‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 724 sur 1059 · ÉLEVÉ · texte numérisé non relu

ÉLEVÉ

— Encycl. Rien n'est plus difficile qu'une définition en matière d'esthétique. S'il est périlleux de vouloir expliquer en quoi consiste le beau, il doit être plus délicat et plus épineux encore de faire entendre nettement ce que nous devons appeler le sublime, c'està-dire le beau porté jusqu'au plus haut point qu'il puisse atteindre, l'idéal, l'infini dans les choses de l'art. « En effet, dit Laharpe, comment définir ce qui ne peut jamais être préparé par le poète ou l'orateur, ni prévu par ceux qui lisent ou qui écoutent, ce qu'on ne produit que par une espèce de transport, ce qu'on ne sent qu'avec enthousiasme, enfin ce qui met également hors d'eux-mêmes et l'artiste qui compose et la multitude qui admire? Comment rendre compte d'une impression qui est à la fois la plus vive et lu plus rapide de toutes î »

Essayons pourtant de nous rendre compte de ce qui se passe en nous dans ces moments d'enthousiasme et d'exaltation où, soit au milieu d'une représentation dramatique, soit en lisant quelque œuvre littéraire, nous nou3 écrions tout d un coup avec transport : Ceci est sublime/

Prenons un exemple. Nous sommes au théâtre. Nous voyons sur la scène un princo exilé dont un ennemi implacable a mis la tête à prix. C'est Macduff. 11 a fui sa patrie. Mais la haine de son rival le poursuit encore et l'atteint jusque dans sa retraite. On vient annoncer au proscrit que son château est pillé, sa femme condamnée à mort, ses fils tués. Il entend ces horribles nouvelles qui le frappent coup sur coup. Pasun cri, pas une larme. 11 reste absorbé dans un morne abattement, songeant, non à pleurer ses enfants, mais u les venger. Ce silence est déjà d'un admirable effet. Nous sommes émus ; ce n'est pas assez. Le génie du poëte n'est point satisfait. Il nous a touchés ; il va nous étonner. Il nous a fait admirer une scène pathétique. C'était le beau seulement; voici le sublime. On essaye . de consoler Maedu-ff; mais il repousse toutes les consolations, ou plutôt il n'entend, il n'écoute rien et demeure plongé dans une sombre méditation. Tout à coup il rompt ce silence obstiné et s'écrie avec une inexprimable amertume : « Malheureux que je suis 1 il n'a pas d'enfants I » Ce trait, d'une si énergique concision, n'a pas besoin de commentaire. C'est un cri parti du cœur, c'est un mot de génie qui s'impose à notre admiration; voilà le sublime.

Qu'y a-t-il de plus dans ce trait que dans le reste de la scène î Pourquoi avons-nous dit jusque-là : Ceci est beau, tandis que nous nous écrions maintenant : Ceci est sublime? M. Ch. Lévêque répond a cette question patun autre exemple tiré des spectacles de la nature : « Du haut de la proue d'un vaisseau, dit-il, ne voyant de toutes parts à l'horizon que 1 eau et le ciel, je contemple l'Océan, et, soit apaisé, soit furieux, il excite en moi le sentiment du sublime. Or, à ce moment, mes yeux n'aperçoivent pas les bornes de l'Océan, et son étendue me paraît sans limites. Ma vue n'en sonde pas les abîmes, et il me paraît sans fond ; s'il se soulève, mon regard ne rencontre rien qui puisse détier sa puissance, et cette puissance me paraît sans mesure. Tout à coup, par la pensée, je resserre l'Océan et le ramène aux proportions d'un lac enfermé dans un cercle de montagnes. Ces montagnes circonscrivent le lac de tous côtés, etd'un coup d'œil j'en embrasse la courbe. Le lac est peu profond, et limpide, et ma vue en aperçoit le lit de sable fin et de plantes sur lequel reposent ses eaux; ces eaux sont unies, et, quand le vent les irrite, leur plus grand courroux ne va qu'à renverser de légers esquifs. Aussitôt, en comparaison de rOcéan,vce lac ma semble petit, mais beau L'Océan, lui aussi, est un lac , mais il m'a semblé sublime. Comment cesserait-il d'être sublime pour moi? Si son étendue, sa profondeur et sa puissance cessaient d'être à mes yeux indéfinies, indéterminées . au delà de toute mesure. »

Ainsi, nous voyons déjà ressortir nettement la différence entre le beau et le sublime. Le beau est toujours défini, limité, mesuré ; c'est l'ordre et 1 harmonie. Le sublime , c'est l'infini, l'indéterminé, l'incommensurable, le désordre et souvent l'imprévu. Le beau nous émeut sans nous ébranler; le sublime, au contraire, nous secoue jusqu'aux intimes profondeurs de notre être. Le beau n'excite en nous qu'une admiration calme; le sublime allume en nous un enthousiasme impétueux.

Il ne sera pas sans intérêt de rapprocher de la définition que nous venons de teuter et de cette théorie du sublime les définitions et les théories les plus célèbres des philosophes anciens et modernes.

Commençons par Platon , ab Jove principium. Si ce philosophe n'a pas traité en particulier du sublime, il a du moins parlé, en maint endroit, de la beauté idéale, de ce type de perfection infinie et éternelle dont le spectacle nous écrase et nous confond. C'est bien le sublime qu'il semble décrire dans le Banquet, quand il parle de « cette beauté merveilleuse, non engendrée et non périssable, exempte de décadence comme d'accroissement, qui n'est point belle dans telle partie

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et laide dans telle autre, belle seulement on tel temps et en tel-lieu, dans tel rapport, belle pour ceux-ci et laide pour ceux-là.,,, » et dont le spectacle est fécond pour nous et nous inspire de grandes pensées et de magnifiques actions.

Dans l'ouvrage attribué à Longin, et oui porte le titre de Traité du sublime, le sublime se trouve souvent confondu avec le beau, ou même simplement avec ce qu'on nomme le style sublime, qui n'est que le style élevé. C'est qu'en traduisant par le mot de sublime le titre grec Péri hypsous, nous lui avons donné une signification plus restreinte que ne le voulait l'auteur. Son titre signifie proprement la hauteur, la hauteur dans la pensée, la hauteur dans l'expression de la pensée; tout ce qui est noble, frappant, magnifique; tout ce qui montre le vrai dans une vive splendeur; tout ce qui fait dire, au premier aspect : Voilà le génie. Il se trouve, du reste, dans ce traité célèbre, plusieurs passages indiquant que l'auteur ne se trompait pas sur la nature du vrai sublime. '

« Le sublime, dit-il, exerce sur nous une puissance irrésistible. Il nous commande comme un maître ; il nous terrasse commo la foudre. Naturellement, notre âme grandit quand elle entend le sublime. Elle est comme transportée au-dessus d'elle-même et se remplit d une espèce de joie orgueilleuse, comme si elle avait produit ce qu'elle vient (l'entendre.,. 11 n'est pas possible qu'un esprit toujours rabaissé vers de petits objets produise ?uelque chose qui soit digne d'admiration et ait pour la postérité. On ne met dans ses écrits que ce qu'on puise en soi-même, et le sublime est, pour ainsi dire, ie son que rend une grande ame. ■

Boileau, dans ses Réflexions sur le Traité du sublime, nous donne aussi son avis sur la matière : « Le sublime dit-il, est une certaine force du discours, propre à élever et à ravir l'âme, et qui provient ou de la grandeur de la pensée, ou de la magnificence des paroles, ou du tour harmonieux, vif et animé de l'expression , c'est-à-dire d'une de ces choses regardées séparément, ou, ce qui fait le parfait du sublime, de ces trois choses jointes ensemble. « Il est inutile de faire remarquer l'insuffisance d'une pareille définition. Rapproch,ons-en celle de Lainotte, non moins vague et non moins incomplète : « Le sublime n'est autre chose que le vrai et le nouveau réunis dans une grande idée, exprimée avec élégance et précision. »

M, de Saint-Marc, commentateur de Boileau et de Longin, a dit à son tour : « Le sublime est l'expression courte et vive de tout ce qu'il y a dans une âme de plus grand, de plus magnifique et de plus superbe.» Rotlin semble ne voir dons le sublime que ce qu'il y a de plus relevé et de plus grand dans la poésie et dans l'éloquence. La Bruyère appelle sublime la perfection dans tous les genres, quels qu'ils soient.

Pour donner une bonne définition d'un sentiment de l'àme, il faut être psychologue. C'est pour cela que Thomas Reid était destiné à bien entendre et à bien exprimer la nature du sublime; mais son analyse est trop minutieuse pour que nous puissions la rapporter ici. Nous en dirons presque autant de celle de Hugues Blair, qui est sans contredit bien instructive et bien intéressante. On lira encore avec fruit le chapitre que M. Jouffroy a consacré au sublime dans son Cours d'esthétique. Nous avons déjà cité ie livre de M. Cb. Lévêque sur l'Etude de la science du beau. Il nous reste à parler d'un ouvrage capital que nous avons gardé à dessein pour la lin ; c'est l'Analytique du sublime de Kant.

Le sublime, selon liant, s'adresse, comme e beau, à l'imagination et à l'entendement réunis; mais il ne les frappe pas de la même manière. S'il est perçu par l'entendement, il dépasse , au contraire , l'imagination. De ce désaccord entre ces deux facultés, dont l'une aperçoit l'infinie élévation de l'objet sublime, tandis que l'autre est effrayée de cette incommensurable grandeur, naît dans notre âme un sentiment qui participe à la fois de la jouissance et de la terreur-, notre nature sensible est terrassée par une puissance supérieure; mais notre nature morale éprouve la plus grande et la plus haute jouissance dont elle soit capable. Dans le beau, ce mélange de souffrance et de joie n'existe pas. L'émotion que le beau produit en nous est simple et une. Elle est toute de joie. Avec le sublime, la terreur vient s'ajouter à la jouissance. Et la différence des deux sentiments se traduit par les traits de la physionomie. « La figure de l'homme absorbé par le sentiment du sublime, dit Kant, est sérieuse, quelquefois fixe et étonnée. Au contraire, ie sentiment du beau se manifeste par le vif éclat des yeux et surtout par une joie bruyante, b

On ne saurait trop insister sur la finesse et la profondeur de ces observations psychologiques, dont fourmille l'Analytique du sublime. Faisons remarquer encore, avec liant, les différences qu'il faut établir entre le sublime et d'autres sentiments qui ont avec celui-là du rapport ou de l'affinité, mais dont il reste profondément distinct. « L'abord l'espèce de crainte que nous fait éprouver le sublime n'a rien de commun avec l'impression dé la frayeur ordinaire ou de la terreur proprement dite. Dans ces derniers cas, eu effet, la force morale, la liberté sont paralysées; il

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en est tout autrement dans la perception du sublime, puisque, pour la goûter, la première condition est que nous soyons en sécurité sur notre existence. C'est en ce sens seulement qu'est vraie la pensée exprimée par Lucrèce :

Suave, mari magno turbantibus stjuora ventis ... •

Il ne faut pas confondre non plus le sentiment moral ou le sentiment religieux avec le sublime. Il y a souvent quelque chose de moral et de religieux dans le sublime, mais cela ne veut pas dire que tous ces sentiments se confondent,

Kant a distingué le sublime mathématique et le sublime dynamique.il trouve le premier dans le spectacle de la grandeur sous la forme de l'étendue , comme le silence de la nuit et la mer calme ; le second, dans le spectacle de la puissance, comme la tempête, l'orage, la lutte des éléments. Mais, le sublime existant moins dans les objets qu'en nous-mêmes, c'est-à-dire dans les sentiments que la vue des objets nous inspire, cette distinction absolue ne peut être pleinement admise dans la réalité. S'il est permis, s'il est nécessaire è l'abstraction d'établir des séparations bien tranchées et des catégories nettement définies, il ne faut pas oublier que le sentiment de l'étendue ne se sépare pas ainsi, dans notre intelligence, de celui du mouvement. Bien des voix mystérieuses se font entendre pour nous dans le silence de la nuit, et le souvenir des flots déchaînés peut parfaitement se mêler à l'impression que nous cause le spectacle de la mer calme. De même, la tempête nous paraît encore plus terrible par la comparaison inévitable avec la tranquillité du ciel et des eaux avant le déchaînement des forces de la nature. Cette complexité de sentiments se retrouve daus toutes les manifestations du sublime.

Une division plus naturelle, et par conséquent plus juste, est celle que 1 on adopte généralement en parlant du beau, et qui consiste à considérer le sublime tour à tour dans le monde physique, dans le monde moral et enfin dans 1 art, qui est la reproduction idéale de l'un et de l'autre.

Le monde physique nous le présente, soit dans l'ensemble des êtres, soit dans les êtres particuliers, toutes les fois qu'il nous offre le spectacle de la grandeur ou de la puissance. Ainsi, les espaces immenses du ciel, de l'eau et des déserts, les grandes masses des hautes montagnes ; ainsi, les éclats du tonnerre, le débordement des fleuves, l'éruption des volcans nous offrent des spectacles sublimes. Dans la forme même de l'homme, on peut trouver des distinctions analogues. « La beauté de l'Apollon, dit Kant, sera le type du beau; celle de Jupiter représentera ie sublime... Celui qui le premier comprit toutes les femmes sous la dénomination de beau sexe rencontra plus juste qu'il ne l'avait cru, s'il ne voulut être que galant. •

Dans le monde inoral, comme dans le monde physique, nous trouvons le sublime là où se trouvent la grandeur et la puissance. Quand les facultés se révèlent par la noblesse unie à la grâce, c'est le beau ; quand etles se révèlent par l'élévation et l'énergie, c'est le sublime. La lutte contre le destin et les obstacles rend la vertu sublime. 11 peut y avoir du sublime dans la passion; Achille irrité est sublime dans l'Iliade. Enfin, la manifestation de l'intelligence par des œuvres preud aussi les caractères du sublime Ou du beau.

Tous les arts peuvent produire l'impression du sublime. L'architecture, pur le calme et l'ensemble des grandes masses, produit le sublime que Kant appelle mathématique. L'art d'écrire, et plus particulièrement la poésie, a toutes les ressources d'où naît le sublime envisagé sous ses divers aspects. Tous les arts ne peuvent pas, sans doute, sans choquer le sens du beau, arriver au sublime par le mouvement et l'action, par le mouvement des passions, par les ressorts de la terreur et de la pitié. La sculpture, qui consiste surtout dans l'ordonnance et l'harmonie des lignes, est essentiellement l'art du beau ; elle devient sublime dans les statues de Michel-Ange, dans le bas-relief de Rude, sur l'arc de triomphe de l'Etoile. La peinture ose rarement, pour viser au sublime, sacrifier l'harmonie des formes et le calme des figures ; elle y atteint par la perfection même de cette harmonie et par l'expression qu'elle peut donner aux figures. Quant à la musique, si le vague des sentiments qu'elle inspire ne lui permet guère d'atteindre seule et sans le secours des yarules au sublime du mouvement et de la passion, encore inoins au sublime de la pensée , elle reste, avec ses propres ressources, dans le sublime de l'indéfini, du sentiment poétique et religieux.

C'est par la poésie lyrique, la poésie épique, la poésie dramatique et l'éloquence que le sublime se manifeste surtout dans les œuvres littéraires. Il suffit de citer les noms d'Homère, de Pindare, d'Eschyle, de Déinosthène, de Tacite, de Dante , de Shakspeare, de Corneille, de Pascal, de Bossuet, pour rappeler des traits sublimes si frappants, que l'humanité tout entière eu a gardé la mémoire. Ces passages sublimes ne naissent pas du choc et de la combinaison des mots; la source en est au plus profond du sentiment, dans les vives émotions, dans les idées nobles et généreuses.

Les auteurs de traités de rhétorique ont reconnu en littérature trois sortes ou plutôt trois

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degrés de sublime : le sublime de pensée, qui se produit toutes les fois que nous rencontrons une idée noble et grande qui frappe l'esprit, comme le « Dieu seul est grand, mes frères! » de Massillon; le sublime de sentiment, qui est la peinture de quelque sentiment généreux, comme le « Soyons amis, Cinna, > de Corneille; enfin, le • sublime d'expression ou d'image, qui consiste ie plus souvent dans une heureuse alliance de mots, dans quelque trouvaille hardie et vraiment originale, comme le « roseau pensant » de Pascal. On sent assez ce qu'il y a d'un peu puéril dans ces distinctions, qui ne sont pas absolument fausses, mais qui sont peu nécessaires.

Quant au style sublime , dont Longin a longuement traité, etqu'à son exemple tous les rhéteurs ont admis comme constituant un des trois types du style en général (style simple, style tempéré, style sublime), il n'a de commun que le nom avec le sublime dont nous venons de parler; le style sublime n'est que le style élevé, dégénérant le plus souvent en enflure et en déclamation. Il faut être un maître comme Démosthène pour manier avec aisance ce grand style dont le propre est d'étonner et de transporter l'auditeur ou le lecteur, ou de terrasser l'adversaire par des coups imprévus, de magnifiques éclats d'éloquence. Les rhéteurs classent trop volontiers dans le style sublime le style qui n'est que majestueux. Ainsi, les discours de Thomas passent pour être écrits dans la style sublime; à coté d'eux, les Oraisons funèbres et les Sarangues, qui brillent de tant de traits vraiment sublimes, sont relativement simples et même familières. Il est clair qu'on ne peut être sublime d'une manière constante ; l'émotion que produit en nous ce genre de beauté extraordinaire deviendrait bien vite fatigante, ou plutôt la sensibilité de celui qui les rencontrerait à chaque pas ne tarderait pas à s'émousser. On n'est pas sublime quand on veut, et ne l'est pas qui veut. « D'ailleurs, comme l'a dit M. Cb. Lévêque, de l'homme le plus richement doué on n'exige, après tout, que des œuvres humaines. "Viser toujours au beau, afin de l'atteindre souvent, cela se doit, et c'est assez. Viser toujours au sublime, ce serait trop. Il suffit d'y atteindre de temps en temps, et l'on y réussit moins en le voulant emporter d'emblée qu'en s'en rapprochant naturellement par 1 impulsion graduelle et croissante du beau. »

Sublime (traité du), attribué à Longin (tue siècle de l'ère moderne). Cet ouvrage est » un chef-d'œuvre de bon sens, d'érudition et d'éloquence, » selon l'expression de Boileau, qui en a fait une traduction, excellente en quelques parties. ■ Longin, dit-il, ne s'est pas contenté de nous donner des préceptes tout secs et dépouillés d'ornements. En traitant des beautés de l'élocution, il a employé toutes les finesses de l'élocution, et en parlant du sublime, il est lui-même trèssublime... Casaubon appelle ce livre un livre d'or. > L'ouvrage de Longin ne doit cependant pas être considéré comme un traité d'esthétique. Le mot français sublime, par lequel on a traduit, faute de terme meilleur, le mot grecû^cs (littéralement élévation, hauleur), n'appartient pas ici au langage métaphysique. Ce que Longin a voulu désigner par le titre de son livre, c'est la hauteur, suivant la signification propre du terme, c'està-dire l'excellence littéraire '. hauteur dans la pensée, hauteur dans l'expression de la pensée. 11 ne sépare pas le mot de l'idée ; mais il montre en même temps que le sublime ne naît point du choc et de la combinaison des mots, et que, pour avoir besoin de leur secours pour se produire, il n'en a pas moins sa source unique dans les vives émotions de l'âme, dans les idées nobles et généreuses. Il ne réduit pas l'éloquence à des formules matérielles, ni la poésie à la versification ; en un mot, il ne sépare jamais l'art de la nature, l'expression de la pensée, le beau du vrai.

Le Traité du sublime est divisé en vingt-cinq chapitres; il débute par l'examen de cette question : Le sublime naît-il avec nous? « La nature, dit l'auteur, est ce qu'il y a de plus nécessaire pour arriver au grand ; mais, si l'art ne la dirige pas, elle ressemble à un aveugle qui erre à l'aventure, La marque infaillible du sublime, dont l'opposé est le style enflé, le style puéril et le style froid, c est quand nous sentons qu'un discours nous laisse beaucoup à penser, qu'il produit d'abord sur nous un effet auquel il est impossible de résister, et qu'ensuite le souvenir nous en dure et ne s'efface qu'avec peine. Une chose est véritablement sublime quand elle plaît universellement et dans toutes ses parties. »

D'après Longin, les sources du sublime sont au nombre de cinq : 1° une certaine élévation d'esprit, qui nous fait penser heureusement les choses; 2° le pathétique, c'està-dire cette véhémence naturelle qui touche et qui émeut; 3" une certaine tournure donnée aux figures de mots et aux figures de pensées ; 4U la noblesse d'expression, qui se divise en deux parties, le choix des mots et la diction élégante et figurée ; h° la composition et l'arrangement des paroles dans toute leur magnificence et leur dignité. C'est surtout Cette dernière source qui, renfermant en soi toutes les autres, produit le grand, le sublime.

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» Tout ce qui est véritablement sublime, dit Longin, a cela de propre, quand on l'écoute, qu'il élève l'âme et lui fait concevoir une plus haute opinion d'elle-même, la remplissantde joie et deje ne sais quel noble orgueil, comme si c'était elle qui eût produit les choses qu'elle vient simplement d'entendre. « Longin n'a nulle part cherché à donner une définition exacte du sublima ; mais celle-là est excellente.

Les exemples sur lesquels Longin s'appuie pour confirmer ses règles sont généralement bien choisis. Sa grande autorité, c'est Homère, pour lequel il professe une admiration sans bornes et qu'il cite comme un divin modèle; après Homère, Platon. Les orateurs, Démosthène, Cicéron, Hypéride, Lysias, sont aussi appelés en témoignage. Ses considérations sur l'excellence de l'esprit humain et ses faiblesses, ses décadences montrent l'élévation de sa propre pensée. Un beau modèle d'éloquence, digne de figurer parmi ceux qu'il a choisis, c'est la lettre qu'il dicta à Zénobie, reine de Palmyre, dont il était le ministre, Zénobie ne l'en abandonna pas moins à Aurélien, qui le fit périr.

Dans son troisième dialogue sur l'éloquence, Fénelon s'exprime ainsi : a Le Traité du sublime de Longin surpasse à mon gré la Rhétorique d'Aristote, Cette Rhétorique, quoique très-belle, a beaucoup de préceptes secs et plus curieux qu'utiles dans la pratique; ainsi, elle sert bien plus à faire remarquer les' règles de l'art qu'à inspirer l'éloquence et k former de vrais orateurs ; mais ie Sublime de Longin joint aux préceptes beaucoup d'exemples qui les rendent sensibles. Cet auteur traite le sublime d'une manière sublime , comme ie traducteur (Boileau) l'a remarqué; il échauffe l'imagination, il élève l'esprit du lecteur, il lui forme le goût et lui apprend à distinguer judicieusement le bien et le mal dans les orateurs célèbres de l'antiquité. «

Parmi les chapitres du Traité de Longin, on distingue principalement : 1° celui qui traite cette question : » Si le médiocre qui n'a point de défaut est préférable au sublime qui en a; » 2° celui qui est consacré à développer le pouvoir de l'harmonie qui naît de l'arrangement des mots; 3» celui qui parle des vices de style les plus opposés au sublime, c'est-à-dire l'enflure, les ornements recherchés et la fausse chaleur.

Les meilleures éditions de ce livre précieux sont celles de Tollius (1694) ; de Pearce (1724) ; de Mo rus (1769); de Toup (1778), avec d'excellentes notes de Ruhnkenius; celle de Weiske (1809); de M. Egyer (grec seul), avec les fragments et des notes (1S37. in-lS); de M. L. Spengel (1853); enfin, de M. Vuueher (Genève et Paris, IS54, gr. iu-s°). Outre la traduction de Boileau, il faut citer celle de dom Ch. Laucelot (1775, iu-8«), avec le texte, et celle de M. Pujol, qui a paru à Toulouse (1853, in-8<>), avec le texte et des notes. La question d'authenticité du Traité du sublime a été discutée avec beaucoup de talent par M. Egger dans un Essai sur l'histoire de ta critique chez les Grecs (Paris, 1849, in-8").

Sublime (traité du), de Schiller (1798, in-8"). Fendant les douze années que Schiller consacra aux études philosophiques et historiques, il avait écrit différentes dissertations sur le tragique, le pathétique, etc. Il les remania toutes après 1797 et les fit reparaître sous une nouvelle forme et sous un nouveau titre. Le Traité du sublime servit de suite au 'Traité de la grâce et -de la dignité. La première question que l'auteur se pose est de savoir ce qu'est l'art sous le point de vue moral, et il se répond que la nature morale n'est satisfaite que par l'acte moral, qui consiste dans le sacrifice et la douleur. Cette douleur morale donne à l'homme sa plus haute satisfaction, parce qu'elle répond à ce qu'il a de plus grand et de plus noble, et, loin d'enlever le sentiment du plaisir, elle ne fait que l'augmenter. Que l'art donc nous représente une action inorale basée sur une pareille souffrance, qu'il nous montre ce sacrifice héroïque dans toute sa grandeur, et, tout en émouvant notre nature matérielle de la manière la plus douloureuse, il donnera à notre nature morale la plus haute satisfaction. Ce problème est résolu par l'art tragique, et la cause du plaisir que nous prenons aux sujets dramatiques n'est pas autre part que là. A son point de vue, Schiller étudie le but de l'art tragique, et il arrive à cette définition de la tragédie : «C'est une imitation d'une chaîne d'événements qui nous montre l'homme dans l'état de souffrance et qui a l'intention d'émouvoir notre pitié.» Schiller admet la pitié, mais il repousse la terreur, parce qu'elle est produite par la lutte du héros avec la destinée. Or, Schiller exclut la destinée de l'action dramatique, qui, selon lui, cousistedans la lutte de la volonté morale contre les penchants naturels, dans le sacrifice de l'homme pour un but moral. Les conditions spéciales de l'art dramatique sont donc la souffrance de ta nature et la liberté que l'homme moral garde dans la souffrance; c'est ce qui constitue le pathétique. Mais, si la nature souffre, il faut que l'esprit triomphe d'elle en s'élevant au-dessus de la douleur; cette élévation s'appelle le sublime. L'idée inorale dans l'art est donc la grandeur tragique; le tragique s'explique par le pathétique, et le pathétique par le sublime. La souffrance humaine n'est doue pathétique et le pathétique

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n'est trafique que lorsqu'il est sublime, soit que l'homme supporte la douleur dans un calme sublime, soit qu'il lutte dans uns action sublime. Dans les deux cas, l'indépendance de l'esprit triomphe de la souffrance. Schiller eut peur de la supériorité que prenait, de par la morale, le sublime dans sa théorie, et, pour rétablir l'équilibre, il prouva que le sublime n'était pas le seui idéal humain. S'il en avait été ainsi, le bonheur manquerait à l'humai. ité, car, si la beauté seule existait, nous ne ressentirions que l'harmonie de la vie ; nous serions heureux dans les limites du monde sen.sible, et nous n'apprendrions jamais que nocis sommes destinés a agir comme des intelligences pures. L'expérience nous apprend que la raison et la sensualité ne s'accordent pas ensemble; c'est dans ce contraste même qu'est le charme du sublime. Le beau rend service à l'homme, le sublime an pur esprit. Tous deux doivent s'unir pour que l'éducation esthétique soit complète. Sans la beauté, il v aurait une lutte éternelle «ntre notre esprit et noue humanité; sans Je sublime, la beauté nous ferait oublier notre dignité. Ce sont les deux guides de ]a vie, dit Schiller. Le contraire du beau est le commun; le contraire du sublime est !e bas, qui n'est pas seulement commun, mais a pour but le commun. I.e bas et le commun (Schiller en a fait l'objet d'un petit traité particulier) sont exclus <le la forme, mais non pas du domaine de l'art. Schiller, en cherchant a réconcilier la morale et l'esthétique, avait mécontenté liant, qui trouvait son idéal beaucoup trop sensuel et ne voulait pas que le penchant, quel qu'il fût, devînt jamais un ressort moral; d'un autre côté, il n'avait pas satisfait complètement Gœthe, qui trouvait son idéal beaucoup trop inoral ; Schiller pourtant, en vrai poète, se rapprochait bien plus de la manière de voir de Gœthe que de celle de Kant et prenait l'esthétique pour base de toutes choses.

SUBLIMÉ, ÉE (su-bli-mé) part, passé du v. Sublimer. Volatilisé par la chaleur et ramené ensuite à l'état solide par le refroidissement: Mercure sublimé. La fleur du soufre n'est que du soufre sublimé. Tous les métaux sont susceptibles d'être sublimés par l'action du feu. (Buff.) '

— Fig. Epuré, perfectionné, débarrassé de sa partie grossière : Depuis 1789, le peuple tant entier se dilate dans l'individu sublimé. (V. Hugo.) Stiphû ne vit dans l'amour que le délire des sens ou le plaisir physique sublimé. {H. Beyle.)

— s. m. Chinr. Corps volatilisé et recueilli àl'état solide: Les sublimés offrent généralement une grande pureté. || Sublimé corrosif ou simplement Sublimé, Deutochlorure de mercure, substance blanche, acre, caustique, vénéneuse au premier degré ; Dans la Bolivie, le sublime corrosif est vendu en plein marché de comestibles. (Rabin.) il Sublimé doux, Côlomel ou protochlorure de mercure.

— Fig. Ce qu'il y a de plus raffiné, de plus parfait dans son genre, en bonne ou en mauvaise part: Avons-nous pu croire que le roi ferait seul mouvoir le pouvoir exécutif? Nous aurions fait le sublimé du despotisme. (Mirab.) Il Inus.

— Encycl. Mat. méd. Les effets du sublimé corrosif sur l'économie animale varient suivant que cette substance est administrée h petites doses souvent répétées ou à haute dose ot d'un seul coup; dans le premier cas, c'est-à-dire lorsqu'il s agit de l'administration journalière de OSr,0OS, du ogr,020 ou de 0gr,028, il peut en résulter uue sécrétion de salive plus ou moins abondante avec ou suns gonflement des gencives, et même avec ulcérations sur divers points de la bouche, ulcérations qui en imposent fréquemment aux praticiens lorsqu elles siègent au voile du palais ou dans la cavité du pharynx, parce qu'alors ils les prennent pour des ulcérations syphilitiques, A cet état succède une haleine fétide, un vacillement des dents et même leur uhuie. Les joues et la tête se tuméfient, deviennent douloureuses; la voix s'éteint, et si, malgré ces accidents, on prolonge l'administration des préparations mercurielles, alors se montrent la eardialgie, les mauvaises digestions, la diarrhée, un amaigrissement considérable, la phthisie pulmonaire, un tremblement des membres avec ou sans paralysie, et la mort survient. Ces derniers symptômes, le tremblement et la paralysie des membres, sont le résultat presque inévitable du travail des ouvriers qui exploitent les mines de mercure.

Lorsque le sublimé est pris à l'intérieur et à haute dose, il empoisonne et donne lieu aux symptômes suivants : saveur cuivreuse des plus désagréables, nausées, vomissements, douleurs vives dans la gorge, le long de l'œsophage et principalement dans l'estomac. Les douleurs sont tellement cuisantes >que les malades entrent dans une agitation extrême, se roulent sur le carreau, exécutent les mouvements les plus désordonnés. A cet état succède un abattement complet, dans lequel les membres sont abandonnés k euxmêmes ; la peau estfroide, couverte de sueur, la face pale, décolorée, les yeux ternes, abattus, exprimant la souffrance et l'horreur de la position d'une personne qui sent qu'elle n'existe plus que pour mourir; les lèvres et la langue blanches, contractées ; la soif vive, la déglutition tellement difficile et doulou-

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reuse que les moindres gorgées de liquide donnent lieu, par l'irritation qu'elles déterminent, à des contractions spasmodiques de l'œsophage et de l'estomac, suivies de vomissements de matières blanches, muqueuses, filantes et de matière bilieuse verte, lorsque les efforts des romissements sont prolongés; la matière de ces vomissements ne bouillonne pas sur le carreau et n'agit pas sensiblement sur le papier de tournesol. La pression du cou est douloureuse; une sensation de chaleur et de cuisson existe sur tout le trajet de l'œsophage; la peau de l'abdomen est froide dans tous ses points; la région épigasirique est très-douloureuse sous la pression ; des évacuations alvines nombreuses ont lieu, et les envies d'aller à la selle se ré- • pètent avec tant de force et si brusquement que le malade est le plus souvent obligé d'y céder dans son lit. Des étreintes et un sentiment très-vif de cuisson accompagnent ces déjections. Les battements du oœursont profonds, lents, le pouls petit, filiforme, à peine sensible; la respiration s'exécute avec lenteur; plus tard, l'abattement augmente, la sensibilité S'éteint dans les membres ; on peut pincer la peau des jambes et des cuisses sans que le malade en éprouve la moindre sensation ;des sueurs froides, abondantes surviennent; le pouls diminue de plus en plus, et le malade expire dans la prostration la plus grande, après avoir conservé jusqu'au dernier moment l'intégrité parfaite de ses facultés intellectuelles.

A l'autopsie, on trouve une tuméfaction de la luette et des piliers du voile du palais, avec teinte violacée de ces parties; l'épiglotte injectée ainsi que les cartilages du larynx et toute la cavité de la trachée, injection et rougeur qui s'étendent même jusqu'aux plus petites ramifications des bronches ; l'œsophage d'une couleur blanchâtre, mais quelquefois profondément altéré ; c'est le cas où des portions de sublimé solide y ont séjourné pendant un laps de temps plus ou moins long; estomac contracté et enfoncé sous les côtes. Sa surface extérieure, violette, est tachetée de points d'un rouge brunâtre, disséminés principalement le long de ses deux courbures et donnant à cet organe l'as-

I ect d'un granit rouge à fond violet. Des ecchymoses nombreuses le long de l'insertion des deux épiploons, avec teinte noire trèsprononcée ; l'intestin grêle et le gros intestin en général peu injectés, en sorte qu'il résulte un contraste extraordinaire entre ces deux aspects si différents. Vue à l'intérieur, la membrane muqueuse gastrique est de couleur rouge brique, les replis sont noirs; elle présente des érosions multipliées; to*us les vaisseaux, fortement injectés, ne forment qu'un lacis noirâtre. Parfois, et c'est surtout le cas où une portion de sublimé a séjourné longtemps dans l'estomac, on trouve une plaque grisâtre, provenant d'une décomposition de sublimé dans l'épaisseur même du tissu, à la surface de laquelle ii existe une couche blanchâtre, qui n'est autre chose que du calomélas. Quelquefois il existe des taches rougeâtres ou noirâtres dans les cavités du cœur, ainsi qu'à la fin du gros intestin ; le cerveau peutaussi être gorgé de sang.

II résulte des expériences de tirodie,. Smith et Oifila, que ce poison peut être absorbé et causer ia mort plus ou moins promptement, alors qu'il a été seulement appliqué sur le tissu cellulaire des animaux. Il parait porter son action principale : l« sur le lieu où il est appliqué comme corrosif; 2° sur le cœur, en diminuant sa contractilité ; 3° sur le système nerveux.

Voici quel est le traitement proposé par le professeur Bouchaidat contre l'empoisonnement par le sublimé corrosif : «Orrila, ditil, a découvert que l'albumine était un excellent contre-poisou du sublimé corrosif; en effet, son efficacité a été reconnue dans de nombreuses expériences; c'est une substance d'un emploi fréquent, à la portée de tout le monde, d'une complète innocuité. Dès les premiers symptômes qui caractérisent l'empoisonnement, on fera prendre aux malades quelques verres de blancs et de jaunes d'œufs délayés dans l'eau. On évitera de donner un grand excès d'albumine oui, si elle n'était pas vomie, pourrait dissoudre une petite partie du précipité à mesure qu'il se formerait. 11 serait bon de faire avaler en même temps, ou le plus tôt que l'on pourra s'en procurer, 50 grammes de gelée de persulfure de fer, ou 10 grammes de fer réduit par l'hydrogène, dont nous avons, Sandras et moi, démontré l'efficacité dans les cas d'empoisonnement par les sels mercuriels. 11 est indispensable de favoriser les vomissements et les évacuations alvines par d'abondantes boissons aqueuses ou mucilagineuses. Cullerier s. pu sauver deux cents malades qui avaient pris mi excès de sublimé, en leur faisant avaler k chacun, dans les vingt-quatre heures, 7 ou 8 litres de lait, de décoction de graine de lin et d'eau tiède.» Nous venons de voir que Bouchardat a une grande confiance dans 1 hydrate de persulfurede 1er: mais Ai.Hlialhe, dont les expériences ont fait connaître le sulfure de 1er hydraté comme le meilleur contre-poison des sels de mercure, regarde la substance recommandée par Bouchai dat comme un protosulfure impur et pose en pii.icipe qu'il tant recourir exclusivement au protosulfure de fer hydraté. Ce contre-poison a la sanction d'Qrlila, qui a reconnu qu'

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le protosulfure de fer anéantit complètement les propriétés vénéneuses du sublimé corrosif, s'il est administré à dose suffisante immédiatement après l'ingestion de ce poison, et qu'il est inefficace s il n'est donné qu'au bout de dix ou quinze minutes. Il suit de là que l'on peut toujours regarder l'albumine comme un contre-poison précieux, parce qu'on peut presque toujours se la procurer plus promptement que le sulfure de fer hydraté.

Le sublimé corrosif est très-employé en thérapeutique, 11 se donne à l'intérieur, à la dose de Ogr,005 à 0gr,05, ordinairement associé à l'opium par parties égales ; en bain, à la dose de 10 à 30 grammes, que l'on fait

; préalablement dissoudre dans dix fois son poids d'alcool. Pour faire des lotions et des injections, Trousseau employait habituellement la formule suivante : il faisait faire une solution de 10 grammes de sublimé dans 100 grammes d'alcool, et il faisait meure une

. cuillerée à café de cette solution dans uu demi- litre d'eau très-chaude. En pommade, le sublimé s'unit e.ux graisses et au céiat dans la proportion d'un cinquième et même d'un dixième. Dans le but de porter directement ies vapeurs hydrargyriques sur ia menbrane muqueuse du larynx et des bronches, dans les affections chroniques de la membrane muqueuse et des voies aériennes , Trousseau a imaginé des cigarettes meniurielles que l'on prépare en étendant sur du papier, avec un pinceau, une solution titrée de bichlorure de mercure qu'on laisse sécher; on étale ensuite par-dessus cette première solution une solution de potasse également titrée. Il se forme alors du bioxyde de mercure et du chlorure de potassium qui reste sur le papier. Lorsqu'on fume ces cigarettes mercurielles, le bioxyde Se trouve réduit par le carbone du papier, et le mercure métallique se volatilise. Les préparations qui ont pour base le sublimé corrosif se distinguent en deux séries ; l<> celles qui contiennent, le sublimé corrosif sans altération, comme la liqueur de Van Swieten, l'eau rouge d'Alibert, la pommade de Cyrille, etc.; 2" les préparations dans lesquelles le sublimé corrosif éprouve des changements qui font que ce médicament ne possède plus toute son action; ce sont surtout les matières organiques qui font subir au sublimé ce genre d'altérations; ou sait, en effet, que les matières animales, la chair, la peau, etc., trempées dans le sublimé, forment une combinaison avec ce Sel ; elles prennent de la consistauoe et deviennent imputrescibles ; propriété qui a été mise à profit pourla conservation des pièces anatomiques. C'est dans cette deuxième série que l'on doit placer les pilules de sublimé au gluten, les pilules mercurielles d'Hoffmann et celtes de Dupuytren. Lorsqu'on veut enlever au sublimé sa causticité, on l'associe avec Je lait| d'émulsion d'amandes, le lait de poule, le gluten, l'albumine; c'est ce qu'a fait le docteur Olivier dans ses biscuits dépuratifs dulciflés. Disons en terminant que le sublimé est souvent donné dans les affections syphilitiques.

— Chim. V. mercure (chlorure de).

SUBL1MEMENT adv, (su-bli-me-man~ rad. sublime). D'une façon sublime : SuBU- MisMiiNT pensé. Sublimement écrit, u Peu usité.

SUBLIMER v. a. ou tr. (su-bli-mé — rad. sublime). Volatiliser par la chaleur, et ramener ensuite à l'état solide par le refroidissement : Sublimer du soufre, du benjoin.

— Fig. Purger de tout mélange impur ou étranger : En matière de civilisation, il ne faut pas raffiner, mais sublimer. (V. Hugo.) Sublimer tu société, ce n'est pas un soin qui se puisse arbitrairement confier à des mains inhabiles ou inexercées. (E. de Gir.) On amplifie la doctrine en poèmes, on la fixe en catéchismes, on la sublime eu philosophies. (H.- Taine.)

Se sublimer v. pr. Etre sublimé : L'or, qui est le plus fixe de tout (es métaux, ne laisse pas de sis sublimer par ta chaleur. (Buff.)

SUBLIMISER v. a. ou tr. (su-bli-mi-zè — rad, sublime). Rendre sublime; élever jusqu'au suhlime : Sublimiser sa pensée, il Ne s'emploie guère qu'en plaisantant.

SUBLIMITÉ s. f. (su-bli-mi-té — rad. sublime). Caractère de ce qui est sublime : La sublimité du style. La sublimité du dévouement. La sublimité des lois de la nature peut se passer de l'emphase et de l'obscurité de nos expressions. (B. de St-P.) Pascal a tour à tour la hauteur et le pathétique de Corneille, ta plaisanterie profonde de Molière, la magnificence et la sublimité de Bossuet. (V. Cousin.)

— Hist. Titre d'honneur par lequel on désignait la personne des premiers ofliciers des rois pi-'hs: Voire Sublimité.

SUBMNÉAIRE adj. (sub-li-né-è-re — du préf. sîi'i, et de linéaire). Qui est presque lin> ire, presque réduit à une ligne.

SUBLINGUAL, ALE adj. (sub-lain-goual — du pref. sub, sous, et du lat. linyua, langue). Anat. Qui est situé sous la langue : Glandes sublinguales. Veines, altères sublinguales. La seule glande salivuire que possède l'oiseau est la sublinguale, gui se borne à sécréter la matière visqueuse favorable à ia déglutition. Toussenel.)

SUBM

— EnCycl. Artère sublinguale. Elle naît tantôt de la faciale et tantôt de la linguale, dont elle parait êtro alors une branche de bifurcation, l'autre étant la ranine. Elle se porte en avant dans la langue, entre le muscle mylo-hyoïdien et le génio-glosse, et se divise en deux branches; l'une est l'artère du filet, l'autre envoie des minuscules à chacun des trous incisifs placés derrière les dents du même nom.

— Glande sublinguale. Elle est située dans la fossette du même nom sur le côté de la symphyse du maxillaire. Sa forme est olivâtre et son volume variable. Elle se com-

ftose d'un certain nombre de glandules isoécs dont les conduits excréteurs aboutissent aux sept ou huit canaux de Rivinus chargés de déverser la salive le long de la crête sublinguale. Les artères de cette glande salivaire viennent de la sous-mentale et de la sublinguale ; ses veines portent le même nom et ses nerfs nombreux émunent du lingual.

— Ganglion sufiliHj/ual.V.SPHÉNO-PALATiN.

SUBLOBÉ, ÉE adj. (sub-lo-bé — du préf.

sub, et de lobé). Hist. nat. Presque divisé en lobes,

SUBLUISANT, ANTEadj. (sub-luî-zan,an-te

— du préf. sué, et de luisant). Qui a un faible éclat.

SUBLUNAIREadj. (sub-lu-nè-re — du préf.

sub, et de lunaire ).Q[ii est situé entre la lune et la terre : Région sublunairk. Espaces SUB- LUNAIres. u Se dit, le plus souvent pur plaisanterie, de la terre et de ce qui lui appartient : Le globe sublunairk. Les êtres Sublunairiïs. Dans ce monde sublunaire , tout , à peu près, est songe et mensonge. (De Ség'ir.) Les gens du ciel aiment Bouvent à rire Des passions du sublunaire empire.

Voltaire.

SUBLUXATION s. f. (sub-iu-ksa-si-on — du

J)réf. sub, et de luxation). Ch'tr. Luxation égère ou incomplète.

SUBLYRÉ, ÉE adj. (sub-li-ré — du préf.

sub, et de lyre). Hist. nat. Dont la forme approche de celle d'une lyre.

SUBMAMELONNÉ, ÉE adj. (su-bma-melo-né — du prêt, sub, et de mamelonné). Hist. nat. Qui a des mamelons peu saillants.

SUBMARGINAL, ALE adj. (su-bmar-ji-nal, a-le — du pref. sub, et de marginal). Hist. nat. Situé presque sur le bord.

SUBMARIN, INE adj, (su-bma-rain, 1-ne

— du préf. sub, et de mari'»). Qui est immergé dans les eaux de la mer. Il On dit plus ordinairement sous- marin.

SUBMEMBBANEUX, EUSE adj. (su-bnmnbra-neu, eu-ze — du préf. sub, et de membraneux:). Hist. nat. Qui approche de la forme membraneuse.

SUBMENTAL, ALE adj. (su-bman-tul, a-le

— du préf. sub, et de mental). Anat. Situé sous le menton.

SUBMERGÉ, ÉE (su-bmèr-jé) part, passé du v. Submerger, Couvert par les eaux : Pays submergé par l'inondation. Les inondations du Nil durent, pendant des siècles, écarter tous les colons d'une terre submergée ?ualre mois de l'année. (Volt.) Il Englouti par es eaux : Le brick le Vautour faillit être submergé et allait couler lorsqu'il fut secouru. (Thiers.) Il Noyé, étouffé par les eaux : Les gens du docteur craignaient d'être submergés par les eaux du Gange, qui déborduient déjà leurs rivages. (B. de St-P.)

— Par ext. Qui a péri dans quelque cataclysme, par l'effet de quelque révolution :

. ..... Nous submergés, c'est vous

Qui serez engloutis si Je torrent déborde.

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