‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 711 sur 1059 · ALPH. K.ARB · texte numérisé non relu

ALPH. K.ARB

« Là, les études classiques seraient longues, complètes, approfondies; les lettres classiques y seraient servies à haute dose, et chacun en consommerait selon ses besoins. Un jeune homme destiné à la tribune, à la littérature ou à l'enseignement s'y plonge, rait comme Achille dans les saintes eaux de l'antiquité, et vous l'en verriez sortir brillant, lumineux et invulnérable. »

E. About.

« Cette grande époque de 1789 avait retrempé tous les cœurs à la source vive des passions. Les plus indifférents se jetaient avec enthousiasme dans le flux régénérateur où la liberté humaine venait d'être trempée comme Achille dans le Styx. »

Arsène Houssaye.

o En voyant, dans les religions, le dogme de l'ascétisme succéder sitôt aux dieux de l'époque précédente, et la terre partagée entre des ermites, des ascètes, des cénobites, qui cherchent des retraites inaccessibles afin de mieux se dérober à la nature même, il semble que l'homme, en entrant dans le monde, effrayé du don de la vie, la repousse ; il ouvre à peine né un gouffre d'abstraction ; il s'y plonge, Achille enfant, dans les eaux d'un Styx intellectuel. »

Quinet.

STYX (Martin-Ernest), médecin russe, né à Riga en 1759, mort à Dorpat en 1829, Il fit ses études médicales à Iéna, y fut reçu docteur en médecine et en chirurgie en 1782, visita ensuite Gcettingue et Strasbourg, puis passa en Russie et fut nommé médecin pensionné de Saint-Pétershourg et, six ans plus tard, médecin en chef des hôpitaux militaires de Riga. En 1800, lorsque fut créée l'université de Dorpat, il y occupa les chaires d'hygiène, de matière médicale et de bibliographie médicale, fonctions qu'il conserva jusqu'à sa mort. Parmi ses écrits, nous citerons : Desriptio anutomica nervi cruralis et obturatorii, icône illustrata (Iéna, 1,782); Programma de Russorum' balneis caliais et frigidis (Dorpat, 1802, in-40) ; Oralio de medicinx poputaris necessitate et utilitate (1S03, in-4»)) etc.

STYZANE s. m. (sti-za-ne). Bot. Genre de champignons, de la tribu des corémiés,

SU, préfixe. V. se.

SU, SUE (su, su) part, passé du v. Savoir. Que l'on sait, que l'on a su : Chose sue. Nouvelle sue. Nous oublions aisément nos fautes, lorsqu'elles ne sont sues que de nous. (La Rochef.) La vérité sue à fond est plus piquante et plus imprévue ici que la conjecture, (Ste- Beuve.)

— s. m. Connaissance qu'on a de quelque chose.

— Au vu et au su de, La chose étant vue et connue par : Se déshonorer au vu et au su de tout le monde.

SUABEDISSEN (David-Théodore-Auguste), philosophe allemand, né à Melsungen (Hesse inférieure) en 1773, mort en 1835. 11 étudia la théologie à l'université de Marbourg, devint, .en 1800, professeur de philosophie à l'école da llanau et renonça en 1803 à cette chaire pour ouvrir à Hombourg un établissement pédagogique, qu'il transféra bientôt après à Hanau. Il fut plus tard précepteur du jeune électeur Frédéric-Guillaume de liesse et obtint en 1S22, à l'université de Marbourg, une chaire de philosophie qu'il occupa jusqu'à su mort.

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On a de lui : Résultats de recherches philosophiques sur la nature du jugement humain depuis Platon jusqu'à Kant (Marbourg, 1805), ouvrage couronné par la Société des sciences de Copenhague ; Sur l'observation intérieure (Berlin, 1S0&), dissertation qui obtint égale-, ment un prix de la même société ; la Contemplation de l'homme (Cassai, 1815-1816, 3 vol.); Pour servir d'introduction à la philosophie (Marbourg, 1827) ; Principes de la théorie de l'homme (Cassel, 1829); De l'idée de la psychologie (Cassel, 1829) ; les Principes de la doctrine religieuse philosophique (Cassel, 1831) ; les Principes de la métaphysique (Cassel, 1836).

SUADER v. a', ou tr. (su-a-dé — lat. suadere, même sens). Persuader. Il Vieux mot.

SUjEDA s. m. (su-é-da). Bot. V. suéda.

SUjEDINÉ, ÉE adj. (su-é-di-né). Bot. V.

SUÉDINÉ.

SUAGE s. m. {su-a-je — rad. suer). Liquides qui sortent par les deux bouts d'une bûche, lorsqu'elle est exposée à la chaleur du feu.

— Mar. Humidité qui sort des bois d'un vaisseau neuf, lorsqu'il fait chaud, il Action d'enduire un vaisseau de suif. H Suif employé à cet usage. Il Ce que coûte le graissage d'un vaisseau.

— Techn. Outil dont le chaudronnier se sert pour resserrer et unir le cuivre sur les bords d'un chaudron, li Enclume sur laquelle le chaudronnier fait les rebords des chaudrons, il Sorte de petit ourlet qu'on forme sur le bord d'un plat ou d'une assiette d'étain. |] Outil de serrurier qui sert à forger les pièces en demi-rond.

SUAGER v. a. ou tr. (su-a-jé — rad. suaire. Prend un e après le g devant les voyelles a et o •• Je suageai ; nous suageons). Mar. Enduire de suif ou de graisse : Suager une frégate. • »

— Techn. Battre sur le suage : Suager un chaudron.

SUAGEUR s. m. (su-a-jeur). Argot. Celui qui brûle les pieds de l'individu qu'il veut voler, pour le contraindre à indiquer l'endroit ou son argent est caché. Syn. de chauffeur.

SUAHELI s. m, (su-a-é-li). Linguist. Langue parlée sur la côte de Zanzibar.

— Encycl. Nous avons sur cette langue d'intéressants détails dus aux travaux de deux savants allemands, M.- Ewald et M. de La Gabelentz. Le suaheli appartient au même groupe philologique que le sechuana, Vangola, le bunda; il offre particulièrement avec le premier de ces idiomes de fréquentes analogies. Il se distingue par sa douceur presque enfantine ; dans les mots étrangers qu'il adopte, il intercale à profusion des voyelles afin d éviter le choc de deux consonnes; ainsi prêtre devient periseti; baptiser, bape~ tisa, etc. Les verbes sont caractérisés par la désinence a, qui, transformée en o, donne naissance à de véritables noms verbaux ; par exemple, soma, lire ; somo, lecture. La formation du nom d'agent ressemble singulièrement à celle du nom d'agent en arabe ; elle s'effectue, en effet, en préposant à la racine verbale terminée en t l'articulation initiale m; ainsi, de «orna, lire, on fait msomi, lecteur, absolument comme en arabe mouflis, ruiné, de falas, dépenser. L's est caractéristique de la causalité; exemple : somesha, faire lire; le passif s'indique en intercalant un o avant la désinence a; exemple : penda, aimer, pendoa, être aimé. On forme par un procédé identique des verbes réfléchis, négatifs, etc. C'est évidemment un système très-ingénieux et très-complet, qu'on est assez étonné de retrouver dans une langue africaine aussi insignifiante. Un certain nombre de particules, telles que mo, bo, lo, se, te, me, etc., ont la fonction spéciale de servir à distinguer les nombres, à marquer les rapports' entre le nom et l'adjectif, le sujet et le régime, etc. Afin de donner à nos lecteurs une preuve de la parenté étroite qui relie entre elles les langues de cette partie de l'Afrique, nous comparerons quelques mots entre eux: Eau se dit en suaheli madshi, en wanika madzi, eu sechuana metze, en angola maza, en congo maza; arbre se dit en suaheli mît, en sechuana muhi, en angola mueci, en congo muti, etc.

SUAIRE s. m. (surè-re — lat. sudarium, qui avait donné à l'ancien français sudarie, et qui est dérivé de sudor, sueur), Antiq. Linge, mouchoir propre à essuyer la sueur de la tête ou du visage : Le suaire avec lequel sainte "Véronique essuya le visage de Jésus, il Espèce de voile dont on couvrait la tête et le visage des morts.

— Linceul dans lequel on ensevelit un mort : Un mort enveloppé de son suaire, (Acad.) Les femmes de l'île de Man sont dans l'usage singulier de ne jamais sortir de chez elles sans être enveloppées dans le drap qui doit leur servir de suaire après leur mort. (Sallentïn.) Pauvre Boccace! il n'avait pas même, en mourant, un drap pour se faire un suaire. (Mme L. Colet.)

Deux ans vous ont suffi pour filer le suaire Du père et de l'enfant.

Y. Hugo.

— Ilist. relig. Saint suaire, Linceul que l'on dit avoir servi à ensevelir Jésus-Christ.

Il Représentation en peinture du saint suaire :

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Besançon ne demanda pour capitulation que la conservation d'un saint suaire fort révéré dans cette ville; ce qu'on lui accorda très-aisément. (Volt.)

— Encycl. Le suaire ou sindon (sudarium, sindo) est un vêtement léger, un lineeul, simple morceau de toile plus ou moins grand, dont on se couvrait dans les pays chauds, eu le passant sur les épaules, ramenant les coins sur la poitrine, croisant le reste sur le corps et attachant le tout avec une corde.

C'est principalement dans la Bible et dans l'Evangile qu'il est question de suaires. Samson, le jour de ses noces, promit trente sindons et autant de tuniques à celui des jeunes

fens qui devinerait son énigme. Le jeune isciple qui, dans la nuit de la Passion, s'enfuit, nu, au jardin des Oliviers, avait laissé son suaire entre les mains du soldat qui avait voulu l'arrêter. Joseph d'Arimathie, pour ensevelir le Christ, acheta un suaire, afin d'en couvrir sa tète et son visage , et l'évangéliste Jean raconte que, quand on entra dans le tombeau, on n'y trouva plus que le suaire et les bandelettes. Le même évangéliste avait dit également de Lazare, lorsque Jésus le ressuscita, qu'il fut trouvé dans sa tombe les mains liées de bandelettes et le visage couvert d'un suaire.

On montrait dans plusieurs églises, par exemple dans celles de Cologne, de Besançon, de Turin, des suaires qu'on disait avoir été apportés de la terre sainte au temps des croisades et dont chacun serait celui qui servit dans l'ensevelissement du Christ; ce suaire aurait donc fait des petits. Bergier explique ces traditions contradictoires en disant que ces linceuls, conservés dans les églises, ne sont autres que des linges sur lesquels était empreinte la figure de Jésus-Christ, et que l'on montrait au peuple dans les mystères que l'on jouait le jour de Pâques, au moment où l'on chantait la prose Victims paschali laudes, dans laquelle on fait dire à la Madeleine : Sepulchrum Christi viventis et gloriant vidi resurgentis, angelicos testes, sudarium et vestes.

SUAIRE s. m. (su-è-re — lat. suarius ; de sus, cochon). Antiq. rom. Officier qui percevait, dans les marchés de Rome, la contribution en cochons et autre bétail.

SUAEIM, ville de la Nubie. V. Souakjm.

SCANES ou SUANETES, en latin Suant, ancien peuple qui habitait les deux versants du Caucase.

SCANÉT1E, contrée du Caucase habitée par les Suanes ou Suanètes.

Snauéiie libre (l'auteur écrit Souanétie),

épisode d'un voynge A, la chaîne centrale da

Cancane [la], par M. Raphaël Bernoville (1875, 1 vol. gr. in-4°). Dans ce temps de communications si faciles, qu'elles ont, pour ainsi dire, mis à jour le inonde entier, trouver aux portes de l'Europe un pays à peine connu, dont le peuple, à l'écart de toutes les influences modernes, a gardé presque intactes sa physionomie et ses moeurs originelles, c'est pour l'explorateur une véritable bonne fortune. M. Raphaâl Bernoville a eu ce bonheur, et l'érudition française doit lui savoir gré d'avoir mis au jour les résultats de son intéressante excursion.

Chez combien de personnes ce titre seul de Suanétie libre réveillera -t-il l'idée d'un

f point géographique déterminé? Qui connaît e coin du monde où cette petite nation, menacée de s'éteindre, mais tière encore d'ellemême, gît oubliée au sein du Caucase occidental, entre le pays des Tcherkesses, les glaciers de l'Ingour et le Ratcha qui l'environnent d'un rempart infranchissable ? Et cependant il est peu de races plus dignes à tous égards de fixer l'attention.

Selon toute vraisemblance, fraction détachée des Colches longtemps avant l'ère chrétienne, c'est elle que Strabon nous représente comme un royaume déjk considérable et pouvant mettre 200,000 hommes sous les armes. Dès le ier siècle du christianisme, l'Evangile pénètre en son sein, porté jusque-la par quelqu'un des premiers apôtres , saint André ou saint Matthias. Si la première étincelle pâlit peu après , elle se ranime au vue siècle sous l'influence de l'Eglise byzantine, alors si florissante, et parait à ce moment avoir jeté un grand éclat; car, d'après M. Bernoville, le type des églises suanètes accuse partout cette origine. Tributaires, au ixe et au xe siècle, des princes géorgiens, ils essayent vainement au xie de secouer le joug. Mais les Suanes étaient faits pour la liberté. Durant les siècles qui suivent, ils s'épuisent en efforts pour la disputer aux grandes puissances qui se succèdent autour d'eux. Ils ne se laissent du moins absorber par aucune d'elles, et aujourd'hui encore, réduits à quelques villages èpars dans la vallée de l'Ingour, tolérés en quelque sorte par la Russie, les Suanes libres gardent leurs coutumes antiques et leur esprit national. On le voit, ce débris d'une grande race offre à l'historien un intérêt de premier ordre, intérêt à peine soupçonné jusqu'ici par l'érudition de notre pays.

Deux récits d'exploration publiés en russe dans une revue scientifique de Tifiis, et dont la dernière remonte à 1860, puis le voyage de MM. Freshfield et Moore, exécuté en 1868, sont d'ailleurs ce que l'on avait de plus complet sur la Suanétie. Le livre de M. Beruo-

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ville est donc chez nous une véritable révélation.

Le jeune voyageur s'était préparé à son excursion du Caucase par un séjour de plusieurs mois en Russie. C'est aux relations que ce séjour lut créa qu'il dut enfin lu faveur de pouvoir pénétrer dans la Suanétie avec l'expédition militaire que le gouvernement russe envoya, en 1869, pour essayer d'y introduire une certaine organisation. Aussi, ce que l'auteur appelle simplement des notes de voyage n'est rien moins que l'étude la plus complète publiée jusqu'à présent sur cette curieuse petite nation. Histoire, géographie, archéologie, détails de mœurs, tout y a sa place. L'archéologie chrétienne y trouvera en particulier de précieux documents. Une belle carte de la Suanétie, empruntée à celle de l'état-major russe, permet de suivre le voyageur dans toutes ses étapes. De belles lithographies dues au crayon de Kl. J. Laurens, d'après les photographies rapportées par l'auteur, des dessins d'objets d'art et des plans d'églises faits par lui-même ajoutent à l'ouvrage une vraie valeur archéologique. Enfin, en appendice, le catalogue des filantes recueillies par le docteur Kudde et classées par M. Trautvetter complète cette riche publication.

SUANT, ANTE ndj. (su-an, an-te — rad.

suer). Qui sue : Avoir la peuu suantk, les mains suantes. Des chevaux furieux, des cavaliers suAfCrs, tics jockeys criards. (F. Soulié.)

— Qui suinte, qui est humide : Les mitrailles étaient suantes et visqueuses, camme si des limaçons les eussent engluées de leur bave. (Th. Gaut.)

— Techn. Chaude suante, Température du fer chauffé, a In quelle le métal semble couvert d'une couche liquide.

SUA KO (Jean-Baptiste-Antoine), littérateur français, né a Besançon en 1733, mort à Paris en 1817. Son père était secrétaire de l'université de Besançon. Suard montra, dès sa jeunesse, de précoces aptitudes pour les lettres. Il promettait déjà un écrivain sérieux, lorsqu'un événement malheureux faillit entraver sa carrière. Ayant servi de témoin à un de ses amis dans un duel avec un officier de la garnison et conduit devant le gouverneur, il refusa de révéler la retraite de l'ami inculpé. Ce refus motiva son arrestation, et, par une sévérité inouïe, on l'enferma à l'Ile Sainte-Marguerite, en Provence, où il passa le temps de sa captivité à lire la Bible et le Dictionnaire de Bayle. Rendu à la liberté nu bout d'un an, il se mit à étudier la langue anglaise, puis vint à Paris, où il fut remarqué par Marmontel et reçu dans les salons de Mme Geoffrin. 11 avait hérité de ses parents une rwite annuelle de 2,500 livres, qui, tout en le mettant à l'abri du besoin, ne lui permettait pas de faire une brillante ligure dans le monde où il était admis. M")* Geoffrin, qui s'intéressait à lui, le recommanda à un personnage puissant ; mais Suard, reçu avec hauteur par ce seigneur, déclina son patronage, Mme Geoffrin, mécontente de la }uste fierté du jeune homme, lui dit brutalement : « Quand on n'a pas de chemises, il ne faut pas avoir de fierté. — Au contraire, madame, répondit finement Suard, il faut en avoir, afin d'avoir quelque chose. » En plusieurs circonstances, Suard donna des preuves de la dignité de son caractère : le baron d'Holbach lui offrit 10,000 livres qu'il refusa. Il a;àt de même pour un contrat de constitution d'une pension de 800 livres, parce que le donateur ne se faisait pas connaître.

Après ses débuts dans le journalisme, Suard, mis en rapport avec les notabilités littéraires de l'époque, obtint, par le crédit de d'Alembert, du duc de Nivernais et de M1»» de Maurepas, une pension de 2,500 livres, qui le mit dans une situation aisée. Les trois prix qu'il remporta dans divers concours ouverts par les Académies de province et son mariage avec Mlle Panckoucke le mirent complètement en évidence. Il venait de faire un voyage en Angleterre, lorsqu'il fut nommé censeur théâtral en 1771. Il remplit, jusqu'en 1790, avec modération et impartialité, ces fonctions si délicates. Ayant a apprécier la comédie du Mariage de Figaro, remise à son examen, il s'effraya de la hardiesse du langage, surtout du fameux monologue du cinquième acte. En 1772, il te porta candidat à l'Académie française et fut élu le même jour que Jacques Delille ; mais, à l'instigation du duc de Richelieu, Mme Du Barry ht annuler les deux élections sous le prétexte que les deux élus appartenaient à la secte des encyclopédies. Suard fut admis en 1774. Monarchiste zélé, il se fit oublier pendant la Révolution et vécut retiré dans sa maison de Vaugirurd. Poursuivi en 1795 et proscrit deux ans après, pour avoir collaboré aux Nouvelles politiques, feuille royaliste, il s'enfuit en Suisse, alla à Coppet, chez Mme de Staël, et de là passa à Anspach. Après le 18 brumaire, il revint en France et travailla au Publiciste, qui succédait aux Nouvelles politiques. Il manifesta d'une façon assez nette sa sympathie pour le gouvernement consulaire et fut compris, iors de la réorganisation de l'Institut, dans la classe de la langue et de la littérature de l'Académie française, dont il fut nommé, on 1803, le secrétaire perpétuel. «Aigre et dédaigneux dans la discussion, dit M. Doublet, se vantant de n'avoir rien lu de ce

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qu'on avait écrit depuis 1789, il s'aliéna l'affection de ses collègues. » C'était un esprit égoïste, passionné, qui n'avait pu pardonner a la Révolution de l'avoir troublé dans son repos et qui n'avait pas l'âme asse^ haute pour comprendre ce qu'elle avait fait de grand. Toutefois, l'on doit reconnaître que sous Bonaparte, au milieu de l'avilissement général des caractères, il montra une certaine indépendance relative. Il déclina l'impérieuse invitation qui lui fut adressée de faire l'apologie du gouvernement au sujet du meurtre du duc d'Engbien et du procès de Moreau, et un jour, dans un entretien avec Bonaparte, il se montra d'un avis diamétralement opposé sur les empereurs romains. En 1804, il fut remplacé par Lacretelle, comme rédacteur en chef du Publiciste, journal qui disparut, faute d'abonnés, en 1810. Au retour des Bouibons, Suard se fit remarquer par son exaltation monarchique. Louis XVIir, à qui il demanda d'être chargé de la censure des théâtres, le nomma censeur honoraire, avec traitement, officier de la Légion d'honneur (1814) et chevalier de l'ordre de Saint-Michel (1816). Plein d'un zèle bouillant, que l'âge n'avait point refroidi, et gonflé de haine politique, il dénonça et fit éliminer de l'Institut neuf de ses confrères, parmi lesquels se trouvait ûarat. On doit à Suard : Lettre écrite de l'autre monde, par l'A. D. F. (l'abbé des Fontaines), à F. (Fréron) [s. I., 1774, in-8»]; Variétés littéraires ou Jlecueil de pièces tant originales que traduites (Paris, 1768, 4 vol. in-12, et 1804, 4 vol. in -8°), avec Arnaud, contenant diverses traductions par Turgot, Morellet et Mme Necker -, Discours de réception à l'Académie française (Paris, 1774, in-4°); Discours impartial sur les affaires actuelles de la librairie (s. \„ 1777, in-8<>), attribué à Suard par Bachaumont ; Mélanges de littérature {Paris, 1803-1805, 5 vol. in-8°, et 1806, 3 vol. in-8°) ,; Notice sur le caractère et la mort du baron Malouet (Paris, 1814, in-8°); De la libertéde lapresse, 2lettres (Paris, 1814, in-S°); Clytemnestre, opéra (avec Arnaud), musique de Piccinni. Traduction d'ouvrages anglais (avec ou sans collaborateurs) : Supplément aux lettres de Clarisse Harlowe (1762, in-12) ; Exposé de ta contestation entre fiumeet Rousseau, (1766, in-12) ; Voyage de John Byron (1707, in-12); Histoire de Chartes-Quint, pur Robevtson (1771, 2 vol. in-4<>, et 1781, 6 vol. in-12) ; Vie de Hume (1777, in-12), avec l'abbé Roger et Le Tourneur; Histoire de l'Amérique, par Robertson (1778, 2 vol. in-4°), avec Jansen, et les trois Voyages de Cook (17S5, 18 vol. in-8°), avec Demeunier. Suard a publié un grand nombre d'articles, comme journaliste, dans le Journal étranger (1754 etsuiv.); la Gazette de France; les Lettres critiques (Amsterdam, 1758, petit in- 12), rédigées par Deleyre contre le Journal des savants et les Mémoires de 2'révoux; la Gazette littéraire de l'Europe; les Mémoires pour servir à l'histoire de la révolution opérée dans la musique par Gluck (1781, in-8°) ; les Nouvelles politiques (janvier 1793 au 3 septembre 1797), devenues peu après le Publiciste (27 décembre 1797 au 30 octobre 1804) ; les Archives littéraires de l'Europe (1804 et suiv.) ; le Journal de Paris, etc. Comme éditeur, il a donné, seul ou en collaboration : Choix des anciens Mercure (1757- 1764, 108 vol. in-12); Histoire des peuples de l'Europe (1772), de Buat-Nunçay ; la 3<; partie de la Correspondance de Grimin (1813, 5 vol. in-8») ; Confessions de J/me *" (de Fourqueux) [1817], etc. M. Ch. Nisard a publié ; Méritoires et correspondances historiques et littéraires inédites de Suard (1858, in-12).

SUARD (N... Panckoucke, U«t), femme du précédent, née à Lille en 1750, morte à Paris en 1830. D'une très-grande beauté, elle joignait aux grâces du visage les charmes d'un esprit délicat, a la fois plein de vivacité et très-cultivé et très-ferme. De tous les salons, ou mieux de tous les cercles demilittéraires, demi-politiques, demi-philosophiques que nous voyons animés, dirigés, présidés par des femmes vers la lin dn xvnic siècle, celui de Mme Suard fut un de ceux où l'on désirait le plus vivement être admis; il était distingué entre celui de Mme d'Houdetot et celui de Mmo Geoffrin. C'est qu'on y rencontrait tous les gentilshommes de la plume, toute l'aristocratie de l'intelligence, depuis Condorcet, d'Holbach, Dideroi, Voltaire, jusqu'à Miehnud et Laharpe; nous en passons, et des plus illustres.

Le salon de Mme Suard était le terrain neutre où se rencontraient les illustrations de tout genre, et cela grâce à sa délicate et toute- puissante intervention, grâce au respect, à l'amour qu'elle inspirait. Mais, répétons-le, Mmc Suard n'était point aimée de tous les hommes dont nous rappelions tout à l'heure les noms immortels pour les grâces de son visage et les qualités de Son cœur, mais à cause de son esprit cultivé et élevé. ■ Savez-vous, disait un jour Panckoucke a Voltaire, que, si toutes les éditions de vos œuvres se perdaient, vous en trouveriez une dans la mémoire de ma sœur ? — Corrigée, madame, » repartit vivement Voltaire en se tournant vers Maie Suard.

Quelques- uns ont dit que celle dont nous crayonnons la sympathique et charmante figure était malicieuse souvent jusqu'à la nié-

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chanceté. Sainte-Beuve , qui , s'il l'avait mieux étudiée, lui aurait consacré un lundi, venant a parler d'elle à propos de Ml'0 de Lespinasse, l'appelle, dans un langage un peu négligé et peu habituel au spirituel conteur, « une mauvaise langue « (t. XI, p. 131).

A la mort de son mari, Mme Suard passa une partie de sa vie en province. Mais souvent elle venait à Paris, le centre où s'agitent les choses de l'esprit; elle poursuivit ses travaux littéraires, aima toujours la société des hommes de lettres, des savants. A la fin du xvuie siècle, son salon avait rivalisé avec ceux de M» Geoffrin, de M™ d'Houdetot; au commencement du xix» siècle, il fut distingué à l'égal de ceux de Mmes Chéron, de Vergennes, de Staël, de Pastoret, et c'est au milieu d'un cercle d'amis et d'admirateurs qu'elle s'éteignit en 1830. On doit à cette femme distinguée : Lettres d'un jeune lord à une religieuse italienne, imitées de l'anglais (Paris, 1788, in-12); Soirées d'hiver d'une femme retirée à la campagne, extraits du Journal de Paris (Orléans [Paris], 1789, in-12), ouvrage réimprimé par les soins de Mme <j<, Montmorency dans les Lettres de il/me Suard à son mari (Dampierre, an X-1802, in-4°); jI/bio de Muinienon peinte par elle-même (Paris, 1810, in-8«) ; Essai de mémoires sur M. Suard (Paris, 1820, in-12). On attribue à Mme Suard la traduction de quelques romans anglais, et il y a quelques lettres d'elle dans les Mélanges de son mari.

SU Alt ES (Joseph-Marie), antiquaire français, ne a Avignon en 1599, mort à Rome en 1677. H rit ses études à Avignon, embrassa l'état ecclésiastique et se rendit à Rome, où le cardinal Barberini lui confia la direction de sa bibliothèque. Il devint ensuite camérier, évèque de Vaison, vicaire de Saint- Pierre, garde de la Vaticane et prélat domestique. Ses principaux ouvrages sont : Jésus Christus Philoromaios (Lyon, 1625, in-4<>); Conjectura de libris de Imitations Chriati eorumque authoribus (Rome, 1668, in-4»).

SUAHEZ (François), théologien et philosophe espagnol, ne n Grenade en 1548, mort le 25 septembre 1617. 1! entra, dés sa jeunesse, dans la société de Jésus, il avait à l'origine, dit-on, assez peu de goût et de dispositions pour l'étude ; mais, les premiers degrés de l'enseignement franchis, il se montra tout à coup d'une intelligence extraordinaire. Il s'appliqua principalement à la philosophie et bientôt acquit la réputation non-seulement du meilleur des écoliers, mais encore du plus habile des maîtres. Il enseigna tour à tour à Vsilladolid, à Rome, à Alcala, à Salamanque, à Coîtnbre,et ses leçons eurent le plus grand succès. Un des derniers philosophes de la société de Jésus, Rodrigue?, d'Avriaga, nous le représente surpassant tous les docteurs scolastiques du xvio siècle, comme un géant, taiiquam gigas, dont la tète domine celle des vulgaires mortels.

Les ouvrages de Suarez sont nombreux ; los deux principaux sont : Al ' etaphysicarum disputationum tomi duo (Paris, 1619, in-fol.) ; l'ructatus de legibus et Deo legistaiore (Londres, 1679, in-fol.). Ce dernier est remarquable par la science, par la multitude des questions traitées, par la finesse des solutions. Dans la plupart de ces solutions, Suarez sa montre éclectique, cherchant une voie moyenne entre les opinions extrêmes. Nous nous bornerons à exposer ici ses doctrines sur la loi naturelle et la souveraineté.

Qu'est-ce que la lui naturelle î Selon le théologien Vasquez, qui, dit Suarez, est le seul de son opinion, le fondement de la loi naturelle et de l'honnêteté des actions est la nature rationnelle elle-même, en tant que telle. Les actes qui conviennent à cette nature sont bons, ceux qui lui répugnent sont mauvais. 11 y a, en effet, des actions bonnes ou mauvaises eu elles-mêmes (intrinsecus), abstraction faite de toute volonté, de toute défense extérieuie. En un mot, les actes moraux ont leur essence immuable, comme les actes physiques. Ainsi l'honnêteté ou la méchanceté ne consiste pas dans la rapport des actions avec le jugement de la raison, mui^ avec la nature de l'être raisonnable. Ce n'est pas parce qu'on la juge mauvaise qu'elle est telle, mais c'est parce qu'elle est telle qu'on la juge mauvaise. Ce n'est donc pas le jugement que nous portons qui est la mesure du bien et du mal, et par conséquent la loi. Cette loi est dans ia nature même de l'action, qui est en soi bonne ou mauvaise.

Suarez approuve, dans cette opinion, le principe de l'honnêteté intrinsèque des actions ; néanmoins, il condamne la doctrine en elle-même. D'abord, dit-il, elle est contraire a celle de tous les théologiens. En second lieu, la nature rationnelle, considérée précisément a, ce point de vue, n'a aucun des effets de la loi : elle ne prescrit rien, elle n'éclaire pas, elle ne dirige pas, n'apprend pas h discerner le bien du mal. En troisième lieu, on ne peut pas dire que ce qui est le fondement de l'honnêteté eu soit la loi. Par exemple, le fondement de l'aumône, c'est le besoin du pauvre et les facultés du riche ; et personne ne dira .que la misère du pauvre soit la loi de l'aumône.

A cette opinion de Vasquez, Suarez en oppose une autre. Ou peut distinguer, dit-il, dans la nature raisonnable deux choses : lo la nature elle-même, qui est le fondement

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de la convenance ou de la disconvenance des actes humains par rapport à elle ; 2° cette lumière de raison par laquelle elle discerne les actions qui conviennent et celles qui ne conviennent pas. Dans le premier sens, la nature raisonnable estlefondementde l'honnêteté des actes; dans le second, elle en est la loi. C'est là, dit Suarez, l'opinion de tous les théologiens; c'est celle qui doit, selon lui, être ndoptée. La loi naturelle, dit-il, consiste dans un jugement actuel de l'esprit. En effet, elle peut être considérée soit dans l'esprit du législateur, soit dans les sujets. Dans le législateur, qui est Dieu, elle n'est autre chose que la loi éternelle. Dans les sujets, elle est la lumière même qui porte en quelque sorte cette loi dans nos âmes.

Suarez se pose une autre question au sujet de la loi naturelle; il se demande si elle est une loi préceptive. Pour comprendre cette question, il faut savoir que les scoiastiques distinguaient deux lois ; la loi indicative et la loi préceptive. La loi indicative est celle qui se contente de montrer ce qui est bien, ce qui est ma), ce qu'il faut faire et éviter. La loi préceptive est celle qui ordonne de faire ou de no pas faire certaines choses. Or, selon certains auteurs scolastiq'ies de lu dernière époque, tels que Gabriel Biel, Almain, etc., la loi naturelle n'est une loi qu'au premier sens, et non au second ; c'est une iùi indicative et non préceptive; elle montre ce qui est bien ou mal en soi, indépendamment de toute volonté. Elle n'est donc pas divine, à proprement parler; car, quoiqu'elle vienne de Dieu, considéré comme cause de toutes choses, comme cause des essences, elle ne vient pas de Dieu considéré comme législateur. Quelques-uns sont allés jusqu'à dire que, lois même que Dieu n'existerait pas, ou serait privé de raison, ou ne porterait aucun jugement sur la nature des choses, il serait toujours mal de mentir, et que, si la raison de l'homme le lui montrait, il aurait la même loi qu'il a aujourd'hui. La loi naturelle n'est donc pas une vraie loi primitive, puisqu'elle ne repose sur aucun ordre.

A 1 apjmi de cette opinion se trouve l'opinion extrême d'Oekatn et de son école. Selon Ockam, la loi naturelle repose uniquement sur la volonté de Dieu. Il ny a point d'acte qui ne soit mauvais s'il est défendu par Dieu, et qui ne devienne bon si Dieu le permet. La loi naturelle ne consiste donc que dans les préceptes divins, préceptes que Dieu lui-même peut détruire du changer. Ce n'est pas parce qu'une chose est bonne ou mauvaise que Dieu l'ordonne ou la défend, mais c'est parce qu'il l'ordonne ou la défend qu'elle est bonne ou mauvaise.

Suraez, selon sa méthode ordinaire, adopte une opinion de juste milieu, qui est, dit-il, celle de saint Thomas et de la plupart des théologiens. La loi naturelle est à la fois une loi indicative et une loi préceptive; car elle indique ce qui est bien et ce qui est mal, et en même temps elle contient le précepte et la défense. Et d'abord, la loi naturelle est Une vraie loi, et on ne peut appeler loi la simple connaissance. Ainsi, quoique le jugement doive précéder l'ordre ou la défense, le jugement par lui-même n'emporte aucun ordre ni aucune défense ; il est donc insuffisant pour constituer la loi. En outre, s'il fallait entendre la loi dans le sens de la première opinion, Dieu lui-même serait soumis à la loi naturelle, puisque sa nature lui montre, comme à nous, l'honnêteté et la justice intrinsèque des actions. Enfin, le jugement purement indicatif n'est pas l'acte d'un supérieur; il peut être l'acte d'un égal ou d'ttn inférieur ; il n'a donc pas la force d'obliger ; mais il suppose lui-même l'obligation ; il nous montre qu'elle existe, il ne la fonde pas. Mais, d'un autre côté, la volonté de Dieu, l'ordre ou la défense, n'est pas le seul principe de la bonté ou de la méchanceté dtfs actions. La volonté de Dieu suppose déjà un bien et un mal en soi, auquel elle n'ajoute que l'obligation. L'effet ne peut pas être la raison de sa cause. Or, la défense suppose qu'une chose est mauvaise par elle-même ; elle ne peut donc en être que l'effet. C'est l'opinion de suint Augustin, de saint Thomas, de Cajètan, de Soto, des plus grands scoiastiques. Eu conséquence, la loi naturelle est une vraie loi,^ une loi divine, une loi donc Dieu est l'auteur et le législateur ; car elle repose à la fois sur la nature des choses et sur lu volonté de Dieu. Telle est lu conclusion de Suarez. On voit les efforts de cet esprit subtil pour échapper k deux écueils opposés, à l'ecueil de ce qu'on appelle aujourd'hui la morale indépendante, et à l'ecueil de la inorale arbitraire. H serait facile de montrer que ces efforts sont absolument vains et qu'entre Vasquez et Ockam il n'y a réellement pas de position où l'on puisse logiquement se tenir.

Passons à la doctrine de Suarez sur la souveraineté. Selon Suarez, la souveraineté ne réside dans aucun homme en particulier, mais dans la collection des hommes, c'est-adire dans la société tout entière, ou dans le peuple. En effet, dit-il, tous les hommes naissent libres et aucun ne possède naturellement de juridiction politique sur un autre. On pourrait soutenir, il est vrai, que cette puissance a été originairement accordée au premier homme et a dû se transmettre eusuite héréditairement. Mais Suarez réfute très-bien cette opinion. Adam n'a pu avoir

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