‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 75 sur 1059 · V. Hugo · texte numérisé non relu

V. Hugo

a Le postillon frappa avec le manche de son fouet ; rien ne bougea dans l'hôtel.

« Frappe plus fort, « dit Justin.

» Au moment où le postillon se disposait k traiter la porte de l'hôtel de France comme Sumxoti traita jadis les portes de Gaza, une fenêtre s'ouvrit, et la mèche blanche d'un bonnet de coton parut k la croisée. »

Albéric Second.

« Une commotion terrible ébranla dans toute son étendue la toile qu'una araignée avait tissée. Celle-ci crut arrivé le jour suprême de la dissolution de la nature. C'était une abeille qui, prisonnière un instant daus cette citadelle de fils entrelacés, en avait. par une secousse vigoureuse, brisé les portes, dont elle entraînait les débris sur ses ailes, comme Samson lorsqu'il chargea sur ses épaules les portes des Philistins. «

HlPPOLÏTE ItlGAULT, 3° S'enae-vellr aour lea ruiuea du temple.

• Je crois que votre Discours sur l'étude est celui de vos ouvrages qui m'a fait le plus de plaisir, soit parce que c'est le dernier, soit parce que je m'y retrouve. Somme lotulo

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vous êtos un grand penseur et un grand metteur en œuvre ; mais ce n'est pas assez de montrer qu'on a plus d'esprit que les autres. Allons donc, rendez quelque service au genre humain; renversez le fanatisme, sans pourtant risquer de tomber sous les ruines du temple. '

Voltaire.

» Esprits vastes, mais inquiets et turbulents, capables de tout soutenir, hors le repos; qui tournent sans cesse autour du pivot même qui les fixe et qui les attache, et qui, semblables a Samson, sans être animés de son esprit, aiment encore mieux ébranler l'édifice et être écrasés sous ses ruines, que de ne pas s'agiter et faire usage de leurs talents et de leur force. Malheur au siècle qui produit de ces hommes rares et merveilleux. 1 et chaque nation u eu là-dessus ses leçons et ses exemples domestiques. »

Massillon.

« Législateurs, la licence, ce fantôme effrayant de la liberté, vous poursuivra dans cette même salle, sous ces mêmes voûtes où, comme Samson, vous avez rassemblé le peuple, et vous vous ensevelirez comme lui sous les débris du temple, pour en avoir ébranlé les plus fortes colonnes, la sûreté personnelle et la propriété. »

Rivarol.

• La presse est le pilier qui soutient l'édifice ; Les afficheurs publics sur ses bords anguleux Peuvent coller parfois des feuillets scandaleux;

Qu'importe! ce pilier est le ferme soutien Qui fait notre salut et doit foire le tien ; Et si, nouveau Samsùn, aveugla de délire, Tu sapes ce pilier où le peuple vient lire, ' La poutre des lambris qui se démoliront Sur le pavé du temple écrasera ton front. •

Barthélémy.

o Voltaire! immense génie de destruction, à qui la Providence avait donné un bélier formidable pour abattre cet échafaudage de rhétorique païenne et de religion de palais qui pesait sur la France ; aveugle Samson qui ne se doutait guère qu'il allait s'ensevelir lui-même sous les ruines du temple, avec ses deux bras de géant : sa littérature et sa philosophie. •

(Revue des Deux-Mondes.)

4" Samson el Dalila. Y. DaLII.A.

Snmaon AgonUtc*, tragédie anglaise de Milton, œuvre de sa vieillesse. Le poète s'est peint dans la personne de l'Israélite aveugle, prisonnier et malheureux. : noble manière da se venger de son siècle. Le jour de la fête de Dagon, Samson obtient la permission de respirer un moment à la porte de sa prison, à Gaza; là il se lamente sur ses malheurs. » Je cherche ce lieu solitaire pour donner quelque repos à mon corps ; mais je n'en trouve point à mes pensées inquiètes : comme des frelons armés, elles ne m'ont pas plus tôt rencontré seul, qu'elles se précipitent en foule sur moi et me tourmentent en me rappelant ce que je fus et ce que je suis... Le plus grand de mes maux est la perte de ma vue : aveugle au milieu de mes ennemis! Oh ! cela est pire que les chaînes, la mendicité, la décrépitude 1 le plus vil des animaux est au-dessus de moi : le ver rampe, mais il voit. Et moi, je suis en pleine lumière plongé dans les ténèbres 1 O ténèbres! ténèbres 1 ténèbres irrévocables, éclipse totale sans aucune espérance de jour! Si la lumière est si nécessaire à la vie; s'il est vrai que la lumière soit dans l'âme, pourquoi la vue est-elle confiée au tendre globe de l'œil, si susceptible d'être éteint? Ah! s'il en eût été autrement, je n'aurais pas été exilé de la lumière pour vivre dans la terre de la nuit, captif chez des ennemis inhumains. »

On croit que, par ces dernières paroles, le poëte faisait allusion à l'exécution du second Henri Vane.

Samson, mené à la fête de Gaza pour amuser les convives, prie Dieu de lui rendre sa force ; il ébranle les colonnes de la salle du banquet et périt sous les ruines immenses dont il écrase les Philistins, comme Milcon en mourant a enseveli ses ennemis sous sa gloire. Cette tragédie est mêlée de chœurs à l'imitation de l'antiquité. «On sent dans cette pièce, dit M. Viliemain, que le poète aveugle et malheureux se met involontairement à la place de son héros et souffre de toutes les douleurs qu'il exprime. C'est lui-même qu'il représente captif, aveugle et le jouet de ses ennemis. Milton avait eu la pensée de mettre en tragédies un grand nombre de traits do l'histoire sainte. La tragédie de Samson Agonisiez fait peu regretter qu'il n'ait pas suivi ce dessein ; elle manque à la fois de régularité et de mouvement dramatique. C'est une longue déclamation où brillent quelques éclairs de génie. • M. Viliemain est un maître en fait de goût ; cependant nous nous permettrons de trouver son jugement bien sévère; il y a dans Samson Agonistes des scènes admirables, des monologues d'une grande beauté; et le style toujours élevé eu est quelquefois suoliine. On ne peut reprocher, d'autre part, le manqua de mouvement dramatique à une teuvre biblique d'une conception aussi simple.

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Snmaon, tragi-comédie en cinq actes et en vers, de Romagnesi ; représentée sur le théâtre de la Comédie-Italienne le 28 février 1730. L'auteur avait modifié le récit de la Bible en rendant Dalila amoureuse de Samson, La catastrophe finale était due à la jalousie d'une femme passionnée, ce qui ajoutait à l'intérêt de l'ouvrage. Voltaire, qui ne goûtait pas beaucoup les pièces d'un ordre subalterne, et dont les principes littéraires étaient d'ailleurs peu favorables à l'alliance de la bouffonnerie et du pathétique, qui lui avait fait blâmer Shakspeare tout en l'admirant; Voltaire dit, au sujet de la pièce de Romagnesi: «Une comédie de Samson fut jouée longtemps en Italie; on en donna une traduction à Paris, en 1717, par un nommé Romagnesi... Elle fut imprimée et dédiée au duc d'Orléans, régent de France. Dans cette pièce sublime, Arlequin se battait contre un coq d'Inde, tandis que son maître emportait les portes de la ville de Gaza sur ses épaules. « Il est à regretter qu'un homme faisant autorité comme Voltaire ait confondu si légèrement le Samson de Romagnesi avec une autre pièce du même nom représentée, en 1717, à la Comédie-Italienne. Il n'y a pas d'Arlequin dans l'œuvre de Romagnesi. < Il est vrai, dit un critique, qu'à l'imitation de l'auteur italien à qui il avait pris la plus grande partie de son œuvre, Romagnesi a mêlé le profane avec le sacré et rassemblé en un jour les événements de dix ans. La pièce roule tout entière sur le sort du héros ; c'est sa vie ou une partie de sa vie qu'elle représente ; mais l'objet principal est son amour pour Dalila. Le style, qui, dans les premiers actes, est lâche et traînant, s'élève graduellement et l'on rencontre de distance en distance des morceaux de verve dans des endroits pleins d'élévation et de chaleur. La partie bouffonne ne fait point de tort à l'autre et elle y est entremêlée avec assez de bonheur. Samson obtint à l'origine douze représentations et resta très-longtemps au répertoire. On le jouait encore en province sous l'Empire.

Samson. Iconogr. Samson, emportant sur son dos les portes de Gaza, est regardé par les Pères de l'Eglise comme la figure de jésus- Christ rompant les portes de l'enfer où les les âmes justes attendaient sa venue et leur ouvrant les portes du ciel. « Ce sujet,' dit l'abbé Martigny , est rarement représenté dans les monuments primitifs ; ce qu'on prend pour Samson n'est ordinairement que le paralytique emportant son grabat. Je ne crois pas qu'on en puisse citer d'autre exemple d'une antiquité bien constatée que celui qu'offre, au milieu de plusieurs autres symboles chrétiens, un médaillon de bronze publié par Ciampini et par Buonarroti. On pourrait peutêtre y ajouter une fresque du cimetière de Saint-Hermès, publiée par Bottari. »

Les actions extraordinaires de Samson ont été fréquemment retracées par les artistes modernes. Fr, Verdier leur a consacré une série de quarante compositions qu'il a gravées lui-même en 1698, avec la collaboration de Benoît Audran (13 planches), Jeun Audran (4 planches), J.-B. de Foilly, Charles Simonneau et Gaspard Duchange. Nous consacrons ci-après un article spécial aux neuf superbes dessins dans lesquels Decamps a représenté les principaux traits de l'histoire de l'Hercule hébreu. Les compositions dessinées par Gustave Doré pour la Bible de Maine méritent d'être citées pour leur caractère original et fantastique.

Le sacrifice offert par Manué, après l'apparition de l'ange qui lui a annoncé la naissance d'un fils, a été représenté par Rembrandt dans un tableau qui est au musée de Dresde et qui a été gravé par A. -F. Oeser. Des tableaux de Lesueur sur le même sujet sont aux musées de Caen et de Toulouse. Une composition de Ch. Le Brun a été gravée par L. Desplaces.

La scène de Samson déclarant le lion a été peinte par Luca Giordano (musée de Madrid), par Rubens (gravé à l'eau-forte par Erasme Quellyn et par Charles Bazin, Salon de 1848). Parmi les nombreuses estampes où elle est représentée, nous citerons celles d'Albert Durer (planche sur bois), de Hans Burgkmair (planche sur bois), de Fr. von Bocholt, de Louis Carrache (eau-forte), de J. Grandhomme le vieux, de Nicolas de Bruyn (d'après G. Coninxloo, 1603), d'Israël van Mechenen.

Deux sculpteurs contemporains, M. J. Blanchard (Salon de 1865) et M. J.-B. van Helfen (Exposition universelle de 1867), ont représenté Samson lançant les renards dans les blés des Philistins.

M. Léon Glaize (Exposition universelle de 1S67) et M. Lehoux (Salon de 1875) ont peint Samson rompant ses liens. Le même sujet a inspiré à M. Daniel Dupuis une statue qui a figuré au Salon de 1870. Samson assommant les Philistins avec une mâchoire d'âne a été peint par le G uide (musées de Turin et de Bologne), par Giulio-Oesare Froeacoini (musée de Madrid) et par Jules Romain (musée de Dresde).

De toutes les scènes da l'histoire de Samson, celle qui a éfé le plus fréquemment représentée est la trahison de Dalila. Nous décrivons ci-après les tableaux que Rubens et Van Dyck lui ont consacrés. Les musées de Dresde et d'Augsbourg possèdent des peintures de Lucas Cianacn sur ce sujet; celle d'Augsbourg est citée par Waageu comme

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un des meilleurs ouvrages du maître. Une remarquable composition de Rembrandt, qui a fait partie des richesses du Louvre sous le premier Empire, et qui a été rendue en 1815 à la galerie de Hesse-Cassel, représente Samson insulté et garrotté par les Philistins, tandis que la perfide Dalila s'éloigne, emportant la chevelure du juge d'Israël. Ce tableau a été gravé par J. Jacobe (1786) et par

F. Landerer. Au Louvre est une peinture d'Alexandre Véronèse, qui a été gravée au trait dans le recueil de Landon (VIII, pi. xxix) et qui représente Dalila, assise sur un lit de repos et faisant signe à deux soldats philistins de s'emparer de Samson endormi, la tête sur ses genoux; un barbier achève de raser la chevelure du héros et deux enfants tiennent son épée et la mâchoire d'âne qui lui avait servi de massue. Adrien van derWerff a peint Dalila tendant à une vieille femme la chevelure de Samson qu'elle vient de couper. La courtisane est fort séduisante, en vérité;

' divers accessoires qui n'ont .rien de biblique complètent la composition. Ce tableau, qui a fait partie des collections Schuylenbuig, Lormier et Poullain, et qui a été gravé par Macret, orne aujourd'hui la galerie de Sans- Souci, à Potsdam. Le même sujet a été peint par L, Garzi (musée de Naples) , Gérard Honthorst (hôtel de ville de Dordrecht), le Sarzane (palais Cambiazo, à Gènes), Gotfried Schalcken, Jacopo Sementi (musée de Bordeaux), Jan Steen, le Titien (gravé par Boldrini), François Dekker (vente Cliappuis, 1865), Eugène Delacroix (vente du marquis de Lau, 1869), François Millet (vigoureuse esquisse), Baader (Salon de 1857), Ferdinand Humbert (Salon de 1873), Paul Rouffio (Salon de 1874), etc. La composition de M. Humbert est d'une exécution énergique et d'un sentiment très-réaliste : Samson, épuisé parla volupté, dort appuyé sur le sein de la perfide courtisane ; celle-ci, une jambe hors du lit et l'autre allongée sur les genoux de son amant, tend la main gauche pour prendre les ciseaux que lui présente une vieille femme; une lampe placée au sommet d'un candélabre de bronze éclaire cette scène de lubricité et de trahison. Parmi les estampes représentant Dalila coupant les cheveux de Samson, nous citerons celles d'A. Altdorfer, Barbara van den Broeck (d'après Crispin van den Broeck), Hans Brosamer, Hans Burgkmair, G. Caletti (le Cremonese), Lucas de Leyde, Mair de Landshut, Claude Mellan,

G. Penckz, etc. Une gravure d'A. de Blois, d'après G. Hoet, représente Samson aveugle. G.-Fr. Schmidt et W. Leader ont gravé une composition de Rembrandt représentant Samson dans la prison. Une vive et spirituelle esquisse de M. Toudouze, la Captivité de Samson, a figuré parmi les envois de Rome de 1875. La scène de Samson renversant le temple des Philistins a été peinte par Louis Carrache ( palais Rospighosi , à Rome ) , Fr. Perrier (autrefois dans l'église des Bénédictins, à Pérouse), Rubens (au palais Corsini, à Florence), P, Véronèse (au palais Grillo-Cataneo, à Gênes), etc.

Sauisou et Dalila, tableau de Rubens; galerie de Munich. Dalila tient encore à la main les ciseaux dont elle vient de faire usage ; les soldats s'emparent de Samson et lui lient fortement les mains derrière le dos. Encore a genoux sur le lit où il dormait paisiblement, Samson cherche à rompre ses liens, mais il ne peut y parvenir. Rubens lui a donné, comme à Hercule, une peau de lion, emblème de la force. Daliia, couverte d'une simple chemise, parait vouloir s'éloigner de son amant; cependant ses jambes sont encore cachées sous la couverture d'un rouge cramoisi, bordée d'hermine. Rubens, dans cette composition, s'est surpassé par l'expression qu'il a donnée k ses figures. « La rage du héros hébreu, dit M. Viardot, et la joie ironique de sa maîtresse sont merveilleusement rendues. » La Dalila est admirable ; sa tête est même d'un caractère plus noble et d'un meilleur goût que ne le sont ordinairement celles que l'on voit dans les tableaux de Ce maître. On serait tenté de dire que la carnation paraît ainsi plus naturelle. Ce tableau faisait autrefois partie de la galerie de Dusselciorf ; il est maintenant dans celle de Munich. On en connaît une ancienne gravure, par Henry Snyers, et une lithographie par Fr. Piloty.

Su m hou et Dalila, tableau de Van Dyck; galerie de Vienne. Samson , presque nu, un genou en terre, essaye de résister aux Philistins qui le chargent d'entraves; Dalila s'éloigne de lui avec un reste de crainte, et derrière un rideau qu'elle soulève d'une main une mégère contemple en souriant cette scène. Cû tableau, que M. Viardot désigne comme un excellent modèle de coloris et de clair-obscur, est par la composition et l'expression un des chefs-d'œuvre du maître. Il fait maintenant partie de la galerie du Belvédère, à Vienne. Il a été gravé anciennement par Henry Snyers; Mœnnel en a donné une gravure eu mezzotinto, et J. Axmann l'a gravé pour la Galerie de Vienne, publiée par Charles Haas; enfin, il a été une dernière fois reproduit par Réveil dans le Musée de peinture.

Sm.isou (l'histoire de), cartons de Decamps. La série de ces neuf cartons si dignes d'admiration commence par l'apparition de l'ange du Seigneur a Manué et à sa femme, j L'ange surgit de la fumée du sacrifice et pré-

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dit nu couple prosterné la naissance d'un fils qui sera redoutable aux ennemis d'Israël. Dans le second dessin, Samson, déjà grand, saisit un lion et le déchire en deux, sans que les griffes du monstre puissent entamer les muscles d'acier de l'Hercule juif. Plus loin. Samson vient de lâcher dans les blés des Philistins trois cents renards traînant a. leur queue des torches enflammées. Samson assis, tenant son pied dans sa main par un geste tout oriental, regarde joyeusement pétiller l'incendie qui, étendant sesvagues de feu, va bientôt dévorer les moissons de l'ennemi. Maintenant, il tue mille Philistins avec une mâchoire d'âne. Les malheureux roulent assommés autour de lui ; il en tient un qu'il secoue de la belle manière et les autres s'enfuient remplis d'épouvante, tout courbés sur la crinière de leurs chevaux. Le mouvement de Samson est d'une violence furibonde et d'une puissance de vie extraordinaire. La cinquième composition montre Samson soulevant les portes de Gaza; c'est un effet de nuit. Dans la sixième, Samson vient de se jeter au bas de son lit, rompant par la tension de ses muscles les cordes neuves avec lesquelles on l'a attaché pendant son sommeil. Dalila, soulevée sur son coude, un faux sourire sur les lèvres, s'apprête à faire passer cette épreuve pour une plaisanterie. Samson, confiant et naïf comme la force, va reprendre sa place et confesser le secret de sa force. « Il y a, dit Th. Gautier, dans la figure de Dalila, baignée d'un suave clair-obscur, quelque chose de la grâce de Prud'hon dans ses dessins sur papier. » Ensuite les cheveux de Samson ont été coupés par Dalila; les Philistins l'emmènent honteux, humilié, de celte maison où 11 est entré formidable. Dalila, ironique et dédaigneuse, tenant encore ses ciseaux , laisse tomber un regard insolent sur sa pauvre dupe. Voici maintenant Samson aveugle, dans une sorte de cave, où il tourne la meule comme une bête de somme. Au travers des barreaux d'un soupirail , on distingue des Philistins qui viennent se repaître de l'humiliation de leur victime. La dernière composition est la plus importante de la série. Les cheveux de l'Hercule hébreu sont repoussés et avec eux sa première vigueur. Samson secoue les colonnes du palais ; les tambours de marbre cèdent à cette toute-puissante impulsion; les corniches tombent, les plafonds s'effondrent et l'édifice s'écroule, ensevelissant dans ses décombres le héros et ses vainqueurs. ■ L'architecture, les types, les costumes, le style de cette composition sont la plus heureuse restauration qu'on ait faite de l'antiquité orientale ; certes, ils durent être ainsi les palais de Gaza, d'Ascalon et d'Azoth, dit Th. Gautier, mélangeant dans leurs ordres l'Egypto et la Phénicie, et c'est de la sorte qu'étaient habillés les seigneurs philistins, de tuniques étoilées et de manteaux à franges. M. Decamps a la passion de la couleur locale, comme le prouvent ses tableaux de l'Orient moderne, et quand elle n'existe plus, il la refait sur sa palette avec une incomparable fidélité rétrospective. Quel désordre, quel tumulte, quelle épouvante ! Des groupes tombent pêle-mêle avec des fragments d'architrave : est-ce un bloc ou un convive qu'on reçoit sur la tête? Hommes et femmes se sauvent à travers les décombres, se ruant, se culbutant, sans le moindre souci les uns des autres, effarés, la bouche ronde et les yeux écarquillés de terreur; cela grouille, hurle et luit avec uns turbulence incroyable de mouvement sous la pluie de pierres et de poutres.... Dessiner ainsi des personnages dans une chute verticale et une course éperdue, c'est un problème que l'art a résolu bien rarement avec autant de bonheur. » Ces cartons ont été exposés en 1S55.

SAMSON (Joseph-Isidore), acteur et écrivain français, né k Saint-Denis le î juillet 1793, mort en mars 1871. Son père était un cafetier chargé de famille et très- pauvre. Samson fut mis de bonne heure en pension à Belleville, où il eut pour camarade le baron Taylor, avec qui il se lia d'une amitié qui ne se démentit jamais. Forcé bientôt par le mauvais état des affaires de ses parents d'interrompre ses études, il entra à Corbeil chez un avoué. Puis l'idée du théâtre le tourmentant, il vint à Paris, fut employé aux écritures dans un bureau de loterie de la Croix» Rouge, joua chez Doyen et se lit admettra au Conservatoire en 1811, dans la classe do Lafont. L'année suivante, la conscription allait l'enlever à ses études théâtrales, lorsque le dévouement de son camarade Perlet lui vint en aide. On espérait qu'un premier prix le ferait exempter du service militaire; mais la supériorité de Perlet était si bien reconnue, qu'à côté de lui Samson ne pouvait aspirer qu'au second prix. Perlet feignit une maladie et se retira du concours pour n'y reparaître que l'année d'après. Cependant cet élan de générosité faillit n'avoir pas de résultat. Samson obtint le premier prix, mais ne fut point exempté, et il allait partir pour l'armée, lorsque le fameux décret de Moscou le préserva de la gloire militaire, en instituant un pensionnat de déclamation semblable au pensionnat de chant déjà établi. Samson entra dans ce pensionnat, d'où les événements politiques le chassèrent en 1814. Marié à une charmante actrice qui était ellemême sortie au premier rang de la classe de

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Fleury, il alla jouer avec elle à Dijon, à Besançon (1815), puis à Rouen (1816), où Picard, alors directeur de l'Odéon, le vit et l'engagea pour six ans (1819). Il débuta brillamment devant le public des écoles par le rôle d'Ergaste de l'école des maris, puis Casimir Delavigne lui confia le personnage de Belrose dans les Comédiens. Parmi ses créations à ce théâtre, il faut citer Lambert du Voyage à Dieppe, Arthur de Luxe et Indigence. En 1826, il fut appelé comme pensionnaire à la Comédie-Française, où il débuta dans le Barbier deSe'ville, Hector du Joueur et Sosie A' Amphitryon; l'année suivante, il devint sociétaire, fut nommé membre du comité de lecture en 1828 et reçut, en 1829, le titre de professeur suppléant au Conservatoire. Ce n'est qu'en 1836 qu'il devint titulaire et sut donner k son cours une sorte de célébrité. Après la révolution de 1830 , Samson se brouilla un instant avec le Théâtre-Français etalla jouer au Palais-Royal, où il se fitap- Maudir dans le Philtre, Rabelais, etc. Il falut un procès pour le ramener, en février 1832, rue de Richelieu. Cet excellent comédien a figuré avec succès dans presque toutes les comédies de l'ancien répertoire, et Molière, Beaumarchais et Marivaux n'ont pas eu d'interprète plus finement railleur; sa bonhomie un peu caustique, sa naïveté un peu maligne s'y sont déployées a l'aise, et jamais le rôle de Sganarelle n'a été mieux nasillé que par lui. Dans la comédie moderne, il compta des créations nombreuses, dont les principales sont : Joyeuse, dans Henri III et sa cour; Joseph, dans Cloiilde; Olivier le Daim, dans Louis XI ; Bertrand de Rantzau, dans Bertrand et Raton ; Desrosoirs, dans la Passion secrète; don Quexuda, dans Don Juan d'Autriche; Marco, dans Une Famille au temps de Luther; le commandeur, dans la Marquise de Senneterre; Simon, dans la Vieillesse du grand roi; Préval, dans Julie ou Une séparation; Caverly, dans la Popularité ; le docteur Claudius, dans Lalréaumont ; Coquenet, dans la Calomnie; Saint-Géran, dans Une chaîne; Saint- Laurent, dans l'Héritière; Thomassin, dans le Gendre d'un millionnaire ; le pair de France, dans la Camaraderie (un de ses rôles favoris); Charles-Quint, dans les Contes de la reine de Navarre; mutera André, dans le Chandelier; Taniponet, dans Gabrielle; Duverdier, dans les Lundis de madame ; le maréchal Destigny, dans Lady Tartufe ; le marquis, dans Âlademoiselle de La Seiglière (un de ses triomphes); le marquis, dans les Effrontés, etc. 11 reprit aussi le rôle du père dans l'Honneur et l'argent. Devenu le doyen de la Comédie-Française, Samson prit sa retraite le 1er avril 1803. Après avoir fait ses adieux au public en repassant iesgrands rôles de son répertoire, il se sépara de la foule, qui s'empressait à ses dernières représentations, dans Mademoiselle de La Seiglière. La. soirée du leravril ne fut qu'un long applaudissement. La pièce touchait à sa fin, mais on avait encore deux scènes à jouer, lorsqu'une couronne, partie d'une loge et lancée par la main d'une grande dame, vint tomber aux pieds de i'étninent acteur, et la salle retentit aussitôt d'acclamations unanimes. Un moment paralysé par l'émotion, le pauvre marquis acheva son rôle sans avoir- pu raffermir le timbre de sa voix. Rappelé par des cris enthousiastes après la chute du rideau, il reparut entouré de toute la troupe de la Comédie- Française , qui joignit ses manifestations sympathiques à celles de l'auditoire. Dans la rue, à sa sortie de ce théâtre où il ne devait plus remonter et qui lui valait une partie de sa fortune, il fut encore salué par un groupe de plus de trois cents personnes appartenant au monde de la littérature et du théâtre, qui l'attendaient au passage. On sentait que notre première scène perdait eu lui, non-seulement un excellent comédien, mais un des derniers survivants de ses traditions. Il y avait, en effet, un professeur autant qu'un acteur dans Samson. Sa diction savante et classique maintenait le diapason des chefs-d'œuvre; son jeu froid, mais d'une justesse consommée , servait de règle et d'exemple, et l'on disait en le voyant s'éloigner : » Quand frovost l'aura suivi dans sa retraite, la descendance directe de Molière sera éteinte, le livre des rites comiques sera scellé de sept sceaux; en perdant son doyen, le Théâtre-Français va perdre son hiver, un hiver qui vaut mieux que bien des printemps. » Et cependant, que n'a-t-on pas reproché à Samson ? Et d'abord son organe nasillard, qui choquait et déplaisait tout d'abord et qui donna lieu autrefois de la part d'un journal spécial à l'épigramme suivante, assez peu connue aujourd'hui :

Un canard et Samson, de leur voix de nature, A qui parlerait mieux avaient fait la gageure.

Que pensez-vous qu'il arriva ?

Ce fat le canard qui gagna.

Mais comme, à force d'entrain, de savoir et de talent, il triomphait des difficultés de sa nature ! Personne mieux que lui ne conquit par l'étude et par la force de volonté l'art de nuancer les rôles, de lancer le vers de Molière ou de souligner, sans eu avoir l'air, la prose pétillante de Beaumarchais. Nul n'a rendu comme lui les transes conjugales et la rudesse roturière de Sganarelle. Sa naïveté crédule, sa bonhomie naturelle, son comique franc et sa sensibilité, parfois un peu classi-

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que sans doute, ont fait les délices de la comédie moderne qui n'a pas eu de plu? intelligent interprète. Acteur spirituel, Sa «son fut aussi un spirituel auteur. Il a écrit en vers et en prose et traité la comédie et le drame, en joignant toujours à la verve et au trait certain élément classique qui fait dériver ses productions, comme genre, de Picard ; comme style, de Casimir Bonjour ou de Viennet. Son début comme auteur, la Belle -mère et le gendre , comédie en trois actes et en vers, décalque de la poésie tes dernières années de la Restauration, obtint à son apparition un grand succès ( Odéon , 1839); vinrent ensuite le Veuvage (L842), le Pêche de jeunesse (18-43), V Alcade de /.'alaméa, trois actes en prose, à l'Odéon (les ceux dernières pièces en collaboration avec M. Jules de Waîlly) ; la Famille Poisson, petit acte en vers (1846), resté au répertoire du ïhéâtre- Françuis, dont le succès était dû plutôt au jeu fin de Samson lui-même et de soi camarade Provost qu'au mérite de la pièce même, coulée dans un moule usé, avec des prétentions surannées au rire; enfin la Do' de ma fille (1854). Ou a encore de lui la Fête de Molière, Discours en vers en l'honneur di\ Picard et un Plaidoyer en vers pour la Comédie- Française. Les cartons de la rue Richelieu recèlent en outre les Foscari, tragédie ; Aspasie, étude antique écrite spécialement pour Rachel : Père et savant , comédie en vers. Enfin, il a publié un poëme didactique en huit chants, intituté ; l'Art théâtral (1865 2 vol. in-8o).

Samson a prononcé dans diverses circonstances des discours en vers et en prose, et c'est grâce à son initiative persévérante, à ses incessantes et courageuses dénia "ches, à son activité, que nous devons le inenument de Molière. Après la révolution de Février, les artistes dramatiques voulurent nommer Samson, un des membres les plus iélés de leur association, président de leur comité, à la place de M. Taylor, et le porter candidat à la représentation nationale. 11 déclina ce double honneur. Après sa retraite du Théâtre-Français, Samson donna à Par.s et à Gand plusieurs séries de conférences publiques se rattachant toutes à l'art dran atique, et il a continué deprofesser avec le plusgrand succès. Parmi les nombreux élèves qu'il a formés dans le cours de sa longue, honnête et laborieuse carrière, nous citerons : Mlle Rachel, Mme Plessy-Arnould, Mme Rose Chéri, Mme Guyon, les deux Brohan , Mlle lionval , MU" Dubois, Mlle Denain, etc. Il a donné aussi des leçons à Mme Dorval , à M- le Nathalie, à Mlle Judith, et l'excellent Berton, devenu son gendre, s'est formé d'ap.ès ses conseils. Samson, qui avait combattu avec raison le préjugé qui prive les comédiens de certaines récompenses honorifiques, se vit, mais seulement après sa retraite et comme professeur au Conservatoire, décore:: de la Légion d'honneur le 15 août 186-4. o Samson, dit M. Cuvillier-Fleury, était un bon irofesseur, un acteur excellent, un auteur agréable, un poète de bonne école, encoie bien qu'il ne fût pas tout à fait moderne. Oiacune de ses aptitudes s'appuyait aux autres et se fût perdue, sans son rare esprit, dans un tel mélange. Etant si capable de tout, il u pourtant excellé dans sa principale vocation. Il a tenu cinquante ans la scène en se raair. tenant au premier rang, o Dans les rôles de Scapin et de Mascarille, par lesquels il avait débuté, on cli -ait déjà de lui qu'il jouait tes valets en maître ; avec tout cela beaucoup île finesse et d'habileté pratique; trèssavant dans son ait et toujours prêt pour ses applications les plus diverses; féesnd en ressources, avec une certaine monotonie caractéristique qui eût ressemblé à de /originalité s'il l'avait voulu. Il aimait mieux être vrai qu'original. Un acteur ne l'est guère qu'aux dépens de son auteur, s'il le dépasse ou s'il le corrige, et c'est manquer d'esprit que d'en montrer plus que son rôle. On l'a accusé pourtant d'une tendance à souligner ce qu'il disait, une fois en scène; c'est son rôle qu'il voulait faire valoir, non si. personne. Désintéressé, bienveillant, le modèle des maîtres, camarade non pus banal, mais dévoué, professeur très-patient, diseut jur un peu âpre, enchanté de son succès et aimant à en voir le rayonnement tout autour de lui, dans sa famille et chez ses amis, très-exigeant même sur ce point, il est peu de carrières d'artiste qui aient été, à tout prendre, plus remplies, plus enviées et plus honorées que la sienne. »

Dans une remarquable conférence, faite aux matinées littéraires de M. Ballande en janvier 1875, M. Legouvé s'est attachai étudier Samson comme professeur, et il n'hésite point à dire : « Comme acteur et comme auteur, M. Samson a été un homme d'un vrai talent; mais il a été un homme de génie comme professeur, « On lira avec grand fruit cette conférence, qui a été publiée s jus le titre de : M. Samson et ses élèves 11875). Une des filles du célèbre comédien, M"» Caroline Samson, connue dans le monde des lettres par de gracieux romans et quelquts proverbes, a épousé, en 18-48, M, Berton (v. ce nom). Sa femme, qui avait débuté à cité de lui à l'Odéon le 31 mars 1820 par Agnès de l'Ecole des femmes et Angélique de l'Epreuve nouvelle, n'a pas tardé à abandonner la carrière théâtrale, a laquelle d'ailleurs elle fit bien de renoncer.

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SAMSOUN, l'Amisus des anciens, ville de la Turquie d'Asie, dans le pachalik et auN.-O. de Trcbizonde, à 65 kilom. N.-R. d'Amasiéh, sur le golfe de son nom formé par la mer Noire ; 2,209 hab. Elle est ceinte d une vieille muraille en ruine, renferma cinq mosquées et un vaste kan.

SAMUEL, dernier juge d'Israël et grand prêtre juif, né vers 1155, mort en 1057 avant J.-C. Il avait, dit la Bible, le don de prophétie. Devenu vieux, il laissa le soin de l'administration à ses fils, qui Opprimèrent le peuple et lui firent désirer un roi. Tout le monde connaît les représentations que leur fit Samuel et ses critiques amères de la royauté. Ces critiques étaient fort justes; mais, dans la bouche du grand prêtre des Hébreus, elles n'étaient que la plaints d'une théocratie qui craint de se voir arracher le pouvoir. Néanmoins les Israélites, qui étaient dans la sujétion des Philistins, ace point que le métier de forgeron leur était interdit, dans la crainte qu'ils ne fissent des épées et des lances, ressentaient le besoin d'un chef guerrier, et ils exigèrent un roi. Le pouvoir sacerdotal dut se résigner; Samuel sacra Saûl et garda pour lui-même les fonctions religieuses ; mais Saiil ayant empiété sur les privilèges sacerdotaux, le grand prêtre sacra secrètement David à sa place et mourut peu de temps après. On lui attribue plusieurs livres de la Bible, comme on le verra dans l'article suivant.

Samuel (livhes de). La version grecque de l'Ancien Testament, et, d'après elle, la Vulgate et un certain nombre de traductions modernes, contiennent quatre livres désignés comme premier, second, troisième et quatrième livre des Rois. Les deux premiers de ces livres n'en forment, dans le texte hébreu, qu'un seul, qui porte le nom de Livre de Samuel; si, dans nos éditions imprimées, ce livre est aussi partagé en deux, cette division, qui ne se rencontre dans aucun manuscrit, n'a été introduite qu'au xvic siècle, et, pour la première fois, dans l'édition de Bomber;,', d'après la division des Septante et de la Vulgate. La division actuelle est, du reste, assez rationnelle. Le premier livre de Samuel raconte l'histoire des judicatures d'Eli et de Samuel, rétablissement de la royauté et le règne de Saûl jusqu'à sa mort; le second raconie l'histoire de David jusqu'aux derniers temps de sa vie, c'est-à-dire jusqu'au dénombrement du peuple et à la peste qui suivit cet acte de David. Dans ce qui va suivre, nous dirons indistinctement le ou les livres de Samuel.

De ce que ces deux livres portent le nom de Samuel, il ne faudrait pas conclure que ce prophète en soit réellement l'auteur : nonseulement ils racontent des événements qui se passèrent longtemps après sa mort, mais rien n'indique même qu'il en ait écrit le commencement, ainsi qu'ont voulu le démontrer certains commentateurs. D'autres critiques, au contraire, voudraient que nos Livrrs de Samuel ne formassent qu un seul et même ouvrage avec les Livres des Rois (Rois, [Ile et IV'o livres, d'après la Vulgate) ; il fau irait alors en placer la composition pendant ou après la captivité de Babylone, avec Juhn, Herbst, Eichhorn, etc. Cette seconde hypothèse n'est pas mieux fondée que la première. Si les Livres de Samuel et des Rois présentent certains rapports qu'il n'est pas possible de nier, en revanche, ils offrent de telles divergences et sont conçus à un point de vue religieux si différent qu'ils ne peuvent être l'œuvre d'un même auteur ni d'une même époque. Signalons quelques-unes de ces différences : 1° le Livre des Rois est écrit à un point de vue prophêtico- didactique ; l'auteur veut prouver que l'histoire des rois de Juda et d'Israël n'a guère été qu'une suite de rébellions contre Jéhovah, qu'ils ont adoré les faux dieux , transgressé la loi mosaïque , et amené ainsi, comme un châtiment de leurs fautes, la ruine du royaume et la captivité de Babylone ; il blâme surtout l'érection des hauts lieux et accorde de grands éloges aux rois qui ont essayé de les détruire. L'auteur du Livre de Samuel demeure étranger à ce pragmatisme historique; il nous raconte même souvent que des hauts lieux ont été élevés en plusieurs endroits sous Samuel, sous Saûl et sous David, et il n'y a rien qui le choque dans ce mode d'adoration de la divinité ; 2° le Livre des Rois en appelle souvent à l'autorité de la loi mosaïque ; le Livre de Samuel semble l'ignorer, et cependant il aurait eu souvent l'occasion de ta mentionner; 3° le Livre des Rois cite souvent les sources où il a puisé; ce fait ne se reproduit pas dans le Livre de Samuel, qui parait rédigé dans un esprit tout différent; 4" enfin la langue du Livre de Samuel est beaucoup plus pure que celle du Livre des Rois, dont la tendance aux chaldaïsmes est assez prononcée. Ces considérations nous conduisent à voir dans ces deux ouvrages, non-seulement l'œuvre de deux auteurs, mais encore une production de deux époques différentes. Cependant il serait peut-être difficile de soutenir que ces deux livres sont complètement indépendants l'un de l'autre. Certaines circonstances nous portent à admettre que, dans l'origine, le Livre de Samuel racontait nonseulement la mort de David , niais encore l'histoire de Salomon , et qu'il devait aller jusqu'au schisme des dix tribus. Cette der-

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nière partie, qui manque maintenant, aurait été employée conjointement avec d'autres sources par l'auteur du Livre des Rois, et se retrouverait au commencement de son ouvrage. De plus cet auteur, écrivant une suite aux Livres de Snmuel, aurait fort bien pu leur faire subir en différents endroits de légères retouches. Cette hypothèse rend compte de presque toutes les difficultés qui peuvent être soulevées.

Ajoutons maintenant quelques mots sur l'époque de la rédaction du Livre de Samuel, les sources utilisées par l'auteur, son point de vue historique et le degré de croyance qu'on doit avoir dans les faits racontés par lui. Les sources utilisées sont de plusieurs natures. D'abord l'auteur a incorporé dans son ouvrage un certain nombre de fragmenta poétiques, par exemple Y Elégie de David sur la mort de Saûl et de Jonathan, une autre Elégie sur la mort d'Abner, un Cantique de David qui se retrouve dans le Livre des Psaumes (ps. xviii), et, dès le début du livre, le prétendu cantique d'Anne après la naissance de Samuel, morceau qui n'a aucun rapport avec la circonstance et qui ne peut avoir été composé qu'à l'occasion d'un roi d'Israël vainqueur de ses ennemis. Il s'est ensuite servi de documents écrits, différents de couleur et d'âge, assez souvent contradictoires (par exemple, l'élévation de Saill à la royauté est racontée à trois reprises et de trois manières différentes), et dont on a pu, jusqu'à un certain point, fixer la date relative. Enfin, un assez grand nombre de faits paraissent avoir été empruntés à la tradition orale. Il ne faudrait cependant pas croire que le rédacteur du Livre de Samuel so soit livré à un pur travail de compilation et qu'il ait ajouté bout à bout, dans un ordre aussi chronologique que possible, les documents qu'il avait soua la main. Malheureusement il n'en a pas été ainsi. Quoique dans sa manière de procéder notre auteur se montre beaucoup plus objectif que le rédacteur du Livre des Rois, il e>t cependant toujours préoccupé de deux choses : maintenir l'indépendance et l'autorité des ministres du culte vis-à-vis de la royauté et montrer la légitimité de l'accession au trône de la famille de David; cette dernière tendance a surtout porté l'écrivain à nous présenter plusieurs événements de l'histoire de Saûl et les révoltes de David sous un jour qui n'est certainement pas rigoureusement historique. La partialité pour David est flagrante, et il nous est maintenant on ne peut plus difficile de connaître les diverses péripéties de la lutte amenée pur le changement de dynastie. L'auteur des Livres de Samuel écrit donc en faveur de l'uutel et du trône. A quelle époque vivait-il? On ne peut guère indiquer que l'époque qui s'écoula entre les rét'unnes religieuses de Josias (vers C25) et la captivité de Babylone. Les dooumems dont il se servit étaient de dates très-différentes, et quc.qURS-uns pouvaient remonter jusqu'au temps d': David. La valeur historique des Livres de Samuel varie donc selon les diverses parties de l'ouvrage : les unes sont certainement très-historiques, d'autres le sont moins, et quelques récits ne peuvent être regardés que comme tout à fuit légendaires. C'est l'affaire de la critique déjuger si tel ou jtel fait est suffisamment établi. Mais en résumé, grâce k ce qu'il contient, et quelquefois aussi grâce à son silence, le Livre de Samuel forme un ouvrage des plus importants ; sans lui la plus grande partie de l'histoire des Hébreux serait pour nous lettre close.

SAMUEL D'AN), historien arménien du xiie siècle. Il était prêtre à Ani, capitale de la grande Arménie, et disciple du docteur Georges Melrig. Il a écrit une Chronique ou Histoire universelle , rédigée à l'imitation de la Chronique d'Eusèbe, et divisée en deux parties. La première comprend l'histoire des peuples de l'antiquité avant Jésus-Christ : Hébreux, Assyriens, Babyloniens, Lydiens, Perses, Syriens, Macédoniens, Égyptiens, Grecs et Romains. Toute cette partie de la Chronique de Samuel d'Ani n'est presque qu'un abrégé de la Chronique d'Eusébe, augmenté de renseignements puisés dans l'Histoire d'Arménie de Moïse de Khoren. La seconde partie de l'ouvrage de Samuel comprend la continuation de l'histoire de tous les peuples jusqu'à l'an 626 de l'ère arménienne, 1177 de Jésus-Christ (et non 1179 comme dans le texte arménien). Samuel d'Ani diffère de deux ans avec nous dans la manière de compter l'ère chrétienne. Sa Chronique a été traduite par Zohrab (Milan, 1818, in-4°). La Bibliothèque nationale possède, sous le n" 96, un manuscrit de ce même ouvrage; dans ce manuscrit on trouve quelques passages qui manquent dans la traduction de Zohrab.

SAMULOCÈNE, colonie romaine établie en Germanie, dans les champs Déeumates, au N. de Bragoduruin. C'est actuellement Sulchen, dans le Wurtemberg. On y a découvert beaucoup d'inscriptions, de médailles, de débris antiques.

SAMWER{Charles-Frédéric-Lucien),homme d'Etat holsteinois, né k Eckernfœrde en 1819. Il lit, de 1838 à 1843, ses cours de droit aux universités de Kiel et de Berlin et publia, en 1844 , sous ce titre : la Succession des duchés de Slesvig-Holstein, une brochure dans laquelle cette importante question de droit politique était, pour la première fois, traitée

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