LES RECUEILLIR ; INSTITUTIONS DE STATISTIQUE
Les chiffres sont de trois sortes : ou officiels, ou compilés, ou provenant de sources particulières. Les chiffres officiels proviennent des grandes investigations dont l'initiative appartient à l'autorité publique ou k une branche de l'administration, et qui sont effectuées par un corps d'employés dont ensuite on accepte le travail. « Il faut que ces chiffres, fait observer M. Moreati de Jonnès, poflr échapper à tout soupçon, soieni publiés avant les discussions publiques auxquelles ils doivent servir. Rien ne les d. crie plus que d'être préparés pour une occasion; ils perdent alors leur caractère historique et risquent de descendre jusqu'à celui de documents apocryphes. Dans notre temps, où la défiance du pouvoir est poussée à l'extrême, il n'est pas superflu de limiter la statistique ofnViclle à des chiffres seulement, sans aucune déduction de leurs conséquences; cette réserve est sans doute fâcheuse, puisqu'elle prive le pays de commentaires essentiels, qu'elle borne l'usage de lu statistique à un petit nombre d'adeptes, et que l'intérêt des publications ou même leur utilité pratique en est considérablement diminuée. Mais aussi l'autorité ne s'enguge-t-elle pas dans des interprétations et des assertions qui, quoique fondées, n'en pourraient pas moins être inopportunes ou indiscrètes? D'ailleurs, les chiffres, séparés de toute explication, n'en conservent que mieux leur indépendance et gardent bien plus sûrement, a l'abri de leur caractère mystérieux, le trésor de la vérité. Quant aux chiffres compilés par des auteurs quelconques dans les documents ofiuiels, ils exigent deux conditions de crédibilité qui leur sont absolument nécessaires : l'une est la citation précise des papiers d'Etat qui les ont fournis, à l'effet qu'on puisse au besoin les éclaircir ou lesvéritier; l'autre est le nom de celui qui en a fait l'emprunt, afin d'apprécier te degré de confiance qui lui est dû. Vouloir s'affranchir de ces deux conditions, c'est substituer à des témoignages dé-
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cisifs une opinion isolée et réduire des preuves indubitables à des assertions sans valeur. On dirait volontiers, en voyant la répugnance que quelques auteurs ont à citer les sources de leurs chiffres, qu'ils prétendent s'attribuer devant le public les travaux qu'ils ont recueillis, constatés et élaborés. >
Pour les chiffres d'une origine individuelle, on comprend facilement qu'ils ne peuvent porter que sur des sujets restreints, les particuliers n'ayant en général à leur disposition que des moyens beaucoup plus limités que les administrations publiques. Le nom de celui qui les produit, l'origine des chiffres, la manière dont ils ont été recueillis doivent être spécifiés avec soin, pour qu'ils puissent avoir une valeur sérieuse.
Revenons aux statistiques officielles. Il a été beaucoup discuté sur la manière dont doivent être organisées les institutions chargées de les élaborer. Deux systèmes sont en présence : le système usité en Fiance et en Prusse, où il existe un bureau central de statistique, dépendant de l'autorité ministérielle et pouvant se servir du personnel et des rouages de l'administration pour recueillir les chiffres, qui sont ensuite contrôlés et publiés par l'autorité; dans le second système, adopté par la Belgique, l'Italie, l'Espagne, des commissions spéciales de statistique sont organisées en corps scientifiques indépendants, travaillant avec l'aide, mais non sous la dépendiuice de l'administration. Ce système est le seul dans lequel il y ait quelque garantie contre les erreurs intéressées que des fonctionnaires trop zélés pourraient introduire dans certaines statistiques. Aussi devrait-il être préféré partout.
Du reste, le système suivi chez nous a déjà été modifié en 1852, et cette modification semble avoir eu ries résultats heureux. Voici, actuellement, comment les institutions officielles de statistique sont organisées en France :
Conformément au décret'de 1852, il existe une commission de statistique permanente dans le chef-lieu de chaque canton. Les membres de cette commission sont nommés par le préfet. Dans les villes qui ne comprennent qu'un seul canton, la commission de statistique est présidée par le préfet ou par le souspréfet. Dans les villes, chefs-lieux de département ou d'arrondissement, comprenant plusieurs cantons, il n'y a qu'une seule commission de statistique pour les divers cantons ; elle est présidée, suivunt les cas, par le préfet ou par le sous-préfet. Dans les villes où soit le préfet, soit le sous-préfet sont présidents de droit des commissions de statistique, ces fonctionnaires peuvent déléguer la présidence ; le préfet au secrétaire général de la préfecture ou au maire de la ville, au juge de paix du canton ou à un membre du conseil général; le sous-préfet au maire, au juge de paix ou à un membre du conseil d'arrondissement.
Chaque commission de statistique détermine l'ordre de ses travaux, sur la proposition de son bureau (art. I à 8).
A Paris et à Lyon, il existe une commission de statistique dans chaque arrondissement communal. Cette commission est présidée par le maire.
Les commissions de statistique sont chargées de remplir et de tenir à jour, pour les communes de la circonscriptiun cantonale, les tableaux qui leur sont adressés par le ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics (art. 9).
Les préfets dans ^arrondissement cheflieu, les sous-préfets dans les autres arrondissements, peuvent dissoudre les sociétés de statistique cantonales qui s'occuperaient de questions étrangères au but de leur institution. Les dépenses de matériel auxquelles peuvent donner lieu les travaux de statistique sont à la charge de la commune cheflieu de canton.
Différents ministères ont un bureau spécial pour la statistique. Le ministère de la justice a le bureau de la statistique civile et criminelle. Il y a, au ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, le bureau de la Statistique des chemins de fer et le bureau de la statistique des mines; au ministère de la guerre, le bureau de la statistique de l'Algérie; au ministère des finances, le bureau de la statistique des douanes et des contributions indirectes.
D'autres ministères publient également des travaux de statistique périodiques. Ainsi, le ministère de l'intérieur publie tous les cinq ans un rapport sur l'état des chemins vicinaux, leur nombre, leur longueur en kilomètres, etc. Le ministère de la marine pu-
l'e classe
2« elasse
30 classe
4« classe
se classe * . 1,130
Totaux 2,000 hectares
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blie la statistique des bagnes , le compte général de l'administration de la justice dans les colonies françaises, etc.
Les commissions de statistique relèvent du bureau de la statistique générale, qui fait partie du ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, et qui s'occupe de la population, de l'agriculture, de l'industrie, etc.
Parmi les travaux des commissions , dit M. Maurice Block, la statistique agricole est une des plus difficiles et des plus importantes; c'est celle qui a donné lieu aux instructions les plus nombreuses et les plus détiiillées. Il en est notamment une, adressée aux commissions de statistique le 30 novembre 1854, dont nous croyons devoir donner ici un extrait :
« Le questionnaire quinquennal avait prévu deux manières de recueillir les renseignements agricoles demandés aux commissions.
Elles consistaient : la première, à fane une enquête au domicile de tous les cultivateurs de la localité; la seconde, à évaluer la production totale de chaque commune, à l'aide d'un certain nombre d'expériences faites avec le plus grand soin et reposant, autant que possible, sur des pesages et des mesurages.
» Il a été reconnu que le premier de ces deux modes. d'expertise présente des inconvénients sans compensation. En effet, d'une part, beaucoup de cultivateurs se contentent encore aujourd'hui de ne connaître qu'approximaiiveinent le chiffre de leur récolte, sans se rendre compte, en outre, des frais de production ; de l'autre, ils se croient intéressés, jour éviter une prétendue augmentation d'impôts, à rester, dans leurs déclarations aux commissions, notablement au-dessous de la vérité. Je ne saurais perdre de vue, d'ailleurs, que les déplacements fréquents qu'impose aux membres des commissions le système de l'enquête à domicile peuvent être à la fois onéreux et fatigants. I! me semble donc préférable de réserver ce procédé d'information pour un petit nombre de cas Spéciaux (par exemple, pour le recensement quinquennal des animaux et pour tous autres renseignements qui ne pourraient être obtenus par de simples évaluations) et de suivre à peu près exclusivement celui que vous recommandait déjà ma circulaire précitée du 1er juin 1853.
» Je crois devoir vous faire connaître ma pensée sur la manière dont il pourrait être appliqué. MM. les membres des commissions commenceraient par relever l'étendue affectée dans chaque cummune aux diverses cultures, en s'assurant que l'ensemble de ces relevés concorde aussi exactement que possible avec le total des surfaces cultivées fourni par le cadastre, dont un extrait est habituellement déposé aux mairies. Cette opération préliminaire, base de tout le travail, est la seule qui exige quelque déplucemiint et des soins particuliers; elle devrait être faite en mai ou en juin. L'étendue des surfaces consacrées à chaque nature de culture ayant été reconnue sur le terrain, il devient facile d'évaluer, après la récolte, le rendement des divers produits agricoles, soit d'après des expériences personnellement faites par ceux des membres des commissions qui dirigent une exploitation rurale, soit d'après des données recueillies auprès d'un certain nombre d'agriculteurs placés dans les conditions voulues pour fournir des renseignements dignes de foi.
» Les expériences à faire par les membres des commissions consisteraient simplement à peser ou à mesurer le produit de quelques parcelles d'une étendue déterminée de terres de toutes classes et à établir ainsi un rendement moyen général. En multipliant ensuite ce rendement moyen par la superficie totale cultivée de la commune, telle qu'elle a été relevée sur le terrain, on aurait le chiffre approximatif de sa production totale.
» Le résultat obtenu par ce procédé se rapprocherait encore plus de la réalité si l'on pouvait suivre la méthode exposée dans le questionnaire quinquennal et que je crois devoir reproduire ici : La terre sera divisée en plusieurs classes, et plus ces classes seront nombreuses, plus les chances d'erreur seront ré mites. On établira ensuite avec soin le produit moyen de chuque classe en pesant, par exemple, ou en mesurant la récolte de I hectare (ou de 50 ares) comme type pour chaque classe. Enfin, on multipliera le nombre d'hectares, puis on additionnera les résultats. On obtiendra ainsi la production totale, qui, divisée par l'étendue totale, donnera pour quotient le produit moyen.
» Supposons ou'on ait trouvé les chiffres suivants (circulaire du 30 novembre 1854) :
50 hectares, à 30 hectol., font 1,500 hectol. 25 — 3,000 —