‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 756 sur 1059 · BOH-EAU · texte numérisé non relu

BOH-EAU

Et pourquoi, s'il vous platt, vous inquiéter tant? Suffi! yue vous devez être de vous content.

Reonard.

Se suffire v. pr. Suffire à soi-même, n'avoir besoin de l'aide ou du secours de personne : La vertu SB suffit à elle-même. (La Bruy.) Si la vertu su suffisait à ellemême, elle ne serait plus une qualité humaine, mais surnaturelle. (Vauven.J La morale se suffit à elle-même et se passe d'appui. (P. Lanfrey.) A l'âge de deux mois, les faisandeaux se suffisant complètement à eux-mêmes. (E. Chapus.) Peur se suffire d soimême, il faut être plante, polype ou Dieu. (Kératry.) Nul ne peut se suffire à soimême. (E. Alaux.) Tel croit pouvoir sa suffire à qui rien ne suffit. (Bdiste.) Le vrai citoyen s'efforce de SE suffira à soi-même. (V. Cousin.) l'an* qu'on a sa fortune d faire, il faut se soumettre, je le veux bien ; mais quand on peut se suffire à soi-même, il ne faut pas aller quêter les humiliations. (Th. Leclercq.) L'homme s'admit'e, s'aime, et pourtant il ne se suffit point à lui-même. (Guizot.) Ce que les hommes vous pardonnent le moins peutêtre, c'est de vous voir vous passer d'eux et vous suffire d vous-même. (A. Karr.)

— Réeiproq. Suffire l'un à l'autre : Veux époux qui se suffisent,

— Gramm. Les temps composés du verbe neutre prennent toujours l'auxiliaire avoir. Etre ne peut être employé que dans les temps composés de la forme pronominale se suffire, et le participe suffi y est toujours invariable : Depuis lors, ces jeunes personnes se sont suffi par leurs travaux d'aiguille.

Après l'impersonnel il suffit que, le verbe suivant se met au subjonctif : Il suffit que tel soit votre désir. Cependant, on trouve i dans Racine : Ne vous suffit-il pas que je l'ai condamné? On peut justifier cette licence en sous-entendant de savoir après ne vous suffit-il pas, ou même en faisant remarquer que le faitde la condamnation est présenté comme

SUFF

n'ayant rien de douteux. Quoi qu'il en soit, il ne faudrait pas s'exprimer ainsi en prose. SUFFISAMMENT adv. (su-fi-za-man — rad.

suffisant). Assez; en quantité ou d'une manière suffisante : Etre suffisamment velu. Avoir suffisamment d'argent. Celui-là est pauvre qui n'a pas suffisamment le nécessaire. (De Gérundo.) La femme a suffisamment expié, par plus de six mille ans de captivité préventive, le tort qu'elle a eu de se donner au diable. (Toussenel.) Qu'est-ce qu'un fétiche? un morceau de bois suffisamment vieilli. (E. Pelletan.)

— Syn. SurnKfimmenl, •■■«». V. ASSEZ.

SUFFISANCES, f. (su-fi-zan-se — rad. suffisant). Quantité suffisante, assez grande; autant qu'il en faut .- Avoir suffisance de bien, du bien en suffisance. L'auteur de la nature aurait pu créer chacun de nous avec une suffisance de bonheur et de perfection pour vivre seul, mais il ne l'a pas voulu. (Fén.) Nous avons suffisance de lois répressives des abus de ta liberté de la presse. (Chateaub.) La raison générale progressant toujours nie incessamment la plénitude et la suffisance de ses idées antérieures. (Proudh.)

— Aptitude, capacité suffisante : La plupart des citoyens qui ont assez de suffisance pour élire n en ont pas assez pour être élus. (Montesq.)

— Présomption insolente, contentement de soi qui se montre au dehors : On air de suffisance. Il vint un cavalier d'assez belle taille qui avait la mine grecque, c'est-à-dire le maintien plein de suffisance. (Le Sage.) La suffisance n'exclut pas le talent, mais elle te compromet. (De Bonald.) On pardonne plus volontiers la timidité que la suffisance. (Mme Monmarson.) La suffisance met un bandeau sur les yeux. (La Rochef.-Doud.)

Je ne sais par quel verlîgo Ou quelle suffisance extrême Narcisse, se mirant dans l'eau.

Devînt amoureux de lui-même.

DÉSAUQ1EB.S.

— Prov. Qui n'a suffisance n'a rien, Celui qui ne se contente pas de ce qu'il a est comme celui qui ne possède rien.

— Loc. adv. En suffisance ou A suffisance, Assez, suffisamment : AuoiV du bien EN suffisance;.

— Théol. Caractère de la grâce suffisante.

SUFFISANT, ANTE adj. (su-fi-zan, an-te — rad. suffire). Qui suffit, qui est assez considérable ou assez nombreux : Cent francs seraient suffisants pour tous ces achats. Les préjugés sont des jugements dépourvus d'expériences suffisantes. (Giruud.j Le reste vous sera suffisante pâture.

La Fontaihp,

Il Qui a assez de ressources : Votre créancier est suffisant pour payer,

— Plein d'une vanité sotte et impudente, tout content de soi : Une petite personne bien suffisante.

Il devient suffisant;

Oui, je lui trouve un ton, un air de confiance.

De La Viu^.

Il Qui appartient, qui est propre aux personnes suffisantes, vaniteuses, contentes d'elles-mêmes : Un air, un ton suffisant; Le fastidieux personnage avec son air suffisant et empesé! (Le Sage.)

— Philos. liaison suffisante, Cause qui explique la totalité de l'effet : Rien n'existe sans raison suffisante. (Acad.) On remonterait d des milliers de générations, que la dernière n'offrirait jamais en elle-même sa cause suffisante. (Kérutry.) Beaucoup d'opinions erronées et ridicules ont régné dans le monde, fondées sur des probabilités ou des raisons suffisantes. (Etienne.) Les phénomènes se produisent dans te monde parce qu'ils ont leur haison suffisante de se produire. (Renan.)

— Littér. Rime suffisante, Celle qui remplit les conditions voulues, sans aller au delà ni rester en deçà : Quand la consonnance se borne à une voyelle identique suivie de la même articulation, comme dans dormir et sortir, la rime est à peine suffisante,

— Théol. Grâce suffisante, Grâce qui suffit pour opérei' le salut de celui qui la possède, mais qui, d'après certains théologiens, ne l'opère jamais, la grâce efficace étant nécessaire : Dieu donne à tous les hommes la grâce suffisante, et aux élus seuls la grâce efficace.

Tout croyant porte en lui la grâce suffisante.

— Substantiv. Personne suffisante, vaniteuse, contente d'elle-même : Un petit suffisant. Le suffisant est celui en qui la pratique de certains détails que l'on honore du nom d'affaires se trouve jointe à une grande médiocrité d'esprit. (La Bruy.) Le suffisant est d'ordinaire insuffisant en tout. (Volt.) Nous sommes tous des ignorants ; quant aux ignorants qui font les suffisants, ils sont audessous des singes. (Volt.) Le fat est le suffisant élevé à sa plus haute puissance, (Belouino.)

. . Vous voulez que je trouve parlait Un petit suffisant qui n'a que du caquet?

GR.BBSBT.

— Syn. Sufasaui, a»uuioeom, glo»îou«, etc. V. AVANTAGEUX.

SUFJ?

fc Suffisant, arrogant, Important, etc. V. ARROGANT.

SUFP1TION s. f. (suf-li-si-on — Iat. suffi.tio). Antiq. rom. Sorte d; purification à laquelle se soumettaient ceux qui avaient as- . sisté à des funérailles, et qui consistait à s'asperger d'eau et à s'exposer à la fumée.

SUFFIXE s. m. (suf-fi-kse ou su-fi-kse — du lat. sub, sous; fixus, fixe). Gramra. Finale, syllabes qui se placent à. la fin de divers mots pour en modifier le sens toujours de la même manière ou d'une manière analogue : Le suffixe ment est propre aux adverbes et indigue la manière, il Dans les grammaires orientales, Syllabes que l'on met après les radicaux pour former les noms.

— adj. : Syllabe suffise.

— Encycl. Gramm. Il y a dans la langue beaucoup de mots qui se terminent en ade, en fice, en ment, en ion, etc., et dans lesquels chacune de ces terminaisons est appelée par une idée commune à tous les mots où elle se trouve; ces terminaisons sont ce qu'on appelle des suffixes. Nous nous bornerons ici à indiquer la valeur de quelquesunes seulement, afin de faire comprendre l'importance de cet élément dans la formation des mots. Les suffixes âge et ment désignent également l'action ; mais les mots terminés en âge sont plus particulièrement usités dans les métiers, tandis que ceux en ment appartiennent plutôt au style relevé; ainsi l'on dit le lavage des étoffes et le lavement des pieds; le frottage d'un parquet et le frottement de deux corps. Là suffixe ment présente un tout autre sens dans un très-grand nombre d'adverbes formés des adjectifs correspondants; alors il signifie manière : prudemment , d'une manière prudente; follement, d'une manière folle, etc. Dans les mots terminés en fice, ce suffixe marque une chose faite ou à faire : artifice, l'art de faire une chose ou la chose faite avec art: édifice, construction faite ; sacrifice, offrande faite à Dieu. Dans les mots en esse, cette finale, quand elle n'est pas un simple signe du féminin, comme dons princesse, indique l'état: sagesse, faiblesse signifient l'état de la personne qui est sage, faible, etc. ; dans beaucoup d autres mots, la même idée est exprimée par le suffixe ie : inertie, apathie, frénésie, etc. Eur marque celui qui fait, qui a coutume de faire l'action désignée par le radical : créateur, producteur, etc. Il y a des suffixes diminutifs, comme ette ds.ns fillette, fossette; ille dans mantille ; et dans maigrelet, doucet; ot dans vieillot, etc.

Dans les adjectifs, able ou ible marque qu'une chose peut se faire ou doit être faite : aimable, qu'on peut ou qu'on doit aimer; nuisible, qui peut nuire; sensible, qui peut sentir ou être senti. Aque et igue signifient atteint, possédé, soumis à : maniaque, possédé d'une manie; hypocondriaque, atteint d'hypocondrie ; mélancolique, soumis à une humeur noire, atteint de mélancolie. Le suffixe dire donne aux mots un sens peu favorable, le sens que l'on appelle péjoratif : acariâtre, d'humeur aigre et lâcheuse j douceâtre, dont la douceur est fade et désagréable. Jssime transforme les adjectifs en * èritables superlatifs : richissime, très-riche ; grandissime, très-grand. Vore exprime l'idée de dévorer , manger : Carnivore , herbivore , qui mange de la chair, de l'herbe, etc.

Dans la conjugaison des verbes, on peut regarder comme autant de suffixes tes désinences ou flexions qui servent à distinguer les temps, les nombres et les personnes. On en peut dire autant, pour les langues à déclinaisons, des désinences qui marquent les cas des noms et des adjectifs.

Telles sont les notions générales qu'on peut donner sur les suffixes; mais ces notions n'ont point un caractère absolu, et il arrive souvent que des mots terminés d'une certaine manière restent complètement étrangers a l'idée que leur terminaison implique généralement lorsqu'elle joue le rôle de suffixe.

SUFFOCANT, ANTE adj. (su-fo-kan, an-te . — rad. suffoquer). Qui suffoque, qui gène la respiration : . Fumée suffocante. Vapeurs suffocantes. Chaleur suffocante.

— Fam. Extrêmement fatigant : Ces visites Sont SUFFOCANTES.

— Pathol. Catarrhe suffocant, Variété de catarrhe pulmonaire, qui est accompagnée de suffocation imminente.

SUFFOCATION s. f. (su-fo-ka-si-on — Iat. suffocalio; de suffocare, suffoquer). Pathol. Sentiment d'oppression anxieuse produit par Ja suspension ou la gêne de la respiration : Toux accompagnée de suffocation, h Asphyxie produite par la présence d'un corps étranger dans les voies respiratoires, et par la suppression mécanique de la respiration. Il Suffocation de la matrice, Attaque d'hystérie.

SUFFOLK (comté i>e), division administrative de la région orientale de l'Angleterre, entre les comtés de Norfolk au N., de Cambridge à l'O., d'Essex au S. et la mer du Nord à l'E. Superficie, 3,800 kiloni. carrés; 337,215 bab. Chef-lieu, Ipswieh ; villes principales : Bury-Saint-Edmund, Wooduridge, Brandon, Lavenhain. La surface du pays est généralement plate, et marécageuse vers le N.-O. ; les principales rivières du comté, toutes tributaires de la mer du Nord, sont :

SUfF

l'Ouse et la Wavenay, qui limitent le comté au N. ; la Stour, qui le borne au S. et forme avec l'Orwell un vaste estuaire. Le climat du Suffolk est le plus sec de l'Angleterre ; les gelées y sont fortes en hiver et les vents du N.-E. y dominent. Le sol y est varié, mais en général fertile ; quelques parties le long des côtes sont sablonneuses. Les principales productions agricoles sont : le blé, l'orge, le seigle, l'avoine, le sarrasin et les légumes; l'élève des bestiaux y est Jrès-soignée; le laitage et le beurre sont une des grandes richesses du comté. L'industrie manufacturière y est très-développée, bien que les manufactures de laine y aient décliné. On fabrique principalement des soieries a Hadleigh et Glemsford, des toiles, des futainês à Brandon. Comme toutes les contrées de l'Angleterre, ce comté est sillonné de voies ferrées, de canaux de navigation qui activent les transactions commerciales auxquelles donnent lieu les divers produits du sol et des manufactures.

SUFFOLK (William Poll, comte, puis marquis et duc de), général anglais, qui servit sous Henri V contre la France et se fit remarquer au siège de Rouen (1418). Il reçut de Bedford le commandement des troupes qui assiégeaient Orléans (1429) et dut se retirer devant Jeanne Darc, qui le battit encore dans Jargeau. En 145 L t il fut décapité comme traître et concussionnaire.

SUFFOLK (le comte Jean), homme politique anglais, né en 1748, mort en 1820. Il commença par servir dans l'armée et devint colonel. Il entra ensuite à la Chambre des pairs et y siégea dans les rangs de l'opposition. En 1798, il prit !a défense d'Arthur O'Connor, accusé d'intelligences avec la république française. En 1801, il reprocha aux ministres la continuation de la guerre. En 1810, il demanda une enquête sur l'état de la nation et se prononça contre le projet de vote de remercînients du Parlement au duc de Wellington pour la victoire de Talaveyra.

SUFFOQUÉ, ÉE (su-fo-ké) part, passé du v. Suffoquer. Etouffé : Etre suffoqué par la fumée , la vapeur du charbon. Etre suffoqué dans l'eau. Molière, pris d'un accès de toux violent, mourut, vers dix heures du soir, suffoqué par le sang qui s'échappait de sa poitrine déchirée. (Bazin.)

— Par exagér. Dont la respiration est extrêmement gênée ; qui est violemment ému : Etre suffoqué par la colère , par la douleur, par les larmes.

— Fig. Etreint, embarrassé par un trop grand nombre d objets : Le goût parait mieux dans les choses simples que dans celles gui sont suffoquées de richesses. (J.-J. Rouss.)

— Fam. Extrêmement gêné : Je me trouve suffoqués par l'obligation de payer tout à l'heure cinq mille francs. (Mme de Sév.)

— Relig. Viandes suffoquées, Chair d'animaux que l'on a égorgés sans les saigner : L'usage des viandes suffoquées est interdit aux Israélites. Par le premier concile de Jérusalem, il est ordonné de s'abstenir des viandes suffoquées. (Acad.)

SUFFOQUER v. a. ou tr. (su-fo-ké — lat. suffocare; de fui, sous, et de faux, gorge). Etouffer, faire périr en supprimant la respiration : Si l'air était plus épais, il nous suffoquerait. (Fén.) Le simoun est un vent chaud, dont l'ardeur suffoque ceux gui ostnt l'affronter. (L. Figuier.)

— Par exagér. Emouvoir violemment; gêner extrêmement la respiration : Les larmes, les sanglots la SUFFOQUAIENT.

Je n'y puis résister, la douleur me suffoque.

RegNard.

— Fig. Etablir dans une situation pénible, entourer d'objets gênants: Quoi! toute une génération s'accorde à calomnier un innocent, à le couvrir de fange, à le suffoquer, pour ainsi dire, dans le bourbier de la diffainalionl (J.-J. Rouss.)

— Absol. : Il fait un vent lourd gui suffo" que. La doctrine est un aliment spirituel qui suffoque , s'il n'est digéré. ( Lamotte Le Yayer.)

— v. n. ou intr. Etre suffoqué, étouffé, extrêmement gêné dans sa respiration ; être violemment ému : // fait trop chaud ici, on g suffoque. Suffoquer de colère, d'indignation. Amazan fit de si prodigieux éclats de rire, qu'il fut près de suffoquer. (Volt.) A la vue du mérite, de la beauté, la hideuse envie SUFFOQUE. (BûiSte.)

— Eaux et for. Suffoquer un ruisseau, Y jeter du bois plus qu'il n'en peut porter.

— Svn. Suffoquer, étouffer, V. ÉTOUFFER. SUFFRAGANT, ANTE adj. (su-fra-gan, an-

te — du bas latin suffraganeus, vicaire, coadjuteur, venu du latin suffragari, appuyer de son vote). Qui donne son suffrage, il Peu usité.

— Dr. canon. Qui dépend d'un métropolitain : Un évêque suffragant. Un siège suffragant. Les évêgues de Chartres, de Meaux, d'Orléans et de Biais sont suffragants de l'archevêque de Paris. (Acad.) Dès que le christianisme fut introduit en Suisse, tlenèoe devint un siège éphcopal suffragant de Vienne. (D'AIeinb.)

— s. in. Evéque suffragant, évêqne qui dé-

SUFP

pend d'un métropolitain : L'évéque d'Ajaccio, en Corse, est suffragaht de l'archevêque d'Aix. On peut appeler d'une décision d'un suffragant à son métropolitain, h Evêque in partibus qui fait les fonctions d'un autre evêque dans un diocèse, il Ministre protestant qui aspire à la charge de pasteur et remplit certaines fonctions de cette charge.

— Fam. Remplaçant, substitut :

Si votre femme de sa grâce

Ne vous donne aucua suffraftant.

La Fontaine.

SUFFRAGE s. m. (su-fra-je — lat. suffragium; de Suffragari, appuyer par son vote). Emission d'un vote, déclaration d'opinion faite dans un cas où une décision doit être prise à la majorité des voix : Prendre, recueillir les suffrages. Accorder, refuser son

Page 1