‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 691 sur 1059 · PROCLAMATION DO GÉNÉRAL OHRICH · texte numérisé non relu

PROCLAMATION DO GÉNÉRAL OHRICH

« Habitants de Strasbourg ,

> Ayant reconnu aujourd'hui que la défense de la place de Strasbourg n'est plus possible, et le conseil de défense ayant unanimement partagé mon avis, j'ai dû recourir à la triste nécessité d'entrer en négociations avec le général commandant l'armée assiégeante.

• Votre mâle attitude pendant ces longs jours de douloureuses épreuves m'a permis de retarder jusqu'à la dernière limite la chute de votre cité. L honneur civil, l'honneur militaire sont saufs, grâce à vous; merci.

• Merci à vous, représentants de notre armée de mer, qui avez su faire oublier votre petit nombre par l'énergie de votre action ; merci enfin à vous, enfants de l'Alsace ; à vous, gardes nationaux mobiles; à vous, francs-tireurs et compagnie franche; à vous aussi, artilleurs de la garde nationale sédentaire, qui avez si noblement payé le tribut du sang à notre grande cause aujourd'hui perdue; et à vous, douaniers, qui avez aussi donne des preuves de courage et de dévouement.

> Je dois les mêmes remercîments à l'intendance pour le zèle avec lequel elle a su parer aux exigences d'une situation difficile, tant pour le service hospitalier que pour celui des vivres.

» Où trouverai-je des expressions suffisantes pour dire à quel point je suis reconnaissant envers les médecins civils et militaires, qui se sont consacrés au soin de nos blessés et de nos malades militaires, envers ces nobles jeunes gens de l'Ecole de médecine, qui ont accepté avec tant d'enthousiasme le poste périlleux des ambulances dans les ouvrages avancés et aux portes?

» Comment remercier assez les personnes charitables, les maisons religieuses, les établissements publics qui ont ouvert des asiles à nos blessés, qui les ont entourés de soins si touchants, et qui en ont arraché beaucoup à la mort ?

» Je conserverai jusqu'à mon dernier jour le souvenir des deux mois qui viennent de s'écouler, et le sentiment de gratitude et d'admiration que vous m'avea inspiré ne s'éleiudra qu'avec ma vie.

> De votre côté, souvenez-vous sans amertume de votre vieux général, qui aurait été si heureux de vous épargner les malheurs, les souffrances et les dangers qui vous out frappés, mais qui a dû fermer son cœur à ce

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sentiment, pour ne voir devant lui que le devoir, la patrie en deuil de ses enfants.

• Fermons les yeux, si nous le pouvons, sur le triste et douloureux présent, et tournonsles vers l'avenir : là nous trouverons le soutien du malheureux, l'espérance 1

» Vive la France à jamais I

• Fait au quartier général* le 27 septembre 1870.

» Le général de division, commandant supérieur de la eo division militaire.

» Uhrich. »

proclamation du maire de strasbourg.

« Chars concitoyens,

» Après une héroïque résistance qui, dans les fastes militaires, ne compte que de rares exemples, le digne général qui commande la place de Strasbourg vient, d'accord avec son conseil de défense, de conclure avec le commandant de l'année assiégeante, une convention pour la reddition de la place.

» Cédant aux dures nécessités de la guerre, le général a dû prendre cette détermination en présence de l'existence de deux brèches, de l'imminence d'un assaut qui nous eût été fatal, des pertes irréparables subies par la garnison et par ses vaillants chefs. La place n'était plus tenable; il est entré en pourparlers pour capituler.

» Sa détermination, écartant la loi martiale qui livre une place prise d'assaut aux plus rudes traitements, vaut à la ville de Strasbourg de ne pas payer de contributions de guerre et d'être traitée avec douceur.

» A onze heures, la garnison sortira avec les honneurs militaires, et aujourd'hui l'armée allemande occupera la ville,

• Vous qui avez supporté avec patience et résignation les horreurs du bombardement, évitez toute démonstration hostile à rencontre du corps d'armée qui va entrer dans nos murs 1

» Rappelez-vous que le moindre acte agressif empirerait notre situation et attirerait sur la population entière de terribles représailles. La loi de la guerre dit que toute maison d'où il aurait été tiré un coup de feu sera rasée et ses habitants passés au fil de l'épée. Que chacun s'en souvienne, et s'il était parmi nous des hommes assez oublieux de ce qu'ils doivent à leurs concitoyens pour méditer d'impuissantes tentatives de résistance, empêchez-les d'y donner suite. L'heure de la résistance est passée. Résignons-nous à subir ce qui n'a pu être évité.

■ Vous, chers concitoyens, qui, durant ce long siège, avez déployé une patience, une énergie que l'histoire admirera, restez dignes de vous-mêmes à cette heure douloureuse.

> Vous tenez dans vos mains le sort de Strasbourg et le vôtre ; ne l'oubliez pas 1 • Strasbourg, le 28 septembre 1870. • Le maire , » Kuss. »

La situation d'effectif établie pour la capitulation portait 451 officiers, 17,111 hommes, plus 2,100 blessés et malades et 1,843 chevaux. Dans cet effectif, figurent 7,000 gardes nationaux qui furent simplement désarmés, mais non conduits en captivité. Les autres troupes furent dirigées sur Rastadt, escortées par un petit nombre de leurs officiers, car beaucoup d'entre eux, et même les généraux Uhrich et Barrai, avaient signé l'engagement d'honneur de ne plus porter les armes contre l'Allemagne pendant la durée de la guerre ; en échange , faculté leur avait été laissée de choisir à leur gré le lieu de leur résidence.

Dès que la garnison française eut évacué la place, les troupes allemandes en prirent possession, ainsi que de tous les ouvrages de défense. Le général de Werder ne lit son entrée dans Strasbourg que le 30 septembre, et il afficha aussitôt ces sentiments de mysticisme si chers aux Allemands en se rendant successivement à l'église luthérienne de Saint-Thomas et à la cathédrale.

On n'a pas encore oublié l'enthousiasme produit au sein de la population parisienne par l'opiniâtre résistance de Strasboug ; on portait aux. nues le général Uhrich; c était un héros. Depuis, il a été tour à tour exalté ou dénigré outre mesure. Le conseil d'enquête surtout s'est montré des plus sévères dans l'appréciation de sa conduite pendant et avant les opérations du siège.

Voici en quels termes, dans sa séance du 8 janvier 1872, le conseil d'enquête émit son avis sur la capitulation de Strasbourg :

« Le conseil d'enquête ,

» Vu le dossier relatif à la capitulation de la place de Strasbourg,

■ Vu le texte de la capitulation,

• Sur le rapport qui lui en a été fait, » Ouî MM. :

» Le général de division Uhrich, ex-commandant supérieur de la place de Strasbourg ;

• Le général Barrai, ex-commandant de l'artillerie de Strasbourg ;

» Le baron Pron, ex-préfet du Bas- Rhin ;

» Le contre-amiral Exelrnans , ex - coinmandant du secteur nord à Strasbourg, etc.; j

» Après en avoir délibéré ,

» Exprime comme suit son avis motivé sur ladite capitulation :

» Le conseil croit devoir établir qu'au moment où M. le général de division Uhrich prit le commandement supérieur de la place

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de Strasbourg, la garnison était insuffisante par le nombre et la composition pour la défense de la place.

» Plus tard, cette garnison s'augmenta de quelques fractions de corps organisés, de la réserve réunie à Haguenau et d'une foule d'isolés ou fuyards qui, après la bataille de Frœschviller, se réfugièrent dans la place, et parvint au chiffre de 16,000 hommes; mais ces fuyards y apportèrent des germes d indiscipline et de lâcheté devant 1 ennemi, qui se manifestèrent par des faits graves que le commandant supérieur ne réprima pas par des exemples sévères.

> La garde nationale sédentaire, qui d'abord avait manifesté la meilleure volonté, se découragea promptement au moment du bombardement et des incendies, et abandonna ses postes pour veiller' à la conservation de ses propriétés.

» L'artillerie avait un nombre suffisant de pièces ou de munitions; mais l'approvisionnement des fusées percutantes, déjà très-restreint avant le commencement du siège, fut beaucoup réduit par la perte de 30,000 de ces fusées, brûlées dans l'incendie de la citadelle; avec plus de prévoyance, on aurait pu les placer dans des locaux où elles eussent été à l'abri. Cette perte a influé puissamment sur la défense de la place par l'artillerie.

» Les mesures de défense ne furent pas prises au moment opportun ; ainsi, malgré l'insuffisance bien connue des abris voûtés à Strasbourg, on ne s'occupa pas d'en créer par le blindage ; et cependant ces abris, déjà si nécessaires antérieurement, le sont devenus bien davantage en raison du progrés de l'artillerie moderne.

» Quant aux mines, on ne se procura pas à l'avance le matériel nécessaire pour utiliser les contre-mines permanentes qui existaient en avant de la lunette 53.

» Bien qu'il y eût 30,000 palissades en magasin à Strasbourg, on ne poussa pas assez activement le palissadement des chemins couverts et des ouvrages avancés des fronts d'attaque pour que l'opération fut terminée avant l'investissement de la place, et depuis lors, autant par suite de la mauvaise volonté des ouvriers civils et militaires que par le man-

3ue d'organisation de compagnies auxiliaires u génie, qu'il eût été facile de créer avec plus d'initiative et de volonté, ce palissadement, si important pour la défense des chemins couverts , avait été délaissé , d'après l'avis des commandants des quatre arrondissements de défense ; aussi les ouvrages avancés furent-ils successivement abandonnés sans qu'on tentât de s'y opposer par la force.

» Pendant tout le siège, la défense fut plus passive qu'active, et elle permit à l'ennemi de cheminer rapidement, presque sans obstacles, depuis les ouvrages avancés jusqu'au couronnement du chemin couvert des contregardes du chemin d'attaque.

• Le conseil constate qu'à l'exception de celui du génie les registres prescrits par les articles 233 et 259 du décret du 13 octobre 1863 n'ont pas été tenus régulièrement ou font entièrement défaut; qu'ainsi le registre du conseil de défense, sur lequel doivent être inscrites toutes les délibérations, qui permet de suivre les opérations du siège et constate, pour ainsi dire, la part de la responsabilité de chacun dans la défense, n'existe pas; on n'a que le journal du chef d'état-major, journal ni paraphé ni signé par personne. Le registre du commandant de place, non plus que ceux de l'artillerie et de l'intendant militaire, n'ont été tenus, malgré les prescriptions formelles du règlement précité ; en cela, comme en bien des choses, il faut constater qu'il y a eu manque de direction , de surveillance , d'impulsion.

» Le conseil, considérant que si, du il au 17 août, l'ordre fut donné par le commandant supérieur de faire disparaître les couverts de la place, il y a apporté la restriction de ménager autant que possible les propriétés particulières; que, sur le front de l'ouest surtout, les maisons n'ont pas été abattues et ont donné ainsi des'abris aux tirailleurs ennemis;

• Considérant que si, dans la séance du conseil de défense tenue le 19 septembre, la demande du conseil municipal de traiter avec l'ennemi a été repoussée à l'unanimité, parce que la question d humanité devait être séparée de celle du devoir militaire et de l'intérêt de Ja patrie, il est à regretter que les mêmes sentiments n'aient pas prévalu quand, huit jours après, et sur 1 exposé qu'il lit au conseil de défense de la situation de la place, après avoir demandé l'avis de chacun des membres, le général commandant supérieur, en opposition formelle avec Je règlement, fit la proposition d'entrer en négociations pour la reddition de la place, vu l'impossibilité de pousser la résistance à outrance avec chance de succès ;

• Le conseil, considérant qu'à cette époque les brèches faites aux bastions il et 12 notaient pas praticables et étaient, en outre, défendues par un fossé très-large, très-profond, plein d'eau; qu'elles étaient couverte et défendues par des contre-gardes encore intactes, précédées également de fossés pleins d'eau ;

«Qu'ainsi le commandant supérieur a manqué aux prescriptions de l'article 254 du décret du 13 octobre 1803, qui n'admet de capi-

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tulation qu'après avoir soutenu un ou plusieurs assauts au corps de la place ; qu'avant de se rendre il n'a pas donné l'ordre d'incendier les drapeaux, et s'en est rapporté sur ce point aux sentiments des chefs de corps, qu'il n'a pas fait enelouer les canons, détruire les munitions, les armes, noyer les poudres qui, après la reddition de la place, furent utilisées par l'ennemi dans les autres opérations de siège ;

» Qu'il a eu tort de ne pas exiger pour la garnison les honneurs de la guerre et de ne pas stipuler que les officiers conserveraient leur épée, les officiers et soldats leurs propriétés particulières ;

• Qu'il est blâmable d'avoir admis cette exception pour les seuls officiers qui rentreraient dans leurs foyers après avoir pris l'engagement d'honneur de ne pas servir contre 1 ennemi pendant la guerre, ainsi que pour les autres faits précités ;

• Le conseil ne peut le blâmer trop sévèrement d'avoir profité lui-même de cette exception, sous le spécieux prétexte de se rendre à Tours pour y appuyer les propositions qu'il avait faites en laveur des officiers, sousofficiers et soldats de la garnison de Strasbourg, propositions qui eussent eu non moins de valeur s'il les eût adressées des prisons de l'ennemi, où il aurait partagé le sort de ses soldats.

» Pour extrait conforme :

» Le président du conseil d'enquête, ■ Signé : Baraguay d'Hh.likrs. »

En face de ces appréciations, nous jugeons convenable d'exposer l'état où se trouvait Strasbourg au moment de la capitulation. Durant les quarante-six jours du siège et du bombardement, la population strasbourgeoise avait eu énormément à souffrir, bien que les vivres n'eussent pas manqué. Plus de 400 maisons étaient réduites en cendres ; plus de 8,000 personnes se trouvaient sans abri. La population civile comptait plus de 300 morts et près de 1,700 blesses. La garnison avuit eu 6G1 tués; quant à se3 malades et à ses blessés, -le chiffre s'en élevait à environ 2,100; en sorte que la perte totale de la population civile et de la garnison peut être fixée à 961 morts et 3,800 blessés ou malades. Ces chiffres parlent éloquemment, et montrent que le conseil d'enquête s'est inspiré d une bien grande sévérité, au moins à l'égard de la population strasbourgeoise. Aussi, des protestations énergiques se sont élevées contre les appréciations du conseil. Le conseil municipal de Strasbourg lui a répondu aussitôt et a établi par des documents irréfutables que son jugement sur la population de Strasbourg était injuste et même injurieux. Il a prouvé, de plus, que jamais la garde nationale de Strasbourg n'avait abandonné les postes qui lui avaient été confiés. Quant au général Uhrich, toute la question est de savoir si, devant l'impossibilité absolue de repousser un assaut décisif, ii a bien fait de ne pas exposer toute une grande ville à une dévastation, à des ravages qui eussent rappelé le sac de Troie. A ce point de vue, la réponse ne saurait être douteuse, et si l'on nous objecte les règlements militaires, nous ferons observer qu'encore faut-il que les règlements militaires aient le sens commun. Ce n'est pas dans cette douloureuse extrémité que le général Uhrich est attaquable ; à ce moment, il n'a eu que le tort de ne pas associer son sort à celui de ses soldats. Mais sa conduite antérieure nous semble loin d'être irréprochable, et le véritable jugement à formuler sur son commandement l'a été par nos ennemis. Nous allons l'emprunter au colonel Borbstaedt, dont l'ouvrage nous a beaucoup servi pour la rédaction de cet article. Nous reconnaissons, d'ailleurs, que ce jugement est en partie d'accord avec certaines appréciations du conseil d'enquête :

■ Il est certain que Ja défense de Strasbourg ne peut être rangée au nombre des résistances brillantes et mémorables, car elle se borna à une attitude passive, négligeant presque complètement l'élément, si important cependant, d une défense active ; mais la faute doit en être imputée moins uu commandant et à la garniion qu'à l'inqualifiable négligence dont le gouvernement impérial avuit fait preuve à l'égard de la place, avant le début de la guerre et au moment même de l'ouverture des opérations. Elle manquait de tout ce qui est indispensable pour une vigoureuse défense et surtout de soldats du génie et de canonniers habiles, de sorte que l'on ne put pas même tirer tout le parti possible du nombreux matériel dont on disposait. Il semble aussi que, malgré son honorabilité et son expérience de vieux soldat, le général Uhrich n'ait pas été a la hauteur des exigences de sa position comme commandant d'une aussi vaste place de guerre, et que, livré à lui-même, il ait été hors d'état d'imprimer à la défense, avec les faibles ressources dont il disposait, un caractère audacieusement héroïque. Il lui manquait l'entraînante volonté, le génie, l'indomptable énergie d'un Gneisenau ou d'un Todtleben.

• Quant au fait d'avoir capitulé sans attendre l'assaut du corps de place, on ne saurait en faire un reproche an général Uhrich, Lu supériorité de l'assaillant avait acculé la défense dans ses dernières limites ; la continuation de la résistance eût été superflue eu pré-

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sence de l'impossibilité évidente de résister victorieusement à un assaut de la brèche du bastion il. «

Ces appréciations nous semblent inspirées par un véritable sentiment de la situation ; )!iais que dire d'un conseil d'enquête qui, après avoir si sévèrement jugé un général malheureux, après l'avoir rendu pour ainsi dire responsable de l'état de défense insuffisant dans lequel se trouvait Strasbourg, ne trouve pas un mot de blâme pour l'Empire, dont la criminelle incurie est surtout la cause de cette pénurie de moyens de résistance ? Que dire d'un semblable oubli, et ne semblet-il pas que cette commission d'enquête ait été exclusivement composée de bonapartistes?

Strasbourg (appaire D3). Depuis quelques années, le gouvernement du roi citoyen, qui devait être la meilleure des républiques, avait donné la mesure de ce dont il était capable et avait prouvé une fois de plus qu'une monarchie constitutionnelle n'est pas la meilleure sauvegarde qu'on puisse rêver pour les libertés publiques. Tous les partis s'agitaient et semblaient menacer Louis-Philippe d'un renversement prochain. Les républicains paraissaient attendre le triomphe de leur cause du travail des sociétés secrètes; le parti bonapartiste, que trop de libéraux, amateurs de gloire militaire, opposaient au despotisme plus ou moins formaliste, mais réel, de la bourgeoisie qui avait triomphé en 1830, s'agitait lui aussi ; mais il paraissait croire, tant étaient restés vivaces les souvenirs du premier Empire, qu'il lui suffirait d'exhiber un des descendants de la famille pour enlever immédiatement la population et amener le rétablissement de l'Empire.

Le gouvernement de Louis-Philippe, dont l'aveuglement devait être, en ce qui concerne Louis Bonaparte, si fatal à la France, se faisait fort de maintenir l'ordre et De redoutait rien des bonapartistes. Il croyait la légende éteinte, et douze ans, presque jour pour jour, après l'échauffourée de Strasbourg, Louis Bonaparte obtenait, par 5 millions de voix, la présidence d'une république qu'il devait étrangler. Celui que par deux fois Louis- Philippe ne voulut point punir allait, quelques années plus tard, mettre le pays à deux doigts de sa perte et faire regretter une si funeste clémence aussi bien aux républicains qui en 1836 applaudissaient à la mise hors de cause de Louis Bonaparte, qu'aux monarchistes trompés dans leurs espérances par le coup d'Etat de 1851.

Le 1er novembre 1836, un supplément du Moniteur, publié au milieu de la journée, portait la dépêche suivante, transmise par le télégraphe à signaux : « Ce matin, vers six heures, Louis-Napoléon, fils de la duchesse de Saint-Leu, qui avait dans sa confidence le colonel d'artillerie Vaudrey, a parcouru las rues de Strasbourg avec une partie du... » Le Moniteur ajoutait : o La brume s'étant élevée au moment où l'on transmettait cette dépèche, on n'a pu ni la continuer ni vérifier le passage souligné, qui laisse des doutes. » Le lendemain, la malle de Strasbourg apportait un rapport du lieutenant général Varoy, commandant la 5« division militaire, qui donnait sur la tentative du prince Louis Bonaparte des détails très-circonstanciés. Voici ce qui s'était passé. Louis Bonaparte était parti le 85 octobre d'Arenenberg, et dans la matinée il arrivait à l'auberge de l'Etoile, à quatre lieues de Fiibourg. Dans cette dernière ville, il recevait, à 1 hôtel du Sauvage, une partie de ses complices et prenait ses dernières dispositions. Le 27, le chef du complot était à Las, où il recevait un émissaire venant de Strasbourg et passait avec lui la soirée. De Las, il revint a Kribourg et se dirigea vers Bade ; il traversa Bade, Brisach et arriva enfin à Strasbourg. Dans cette ville, il descendit à l'hôtel delà Fleur, où il passa la nuit et qu'il quitta le lendemain pour aller loger chez M. de Querelles, un de ses complices. Aussitôt qu'il fut installé en lieu de sûreté, Louis Bonaparte s'occupa de tout organiser pour la réussite du complot Les dernières mesures furent rapidement prises, et. le 31 octobre au matin, Bonaparte sortit de chez lui suivi d'une douzaine d'officiers, parmi lesquels on remarquait le commandant Parquin, MM. de Gricourt, de Querelles, Persigny, Laity, et se dirigea, suivi de cette bande, vers la caserne d'Austerlitz. Le colonel Vaudrey, qui était dans le complot, fit annoncer à son régiment qu'une révolution venait d'éclater et que le nouveau souverain était Louis-Napoléon. Telle est du moins la version de l'accusation. M. Vaudrey opposa les dIus formelles dénégations aux assertions du procureur général et prétendit n'avoir point affirmé qu'une révolution était faite. Ce point, d'ailleurs, est secondaire.

Le régiment suivit naturellement son colonel. On en détacha quatre pelotons destinés à arrêter les autorités et à s'assurer de l'im primerie de M. Silbermann pour y faire paraître les proclamations du prince Louis. Les soldats semblaient être très-enthousiastes de leur nouvel empereur, et le speech prononcé par le chef de la bande, après celui du colonel Vaudrey, avait eu un certain succès. Inutile de faire figurer ici la harangue du prinèe Louis. C'est toujours la même chose : quelques souvenirs du premier Empire assez habilement rappelés, puis des protestations d'amour pour le peuple et pour la liberté. On

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sait ce qu'en vaut l'aune. Le régiment , avons-nous dit, marchait musique en tête et se dirigeait vers la demeure du général. Mais les quelques pelotons qu'il avait laissés en route avaient affaibli le gros de la troupe et, en arrivant à l'hôtel du commandant de la division, Louis Bonaparte n'avait plus que peu de monde. Il monta chez le général, suivi de MM. Parquin et Vaudrey et de deux autres officiers, et lui dit : « Général, je viens vers vous eu ami. Je serais désolé de relever notre vieux drapeau tricolore sans un brave militaire comme vous. La garnison est pour moi; décidez-vous et suivez-moi. » En prononçant ces paroles, Louis-Bonaparte montrait au général l'aigle qui surmontait le drapeau des conjurés. Le général repoussa ce symbole en déclarant à Louis Bonaparte qu'on le trompait en lui affirmant que la garnison était pour lui, que rien n'était plus faux et qu'il allait le lui démontrer sur l'heure. Ce disant, le général, qui n'était point encore habillé, fit mine de vouloir se mettre en état de sortir; il fut confié à la garde d'un piquet par Louis Bonaparte, qui sortit.

Dans une lettre que ce dernier adressait à sa mère en décembre 1836, lettre dans laquelle le futur héros de Sedan raconte son entrevue avec le général Varoy, commandant la 5e division, le chef du complot avoue qu'il fut péniblement affecté par la résistance du général. Il croyait, disait-il, qu'il lui suffirait de montrer l'aigle à cet officier pour réveiller en lui de vieux souvenirs de gloire et l'entraîner.

En sortant de l'hôtel du général, ce qui restait du 4« régiment d'artillerie sous les ordres de Bonaparte se rendit à la caserne Flinkmath par une petite ruelle. Là, le conspirateur est assez bien accueilli tout d'abord; puis, tout à coup, des officiers d'infanterie qui arrivent de la ville, où tout commençait à transpirer, donnent l'ordre de faire fermer les grilles de la caserne. Le prince Louis veut les faire arrêter; mais il a perdu déjà une forte partie de son prestige, et bientôt il est noyé dans la cohue qui se produit à la suite de la lutte engagée entre les artilleurs et les soldats de la ligne. Au milieu du désordre, le prince Louis songe à fuir; il se lance, suivi de quelques sous-officiers, vers les canonniers montés , espérant pouvoir s'emparer d'un cheval ; mais toute l'infanterie lesuit dans cette direction, et il se voit bientôt acculé contre le mur de la caserne par une masse de troupes qu'il doit renoncer à percer. Les soldats s'emparent enfin du prince Louis et le conduisent au corps de garde de la caserne, où il rencontre Parquin, qui était déjà arrêté. Quelques instants après, Louis Bonaparte et ses complices étaient conduits à la prison de la ville, escortés par le 46" de ligne. En ville, les complices du prince Louis avaient obtenu un simple succès de curiosité. La population était restée complètement indifférente à ce qui s'était passé. Quant aux régiments établis dans la ville et sur lesquels les conspirateurs semblaient compter jusqu'au dernier moment, ils ne bougèrent pas, et les émissaires envoyés auprès d'eux purent à peine y faire quelques recrues, qui rentrèrent dans l'obéissance aux premiers mots de leurs officiers.

Les meneurs arrêtés étaient au nombre de huit, dont voici les noms : le prince Louis- Napoléon Bonaparte; Parquin (Denis-Charles), officier de la Légion d'honneur; le comte Raphaël de Gricourt, officier d'ordonnance de Louis - Napoléon ; de Querelles (Henri-Richard Sigefroid) ; Vaudrey, colonel du 4» régiment d'artillerie, en garnison à Strasbourg lors de l'échauffourée ; Laity (François-Armand-Rupert) , lieutenant au bataillon de pontonniers en garnison à Strasbourg au mois d'octobre 1836; Boisson, maréchal des logis du 4e régiment d'artillerie, et enfin une femme Brault (Eléonore), attachée à la maison de la reine Hortense. A la liste que nous venons de donner, il faut ajouter, comme ayant figuré dans le procès sur le banc des accusés, M. Frédéric de Bruc, chef d'escadron en disponibilité.

Furent encore poursuivis comme complices sans pouvoir être amenés devant la cour d'assises, car ils étaient en fuite, MM. Persigny, sans profession en 1836; Lombard, ancien chirurgien des hôpitaux militaires ; Gros, lieutenant à la 12e compagnie de pontonniers; Petry, Dupenhoat et de Sehaller, tous trois lieutenants en garnison à Strasbourg.

On sait quelle fut la singulière marche adoptée dans la poursuite de cette affaire. Le prince Louis, soit que sa mère eût obtenu sa grâce de Louis-Philippe, soit que ce monarque ne voulût point taire de Louis Bonaparte un personnage en dirigeant contre lui de solennelles poursuites, le prince Louis, disons-nous , fut embarqué à Lorient pour l'Amérique et reçut du préfet de police, M. Deiessert, qui l'accompagna jusqu'à la mer, une somme de 15,000 francs destinée à lui permettre de ne pas mourir de faim à son arrivée aux Etats-Unis.

Le chef gracié, le procès perdait de son importance, et il devenait probable que le jury, saisi de la question, userait du droit de grâce au profit des complices, comme Louis- Philippe en avait usé au profit du chef. C'est ce qui eut lieu. Le 18 janvier 1837, le jury déclara pu • l'organe de son chef, M. Vais, que les accusés n'étaient pas coupables. Cet

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acquittement était d'ailleurs prévu et ne surprit point le public, qui s'y attendait.

Quelques années plus tard, Bonaparte recommençait à Boulogne; il échouait encore, et Louis-Philippe se contentait de le faire emprisonner à Ham, d'où il ne tardait point à s'échapper. (V. Boulogne [affaire de.]) Heureuse la France, si le gouvernement de Louis-Philippe, qui massacrait si volontiers les libéraux rue Transnonain et ailleurs, -eût fait fusiller le prince Louis après la tentative de Boulogne I mesure qui nous eût épargné le coup d'Etat, l'Empire et une troisième invasion qui devait arracher à la France deux provinces et cette ville de Strasbourg, le premier théâtre des exploits du héros de Sedan.

Strasbourg (hôtel de). Cet hôtel, situé à Paris rue Vieille-du-Temple n<> 87, contigu à l'hôtel Soubise (v. ce mot) et occupé actuellement par l'Imprimerie nationale , doit son nom au célèbre Armand-Gaston, cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, qui joua un si déplorable rôle dans l'affaire du collier de la reine.^ Ce fut en 1772 que le cardinal fit élever cet hôtel sur une partie du terrain de l'hôtel de Soubise. Les familles de Rohan et de Soubise sont en effet depuis longtemps unies et même fondues dans une parenté très-proche. C'est ce qui explique la communauté du jardin de l'hôtei Soubise avec l'hôtel de Strasbourg. Connu quelque temps sous le nom de palais Cardinal, l'hôtel de Strasbourg est d'une architecture fort simple. La façade sur la cour principale est unie. Celle qui regarde le jardin est décorée d'un avant-corps de quatre colonnes doriques au rez-de-chaussée, ioniques au second étage, lequel est surmonté d'un attique et couronné d'un fronton. Dans une des cours, on voit encore un très-beau basrelief de Coustou, les Chevaux à l'abreuvoir. Citons encore quatre tableaux de Boucher dans un salon d'attente. Comme l'hôtel Soubise, cet hôtel fut endommagé sous la Révolution ; mais comme son voisin, trop vaste pour être habité par des particuliers , trop cher pour être acheté, il dut son salut à son importance. Sa superficie totale est de 10,000 mètres. Vers 1809, l'Imprimerie nationale quitta l'hôtel de Toulouse pour s'y installer, et les trois services distincts : imprimerie spéciale, imprimerie des administrations nationales, imprimerie scientifique, y furent réunis. Au centre de la cour d'entrée s'élève aujourd'hui la statue de Gutenberg, qu'on peut voir de la rue Vieille-du-Temple dans 1 encadrement de la porte cochers monumentale et eu retrait de l'ancien hôtel de

Strasbourg. V. IMPRIMERIE nationale.

STRASBOURCSEOIS, OISE s. et adj..(strasbour-joi, oi-ze). Habitant de Strasbourg; qui appartient à cette ville ou à ses habitants : Les Strasbourgeois. La population strasbourgeoise.

STIIASCEW1CZ (Joseph), littérateur polonais, né à Varsovie en 1801, mort à Paris en 1838. Il fit ses études dans sa ville natale, prit une part tiès-active à l'insurrection de 1830 et vint chercher asile à Paris, où il vécut de travaux historiques chétivement rétribués et des secours accordés aux réfugiés par le gouvernement de Louis-Philippe. On a de lui : les Polonais et les Polonaises de la révolution du 29 novembre 1830 (Paris, 1832,. 20 livraisons in-fol.); les Femmes célèbres de tous les pays (Paris, 1833, in-fo!.); Emilie Plater, sa vie et sa mort (1834, in-8"); Armée polonaise, révolution de 1830 (Paris, 1837, in-4°); la Nuit du 29 novembre 1830 à Varsovie (Paris, 1835, in-8").

STRASCINO (il), auteur comique italien.

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