‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 751 sur 1059 · TABLEAU CHRONOLOGIQUE DES SOUVERAINS DE LA SOÉDE · texte numérisé non relu

TABLEAU CHRONOLOGIQUE DES SOUVERAINS DE LA SOÉDE

Fa mille d'Y n g lin g a.

(Temps mythologiques.)

Sigurd Ring.

Ragnar Lodbrog.

Bjorn Jernsida.

Erik Bjornsson et Refil.

Erik Refilsson.

Emund ( Bjorn 829

Erik Emundsson 885

Bjorn Eriksson 935

Erik Segersall 993

Olof Skotkonung 1054

Anund Jakob. 1052

Eimund le Vieux.

Famille de Stenkil.

Stenkil, mort en 1066

Hakan le Rouge.

Inge l'ancien et Halstan.

Philippe, mort en 1118

Inge le Jeune.

Famille de Sverker et d'Erik le Saint.

Sverker, mort en 1155

Erik le Saint 1160

Charles Sverkersson 1168

Kanut Eriksson 1195

Sverker Carlsson 1210

Erik Knutsson. 1216

Jean Sverkersson 1222

Erik Eriksson 1250

Les Folkungs.

Valdemar (déposé), mort en 1302

Magnus I. adulas 1290

Birger Magnusson (déposé) 1321

Magnus Eriksson (déposé), mort en. . 1374

Bois étrangers et de l'union.

Albert de Mecklembourg,roi en 1363, déposé en 1389, mort en 1412

Marguerite, élue en Suède en 1388,

fonde l'union en 1397, morte en. . . 1412

Erik de Poméranie, élu en Suède en

1396, déposé en 1434, mort en. . . . 1459

Christophe de Bavière ,élu en Suède en

1440, mort en 1448

Christian 1er d'Oldenbourg, roi en Suède en 1457, déposé en 1464, mort en 1481

Jean, élu en Suède en 1483, en possession du trône en 1497, déposé en 1501, mort en 1512

Christian II le Tyran, reconnu en Suède en 1499, en possession du trône en 1520, déposé en 1521, mort en 1559

Régenls suédois pendant l'union.

Engelbreckt (1434), morte en 1436

Charles Knutsson Bonde, régent de 1436 à 1441 Bengt JonssonetNils Jonsson, régents. 1448 Charles Knutsson, roi de Suède en 1448,

de Norvège de 1449 a 1450, déposé

en 1457 et rétabli en 1464, mort en. . 1470 L'archevêque Jons Bengtsson, prince

et régent de Suède, de 1457 à, . . . 1466 L'évéque Kettil Carlsson, un instant

régent en. 1464

Erik Axelsson, régent de 1466 à. . . . 1407 Stenon Sture l'ancien, régent de 1471 à 1497 Svante Nilsson Sture, régent en 1504,

mort en 1512

Sten Svanteson Sture, régent en 1512,

mort en 1020

SUÈD

Famille de Wasa.

Gustave Ie^ mort en 1560

Erik XIV, empoisonné en 1577

Jean III, mort en.. 1592

Sigismond, roi de Pologne, déposé en

1604, mort en 1632

Charles IX, régent pendant l'absence

de Sigismond.

Gustave II Adolphe le Grand. .... 1632 Christine, abdique en 1654, meurt en. ". 1689

Famille de Deux-Ponts.

Charles X Gustave, mort en 1660

Charles XL 1697

Charles XII 1718

Famille de Hesse-Cassel.

Frédéric 1er, roi en 1720, mort en. . . 1751

Famille de Holstein-Gottorp,

Adolphe-Frédéric, mort en 1771

Gustave III 1792

Gustave IV Adolphe, déposé en 1809,

mort eu 1837

Famille de Ponte-Corvo,

Charles XIV (Bernadotte), mort en. . 1844

Oscar I«, mort en 1859

Charles XV, mort en 1872

Oscar II, actuellement régnant (1875).

— Langue. La langue suédoise appartient au groupe Scandinave ou nordlandais des langues germaniques. Elle est, comme la langue danoise, fille de l'antique normannique qui s'est conservé assez purement en Islande. Moins altérée que la langue danoise, on a dit d'elle qu'elle était à celle-ci comme le haut allemand est au bas allemand. Cependant, comme le danois, le suédois a subi l'influence de l'allemand. Il a, en outre, puisé à la source finnoise certaines expressions relatives à la pêche et aux travaux de ménage. Les racines communes à l'allemand et au suédois sont généralement adoucies dans cette dernière langue. Exemple : allemand vater (père), suédois fader; tag (jour), suédois dagh; welt (monde), suédois werld; vierte (quatrième), suédois fierde ; frucht (fruit), suédois frukt. Sous le rapport phonétique, le suédois est un peu plus riche que l'allemand. La voyelle <t se prononce comme en français; â se prononce e; a n'a point de son exactement correspondant en français; e et i se prononcent comme en français; 0 correspond tantôt à notre o, tantôt à en, tantôt à un son particulier à la langue suédoise ; u représente aussi un son inconnu en français, et enfin y se prononce u. Les consonnes 6> <*> /1 ffi '» mt "1 P. Q> rt s, t,v ou w se prononcent en général comme en français. Les consonnes e, as et z ne se trouvent que dans les mots empruntés par le suédois à des langues étrangères. Z se prononce s; le son français z manque au suédois. La consonne française ch s'exprime en suédois par sch ou sfc; le k se prononce tantôt fe, tantôt tch; la consonne A, muette devant d'autres consonnes, est fortement aspirée devant les voyelles. La consonne j n'est autre chose, comme dans les langues slaves, que la voyelle i faisant fonction de consonne. Dans le suédois, l'article en (pour le masculin et le féminin), ett (pour le ueutre), signifie un, une, on, le, la, selon qu'il précède le substantif ou le suit. Exemple : en fru, une femme; frun (pour fruen), la femme. Au pluriel, cette syllabe suffixe se change en ne pour le masculin et en na pour les autres genres. Suivant le langage des grammairiens suédois, le substantif précédé par l'article a un sens indéfini; le substantif suivi de l'article a un sens défini. Le sens indéfini des substantifs ne s'exprime pas au pluriel.

Les substantifs ont deux nombres, le singulier et le pluriel. Il y a cinq déclinaisons. Pour former le pluriel d'un substantif, on ajoute, pour les quatre premières déclinaisons, l'une des terminaisons suivantes : or, ar, en, er. Les substantifs de la cinquième déclinaison ont le pluriel identique au singulier.

Ainsi skald, poëte (troisième déclinaison), fait au pluriel skalder, des poëtes. Bagare, boulanger, fait au pluriel bagare, des boulangers. En ajoutant l'article à la suite de ces substantifs, on leur donnera le sens défini et on aura skalden, le poëte; bagaren, le boulanger; skalderna, les poëtes; bagarena ou bagarene, les boulangers. Les substantifs ont deux cas, le nominatif et le génitif. (Je dernier s'obtient en ajoutant * au nominatif: nom. sing. barn, gén. sing. barns ; aom. plur. barnen, gén. plur. barnens. Certains grammairiens enregistrent l'existence de prétendus cas datif, accusatif et ablatif; mais ce sont des cas purement fictifs ou du moins ce sont autant de noms différents pour un seul cas, le nominatif. Quelques-uns dédoublent chaque déclinaison en déclinaison des substantifs avec le sens indéfini et en déclinaison des substantifs avec le sens défini, comme si l'article qui s'ajoute à la fin de ces derniers modifiait ces déclinaisons.

Parmi les adjectifs suédois, quelques-uns sont invariables. Exemple : stilla (tranquille). D'autres subissent les modifications suivantes : ils prennent t au neutre, a au pluriel, s au génitif. Exemple : singulier masculin et féminin svag (faible), neutre svagt ; génitif

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masculin et féminin svags , neutre svayls; pluriel pour les trois genres svaga, génitif svagas. Avec le sens défini on a : singulier den ou det svaga, le ou la faible ; génitif den ou det svagas, du ou de la faible; pluriel de svaga ( - e), les faibles; de svagas ( - es), des faibles.

Le comparatif des adjectifs s'obtient en ajoutant are, le superlatif en ajoutant ast ; kall, froid; kallare, plus froid; kallast, le plus froid.

Parmi les pronoms personnels, celui de la troisième personne est surtout remarquable ; il a quatre genres (masculin, féminin, commun et neutre) et il a, outre le nominatif et le génitif, un troisième cas qui remplit le rôle de datif ou d'accusatif. Exemple ; han, il ; hon, elle; den (commun), il ou elle; det (neutre), il ou elle. Génitif hans, hennés, dess;àatif ou accusatif honom, henné, den, det. Les pronoms possessifs sont plus nombreux en suédois qu'en français.

Lorsqu'on aborde l'étude du verbe suédois, une chose frappe tout d'abord; c'est que les verbes auxiliaires s'élèvent k einq. Ils trouvent leurs analogues en partie dans l'allemand, en partie dans l'anglais. Ce sont: vara (être), hafva (avoir), skola (devoir), varda (devenir) et ma (pouvoir). Ces verbes ne s'emploient pas à tous les temps. Le verbe ma, par exemple, n'a que le présent de l'indicatif ma et l'imparfait matte. Les verbes sont de six sortes : actifs, passifs, neutres, pronominaux, unipersonnels et déponents.

La langue suédoise est donc très-riche sous le rapport des formes de conjugaison. Les verbes se répartissent en trois conjugaisons qui ne se distinguent pas par la terminaison du présent de l'infinitif, mais principalement ■ par celle du supin.

Dans le suédois comme dans l'ancien gothique, la terminaison s est la caractéristique de la forme passive : indicatif présent jag tager, je prends; jag tages, je suis pris: imparfait jag tog, je prenais; jag togs, jetais pris, etc.

Ce qui donne à la langue suédoise un caractère harmonique très-original, c'est la variété de l'accentuation. Outre l'accent tonique, le suédois possède l'accent prosodique et l'accent musical. « Dans tout ce que nous proférons en parlant ou en lisant comme il faut, dit M. Paban, il se fait une variation continuelle quant aux inflexions de la voix, c'est-à-dire il s'opère, en passant d'une syllabe à l'autre, des haussements et abaissements de ton, formant des intervalles musicaux qui peuvent être comparés a ceux d'une mélodie, quoique bien plus difficiles à discerner par l'ouïe que ceux du chant; cependant une oreille musicale bien fine et bien exercée peut même mesurer la grandeur ou l'espace de ces intervalles, dont le plus ordinaire dans la conversation semble être assez régulièrement de deux tons et demi, formant ainsi ce qu'on appelle dans la théorie de musique une quarte, soit en montant, soit en descendant. » Toute syllabe qui a l'accent tonique est longue; mais la voyelle en peut cependant être brève, ce qui arrive lorsqu elle est suivie de deux ou de plusieurs consonnes ou bien d'une seule que l'on fait sonner comme double, ainsi que cela se fait souvent dans la prononciation suédoise.

Toute syllabe qui n'a pas l'accent tonique est brève, et naturellement la voyelle ri en peut être que brève, elle aussi.

Ce n'est .qu'au xve siècle que la langue suédoise a commencé à se fixer. L'administrateur Stenon Sture ne fonda l'université d'Upsal qu'en 1477, par privilège de Sixte IV. Ce ne fut qu'en 1483 qu'une imprimerie s'étabit à Stockholm, et en 1613 il n'y avait pas encore en Suède une seule papeterie. Sousile règne de Gustave Wasa (1523-1560), les débats de la diète nationale eurent lieu en langue suédoise, ce qui en fit une langue politique et contribua peut-être le plus à lui donner de l'homogénéité et de la consistance. Mais la guerre de Trente ans et le traité de Westphalie étant venus créer des rapports nombreux entre l'Allemagne et la Suède, arrêtèrent en quelque sorte son essor propre, en lui imposant 1 esprit ,et les formes de .la littérature allemande. L'introduction en Suède de la réforme religieuse favorisa considérablement cette influence de l'allemand. La traduction de la Bible y fut faite d'après la version de Luther. Enfin, sous Christine, le suédois fut sacrifié pour les sciences au latin, comme il lui avait été autrefois sacrifié pour les lois, et pour les rapports du monde élégant on le négligea pour ne parler que le français. Gustave III fonda une Académie (1786) pour veiller à la pureté de la langue, et cette époque a été fort utile au point de vue de la constitution de la langue suédoise. Aujourd'hui, s'il faut en croire M. Paban, ■ la langue suédoise, telle qu'on la parle, est tout autre chose que le suédois écrit ou imprimé; c'est presque une espèce de patois dont l'emploi ne se borne pas du tout aux basses classes, mais s'étend avec peu de modifications jusqu'à la haute société. Même au théâtre, excepté dans la tragédie, les acteurs sont contraints de s'assujettir à cet abus, et dans la société on trouverait fort ridicule si quelqu'un se mettait à parler le suédois grammatical et correct. »

Le suédois n'est pas parlé avec une entière uniformité dans toute l'étendue du royaume. Plus on remonte vers le nord, plus il devient sonore et harmonieux. Sous ce

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dernier rapport, il a été comparé à l'italien. «Jotnme dans celui-ci, la voyelle a est d'un emploi très - fréquent. La langue polie et écrite ne formait autrefois que le dialecte particulier de la province d'Upland, dans laquelle est située la capitale. Suen Hoff, dont 1 ouvrage (1772), quoique déjà ancien, reste capital pour l'étude du suédois, distingue dans sa patrie deux dialectes principaux, le suédois et le suédois gothique. Le premier se subdivise en plusieurs dialectes secondaires, qui sont ceux de l'Upland, delà Dalécarlie et du Nordland ; le second compte aussi les dialectes de l'Ostrogothie et de laWestrogothie. Ces derniers dialectes, idiomes vulgaires de la Suède méridionale, nous ont conservé la langue des anciens Golhs. En Ostrogothie particulièrement, on trouve sans altération des mots du méso-gothique de la célèbre traduction de la Bible, exécutée au ive siècle par l'évêque Ulphilas. 11 s'ensuit du même coup que ces idiomes de l'ancienne Gothie se rapprochent bien plus que ceux du reste de la Suéde du haut allemand. Les Dalécarliens se distinguent par l'énergie de leurs expressions. Le langage des habitants de l'IIelsingoland diffère ausai sur plusieurs points du suédois moderne, mais sans se rapprocher du dalécarlien. Le dialecte secondaire du Nordland est en rapport avec celui de la partie norvégienne avoisinante. Le dialecte parlé dans les vallées centrales de la Norvège a plus de rapport avec le suédois qu'avec le danois, bien que Se norvégien écrit soit une variété du danois: Cela provient non de l'influenc î du suédois sur ce dialecte, mais de ce que ce dialecte s'éloigne moins que le danois de l'ancêtre commun des ■ langues Scandinaves, le normannique. On retrouve en effet, dans les mots du dialecte des vallées centrales de la Norvège, la plus grande analogie avec la langue que parlent encore les Islandais, qui, par suite de leur isolement, ont conservé avec une certaine pureté l'antique normannique. Le suédois parlé en Finlande est très-altéré par le linno is.

En Suède, les langues cultivées par les classes supérieures sont l'anglais, le français et l'allemand. La langue suédoise est peu connue en Europe, et c'est pourquoi la littérature suédoise n'a guère franchi les limites de la péninsule.

Consulter sur la langue suédoise les ouvrages suivants. Dictionnaires :Jonas Peter Dietiûnarium latinum-sueco-germanicum (Linkceping, 1640, n-fol.); 01. Velierius, Index lingus veteris scytho-scandicm seu gothie» (Upsal, 1691, in-8<>); G. Biorkegren Spegel (Hag), Glossarium sueco-gothicum, ellerswensk-ordebook (Lund, 1712, in-4°); Biorkegren, Dictionnaire français-suédois (Stockholm, 1795, 3 vol. in-8°); Erik Nordforss, Dictionnaire suédoisfrançais (Stockholm, 1805, t vol. in-12); Nouveau dictionnaire portatif français-suédois et suédois-français (Leipzig, in- 18); Dictionnaire français -suédois et suédois-français (1843-1848 et 1863-1868, 2 vol. in-12). Grammaires, etc. : Hof (Suen), Dialeçtus vestrogothica, ad illustrationem aliquam lingute Suecanm, veteris et hodiernx, disser tatione philotogica et vocabulçrum vestrogothicorum indice expianata (Stockholmiœ, 1772, in-8°) ; Abrégé de la grammaire suédoise à l'usage des étrangers , augmentée de dialogues français et suédois (Goeteborg, 1811, in-12; 2e édit., Stockholm, in-18); Nouveau guide de la conversation en français et en suédois (Stockholm, 1857, in-18); Paban , Grammaire suédoise, comparative et raisonnée {Stockholm, 1867, in-18).

— Littérature et sciences. Nous avons parlé, au mot Scandinave, des anciens monuments poétiques ou littéraires connus sous les noms à'Eddas, Sagas, Voluspas, qui ne peuvent être rattachés à lu littérature suédoise que comme le terrain où elle a pris racine. La vraie littérature suédoise ne date que de la Béforme et commence par des traductions de la Bible. Même à partir de cette époque, la plupart des ouvrages publiés en Suède furent écrits en latin. Cependant Olaiis Pétri et Jean Messenius composèrent des pièces de théâtre en langue vulgaire, en même temps que parurent les traductions de la Bible par Laurentius Andreœ et Laurentius Pétri. Au milieu du xvie siècle, l'archevêque Joannes Magnus et son frère Olaûs Magnus publièrent en latin des œuvres historiques. Au siècle suivant, Sliernhielm publia son poème d'Hercule, des chants historiques, des ballets, etc. La reine Christine aimait à s'entourer de poètes, et l'on vit briller successivement Samuel Columbns, Gustave Rosenhane, Luoklor, Haquin Spegel, archevêque d'Upsal. Olof Rudbeck se distingua par ses connaissances en histoire naturelle, en anatomie, et c'est à lui qu'on doit VAtlantica, ouvrage remarquable sur l'histoire de la Suède, qu'il représentait comme ayant été le berceau primitif de toute la civilisation moderne. Olof Verenius et Peringskiold adoptèrent les mêmes idées.

La science du droit eut dans le même temps en Suède des représentants illustres, parmi lesquels il faut surtout citer Puffeniiorf, auteur du Jus naturel et gentium.

Dès 1710, une société des sciences s'était formée à Upsal; les membres les plus illustres de cette société furent Benzelius, Pohem et le fameux Svedenborg. L'Académie

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des sciences, fondée en 1739 à Stockholm, jeta un éclat plus durable ; elle compta parmi ses membres l'illustre Linné, auteur du Systema naturz, qui produisit une véritable révolution dans la botanique et qui eut douze éditions en moins de trente ans. Vers la même temps Terbern Bergman, Wallerius Scheele et p.'is tard Berzélius se distinguèrent comme chimistes, Anders Celsius comme astronome, Klingenstierna et Melanderhielm comme mathématiciens.

Parmi les écrivains suédois qui s'adonnèrent spécialement aux études historiques pendant le xvine siècle, on peut citer Olof von Datin, auteur d'une Histoire du royaume de Suède; l'évêque Olof Celsius, qui raconta la vie de Gustave 1er et d'Erik XIV, et qui publia la première histoire critique de l'Eglise suédoise-, Jor&n Norberg, auteur d'une Histoire de Charles XII, etc.

Cependant la poésie suédoise s'attachait à imiter presque servilement la poésie française. On vit se former plusieurs sociétés littéraires, entre autres l'Académie des belleslettres, fondée par Louise Ulrique, puis l'Académie suédoise ou des Dix-huit, fondée par Gustave III. Cette Académie compta parmi ses membres Kellgren, poète dramatique et lyrique , Léopold , Oxenstierna, Adlerbeth et Gustave III lui-même, qui écrivit des harangues, des poésies de genres divers et des tragédies.

A côté de ces poètes qui ne cherchaient qu'à copier les nôtres, on en peut citer quelques-uns qui puisaient en eux-mêmes les sujets et les formes de leurs compositions, tels queBellman, dont les chansons sont encore populaires; Benoit Lidner, Hallman, auteur de comédies originales ; Auna-Maria Lenngren et Thorild , en même temps poète et penseur éminent.

Dès le commencement du xixe siècle, il se fit un mouvement de réaction contre le goût français. Une société littéraire, nommée Aurora, fut fondée à Upsal par Atterbom. Les membres de cette société étaient tous des admirateurs passionnés de la nouvelle littérature allemande ; ils fondèrent pour propager leurs idées plusieurs recueils littéraires, entre autres le Phosphoros, d'où les disciples de la nouvelle école furent appelés phosphoristes. Wallin, poète et orateur sacré, qui devint archevêque, et Franzen, auteur d'idylles, appartiennent à cette école. En même temps on vit se former l'école gothique, à laquelle appartiennent Geijer, l'évêque Esaïas Feyner, Ling, auteur d'un poëme sur les ases, etc. On peut citer encore Afzeliu's, qui a publié de concert avec Geijer les Chants populaires suédois et les Traditions du peuple suédois ;Von Beskow, auteur d'un poSine intitulé : Destinées de ta Suède; C.-A. Nikander, dont le Glaive runigue a été traduit en français; Stagnelius, poète lyrique et dramatique; Vitalis (Erik Sjoberg), poôte satirique : Dahlgren, poète plein d'humour; Elias Sehlstedt, qui s est fait aimer par ses inspirations joyeuses ; Wilhelm de Braun, auteur de calendriers poétiques qui l'ont rendu populaire, etc.

Les sciences ont eu en Suède, dans le siècle actuel, des représentants illustres. La chimie peut citer Berzélius ; pour la géologie, on trouve Hisinger et Wahlenberg ; pour la botanique, Swartz, Acharius, Elias Fries, Agardh; Paykull, Dalraan, Schonherr pour la zoologie; Swanberg et Hill pour les mathématiques; Cronstrand et Selander pour l'astronomie; Rudberg pour la physique; André Retzius, Huss, Santesson, Florman pour la médecine ; pour le droit, Calonius et Schlyter; pour la philosophie, Benjamin Hoijer, etc.

Pour terminer cette courte notice, nous citerons les noms de trois femmes de lettres dont les productions ont eu un succès mérité: Mni(!S Emilie Flygarecarlen et Knorring, et Mlle Frederika Bruiner, dont plusieurs romans ont été traduits dans toutes les langues.

— Beaux-arts. Bien que les deux royaumes unis de Suède et de Norvège aient été divisés à plusieurs époques de l'histoire et aient subi souvent des influences fort diverses, aussi bien au point de vue des arts et des lettres qu'au point de vue des institutions, nous avons cru devoir réunir ici tout ce que nous savons dé l'art dans la presqu'île Scandinave.

— I. Architecture et antiquités Scandinaves. M. Pierre Victor a publié dans le neuvième volume des Annales de la Société libre des beaux-arts de Paris (1840) un intéressant mémoire sur les antiquités Scandinaves; nous en détachons le passage suivant : « La Scandinavie offre peu de ces hardis édifices religieux, l'orgueil du moyen âge, et encore moins de ces magnifiques antiquités architecturales, de ces brillants chefs-d'œuvre de sculpture, la gloire de la Grèce et de l'Italie. On n'y rencontre point d'arcs de triomphe, d'élégantes colonnades, de temples majestueux; mais on y voit des monuments d une simplicité mâle et agreste, qui, pour être dénués du charme des beaux-arts, n'en présentent pas moins, dans leur austère physionomie et dans les souvenirs historiques qu'ils retracent, un sujet de puissant intérêt et d'attachantes méditations. De simples tombeaux de terre, de rustiques autels de granit, des cercles et des obélisques de pierre brute, voilà généralement en quoi consistent les mo-

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numents païens qui restent élevés sur le sol Scandinave. Mais souvent par l'étendue de leurs proportions, par la hardiesse de leur construction, par la diversité de leurs formes, par les dessins et les caractères dont le burin des scaldes les a sillonnés, ces vestiges massifs et pittoresques des temps passés frappent les regards et parlent à l'âme un langage qui la captive. Ces monuments ont eu diverses destinations; ils ont été des temples, des forteresses, des enceintes d'assemblées nationales ; ils honorèrent la mémoire des héros; ils rappellent de grandes actions et de patriotiques sacrifices. Ceux-là même qui offrent le moins d'intérêt à l'étranger en ont souvent un très-vif pour l'homme du Nord, auquel ils révèlent les mœurs et les coutumes de ses pères, la gloire et les hauts faits de ses ancêtres. Pour lui, de simples pierres ont quelquefois une signification éloquente et dont le sens varie selon leur emplacement, leur disposition et leur configuration. Ces toinbelles de gazon, ces aires granitiques, où la plupart des historiens ne voient que les monuments d'un temps barbare, les lieux de rassemblement de guerriers farouches, les traces de la célébration d'un culte sanguinaire, ont été souvent consacrés à de plus nobles usages. La justice y rendait ses arrêts, la poésie y faisait entendre ses accents. Cette structure grossière est moins due à la barbarie de l'époque qu'à la nature du pays, aux idées sociales et aux croyances religieuses de la nation. Cas édifices ouverts, ces assemblées en plein air convenaient à l'esprit d'indépendance et de liberté d'un peuple d'ailleurs trop sensible aux beautés de la nature pour trouver beaucoup d'attrait aux prestiges de l'art. Pendant longtemps, l'habitant du Nord crut ne pouvoir donner à la divinité un sanctuaire plus digne d'elle que la voûte des cieux. Il ne voyait point de temples plus beaux que ses majestueuses enceintes de rochers, ses imposantes 'forêts de sapins. Des tertres tapissés de verdure lui semblaient plus agréables aux morts et d'un aspect moins sombre pour les vivants que d'arides sépulcres de marbre couverts d images funéraires, et la mémoire des hommes, cultivée par les chants des scaldes, lui paraissait donner aux exploits des héros une consécration plus glorieuse que le témoignage inanimé d'un froid et fastueux mausolée. Aujourd'hui encore, dans beaucoup de provinces du Nord, on conserve cette aversion pour les murailles et pour les cités; les monuments d'architecture y sont dédaignés, comme si l'on jugeait ne pouvoir en élever que de mesquins auprès de ces colossales édifications de la nature, au milieu de ces débris grandioses et pittoresques des révolutions du globe, qui décorent de toutes parts la péninsule Scandinave; et aujourd'hui, comme autrefois, le caractère national et les principes religieux ne sont po>nt étrangers à cette disposition. On sait avec quelle ardeur le Nord embrassa dans les temps modernes un culte qui proscrit la pompe des édifices, l'ornement des temples et l'adoration des images. » Depuis que ces lignes ont été écrites, des recherches actives ont été faites sur tous les points de la péninsule ; on a étudié avec ardeur les monuments primitifs de la Scandinavie, et il s'est formé à Stockholm, à Christiania et à Copenhague des musées où ont été recueillies avec beaucoup de soin les antiquités nationales.

On a vu à 1 Exposition universelle de 1867, à Paris, dans la galerie de l'histoire du travail, une suite des plus intéressantes d'objets Scandinaves remontant aux temps païens et provenant pour la plupart du musée de Christiania. Les tombeaux et les objets de l'âge de pierre, haches, couteaux, pointes de lance ou de pique, racloirs, marteaux à briser les os, etc., jsont assez abondants en Suède. Dans la Norvège, au contraire, iet âge a laissé peu de traces, et l'on n'y connaît, pas de tertres ou de sépultures de cette époque; on a recueilli quelques armes et quelques instruments de pierre polie dans les provinces du sud-est qui louchent à la Suède méridionale; mais, dans la Norvège occidentale et à mesure que l'on s'avance vers le nord, les objets de ce genre deviennent de plus en plus rares. Les trouvailles de l'âge de bronze sont plus nombreuses aussi en Suède qu'en Norvège ; celles qui ont été faites jusqu'à présent, sur les côtes occidentales de la péninsule, reviennent de grands tertres ronds, dont es caveaux carrés, construits en pierre, renferment soit des cadavres inhumés, soit des ossements carbonisés. Les archéologues pensent que l'âge de fer, dans la Scandinavie, date à peu près du commencement de l'ère chrétienne'; il comprend deux grandes divisions caractérisées par des rites funéraires, des objets et des alphabets runiques différents. L'influence de la civilisation romaine et des relations commerciales avec l'empire romain s'est fait sentir en partie dans la première période ; la seconde époque, au contraire, a un caractère plus indépendant, et ses restes attestent que les habitants de la Scandinavie étaient principalement en rapport avec l'empire byzantin, par la voie de la Russie, et, par mer, avec les lies Britanniques, On ignore encore, d'ailleurs, si ces deux périodes représentent seulement différentes races ou seulement différents degrés de civilisation, de même que leur limite chronologique n'est pas encore bien déterminée. Les sépultures de la première période de l'âge de

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fer consistent dans des tumulus de différentes dimensions, généralement ronds et élevés, plus rarement bas et ovales. Beaucoup d'entre eux renferment des urnes de bronze, ordinairement en forme de chaudrons, entourées de la terre ou des pierrailles qui composent le tumulus, ou bien déposées dans de petits caveaux dallés. Les ossements calcinés qui remplissent ces urnes cinéraires sont surmontés ou entremêlés d'objets en plus ou moins grand nombre, comme des bijoux d'or, d'argent, de bronze et surtout des armes tordues ou enchevêtrées l'une dans l'autre. D'autres tumulus renfermentdeplusgrandeschain bres sépulcrales en pierre et de forme rectangulaire , mesurant jusqu'à 6 mètres de longueur, où l'on trouve des os carbonisés, des urnes en argile, de petits seaux ou baquets en bois garnis de bronze, des gobelets en verre, des vases en bronze, parfois de fabrication romaine, des armes (épées à double tranchant, javelots, flèches et garnitures de bouclier), des flèches en bronze, des bracelets et anneaux en or, des pertes de verre et d'ambre, divers instruments (ciseaux de fer, pinces de bronze, pierres à aiguiser, couteaux), des restes de vêtements, etc. On connaît aussi quelques chambres sépulcrales construites en Dois et renfermant des objets analogues. Pendant la seconde période de l'âge du fer, qui embrasse, k ce que l'on. croit, les trois derniers siècles du paganisme dans la Scandinavie (750-1050), on trouve, à côté des tumulus ronds, des tertres de forme ovale, triangulaire ou carrée; ces derniers n'ont point de chambre sépulcrale, et les objets y sont enfouis en pleine terre, souvent mêlés à des ossements calcinés. Les sépultures où l'on trouve des cadavres inhumés sont relativement peu nombreuses, ce qui fait présumer qu'elles appartiennent à la fin de la période où les rites funéraires des chrétiens commençaient à s'introduire. Les urnes sont d'argile ou de pierre, quelquefois de fer. Les sépultures sont bien plus nombreuses en Norvège que pendant la période précédente et s'étendent jusqu'au 69« degré de latitude.

Il est k remarquer que les métaux précieux apparaissent travaillés, façonnés en bijoux, avec une véritable habileté, parmi les antiquités Scandinaves. Dans son livre sur la Norvège (1857), M. Louis Enault, passant en revue les objets rassemblés au musée de Christiania, a constaté ce fait : • Le travail du fer, dit-il, est encore dans l'enfance, quand déjà l'or et- l'urgent se façonnent en bijoux merveilleux. Les hommes n'ont pas encore des charrues; qu'importe, si la femme a des colliers? On se passe bien de pain ; mais, je vous prie, peut-on vivre sans pendants d'oreilles? J'ai vu un bracelet d'or massif qui ferait envie à une reine; les anneaux, d'inégale grandeur, s'entrelacent les uns dans les autres avec un art exquis; les ciselures ont des caprices dignes du ciseau de Froment-Meurice. Ce bijou appartenait à une petite Finlandaise qui n'avait pour toute garde-robe qu'un pantalon et une veste taillés dans la peau d'un phoque 1 II y a aussi des bagues superbes; on les porte au pouce, et elles couvrent le doigt tout entier; puis des plaques pour la poitrine , avec des inscriptions en caractères runiques, des charmes qui faisaient ai mer, et qui n'ont plus d'autre mérite aujourd'hui que d'exciter Ja sagacité des Cnampollions norvégiens. »

L'archéologue que nous avons cité au début de cet article, M. Pierre Victor, a constaté que ce n'était pas seulement dans la péninsule qu'on rencontre des antiquités Scandinaves; pour en explorer le domaine dans toute son étendue, il faudrait, dit-il, visiter tous lés pays que les peuples septentrionaux ont envahis et dominés; il faudrait parcourir l'Europe depuis la Baltique jusqu'à la Méditerranée, depuis les côtes occidentales de la France jusqu'aux contins orientaux de la Russie. Les ossements des guerriers d'Odin reposent dans les plaines du Rhône et de la Durance, sur les rives de lu Seine et de la Loire, et avec eux, sans doute, plus d'un débris de leurs armures. M, Le Bas, qui, dans un précis intéressant de l'histoire de Suède, a passé en revue plusieurs antiquités de ce pays, parle d'un monument lapidaire, près do Saumur, qui aurait une grande ressemblance avec un monument du même genre de la Westrogothie, Pinkerton prétend que les roches de Carnac, en Bretagne, ne sont ni celtiques ni druidiques, et qu'elles appartiennent aux Goths-Belges. Qui sait si elles n'au- ■raient pas une origine plus septentrionale encore? et combien de toinbelles, réputées gauloises, pourraient bien être Scandinaves 1 La Normandie en possède probablement un grand nombre. Divers monuments Scandinaves existent dans jes lies Britanniques ; l'Angleterre offre des débris de forteresses et de pierres runiques; l'Ecosse, des obélisques, des cercles de jugement; l'Islande, des tombelles et des retranchements de guerre. Des buttes sépulcrales et des vestiges de fortification de même origine ont été reconnus aussi en Amérique. Des coins et autres instruments en silex, tout à fait pareils à ceux qui sont renfermés dans les tumulus de la péninsule, ont été trouvés aux Antilles. Il est aujourd'hui constaté que les anciens Suédois ont étendu leurs excursions jusqu'aux plages du nouveau monde, et une pierre runique, découverte à Grippsholm, atteste qu'ils ont abordé aux rivages africains.

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Arrivons à l'époque où la Scandinavie, convertie nu christianisme par saint Oiaf, commença à se couvrir d'édifices plus ou moins importants. Certains archéologues veulent que ce soit dans ce pays qu'ait été inventée l'architecture ogivale et qu'elle ait été portée et propagée dans l'ouest de l'Europe, en Normandie, dans l'Ile-de-France et en Angleterre par les Wikings, sortis de la péninsule. « Les hommes du Nord, dit M. Enault, retrouvèrent l'image de cette architecture dans les souvenirs de leur patrie. On a prétendu que l'ogive avait été enseignée aux premiers architectes du moyen âge par l'intersection des rameaux qui jettent sur nos têtes un dôme mouvantde feuillage dans les forêts. Les Norvégiens ont une supposition moins pittoresque, mais plus près peut-être du sens pratique et de la vérité. Avant l'introduction du christianisme, c'était un usage constant, chez les habitants du Nord, de brûler les cadavres des hommes avec tout ce qu'ils avaient aimé. On tirait au rivage la barque fidèle qui les avait portés sur la mer, on la renversait sur leurs cendres, et c'était leur tombeau. Eh bien ! la voûte du temple ogival est-elle autre chose que la carène d'un vaisseau renversé, et n'est-ce pas le même mot qui désigne et la nef d'un vaisseau et la nef d'une cathédrale?» M. Pierre Victor a exposé d'une fnçon ingénieuse les motifs qui lui ont paru propres à faire considérer l'architecture ogivale comme s'étant développée sous l'influence des peuples Scandinaves. « La part que ces peuples habiles et entreprenants ont prise, après leur conversion au christianisme, à cette architecture hardie dans les Etats qu'ils ont envahis, et le caractère septentrional qu'ils lui ont imprimé ne me paraissent pas avoir été, jusqu'à ce jour, assez remarqués. Cette architecture, que nous avons si improprement appelée gothique, à moins de l'attribuer aux Goths-Suédois, est désignée avec bien plus de justesse par les Anglais sous le nom d'architecture normande; cat si l'on ne peut pas dire précisément qu'elle tire du Nord son origine, c'est du moins de là que sont sortis les hommes qui ont le plus contribué à sa formation. Ce n'est qu'après que les Scandinaves eurent envahi 1 Allemagne, la France, l'Italie et lorsque, devenus chrétiens, ils réédirtorent les temples qu'ils avaient saccagés, qu'on la voit prendre naissance. D'abord copistes de l'arcade cintrée, dont les édifices romans et saxons leur offraient le modèle, les hummes du Nord l'emploient dans toute sa pureté; mais, avant de s'établir dans nos contrées, ilsavaientvisi té l'Orient, ils avaient vu Byzance, et ils associèrent bientôt à. l'architecture romane l'architecture byzantine, fusion qui semble préluder à la composition du style ogival. Ils portent ensuite leurs armes en Espagne et en Syrie; ils revoient l'Orient, si plein d'attrait pour eux, l'Orient où leurs ancêtres plaçaient Asgaard, le séjour des dieux, et ils modifient de nouveau leurs monuments dans le goût oriental. Séduits par les longs fûts des colonnes mauresques, ils les accolent en faisceaux serrés, entrelacent les arcs à plein cintre et de ces combinaisons forment l'ogive. L'art architectural du moyen iige est créé. Au milieu de tout ce que cette architecture a emprunté au style méridional, vous y voyez toujours percer et dominer le caractère du Nord. Elle a dans tout son ensemble la teinte sombre et mélancolique. Constamment attachés à la mère patrie, les Scandinaves semblent avoir voulu en perpétuer le souvenir en reproduisant dans leurs constructions la nature gigantesque des régions hyperboréennes. Dans ces gerbes de colonnes jaillissantes, dans la forme ogivale de ces arceaux élancés, on croit voir l'image des pins nltiers de leurs montagnes, la courbure et le croisement des branchages de leurs forêts pyramidales ; dans ces frontons triangulaires, dans oes clochetons aigus qui couronnent les portes et les tours, la reproduction des aiguilles de leurs rochers k pic. Examinez en Angleterre, dans l'ouest de l'Allemagne, en Normandie et dans plusieurs autres de nos provinces les monuments religieux du moyen âge, notamment ceux de transition de l'époque romane et de»l'école normande, ainsi que les édifices des premiers siècles de cette dernière période, et vous y reconnaîtrez des indices bien plus précis de leur origine orientalo-scandinave. Les hommes du Nord ont, en quelque sorte, marqué de leur sceau cette grande création. Le souvenir de leur ancienne religion s'y trouve même fréquemment retracé, car la mémoire d'Odin enflamma leur imagination longtemps encore après qu'ils eurent abjuré son culte. Parmi les monstres fantastiques qu'ils se sont plu a y figurer, plusieurs appartiennent à la mythologie Scandinave , et l'on y voit des symboles de l'odinisine associés aux mystères du christianisme. L'image de leur ancienne patrie s'y reproduit sous divers emblèmes; l'ornementation des chapiteaux et de leurs archivoltes en offre plus d'une trace frappante. Là, ce sont des oiseaux rie proie, des pommes de pin et autres objets caractéristiques de la nature septentrionale; ici, des casques, des boucliers qui rappellent l'armure des anciens guerriers normands; ailleurs, des moulures, des torsades, d'un goût analogue aux ornements bro» dés et sculptés qui se remarquent encore de nos jours sur les vêtements et sur les meubles de plusieurs cantons reculés du Nord; des dragons et des serpents entrelacés k la

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façon de ceux qui entourent les inscriptions des monuments runiques. Lorsqu'on examine ces dessins et ceux.de plusieurs autres'antiquités Scandinaves du ixe siècle, on croit y retrouver le germe de ces découpures légères, de ces arabesques bizarres et compliquées qui distinguent la sculpture architecturale dans les siècles suivants. Sur plusieurs chapiteaux des églises normandes du x« et du xi« siècle, on remarque deux chimères placées face à face, qui ont pour plusieurs antiquaires un sens caché, et que d'autres regardent comme les deux génies du bien et du mal; emblème du manichéisme, dont la religion chrétienne, disent-ils, conserva longtemps les traces. Mais ce dualisme en avait alors disparu, et l'on sait que le système d'un bon et d'un mauvais principe, d'une puissance intellectuelle régissant le monde k côté d'une puissance physique, formait un des dogmes fondamentaux de la religion Scandinave. Dans une église de Graville, on voit une figure armée de la foudre qui passe pour être celle de Jupiter; mais Thor était aussi le dieu de la foudre et la divinité protectrice de ces mêmes Norvégiens qui gouvernèrent la Neustrie. Dans une autre église, un chapiteau nous montre un homme armé -d'un marteau ; ne pourrait-on pas encore y reconnaître le même dieu? Il était souvent représenté avec cet attribut. •

Toutes ces conjectures, auxquelles nous avons cru devoir donner place, parce qu'au premier abord elles sont fort séduisantes, nous semblent être très-hasardées. Que l'architecture ogivale offre, en quelques parties, des caractères auxquels ii est permis de reconnaître, sinon l'influence directe du génie Scandinave, du moins une véritable parenté entre ce génie et celui qui a enfanté cet art, cela n'est pas douteux; mais on ne devine et on ne devinera sans doute jamais rien de plus. Dans la Scandinavie même, c'est le style byzantin que révèlent l'architecture et l'ornementation des églises bâties nu xie siècle et dans la première partie du XIIe siècle; on estime qu'au moyen âge il y avait bien cinq cents églises rien qu'en Norvège ; très-peu d'entre elles portaient des traces de l'influence du style gothique. Construites presque exclusivement de poutres et de planches assemblées avec goût et ornées d'entrelacs sculptés, elles ont été pour la. plupart démolies au xvue siècle et sont aujourd'hui fort rares ; il n'en existe plus guère qu'une seule qui, malgré de nombreuses modifications, conserve en partie son caractère primitif; c'est celle de Borgund, dans le Leirdal, que la Société pour la conservation des monuments norvégiens a acquise récemment pour la mettre à l'abri des transformations.

La cathédrale de Drontheim (Trondhjem), le plus vaste édifice du monde Scandinave, offre un mélange du style vomano-byzantin et du style ogival. L'archevêque Eystein en jeta les fondements en 1183, au-dessus de la tombe de saint Olaf, à l'endroit même où Magnus le Bon, fils d'Olaf, et Harald aux cheveux rouges avaient élevé successivement, le premier une chapelle de bois, le second une église en pierre. Celle-ci fut d'abord comprise dans le plan du nouveau monument; elle forma une de ses ailes; la seconde, bâtie plus tard, fut pareille à la première ; elles se composaient de larges arcades en plein cintre, au contour festonné, séparées par des piliers massifs, au cbupiteau carré et plat. La nef et le chœur appartiennent au style ogival et peuvent être avoués par l'époque la plus élégante et la plus pure. La net est très-simple; mais le chœur est d'une richesse d'ornementation que rehaussent encore l'harmonie de l'ensemble et la grâce des détails. Huit arcades légères, aériennes circonscrivent son enceinte. ■ Tout en obéissant aux lois de l'art le plus sévère, dit M. Enault, 1 architecte a su répandre sur son œuvre les trésors d'une variété inépuisable ; des festons de pierre se suspendent, comme des colliers, au fût des colonnes légères ; des guirlandes de fleurs les enlacent comme des lianes souples ; tantôt c'est une bande de dentelle qui se découpe sur la nervure d'une arcade déliée et fine ; parfois les colonnettes se coiffent d'un chapiteau d'acanthe ; parfois, d'un pilier mince qui jaillit du sol comme une fusée de granit, trois arcs brisés s'élancent, et autour de lui, comme autour d'un centre, pivote une triple arcade. Souvent, dans les bas côtés , dans les chapelles autour du chœur, les ogives s'entrecroisent et semblent se confondre comme les cimes d'une végétation dans les bois. » La partie occidentale de la cathédrale de Drontheim, où se trouve le grand portail, ne fut achevée que vers le milieu du xin» siècle. Elle était d'une grande magnificence. On entrait par trois vastes portes, au-dessus desquelles se développait une série de vingt petites arches en plein cintre, assez bien conservées et d'une ornementation abondante, dans le style de l'architecture romane des belles années du xne siècle. Au-dessous, et entre les portes, on a ménagé vingt niches ogivales d'une exquise élégance, fouillées et ciselées avec une recherche infinie. Quinze de ces niches sont maintenant vides; dans les cinq autres, il y a des statues de grandeur naturelle plus ou moins mutilées.

En Suède, les plus anciennes églises sont les cathédrales de Lund et de Linkœping, bâties, la première de l'an 1013 k l'an 1033, la

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seconde de l'année 1134 à l'année 1151. La plus remarquable, et aussi la plus célèbre, est la cathédrale d'Upsal, construite sur le modèle de Notre-Dame de Paris par un architecte parisien nommé Bonosil ou Bonneuil. Les églises gothiques de Wisbyet de Wreta- Kloster méritent aussi d'être citées.

Un genre d'architecture qui a reçu dans la Scandinavie un grand développement et y a revêtu un caractère véritablement national est l'architecture en bois. Le palais du roi, qui sert aujourd'hui d'habitation au gouverneur, à Drontheim, est, assurément, un des plus anciens monuments en bois de la péninsule ; l'architecture ne manque pas de noblesse dans sa simplicité, et les ornements qui la rehaussent sont pleins de délicatesse. L'édifiée commence malheureusement k céder aux intempéries du climat norvégien; beaucoup de parties offrent un délabrement qui est loin d'avoir la poésie qu'on trouve dans tes ruines des monuments ae pierre. Le bois est encore aujourd'hui la matière dont il est le plus fait emploi en Scandinavie pour les constructions privées et même pour les églises, pour les écoles, pour les maisons municipales. Quelques-uns de ces édifices ont un aspect assez pittoresque. < La petite église de Ringeloo.dit M. Enault, est eh bois travaillé avec un art particulier, goudronné et peint en brun. Sa haute tour, exiguë comme une flèche, est recouverte de planchettes hermétiquement imbriquées, comme*' la tuile de nos couvertures, et d'un rouge vif qui tranche nettement sur la verdure sombre des bois environnants et sur le bleu léger du ciel; quatre petits clochetons triangulaires couronnent sa base, et l'aiguille jaillit de leur bouquet comme le pistil d'une fleur s'élance de son calice. L'église est percée degrandej fenêtres blanches et carrées, dont la forme lourde et le ton criard heurtent la délicatesse de la construction et troublent cette gammede couleurs ht "monieuSes. Ces fenêtres, placées trop haut, s'affleurent avec le toit. » Le même auteur décrit ainsi l'habitation des grands fermiers norvégiens: « La construction est des plus simples ; elle a pour base le sapin et se passe volontiers d'accessoires. Pour les murailles extérieures, on prend des troncs d'arbres dans la forêt voisiue, on les équarrit; on les superpose le plus exactement possible. Une mousse sèche et pressée bouche hermétiquement les interstices. A l'angle des murs, les grands troncs s'adaptent les uns dans.les autres au moyen d'entailles profondes. Quand on veut percer une fenêtre, on scie la muraille. La première qualité d'un architecte, c'est d'être menuisier. A l'intérieur, des planches bien unies et solidement jointes remplacent les murs de refend ; toutes les pièces ont un parquet, sec et luisant. Parfois un superbe balcon, fiuement ouvragé, circule autour de la maison, dont le toit, qui fait saillie, domine et surplombe. Ces balcons, dont la haute balustrade monte jusqu'à ia poitrine d'un homme, sont de vrais chefs-d'œuvre de menuiserie; les piliers des encoignures se tordent comme les colonnes de nos baldaquins de la Renaissance ; les barreaux, soigneusement tournés, sont sculptés et touillés d'arabesques qui prouvent la patience et l'habileté du ciseau, Le toit a une inclinaison assez douce; tantôt il est en bois, et alors on le recouvre d'une couche de terre que la mousse et le gazon rendent bientôt impénétrable. Parfois aussi on rencontre des couvertures en tuile ou en ardoise; la feuille de l'ardoise, mince et délicate, verte ou rougeâtta, a des cedetsd'un éclat métallique ; la tuile est petite, souvent octogone et disposée de manière à former des dessins d'une capricieuse élégance. » On donne le nom de gaard à l'ensemble des bâtiments qui constituent l'établissement d'un cultivateur norvégien.

Les monuments élevés depuis deux siècles dans les grandes villes des royaumes Scandinaves, k Stockholm, k Christiania, appartiennent aux différents styles qui ont prévalu successivement dans l'Europe occidentale, et c'est le plus souvent par des architectes français ou allemands qu'ils ont été édifiés. Simon de La Vallée fut employé à des travaux importants par la reine Christine ; Nicodèine de Tessin éleva le château royul de Stockholm, celui de Drottningholm, la cathédrale de Calmar et le tombeau de Benoît Oxeustiern, à Upsal. Parmi les architectes indigènes, nous citerons Olaf Iiùdbeek, qui vivait au xviio siècle; Blom, qui a construit, en 1823, le charmant petit château de Rosendal, près de Stockholm ; Gjôrwell, Nystrôm, Estenberg, A.-W. Edelsvàrd, officier au corps royal du génie ; Balthazar Cronstrand,etc.Ces deux derniers ont exposé des dessins à Paris en 1855. M. Croustrand, né à Tôrneby, a fait d'iutéressantes études architecturales en Egypte et en Nubie. Un dessinateur de talent, M. Mandelgren, a publié un très-intéressant recueil relatif aux anciens monuments Scandinaves.

Au nombre des constructions les plus importantes qui aient été élevées en Suède depuis deux siècles, il faut citer le dock de Carlskrona et le canal deGothie.Ledoek de Carlskrona, commencé en 1716 sur les dessins de l'ingénieur Charles Sheluon, fut terminé en 1724 ; c'était, dans son temps et dans son espèce, un véritable chef-d'œuvre. Plus tard il fui agrandi et amélioré par les soins du directeur général Daniel Thunberg, qui y

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ajouta une pompe à feu. En 1831, il reçutencore de nouveaux accroissements. Le canal de Gothie, dont l'entreprise fut conçue par le comte de Platen et qui fut construit de 1813 à 1823, est une oeuvre des plus considérables ; il forme, entre la Baltique et la mer du Nord, une ligne d'eau ayant plus de 380 kilomètres de longueur; les creusements et les excavations, sans compter lesexnaussements pratiqués dans les lacs, ont, en Ostrogothie, une étendue de prés de 50 kilomètres et, en Westrogothie, de 38. La profondeur du canal est de 10 pieds, et la largeur de 48. Ce canal ne compte pas moins de 58 écluses servant soit à fixer l'eau, "soit à la précipiter. Son plus haut point ascencionnel est de 163 pieds; il est situé entre les lacs "Wenern et Wettern.

— II. Sculpture. Nous avons vu, dans

l'article précédent, que, sur les monuments païens de la Scandinavie, on distinguait souvent des ornements taillés avec une fantaisie des plus capricieuses. L'écriture runique, comme les hiéroglyphes des Egyptiens, contribuait à la décoration des oojets sur lesquels elle était tracée. Au moyen âge, la sculpture des églises procède, comme le style même de ces édifices, tantôt de l'art francoallemand, tantôt de l'art byzantin. Outre les sculptures de pierre de l'époque ogivale, qui sont assez rares aujourd'hui, la Suède et la Norvège possèdent un assez grand nombre de sculptures en bois, d'un travail tres-délicat et d'une composition parfois très-originale ; il y en a de touies les époques, et aujourd'hui même le bois est travaillé, fouillé, découpé avec beaucoup d'habileté par les artistes de ces contrées.

Lorsque le goût des arts méridionaux se fut introduit dans la péninsule, la sculpture, comme l'architecture et la peinture, y fut cultivée par des artistes venus de France et d'Allemagne. Charles XI appela auprès de fti les sculpteurs Chaveau et Laporte, auxquels on attribue les lions gigantesques placés devant le château royal de Stockholm et les deux Renommées qui décorent le grand portail du Nord. Au xvihb siècle, Bouchardon vint passer deux années en Suède, y exécuta de nombreux ouvrages pour la cour et y imprima une assuz vigoureuse impulsion aux ditférents arts. Un autre Français, Larchevêque, forma le sculpteur suédois Sgsell, qui exécuta, entre autres oeuvres remarquables, les mausolées de Gustave III, de Linné, de Descurtes, la statue du maréchal d'Ehrensvaerd , un Cupidon et une Psyché dont on fait le plus grand éloge. Au xixe siècle, la Suède a produit plusieurs sculpteurs de talent: R.-E.Eogelberg (1786- 1854), qui a représenté avec un grand succès les principaux dieux de la mythologie Scandinave et qui, malgré un long séjour en Italie, demeura fidèle aux traditions poétiques do son pays; Jean-Nicolas Bystrom (1783-1848), qui se forma sous la direction <ie Sergell, sculpta plusieurs statues de rois de Suède et produisit beaucoup d'autres œuvres dans le goût et le sentiment de l'art néo-grec ; Gdthe, k qui l'on doit une statue colossale de Wéléagre et un Bac^hus; Charles-Gustave Quarnstrôin, qui a envoyé des Baigneuses à l'Exposition universelle de 1855, à Paris; Frithsof Kjelbeig, qui a exposé une statue de Persée k Londres en 1862 ; Pierre Molin, de Gotheinbourg,qui a pris part k l'Exposition universelle de Paris en 1855 et à celle de Londres en 1862; Borch et Glosimodt, sculpteurs norvégiens, dont les œuvres ont figuré k ce dernier concours, etc. Dans la gravure en médailles, on distingue L.-P. Lundgren, graveur k la monnaie royale de Stockholm, dont la fille, Mme Lea Ahlborn, mariée à un sculpteur allemand fixé en Suède, a exposé des médailles de Suédois célèbres aux Expositions de Paris en 1855 et 1867. Un autre graveur en médailles, M. Jean-Edouard Ericsson, a obtenu une récompense à l'Exposition universelle de 1867. Une œuvre d'un genre particulier, qui mérite bien d'être citée, est le vase colossal de porphyre sculpté en 182."> pour le roi Charles.-J.ean et qui a été placé au château royal de Rosendal; il a été taillé dans un bloc pesant 196,000 kilogrammes et sa coupe peut contenir environ 90 hectolitres de liquide 1

— III. Peinture. La Scandinavie ne conserve qu'un très-petit nombre de peintures antérieures au xvne siècle. Dans son livre sur la Norvège, M. Louis Enault décrit un tableau divisé eu plusieurs compartiments et relatif à l'histoire de la sainte croix, qu'il dit avoir remarqué au musée de Bergen et qu'il croit avoir été exécuté chez les Byzantins, au xio siècle, et avoir été apporté dans la péuiusule par « an de ces forbans qui jadis ecumaient l'Océan, la Baltique et la Méditerranée. » Nous ne voyons pas pourquoi cet ouvrage n'aurait pas été peint en Norvège même par quelque artiste formé à l'école byzantine. On sait que jusqu'à l'époque de la Renaissance les productions de cette école servirent de modèles et de types aux peintres de sujets religieux dans tous les pays. Au xvue siècle, ce fut d'Allemagne, de Hollande et de France que vinrent les artistes qui pratiquèrent la peinture dans les royaumes Scandinaves. David Clocker d'Ehreustral (1629-1698), né à Hambourg, protégé par Marie-Eléonore, veuve de Gustave-Adolphe, voyagea en Italie, étudia sous la dlrec-

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tion de Pierre de Cortoue, fat anobli par Charles XI, dont il peignit le Couronnement et à qui il donna des leçons de dessin, ainsi qu'à la reine Christine ; ii y a de lui un Jugement dernier dans la grande église de Stockholm. David Beck, artiste hollandais, élève de Van Dyck, Munichoffen et Bourdalot furent également patronnés par Christine, dont les goûts artistiques sont bien connus. Un autre peintre hollandais, Allart van Everdingen, s'est rendu célèbre par ses vues des sites abrupts de la Norvège ; W. Bûrger suppose que ce fut de 1645 à 1650 qu'il eut occasion de visiter cette contrée, d'où il rapporta une quantité prodigieuse de dessins qui défrayèrent son talent le reste de sa vie et qui séduisirent Ruisdael. Il est bien certain que ce dernier n'a jamais été en Norvège et qu'il s'est livré à la peinture des cascades et des rochers en prenant Allart "Van Everdingen pour modèle. Jean-Philippe Lembke, de Nuremberg (1631 -1713), peignit pour Charles XII des sujets militaires dans le goût du Bourguignon et des bambochades dans le goût de Pieter van Laar ; il mourut d'ailleurs à Stockholm dans la plus grande indigence. Une femme peintre, née en Suède, Sophie- Elisabeth Brenner, ne nous est connue que par son portrait, qui a été gravé par un artiste du même nom, Elias Brenner. Claude- Gustave Klirfgstet, de Riga (1657-1734), après avoir pris du service militaire en Suède, vint en France, où il se rendit célèbre comme miniaturiste ; on l'a surnommé le ■ Raphaël des tabatières.» Ludwig Masreiiez, peintre et aquafortiste, né en Suède, travailla à Paris et en Italie au xvm9 siècle. Pierre Hoerberg (1746-1816), peintre, sculpteur, graveur et écrivain de talent, a laissé beaucoup de ses oeuvres au château de Finspang et a peint, dans l'église d'Oestrahusby, une Ascension de 30 pieds de largeur sur 20 pieds de hauteur. Il y a au musée de Vienne un paysage de David Ricbter, peintre suédois qui vivait vers le milieu du xvme siècle. Hillestrôm étudia aux Gobelins, k Paris, et peignit des scènes de genre. Pilo imita Teniers et forma à son tour Wertmylier et Akerstrôm. Sàfvenborn, élève de J. Vemet, se distingua dans la peinture de paysage. Hoffmann a peint pour le maître-autel de 1 église Sainte-Claire un tableau qui a obtenu du succès.

Les Expositions universelles de Paris en 1S55 et 1807 et de Londres en 1862, ainsi que les Salons de ces dernières années, nous ont fait connaître un assez grand nombre de peintres suédois et norvégiens. Dans son compte rendu de l'Exposition de 1867, M. Marius Chaumelin a porté sur cette école le jugement suivant : « L'unité Scandinave n'est pas encore faite en politique, mais, au point de vue de l'art, elle est beaucoup plus avancée que l'unité allemande. Les peintres des trois royaumes (Suède, Norvège, Danemark) ont un point où ils se ressemblent, un sentiment commun : ils aiment avec passion leur pays natal, et c'est a peindre ses aspects sauvages, ses coutumes naïves, ses mœurs patriarcales qu'ils se consacrent à peu près exclusivement. Presque tous, ils vont étudier en France, en Italie et en Allemagne ; ils y apprennent tant bien nue mal les ficelles du métier, mais ils gardent obstinément les idées, les sentiments de leur race ; ils restent Scandinaves en dépit de toute influence. Ces bonnes gens n'entendent absokmieiurien k ce qu'on est convenu d'appeler la grande peinture; protestants, ils n admettent pas les tableaux de religion dans leurs temples, et, par conséquent, ils n'ont aucun motif pour en peindre. S'il leur arrive de traiter un sujet biblique, ils tombent dans le réalisme le plus outré. Les Scandinaves ont moins d'aptitude encore pour les scènes mythologiques. Les fables de la Grèce et de l'Italie n'ont laissé aucune trace dans leur littérature et ne leur offrent aucun attrait. Ils ont, d'ailleurs, une mythologie particulière, toute pleine de personnifications poétiques et de symboles charmants ; mais c'est avec la plus grande réserve qu'ils y puisent. L'histoire de la Scandinavie, féconde en belles actions et en épisodes dramatiques, aurait dû, ce semble, fournir matière à d'intéressantes compositions; mais les artistes de cette contrée ont peu de goût pour la peinture rétrospective. Ce qui les attire, ce qui les touche, nous l'avons dit, c'est la représentation des mœurs et des passions de leurs contemporains ; c'est la reproduction consciencieuse et naïve des scènes familières, des intérieurs enfumés et des sites agrestes de leur pays bieii-aimé. De là l'originalité et le charme du cette petite école. On lui reprochera sans doute de ne pas être d'une bien grande habileté dans la pratique -, mais on ne pourra qu'applaudir aux sentiments gracieux et purs qu'elle a coutume d'exprimer. Tout, dans sa peinture, se ressent de cette franchise, de cette bonhomie, de cette absence de convention qui contrastent si fort avec l'élégance apprêtée, la coquetterie mignarde, le pédau- Hsrae archéologique et les libertinages d'imagination de nos peintres k la mode. » M. Louis Enault a dit des peintres norvégiens : « Les artistes sont peu nombreux eu Norvège et ils y vivent difficilement. C'est k Copenhague, à Berlin, k Vienne et surtout k Dusseldorf qu'il faut les voir. Les peintres norvégiens étudient de préférence le genre, dont l'intelligence est accessible à tous sans grand rtfort, et surtout le paysage, dont les

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grandes scènes qui les entourent doivent réveiller le goftt dans leur âme. Les qualités qui les distinguentsont principalement l'exactitude de l'observation et la sincérité consciencieuse de l'exécution ; ce qu'on peut leur reprocher, c'est une certaine minutie dans leur manière, c'est une complaisance trop intime dans le détail, qui' révèle en eux plutôt le désir d'arriver à une traduction mot à mot qu'à une interprétation large de la nature. Je ne sais si la neige leur donne des éblouissements, mais je ne crois pas que d'ici longtemps ils deviennent coloristes. Ils ont des oppositions de ton d'une crudité à faire tressaillir la rétine d'un œil délicat. Ils ne connaissent pas le secret des transitions ménagères et n ont jamais su faire passer les couleurs à travers la gamme chromatique des demi-tons. Peut-être les contrastes brusques qu'ils ont sous les yeux doivent-ils leur servir d'excuse ou du moins plaider pour eux les circonstances atténuantes. » Depuis que ces lignes ont été écrites, l'école Scandinave a fait de grands progrès ; elle compte aujourd'hui, tant en Norvège qu'en Suède, quelques coloristes énergiques.

Parmi les rares peintres d'histoire que nous offre cette école, nous nommerons : M. Charles Wahlbôn, Suédois habitant Rome, qui a exposé en 1855 deux petits tableaux, heureusement composés, mais un peu froids d'exécution, relatifs à Gustave-Adolphe; M. G. Brusewitz, qui a peint Linné et ses disciples ; M. H.-D. Ankarkrona, auteur de plusieurs tableaux de batailles; M. H.-J.-F. Berg, artiste norvégien, qui a exposé à, Londres, en 1862, d'intéressantes copies à l'aquarelle d'après Murillo.Rubens, Luini et Cignani ; J.-A. Malmstrdm, M.-E. Winge, A. Jernberg, qui ont peint- des sujets de 1 histoire et de la mythologie Scandinaves; M. Charles -Gustave Plageman et MUe Christine de Post, peintres de sujets religieux. M'i" de Post travaille à Paris ; on lui doit un portrait de M. Lorenz Frôlich, dessinateur danois qui a illustré un grand nombre de publications parisienne-s. M. Pierre-Nicolas Arbo, de Drammen, a exposé au Salon de 1870 la Mort de Èarald Eârderûde à la bataille de Stanfordbridge. De M. G. Werner, il y avait dans la galerie de l'école suédoise, en 1867, un tableau intitulé le Songe de Manichée.

Dans la peinture de genre, il faut citer, en première ligne, Adolphe Tidemand et Jean- Frédéric Hôckert, le premier Norvégien, le second né à JonkSping, en Suéde , qui tous deux ont été jugés dignes de la médaille de ire classe à l'Exposition universelle de 1855. M. Tidemand avait envoyé à ce grand concours quatre scènes de mœurs peintes avec beaucoup de sent.ment : les Funérailles dans les campagnes de Norvège, une Ecole de villuge en Norvège, les fl anciens (secte religieuse) et un Père bénissant ses enfants au moment de leur départ. M. Hôckert avait exposé un Biche en Laponie, qui, aux qualités d'une composition originale, spirituelle et poétique, joint le mérite d'une exécution robuste. D'autres œuvres de ces deux artistes de talent ont figuré à l'Exposition universelle de 1867. Il n'est pas inutile de dire que M. Tidemand s'est formé à Copenhague et à Dusseldorf, et que M. HBckert a travaillé à Paris. M. Auguste Jernberg est passé de l'école de Dusseldorf à Paris, ou il a pris des leçons de Couture. Dessinateur un peu négligé , mais assez bon coloriste, il a? peint avec humour des scènes populaires. Un autre élève de Couture, M. Hugo Salmson, né à Stockholm, expose, depuis quelques années, aux Salons de Paris des tableaux de genre bien dessinés et d'un coloris tout à fait séduisant. On a remarqué au Salon de 1875 un Intérieur laponais peint par Mme Zetterstrâm, élève de l'Académie de Stockholm, et deux scènes de moeurs finlandaises peintes par M. Adolphe de Becker, né à Helsingfors, élève de Bonnat et de Couture. La peinture de genre est encore cultivée : en Suède, par MM. Nils Andersson, Jean-Christophe Boklund, C. Dunker, Robert-Guillaume Ekman, Ferdinand Fagerlin, le baron A.- G. de Koskull, Egron Lundgren, B. Nordtnberg, G. Saloinan, Joseph-Guillaume Wallander, A.-J. de Wirgin ; par MIIes A. Boerjesson, Amélie Lindegren, A. Nonnen, et par M^o Johanna Moller; en Norvège, par MM. P.-N. Arbo, H.-J.-F. Berg, Bergshen, Sigwald Dabi, Cari Hansen, Henri Hellan, ec par M"e« Asta Hansteen et Cher. Sohreiber.

Les paysagistes sont nombreux. Le roi Charles XV a envoyé à l'Exposition universelle de 1867 trois grands tableaux, dans lesquels il a asseï bien reproduit la nature froide ec sauvage de la Scandinavie. Un Paysage d'hiver, éclairé par le soleil couchant, d'un effet très-puissant et très-juste, a été exposé à la même époque par M. Gustave Rydberg. Un tableau du même genre, de M. Wickenberg, a paru au Salon de 1842 et a fait partie de la galerie Dekssert. M. Eckersberg est un des meilleurs paysagistes de la Norvège. On a admiré de lui, en 1855, un Orage, et, en 1867, une Vue du haut plateau, de la Norvège centrale, immense panorama très-étrange et très-saisissant. M. Hans Gude, de Christiania, eleve de l'école de Dusseluorf, a obtenu des médailles de 2e classe en 1855 et 1867. MM. Kuud Baade, Morton-Mùlier et J.-J.

Bennetter traduisent avec sentiment et avec vigueur la sombre poésie des tempêtes déchainées sur les côtes de Norvège. MM. As-

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kevold, Magnus Bagge, Erik Boden, Cappelen, J.-C.Dah) Jo&uhim Frich,S. Jacobssen, Benjamin Moller, Johann Nielsen, Rasmussen, G. Schanche, Wexelseu se distinguent parmi les autres paysagistes norvégiens. Le plus habile paysagiste qu'ait produit la Suède est M. Alfred Wahlberg, dont la réputation s'est établie au dernier Salon de Paris. 11 a été médaillé en 1870 et 1872 et décoré en 1874. A un sentiment très-juste de la réalité, il joint une grande hardiesse de couleur et une rare puissance de touche. Les autres paysagistes suédois dignes de mention sont : MM. Edouard Bergh, A.-L. Cantzer, Wilhelm de Gegerfelt, C.-F. Hill, P.-D. Holm, Marcus Larson, Axel Nordgren, Gustave- Guillaume Palm {Vues d'Italie), C.-T. Staas, Joseph-Magnus Stick, E. Wahlgvist, la baronne de Schwerin, etc. La peinture de fleurs, de fruits, de nature morte est pratiquée avec talent par M. François-Didier Boë, de Bergen, qui a souvent pris part aux expositions parisiennes. M. Charles- Frédéric Kiorboé, de Stockholm, s'est également fait connaître en France par des tableaux d'animaux, qui lui ont valu des médailles en 1844 et 1846 et la croix de la Légion d'honneur en 1860. M. Christian-Auguste Printz, de Frederikshald, peint les fruits et les oiseaux. MM. Frédéric-Guillaume Scholander, Vincent-Stanislas Perche et de Hanno, le premier Suédois, les deux autres Norvégiens, peignent des intérieurs d'église. Enfin, MM. Uustave-Uno Troili et J. Way doivent être mentionnés parmi les peintres de portraits.

Aux noms des peintres suédois que nous avons cités, il faut ajouter les suivants, dont M. Léouzon Le Duc nous donne ta liste dans son livre sur la Baltique : Bréda, Westin, Sëdermark, Wohlfarth, MU» Rothkirch, portraitistes; Stading, Julin, Ezdûrff, Anckarswitld, Kylberg, Knorring, Winquist, Laureens, peintres de genre ou de paysage; MM. Krafft, Hanelgren, Sandberg, Dahlstrôm, Berggren, Letfer, Lindhberg, peintres d'histoire; Sparrgren, Gilbert, Hailman, Le Moine, Hofling, Jilingspor, miniaturistes.

— IV. Gravure. Un graveur du nom de Dionysius Padt-Brugg, qui travaillait k Stockholm vers le milieu du xvim siècle, a exécuté un portrait de l'architeoteûlafRudbeck.H.-L. Padt-Brugge a gravé, au xvme siècle, plusieurs portraits, notamment ceux du roi Charles X et de sa femme et celui du comte de Lagardie, d'après D. d'Ehrenstrahi. Elias Brenner a gravé aussi des portraits, au xvine siècle, et les planches d'un traité delà peintuie en miniature. On a des vues de Drontlieim gravées en istil et 1671 par Jacob- Martea Maschius. Johan van Aveelen, qui travaillait de 1702 à 1725, a gravé les planches d'un livre intitulé Suecta antiqua et ho- Uierna;oa a aussi de lui des vues de La Haye, et il est probable qu'il était né en Hollande. Truls Arnvidsson , artiste suédois, né en 1650, a gravé les planches d'un ouvrage de J. Periugskiôld, publié à Stockholm eu 1719 et intitulé : Monumenla UUekerania cum Ûpsalia nova illustratu. Haton, Biurmau, Oiaf Arré travaillaient dans la première moitié du xvme siècle. Jean Murât a inséré dans son Becueit W architecture deux planches dessinées et gravées par le comte cie Bondhe, amateur suédois. Pierre Floding.nè k Stockholm en 1721 et mort en 1791, étudia sous la direction de Charpentier, grava plusieurs sujets d'après Boucher et d'autres artistes français, et lit quelques portraits, entre autres celui de Gustave III. On a une-suite de dix portraits de personnages suédois et des vues d'Upsal, par Frédéric Akkrel, artiste né dans la Sundermanie en 1748, et qui eut pour maître Ackennan. Ludwig Masreiiez a gravé des paysages à i'eau-forte. Cari Bergguist, qui a travaillé k Stockholm dans la seconde moitié du xviiia siècle, a gravé des portraits et des plans de villes. Martin, Carpellan, les frères Wright, Drontheim, ForsstJ doivent être cités encore parmi les graveurs suédois. Magnusson , Go'thstrôm, Lharles-Jean Billînurk, Blombergsson se sont distingués dans la lithographie.

Suède (révolutions Btf), par Vertot (1696). Sept ans après l'apparition de la Conjuration de Portugal, Vertot lit paraître les Révolutions de Suède, dont le récit a plus d'intérêt. Le sujet du livre est dramatique par luimême ; c'est Gustave Wasa proscrit, caché dans les mines de Suède, et qui, par J'enthousiasme qu'il inspire k de pauvres paysans, s'assure un chemin au troue, s'affranchit de l'humiliante dépendance dans laquelle la jalousie des grands et la puissance du clergé avaient teuu ses prédécesseurs, rend héréditaire une couronne élective, change jusqu'à la religion du pays et meurt universellement regretté, après avoir régné sans favoris, gouverné sans maîtresse et vaincu sans généraux. Par le charme des peintures et des descriptions, l'auteur a su jeter uu vif intérêt sur un pays peu connu encore du reste de l'Europe. Le style a du mouvement, de l'élégance, de l'agrément et de la noblesse. L'ouvrage de Vertot, traduit dans toutes les langues, lit naître l'idée de confier à l'abbé Vertot une histoire générale de la Suède ; un envoyé du roi de ce pays fut même chargé d'en conférer avec lui; mais ce projet n'eut pas de suite. On doit citer principalement, dans cet ouvrage, le passage où Gustave excite

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