‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 748 sur 1059 · AM.ER SB FAIRE F · texte numérisé non relu

AM.ER SB FAIRE F

Les fleurs Ont le don de vous plaire ;

SUCR

Les cœurs Vous les envoyez faire..., Avec un ton plein de fierté.

Le mien, craignant pareille enance.

Dans la peur d'être rebuté,

S'alla faire sucre d'avance !

Il A l'époque du blocus continental, une caricature représentait le vieux George III, qui, de la côte d'Angleterre, jetait à la tête de Napoléon, sur la rive opposée, une énorme betterave, en disant : « Va te faire sucre. » Cette plaisanterie britannique passe pour étro l'origine de notre locution ; elle n'en est peutêtre qu'une application maligne, et le mot sucre pourrait bien avoir été choisi pour remplacer le mot plus grossier foutre, uniquement k cause d'une certaine ressemblance de son. C'est, du reste, ce qui est arrivé dans une foule de cas analogues.

— Argot des théâtres. Morceau de sucre, Salve d'applaudissements qui accueille un acteur à son entrée en scène et l'accompagne a sa sortie ; Recevoir son morceau de svjcris. Les acteurs s'abonnent avec le chef des claqueurs, et l'on a cité une actrice qui, en dix mois, avait dépensé cent mille francs de morceaux de sucre.

— Chim. Acide du sucre. Ancien nom de l'acide oxalique, qu'on a obtenu pour la première fois en traitant le sucre par l'acide nitrique, il Sucre de glands. V. qoercitb. Il Sucre inta'verti, Sucre de canne ou de betterave dont le pouvoir rotatoire, qui est dextrogyre, est devenu lévogyre. Il Sucre du foie, Sucre des urines, Sucre de diabète, Gtycose animale, Matière semblable au sucre de raisin, qu'on trouve dans le parenchyme du "foie et dans l'urine des diabétiques.

— Pharm. Sucre d'alun, Mélange à parties égales d'alun et de sucre. Il Sucre hëlicië, Saccharure d'escargots, il Sucre de lichen, Saccharolé de lichen, il Sucre mercuriel, Mélange de sucre et de mercure éteint. Il Sucre noir, Suc ou jus de réglisse. Il Sucre orangé purgatif, Mélange de jalap, de crème de tartre soluble, d'essence d'orange et de sucre. Il Sucre de plomb ou de Saturne, Acétate de plomb. |] Sucres tisanes, Morceaux de sucre imprégnés des principes actifs ordinairement cris sous forme de tisane, et qu'il suflit de dissoudre dans l'eau chaude. Il Sucre vermifuge, Médicament composé de mercure, d'éthtops minéral et de sucre, qu'on appelle aussi mercure saccharin.

— Bot. Canne à sucre, Grande espèce de graminée dont on extrait du sucre.

— Encycl. Indust. et comm. Le sucre n'a commencé a être connu des Européens que dans les premières années du xmE siècle. Les compagnons de Godefroi de Bouillon à la première croisade (1099) furent les premiers d'entre les Français à qui les propriétés de la canne 'a sucre furent révélées, mais ils se contentèrent d'en user en Syrie, sans songer à la transplanter en Europe. Ils la considérèrent, non sans raison, comme un de ces végétaux propres aux pays chauds, qu'il est difficile d'acclimater dans nos régions plus froides, et ils n'en essayèrent même pas 1 acclimatation. Cette plante, dont le suc, disaient-ils, était plus doux que le miel, leur parut une production que le ciel avait réservée à l'Orient, et particulièrement à cette terre promise qui avait donné naissance à Jésus-Christ. Ils avaient vu les enfants du pays en manger les jeunes pousses, et ils les imitèrent; ils en mâchaient ou suçaient les parties plus fermes, comme aiment à le faire les jeunes enfants dé1> nègres dans nos colonies d'outre-mer. Les guerriers pèlerins la virent avec joie cultivée dans plusieurs provinces de la Syrie, et principalement dans le territoire de Tripoli, dont les habitants avaient ou reçu de piusloin ou trouvé le secret d'en extraire, en la battant au moulin, la substance agréable et nourrissante. C'est ce qu'Albert d'Aix, un des plus anciens historiens des croisades, nous apprend dans son Ve livre, chap. xxxvn. Le même Albert d'Aix nous apprend encore qu'elle fut d'un grand secours aux chrétiens durant la cruelle famine qu'ils souffrirent aux sièges de Marra et d'Archas.

La canne à sucre, aujourd'hui objet d'un commerce si important, avait été jusque-là ignorée en Occident. Les pèlerins la firent connaître en Europe, mais on se contenta longtemps d'en parler comme de ces productions particulières il l'Orient que l'état des relations commerciales d'alors rendait tros-s difficiles à se procurer, et ce ne fut que vers la fin des croisades que quelques plants eii furent transportés en Sicile et dans l'Italie ■méridionale, où ils prirent assez bien. Déjà les Arabes en avaient introduit la culture en Espagne, dans quelques parties de l'Andalousie et du royaume de Grenade; maison ne l'ycultivaitque comme plan teexotique, comme le palmier, le figuier d'Afrique, etc.; c'était une plante plutôt curieuse qu'usuelle. Les médecins arabes, toutefois, en usaient dans le traitement des maladies, et elle était inscrite dans leurs codex pharmaceutiques (Ch. Romey, Hist. d'Espagne). Le sucre n'a commence à être véritablement connu en Europe, comme nous l'avons dit, que plus de cent trente ans après la première croisade, sous le règne de l'empereur Frédéric II et vers 1230. Des juifs du Maghreb, qui, quelque temps auparavant s'étaient établis en Sicile,y avaient

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obtenu des terres de cet empereur, souverain alors de cette Ile, ainsi que du royaume de Naples, et ils y avaient particulièrement cultivé, avec l'indigo, l'alcliana et quelques autres plantes étrangères, cette sorte de canne, de laquelle ils savaient tirer le sucre. Frédéric sentit toute l'importance do Cette culture, et l'on conserve aux archives de la Zeccha, à Naples (Register Frederici, fol. 36), une lettre de lui au gouverneur de Palerme, dans laquelle il lui ordonne d'en prendre un soin particulier. Nous donnons ici le texte même du passage dô cette lettre relatif au sujet de cet article, comme un très-curieux spécimen du latin officiel de ce temps et des préoccupations économiques des souverains au xme siècle :

» Significasti eliam nobis per capitula ipsa te concessisse pluribus de Judsis ipsis 'mullas terras, in quibus debenl seminare alchanam et indicum, et alia. diversa semina qux cresctmi in Garbo, nec sunt in parlibus Siçilis adhuc visa crescere... Mandamus quod des operam, quod semina bene colantur et diligenter... Et mittimus litleras noslras Bicardo Filangerio, ut inveniat duos homines, qui bene sciant facerere zaccarum, ut illos mittatin Panormum pro zaccaro faciendo. Tu vero facias etiani quod doceant alios, quo non possit deperire ars talis in Panormo de Levi. «

On voit par cette pièce combien l'empereur avait à cœur de ne pas laisser péricliter cet art naissant, producteur d'une denrée qui devait devenir d'un usage universel. Ces deux homines sachant faire le sucre, que Frédéric II avait ordonné à Richard Fiîangieri de chercher et que celui-ci trouva et envoya à. Palerme pour y exercer leur art et l'apprendre à d'autres, ces deux juifs devinrent pour nous les premiers promoteurs et exploiteurs de cette nouvelle source de bien-être et de richesse. On a vu , k l'article café, comment cette plante fut apportée en Amérique. La canne à sucre y fut aussi importée de même. Les Espagnols, qui eurent au xme, au xivo et auxve siècle des relations tellement intimes avec la Sicile, que la maison d'Aragon y devint souveraine, y apprirent l'art de Lévi, et, avec la canne à sucre, ils l'introduisirent, au xvie siècle, k Madère et dans les colonies «l'Amérique, où il a pris le développement et l'importance que nous lui voyons aujourd'hui. C'est ainsi que les deux plus notables productions actuelles du nouveau monde n'en sont point, comme le chocolat, originaires, ce qui ne les a point empêchées de laisser bien loin derrière elles le chocolat dans le commerce et dans l'industrie de cette partie du globe.

Au moyen âge, le sucre n'était guère considéré que comme un médicament; il se vendait à l'once chez les apothicaires; mais par suite du développement que prit, au xvo et au xvio siècle, la culture de la canne au Brésil et surtout dans les possessions françaises et anglaises de la mer des Antilles, ces colonies purent bientôt exporter des quantités très-impurtiintes de sucre. En 1745, cette exportation fut évaluée à 125 millions de kilogr. Le sucre colonial arrivait à l'état brut sur les marchés européens, comme cela a lieu aujourd'hui encore ; il était épuré et converti en sucre blanc, puis moulé en pains, dont la forme n'a point varié depuis, dans des raffineries qui, dès 1050, existaient à Amsterdam, à Hambourg, à Dresde et dans quelques autres villes. Au commencement du xvme siècle, des raffineries furent établies en France sur plusieurs points du territoire; Rouen et Orléans devinrent les principaux centres de cette industrie, qui ne prenait qu'une extension fort restreinte, car en 1812, époque où la fabrication du sucre de betterave commença à être pratiquée , la. consommation du sucre en France atteignait à peine 20 millions de kilogrammes.

La présence du sucre dans différentes racines, et principalement dans la betterave, avait été démontrée, vers 1747, par Marggtaf, célèbre chimiste allemand; mais cette découverte, restée à l'état d'expérience de laboratoire, ne reçut son application pratique qu'en 1796 par Achard, autre chimiste, qui établit la première fabrique de sucre de betterave îi Cunern, en Silésie. Le succès de cette entreprise engagea l'industrie allemande à monter aussitôt plusieurs usines du même genre; quelques années après, deux fiibriques se montèrent en France, aux environs de Paris. Toutefois, vu son prix de revient trop élevé, le sucre de betterave ne put soutenir la concurrence avec le sucre de canne, et sa fabrication subit un arrêt d'une dizaine d'années. Pendant le blocus continental, conséquence de la guerre de la France avec l'Angleterre, le sucre ayant atteint des prix exagérés, on reprit les essais de fabrication en 1810, avec des betteraves récoltées dans les environs de Paris. Les résultats furent peu encourageants d'abord ; le Sucre avait mauvais goût et revenait brut à 1 fr. 80 le kilogramme. Cependant, en 1811 et 1812, le gouvernement ayant mis à la disposition du ministre de l'agriculture 100,000 arpents de terre, l million de francs et une exemption de tous droits et impôts quelconques sur le sucre indigène pendant quatre années, des sucreries s'élevèrent dans presque toutes le3 contrées de la France. Mais bientôt, le blocus continental ayant été levé, les sucres indigènes ne purent supporter la concurrence des produits coloniaux, et la plupart des fabri-

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ques renoncèrent à produire du sucre de betterave. Quelques-unes persistèrent. Figuier, pharmacien a Montpellier, venait de découvrir (1811) le pouvoir décolorant du charbon d'os calcinés en vase clos ; Benjamin Delessert (1812) avait trouvé un procédé pour rendre les pains de sucre de betterave tout aussi beaux que ceux de sucre de canne ; Vilmorin était parvenu a créer, par la sélection, une sorte de betterave blanche se rapprochant du type de la betterave de Silésie, la plus riche en sucre ; le nombre des fabriques s'augmenta peu à peu.

En 1829, cent fabriques fonctionnaient déjà en France, petites fabriques, il est vrai, car leur production n'atteignait pas 5 raillions de kilogrammes de sucre; mais, en 1832, laproduction avait plus que doublé et, en 1836, elle se trouvait décuplée. A cette époque, la France tenait le premier rang dans l'art d'extraire le sucre de la betterave. L'Allemagne, où cette industrie avait pris naissance, était restée stationnaire, et ce n'est que de 1832 il 1836 que l'on s'y mit à appliquer les nouveaux procédés de la fabrication française.

En 1837,on comptait en France 436 usines. La loi du 18 juillet 1837, en frappant lo sucre brut indigène d'un impôt do 15 francs par 100 kilogrammes, fit disparaître 166 fabriques, et la production tomba aussitôt audessous de la moitié de ce qu'elle était précédemment. Le Nord seul, pays d'une culture intensive et produisant à bon marché le combustible et la main-d'œuvre, put supporter ce lourd impôt, si léger cependant si on 1g compare à celui de 1874, qui est de 73 francs.

Peu à peu cependant, par le perfectionnement des machines servant à l'extraction du jus, par un meilleur emploi de la vapeur, par l'abaissement du prix de transport, conséquence de l'établissement de canaux et de nombreuses lignes de chemins de fer, la sucrerie indigène put regagner le terrain perdu. Il y eut plus encore : malgré l'accroissement continuel des impôts sur le sucre, car nos législateurs semblent le considérer comme la iniitière imposable par excellence, la production reprit bientôt son mouvement ascensionnel. Ainsi, en i850, elle dépassait 61 millions, et, en 1858, 123 millions de kilogrammes.

Voici, d'ailleurs, un tableau de la production du sucre indigène d'après l'Annuaire du commerce et de l'industrie du sucre , par M. Ch. Bivort.

ANNÉES

tfOMBRB D'USINES.

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