STOK
STOÏQUE adj. {sto-i-ke — latin stoïeus, du grec stoïkos, de stoa, portique, seuil, qui se rattache sans doute au verbe staô, istêmi, je me tiens debout, de la racine sanscrite stha, se tenir debout , restée vivante avec une foule de dérivés dans toutes les langues de la famille indo-européenne. Les disciples de Zenon étaient appelés stoikoi, parce que Zenon enseignait la philosophie sous les colonnes du Portique). Qui tient de la fermeté, de l'insensibilité des stoïciens : Vertu stoïque. Mœurs STOÏQOBS. Cœur, âme, courage STOÏ- QUE. Maxime stoïque. (Acad.) Montesquieu.
a pour la nature romaine pure et antérieure à toute action chrétienne, pour la nature romaine stoïque, une prédilection qu'il ne dissimulera pas. (Ste-Beuve.) Contre des coups qui nous abattent, nous n'avons en nous-mêmes d'autre force qu'une résignation stoïque. (Laboulaye.) De mes stoïquet yeux des larmes ont coulé.
Voltaire.
Rien ne peut ébranler leur stoïque constance.
MÉRY et BaH.THLI.EM Y.
— Substantiv. Personne stoïque : Les stoïques ont feint qu'on pouvait rire dans la pauvreté, être insensible aux injures, à l'ingratitude, etc. (La Bruy.)
Le stoïque aux yeux secs court embrasser la mort;
Moi, je pleure et j'espère
A. Chénier.
— Syn. Stoïque, «lotclcn. V. STOÏCIEN.
STOÏQUEMENT adv. (sto-i-ke-man — rad.
stoïque). D'une manière stoïque ; avec le courage, la fermeté d'un stoïcien : Supporter stoïquement un malheur, une injure.
STOKE (Mélis ou Emile), poëte chroniqueur hollandais. Il vivait à Utrecht sur la fin du xih" siècle et au commencement du xiv« siècle. Il était prêtre et attaché au comte de Hollande Florent V. Il a publié vers 1283 une chronique rimée, qui s'étend depuis le comte Thierrl lor (885) jusqu'à la mort de Jean II (1305) ou à l'avènement de GuillautnelII. Une seconde édition de cet ouvrage a paru à La Haye en 1620, sous ce titre : Chronique d'un anonyme* Une troisième édition a été publiée par Corneille van Alkemade et une quatrième avec commentaire par Balthazar Huydecoper (1772, 3 vol. in-8<>).
STOKÉSIES. f. (sto-ké-zl -- de Siokes, botan. angl.). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des vernoniées, dont l'espèce type croît dans la Caroline.
STOKLE1T (Charles), comédien français, né à Cliehy-la-Garenne le 28 décembre 1766, d'une famille originaire de l'Alsace , mort à Paris le 16 mai 1849. On ignore la date de ses débuts au théâtre, mais on sait que, dès 1808, il était déjà, à l'Ambigu-Coinique, le plus ferme soutien de la pantomime historique ou romanesque. Quand le mélodrame triomphant vint remplacer la pantomime, il compta parmi les bons acteurs du boulevard. Il tenait généralement l'emploi des grands troisièmes rôles. On lui accordait volontiers un jeu franc et accentué. Ses créations ou ses principaux rôles, ce sont presque toutes les pièces en vogue de ce temps-là : la Forêt périlleuse de Fréogute , Cœlina ou l'Enfant du mystère, l'Homme à trois visages, la Femme à deux maris, etc. Il quitta l'Ambigu-Comique en 1827 et depuis cette époque il n'a plus reparu sur aucune scène parisienne. On a souvent confondu Charles Stokleitavec son ttls, dont nous donnons ci-après la biographie. C'est ce dernier qui est le plus connu.
STOKLE1T (Julien), comédien français, fils du précédent, né à Paris le 1" février 1793, mort dans la même ville en 1866. Elève de son père, il joua avec lui fort jeune à l'Ambigu-Comique, où, dès son premier début, il se fit remarquer par une grande aisance à porter la livrée. Sa meilleure interprétation fut alors Trapani, de la Sœur rivale. Il aborda ensuite, en 1819, l'emploi des troisièmes rôles-, il se tira à merveille de cette nouvelle transformation. « André, de CaMs,Valter, de Thérèse ou l'Orpheline de Genève, ont aequis à cet acteur, dit Guillaume le Flâneur [Petite biographie dramatique, 1821, in-12), le surnom de Sépulcral. « Le 8 mai 1821, il débuta au Théâtre-Français par Crispiu, du Légataire universel. Selon l'Ermite du Luxembourg (Maurice Alhoy), n Stokleit, dont le nom est encore en honneur au boulevard, n'a pas trompé l'espoir qu'on avait fondé sur lui. Certes il est loin deMonrose; mais il occupe après lui une place distinguée. • Cependant il ne parut que rarement devant la rampe, et, peu satisfait de représenter le personnage d'un notaire dans les Quatre âges de Mervitle 1822), il ne renouvela point son engagement. Il retourna à l'Ambigu, y resta à peine quelques mois et revint à la Comédie-Française où, en 1823, il se fit de nouveau applaudir dans Pasquin, du Jeu de l'amour et du hasard. Il espérait être reçu sociétaire ; mais trompé dans son attente, il quitta définitivement notre première scène et alla jouer pendant quelque temps à Bruxelles. De retour à Paris, il débuta brillamment le 7 novembre 1829 àl'Odéon, sous les traits de Turtufe, et sous ceux de Bellerose, des Comédiens, et d'Hector, du Joueur. Il interpréta tour à tour Figaro, du Mariage de Figaro, Arthur, de Luxe et indigence, Israël Bertuccio, de Marina Faliero, Bourdeuil, des Deux ménages, Delbar, de l'Enfant trouvé, etc. Il créa, avec non moins de
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succès, Desprez, dans Adrienne Lecouvreur d'Antony Béraud etValory; Lescaut, dans Manon Lescaut, de Carmouehe et de Courcy j Fontage, dans le Mari de ma femme de Rosier; Landy, dans Stockholm, Fontainebleau et Rome d'Alexandre Dumas ; Guillaume, dans Jeanne la Folle de Fontan ; Erasme, dans Nobles et bourgeois de Frédéric Soulié et Cave, etc. Après la faillite du directeur de l'Odéon en 1832, Stokleit parcourut la province et administra, en 1847, le théâtre de Chartres. Les événements de Février le ramenèrent k Paris, où le rappelaient d'ailleurs le grand âge et les infirmités de son père. Depuis lors il a renoncé au théâtre.
STOLA s. f. (sto-la — mot lat. dérivé du gr. stolè, même sens). Antiq. Robe que portaient les dames romaines, il Sorte de robe de cérémonie en usage chez les Mèdes et les Perses, il On dit aussi stole.
— Encycl. La stola était pour les dames romaines ce que la toge était pour les hommes de cette nation ; elle indiquait que la personne qui en était revêtue jouissait des droits de cité. La stola se portait par-dessus la tunica intima qui recouvrait immédiatement le corps. La stola était une tunique trèsample , quelquefois a longues manches qui allaient jusqu'au poignet, où elles s'attachaient au moyen d'agrafes. Il arrivait parfois qu'elles étaient ouvertes et ornées sur le bord de petits boutons. La stola était fixée au corps par deux ceintures, dont l'une passait sous le seiu et l'autre au-dessous des hanches, comme on peut le voir dans l'admirable Minerve de Velletri, dont la slola présente entre les deux liens qui la compriment une grande quantité de plis irréguliers. Ce qui constituait le caractère distinctif de la stola, c'était un ornement nommé instita, cousu sous la ceinture et traînant par derrière de manière à couvrir la partie postérieure des pieds depuis la cheville. C'est cet ornement que représente la longue queue, instita longa (Ovide), qu'il est facile de distinguer par derrière la figure antique qui, selon toutes les probabilités, représente Véturie, mère de Coriolan, d'après une fresque des thermes de Titus. 11 est à remarquer, dit M. Rich, que ni les lexicographes ni les archéologues n'avaient donné le vrai sens du mot instita, n'avaient dit ce que c'était au juste, quoique tous semblassent s'accorder k entendre par ce mot un volant cousu autour du bas d'une tunique pour en faire une stola, et c'était, quoique avec doute etsans grande conviction, l'opinion que l'on adoptait lorsqu'il fallait expliquer ce mot. Mais on a depuis examiné la fresque des thermes de Titus, qui jusqu'ici avait échappé à l'attention des savants ; on a remarqué le caractère tout particulier de cette espèce de queue traînant par derrière, qui est une pièce séparée, attachée sous la plus basse des deux ceintures, et ne faisant pas partie intégrante de la tunique j enfin, on a analysé plus soigneusement les textes d'Horace et d'Ovide indiqués ci-dessus et qui impliquent tous clairement que Vinstita n'était pas un ornement faisant le tour du bas de la robe, mais qu'elle tombait et traînait par derrière et cachait aux regards seulement la moitié des pieds, les talons ; de plus, l'image que présente un passage de Suice (Theb. VII, 654), où l'on voit une instita attachée sous lu tête d'un thyrse comme ornement {pampineo subnectitur inslitapilo), se comprend bien mieux dans le système où il s'agit d'une large bande d'étoffe. Les Grecs entendaient par stolê (<rtol.Ti) une espèce de tunique portée indifféremment par les hommes et par les femmes. Ennius emploie également le mot stola dans le même sens. Les altistes et notamment les musiciens portèrent plus tard la stola, comme on peut le voir par la statue d'Apollon conservée au Vatican , qui représente ce dieu vêtu d'une slola plus large en bas qu'en haut, de telle sorte que par derrière elle traînait à. terre comme si une instita y était attachée; cette robe portait communément le nom de stola ou de patla citharssdica. Nous voyons encore dans Apulée que certains prêtres se revêtirent plus tard de cette tunique.
STOLBERG (Christian, comte de), poëte allemand, né à Hambourg en 1748, mort près d'Eckenfœrde (Slesvig) en 1821. Après avoir étudié à l'université de Gœttingue, il devint bailli il Fremsbuttel, en Holstein (1777), et trois ans après donna sa démission pour se retirer dans ses terres, où il s'adonna aux lettres. On a de lui : Poésies lyriques (Leipzig, 1779, in-8°); Poésies traduites du grec (Hambourg, 1782) ; Drames avec chœurs (Hambourg, 1787); traduction de Sophocle (Hambourg, 1787, 2 vol.); Poésies patriotiques (Hambonrg, 1815,in-8<>).
STOLBERG (Frédéric-Léopold, comte de), poëte et historien danois, frère du précédent, né dans le Holstein en 1750, mort en 1819. Après avoir fait ses études à Gœttingue, il lit un voyage en Suisse et en Italie avec Gœthe et Lavater, fut ministre du duc d'Oldenbourg k Copenhague, à Saint-Pétersbourg et à Berlin et enfin devint directeur des finances du prince-évêque de Lubeek, En 1800, il abjura le luthéranisme pour embrasser la foi catholique. Le zèle qu'il montra à défendre les intérêts de la cour de Rome donna un grand retentissement k sa conversion. Il en a laissé une notice dans un ouvrage intitulé ; Nouvelles anecdotes chrétiennes, traduites en
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français en 1837. On lui doit : Histoire de la religion chrétienne (1806-1818, 15 vol. in-8»), livre savant, dont la propagande de Rome a fait faire une version italienne ; Traité de l'amour de Dieu, traduit par Duckett (1829, in-8») ; Vie d'Alfred le Grand d'Angleterre, traduite par Duckett (1831, in-go), plus des traductions en vers d'Homère, de Platon et d'Ossian.
STOLE s. f. (sto-le). V. stola.
STOLÉPHOREs. m. (sto-lé-fo-re — du gr.
stolê , robe ; phoros , qui porte ). Ichthyol. Genre de poissons, dont l'espèce type vit sur les côtes de l'île de France, et qui doit être réuni aux anchois.
STOLIDE s. m. (sto-li-de — du lat. stolidus, sot). Ornith. Syn. de noddis,
STOLIDOPHIDES s. m. pi. (sto-li-do-fi-de — du gr. stolis, robe ; ophis, serpent). Erpét, Famille de reptiles ophidiens.
STOLIFERE adj. (sto-li-fè-re — lat. stolifer ; de stola, robe, et de fera, je porte). Antiq. roro. Qui porte une stola.
— s. m. Nom donné par Voltaire k ceux qui portent des robes, comme les membres du clergé, de la magistrature et de la Faculté de médecine.
Stoliste s. m. (sto-li-ste — gr. stolistés ; de stolis, robe). Antiq. Nom donné par les Grecs au prêtre égyptien qui donnait l'enseignement religieux et choisissait les victimes.
STOLL (Maximilien), médecin illustre, né k Erzingen, en Souabe, le 12 octobre 1742, mort k Vienne le 22 mars 1788. Il avait fait ses études littéraires au collège des jésuites de Rotweil et s'était distingué de manière à faire désirer vivement k ses maîtres de le voir s'engager dans leur ordre. Ils l'y attirèrent en effet, et il entra dans la société en 1761. Il acheva ses études k Ingolstadt, et bientôt après il fut nommé professeur d'humanités dans l'université de Holl , en Tyrol. Stoll trouva le moyen de perfectionner et de faciliter l'enseignement des langues grecque et latine; ce fut un titre de défaveur près de ses supérieurs, et on le punit de ses tentatives progressistes en le reléguant dans un collège moins important. Il obéit et se serait résigné si un jésuite qui avait de l'affection pour lui ne lui eût révélé en mourant quelques articles secrets des constitutions de leur société, qui le décidèrent k quitter la robe. Après avoir suivi pendant une année, à Strasbourg, les leçons de la Faculté de médecine, il se rendit à Vienne, où il fut reçu docteur en 1772. ha gouvernement l'envoya aussitôt en Hongrie, où les maladies épidémiqu.es faisaient de grands ravages. De retour k Vienne, il fut chargé par Stoerk de suppléer Dehaen, auquel il succéda dans la chaire de médecine clinique. Ce fut l'époque du plus grand éclat de cette célèbre école. Une mort prématurée enleva Stoll k ses succès. Ses principaux ouvrages sont : Thèses inaugurales medicse (Vienne, 1772, in-4°); Partes II rationis medendi in nosocomio practico Vindobonensi (Vienne , 1778, in-8°) ; Aphorismi de cognoscendis et curandis febribus (Vienne, 1785, in-8°); Prxlectiones in diversosmorbos chronicos (Vienne, 1788, in-8°); De materia medica practica (Augsbourg, 1788, in-8").
STOLLE (Théophile), savant allemand, hé à Liegnitz (Silésie) en 1673, mort k Iéna en 1744. Il commença par exercer les fonctions de précepteur; puis il devint, sans transition, directeur du gymnase de Hildburgtuiusen.
Successivement professeur de science politique à Iéna, bibliothécaire de l'université, professeur de morale, il ouvrit encore des cours très-suivis sur l'histoire de la littérature et des sciences. Ses principaux écrits sont : Histoire de la morale chez les païens (Iéna, 1714, in-4°); Introduction à l'histoire de la médecine (Iéna, 1731, in-4°); Notice exacte sur la vie et tes écrits des Pères de l'Eglise des quatre premiers siècles (Iéna, 1733, in-40).
STOLLE (Louis-Ferdinand), littérateur allemand, né à Dresde en 1806. Après avoir étudié le droit à Leipzig, il s'adonna k la littérature, passa plusieurs années à Grimma, puis revint dans sa ville natale. Le recueil de ses Œuvres choisies (1860, 2« édit.. 24 vol.; nouvelle série, Plauen, 1862, 12 vol.) renferme des romans historiques, dont plusieurs, tels que 1813, VElbe et Waterloo, Napoléon en Egypte, le Nouveau César, etc., ont obtenu de nombreuses éditions; puis des romans comiques, excellents pour la plupart, entre autres les Pickwicks allemands et l'Héritage à Caboul; enfin un grand nombre de petites nouvelles. Toutes ces œuvres se distinguent par un style d'une élégance qui n'exclut pas la simplicité et par un comique de bon aloi. On doit encore au même auteur des Poésies (Grimma, 1847, 3e édit.), qui furent publiées avec ce sous-titre : Arbre de Noël allumé pour nos pauvres de la montagne, et dont le produit contribua efficacement k soulager la misère dans l'Erzgebirge ; un autre recueil de poésies intitulé : Les Palmes de la paix (Leipzig, 1866, 4« édit.) et une idylle champêtre , Un printemps à la campagne (Leipzig, 1865), qui est une de ses meilleures compositions. Il a en outre publié, de 1844 k 1862, une feuille politico-humoristique, le Barbier de village, qui a obtenu une grande popularité en Allemagne.
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STOLON s. m. (sto-lon — latin stolo; de la racine sanscrite sthal, tenir fortement, qui est alliée à la grande racine sthâ, se tenir). Bot. Ramification grêle et allongée, qui part du bas delà tige de certaines plantes et produit par intervalles , d'un côté des racines, et de l'autre des feuilles, comme dans le fraisier : Les cultivateurs emploient fréquemment les stolons pour suppléer aux semis des espèces qui en sont pourvues. (T. de Berneaud.) Les stolons se fixent au sol par de petites racines et servent à former de nouveaux individus. (F. Hœfer.) u Syn. de coulant.
— Anat. Stolon prolifère, Sorte de bourgeon qui, chez certains animaux inférieurs, donne naissance, sans fécondation, k un individu distinct.
— Encycl. Bot. Les stolons sont de petits rameaux latéraux, grêles et rampants qui s'étalent kla surface du sol et produisent, de distance en distance, d'un côté des racines adventives, de l'autre de petits bouquets de feuilles. On les appelle aussi coulants, filets, fouets ou rejets. Ils se distinguent des véritables tiges en ce qu'ils ne portent jamais de fleurs. Le fraisier, quelques renoncules, la bugle rampante, la saxifrage de Chine, l'agrostide traçante, l'élyme des sables en présentent des exemples familiers. Les cultivateurs emploient fréquemment les stolons pour multiplier les plantes qui en sont pourvues; on a remarqué toutefois que ce mode de propagation affaiblit la vitalité des plantes et diminue la production des fruits; c'est ce qu'on remarque dans les fraisiers propagés plusieurs fois de suite par ce moyen. Il est k remarquer que les plantes à stolons sont généralement recherchées par les animaux.
STOLON (Licinius), tribun du peuple k Rome en 376 av. J.-C. V. LrciNius.
STOLONE s. f. (sto-lo-ne). Bot. Syn. de
STOLON.
STOLONIFÈRE adj. (sto-lo-lli-fè-re — de stolon, et du lat. fero,j& porte). Bot. Se dit des plantes qui émettent des stolons : La plupart des plantes stolonifèrks ont des tiges ou des fruits très-recherchés par les animaux.
STOLONOM1E s. f. (slo-lo-no-mî — du gr. stolos, flotte; nomos, règle). Art d'équiper les flottes, il Vieux mot.
STOLTZ (Joseph-Alexis), médecin français, né a Andlau-au-Val (Bas-Rhin) en 1803. Son père, qui était officier de santé, le destina k ■ la carrière médicaleet l'envoya k Strasbourg, où il suivit les cours du collège, puis commença, dès l'âge de seize ans, l'étude de la médecine. Le jeune et laborieux étudiant devint rapidement aide de clinique, prosecteur d'anatomie, chef de clinique, et se fit recevoir docteur à vingt-trois ans. M. Stoltz s'adonna d'une façon toute particulière à l'obstétrique et à l'étude des maladies des femmes. Reçu agrégé en 1829, il devint, k la suite d'un concours en 1834, professeur d'obstétrique k Strasbourg, puis fut successivement président des jurys médicaux (1836- 1848) , directeur de l'école départementale d'accouchement (1846), doyen de la Faculté de Strasbourg. Il a été, en outre, membre du conseil municipal de cette ville et membre du conseil général du Bas-Rhin. Après l'annexion de l'Alsace k l'Allemagne (10 mai 1871), le docteur Stoltz voulut rester Français, et, lorsqu'en 1872 la Faculté établie k Strasbourg fut transférée k Nancy, il fut nommé doyen et professeur de cette Faculté. M. Stoltz a acquis la réputation d'un des plus célèbres accoucheurs de France. Il est associé de l'Académie de médecine de Paris, membre correspondant de la Société des naturalistes de Moscou, des Académies des sciences naturelles et médicales d'Heidelberg, d'Erlangen, de Bruxelles, etc., et officier de la Légion d'honneur. Outre un grand nombre d'articles, de mémoires et d'observations publiés dans les Archives médicales et la Gazette médicale de Strasbourg et dans divers recueils de Paris, on lui doit : Sur quelques points relatifs à l'art des accouchements (1826, in-8°), remarquable thèse de doctorat; Sur l'accouchement prématuré provoqué dans les cas de rétrécissement du bassin (1835, in-8°); Recherches sur l'opération césarienne (1836, in-8°); Mémoire sur les polypes du rectum chez les enfants (1841, in-8<>) ; Mémoire sur la hernie vagino-labiale (1845); Sur les fistules vésico-utérines (1847), etc. Citons encore de lui la traduction du Traité sur les grossesses douteuses (1829), de Schmitt de Vienne.
STOLTZ (Rose Niva, dame Lécuter, dite Rosine), cantatrice française, née en Espagne le 13 février 1813. Elle fut amenée fort jeune k Paris, où sa mère; portière d'une maison du boulevard Mont -Parnasse, fut longtemps connue dans son quartier sous le nom de la mère Noël. La coïncidence de son jour de naissance avec celui de la mort du duc de Berry lui valut la protection de la duchesse. Elevée au couvent des bénédictines de la rue du Regard, elle suivit en même temps, pour se conformer aux désirs de sa protectrice, les cours du Conservatoire. Les leçons de Choron lui permirent de figurer, de 1829 k 1832, aux concerts de la rue de Vaugirard, et ses succès dans le rôle de Rosine lui firent prendre le prénom qu'elle a depuis adopté. En 1834, elle fit un voyage en Belgique et en Hollande, débuta au théâtre du
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Parc, k Bruxelles, dans la Fille de Dominique et les Trois chapeaux , parut ensuite k Amsterdam, dans Tancredi, Otello, Il Barbiere, puis k Anvers, dans Alice, de Robert le Diable. Engagée au théâtre de la Monnaie, k Bruxelles, elle y obtint, de 1835 à 1837, une série de succès qui la firent appeler k l'Opéra de Paris, sur la recommandation de Nourrit. Ses débuts eurent lieu le 25 août 1838 par le rôle de Rachel, dans la Juive, et se continuèrent dans Valentine, des Huguenots, et la donna Anna, de Don Juan. En 1840, elle créa le rôle de Léonor, de la Favorite, écrit spécialement pour sa voix de contralto et qui est resté son triomphe avec celui d'Odette, dans Charles VI, et la reine de Chypre , dans l'opéra de ce nom. Après avoir, de 1838 k 1847, figuré dans plusieurs reprises importantes et abordé quelques créations assez heureuses; après avoir joui pendant ces neuf années, auprès du directeur de l'Opéra, M. Pillet, d'une autorité sans partage et peut-être sans exemple, elle éprouva, k la première ■représentation de Robert Bruce (1" mai 1847), l'échec le plus imprévu pour elle. Depuis ces neuf ans, elle régnait k l'Opéra presque a la manière des sultanes favorites du sérail, mettant tout son art à éloigner ou à faire tomber ses rivales, ne souffrant pas qu'un seul talent éclipsât le sien, et ses façons d'agir lui avaient attiré bien des haines. Elles éclatèrent ce soir-là. Robert Bruce n'est qu'une traduction do la célèbre Donna del Lago de Rossini; au second acte, l'héroïne, Marie, oppressée par sa tristesse, se lève et commence le bel O quanle lacrimel ■ A ce moment, raconte Th. Gautier, soit que l'émotion de chanter un air si célèbre troublât Mme Stoltz, soit qu'elle se ressentit encore de l'indisposition qui avait retardé la représentation de la pièce, sa voix se mit k baisser et descendit d'un quart de ton. Le public de Paris, qui est certes le plus doux et le plus poli de tous les publics, faisant sans doute la réflexion que M""» Stoltz, k peine relevée d'une fluxion de poitrine, ne péchait que par excès de zèle, n'eût donné aucune marque de désapprobation et n'eût protesté que par un froid silence, si les romains ne fussent venus tout gâter par des applaudissements intempestifs. Quelques chutl adressés plutôt aux optimistes gagés qu'à la cantatrice provoquèrent, de la part de ceux-ci, de nouvelles salves de la plus bruyante impertinence; les chut! redoublèrent, des sifflets vinrent s'y mêler. Pendant ce temps, Mln« Stoltz, pâle, hors d'elle-même, arpentait le théâtre avec des pas et des gestes convulsifs; elle paraissait vouloir quitter la scène. Quelques injures de la plus abjecte espèce lui avaient été, dit-on, jetées à bout portant de l'orchestre. Outrée de colère, elle dit, assez haut pour être entendue de toute la salle, tournée vers la loge directoriale : « Mais vous entendez bien qu'on m'insulte!... « C'est intolérable! Je suis brisée h» Puis, en se dirigeant vers la porte du fond, elle déchira sou mouchoir dans un accès de rage silencieuse et en jeta violemment les morceaux par terre. La pièce continua néanmoins, mai3 au milieu d'une émotion facile k comprendre. » Mme Stoltz déclara qu'elle ne chanterait plus à l'Opéra et prit sa retraite après une seule représentation d'adieu, où elle joua ht Favorite. La direction Pillet résigna en même temps son privilège en d'autres mains. Depuis lors, M11' Stoltz, qui touchait 60,000 francs par an k l'Opéra, ne s'est attachée k aucun théâtre. Engagée de loin en loin j pour quelques représentations seulement, sur les principales scènes de la province ou de l'étranger, elle y a chanté presque exclusivement ce rôle de Léonor, qui est resté son meilleur, et qu'elle fiit même appelée k reprendre encore k l'Opéra en 1856. Elle reparut aussi k cette époque dans le rôle de Fines, du Prophète; mais sa voix était entièrement usée. Cette même année, elle devint propriétaire de la petite salle des Délassements-Comiques; son intimité avec un pierrot qui porte un nom fameux k la scène, puis ses démêlés avec lui retentirent alors dans tous les journaux. Pendant son séjour à Bruxelles, en 1S35, elle avait épousé M. A. Lécuyer, de Rouen, mais k la condition de conserver son nom et sa liberté. Malgré cette latitude laissée aux deux époux, ils se séparèrent judiciairement au bout de quelques années.
Mme Soltz avait un talent d'une nature particulière, très -inégal et très-incorrect, mais plein d'énergie, de puissance et d'éclat. Sa voix de contralto n'était pas belle ni d'une remarquable étendue, et, bien qu'elle se soit vouée k des travaux incroyables pour arriver k corriger les défauts ou combler les lacunes de sa première éducation musicale, bien qu'elle ait réalisé d'étonnants progrès dans I art de phraser et de vocaliser, elle n'a jamais été ce que l'on pourrait appeler une cantatrice irréprochable et accomplie. Nerveuse, passionnée et violente, elle a presque toujours dépassé le but. Cependant, ni les détracteurs île son talent ni ses rivales même n'ont pu lui contester les qualités d'une grande artiste dramatique, et la place qu'elle a tenue k notre Académie de musique, elle l'avait conquise k force de volonté, de travail et de succès. Des amateurs disent encore aujourd'hui que, dans la Favorite, on n'apas entendu une deuxième Stoltz. Aux rôles créés ou repris par elle et que nou3 avons
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déjà cités, nous ajouterons : Ascanio, dans Benvenuto Cellini; Marguerite, dans le Lac des fées; Zaïda, dans Dom Sébastien de Portugal; Kstrella, dans V Etoile de Sdvilte; Desdémone, dans Othello; Marie Siuart, dans l'opéra de ce nom, etc.
STOLZE (Henri-Auguste-Guillaume), inventeur de la méthode de sténographie qui porte son nom, né à Berlin en 1798, mort en 1867. It était encore au gymnase de Joachiinsthal, dans sa ville natale, lorsque la mort de son père le réduisit, en 1813, à se livrer à l'enseignement privé, et il se vit ainsi forcé de consacrer ses nuits aux études nécessaires pour compléter sa propre instruction. Un emploi qu'il obtint au bureau de la Société d'assurance contre l'incendie de Berlin rendit sa position moins difficile; mais il n'en continua pas moins de donner des leçons et de travailler pour lui-même. Ces occupations multiples l'amenèrent à reconnaître Aa plus en plus chaque jour l'avantage que lui offrirait une manière d'écrire abrégée et rapide, et, à dater de 1820, il fit de la sténographie son occupation principale. C'est à lui que Ton doit l'introduction de l'étude de la sténographie dans les écoles et dans les universités de l'Allemagne et son emploi dans les écritures commerciales. Il fut chargé, en 1844 et 1845, par la Société polytechnique de Berlin, et en 1846 par les magistrats de cette ville, de faire un cours sténographique pour les employés et pour les instituteurs et devint, en 1848, sténographe de la seconde Chambre de Berlin, puis directeur du bureau sténographique de la seconde Chambre prussienne, dont on vante l'organisation modèle. Nous citerons, parmi ses ouvrages : Manuel théorique et pratique de sténographie allemande pour les écoles supérieures et pour l'enseignement sans maître (Berlin, 1841,2 parties, souvent réédité); Cours complet de sténographie (berlin, 1852, avec 80 pi. lithogr., souv. réédité); Manuel sténographique (Berlin, 1852); Guide de sténographie allemande (Berlin, 1867, 18e édit.).
StoiiiMifcis (mot à mot, en allemand, rocher superbe), célèbre château de Prusse, situé à peu de distance de Coblentz, sur un rocher à pic et boisé qui domine le Rhin d'une hauteur de 100 mètres. Construit au xiiic siècle par l'archevêque de Trêves, Arnold d'Isenburg, il devint la résidence ordinaire des successeurs d'Arnold. L'un d'eux, nommé Werner, y entretint, de 1380 à 1418, des alchimistes qui, sans trouver la pierre philosophale, firent faire quelques progrès a la chimie. La princesse Isabelle, sœur de Henri III d'Angleterre, avait logé à Stolzenfels dès 1235. Démantelé en 1688 par les Français, le château n'était plus depuis longtemps qu'une ruine imposante, quand, en 1823, la ville de Coblentz, qui en était devenue propriétaire, l'offrit au prince royal, dépuis roi sous le nom de Frédéric-Guillaume IV. Le prince l'accepta et chargea Schinkel de la restauration. Les travaux, commencés presque immédiatement, absorbèrent en moins de neuf années plus de 345,000 thalers. Frédéric-Guillaume vint loger à Stolzenfels dès 1842; mais la restauration ne fut achevée qu'en 1845. La même année, le vieux château reçut dans ses murs rajeunis la reine Victoria, le prince Albert, le roi et la reine des Belges et le grand-duc Frédéric d'Autriche. La restauration de Stol zenfels peut se comparer à celle de notre Pierrefonds. Sa décoration intérieure, inférieure peut-être en quelques détails, se rachète par un ensemble très-satisfaisant. Nous la décrirons brièvement.
Le rez-de-chaussée comprend quatre pièces princi pales : la chapelle gothique; la petite salle des Chevaliers, ornée de fresques semihistoriques, semi-allégoiiques, ainsi décrites par M. Joanne : « La Bravoure : le roi Jean de Bohême, dit l'Aveugle, se fait tuer a la bataille de Créey (27 août 1346) ; la Fidélité : Hermann de Siebeneicher se sacrifie pour sauver l'empereur Frédéric Barberousse que menaçaient des assassins guelfes: l'Amour : l'empereur Frédéric II reçoit sa hancée Isabelle Plantagenet, sœur de Henri III; la Musique : Philippe de Souabe et sou épouse Irène descendent le Rhin en bateau, entourés des plus fameux ménestrels de leur époque; la Persévérance : Godefroy de Bouillon suspend ses armes dans l'église du Saint- Sépuicre ; la Justice: Rodolphe de Habsburg établit la paix générale. » Cette salle, éclairée de fenêtres gothiques, est, en outre, ornée des portraits de saint Géréon, saint Georges, saint Maurice et saint Rheinhold. Après la petite salle, vient la salle des Chevaliers, longue de 16m,66, large de 10 mètres. Aménagée en musée historique, elle contient une collection de vieilles armures et la statue d'Arminius. Dans la petite salle d'armes, on conserve, entre autres curiosités, les épées de Napoléon, de Murât, de Kosciusko, de Tilly et de Bliicher; un stylet du duc d'Albe, etc. A ces pièces, il faut joindre la cour-jardin et la salle des Arcades.
Le premier étage de Stolzenfels est occupé par les appartements royaux, éclairés par des fenêtres à vitraux et décorés de tableaux de prix, parmi lesquels ii faut citer une excellente copie de Dombild de Cologne, par Backenkamp.
Trois tours principales flanquent Stolzenfels extérieurement : le Rauhethurm, la tour des Adjudants, la tour de la Vue. Cette drr-
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nière doit son nom au magnifique panorama dont on jouit de son sommet et qui embrasse à la fois la Marxburg, la chapelle blanche de Wenceslas, le Kœnigsstuhl, Oberlahnstein, les ruines de Lohneck, Coblentz, Ehrenbreitstein, les hauteurs de Valendar. Une grande fresque extérieure , visible pour les voyageurs qui passent en bateau sous les murs de Stolzenfels, représente le comte palatin Rupert, élu empereur d'Allemagne sur le Kœnigsstuhl et venant visiter l'électeur de Trêves. Cette fresque, dans le style de l'époque où était en vogue ce genre de décoration extérieure, est du peintre Lasinsky. STOMACACE s. f. (sto-ma-ka-se — gr.
stomakaké ; de stoma, bouche, et de kakos, mauvais). Pathol. Ulcération fétide de la bouche. 11 Nom donné quelquefois au scorbut.
— Enoycl. V. STOMATITE GANGRENEUSE.
STOMACAL, ALE adj. (sto-ma-kal, a-le — du lat. stomackus, estomac). Qui appartient à l'estomac: La digestion stomacale est acide, la digestion duodénale est alcaline, la digestion du côlon est ammoniacale. (Raspail.)
— Qui est bon, salutaire à l'estomac : Vins
STOMACAUX. Poudre STOMACALE. (Acad.)
STOMACHIQUE adj. (sto-ma-chi-ke — du lat. stomachus, estomac). Anat. Qui appartient à l'estomac : Veines stomachiques. Il Peu usité ; on dit gastrique.
— Méd. Qui est bon pour l'estomac : Elixir stomachique. Les amers sont stomachiques.
— Substantiv. Substance stomachique: Le vin vieux est une substance stomachique.
STOMALGIE s. f. (sto-mal-jî — du gr.
stoma, bouche ; algos, douleur). Pathol. Douleur dans la bouche. Il Mot mal formé-, il faudrait dire Stomatalgie. La même observation s'applique aux deux mots suivants.
STOMAPODE adj. (sto-ma-po-de — dugr.
stoma, bouche ; pous, pied). Crust. Qui a les pattes ou les organes natatoires voisins de la bouche ou même appliqués contre elle.
— s. m. pi. Ordre de crustacés nageurs, de la division des podophthalmes, comprenant les genres qui présentent le caractère indiqué ci -dessus : Chez quelques stomapodes, l'abdomen est rudimentaire. (H. Lucas.)
— Encycl. L'ordre des stomapodes se compose entièrement de crustacés nageurs, dont le corps est allongé et dont la forme générale se rapproche Deaucoup de celle des décapodes macroures. Les branchies sont abdominales et libres. Les appendices abdominaux sont très-développés. Les dimensions de la carapace varient beaucoup; la conformation de l'abdomen varie encore davantage, jusqu'à devenir quelquefois rudimentaire. Les antennes de la première paire de pattes sont assez longues et se terminent par deux ou trois filets pluri-articulés. Les antennes de la seconde paire sont très-variables. Chez la plupartdes stomapodes, l'appareil buccal est assez simple et ne se compose que d'une lèvre supérieure, d'une paire de mandibules, d'une lèvre inférieure, d'une paire de pattes-mâchoires; souvent ces derniers organes manquent ou sont transformés en pattes natatoires. Les pattes sont uu nombre de sept ou de huit paires et présentent toutes, le plus souvent, le même mode de conformation.
Les branchies des stomapodes présentent, le plus souvent, une structure assez compliquée. Au lieu d'être composées de lamelles et de filaments simples, elles sont formées de cylindres rangés parallèlement, donnant, naissance à d'autres cylindres plus petits, lesquels, h leur tour, sont également frangés. Chez certains stomapodes, ces branchies sont réduites à un état rudimentaire, et chez d'autres on ne voit rien qui puisse être considéré comme un organe spécial de respiration. Il y a tout lieu de croire, dans ce cas, que c'est par la surface générale des téguments que cette fonction s'exerce. Chez les squilles, qui sont les stomapodes pour lesquels ou a le mieux étudié le système circulatoire, le cœur, au lieu d'être à peu près quadrilatère et d'être situé vers le milieu du thorax, a la forme d'un long vaisseau cylindrique qui s'étend dans toute la longueur de l'abdomen. Les artères qui naissent de ce cœur tubulaire se distribuent aussi d'une manière particulière, et les principaux sinus veineux, au lieu d'être situés sous le thorax, occupent l'abdomen.
L'ordre des stomapodes est relativement peu nombreux, mais il renferme des crustacés qui diffèrent beaucoup entre eux, soit par la forme générale de leur corps, soit par la structure particulière de leurs principaux organes. Ils forment trois familles désignées sous les noms de cardioïdes, bicuirassés et unicitirassés.
STOMARRHÈNE s. m. (sto-ma-rè-ne — du gr. stoma, bouche ; arrhên, mâle). Bot. Genre de sous-arbrisseaux, de la famille des épacridées, tribu des styphéliées, comprenant deux espèces, qui croissent en Australie.
STOMATE S. m. (sto-ma-te — dugr. stoma, bouche, qui, d'après Eiehhoff, représente le sanscrit staumas, parole, de la racine sanscrite stu, énoncer, proclamer, d'où aussi, selon lui, l'allemand stimme, bouche). Bot. Chacune des petites ouvertures qui se trouvent en grand nombre sur l'épiderme des végétaux et jouent le rôle d'organes ras-
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piratoires : Les deux cellules en croissant qui forment le stomate renferment des grains de chlorophylle en plus ou moins grande quantité, (f. Duchartre.) Les pétales sont dépourvus de stomates. (Th. de Berneaud.)
— s. f. Moll. Genre de mollusques gastéroropodes, dont l'espèce type habite la mer des Indes: On ne connaît point encore l'animal de la stomate. (H. Hupé.)
— Enycl. Bot. Le rôle physiologique des stomates est d'une importance majeure pour la vie des plantes. Chacun d'eux consiste en une petite ouverture oblongue, nommée ostiole, que bordent deux cellules symétriques et arquées, dont la disposition rappelle assez bien celle des deux lèvres autour de la bouche. Relativement à la membrane épidermique, les stomates sont fréquemment au même niveau, de manière à être compris dans le plan de celle-ci. Us peuvent'exister sur toutes les parties des plantes qui sont entourées d'air ; mais c'est particulièrement sur les organes verts qu'on les voiten plus grandequantité, c'est-à-dire sur les feuilles, les tiges jeunes et peu consistantes, sur celles d'entre les parties de la fleur qui sont colorées de la même teinte. Les stomates correspondent, sur les feuilles, aux parties uniquement cellulaires, c'est-à-dire qu'ils se trouvent dans les espaces circonscrits par les nervures. Il en résulte qu'ils sont disséminés Sans ordre dans les dicotylédons et disposés en files longitudinales dans les monocotylédons. Ces petits appareils se trouvent en nombre très-considérable sur les feuilles ; on a calculé qu'une feuille de lilas d'une grandeur de quelques centimètres carrés contient plus de 700,000 stomates. La physiologie de ces appareils est très-peu connue. Cependant, d'après M. Mohl, les deux cellules stomatiques ouvrent largement l'ostiole quand elles se gonflent en absorbant de l'eau, le ferment au contraire quand elles s'affaissent plus ou moins en perdant le contenu.
STOMATELLE s. f. (sto-ma-tè-le — dimin.
de stomate). Moll. Genre de mollusques gastéropodes pectinibranch.es, de la famille des turbinacés, comprenant dix espèces, qui vivent dans les mers des pays chauds : La STO- MATELLE imbriquée se trouve près de l'île de Java, (Dujardin.)
— Encycl. L'animal des stomatelles a le corps ovalaire et la tête distincte, munie d'un mufle assez saillant et surmontée de deux tentacules assez longs, portant à leur base des yeux pédicules; en dessous de la tête sont des paîmettes frangées; te pied est
■ ovalaire, quelquefois muni d'un opercule corné et vertical à la partie postérieure du pied sur laquelle il s applique. La coquille est orbiculaire ou oblongue, auriforme, imperforée, uaerée à l'intérieur ; l'ouverture est entière, ample, plus longue que large, à bord droit évasé, ouvert et dilate. Les espèces peu nombreuses de ce genre vivent dans les mers des pays chauds. La stomatelle imbriquée, type du genre, atteint la longueur de 0m,04 ; on la trouve dans les parages de l'Ile de Java. \. a, stomatelle maculée se rencontre à l'tle de Vanikoro.
STOMATIQUE adj. (sto-ma-ti-ke — du gr.
stoma, bouche). Méd. Se dit des médicaments employés dans les affections de la bouche : Poudre stomatique.
STOMATITE s. f. ( sto-ma-ti-te — du gr. sto-ma, bouche). Pathol. Inflammation de la membrane muqueuse de le bouche.
— Encycl. La stomatite n'est pas une maladie toujours identique , et il y a lieu de la diviser en plusieurs espèces suivant les causes qui lui ont donné naissance , suivant les diverses lésions anatomiques qui la caractérisent et suivant les produits anomaux qu'elle détermine. La stomatite, spécifiée par ses causes, est simple ou mercurielle ; spécifiée par les lésions anatomiques qu'elle amène et qui consistent dans une mortification des tissus ou dans des éruptions pustuleuses, elle est gangreneuse ou folliculeuse; spécifiée par les produits anomaux qu'elle détermine, elle est pseudo-membraneuse ou crémeuse. Etudions toutes ces espèces de stomatite.
— Stomatite simple. Cette affection est caractérisée par une rougeur plus ou moins vive, ponctuée ou disséminée par plaques sur différentes parties de la muqueuse de la bouche. Quand elle est bornée aux gencives, elle porte le nom de gingivite ; si elle affecte la voûte palatine, on l'appelle palatite. Elle débute, en général, sans prodromes, spontanément ou a la suite de causes variées dont les plus communes sont : le travail de la dentition chez les enfants, la carie d'une ou de plusieurs dents, la malpropreté de la bouche, l'accumulation du tartre sur le3 dents, leur avulsion ou l'application récente d'un râtelier. Elle n'est pas rare chez les fumeurs, chez les personnes qui mangent gloutonnement des substances trop chaudes ou trop froides, et même chez celles qui font simplement usage d'une alimentation trop succulente. Elle peut aussi résulter d'un état général mal déhni qu'on nomme vulgairement échauffement. La stomatite s'accompagne toujours de chaleur acre et d'une légère salivation. Les symptômes s'exaspèrent par le passage de l'air froid, par la mastication et même par les simples mouvements de la lan-
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gue. La cuisson est surtout vivo quand, l'épi» thélium ayant été détruit , le derme papillaire se trouve à nu. La durée de cette maladie, toujours bénigne, n'excède jamais quelques jours, mais elle se reproduit avec une grande facilité chez les individus prédisposés, ou lorsqu'elle est entretenue par une irritation locale permanente. Elle nécessite moins pour sa guérison un traitement actif que des soins hygiéniques cotivenables. Elle n'est dangereuse que chez les nouveau-nés, parce qu'elle empêche l'allaitement et nuit ainsi à la nutrition générale. Les malades qui en sont atteints s'abstiendront d'aliments échauffants, acres, épicés; ils se nourriront pendant quelques jours de bouillies, de potages et d'autre substances molles, incapables de blesser la muqueuse buccale. Us feront enfin usage de collutoires éinollients et chercheront, par-dessus toutes choses, à supprimer la cause de leur stomatite.
— Stomatite mercurielle. C'est celle qui se développo consécutivement à l'absorption du mercure. L'emploi du calomet à doses fractionnées, les frictions avec l'onguent napolitain et la pommade citrine la produisent trèsrapidement et sont quelquefois administrés dans ce but, car le ptyalisme mercuriel paraît avoir une action heureuse sur la marche de certaines maladies. Mais ces agents toxiques demandent, ainsi que les autres préparations hydrargyriques, à être surveillés minutieusement d<ins leurs redoutables effets. Au début, ies malades éprouvent dans la bouche, outre la chaleur et la sécheresse inséparables des autres stomatites, une saveur métallique très - pénible. La sécrétion salivaire augmente dans des proportions énormes, telles qu'on a vu des malades en rendre par leur bouche constamment entr'ouverte plusieurs litres en vingt-quatre heures. En même temps, l'haleine prend une odeur fétide spéciale, qui permet de reconnaître la maladie à distance. Les gencives se tumélient, ainsi que les ganglions sous-maxillaires et les glandes salivaires; les dents s'ébranlent, se déchaussent et laissent voir près de leur collet un liséré rougeâtre et violacé ; les malades ne peuvent plus ni mâcher, ni avaler, ni parler; leur langue gonflée tend à sortirde leur bouche en avant et, en pesant en arrière sur l'épiglotte, a, amener 1 asphyxie. Quand le mal atteint ces proportions, l'appétit est nul, le maltûse extrême et la fièvre violente. Si on ne le traite, pas à temps et comme il faut, les dents tombent et les maxillaires se carient, tandis que les gencives s'en vont en putrilage. Les joues elles-mêmes peuvent se gangrener. Pareils désordres n'étaient pas rares autrefois, alors qu'on savait à peine manier les mercuriaux et qu'on jugeait inefficace tout traitement de, la syphilis sans ptyalisme. De nos jours, les accidents sont exceptionnels et n'atteignent pour ainsi dire jamais cette gravité.
La stomatite mercurielle bénigne peut se terminer en quatre ou six jours; s'il en est autrement, ello dure au moins deux septénaires et peut se prolonger plusieurs mois. Elle est alors presque fatalement suhie de carie dentaire. Dès qu'apparaît le plus léger signe de ptysilisme chez les individus soumis au traitement bydrargyrique, il faut suspendre ce traitement, faire tenir les malades chaudement et à l'abri des variations atmosphériques. On leur touchera les gencives soit avec de l'alun en poudre (Velpeau), soit avec un pinceau imbibé d'acide chlorhydnque pur, soit avec un collutoire saturnin ou au borax. On y joindra des gargarismes au chlorate de potasse , ut on administrera, ce sel à l'intérieur à la dose quotidienne de 2, 4 et 6 grammes. Son efficacité, pour ainsi dire spécifique, a été constatée par de nombreux praticiens , et M. Ricord croit qu'il peut guérir la stomatite mercurielle, alors môme qu'on continue l'usage des préparations hydrargyriques , ressource précieuse dans certains cas. On a souvent dit que la stomatite mercurielle ne venait qu'à la suite de l'abus du mercure. Csci est une erreur; il n'est rien d'aussi variable que ies quantités et les formes des préparations merourielles qui peuvent amener la stomatite. La constitution ou^ plutôt, l'idiosyncrasie du malade a une bien plus grande importance; cependant on a constaté que cet accident survient plus particulièrementlorsqu'on administre le mercure à doses fractionnées et lorsqu'on l'introduit dans l'économie par des frictions sur la peau.
— Stomatite gangreneuse. Cette maladie, encore appelée stomacace et caractérisée par la mortification des tissus, est presque exclusivement propre à l'enfance. Elle s'observe surtout chez les sujets de trois à dix ans, entassés dans les hôpitaux, débilités par la misère, les privations et les maladies antérieures, parmi lesquelles il faut placer, au premier rang, les fièvres éruptives graves et spécialement la rougeoie. Elle débute en général dans l'épaisseur de la joue, par l'apparition d'un noyau de tissu induré; la muqueuse s'ulcère, s'œdématie , prend une teinte grisâtre ou violacée à ce niveau et ne tarde pas à tomber en gangrène. La plaie ainsi formée laisse écouler une sanie fétide, s'entoure d'une aréole inflammatoire de mauvaise nature et tend à s'agrandir dans toutes les directions, jusqu'au point de perforer et de détruire les joues. Dans les cas les plus
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graves, les dents se carient, les os maxillaires se nécrosent et la bouche tout entière s'enflamme. Gn voit en même temps survenir de la lièvre, de la prostration, de l'inappétence, des vomissements et enfin une diarrhée colliquative qui achève d'épuiser les forces des malades. Ceux-ci finissent par succomber, à la. suite de complications variées, du dixième au vingtième jour de leur affection. Cependant la guérison peut encore avoir lieu. On voit alors la gangrène se limiter, les eschares se détacher et la plaie se fermer lentement, en laissant après elle d'affreuses cicatrices. Le meilleur traitement consiste à soustraire de bonne heure les malades à l'action déplorable des conditions hygiéniques qui ont favorisé chez eux le développement de cette stomatite. On les soutiendra par un régime tonique et, si les accidents marchent avec une rapidité inquiétante, le chirurgien cautérisera, sans perdre de temps, les plaies ulcéreuses avec le fer rouge, afin de changer, s'il est possible, leur mode de vitalité.
— Stomatite fullieuleuse. Elle est caractérisée par l'éruption, dans la bouche, de petites vésicules transparentes ou d'un gris de perle qui prennent, au bout de quelques heures, l'aspect pustuleux, se transforment, dès le deuxième ou le troisième jour, en ulcérations douloureuses, dont la cicatrisation se fait quelquefois attendre pendant un ou deux septénaires, mais qui ne laissent d'autres traces qu'une petite tnche ronge qui disparaît promptement. (Grisolle.) Ou la nomme encore stomatite aphlhense. V. aphthk.
— Stomatite pseudo-membraneuse , appelée encore ulcëro - membraneuse , couenneuse ou diphihéritit/>je. Elle débute par de petites plaques grisâtres, irrégulières, formées d'un exsudât plastique sous - épithélial. Elle se borne presque toujours à un seul l'ôlé de la bouche et a son siège de prédilection sur les gencives et dans le repli gingivo-buccal. Dans ces endroits, la muqueuse est rouge, gorgée de sang et enflammée, mais elle n'est pas toujours ulcérée. Ordinairement, il n'y a d'autre symptôme général qu'un peu de malaise, ce qui s'explique par le ptyalisme, la douleur locale et la tuméfaction des ganglions sous-maxillaires. Comme dans toutes les autres •stomatites, on note la fétidité de l'haleine et de la difficulté à accomplir tous les actes qui exigent des mouvements de la langue et des lèvres. Les fausses membranes qui donnent a la maladie son caractère particulier peuvent s'infiltrer de sang, s'épaissir, tomber et se renouveler sur place, ou bien disparaitre de bonne heure sans retour. La cautérisation avec le nitrate d'argent et avec l'acide ehlorhydrique paraît être leur meilleur moyen de traitement. On joindra à cette médication topique des collutoires détersifs, astringents, avec le borax et l'alun, tandis qu'on administrera lu chlorate de potasse à l'intérieur. Disons en terminant que c'est surtout chez les enfants de cinq à dix ans qu'on observe cette stomatite. Elle affecte principalement les sujets débilités, et quand elle sévit épidémiquement par le fait de l'humidité et de l'encombrement , ainsi que cela arrive surtout dans les hôpitaux consacrés à l'enfance et. dans les casernes, elle devient susceptible de se propager par contagion, ce qui nécessite toute une série de mesures prophylactiques faciles à deviner.
— Stomatite crémeuse. Elle se reconnaît à l'exsudation, sur la membrane muqueuse de ia bouche, d'un produit tout particulier, consistant en petites concrétions blanchâtres, disséminées ou confluentes, sur lesquelles naît un cryptogame, de la famille des mucédinées (l'oïdium a/6icaus), mais qui n'est qu'accidentel et n'entre point dans lesxauses de la maladie. C'est cette stomatite qui est surtout connue sous le nom de muguet. On l'a appelée aussi millet et blanchet. V. muguet.
STOMATO -GASTRIQUE adj. (sto-ma-toga-siri-ke — du gr. sfomu^ bouche, etde gastrique). Anat. Qui appartient à la bouche et à l'estomac, il Oanghonstomato-yastrique, Ganglion nerveux des mollusques.
STOMATOPLASTIE s. f. (sto-ma-to-plastî — du gr. stoma, bouche; plassd, je forme). Chiz. Restauration autoplastique de la bouche.
STOMATOPLATYPODES s, m. pi. (sto-mato-pla-ti-po-de — dugr. stoma, bouche ; platus, large ; pous, pied). Ornith. Syn. de palmipèdes.
STOWATOPTÉROPHORES S. m. pi. (stoma-to-pté-ro-fo-re — du gr. stoma, bonche ; pteron, aile; pàoros, qui porte). Moll. Syn. de ptéropodes, classe de mollusques.
STOMATORRHAGIE s. f. (sto-ma-tor-raji — du gr. stoma, bouche; rheo, je coule), Pathol, Ecoulement de sang par la bouche.
ETOMATORRHAGIQUE adj. (sto-ma-torra-ji-ke — rad. stomatorrhagie). Pathol. Qui a rapport a la stomatorrhagie.
STOMATOSCOPE s. m. (sto-ma-to-skorpe — du gr. stoma, bouche ; s/copeà, j'examine). Méd. Instrument qui tient la bouche ouverte et permet de l'examiner ou d'y pratiquer quelque opération.
STOM.BE s. m. (ston-be — du gr. stombos, tumultUiiix). Erpét. Genre de batraciens
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anoures, formé aux dépens des crapauds, et réuni par plusieurs auteurs au genre cératophrys.
STOMIAS s. m. (sto-mi-ass — mot gr. qui signif. qui a une grande bouche). Ichthyo!. Section du genre brochet : Itisso a trouvé deux espèces de stomias dans la Méditerranée. (E. Baudement.)
STOMIDE s. m. (sto-mi-de — du gr. stoma, bouche). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des carabiques , tribu des simplicimanes , comprenant deux espèces, qui habitent l'Europe.
STOMOBLEPHARÉ, £E adj. (sto-roo-bléfa-ré — du gr. stoma, bouche ; blepharon, paupière). Infus. Qui a la bouche entourée de cils.
— s. m. pi. Groupe d'animaux infuspires microscopiques, comprenant les familles des urcéolanées et des thikidées.
STOMOBRACHION s. m. {sto-mo-bra-ki-on — du gr. stoma, boucbe; braehion , bras). Acal. Genre d'acalèphes médusaires, de la famille des équorides, dont l'espèce type vit dans les parages des lies Malouines.
STOMOBRACHIOTE s. m. (sto-mo-bra-kio-te). Acal. V. stomobrachion.
STOMOCÉPHALE adj." (sto-mo-sé-fa-le — du gr. stoma, bouche ; kephalé, tête). Tératol. Se dit d'un monstre ayant un seul oeil ou deux yeux contigus et un nez prolongé eu forme de trompe.
j STOMOCÉPHALIE S. f. (sto-mo-sé-fa-lî — | rad. stomocéphale). Tératol. Conformation des i stomocéphules.
STOMODE s. m. (sto-mo-de — du gr. slomôdês, qui a une grande bouche). Entom. ; Genre d insectes coléoptères tétramères, de la famille des charançons, tribu des cyclomides, comprenant trois espèces, qui habitent le midi de l'Europe.
STOMO-GASTRIQTJE adj. (sto-mo-ga-strike — du gr. stoma, bouche; gastér, ventre). Anat. Se ait d'une artère appelée aussi artère coronaire stomachique.
STOMOPNEUSTE s. m. (sto-mo-pneu-ste — du gr. stoma, bouche ; pneustés, qui respire). Kchin. Genre d'échinides, formé aux dépens des oursins.
STOMOTÈQCE s. m. (sto-mo-tè-ke). Bot.
Genre de sous-arbrisseaux, de la famille des borraginées, dont l'espèce type croit au Cap de Bonne-Kspérance.
STOMOX s. m. (sto-mokss). Entom. Syn.
de stomoxe : Le stouox est d proprement parler la mouche d'automne. (V. de Bomare,)
STOMOXE s. m. (sto-mo-kse— du gr. stoma, bouche ; oxus, aigu). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des athéricères, tribu des muscides, comprenant trois espèces, dont la principale est commune en Europe : Les Stomoxes sont au nombre de nos parasites les plus incommodes. (E. Desmarest.) On confond souvent le stomoxe piquant aoec la mouche ordinaire. (H. Lucas.) Les STOMOXES disparaissent aux premiers froids. (Bosc.) Il On dit aussi
STOMOX.
— Encycl. Le genre stomoxe, créé par Geoffroy eu 1764 , appartient à l'ordre des diptères, à la famille, des athéricères, à la tribu des muscides. Bien que les slomoxes soient vulgairement confondus avec les mouches domestiques, ils en diffèrent essentiellement. Ils se distinguent par les nervures de leurs ailes, la solidité, la finesse, la longueur de leurs trompes; par la petitesse de leurs lèvres terminales ; ils sont plus courts que la mouche commune ; leurs ailes sont plus écartées et leurs trompes se dirigent en avant.
Ces insectes incommodes, que l'on rencontre surtout en été et en automne, s'attaquent principalement aux jambes , percent le pantalon et la peau «ju'il recouvre et creusent une petite plaie d'où le sang coule quelques instants, en causant au patient une douleur assez vive. Les animaux domestiques sont leurs victimes, malgré l'épaisseur de leur cuir, et ne tardent pas à devenir furieux. C'est particulièrement aux approches des orages que ce diptère nous harcèle et nous tourmente; les douleurs que causent leurs piqûres, quoique moins aiguës que celles des taons , produisent cependant des effets plus marqués, parce que les slomoxes s'acharnent après leurs victimes à un tel point, qu'il faut souvent les tuer pour leur faire lâcher prise. Dans quelques endroits et principalement dans le Midi, on ne conduit les animaux dans les pâturages que le matin en été ; ailleurs, on enduit la tète, le coures pieds des ruminants d'une couche de bouse. Les conducteurs de véhicules sont obligés, k l'aide de leurs manches de fouet ou de branches d'arbre, de tuer ces insectes en les écrasant sur le dos ou le cou de l'animal.
On distingue plusieurs sortes de slomoxes ;
10 Le stomoxe sibërite, insecte long de 4 lignes, k la tête d'un blano argenté, aux yeux d'un rouge brun, à la trompe brune, trois fois plus longue que la tête; son corselet et sou abdomen sont d'un gris rougeâtre avec l'extrémité et le milieu noirs; ses ailes sont blanches; ses pattes pâles et les tarses noirs. C'est le stomoxe du Midi; assez rare aux environs de Paris, il est facilement reconnaissable en ce qu'il surpasse les autres en grosseur.
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so Le stomoxe piquant, insecte long de 3 lignes; sa tète est d'un blanc argenté, sa trompe noire , plus longue que la tête; son corselet gris, avec des lignes et des taches brunâtres; son abdomen est gris, avec six taches rondes et brunes; ses ailes sont blanches et ses pattes noires. C'est le stomoxe le plus commun dans nos climats; c'est aussi le plus incommode.
Il existe une dizaine d'autres sortes de slomoxes, répandues sous toutes les latitudes. On en rencontre jusqu'au nord de la Suède; mais leur race dégénère graduellement en montant vers le Nord et ils finissent par n'avoir plus guère que l ligne de longueur ; il en est de même des slomoxes qui vivent dans les pays montagneux, tels que la Suisse.
stomphace s. m. (ston-fa-se — du gr, stomphos , enflure). Entom. Syn. de codocère.
STONE s. m. (stô-ne — mot angl. qui signif. pierre). Métrol. Poids anglais de 14 livres, dont on se sert dans la langue du turf. . — Chem. de fer. Nom donné, dans les premiers temps des chemins de fer, aux dés de pierre sur lesquels on faisait quelquefois porter les coussinets des rails, au lieu de les placer sur des traverses.
STONE (Nicolas), Sculpteur et architecte anglais, né Woodbury (Exeter) en 1586, mort en 1647. Il étudia à Londres sous J. James, puis en Hollande sous Pierre van Keyser, architecte d'Amsterdam, dont il épousa la fille. De retour à Londres, il travailla à des palais et k des églises et acquit surtout de la renommée par ses tombeaux. En 1516, il fut appelé à Edimbourg pour y orner la chapelle royale et, en 1619, à Whitehall pour y orner le-banquetinghouse. Il fut nommé ensuite par Charles 1er architecte et sculpteur de la cour.
STONE (Nicolas) , fils du précédent, mort en 1647. Il étudia la sculpture en Italie, fit une étude approfondie des chefs-d'œuvre de l'antiquité et en fit des copies en terre cuite qui furent très -admirées. On cite surtout parmi ces copies celle du Laocoon et celle du groupe Apollon et Daphné, de la villa Borghèse. Stone cultiva aussi le dessin et fit un ouvrage avec des planches représentant les églises et autres monuments les plus remarquables d'Italie, Il revint, en 1642, en Angleterre et y mourut cinq ans plus tard.
STONE (Henry) , peintre anglais , né à Woodbury (Exeter) , mort à Londres vers 1653. Il étudia en Italie et passa ensuite trente-sept années en France et en Hollande. Il commença par se livrer à la sculpture; mais il abandonna ensuite cet art pour la peinture, dans laquelle il se fit un certain renom. Il a fait un grand nombre de copies d'après des maîtres italiens et, plus tard, d'après Van Dyck, qu'il imita avec un grand talent. Plusieurs des copies de tableaux de Van Dyck, par Stone, qui se trouvent dans les galeries anglaises, approchent, dit-on, beaucoup des originaux. On doit k Stone un ouvrage intitulé : The Third part of the art ojf painting, taken mostly from the ancienls.
STONE (Edmond), géomètre écossais, né vers la fin du xvne siècle. Il était fils d'un jardinier du duc d'Argile, Comme tous les nommes de génie, il triompha des difficultés qui s'opposaient à ses goûts pour l'étude des mathématiques. Il commença à apprendre, sans le secours d'aucun maître, le latin, le français et les éléments de la science vers laquelle le portaient ses penchants. Le duc d'Argyle, ayant surpris entre ses mains un ouvrage de Newton, s'empressa de lui donner des maîtres, sous lesquels il fit de rapides progrès. Il vint à Londres, où il avait été devancé par sa renommée et ou la Société royale l'admit parmi ses membres. Mais obligé, pour vivre, de donner des leçons et de se mettre aux gages d'un libraire, il ne put soutenir la réputation que lui avaient méritée ses premiers ouvrages. Il fut rayé des membres de la Société royale et mourut dans la misère en 1768. Outre quelques mémoires, insérés dans les Transactions philosophiques du temps , on a de Stone : Méthode des fluxions, tant directes qu'inverses (Londres, 1730, in-40). Cet ouvrage a été traduit en français par Rondet, sous ce titre : Analyse des infiniment petits (Paris, 1735, in-40) ; Dictionnaire des mathématiques (1726-1743, in - 80) ; Sorne refleclions (Londres, 1766, in-8»).
STONE (John-Hurford) , imprimeur anglais, né en Angleterre, dans le comté de Devon, vers 1765, mort K Paris le 12 avril 1821. Exilé de sa patrie par suite de ses opinions politiques avancées, il se réfugia en France, s'attacha aux girondins et fit, pour sauver la vie au comte de Genlis, marquis de Sillery, des efforts et des sacrifices qui furent infructueux et dont la veuve de celui-ci ne lui tint plus tard aucun compte. Stone devint, en 1806, .imprimeur de l'administration des droits réunis, édita plusieurs ouvrages de luxe, entre autres le Voyage en Amérique d'Alex, de Humboldt et Bonpland et la Sainte Bible, version de Genève, dite Bible de Stone (Paris, 1805, iû-18 de 1,330 pages). Stone finit par se ruiner et mourut dans un état voisin de la misère,
STONE (William-Leete), journaliste et littérateur américain, né à New-Pattz, dans
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l'Etat de New-York, en 1792, mort k Saratoga le 15 avril 1844, A l'âge de dix-sept ans, il entra dans la rédaction d'un journal de Cooperstowu, ville où il apprenait le commerce de la librairie. En 1813, il devint l'éditeur du Herkimer American. Il publia ensuite des journaux politiques à Hudson, à Albany et à Hartford. En 1821, il devint l'un des propriétaires du journal Commercial Advertiser de New-York. Il fit paraître- en 1836 un opuscule satirique, intitulé': Ups and downs in the life ofa distressed gentleman (1836), qui eut un grand succès. On a encore de Stone les ouvrages suivants : Letters on masonry and anti-masonry (New-York, 1832) ; Border wars of the american révolution (1834, 2 vol.); Matthias and his impostures (1835); Life and times of Red Jackel (1840); The Poetry and history of Wyoming (1841); Uncas and Miantonomoh (1842).
Stone bouge. On désigne sous ce nom une sorte de monument druidique gigantesque situé k dix milles de Salisbury (Angleterre). Les mots: monument druidique, ne sont ici employés par nous que sous toutes réserves ; il est, en effet, à peu près impossible de préciser l'origine et l'histoire de Stonehenge, et les nombreux travaux archéologiques écrits 'sur cette question ne l'ont pas éclairée. Quelques savants en attribuent l'origine aux Romains, d'autres aux Danois, mais la majorité aux druides. Quoi qu'il en soit, Stonehenge est une des plus curieuses constructions antiques qui existent, et la France ne peut rien lui opposer d'analogue. «Il consiste, dit M. Esquiros, en deux cercles qui renferment deux ovales, formant le sanctuaire au centre duquel est une pierre qui passe à tort ou à raison. pour avoir supporté le feu sacré. Le grand cercle se composait à l'origine de trente pierres, dont il ne reste plus que dix-sept. Les énormes blocs, debout et s'élevant à une hauteur de 6 à 7 mètres, supportent d'autres pierres couchées dans une position horizontale et fixées par des tenons et des mortaises. Ce cercle mesure 100 mètres environ de diamètre ; dans l'intérieur est un second cercle, composé de pierres plus régulières et beaucoup moins grosses. En dehors de ces cercles sont dispersés de distance en distance des blocs d'un volume considérable; l'un d'eux a jusqu'à 8 mètres de circonférence. Le nombre total des pierres est d'environ. 180. » Nous n'essayerons pas, après tant d'illustres devanciers dont les recherches ont été infructueuses, de dissiper les doutes qui régnent sur l'origine de ce monument. Tout au plus, k notre avis et d'après les dessins que nous en avons sous les yeux, peut-on hardiment affirmer que Stonehenge a servi jadis de temple. Mais à quelle religion? Voilà ce qu'il est impossible de fixer, d'autant plus que le temps, joint k l'incurie des hommes, a fini par effacer peu à peu les anciennes lignes marquant les divisions du lieu sacré. Les énormes pierres ont seules résisté et raillent de leur hauteur les machines qu'a inventées l'industrie moderne et dont ceux qui les ont élevées se sont [lassés comme en se jouant.
STONEWALL (Jackson), général américain, né dans la Virginie occidentale en janvier 1S24, tué h la bataille de Chancellorsville en 1863. Il lit ses études à l'école de W est-Point, servit dans l'armée fédérale pendant la guerre du Mexique et professa ensuite pendant dix années la chimie à l'Académie militaire de Lexington (Virginie). Lors de l'explosion de la guerre de la sécession , il prit parti pour le Sud, battit le général du Nord, Banks, a Winchester, livra bataille à Crosskey, autre général fédéral, et défit entièrement un troisième général, Shield. Il se distingua à la bataille livrée par les fédéraux au général Pope et périt à celle de Chancellors- viKe, après avoir fait preuve d'un courage qu'on regrette de ne l avoir pas vu employer au service d'une cause meilleure.
STONIIOUSE (sir James), médecin, puis théologien anglais, né près d'Abingdon, dans le comté de Berk, en 1716. Il exerça la médecine k Coventry, puis à Northampton, où il fonda, en 1743, l'infirmerie de comté, spécialement destinée a. recevoir les indigents. Pendant toute cette partie de sa vie, il fut déiste. Il publia même contre la religion révélée une brochure qui eut trois éditions. Mais il se convertit ensuite au protestantisme, brûla la troisième édition de son ouvrage, se fit ministre et prédicateur et publia plusieurs ouvrages de piété destinés à être répandus dans le peuple et dont la plupart ont été adoptés par la Société instituée pour avancer la science chrétienne. On a publié sa correspondance en 1805 : Lettres de Job Orion et de sir James Stonhouse, etc. (2 vol. in-12).
STONITE s. m. (sto-ni-te — de Stone, nom du fondateur de La secte). Hist. relig. Membre d'une secte arienne des Etats-Unis.
STOOP s. m. (stoup). Métrol. Mesure de capacité employée autrefois dans les Pays- Bas, pour les liquides, et valant 2lit,748.
STOOP (Dirk), peintre et graveur hollandais, né à Dordrecht en 1610, mort en 1686. Il peignit des tableaux représentant des escarmouches et des chasses, des tableaux de genre et des tableaux religieux. Il se rendit à Lisbonne et accompagna, vers 1662, l'infante de Portugal k Londres, comme peintre de la cour de cette princesse. Il a gravé sept gravures à l'eau-forte, représentant des inci-
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dents de ce voyage. Les tableaux de Stoop se trouvent pour la plupart dans les galeries de Cologne, de Berlin, de Dresde et de Munich et dans la cathédrale d'Halberstadt. Parmi ses gravures, on cite douze Chevaux, huit Vues de Lisbonne et vingt-quatre Fables d'Esope.
STOP s. m. (stopp). Métro). Mesure de capacité usitée en Hollande, et valant 211^425.
STOP interj. (stopp — mot anglais qui signifie proprement arrête. C'est l'impératif du verbe stop, arrêter, qui appartient a la même famille que l'allemand stopfen, fixer, établir, ancien haut allemand stift, moyen haut allemand stafen, stupfen; la grec steibd, stephâ, stuphô, j'établis, je fixe; le latin stipo cl\z lithuanien stabdau, russe stawliu, même sens, correspondent aux formes germaniques. La racine commune est le sanscrit stabh ou stambh, fixer, établir). Manège. Cri que pousse le cavalier pour arrêter son cheval.
— Mar. Cri qu'on pousse pour ordonner au mécanicien d'un bateau à vapeur d'arrêter la machine , ou pour prévenir celui qui jette le loch que le sable est passé.
STOPFOBD (Robert), amiral anglais, né le i février 1768, mort le 25 juin 1847. Il entra dans la marine en 1779, se lit remarquer dans ia campagne maritime de 1782 contre la France et dans les principales campagnes navales de l'époque de la Révolution et de l'Empire et parvint au grade de vice-amiral. En 1811, il dirigea les opérations qui amenèrent la prise de Java et fut nommé amiral. Il revint en Angleterre en 1813. Elevé à un grade supérieur en 1825, il eut ensuite le commandement de Portsmouth pendant trois ans. En 1837, il fut nommé commandant en chef de la station navale dans la Méditerranée. En 1840, il dirigea le bombardement de Saint-Jean-d'Acre.
STOPPEB ou STOPER v. n. ou intr.(sto-pé — angl. to stop, même sens). Arrêter, dans le langage des marins, des mécaniciens et des habitués des courses de chevaux.
STOPPEUR s. m. (sto-peur — rad. stopper). Mar. Appareil servant à. arrêter subitement une manœuvre en mouvement.
STOPY s. m. (sto-pi). Métrol. Mesure linéaire de Pologne, valant 0al,002068.
STOQUER v. a. ou tr. (sto-ké). Techn. Régler le feu de : Stoquer le fourneau d'une raffinerie.
STOQUEUR s. m. (sto-keur — rad. stoquer). Techn. Verge de fer dont on se sert pour stoquer.
STOR s. m. (stor — du lat. sturio, esturgeon). Ichthyol. Nom vulgaire de l'esturgeon commun. Il Ou écrit aussi store.
STORA, port de la Méditerranée, à 3 kilom. N.-O, de Philippeville, dont il est l'annexe; 483 hab. européens, 205 indigènes.
Eglise, école communale; commandement de la marine; capitainerie de santé. L'administration civile est confiée a un adjoint qui fait fonction d'officier de l'état civil.
Stora offre à la navigation un port spacieux et fermé à tous les vents ; mais l'entrée en est difficile par les gros temps. Au dire de tous les marins qui fréquentent ces parages, il serait aisé de remédier à cet inconvénient. Aussi ont-ils vu avec peine dépenser inutilement des sommes considérables pour la construction d'un bassin à Philippeville. Pour ces hommes du métier, Philippeville poursuit la réalisation d'un rêve impossible, et elle eût été mieux avisée en créant dans sa rade même, a Stora, un port sûr qui serait forcément devenu, au détriment de Bône, le lieu de débarquement ou d'embarquement de toutes les marchandises importées ou exportées.
Stora, limité d'un côté par la mer, de l'autre par les talus à pic de la montagne, ne peut vivre que par l'industrie ; aussi ses habitants sont-ils sans exception pêcheurs ou bateliers. Des chalands par mer et le roulage par terre transportent à Philippeville les marchandises débarquées à Stora, et vice versa.
STORACE (Etienne), compositeur anglais, né h Londres en 1763, mort -dans la même ville en 1794 ou 1796. Après avoir appris de son père les éléments de l'art musical, il alla terminer ses études en Italie et, à son retour à Londres, se trouvant sans ressource, il pei"nit des portraits pendant quelque temps. Attaché au théâtre de Drury-Lane comme compositeur, grâce à l'appui du chanteur Kelly, il débuta brillamment et se serait fait une solide réputation si la mort ne l'eût enlevé à la fleur de l'âge. Storace était surtout remarquable dans les morceaux d'ensemble et dans les finales. Ses principales partitions sont : le Docteur et l'apothicaire, la Tour enchantée, Point de chanson, point de souper, le Siège de Belgrade , V Antre de Troplionius, les Pirates, Didon, le Prix , Cherokee , Lodoiska, la Grand'mère , Mahmoud, le Coffre de fer.
STORAX s. m. (sto-rakss). V. styrax.
STORCH (Nicolas), en latin Pelargua (cigogne, traduction de son nom allemand), un des chefs de la secte des anabaptistes, né à Stolberg (Saxe) vers la fin du xve siècle, mort à Munich en 1530. C'était un marchand drapier qui, de concert avec Muneer et Celiarius, fonda la secte des anabaptistes. 11 tira
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de la doctrine de Luther des conséquences que celui-ci se hâta de désavouer, prescrivit un deuxième baptême, défendit la lecture des Pères et des actes des conciles et proclama la liberté de conscience la plus absolue. Ce fut à Zwickau qu'il commença h jeter les fondements de la secte des nouveaux prophètes, comme il l'appela d'abord. Ses prédications l'ayant fait chasser de Zwickau, il se rendit, en 1521, kWittemberg, où Mélanchthon ^accueillit favorablement; mais ses doctrines ayant causé une certaine perturbation parmi les étudiants, Luther obtint de l'électeur de Saxe son bannissement. Storch parcourut alors avec Muneer la Souabe et la Franconie, prêchant, en même temps que la liberté religieuse et la réforme politique, l'égalité sociale. Après la défaite des paysans soulevés par Muneer, Storch erra à travers l'Allemagne, la Silésie, la Pologne (1527), toujours poursuivi, mais gagnant à ses opinions un grand nombre de sectateurs. Il jeta les fondements de la secte des Frères moraves et donna à l'anabaptisme le caractère qu'il a conservé jusqu'à nos jours. En quittant la Pologne, il gagna la Bavière, où il termina sa vie, après avoir quelque peu modifié sa doctrine. N'ayant que peu d instruction, il avait néanmoins beaucoup d'action sur le peuple, à qui il faisait facilement comprendre ses idées. C'était un homme doux, insinuant, mais doué d'un âme ardente et d'un remarquable esprit de prosélytisme.
STORCH (Jean), médecin allemand, né à Ruhla, près d'Eisenach, le 2 février 1681, mort à Gotha le 9 janvier 1751. Il commença ses études médicales à Eisenach et alla, en 1698, les continuer à Iéna. Promu, en 1701, à la licence à l'université d'Erfurt, il tenta, mais sans succès, la pratique à Ordruf et à Weimar, fit quelques voyages scientifiques et se fixa, en 1708, à Eisenach. Reçu docteur en 1718, puis nommé inspecteur des pharmacies et médecin pensionné d'Eisenach en 1720, il devint plus tard médecin de la cour. En 1742, il quitta Eisenach pour aller se fixer à Gotha, où il fut médecin pensionné de la ville et du canton et médecin de la garnison. Praticien très-répandu, Storch était en même temps écrivain laborieux. Parmi ses nombreux ouvrages, nous citerons principalement : De phthisi pulmonali (Erfurt , 1703, in-4») ; De revulsione et remediis reoellentibus (Erfurt,
1743, in-40).
STORCH (Louis), littérateur allemand, né a Ruhla, dans la forêt de Thuringe, en 1803. Les malheurs qui l'assaillirent des l'enfance exercèrent sur son génie poétique une influence aussi bizarre que profonde. Il était primitivement destiné à la carrière du commerce ; mais, par suite de diverses aventures, se trouvant à l'âge de seize ans sans aucune instruction, il entra dans les classes inférieures du gymnase de Gotha. Le sort ne cessa pas de s'acharner après lui. Tour h tour étudiant en théologie et en philologie, écrivain aux gages des libraires, libraire lui-même, directeur d'école, agriculteur, il ne réussit en rien et se vit même, en 1848, expulsé sans motif de Leipzig, où l'avait fait venir, l'année précédente, le libraire Ernest Keil. Depuis 1866, il réside, comme pensionnaire de la Société de Schiller, au village de Kreuz- ■wertheim-sur-Ie-Mein. Comme littérateur, Storch ne manque pas de mérite, mais son talent n'est jamais arrivé à un développement complet. Parmi ses nombreux écrits, les ouvrages historiques ont le plus de valeur. Nous citerons, entre autres, les suivants : Kunz de Kaufungen (Leipzig, 1827, 3 vol.) ; l'Esclave libre (Leipzig, 1830, 3 vol.); Max d'Eigt (Leipzig, 1844, 3 vol.) ; Un tisserand allemand (Leipzig, 1846-1849, 3 vol); les Hommes d'hier (Leipzig, 1853, 3 vol.); la Reine (Leipzig, 1858, 4 vol.), etc. Le recueil de ses Poésies (Leipzig, 1854) renferme un grand nombre de pièces lyriques remarquables. Enfin sa Chronique de Thuringe (Golha, 1841- 1843) et son Livre d'excursion dans ta forêt de Thuringe (Leipzig, 1851, 2« édit.) attestent le profond amour qu'il avait pour son pays natal.
STORCH (Frédéric-Louis), peintre danois, né à Copenhague en 1805. 11 étudia d'abord la théologie et, à partir de 1831, se consacra à la peinture. 11 entreprit des voyages en Allemagne en 1833 et résida jusqu'en 1836 à Dresde et à Munich. Il revint ensuite dans sa patrie. Il a peint surtout des sujets empruntés à la mythologie du Nord ou à la mythologie classique. On cite, parmi ses tableaux ; la Danse des elfes, la Prise d'une ondine , le Sommeil de Psyché emportée au ciel par un génie nocturne, Vénus ornée par les Grâces et par lei Amours, Jeunes filles- au bord d'un puits.
STORE s. m. (sto-re — du lat. storea, couverture tressée, natte faite de jonc ou de corde, probablement de la racine sanscrite star, proprement étendre, puis entrelacer, tresser. Cette racine est restée dans le grec storeâ, strânnuô, étendre, le latin sternere, même sens, struere, construire; le gothique straujan, anglo-saxon streoioian, allemand strauen, anglais to strew, étendre; l'ancien slave po-stlaii, po-stilati, slrieti, même sens, u-stroili, préparer, russe stroiti, bâtir, construire, arranger). Sorte de rideau qui se baisse et se lève, au lieu de se tirer comme les rideaux ordinaires : Mettre des stores à ses fenêtres. Baisser les stores de la voiture. Le soleil était ardent et, pour m'en garantir
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ainsi que de la poussière, j'avais baissé les stores de ma berline, (Scribe.) Il Tuyau de fer-blanc sur lequel s'enroule un store d'étoffe.
— Ichthyol. V. stor.
— Encycl. Les stores nous sont venus de l'Orient par l'Italie, où ils sont restés et resteront probablement toujours en usage. Les civilisations orientales primitives, qui ignoraient la fabrication du verre, se servaient du store, beaucoup plus propre d'ailleurs à leur climat que ne l'aurait été le verre de vitre, parce qu'en préservant des rayons lumineux il laisse pénétrer l'air.
Ce furent d'abord des nattes de paille fine tissée, formant un canevas plus ou moins serré, et tel est encore le store usité dans l'Inde, dans la Chine et dans d'autres parties de l'Orient; puis vinrent les étoffes de poil de chèvre et de lin, dont on lit un pare-soleil qu'on suspendait par les deux coins du haut à deux crochets ou deux anneaux et qu'on laissait flotter ou qu'on tendait à deux bâtons posés obliquement, ce qui permettait à une plus grande quantité d'air de pénétrer, tout en donnant autant d'ombre. On trouva ensuite des systèmes d'appareils pour enrouler ces stores, les dérouler à volonté et leur donner l'inclinaison désirée. En Italie surtout ces systèmes ont reçu d'heureuses modifications et fonctionnent très-bien; aussi les stores de coutil rayé qu'on nomme stores à l'italienne y sont-ils d'un usage à peu près général. En Espagne, oùlachaleur est plus grande encore "peut-être, les stores sont faits avec des lames de bois, peintes et reliées les unes aux autres par des rubans de fil ; on les nomme jalousies. Un autre genre de jalousies, dont les lames sont plus fortes et fixes, assemblées dans un châssis de bois, s'appelle persienne; mais c'est là un ouvrage de menuiserie, dont nous n'avons pas à nous occuper ici.
Les stores proprement dits se divisent en trois espèces : les stores ordinaires ou stores de calicot ou de mousseline, les stores à l'italienne ou bannes et les stores de bois ou stores chinois. Les «fore* à l'italienne, peu usités en France, si ce n'est pour les devantures de boutique, où ils prennent le nom de bannes, mais employés en Orient et dans le midi de l'Europe, sont d'un effet très-élégant et trèsdécoratif; ils sont faits en coutil de fil, ordinairement écru, rayé dé bandes rouges un peu larges; ils s'enroulent, au moyen d'une petite manivelle mobile et d'une petite poulie, sur une tringle de bois terminée à l'une de ses extrémités par une poulie semblable à la première avec laquelle elle est reliée par un cordon. Deux autres tringles, attachées de chaque côté de la baie par un bout, et par l'autre à chaque côté du store, le maintiennent, quand il se déroule, dans une inclinaison déterminée, qui en fonn-e une sorte d'auvent de toile, lequel permet à l'air d'entrer dans l'appartement et abrite les habitants contre les rayons du soleil. En France, on n'emploie guère ces sortes de stores que dans les magasins, pour préserver les marchandises du soleil ou de ia pluie quand les étalages sont faits au dehors ; ils permettent au public d' examiner les objets exposés sans avoir à redouter le soleil ou la pluie.
Les stores les plus communément usités en France sont les stores peints; ils sont en calicot, posés à l'intérieur, glissant contre les fenêtres et servant, en quelque sorte, de rideaux convenablement opaques. On les emploie assez souvent en tenant les fenêtres ouvertes, et comme ces stores sont maintenus au bas par une tringle de gros fît de fer percé, a. chaque bout, d un trou dans lequel passe un cordon conducteur, il n'y a pas à craindre que le store flotte au vent; il remplit, de cette manière, l'office des stores à l'italienne, laissant pénétrer l'air et préservant du soleil. Jusqu'à présent ces stores, qui lurent de mode sous Louis XV, étaient en calicot ou en mousseline forte ; mais depuis quelques années la fabrication des stores chinois en lanières de bois, d'écorce ou de jonc tissées a fait une concurrence sérieuse aux stores de calicot. Ces stores de bois, moins transparents, donnent plus d'ombre que les autres, ce qui est souvent un inconvénient, sont aussi plus solides et d'une durée plus longue. Quant à l'élégance et à l'effet décoratif, comme ce sont choses qui dépendent presque entièrement des ouvriers ou des artistes qui les façonnent et qui sont chargés de leur ornementation , les deux systèmes se valent.
On place aussi des stores aux portières des voitures ; ceux-là se manoeuvrent à l'aide d'un resstfrt que l'on bande lorsqu'on abaisse le store et que l'on détend lorsqu'on le remonte; à cet effet, un petit bouton d'encliquetage, que l'on déclanche, permet d'opérer I abaissement en tirant le store par sa partie inférieure, et le relèvement en abandonnant le store à lui-même. On utilise ce genre de • store, sous le nom d'écran, pour s'abriter la figure contre les rayons trop ardents d'un foyer de cheminée ; il devient alors un objet de luxe, que l'on établit généralement en soie.
La peinture sur store, comme celle qu'on applique sur les écrans et autres objets faits détofl'es qui doivent être vues dans leur transparence, mérite quelques explications. C'est une espèce d'aquarelle en grand ou de lavis à l'essence. La palette du peintre de
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s/ores, étant limitée aux couleurs transparentes, est très-restreinte; elle se compose de la laque jaune, de la terre de Sienne naturelle, de 1 ocre jaune, du jaune de chrome (encore faut-il en user avec ménagement pour ne point rendre les tons opaques), du brun rouge, de la laque carminée, de la terre de Cassei, du noir d ivoire, du vert-de-gris, du bleu d'outremer et du bleu minéral; le blanc est formé par l'étoffe que l'on réserve, comme à l'aquarelle. Avant de peindre, il faut tendre le calicot et l'encoller ; à cet effet, on y surfile sur le bord des bandes de toile, puis", passant des ficelles entre les points d'espace en espace, on les attache à un châssis de bois nommé métier et percé de trous sur les bords pour recevoir ces ficelles; en serrant celles-ci, on tend l'étoffe, puis, quand elle est tendue, on l'encolle avec une dissolution chaude de gélatine, à laquelle on mêle parfois une très-petite quantité de fiel de bœuf ou d'alun. Après avoir étendu cet encollage au blaireau, on retend l'étoffe que ce lavago a fait détendre, et après avoir terminé cette opération, qu'il faut faire rapidement pour ne pas permettre à l'étoffe de sécher par places, on la laisse sécher. Lorsqu'elle est sèche, on dessine à l'envers et au fusain, très-légèrement, le motif qu'on veut peindre; quelquefois on le décalque ou on le ponce, puis on place le store en transparent, c'est-à-dire entre le jour et le peintre et sur un plan incliné; le dessin fail à l'envers apparaît alors en transparence, guidant le peintre qui n'a plus qu à en suivre les indications. Il est bien important de ne pas dessiner à l'endroit, parce que le tracé s'effacerait avec le lavis et salirait les tons auxquels il se mêlerait. On peint 011 plutôt on lave avec des couleurs broyées à l'essence, étendues de ce liquide auquel on ajoute un peu de vernis gras pour maintenir ladhérence de la couleur et lui conserver son éclat. L'essence employée pure, en s'évaporant, ferait que la substance colorante dont on la charge ne resterait pas attachée à l'étoffe, formerait une poussière opaque et terne, noircirait et perdrait son brillant; le vernis gras, en graissant l'étoffe, ajoute à sa transparence et à celle des couleurs.
La. peinture sur stores doit être traitée comme l'aquarelle, c'est-à-dire en lavis par larges masses étendues habilement et rapidement, en évitant de repasser plusieurs fois à la même place, parce qu'alors on entraîne les dessous, ce que les peintres appellent dépouiller. Le seul effet qu'on puisse obtenir avec cette sorte de peinture, c'est l'éclat, le lumineux résultant de la transparence; aussi est-ce le seul qu'il faille chercher, en ayant soin de ne se servir que de tons frais, éclatants dans toutes les parties, seulement en tenant les premiers plans et les ombres trèsvigoureux ot un peu opaques.
STORÉE s. m. (sto-ré — du gr. sioreus, qui renverse). Entom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la famille des charançons, tribu des érirhinides, comprenant deux espèces, qui habitent l'Australie.
STOUELLI (Félix-Marie-Ferdinand), peintre de paysage italien, né à Turin en 1778, mort en 1854. Parmi ses tableaux, dont la plupart ont figuré aux Salons du Louvre de 1806 à 1851, on cite le Portrait du maréchal de Schomberg, dans les galeries de Versailles, et une Vue prise dans le port de Neuilly, qui valut à son auteur une médaille de première classe au Salon de 1824. On voit des œuvres de Storelii à Trianon et au château de Saint-Cloud. On a aussi de lui des aquarelles. On trouve une notice sur ce peintre, par M. de Saint-Maurice Cabany, dans le Nécrologe universel du ix<= siècle, année 1854.
STORÈNE s. f. (sto-rè-ne — du gr. storennumi, je couche). Arachn. Genre d'aranéides, de la tribu des araignées, dont l'espèce type habite la Nouvelles-Galles du Sud : La storène bleue.
STORER (Jean-Christophe), peintre et graveur suisse, né à Constance en 1611, mort dans la même ville en 1671. Il étudia sous Hercule Procaccini à Milan et peignit dans cette ville, et surtout à Constance et dans les villes de3 bords du lac de ce nom. Il a aussi gravé à l'eau-forta diverses pièces, parmi lesquelles on cite le Bepos pendant la fuite en Egypte et la Bacchanale.
STORER (James), dessinateur et graveur anglais, né à Londres en 1760. Il a gravé surtout des vues de monuments et des paysages et illustré les ouvrages suivants : Deauties of England and Wutes (Beautés de l'Angleterre et du pays de Galles) et History and aniiguilies of the calhedral churches of England (Histoire et antiquités des cathédrales d'Angleterre). Il vivait encore en 1821,
STOR1LLE s. m. (sto-ri-lle; Il mil.). Moll. Genre de coquilles microscopiques, du golfe Persique.
STORIOUNEAR ou STOR lOiXKAR, chez les Lapons, le dieu de la chasse et de la pêche. Son apparition, sous la forme d'un grand homme noir avec des pieds d'oiseau et une arme à la main, porte bonheur à ceux qui partent pour la chasse. Ses statues ne sont que d'énormes pierres à peine dégrossies. Ce sont de vrais fétiches; chacun choisit à son gré son Storiounkar dans la montagne et,
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plaçant autour de lui des pierres un peu moins grosses, lui forme une nombreuse famille. On orne ses statues de parures et on les couvre de chapeaux. On l'appelle aussi le dieu Scliae.
STOHK (Abraham van), peintre hollandais, né à Amsterdam en 1650, mort en 1708, suivant d'autres en 1712. Il n'eut pas d'autre maître que la nature et arriva à être un excellent dessinateur et peintre de marine. On cite, parmi ses tableaux : la Réception du prince Marlborough; le Port d' Amsterdam, a Dresde ; Bataille navale, & Berlin, et deux marines à La Haye. Il a aussi fait quelques gravures à l'eau-forte.
STOBM (Edouard), poète danois, né àGuldbrandsdalen (Norvège) en 1749, mort en 1794. Storm commença sa carrière poétique à l'âge de vingt-cinq ans, par un poBme héroï-comique en six chants , intitulé : Brœger, écrit en vers hexamètres. Ce poBme attira l'attention, d'abord à cause de sa nouveauté, puis par te talent avec lequel l'auteur avait su y peindre des scènes de la vie familière ; mais il est inférieur au Peder Paars d'Holberg, avec lequel on le compara forcément. Storm obtint encore plus de succès avec ses Fables et récits, qui sont au rang des meilleurs livres de ce genre écrits en langue danoise et qui acquirent rapidement une grande popularité. Son Info*dretten, poëme du genre didactique, en quatre chants, et une ou deux autres productions analogues renferment de beaux passages, marqués au vrai coin du génie poétique; mais la réputation de l'auteur repose sur ses Poésies lyriques, qui le placent dans la littérature danoise sur la même ligne que Thaarup. Quelques années avant sa mort, Storm était devenu directeur du théâtre de Copenhague, où il eut Thaarup pour successeur.
STORM DE GRAVE (Adrien-Guillaume), général hollandais, né h Harlem le 13 octobre 1764, mort le 23 janvier 1817. Il servit dans l'armée hollandaise, d'abord contre les Français, puis, à partir de la révolution de 1795, dans leurs rangs. Il se distingua surtout dans la guerre d'Espagne, fut nommé colonel après !a bataille de Talavera et défendit avec 300 hommes et 6 canons le couvent de Mérida contre 5,000 Espagnols, qu'il força à la retraite. Il fut récompensé de cet exploit par ie grade de général de brigade. Après là réunion de la Hollande a l'Empire, il eut successivement le commandement des départements du Rhône, de la Loire et du Cantal. Après les événements de 1814, il rentra au service de la Hollande et fut nommé en janvier 1815 commandant de la 3» division militaire, puis lieutenant général. «
STORR (Gottlob-Chrétien), théologien protestant, né à Stuttgurd en 1746, mort clans la même ville en 1805. Il fut nommé en 1775 professeur à la Faculté de philosophie deTubingue. En 1777, il reçut le grade de docteur en théologie et fut nommé professeur extraordinaire. En 1797, il devint premier prédicateur de la cour à Stuttgard et conseiller du consistoire. On a de lui : Opuscula acudemica ad interpretationem librorum sacrorum perlinentia (Tubingue, 1796-1803, 3 vol. in-8<>) ; Authenticité de /'Apocalypse de saint Jean (Tubingue, 1786-1806, in-8°); Sur le but de l'Evangile et des épitres de saint Jean (Tubingue, 1786-1809, in -8»); Interprétation de l'épitre de saint Paul aux Hébreux (1789-1809, in-8°); Doctrines christianx pars theorica (Stuttgard, 1793-1807, in-go-, traduit en allemand par K.-C. Fiait, Stuttgard, 1803-1813, in -8°); Sermons, publiés après la mort de l'auteur par F. -G. Sùskind et J.-F. Flatt (1806, 2 vol.).
STORTHIE s. f. (stor-tî). Entora. Syn. de
DRYPTOCÉPHALE.
STORTHING s. m. (stor-tingh). Parlement norvégien.
■ — Encycl. Le storihing se compose des représentants des villes et de ceux des campagnes, élus, les uns comme les autres, pour trois années. Les attributions de cette assemblée sont : d'établir ou d'annuler les lois, de voter le budget, de surveiller les finances et les actes du gouvernement et de juger les crimes contre l'Etat. Lors de la réunion du ttorthing , l'assemblée élit le quart de ses membres qui forme alors une Chambre haute (lagtkiug), et ce qui reste des membres constitue ïodelsthing, qui se réunit séparément, projette les lois, vote ces projets et les envoie ensuite à la Chambre haute, qui accepte ou rejette. Dans ce dernier cas, le projet revient avec des observations qui sont examinées par l'odelsthing. Lorsque cette dernière assemblée maintient une seconde fois son
firojet et que la Chambre haute continue de e repousser, les deux Chambres se réunissent pour discuter, mais ne votent jamais ensemble. Les lois votées sont soumises à la sanction du roi, qui peut, à son tour, refuser de les accepter ; mais il ne peut refuser plus de deux fois en trois ans de sanctionner une loi, et à la troisième fois que le storthing vote une loi, cette loi n'a plus besoin de la sanction royale. Le roi n a plus qu'un veto suspensif. C'est de cette façon qu'en 1821 l'institution de la noblesse a été. abolie en Norvège.
STORTZ s. m. (stortzz). Métrol. Mesure de capacité employée h Zurich pour les liquides, et valant le quart du mass, ou iU',8î.
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STORY (Joseph), jurisconsulte américain, né à Marblehead en 1779, mort à Cambridge, près de Boston, en 1845. Il suivit les cours de droit de l'université d'Harvard, se fit ensuite inscrire comme avocat au barreau de Salem et devint député de cette ville à la législature du Massachusetts. En 1811, Story fut nommé juge de la cour suprême des Etats- Unis et plus tard occupa une chaire de droit à Cambridge. Ses principaux ouvrages sont : Laws of the United States (New-York, 1827, 3 vol. in-8°) ; Commentaries on the laws of bailment (New- York, 1832) j Commentaries on the constitution (New -York, 1833,3 vol. in-S»); Commentaries on the conflict of laws (New- York, 1834, 3 vol. in-8<>); Miscellaneous writings (New-York, 1835, in-8°) ; Commentaries on equiiy jurisprudence (1836,2 vol. in-8°) ; Commentaries on equity pleadings (1838, 2vol. in-8°).
STORY (William- Wetmore), sculpteur américain, fils du précédent, né à Salem (Massachusetts) en 1819. Il étudia d'abord le droit et publia sur cette science divers travaux estimés. Mais le penchant qu'il éprouvait pour les beaux-arts lui fit quitter l'Amérique et le conduisit à Rome, où il s'adonna avec ardeur à l'étude de la sculpture. On cite, parmi ses œuvres les plus remarquables, une Clëopâtre et une Sibylle qui ont excité l'admiration générale à l'une des expositions artistiques de Londres. C'est lui qui a exécuté la statue du philantrophe américain George Peabody, érigée à Londres en 1869. W.-W. Story a aussi publié quelques poésies qui ne sont pas sans mérite.
STOSATÉE s. f. (sto-za-té), Myriap. Genre de myriapodes diplopodes, réuni par plusieurs auteurs au genre polydème.
STOSCH (Philippe, baron de), diplomate et archéologue allemand, né à KUstrin en 1691, mort k Florence en 1757. Son père, médecin et bourgmestre à Kûstrin, le destina à la carrière évangélique et l'envoya faite ses études à Francfort-sur-l'Oder. Mais Stosch s'adonna avec passion à son goût pour la numismatique, visita, pour recueillir des médailles, les principales villes d'Allemagne (1708), puis se rendit à Amsterdam (1709), où il suivit les cours de J. Le Clerc et de Hemsterhuys. Pendant un voyage qu'il fit à La Haye en 1710, un de ses parents, le baron de Schmettau, ambassadeur de Prusse, l'engagea à entrer dans la diplomatie et le recommanda à Fagel, greffier des états généraux. Celui-ci le fit charger, en 1712, d'une mission en Angleterre, où il entra en relation avec Sloane, Bentley et autres savants. De 1k, Stosch passa à Paris (1713), étudia avec soin les collections publiques et particulières de médailles et vécut pendant quelque temps dans la société de Dacier, Galland, le Père Montfaucon, Crozat, etc. Au bout d'un an, il se rendit en Italie, y recueillit une foule de médailles, de pierres gravées, de moulages de dessins, se lia avec les savants les plus distingués et revint en 1717 en Allemagne. Après avoir passé quelque temps à Vienne, où il reçut de l'empereur le plus bienveillant accueil, puis à Augsbourg, où il découvrit et acheta le célèbre manuscrit connu sous le nom de Table de Peutinger, Stosch se rendit a Dresde auprès du roi de Pologne. Ce prince le nomma son conseiller et l'envoya, en 1719, en mission à La Haye. Là, il contribua à faire rendre à la bibliothèque de Paris des manuscrits qui en avaient été enlevés par Aymon et refusa une pension de 1,000 écus que le Régent lui offrit en récompense de ce service (1720). L'année suivante, sur la demande du ministre anglais lord Carteret, il consentit k se rendre à Rome pour y surveiller les menées des jacobites réfugiés contre le gouvernement britannique. Bien qu'il y retrouvât d'agréables et anciennes relations, sa position dans cette ville devint, au bout d'un certain temps, difficile et, menacé de mort par les jacobites, il alla se fixer, en 1731, à Florence, où il passa les dernières années de sa vie. Stosch, qui possédait comme numismate une remarquable érudition, ne cessa, jusqu'à la fin de sa carrière, d'accroître sans cesse ses belles collections de médailles, de camées, auxquelles il joignit des tableaux, des statues, des vases, des armes, des manuscrits et des cartes. Son admirable collection de 3,444 pierres gravées et pâtes antiques, dont Winekelmann dressa le catalogue raisonné, fut vendue, après sa mort, au roi de Prusse, Frédéric H. Sa collection de 2,800 empreintes en soufre devint la propriété de Tassie, à qui elle fournit les principaux éléments d'un ouvrage. Enfin, sa collection de cartes géographiques, formant 300 volumes in-folio, fait partie de la bibliothèque de Vienne. On a de lui : Gemmas antiques sculptorum itnaginibus insignitx (Amsterdam, 1724, in-fol.), ouvrage très-remarquable qui a été mal traduit par Limiers, sous le titre de Pierres antiques gravées sur lesquelles les graveurs ont mis leur nom (1724, in-fol.); Letlera sopra una medaglia nuovamente scoperta di Carino imperatore (Florence, 1755, in-4°).
STOTHARD (Thomas), peintre anglais, né à Londres en 1755, mort (en 1834. Il apprit sans maître, à la campagne, eu s'exerçant, dès l'enfance, à reproduire avec le crayon les arbres, les animaux, les physionomies humaines, tous les objets qui attiraient son regard. Placé à quatorze ans chez un dessi-
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nateur sur étoffes, sa besogne finie, dans les longues soirées d'hiver, il s'amusait à esquisser des sujets qu'il tirait soit de VIliade, soit de la Reine des fées de Spencer. Quelques1 unsflfe ces essais tombèrent sous les yeux de Harrisson, le directeur du Novelist's Magazine, qui lui proposa de faire des dessins dans son recueil. A partir de ce jour, la vocation de Th. Stothard fut décidée. Une Sainte famille, qu'il exposa dans les salons de la Society of Artists, lui valut l'admission libre, comme étudiant, à Maiden-Lane, où une association (qui fut plus tard l'Académie royale), alors présidée par Josuah Reynolds, avait établi une véritable école de peinture. On y dessinait d'après l'antique et d'après le modèle vivant. Th. Stothard reçut des leçons de Reynolds et de "Wilson, le peintre de paysage. Les vignettes et les illustrations qu'il faisait pour les publications à images, le Novelist's Magazine et autres recueils du même genre, suffisaient à ses besoins et lui donnèrent une certaine notoriété ; vers 1791, son nom avait assez grandi pour qu'il obtint le grade de membre associé de l'Académie. On le vit alors renoncer à la mignardise habituelle aux dessinateurs anglais et s'inspirer de plus grands modèles. Ses vignettes moines portent l'empreinte de cette modification. Dans le Rêve de Jacob, Saint Jean préchant dans le désert, Ruth et Booz, dans les dessins pour le Paradis perdu, gravés par Bartolozzi, dans ceux dont il orna le Pilgrim's progress de John Bunyan et surtout dans son beau dessin la Confirmation, on retrouve l'influence des maîtres, celle de Raphaël en première ligne.
C'est à ce moment que l'artiste fut chargé par le marquis d'Exeter de peindre le grand escalier de son magnifique château de Burleigh. Ce travail, qui dura quatre ans, fut payé 1,300 livres (32,500 francs). Il se composa de trois grands tableaux représentant : la Guerre, l'Intempérance et la Descente d'Orphée aux enfers. A la même époque, Stothard illustra une édition de Gessner, la Galerie historique de Boyer, le Shakspeare de Heath et Kearsley, le Voyage de Gulliver, les Mille et une nuits, les Essais d'Addison, la Chronique de Froissait, Clarisse Harlovoe, etc. La plupart de ces dessins sont regardés comme de petits chefs-d'œuvre.
Elu par l'Académie royale en 1794, il peignit pour sa réception une figure allégorique de la Charité. Quelques années après, épris de Rubens et de sa fougueuse couleur, il en fit une autre représentant la Victoire, dont il était si content qu'il ne voulut, à aucun prix, la laisser sortir de son atelier. Elle n'a été vendue qu'après sa mort. Th. Stothard a, de plus, esquissé les dessins du bouclier d'argent offert, en 1815, par le commerce de Londres à lord Wellington. Plus tard, en 1821, il peignit le plafond de la Bibliothèque des avocats, à Edimbourg. La même année, il produisit un de ses plus importants ouvrages, \&Vendange, exposée à Somerset-House. On y trouve combinés, avec un rare bonheur, la grâce flottante des peintures du Titien et le riche coloris de Rubens. Les derniers grands travaux de Thomas Stothard, les frises de flwcAî'n^Aanî-Pa/acedansSaint-James- Park, furent interrompus par la mort du roi George IV.
Le Musée britannique a formé une collection de 4,000 gravures d'après Th. Stothard; c'est la plus nombreuse qui existe; elle est loin cependant d'être complète. L'œil du critique aperçoit bientôt dans ces dessins la légère teinte d'afféterie qui fut le défaut dominant de cet artiste. On constate également que, chez lui, le sentiment d'une certaine grâce modeste, ingénue, toute féminine, l'emporte de beaucoup sur les autres qualités, qu'il possédait aussi sans doute, mais à un moindre degré. Son comique est timide et réservé -% c'est celui d'un homme délicat qui sourit finement et qui recule devant les grosses gaietés des Flamands et d'Hogarth.
STOTHARD (Charles-Alfred), peintre anglais, fils du précédent, né à Londres en 1778, mort k Berre-Ferrers (Devonshire) en 1821. Elève de son père, il manifesta dès l'enfance les plus heureuses dispositions et suivit d'abord les cours de l'Académie royale de peinture de Londres, où il se fit remarquer parla facilité et la correction de ses dessins d'après l'antique. Son premier travail digne de remarque fut exécuté à Burleigh, résidence du marquis d'Exeter, où il aida son père dans les décorations dont celui-ci avait été chargé. Il débuta en 1811, à l'Exposition de Somerset-House, par le Meurtre de Richard II au château de Pontefract, tableau dans lequel il s'est attaché moins à faire une œuvre d'art qu'à reproduire avec la fidélité la plus exacte les costumes et les physionomies des personnages, le théâtre de cette scène tragique, etc. L'effet en est saisissant, mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est l'érudition archéologique de l'artiste. Entraîné par son goût particulier pour ce genre d'études , Stothard abandonna quelque temps la peinture pour s'adonner à l'illustration des antiquités nationales de son pays, et particulièrement à la représentation des monuments funéraires subsistant en grand nombre dans les anciennes églises d© la Grande-Bretagne. L'habile antiquaire Gough avait déjà publié un travail d'un grand mérite en ce genre , mais les gravures do son ouvrage, quoique très-
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supérieures a tout ce qui avait précédé, n'y sont qu'un objet secondaire , et Stothard prouva combien son talent était propre k les effacer par le fini de l'exécution, l'exactitude et la finesse des détails dans la représentation des vieux costumes. Ses Effigies monumentales de la Grande-Bretagne , ouvrage dont les dernières livraisons ne tarent publiées qu'après sa mort, Monumental Effigies of Great Britain (Londres, 1812-1823, in-4»), sont propres à, donner au peintre d'histoire une connaissance complète du costume adopté en Angleterre depuis la première période de l'histoire jusqu'au règne de Henri VIII; c'est un ouvrage plein d'utilité pour l'historien et le biographe ; il peut aussi guider les comédiens qui veulent reproduire dans toute leur réalité historique, par le costume, les personnages des drames si vivants du grand Shakspeare. Stothard travaillait en même temps à un autre important ouvrage. Un antiquaire, Samuel Lysons, l'avait chargé de composer des dessins pour sa Magna Britannia (1806- 1814, in-40). Durant l'été de 1815, l'artiste fit un voyage au nord de l'Angleterre, jusqu'à la grande muraille des Pietés, et recueillit dans cette excursion un grand nombre de vues très- piquantes des contrées qu'il traversa ; pendant son absence , Samuel Lysons le fit nommer peintre d'histoire de la Société des antiquaires. C'est alors ou peu après que, la paix étant faite entre la France et 1 Angleterre, Stothard fut appelé à porter chez nous ses actives explorations. La Société des. antiquaires de Londr s le chargea «n 1816 "d'aller prendre copie des figures de la fameuse tapisserie de la reine Mathilde, & Bayeux. Durant son séjour en France, il visita Chinon, et découvrit dans l'abbaye de Fontevrault,qui en est voisine, les précieuses effigies de la dynastie des Plantagenets, dont on avait perdu de vue l'existence depuis les bouleversements de la Révolution française; il en publia les dessins ainsi que tout ce qui se rattachait k l'époque dont il avait retrouvé là les vestiges épars. Lui-même a raconté, dans un livre qu il publia deux ans après, à son retour de France, sa joie d'antiquaire et d'artiste, lors de cette découverte. qui lui inspira d'abord un certain doute tant elle était inespérée. Ce sont les tombeaux de Henri II et de sa femme, Eléonore de Guyenne, de Richard Ier et d'Isabelle d'Angoulême, femme du roi Jean. Stothard voulait les acheter pour l'abbaye de Westminster, mais le gouvernement de la Restauration eut la pudeur de ne point les vendre : ils sont maintenant au musée du Louvre. A Ploermel, Stothard découvrit, parmi des débris jetés dans un coin, diverses statues de ducs de Bretagne; à Josselin, deux grandes figures d'Olivier de Clisson et de sa femme ; à Vannes et ailleurs encore il fit des trouvailles non moins intéressantes ; de chacun de ces morceaux précieux il emportait toujours un excellent dessin. La collection en parut à Londres en 1817. Cette publication étant achevée, Stothard revint en France continuer ses laborieux et fidèles dessins de la tapisserie de Bayeux. Il était accompagné de sa femme, qui écrivit ses impressions de voyage et dont les lettres, jointes aux dessins de Stothard, représentant des paysages et le plus souvent des antiquités, ont été publiées sous le titre de : Lettres écrites pendant un voyage en Normandie, en Bretagne et autres parties de la France (Londres, 1818, in-8°). C'est un livre très-agréable et à double titre. Stothard soumit, en 1819, k la Société des antiquaires la collection complète des dessins de la tapisserie de Bayeux, accompagnée d'un mémoire qui fait honneur à sou talent de critique. La Société des antiquaires fit publier à ses frais ces études, qui forment dix-sept planches coloriées. Dans les seize premières, la tapisserie est réduite aux trois dixièmes de ses proportions réelles; la dix-septième est le fac-similé, grandeur nature, d'un morceau de la tapisserie. Ce travail ainsi conçu est encore aujourd'hui le plus complet qui existe. Dans son mémoire, Stothard prouve que Ja fameuse tapisserie date de l'invasion des Normands, et non pas du règne de Henri Ier, ainsi que le prétendait à tort l'abbé de La Rue. Comme on le pense bien, cette publication acquit à l'éminent archéologue la plus haute notoriété. Chercheur infatigable, il reprit à travers l'Angleterre ses pérégrinations, pour réunir les matériaux nécessaires à ses Effigial monuments, dont il continuait la publication. Puis il gagna la Hollande , dans ce même but. C'est au retour de ce dernier voyage, et pendant qu'il travaillait dans un vieux château du Devonshire, qu'étant monté sur une échelle afin de mieux voir un vitrail intéressant, il perdit d'équilibre et tomba si malheureusement qu'on le releva le crâne fracassé.
Ce que Stothard a laissé de projets, de travaux ébauchés, est immense et du plus haut intérêt. Sa veuve, dans une biographie qu'elle a écrite en 1832, donne une idée de ces études que la mort a interrompues; c'étaient: les Peintures anciennes découvertes sur les murailles de l'ancien palais de la Càambrc des pairs; les Usages et tes costumes de l'Angleterre sous te règne d'Elisabeth, etc.
STOtIF (Jean-Baptiste), sculpteur français, né à Paris en 1742, mort h Charenton en 1826. Il étudia dans les ateliers de Coustou et de Slodtz, obtint en 1769 le second prix de
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Rome et fut admis à l'Académie en 1785. En 1810, il reçut le titre de professeur des écoles spéciales et, en 1817, il devint membre de l'Institut. Ses principaux ouvrages sont : Abel expirant, son chef-d'œuvre ; petit groupe A' Hercule combattant les centaures; Saint Vincent de Paul, buste; VAbbé Maury , buste; Androclès pansant la blessure d'un lion; Michel Montaigne, statue de marbre; Lavoisier, buste de marbre; ski tue de Suger.
STOURDZA (Grégoire). 11 devint chancelier de Moldavie sous le prince Callimaehi et prit, en cette qualité, une part active à la rédaction du code moldave de 1817, qui porte le nom de ce prince.
STOURDZA (Jean), grand boyard qui reçut en 1812, de la Porte, la dignité d'hospodar de Moldavie et la conserva jusqu'à l'occupation de cette contrée par la Russie en 1828.
STOUHDZA (Michel), flls du précédent, né à Jassy en 1795. It fut, en 1834, promu à la dignité d'hospodar, lorsque le traité d'Andrinople eut rendu à la Moldavie la jouissance d'une partie de ses anciens droits nationaux. Il possédait de remarquables talents administratifs, mais il se fit bientôt haïr par son avarice et par sa sévérité. Incapable de lutter contre les manifestations du sentiment national et abandonné même par la Russie, il dut, malgré la compression du soulèvement de 1848, se démettre du pouvoir après lu conclusion du traité de Balta-Liman (1848), et se retira à Paris. Lorsqu'on 1859 les Moldaves eurent fa. élire un prince, d'après les bases de la convention de Paris de 1858, il reparut h Jassy et fut aussitôt proclamé prince par quelques-uns de ses partisans. Mais il trouva un compétiteur dans son propre fils, Grégoire Stourdza. Le père et le flls, n'ayant pu se mettre d'accord entre eux, se nuisirent mutuellement, et furent battus l'un et l'autre lors de l'élection, car on élut le prince Couza, qui était indifférent à tous les partis. Le prince Michel n'a plus, depuis cette époque, résidé en Moldavie.
STOURDZA (Grégoire), homme politique moldave, fils du précédent, né en 1821. D un caractère énergique, mais peu scrupuleux sur les moyens d'action, il se créa un nom comme orateur et fit constamment partie de l'assemblée nationale moldave. Vers la fin de 1853, ii offrit ses services au sultan, qui lui conféra le titre de pacha. A la suite de cet événement, le gouvernement russe confisqua les propriétés de Stourdza, sises près de Jassy.
STOURDZA DE MICLANGENI (Démètre), homme politique moldave, issu d'une autre branche de la même famille que les précédents. Après avoir pris une part active à la chute du prince Couza , il devint ministre du commerce et des travaux publics pendant l'interrègne qui suivit cette chute et pendant les premiers mois du règne du prince Charles de Hohenzollern.
STOURDZA (Alexandre), diplomate et littérateur russe, né à Jassy en 1791, mort en 1854. Fils de Scarlat Stourdza, qui, compromis dans les affaires politiques, se réfugia en 1792 en Russie, où il fut nommé conseiller d'Etat, il fit ses études en Allemagne, débuta de bonne heure dans la carrière littéraire, et, pisr ambition, mit sa plume au service de la Russie. Il publia contre les jésuites, qui étaient alors en lutte avec l'Eglise grecque, un ouvrage intitulé : Considérations sur la doctrine et l'esprit de l'Eglise orthodoxe (Stuttgard et Tubingue, 1816), traduit en allemand par Kntzebue (Leipzig, 1817) et qui valut à l'auteur le titre de conseiller d'Etat et un emploi dans la chancellerie du comte Capo d'Istria. En 1818, il écrivit pour le congrès d'Aix-la-Chapelle un Mémoire sur l'état aetuel de l'Allemagne, rédigé d'après les matériaux qui lui avaient été remis par ordre de l'empereur Alexandre. L'ouvrage ne fut tiré qu'à cinquante exemplaires et fut envoyé aux différentes cours de l'Europe; mais, en dépit de la volonté des chefs du congrès, une copie du mémoire parvint au rédacteur du journal le 2'irifes, qui inséra dans ses colonnes ce factum de mauvaise foi; Schoali le publia, eu outre, à Paris en 1818, et, l'année suivante, il en parut une traduction allemande dans les Annales politiques. La légèreté avec laquelle l'auteur de ce pamphlet y attaquait l'opinion publique et le caractère national en Allemagne excita l'indignation et la colère la plus vive dans toutes les classes de la société allemande. On ne peut s'expliquer aujourd'hui comment les diplomates titrés d'alors purent accorder quelque crédit à un ouvrage qui, dans un langage mystique, entremêlé de citations de la Bible, dénué de toute logique et de tout argument, décriait l'esprit et les institutions de l'Allemagne et cherchuit à ravaler les plus grands titres de gloire d'un peuple. Il prétendait, entre autres allégations, que la Providence divine s'était servie de la campagne de Napoléon Ier en Russie pour ramener, par l'intermédiaire du gouvernement russe, le genre humain à la vraie religion et au repos. Mais ce qui dominait' surtout dans ce pamphlet, c'étaient les attaques contre les universités allemandes, qu'il représentait comme les pépinières des idées révolutionnaires, et il concluait à une réforme complète de l'enseignement public, qui, selon lui, devait être confié à des mains fidèles et énergiques, c'est-à-dire à celles du clergé. Parmi les nombreuses réponses que ce pamphlet
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provoqua, il faut citer le Coup d'ail sur les universités de l'A llemagne, par Villiers, et Encore un mémoire, par Krug. Des rangs des ■professeurs, des rangs des étudiants s'élevèrent de nombreuses voix protestant sbautement contre les calomnies du boyartf, qui, redoutant le sort de Kotzebue, se retira en 1819 à Dresde, où il épousa la tille du médecin Hufeland. S'y voyant encore menacé et ayant été provoqué en duel par le comte de Buchholz, alors étudiant, il chercha son salut dans la fuite et se rendit en Russie. Il y écrivit l'ouvrage intitulé la Grèce en 1821 (Leipzig, 1822), dans lequel il défendait encore les intérêts du gouvernement russe ; mais , lorsque l'empereur Alexandre eut changé de politique envers les Grecs, il quitta son service. Sous Nicolas, il fut de nouveau employé au ministère des affaires étrangères jusqu'en 1840, où il prit sa retraite avec le titre de conseiller intime. Il résida depuis lors tantôt dans ses terres de l'Ukraine, tantôt à Odessa, s' occupant de créer des établissements philanthropiques. C'est ainsi qu'on lui dut la fondation d'un couvent où devaient être élevées les jeunes filles destinées à épouser des popes, et celle d'une société de diaconesses pour le soulagement des pauvres et des malades. Il continua aussi ses travaux littéraires en russe, en grec moderne et en français. On a encore de lui : C- W. Hufeland, sa vie et sa mort chrétienne (Berlin, 183") ; Lettres sur les devoirs de l'état ecclésiastique, en russe (Odessa, <e édit.); des traductions françaises des Homélies d'Innocent, archevêque de Charkow (Paris, 1846, in-8o), et des Oraisons funèbres et discours de Philarète, métropolitain de Moscou (Paris, 1849); le Double parallèle (Paris, 1852) Souvenirs et portraits (Paris, 1859); Essai sur les lois fondamentales de la société (Paris, 1861). Ces deux derniers ouvrages ontété publiés par les soins de la princesse Gagarine, sa fille.
STOURNE s. m. (stour-ne — dulat. sturnus, étourneau). Ornith. Genre d'oiseaux, de la famille des merles, comprenant plusieurs espèces, qui habitent l'ancien continent, et surtout l'Afrique : Les stoornbs ont un plumage très-ëclatant, couvert de couleurs métalliques. (Z. Gerbe.) Il Nom de l'étourneau, chez quelques anciens auteurs. Il Stourne noir, Oiseau de paradis noir de la Nouvelle-Guinée.
— Encycl. Les stournes sont caractérisés par un bec médiocre, convexe en dessus, déprimé à la base, comprimé et échancré à la pointe; l'arête entamant le front; les narines nasales latérales, ovoïdes; le tarse plus long
?ue le doigt intermédiaire. Confondus autre ois avec les merles, ils s'en distinguent, à première vue, par leur plumage beaucoup plus brillant, orné de couleurs métalliques, et par les plumes de l'occiput, qui sont pointues comme celles de l'étourneau. Les espèces peu nombreuses de ce genre habitent, en général, les régions les plus chaudes de l'ancien continent, et surtout de l'Afrique. Leur bec et leurs pieds les rapprochent des merles; mais, par leurs mœurs et leur genre de vie, elles ressemblent davantage aux étourneaux et aux martins. La plus remarquable est le stourne noir, qui vit à la Nouvelle- Guinée,
STOURNELLE s. f. (stour-nè-le — dimin.
de stourne). Ornith. Genre de passereaux, de la famille des sturnidées, formé aux dépens des étourneaux, et dont l'espèce type habite l'Amérique du Nord : Les stournkllks ne se plaisent que dans les prairies et les plaines marécageuses. (Z. Gerbe.)
— Encycl. Ce genre est caractérisé par un bec un peu plus long que la tête, droit, entier, convexe en dessus, obtus et dilaté à la pointe ; la mandibule supérieure à base prolongée et arrondie dans les plumes du front ; les narines latérales recouvertes en partie par une membrane ; les ailes médiocres subaiguës ; la queue courte, ample et légèrement arrondie. Les tarses sont de la longueur du doigt médian, vigoureux, largement scintilles ; les doigts longs, les ongles fort courbés et aigus. Ce genre renferme aujourd'hui trois espèces de 1 Amérique méridionale, dont la plus ar.cienne était rangée par Linné et les auteurs de son temps pariai les alouettes, mais qui ont toutes été classées depuis parmi les étourneaux. De La Fresnaye cite la stournelle de la Louisiane parmi les espèces étrangères appartenant à la division des passereaux marcheurs et, en particulier, au groupe des marcheurs .riverains. Elle offre, dit cet ornithologiste, tout à fait le caractère des pieds des oiseaux marcheurs riverains', et ses tarses et ses doigts sont robustes et allongés; le pouce est également fort long, comme chez d'autres marcheurs, tels que le pipit sentinelle du Cap, et terminé par un ongle également fort long, très- peu courbé ; les ongles antérieurs ont la même forme. Aussi Ginelin a-t- il appelé cet oiseau alauda magna, à cause de la forme de ses ongles probablement et de ses habitudes terrestres. Cet oiseau habite donc en même temps l'Amérique du Nord, où il est très-commun, les Antilles, l'Amérique méridionale-, et il se trouve un peu partout dans le nouveau monde. Au Mexique, il semble plus rare que dans la Pensylvanie, où il porte le nom de meadow lark (alouette des prés) , tiré de son habitude de se tenir constamment au milieu des prairies, qui lui a valu également des
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Espagnols de Cuba le nom de savanero (habitant des savanes). Courant avec vitesse à terre, il ne se perche que lorsqu'il est pourchassé , et encore seulement pour quelques instants; il couche à terre; son vol est vif presque horizontal, comme celui de la perdrix ; quand on le poursuit, il sa pose près d'un buisson ou d'une haute touffe d'herbî. Au temps des amours, le mâle fait entendre un chant qui ne manque pas d'agrément, mais qui cesse après cette époque, et le reste de l'année ce sont des sifflements que les couples font entendre, surtout lorsqu'ils éprouvent des craintes. Ces oiseaux se nourrissent de graines et d'insecies ; au printemps, ils se divisent par couples on ne peut plus unis ; ils construisent à terre, au milieu des broussailles ou des grandes herbes, un nid composé de plantes sèches, dans lequel la femelle dépose sept œufs blancs ; le. mâle et ia femelle couvent alternativement et prennent ensuite le plus grand soin de leurs petits, qu'ils nourrissent de vers, d'insectes et de semences. L'espèce type est la stournelle de la Louisiane, petit oiseau qui a le plumage varié de gris, de brun, de noir et de roux, et qui atteint une longueur de 0m,2l.
STOUT s. m. (staout — mot angl.). Bière anglaise, double, noire.
STOW (John), antiquaire anglais, né à Londres en 1525, mort dans la même ville en 1605. Il exerça le métier de tailleur jusqu'à l'âge de quarante ans, puis il renonça subitement au commerce pour s'adonner à l'étude de l'histoire et des antiquités. On le vit parcourir à pied l'Angleterre, visitant les monuments, surtout les bibliothèques et les archives, surmontant gaiement les privations, la misère même, pour continuer ses recherches. Tant de persévérance unie à tant de courage intéressa de généreux savants qui l'aidèrent suivant leurs moyens. Toutefois, tombé dans une affreuse pauvreté après les persécutions qu'il subit comme catholique, il obtint, à force de supplications, la place de chronicler (historiographe) de Londres; enfin il reçut, par ordonnance royale du 8 mai 1G04, l'autorisation de mendier « en récompense de ses pénibles travaux. » Ses principaux ouvrages sont : Summary of the Chronicles of England (Londres, 1565, in-16) ; Annals of England (Londres, 1580, iu-4oj ; Survey of the cities of London and Westminster (Londres, 1598, 2. vol. in-fol.).
STOWE (Mme Harriet Bkecher), femme ds lettres américaine. V. Beechkr.
STOWELL (William-Scott, baron), jurisconsulte anglais, né à Henorth, près de Newcastle, en 1745, mort le 18 janvier 1836. Il fut reçu docteur en droit en 1779, fut inscrit au tableau des avocats l'année suivante, et, en 1788, élevé au rang de baronnet, nommé avocat général et membre du conseil privé. En 1798, il fut nommé juge à la haute cour de l'amirauté. A partirde 1801, il siégea au parlement. En 1828, il se retira des affaires. Sa vie (avec celle de lorci Eldon) a été écrite par M. W.-E. Surtees (Londres, 1S46).
STOY (Karl-Volkmar), pédagogue allemand, né. à Pegau le 22 janvier 1815. Il étudia la théologie à Leipzig et à Gœttingue, et fut prival-docent de philosophie à Iéna, où il fonda un séminaire pédagogique et un autre établissement d'instruction. En 1845, il fut nommé professeur ordinaire {ordenllich) de philosophie. En 1865, il passa à l'université d'Heidelberg. On cite parmi ses écrits : Schule und Leben (Iéna, 1844, et ann. suiv.) ; Hauspddagogik (Leipzig, 1855) et Encyklopâdie der Pàdagogik (Leipzig, 1861).
STRAATEN (Jean van), architecte hollandais, né à Utrecht en 1781. 11 a écrit ou traduit un grand nombre d'ouvrages sur l'architecture et les a illustrés par des gravures à l'eau-forte qui représentent en général des monuments anciens et modernes. Il a construit plusieurs monuments, entre autres l'église de Keizergracht, à Amsterdam, la bibliothèque de cette ville, un grand nombre de villas, etc.
STRABALE s. m. (stra-ba-le — du gr. strabalos, trapu). Entom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la famille des cycliques, tribu des alticites, comprenant six espèces, qui habitent l'Amérique.
STRAB1QUE adj. (stra-bi-ke. — V. strabisme). Méd. Qui est affecté de strabisme.
— Substantiv. Personne affectée de strabisme.
STRABISME s. m. (stra-bi-sme — lat. strabismus ; du grec strabos, louche, qui appartient à la même famille que strombos, tournoiement, tourbillon, toupie, sirobeâ, tourner, faire tournoyer, strobilos, toupie, streblé, cabestan, streàlas, tort», courbe, louche, d'un radical streph, qui aie sens de dérouler, et qui représente, selon Curtius, la racine sanscrite starg, strag, tresser, d'où aussi le grec strangâ et le latin stringo, je noue, je serre, etl'ancien allemand sirecchan, étendre, Stricchan, nouer, etc., etc.). Méd. Difformité résultant du défaut de parallélisme des deux axes visuels, dans l'acte du regard : Le stra bisme rend louche et fait regarder de travers. (Ac:id.) Le strabisme qui survient accidentellement est presque toujours l'effet d'une maladie du cerveau. (Ciiomei.)
— Encycl. Méd. et chir. Le strabisme est
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dit interne (ou convergent) lorsque l'œil est porté en dedans vers le nez; externe (ou divergent), dans le cas contraire ; inférieur (ou descendant), quand il se porte vers la joue ; supérieur (ou ascendant), quand il se relève du côté du sourcil. Ce sont là les formes simples produites par l'altération d'un seul muscle, mais il peut y avoir des déviations intermédiaires ; on suppose alors qu'il y a deux muscles affectés. Il faut remarquer que, dans le strabisme convergent, il n'y a qu un excès de direction de l'axe des yeux en dedans, attendu que, dans l'état normal, les axes des deux yeux ne sont point parallèles, mais déjà convergents; cette observation s'applique, par contre, au strabisme divergent, dans lequel te manque de parallélisme peut n'exister que dans les apparences. Le strabisme est encore simple ou double, c'est-à-dire que, dans certains cas, la direction de chacun des axes optiques ne se trouve pas en rapport avec les limites de l'ouverture orbitaire, celle-ci étant d'ailleurs normale.
Le strabisme convergentestinfiniment plus fréquent que les autres. En général, un seul œil est affecté; quand ils le sont tous deux, c'est ordinairement ^ans le même sens. S'il n'en est pas ainsi, la difformité est véritablement horrible. Le strabisme a, du reste, ses degrés, c'est-à-dire que tantôt l'axe visuel esta peine dévié, tantôt la cornée se trouve plus ou moins complètement cachée sous les paupières.
Le strabisme s'observe souvent d'une façon permanente; d'autres fois, il n'est qu'inter- .mittent. Le strabisme fixe se caractérise par ce fait que la déviation d'un des axes optiques par rapport à l'autre demeure la même dans toutes les directions du regard.
Dans le strabisme à angle variable, la déviation n'est point la même dans toutes les directions du regard ; nulle pour certaines positions de l'objet, la déviation apparaît quand on porte l'objet dans une certaine direction et augmente avec la distance qu'on lui fait parcourir dans cette direction.
Le strabisme s'accompagne souvent de la présence de doubles images. 11 naît de là une perturbation telle dans l'acte de la vision que le malade, pour se débarrasser de cette di-
Ïilopie qui 1 assiège, fait prendre à sas yeux es attitudes les plus bizarres en apparence.
Le strabisme apparaît ordinairement pendant les six premières années de la vie. Ses causes principales sont : l'inégalité congéniale ou accidentelle de la force des deux rétines; l'inégalité ou disharmonie de la force des muscles de l'œil; la déviation mécanique de l'axe visuel; l'habitude, l'imitation et l'hérédité. Entrons dans quelques détails sur ce -sujet.
Il est bien reconnu que l'œil loucho est ordinairement plus faible que l'autre, mais cette faiblesse est-elle l'effet ou la cause du strabisme? C'est là un point qui n'est pas encore éclairci. L'action des muscles de l'œil se comprend mieux. Si l'un d'eux se trouve paralysé, son antagoniste le fera tourner du côté opposé. C'est ainsi que, si on sectionne le nert moteur oculaire externe, on produira sûrement un strabisme convergent. Le même effet aura encore lieu si l'un des muscles moteurs du globe oculaire se contracte spasinodiquement. Dans ce cas, il importe de distinguer la contraction passagère que certaines personnes se donnent à volonté, de la contracture avec raccourcissement qui, de sa nature, est permanente.
Le strabisme survient encore à la suite des efforts habituels que sont obligés de faire, pour recevoir la lumière, les individus atteints de taches cornéales, de cataractes commençantes, ou qui sont pourvus d'une pupille artificielle. Il est fréquent chez les enfants qu'on fait coucher près d'une fenêtre ou d'une glace qui attire constamment leurs regards du même côté. Enfin, il n'est pas rare que le strabisme résulte d'une maladie, par exemple d'une attiique d'apoplexie qui paralyse le muscle oculaire en attaquant sa racine. C'est alors un strabisme syinptomatique, qui ordinairement se guérit de lui-même avee le temps.
Divers moyens ont été proposés pour remédier au strabisme; ce sont : l'emploi des louchettes, l'usage des prismes déviateurs, les lunettes, l'occlusion de l'œil sain pour forcer l'œil strabique à s'exercer, enfin la myotomie.
Les louchettes sont des coquilles ou demisphères ovoïdes, embrassant complètement l'œil et percées d'un orifice de la largeur d'une pupille de moyenne grandeur. Leur but est de forcer à amener les deux pupilles dans la position où se trouvent les deux ouvertures des louchettes. Mais ce but était loin d'être atteint, car le malade ne regardait que d'un œil et la déviation de l'autre persistait sous l'écran qui le couvrait. L'occlusion d'un œil ne pouvait pas donner de meilleurs résultats, car, un œil étant fixé sur un objet, l'autre se déviait justement de l'écart observé dans la vision binoculaire. Si nous passons de là à l'emploi des prismes et de tous les autres moyens dont l'effet est de changer la direction des rayons incidents pour les offrir à l'œil dévié sous une inclinaison en harmonie avec la sienne, nous serons amenés à une conclusion également défavorable. Les prismes et autres procédés déviateurs produisent souvent des effets merveilleux dans les premières phases de leur emploi. On croit
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alors toucher au succès ; mais, arrivé à une certaine limite, on rencontre un des écueils que voici : ou les derniers degrés de la déviation «ont invincibles, ou, vaincus, ils donnent lieu à d'autres désordres oculaires. Les verres convexes employés dans le but de corriger le strabisme convergent ont réussi quelquefois, et leur emploi est souvent de rigueur après la ténotomie, quand il reste encore un léger degré de prépondérance musculaire du côté de l'adduction.
Aujourd'hui, des milliers d'exemples ont suffisamment établi que le seul remède du strabisme permanent est dans la ténotomie. L'opération, telle qu'on la pratique actuellement, consiste dans la simple séparation des attaches du tendon à la sclérotique sans déperdition de longueur musculaire. La séparation a lieu par la greffe du tendon rendu libre à quelques millimètres en arrière de la première insertion. Le succès de cette opération dépend tout entier du respect de 1 intégrité de la capsule du tendon. En 1838, on s'engoua d'une manière exagérée de la méthode qu'on appelait alors strabotomie, et, les espérances qu'elle avait fait concevoir ne s'étant pas réalisées, on avait fini par l'employer rarement; mais, grâce aux perfectionnements que nous venons d'indiquer sous le nom de ténotomie, on y est revenu et la réussite durable a cessé d être rare.
— Art vétér. Chez les animaux, le strabisme s'observe quelquefois ; mais c'est chez le mulet qu'on le remarque le plus souvent. On reconnaît les mêmes variétés que chez l'homme : il est convergent, divergent, supérieur ou inférieur, simple ou do"ubîe, etc. Il n'offre, non plus, rien de particulier par rapport à ses causes; et il faut avouer que l'on ne sait pas bien encore les véritables conditions dans lesquelles se forme cette altération, qui, du reste, est plutôt congéniale qu'acquise, au moins chez nos animaux domestiques.
Dans le strabisme uniloculaire, l'œil de l'animal se porte en dedans, en dehors, en haut ou en bas, suivant la variété, et la cornée se cache plus ou moins sous l'une des paupières ou sous l'une de leurs commissures, tandis qu'une partie de la sclérotique, variablé en étendue, se montre du côté opposé. Lorsque l'œil qui conserve sa direction est fermé, et lorsque l'attention de l'animal est attirée sur un objet rapproché de l'œil louche, aussitôt l'axe de ce dernier se dirige vers l'objet et le suit dans tous les changements de position qu'on lui imprime. Dans la variété binoculaire , les deux yeux sont déviés, et, lorsque l'animal regarde, c'est tantôt avec un œil qui prend la direction normale, tandisque l'autre est dévié; tantôt avec l'autre, à 1 égard duquel le premier se comporte comme il a été dit précédemment. On a attribué cette alternance k ce que l'un des yeux est myope et ne regarde que les objets rapprochés,, tandis que l'autre est presbyte et ne regarde que les objets éloignés.
Quant aux moyens de traitement, un des plus simples consiste à laisser arriver la lumière sur le seul œil iiffecté et dans le sens opposé k la déviation. Si le strabisme est binoculaire, on peut obtenir un bon résultat en plaçant devant les yeux des œillères percées chacune d'un trou central, correspondant à la position qu'occupe la pupille lorsque l'œil est dans sa rectitude la plus complète. En cas d'insuffisance de ces moyens, on pourrait opposer k cette altération, qui n'est, en définitive, qu'une difformité sans inconvénient marqué pour, le service des animaux, la strabotomie ou myotomie oculaire, appelée plutôt aujourd'hui ténotomie, et appliquée avec succès au traitement du s(rabisn\e de l'espèce humaine.
STKABO (Pompeius), consul romain, père du grand Pompée. V. Pompée Strabo.
STRABON, en latin Strabo, géographe grec, né à Amasia(Cappadoce) vers 60 av. J.-C, le premier géographe de l'antiquité sous le rapport historique et littéraire, car il fut dépassé dans l'antiquité même pour la géographie mathématique! 11 reçut une éducation distinguée dans les premières écoles d'Asie, voyagea ensuite dans l'Asie Mineure et dans le Pont, et visita Alexandrie, où la lecture des géographes astronomes lui inspira vraisemblablement l'idée d'une géographie plus philosophique et plus historique. Il vit Tarse, où il adopta les doctrines du stoïcien Athénodore, parcourut la Syrie, la Palestine, la Phénicie, l'Egypte jusqu'aux cataractes de Syène, explora la Grèce, l'Epire, peut-être la Macédoine, ensuite la Sicile, la péninsule italique, et longea dans un voyage maritime la côte de la Cyrénaïque. Enfin, un long séjour dans [a capitale de l'empire lui permit de recueillir les documenta nécessaires pour décrire l'Occident et le nord de l'Europe. Ce fut dans un âge avancé qu'il travailla à la composition de ses ouvrages. Ses Mémoires historiques (aujourd'hui perdus) comprenaient l'histoire d'environ deux siècles, et il les avait poussés jusqu'à la mort de César. Sa Géographie, dont la majeure partie nous est restée, est un des ouvrages les plus importants que l'antiquité nous ait transmis. Il y traite de l'origine des peuples, de leurs migrations, de la fondation des villes, des républiques et des empires, des personnages célèbres, et l'on y trouve une foule de détails qu'on chercherait vainement ailleurs. Il se montre, en général, fort judicieux dans ses apprécia-
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tions. Le morceau le plus remarquable est la description de l'Asie Mineure. On a relevé dans Strabon un grand nombre d'erreurs, telles que la fausse direction qu'il donne aux Pyrénées, la configuration vicieuse de la Gaule, ses idées erronées sur la mer Caspienne, etc.; mais tel qu'il est, cet ouvrage est encore le meilleur en ce genre de toute l'antiquité; c'est une mine riche de précieux renseignements, où l'histoire et la critique ont puisé à pleines mains. Cependant, le silence gardé par les auteurs anciens sur Strabon semble indiquerque son ouvrage eutalors peu de succès. Marcien d'Héraclée, Athénée et Harpocration sont les premiers qui le citent. Josèphe et Plutarque en parlent, mais seulement comme auteur des Mémoires historiques. Ce n'est que dans le moyen âge que sa haute réputation a commencé, et elle de vint tellement exclusive, qu'on le désignait uniquement sous le nomdu Géographe. L'édition princeps de Strabon est celle des Aides (Venise, 1516). On estime encore les suivantes : Casaubon, réimprimée par Morel (Paris, 1620); Siebenkees et Tzschuke (Leipzig, 1796-1818); Coray (Paris, 1815-1819); Diibner et Ch. Millier, avec traduction latine, dans la Bibliothèque grecque de Didot. Il a été traduit en français avec beaucoup de soin par Laporte du Theil, Gossellin, Coray et Letronne (1805-1819). Cette traduction, exécutée par ordre du gouvernement, est enrichie de notes, de commentaires et d'éclaircissements du plus haut intérêt.
STRABONIE s. f. (stra-bo-nî — de Strabon, célèbre géogr.). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu des astérées, dont l'espèce type croît en Perse.
STRABOTOMIE s. f. (stra-bo-to-ml — du gr. strabos, louche; tome, section). Chir. Opération qui consiste à couper un ou plusieurs des muscles moteurs de l'œil, pour remédier au strabisme.
— Encycl. Cette opération a été imaginée par Stromeyer et Dieffenbach. Elle a joui tout d'abord d'une grande vogue, mais elle est peu usitée aujourd'hui à cause de la fréquence des récidives. Au premier moment, le succès paraît complet; mais, au bout de six ou huit mois, il se développe trop souvent un nouveau strabisme en sens inverse du premier. Ce fait s'explique facilement. Pour remédier à l'affaiblissement d'un muscle, vous coupez son antagoniste ; mais, outre que la strabotomie entrave certains mouvements du globe oculaire, elle donne, dans bien des cas, au muscle primitivement trop
.faible un excès de force relative. Quoi qu'il en soit, le procédé le plus suivi pour l'opération consiste à' faire écarter les paupières du patient par un aide, à inciser la conjonctive préalablement soulevée avec une érigne ou avec de petites pinces à dents de rat et k mettre à nu le muscle qu'on veut sectionner. Dans un dernier temps, on l'attire légèrement avec un crochet mousse et on le tranche avec de petits ciseaux.
Le pansement consécutif est bien simple. On peut se contenter de faire sur l'œil avec de 1 eau fraîche quelques lotions pour favoriser la résorption de l'ecchymose qui se répand souvent sous la conjonctive oculaire et qui disparaît en quelques jours. Pendant quarante-huit heures au moins, on ne fera qu'entr'ouvrir les yeux avec précaution et on les tiendra le reste du temps cachés sous un bandeau. On en viendrait au traitement des ophthalmies, s'il se manifestait des symptômes réellement inflammatoires. V. strabisme.
STRABOTOMISTE s. m. (stra-bo-to-mi-ste — rad. strabotomie). Chir, Celui qui pratique la strabotomie.
STRABUS ou STRABON (Walafride), bénédictin, né en Angleterre, suivant d'autres en Allemagne, mort en 758, suivant d'autres à Paris vers 849. Il étudia à l'abbaye de Saint- Gall sous l'abbé Grimoald, puis à celle de Fulda sous Raban-Maur. Il revint ensuite à Saint-Gall et fut nommé, en 8-12, doyen et ensuite abbé de l'abbaye de Reichenau. Il fut plus tard ambassadeur de Louis le Germanique auprès de Charles le Chauve. Il a laissé un certain nombre d'ouvrages de théologie aujourd'hui complètement oubliés.
STRACCHINO s. m. (strak-ki-no). Fromage estimé, que l'on fabrique dans les environs de Milan, u PI. stracchini,
— Encycl. C'est à Gorgonzola, bourg considérable situé à 10 milles géographiques à l'est de Milan et entouré de gras pâturages, où stationnent pendant l'automne les troupeaux qui descendent de Bergame, que se fabrique, de temps immémorial, ce fromage gras et estimé. La fabrication ne réussit bien qu'en automne. On travaille le lait aussitôt après l'avoir trait, en le passant à travers un linge pour le purger de toute souillure et en le taisant cailler dans un local d'une température de 15" à 20°. Comme on trait deux fois par jour, matin et soir, et que le tait est travaillé aussitôt trait, on obtient deux caillés par jour; celui du matin produit par le lait de la veille et le caillé du soir produit par le lait du matin. On coupe les caillés en tranches de 0™,013 d'épaisseur et on les dispose dans la forme par couches alternatives. C'est ce mélange indispensable qui produit le véritable siraccntno. La moisissure qui se développe entre les différentes tranches du caillé, moisissure d'un vert foncé et
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à laquelle on donne le nom de persil, présente un aspect peuappétissant imaisles fabricants, pour satisfaire au goût des consommateurs, s'attachent à l'obtenir, en perçant la masse encore fraîche avec une spatule, lorsque les tranches de caillés ne présentent pas d'interstices. Ces deux sortes de caillés, enveloppés d'un linge, sont placées dans les formes, sur une planche; ces formes se composent d'un cylindre de bois blanc, haut de 0111,25 à 0»>,30 sur oai,25 de diamètre. Comme la pâte, en se séchant, perd beaucoup da son volume, on superpose deux formes bouche à bouche. On les retourne toutes les deux ou trois heures, pendant douze ou vingt-quatre heures, après quoi on ôte le linge et on place le fromage à nu dans la forme, sur une planche recouverte d'un lit de paille; on le retourne toutes les douze heures, jusqu'à ce qu'il soit complètement égoutté, et on maintient la teinpérature entre 19" et 25<>. On ne sale le stracchino que lorsque ses surfaces sont couvertes de moisissures et que les cryptogames qui ont paru les premiers commencent k disparaître. Les deux premières doses de sel doivent être copieuses, parce qu'elles déterminent kt formation de la croûte. Après quatre, cinq ou six jours de salaisons consécutives, on enlève la forme et on donne encore de dix à douze autres salaisons pendant les vingt jours qui suivent cette opération. Après les salaisons, on retourne le stracchino toutes les quarante-huit heures au inoins. Cette opération doit avoir lieu dans un local très-sec et à une température tiède. Le stracchino, après la salaison, prend d'abord une teinte sombre , puis il blanchit et se couvre à la fin de taches rougeâtres, considérées comme l'indice d'une excellente qualité. Le straccAino n'est savoureux et délicat que lorsque sa pâte est arrivée à son point de maturité par la fermentation naturelle des substances qui le composent. Quelque temps après, le fromage devient piquant au palais et il passe par degrés k l'état de décomposition. Cet état normal du stracchino se fait attendre de deux à vingt mois, suivant diverses circonstances, parmi lesquelles on place en première ligne l'élévation de la température du milieu dans lequel il se trouve. Ceux qui sont les plus longs à mûrir portent le nom de stracchini vecc/ii (vieux stracchini). Leur pâte est plus consistante que' celle des autres; elle est plus savoureuse, plus piquante, se prête mieux k la dégustation des vins.
Il y a, du reste, deux variétés de stracchini : lo stracchino d'une crème et le stracchino de deux crèmes. Le premier est fabriqué avec du lait écrémé une fois ; l'autre, qui est de beaucoup supérieur, est fabriqué, ainsi que nous l'avotfs dit, avec le lait travaillé aussitôt après avoir été trait,et qui, par conséquent, n'a pas été écrémé. Une troisième sorte est le crescensa, ainsi nommé parce que sa pâte jouit de la propriété de se ramollir et de prendre l'aspect d'un gâteau appelé vulgairement crescenza. On ne l'obtient parfait que dans la saison la plus sèche. Le caillé, lorsqu'on le met sur le linge, doit être bien moins mûr que celui qu'on emploie pour faire le stracchino proprement dit. On ne le suspend pas pour le faire égoutter, mais on le place dans un sceau, où on le laisse jusqu'à sa parfaite séparation d'avec le sérum ; après quoi, on le place dans la forme. Les salaisons s exécutent avec modération, parce que la croûte ne doit pas durcir. On opère seulement six salaisons de quarante-huit heures en quarante-huit heures, puis on enlève la forme, et le fromage ne tarde pas à s'affaisser. On le place alors sur une planchette couverte d'une feuiile da papier bien collé, qui permettra de le transporter au lieu même où il doit être consommé. On donne le plus souvent à la pâte une couleur de safran, afin qu'elle soit plus agréable à l'œil. Le safran se met dans le linge avec la présure.
STRACHIE s. f. (stra-kl). Entom. Genre d'insectes hémiptères, de la famille des scutellériens, tribu des pentatomites, formé aux dépens des pentatomes.
STKACHWITZ (Maurice, comte de), poste allemand, né à Peterwitz, en Silésie, en 1822, mort en 1847, Il fit ses études de droit aux universités de Berlin et de Breslau, occupa quelque temps l'emploi de référendaire près le tribunal du cercle de Grottkau, fit ensuite un voyage en Suède et en Norvège, et alla plus tcrd visiter l'Italie. Ce fut au retour de cette excursion qu'il mourut, ayant à peine atteint sa vingt-cinquième année. Il n'a publié que deux recueils de poésies lyriques et épiques, les Chants d'un homme qui s'éveille (Breslau, 1846 ; 5C édit., 1854) et les Nouvelles poésies (Breslau, 1848; 2^ édit., 1849); mais il y a révélé un talent poétique des plus remarquables. Ses compositions respirent, il est vrai, tous les feux et toute la violence des passions, mais il y règne en même temps un esprit tout patriotique, une grande délicatesse de sentiment et un goût du beau vraiment artistique. Parmi les plus belles pièces de ces deux recueils, on cite l'hymne national Germania, la brillante description intitulée : Une chute d'eau, et l'énergique ballade : Voici le Guelfe!
STRACHYBOTRYS s. m. (stra-ki-bo-Uiss).
Bot. Genre de champignons.
STRACK (Charles), médecin allemand, né
à Mayence en 1726, mort en 1806. II prit le grade de docteur en médecine k Erfurt; en 1747, et, s'étant fixé dans sa ville natale, devint professeur de médecine a l'université de Mayence. Strack a composé de nombreux ouvrages, parmi ' lesquels nous citerons: De mechanismo, effectu, usu respirationis sans (Erfurt, 1747, in-4°): De colica pictorum (1772, in-8<>); De febribus intermiltenlibus et quaralione eisdemmedeadurnsit (17S9,iii-8<>).
STRACK (Jean-Henri), architecte allemand, né à Buekeburg en 1806. Il reçut de son père les premières leçons de dessin et étudia ensuite l'architecture dans l'atelier de Schinkel, qui le garda plusieurs années sous sa direction immédiate et qui le préférait k tous se3 autres élèves. Plus tard, il exécuta, en compagnie de Stuler, des voyages artistiques en Angleterre, en France et en Russie, puis en Italie et en Sicile, à la suite du prince de Prusse Frédéric-Guillaume. Il s'était déjà fait connaître par divers ouvrages, qui révélaient des connaissances remarquables, lorsqu'il fut nommé professeur à l'Académie d'architecture de Berlin, où son enseignement obtint le plus grand succès. Il est aujourd'hui conseiller aulique supérieur d'architecture, membre du sénat, de l'Académie des beauxarts et de la députation supérieure d'architecture technique de Berlin. Parmi ses nombreux projets pour églises, palais, édifices particuliers, etc., qui se trouvent la plupart dans l'album de la Société des architectes prussiens, il faut citer les plans pour l'église Saint-Nicolas, à Hambourg, qui cependant n'ont pas été mis à exécution, mais qui peuvent passer pour ce que l'on a fait de mieux en ce genre. Les édifices les plus remarquables dont il a dirigé la construction sont : à Berlin, l'église da Saint-Pierre (style gothique), dont on admire surtout l'intérieur noble et harmonieux; l'église Saint-André ; la galerie de tableaux Raczynski avec les ateliers artistiques royaux qui en dépendent; le palais du prince royal ; une partie du château de Babelsberg ; la villa Borsig, dans le faubourg de Moabite. avec les fabriques et bâtiments d'exploitation dont elle est le centre ; puis la maison de campagne de Donner, près d'Altona; le monument funèbre deBliicher à Krieblowilz, en Silésie; le3 portraitsdu pont sur le Rhin à Cologne, etc. On lui doit, en outre, un grand nombre de maisons de plaisance, de villas, etc., qui se distinguent par un style élégant et tout k fait artistique jusque dans les moindres détails, car l'architecte est allé jusqu'à fournir les dessins des meubles et des tentures qui les ornent. M. Strack a, en outre, publié plusieurs ouvrages relatifs à son art, entre autres ; Monuments d'architecture de la vùille Marche de Brandebourg (Berlin, 1834 et années sui v., en collaboration avec Meyerheim, texte par Kugler) ; Feuilles de modèles pour les fabricants de meubles (1835 et années suiv., avec différents collaborateurs), recueil qui a exercé une grande influence sur le métier artistique; Delà construction des théâtres chez les Grecs anciens (Potsdam, 1843); De l'établissement des asiles pour les pauvres; Détails architectoniques de la construction des maisons, avec Hitzig; le Château de Babelsberg, avec Gottgetreu, etc.
STRACOU a. m. (stra-kou). Techn. Nom donné, dans certaines usines, au four à étendre que l'on emploie pour la fabrication du verre à vitres par le procédé des manchons ou des cylindres.
STRACTION s. f. (straksi-on). Ane. typogr. Action d'ôter des lettres ou des mots avec la pince pour en remettre d'autres.
STRAOA (Jacopo DE), antiquaire italien, né a Mantoue vers 1515, mort à Prague en 1588. Doué d'un flair artistique exquis, il se livra au trafic des tableaux et des objets d'art et dépouilla l'Italie au profit de l'Allemagne/où il vendit les portefeuilles de Serho, les dessins de Perino del Vaga et les cartons de J ules Romain. Il a, du reste, un titre plus sérieux k la considération : un des premiers, il rattacha l'étude des médailles aux travaux historiques. Ses principaux écrits sont: Epitome thesauri aiitiquitatum (1553, in 40); Imperatorum romanorum imagines (Zurich, 1559 in-fol.); Dessins artificieux de moulins, pompes et autres inventions pour faire monter l'eau (Francfort, 1617, 2 vol. in-fol.).
STKADA (Ottavio ce), antiquaire italien fils du précèdent, né k Rosbery. Comme son père, il s'occupa d'antiquités, de numismatique, et il porta, sous Rodolphe II, la titre d'antiquaire impérial. Ses principaux écrits sont : Symbola divina et humanapontificum imperatorumetregum{Prague, 1001, in-fol. h Vils imperalorum Cxsarumque romanorum etc.
(Francfort, 1615, in-fol.) ; Genealogia et séries Austrte ducum, etc. (Prague, 1629, in-fol.).
STRADA (Famien), historien italien, né à Rome en 1572, mort en 1649. Entré chez les jésuites, il enseigna pendant quinze ans lu rhétorique et l'éloquence au Collège romain, composa des poésies latines, froides imitations des anciens, et son nom ne seruit probablement pas arrivé jusqu'à nous sans son ouvrage historique'sur la longue et opiniâtre lutte qui détacha les Pays-Bas de la domination espagnole, De belto belgico décades dus (Rome, 1632-1647), ouvrage qui tient un rang distingué parmi Îe3 travaux historiques du xvne siècle, malgré les défauts qui le déparent. L'auteur s'y montre plein de partialité
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pour la cause de l'Espagne et du catholicisme. Duryer (Paris, l65î) a donné une traduction française de cette histoire.
STRADAN (Jean) ou STRADANO, ou encore STBADANUS, peintre flamand, né à Bruges en 1536, mort au commencement duxvna siècle. Il étudia dans sa ville natale, et, pour compléter son instruction, voyagea en Italie. Il revint ensuite dans sa patrie et fut nommé membre de l'Académie de peinture de Bruges. Parmi ses productions, on cite les fresques dont il orna les palais du roi de Toscane et, entre autres, le Christ entre les deux larrons, le Christ sur la croix auquel un des bourreaux présente l'éponge, dans l'église de l'Annonciation, à Bruges, et une suite de compositions tirées des Actes des apôtres, imitées de Hemskerke. Stradan vivait encore en. 1604.
STRADELLA (Alexandre), compositeur italien, né à Naples en 1644, mort assassiné à Gênes en 1683. La Un tragique de ce maître a rendu son nom populaire ; mais, sauf le récit circonstancié de 1 aventure qui lui coûta la vie et la date de deux ou trois de ses œuvres, on n'a que peu de renseignements sur sa vie. On ne sait ni quels furent ses maîtres ni dans uel genre il débuta. Les recueils manuscrits 'une partie de ses œuvres se trouvent à la bibliothèque ducale de Modène, au Conservatoire de Naples et a la bibliothèque de Saint-Marc de Venise. La Bibliothèque nationale, celle du Conservatoire et le musée Britannique de Londres en possèdent également quelques morceaux. On conjecture qu'il passa une partie de sa vie à Modène et à Ferrare et qu'il composa, pour les amusements de la cour, les opéras conservés à la bibliothèque de Modène : Corispero ; Orazio Code $ul ponte; Trespolo tutore , opéra-bouffe, et Biante, drame lyrique, dont une partie est écrite eu prose. Il excellait également dans la musique religieuse et fut appelé à Venise vers 1676, non pour y faire représenter un opéra, comme le dit Bourdelot dans le récit qu'on lira ci-après, mai» pour la composition de quelque oratorio ; son nom, en effet, ne figure pas dans le catalogue que l'on possède de tous les opéras représentés à Venise au xvne siècle, et la bibliothèque de Saint-Marc ne possède de lui qu'un recueil de vingt et une cantates, dont six furent exécutées et imprimées à Paris. Quoi qu'il en soit, il fut forcé de quitter précipitamment Venise, et voici comment le médecin Bourdelot, son contemporain, rapporte l'aventure qui a rendu Stradella si célèbre : «Un nommé Stradel, fameux musicien qui était à Venise gagé par la république, pour composer la musique des opéras, qui y sont considérables pendant le carnaval, ne charmait pas moins par sa voix que par sa composition. Un noble Vénitien, nommé Pignaver, avait une maîtresse qui chantait assez proprement ; il voulut que ce musicien lui donnât la perfection du chant et allât lui montrer chez elle, ce qui est assez contraire aux mœurs des Vénitiens dont la jalousie est à l'excès; après quelques mois de leçons, l'écolière et le maître se trouvèrent avoir tant de sympathie l'un pour l'autre, qu'ils résolurent de s'en aller ensemble à Rome, quand ils en trouveraient l'occasion, qui n'arriva o,ue trop tôt pour leur malheur ; ils s'embarquèrent une belle nuit pour Rome. Cette évasion mit au désespoir le noble Vénitien, qui résolut, à quelque prix que ce fût, de s'en venger par la mort de l'un et de l'autre; il envoya aussitôt chercher deux des plus célèbres assassins qui fussent alors dans Venise, avec lesquels il convint d'une somme de 300 pistoles pour aller assassiner Stradel et sa maîtresse, promit encore de les rembourser des frais du voyage et les leur donna d'avance, avec un mémoire instructif pour l'exécution du meurtre. Ils prirent le chemin de Naples, où, étant arrivés, ils apprirent.que Stradel était à Rome avec sa maltresse,' qui passait pour sa femme ; ils en donnèrent avis au noble Vénitien et lui mandèrent qu'ils ne manqueraient pas leur coup, s'ils le trouvaient encore à Rome, et le prièrent de leur envoyer des lettres de recommandation pour l'ambassadeur de Venise à Rome, afin d être sûrs d'un asile. Etant arrivés, ils prirent langue et surent que le lendemain Stradel devait donner un opéra spirituel dans Saint-Jeande-Latran, à cinq heures du soir, que les Italiens appellent oratorio, où les assassins ne manquèrent pas de se rendre, dans l'espérance de faire leur coup, quand Stradel s'en retournerait le soir chez lui avec sa maîtresse ; mais l'approbation que tout le peuple fit du concert de ce grand musicien, jointe à l'impression que la beauté de sa musique fit dans le cœur de ces assassins, changea comme par miracle leur fureur en pitié; de sorte que, frappés d'un même esprit, ils résolurent de lui sauver la vie... Ils l'attendirent en sortant de l'église, et lui firent duns la rue un compliment sur son oratorio, et lui avouèrent le dessein qu'ils avaient eu de le poignarder avec sa maltresse ; mais que, touchés des charmes de sa musique, ils avaient changé de résolution et lui conseillèrent de partir dès le lendemain pour trouver un lieu de sûreté, et qu'ils allaient mander au seigneur vénitien qu'il était parti de Rome la veille qu'ils étaient arrivés, afin de n'être pas soupçonnés de négligence. Stradel ne se le fit pas dire deux fois, il partit pour Turin avec sa maîtresse. Madame Royale était alors régente... Mais
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Stradel n'en fut pas quitte; car son rival songea aux moyens d'exécuter sa vengeance & Turin, et, pour en être plus sûr, il y engagea le père de sa maîtresse, lequel partit de Venise avec deux autres assassins pour aller poignarder Stradel et sa fille, ayant des lettres de recommandation de l'abbé d'Estrade, ambassadeur de France à Venise, adressées au marquis de Villars, ambassadeur de France à Turin. L'abbé d'Estrade lui demandait sa protection pour trois négociants qui devaient faire quelque séjour à Turin, qui étaient ces assassins, lesquels faisaient régulièrement leur cour a l'ambassadeur, en attendant l'occasion de pouvoir exécuter leur dessein avec sûreté ; mais Madame Royale ayant appris le sujet de l'évasion de Stradel, fit mettre sa mattresse au couvent et se servit du musicien pour sa musique, lequel, s'allan t promener un jour, à six heures du soir, sur les remparts de la ville de Turin, y fut attaqué par ces trois assassins qui lui donnèrent chacun un coup de stylet dans la poitrine et se sauvèrent chez l'ambassadeur de France, comme un asile certain pour eux. L'action, vue de bien des gens qui se promenaient sur les remparts, causa d'abord un si grand bruit que les portes de la ville furent fermées aussitôt; la nouvelle en étant venue à Madame Royale, elle ordonna la perquisition des assassins; on sut qu'ils étaient chez l'ambassadeur de France, auquel elle envoya les demander; mais il s'excusa de les rendre sans ordre de la cour, attendu les privilèges des hôtels des ambassadeurs pour les asiles. Cette affaire fit grand bruit
fiar toute l'Italie. M. de Villars voulut savoir a cause de l'assassinat par ces meurtriers, qui lui déclarèrent le fait. Il en écrivit à l'abbé d'Estrade, qui lui manda qu'il avait été surpris par l'un des plus puissants nobles de Venise; mais comme Stradel ne mourut pas de ses blessures, M. de Villars fit évader les assassins... Mais comme les Vénitiens sont irréconciliables pour une trahison amoureuse, Stradel n'échappa pas à la vengeance de son ennemi, qui laissa toujours des espions à Turin, pour suivre sa marche; de sorte qu'un an après sa guérison il voulut par curiosité aller voir Gênes avec sa maîtresse, qu'il appelait Ortensia, que Madame Royale lui avait fait épouser dans sa convalescence ; mais dès le lendemain de leur arrivée, ils furent assassinés dans -leur chambre, et les assassins se sauvèrent sur une barque qui les attendait dans le port de Gênes, de sorte qu'il n'en fut plus parlé depuis. Ainsi périt le plus excellent musicien de toute 1 Italie, environ l'an 1670. »
Ce récit parait véridique ; Bourdelot s'est cependant trompé sur la date de la mort de Stradella, on en a les preuves incontestables. En 1676, Stradella était à Rome et y donnait un oratorio : Oratorio di S. Gioo. Baltista, a 5 voci (1676, in-4") ; c'est sans doute l'année où se passa l'aventure de Rome, et rien n'empêche de voir dans cet oratorio le morceau musical qui émut les assassins au point de les faire renoncer à tuer l'artiste ; un autre opéra de Stradella, imprimé à Gênes en 1678, la Forza del amar paterno, témoigne du séjour du compositeur à Gènes, deux ans après son aventure à Rome, et corrobore en ce point le récit de Bourdelot; mais Stradella ne put cette fois encore être assassiné, car on a de lui une dernière production, l'oratorio de Suzanne, dédié par lui au duc de Modène et daté du 16 avril 1681. Il faut donc reculer au moins à 1682 ou 1683 la mort tragique du compositeur. Le fait de son assassinat a Gênes n'en est pa3 moins certain ; M. Richard, conservateur à la Bibliothèque nationale, en a retrouvé la relation dans la correspondance diplomatique de l'ambassadeur de France à Turin.
Stradella, pièce lyrique, musique de M. de Fiotow, représenté d'abord sur Je théâtre du Palais -Royal en février 1837. Achard a chanté le rôle du célèbre musicien. Alessandro Stradella devint un opéra et fut représenté pour la première fois au théâtre Royal .de Munich le 29 septembre 1845. Cet ouvrage a été jugé bien inférieur à Martha, du même compositeur. On y remarque cependant quelques morceaux dignes d'intérêt dans le troisième acte. M. de Floto-w a introduit dans sa partition une cavatine de Bellini pour la scène dans laquelle Stradella désarme" ses assassins par la beauté de sa voix.
Stradella, opéra en cinq actes, paroles de MM. Emile Deschamps et Emilien Paeini, musique de Niedermever ; représenté à l'Académie royale de musique le 3 mars 1837. Cet ouvrage n'a pas obtenu le succès qu'il méritait. Le sujet était intéressant. La biographie du compositeur chanteur Stradella en a fourni les romanesques épisodes, sauf la catastrophe finale, c'est-à-dire le meurtre des époux, qu'on a changée en cérémonie nuptiale. Quant à la partition, elle renferme des morceaux d'un grand mérite, notamment la sérénade du premier acte chantée par Nourrit, le trio du second acte chanté par MUe Fiilcon, Nourrit et Dérivis, et surtout l'air de M110 Falcon : Aht quel songe affreux! grâce au ciel il s'achève, qui est un des beaux airs du répertoire dramatique français.
STRADIÛT s. m. (stra-di-o — ital. stradiotto; du gr. slraiioiês, soldat. D'autres font venir ce mot du françuis estrade, et prétendent que la vieille forme estradiot en est dérivée. Toutefois, la présence de le initial
n'est pas une preuve absolue ; cette addition était habituelle devant s initial, comme on le voit par le mot esprit venu de spiritus, etc.). Hist. Nom que l'on donnait aux cavaliers albanais qui servaient en France et dans divers pays a partir du xve siècle. Il On a dit aussi
STRADIOTB et ESTRADIOT.
— Encycl. Les stradiois ou estradiots formaient une troupe à cheval dont il est parlé dans le plus ancien livre imprimé en français concernant l'art de la guerre, la Nef des batailles, de Robert de Barsat, seigneur d'Entraigues , conseiller et sénéchal du pavs d'Agénois. » En chacune bataille ( c'est-adire en chaque corps d'armée), qu il y ait, dit-il, un nombre de coulevrîniers et d arbalétriers; item de chevau-légiers à cheval, comme janetères (genetaires, cavaliers montés sur des genêts d'Espagne) et estradiots. i C'étaient des troupes de cavalerie étrangère, principalement composées d'Albanais qui, ayant passé en Italie avec des chefs de leur nation, se mirent à la solde de Charles VIII lors de son expédition de Naples. On les employait comme éclaireurs, à battre l'estrade. Ils étaient fort utiles daDS une action, parce qu'étant plus légèrement armés que la gendarmerie, ils pouvaient la harceler et|se porter facilement sur ses flancs et ses derrières. Ils combattaient quelquefois * à pied avec des za'gaies, ou longs bâtons ferrés par les deux bouts, qui devenaient entre leurs mains une arme fort meurtrière. A part cette arme, les gants et brassards de maille, l'épée large au côté et la masse à l'arçon, ils étaient armé3 comme les chevau-légers.
Ils existait encore des stradiots sous Henri III.
STRADIOTE s. m. (stra-di-o-te). S'est dit quelquefois pour stradiot : Les stkadiotes, très-bons soldats grecs de Venise, chevau-légers armés de cimeterres orientaux, devaient pénétrer dans les files de la lourde gendarmerie française et, de côté, faucher, poignarder les chevaux. (Michelet.)
STRADIVARIUS s. m. (stra-di-va-ri-uss)- Violon fabriqué par Stradivarius :
Les virtuoses font, sous leurs doigts secs et frêles, Des stradivarius grincer les chanterelles.
Th. Gautier.
STRADIVARIUS (Antoine Stradivari, plus connu sous son nom latinisé de), célèbre luthier italien, né à Crémone enl 1644, mort dans la même ville le 17 décembre 1737. Il fut le dernier élève des Amati, les célèbres luthiers de Crémone, et dépassa ses maîtres ; tous les instruments sortis de ses mains ont une perfection de forme, une justesse et une sonorité extraordinaires, qu'on n'a jamais pu égaler. Ses premières œuvres furent mises dans le commerça sous le nom de Nicolas Amati, i Ce ne fut, dit Fétis, qu'en 1670 qu'il commença à signer ses instruments de son propre nom. Dans les vingt années suivantes, il produisit peu. On serait tenté de croire que l'artiste était alors plus occupé d'essais et de méditations-sur son art que (le travaux au point de vue du commerce. 1C90 est une époque de transition dans le travail de Stradivarius. C'est alors qu'il commença à donner plus d'ampleur à son modèle, à perfectionner les voûtes et qu'il détermina les épaisseurs d'une manière plus rigoureuse. Son vernis ust plus coloré ; en un mot, ses produits ont pris un autre aspect; cependant on y retrouve encore des traditions de l'école d'Amati. Les luthiers de l'époque actuelle les désignent sous le nom de stradivarius amatisès. En 1700, l'artiste est parvenu à sa cinquante-sixième année. Son talent est alors dans toute sa force, et depuis cette époque jusqu'en 1725, les instruments qui sortent de ses mains sont autant d'œuvres parfaites. Son modèle a 'toute l'ampleur désirable ; il en dessine les contours avec un goût, une pureté qui, depuis un siècle et demi, excitent l'admiration des connaisseurs. Le bois, choisi avec le discernement le plus fin, réunit à la richesse des nuances toutes les conditions de sonorité. Pour le fond, comme pour les éclisses, il change alors les dispositions, le place sur maille et non plus sur couche. Les voûtes de ses instruments, sans être trop élevées, s'abaissont en courbes adoucies et régulières qui leur laissent toute la flexibilité nécessaire. Les ouïes, coupées de main de maître, deviennent des modèles pour ses successeurs. La volute, qui a pris un caractère plus sévère, est sculptée avec une grande perfection. Les beaux tons chauds du vernis de Stradivarius datent de cette époque; lu pâte en est fine et d'une grande souplesse. A l'intérieur de l'instrument, le travail de l'artiste n'offre pas moins de perfection... Les épaisseurs sont fixées d'une manière rationnelle et se font remarquer par une précision qui n'a pu être atteinte que par de longues études. Le fond, la table et toutes les parties qui composent l'instrument sont dans un rapport partait d'harmonie. Ce furent sans doute aussi des essais réitérés qui le conduisirent à faire les tasseaux et les éclisses de ses violons en bois de saule, dont la légèreté surpasse celle de tous les autres bois... La barre seule de ces instruments admirables est trop faible, par suite de l'élévation progressive du diapason depuis le commencement du xvnr» siècle, laquelle a eu pour résultat une augmentation considérable de tension et une pression beaucoup plus grande exercée sur la
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table. De là est venue la nécessité de rebarrer tous les anciens violons et violoncelles. A la même époque, Stradivarius s'est quelqupfois écarté de son type définitif pour satisfaire des fantaisies d'artistes ou d'amateurs. C'est ainsi qu'il a fait des violons d'un patron plus allongé ; leur aspect a moins de grâce, mais les mêmes soins ont présidé à leur confection; tout y est proportionné à cette modification de la forme pour maintenir l'équilibre dans les vibrations... En 1730, et même un peu avant, le cachet du maître disparaît presque complètement. Un œil exercé reconnaît que les instruments ont été faits par des mains moins habiles. Lui-même en désigne plusieurs comme ayant été faits simplement sous sa direction : Sub disciplina S Iradivarii. Dans d'autres, on reconnaît la main de Charles Bergonzi et des fils de Stradivarius, Omobono et Francesco. Après la mort de cet homme célèbre, beaucoup d'instruments non terminés existaient dans son atelier; ils furent achevés par ses fils. La plupart portent son nom dans l'étiquette imprimée ; de là résultent l'incertitude et la confusion a l'égard des derniers temps. Stradivarius n'a fait qu'un petit nombre d'altos; tous sont de grand format. Leur qualité de son, pénétrante, noble, sympathique, est de la plus grande beauté. Les violoncelles sortis de ses mains sont plus nombreux ; on y remarque la même progression ascendante que dans les violons pour la perfection du travail et le fini précieux. Ces instruments sont de deux dimensions : l'une, grande, à laquelle on donnait autrefois le nom de basse ; l'autre, plus petite, qui est le violoncelle proprement dit. A la première de ces catégories appartient la basse de M. Servais... La sonorité de ce bel instrument a une puissance extraordinaire, réunie au moelleux argentin. Le violoncelle de M. Franchomme est de l'autre patron ; il appartint autrefois à Duport ; c'est un instrument du plus grand prix. On préfère aujourd'hui ce patron, dont les dimensions sont commodes pour l'exécution des difficultés. Les violoncelles de Stradivarius ont une immense -supériorité sur tous les instruments du même genre; leur voix puissante a une ampleur, une distinction de timbre et un brillant que rien n'égale. Ces précieuses qualités résultent, d'une part, du choix des bois, de l'autre, de la force des épaisseurs qui sont traitées d'une manière large, et enfin du rapport exact de toutes les parties de l'instrument, lesquelles sont équilibrées pour que les vibrations soient libres, énergiques et prolongées-, ce qui assure la supériorité de ces instruments est, comme duns les violons, l'application constante des lois de l'acoutisque, A l'époque où Stradivarius travaillait, les violes de toute espèce étaient encore en usage dans les orchestres; lui-même en fabriqua beaucoup de diverses formes et dimensions, à six et sept cordes, ainsi que des quintons à dos plat, avec des éclisses élevées et des tables voûtées; enfin, des guitares, des luths et des mandores. Un de ces derniers instruments est la propriété de M. Vuilliaume, luthier de Paris... Stradivarius fut du petit nombre de ces hommes qui, se posant pour but la perfection, ne s'écartent pas de la route qui peut les y conduire, que les déceptions ne découragent pas et qui, pleins de foi dans la valeur de cet objet, comme dans leurs facultés pour le réaliser, recommencent incessamment ce qu'ils ont bien fait pour arriver à faire mieux. Pour Stradivarius, la lutherie fut le monde tout entier; il y concentra toute sa personnalité. Il était de haute stature et maigre. Habituellement coiffé d'un bonnet de laine blanche, en hiver, et de coton en été, il portait sur ses vêtements un tablier de peau blanche lorsqu'il travaillait, et comme il travaillait toujours, son costunre ne variait guère. Il avait acquis plus que de l'aisance par le travail et l'économie, car les habitants de Crémone avaient pour habitude de dire : « Riche conmre Stradivarius. > Le prix qu'il avait fixé pour ses violons était de 4 louis d'or. Dans ces conditions et à l'époque où il vécut, il dut, en effet, acquérir quelque richesse. 1 1 termina un violon à l'âge de quatrevingt-douze ans. »
Les stradivarius sont très-recherchés et souvent poussés dans les ventes à des prix exorbitants; quelques violons ont été payés 3,000 et 5,000 fruncs. Les violoncelles, dont on ne connaît qu'une douzaine, sont d'un prix encore plus élevé; l'un d'eux a été acheté 10,000 francs, et Duport refusa 20,000 francs de celui qu'il possédait.
Stradivarius a été inhumé avec ses fils, Oinobono Stradivari (mort en 1742) et Francesco Stradivari (mort en 1743), dans la chapelle du Rosaire, paroisse de Saint-Matthieu, ou se lit encore son épitaphe. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il existe dans une autre église de Crémone, l'église de Saint-Dominique, un second tombeau de Stradivarius et de ses fils, avec une date antérieure et portant cotte inscription : Sepulcro di Antonio Stradivari e di suoi eredi. An. 1729. On conjecture qu'il avait fait préparer à l'avance, en 1729, ce tombeau dans lequel, par la suite, ni lui ni ses fils ne furent inhumés.
STRAETEN (Van der), peintre hollandais, né vers 1680, mort à Londres vers 1720. Il se rendit à Londres, où il peignit avec une facilité merveilleuse une grande quantité de ta-
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bleaux représentant des chntes d'eau, des vues des Alpes, des forêts de sapins, etc. Il peignait ses tableaux au cabaret, où ses habitudes de débauche le faisaient séjourner constamment.
STRAFFORD (Thomas Wentworth, comte de), homme d'Etat, né à Londres en 1593, d'une famille alliée au sang royal, décapité dans la même ville en 1641. Membre du parlement de 1621, il défendit contre Buckingham la cause des libertés nationales, fut emprisonné, puis exilé en 1625, pour avoir donné l'exemple du refus de payement d'une taxe illégale, et reparut au parlement de 1628, ou il fit adopter la fameuse Pétition des droits. Dès ce moment, son opposition parut fléchir et il s'attira des accusations d'apostasie. Après l'assassinat de Buckingham, il se rapprocha sensiblement de la cour, défendit l'Eglise anglicane contre les puritains, fut appelé à la pairie par Charles 1er, puis au conseil privé, à la présidence de la cour du Nord, tribunal d'exception créé par Henri VIII, et enfin nommé gouverneur de l'Irlande, déchirée par les guerres féodales et les résistances d'une indestructible nationalité. « Ambitieux et passionné, il avait été patriote par haine de Buckingham plutôt que par une conviction vertueuse et profonde... Entré au service de la couronne, il prit son pouvoir à cœur comme il avait fait naguère des libertés du pays. » (Guissot.) Dévoué désormais à. la cause royale, il gouverna despotiquement l'Irlande (1632-1639) et rétablit le calme dans ce pays. Le roi le nomma comte de Strafford, lord-lieutenant d'Irlande et en reçut des services signalés pendant tout le temps où il gouverna arbitrairement sans parlement. Mais lorsque l'explosion du mécontentement public l'eut obligé de réunir le Long Parlement, il ne fut plus en son pouvoir de soustraire Strafford aux animosités qu'il s'était attirées par les mesures violentes et arbitraires qu'il avait exécutées ou conseillées. Accusé de trahison devant les Communes par Pym et les puritains, il accourut à Londres dans l'espoir de conjurer l'orage; mais, abandonné par lu Chambre des lords, il fut rais à la Tour et vit immédiatement commencer son procès. On masqua de quelques formalités judiciaires l'inflexible résolution de l'immoler aux ressentiments que l'absolutisme du gouvernement royal avait inspirés, et il fut condamné à la peine de mort. Lâchement abandonné par le roi, qui signa son arrêt, il subit sa peine avec la plus admirable fermeté. Sa mémoire fut réhabilitée sous Charles II. On a de lui un recueil fort intéressant intitulé : Stra/ford's letters and despatches (Londres, 1739, 2 vol. in-S°).
Strafford marchant au supplice, tableau de
P. Delaroche. Ce tableau représente le ministre de Chartes 1er agenouillé devant le cachot de l'archevêque de Camorbéry qui lui donne sa bénédiction. « Près de sortir de la Tour de Londres pour marcher au supplice, dit une chronique, Strafford s'arrêta au-dessous du cachot où était enfermé Laud, l'archevêque dont les consolations spirituelles lui avaient été refusées, et, s'agenouillant, il lui cria : « Milord , votre bénédic- »tion et vos prières! » Le vieillard étendit les mains à travers les barreaux de sa prison et appela sur son ami les bénédictions du Seigneur. > Le tableau de Delaroche est pour ainsi dire la reproduction sur la toile de cette scène historique. Il fut peint en 1835 et parut au Salon de 1837. La foule l'admira sans réserve, ainsi que celui qui lui faisait pendant, Charles Ie' gardé à vue par les soldats de Cromwell. Mais la critique, tout en rendant justice au talent depuis longtemps incontesté de Delaroche, fut unanime, et avec raison, pour reprocher au peintre d'avoir écarté l'attention du personnage principal qui est Strafford, pour l'attirer sur des bras qui passent au travers des barreaux d'une prison, sans pouvoir voir la ligure de celui auquel ils appartiennent. Ces mains semblent vouloir produire un effet qui dépasse les bornes de la peinture. Toutefois, on admira le beau et grand caractère de la figure de Strafford agenouillé, l'habile et heureuse facture de ses mains, de ses vêtements, de la plume ondoyante qui orne son chapeau, la pose heureuse et le beau coloris des soldats qui le suivent et le précèdent. Strafford, le ministre qui se dévoue et que son maître livre au peuple sans profit pour lui-même, paraît certain de la justice de sa cause. Ce tableau, dont la hauteur est de 2"*,6b et la largeur de 3m,i4 et dont les figures sont de grandeur naturelle, appartient au duc de Sutherland.
STRAGULE s. f. (stra-gu-le — rad. stragulum). Bot. Glumelle des graminées.
STRAGULUM s. m. (stra-gu-lomm). Antiq" rom. Sorte de couverture que les Romains étendaient sur leurs lits.
— Encycl. Le stragulum s'étendait sur le lit du Uiclinium ou sur le lit de la chambre à coucher. On trouve assez fréquemment, ce mot chez les auteurs. Ainsi Tibulle (Elégies, I, 1), exprimant la douleur qu'il éprouverait à être séparé de sa Délie, s'écrie :
Quitl Tijrio re cubare toro sine omore secundo
Prodext, cum fîetu nox vigilanda venit!
Ifam negue ium pluma, née stragula picta soporem, jVec sonitus placitlss ducere possit aqum.
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« Que sert d'être couché mollement sur la pourpre s'il faut veiller dans les pleurs, privé de l'objet de ses amours 1 Alors le duvet, le3. couvertures brillantes, le murmure des eaux, rien ne rappelle le sommeil. • On remplaçait quelquefois le mot stragulum par l'expression stragula veslis, étoffe étendue. Horace dit de l'avare (Satires, II, m) : a Allons, qu'il se couche sur de la paille, a l'âge de soixante-dixneuf ans, quand il a des couvertures qui, pâture des mites et des vers, pourrissent dans une armoire :
... Aget ti et stramentis ineubet, unde* octoginta annas natus, eut stragula vestis, Blattarum ac tinearum epuls, putrescat in arca. -
On trouve aussi, mais rarement, le nom de stragulum donné à la couverture transformée en housse de cheval. Les Epigrammes de Martial (XIV, lxxxvi) en offrent un exemple : « Allons, chasseur, prends la housse d'un cheval de voyage légèrement harnaché :
Stragula tuccincti venator sume veredi. •
STRALEN (Henri van), homme d'Etat néerlandais, né à Enkhuysen vers le milieu du xviue siècle. Il fut, en 17S1, député aux états de sa province et occupa divers emplois jusqu'à la révolution opérée par les Français en 1795. Il rentra alors dans la vie privée; mais, ayant pris part aux événements de 1799, il fut obligé de s'expatrier. En 1802, il fut appelé au gouvernement de la province de Hollande, puis il fut nommé conseiller dans l'administration des possessions d'Asie (1804) et, l'année suivante, secrétaire d'Etat du ministère de l'intérieur. Il conserva ce poste jusqu'à l'avènement de Louis-Napoléon Bonaparte au trône de Hollande, et fut ensuite nommé membre du Corps législatif. Il siégea dans cette assemblée jusqu à l'annexion de la Hollande à l'Empire. Après les événements de 1813, il fut pendant dix-huit mois ministre de l'intérieur du nouveau roi de Hollande ; ensuite il fut nommé membre de la première Chambre des états du royaume des Pays- Bas.
STRALENBERG(Phi!ippe-Jean),lieutenantcolonel au service de la Suède, né dans la Poméranie suédoise en 1676, mort à Karlshamn en 1747. Il servit dans l'armée suédoise sous Charles XII, assista à la bataille de Pultava (1709), fut fait prisonnier parles Russes et envoyé en Sibérie, où il passa treize ans. Il dressa une carte de ce dernier pay^s, obtint la permission de revenir en Suède et refusa les offres du czar, qui voulait l'engager à son service. Arrivé à Stockholm, Stralenberg oblint, en 1724, une compagnie et lô titre de lieutenant-colonel. En 1730, il se rendit a Lubeck et y lit imprimer sa Description historique et géographique des parties septentrionales et orientales de l'Europe et de l'Asie (in-40, en allemand). En 1740, il fut nommé commandant de la citadelle de Karlshamn.
STRALLIS, poète dramatique grec qui vivait dans le ive siècle avant notre ère. Suidas et Athénée nous ont conservé les titres de quelques - unes de ses pièces. Parmi ses tragédies, ils ont cité les Phéniciennes, Pkiloctèle, Chrysis, Atalante, Médée ; une seule de ses comédies est mentionnée, celle des Psychistes. Les rares fragments qui nous restent de cet auteur ont été réunis par Heincke dans ses Fragmenta comieorum grxcorum.
STR ALSUND, ville maritime et place forte de la Prusse, dans la province de Poméranie, ch.-l. de la régence de son nom, sur la rive occidentale du détroit de Gellen, qui sépare l'Ile de Rugen du continent, à 240 kilom. N,-0. de Berlin, à 130 kilom. N.-O. de Stettin,par54° 19' de latit. N., 11° 12' de longit. E.; 28,000 hab. Tribunal de lra instance; gymnase; consistoire évatigélique ; école de navigation et de commerce. Consuls de Danemark, Suède., Angleterre, France et Portugal. Bibliothèque publique ; cabinet de médailles ; hôtel des monnaies; arsenal; chantiers de construction. Raffineries de sucre; fabrication d'amidon, savon, tabac, cuirs, miroirs, cartes à jouer. Commerce actif; exportations de grains; importation, de fers, denrées coloniales, chanvre, charbon, sel, drèche. En 1862, le mouvement du port de Stralsund a été, entrée et sortie réunies, de 621 navires, jaugeant ensemble 73,700 tonneaux. Le port de Stralsund n'est guère fréquenté que par des navires du Nord, principalement du Danemark, et les relations commerciales de cette ville ne dépassent pas, à l'occident, les Iles Britanniques et les ports néerlandais et belges. Ce port peut contenir 300 navires,
Stralsund est bâtie sur une île baignée par la mer et par des étangs ; on ne peut y entrer que d'un seul côté, au sud, par trois ponts qui la réunissent aux faubourgs Knieper, Triebsee et Franken. Les rues sont étroites, mais régulières, et les maisons, en grande partie anciennes, présentent toutes le caractère des constructions allemandes du moyen âge.
— Histoire. La fondation de Stralsund ne remonte pas au delà de 1209 ; elle est due au prince Jaromir de Rugen. La ville n'était à vrai dire, à son début, qu'une sorte de bourg ; reconstruite par Witzluff, fils de Jaromir, elle fut, en 1241, ravagée par les Lubeckois, jaloux de sa prospérité naissante. Stralsund parvint cependant à se ré. ^ ver de ce désastre et entra dans la ligue des villes hanaéatiques.
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Son histoire est dès lors intimement liée à celle de cette ligue. Stralsund, en guerre presque permanente avec les Danois, les Suédois, les Hollandais, sans parler des petites puissances, ses voisines, se maintint toujours à un rang important, qu'elle dut surtout à sa situation topographique et à l'activité industrielle et commerciale de ses habitants. Au cours de la guerre de Trente ans, Wallenstein fit serment de la détruire sans même y laisser pierre sur pierre. Mais ce fut en vain qu'il mit le siège devant la place. Stralsund résista héroïquement, et le grand capitaine dut battre en retraite. On trouvera plus loin l'histoire de ce siège et de ceux que Stralsund a eu depuis à subir. La ville figura, au traité de Westphalie, au nombre de celles qui furent attribuées à la Suède-, mais, dès 1678, le grand électeur s'en emparait et, en 1*715, elle passait sous la domination de Frédéric 1er. Cinq ans plus tard, la Suède en reprenait possession. Stralsund tomba aux mains des Français en 1807. Deux années plus tard, la ville fut le théâtre d'un des plus sanglants épisodes de la guerre de l'indépendance allemande. Le partisan Schill avait organisé un soulèvement général contre les Français. Sa tentative échoua ; mais, plutôt que de se rendre, le jeune patriote se fit tuer les armes à la main. Aujourd'hui, une pierre indique la place où il tomba frappé de mort, dans le quartier de la Fœhrstrasse, et un tombeau luia été élevé dans le cimetière de Knieper. Les traitésde 1815 replacèrent Stralsund sous la domination prussienne. Depuis les événements de 1870-1871, le gouvernement a résolu de modifier les ouvrages de défense qui protègent Stralsund. On ne conservera que les ouvrages qui donnent sur la mer, ainsi que ceux qui se trouvent dans l'Ile de Rugen ; tout le reste disparaîtra sous la sape. Le port de Stralsund étant peu profond, on se défendra des chaloupes canonnières au moyen de torpilles, etc.
— Monuments. Les principaux sont : l'hôtel de ville, édifice du xive siècle, mais repris en sous-œuvre au xvmc. ■ Les trois étages supérieurs, dit un visiteur contemporain, sont une simple muraille percée d'ouvertures alternativement rondes et ogivales, et couronnée de sept clochetons séparés par sept pignons. • Une partie des appartements intérieurs est aménagée en bibliothèque et en musée; on conserve dans ce dernier la pierre sur laquelle Charles XII fut trouvé endormi par une sentinelle à son retour de Bender. Les archives de Stralsund y sont également conservées. L'église Saint-Nicolas, édifice contemporain de l'hôtel de ville, est surmontée de deux grosses tours carrées, dont l'une se termine par une flèche. Le principal ornement de l'intérieur consiste dans un tableau de maître-autel à volets, œuvre des frères Holbein de Berlin. Citons encore l'église de Marie (xve siècle), décorée de vitraux modernes, et l'église Saint-Jacques, de la même époque, surmontée d'un clocher massif; mentionnons enfin le gymnase, l'arsenal, le Johannishof, ancien couvent transformé en hôpital.
C'est dans la petite lie de Dœnholm que Wallenstein avait établi, en 1628, son quartier général, et c'est de là qu'il dirigea ses attaques les plus furieuses contre la ville. Stralsund célèbre chaque année par une fête nationale l'anniversaire de sa délivrance.
StruUuud (sièges de). La guerre de Trente ans venait de commencer, et les projets de l'empereur et du fameux Wallenstein, son généralissime, se développant de jour en jour sur une échelle plus étendue, il devint bientôt évident que Ferdinand visait à la conquête de la Baltique et ne s'arrêterait qu'après avoir fixé cette mer et l'Adriatique pour bornes extrêmes à son empire. Mais Wallenstein manquait de marine pour accomplir ces vastes projets. Sommées de mettre leurs navires à la disposition de l'envahisseur, les villes hanséatiques de la Baltique refusèrent; ce refus servit de prétexte à Wallenstein pour s'emparer du Meeklembourg et de la Poméranie. Investi de la souveraineté de la première de ces deux provinces en garantie des avances par lui faites à l'empereur, créé duc de Friedland et amiral de la Baltique, le généralissime résolut de frapper un dernier coup qui lui permit d'envahir les lies danoises, puis d'aller préparer en Suède la contrerévolution au profit de Sigismond Wasa. La ville hanséatique fortifiée de Stralsund était la cleT de l'entreprise ; Wallenstein parut sous ses murs et somma la garnison de rendre la place. Les Danois, jusque-là vaincus et repoussés du continent dans leurs îles, firent un dernier et suprême effort et parvinrent, avec le seul secours de leur flotte, à détruire la marine improvisée par Wallenstein avec l'aide du roi de Pologne. Ce premier insuccès ne découragea pas le terrible feld-maréchal, qui s'écria, dit-on, transporté de fureur : • Je prendrai Stralsund , fût-elle attachée nu ciel par des chaînes de fer! » En effet, la ville, à bout de forces et de ressources, allait peut-être se voir forcée de capituler, quand une flotte suédoise parut dans la Baltique. Wallenstein dut alors lever le siège (novembre 1628), furieux d'avoir rencoûtré un obstacle infranchissable. Stralsund, à elle seule, avait eu la gloire d'arrêter le flot de l'invasion autrichienne, que, l'arrivée prochaine de Gustave-Adolphe devait bientôt refouler vers le midi.
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1678. Aux termes du trait.". A« Vossem , petit village voisin de Louvain (6 juin .C73), et en échange de l'évacuation de la Westphalie par la France, plus 800,000 livres, le grand électeur Frédéric- Guillaume s'était engagé à renoncer à l'alliance de la Hollande et à n'assister en rien les ennemis du roi. Mais, par une clause perfide , il s'était réservé, en cas d'agression , le droit de porter secours à l'empereur s'il y était contraint par celui-ci. Ce cas se présenta dès l'année suivante, et le grand électeur s'empressa d'aller renforcer de 16,000 hommes environ les forces impériales. Le cabinet de Versailles, non content de la victoire de Mulhausen, et pour punir le grand électeur, lança alors sur la Poméranie et la Marche les Suédois, commandés par le général deWrangel. Frédéric-Guillaume oat les Suédois à Fehrbellen(i8 juin 1675), les refoule en désordre hors des provinces envahies ; »puis, rempli de défiance à l'égard de l'Autriche, essaye de participer à la paix de Nimègue. Mais Louis XIV refuse d'entendre à rien avant que le grand électeur ait fait aux Suédois restitution totale de ses conquêtes. Frédéric-Guillaume , acculé dans cette situation extrême, reprend l'offensive et, au lieu d'abandonner sa conquête, répond aux exigences de Louis XIV par l'occupation de Greifswalde et par le siège de Stralsund. Après un bombardement terrible, cette place, qui a résisté à Wallenstein , est réduite à se rendre au grand électeur, et sa prise décide du sort de toute la Poméranie. Les menaces de la France et l'approche d'une armée obligèrent enfin Frédéric-Guillaume à entrer en composition, et le traité de Saint-Germain (29 juin 1679) mit provisoirement fin à la guerre.
1715. Le traité d'Utrecht venait de reconnaître Frédéric- Guillaume 1er roi de Prusse; A la suite de la capitulation du général suédois Steinbock à Tosnningue, les Russes et les Saxons menaçant la Poméranie suédoise, l'administrateur du Holstein, Gottorp, et le comte de Welling, gouverneur de cette province, signèrent, au mois de juin 1713, un traité de séquestration avec le roi de Prusse, qui occupa aussitôt Stettin et Wismar pour les empêcher de tomber aux mains des ennemis. Sur ces entrefaites, Charles XII débarqua de Turquie et refusa de ratifier ce traité et notamment d'acquitter l'avance d'indemnité de guerre payée aux Russes et aux Saxons. Frédéric-Guillaume se tourne alors du côté de ces derniers et du Danemark et, prenant l'offensive, envoie Léopold de Dessau, son général, contre Stralsund, qui se rend après une résistance opiniâtre des Suédois. On sait que le traité de Stockholm, qui intervint à la suite de ce succès, maintint au roi de Prusse toute la conquête de la Poméranie Citérieure moyennant une indemnité de 2 millions de thalers payée à la Suède (21 janvier 1720).
1806-1807. Au mois de novembre 1806, et taudis que Napoléon , s'enfonçant au cœur même de l'Allemagne , accomplissait cette campagne éclatante et rapide que devaient couronner les batailles d'Éylau et de Friedland , les Anglais préméditèrent un débarquement en Poméranie suédoise, sur les derrières de l'armée française. La place inondée de Stralsund, gardée en ce moment par les Suédois au nombre de 12,000 à 15,000 et commandés par le général Essen , semblait offrir un asile inviolable. Napoléon, instruit des menées anglaises, menées qui d'ailleurs n'eurent pas de suite, ne s'en inquiéta guère, et on le voit écrire à son frère Louis, qui le harcelait de ses appréhensions : « Les An-
flais ont bien autre chose à faire que de déarquer en France, en Hollande, en Poméranie. Ils aiment mieux piller les colonies de toutes les nations que d essayer des descentes dont ils ne retirent d'autre avantage que celui d'être honteusement jetés à la mer. » Tout au plus crut-il à une pointe de la part de la garnison suédoise. En conséquence, il confia au maréchal Mortier le soin de contenir la Prusse et de garder le littoral de l'Allemagne, et une des divisions du corps du maréchal fut spécialement chargée d'aller former le blocus de Stralsund. Au mois de janvier 1807, la nécessité de la garde de la basse Vistule obligea Napoléon à rappeler Mortier, Celui-ci revint aussitôt après avoir placé à Stralsund, dans de bonnes lignes de circonvallation , les troupes indispensables au blocus, c'est-à-dire deux régiments, le 4e léger et le 58° de ligne, sous les ordres du général Grandjean. Ces deux régiments, composés en partie de Hessois , de Hollandais, etc., s'élevaient à un total de 6,000 hommes, dont moitié Français seulement. Le roi de Suède, dont on peut voir ailleurs combien le caractère était incertain, maladroit, plein d'imprudences et de violences stériles, crut alors le moment venu de tenter en Allemagne une descente victorieuse, de recommencer en quelque sorte l'œuvre de Gustave-Adolphe contre le nouvel envahisseur, d'intervenir, en un mot, comme un médiateur armé et tout-puissant. Le général Essen , enfermé dans Stralsund et instruit, d'une part, du départ du maréchal Mortier, d'autre part, des projets du roi de Suède, se résolut à seconder des circonstances qu'il jugeait heureuses et, dès les premiers jours d avril 1807, fit une . vigoureuse sortie à la tête des 12,000 ou 15,000 hommes de garnison. La division Grandjean, malgré des efforts héroïques, dut,
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trop inférieure en forces, abandonner le blocus de Stralsund et se retirer sur Ancklam, puis sur Unkermunde et Stettin. Cette retraite s'accomplit d'uilleurs en bon ordre et sans grandes pertes de notre côté. Ce fut peu de temps après que survinrent la bataille d'Eylau et la paix de Tilsitt ; la prise de Dantig assurait définitivement les derrières de notre année. Seul, le roi de Suède résistait encore. Napoléon , sans attacher k cette résistance plus d'importance qu'elle n'en méritait, et peu pressé d'occuper Stralsund, puisqu'il tenait Dantzig, n'eu établit pas moins .un parc d'artillerie formidable devant la place, afin de la tenir en respect. En même temps, le maréchal Brune, à la tête d'un corps d'armée imposant de 38,000 hommes, et l'ingénieur Cliasseloup, celui-là même qui avait déjà dirigé avec tant de succès le siège de Dantzig, commencèrent le blocus de la vilte, mais avec ordre de n'en entamer le» siège qu'en cas de nécessité absolue. Au mois de septembre 1807, l'expédition de Copenhague, tentée par les Anglais, et la complicité de Stralsund décidèrent enfin le maréchal Brune à agir. L'ingénieur Chasseloup put donner un pendant k son admirable attaque stratégique de Danlzig. " Cet habile officier, dit M. Thiers, possédant cette fois tous les moyens dont la réunion n'avait été que successive devant la place de Dantzig, s'était promis de faire du siège de Stralsund un modèle de précision, de vigueur et de promptitude. Il avait préparé trois attaques, mais avec la résolution de ne rendre sérieuse que l'une des trois, celle qui, dirigée vers la porte de Knieper au nord, pouvait amener la destruction de la flotte suédoise. Ayant ouvert la tranchée sur tous les points à la fois, malgré les feux de la place , il avait en quelques jours établi et armé ses batteries et commencé une attaque si terrible, que le général ennemi, quoiqu il eût 15,000 Suédois et 7,000 ou 8,000 Anglais, soit dans la place, soit dans l'île de Rugen, s'était vu contraint d'envoyer un parlementaire et de livrer Strals-und lo 21 août. » Les Français occupèrent la place jusqu'en 1810, époque a laquelle ils la rendirent aux Suédois, k la condition expresse de fermer le port aux bâtiments anglais. Le blocus continental, et sa réussite qui aurait pu être si fatale à 1 Angleterre, tel était le mobile qui dirigeait ici la conduite de Napoléon, En effet, le seul port de Stralsund, ouvert à l'Angleterre sur la Baltique, eût suffi pour faire échouer un plan si lentement et si laborieusement conçu et préparé.
Les fortifications de Stralsund, rasées par les Français en 1807, ont été rétablies par la Prusse en 1816.
STRALSUND (régence dk), division administrative de la province prussienne de Poméranie. Elle est baignée au N., au N.-O. et k l'E. par la Baltique: au S.-E. et au S., elle confine à la régence de Stettin ; au S. O. et à l'O., au grand -duché de Mecklembourg- Schwerin. Superficie, 4,500 kilom. carrés, en y comprenant l'Ile de Rugen ; 203,106 hab. Ch.-l., Stralsund; villes principales, Bergen, Grimme, Oreifswalde et Franzburg, qui sont les chefs-lieux des quatre cercles que comprend la régence. Le sol, plat, arrosé par la Recknitz, la Trebel et la Peene, est fertile en céréales, légumes et tabac. Belles forêts; pêche abondante sur les côtes.
STRAMB1NO, ville du royaume d'Italie, province de Turin, district et à 7 kilom, S. a'Ivrée, sur un petit affluent de la Doire- Baltée, ch.-l. de mandement; 4,465 hab.
STBAMMASETTE s. f. (stram-ma-zè-te).
Jeux. Gagner par strammasette, Se dit quand deux joueurs associés font ensemble, au tresette, les neuf premières levées, sans qu'il se trouve dans aucune un as ou les ligures nécessaires pour produire un point.
STRAMMASON s. m. (stra-ma-zon). Jeux.
Gagner par strammason,He dit, au jeu de tre- Bette, quand un joueur fait tout seul les neuf premières levées, sans qu'il s'y trouve un as ou les figures nécessaires pour produire un point.
STRAMOINE s. f. (stra-moi-ne — du lat.
slramonium, même sens). Bot. Genre de plantes, de la famille des solanées, type de la tribu des daturées, dont le nom scientifique est datura : La stramoine commune est un dangereux poison. (Bosc)
— Encycl. La s(ramoine, ou pomme épineuse, ou datura, croît dans les lieux incultes de plusieurs contrées de l'Europe. Elle a une tige herbacée, annuelle, très-rameuse, dichotoine, haute de près de 1 mètre, garnie de feuilles grandes, ovales, pétiolées, aiguës, sinuées et anguleuses, un peu pubesceutes. Les fleurs sont très-grandes, blanches et teintes légèrement en violet, solitaires, portées sur des pédoncules courts, situés en dehors des aisselles des feuilles ou dans les aisselles des dichotomies de la tige. Leur calice est tubuleux, un peu renflé à sa partie inférieure, a. cinq dents et k cinq angles; la corolle est infundibuiiforine, également à cinq angles, terminée par un limbe évasé, plissé longitudinalement. Le fruit capsulaire est hérissé de pointes épineuses ; il est divisé intérieurement en quatre loges, qui communiquent ensemble deux par deux à leur sommet, k cause de - l'imperfection d'une des deux cloisons. Ces loges s'ouvrent par quatre valves et contiennent un grand nombre de petites graines brunâtres, réniformea.
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Toutes les parties de la pomme épineuse, et principalement ses fruits , sont doués de propriétés narcotiques portées à un degré tel, qu'on regarde cette plante comme une des plus vénéneuses de la famille des solanées. Elle a une odeur vireuse, qui devient encore plus forte lorsqu'on la froisse entre les mains. Sa saveur est amère, acre et nauséeuse.
— Action physiologique de la stramoine.
• L'a stramoine à dose modérée, dit Trousseau, produit de légers vertiges et un peu de propension au sommeil ; l'énergie musculaire est diminuée; la sensibilité est émoussée. On remarque la dilatation de la pupille, un léger trouble de la vue, l'accélération du pouls, l'élévation de la chaleur de la peau, la soif. Ordinairement, le ventre est relâché, les urines sont plus abondantes. Quand il n'y a ni diurèse ni diarrhée , on observe une sueur abondante. «Souvent des hallucinations agréables viennent compliquer les phénomènes précédents. A dose plus élevée, les phénomènes s'aggravent, se compliquent. Les pupilles Sont démesurément dilatées; tous les sens ont leurs fonctions perverties ; l'agitation est extrême ; il y a une lièvre très-vive, une soif ardente, de la constriction très-douloureuse du pharynx, poussée quelquefois à ce point qu'il y a impossibilité d'avaler; la peau est sèche, chaude, recouverte quelquefois d'une éruption scarlatiniforme. A ces effets produits se joignent de la cardialgie, des vomissements, de la diarrhée. On sent inutilement un fréquent besoin d'uriner.Enfln, quand la mort arrive, le collapsus se produit, puis le refroidissement.
Quand la mort n'est pas le terme de l'action physiologique de la stramoine, tout se dissipe peu à peu, et il ne reste plus de tout cet appareil formidable de symptômes que la dilatation des pupilles, l'obscurcissement de la vue, quelquefois une cécité passagère. La présence de visions fantastiques, d'hallucinations singulières a velu à la stramoine le nom d'herbe aux sorciers, d'herbe au diable, parce que, dit Trousseau , dans les siècles d'ignorance, les prétendus sorciers faisaient assister au sabbat des gens superstitieux qu'ils avaient enivrés avec ces plantes vireuses. C'est par ce même moyen que les enchanteurs procuraient aux amants des jouissances imaginaires. Dans l'Inde encore, les femmes font prendre k leurs maris des breuvages composés avec le datura, non pour exciter leurs désirs, mais pour tromper leur vigilance quand elles ont troublé les fonctions cérébrales. Citons ici les endormeurs, dont le procès a eu un retentissement fameux, qui mêlaient à du tabac de la poudre de semences de stramoine, lis se plaçaient, dans les lieux publics, k côté de gens auxquels ils offraient fréquemment du tabac. Dès qu'ils les voyaient étourdis et délirants, ils les dépouillaient sans scrupule. Comme on le voit, l'action physiologique du datura est analogue à celle de la belladone.
— Action thérapeutique de la stramoine. La pomme épineuse a été employée avec quelque succès par Moreau dans des cas de manie aiguë. Storck l'avait employée infructueusement dans l'épilepsie et la chorée. Plus près de notre époque, Debreyne et Bretonneau en ont retiré quelques avantages dans cette avant-dernière affection nerveuse. Si cette plante n'a pas réussi dans ces névroses, son incontestable efficacité dans l'asthme et dans les névralgies doit la faire placer au rang des médicaments sur lesquels la thérapeutique doit le plus compter. A l'appui de cette ussertion, citons encore 1 illustre Trousseau : « L'influence du datura sur les individus atteints d'asthme essentiel a quelque chose de miraculeux dans les premiers mois et les premières années de l'emploi du médicament; cependant, continue-til, si la maladie est grave et si elle revient souvent, peu à peu le datura perd la propriété de modérer les accès et il finit même par devenir sans action. ■
La stramoine est encore très-utile pour calmer la toux et la dyspnée des phthisiques, des malades atteints de catarrhe et de maladies du cœur, pour prévenir les spasmes de la coqueluche. Dans les rhumatismes, l'efficacité du datura est peu contestable.
Une sorte de stramoine , le raétel, datura métel , est fort connue dans l'Inde par ses fruits, nommés noix de métel, et que les indigènes emploient comme soporifique, à la manière de l'opium. Il a été question, dans ces derniers temps, d'une substance narcotique sous le nom de deïamba, de tabac du Congo, qui paraît avoir les mêmes propriétés que la stramoine.
On administre la stramoine en feuilles, en poudre, en extrait, en infusion, en décoction, en teinture. Ce sont les semences qui sont les plus actives. Les feuilles, généralement, se roulent en petites cigarettes et se fument. La poudre et l'extrait se donnent à la dose de 0g1, ,05 k 0gr,30 dans les vingt-quatre heures. Eu infusion et en décoction, 1 gramme suffit, et même il est prudent de ne jamais aller au delà. La teinture se donne à la dose de 2 à 30 gouttes.
Terminons en indiquant le traitement k suivre dans les cas d empoisonnement par la stramoine. 11 faut d'abord faire vomir et administrer des purgatifs énergiques si le poison est encore dans le tube digestif. L'emploi
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du vinaigre est excellent, et ce liquide 'paraît être le meilleur antidote du datura. A défaut de vinaigre, on administre d'autres acides et, en plus, des boissons froides, des bains froids et l'opium à haute dose.
STRAMONINE s, f. (stra-mo-ni-ne — rad.
stramonium). Chili). Principe actif extrait de la stramoine.
STRAMONITE S. f. (stra-mo-ni-te — dimin, de stramoine, par allus. à la forme de la coquille). Moll. Genre de mollusques gastéropodes pectinibranches, formé aux dépens des pourpres.
STRAMONIUM s. m. (str-mo-ni-omm). Bot.
Syn. de STRAMOINK.
STUANDBERG { Charles- Guillaume -Au guste), poète suédois, né dans le Sôdermanland en 1818. 11 étudia à Upsal et à Ltind et fit paraître dans cette dernière ville, sous le pseudonyme de Tnii» Qualis, des Poésies, en grande partie politiques. Il.publia ensuite des traductions de poésies d'Herwegh et de Hofmann von Fallersleben (1844) et de plusieurs
fioemes de Byron. Sa traduction de Don Juan ui valut, en 1858, une médaille de l'Académie de Suède. Il a fait paraître en 1845 des poésies originales. Deux recueils de poésies de Strandberg ont paru en 1854 et en 1860, sous ce titre : Likter of Talis Qualis. En 1802, il fut admis à l'Académie de Suède.
STRANGALIE s. f. (stran-ga-lt — du gr straggaliu, corde torse). Entom. Genre d'insecte coléoptères tétramëres, du groupe des lepturètes, comprenant une quinzaine d'espèces, qui habitent l'Europe, l'Asie et surtout l'Amérique.
STRANGALIODE s. m. (stran-ga-li-o-de — du gr. strangaliâdés, tortueux). Entom. Genre d'insectes coléoptères tétramères, de la tribu des eléonides , dont l'espèce type vit au
Chili.
STRANGE (Robert), graveur anglais, né aux Ûrcades en 1785, mort à Londres en 1797. Successivement élève en droit, puis marin, il obtint de ses parents l'autorisation d'étudier l'art de la gravure dans l'atelier de Richard Cooper, à Edimbourg; puis il s'engagea, en 1745, dans i'armée du prétendant Charles- Edouard et, après la défaite de ce dernier, passa en France pour perfectionner son talent sous la direction de Descamps et de Lebas. Kn 1758, il partit pour l'Italie, où il resta' plusieurs années, s occupant à étudier tous les chefs-d'œuvre et à faire une ample collection de dessins précieux, qu'il se proposait de graver plus tard. En 17G5, il revint se fixer à Londres. Doué du véritable sentiment du beau , il ne se laissa jamais entraîner par l'exemple du mauvais goût qui régnait à cette époque. On ne le vit jamais reproduire les tableaux de Boucher, quoique tout le monda l'appelât le peintre des grflcp»; mais il se plaisait à graver les beaux ouvrages du Corrége, de Raphaël, du Guide, du Titien, de Carie Maratte. Le dessin de cet artiste est correct , et sa pointe souple et délicate. On cite, parmi ses ouvrages : Je Charles I"1, d'après Van Dyck; V Annonciation, d'aprè3 le Guide; Bélisaire , d'après Salvator Rosa; Saint Jean enfant, d'après Murillo, etc.
STRANGFORD ( Percy- Clinton-Sydney- Smith , vicomte de), lord Penhcrst, diplomate anglais, né en Irlande en 1780, mort le 29 mai 1855. Il entra en 1801 k la Chambre des lords et fut envoyé k Lisbonne en qualité de secrétaire d'ambassade. Lors de l'entrée des Français en Portugal, il suivit la cour de Portugal au Brésil. Il alla ensuite représenter l'Angleterre à Stockholm en 1817 et a Constanunople en 1820. En 1822, il accompagna lo duc de 'WeUington au congrès de Vérone. En 1825, il fut ambassadeur d'Angleterre k Saint-Pétersbourg. La même année, il fut créé pair d'Angleterre, sous le titre do lord penhurst. En 182s, il fut chargé d'uiijj mission spéciale auprès de l'empereur du Brésil. Il était vice-président de la Société des antiquaires et a inséré, sous les initiales P. C. S. S., divers articles dans les deux recueils Gentleman's Magasine et Notes and Querries. On doit aussi à Strangford une traduction anglaise des œuvres de Camoëns (1804, rééditée en 1808, 1810 et 1824).
STRANGFOKD (George- Auguste-Frédéric- Percy- Sydney- Smith , vicomte de) , homme politique anglais, fils du précédent, né k Stockholm en 1818, mort en 1857. Il fut de 1840 à 1852 membre de la Chambre des communes, sous la simple dénomination de Smith et, sous le ministère Robert Peel, en 1846, sous-secrétaire d'Etat des affaires étrangères. Outre divers articles insérés dans des recueils annuels, il a publié un ouvrage intitulé: Bizarreries littéraires.
STRANGIE s. f, (stran-jl — du gr, straggos, tordu). Zooph. Genre d'animaux marins, rapporté avec doute aux spongiaires.
STRANGULATEUR, TRICE S. (stran-gula-teur, tri-se — rad. stranguler). Personne qui étrangle,
STRANGULATION s. f. {stran-gu-la-si-on — rad. stranguler). Action d'étrangler ou de s'étrangler : Elle fit un pas en avant, pâle et tremblante, essayant de parler cl retenue par une strangulation subite. (G. Sand.)
— Pathol. Strangulation utérine, Hystérie.
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— Encycl. Législ. La strangulation est une peine très ancienne. Les livres juifs nous apprennent que Josué fit étrangler les six rois ses prisonniers. D'après 1-abricius, le coupable étaitenfoui dans le fumier jusqu'aux genoux et ensuite on lui serrait le cou de chaque côté en tirant un linge dont on l'entourait préalablement, et on le faisait expirer de la sorte. Dans la Grèce ancienne, ce supplice était en usage. Nous voyons à Sparte que le roi Agis fut condamné à être étranglé. A Rome, la strangulation était réservée aux grands criminels, et ce genre de mort était si ignominieux, que les lois des pontifes défendaient d'ensevelir ceux qui avaient subi ce Supplice. 11 se pratiquait de plusieurs manières, mais le genre le plus usité était celui-ci : les bourreaux passaient autour du cou du condamné un lacet de soie, et ils serraient à force de bras. Ce fut le supplice de Lentulus et des autres complices de Catilina, En France, ce supplice ne fut pratiqué qu'exceptionnellement. Ainsi Marguerite de Bourgogne, petite-fille par sa mère de saint Louis et femme de Louis le 11 q tin, convaincue d'adultère, fut enfermée an château Gaillard et étranglée dans sa prison, avec ses cheveux, suivant une tradition populaire. La strangulation était quelquefois une faveur accordée aux criminels condamnés k la roue. Sous Henri II, le conseiller Anne Dubourg obtint du parlement la faveur d'être étranglé avant d'être brûlé. I! en a été de même en Angleterre; ainsi, les officiers qui avaient pris parti pour le prétendant Charles-Edouard, en 1746, furent étranglés avant d'être brûlés et d'avoir le cœur arraché, comme le portait l'arrêt. En Espagne, ce supplice est fort en usage, et on se sert d'un instrument particulier que l'on nomme garrotte (v. ce mot). En Chine, ce genre de mort est réservé à la noblesse, tandis que l'on décapite les gens du peuple. Lorsque l'empereur veut donner une marque de bonté k un mandarin condamné k mort, il lui envoie un cordon de soie, et cette faveur est tellement appréciée, qu'elle détermine ceux qui la reçoivent k subir presque avec joie leur supplice. Chez les anciens Mexicains, la peine de la strangulation était infligée aux jeunes nobles qui, même une seule fois, manquaient de soumission k leurs pères. En Italie, la célèbre Jeanne qui, pour régner seule, avait fait étrangler son mari, André d'Anjou, en 1346, subit le même supplice. Dans le droit barbare , cette peine existait et avait été transmise aux Ostrogoths par les Romains. Personne n'ignore combien était fréquent, chez tous les peuples musulmans et surtout chez les Turcs, ce genre de supplice et l'habitude qu'avaient les sultans d envoyer deux muets et un lacet de soie aux princes ou aux vizirs dont ils voulaient se défaire.
— Méd. lég. La strangulation est un acte de violence qui consiste en une constriction exercée directement, soit autour, soit au devant du cou, avec les mains ou à l'aide d'un lien quelconque, ayant pour résultat, en interceptant le passage de l'air, de suspendra brusquement la respiration et la vie. La strangulation peut être le résultat d'un suicide ou d'un assassinat. On a longtemps révoqué en doute la possibilité qu'un individu pût s'étrangler lui-même; mais il existe aujourd'hui trop d'exemples de ce genre de mort pour que ce doute puisse subsister encore. Cependant, le plus souvent, dans les cas de strangulation, il y a homicide; et si, par la pendaison, un seul homme ne peut pas donner la mort k un autre, il ne faut pas en dire autant de la strangulation. Un individu plus fort qu'un autre peut être surpris, soit à l'improviste, soit pendant son sommeil, et, si l'on exerce une constriction sur sou cou, ses forces diminueront à mesure que la constriction augmentera. Il est même douteux qu'un individu, ayant voulu s'étrangler luimême et n'ayant pas assez serré le lien constricteur pour mourir promptement, puisse se dégager au bout d'un certain temps. Dès le premier moment où le lien commence k être un peu serré, il ne pénètre plus dans le thorax qu'une quantité d'air insuffisante; l'hématose se fait incomplètement, la circulation est ralentie, l'individu éprouve un sentiment d'angoisse et de défaillance qui ne lui laisse plus assez de force ni de présence d'esprit pour qu'il puisse ni augmenter ni diminuer l'étreinte, et la vie s'éteint en quelque sorte d'elle-même.
— Phénomènes de la strangulation. Les individus morts étranglés ont ordinairement la face tuméfiée, violacée, comme marbrée, et cette altération est d'autant plus prononcée que la victime a opposé plus de résistance. Les enfants nouveau-nés ne présentent presque pas ce signe d'étranglement. La langue, tuméfiée, sort en partie de la bouche entr ouverto ou se trouve appliquée contre les arcades dentaires ; les yeux sont gonflés, k demi ouverts ; U bouche et les narines sont remplies d'une écume sanguinolente ; les doigts des pieds et des mains sont contractés; les membres et le trône sont couverts d'une multitude de petites ecchymoses livides, qui, sur le cou et sur la face, forment une sorte de pointillé. Le lien qui a été serré autour du cou laisse une empreinte en rapport avec sa forme, sa grosseur et la manière dont il était placé. C'est, en général, un sillon k peu près horizontal, situé k la partie moyenne ou in-
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férieare du cou, tandis que, dans la pendaison, cette empreinte se trouve à la partie la plus élevée, sous le maxillaire inférieur et au niveau des apophyses mastoïdes. Le cercle tracé autour du cou, simple, double ou multiple, selon !e nombre de tours faits par la corde, est tantôt marqué sur toute la circonférence, tantôt interrompu de place en place. Quelquefois l'empreinte circulaire se réduit à des traces tout à fait superficielles, à de simples excoriations linéaires produites par le frottement d'une corde étroite et dure, et ces excoriations, ces ecchymoses de frottement pourraient presque suffire pour distinguer la strangulation de la pendaison ; au niveau du sillon, la peau, sans être parcheminée comme chez les pendus, est souvent pâle et tranche par sa couleur sur la teinte violacée des parties voisines (Briand). Lorsque la strangulation a été opérée à l'aide d'un tourniquet, il est possible quelquefois de découvrir lés traces de cet appareil. Souvent les meurtriers n'ont recours à aucune espèce de lien; ils étranglent la victime avec les mains. Dans ce cas, et) examinant la région antérieure du cou, on découvre différentes lésions de l'os hyoïde et du larynx, ainsi que l'empreinte des doigts et des ongles, qui ont quelquefois pénétré dans les chairs. En pareil cas, il est parfois possible de déterminer la position de l'assassin et celle de la victime.
Tels sont les caractères extérieurs de la strangulation , caractères distinctifs d'un acte de violence, qu'on ne rencontre jamais dans les cas de suicide. Mais les meurtriers pourraient d'abord avoir étranglé leur victime et l'avoir ensuite pendue pour donner le change et faire croire à un suicide. Il faut donc pousser l'examen beaucoup plus loin, rechercher les circonstances qui ont accompagné le crime, voir si le cadavre ne présente aucune contusion, aucune plaie ailleurs qu'à la région cervicale, si les vêtements n'ont pas été déchirés, et enfin procéder à l'autopsie. L'attention doit se porter d'abord sur la région profonde du cou. On trouvera souvent des extravasations sanguines dans le tissu cellulaire qui sépare les muscles sushyoïdiens et sous -hyoïdiens. Ces lésions existent surtout si la strangulation a été opérée avec les mains. La muqueuse trachéenne présente une injection violacée, masquée souvent par une écume abondante, rosée ou sanguinolente; les poumons, plus ou moins engoués, volumineux, sont remarquables par un emphysème plus ou moins étendu, résultant de la rupture des vésicules les plus superficielles (Hrinnd). Le cœur n'offre rien de particulier; le cerveau est presque toujours a l'état normal, contrairement k ce qui se passe chez les pendus (v. pendaison et suffocation). Pour les secours à donner aux pendus et étranglés. V. asphyxie et noyé.
STRANGULER. v. a. ou tr. (stran-gu-lé — lat. strangulare ; de stringere, serrer, étreindre). Faui. Etrangler.
STRANGUBIE s. f . (stran-gu-rî — gr. slraggouria; de strag, goutte, et de ourûn, urine). Pathol. "Difficulté extrême d'uriner, dans laquelle on ne peut rendre l'urine qu'en petite quantité et avec douleur.
Siraniera {la) [Y Etrangère], opéra italien en deux actes, paroles de Romani, musique de Bellini; représenté à Milan en 1828. Rubini, Tamburini, Mme» Mél'ic-Lalande, Unger, tek sont les chanteurs pour lesquels Bellini a écrit cet ouvrage. Les trois rôles de Léopold de Valdebourg, d'Arthur et d'Alaïde ont du caractère et renferment des mélodies expressives. Cependant l'ensemble de l'opéra est faible et manque de grandeur. Au premier acte, on ne remarque guère qu'un choeur et la scène dans laquelle Arthur force Valdebourg à mettre 1 epée à la main : Valdeburgo a cui tu, cieco. Le second acte est plus riche; nous signalerons l'admirable romance que chantait avec tant de perfection Tamburini : Meco tu vieni, o misera ; le duo de ValdeÈourg et d'Arthur ; l'air excellent chanté par Rubini : Il soave e bel contenta; le quatuor et le dernier air d'Alaïde. C'est dans la Straniera que Mlle Giulia Grisi a débuté à Paris en 1832. Dès les premières scènes, l'auditoire fut frapppé de l'action dramatique, animée, énergique, de cette cantatrice, qui devait parcourir une si brillante carrière.
STRANRAER, ville maritime d'Ecosse, comté de Wigton, au fond du golfe de Ryan, à 28 kilom. N.-O. de Wigton ; 5,678 hab, Fabrication de coton, toiles, cuirs. Le port, commode et sûr, fait un commerce assez important de houille, fromage, bestiaux et cuirs. La ville se compose de trois rues, parallèles à la mer et coupées à angle droit par d'autres rues moins importantes. On y remarque un bel hôtel de ville et une vaste prison. Aux environs, belles résidences, et villas nombreuses.
STRAHVJESIE s. f. (stran- vé-2l — de StranvatSf botan. angl.). Bot. Genre d'arbres, de la famille des rosacées, tribu des poinacées, formé aax dépens des cratsegus, et dont L'espèce type croit au Népaul.
STRAPASSER v. a. ou tr. (stra-pa-sé — de l'ital. slrapazzare, même sens). Maltraiter de coups ; On l\ bien strapassé. Il Vieux mot.
— B.-arts. Peindre ou dessiner à la hâte et sans correction, en affectant la négligence
et la facilité : Strapasseb une figure. Il est accoutumé à strapasseb ses tableaux. (Acad.) Il Peu usité.
STRAPASSON s. m. (stra-pa-son — rad.
strapasser). B.-arts. Peintre qui strapassé, qni peint a grands traits, sans correction. Il Peu usité.
STRAPASSONNER v. a. ou tr.(strn-pa-so-né — rad. strapasser). B.-arts. Syn. desTRAPASser : Ce peintre ne fait que strapassonner ses figures. (Acad.) il Peu usité.
STRAPONTIN s. m. {stra-pon-tain — ital.
slraponlino; du lat. stratus, couvert d'une étoffe, et pons, pont). Siège garni que l'on met sur le devant ou aux portières de certaines . voitures, et qui peut se lever ou s'abaisser à volonté : S'asseoir, se mettre sur le strapontin.
— Théâtre. Siège de même forme qui se trouve dans les théâtres et autres endroits publics, et que l'on installe généralement soit aux abords des couloirs, soit même dans les passages ménagés dans les salles de théâtre pour que les spectateurs puissent regagner leurs places.
STRAPPAROLA DE CAUAYAGE (Gian- Francesco), conteur italien, né vers la lin du xve siècle, mort vers 1557. Sa vie est si obscure, que l'on ne sait même pas si le nom sous lequel il est connu n'est pas un sobriquet (stra, extra ; parola, parole), comme pour exprimer sa trop grande facilité à parler et même à extravaguer. Il n'est connu que par ses ouvrages, très-estimés en Italie et même en France, dans les traductions naïves du xvib siècle. Ce sont les Sonetli, strambotti, epistole e capitoli (Venise, 1508, in-8°), et les Piacevoli notti (Venise, 1557, 2 parties, 2 vol. in-s°). Ce dernier ouvrage a eu de nombreuses éditions. La plus complète est celle qui a pour titre : Le Notti di M. Gio. Francesco Strapparola da Caravaggio, nelle quali si contengono le favole ton i loro enimmi da dieci donne e da due giovani raccontate. Corrette di nuovo e ristampate (in Vinegia, 1560, 2 vol. in-8°). Ce sont des contes licencieux, que l'auteur a puisés un peu partout (V. Facétieuses NUITS DU SKIGNKUR STRAPPAROLe).
Ces contes,produit supposé des conversations nocturnes de dix femmes et de deux jeunes hommes réunis à Murano, dans les lagunes de Venise, sont en général de contexture bizarre et chargés d'une foule d'incidents romanesques et même merveilleux. Strapparola a été accusé d'avoir pillé les conteurs ses devanciers, principalement le Pecorone et les Morlini nooellie. Molière lui a pris le sujet de la comédie de Y Ecole des femmes (4e nouvelle de la 4e nuit). La seconde partie des contes de Strapparola fut publiée en 1554.
On a une traduction française des Notti, publiée sons ce titre : les Facétieuses nuicts du seigneur Strapparole (en Hollande, 1728, 2 vol.). Cette' traduction a eu pour auteurs Louveau et Larrivey, et a été revue par La Monnoye, qui y a ajouté dès remarques sur les sources où Strapparola avait puisé ses sujets. Elle fait partie de la Collection elzévirienne de Jeannet.
STRAS s. m. (strass), V. strass.
STRASBOURG (de l'ancien haut allemand strut, grand chemin, et burg, ville), YArgentina ou Argentoratum des Romains, en allemand Sirassburg, ancienne ville forte de France et ancien chef-lieu du département du Bas-Rhin, cédé à l'Allemagne par le traité de Francfort (10 mai 1871) et qui fait partie depuis lors de la province d'Alsace-Lorraine. Cette ville est située à 456 kilom. E. de Paris, sur l'IU et près de la rive gauche du Rhin, par 48» 34' de latit. N. et 5"24r de longit. E. ; 77,859 hab., d'après le recensement de 1871. Evêché, église consistoriale réformée, synagogue consistoriale ; tri-" bunaux de lr« instance et de commerce, justice de paix ; université fondée en 1872 ; école normale d'instituteurs et d'institutrices ; séminaires catholique et protestant ; école Israélite des arts et métiers; institution de sourdsmuets; bibliothèque publique, musées d'histoire naturelle, d'anatomie et de physique; jardin botanique ; hôpital militaire d'instruction ; place forte de ire classe. Strasbourg est défendu par une citadelle, composée de cinq bastions dont les ouvrages extérieurs s'étendent jusqu'à l'un des bras du Rhin, et dont le système de défense est complété par une écluse au moyen de laquelle on peut inonder ses environs. Depuis que cette ville est tombée au pouvoir des Allemands en 1870, le gouvernement prussien a fait ajouter aux forts existants, devenus tout à fait insuffisants, une ceinture de nouveaux forts, entourant la ville, mais à une- distance beaucoup plus éloignée que les anciens, de façon que Strasbourg et Kehl ne forment plus qu'une seule place forte et qu'un immense camp retranché. Ce camp retranché est protégé par douze forts appelés, par décision impériale du 2 septembre 1873, les forts : Fransecki, Moltke, Roon, Prince-Impérial, Grand-due-de-Bade.Prinee-Bismarck, Prineeroyal-de-Saxe, Von-der-Thann , Werder, Klrchbach, Bosc etBlumenthal. En mars 1875, le génie a décidé de relier entre eux et de consolider par un ouvrage supplémentaire les forts du plateau deHausbergen, au Îi.-O. de Strasbourg. Cette place, avec sa formi-
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dable ceinture d'ouvrages avancés, est actuellement une des plus fortes de l'Europe. Les conditions dans lesquelles Strasbourg se trouve placé comme forteresse ne lui ont jamais permis de prendre rang parmi les villes manufacturières. Jusqu'à ce jour, aucun établissement de filature et de tissage n'a pu y prospérer. On y trouve néanmoins une assez grande variété d'industries locales, dont les productions ont de ta, réputation, comme la bière, la choucroute et ses fameux pâtés de foies gras. On y fait aussi de la très-bonne charcuterie. Il s'y fabrique en outre de l'ébénisterie, des parquets, billards, pianos, voitures, chapellerie, papiers de tenture et de couleurs, coutellerie, pipes, ouvrages en fil de fer et d'acier, cuirs, brosses, toiles cirées, amadou, bougie, chocolat, amidon, bonneterie et broderies. La fabrication de la garancine et l'épuration des huiles y forment la base d'un commerce très-considérable. Mentionnons encore plusieurs imprimeries trèsimportantes, une fonderie de caractères, une manufacture de tabac et la fonderie de canons. Le commerce de cette ville est favorisé nonrseulement par ta navigation du Rhin, de 1*111, du canal du Rhône au Rhin, mais encore par de nombreux et importants chemins de fer. Strasbourg est le point de rayonnement principal des chemins de fer internationaux. De cette ville, en effet, on peut se munir du billet qui permet de se rendre soit a Paris, soit à Cologne, à Berlin ou à Vienne, à Munich ou à Dresde, etc. Le commerce de transit, très- important avant l'annexion à l'Allemagne, a beaucoup perdu depuis que Strasbourg est devenu, de ville frontière, une ville intérieure. Il a perdu aussi, outre les expatriés, beaucoup de commerçants, commissionnaires et autres qui utilisaient la proximité des deux pays et qui n'ont plus de motifs d'exister aujourd'hui. Les principaux articles de commerce sont les laines, les peaux préparées, le houblon, la mercerie, les lainages, les cotonnades, les vins, les graines, la garance, le safran, les soies, les machines, le chanvre, les huiles comestibles, la bijouterie et l'orfèvrerie.
Strasbourg est bâti sur un sol parfaitement uni, et si la flèche prodigieuse de sa cathédrale n'indiquait de fort loin sa position exacte, le voyageur devrait franchir ses enceintes bastiounées avant d'avoir aperçu ses toits à pignon. La viJle est grande, bien bâtie; ses rues sont larges, propres et bien percées. La rivière de l'Ill, qui circule autour de la ville, est traversée par 47 ponts. La ville a cruellement souffert pendant le bombardement par les Allemands en août-septembre 1870. 600 maisons environ lurent effondrées, au point d'exiger une reconstruction totale. Le faubourg National, ceux de Pierre et de Saverne furent presque entièrement détruits; mais, depuis lots, le preraieraété reconstruit et les deux autres sont en voie de reconstruction (1875). Plusieurs monuments ont subi une destruction complète; d'autres ont été gravement endommagés et pour la plupart restaurés depuis. Nuus allons en parler ci-après, en donnant la nomenclature des raonuments"que nous classerons en édifices religieux et édifices civils.
— Monuments remgikux. La cathédrale.
La première cathédrale de Strasbourg était due ans libéralités de Pépin et de Charlemagne. Réédifiée par l'évéque Verner (1007), la nouvelle construction fut encore dévastée par un incendie au xno siècle. Le style ogival fut dè3 lors adopté pour sa restauration qui ne se continua que lentement. Le 7 septembre 1275, on acheva la partie du milieu des voûtes supérieures, à l'exception des tours de devant. Erwin de Steinbuch, l'un des premiers architectes de l'épuque, fut chargé par l'évéque Conrad de Lioluenheig de la suite de cet immense travail ; il acheva la nef et commença dès 1276 l'érection des tours qui devaient être pareilles et mesurer, dit-on, une élévation d'environ 190 mètres. Suivant quelques archéologues, cette hypothèse est inexacte: selon eux, d'après le plan primitif d'Erwin, lés tours avec la flèche devaient Être beaucoup moins hautes que la flèche actuelle, et ils signalent, entre autres preuves à l'appui de leur affirmation, la disproportion existant entre le peu de largeur de la façade et l'immense élévation de la flèche. Quoi qu'il en soit, l'archevêque Conrad posu la première pierre des tours le 25 mai 1277. Erwin de Steinbach dirigea les travaux jusqu'en 1318, époque de sa mort, et son fils Jean continua son œuvre qui, en 1339, passa sous la direction de plusieurs autres maîtres. La tour du sud fut arrêtée à la plate-forme, terminée en 1365, et la tour du nord, seule achevée, n'atteignit que 437 pieds, soit H2ni,lL2. Au xvo siècle, l'architecte Jean Hiil'.z de Cologne, appelé pour finir l'édifice, posa en 1439 la dernière pierre de la flèche.
La flèche de Strasbourg fut brisée par la foudre en 1654, et Heckler Ja reconstruisit en trois ans. Peu de temps après, sous prétexte de restauration, on abattit un jubé d'un grand style (1682) ; dix ans plus tard, on tapissa le chœur de lambris peints et dorés ; enfin, au xvme siècle, on détruisit une partie de la nef pour agrandir le chœur, et l'on construisit des tribunes pour le3 musiciens (1732); en 1759, la foudre tomba encore une fois sur la vieille basilique et en dévora la
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toiture en plomb. Sous la Révolution, en 1793, on abattit 235 statues de saints qui la décoraient. En 1848, le chœur fut restauré dans le style primitif de l'édifice,:et l'on enleva les lambris en bois et les tribunes qui le déshonoraient. Enfin, pendant le bombardement de Strasbourg en 1870,1a cathédralesubitdes dégradations incalculables, les obus ayant projeté leurs éclats dans tout le monument. L architecte en chef Klotz a été chargé de , réparer le monument en 1872. Les réparations des bas-çôtés de la nef, le remplacement de tout le toit ont pris deux années; puis l'on s'est occupé de restaurer la tour et fa flèche, depuis la grande rosace jusqu'à la pointe extrême ou couronne; 1,221 panneaux de vitraux ont dû être remplacés. La croix qui menaçait ruine a été réédifiée. La cathédrale de Strasbourg réunit à peu près tous les styles du moyen âge: le style byzantin apparaît dans les constructions primitives de la crypte, du chœur et de ses ailes, et même en partie du bas de la nef; plus haut (façade et nef principale), l'ogive se mêle au stylebyzantin et finit parle remplacer tout à fait; enfin le corps intermédiaire entre les étages des deux tours (1385) et le couronnement de la tour du nord (1439) commencent à participer de la décadence de l'art. La façiide principale, une des merveilles de l'art chrétien, est décorée de trois portails : celui du milieu est orné de colonnes et de quatorze statues représentant les prophètes de l'Ancien Testament. Les portails tles côtés offrent les statues des Vierges folles et des Vierges sages, légende fréquemment exploitée par la sculpture du moyen âge (xme siècle). Ces statues sont de véritables chefs-d'œuvre. Les voussures et les tympans sont décorés de figures plus petites et de bas-reliefs. Entre la première et la seconde galerie, au-dessus du portail du milieu, on aperçoit la grande rose qui mesure l2m,43 de diamètre intérieur, et sur les piliers saillants de la façade, à la hauteur de la première galerie, sont placées duus des niches les statues équestres de quatre rois : celles de Clovis, Dagobert, Rodolphe de Habsbourg et Louis XIV (cette dernière ne date que de 1823). On a placé plus haut les statues équestres de Pépin le Bref, ChaHemagnc, Othon le Grand et Henri 1er dit YOiseleur. Aux côtés nord et sud, les deux .tours sont percées d'une grande fenêtre ornée de rosaces, devant lesquelles s'élancent de très- délicats piliers. Plus haut, le même système de décoration se reproduit. La galerie qui règne au-dessus de la rose du milieu est occupée par les statues des apôtres. L'espace situé au troisième étage entre les deux tours présenteune sculpture gigantesque, représentant le jugement dernier ; cette œuvre, achevée en 1849, est due au ciseau deM.Grass. Tout cet étage est couronné par la plateforme, à l'exception de la tour du nord, sur laquelle s'élève la flèche, supportée par une tourelle octogonale décorée de statues. « Quatre des faces de cette tourelle, dit M. Joanne, sont cachées par des escaliers tournants d'une grande hardiesse, d'une élégance et d'une légèreté merveilleuses, qui conduisent à une galerie où commence lu flèche. C'est un obélisque à huit pans, découpé à jour avec une incroyable délicatesse etforméde six étages de petites tourelles posées l'une sur l'autre en pyramide. Audessus de la sixième est la lanterne, a laquelle aboutissent huit escaliers tournants à jour; de là, on parvient par des degrés extérieurs à la couronne ; plus haut, au-dessus d'un autre évasement appelé la Rose, la flèche continue de s'élever en formant une croix de 111,70, terminée par un bouton avec paratonnerre. L'élévation totale de l'édifice est de Hïnijiiî. j,a grande pyramide d'Egypte ne la dépasse que de 2 mètres. «Rien de plus merveilleux que ce clocher aérien et percé à jour, qui, vu de loin, semble plutôt un modèle en laiton très-fin qu'une immense construction en pierre. Voici en quels termes enthousiastes en parle Victor Hugo dans le Jlliin : « Le Munster de Strasbourg a près de 500 pieds de hauteur ; il est de la famille des clochers accostés d'escaliers à jour. C'est une chose admirable de circuler dans celte monstrueuse masse de pierre toute pénétrée d'air et de lumière, évuiée comme un joujou de Dieppe, lanterne aussi bien que pyramide, qui souffle et qui palpite à tous les souffles du vent. Je suis monté jusqu'au haut des escaliers verticaux. J'ai rencontré en montant un visiteur qui descendait tout pâle et tout tremblant, à demi porté par son guide. Il n'y ■ù pourtant aucun danger. Le danger pourrait commencer au point où je me suis arrêté, à la naissance de la flèche proprement dite. Quatre escaliers k jour en spirale correspondent aux quatre tourelles verticales, enroulés dans un enchevêtrement délicat de pierre amenuisée et ouvragée, s'appuient sur la flèche, dont ils suivent l'angle, et rampent jusqu'à ce qu'on appelle la couronne, à environ 30 pieds de distance de la lanterne, surmontée d'une croix qui fait le sommet du clocher. Les marches de cet escalier sont très-hautes et très-étroites et vont se rétrécissant à mesure qu'on monte, si bien qu'en haut elles ont à peine la saillie du talon. Il faut gravir ainsi une centaine de pieds, et l'on est à 400 pieds du pavé ; point de garde-fou, ou si peu qu'il n'est pas la peine d en parler. L'entrée de cet escalier est fermée par une grille de fer. On n'ouvre cette grille que sur
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une permission spéciale an matre de Strasbourg1, et l'on ne peut monter qu'accompagné de deux- ouvriers couvreurs qui vous nouent autour du corps une corde dont ils attachent le bout de distance en distance, à mesure que vous montez, aux barres de fer qui relient Jes meneaux... Du reste, personne, excepté les couvreurs qui ont à restaurer le clocher, ne monte jusqu'à la lanterne. Là, il n'y a plus d'escalier, mais de simples barres de fer disposées en échelons. » On peut juger d'après celte description éloquente du coup d'oeil féerique dont on doit jouir parvenu au sommet de cette flèche admirable : Strasbourg et ses toits chargés de lucarnes, ses pignons dentelés, l'IU, le Rhin, la campagne semée de villages, de forêts et de montagnes, tout ce panorama se déroule et se perd dans un horizon infini. Après la flèche, tout autre détail d'architecture extérieure de la cathédrale paraîtrait petit; il est juste néanmoins de citer encore les deux portes à plein cintre formant le portail méridional orné de basreliefs et de remarquables statues de la Religion chrétienne etde la Religion juive, que la tradition attribue à Sabine de Steinbach, fille d'Erwin. En avant du portail s'élèvent les statues de ce dernier et de Sabine ; elles sont dues, la première à M. Kirstein, la seconde à M. Grass. Quant k l'ancien portail du nord, il est masqué par une façade construite en 1494 par Jacques de Landshut. L'édifice est construit en grès vosgien rouge brun, dont la teinte lui donne encore un caractère plus spécial d'originalité; mais c'est surtout de la plate-forme qui s'étend entre les deux tours qu'on peut apprécier le développement de l'immense monument. Au côté sud de cette plate-forme, bordée d'une élégante balustrade en pierre, on a établi une maisonnette où se tiennent les gardiens chargés de sonner les heures et de donner l'alarme en cas d'incendie. Un grand nombre de noms sont gravés à la main, soit sur les pans extérieurs, soit sur les murs intérieurs du vestibule où commence l'escalier de la flèche. Parmi les principaux, nous citerons ceuxdeGœthe, Herder, Lavater, CEhlensehlager, Voltaire, puis ceux plus modernes du duc d'Angoulême, de la duchesse de Wurtemberg, de Ziegler, de M. de Montalembert et de M. de Persigny. Sur le côté gauche extérieur de la tourelle on lit, à demi effacée, la signature d'un in-< connu que l'on fait remonter à l'année 1370. Si l'intérieur de la cathédrale de Strasbourg répondait à la magnificence de l'extérieur, et surtout a celle de la grande façade et de sa tour, l'édifice serait sans rival au monde. Mais, comparé à celui des cathédrales de Chartres et d'Amiens, cet intérieur présente de l'infériorité. Le choeur trop simple manque de développement; les voûtes n'ont ni la grâce ni la hardiesse de celles des basiliques que nous venons de nommer. Mais il faut admirer le vestibule immense qui se- présente dès l'entrée de l'église et dont les voûtes Sont d'une élévation prodigieuse; la symétrie des colonnes de la nef, leurs élégants chapiteaux formant une corbeille de feuillages, de fleurs variées, sculptées avec une grande délicatesse ; enfin les remarquables vitraux du xivo siècle, récemment restaurés, de Jean de Kircheim, de Jean Markgraf, de Jacques Vischer, des frères Link; la chaire, chefd'œuvre du sculpteur Hammerer (i486), et les orgues d'André Silbermann (1714). L'arrière-chœur de l'église se termine en hémicycle, et le haut présente une voûte en plein cintre, jadis couverte de peintures. On remarque dans l'aile méridionale : le pilier des Anges; ce pilier, dit l'auteur de la France monumentale, est flanqué de quatre colonnes engagées ; entre ces colonnes s'élèvent trois étages de statues de grandeur naturelle. Au bas sont les quatre évangélistes ; au-dessus on remarque quatre anges embouchant la trompette; enfin, en haut est la figure du Christ, qu'accompagnent trois anges tenant les instruments de la passion. Ces statues offrent de grandes ressemblances de style avec celles du portail, qui sont de l'époque d'Erwin. On a cru reconnaître dans une figure fixant les yeux sur le pilier des Anges, et située près de l'angle de l'arrière choeur, un portrait de l'immortel architecte Erwin de Steinbach. En résumé, l'intérieur de la cathédrale de Strasbourg est imposant par ses dimensions, autant que singulier par les disparates qui se remarquent dans son architecture. Quelques parties , notamment les fenêtres, sont d'un travail exquis; jamais l'art gothique n'a poussé plus loin les délicatesses du ciseau; d'autres, au contraire, sont très-négligées ; le chœur ne répond ni aux dimensions ni au style du reste de l'édifice ; mais sa nef principale n'en est pas moins une des plus belles et des plus vastes dont il soit fait mention dans l'histoire de l'art. Parmi les chapelles les plus remarquables de ''édifice, il faut citer : la chapelle Saint-André, qui renferme les sépultures de plusieurs évêques ; la chapelle Saint-Jean-Baptiste, contenant le beau monument gothique élevé à Conrad de Lichtenberg, mort en 1229, et k l'entrée un baptistère en pierre, chef-d'œuvre de Josse Dotzinger, mort en 1449; la chapelle de la Croix, dédiée à sainte Catherine et contenant aussi un tombeau orné de ligures sculptées. Plusieurs tableaux ornent la cathédrale ; parmi les principaux, nous citerons : V Adoration des bergers, par Guérin; l'Ensevelissement di Jésus-Christ, par Klein, et YAscen-
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tien, par Heira. A l'entrée de la crypte, on voit un très-ancien groupe, représentant Jésus-Christ pris par les soldats, sur la montagne des Oliviers. La crypte, restaurée, s'étend sous toute la longueur du chœur; on" y descend par un double escalier. ■ Elle est, dit M. Schmidt dans sa Notice sur la cathédrale de Strasbourg, d'un style plus ancien que les constructions exécutées par Erwin de Steinbach; peut-être est-elle un reste de l'édifice élevé par l'évêque Verner au commencement du xio siècle; la forme des piliers, les chapiteaux cubiques, les arcs exclusivement en plein cintre nous ramènent k cette époque. Cette crypte, qui s'est conservée à travers toutes les vicissitudes qu'a dû subir la cathédrale dans le cours des siècles, forme une nef avec deux absides et un chœur arrondi. Le long des murs de la nef se trouvent des bancs en pierre. A quatre piliers du fond on voit encore des gonds, qui prouvent que cette partie pouvait être- fermée par une double porte. ■ Il nous reste à décrire un des plus curieux ouvrages d'horlogerie connus au monde : nous voulons parler de l'horloge astronomique, construite de 1838 à 1842 par M. Schwilgué. Cette horloge, qui a coûté a son auteur quatre années de travail, en a remplacé une autre à peu près analogue, érigée au xvifl siècle (1570) sur les plans de Conrad Dasyjjodius, professeur de mathématiques. Celle-ci avait elle-même succédé à une horloge primitive, très-curieuse, construite en 1352 et adossée à la muraille qui fait face à l'horloge actuelle ; l'horloge astronomique de M. Schwilgué renferme un comput ecclésiastique avec toutes ses indications, un calendrier perpétuel avec les fêtes mobiles, un planétaire d'après le système de Copernic, présentant les révolutions moyennes tropiques de chacune dés planètes visibles à l'œil nu, les phases de la lune, les éclipses, le temps apparent et le temps sidéral ; une sphère céleste avec la précession des équinoxes, les équations solaires et lunaires pour la réduction des mouvements moyens du soleil et de la lune, etc., etc. Un ingénieux mécanisme fait, en outre, mouvoir à chaque heure de ta journée et principalement à midi, sur ledevantdu petit édifice qui renferme l'horloge, une série de statuettes. « A la première galerie, dit M. Joanne, un ange sonne les quarts d'heure, au moyen d'une cloche qu'il tient k la main ; à côté, on voit un génie retourner un sablier après chaque heure. Plus haut, un enfant, un adolescent, un homme d'un âge mûr et un vieillard, représentant les différentes époques de la vie, tournent autour d'une figure uu Temps, qui frappe également l'heure. Au-dessous de la première galerie se présente chaque jour une ligure symbolique de ce jour; enfin, à la galerie la plus élevée et à l'heure de midi seulement, les douze apôtres viennent tourner autour du Christ. Une petite tourelle, placée à gauche du corps principal du mécanisme et renfermant les poids, est surmontée d'un coq qui signale l'heure par un jeu mobile de la tête. • Dans l'ancienne horloge, quatre petites cloches sonnaient le quart, la demie et les trois quarts de l'heure. Au premier quart paraissait un petit enfant, qui frappait la première cloche avec une pomme, puis allait se placer près de la quatrième ; alors arrivait un adolescent qui lançait un dard sur deux cloches et allait prendre la place de l'enfant. Au quatrième quart (et ià est surtout la différence des deux horloges, l'ancienne et l'actuelle) paraissait un vieillard qui frappait quatre cloches avec un bâton crochu aussitôt la Mort s'élançait pour sonner l'heure; elle planait au-dessus des quatre âges, afin de pouvoir se saisir de ceux qui se présenteraient; mais arrivait le Sauveur du monde, qui protégeait les plus jeunes, et la Mort ne pouvait emporter que le vieillard. On sent dans cette composition un peu sombre, heureusement modifiée par M. Schwilgué, le génie mystique et. profondément religieux du moyen âge. Cette horloge n'a nullement souffert penuant le bombardement de 1870.
En terminant la description de la cathédrale de Strasbourg, nous rappellerons que, suivant quelques historiens, l'association de la franc-maçonnerie date de la construction de cette église; ce qui semblerait le prouver, c'est qu'en effet la suprématie de la grande logp de Strasbourg est reconnue encore aujourd'hui dans toute l'Allemagne, Un fait plus positif, c'est que les architectes qui fondèrent ou qui continuèrent l'édifice furent pendant longtemps à la tête de la corporation des tailleurs de pierre de toute 1 Allemagne.
Eglise ou temple de Saint-Thomas. Après la cathédrale, 1 église de Saint-Thomas est l'édifice religieux de Strasbourg qui offre le plus d'intérêt à l'archéologue. Elle s'élève, dit-on, sur l'emplacement d un palais des rois francs depuis longtemps disparu. Suivant l'historien Grandidier, sa fondation remonterait à la fin du vue siècle. D'abord construite en bois, elle fut rebâtie en 830 par l'évêque Adaloch. Incendiée en 1007, elle partagea le sort de la cathédrale et fut réduite en cendres avec le tiers de la ville, et en 1024 l'évêque Verhenhaire en commença la reconstruction. Un nouveau sinistre l'ayant frappée en U44, elle fut rebâtie pour la quatrième fois en 1196, ainsi que sa tour occidentale; enfin, en 1273, suivant Spacklin, cet
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édifice fut démoli et entièrement reconstruit en pierre, à l'exception de la tour occidentale, de style byzantin. La tour orientale appartient au style gothique et affecte la forme octogonale. Le chœur fut commencé en 1278, et le vaisseau à cinq nefs fut construit de 1313 k 1330. Ce fut, dit l'auteur des Antiquités de l'Alsace, l'architecte Erlin qui termina cette nef, dirigea les travaux de l'intérieur de l'église et t donna le plan de ces admirables piliers qui, semblables à une forêt de palmiers à la tige s velte et gracieuse, étendent de tous côtés leurs branches entrelacées dans tous les sens, s'élancent dans les airs avec une hardiesse et une élégance rares, et telle en est leur légèreté extrême, que, si l'œil suit leurs contours depuis les bases jusqu'aux chapiteaux, ils semblent presque s'affaisser et plier sous le poids des voûtes. • La forme de l'édifice affecte, suivant la coutume de la plupart des églises du moyen âge, celle d'une croix lombarde, 11 est couronné par une galerie et se termine par une haute toiture en tuiles vernies. Les reconstructions partielles qu'il a subies à différentes époques lui ont fait perdre son caractère primitif et original, en sorte que l'archéologue peut y étudier toutes les phases que l'architecture chrétienne a parcourues pendant une période de plusieurs siècles. Le temple de Saint-Thomas est affecté au culte protestant depuis 1549. A l'intérieur, on admire les piliers élancés qui supportent les voûtes et que nous avons décrits plus haut, les orgues d'André Silbermann et des lustres de cuivre d'un très-grand style. Saint-Thomas possède plusieurs mausolées; le plus fameux est celui du maréchal de Saxe, chefd'œuvre de Pigalle. « Devant une pyramide en marbre gris, dit l'écrivain qui nous fournit ces détails, est placé un sarcophage. Le maréchal est debout ; il descend d'un pas ferme les marches qui conduisent au cercueil; k sa droite sont renversés, sur leurs drapeaux brisés, l'aigle d'Autriche, le lion belge, le léopard anglais; à sa gauche, devant les drapeaux de la France, le génie de la guerre en pleurs tient son flambeau renversé; plus bas que le génie et devant le maréchal, la France éplorée s'efforce de retenir d'une main son héros et de l'autre essaye de repousser la Mort, qui montre au maréchal le cercueil ouvert; de l'autre côté du sarcophage, Hercule, la tête appuyée sur une main, est plongé daDS la douleur, » La composition ne manqua pas de grandeur, mais on lui reproche de n être pas exempte du maniérisme et de l'affectation théâtrale, si fréquents dans l'art du xvnte siècle. Le meilleur morceau de l' Ouvrage est la statue du héros de Fontenoy, qui peut passer pour irréprochable. Une inscription rappelle que ce tombeau a été élevé en 1777 a» maréchal de Saxe, par ordre de Louis XV. Après ce mausolée, il faut encore citer celui de l'évêque Adaloch, placé au chœur, dans une niche pratiquée dans le mur du côté gauche ; il est en grès du pays, orné de sculptures curieuses, et sa forme est celle d'une caisse surmontée d'un couvercle angulaire. Saint- Thomas possède encore de belles verrières, un curieux bas-relief représentant saint Florent prêchant aux bétes sauvages (ixe siècle), et un autre bas-relief- représentant saint Thomas touchant la plaie du Christ; d'après la noblesse du style et la beauté des tètes, on peut juger que ce dernier basrelief appartient k la belle époque du gothique.
Saini-Pierre-le-Vieux. L'origine de cette église, la plus ancienne de Strasbourg, remonte au ivo siècle ; mais elle n'offre plus guère qu'un intérêt de souvenir, remaniée et restaurée à différentes époques, et ayant perdu à ces restaurations et remaniements son ancien caractère. 11 faut signaler toute- .fois la tour ;du clocher et la flèche élégante du xve siècle qui surmonte le chœur. Suivant une disposition singulière en usage dans plusieurs églises d'Alsace, la nef de" Saint- Pierre-le-Vieux, séparée du chœur par un mur, est affectée au culte protestant, et le chœur appartient au culte catholique. Cette dernière partie possède quelques peintures anciennes, dans le style allemand, représentant la 'passion de Jésus-Christ. Entre l'église et la place s'étendent encore les bâtiments de l'ancien cloître, assez bien conservés en partie. On y remarque plusieurs pierres tombales.
Eglise Saint- Pierre-le- Jeune. Elle a remplacé au xiii» siècle un ancien oratoire dédié à saint Colomban, qui, agrandi et érigé en église collégiale en 1031, fut dédié k saint Pierre, en 1053, par le pape Léon IX. Comme le précédent, cet édifice ne se recommande guère que par ses souvenirs ; il est affecté comme lui au culte protestant et au culte catholique.
Eglise Saint- Etienne. Cette église, classée au nombre des monuments historiques, est un édiiiee de style byzantin des plus intéressants. Fondé en 717 par le duc Adalbert, père de sainte Odile, il offre dan3 ses constructions extérieures des détails exquis et forme aujourd'hui la chapelle du Séminaire.
Eglise Saint-Guillaume. Elle fut fondée en 1306; le chœur contient deux monuments funéraires, assez mutilés, mais encore curieux; ce sont les tombeaux du comte Ulric, landgrave de la basse Alsace, et de son
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frère Philippe, morts, le premier en 1344, je second en 1332. Citons encore, au fond du chœur, un bas-relief en bois représentant le duc Guillaume d'Aquitaine, fondateur de l'ordre des guillelmites; dans la nef, une inscription en l'honneur du célèbre Wimpheling, et de remarquables vitraux.
Eglises et temples divers. Strasbourg possède encore plusieurs églises et temples: les plus importantes des églises, après celles que nous venons de décrire, sont : l'église Saint- Louis; elle possède un tableau de Guérin, Saint Louis; la Conversion de Bathilde par saint Florent, bas-relief du sculpteur Friederich, et un baptistère assez remarquable, du même, représentant le baptême de Clovis ; Saint-Jean ; Sainte-Madeleine, où l'on peut encore admirer quelques beaux vitraux ; Sainte-Aurélie, édifice du xvine siècle, qui a remplacé une chapelle fondée au xe siècle ; Saint-Nicolas, où repose le savant Isaac Haffner, mort en 1831. Parmi ces églises, Sainte-Aurélie et Saint-Nicolas sont exclusivement consacrées au culte protestant; il en est de même de Saint-Guillaume. Les réformés de la confession helvétique ont à Strasbourg un temple particulier, et lesisraélites une synagogue. Ces édifices, au point de vue architectural, ne méritent qu'une simple mention. Pendant le bombardement de 1870, tous ces monuments ont plus ou moins souffert; d'autres ont été complètement détruits; telles sont les églises de la citadelle et de l'hôpital
— Monuments civils. Hôtel de la préfecture. Cet édifice, dû au préteur royal de Kinglin.quifut misen jugement pour ses malversations scandaleuses, fut élevé au xvmo siècle et complètement détruit pendant le bombardement de 1870. Reconstruit depuis, il & été terminé à la fin de 1371.
Bétel de mile. Bien que construit vers la même époque que le précédent, ce monument se rattache plutôt, par la sévérité de ses lignes, au xvn« qu'au xvme siècle. Il a été considérablement agrandi en 1840, époque où on l'a décoré d'un large perron sur (a promenade de Broglie. Le musée de peinture et de sculpture est installé dans les salles du rezde-chaussée.
Château impérial. Cet édifice, qui servait autrefois de palais épiscopal, fut bâti par le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, si connu par le scandale du collier de la reine. Sa façade, qui domine la rivière de 1*111, présente une colonnade imposante.
Palais de justice. Ce, monument, élevé au xvme siècle et qui servait autrefois de résidence au commandant militaire de l'Alsace, a été détruit, avec toutes ses archives, pendant le bombardement de 1870. Reconstruit depuis lors, il est actuellement un des plus beaux édifices de la ville.
Hôtel du commerce. Au moyen âge , ie sénat strasbourgeois, représentant la haute autorité municipale de la ville, siégea d'abord au palais épiscopal, qu'il abandonna pour un local spécial et indépendant en 1321. Enfin, en 1585, l'architecte Daniel Specklé construisit l'édifice actuellement connu sous le nom d'Hôtel du commerce. Endommagé à l'époque de la Rérvolution, cet édifice est occupé par le tribunal et la chambre de commerce et par un cercle commercial et littéraire. C'est une construction dans le style de la Renaissance, k deux étages avec un rez-de-chaussée percé des deux côtés de la porte d'entrée de quatre grandes baies en plein cintre. Les fenêtres des deux étages sont larges et divisées en trois ouvertures par des meneaux délicatement découpés ; un couronnement d'un style gracieux les surmonte. Les décorations des fenêtres, pratiquées sur trois rangées dans la haute toiture du bâtiment, sont aussi d'un remarquable travail.
Le Frauenhaus. On désigne ainsi une maison de le Renaissance, construite en 1581 et voisine de ta cathédrale. Elle possède un escalier d'une légèreté pleine d'élégance. Cet édifice s'appelle aussi en français la Maison de l'œuvre de Notre-Dame, parce qu'il est le siège de l'administration d'une riche et ancienne dotation, ou œuvre spécialement affectée à l'entretien et aux réparations de la cathédrale. Entre autres objets curieux qui font du Frauenhaus un véritable musée, 1 édifice conserve plusieurs plans anciens, sur parchemin, de la façade et des tours, les pièces du mécanisme de l'ancienne horloge ; une grande quantité de fragments provenant des modifications et mutilations subies par la cathédrale pendant les deux derniers siècles ; enfin une collection démoulages en plâtre des principales sculptures qui contribuent k son ornement.
Êivers, Il faut encore citer, parmi les monuments civils de Strasbourg ; le lycée, ancien collège des Jésuites, construit en 1756 sur l'emplacement de l'hôtellerie historique où Gutenberg fit ses premiers essais; l'hôtel du Haras, rebâti en 1763 ; l'ancien hôtel des Deux-Ponts; Jes hôpitaux civil et militaire, etc. Strasbourg abonde en curieuses constructions privées, aux style3 les plus divers, les unes à toiture gigantesque en pignon dentelé, les autres à poutres sculptées, d'autres k tourelles , etc. ; nous citerons la maison de la Maîtrise, couverte de personnages
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sculptés, et la brasserie de Luxhof ; ce dernier établissement occupe les vieux bâtiments de l'hôtel de Luxhof, où se trouvait une chapelle dédiée à. saint Luc. ■ C'était anciennement, lisons-nous dans le Dictionnaire du Haut et du Bas-Rhin, un palais destiné à loger les empereurs lorsqu'ils venaient k Strasbourg ; de 1357 à 1524, il partait tous "les ans de la chapelle Saint-Luc une procession de pénitents, k laquelle assistaient tous les sénateurs, pieds nus et couverts de cendres, en vertu d un vœu qu'avaient fait les magistrats pour obtenir du ciel la cessation des tremblements de terre qui affligeaient la ville vers le milieu du xrve siècle. » L'hôtel de Neuwiller, occupé par la direction des postes, et l'hôtel de LUekner, devenu le palais épiscopal, sont de beaux spécimens de l'architecture du xviue siècle k son début, et nous rappellerons que ia maison Dietrich, où Rouget ae Lisle composa et déclama pour la première fois la Marseillaise, est encore debout; elle est située rue de la Mésange. Son architecture n'offre rien de particulier.
— Etablissements militaires. Quelquesunes des sept portes par lesquelles on pénètre dans Strasbourg .ont conservé jusqu'à nos jours leurs fortifications du moyen âge; les autres présentent le type uniforme de la fin du xvho siècle ou du commencement du xïiiis. La plus curieuse est la porte Nationale ou porte Blanche (Weissemthurmtor), à laquelle aboutit la route de Paris k Strasbourg. ■ Cette porte, dit fil. Adolphe Joanne, est protégée par deux tours reconstruites au xvie siècle. La tour extérieure présente sur ses deux avancées cette inscription : Hostibus arcendis, civibus tuendis. On lit, en outre, sur le mur qui réunit les deux tours une inscription satirique datée de 1118, qui se traduit ainsi : « Par ma fin ! personne ne saurait sonder la miséricorde de Dieu, la cupi» dite des clercs et la méchanceté des paysans 1 » En 1568, il a été trouvé dans les environs de cette porte, en un lieu qui avait servi de cimetière, à 3 ou 4 mètres de profondeur, vingt sarcophages en pierre, renfermant des lampes, des plats, des coupes, des vases- de terre et de verre, etc., et plus de cent urnes contenant des cendres. La citadelle, œuvre de Vauban, a été construite de 1682 k 1685; elle forme un pentagone représentant cinq bastions et autant de demi-lunes. Une esplanade la sépare de la ville. L'arsenal, comprenant des magasins, hangars, salles d'armes, chantiers et ateliers, est situé à peu de distance. En 1870, l'arsenal de construction a été détruit. Les casernes de la ville peuvent loger 10,000 hommes et 1,500 chevaux; lune d'elles, la caserne de la Kinbmath, fut le principal théâtre , en 1836, de la tentative du prince Louis-Napoléon. Les fortifications, d'une étendue et d'une importance considérables, renferment dans leurs bastions plusieurs magasins à poudre. Strasbourg a possédé jusqu'à la fin de 1865 une fonderie de canons, qui fut alors transférée à Bourges.
— Etablissements civils. Strasbourg possédait avant l'annexion à l'Allemagne une académie, comprenant des Facultés de droit, de médecine, des sciences, des lettres et de théologie protestante; un lycée, un gymnase protestant; 36 écoles primaires, 24 salles d'asile, une école normale des instituteurs primaires, une école normale primaire d'institutrices protestantes, une école industrielle municipale, une école israélite des arts et métiers, un institut de sourds-muets, une école de pharmacie avec jardin botanique et une école départementale d'accouchement ; deux séminaires catholiques, un séminaire protestant, une école d'artillerie, un conservatoire de musique et plusieurs autres écoles et cours divers. Ces divers établissements ont été maintenus, sauf l'académie, que le gouvernement français a transportée à Nancy et que le gouvernement allemand a remplacée par une université inaugurée le 1" mai 1872. Cette université a été jusqu'ici peu fréquentée, et pour lui donner le développement nécessaire, le conseil fédéral allemand lui a accordé, le 8 novembre 1875, une subvention de 400,000 marcs. En 1871, plusieurs professeurs de l'ancienne Faculté de médecine se sont entendus pour former une Faculté indépendante de l'Etat. En mai 1874, l'ordre a été donné par l'autorité allemande de fermer le petit séminaire catholique. L'hôpital civil peut recevoir 500 malades et l'hospice des orphelins 250 pensionnaires. Le musée a été détruit en 1870. 11 possédait des tableaux du Pérugin, du Guide, du Tintoret, du Corrége, de Ribeira, de Philippe de Champaigne, de Simon Vouet, de Le Brun, de Rigaud, de Van Ostade et des principaux maîtres contemporains ; la sculpture y était représentée par des bustes de Lemoyne, de Bouchardon et de Houdon et par divers sujets d'artistes plus modernes. La bibliothèque, installée dans les bâtiments du Temple- Neuf, a subi le même sort, et sa destruction est encore plus regrettable que celle du musée. Elle comptait 150,000 volumes et 1,589 manuscrits ; parmi ces derniers se trouvaient de véritables trésors bibliographiques, entre autres le Hcrtus deliciarum (Jardin des délices) de Herrade de Landsperg, abbesse de Sainte-Odile (xjio siècle), orné de miniatures qui offraient un immense intérêt sous
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le rapport des costumes et aussi de l'histoire de l'art. La collection d'antiquités, réunie dans le même local et détruite en même temps que la bibliothèque, comprenait des statues et des bas-reliefs appartenant les unes à l'antiquité, les autres au moyen âge; des pierres tumulaires, des urnes cinéraires, des vases, etc., enfin quelques curiosités, entre autres le sabre de Kléber.
— Promenades, places, statues, etc. Les principales promenades de Strasbourg sont : la place de Broirlie, communément dite le Broglie, créée en 1740 par le maréchal de ce nom sur l'emplacement de l'ancien marché aux chevaux. A l'une de ses extrémités se trouve le théâtre, qui eut tant à souffrir pendant le bombardement; ce bel édifice, terminé en 1821, doit à un legs généreux d'un habitant de Strasbourg, M. Apfel, une subvention annuelle et inaliénable de 50,000 fr. A droite du théâtre, en quittant le Broglie, on aperçoit la statue du marquis de Lezay- Marnésia, préfet du Bas-Rhin sous le premier Empire, ouvrage en bronzedûkM.Grass (1854). La place Kléber, autrefois place des Cordeliers, est ornée de la statue, due au même artiste, du célèbre général républicain. Les deux bas-reliefs du piédestal représentent la bataille d'Altenkirchen et la bataille d'Hèliopolis. Les restes de Kléber reposent dans un caveau pratiqué sous le monument, inauguré en 1840. Le Contades, planté d'arbres séculaires, était jadis l'ancien pré des Arbalétriers. Enfin la Robertsau, dont plusieurs allées ont été dessinées par Le Notre, possède une orangerie où logea l'impératrice Joséphine. La promenade communique avec l'île du Wacken, qui n'en est en réalité que la continuation. Le bâtiment de l'Orangerie est un reste de l'ancien château du duc de Deux-Ponts, à Bouxwiller; il a été transporté pièce k pièce et remonté à la Robertsau.
— HiSTOtRG. La première origine de Strasbourg est incertaine. Cette ville n'est pas même mentionnée par César. Le premier auteur qui en fasse mention est Ptolémée, qui vivait au n« siècle de notre ère. Argentoratum était alors le nom de la future capitale de l'Alsace. Ce nom lui-même devait disparaître comme la ville, emportés l'un et l'au ■ tre par le torrent des invasions des barbares. Les Francs, en relevant la cité romaine, lui donnèrent le nom de Stratiburg, origine de la dénomination qu'elle porte aujourd'hui. En tant qu'ancien évéché et principauté de l'empire d'Allemagne ou cercle du haut Rhin, Strasbourg a une histoire qui présente un grand intérêt.
C'est au régne de Constantin le Grand qu'on fait remonter la fondation de l'évêché de Strasbourg. La majorité des populations fut longtemps encore païenne après Constantin et sous plusieurs de ses successeurs. Sous Constantin cependant, de persécutés qu'ils étaient peu de temps auparavant, se croyant protégés et encourogés.les nouveaux croyants prirent quelque consistance à Argentoratum. Saint Amand, premier évêque de Strasbourg, souscrivit les actes du concile de Sardique, en Illyrie (347). On perd la trace de ses successeurs, et le diocèse de Strasbourg éprouva , sans doute le même sort que les autres diocèses d'Allemagne durant l'invasion des barbares. Strasbourg tomba successivement au pouvoir des Huns (407), des Burgondes{415}, des Huns (455), des Allemands (495), de Clovis après la bataille de Tolbiac (495) . Ce fut dans cette ville que Louis le Germanique et Charles le Chauve firent alliance contre leur frère Lothaire, et vers la même époque Strasbourg passa sous la' domination des empereurs d Allemagne. Pillée et brûlée par les Lorrains vers 921, la ville fut prise d assaut par le duc de Souabe en 1002. Depuis le vn« siècle, Strasbourg était regardé comme un des principaux sièges épiscopaux de l'Allemagne. Les évêques n'avaient cessé d'acquérir par tous les moyens de nouveaux biens et de nouveaux droits, tant ecclésiastiques que politiques et féodaux. Les habitants commencèrent, dès le début dn x° siècle, k entrer en lutte avec leurs évêques, qui, selon l'usage du temps, voulaient accaparer tous les pouvoirs. Cette lutte fut très-longue; car les Strasbourgeois mirent autant d'ardeur a Becouer le joug épiscopal que les évêques à le leur imposer. En 1262, les habitants de Strasbourg battirent les troupes de leur évêque et forcèrent celui-ci à confirmer les privilèges de la cité, qui, à la même épo= que, se rendit à peu près indépendante de l'Allemagne, tout en gardant le titre de ville impériale. tEile fut alors administrée, dit M. Lalanne, par un conseil indépendant du prélat ; mais ce conseil était entre les mains des nobles, qui possédaient en même temps les grands offices épiscopaux. En mai 1332, à la suite d'une querelle sanglante entre deux familles nobles, les habitants S'armèrent et nommèrent un nouveau conseil dans lequel leur3 représentants étaient en majorité, p A partir de ce moment, malgré les prétentions sans cesse renouvelées des évêques, Strasbourg fut en réalité une ville libre, une sorte de république indépendante. En 1354, à l'extinction de la maison des comtes de Werd, landgraves de la basse Alsace, ce landgraviat fut aboli, et le comte d'Œttingen, héritier, par sa femme, des biens allodiaux de la maison de Werd, les vendit k l'évêque de
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Strasbourg, qui prit alors le titre de landgrave de la basse Alsace, titre que ses successeurs ont continué à porter jusqu'à la Révolution française.
Pendant le cours du même siècle, les Strasbourgeois soutinrent des guerres contre les seigneurs d'Alsace et de Souabe, contre les impériaux, qui échouèrent en voulant s'emparer de Strasbourg (1392), et au xve siècle contre leurs évêques, les nobles et Charles lé Téméraire. Au xvi" siècle, Strasbourg embrassa avec chaleur la réforme de Luther, entra dans la ligue de Smalkalde, puis envoya des secours à Maurice de Saxe contre Charles-Quint. Les protestants français ne tardèrent pas à y affluer. Jusqu'en 1592, les électeurs, mi-partis luthériens et catholiques, élurent assez paisiblement, en votant ensemble, l'évêque prince landgrave de la basse Alsace. Mais, en cette année 1592, après la mort de l'évêque Jean de Manderscheid, il s'éleva de grands troubles au sujet de l'élection d'un successeur à donner k ce prince. -Le chapitre était composé de quatorze chanoines luthériens et de sept catholiques. Les premiers, assemblés à Strasbourg, élurent le margrave Jean-Georges de Brandebourg, et les catholiques, réunis à Saverne, choisirent Charles, cardinal de Lorraine, évêque de Metz. Ces deux concurrents prirent les armes pour soutenir leur nomination respective. "Voilà donc deux" évêques, l'un luthérien, l'autre catholique, évêques princes, et par conséquent évêques temporels, prêts à en venir aux mains, ce qui est naturel quand, au spirituel, on croit avoir le droit de mêler et de joindre le temporel ; mais l'empereur leur ordonna de mettre bas les armes et de s'en rapporter à l'arbitrage de six princes, tirés, en nombre égal, des deux religions. Ces arbitres furent, de la part des catholiques, l'évêque de Mayence, l'évêque de Wurtzbourg et l'archiduc Ferdinand ; de la part des protestants, le landgrave de Hesse, le comte palatin de Neubourg et le duc électeur de Saxe. Ces princes décidèrent que les terres et les revenus de l'évêché-principauté seraient partagés entre les deux prétendants. Ce partage fut renouvelé sous la médiation de Henri IV, roi de France ; mais, l'année suivante, le margrave de Brandebourg renonça à ses droits sur cet évéché, moyennant une somme de 130,000 florins et une pension viagère de 9,000 florins.
Depuis 1531 que la Reforme avait été introduite à Strasbourg, les évêques catholiques, dépossédés de quelques-unes de leurs prérogatives et dont les prétentions avaient été contestées, avaient jugé à propos de résider à Molsheim; mais toutes les terres de l'évêché-principauté, dont une partie était située sur la rive droite du Rhin, ne subirent pas sans résistance leur juridiction temporelle. La partie transrhénane consistait en deux bailliages, dont l'un était celui d'Oberkireh , dans l'Ortenau, l'autre le bailliage d'Ettenheim, dans le Brisgau, tous deux enclavés dans la Souabe, et tous deux, avec la ville de Strasbourg, n'étaient pas les moins réfractaires à cette juridiction.
Pendant les guerres du xviie siècle, Strasbourg laissa, a diverses reprises, les impériaux passer sur son territoire, souvent menacé par les armées des rois de France, dans les différentes guerres de ceux-ci avec les empereurs d'Allemagne. 11 n'avait jamais été pris, lorsqu'en 1681, et en pleine paix (la paix avait été signée k Nimègue le 5 février 1679), Louis XIV, se fondant sur un arrêt de la chambre du conseil de Metz qui déclarait unis au domaine de la couronne de France tous les fiefs démembrés des Trois- Evêchés,se ménagea des intelligences secrètes dans la place et envoyais général Montclar en Alsace avec 30,000 hommes. Celui-ci surprit la ville sans défense dans la nuit du 27 au 28 septembre 1681, investit la redoute la plus voisine du Rhin, occupa la tête du pont et entra sans coup férir dans la ville, dont les magistrats, gagnés, avaient eu soin de laisser sans poudre les canons des remparts. Louis XIV fit son entrée à Strasbourg le 23 octobre suivant et rendit l'église cathédrale a l'évêque, dont le siège avait été transféré à Molsheim depuis cent cinquante ans. Les princes, intéressés à empêcher ces démembrements et ces annexions, comme nous dirions aujourd'hui, protestèrent en vain contre cette occupation, prétendant qu'elle était une infraction à la paix de Nimègue ; Louis XIV garda ce qu'il avait pris, et, en 1697, la France fut maintenue, par le traité de Ryswick, dans la possession de la ville de Strasbourg et des terres et seigneuries réunies déjà sous sa domination en Alsace. Alors le diocèse de Strasbourg fut séparé de l'empire d'Allemagne, sans juridiction sur les domaines transrhénans restés attachés à celui-ci ; mais, en 1724, l'évêque fut rétabli dans son ancien droit de juridiction ecclésiastique et temporelle sur ces domaines au delà du Rhin et investi de nouveau du droit de séance et de suffrage k la diète germanique pour la partie de cet évéché située sur la rive droite du Rhin. De telle sorte que l'évêque-prince de Strasbourg, qui conserva ce titre jusqu'à la Révolution française, fut à la fois évêque français et évêque-prince électeur au titre des possessions de l'évêché ultra-rhénanes. Il siégeait & ia diète générale de l'empire sur le premier banc du collège des princes et à la dixième
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place, entre les évêques de Spire et de Constance.
Le dernier prince-évêque qui ait joui de ces singulières prérogatives, mi-parties ecclésiastiques et politiques, fut le célèbre cardinal de Roban, Louis-René-Edouard, prince de Rohan-Guéménée, fameux par l'affaire du collier et qui mourut k Ettenheim en 1803.
Le mouvement révolutionnaire commença à Strasbourg dès la nouvelle de la prise de la" Bastille (1789). Quelques désordres signalèrent les premiers moments ; mais la nomination du minéralogiste Dietrich au poste de maire de la ville (créé en remplacement de celui d'ammeister-ovL magistrat) rétablit l'ordre. Le 13 juin 1790, la fête de la Fédération fut célébrée avec une grande pompe k Strasbourg. Deux ans plus tard, Rouget de Lisle trouvait dans la même ville, où il était le commensal momentané du maire Dietrich, l'admirable cri de la Marseillaise (v. ce mot). Malheureusement, Strasbourg, avantgarde de la France k cette époque tourmentée, ne tarda pas à être divisé en plusieurs partis. « Outre les royalistes, les jacobins et # les feuillants, dit M. Jolibois dans sa savante Histoire de Strasbourg, il y avait la faction allemande ou fédéraliste, dont Turkheim fut longtemps le chef. Celle-ci, plus attachée aux intérêts et aux franchises de l'Alsace qu'aux principes révolutionnaires, se proposait de la constituer en république indépendante. La perte des lignes de Wissembourg par l'armée française, que les Autrichiens
Eoursujvirent jusque sous le canon de Strasourg, vint un peu plus tard accroître encore les périls de la situation. La municipalité de la ville, dominée par les opinions des feuillants, s'était prononcée contre le mouvement du 10 août 1792 , et, sur la proposition du maire Dietrich, elle avait voté, le 15, une adresse pour demander l'inviolabilité royale. Quelques jours après le 19, quatre commissaires du gouvernement arrivaient à Strasbourg et, du même coup, suspendaient le corps .municipal et ordonnaient nurestation de son chef. » On sait que Dietrich périt sur l'échafaud, mais que la Convention nationale ne tarda pas à réhabiliter sa mémoire. C'est en novembre 1793 que les représentants Saint-Just et Lebas, commissaires extraordinaires près l'armée du Rhin, arrivèrent k Strasbourg : une contribution de neuf millions payable dans les vingt-quatre heures, levée par eux sur les principaux habitants de la ville, servit à compléter les fortifications de la place , construites par Vauban , et k payer la solde arriérée de l'armée du Rhin. On sait les autres détails da la mission de ces deux commissaires : les administrateurs du département étaient accusés d'avoir des intelligences avec les ennemis : Saint-Just et Lebas les firent arrêter tous, au nombre de quarante ; mais, sur les représentations de Monet, le nouveau maire, douze d'entre eux furent rendus presque aussitôt à la liberté. Les représentants remplirent leur tâche difficile avec une énergie égale à leur désintéressement, et eurent, suivant l'aveu d'un historien, • la gloire de sauver l'Alsace sans qu'aucune goutte de sang ait été versée sur l'échafaud. ■ Saint- Just, pendant son séjour à Strasbourg, se signala surtout par son intégrité, une pureté inattaquable, et chacun connaît les détails de la condamnation qu'il y prononça contre l'ancien moine Euioge Schneider, devenu, par le hasard des événements, l'accusateur du tribunal révolutionnaire. Avant son départ pour Paris, où l'attendait le châtiment de ses ignobles désordres, Euloge Schneider fut exposé sur l'échafaud pour avoir déshonoré la Révolution, comme le portait un écriteau suspendu au-dessus de sa tête. Les conquêtes de la République au delà du Rhin, en amenant la pacification de l'Allemagne, assurèrent & Strasbourg une sécurité profonde, k l'abri de laquelle son commerce et son industrie reprirent un rapide essor. Le blocus continental, loin de contrarier ce mouvement de prospérité, lui donna au contraire une nouvelle impulsion. Kn 1814, après la bataille de Leipzig, l'invasion vint menacer Strasbourg ; mais la place n'ayant pu être réduite par la force, fut soumise à un blocus de près de quatre mois (6 janvier, 13 avril 1814). Après Waterloo, le général Rapp n'eut que le temps de se jeter dans la place pour la défendre de nouveau contre les alliés. Au cours de ce second blocus se passa un fait dont l'histoire de l'époque contemporaine nous présente peu d'exemples, et qui fait le plus grand honneur k son auteur : sur un ordre parti de Paris en juillet 1815, le général Rapp voulut procéder au licenciement de son armée ; mais celle-ci, à laquelle ' il était dû un arriéré de solde considérable, refusa de poser les armes avant d'être entièrement payée. Rapp promit de transmettre cette réclamation k qui de droit; mais l'armée ne se paya pas de cette promesse et, se soulevant avec un ensemble unanime , méconnut l'autorité de son chef (accusé de plus par eux, à tort ou k raison, de trahison) et investit de tous les pouvoirs militaires un simple sergent du 7" léger, nommé Dalouzy. Ce dernier accepta et prit l'engagement d'obtenir l'arriéré dans les vingt-quatre heures : par ses ordres, donnés sans retard, les anciens officiers et le général Rapp lui-même sont consignés chez eux et gardés k vue, de sévères mesures de dis*
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ciplîne sont prises pour empêcher tout désordre, le conseil municipal est assemblé et vote une avance de 700,000 francs pour le règlement de la solde. Ce résultat obtenu, Dalouzy réunit les troupes, leur fait distribuer la solde, et se démet sans désemparer du commandement, après une courte harangue, pleine de convenance et de modestie. Le licenciement s'effectua aussitôt avec la plus grande régularité et l'ordre le plus parfait, et Strasbourg rentra sous l'obéissance royate. Rappelons ici que Louis XVIII fit grâce à Dalouzy, en récompense de son intelligence et de son désintéressement. Depuis cette époque jusqu'à 1870, les seuls épisodes ou événements politiques qui aient marqué dans l'histoire de Strasbourg sont : la visite de Charles X (1828) ; celle de Louis-Philippe (1831), la tentative de soulèvement faite le 30 octobre 1836 par le prince Louis-Napoléon contre le gouvernement de Louis-Philippe (V. ci-après Strasbourg [affaire de]) et l'a grande fête nationale célébréo à l'occasion de l'inauguration de la statue de Gutenberg en 1840. Strasbourg, que le gouvernement de l'Empire, avec son incroyable et coupable incurie, n'avait pas mis en état de défense, fut investi dès les premiers jours de la guerre qui éclata entre Ja France et la Prusse (9 août 1870). Nous allons raconter longuement ciaprès ce siège mémorable. Bornons-nous à rappeler ici que, par une singulière coïncidence, ce fut le 28 septembre 1870, cent quatre-vingt-neuf ans, jour pour jour, après sa conquête par Louis XIV, que Strasbourg retomba au pouvoir des Allemands, qui T'annexèrent à leur nouvel empire.
— Célébrités. Strasbourg a vu naître : Sébastien Brand, le célèbre poëte satirique, dont la Nef des fous, traduite au xvie siècle dans toutes les langues littéraires de l'Europe, jouit d'une vogue universelle ; Oberlin ; l'abbé Grandidier, historiographe de France ; Dietrich, maire de Strasbourg et l'un des premiers, naturalistes de son temps; le prédicateur Jean Geiler de Keyserberg; le jurisconsulte Schapflin, et Koch, son continuateur; les anatomistes Lauth père et fils, le chimiste Spielmann ; les mathématiciens Arbogast etlîamp; le sculpteur Ohmacht; le ciseleur Roistein ; les peintres Hans Baldung Grun, élève d'Albert Durer, et Vendelin Dieterlin, auquel on uttribue l'invention de la peinture au pastel ; le poëte Andrieux, le général Kléber et le maréchal Kellermann, duc de Valmy. Il est presque inutile do rappeler encore ici le nom de Gutenberg, enfant d'adoption de Strasbourg. La statue du célèbre créateur de l'imprimerie, œuvre de David d'Angers, a été inaugurée en 1840. Elle est en bronze et repose sur un piédestal de grès orné de bas-reliefs allégoriques. Gutenberg est représenté tenant à la main une feuille sur laquelle on lit ces mots: Et la lumière fut! C'est une des plus admirables compositions du célèbre statuaire.
Strasbourg (siëgb vis), soutenu par les Français contre les Allemands au début de la guerre de 1870-1871. Après la bataille de Reischshoffen, et lorsque la 3e armée, commandée par le prince royal de Prusse, allait franchir les Vosges pour se diriger sur Paris, la division badoise fut détachée de cette armée et reçut la mission d'aller cerner Strasbourg. Cette ville, un des boulevards de la France, pouvait menacer les Allemands d'une manière toute particulière, devenir un point de concentration et couper les lignes d opérations tle l'ennemi. D'ailleurs, comme M. de Bismarck l'a déclaré à M. Jules Favre lors de l'entrevue de Ferrières, c'était la clef de sa motion, et tout allait être mis en œuvre pour l'arracher de nos mains. De plus, l'ennemi savait parfaitement que la place n'était pas en état de défense, et il ne voulait pus nous laisser le temps de réparer la criminelle incurie des hommes de 1 Empire, qui n'avaient fait qu'emplir leurs poches avec l'argent destiné u foudre des canons. Les Allemands eux-mêmes ont constaté l'incroyable négligence qui avait présidé a l'armement de nos places de guerre. « De même que toutes les places fortes de France, dit le colonel Borbstaedt, la place frontière de Strasbourg avait été négligée de ia manière ia plus inexcusable, bien qu'appelée à jouer un rôle important dans une guerre, soit offensive, soit défensive, avec l'Allemagne. La place est construite d'après un système suranné, qui est démontré impossible h conserver eu présence de l'augmentation de portée et d'action des pièces rayées, et, cependant, durant les longues années de paix, rien n'avait été fait pour mieux la protéger contre une attaque régulière tentée avec des pièces rayées de siège et pour mettre en même temps la ville à l'abri d'un bombardement par ia construction de forts avancés. Il était trop tard maintenant pour remédier u cette négligence ; depuis que la dernière guerre était commencée, on avait également peu prévu et peu fait pour tout ce qui concernait la. mise en état, l'armement des ouvrages très-étendus qui entouraient la ville et la garnison nécessaire pour les défendre. Le 6 août, le jour de Wœrth, l'armement de Strasbourg n'était pas encore terminé; les glacis n'étaient pas dégagés, les remparts n'avaient pas de canons; on venait seulement d'ouvrir les écluses pour remplir les fossés. La confusion, la précipitation étaient
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encore augmentées par l'arrivée, dans la soirée même, des fuyards de Wœrth qui se précipitaient dans la ville, où ils répandaient les plus effrayantes nouvelles. » (Campagne de 1870-1871; trad. de M. Costa de Serda, capitaine d'état-major.)
Cette déplorable situation de la place provenait de la persuasion où était le gouvernement que l'ennemi nous attendrait l'arme au bras sur son territoire et n'oserait pas envahir le nôtre ; persuasion qui fait le plus grand honneur à la prévoyance et a la perspicacité des hommes de l'Empire. Comme si les Allemands n'avaient jamais envahi la France I
Après la terrible journée de Reischshoffen, une foule de fuyards, ainsi que le rapporte l'écrivain que nous venons de citer, se précipitaient dans Strasbourg, quartier général de Mac-Mahon , tandis que les restes du l°r corps battaient en retraite dans la direction de l'ouest. Soldats de la ligne, chasseurs à pied, artilleurs, turcos s'engouffraient pélemele dans la place comme un torrent débordé. Cette foule, fantassins juchés k cheval, cavaliers démontés, apportaient un appoint d'environ 3,000 hommes à la garnison, dont le noyau n'était formé que du 87e de ligne, fort de 2,700 hommes, appartenant à la 4e division du 1er corps, et qui était resté par hasard k Strasbourg lors de son passage dans la place. La garnison comprenait, en outre, deux bataillons de dépôt d'infanterie, deux compagnies de dépôt de chasseurs à pied, les batteries de dépôt de deux régiments d'artillerie, quatre bataillons de garde mobile, deux escadrons de lanciers et enfin 500 pontonniers que le manque de chevaux avait empêchés de rejoindre le 1er corps, plus 120 marins destinés à former l'équipage de la flottille du Rhin, qui était devenue sans emploi. Tous ces éléments hétérogènes réunis présentaient un effectif d'environ 17,000 hommes ; mais, sur ce nombre, la moitié à peine était familiarisée avec le service militaire, les dépôts se composant en majeure partie de recrues et la garde mobile n'ayant reçu ses armes que le 8 août. Tenons compte aussi de la garde nationale sédentaire, 3,600 hommes environ; mais elle ne pouvait guère être utilisée que pour le service intérieur de la place, car elle était formée d'hommes qui n'avaient reçu aucune instruction militaire.
Quant à l'armement de Ja place, il eût été formidable si l'on avait pu utiliser tous les canons; mais le service du génie et de l'artillerie était complètement insuffisant, le génie ne disposait, en effet, que de vingt mineurs et de cinq capitaines; l'artillerie ne comprenait que 1,200 hommes avec six chefs d'escadron. Ce n'est pas ce chiffre dérisoire qui pouvait suffire k l'établissement et au service des 1,000 k 1,200 canons que renfermait la place. On ne put utiliser que 87 canons et 23 mortiers, et encore d'un calibre très-inférieur à celui des pièces de l'ennemi et d'une portée beaucoup moindre.
Le commandement de Strasbourg avait été1 confié au général Uhrich, rappelé du cadre'de la réserve pour occuper ce poste dans ces douloureuses circonstances. Enfant du pays (né à Phalsbourg) et ayant déjà exercé ce commandement, il connaissait exactement les conditions delà place; malheureusement, il manqua des ressources militaires qui eussent du être accumulées à Strasbourg. Le colonel Sabatier était directeur du génie, ayant sous ses ordres le lieutenant-colonel Maritz, chargé des travaux de la défense. Le service du génie de la citadelle était confié au commandant Ducrot, qui y fut tué le 30 septembre par un éclat dobus; à la tête de l'artillerie se trouvait le général Barra!, qui avait réussi k pénétrer dansia place, déguisé en paysan, alors qu'elle était déjà investie; il avait sous ses ordres comme directeur le colonel Belu.
Un conseil de guerre tenu le 7 août constata que la garnison avait du pain pour cent quatre-vingts jours et d'autres vivres pour soixante jours, avec peu de viande sur pied. Ce même conseil décida qu'on résisterait énergiqueraent et que le service serait ainsi organisé pour la garnison : un tiers occuperait les remparts, un tiers serait de piquet et prêt à marcher, l'autre tiers au repos, sauf les cas où toutes ces forces devraient combiner leurs efforts. Le général Uhrich adressait en même temps k Ja population une proclamation destinée à réagir contre les appréhensions excitées par le brusque isolement de la place et la soudaine apparition de l'ennemi devant ses murs; elle se terminait par cette phrase bien française : ■ Si Strasbourg est attaqué, il se défendra tant qu'il restera un soldat, un biscuit, une cartouche. >
La division badoise ne tarda pas k se montrer, sans trouver le moindre obstacle sur sa route ni aux approches de Strasbourg, et elle occupa aussitôt les localités environnantes. Elle était commandée par le général Beyer, ministre de la guerre du grand-duché de Bade. Surpris par cette soudaine et terrible irruption, le générai Uhrich n'avait eu le temps d'organiser aucun moyen de défense extérieur; c'est déjà sous le feu de l'ennemi qu'il commença k faire en partie dégager les glacis, à palissader- les ouvrages, k abattre les arbres qui pouvaient gêner le tir de la place; mais sur aucun point il ne put établir des travaux propres k arrêter les approches de l'assaillant. Sohiltigheùn et Kônigshoffen n'étaient même pas occupés,
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bien qu'on pût les considérer comme des faubourgs de Strasbourg. Il devenait ainsi évident que le général Uhrich allait se borner à une défense purement passive des ouvrages de la place. Le cimetière de Sainte-Hélène, situé près de Schiltigheim, k deux ou trois cents pas des glacis, n'avait été ni rasé ni occupé, en sorte que, dès les premiers jours, l'assiégeant put s'y établir sans résistance et se trouver ainsi dans le voisinage le plus immédiat des remparts.
La division badoise n'eût pas suffi k elle seule à faire capituler Strasbourg; aussi lui expédia-t-on des renforts considérables. La place allait voir arriver successivement devant ses murs une partie des troupes de réserve restées en Allemagne, savoir : la division d'infanterie de landwehr de la garde royale et la lr» division de réserve, comprenant chacune 12 bataillons, 8 escadrons et 18 bouches k feu; le 30e régiment d'infanterie, venu de Rastadt; le 34<s régiment de fusiliers, venu de Mayence; le 2° régiment de dragons de réserve et le 2» régiment de hussards de réserve, qui devaient former une brigade de cavalerie. Ces forces réunies pouvaient former un effectif de 50,000 à 60,000 hommes. Quant k l'artillerie, elle était formidable. Outre celle des Badois, les 4*, Ee, 7° et 10<J corps, la garde royale,, la Bavière et le Wurtemberg avaient fourni 33.compagnies d'artillerie de place; on tira également des diverses parties de l'Allemagne 14 compagnies du génie, auxquelles s'adjoignit plus tard une compagnie bavaroise de la même arme. L'assiégeant disposait ainsi de 7,000 artilleurs et 2,200 soldats du génie. L'année assiégeante devait recevoir 200 canons rayés prussiens k chargement par la culasse et 100 mortiers lisses, amenés en chemin de fer des places de Magdebourg, Wesel et Cobientz. D'un autre côté, les Badois, qui avaient leurs batteries établies à Kehl, sur la rive droite du Rhin, allaient les voir renforcer de 40 pièces de gros calibra et 12 mortiers, expédiés, de Rastadt.
Le 9 août, le général Beyer, qui connaissait fort bien l'état de déuûment dans lequel avait été laissée la place, envoya une sommation au général Uhrich, qui répondit par un refus énergique. En entrant en Alsace, le général Beyer avait adressé aux habitants u«e proclamation dans laquelle il promettait de faire avec humanité cette horrible guerre. Eût-il tenu parole? c'est douteux, car il lui eût bien fallu obéir aux ordres du quartier général allemand, pour qui le mot humanité était absolument vide de sens : le siège de Strasbourg en fut une preuve éclatante.
Quoi qu'il en soit, ce général tomba malade, dit-on, et fut remplacé dans son commandement par le général de Werder, qui ne se targuait pas d humanité, celui-là; Teuton farouche qui ne reculait devant aucun moyen, et qui, à une dureté inflexible, joignait une haine implacable contre la France ; en un mot, un digne lieutenant de M. de Moltke. Cette cité que les Allemands prétendaient s'attacher, ii.allait commencer par la brûler et la saccager; c'est ainsi que Strasbourg, Strasbourg, fille de l'Allemagne, comme l'appelle une chanson populaire au delà du Rhin, devait être sauoée :
• O Strasbourg I ô Strasbourg! O cité admirablement belle où sont enfermés taut de soldats, où sont emprisonnés aussi, vous l'oubliez, depuis plus de cent ans, ma gloire et mon orgueil. Depuis plus de cent ans, fille de mou cœur, tu te consumes dans les bras du larron welche, mais ta douleur cessera bientôt. O Strasbourg I ô Strasbourg! la fille de mon cœur, éveille-toi de tes rêves sombres; ô Strasbourg! tu vas être sauvée... »
Le mysticisme, la poésie et un vandalisme sauvage, voilà bien le caractère allemand.
Le général de Werder arriva devant Strasbourg le 14 août et établit son quartier général k Mundolsheim. t/arlillerie allemande était commandée par le général Decker, et le génie par le général de Mertens, qui avait dirigé au même titre l'attaque des ouvrages de Dùppel.
Dès les premiers jours, l'infériorité de notre artillerie fut évidente ; nos projectiles n'arrivaient pas jusqu'à l'ennemi, tandis que les siens éclataient dans nos ouvrages avfincés, double circonstance qui lui permettait de s'approcher de la place ce plus en plus. A partir du 18 août, les troupes allemandes affectées au corps de siège commencèrent k arriver successivement, et l'observateur placé en vedette au sommet de la llèche de la cathédrale , sous ia lanterne , signalait sans cesse de nouvelles colonnes. Durant cette période préparatoire du siège, le général Uhrich, réduit à des forces trop inférieures, ne put contrarier les préparatifs de l'ennemi. Cependant, le 14, il tenta une sortie au nordest, sur la Robertsau, sortie à la suite de laquelle les Badois firent sauter le pont qui conduisaitkce village. Le lendemain, 15aout, le bombardement de Strasbourg commença, non pas le bombardement des remparts, de la citadelle, des ouvrages de défense, mais celui delà ville même, des demeures paisibles et inoffensives, des monuments de l'art, Legénérul de Werder prit un plaisir sauvage à célébrer ainsi la Saint-Napoléon. Ce jour-lk, le général Uhrich assista au Te Deum qui fut chanté k la cathédrale. Des événements plus graves et portant bien le cachet des habitudes bonapartistes devaient signaler cette fête na-
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tionale si la moindre victoire des Français avait pu être annoncée, et M. Jules Claretie nous fournit à ce sujet de curieux détails, qu'il emprunte lui-même k une brochure patriotique : Quarante jours de bombardement, publiée k Neuchàtel par un réfugié strasbourgeois. Le pouvoir central était représenté k Strasbourg par M. Pron, préfet du Bas-Rhin, qui, pendant tout le temps qu'il exerça ses fonctions, ne cessa de rêver un coup d'Etat nouveau, et en cela, il obéissait sans doute k des ordres venus d'en haut. Ce M. Pron ne se proposait rien moins que de faire arrêter tous les adversaires notoirement connus de l'Empire, à l'instar de son estimable cellègue du Rhône et de bien d'autres encore, assurément. Heureusement, le général Uhrich refusa de le suivre dans cette voie.
Le soir, vers onze heures et demie, l'ennemi avait établi ses batteries à une distance de 3 kilom. au plus, et les obus s'abattirent sur la ville jusqu'à minuit, broyant et incendiant les maisons, écrasant des vieillards, des femmes et des enfants. C'étaient les pièces établies sur les hauteurs de Hausbergen qui préludaient ainsi k l'œuvre de destruction. Le général de Werder, reculant à la pensée d'un siège en règle devant une citadelle et des remparts! trouvait plus expéditif de foudroyer une grande ville tout entière, espérant que la pression exercée par les habitants sur le général Uhrich forcerait ce dernier à capituler: mais cet odieux calcul du général teuton fut déjoué par la patriotique population de Strasbourg, qui ne cessa, pendant tout le siège, de donner des exemples de courage, de dévouement et d'abnégation.
Le 16, une forte reconnaissance de 1 ,500 hommes environ eut lieu dans la direction du sudouest, vers Ostwald ; mais elle se heurta k des masses bien supérieures .et dut se retirer en laissant trois canons sur le terrain. Les Allemands n'en emmenèrent que deux, n'osant pas s'approcher du troisième, dans la crainte qu'un piège ne leur fût tendu de ce côté-, il tut ramené le lendemain par des paysans. Le colonel Fiévet fut blessé dans cette affaire. Le 17, dans la matinée, la garnison essaya une nouvelle sortie sur la Robertsau; dès qu'elle eut rallié la place, la citadelle ouvrit un feu violent dans cette direction, alin de détruire les abris des Allemands, notamment le couvent du Bon-Pasteur. Le 18, autre sortie sur Schiltigheim, pendant laquelle nos soldats incendièrent plusieurs maisons et brasseries établies en a vint de ce village et occupèrent momentanément la cimetière de Sainte-Hélène. Tandis qu'avaient lieu ces sorties, les projectiles continuaient à s'abattre sur la ville, surtout la nuit.
Mais c'est le 18, dans la soirée, que commença le véritable bombardement. Dès le 17 au matin, lu vigie de la cathédrale avait signalé de tiès-forte3 colonnes ennemies conduisant uno nombreuse artillerie et se dirigeant sur Wolfisheim, village situé sur la Bruche, du côté de la porte Blanche, k 3 kilom. des ouvrages avancés. Les batteries badoises, établies k un demi-kilomètre de Kehl, en face de la citadelle, y firent pleuvoir leurs projectiles, ainsi que sur le quartier Saint-Nicolas, où ils causèrent d'affreux dégâts. Le générai Uhrich tourna alors ses canons sur la ville de Kehl et la réduisit en cendres. C'est au sujet de cet incident que nous allons surprendre la mauvaise foi allemande dans toute sa beauté. Voici ce que dit k ce sujet !e colonel Burbstaedt, dont l'ouvrage est d'ailleurs excellent k consulter au point de vue purement militaire, quand l'auteur ne se laisse point aveugler pur le fanatisme de l'orgueil national :
«Sous prétexte de représailles, et contrairement à tous les usages de la guerre, la général Uhrich donnait l'ordre k la citadelle de canonner ia ville de Kehl, entièrement ouverte. Le lendemain, le lieutenant général de Werder rendait le général Uhrich personnellement responsable de cet acte illégal, déclarait en même temps qu'il allait frapper l'Alsace d'une contribution équivalente aux dommages injustement infligés k la ville de Kehl. La citadelle n'en continuait pas moins son feu et réduisit en cendres une grande partie de la ville. C'était là un acte de brutalité d'autant plus inutile qu'il n'était justifié par aucune considération sérieuse... ■
Que l'on tourne le feuillet et l'on trouvera le passage suivant ; mais alors il s'agit de Strasbourg :
« Le général de Werder voulait donc commencer par essayer du bombardement, moyen d'intimidation complètement justifié par tous les usages de la guerre, avant de passer à une attaque en règle qui serait peut-être fort longue. A la guerre, les considérations d'humanité doivent céder le pas aux grands intérêts militaires, et c'est d'ailleurs faire acte d'humanité envers l'un et l'autre des partis en présence que de chercher k abréger la durée de la lutte. >
Ainsi, quand le général Uhrich brûle Kehl, servant de point d'appui k des batteries formidables, c'est contraire d tous tes usages de la guerre; mais lorsque le général de Werder broia sous ses obus les demeures iuoffensives, prend la flèche de la cathédrale pour objectif et incendie la bibliothèque, c'est un moyen d'iîitimidaiion complètement justifié par tous les usages de la guerre. Il n'y a qu'en
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Allemagne qu'on trouve do ces féroces naïvotés.
Mais "Werder dut bientôt reconnaître que les moyens d'intimidation ne lui suffisaient pas ; l'héroïque population de Strasbourg n'éprouvait qu'un frémissement de colère au spectacle de ses maisons effondrées, de ses rues incendiées. Vainement les rues entières du Dôme et de la Nuée-Bleue s'écroulaient sous les obus; vainement les cadavres et les débrisfumants s'accumulaient partout, Strasbourg s'opiniâtrait à la défense, déjouant l'odieux calcul de Werder qui espérait que le bombardement de la ville elle-même amènerait promptement sa reddition. Le 21 , il adressa une nouvelle sommation au général Uhrich, et le brave commandant répondit nomme la première fois. Le général prussien dut donc se résigner aux longueurs d un siège en règle et ne plus se borner à tuer des femmes et des entants ; mais il voulut tenter encore un effort.
Dans la soirée du 23, Un épouvantable bombardement commença de Keh! ; 28 pièces de place et l'artillerie badoise tonnèrent sur la ville et la citadelle, en même temps que 40 grosses pièces prussiennes agissaient de leur côté. Le 24, l'artillerie badoise obtint un triomphe sans précédent dans l'histoire des peuples civilisés : elle brûlait jusqu'au der- .lier parchemin la bibliothèque de Strasbourg, trésor incomparable des travaux de l'esprit humain. Documents précieux , manuscrits, incunables, éditions rares, tout fut consumé, rien n'échappa à la rage dévastatrice de ces fils de la pieuse et docte Allemagne. Werder s'est élevé d'un seul coup a la hauteur d'Omar. Dans la nuit suivante, les obus s'abattirent sur tous les quartiers, broyant les femmes et les enfants jusqu'au fond des caves et les hommes autour des flammes" qu'ils cherchaient k éteindre. Notre artillerie répondait de son mieux, mais d'une manière tout k fait insuffisante; de plus, elle ne savait presque plus de quel côté diriger ses coups, 1 ennemi avant eu l'idée, très-ingénieuse du reste, d établir des batteries volantes qui se déplaçaient continuellement pendant la nuit et déroutaient ainsi le pointage de nos canonniers. Le 25 août, la citadelle n'était plus tenable; elle dut être abandonnée; les magasins et autres bâtiments qu'elle renfermait étaient ruinés de fond en comble. L'hôpital militaire fut évacué de même et les malades transportés dans les salles basses du château servant de résidence à l'évêque, et qui n'est séparé de la cathédrale que par une place. On espérait que les Allemands respecteraient du moins cette flèche, l'admiration du monde entier depuis des siècles; on ne connaissait pas encore le vandalisme qui animait ces mystiques Teutons. Le vieux chef-d'œuvre d'Erwin de Steinbach servit précisément de point de mire aux canonniers badois : la cathédrale devint leur objectif. Un premier obus dirigé contre elle atteignit les colonnes qui supportent la lanterne, le second la lanterne elle-même ; le troisième renversa la croix. Ohl ce sont d'habiles canonniers que tes Badois 1 Aussi, encouragés par d'aussi brillants résultats, ils continuèrent pendant les jours suivants à lancer leurs projectiles sur le magnifique édifice, qu'ils eurent la satisfaction d'endommager gravement.
Pendant que ces pieux Allemands affirmaient ainsi leurs sentiments religieux, l'évêque de Strasbourg essayait d'intervenir auprès du général de Werder et se rendait aux avant-postes de Schiltigheim. Introduit auprès du commandant en chef, il lui demanda s'il ne pourrait point se contenter de bombarder les ouvrages de défense en épargnant la ville; mais il fut moins heureux que Léon 1er eu présence d'Attila aux. portes de Rome ; ce que le païen sauvage avait accordé, le chrétien et vertueux Werder le refusa. Et, comme pour mieux accentuer ce refus, c'est précisément pendant ce moment-là que les obus allemands crevaient le toit de la cathédrale. Mais la sauvagerie ne sulûsait pas à abattre l'indomptable énergie des défenseurs de Strasbourg, bien que huit cents familles se trouvassent déjà sans abri et que plusieurs magasins k poudre eussent fait explosion dans l'intérieur de la ville. Le patriotisme de la brave population résistait à toutes les terreurs et faisait face à tous les dangers. Ainsi, un corps de pompiers volontaires s'était formé et déployait une activité infatigable partout où s'allumait l'incendie ; pour les familles dont les demeures s'étaient effondrées, on construisit des abris blindés le long des remparts et l'on établit des cuisines populaires qui nourrirent des milliers d'indigents. Strasbourg se montrait bien la ville héroïque dont tout Paris alla couronner de fleurs la tière statue sur la place de la Concorde. Chaque jour, des bataillons entiers, drapeau en tête, se rendaient au pied de cette personnification de la noble cite, et chacun se faisait un honneur d'écrire son nom sur un registre ouvert à cet effet et qui restera le livre d'or de Strasbourg : hommage louchant rendu k la capitale de l'Alsace par la capitale de la France, étreinte aussi par les canons prussiens.
Dans la nuit du 25 au 26, le bombardement devint épouvantable : Strasbourg ressemblait ii une mer de flamme; le général de Werder crut pouvoir enfin se flatter que les ■ moyens d'intimidation ■ avaient produit leur effet et que le moment psychologique
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était arrivé. Il fit donc cesser le feu le 28 à quatre heures du matin, et, à six heures, envoya de nouveau sommer la place d'ouvrir ses portes. « Strasbourg, répondit le général Uhrich, se défendra k outrance. » Ainsi le bombardement n'avait produit aucun des résultats qu'en attendait Werder ; il n'avait réussi qu'à couvrir son nom d'une honte ineffaçable par le massacra inutile d'êtres sans défense et la destruction de monuments vénérés du monde entier. Il fallut recourir aux tranchées et aux parallèles, comme les Français et les Anglais devant Sébastopol, dont ils n'ont jamais songé à incendier les maisons et les monuments. Ce progrès dans l'art de prendre les villes est dû entièrement aux Allemands ; personne ne le leur contestera. Il fallut, enfin, s'en prendre aux remparts et aux divers " ouvrages de défense, mais en combinant cette attaque avec la continuation du bombardement. Werderne put jamais renoncer au bénéfice d'une idée si ingénieuse. En conséquence, on dut faire venir à grands frais d'Allemagne des canons de gros calibre pour battre les remparts en brèche. Les Allemands choisirent pour point d'attaque le front nord-ouest de la place, compris entre la porte de Pierres et la porte de Saverne, point qui, n'offrant pas d'obstaeles de terrain, facilitait les travaux d'approche; néanmoins, dans le but de renforcer ce front, le génie français avait établi en avant du corps de place un certain nombre d'ouvrages que les assiégeants devaient enlever successivement avant de songer à donner l'assaut à l'enceinte. Le général Uhrich, avec les forces restreintes dont il disposait, ne pouvant exécuter des sorties fructueuses, l'ennemi mit à profit celte inaction forcée pour se rapprocher de la place de plus en plus ; dans la nuit du 28 août, ses avant-postes n'en étaient plus qu'à 400 pas, formant un rideau derrière lequel les pionniers allemands creusaient le terrain et préparaient les travaux d'attaque. Dans la nuit du 29 au 30, l'ennemi put ouvrir une première parallèle, k 800 pas environ en avant des glacis, parallèle en arrière de laquelle furent établies dix batteries et qui s étendait de Schiltigheim à Kônigshofîen , embrassant ainsi tout le front nord-ouest et ouest de la place, sur une longueur de 6,000 pas. Dans cette même nuit, l'assiégeant réussit à creuser près de 8 kilomètres de tranchées, sans que la garnison de Strasbourg conçût le moindre soupçon de ces travaux, exécutés par une nuit des plus obscures. A six heures du matin, l'artillerie allemande ouvrait un feu formidable et réduisait au silence les canons français, trop peu nombreux sur ce point. Le général Uhrich essaya bien de le renforcer, mais sans pouvoir arriver à lutter avantageusement avec les pièces prussiennes, ni comme nombre, ni comme précision de tir, ni comme force de pénétration; l'infériorité de notre artillerie, à tous les points de vue, on ne saurait trop le répéter, était manifeste.
Le général Uhrich ne se contentait pas de résister de son mieux aux efforts des assiégeants, il adressait des appels désespérés au ministre de la guerre. Le 27 août il lui écrivait : « Strasbourg est perdu si vous ne venez pas immédiatement à notre secours, i II appelait en même temps k son aide le général Félix Douay, qu'il croyait à Belfort et qui, à cette heure, marchait avec l'armée de Châlonsvers l'entonnoir de Sedan. Le lendemain, une partie du conseil municipal sollicitait du général Uhrich l'autorisation de se rendre auprès de Werder pour négocier une interruption de ce barbare bombardement ; mais le général repoussa cette proposition, qui n'eût amené, selon lui, qu'un redoublement de feu de la part de l'ennemi, en lui donnant à penser que nous attendions une armée de secours. Une petite partie de la population, exaltée par tant de souffrances, demandait la capitulation et proférait des menaces de mort contre le général Uhrich, qui ne se laissa point ébranler. Alors un certain nombre de familles, poussées par le désespoir, sortirent de Strasbourg et se présentèrent aux uvant-postes ennemis, dans 1 espoir qu'on les laisserait franchir les lignes d'investissement; mais elles furent impitoyablement rejetées dans la place par les Badois. Le lendemain, elles renouvelèrent cette tentative, et non-seulement n'obtinrent pas plus de succès, mais encore se virent dépouiller des effets qu'elles emportaient. Jamais, dans l'histoire des peuples civilisés, on ne vit d'ennemis, nous ne dirons pas moins généreux, ce serait trop demander k des Allemands, mais moins humains.
Dans la nuit du 31 août au L" septembre, deux nouvelles batteries prussiennes furent établies et deux cheminements débouchèrent en zigzag de la première parallèle, tandis qu'une deuxième parallèle était ouverte, s'étendant de Schiltigheim à la route d'Oberhausbergen. Cette nuit fut une des plus meurtrières du siège, car le bombardement intérieur continuait son oeuvre de destruction, et de nombreuses victimes tombèrent encore aussi bien parmi les habitants que parmi les troupes 3e la garnison. Ce qui contribuait k accentuer le caractère odieux de ce siège, c'est que Werder forçait les habitants des villages voisins a creuser les tranchées, ce qui paralysait la défense des assiégés auxquels il répugnait de tirer sur des compatriotes. Ce qui achevait de porter au corn-
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ble les douloureuses anxiétés du général Uhrich, c'était la situation désespérée où se trouvait la France. Il connaissait la position de Bazaine bloqué devant Meiz, ainsi que la déroute de Beaumont, après laquelle Mac- Mahon allait se jeter dans le gouffre de Sedan. Dès que la défaite du général de Failly fut connue du général de Werder, celui-ci s'empressa d'en informer le général Uhrich, qui répondit à ce nouveau " moyen d'intimidation » par uns sortie vigoureuse qui nous coûta 175 hommes tués ou blessés. Le brave colonel Kiévet, déjà blessé antérieurement, péritdans cette rencontre. Lesoh',Werder était informé du désastre de Sedan, et le lendemain matin il envoyait au général Uhrich une quatrième sommation qui n'obtenait pas plus de résultat. Mais il était évident que la résistance devenait de plus en plus difficile devant les préparatifs de l'ennemi, qui s'accumulaient tous les jours, et, comme l'avait dit M. de Bismarck k M. Jules Favre, le siège de Strasbourg n'était plus qu'une affaire d'ingénieurs. Le 3 septembre, le parc de siège de l'ennemi recevait deux nouveaux modèles de bouches à feu dont l'effet devait être terrible : 12 pièces rayées de 24 court, appelées à faire brèche indirectement, et 2 mortiers rayés de 0m,21. L'attaque avait pour objectif les lunettes 52 et 53, situées en avant de la porte de l'ierres et qui étaient flanquées très-efficacement par la lunette 44, projetée au nord-ouest de la porte de Saverne. C'est sur ce dernier point que l'assaillant dirigea d'abord ses coups.
Le 8 septembre, l'attaque de la lunette 44 commença, et le feu de 1 ennemi fut si terrible que nos soldats durent bientôt évacuer cet ouvrage. Le lendemain, 19 batteries, tirant à démonter ou à ricochet, ouvrirent l'attaque proprement dite et réduisirent l'artillerie de la place à renoncer à la lutte. Dés qu'une pièce apparaissait aux remparts, le feu convergent des batteries de siège la mettait aussitôt hors de combat. L'ennemi ne cessait pas de construire de nouvelles batteries, et cela avec d'autant plus do facilité que le général Uhrich négligea toujours d'éclairer le terrain pendant la nuit, afin de se rendre compte des travaux et des projets de l'ennemi. Dès que la lunette 44 tut réduite au silence, la batterie de gros mortiers rayés se joignit aux autres pour battre le front d'attaque; 98 pièces rayées et 40 mortiers tonnèrent à la fois contre les lunettes 52 et 53, et bientôt les deux bastions du front d'attaque furent tellement bouleversés qu'ils perdirent tout aspect d'ouvrages réguliers. En même temps, du côté des Badois, 40 pièces rayées et 12 mortiers ne cessaient de vomir leurs projectiles contre la citadelle, dont ils ralentirent le" feu au point que les troupes badoises purent bientôt s'établir dans l'Ile des Epis, située sous le feu immédiat de cette citadelle.
Le général deWerder avait informé le général Uhrich du désastre sans précédent que nous venions de subir k Sedan j mais le commandant de Strasbourg, dans une intention facile k saisir, avait cru devoir garder pour lui cette désolante nouvelle, eu sorte que, jusqu'au 12 septembre, les Strasbourgeois durent se croire encore sujets de l'Empire. On s'était ému en Europe de cette guerre sauvage faite à des femmes et k des enfants, et une députation de l'association internationale de Genève venait de s'adresser au général de Werder, pour lui demander, au nom de l'humanité, de laisser émigrer vers le territoire hospitalier de la Suisse les malades, les vieillards et les enfants. Le général prussien n'osa pas affronter le cri de réprobation universelle qu'il craignait de soulever, et la députation entra k Strasbourg. La patriotique cité apprit alors la vérité : la capitulation de Sedan, la captivité de Bonaparte, les batailles autour de Metz où Bazaine était bloqué, la marche des Allemands sur la capitale et la proclamation de la république. Malgré la consternation que la nouvelle des premiers événements jeta dans tous les cœurs, f avènement de la république fut salué avec ivresse à Strasbourg, et chaque habitant, comme dans toute la France, s'accrocha à ce suprême espoir, k cette dernière branche de salut. Le préfet, M. Pron, fut déclaré déchu de ses fonctions, et la commission municipale mit à sa tête, en qualité de maire, un républicain savant et dévoué, M. Kuss, qui devait mourir de douleur le jour même où Strasbourg cessa d'appartenir à la France. Un nouveau préfet, M. Valentin, put pénétrer dans Strasbourg au péril de sa vie. « Déguisé en paysan, dit M. Jules Claretie, il était parvenu k entrera Schiltigheim; là, à travers les soldats prussiens, sautant dans la tranchée, il arriva, recevant par derrière le feu des Allemands, par devant celui des Français, jusqu'aux remparts, se jeta dans l'eau des fossés, aborda sous les balles et dit : « Je suis votre prisonnier, menez-moi de > suite à votre général. » Une fois en présence du général Uhrich, M. Valentin découd la manche de son habit, en retire le décret officiel qui le nomme préfet de Strasbourg, et est installé à la préfecture. La légende s'emparera de ce trait d'un courage civique bien rare, et le nom de M. Valentin sera, malgré son court passage dans l'administration du département envahi et de la ville k demi minée , inséparable de celui de
Strasbourg. » (Histoire de la révolution de
G ra.ee à, la généreuse intervention de la députation de Genève, 2,500 personnes environ purent sortir de la ville assiégée : de Werder crut alors avoir assez fait pour l'humanité, d'autant- plus qu'il comptait sur la famine pour amener plus promptement la reddition de la place. Il savait que les légumes frais étaient épuisés depuis un mois et qu'on avait déjà commencé à abattre les chevaux pour nourrir la garnison et les pauvres. D'un autre côté, les munitions commençaient à faire défaut. « N'ayant pas assez de poudre, dit un témoin oculaire, la garnison se voyait réduite à garnir les grenades de sable pour donner le poids nécessaire; naturellement, ces projectiles ne causaient que peu de mal à l'ennemi. »
Cependant les Allemands ne cessaient d'entasser les batteries; chaque jour ils en établissaient de nouvelles. Leurs coups étaient surtout dirigés contre le bastion il, par lequel ils espéraient pénétrer dans le corps de la place. En même temps leur génie poursuivait vigoureusement ses travaux, et, dans la nuit du 15 septembre, le couronnement du chemin couvert avait lieu à la sape volante, sur une longueur de 50 pas, devant les deux faces de la lunette 53. Dans la journée qui suivit, la garnison de la citadelle essaya contre l'île des Epis une sortie que repoussa l'infanterie badoise, appuyée par les batteries de Kehl. Bientôt nos troupes durent évacuer la lunette 53, qui fut aussitôt occupée par l'ennemi ; la lunette 52 ne tarda pas k subir le même sort, et la perte de ces deux ouvrages avancés dut dès lors faire prévoir la chute prochaine et inévitable de la patriotique cité.
Le 23 septembre, 6 pièces de 24 court commencèrent à battre en brèche la face droite du bastion 11, tandis que le lendemain 4 pièces du même calibre entamaient la même opération contre la face gauche du bastion 12. Au bout de trois jours, il était évident que quelques coups allaient sufrire k rendre la brèche entièrement praticable. Pendant ce temps-là, le bombardement continuait épouvantable et faisait de nombreuses victimes; 200 canons en batterie tonnaient contre la ville, rétrécissant de plus en plus leur cercle de fer et de feu. Le 24, le grand-duc de Bade crut devoir intervenir personnellement, et il adressa au général Uhrich une longue lettre pour le piier de ne pas prolonger davantage une lutte devenue impossible. Le général refusa encore; mais la situation n eh était pas inoins désespérée : les remparts du front d'attaque étaient ruinés au point de ne plus pouvoir offrir le moindre refuge à nos soldats : terre-pleins, traverses, abris, tout n'était plus qu'un amas informe recouvrant les pièces démontées et renversées. Au bastion 11, la brèche s'ouvrait sur une largeur de près de 30 mètres; le bastion 12 était également bouleversé; toutefois, l'ennemi ne se proposait pas de pénétrer dans la place par ce point, car il savait qu'un mur fermait le terre-plein du côté de la ville. La citadelle n'était pas plus en mesure d'offrir un refuge aux assiégés, tant elle avait été écrasée par les batteries badoises; tous les abris blindés étaient percés à jour et les communications avec la place étaient même devenues des plus dangereuses et des plus difficiles. Le moment était donc arrivé où l'assaillant, avec les moyens formidables dont il disposait, pouvait livrer un assaut décisif, et le général de Werder avait fixé pour cette lutte suprême la nuit du 28 septembre. Cependant, préférant toujours une capitulation, il voulut essayer encore d'un dernier et effroyable bombardement. Dans l'après-midi du 27, 200 pièces ouvrirent sur la ville un feu d'une iiitensité inouïe :obus, bombes et fusées incendiaires s'abattirent de toutes part3 sur la malheureuse cité ; si cet horrible bombardement avait duré une heure de plus, Strasbourg n'eût plus été qu'une mer de feu. Tout k coup, vers cinq heures et demie, un pavillon blanc s'éleva sur la tour de la cathédrale : le général Uhrich s'était enfin résigné ù hisser le signal de la capitulation, qui couronnait si tristement sa carrière de soldat. Devant les ravages du bombardement et sous ta menace d'un assaut immédiat, il avait soumis au conseil de défense la question de savoir si l'on pouvait résister à cet assaut avec quelques chances de succès, ou si le moment était arrivé de capituler. Après eil avoir longuement délibéré, le conseil, à l'unanimité, répondit négativement à la première question, affirmativement à la seconde, et il autorisa le général Uhrich k faire arborer immédiatement le drapeau blanc pour indiquer au général de Werder que l'on était prêt à entrer en négociations avec lui pour la reddition de la place.
A la vue du pavillon parlementaire, annonçant la chute de la patriotique cité, des hurrahs frénétiques éclatèrent dans les Hgnes allemandes; officiers et soldats abandonnaient batteries et tranchées pour courir aux renseignements. Par suite d'an malentendu, la nuit était déjà assez avancée quand les négociateurs purent Se reaacn trer sous une tente à Kôuigshotfen. Les Français étaient représentés par le colonel Ducasse et le liea-> teuant-colonel Mangin ; à deux heures du matin, ils apposaient leurs signatures k la capitulation suivante :
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« Le lieutenant général de Werder, commandant le corps de siège de Strasbourg, sollicité par le général de division Uhrich, gouverneur de Strasbourg, de mettre fin aux hostilités, est convenu avec lui, eu égard a la belle défense de la place, d'arrêter ainsi qu'il suit les termes de la capitulation :
» Art. 1". Le 28 septembre 1870, à huit heures du matin, le général Uhrich évacuera la citadelle, les portes d'Austerlitz, des Pêcheurs et Nationale.
> Ces points seront aussitôt occupés par des troupes allemandes.
« Art. 2. Le même jour, à onze heures, la garnison française, y compris la garde mobile et la garde nationale, sortira de la place fiar la porte Nationale, s'établira entre la unette 44 et la redoute 37, et y déposera ses armes.
» Art. 3. Les troupes de la ligne et la garde mobile seront prisonnières de guerre et partiront immédiatement avec leurs sacs.
Les gardes nationaux et les francs-tireurs demeureront libres contre engagement ; ils devront avoir déposé leurs armes à la mairie avant onze heures.
» A Ja même heure, les listes des officiers de ces troupes devront être entre les mains du général de Werder.
• Art. 4. Les officiers et les fonctionnaires assimilés de la garnison française de Strasbourg auront la faculté de se rendre dans une ville de leur choix, après avoir engagé leur parole d'honneur de ne plus servir.
» La formule de cet engagement est jointe au présent procès-verbal.
i Les officiers qui ne signeraient pas l'engagement seront dirigés avec la troupe sur l'Allemagne.
■ Tous les médecins militaires français continueront leurs fonctions jusqu'à nouvel ordre.
» Art. 5. Aussitôt que les troupes auront déposé leurs armes, le général Uhrich s'engage à faire régulièrement remise aux agents allemands compétents de tout le domaine militaire, des caisses de l'Etat, etc.
» Les officiers et les fonctionnaires chargés de part et d'autre de cette opération se trouveront réunis le 28, à midi, sur la place Broglie.
» L'acte de capitulation a été rédigé et signé par les plénipotentiaires dénommés cidessous : pour les Allemands, le lieutenantcolonel de Leszczynski, chef d'état-major du corps de siège; le capitaine aide de camp comte Henckelde Donnersmark; pour les Français, le colonel Ducasse, commandant de place de Strasbourg ; le lieutenant-colonel Mangin, sous-directeur de l'artillerie. » (Suivent les signatures.)
Le 28 septembre, au matin, la population de Strasbourg trouvait affichées sur ses murailles les deux proclamations suivantes, qui lui apprenaient la douloureuse nouvelle :