeâtres, des sapins taillés en corbeille, c'»:s arbres dont la feuiltée se renverse et s'arrondit sur la terre comme un bouclier ou une carapace, et d'autres arbres dont les branches nues, tombant sur le sol effeuillées seulement à leur extrémité, semblent s'accrocher au sol comme de longues pattes d'araignée. De chaque côté du bassin, au fond, des touffes de roseaux et des plantes de montagne à la feuille épaisse et luisante, des fleurettes rouges et blanches, des roses assemblées et des corbeilles de géraniums accompagnent les deux grands massifs qui entourent la pièce d'eau; les allées sont encadrées de buis, de lilas, de sycomores et de faux ébéniers. Quatre groupes en marbre, représentant des enfants jouant, enferment le bassin dans une sorte de carré. Les chaises sont de fer et les bancs de lattes vertes assemblées et courbées avec un dossier. Les visiteurs sont bruyants et fréquemment renouvelés, mélange d'ouvriers, de petite ménages et de bourgeoisie.

Le square des Batignolles est le plus beau de tous par sa situation et ses dispositions ; il est situé derrière l'église, et son entrée fait face à la grande rue des Batignolles. Dès les premiers pas, une allée à gauche conduit dans une sorte de rotonde formée de rocs superposés et dressés en cercle, au milieu desquels est tracée une rigole conduisant l'eau dans la petite rivière qui est censée s'échapper de ce bloc granitique. Large de 1 mètre, ce ruisselet coupe une pelouse ronde, émaillée sur le bord de glaïeuls, de lis blancs et de campanules, et, au milieu, marquetée de plantes exotiques a vastes feuilles flexibles, de catalpas poussant en pleine liberté, et de marronniers enguirlandés de lierre. Passant pardessus une sorte de chaussée en forme de gué, pavée de pierres creuses et irrégulières, le filet d'eau va se jeter dans une mare oblongue remplie de poissons rouges, mais vaseuse et fréquemment a sec grâce aux chaleurs de l'été.Tout autour, dans les plates-bandes plantées en forme de cœur échancré, verdissent les marronniers, les acacias, les cerisiers, les buis, les plantes vivaces, réunissant un fouillis de verts de toutes les nuances que dominent les flèches du pin. Ça et là, les bordures de géraniums rouges, la grappe de l'acacia rose, les encorbellements de Jleurs jaunes ou à larges feuilles rouges en forme de fer de lance veinées de vert, les graines vennillonnées du sorbier, les arbustes taillés en rond ou en pain de sucre, les gueules de loup et de beaux échantillons de la flore aquatique. Ce square occupe une étendue de 5,786 mètres; il est fréquenté par la population de rentiers et d'employés paisibles qui habite les Batignolles.

Le square du Temple, d'une superficie de 7,254m,45, a son entrée sur la rue du Temple et longe d'un côté la rue de Bretagne, de l'autre le marché du Temple. Au fond se trouve la mairie du III" arrondissement. Une grande allée sinueuse contourne une pelouse de gazon festonnée d'ormes, de platanes, de pins et de marronniers, et complantée de géraniums en massifs et de plantes à longues feuilles renversées. Vient ensuite un petit étang bordé et couvert de nénufars , de joncs, d'iris et de flammes et sortant d'un amas de pierres entassées qu'ombrage un saule pleureur âgé, dit-on, de quatre siècles. Auprès du saule se trouve une petite allée de tilleuls, sous lesquels Louis XVI se promenait pendant sa captivité au Temple. Des touffes de jonc englobentles pierres crénelant le bord do la pièce d'eau. A gauche, un massif de fleurs àfeuilles rouges et vertes mélangées de blanc; à droite, une pépinière d'arbustes à la feuille sombre et vernie. Autour du square, court, à hauteur d'appui, une grille couleur chocolat, garnie de fers de lance dorés. Ce square est essentiellement populaire ; il est fréquenté par les ouvriers des ateliers voisins, des ménages de travailleurs ; les femmes apportent leur ouvrage et cousent en surveillant leurs enfants. Le gardien est abrité, en cas de pluie, par un petit chalet d'un dessin élégant.

Le square des Arts-et-Métiers a son entrée sur le boulevard Sébastopol. La place dont il occupe le centre est bordée à droite par le théâtre de la Gatté, à gauche par la rue Salomon-de-Caus et au tond par le Conservatoire des arts et métiers. Il occupe i,Uô™,ts de superficie et a quatre entrées. Il est clos d'une balustre de pierre à jour, maintenue par des pilastres a hauteur d'homme, sur-

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montés de vases de fonte contenant des cactus et de candélabres de fonte." Dans l'allée principale sont six kiosques avec marquise verte régnant autour, dans lesquels se tiennent des marchands de jouets d'enfants. Au milieu se dresse une colonne de marbre polychrome, surmontée d'une Victoire ailéô en bronze couronnant le drapeau français, monument commémoratif de la prise de Sébastopol. De chaque côté, un bassin long, terminé par un demi-ovale et bordé de pierre; l'un des bassins est orné d'un groupe en bronze représentant des fleuves, I autre d'un groupe semblable représentant des naïades; chaque groupe supporte une vasque de bronze qui reçoit un jet d'eau. L'ombre est rare dans ce square, rare aussi la fraîcheur; il n'en est pas moins journellement et à toute heure hanté par les soldats, les bonnes d'enfants et surtout les employés et les ouvriers des nombreux magasins de commerce et usines qui avoisinent le jardin.

Le square Saint-Jacques, d'une étendue, superficielle de 5,786 mètres, tire son nom de la tour de l'ancienne église Suint- Jacques-la- Boucherio qui s'élève au milieu, II est construit entre le boulevard de Sébastopol, la rua Suint-Martin, la rue de Rivoli et l'avenue Victoria. L'ombre y est largement distribuée, les massifs y sont serrés et couronnés d'arbres à vigoureuse frondaison; les pelouses sont bordées de marronniers touffus et d'arbres exotiques à larges panaches. Contre l'avenue Victoria est une collection d'arbustes à feuilles lancéolées des plus curieuses. A droite du square, côté de la rue de Rivoli, est la tour entourée de sa galerie et de bancs de pierre faisant partie du soubassement. Sous la clef de voûte de l'édifice a été placée la statue de Pascal parCavelier. Sus les bancs de pierre dont nous venons de parler s'assied incessamment une population hétérogène et mêtée : ouvriers, petits marchands, commissionnaires, soldats en bonne fortune, domestiques, nourrices, pauvres houleux, quelques rares inères de famille avec leurs enfants. C'est un véritable jardin omnibus.

Le square Sainte-Clotilde, d'une superficie de 1,738 mètres, est compris entre la rue Saint- Douiinique-Saint-Gecmain, sur laquelle est son entrée, les rues Casimir-Périer et de Martignac et enfin, au fond, la rue Las-Cases, donnant accès à l'église Sainte-Clotilde. Une grille a pointes dorées le clôt de toutes parts; les massifs et les pelouses sont distribués avec goût, les marronniers y versent une ombre épaisse ; les marguerites étoilent les bords des allées. Ce square est aristocratique entre tous. Or; n'y rencontre que domestiques et bonnes déniants do grande maison.

Le square Louvois est situé au milieu de la rue de Richelieu, en face de la Bibliothèque; il est compris entre les rues Rameau, Lulli et Louvois et édifié sur l'emplacement de l'ancien théâtre de l'Opéra, démoli à la suite de l'assassinat du duc de Berri en 1820. Il est planté, sur le tour, d'ormes et da platanes bordant deux allées latérales. Au milieu s'arrondit une large pelouse qui entoure une fontaine composée d'un bassin de pierre circulaire, d'un socle quadrangulaire, auquel sont adossés des Amours de bronze jouant avec des dauphins, surmonté d'une immense vasque cannelée et rehaussée sur le bord de mascarons féminins. Au-dessus de la vasque, sur un piédestal de pierre, les principaux fleuves de la France, statues en bronze par par M. Klagmann : la Garonne, tète nue et nue elle-même; la Loire, drapée et couverte d'un pan de voile; la Saône nue versant une urne, et la Seine, enveloppée dans une tunique et tenant à la main une corne d'abondance. Ces figures sont adossées a un fût de pierre qui supporte une vasque supérieure, au centre de laquelle s'élève un vase il lurge panse orné de têtes barbues de faunes. L'eau sort par les masques des faunes, tombe dans la première vasque, coule de là dans la seconde et enfin descend dans le grand bassin circulaire. Ce square est surtout fréquenté, le matin avant dix heures et le soir après quatre heures, par les lecteurs et travailleurs de la Bibliothèque.

Le square des Innocents, compris entre les rues Berryer, Pierre- Lescot, Saint-Denis et des Innocents, est sans contredit le plus maigre et le plus triste de tous ces jardins publics. Au milieu de plates-bandes phthisiques et d'arbres étiolés s'étend une pelouse, au milieu de laquelle s'élève la fontaine-dite des Innocents, dont nous avons donné la description ailleurs. V. Innocents.

Le public qui hante ce square n'est pas très-distingué ; on n'y rencontre que des femmes de la halle dormant ou se reposant, des forts cuvant leur vin, des commissionnaires ronflant sur les bancs. L'odeur de la halle voisine y étouffe désagréablement les quelques émanations saines qui pourraient s'échapper des fleurs et des arbustes.

SQUARREUX, EUSE adj. (skoua-reu, euze — du lat. squarrosus, rude). Hist. nat. Qui est raboteux, relevé de saillies ou écailles rudes.

SQUASH s. m. (skouach). Matnm. Un des noms vulgaires du coase , espèce de mouffette du Mexique.

SQUATAROLE s. f. (skoua-ta-ro-le). Ornith. Nom scientifique des vanneaux-pluviers.

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SQUATINE s. f. (skoua-ti-ne). Ichthyol.

Genre de poissons cartilagineux, do la famille des sélaciens, intermédiaire entre les squales et les raies : Les squatines manquent de nageoire anale. (E. Baudement.)

— Encycl. Les squatines ressemblent aux squales par leurs caractères essentiels et aux raies par leur (orme générale; mais elles se distinguent de celles-ci par leurs ouvertures branchiales placées sur les côtés, entre la tête et les nageoires pectorales, et de ceuxlà par leur bouche fendue à l'extrémité et non au-dessus du museau , leurs yeux pinces en dessus et non sur les côtés, la tête ronde, les pectorales grandes et se portant en avant. Elles sont pourvues d'évents, mais manquent de nageoire anale. Ce genre, que plusieurs auteurs ne séparent pas des squales, renferme un petit nombre d'espèces, dont une surtout est bien connue.

La squatine commune , appelée aussi ange de mer, angelot, moine, etc., forme en quelque sorte le passage des squales aux raies. Elle a la tête ronde et aplatie, ainsi que le corps ; la gueule armée d'un très-grand nombre de dents petites, fort pointues, très-serrées et disposées sur trois rangs; le bout de la langue tuberculeux; les yeux entourés de quelques piquants; les évents, au nombre de cinq de chaque côté, grands et rapprochés; le corps couvert d une peau assez dure et rude, d'un gris bleu ou d'un gris obscur sur le dos, blanchâtre sous le ventre, avec une rangée do piquants sur le milieu de la ligne dorsale; les nageoires pectorales blanches, souvent bordées de brun, grandes et larges, échancrées en avant et semblables a. des ailes étendues, ce qui a valu à ce poisson le nom vulgaire d'ange.

La squatine atteint quelquefois une longueur de l'n.CO et un poids de 50 kilogrammes. Elle était connue des anciens, qui ont débité bien des fables sur son compte. Aristote lui attribue la propriété de prendra à volonté la couleur du poisson dont elle veut faire sa proie. Rondelet dit qu'elle donne en même temps le jour à treize petits, qui, au moindre danger, se sauvent et se cachent dans la gueule de leur mère. On a dit aussi qu'elle ne craignait pas d'attaquer l'homme. On la trouve dans la Méditerranée et l'Océan ; elle nage en troupes assez nombreuses et se nourrit de petits poissons; mais le plus souvent elle se tient cachée dans la vase.

La chair de la squatine, coriace et blanchâtre, a été diversement appréciée; elle est sans goût, d'après Valenciennes, tandis que Cloquet lui attribue uno saveur désagréable. En réalité, elle est moins mauvaise que celle de la plupart des squales et a un goût qui se rapproche plutôt de Celui de la chair des raies. Sa peau, connue dans les arts sous le nom de galuchat ou galuchet, est employée pour polir les corps durs. Déjà, du temps de Pline, on s'en servait pour polir le bois et l'ivoire. Les peuples du nord de l'Afrique en font des fourreaux pour leurs yatagans et autres ar'mes tranchantes. Autrefois, on préparait avec cette peau une sorte de savon ou smegma, qui était employé contre la gale. Brûlée et réduite en cendres, elle était employée contre l'alopécie. Aujourd'hui encore, les pêcheurs et les habitants des côtes se servent de ses œufs desséchés pour guérir les coliques.

Les Grecs et les Latins paraissent avoir confondu, sous le nom de rhiné&i de squatus, non-seulement les squatines, mais encore les rhinobates ou squatinoraies, petit groupe de poissons intermédiaires entre les squatines et les raies. Ils pensaient que le croisement de ces deux derniers genres avait produit l'espèce de rhinobate qui se trouve aujourd'hui dans )a Méditerranée. En résumé, les squatines n'ont avec les raies qu'une certaine ressemblance extérieure ; au fond, ce sont de véritables squales; elles en ont l'organisation et les mœurs et sont, comme eux, carnassières et ovo-vivipares.

SQUATINE , ÉE adj. (skoua-ti-né — radsquatine). Ichtbyol. Qui ressemble ou qui se rapporte à la squatine.

— s. f. pi. Tribu de poissons cartilagineux, de la famille des squales, ayant pour type le genre squatine.)

SQOATlNELLE s. f. (skoua-ti-nè-le — dimin. de squatine}. Infus. Genre d'infusoires systolides ou rotateurs, de l'ordre des crustodés, qui paraît devoir être réuni au genre lépadelle.

SQUATININ, INE adj. (skoua-ti-nain, i-ne). Ichtbyol. Syn. de squatine, éb.

SQUATINORAJA s. m. (skoua-ti-no-ra-ia — de squatina, et de raie). Ichthyol. Syn. de rhinobats, genre de poissons intermédiaire entre les squatines et les raies, dont l'espèce type vit dans la Méditerranée, et une autre espèce dans les mers du Brésil.

SQUATINORAJÉ, ÉE adj. (skouu-ti-no-raié — rad. squilinaraja). Ichthyol. Qui ressemble ou qui se rapporte au genre squatinoraja.

— s. f. pi. Subdivision du groupe des raies, ayant pour type le genre rhinobate ou squatinoraja.

SQUEEZER s. m, (skoui-zeur — mot angl.

dérivé de squeeze, comprimer). ïechn. Sorte de laminoir en bois de bouleau, qui est employé , dans les ateliers de teinture et de

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blanchiment, pour enlever aux étoffes la plus grande partie du liquide dont elles sont imprégnées au sortir des bains où elles ont séjourné quelque temps. Il On dit aussi cylindre COMPRESSEUR.

SQUELETTE s. m. (ske-lè-te — grec skeletos, desséché ; de skellâ, dessécher, qui se rattache peut-être a la racine sanscrite ksha, brûler, par inversion pour ksellà; mais ce n'est là qu'une conjecture ). Anat. Assemblage de tous les ossements d'un corps mort et décharné, dans leur situation naturelle : Un squelette d' homme. Un squelette d'enfant. Le squelette d'un cheval, d'un oiseau, d'un poisson, d'un serpent. (Acad.) Chez les Acouacats, oit réduit en poudre les squelettes de son père et de sa mère et des amis qu'on chérissait le plus, pour pouvoir les avaler, (es incorporer en soi et ne plus faire qu'un avec eux. (Ste-Foix.) Nos soldats ont valsé, au monastère d'Alcobaça, avec te squelette d' [nés de Castro. (Cliateaub.) Il Ensemble des parties dures ou os qui soutiennent le corps des animaux vertébrés, et qui sont mues par les muscles : Le squelette se compose d'un grand nombre de pièces. (Martin-Saint-Ange.) Les mœurs, le genre de vie, les vêtements influent sur diverses parties du squelette. {Robin.)

— Corps très-maigre , décharné : C'est un squelette, un tirai squelette, un squelette ambulant. (Acad.) Vous m'avez vu bien maigre; je suis devenu squelette; je m'évapore comme du àois sec enflammé. (Volt.)

. . . Sur les bords du plat, six pigeons étalés Présentaient pour renfort leurs stfuctcttes brûlés.

Boilbac.

il Ouvrage sac, dépourvu d'ornements, de développements : Il a fait de ce poé~me un squelette en le traduisant. Il a trop abrégé son discours, ce n'est plus qu'un squelette. (Acad.) Un dictionnaire sans citations est un squelette. (Volt.) L'habitude de ne point écrire tes voyelles réduit tes textes sémitiques à une sorte de squelette. (Renan.)

— Restes, débris gardant quelque forme d'ensemble de l'objet ruiné : Et maintenant voilà tout ce qui reste de celle ville puissante ; un lugubre squelette. (Volney.)

— Mar. V. carcasse.

— Erpét. Nom vulgaire d'une espèce de rainette.

— Bot. Réunion des fibres ligneuses qui soutiennent l'ensemble des feuilles et des autres parties des végétaux.

— Encycl. Anat. Le squelette est l'ensemble des os du corps chez le3 animaux vertébrés. Cet ensemble forme un tout dont les différentes pièces sont liées entre elles et contiguës. Le squelette naturel est celui dont les os sont réunis par leurs ligaments; le squelette artificiel, beaucoup plus convenable pour les études anatomiques, est celui dont les pièces sont rattachées les unes aux autres par des fils métalliques.

Le squelette humain. se compose de la tête, du tronc et des membres, formés par des os dont nous avons donné ailleurs la nomenclature et indiqué la forme (v. os). Le squelette n'est pas le môme à tous les âges de la vie. Au moment de la naissance , les osselets de l'ouïe, le labyrinthe et la caisse du tympan ont seuls atteint leur complet développement. Les clavicules, les côtes et la mâchoire inférieure s'ossifient rapidement. Viennent ensuite les os du crâne, à l'exception du sphénoïde; le coronal est encore divisé en deux parties ; le sphéno-occipital se compose de neuf pièces, le temporal de deux, etc. Les épiphyses demeurent longtemps cartilagineuses. Les os longs des membres, ainsi que les métatarsiens, les métacarpiens, les phalanges et les phalangines, se composent de trois pièces, dont la médiane seule est ossifiée; les phalangettes en ont deux seulement, le sommet ossifié et la base cartilagineuse. Depuis la naissance jusqu'à l'âge de vingtcinq ans environ , les os ainsi ébauchés augmentant de dimension et subissent dans leur configuration , tant intérieure qu'extérieure , des modifications profondes, lie vingt-cinq à quarante-cinq ans, ils n'éprouvent pas de changements notables. Mais, aux approches de la vieillesse, ils perdent peu à peu de leur perfection. La chute des dents entraîne la déformation des mâchoires; les sutures du crâne disparaissent; tous les os deviennent plus fragiles par le fait de l'amplitude plus grande des cellules de leur tissu spongieux, par l'augmentation de leur cavité médullaire et par la prédominance du phosphate calcaire, qui diminue leur élasticité.

Au second mois de la vie intra-utérine , la tête fait presque la moitié du reste du corps; elle en est le quart chez l'enfant à terme, le cinquième à trois ans, le huitième chez l'adulte. A cette époque, le squelette d'un homme de moyenne taille pèse, sec, de 4kil,50 à 6W1,50; celui d'une femme, de 3 kilogrammes à 4kd,50.

Le squelette présente des différences essentielles selon le sexe. Voici comment MM. Littré et Robin les résument : « Celui de la femme est plus petit, plus grêle; les saillies osseuses sont bien moins prononcées. Les membres abdominaux ayant proportionoellementplus de longueur que chez l'homme, le milieu de la hauteur du corps correspond audessous du pubis, tandis que, chez 1 homme,

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il correspond h peu près au niveau du pubis. La tête est plusrétrécie en avant, plus allongée d'avant en arrière. Les corps des vertèbres ont moins de largeur, leurs trous de conjugaison sont plus grands et la région lombaire du rachis a plus de longueur. Le thorax , naturellement plus court et moins saillant, est un peu plus large jusqu'à la quatrième côte et se rétrécit inférieurement; mais, souvent déformé par l'usage des corsets , il est sensiblement allongé et rétréci. Les épaules sont plus basses, les articulations scapulo-humérales sont plus rapprochées l'une de l'autre ; les clavicules, au contraire, sont plus allongées et moins courbées, de manière a laisser plus de largeur à la poitrine. Les membres supérieurs sont plus courts, les poignets plus étroits , les doigts plus effilés. Les fémurs sont plus courbés antérieurement et plus obliques en dedans, leur col formant avec le corps de l'os un angle moins ouvert que chez l'homme; les pieds sont beaucoup plus petits. Mais c'est surtout par la configuration du bassin que le squelette de la teiume se reconnaît facilement. Tous les diamètres ont plus de largeur et toutes les parois osseuses moins de hauteur que chez l'homme; les articulations sont moins serrées; les crêtes iliaques tout très-évasées et déjetées en dehors, ce qui donne une grande largeur aux hanches... » V. Bassin.

D'individu à individu , le squelette varie assez peu. Cependant les mœurs, le genre de vie et les vêtements peuvent devenir la source de quelques différences. C'est ainsi que le squelette de l'homme voué à de rudes labeurs acquiert, en général, plus de volume que celui de l'homme de cabinet. La déformation du thorax dans nos pays chez la temme et celle des os du pied chez les Chinoises ont leur cause exclusive dans certaines habitudes vicieuses. D'autres influences originelles , comme celles qui président au type distinctif des races humaines, agissent encore et font que tel squelette est remarquable par sa niicrocéphalie ou par la conformation contraire, par des épaules larges ou étroites, par une' poitrine bombée ou plate, par des cuisses arquées ou droites, etc.

Pour connaître la taille exacte d'un individu, il suffit d'ajouter à la mesure de son squelette naturel 0m,04 pour l'épaisseur des parties molles détruites. On conçoit facilement de quelle importance peut être cette donnée dans certains cas de médecine légale, puisqu'il est établi que la connaissance d'un des grands os du squelette (fémur, tibia, péroné , humérus , cub.tus et radius) conduit très-aisément a là mesure exacte du squelette tout entier,

— Art vétér. Le squelette des animaux , comme celui de l'homme, se divise en tête, en tronc et en membres. Le tronc offre à étudier, sur la ligne médiane, le rachis ou la colonne vertébrale, tige ïlexueuso qui mesure toute la longueur de l'animal et qui se compose d'une série de pièces distinctes articulées les unes à la suite des autres. Cette tige supporte antérieurement la tête, renflement pyramidal qui résulte lui-même de l'assemblage d'un grand nombre de petits os. De chaque côté de la partie moyenne du rachis on voit se détacher les arcs osseux qui ont reçu le nom de côtes et qui viennent s'appuyer directement ou indirectement, par leur extrémité inférieure, Sur un os unique appelé sternum. Ces arcs osseux circonscrivent ainsi le thorax, cavité spacieuse destinée à loger les principaux organes de la respiration et de la circulation.

Les membres, au nombre de quatre, deux antérieurs et deux postérieurs, sont les appendices qui supportent le tronc. Chacun d'eux représente une eulonne brisée en plusieurs rayons qui s'appuient les uns sur les autres, en formant généralement des angles plus ou moins ouverts. Les membres antérieurs sont décomposés chacun en quatre régions principales: l'épaule, appliquée contre la partie antérieure du thorax ; le bras , qui succède à l'épaule; l'avant-brus et le pied. Les membres postérieurs comprennent également quatre régions ; la hanche, qui est articulée avec la partie postérieure du rachis; la cuisse, la jambe et le pied postérieur. Chez les oiseaux, les membres postérieurs seuls remplissent le rôle de colonnes de soutien. Les membres antérieurs, conformés pour le vol, constituent les ailes.

Le nombre des os qui entrent dans la composition du squelette de nos animaux domestiques arrivés à l'âge adulte varie d'une espèce k l'autre. Ils se répartissent dans les régions que nous venons de reconnaître au tronc et aux membres de,la manière suivante : la colonne vertébrale est formée par quarante-quatre os chez les solipèdes, quarantetrois chez les ruminants, quarante-deux chez le porc, quarante-trois chez le chien; la tête, par vingt-huit chez les solipèdes, les ruminants et le chien, et vingt-neuf chez le porc; le thorax, par trente-sept chez les solipedes, vingt-sept chez les ruminants , vingt-neuf chez ie porc, vingt-sept chez le chien. Quant aux membres, ils comprennent, l'antérieur : l'épaule, le bras, l'avant-bras, formés de deux os, et le pied, composé de seize os chez les solipèdes, de vingt chez les ruminants, de trente-six chez le porc et le chien ; le postérieur : la hanche, la cuisse, la jambe, formée de trois os, et le pied postérieur, composé de

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quinze os chez les solipèdes, de dix-neuf chei las ruminants, de trente-six chez le porc et de trente-deux chez le chien.

La colonne vertébrale ou le rachis est une tige solide et flexible, située à la partie médiane et supérieure du tronc, dont elle constitue la pièce essentielle. Celte tige, articulée antérieurement avec la tête et terminée en pointe à son extrémité postérieure,' est formée par l'assemblage d'un nombre assez considérable d'os courts, impairs et tubêreux, auxquels on a donné le nom de vertèbres. Ces os , quoique tous construits sur un type uniforme , ne présentent pas néanmoins la même configuration dans tous les points de la tige rachidienne. Les différences qu'ils présentent sous ce rapport ont permis d'en former cinq groupes principaux, d'où la division de la colonne vertébrale en cinq régions, qui sont, en les cnumérant d'avant en arrière : )o la région cervicale, 2» la région dorsale, 30 la région lombaire, 4» la région sacrée, 5» la région coccygienne. La première comprend sept vertèbres, qui servent de base au cou de l'animal; la deuxième en compte dix-huit, sur lesquelles s'appuient les côtes; la troisième n'em a que six, qui répondent aux lombes; dans la quatrième, il en existe cinq, constamment soudées, chez l'adulte, pour constituer un os unique, le sacrum ; la cinquième enfin possède un nombre i variable de petites vertèbres dégénérées qui ; s'éteignent en s'amincissant graduellement | pour former la queue.

Les vertèbres cervicales, les plus longues et les plus épaisses de toutes, présentent dans leur ensemble la forme cubique. Elles se distinguent des autres vertèbres du corps par les caractères suivants : l'arête inférieure du corps est fortement prononcée, surtout en arrière, où elle se termine par un petit tubercule, La tête, fort bien détachée de la masse de l'os, décrit uno courbe très-brève. La cavité postérieure, large et profonde, représente une véritable cavité cotyloïde, trop spacieuse pour contenir exactement la tête ; aussi le fibro-cartilage intermédiaire à ces surfaces est-il d'une grande épaisseur. L'apophyse épineuse forme une simple arête rugueuse, a peine saillante. Les apophyses tiansverses, très-développées, sont allongées dans le sens autéro-postéiieur et inclinées en bas; on les désigne encore dans cette région sous le nom d'apophyses trachéliennes, à cause de leurs rapports avec la trachée; un trou qui les traverse d'avant en arrière, tout à fait à leur base, a été appelé, pour la même raison, trou trachi;lien. lies apophyses articulaires, larges et saillantes, sont inclinées de haut en bas et de dehors en dedans. Les échancrures sont larges et profondes.

Le nombre des vertèbres cervicales ne varie pas dans la classe des mammifères; il est de sept pour tous les individus qui la composent. Chez le bœuf, les vertèbres cervicales diffèrent de celles des animaux solipèdes par leur brièveté et Je plus grand développement de leurs éminences d'insertion. Chez le mouton et la chèvre, à part une longueur relativement plus grande, les vertèbres cervicales présentent les mêmes caractères que dans le bœuf. Le porc est celui de tous les animaux qui a les vertèbres cervicales les plus courtes, les plus larges, les plus tubéreuses et, partant, les plus fortes. Le corps est dépourvu de crête à sa face inférieure. Les lames vertébrales sont très-étroites et ne se recouvrent point d'une vertèbre à l'autre à leur partie Supérieure; aussi le canal r;ichidieirstmblc-t-il, à co point, découpé à jour. Chez les cainassiurs,les vertèbres cervicales, longues et épaisses, se rapprochent beaucoup do celles des solipèdes. (Jhez le lapin, le3 vertèbres cervicales ressemblent assez à celles du chat.

Les vertèbres dorsales, chez les solipèdes, ont le corps très-court et pourvu d'une tête large, peu saillante en avant, et d'une cavité peu profonde en arrière. Ces vertèbres présentent, à la base des apophyses tiansverses, quatre facettes articulaires concaves, dont deux antérieures Situées près de la tête et deux postérieures creusées sur le contour de la cavité articulaire du corps. Chacune de ces faeettes s'unit à une facette de la vertèbre voisine pour former une petite excavation dans laquelle est reçue la tète de la eôte correspondante. L'apophyse épineuse,très-haute, aplatie d'un côté à l'autre, s'incline en arrière et se termine par un sommet renflé. Les apophyses transverses, unituberculeuses et dirigées obliquement en dehors et en haut, portent à leur face externe une facette diarthrodiale plane qui répond k la tubérositô de la côte. Les apophyses articulaires, étroites, constituent de simples facettes sans relief, taillées sur la base même de l'apophyse épineuse. Les échancrures postérieures sont profondes, quelquefois converties en trous. Chez le bœuf, les vertèbres dorsales sont plus longues et plus épaisses que celles du cheval. Leurs apophyses épineuses sont plus larges et plus inclinées en arrière; leurs apophyses transverses, très- volumineuses, sont pourvues d'une facette convexe de haut en bas; leurs échancrures postérieures sont presque toujours converties en trous. Chez le mouton et la chèvre, les vertèbres dorsales ressemblent à celles du bœuf, avec cette différence qu'elles sont moins volumineuses.

Chez le porc, ces vertèbres se rapprochent aussi de cellea du bœuf par leur disposition

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générale; seulement, leurs apophyses transversttS sont généralement traversées, à la base, par un (rou simple ou multiple. Chez les carnassiers, elles sont conformées sur le même modèle que celles du cheval , avec tette différence que leurs apophyses épineuses sont en général moins larges et moins épaisses. Chez le lapin, elles sont assez semblables à celles du chat.

Un peu plus longues et plus larges que les vertèl;res dorsales, auxquelles elles ressemblent par la disposition de leur corps, les vertèbres lombaires sont caractérisées : 1° par des apophyses épineuses courtes, minces, larges , légèrement inclinées en avant et pourvues à leur sommet d'une lèvre rugueuse; 2° par des apophyses transverses énormément développées, aplaties de dessus en dessous et dirigées horizontalement en dehors; 30 par des apophyses articulaires antérieures saillantes, exeavées d'un côté a l'autre et pourvues en dehors d'un tubercule d'insertion; 4° par des apophyses articulaires postérieures très -proéminentes, arrondies en forme de demi-gond. Dans le bœuf , les vertèbres lombaires sont plus longues et plus épaisses que celles du cheval. Même disposition chez le mouton , la chèvre et le porc. Dans le chien et le chat, on trouve toujours sept vertèbres lombaires, remarquables par la force qu'elles doivent à leur longueur, à leur épaisseur et au développement des éminences d'insertion. Le lapin possède sept vertèbres lombaires encore plus fortes que celles des carnassiers, auxquelles elles ressemblent beaucoup.

Le sacrum résulte de la soudure dé cinq vertèbres. Cet os impair est articulé : en avant, avec la dernière vertèbre lombaire ; en arrière, avec le premier os coecygien; sur les côtés, avec les coxnux. Il est aplati de dessus en dessous, triangulaire, et il décrit d'avant en arrière une légère courbure à concavité inférieure. Chez le bœuf, le sacrum est plus volumineux et plus courbé que celui du cheval. Chez le mouton et la chèvre, on compte seulement quatre vertèbres sacrées conformées comme celles du bœuf. Le sacrum du bœuf est formé de .quatre vertèbres qui tardent longtemps à s unir entre elles. Chez le chien et le chat, cet os est formé de trois vertèbres qui se soudent de très-bonne heure. Chez le lapin, il se compose de quatre vertèbres dont les apophyses épineuses restent isolées les unes des autres.

La région eoccygienne ou le coccyx comprend, chez les solipèdes, de douze à quinze vertèbres dégénérées, qui s'amincissent graduellement de la première à la dernière. Dans les trois ou quatre premières, on retrouve h. peu près tous les caractères des vraies vertèbres. Chez les ruminants, les ver tèbres coccygiennes sont plus fortes et plus tubéreuses que celles du cheval. Chez le -îorc, elles n ont rien de remarquable. Chez es carnassiers, elles sont très-fortes et trèstubéreuses.

La tête est une grosse pyramide osseuse allongée de haut en bas et quadrangulaire , suspendue à l'extrémité antérieure du rachis, dans une direction qui varie avec les attitudes de l'animal. Elle est formée d'un grand nombre d'os particuliers, distincts les uns des autres seulement chez les jeunes animaux. Bien avant que ceux-ci soient arrivés à l'âge adulte, les os de la tête se soudent ensemble pour la plupart et ne peuvent plus être séparés. On divise la tête en deux parties, le crâne et la face. Le crâne se compose de sept os plats, dont cinq sont impairs : l'occipital, le pariétal, le coronal, le sphénoïde, l'éthmoïde; un seul est pair, c'est le temporal. Ces os circonscrivent une cavité centrale, la boîte crânienne, qui communique en arrière avec le canal rachidièn et loge la partie principale des centres nerveux, c'est-àdire l'encéphale.

La face , beaucoup plus étendue que le crâne chez la plupart de nos animaux domestiques, se compose des deux mâchoires. La mâchoire supérieure et antérieure, traversée dans sa longueur par les cavités nasales, est formée de dix-neuf os larges, dont un seul, le vomer, est impair-, les os pairs sont : les grands et les petits sous-maxillaires, les palatins, les ptérygoïdiens, les zygomatiques, les lacrymaux, les sous-nasaux , tes cornets supérieurs et les cornets inférieurs. Parmi ces os, quatre seulement, les sous-maxillaires, sont destinés à l'implantation des dents; les autres établissent l'union entre le crâne et la mâchoire supérieure ou concourent à. la formation des cavités nasales. La mâchoire inférieure a pour base un seul os, le maxillaire ou maxillaire inférieur.

Quant au thorax, il représente une cage conoïde, allongée d'avant en arrière, suspendue sous les vertèbres de la région dorsale et destinée à contenir les principaux organes de la respiration et de la circulation. Il se compose des arcs osseux nommés côtes, au nombre de trente-six , dix-huit de chaque côté, et d'une pièce impaire, le sternum , qui sert de point d'appui direct ou indirect à l'extrémité inférieure des côtes. V. thorax.

Le membre antérieur se décompose en quatre régions secondaires ; l'épaule, le bras, l'avant-bras et le pied ; et le membre postérieur également en quatre régions : la hanche, la cuisse, la jambe et le pied.

SQUELETTIQUE adj. (ske-lè-ti-ke — rad.

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squelette). Qui a rapport, qui appartient au squelette : Pièces squeLettiques,'

— Pathol. Maigreur squelettiquerExtrême maigreur, émaciation complète.

SQUELETTISER (SE) v. pr. (ske-lè-tizé — rad. squelette). Physiol. Se dit d'un fœtus extra-utérin, qui s'incruste de sels calcaires et prend la consistance des os,

SQUELETTOLOGIE s. f. (ske-lè-to-Io-jl — de squelette, et du gr. (050s, discours). Traité du squelette, des os et des ligaments qui les unissent.

SQUELETTOLOGISTE s. m. (ske-lè-to-loji-ste — rad. squelettologie). Auteur d'un traité de squelettologie. Il On dit aussi sque-

LETTOLOGUE.

SQUELETTOPÉE s. m. (ske-lè-to-pé — de squelette, et du gr. poiein, faire). Art de préparer un squelette ou les différents os d'un squelette pour l'étude.

SQUVER (Ephraïm-George) , voyageur et archéologue américain, né à Bethléem, Etat de New-York, en 1821. Il s'occupa de bonne heure de l'étude des antiquités de l'Amérique du Nord, et entreprit avec Davis, dans le bassin du Mississipi, une excursion archéologique, dont les résultats sont consignés dans l'ouvrage intitulé : les Monuments anciens de la vallée du Mississipi (Washington, 1848). Vers la même époque, il fut chargé, par la Smitlisonian Institution de Washington, d'explorer dans la région occidentale de l'Etat de New-York les restes des fortifications et des monuments élevés par les aborigènes; mais ce ne fut que plus tard qu'il publia la relation de ce voyage, sous ce titre :'les Antiquités de l'Etat de New-York (Bnffalo, 1851)- En 1849, il fut envoyé, avec le titre de chargé d'affaires des Etats-Unis, dans Je Guatemala et le Nicaragua, et s'opposa énergiquement aux tentatives faites pur les Anglais pour agrandir, aux dépens du Nicaragua, le territoire de Mosquito. Il réussit même à faire conclure, en juin 1850, entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, un traité qui résolvait la difficulté au profit de la république américaine. A la même époque, son attention se porta sur les avantages qui résulteraient du percement d'un canal de jonction entre l'Atlantique et l'océan Pacifique, et il contribua beaucoup, par ses études et par ses recherches, à augmenter les notions géographiques et géologiques que l'on possédait, sur l'isthme de Panama. Ce fut lui qui dirigea toutes les opérations d'arpentage relatives à l'exécution de ce projet et qui , dans les négociations auxquelles il donna lieu entre le Honduras et la Grande-Bretagne, établit en principe les bases qui serviront plus tard il résoudre à l'amiable les diffleuttées survenues entre l'Angleterre et les Etats de l'Amérique centrale. De retour aux Etats-Unis, il y publia, outre des Esquisses de voyage dans le Nicaragua (New-York, 1851), son grand ouvrage intitulé : le Nicaragua, sa population, ses vues et ses monuments (New-York et Londres, 1852, 2 vol.), dans lequel il a décrit toutes les antiquités qui existent dans cette contrée et montré leur importance pour l'histoire primitive de l'Amérique. Eu 1851, M. Squier lit en Europe un voyage pendant lequel il reçut la grande médaille de l'Institut géographique de France et devint membre des Sociétés d'archéologie de Paris, de Londres et de Copenhague. On a encore de lui : Sur te symbole du. serpent (New- York, 1851), écrit dans lequel il émet sur la religion primitive des Indiens des idées nouvelles et ingénieuses, mais qui ont trouvé beaucoup de contradicteurs ; Notes sur l'Amérique centrale (New- York, 1854) ; Waikna ou Aventures sur la cote de Mosquito (New- York, 1855); les Etats de l'Amérique centrale (New-York, 1857) ; Rapport sur le tracé du chemin de fer interocéanique du Honduras (Londres, 1859), etc.

SQU1LLACE, la Scytaceum des Romains, ville du royaume d'Italie, province de la Calabre Ultérieure IIe, district et à 25 kilom. S.-O. de Catanzaro, chef-lieu de mandement, à 8 kilom. des rivages du golfe de son nom ; 2,038 hab. Evéché, belle cathédrale. Fabrique de vases de terre très-estimés. Aux environs, mines de fer et de plombagine. Patrie du savant Cassiodore.

SQC1LLÀCE (golfe de), vaste baie formée par la mer Ionienne, sur la côte orientale de la Calabre Ultérieure lie. Elle s'étend du cap Bizzoto , au N., à la pointe Sfllo , au S., décrivant un arc de cercle dont la corde mesure une longueur de 85 kilom., tandis que sa flèche est de 42 kilom.

SQUILLACÉ, ÉE adj. (ski-lla-séj II mil.). Crust. Syn. de squillien, ienmb.

SQDILLE s. f. (ski-Ile ; Il mil.). Crust. Genre de crustacés stomapodes, de la famille des unieuirassés, type de la tribu des squilliens, comprenant une vingtaine d'espèces, répandues dans les mers chaudes et tempérées : Les schistes du Monte Bolca ont fourni une belle empreinte de squille. (H. Lucas.) La squille mante a les bras fourchus. (V. de Bomare.) La squillb de rivière se retire dans les roseaux, (Muuffet.)

— Bot. Nom vulgaire des scilles, genre de liliacées.

— Encycl. Crust. Ce genre se caractérise par un corps très-allongé, un peu plus large en arrière qu'eu avant, formé de onze segments,

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dont l'avant-dernier porte à l'angle postérieur deux nageoires latérales ; caparace petite, mince, flexible, en trapèze allongé, marqué de deux impressions longitudinales; antennes grandes; yeux ovoïdes, grands, portés sur un pédoncule court; pattes ravisseuses, griffes en lames de faux ; trois paires de pattes thoraciques, portant un appendice grêle, cylindrique allongé. Connus des Grecs sous le nom de krangê et krangôn, des Latins sous celui de souilla, ces crustacés reçoivent actuellement le nom vulgaire de mantes de mer et de prégadians, à cause de la ressemblance de leur grande paire de pattes avec les premières pattes des orthoptères du genre mante, et parce qu'ils les tiennent plongées de la même manière. Leur conformation toute spéciale leur donne un aspect particulier, facile à saisir, ce qui fait que l'on en a formé de bonne heure un groupa spécial et que Fabricius en a fait son genre squilla, qui, du reste, avait déjà été indiqué par Rondelet. On connaît un nombre assez considérable de squiltes. Ces crustacés se montrent jusque dans la Manche, mais ne sont abondants que dans les mers des régions chaudes. Ils se tiennent en général éloignés des côtes et à des profondeurs assez considérables, sur des fonds sablonneux et fangeux. Leurs fausses pattes abdominales sont continuellement en mouvement, et ils nagent avec une grande vitesse, en frappant i eau de leur queue puissante. L'accouplement a lieu au printemps.

Les principales différences qui se trouvent chez ces animaux ont conduit M. Milne Edwards à les diviser en deux groupes : ce sont les squitles fine taille et les squilles trapues. Vingt espèces environ composent le premier groupe. Parmi elles, nous citerons la squille mante, d'un blanc nacré, nuancé de bleu et de violet; yeux vert doré, pattes vert de mer ; deux taches bleu violacé sur le dernier segment abdominal. Cette espèce est très-abondante dans la Méditerranée. Le second groupe, celui des squilles trapues, a pour type la squille de Gérisy. Elle habite aussi la Méditerranée, mais elle est bien moins commune que la précédente. Cependant on la trouve sur la côte d'Algérie, particulièrement dans la rade de Boue. Les schistes du Monte Bolca ont fourni une belle empreinte de squille, décrite et iigurée par le comte de Xiunster.

SQUILLÉRICHTHE s. m. (ski-llé-ri-kte — de squitle et de érichtfie). Crust. Genre de crustacés stomapodes, de la famille des unicuirassés, tribu d'es érichthiens, intermédiaire entre les squilles et les érichthes, et comprenant deux petites espèces, propres aux mers d'Asie.

SQUILLIEN, IENNE adj. (ski-liain, iè-ne ; Il mil. — rad. squille), Crust. Qui ressemble ou qui se rapporte à la squille.

— s. m. pi. Tribu de crustacés stomapodes, de la famille des uni cuirassés, ayant pour type le genre squille .* Les squilliens ont entre eux la plus grande ressemblance. (H. Lucas.)

SQUINANCIE s. f. (ski- 11 an -si). Pathol. Autre forme du mot esquinancie.

SQUINE s. f. (ski-ne). Bot. Nom vulgaire d'une espèce de smilax : Les médecins de nos jours estiment la squine propre à purifier le sang. (V. de Bomare.) La squiNiî est un bois sudorifique, mais elle est bien inférieure à la salsepareille. (Robin.) Il On l'appelle aussi es-

QUINE et CHINA.

— Encycl. La squine d'Orient est un sousurbrisseau à rhizome épais, tubéreux, noueux, brun rougeâtre; ses tiges, hautes de plusieurs mètres, sarmeuteuses, grimpantes, munies d'épines crochues, portent des feuilles alternes, pétiolées, çordiformes, d'un vert sombre, et des Heurs petites, dioïques, jaune verdâtre, groupées en corymbes axillaires; le fruit est une baie globuleuse, rouge, renfermant des graines lenlieulaires. Cette plante croit dans l'Inde et dans l'Asie orientale, où elle est souvent cultivée. On la multiplie par drageons enracinés, qu'on sépareen automne. En Europe, on ne la trouve guère que dans les jardins botaniques-, on la propage de graines semées au printemps, en pots ou en terrines et sur couche; on tient à, l'ombre et on arrose fréquemment; au printemps suivant, les jeunes plantes sont repiquées en pots et sur couche.

On trouve, dans le commerce, le rhizome ou, comme on dit vulgairement, la racine de' cette plante; c'est la Chine et ie Japon qui nous l'envoient; elle est en fragments rougeâtres, à cassure nette, d'une saveur farineuse et un peu astringente, de consistance et de couleur variables à l'intérieur ; elle contient quelquefois un suc gomino-résineux desséché. Elle renferme beaucoup d'amidon, de la gomme et un principe astringent, rouge, soluble dans l'eau. Son introductiou dans la matière médicale de l'Europe date de 1535. Elle fut mise eu vogue par des marchands chinois.

On l'employait en Asie contre les maladies vénériennes, comme étant plus efficace et moins gênante que le gaïac. Ses propriétés, qu'on regarda aujourd'hui comme fort problématiques, sont à peu près celles de la salsepareille. La squine constitue, avec la salsepareille, le gaïac et le sassafras, les quatre bois suiloriiiques, qu'on emploie contre les

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affections syphilitiques et les maladies de la peau.

On raconte que Charles-Quint, en ayant fait usage contre la goutte, à l'insu de ses médecins, ne contribua pas peu à sa réputation. On l'a vantée encore contre la jaunisse et les tumeurs squirrheuses, £t pour puritier le sang. En Chine , on mange ses jeunes pousses et ses racines fraîches et bouillies. Prosper Alpin dit que l'usage habituel de cette plante donne de l'embonpoint; c'est pour cela, ajoute-t-il, que de son temps tes Turcs en faisaient prendre des bains a leurs femmes.

La squine d'Occident se distingue de la précédente par son rhizome brun noirâtre, ses tiges inermes, ses feuilles lancéolées et ses baies noires. Elle croît dans l'Amérique du Nord. Ses propriétés sont analogues à celles de la squine d'Orient. On en relire une sorte de fécule alimentaire. On emploie ses racines pour engraisser les cochons. Eniin, ses rameaux servent à faire des ouvrages de vannerie.

SQUINZaNO, bourg du royaume d'Italie, province de la Terre d'Otrante, district de Lecce, mandement de Campi - Salentino ; 3,563 hab.

SQUIRE (Samuel), prélat et historien anglais, né à Warminster (Wiltshire) en 1714, mort en 1766. Il étudia la théologie à l'université de Cambridge, devint, à un âge peu avancé, chapelain de l'évoque de Bath et do Wells, qui le créa chancelier de Wells et archidiacre de Bath, et, après avoir été dans la suite chapelain et secrétaire particulier du duc de Newcastle, il fut promu en 1750 recteur de Sainte-Anne a Westminster. Dix ans plus tard, il fut nommé doyen de Bristol, puis, en 1761, évêquede Saint-David. On a de lui : Recherche sur la nature de la constitution anglaise; l'Histoire ancienne des Hébreux vengée; Défense de l'ancienne chronologie grecque; Recherche sur l'origine de la lanque grecque; Essai sur la balance du pouvoir civil en Angleterre, etc., ainsi qu'une édition du traité de Plutarque, Sur /sis et Qsiris.

SQUIRRHE ou SQUIRRE s. m. (ski-re — grec; s/cirrhos; de skiros, marbre, d'un radical qui correspond, sans doute, à la racine jermanique scer, scar, scur, couper, fendre, l'où l'anglo-saxon sceor , ancien allemand scar, scaro, soc, scâra, scera, ciseaux, et peutêtre l'anglo-saxon et l'ancien allemand scu>\ hache. La même racine se retrouve dans l'irlandais scaraim, le lithuanien skati, diviser, séparer, et représente, sans doute. Une racine primitive skar, couper. Peut-être aussi qu'elle correspond k la racine sanscrite kshur, khur, fendre, trancher, que l'on trouve dans le Dhàtupalha à côté de chur, couper. Comparez le sanscrit kshuri, churi, khurà, couteau, poignard, kshurâ, rasoir; arménien sur, couteau, épée; grec xuros, xuron, rasoir. La transition du sens de trancher, couper à celui de marbre n'a rien qui doive arrêter. Dans les langues aryennes, en effet, plusieurs termes qui expriment la dureté, et quelques noms de la pierre ou des corps analogues se rattachent à des racines qui signilient proprement couper, trancher, blesser). Pathol. Tumeur dure, non douloureuse, qui se produit surtout dans les glandes : Le SQUiRRHu est le premier degré du cancer. Avoir un sqviRRHEausein, au foie. (Acad.)£«scjuinRHi-; et la matière encéphaloïde sont les deux tissus accidentels, sans analogie dans l'économie, qui, par leur développement, constituent te cancer . (Nysten.)

— Encycl Pathol. humaine. On désigne sous co nom toute variété de cancer formant des tumeurs dures, rénitentes, translucides, d'un blanc bleuâtre ou grisâtre et criant sous le scalpel qui les incise. Le squirrhe est un tissu sans analogue dans l'économie, composé a l'état le plus parfuit par une tramo cellulo-iibreuse dans laquelle est déposée une substance solide, demi-transparente, qui parait de nature albumineuse et peut être considérée comme un produit de sécrétion pathologique. Elle en remplit tous les intervalles, comme le mortier comble les lacunes qui séparent les pierres d'une muraille. Son aspect se rapproche assez de celui du cartilage ou de celui du lard, ce qui lui a fait donner par un grand nombre d'observateurs le nom de tissu lardacé. On l'appelle encore tissu aréolaire quand la forme fibreuse qui forme sa charpente est disposée sous forme de cloisons rayonnant du centre à la circonférence, cancer napiforme quand il ressemble au parenchyme du navet, et entin squirrhe enkysté quand il est isolé et bien délimité au milieu des tissus sains. Le squirrhe présente encore cette particularité remarquable de laisser suinter, lorsqu'on le presse entre les doigts, un liquide lactescent auquel on a donné le nom de suc cancéreux. Examiné au microscope, celui-ci laisse voir des cellules caractéristiques, variables dans leurs formes et leurs dimensions, les unes k noyaux et à nucléoles, les autres sans noyaux. Le squirrhe est très-dense, dépourvu de nerfs et peu vasculaire. Il affecte, en général, l'apparence de masses irrégulièrement bosselées et il atteint rarement le volume du carcinome encéphaloïde. Il présente, du reste, à considérer ileux périodes successives, l'une de crudité et.'autre de ramollissement. La première peut durer une ou plusieurs années. La seconde dé-»

SQUI

bute ordinairement au bout de deux ou trois ans. C'est alors que la tumeur s'ulcère, devient adhérente aux parties voisines et suppure. Elle présente à cette époque de son développement une surface irrégulièrement découpée et presque toujours baignée d'un liquide séro-purulent qu'on aopelle ichor.

Le squirrhe affecte de préférence le sein, l'utérus, l'estomac, le rectum, les glandes salivaircs et les organes cellulo-fibreux. Les muscles, les membranes séreuses, les os, les cartilages et les tendons n'en sont peut-être jamais atteints primitivement. Il est souvent très-difficile de le distinguer au début des tumeurs fibreuses bénignes ; ce n'est que par le développement ultérieur et par les progrès du mal que sa nature devient manifeste. On le voit alors s'infiltrer et se propager dans les régions voisines, qu'il finit par altérer et •lonvertir en tissu hétéromorphe.

— Pathol. vétér. Toutes les parties du corps chez les animaux peuvent être affectées du squirrhe; mais il attaque plus particulièrement le cordon testiculaire à la suite de la castration, les, testicules, les mamelles et les ganglions lymphatiques: on le voit aussi parfois à la joue dans les bêtes bovines. Il est quelquefois fort petit, comme quand il affecte un seul ganglion, ou d'un volume médiocre, comme on l'observe ordinairement à la mamelle, au cordon testiculaire et aux testicules; d'autres fois, il est très-volumineux. Tantôt, après son premier développement, la tumeur ne fait pas de progrès; tantôt elle s'accroît pendant un certain temps, en causant quelque douleur, et reste stationnaiie.

Le tissu squirrheux est le'seul que la plupart des auteurs anglais, et Scarpa avec eux, regardent comme constituant le véritable cancer.

La structure extrêmement serrée du tissu squirrheux lui donne une pesanteur spécifique supérieure à la plupart des autres produits morbides; cette circonstance peut être mise à profit pour le diagnostic, surtout quand il s'agit de tumeurs de la mamelle, du testicule.

Les masses squirrheuses sont ordinairement de formes très-irrégulières, bosselées, dures comme le lard ou très-dures comme le bois. La consistance, d'ailleurs, varie le plus souvent dans les différents points de la tumeur ; elle est plus considérable dans les portions purement fibreuses que dans les portions lardacées. Tantôt, en se développant, elles semblent dilater, augmenter le volume de l'organe qu'elles envahissent en se mêlant intimement à son tissu; tantôt, au contraire, elles l'amoindrissent, le racornissent, l'atrophient. Dans le premier cas, on a nommé le squirrhe hypertropnique, et dans le second atrophique.

Les causes occasionnelles qu'on peut considérer comme susceptibles de donner lieu au développement du squirrhe sont : les topiques dits répercussifs, appliqués inconsidérément sur les organes glanduleux enflammés ; les violences extérieures, telles que les contusions médiocres, les frottements ou compressions longtemps et fréquemment réitérés-, et les applications irritantes. Le squirrhe peut aussi résulter d'un œdème, d'un phlegmon qui se termine par induration, d'une inflammation lente et faible, etc. On le voit encore paraître aux blessures, lorsque l'animal a été auparavant épuisé par des latigues considérables ou nourri de mauvais aliments et lorsqu'on l'a tenu dans une extrême inaction, dans un terrain marécageux. Enfin, il apparaît quelquefois après la suppression d'un écoulement sanguin ou purulent, après la disparition d'une affection cutanée. De la l'opinion de quelques pathologistes qui font provenir le cancer de la répercussion d'un flux ou d'un exanthème. Rien ne prouve qu'il y ait, dans ce cas, autre chose qu'une coïncidence entre ces phénomènes.» Certaines maladies peuvent-elles dégénérer en cancer ? dit Vidal. On entend chaque jour dire que telle lésion, telle production morbide doit être activement traitée dans la crainte qu'elle ne dégénère en cancer. Ces appréhensions sont plutôt le résultat de préjugés transmis de siècle en siècle que d'une observation attentive. Sans doute il n'est pas impossible qu'une production nouvelle, qu un polype, par exemple, dégénère en cancer, mais cela ne suffit pas pour constituer une prédisposition; pour qu'il en fût ainsi, il faudrait pouvoir démontrer que la dégénérescence est plus fréquente dans ce tissu nouveau que dans l'organe sur lequel il s'est développé, et je ne sache pas que personne soit en état de faire une semblable démonstration. •

L'art ne fournit aucun moyen de rétablir l'état normal quand l'orgauisation est aussi fortement altérée qu'elle l'est dans le squirrhe ancien ou très-avancé; mais lorsque le squirrhe est dans son commencement, dans sa première période, que la désorganisation n'est encore que peu avancée dans la partie, que celle-ci jouit encore de quelque sensibilité et qu'elle est traversée par un assez grand nombre de vaisseaux, on ne rencontre pas toujours la même difficulté, la même opiniâtreté, et une terminaison favorable n'est pas absolument impossible. Quand cette terminaison est possible, elle peut se faire par résolution ou par suppuration ; encore faut-il pour cela que l'action vitale soit portée à un haut de-

SREE

gré d'exaltation dans la partie. On doit donc, dans ce cas, provoquer, par tous les moyens possibles, le développement de l'inflammation et avoir recours aux irritants locaux les plus énergiques et les plus actifs. On a préconisé les préparations de ciguë, de jusquiame, de belladone, d'aconit; l'acide arsénieux, les sels roercuriels, l'iode, les sangsues appliquées à diverses reprises sur la tumeur, les pommades ou les cataplasmes résolutifs, la compression de la tumeur, etc. Quand la résolution doit s'opérer, on le reconnaît à ce que la tumeur diminue de volume; on continue alors le même moyen et on le répète, surtout si l'on observe la même diminution progressive. Mais si le squirrhe est trop ancien, si l'on a laissé à ses progrès le temps de suivre leur cours, il arrive une époque où tous les moyens du genre des précédents restent sans efficacité ; l'ablation, opérée selon l'art, est alors le seul procédé que l'on puisse mettre en usage si la tumeur est située dans une partie sur laquelle l'opération ne présente pas de danger. Dans la chienne, par exemple, le squirrhe des mamelles n'est pas très-difficile à opérer, parce que la peau du ventre de ces femelles est pendante et isole la tumeur. Mais l'opération est bien plus difficile dans la jument et présente plus de danger; il n'est même pas toujours prudent de la tenter, d'autant moins que la cavale qui est atteinte de la maladie peut souvent cbntinuer de travailler encore longtemps sans que cela nuise d'une manière bien sensible aux services qu'on est dans le cas d'exiger d'elle.

SQUIRRHEUX OU SQUIRREUX, EUSE fidj.

(ski-reu, eu-ze — rad. squirrhe). Pathol. Qui est de la nature du squirrhe : Tumeur squir-

RHEUSE.

SQUIRRHOGASTRIE ou SQUIRROGAS- TR1E s. f. (ski-ro-ga-strl — de squirrhe, et du gr. gaster, ventre). Pathol. Dégénération squirrheuse de l'estomac.

SQUIRRHOGASTR1QUE ou SQUIRROGAS- TRIQUE adj. (ski-ro-ga-stri-ke — rad. squir~ rhogastrie). Pathol. Qui a rapport à la squirrhogastrie.

SQUIRRHOSARQUE ou SQUIRROSARQUE

s. m. (ski-ro-zarr-ke — de squirrhe, et du gr. sarx, chair). Pathol. Endurcissement et épaississemenl du tissu cellulaire.

SQUIRRHOSITÉ ou SQUIRROSITË s. f.

(ski-ro-zi-té — rad. squirrhe). Pathol. Nature squirrheuse : Une tumeur qui a tous les caractères de la SQuirrbosité.

S RAM AN A s. m. (sra-ma-na). Ascète bouddhiste.

SREE-PADA, empreinte sacrée du pied dti Bouddha, qui se voit dans l'Ile de Ceylan, au sommet de la montagne de Samanala. ou pic d'Adam, à 8,420 mètres au-dessus du niveau de la mer. Comme tout ce qui touche au Bouddha, cette empreinte est gigantesque; ses disciples semblent avoir associé le développement du corps à celui de l'esprit, de même qu'ils attribuent la puissance à la multiplicité des nombres. Le pic d'Adam s'élève dans l'intérieur de l'île, a quinze lieues environ de la rade de Colombo, l'ancienne capitale ; c'est un pèlerinage sacré et méritoire que de gravir ce cône escarpé. Voici maintenant comment la légende explique le fait historique ou plutôt religieux qui rend sacré ce sommet. Gautama Bouddha, suivant les livres bouddhistes, avant de monter au ciel, aurait jeté du haut de cette montagne un dernier salut aux humains et marqué son dernier pas sur la terre d'une trace ineffaçable. Mais les habitants musulmans de Ceylan ont changé les personnages de la fable, et du pied du Bouddha ils ont fait celui d'Adam, ajoutant qu'après son exil du paradis Adam demeura sur cette cime, debout sur une jambe, à pleurer ses péchés, jusqu'à ce que Dieu lui en eût fait remise. Ce sont, sans doute, ces musulmans qui ont donné à ce pic le nom de pic d'Adam (ou Adam-Malay), nom qu'ont adopté tous les voyageurs ou navigateurs européens. La partie supérieure de la route, qui s'élève jusqu'au sommet de la montagne, n'étant formée que de lits de torrents à sec, le pèlerinage au Sree-Pada ne peut guère avoir lieu que pendant la saison sèche, de janvier à avril. Dans la saison des pluies, en avril et en mai surtout, lorsque les torrents descendent de la montagne, un grand nombre de pèlerins, ne pouvant plus ni avancer, ni reculer, ni trouver de refuge, périssent misérablement. L'ascension, même en la bonne saison, ne laisse pas d'être difficile, fatigante et périlleuse; elle serait même impossible sans les degrés que les rois singalais ont fait creuser dans le roc, ce qui n'empêche pas que des milliers de Singalais, vieillards, femmes et enfants, ne viennent faire leurs dévotions dans l'empreinte sacrée. Le roc, en certains endroits, est tellement à pic qu'on ne peut le gra-vir sans l'aide des chaînes de fer qui y sont attachées. La partie inférieure s'avance parfois au-dessus de la base de la montagne et i'œil du voyageur aperçoit la vallée au-dessous de lui à plusieurs milliers de pieds ; il arrive fréquemment à quelque malheureux suspendu sur le précipice d'être saisi par le vertige, de perdre la tête et de lâcher la chaîne; il tombe et se brise en pièces. Le sommet du pic est terminé par une plate-forme elliptique de 23 mètres de longueur sur 10 mètres de largeur, entourée

SRIV

d'une petite muraille de pierre , haute de im,60; le point culminant de cet enclos est un bloc de granit situé au milieu et dépassant de 9m,10 le sol environnant. C'est là qu'est le Sree-Pada. L'empreinte est un creux peu profond, long d'environ 5 pieds 3 pouces sur 2 pieds 7 pouces de largeur; elle est ornée d'un rebord en cuivra enrichi de pierres de faible valeur et surmontée d'un toit fixé au rocher par quatre chaînes de fer et tendu d'étoffes de couleur; ses bords sont parés de fleurs et de guirlandes ; tout le rocher est couvert de fleurs qui lui donnent un air de fête et de gaieté. « Certainement, dit le major John Davy qui visita Ceylan en 1817 et qui escalada le pic (ascension qui n'avait jamais été faite avant lui par aucun Européen), la cavité présente une ressemblance avec le pied humain ; mais, a coup sûr, si l'empreinte était réelle, elle ne donnerait pas une haute idée des pieds du Bouddha. J'ai lieu de croire que l'art a néanmoins aidé la nature ; car ayant détaché adroitement une petite portion des lignes saillantes qui figurent l'intervalle des tioigts, je lai trouvée composée do chaux et de sable semblables au mortier ordinaire, matière tout à fait différente du reste de la roche. »Un peu plus bas que l'empreinte, sur le même rocher, il y a une niche en maçonnerie, dédiée à Saman, divinité gardienne de la montagne; dans l'enclos, une petite hutte sert de demeure au prêtre officiant. Quand une bande de pèlerins arrive sur le pic, la cérémonie religieuse commence. Le prêtre, en robe jaune, se tient à côté du Sree- Pada et le visage tourné vers les fidèles rangés sur une ligne, les uns a genoux et les mains en l'air, les autres penchés en avant et les mains jointes; il récite les articles du symbole, que l'assistance répète avec lui. Après quoi , les pèlerins s'embrassent et échangent entre eux des feuilles de bétel. La cérémonie finit par des offrandes au Sree- Pada et à Saman, les uns présentant de petites pièces de cuivre, les autres des feuilles de bétel, ceux-ci des noix d'arec, ceux-là du riz ou des étoffes. M. Marshall, qui fit le voyage du pic en 1819, estime le produit des présents à 6,000 francs, somme importante pour le pays. Depuis, de nombreux voyageurs ont visité le pic d'Adam, notamment le major Forbes, qui séjourna onze ans dans l'Ile et publia un livre aussi intéressant qu'exact.

SREZNEFSKI1 (Izmaïl-Ivanovitch), philologue et professeur russe, né à Iaroslaf le 1er juin 1812. Il étudia à l'université de Kharkow, professa les sciences politiques pendant les années 1835 et 1836 et fut, pendant les deux années suivantes, professeur adjoint de statistique à l'université de Kharkow. En 1839- 1842, il voyagea à l'étranger et séjourna pendant quelque temps en Bohême.

De retour en Russie, il fut nommé professeur de philologie slave à l'université de 1 Kharkow et, à partir de 1847, à celle de Saint-Pétersbourg. L'Académie des sciences de cette dernière ville l'admit duns son sein en 1849. En 185S, il fut nommé doyen de la Faculté historieo-philologique. IL a publié un grand nombre de travaux philologiques, archéologiques, paléographiques et ethnographiques sur les Slaves.

SRI s. m. (sri). Mamm. Ancien nom de la musaraigne.

SRl-RANGA-PATANA, ville de l'Indoustan anglais. V. Seringapatam.

SRI-VACHTOUMAs. m. (sri-va-chtou-ma).

Sectateur de Vichnou.

— Encycl. Les sri-vachtoumas forment une secte de vichnouvistes ou dévots de Vichnou, qui est surtout nombreuse dans les provinces du sud de la presqu'île. Ils se distinguent par la figure appelée nahmam qu'ils se tracent sur le front; cette figure est formée de trois lignes, une perpendiculaire et deux obliques, réunies à leur base; la ligne du milieu est rouge, les deux lignes latérales sont blanches et tracées avec une espèce de terre appelée nahmam, d'où dérive le nom qu'on a donné a cette figure. Ce signe est symbolique ; les deux lignes blanches représentent masculi liquorem seminalem, et la ligne rouge, tracée entre les deux, femins fluxum menstruum. Outre le nahmam, on distingue encore les sri-vachtoumas uu costume bizarre qu'ils affectent de porter. Ce costume, qui rappelle celui d'Arlequin, se compose de toi- ] les teintes d'un jaune très-foncé, tirant sur . le rouge; d'une espèce de couverture piquée, ] faite de morceaux de toutes couleurs, qui se porte sur les épaules en guise de manteau ; d'un turban, qui offre aussi trois ou quatre couvertures entremêlées, et aussi, assez souvent, d'une peau de tigre qui descend des épaules jusqu'à terre. En outre, un long chapelet de grains noirs, gros comme des noix, s'entortille autour de leur cou. Enfin, les sri-vachtoumas ne se rencontrent guère sans deux objets qu'ils portent toujours avec eux, une plaque ronde de bronze et un gros coquillage en forme de conque ; ces deux objets leur servent à faire du bruit pour annoncer leur approche, car ils sont presque toujours en campagne et vont de village en village pour recueillir les aumônes dont ils vivent. Ces aumônes sont leurs seules ressources; mais loin d'être humiliés de cette triste condition, ils regardent comme un droit et comme un devoir inhérents à leur secte de recourir à la charité publique; on sait,

SSEM

d'ailleurs, que duns l'Inde, en général, toute personne revêtue d'un caractère religieux peut se livrer à cette même profession. Aussi ces bons apôtres ont-ils l'habitude de demander l'aumône avec audace et insolence. Quand on ne se hâte pas de leur donner, ils redoublent leur vacarme, poussent des hurlements, frappent avec frénésie sur leurs plaques de bronze et tirent de leur coquillage des sons assourdissants. Ils entrent quelquefois de vive force dans l'intérieur de la maison, cassent les ustensiU-s de ménage et renversent les meubles. Ordinairement, ces intéressants religieux chantent et dansent en demandant l'aumône. Leurs poèmes sont des espèces d'hymnes en l'honneur de leurs divinités et le plus souvent des chansons obscènes; plus ces dernières sont farcies de saletés, plus elles sont efficaces pour attirer les dons des auditeurs.

SSÉGINOPORIENS s. m. pi. (sé-ji-no-pori-ain). Zooph. Tribu de la famille des escharoïdes, comprenant des polypiers composés de deux étuges de cellules percées de fossettes spéciales.

SSÉ-TCHOUAN, province de l'empire chinois. V. Szu-Tchouan.

Sse-Cbou (les), nom des quatre livres classiques dans lesquels est renfermée la doctrine morale et politique de Confucius. Dans le premier, qui est le Ta-Hio ou le Livre de la grande étude, il y a un texte appelé King ou livre par excellence, qui est de Confucius lui-même; mais les commentaires sont de son disciple Taông-tsin ; le second livre, Tchoungioung. ou V Invariabilité dans le milieu, a été mis en ordre par Tsin-sse, petit-fils et disciple de Confucius; le troisième, le Lun-Yu ou Entretiens philosophiques, est composé de pensées du philosophe, recueillies par ses différents disciples; le quatrième porte le nom de Ming-Tsin (Mencius), le plus célèbre disciple de Confucius, dont il rapporte les pensées et les opinions (v. dans ce dictionnaire l'article Chine, paragraphe Philosophie chinoise, tome IV, page 136). Les Sse-Chou ont été traduits par M. G. Pauthier dans les Livres sacrés de l'Orient, et publiés en 1 vol. chez Charpentier. Une traduction latine du Ta-Hio a été imprimée avec le texte chinois en 16GÏ à Kian- Tchan-Fou; elle est l'œuvre du Père Ignace de Costa. Le Tchoung- Young a été traduit également en latin parle Père Intorcetta. Une traduction latine des trois livres de Confucius a été publiée à Paris dans un volume qui porte le titre de Confucius Sinarum phitosophus, dans lequel ont été insérées les deux traductions du Ta-Hio et du Tchoung-Young que nous venons de mentionner. Le Père Noël a donné en nu une traduction des quatre livres, à laquelle il a joint celle du Mao- King ou de ['Obéissance filiale et du Siao-Mo ou de la Petite étude, sous le titre de Sinensis imperii libri sex ; cette traduction latine du Père Noël a été traduite en français, en 1784, à Paris, pur Pluquet, sous ce titre : les Livres classiques de l'empire de Chine. Manmann a publié à Serampooro, en 1809 et en 1814, une version du Ta-Hio et du premier livre du Lun-Yu. On doit a M. Abel Rémusat une traduction française et latine publiée dans les Notices des manuscrits (t. X). M. Stanislas Julien a traduit en latin le livre de JÙing-Tsin, à Paris, en 1824-1829. Le Lun-Yu a été traduit en allemand par M.Schott(1832), et M. David Collie a traduit les quatre livres en anglais à Malacca (1828). Enfin, avant de publier sa traduction complète en français, M. Pauthier avait publié, en 1837, le Ta-Hio avec une version latine. Pour plus de développements, v. Confucius et Mencius.

SSB-MA-KOUANG, historien chinois, né vers 1013, mort en 1086. A dix-neuf ans, il obtenait le plus haut grade des lettrés et sa réputation de savoir lui valut l'admission aux emplois publics. Successivement gouverneur d'une ville frontière, censeur public, historiographe de l'empire , conseiller impérial , président de l'Académie impériale de Han- Lin, il fut nommé ministre en 1086, quelques mois avant sa mort. Son principal ouvrage, longtemps classique dans son pays, a pour titre : Tseu-Tchi-Toung-Kian (Miroir universel à l'usage des gouvernements), et il a été traduit en français par le Père Mailla (Paris, 1777, 12 vol. in-8»). On lui doit encore un petit poème , très-populaire en Chine , intitulé le Jardin de Sse-Ma-Kounng.

SSE-MA-THAN, historien chinois du no siècle avant J.-C. 11 fut l'un des savants appelés, auprès de Wou-ti, de la dynastie des Han, pour travailler à la restauration des lettres. 11 reçut dans les années kian-youan (de 140 à 135 av. J.-C.) le titre de taï-sse-ling, qu'on peut rendre par celui de premier historiographe. Il fut placé à la tête d'une commission chargée de rechercher et de soumettre à un examen critique les ouvrages importants qui avaient survécu à la destruction des livres ordonnée par Chi-Choang-ti et qui se trouvaient dispersés dans toute la Chine. Sse-Ma- Than mourut après avoir mis en ordre un certain nombre d'ouvrages d'une grande importance, tels que les chroniques de Confucius, les commentaires de Tsokhieou-Ming et ses discours historiques, etc., mais sans avoir eu le temps de terminer tous les travaux qu'il avait projetés. Il eut pour fils Sse-Ma-Thsian.

SSE-MA-TCHINGou SIAO-SSEMA (le petit Sse-Ma), historien chinois de la fin du vt8 et

STAA.

du commencement du vue siècle, né dans le pays de Honei. Il composa un opuscule intitulé San-hoang-pen-ki , destiné à servir de complément à YHistoire de Sse-Ma-Thsian ; deâ Mémoires, en 30 livres, connus sous le nom de Sou-yin (Recherches des choses cachées), et plusieurs morceaux, tels que préfaces, etc., tm'on trouve dans les éditions ordinaires du Sse-Ki.

SSE-MA-TSIAN, historien chinois, né à Long- Men, province de Chen-si, en 145, mort vers 80 avant J.-C. Il était taî-sse-ling ou principal historiographe de l'empire. A3'ant généreusement pris la défense d'un général-vaincu par les Huns, il subit une mutilation cruelle et fut condamné à un bannissement perpétuel, mais il rentra en grâce plus tard et fut appelé à la cour de l'empereur Won-ti. Ssema-tsian est l'auteur du fameux livre intitulé Sse-Ki (Mémoires historiques), tenu en si grande vénération par les Chinois. La Bibliothèque nationale en possède une édition en 32 volumes.

SSI s. m. (si — mot japonais). Bot. Nom vulgaire du fruit d'une espèce d'oranger sauvage qui croit au Japon, il Nom vulgaire de la gardénie florifère ou jasmin du Cap.

SSIO a. m. (si-o — mot japonais). Bot. Un des noms du camphrier du Japon.

ST! STl interj. Sert à appeler, à attirer l'attention : StI st! venez ici tout de suite. (Acad.) StI paix/ rangeons-nous chacune immédiatement contre un des côtés de la porte, (Mol.) St! st! ramassez vite, et sauvez-vous. (Beaumarch.)

Si .' si ! un mot : comme amis l'un de l'autre, Buvez a ma. santé, je rais boira à la votre.

Boursault.

STAAFF(Perdinand-Nathanaël), officier et littérateur suédois, né à Stockholm en 1823. Il entra dans l'artillerie en 1841, puis passa dans l'ètat-major (1853) et fut chargé de professer la langue et la littérature française à l'Académie militaire de Carlberg. Promu major, il fut peu après nommé attaché militaire à la légation de Suède et de Norvège à Paris (1862), et depuis lors il a été lieutenantcolonel. Pendant son passage à l'école de Carlberg, M. Staaf fit paraître un intéressant Cours de littérature française, depuis l'origine jusqu'à nos jours, comprenant des introductions, des notices biographiques, des extraits de prosateurs et de postes (Stockholm, 1859- 18û2, 3 'vol., divisés en cinq cours) et la Poésie française contemporaine (1864, in-S°), avec des notices, citations et appréciations. M. Staaf a profité de son séjour en France pour refondre en partie son Cours de littérature, qu'il a publié à Paris sous le titre de Littérature française depuis la formation de la langue jusqu'à nos jours. Lectures choisies (1865-1873, 3 vol. in-S°). L'auteur a suivi notre langue dans ses évolutions, en se dégageant de toute influence d'école et en ne reculant devant aucune investigation. Ce n'est pas seulement à la France, mais à la Belgique, à la Suisse romande, à l'ancienne Savoie, à tous les pays où l'on parle notre langue qu'il a demandé des témoignages directs de l'affinité d'esprit qui les rattache à la France. M, Staaf a fait une très-large part aux auteurs contemporains, et si ses lectures choisies offrent un cours excellent de littérature classique, elles offrent aussi, par des extraits caractéristiques, des éléments d'appréciation sur le talent et la valeur des écrivains qui, de nos jours, jouissent d'une assez grande notoriété.

STAAL (Charles de), général russe, né à Reval (Esthonie) le 11 septembre 1577, mort à Moscou le 28 février 1853. Entré jeune au service, il devint officier sous Catherine II et se distingua dans les campagnes de Souvarow en Suisse et en Italie, en 1799. 11 assista à la bataille d'Austerlitz en 1805; en 1807 à celles d'Heilsberg et de Friedland; en 1813 à celles de Lutzen, Bautzen, Dresde, Kuhn et Leipzig; en 1814 à celles de Brienne et de Moiumirail. Après la paix, il se retira du service et n'y rentra que plusieurs années plus tard , devint aide de camp du grand-duc Constantin et gouverneur de la Russie méridionale. Sa belle conduite lors de l'épidémie du choléra à Moscou, en 1830, lui valut la nomination de lieutenant général, commandant de Moscou et chef de l'hôpital général militaire. En 1S39, il remplaça le prince Galitzin comme chef du gouvernement de Moscou. En 1S40, il fut appelé au sénat. En 1843, il reçut le titre de général, mais il continua d'exercer ses fonctions de gouverneur.

STAAL DE LAUNAY (baronne de), femme connue comme auteur de Mémoires pleins d'esprit et de finesse, née a Paris en 1693, morte en 1750. Son père était peintre et n'avait pas d'autre ressource que ses pinceaux ; un beau matiD , obligé de fuir la France à cause de quelque fredaine, il abandonna sa tille, tout enfant encore. Elle fut recueillie par la supérieure du prieuré de Saint-Louis de Rouen. C'est dans cette communauté que fut élevée l'orpheline, que s'épanouit son esprit enjoué, charmant et qui, tout es gardant ses qualités, deviendra net, ferme et élevé.

Son éducation était à peine terminée qu'elle perdit sa protectrice; la supérieure

STÀA.

du monaslère^de Saint -Louis mourut, et Miia de Launay une fois encore se trouva abandonnée sans ressource , dans la misère. C'est alors qu'elle entra au service de la duchesse du Maine, en qualité de femme de chambre; c'était vers l'automne de l'année 1711. Elle avait donc environ dix -huit ans.

Mais avant d'aller plus avant, donnons le portrait de celle qui vient d'entrer par l'escalier de service dans cette petite cour de Sceaux et qui en sortira par l'escalier d'honneur. Ce portrait, c'est elle-même qui l'a tracé avec une franchise de pinceau à laquelle nous ont peu habitués les femmes écrivains : « Launay, dit notre héroïne, est de moyenne taille, maigre, sèche et désagréable. Son caractère et son esprit sont comme sa figure; il n'y a rien de travers, mais aucun agrément. Sa mauvaise fortune a beaucoup contribué a la faire valoir. La prévention où l'on est que les gens dépourvus de naissance et de bien ont manqué d'éducation fait qu'on leur sait gré du peu qu'ils valent. Elle en a pourtant eu une excellente, et c'est d'où elle a tiré tout ce qu'elle peut avoir de bon, comme les principes de -vertu, les sentiments nobles et les règleâ de conduite, que l'habitude à les suivre lui a rendus comme naturels. Sa folie a toujours été de vouloir être raisonnable, et, comme les femmes qui se sentent serrées dans leur corps s'imaginent être de belle taille, sa raison l'ayant incommodée, elle a cru en avoir beaucoup. Cependant elle n'a jamais pu surmonter lit. vivacité de son humeur, ni l'assujettir du moins à quelque apparence d'égalité; ce qui souvent 1 a rendue désagréable à ses maîtres, à charge dans la société et tout à fait insupportable aux gens qui ont dépendu d'elle. Heureusement la fortune ne l'a pas mise en état d'en envelopper plusieurs dans cette disgrâce. Elle a rempli sa vie d'occupations Sérieuses, plutôt pour fortifier sa raison que pour orner son esprit, dont elle fait peu de cas. Aucune opinion ne se présente à elle avec assez de clarté pour qu'elle s'y affectionne et ne soit aussi prête à la rejeter qu'à la recevoir; ce qui fait qu'elle ne dispute guère, si ce n'est par humeur. Elle a beaucoup lu et ne sait pourtant que ce qu'il faut pour entendre ce qu'on dit sur quelque matière que ce soit et rien dire de mal à propos. Elle a recherché avec soin la connaissance de ses devoirs et les a respectés aux dépens de ses goûts. Elle s'est autorisée du peu de complaisance qu'elle a pour ellemême a n'en avoir pour personne; en quoi elle suit son naturel inflexible, que sa situation a plié sans lui faire perdre son ressort. L'amour de la liberté est sa passion dominante, passion très-malheureuse en elle qui a passé la plus grande partie de sa vie dans la servitude. Aussi son état lui a-t-il toujours été insupportable, malgré les agréments inespérés qu'elle a pu. y trouver. Elle a toujours été fort sensible à l'amitié, cependant plus touchée du mérite et de la vertu de ses amis que de leurs sentiments pour elle ; indulgente quand ils ne font que lui manquer, pourvu qu'ils ne se manquent pas à eux-raeraes, »

On sait quelle vie on vivait à Sceaux, dans co petit royaume, dans ce Versailles de la femme du bâtard préféré de Louis XIV.

Mlle de Launay fut la confidente de la belle-fille du grand roi ; si elle est de moitié avec Malezicux et Genest dans le plan des comédies qu'on joue à Sceaux et de moitié dans leur composition, avec eux aussi elle partage « l'honneur • d'écrire les billets doux qu'adresse sa maîtresse au président de Mesmes, au cardinal de Polignac, à La Motte ou même à M. le duc, son frère. On sait que ces amours entre frère et sœur étaient assez communs dans la famille de Condé, mais que, pour se venger, ce semble,jle toutes ces complaisances, Mi'e de Launay peint au vif cette princesse ; certes, elle ne lui marchande pas l'éloge ; elle lui accorde le talent de bien dire, qui lui était particulier, la justesse, la netteté, la rapidité, le naturel dans l'expression, mais fait ressortir tout ce qu'elle avait de capricieux, de fantasque, tout ce qu'il y avait dans son esprit, qui, au premier abord, semblait celui d'un enfant, d'ambition démesurée et de profond égoïsrae. « Mlle de Launay, dit Sainte-Beuve dans son étude sur la duchesse du Maine, qui n'est peut-être pas mise encore à son rang comme moraliste, me représente un La Bruyère femme, placé dans l'alcôve de sa princesse ; elle ne dit pas tout, mais elle voit tout, et, en mesurant ses paroles, elle ne fait que graver ses observations dans un tour plus concis et ineffaçable. » Un peu plus loin et à propos du portrait qu'a fait notre héroïne de celle qui à son tour est sur son chevalet, le critique ajoute : « Vous verrez cette enfant gâtée de soixante ans et plus, à qui l'expérience n'a rien appris, car l'expérience suppose une réflexion et un retour sur soiTmême ; vous la verrez jusqu'à la en appeler la foule et la presse autour p'elle, et à ceux qui s'en étonnent elle répondra : 1 J'ai le > malheur de ne pouvoir me passer des cho- 1 ses dont je n'ai que faire. » 11 faut que chaque chambre de ce palais d'Armide soit remplie, n'importe comment et par. qui; on y craint, avant tout, le vide. »

Pour faire connaître les Mémoires de M11* de Launay, nous allons donner un portrait de la duchesse du Maine, qu'il faudrait transcrire tout au long, tant il est complet et

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achevé et tant elle y résume respècc'entièr© dafl3 la personne du plus curieux individu.

« Mmc la duchesse du Maine, a l'âge de soixante ans, n'a encore rien acquis par l'expérience; c'est un enfant de beaucoup d'esprit; elle en a les défauts et les agréments. Curieuse et crédule, elle a voulu s'instruire de toutes les différentes connaissances, mais elle s'est contentée de leur superficie. Les décisions de ceux qui l'ont élevée sont devenues des principes et des règles pour elle, sur lesquels son esprit n'a jamais formé le moindre doute ; elle s'est soumise une fois pour toutes. Sa provision d'idées est faite ; elle rejetterait les vérités les mieux démontrées et résisterait aax meilleurs raisonnements, s'ils contrariaient les premières impressions qu'elle a reçues. Tout examen est impossible à sa légèreté, et le doute est un état que ne peut supporter sa faiblesse. Son catéchisme et la philosophie de Descartes sont deux systèmes qu'elle entend également bien.

» ... L'idée qu'elle a d'elle-même est un préjugé qu'elle a reçu comme toutes-ses autres opinions. Elle croit en elle de la même manière qu'elle croit en Dieu et en Descartes, sans examen et sans discussion. Son miroir n'a pu l'entretenir dans le moindre doute sur les agréments de sa figure; le témoignage de ses yeux lui est plus suspect que le jugement de ceux qui ont décidé qu'elle était belle et bien faite. Sa vanité est d'un genre singulier; mais il semble qu'elle soit moins choquante parce qu'elle n'est pas réfléchie, quoique, eu effet, elle ea soit plus absurde.

» Son commerce est un esclavage, sa tyrannie est à découvert; elle ne daigne pas la colorer des apparences de l'amitié. Elle dit ingénument qu'elle a le malheur de ne pouvoir se passer des personnes dont elle ne se soucie point. Effectivement, elle le prouve. On la voit apprendre avec indifférence la mort de ceux qui lui faisaient verser des larmes lorsqu'ils se trouvaient uu quart d'heure trop tard a une partie de jeu ou de promenade. »

Mlle de Launay resta fidèle à celle dont elle reconnaissait les grands défauts; elle resta près d'elle jusqu à sa mort, pendant près de quarante ans, et, de même qu'elle avait partagé ses plaisirs, elle subit sa mauvaise fortune. Un jour que le prince, son mari, lui montrait la traduction qu'il venait de faire d'un chant de Y Anti-Lucrèce du cardinal de Polignac, elle lui dit : « Vous verrez qu'un beau matin, en vous éveillant, vous seaez de l'Académie française et que M. le duc d'Orléans sera régent du royaume. » La moitié de la prédiction s'accomplit, le duc d'Orléans fut régent. C'est alors que la petite duchesse du Maine, en les veines de qui circulait le sang du grand Condé, ourdit la folle conspiration qui la fit jeter en prison (1718). M11» de Launay fut enveloppée dans sa disgrâce et enfermée à la Bastille, d'où elle ne devait sortir que deux années après.

Ici se place un épisode charmant dans la vie assez peu accidentée de AJ'lo de Launay, charmant et très-poétique, un peu romanesque aussi. Pour voisin de prison dans cette tyrannique, morne et noire Bastille, elle a un tout jeuue chevalier, nommé de Mesnil. Pas n'est besoin de savoir pour quelle peccadille des parents avaient fermé sur lui la porte pesante de la prison. MLte de Launay entend sa voix, et ù sa voix au timbre sonore et doux, elle le juge jeune; elle entend ses plaintes; l'intérêt lui vient au cœur pour le captif, bientôt l'amour; si bien qu'un soir l'aveu en sort de ses lèvres pour aller jusqu'aux oreilles de l'amant inconnu. Bientôt un commerce do lettres s'établit, et c'est le gouverneur lui-même de la Bastille qui sert de messager. Commerce plein de douceurs, plein de charme en son demi-mystère, si bien que M11*! de Launay redoute que sa mise en liberté ne vienne malencontreusement l'interrompre, • Je suis plus heureuse que vous, mon cher voisin, écrivait-elle au chevalier de Mesnil ; le désir de la liberté ne me tourmente point; non, je la prise moins que vous ne faites; mais je prétends (ne vous effrayez pas du paradoxe) que, bien loin de l'avoir perdue, c'est ici que j'ai trouvé la véritable, celle qui ne dépend pas d'une porte ouverte ou fermée, mais de l'affranchissement de la tyrannie que le monde et tout ce qu'il contient exerce sur nous. Quelle erreur de se croire libre dans des lieux où non - seulement nos moindres actions dépendent de cent égards différents, mais où nous n'osons même penser à notre gré, ou nos sentiments prennent la teinture de tout ce qui nous environne, où la plupart des objets qui nous approchent semblent avoir le droit de nous séduire, où enfin nous ne jouissons point de nous-mêmes 1 Et je vous dirai que c'est ici que j'ai véritablement fait connaissance avec moi. Jusque-là je ne savais pas trop qui j'étais; je me prenais tantôt pour une personne, tantôt pour une autre. Je sais présentement a quoi m'en tenir, non-seulement sur cela, mais sur beaucoup d'autres choses; car, en se connaissant bien, on connaît le genre humain, chacun pouvant trouver en soi l'abrégé du monde entier. Je crois donc avoir acquis plus que je n'ai perdu; je le sens même, et le préjugé contraire est tellement vaincu qu'il n'ose plus paraître. Travailler aussi a vous en défaire entièrement et goûtons le plaisir

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de tromper le sort qui nous persécute, en faisant notre bien du mal qu'il nous a préparé. »

Ce fut là, sans nul doute, le plus çur des amours de MU» de Launay, le plus idéal à la fois et le plus vrai, le seul peut-être. Mais elle eut de douces, d'intimes liaisons avec de Silly, avec d'Hérieourt, avec Dacier, qui'aurait bien voulu lui donner son nom, avec Chaulieu, qui l'aima passionnément.

M1 le de Launay, au sortir de Vincennes, se lia avec M. de Staal, lieutenant aux gardes-suisses, plus tard capitaine, enfin maréchal de camp, et elle devint Mm» de Staal de Launay. Elle avait alors environ vingtsept ans.

Elle n'abandonna point pour cela le service do la duchesse du Maine, mais, plus libre dans son nouvel état, on la rencontre dès lors plus habituellement dans tous les salons célèbres du xvmc siècle.

Outre ses Mémoires (3 vol. in-12), on a publié de Mlle de Launay un volume renfermant deux comédies jouées à Sceaux, V Engouement et la Mode, et, en 1806, Ses Lettres au marquis 0e Silly et à d'Hérieourt (2 vol. in-12).

STAAVIA s. m. (stâ-vi-a — de Staaf, savant allem.). Bot. Genre de sous-arbrisseaux, de la famille des bruniacées , comprenant plusieurs espèces, qui croissent au Cap de Bonne-Espérance.

STAB s. m. (stab). Métrol. Mesure de longueur employée à Fribourg , et qui vaut

STAB AT s. m. (ata-batt — mot lat. qui signifie était debout , et qui commence une prose). Prose que l'on chante dans les églises catholiques pendant le carême et surtout la semaine sainte. Il Composition musicale , sur les paroles de cette prose : Les Stabat de Pergolèse , de Rossini.

— Encycl. Le Stabat mater est un chant religieux , conçu sur des paroles latines , comme tous ceux de l'Eglise romaine, et qui, dans le culte catholique, s'exécute généralement pendant le cours du carême et principalement le jeudi saint. On ne connaît pas d'une façon certaine l'auteur des paroles de cette prose ; quelques écrivains, entre autres Laborde dans son Essai sur la musique, les attribuent a un moine du xiv« siècle, nommé Jacopone, lequel, selon eux, en aurait aussi composé la musique; quelques autres, et parmi eux M. l'abbé Pascal, auteur du Dictionnaire de liturgie catholique, supposent que ces paroles sont l'œuvre d'Innocent III.

Le Stabat ne s'exécute pas toujours en plain-chant,et, comme beaucoup d'hymnes catholiques, il a servi de texte à un grand nombre de compositeurs, qui l'ont mis en musique. Parmi ceux-ci, il en est trois qui se sont particulièrement distingués à cette occasion, et les trois Stabat de Pergolèse, de Haydn et de Rossini sont surtout célèbres. Celui de Pergolèse est & deux voix (soprano et contralto), avec accompagnement de deux violons, alto, basse et orgue ; celui de Haydn est k quatre voix et orchustre; enfin, celui de Rossini, conçu dans le but d'employer toutes les ressources que l'art moderne met à la disposition du compositeur, est écrit pour quatre voix, solo, chant et orchestre. Nous devons constater qu'on ne parle plus beaucoup aujourd'hui du Stabat de Haydn, dont les symphonies et les oratorios sont considérés comme les vrais chefs-d'œuvre. Le Stabat de Pergolèse est resté célèbre, en dépit des critiques qui lui ont été adressées, et celles qu'on a voulu infliger au Stabat de Rossini n'ont pas empêché celui-ci de devenir fameux à son tour. Ces critiques portent principalement sur le caractère des deux œuvres, qu'on a dit appartenir plutôt au genre profane qu'au genre religieux ; mais une exagération manifeste s'est fait sentir dans ces appréciations. « Le Père Martini, dit M. Fétis, a fait au Stabat le reproche de renfermer des passages qui seraient mieux placés dans un opéra-comique que dans un chant de douleur; il en cite même qui rappellent des traits analogues de la Serva paarona , et l'on doit avouer que sa critique n'est pas dénuée de fondement ; toutefois, il est juste de dire que les exemples de cette espèce sont rares et que peu de compositions religieuses du style concerté sont d'une expression aussi touchaute que le premier verset du Stabat et que le Quando corpus. »

L'histoire du Stabat de Pergolèse, si célèbre autrefois dans toute l'Europe, ressemble en plus d'un point à celle du Requiem de Moaart, si fameux lui-même, et à juste titre. La voici, telle que nous la trouvons dans un livre trèsintéressant publié à Naples en 1840, les Memorie dei compositori di musica del regno di Napoli, par le marquis de Villarosa; nous traduisons textuellement : « La musique qui a rendu et qui rendra toujours immortel le nom de Pergolèse fut celle du Stabat mater, qu'il dut composer pour la congiégation de San-Luigi-di-falazzo, qui, se voyant obligés de répéter tous les vendredis de mars une composition du même genre de Scarlatti, le chargea de ce travail en promettant de le lui payer 10 ducats. On voit qu'à cette époque les récompenses étaient peu de chose, puisque, pour une somme aussi modique, un artiste acceptait d'accomplir un travail si il 11-

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portant. Pergolèse se mit donc en devoir d'obéir au désir exprimé par les frères et commença sa composition dans les conditions exposées par eux, c'est-à-dire avec deux voix (soprano et contralto) et deux, violons ; mais, >iyant été obligé de partir pour Rome, il la laissa de côté. De retour à Naples, dans un état de santé très-fâcheux, il se remit néanmoins à l'œuvre, quoique tourmenté par des fièvres intermittentes , qui finalement devaient dégénérer en une plithisie pulmonaire. Ce fut en vain que tous les secours de l'art lui furent prodigués; à bout de ressources, les médecins lui prescrivirent d'aller respirer l'air de Pozzuoli, et non celui de Torre-del- Greco, comme il a été dit ailleurs. Son état empirait de jour en jour, et cependant il continuait de s'occuper de la musique du Stabat; si bien que le célèbre maestro Prancesco di Feo, qui l'aimait tendrement, s'étant rendu auprès de lui pour avoir des nouvelles certaines de sa santé, lui reprocha de travailler ainsi, en lui disant que l'état dans lequel il se trouvait devait lui interdire toute espèce d'occupation. Mais le malheureux jeune homme lui répondit d'une voix presque éteinte qu'il ne pouvait se soustraire à la promesse qu'il avait faite l'année précédente, puisqu'il avait les 10 ducats, bien que su musique ne valût peut-être pas 10 baïoques. Feo, après s'être éloigné pendant quelques jours, étant revenu à Pozzuoli, trouva son ami plus mal que jamais, mais le pauvre moribond avait terminé son travuil et l'avait fait parvenir à sa destination. On peut dire, en vérité, que ce fut le chant du cygne, car peu de jours après il quittait chrétiennement la vie. Sa mort arriva le ig mars 1730, et le jour suivant il fut inhumé dans la cathédrale de Pozzuoli. »

Le même écrivain nous donne quelques détails sur les modifications qui furent introduites plus tard, par un autre grand artiste, dans la composition si renommée de Pergolèse : a Si la vie de ce jeune homme fut si courte, son nom n'en sera pas moins immortalisé par les sublimes travaux qu'il a laissés et principalement par son Statut mater, qui s'écoute toujours avec plaisir, malgré les changements qui se sont opérés dans l'art musical. Nous ne pouvons faire moins que da rappeler quo, dans ses dernières années, le célèbre Paesiello, qui s'était acquis une si grande gloire, crut accroître encore sa renommée en portant la main sur la musique du Slabat de Pergolèse, en changeant l'accompagnement de beaucoup de strophes et en y introduisant des instruments h vent. Beaucoup de gens applaudirent a cette nouveauté, sans se rendre compte qu'une composition de ce genre exigeait, non point du bruit, mais un simple accompagnement plaintif et émouvant. »

En îsii, lorsque parut le Stabat de Rossini, d'Ortigue publia, dans la Aevue de Paria, une étude d'où nous détachons ces lignes : • l.e Stabat de Rossini, nous ne faisons nulle difficulté d'en convenir, est une oeuvre plus brillante, aux formes plus variées et plus développées que le Stabat de Pergolèse, dont nous connaissons toutes les parties faibles, l'inégalité de style, la monotonie, si toutefois la monotonie est ici un défaut. Mais estce tout que la forme ? C'est de la vérité d'expression, de la sincérité d'inspiration qu'il s'agit; et nous persistons a soutenir que, sous ce rapport, l'œuvre de Pergolèse est bien supérieure à celle du maître moderne. Mais le Père Martini ne fait presque aucune différence entre le style de la Sema padroiia de Pergolèse et celui de son Stabat, et il a grandement raison. Ce qui veut dire que, si le Pèié Martini vivait tle nos jours, il prononcerait une condamnation semblable contre le Stabat de Rossini. Mais observons bien que la musique dramatique de notre époque est bien plus avant dans l'expression humaine et passionnée qu'elle n'était au temps de Pergolèse... »

Ceci revient a dire, en somme, que les deux Stabal sont deux oeuvres assez médiocres, ce qui, on en doit convenir, est assez l'avis de ceux qui n'affichent point un dilettantisme prétentieux et n'en sont pas inoins d'habiles connaisseurs. Ajoutons, d'ailleurs, que plusieurs pensent autrement et considèrent que Pergolèse et Rossini se sont assez convenablement acquittés de leur tâche. D'Ortigue, cependant, dans un second article, veut bien confesser que la production de Rossini n'est pas absolument dénuée de talent : « Il est évident, dit-il, que Rossini a fait tous ses efforts pour s'élever à l'inspiration religieuse dans trois des principaux morceaux de son Stabat ; mais tout le reste de l'œuvre rentre entièrement dans le genre dramatique, à tel point que l'on dirait des fragments d'opéra supprimés à. la représentation et ajustés aux paroles saintes. Des quatre artistes duThcâti-a- Italien chargés des solos, Tainbuiini est celui qui a recueilli le plus d'applaudissements. Il a rendu en chanteur, et l'on peut dire en acteur consommé, son air de basse, dans lequel brille un grand art de modulation, mais qui ne serait pas déplacé dans un opéra-buffa. Cet air se termine par un passage en triolets sur les mots Dum emisit ipiritum. L'air Cujus animam gementem, faiblement chanté par Mario, renferme aussi un point d'orgue sut les paroles Nati pœiuis inelyti. M'I» Grisi a dû son succès à quelques éclats de voix qu'elle a su placer habilement

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a la fin de son air avec chœur, Infiammatus. Le quatuor Sancla mater, istud agas, le plus beau morceau peut-être de !a partition sous le rapport musical, celui où l'on retrouve Rossini dans toute la grâce de ses inspirations, toute la fraîcheur et le charme de ses mélodies, a été peu goûté. Le mouvement en a été pris trop vite, et il faut dire aussi que les interprètes n'ont pas fait preuve de style et de largeur dans l'exécution. Il nous a paru que le public s'est montré beaucoup plus sensible à certains accents des chanteurs dans les sali, à certaines exagérations de débit et d'intonation, qu'à la musique elle-même. Du reste, la «physionomie générale de cette solennité était absolument celle d'une soirée ordinaire du Théâire-ltalieu. Il n'y avait de différent que l'heure, les costumes des exécutants et la langue dans laquelle ils chantaient. Aussi oserions-nous affirmer que Rossini riraliien tout le premier du sérieux avec lequel quelques critiques lui uttribuent la pensée d'avoir voulu faire une œuvre religieuse. Eh! bon Dieu! le grand maître a bien pris soin de nous détromper à cet égard par les titres qu'il a donnés h certuins morceaux du Stabat. Assurément une œuvre de musique sacrée peut se composer de récits, de duos, de quatuors, de chœurs; mais où a-t-on vu jusqu'à présent se glisser dans une partition religieuse les mots de finale et surtout de cavatine? Rien n'est plus loin de notre intention que de vouloir engager une polémique au sujet de ce Stabat. Nous ne prétendons point soutenir que la musique sacrée de notre époque s'écarte du style alla Palestrina. Nous prétendons encore moins que l'on doive remonter à la forme exclusivement propre à l'Eglise, le plain-chant. Une pareille absurdité n'est jamais entrée dans notre esprit. Nous avons dit, au contraire, que la musique religieuse appropriée à notre siècle n'était pas encore trouvée, et nous avons ajouté qu'il ne saurait exister de véritable musique religieuse hors de la tonalité ecclésiastique. Mais le point sur lequel nous insistons, et que l'on nous accorde d'ailleurs généralement, c'est que, à l'exception de deux ou trois morceaux, qui, en effet, sont écrits dans un style plus grand et plus élevé que les autres, l'œuvre de Rossini, par son ensemble, sa couleur, ion inspiration dominante, relève entièrement de la musique mondaine et théâtrale. Or, si, en musique, l'expression du sentiment religieux, qui a pour objet Dieu ut l'infini, ne diffère nullement de l'expression du sentiment humain, qui a pour objet les créatures terrestres, nous ne savons plus, en conscience,, que penser et de la musique et de l'art, et de la vérité dans l'art. »

Avant de mettre en regard de cette critique le passage suivant que nous empruntons à M. Kétis, disons que Rossini serait bien excusable d'avoir fait de la musique dramatique dans son Stabat, car, étant donné que la foi l'inspirait fort peu, il ne lui restait guère qu'à peindre, pour le cas qui nous occupe, la douleur d'une mère qui pleure son enfant. Ceci dit, et toutes nos réserves. faites sur la valeur du Stabat dont il s'agit, donnons la parole à M. Fétis: « Rossini avait dit à plusieurs de ses amis, lorsqu'il écrivait pour la scène, que la musique d'Eglise serait plus tard l'objet de ses travaux ;| cependant il semblait avoir renoncé a la réalisation de cette promesse, lorsque Troupenas la lui rappela par la demande du Slabat mater. On a vu quel fut le succès de cet ouvrage; son effet ne s'est pas affaibli après plus de vingt ans; car, lorsqu'il est convenablement exécuté, il fait toujours éprouver de vives impressions à l'auditoire. Quelques critiques en ont blâmé le style, trop dramatique pour l'Eglise ; toutefois, il ne faut pas considérer l'ouvrage a ce point de vue ; car le maître ne s'est pas proposé d'en faire la séquence des vêpres de la sainte Vierge, mais d'en prendre le texte pour un oratorio ou plutôt pour une cantate religieuse destinée à des concerts spirituels. Tous les morceaux n'en sont pas également bien réussis; mais l'introduction [Stabat mater), l'air de ténor (Cujus animam yemenlem), le quatuor (Sancla mater) et l'air de soprano avec chœur (Infiammatus) sont d'une beauté achevée. De plus, tout cet ouvrage est empreint d'un caractère d'originalité incontestable. ■

Puisque nous avons donné l'historique du Stabat da Pergolèse, il ne nous semble pas sans intérêt de rappeler ici un incident qui a signalé l'éclosion de celui de Rossini, d'autant plus que cet incident a donné naissance à une lettre assez curieuse et assez verte du maître, qui le peint dans ses allures et dans ses habitudes familières. Rossini avait écrit sou Stabat à l'incitation et sur la demande d'un grand personnage, don Manoel Per Blindez Varela, archidiacre de Madrid, ex-commissaire général de la C'rozada, etc., auquel il avait envoyé une copie de sa partition, avec un titre écrit de sa propre main. En retour, celui-ci lui avait fait présent d'une magnifique tabatière d'une valeur de 10,000 fr. Mais don Varela et ses héritiers ayant vendu le manuscrit du Stabat au profit des pauvres, un éditeur de Paris acheta cette copie et s'associa avec un confrère pour la publication de l'ouvrage. Un procès s'ensuivit, dans lequel l'éditeur, autorisé par Rossini, revendiqua ses droits en face des prétentionsétrangères et produisit, pour les l'aire valoir, divers documents, parmi lesquels se trouvait la Jet-

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tredont nous venons de parler, lettre écrite en un style très-familier, ainsi qu'on en peut juger : a Mon cher Troupenas, j'ai reçu votre lettre du 16 courant, et je vais m'occuper de suite à marquer tous les mouvements de mon Stabat au métronome, ainsi que vous le désirez. Dans une dernière lettre que je reçois de M. A..., je lis qu'il se fait fort de la copie qu'il possède pour menacer d'un procès, prétendant que le cadeau que j'ai reçu du révérend d'Espagne est pour lui un contrat de vente de ma part. Cela m'amuse beaucoup ; il menace aussi de faire exécuter dans un concert monstre, dit-il, le susdit Stabat. Si telle chose était pour se réaliser, j'entends par cette lettre vous donner procuration pleine et entière, afin que les tribunaux, la police empêchent de faire exécuter un ouvrage où il se trouve de ma composition. Par ce même courrier, je vous envoie trois morceaux que j'ai mis en partition ; il ne reste plus à vous envoyer que le dernier chœur final, que je vous enverrai la semaine prochaine. Tâchez de ne pas trop blaguer dans les journaux sur le mérite de mon Slabat. car il faut éviter que l'on se f.... de vous et de moi. Je vous envoie deux lettres de M. A,.., afin que vous connaissiez ses intentions, et cela, bien entendu, pour vous seul. H est bien encore que vous sachiez que je lui ai réi pondu que je n'ai jamais signé de contrat de vente avec-4e révérend Varela, que je ne lui ai que dédié, et que, du reste, la plus grande partie des morceaux ne sont pas de ma composition; que je suis prêt à poursuivre jusqu'à la mort, soit en France, soit à l'étranger, tout éditeur qui voudrait user d'escroquerie. »

Nous terminons, par la reproduction de cette lettre, l'histoire intéressante des deux Stabat de Pergolèse et de Rossini.

Nous donnerons, sur !a musique du Stabat, cmq morceauK : la première strophe en plainchant, deux morceaux de Pergolèse et deux de Rossini.

PLAIN-ClIANT.

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Andante.

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