FINNOIS
SUOVÉTAURILIES S. f. pi. (su-o-vé-tôri-li — du lut. sus, truie; ovis, brebis; taurus , taureau). Antiq. rom. Sacrifice d'une truie, d'une brebis et d'un taureau, que l'on faisait dans le champ de Mars à la fin de chaque lustre.
— Encycl. Ces sortes de sacrifices avaient lieu dans toutes les cérémonies purificatoires; il y avait donc des suovëtaurilies aux ambarvales, fête champêtre qui se célébrait chaque année, au printemps, en l'honneur de Mars et de Cérès, et consistait, outre le sacrifice, en une procession faite autour des terres cultivées, dans le but de les purifier; aux palilies, fête en l'honneur de Paies, qui avait lieu chaque unnée le 21 avril et avait
SUPE
pour but la purification des troupeaux ainsi que de leurs bergers; aux amburbalies, fête célébrée pour purifier une ville où s'était manifesté un prodige menaçant, et qui consistait en une procession -autour des murs, suivie du sacrifice ; aux armilustres, dont la célébration avait lieu chaque .année, le 19 octobre, sur le mont Aventin, et où l'on purifiait les armes. Il y avait^ aussi des surfvétaurilies à la clôture des lustres , c'està-dire tous les cinq ans, lorsqu'on faisait le recensement des citoyens romains ; cette opération était terminée par une purification de tout la peuple. Aux jeux séculaires, qui furent institués pour purifier la ville de Rome à la suite de prodiges redoutables et qui revinrent ensuite tous les cent ans, il y eut de même le sacrifice des trois victimes; on le divisa en trois jours: le premier, on immolait des agneaux en l'honneur des Parques sur le bord du Tibre ; le second, des taureaux blancs devant le temple d'Apollon ; le troisième, on sacrifiait, au lieu dit Térente, une truie et un porc à la Terre. Enfin, il y avait des suovétaurilies toutes les fois qu'on purifiait soit les villes, soit les champs, soit les personnes, soit les troupeaux.
Les Grecs offraient des sacrifices du même genre, qu'ils appelaient iritlua, c'est-à-dire composés de trois sortes de victimes. La célébration de ces trittua avait lieu dans des circonstances analogues à celles qui amenaient à Rome la célébration des suovétaurilies.
On peut voir au musée du Louvre, dans la galerie de Diane, un bas-relief qui représente la cérémonie des suovétaurilies. Ce bas-relief, tiré de la bibliothèque de Saint-Marc, à Venise, a été publié en 1553 par Antoine Lafreri, et il parait qu'à cette époque il était à Rome dans le palais de Paul II. Un autre bas-relief en marbre, représentant la même cérémonie, a été placé dans la cour du musée, sur la muraille qui regarde le midi. Inférieur au premier sous le rapport de la beauté du travail, de la grandeur du style et sous celui de l'ensemble, il est peut-être plus complet au point de vue de l'archéologie. Ce bas-relief faisait partie jadis de la collection du palats Mattei, a Rome; il a été acquis par le musée fi la vente du cardinal Fesch. Il ne comprend pas moins de vingt et un personnages, sans compter les trois animaux que l'on conduit k l'autel. La sculpture de ce basrelief est d'ailleurs d'une exécution assez médiocre. Le principal mérite de ce basrelief est de fournir des détails curieux pour la science.
On possède aussi au musée de Lyon un très-beau bas-relief antique représentant le même sujet. Cette œuvre est si remarquable que l'on appelle communément la salle du musée où il est placé la salle du Suovétaurilia. Ce bas-relief, de marbre blanc, était autrefois à- la porte de Beaujeu. Le prêtre, revêtu des habits pontificaux, y est représenté assis et tenant sur l'autel une coupe où sont les entrailles des victimes.
Quelques archéologues ont confondu les suovétaurilies avec les solitaurilies ; nous pensons que l'étymologie s'oppose d'une manière absolue à cette interprétation.
SUP, préfixe. V. su.
SUPÉ, ÉE (su-pé) part, passé du v. Super. Engagé et comme moulé dans la vase : Navire supé. Il Cordage supé, Cordage engagé entre le réa et la chape de la poulie.
SUPER, préfixe latin qui signifie Sur, et qu'on retrouve dans le grec uper, l'allemand iiier, l'anglais over.
SUPER v. a. ou tr. (su-pé — du germanique : allemand saupen, bas allemand supeu, hollandais zuipen, anglais to soop, to sup, humer, boire, d'où aussi le vieux français houper, humer. Les formes germaniques pro- | viennent de la racine sanscrite su, zend Au, qui s'applique, dans les Védas et l'Avesta, à 1 action d'extraire par la pression le suc de l'asclépiade, pour en composer le so'ma). Mar. Aspirer, pomper : La pompe supe iétouper la cale est à sec.
— v. n. ou in(r. Mar, Se boucher, s'obstruer : La voie d'eau a supé. h S'engager entre le réa et la chape de la poulie : La manœuvre A SUPÉ.
SUPÉRATION s. f. (su-pé-ra-si-on — lat.
superatio ; de superare, vaincre, surmonter). Ane. astr. Quantité dont une planète s'est déplacée ou a devancé une autre planète, dans le sens du mouvement direct.
SUPERAXILLA1RE adj. (su - pèr-a -ksillè-re — du préf. super, et de axillaire). Bot. Qui est placé au-dessus de l'aisselle.
SUPERBE adj. (su-pèr-be — latin superbus, proprement plus fort; de super, au delà, et d'un primitif bus, qui appartient à la même famille que le latin vis, force, vigueur, grec is-pouv Fis, force, nerf, bia, force, biaios, violent, biaâ,oiasomai, violenter. Le latin superbus représente exactement le grec uperbios, violent, qui abuse de la force). Orgueilleux, arrogant : Somme superbe. Vainqueur su- PEiîBi:, On est envieux dès qu'on est superbe. (Boss.) lly a des hommes superbes que L'élévation de leurs rivaux humilie et apprivoise. (La Bruy.)
Je plains le cœur jttperfte au sein de la grandeur;
Il n'aura pas d'amis dans les jours de malheur. fll.-J. Chéries
SUPE
Il Qui marque, qui indique, qui sent l'orgueil, l'arrogance : Affecter des airs superbes, un ton superbe. De quelque superbes distinctions que se flattent les hommes, ils ont tous une même origine. (Boss.)
— Somptueux, magnifique : Ornement superbe. Festin superbe. Habit, vêlement superbe. La cour des empereurs romains était superbe et fastueuse. (Boss.) Il Splendide, trèsbeau, très-bien fait : Architecture superbe. Il fait un temps superbe. Quand le Dominiguin fut enfermé dans un couvent, il peignit des tableaux superbes sur les murs de sa prison. (Mme de Staël.)
Dans quel palais superbe et plein de ma grandeur Puia-je jamais paraître avec plus de splendeur ?
Racins.
Il Elevé, sublime, noble, imposant : Discours superbe. Poème superbe. Tragédie superbe. Vie superbe. Il Qui se fait remarquer par sa prestance, ses belles manières : Homme superbe. Femme superbe. Animai superbe.
Des arbres superbes. Elle avait les bras un peu forts, mais les mains superbes, des mains à peindre ou à modeler. (Dider.)
— Poétiq. Qui a un air de grandeur orgueilleux : Les plus superbes tours finissent par s'écrouler.
— Fam. Qui est d'un aplomb étrange, étonnant ; Vraiment, vous avez fait celai Je vous trouve superbe, en vérité.
— Anat. Se dit du muscle releveur de l'œil, parce qu'il agit lorsque la face prend une expression d'orgueil.
— s. m. Homme superbe, orgueilleux, arrogant : Le Christ vint pour relever les humbles et abaisser les superbes. (Mich. Chev.)
Pouvez-voua d'un superbe oublier les mépris?
Racine.
— Ornith. Nom vulgaire d'une espèce de paradisier, qui habite la Nouvelle-Guinée.
— Erpét. Nom vulgaire d'une espèce de couleuvre.
— s. f. Bot. Nom vulgaire de la méthonique du Malabar.
— Syn. Superbe, avantageux, glorieux, etc. V. AVANTAGEUX.
SUPERBE s. f. (su-pèr-be — lat. superbia, même sens. V. le mot précédent). Orgueil, arrogance : Esprit de superbe. La superbe précipita le démon dans les enfers. (Acad.) La superbe est le premier des sept péchés capitaux. (Acad.) La superbe et l'audace des templiers avaient passé en proverbe. (Aug, Thierry.)
Hé! mes amis, un peu moins de superbe. Il Mot vieilli, mais non complètement abandonné.
— Syn. Superbe, amour-propre, morgue, etC V. AMOUR-PROPRE.
SUPERBEMENT adv. (su-pèr-be-man — rad. superbe). D'une manière superbe, orgueilleuse, arrogante : Plus on lui parle avec soumission, plus il répond superbement. (Acad.) L'homme, de sa nature, pense hautement et superbement de lui-même. (La Bruy.)
— Avec magnificence : Etre vêtu superbement. Etre superbement meublé.
SUPERCARQUE s. m. (su-pèr-kar-ghe).
Mar. Syn. de SubRÉcarGue.
SUPERCÉLESTE adj. (au-pèr-sé-lè-ste — du préf. super, et de céleste). Qui s'élève audessus du ciel, qui atteint une grande sublimité : Ce sont choses que j'ai toujours vues de singulier accord, les opinions SUPERCÉlestes et les mœurs souterraines. (Montaigne.) il Vieux mot.
SUPERCESSION s. f. (su-pèr-sè-si-on — du préf. super, et de cession). Ane. législ. Arrêt par lequel le conseil d'Etat déchargeait les comptables.
SUPERCHERIE s. f. (su-pèr-che-rl — italien soperchteria, soverchieria, outrage, tromperie; de l'adjectif soperchio, qui excède, qui dépasse la mesure , employé aussi comme substantif pour superfluité, puis pour outrage et supercherie. Au fond du mot, il y a l'adverbe latin super, par-dessus. Comparez outrage, de ulter ou ultra, au delk, Ménage, malgré sa grande connaissance de l'italien, a eu la naïveté d'imaginer une contraction de supertricherie). Fraude, tromperie calculée : Faire une supercherie. User de supercherie'. N'avoir une chose que par supercherie. Faire l'aumône par supercherie à quelqu'un, malgré lui, ce n'est pas le servir, c'est l'avilir. (J.-J. Rouss.) Quand les peuples son{ malheureux, tes mots honneur, patrie, leur paraissent vides de sens et la dernière supercherie de leurs tyrans. (De Guibert.)
M'aurait-on joué pièce et fait supercherie ?
Molière.
— Encycl. Hist. littér. Les supercheries littéraires sont de deux sortes : ou bien l'auteur qui commet une fraude de ce genre donne comme sienne l'œuvre d'un autre; ou bien, au contraire, il place ses propres élueubrations, pour une raison quelconque, .sous le nom d'un auteur ou plus ancien ou plus connu. Nous ne nous occuperons que de cette seconde espèce de supercherie ; nous avons traité de la première au mot plagiat.
Les supercheries de ce genre sont nombreuses dans l'histoire des lettres. Toutefois,
SUPE
jusqu'à la Renaissance, en ce qui regarde les ouvrages profanes,- ces suppositions d'auteur ne furent faites, en général, que par ignorance et innocemment. Bien des œuvres ont été faussement attribuées à de grands écrivains de l'antiquité grecque et latine. C'est ce qui faisait dire paradoxalement au Père Hardouin que, sauf les écrits d'Homère, d'Hérodote, de Cicéron, de Pline, les Géorgiques de Virgile, les Satires et les Epitres d'Horace, tous les ouvrages attribués aux anciens avaient été composés par des moines du moyen âge.
Dans les matières religieuses, les supercheries, quel qu'en fût le mobile, eurent, on le comprend, plus de gravité. « Nous avons, dit saint Jérôme, trois livres de Salonion : les Proverbes, Y Ecclésiasle et le Cantique; mais, pour le livre intitulé Y Ecclésiastique et cet autre qui est faussement appelé la Sapieuce de Salonion, il en est d'eux comme des livres de Judith, de Tobie et des Macchabées ; l'Eglise les lit à la vérité, mais elle ne les reçoit pas entre les canoniques; c'est seulement pour l'édification du peuple et non point pour prouver ni autoriser aucun acte de foi, > Cependant le concile de Trente a admis comme canoniques ces livres que repoussaient les Pères de l'Eglise, h' Ecclésiastique est l'œuvre de Jésus, fils de Sirach, qui vécut vers l'an 200 av. J.-G. C'est un recueil de préceptes moraux et de lieux communs. Le livre de la Sapience ou de la Sagesse a été écrit peu avant l'ère chrétienne. Le livre des Macchabées est en partie l'œuvre des Juifs d'Alexandrie. Les livres de Judith et de Tobie sont aussi postérieurs à l'époque où ils auraient dû être écrits, s'iis n étaient apocryphes. Pour ce qui est du Nouveau Testament, l'Evangile de Nicomède, le Prolevatiijelium de saint Jacques le Jeune, l'Evangile de saint Thomas et la plupart des Epitres des apôtres, à part celles de saint Paul, sont supposés. On a de même attribué à des Pères de l'Eglise plusieurs écrits dont ils ne sont pas les auteurs. Ainsi, les Constitutions apostoliques, les Hecognitiones , les Canons des apôtres ont été faussement attribués à saint Clément ; ainsi, saint Grégoire le Grand s'aperçut qu'il courait sous son nom plusieurs discours répandus dans lepublic par un moine grec nommé André, qui les avait composés. Au nombre-des suppositions les plus audacieuses des premiers siècles de l'Eglise, il faut signaler deux lettres ; l'une était donnée comme de Jésus-Christ lui-même et adressée ù. Abgar, roi d'Edesse-, l'autre était attribuée au proconsul Lentulus et adressée au sénat romain de Jérusalem. Lentulus y faisait le portrait de Jésus-Christ, y décrivait son visage, sa taille, la couleur de ses cheveux et de sa barbe. Pour achever ce qui regarde les ouvrages relatifs à la religion, citons quelques écrits composés au xve et au xvie siècle et attribués à des docteurs de l'Eglise : le Parterre de saint Bernard, contenait', les fleurs de ta théologie et des canons, qui mènent aux joies du paradis ceux gui les ont cultivées (U7S, in- 8°), ouvrage donné faussement sous le nom de saint Bernard, et probablement composé par Jean de Garlunde; Onze livres sur la Trinité, publiés comme l'œuvre de saint Athanase (1528, in-8°): Commentaires sur les epitres de saint Paul (1532, in-s°), ouvrage de Tiohonius, imprime sous la nom de saint Ambroise.
Après la renaissance des lettres, les suppositions d'auteurs ne se firent plus, comme au moyen âge, par ignorance ou par piété, niais par pure supercherie. Les plus savants y furent, en certains cas, trompés. Muret envoya à Joseph Scaliger des vers de sa composition comme des fragments des anciens poètes latins Attius et Trabeas; Scaliger s'y laissa prendre et les inséra dans une édition de Varron. Sigonio, à l'aide de quelques fragments d'un traité de Cicéron Sur la consolation, composa un ouvrage entier, qu'il intitula : Livre de Cicéron sur la consolation, dans lequel il se consola sur la mort de sa fille. Le savant historien de la littérature italienne, Tiraboschi, fut trompé lui-même et crut que l'ouvrage appartenait à l'ovuteur romain, jusqu'au jour où Sigonio avoua sa supercherie, Annius de Viterbe publia en H98 un recueil d'Antiquités diverses, qu'il prétendait tiré des livres originaux de Bérose, de Fabius Pictor, de Caton, de Mégasthène, de Manéthon, etc., et dont il disait avoir trouvé les éléments à Mantoue. Des érudits crièrent à l'imposture, mais d'autres prirent la défense d'Annius.
« L'Espagne, dit M. Lalanne, a produit plusieurs faussaires signalés. A la fin du xvi« siècle, un jésuite, nommé Jérôme-Romain Higuera, chercha à réparer le silence des historiens sur l'établissement du christianisme en Espagne. A l'aide des traditions populaires et îles documents de tout genre qu il put réunir, il composa des chroniques et en attribua la plus importante à Elavius Dexter, historien cité par saint Jérôme et dont les ouvrages étaient perdus. Seulement il déploya, dans cette supercherie, l'adresse qui manque bien rarement aux bons Pères de son ordre et sut éviter habilement la difficulté, toujours si grande pour un faussaire, de montrer le manuscrit original. Il prit pour confident l'un de ses confrères, Torialba, et celui-ci, étant parti pour l'Allemagne, ne tarda pas il annoncer qu'il venait de trouver, dans la bibliothèque de Fulde, un rni.ntiscrU au-
SUPE
thentique renfermant les chroniques de Flavius Dexter, de Maxime, de saint Braulion et d'Hélôcan. Les jésuites accréditèrent ce bruit, et Torialba adressa une copie du manuscrit à J. Calderon, qui le publia à Saragosse (1619, in-4°), sous le titre de : Fragmenlum chronici FI. Dexlri , eum ckronico Afarci Maximi et additionibus S. Braulionis et Belecani. Higuera, qui, pour mieux détourner les soupçons, s était contenté d'éclaircir certains passages du texte par des notes, mourut en 1611, avant ia publication de l'ouvrage, et ne vit pas les querelles qui en résultèrent. Gabriel Perrot, moine augustin de Novare, fut le premier à attaquer l'authenticité de ces chroniques, et il eut pour adversaire Thomas Vargas, qu'il réduisit bientôt au silence. Au commencement du xvie siècle, Michel de Luna, interprète d'arabe au service de Philippe III, roi d'Espagne, publia, sous la titre d'Histoire de la conquête d'Espagne par les Arabes, un ouvrage qu'il prétendait être une traduction d'une chronique arabe. L'auteur original, nommé Abduï- Cacim, aurait été, suivant lui, contemporain des événements qu'il racontait. Cette histoire, composée avec beaucoup d'art et d'adresse, jouit d'un grand crédit en Espagne depuis le xvne siècle jusqu'au moment où Nicolas Antonio et quelques autres en démontrèrent la fausseté. Mais, malheureusement, elle avait servi de base à la plupart des histoires nationales composées à cette époque, et pendant longtemps l'influence de cette supercherie se fit ressentir dans les travaux historiques en, Espagne. »
Une des supercheries les plus connues du xv ne siècle est celle de François Nodot, relative à Pétrone. On avait découvert et publié en 1664 le fragment le plus étendu de cet auteur, le souper de Triinatciou. Nodot, excité par l'intérêt qui s'attacha à cette découverte et par la vogue dont Pétrone jouissait alors, publia à Rotterdam, en 1693, un Satyricon complet, d'après un prétendu manu scrit trouvé à Belgrade en 1688, lequel comblait les lacunes de tous les autres manuscrits. L'imposture fut bientôt dévoilée. Cependant les additions étaient si habilement composées, pour mettre de la liaison entre les fragments, qu'on les a plusieurs fois imprimées avec le Satyricon, en les distinguant par un caractère différent. Ce que Nodot avait tenté pour Pétrone, Corradino, poète vénitien, voulut le faire pour Catulle. 11 publia, en 1738, C. V. Catullus, in iuiegrum reslitulus., et prétendit avoir eu k sa disposition un manuscrit plus ancien, plus correct et plus complet que ceux dont on s'était servi jusqu'alors. Cette tentative n'eut pas le succès de celle de Nodot.
Nous empruntons encore à M. Lalanne le récit d'une imposture des plus singulières, celle qui eut pour auteur Joseph Vella, chapelain de l'ordre de Malte, a Etant à Païenne en 1782, il accompagna l'ambassadeur du Maroc, Mohammed-ben-Otham, dans une visite que ce dernier lit à l'abbaye de Saint- Martin, où on lui lit voir un manuscrit arabe fort ancien. Ayant appris que depuis longtemps on avait conçu le désir et l'espoir de trouver dans les écrivains arabes de quoi remplir une lacune de deux siècles dans l'histoire de la Sicile, Vella s'empara de cette idée et ne tarda pas, après le départ de l'ambassadeur du Maroc, à publier que celui-ci avait trouvé dans la bibliothèque de l'abbaye un manuscrit précieux, contenant la correspondance entre les gouverneurs arabes de la Sicile et les souverains de l'Afrique. Pour confirmer l'authenticité de sa prétendue découverte et en augmenter l'importance aux yeux du prélat Airoldi, évoque d'Héraclée, qui s'était déclaré son protecteur et ne se refusait à aucune des dépenses que la publication de l'ouvrage semblait exiger. Vella supposa une correspondance avec l'ambassadeur qui était retourné dans le Maroc. Il résulta de cette correspondance, outre l'assurance qu'il existait dans la bibliothèque de Fez un second exemplaire plus complet du manuscrit de l'abbaye de Saint-Martin, la découverte d'un autre ouvrage qui servait de continuation à celui-ci et d'une suite de médailles conflrmatives de l'histoire et de la chronologie dudit manuscrit. L'imposture eut un tel succès que le roi de Naples, à qui Vella présenta sa traduction mnuscrite, voulut le charger d'une mission dans le Maroc pour retirer des bibliothèques de ce pays tous les manuscrits arabes qui pourraient intéresser l'histoire de son royaume. Mais divers événements firent avorter ce projet, La traduction du manuscrit arabe avait été annoncée dès 1786 dans tous les journaux do l'Europe. Le premier volume fut publié en 1789, sous le titre de : Codice diplomatico di Sictliu sotlo il governo degli Arabi,publicato per opéra e studio di Alfonso Airoldi; le sixième parut en 1792 et devait encore être suivi de deux autres. Le premier volume fut dédié au roi de Naples et le second à la reine. Le protecteur du faussaire, le prélat Airoldi,* voulut faire imprimer aussi le prétendu texte arabe, et se procura une fonte de caractères arabes de Bodoni. Un artiste, nommé di Bella, fut chargé de graver les monnaies des émirs et diverses autres pièces de la fabrication de Vella qui, pour rendre son imposture plus difficile à découvrir, avait rendu à peu près illisible le manuscrit original de l'abbaye de Saint-Martin; enfin, en 1793, on vit paraître'
SUPE
à Palerme, aux frais du roi de Naples, le premier volume de deux éditions, dont la principale, in-folio, contenait le texte arabe avec la traduction italienne du prétendit manuscrit découvert à Fez et intitulé : Kitab divan mesr ou Libro del consiglio d'Egitlo, Mais, pendant qu'on imprimait Je Second volume, un orientaliste allemand, J. Hager, qui voyageait en Sicile, aj'ant examiné attentivement cette publication, reconnut bien vite l'imposture et se hâta d'attaquer Vella, que l'on se vit obligé de traduire en justice. Airoldi, à la connaissance duquel l'affaire était dévolue, voulant a toute force le sauver, forma un tribunal composé de cinq personnages recommandables, mais qui n'avaient pas même la plus légère teinture des éléments de la langue arabe. Ils devaient présenter au prévenu le texte arabe du Codice diplomatico et l'obliger à traduire, à. livre ouvert, tel endroit qu'ils jugeraient k propos de lui indiquer. Sa traduction italienne devait leur servir de pièce de comparaison pour reconnaître s'il traduisait bien et s'il ne se trouvait pas en contradiction avec lui-même. Mais, dans ce tribunal, l'absence de tout homme sachant l'arabe rendait la vérification illusoire. Vella apprenait par cceur une ou deux lettres de sa traduction, et quand le manuscrit arabe lui était présenté par les commissaires, il indiquait telle année qu'il lui plaisait, comme s'il fût tombé véritablement sur cette année a l'ouverture du livre ; puis il récitait ce qu'il avait appris par cœur. Jamais les commissaires ne se seraient tirés de ce procès difficile, si Vella n'eût enfin confessé lui-même toutes ses impostures.
Pour rendre ses aveux plus complets, on fut obligé de le menacer de la question. Enfin, en 1796, il fut condamné à. quinze ans de prison ; le bénéfice de Saint-Pancrace et une pension qui lui avaient été accordés furent, avec ses autres biens, à l'exception d'une rente alimentaire de 36 onces d'or, adjugés au fisc jusqu'au remboursement des dépenses faites par le trésor royal pour le Kitab. On détruisit toute la partie du second volume qufétait déjà imprimée. •
Deux supercheries faites en Angleterre dans la seconde moitié du xvni« siècle, celles de Macpherson et de Chatterton, sont bien loin d'avoir ce caractère odieux. Nous avons longuement parlé de celle de Macpherson {v. Macpherson et Ossian).' Celle de Chatterton a un caractère encore plus anodin ; on peut la comparer à la supercherie de Michel-Ange enfouissant une de ses plus belles œuvres, le Cupidon, afin de le faire passer pour un antique. En 1768, n'étant âgé que de quinze ans, Chatterton inséra dans le Journal de Bristol, à l'occasion de l'inauguration d'un nouveau pont dans cette ville, un morceau qu'il disait avoir tiré d'un ancien manuscrit et qui était intitulé : Description de moines passant sur le vieux pont. Quelque temps après, il donna, sous le nom du moine Rowley, qui, selon lui, avait vécu au xvo siècle, divers poèmes de sa propre composition. • Il invente Rowley, a dit Alfred de Vigny ; il se fait une langue du xvo siècle. Et quelle langue ! une langue poétique, forte, pleine, exacte, concise, riche, harmonieuse, colorée, enflammée, nuancée à l'infini, retentissante comme un clairon, fraîche et énergique comme un hautbois, avec quelque chose d'agreste et de sauvage qui rappelle la cornemuse et la montagne du pâtre saxon. » Les poésies attribuées à Rowley ont été publiées à part (Londres, 1777, in-8u, et 1872, in-40).
Les supercheries littéraires du xixe siècle s'ouvrent, dès 1801, par celle de Marchena, Espagnol au service de la France. Il était à l'armée du Rhin et secrétaire du général Moreau, quand il publia k Bâle un opuscule fort libre, qui lui attira les reproches de son général. Voulant se disculper, il prétendit avoir traduit un fragment du Satyricon de Pétrone, qu'il dit avoir été trouvé dans la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Gall. Et, en effet, il fabriqua un texte auquel pût se relier son opuscule, et le tout fut si habilement disposé que des savants s'y laissèrent tromper. La réussite de cette supercherie poussa Marchena à user de ses connaissances philologiques pour en commettre une autre. 11 fit imprimer chez Didot un fragment de Catulle, qui consistait en quarante vers, et qu'il prétendit avoir été tiré d'un manuscrit découvert à Herculanum. La fraude fut signalée par Eischtœdt, professeur à Iéna, qui, pour battre plus sûrement le faussaire, usa de ses propres armes et annonça que la bibliothèque d'Iéna possédait un ancien manuscrit ou se lisaient les mêmes vers, avec des variantes; puis, sous prétexte de corriger les erreurs du copiste qui avait écrit le papyrus d'Herculanum, il reprenait en réalité plusieurs fautes de prosodie chez Marchena.
Une des supercheries littéraires les mieux réussies est celle des Poésies de Clotiide de Surville, publiées en 1808 par Vanderbourg. Que l'auteur de ces poésies soit Vanderbourg lui-même ou le marquis de Surville, il n'est pas douteux qu'elles sont supposées. Le public ne reconnut pas immédiatement la supercherie, mais les critiques ne purent s'y tromper. Il suflit, en effet, d'avoir l'habitude de notre ancien langage pour reconnaître un simple pastiche. D'ailleurs, l'auteur de ces prétendus vers du xve siècle a commis les uuachronism.es les plus réjouissants. « Inde-
SUPE
pendamment de la pureté du langage, dit Charles Nodier, du choix varié des mesures, du scrupule des élisions, de l'alternative des genres de rimes, règle aujourd'hui consacrée, mais inconnue au temps de Clotiide, de la perfection enfin de tous les vers, le véritable auteur a laissé échapper des indices de supposition auxquels il est impossible de se méprendre. »
Le nom de Walter Scott a réussi il faire passer quelques supercheries littéraires. « En 1823 parut a Berlin, dit M. Quérard, le roman intitulé : Walladmor, qu'on présentait comme un ouvrage de Walter Scott. L'auteur de cette habile imposture, connu dans les lettres allemandes sous le pseudonyme de Willibald Alexis, et dont le véritable nom est Hœring, ne se donnait que comme l'éditeur de la traduction allemande d'un roman du célèbre Ecossais, faite par un de ses jeunes compatriotes. Sur l'étiquette du sac, ce roman fut non-seulement traduit en français, mais encore dans toutes les langues de 1 Europe, même en anglais. Un critique anglais, vraisemblablement Walter Scott lui-même, en parlant de ce roman à l'occasion de la version anglaise, l'a qualifié de la plus habile mystification de notre siècle. C est sur la version anglaise que Defauconpret nous a donné, en 1825, sa traduction française. Le nom de Walter Scott, exploité même du vivant de celui qui le portait, devait l'être encore mieux lorsque son possesseur n'existerait plus, et la France renchérit sur l'Allemagne en nous donnant quatre romans inédits de Walter Scott : Allan Cameron et A ymé Verd (auteur, M. Calais, ancien secrétaire de M. de Genoude, aidé, dit-on, de M. Théodore-Anne) et, plus tard, le Proscrit des Hébrides et la Pythie des Bighlands (auteur, M. Jules David). »
Plusieurs des grands écrivains français ont. été l'objet de supercheries du même genre; elles se sont renouvelées jusqu'au milieu do notre siècle et ne se sont arrêtées que devant le goût croissant de l'érudition littéraire et devant la connaissance plus approfondie des œuvres et des faits biographiques, qui les a rendues presque impossibles. On a cherché à imiter deux des plus inimitables, La Fontaine et Mln<- de Sévigné, et à faire prendre ces imitations pour des œuvres originales. Ainsi, en 1798. S. Despréaux publiait des Œuvres posthumes de La Fontaine, et se donnait comme en étant seulement l'éditeur. Or, ce volume ne renfermait pas une seule pièce du poète auquel il était attribué, et la paternité tout entière en appartenait k Despréaux. Charles Nodier «lit à ce sujet, dans ses Questions de littérature légale ; ' Il y a des fables dans ce volume ; mais elles n'ontdu remarquable, après leur extrême faiblesse, que la naïve bonhomie avec laquelle l'auteur les admire et donne carrière à son amourpropre, à la faveur de l'heureuse apoeryphio qui met sa modestie à, l'abri. » Bien plus tard, un peintre de Suint-Germain, plus peintre que poète, attribua à La Fontaine deux fables de sa composition, qu'il inséra dans un journal de Saint-Germain.
Un pastiche de Châtelain, qui a tous les caractères de la supercherie, c'est celui qu'il fit de Voltaire. En 1837, il fit paraître : Lettres de Voltaire à Js/mo Ou Deffant,au sujet du jeune de Rcbecque, devenu depuis célèbre sous le nom de Benjamin Constant. On crut assez généralement à l'authenticité de ces lettres. La Revue britannique, dans son bulletin bibliographique du mois de juillet 1857, disait : « Ces quatre lettres sont pleines de grâce et d'intérêt j elles sont inconnues et méritent d'attirer l'attention des bibliographes et des bibliophiles. » En 1843, l'Illustration donna, comme retrouvée à Venise, une suite du Don Juan de lord Byron. En 1844, on représenta à l'Odéon, comme une pièce inédite de Molière, le Docteur amoureux, que l'on croit être de M. Ernest, de Calonne.
Nous rappellerons encore trois supercheries faites au xix« siècle et relatives k des auteurs anciens. En 1828, la maison Didot publia une prétendue traduction de l'Histoire de Vienne sous les douze Césars, par Rufinus, sénateur et duumvir de la ville. Dugas-Montbel démontra bientôt, dans le Bulletin universel, de FérussaC, que cette histoire était une composition de Mermet, qui se donnait pour en être le traducteur. En 1836, on annonça dans les journaux que la traduction grecque de Sanchoniaton par Pbilon de Byulos venait d'être retrouvée en Portugal. Quelques mois plus tard, une brochure paraissait à Hanovre avec ce titre : Analyse de ^'Histoire primitive des Phéniciens, par Sanchoniaton. faite sur le manuscrit nouvellement retrouvé de la traduction complète de Phiton. Cette analyse était accompagnée d'observations par V. Wagenfeld et d'un avant-propos par Giotefend, directeur du lycée de Hanovre ; mais celui-ci reconnut ensuite qu'il avait été ia dupe de Wagenfeld, étudiant à Brème. En 1844, M. E. Bégin, de Metz, prétendit avoir trouvé en Espagne des Lettres du poète latin Rutilius Numutianus, qui vivait au \» siècle. Il en donna la prétendue traduction, mais il n'en publia pas l'original et n'en lit connaître que ces quatre mots : Alla et aurea societas (la haute société dorée). S'il voulut imiter ainsi le latin de la décadence, on peut dire qu'il y a trop bien réussi.
11 existe encore bien d'autres faits du genre de ceux que nous avons réunis ici. Nous nous
SUPE
sommes bornés aux p.us intéressants. Les lecteurs curieux d'étudier plus à fond ce sujet trouveront de plus amples détails dans les Supercheries littéraires dévoilées, par Quérard, dans les Questions de littérature légale, par Charles Nodier, et dans les Curiosités littéraires de M. Ludovic Lalanne.
SUPERCOQUENTIEUX, EUSE adj. (supèr-ko-kan-si-eu, eu-ze — mot purement fictif. Rabelais disait supercoquelicuntieux , et il avait déjà abrégé cette expression burlesque). Pop. Magnifique, superbe : Levassor a les plies les plus inattendus, les afféteries les plus réjouissantes et les grâces les plus SUPERCOquentieuses du monde. (Th. Gaut.)
SUPERCRÉTACÉ, ÉE adj. (su-pèr-kré-tasé — du préf. super, et (le crétacé). Géol. Placé au-dessous de la craie : Couches supercrétacées.
SUPÈRE adj. (su-pè-re). Hist. nat. Syn. de