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forma l'armée de Châlons, il fut attaché a, l'ètat-major du maréchal de Mac-Mahon.
Chargé de fournir à ce dernier tous les renseignements nécessaires sur la marche du prince royal de Prusse, il adressa des circulaires partout où il pouvait être renseigné, reçut un grand nombre de dépêches et chargea deux agents de police, nommés Rabasse et Miès, d'essayer de se rendre auprès du maréchal Bazaine pour obtenir des nouvelles de l'armée de Metz et de revenir communiquer ces nouvelles à l'armée de Châlons. Le colonel Stoffel suivit l'année jusqu'à Sedan, parvint h. s'échapper et revint à Paris. Pendant le siège, il fut chargé de l'armement et de la défense du plateau d'Avron, qu'il dut évacuer le 29 décembre 1870, et il ramenaalors son matériel à Paris. A cette époque, il conçut une vive irritation contre le général Trochu, qui avait refusé de le nommer général de brigade. Sous le gouvernement de M. Thiers, le colonel Stotfel fit paraître : Rapports sur les forces militaires de la Prusse (1871, in-8<>) et Rapports militaires écrits de Berlin de 1886 à 1870 (1871, in-8°). Des parties de ces Rapports avaient déjà paru uans Papiers et correspondance trouvés aux Tuileries, Ils montraient que M. Stolïel y avait fait preuve d'une grande clairvoyance en indiquant à son gouvernement ce qui faisait la force de l'urinée allemande, ses armements formidables, sa puissante organisation, et ce qui devait faire notre faiblesse en cas de conflit armé. Le gouvernement impériul, en ne tenant aucun compte de ces avertissements, avait donné la preuve complète de son inepte et incurable aveuglement. Cependant, dans la préface que le colonel Stoffel mit en tête de ses Rapports militaires, ce qu'il attaqua aveu une virulence sans pareille, ce ne tut point l'Empire, cause de nos désastres, ce furent tous ceux qui, après l'eifondrement de cet odieux régime, entreprirent, dans une situation désespérée, de sauver l'honneur de la France. On le vit insulter ses supérieurs de tous grades, adresser a l'année les reproches les plus amers, humilier et maltraiter sou pays, traiter de la façon la plus ignominieuse le gouvernement de la Défense, parler de l'Assemblée nationale dans les termes les plus irrévérencieux et accuser de mensonge le chef du pouvoir exécutif. Cette préface, dans laquelle l'auteur se montrait, en revanche, enchanté de lui-même et de l'Empire, rit grand bruit et lui valut un blâme sévère du ministre de la guerre. Après avoir montré à l'armée l'exemple de l'indiscipline, il ne lui restait plus qu'a quitter l'armée et a demander sa retraite. 11 n'en fit rien et, par décret du 16 août 1872, il fut mis d'office à la retraite par le président de la République. Lors de l'élection partielle qui eut lieu dans le département de la Seine le 27 avril 1873, pour nommer un député à l'Assemblée nationale, les légitimistes et les bonapartistes, ayant ii leur tête le duc de LaRochefoucauld-Bisaccia et M. H. Chevreau, choisirent pour leur candidat le colonel Stoffel. Celui-ci accepta la candidature dans une lettre où il disait : « Je suis soldat1, je parle en soldat, j'agirai en soldat. » Bien que chaleureusement recommandé par les deux partis coalisés, il n'obtint qu'une piteuse minorité de 27,000 voix, pendant que ses concurrents, MM. Barodet et de Rémusat, candidats républicains, avaient, le premier 185,000 voix, et le second 130,000. Le procès du maréchal Bazaine vint peu après appeler l'attention publique sur M. Stotfel. Dans son remarquable rapport sur cette affaire, le général Séi'é de Rivière tut amené à chercher ce qu'était devenue la dépêche du 20 août 1870, adressée au maréchal de Mac- Mahon par Bazaine, et qui n'était point parrenue à son adresse, bien que, d'après l'accusation, elle eût été remise au colonel Stoffel uar les agents Rabasse et Miès, dont nous ivons parlé plus haut. « Interrogé sur ce point, dit le rapport, le colonel Stoffel s'est rejeté d'abord Sur un défaut de mémoire, puis 1 a contesté la possibilité d'un pareil inciient. Pressé de plus près, il a nié, mais d'une nanière très-embarrassée. L'ensemble si ac- ;ablant des preuves ne laisse aucun doute sur ce point. Le colonel Stoffel a intercepté la dépêche adressée au maréchal. Maintenant, est-il admissible qu'il ait osé prendre sur lui un pareil détournement? On ne saurait s'arrêter un moment à cette pensée. Evidemment, il a du recevoir des ordres à cet effet. De qui les tenait-il î Qui pourrait le dire? » Le 4 novembre 1873, M. Stoffel comparut comme témoin devant le conseil de guerre qui jugeait Bazaine. Les explications qu'il donna au sujet de la dépêche ou plutôt du paquet de dépêches que lui avaient remis les agents Rabasse et Miès furent telles, que le général Pourcet, commissaire du gouvernement, posa des conclusions tendant à le poursuivre, « attendu qu'il résulte de présomptions suffisantes, dit-il, qu'il s'est rendu coupable d'avoir, dans les journées du 22 au 27 août 1870, détruit, soustrait ou lacéré volontairement des dépêches adressées au maréchal de Mac- Mahon. • Ce jour même, dans sa déposition, le colonel, ayant parlé en termes outrageants du rapport fait par le général de Rivière, fut cité devant le tribunal correctionnel de Versailles comme s'étant rendu coupable d'outrages envers un magistrat dans l'exercice de ses fonctions, et condamné, le 13 novembre suivant, à trois moia de prison. Un conseil do guerre spécial, institué pour faire une enquête
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au sujet de la frimeuse dépêche rendit, en 1874, une ordonnance de non-lieu, « motivée, d'après une note du gouvernement, insérée dans le Journal officiel du 19 octobre 1874, sur ce considérant, que les faits relevés à la charge de M. Stoffel ne tombaient pas sous le coup d'un texte précis de la loi. > M. Stoffel a publié sous ce titre : la Dépèche du 28 août du maréchal Bazaine au maréchal de Mac-Mahon (1874, in-32), une brochure dans laquelle il s'est attaché à se justifier de l'accusation portée contre lui et où il prend à fiartie avec un véritable emportement tous es membres du conseil de guerre qui ont jugé Bazaine. „
STOFFLER, astronome allemand. V.Stœf-
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STOFFLET (Nicolas), général vendéen, né à Lunéville en 1751, fusillé à Angers en 1796. Fils d'un meunier, il servit quinze ans dans le régiment de Lyonnais, en sortit simple caporal et devint garde-chasse de son colonel, le comte Colbert de Maulevrier, riche propriétaire de l'Anjou. En mars 1793, il se plaça à la tête des paysans de Maulevrier, qui s'insurgèrent contre la Convention à l'appel des nobles et des prêtres, et concourut à l'attaque de Cholet, sous les ordres de Cathelineau (14 mars). Stofflet se fit remarquer deux mois plus tard à la prise de Fontenay, dont il rej çut le commandement, contribua au succès I du combat de Sauinur et se distingua telle- | ment à l'attaque de Montgaillard, où il décida i la défaite de Westermarm, qu'il fut nommé, , le 15 juillet 1793, major général de l'armée royaliste et catholique. Grièvement blessé au combat de Doué, il n'en coopéra pas moins à j l'infructueuse attaque de Chàtillon (8 et 9 octobre), puis commanda l'aile gauche aux ba- ] tailles de Cholet et de Beaupréau, où les royalistes furent battus et contraints de re- , passer la Loire. Stofflet reçut alors le coni- ; mandement des forces vendéennes dans l'Anjou et le haut Poitou. Le 26 octobre, il con- ; tribua au succès remporté à, Laval sur les républicains , puis prit part à l'attaque de j Granville et entra dans la Bretagne, où il ; parvint à maintenir la discipline dans ses j troupes découragées. Marceau lapant at- ' taqué près de Dol, il fut mis en fuite et contraint de se réfugier dans cette ville, où il j repoussa deux attaques. A la bataille du Mans, le 14 décembre , voyant que les siens i pliaient, il fut un des premiers à. donner le signal de la fuite, traversa la Loire et essaya de reconstituer l'armée dispersée. La mort de La Rochejaquelein (4 mars 1794) permit à Stofflet de s'emparer du commandement en chef, que personne n'osa lui disputer. Le mois précèdent, il avait pris, perdu et repris Cholet. Voulant universaliser l'insurrection, par un arrêté du il mars il enjoignit, sous peine de mor.t, a tout habitant de l'Anjou et du Poitou, âgé de moins de cinquante ans, de se rendre à son armée pour combattre, puis il signa à Jallais, avec Charette et Bernard de Alarigny, une convention en vertu de laquelle les trois chefs devaient combiner leurs opérations avant d'agir. Marigny, ayant attaqué peu après La Châtaigneraie sans en prévenir ses collègues, fut traduit par Stofflet devant un conseil de guerre et fusillé. Débarrassé de Marigny, l'ambitieux Stofflet, que poussait, du" reste, un intrigant, l'abbé lieinier, résolut de perdre Charette, qui pouvait contre-baluncerson pouvoir. Il l'empêcha à deux reprises de remporter de grands" suci ces, la première fois à l'attaque de Saint- Florent, en s'éloignant au moment décisif, la seconde fois à Chalans, en ne venant pas à son aide, ce qui changea la victoire en défaite. Une profonda mésintelligence ne cessa depuis lors de régner entre les deux chefs. Charette ayant demandé à Stofflet des explications sur sa conduite dans ces deux affaires, celui-ci lui fit répondre par l'abbé Bernier dans des termes qui mirent à son comble l'irritation du vaincu de Chalans.
Le despotisme de Stofflet, ses mesures de rigueur, le caractère atroce qu'il avait imprimé à la guerre, la création de 6 millions oe papier-monnaie avec cours forée lui aliénèrent la pius grande partie des Vendéens. Charette lunça contre lui un manifeste, et, voyant l'impossibilité de prolonger la lutte dans l'état de division où se trouvaient les insurgés, il conclut à La Jaunaie avec les républicains le traité du 17 février 1795. Stofflet, furieux, voulut continuer la guerre. Il rit de nouveaux décrets contre les habitants qui ne viendraient pas se placer sous ses ordres, mais se vit abandonné par presque tous ses officiers et ne put réunir que 5,000 à 6,000 hommes. Dans cette situation, d'après les conseils de l'abbé Bernier, il négocia la . paix uvec tes commissaires de la Convention (2 mai 1795) et obtint, outre 2 millions pour frais de guerre, le droit d'entretenir aux frais du Trésor 2,000 gardes territoriaux. Quelque temps après, le comte d'Artois envoya en Vendée le marquis de Rivière, chargé d'amener entre Stoftiet et Charette une réconciliation qui fut de peu de durée, car Stofflet fut vivement blessé de n'être nommé que maréchal de camp pendant que sou rival recevait le grade de lieutenant général avec le cordon rouge. Le soulèvement projeté avorta, et Stofflet se rendit auprès de Hoche, à qui il promit de ne plus faire la guerre contre la République (12 septembre 1795). Mais, dès le commencement de l'année suivante, à
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l'instigation du comte d'Artois qui le nomma lieutenant général, il lança une proclamation dans laquelle il appela de nouveau les Vendéens aux armes et qui se terminait ainsi : a Vous me distinguerez dans les combats aux couleurs que portait Henri IV. » Malgré tous ses efforts, il ne put réunir dans l'Anjou que quelques centaines d'hommes, et, voyant que le mouvement avortait, il demanda à Hoche une nouvelle entrevue pour lui faire une soumission définitive. Le général républicain, connaissant la mauvaise foi du chef insurgé, résolut d'en finir avec lui. Il fit poursuivre Stofflet, qui se cachait et qui fut arrêté dans une ferme, avec son aide de camp Lichtenheim. Conduit à Angers, il fut traduit devant une commission militaire, condamné à mort et fusillé. Stofflet était brave , énergique, mais sans instruction , vaniteux , ambitieux a l'excès, cruel, et il se fit détester de tous. STOGAY s. m. (sto-ghè). V. natiguay.
STOÏCIEN, IENNE adj. (sto-i-si-ain, i-è-ne. — V. stoïque). Philos. Qui suit la doctrine de Zenon : Philosophe stoïcien, ii Qui appartient, qui a rapport à la doctrine de Zenon : La philosophie stoïcienne est la plus haute conception de l'esprit humain, et, dans le paganisme, la seule religion des grandes âmes. (Villem.) Suivant l'école stoïcienne, le souverain bien, c'est la vertu. (E. Saisset.) La philosophie stoïcienne, acquise par l'étude de la sagesse, est une sainte et belle chose. (G. Sand.)
— Qui a la fermeté, l'égalité dame des philosophes stoïciens : Je ne suis pas plus stoïcien que vous, mais il ne faut pas se laisser abattre comme vous faites.
— Ecole stoïcienne , Ecole philosophique fondée par Zenon.
— Substantiv. Philosophe de la secte de Zenon : Les stoïciens prétendent constituer l'àme de leur sage dans un état impassible et imperturbable. (Boss.) Selon le principe des stoïciens, une seule vertu imprimée dans le cœur d'un sage le conduit nécessairement à toutes les autres. (J.-J. Rouss.) Il ne suffit pas de croire avec les stoïciens que la douleur n'est point un mal, il faut être convaincu qu'elle est un bien, pour s'y résigner. (M"" de Staël.) Les stoïciens sont peut-être les plus grandes figures de la vertu gui aient paru sur la terre. (P. Lanfrey.) La doctrine des stoïciens, au lieu de faire un sage, n'en faisait que la statue. (Balz.) On apprend la vertu avec les stoïciens. (P. Leroux.)
Graves stoteiens, votre pompeux jargon Ne peut, dans Je péril, sauver votre raison.
— Par ext. Personne ferme, sévère, inébranlable ; C'est un vrai stoïcien. Il a souffert en stoïcien. (Acad.) La cuisinière est repoussante, les mets accommodés par elle seront probablement exécrables, mais l'air vif nous a affamés; nous acceptons en stoïciens. (Mme L. Colet.)
— Syn. Stoïcien, ■loique. Le premier de ces mots marque ce qui appartient de fait à l'école philosophique dont Zenon fut le fondateur; le second marque une simple conformité avec les principes attribués à ce philosophe. Un stoïcien est un philosophe qui professe le stoïcisme ; un homme siotgue est celui dont l'âme est tière et ferme comme le voulaient les stoïciens. Une vertu stoïque est toujours solide et sincère ; une vertu stoïcienne pourrait bien être fausse si le philosophe stoïcien qui l'affiche n'estqu'un hypocrite.
STOÏCISME s. m. (sto-i-si-sme. — V. stoïque). Philos. Philosophie de Zenon : Les principes du stoïcisme. Le stoïcisme était une doctrine morale et populaire. (Laeoidaire.) Le monde dut au stoïcisme trois cents ans du meilleur gouvernement qu'il connut jamais. (T. Delord.) Le stoïcismk o surtout été le ressort intérieur et énergique des révolutions du monde. (P. Leroux.)
— Par ext. Fermeté, austérité semblable à celle des stoïciens : Il a supporté sa disgrâce, son malheur avec un stoïcisme admirable. (Acad.) Il faut du stoïcisme dans plus d'une circonstance. (Volt.)
— Encycl. Comme le pyrrhonisme et l'épicurisme, le stoïcisme voulut trouver l'idéal du sage, mais il commença d'abord par établir une physique des plus compliquées. L'idée mère de toute la doctrine stoïcienne, c'est l'idée d'effort , de tension. Les seuls êtres de la nature sont les corps, mais les Corps sous la loi de la raison. Dans l'être actif tout est mobile, matériel, corporel; tout être est à la fois passif et actif, puisqu il est mû et qu'il se meut; il y a donc deux principes : l'un est la matière ou substance, l'autre est la cause qui modifie. Le principe actif, la cause, la force, est inséparable de la matière; pas de matière sans force, pas de force sans matière. De ce que la force est inséparable des corps et se meut, il s'ensuit qu'elle est corporelle ; elle pénètre la matière et remplit avec elle l'espace.
Il est un corps qui, à l'élément passif de la matière, unit la force la plus active, un corps assez subtil pour pénétrer partout sans obstacle ; c'est le feu. Des quatre éléments que distinguaient les anciens philosophes, deux sont passifs : la terre et l'eau; deux sont actifs : l'air et le feu ; mais, de ces deux derniers, le premier est le véhicule du second. Le feu porté par l'air est la force qui le meut et qui par lui meut tout. Et, en effet, il n'y a
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fias une partie de la nature où on ne trouve e feu; dans tous les êtres, c'est avec le feu que s'allume et que s'éteint la vie. Le feu d'ici-bas détruit; mais la vraie cause produit et conserve, et pour cela procède avec mesure, avec ordre, selon la règle d'un art; cette marche pleine d'art, c'est celle que suivent les astres formés du feu céleste, c'est celle qu'imprime aux plantes la chaleur du soleil. Dans le monde entier, le principe actif est donc un feu artiste.
Mais quelle est la propriété première de la cause? Pour Aristote, c'est la pensée pure. Pour les stoïciens, c'est l'effort ou la tension. Le mouvement n'est pas l'actuation, c'est l'acte même. Si donc le mouvement n'est pas purement passif, et si l'acte qui le cause n est pas séparé du mouvement, il reste le mouvement actif de l'effort. D'où il suit que la cause première est la tendance seule, se déterminant elle-même au sein de la matière. Si le feu est cause de tout, c'est que la tension est son essence. Heraclite expliquait la nature par un feu qui s'embrase et s'éteint tour a, tour ; c'est une image de la tension et du relâchement alternatifs de la cause première ; pour les stoïciens, le monde est résulté du relâchement de la nature divine. Toute la philosophie stoïcienne, inorale, physique et logique, n'est qu'un développement et une application de cette unique idée de la tension et du relâchement qui en est le contraire.
Dans tout corps on trouve deux qualités : la grandeur et la résistance; la grandeur résulte des distances ; les distances sont des lignes droites; la ligne droite est la tension la plus grande possible. La résistance résulte de la cohésion, de l'union de toutes les parties des corps naturels; par cette union ils résistent; résister, c'est faire effort. Or, pour maintenir uni un corps composé de parties hétérogènes, il faut quelque autre corps plus homogène et plus uni, le pénétrant en tous sens et le contenant dans sa propre tension. C'est l'esprit (spiritus). Ce qui le prouve, c'est la tension puissante, la vélocité, la dilatation facile des corps aériformes ; mais l'éther, matière de la lumière, est encore plus rapide ; l'éclair va plus vite que la foudre. C'est donc de la tension de l'éther et de la force impulsive qui en résulte que dérive toute tension. Or, l'éther se meut en ligne droite, à la fois en avant et en arrière; de là, la dilatation qui tend du centre a la circonférence et la condensation qui tend de la circonférence au centre. Dans les corps deux mouvements de tension : l'un, vers le dehors, produit les grandeurs et les qualités ; l'autre, vers le dedans, produit l'union et la substance, la matérialité. La forme résulte de l'esprit qui pénètre les corps. Dans les êtres inanimés, il ne fait que contenir les parties dans un ordre constant; dans la plante, c'est une cause génératrice; dans l'animal s'ajoutent les fonctions de l'âme ; les sens sont des esprits tendus du siège central de l'âme aux différents organes. Aussi, entre la veille et le sommeil, ia différence est celle de la tension et du relâchement; le relâchement porté jusqu'à la dissolution est la mort.
La sensation est une tension. En effet, sentir, c'est affirmer, juger. L'impression n'est qu'une affection passive. Sentir, c'est reconnaître la vision pour réelle, pour conforme à un objet. Par le sentiment seul on saisit, on comprend l'objet. L'appétit est une extension de l'âme vers un objet désirable; par la douleur l'àme se contracte; par la joie elle se dilate; là encore, tension et relâchement. L'esprit est essentiellement raison et volonté; en affirmant, il s'étend ; en niant, il se resserre. Le rapprochement comme l'enchaînement des idées est un travail qui est œuvre de volonté aussi bien que d'entendement; aussi la science est une habitude qui tient les idées unies les unes aux autres. La science est la fonction propre de la raison ; l'objet le plus élevé de cette faculté est donc l'unité complexe qui constitue la suite et l'ordre.
Mais, si la raison édifie la science avec les matériaux de l'expérience, ne doit-elle pas, dans ce travail, se diriger par des règles antérieures à l'expérience? En effet, nous possédons les anticipations , sortes d'idées innées; ce sont des commencements de pensée, les fondements de l'édifice. Cas anticipations ne sont que les commencements de toute espèce de savoir; il n'y a pas de domaine séparé pour l'intelligence et les sens. L'intelligence est la source des sens et elle est un sens elle-même. Ce sens est une sorto de toucher par lequel l'esprit éthéré qui est la substance de l'âme reconnaît et mesure la tension. Et c'est dans la conscience intime de cette tension essentielle de la raison, type et mesure de toute autre, par suite de tous les phénomènes possibles, que consistent sans doute les anticipations naturelles et innées, principes de toute science. Ainsi, ces principes premiers ne sont encore que le résultat d'une expérience antérieure d un ordre plus élevé , celle que l'intelligence a recueillie avant d'être unie a ce corps terrestre, et lorsque, pur éther et feu sans mélange, elle vivait de la vie des astres et du ciel.
La nature du principe dirigeant qui est la raison est de se connaître et de s'aimer. Tout être désire acquérir tout ce qui esc approprié à sa constitution et repousser tout ce qui y est étranger. Il tend au maintien de l'harmonie essentielle de son être. Comment?