SUPÉRIEUR, EURE
SUPEREXCRÉTION s. f. (su-pèr-èk-skrési-on — du préf. super, et de excrétion). PathoJ. Excrétion excessive.
SUPERFÉTATION s. f. (su-pèr-fé-ta-si-on — du lat. super, sur; fœtus, fœtus). Physiol. Conception d'un fœtus, quand il y en a déjà un dans la matrice : Les superfétations sont fréquentes dans l'espèce du lièvre. (Buff.)
— Fig, Répétition oiseuse, chose qui s'ajoute inutilement à une autre : Ce chapitre est entièrement inutile; c'est une superfétation, une véritable supkrfétation. (Acad.) La plupart des corps politiques ont de ruineuses
SUPERFÉTATIONS. (BûSS.)
— Encycl. Physiol. anim. La possibilité de la super fétation, c'est-à-dire de la conception et du développement d'un second fœtus après lepremieret concurremment à lui, dans la même matrice, a été de tout temps, en ce qui concerne l'espèce humaine, l'objet de nombreuses contestations entre les physiologistes. Hippocrate et Aristote admettaient ce phénomène et l'expliquaient, en se fondant sur l'analogie, par l'existence chez la femme d'un utérus bilobé, comme celui de quelques animaux. Les anciens n'ouvraient point les cadavres; c'est par la dissection des animaux qu'ils étaient arrivés a acquérir les connaissances anntomiques qu'ils possédaient. Aussi n'expliquaient-ils Ja superfétalion que pour les cas d'utérus double. Parmi les auteurs modernes, quelques-uns refusent encore d'admettre la supercoueeption. La solution de ce problème serait d'une très-grande importance au point de vue de la médecine légale. La législation romaine, plus complète que la nôtre a ce sujet, avait pris cette question en considération dans les lois sur les successions. En France, vu l'extrême rareté des cas, on a cru sans doute inutile de s'en occuper.
Chez plusieurs espèces animales, chez les chiennes et les juments en particulier, la superfétalion est un fait incontestable. On a vu des juments couvertes à différentes époques par un cheval et un âne donner naissance à un cheval d'abord et plus tard à un mulet. Quant à la femme, les choses ne paraissent pas aussi évidentes; mais il existe un certain nombre de faits qui, s'ils étaient bien établis, prouveraient eu faveur de la super félation. I3uffon , qui croyait k la supercouception , rapporte l'exemple d'une femme de .Chariestown qui accoucha en nu de deux jumeaux, 1 un mulâtre et l'autre blanc. Klle avoua qu'elle avait connu un nègre immédiatement après avoir quitté son mari, qui était blanc. Cet exemple a été contesté avec juste raison par les physiologistes modernes, qui n'ont kbon droitqu'uneconfianee assez minet; en l'autorité de l'écrivain dont nous venons déparier. Pour que la superfétalion soit réelle, il faut que, la femme étant déjà enceinte depuis au moins plusieurs jours, conçoive un second enfant malgré l'existence du premier. Pour cela, il est absolument nécessaire que la liqueur prolifique du mâle dans un second coït pénètre dans l'utérus et peut-être même dans les trompes de FalIope.Or, disent les adversaires de la superfétalion, cette introduction du sperme est impossible, si l'on considère qu'après la formation d'un premier foetus le col utérin se ferme et se porte vers le rectum , et qu'en outre l'organisation du placenta et des membranes de 1 œuf empêche encore la pénétration du sperme non-seulement dans les trompes, mais encore dans ia cavité de la matrice. Ces arguments, qui paraissent d'un grand poids, n'ont aucune valeur pour les cas de matrice double ou bilobée ; aussi ceux qui les présentent admettent-ils la superfélation en pareilles circonstances.
Parmi les nombreux cas de superfélation rapportés par les auteurs, un des plus intéressants est le suivant, observé par Auguste de Lâchasse sur la nommée Anne-Marie Bigaud, âgée de trente-sept ans, femme d'Edmond Vivier, infirmier à l'hôpital militaire de Strasbourg. Cette femme accoucha k terme d'un garçon vivant, le 30 avril 1748, à dix heures du matin; celte couche fut si prompte et si heureuse , qu'une heure après Marie se leva, sortit de la maison de la sage-femme où elle était accouchée, la prit par le bras, son enfant avec elle, et s'en revint à l'hôpital, où elle demeurait. Elle ne perdit qu'au moment de la couche, ce qui 1 étonna d'autant plus que, dans ses deux premières couches, ses lochies avaient été abondantes. Un quart
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d'fieure après cet accouchement, elle sentit un mouvement réel dans la matrice, et elle en avertit la sage-femme, se persuadant qu'elle allait encore mettre un enfant au monde. La sage-femme se contenta de la tranquilliser; mais Marie continua à sentir remuer de la même manière que cela arrive quand on est enceinte. Ses seins, quoique naturellement gros, ne lui faisaient aucun mal et ne se remplissaient pas, en sorte
u'elle fut obligée, au bout de quinze jours,
e donner une nourrice k son enfant. Ces circonstances, jointes aux mêmes symptômes de grossesse qu'elle avait eus auparavant, l'inquiétèrent oeaucoup et l'obligèrent de recourir à M. Le Riche, chirurgien-major de l'hôpital, lequel s'assura par le toucher que les maux dont elle se plaignait dépendaient d'une véritable grossesse de plusieurs mois. Marie accoucha, en effet, le 16 du mois de septembre de la même année, h cinq heures du matin, d'une fille vivante, reconnue viable. Cette fois.Marie perdit beaucoup k la suite de sa couche, et ses seins se remplirent assez pour nourrir amplement son enfant. Ce second enfant vécut un an et deux jours, tandis que le premier n'avait vécu que deux mois et demi. « Ainsi, dit le professeur Eiseninan, de Strasbourg, du 30 avril au 16 septembre, il y a quatre mois et demi révolus, en sorte qu'on peut assurer que cette femme était à demiterme du second enfant quand elle accoucha le 30 avril. Je ne crois pas qu'il y ait eu de superfétalion mieux caractérisée que celleci. Le premier de ces deux enfants , mal nourri par la personne à qui on l'avait confié, était moins grand et moins fort que le second. Mais la petite fille, bien nourrie par la mère, était grasse et grosse lorsqu'elle mourut à la suite du travail de la dentition. »
Un second cas de superfélation, rapporté par Fodéré dans son Traité de médecine légale, est celui d'une femme nommée Benoîte Franquet, femme de Raymond Villard, herboriste à Lyon. « Cette femme, dît-il, après avoir accouché précipitamment le 20 janvier, n'éprouva point les pertes ordinaires qui accompagnent les couches, point de fièvre, point de lait aux seins; mais Benoîte conserva le ventre tiès-développé et. put, presque aussitôt après l'accouchement, vaquer à ses occupations ordinaires. Cependant, trois semaines après cette couche, elle sentit les mêmes mouvements que dans la grossesse ordinaire. Le ventre augmenta sensiblement de volume, et le 6 juillet de la même année, cinq mois et seize jours après la première, elle accoucha d'une seconde fille, parfaitement à terme et bien portante. Pour cette fois, la couche eut tous les effets qui en sont inséparables, et cette mère eut la satisfaction nonseulenient de nourrir ce second enfant, mais encore, deux ans après, de les présenter tous deux , bien portants et munis de leurs extraits baptistaires, à deux notaires de Lyon, pour faire dresser de ee fait un acte authentique, que j'ai lu en original, « afin, dit Benoîte dans le préambule de cet acte, de fournir aux femmes qui peuvent se trouver en pareil cas, et dont les maris seraient morts avant la naissance des deux enfants, un titre en faveur de leur vertu et de l'état du second enfant. » (Fodéré.) « En laissant donc à part les animaux chez lesquels la superfétalion ne se conteste pas, ajoute le même auteur, elle n'est pas moins prouvée dans l'espèce humaine, et quoique, sous le voile épais qui couvre encore la génération, il soit impossible de se rendre compte exactement de plusieurs faits, il suffit qu'ils arrivent et de prouver, dans l'espèce, qu'ils sont arrivés, pour atteindre le but qu'on se propose dans l'administration de la justice, laquelle ne saurait être influencée par des raisonnements sujets à. variation, mais seulement par des faits constants et variables. »
Il ne faudrait pas confondre la superfélation av ec certains cas de grossesse gémellaire, où les deux enfants viennent au monde presque en même temps ou tout au plus à un ou deux jours d'intervalle. Dans la superfétalion, les deux enfants naissent k un ou plusieurs mois d'intervalle, et le second est toujours plus fort et plus vigoureux que le premier. La mère, dans le premier accouchement, n'éprouve point tous les phénomènes ordinaires qui accompagnent le travail; le gonflement des seins, l'apparition du lait, l'aboiuiance des lochies ne se montrent qu'à la seconde parturition. On ne peut pas conclure, non plus, qu'il y a eu superfétalion dans le cas où une femme, après avoir accouché d'un enfant à terme, donne naissance presque aussitôt k un second enfant, beaucoup plus jeune et mort depuis longtemps dans l'utérus. 11 est prouvé qu'un fœtus mort dans la cavité utérine peut s'y conserver très-longtemps sans se corrompre et que, malgré sa présence, la femme peut concevoir un autre enfunt. Gelui-ouacquiert son entier développement et tes deux sont expulsés à la fois.
Il resuite de notre exposé de la question : lo qu'il y a des faits incontestables de superfélation chez les animaux; 2° qu'il en existe d'incontestables, ressemblant, au moins, trait pour trait, à ceux des animaux, chez la femme; 3» que beaucoup de ces faits paraissent devoir être rapportés k des grossesses doubles dans lesquelles un des fœtus, mort avant terme, s'est conservé dans les membranes jusqu'à la naissance de l'autre, ou à des groisesses de iurneaux inégalement développés et nés à des
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termes différents, ou à des cas de grossesse extra-utérine qui n'ont pas empêché la gestation naturelle, ou enfin à- des utérus bicornes, c'est-à-dire partagés, comme ceux de quelques autres femelles, en deux cavités ; 4° que, pour arriver à la certitude d'une superfélation proprement dite au sens absolu, il faut qu'il soit constaté que la matrice était simple et à l'état normal, question qui reste presque toujours sans solution, en sorte que nous dirons, avec MM. Littré et Robin, que dans l'état actuel de la science la réalité de la vraie superfélation est encore très-contes tée.
On a expliqué, parle phénomène de superfélalions incomplètes , beaucoup des monstruosités que présentent certains fœtus dans leur construction ; M. Achille Comte soutient encore, sur ce point, une théorie trèssatisfaisante. Mais elle n'est point admise par les physiologistes modernes, qui font remonter toutes ces anomalies des fœtus jusqu'au premier développement blastodermique d'un seul ovule. Il nous semble qu'il pourrait se produire, dans certains cas de membres doubles, une espèce de superfétalion entre deux ovules et par conséquent deux fœtus, dont l'un absorberait l'autre plus ou moins, après avoir été tous deux fécondés soit en même temps, soit l'un après l'autre, et nous ne concevons même pas qu'on puisse expliquer autrement les soudures de deux jutne:iux ensemble ou d'une partie de l'un à son frère congénital. En tout ans, ce ne serait pointlà une superfétalion à proprement parler.
. SUPERFICIAIRE adj. (su-pèr-fi-si-è-re — rad. superficie). Qui appartient, qui a rapport à la superficie.
— Jurispr. Propriété superficiaire, Propriété limitée k la superficie du sol : Dans le département de la Loire, la propriété des tréfonds a été presque partout séparée de la propriété superficiaire. (Proudh.) Il Propriétaire svperficiaire, Celui qui a fait bâtir sur un terrain qu'il a en location, et qui ne possède que ce qui est à la superficie du sol.
SUPERFI CI ALITÉ s. f. (su-pèr-fi-si-a-li-té — rad. superficiel). Qualité de ce qui est superficiel : La superficiaLite donne le moyen d'être clairs à ceux qu'un élan élevé eût perdus et laissés dans les nuages. (A. Vinet.)
SUPERFICIES, f. (su-pèr-fi-sS — latin superficies ; de super, sur, et de faciès, face. Superficie fait double emploi avec surface, provenu d'un type latin superfacies, pour superficies). Etendue de la face ou de l'ensemble des faces qui limitent un corps : La superficie des corps. La superficie de la terre. Il Etendue d'une portion limitée d'une surface : Supkr-
' ficie «a champ, d'un jardin. Mesures de superficie. La superficie des Etats-Unis est
I tout juste décuple de celle de la France. (Mich.
; Chev.)
— Partie d'un corps voisine de la surface et ayant peu d'épaisseur : Enlever la superficie d'une pierre, d'une pièce de bois.
— Fig. Légère teinte : ee qui est superficiel, Sans profondeur ; S'arrêter à la superficie des choses. Ne pensez pas à cette vaine et fastueuse religion qui se répand tout en dehors, et qui n'a que le corps et la superficie des lionnes Œuvres. (F)éeh.) L'homme d'esprit voit distinctement la superficie des choses: l'homme de génie en pénètre le fond, en développe ta nature et les ressorts. (Chamfori.)
N'approfondis jamais rien dans la vie.
Et glisse-moi sur la superficie.
VOLtAlïtE.
■ — Jurispr. Droit de superficie, Droit de propriété de la superficie et de ce qu'elle porte, distincte de la propriété du fonds. Il La superficie cède au fonds, La surface du terrain et tout ce qu'elle porte, comme les bâtiments et les plantations, appartiennent au propriétaire du fonds.
— Syn. Superficie, «urfuco. Le premier de ces mots est un terme scientifique, employé en géométrie pour désigner la face extérieure des corps en tant qu'elle affecte telle ou telle figure ou qu'elle est envisagée sous le rapport de sa mesure. Surface appartient au langage ordinaire, et c'est lui seul qu'on emploie quand on veut parler de la couche extérieure d'un corps, considérée quant k sa nature matérielle. La surface d'un corps est brute, lisse, terne, brillante, etc.; on mesure la superficie d'une planche, et on trouve qu'elle contient tant de mètres carrés. Cependant on se sert quelquefois du mot superficie, dans le langage ordinaire, quand le sens qu'on veut exprimer a du rapport avec l'adjectif superficiel, opposé à profond.
SUPERFICIEL, ELLE adj. (su-pèr-fi-si-èl, ê-le — rad. superficie). Qui a rapport à la superficie : Etendue superficielle.
— Qui n'existe qu'à la superficie ; Plaie superficielle. L'œdème est un effet superficiel d'une cause intime. (Raspaii.) Les boissons sucrées attaquent et dissolvent la couehe superficielle des muqueuses. (Maquel.)
— Fig. Léger, dépourvu de profondeur :
Connaissance superficielle. Notions superficielles. Examen suferkiciel. Coup d'œil superficiel. Si les hommes ne se hâtaient pas tant de décider, après un examen superficiel, ils ne se tromperaient pas si souvent. (St-Evrem.) L'affabilité qui prend sa source
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dans l'humanité n'est pas une de ces vertus superficielles qui n'existent que sur la visage. (Mass.) Les lumières superficielles valent mieux que l'ignorance, pourvu que ces lumières superficielles soient très-répandues. (Condorcet.) Rien n'est plus plat qu'une politique superficielle. (Ste-Buuve.) n Qui n'approfondit pas ; qui voit, juge ou sait légèrement : Homme superficiel. Esprit stf- | perficiel. Observateur superficiel. Les pré- I jugés sont autant de barrières qui arrêtent d'abord les esprits paresseux et superficiels. (Nicole.) Celui qui se contente de rapports apparents est tin esprit SUPISRFICIKI. (3.-3. Rouss.) Les plaisants de profession ont presque tous l esprit faux et superficiel. (Volt.)
• — Anat. Veines superficielles, Veines placées immédiatement sous la peau, et qu'on voit extérieurement.
— Physiol. Pouls superficiel, Celui dont on sent les battements, comme si l'action était placée immédiatement sous la peau.
— Bot. Parasites superficielles, Syn. do épiphytes.
Supci-nr.ieU (société. des), nom d'une société littéraire allemande, créée vers 1820, à Gcettingue, par Ottfried Mùller. Ce célèbre érudit venait d'être nommé professeur à l'université de cette ville, pour y enseigner l'archéologie et l'art grec. Sou enseignement marqua une vie nouvelle dans l'université de Gœttingue et dans toute l'Allemagne au point de vue de l'étude de l'antiquité ; l'influence du jeune professeur s'étendit même sur l'Europe entière, mais elle fut sut tout très- vive parmi ceux qui, à Gœttingue, s'occupaient de science et de littérature. Il aimait à frayer avec les jeunes gens, étudiants et professeurs, qui alors, comme de tout temps, dans cette ville savante, un peu silencieuse et monotone, vivaient ensemble gaiement et librement, avec le laisser-aller de la jeunesse. C'est avec eux qu'il forma la Société des superficiels, et il choisit cette dénomination comme pour protester contre les allures ordinairement pédantesques des jeunes savants de l'Allemagne. Mais, en se disant superficielle, la Société faisait une véritable antiphrase; car elle se livra à detrèsijéiieuses études philologiques ut archéologiques. Elle est restée, à bon droit, fameuse en Allemagne, quoiqu'elle ait subsisté seulement dix années. Du reste, elle ne mourut pas entièrement; elle donna naissance à une autre société d'érudits, la célèbre Latina, dans le sein de laquelle, sons le modeste prétexte de lire les auteurs latins, furent conçus des ouvrages philologiques qui comptent parmi ceux dont s'honore le plus notre siècle.
SUPERFICIELLEMENT adv. (su-pèr-fi-siè-le-man — rad. superficiel). En superficie : L'lt%lie est superficiellement moins étendue que la France.
— A la superficie : Ce coup ne l'a touché que superficiellement. (Acad.)
— Fig. Sans approfondir : Ne savoir quelque chose que superficiellement. Ce sujet n'est traité dans ce livre que bien superficiellement. (Acad.) C'est savoir inutilement que savoir superficiellement et saus principes. (Vauven.)
SUPERF1N, 1NE adj. (su-per-fain, i-ne — du préf. super, et de fin). (Jomm. Qui est tin à un degré supérieur : Papier sufkhfin. Liqueur superfink. Teinture superfine. Drap supkrfin.
— s, m. Ce qui est superflu : Demander du superfin.
SUPERFLU, UE adj. (su-pèr-flu, ù — lut. superjluus, mot traduit exactement par l'allemand iiber flûssig , et qui signifie proprement qui coule par-dessus les bords, qui déborde, qui est de trop ; de super, par-dessus, et de fluere, couler). Qui est de trop, qui s'ajoute inutilement k d'autres choses : Meubles, ornements superflus. Provisions superflues.
Dépense superflue. Une chose superflue n'est jamais à bon marché, (Amyot.) Toute nation s'accoutume à regarder comme les nécessités de la vie les choses superflues. (Fléeh.) L'habitude rend nécessaire ce qui est superflu ; de là nait ta pauvreté du riche. (Boisle.)
— Inutile, sans résultat : Paroles superflues. Raisonnements superflus. Jitgrets superflus. Soins superflus. La mort nous trouve encore empressés dans une foule de soins superflus. (Boas.) C'est aux ouvrages à parler de leurs auteurs; tout autre témoignage est suspect et superflu. (Gresset.) Il y a toujours assez d'arts utiles et toujours trop d'arts superflus. (De Bonald.) La sagesse ne consiste pas ù prendre indifféremment toutes sortes de précautions, mais à choisir celles qui sont utiles et à négliger les superflues. (J.-J. Rouss.)
. — Littér. Rimes superflues, Rimes plus quo riches.
— Bot. Polygamie superflue , Ordre de plantes, comprenant celles qui ont des fleurs hermaphrodites au disque et femelles k la circonférence, ces dernières paraissant superflues, puisque les autres sont fécondes.
— s. m. Ce qui est superflu, ce qui excède le nécessaire : Les sages ne désirent que le nécessaire; ils se mettent peu en peine du superflu. (Acad.) On est obivji de donner te
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SUPERFLU de son bien aux pauvres. (Acad.) Les hommes veulent tout avoir, et ils se rendent malheureux par le désir du supirflu. (Fén.) Le superflu des riches est le nëces-, saire des pauvres. (Pasc.) L'ambition fait qu'on n'a jamais de superflu, et l'avarice qu'on refuse d'en donner quand on en aurait. (Pasc.) Si je compare les grands avec le peuple, ce dernier me parait content avec le nécessaire, et les autres sont inquiets et pauvres avec le superflu. (La Bruy.) Le superflu des uns enfante la misère des autres. (Mably.) C'est le superflu qui rend la -oie supportable, (J. Casanova.) Celui qui achète le superflu sera bientôt obligé de vendre son nécessaire. (Franklin.) Le superflu de l'opulence enivre comme le superflu de la forée. (B. Const.) Le nécessaire en tout genre a quelque chose de révoltant quand ce sont les possesseurs du superflu qui le mesurent. (Mme de Staël.) CAei un peuple dominé par le luxe, la privation du superflu est presque aussi sensible que le manque du nécessaire. S.-Dubay.) Le droit au superflu ne saurait exister pour les oisifs qu'après que les travailleurs auront tous te nécessaire. (E. de Gir.) Nous avons exagéré le superflu, bous n'avons plus le nécessaire. (Proudh.) En fait de plaisir, quand on est modéré, xi n'y a rien de si aisé que d'avoir le superflu*. (Révcillé- Parise.) Le goût du luxe exige le sacrifice du nécessaire au superflu. (Beauehène.) Le superflu est devenu si nécessaire que, pour le conquérir, beaucoup de yens traitent le nécessaire en superflu. (A. Karr.)
Le superflu, chose très-nécessaire, A réuni l'un et l'autre hémisphère.
VoLTAinE.
Pour ses premiers besoins quand on a trop de bien, Le superflu, de droit, est à ceux qui n'ont rien.
Desfokges.
SUPERrLUITÉ s. f. (su-pèr-flu-i-té — rail. superflu). Caractère de ce qui est superflu : La superfluité est condamnable en toutes choses. (Acad.)
— Chose superflue : La netteté demande qu'on choisisse exactement les idées, qu'au dégage le discours de toutes superfluités.
(Condill.) L'ironie, lorsqu'elle s'exerce sur des riens, est une très-sotte superpluité. (J. de Maistre.) Jusqu'à présent, on a considéré l'étude du dessin dans l'éducation comme un art d'agrément, comme une élégante superfluite. (E. Chesneau).
SuPER FLDM1NA BABYLON1S, Premiers mots d'un des plus beaux psaumes de;. Hébreux ; <s Assis sur les bords du fleuve de Babylone, nous avons versé des larmes au souvenir de Sion. » V. Captivité de Babylone.
SUPEKGA (la), montagne du royaume d'itnlie, dans la province et à 7,400 mètres N.-E. de Turin, près de la rive droite du Pô. Cette montagne, dont le nom vient du latin super terga montium, est couronnée par une abbaye élevée par le roi Victor- Amédéa III, en souvenir de la levée du siège de Turin par les Français (1706). L'église, remaïquable par un péristyle en saillie de huit colonnes corinthiennes et auquel on arrive pur un escalier de dix marches, est en forme de rotonde et renferme les tombeaux des rois de Sardaigne. Les plus remarquables de ces tombeaux sont ceux de Viotor-Amédée II et de Charles-Emmanuel III. Au centre du transsept s'élève le tombeau où l'on dépose provisoirement le corps du dernier souverain. Charles-Albert y reposa actuellement.
SUPÉR1CORNES s. m. pi. (su-pé-ri-kor-ne — du lat. superus, supérieur, et de corne). Entom. Syn. de coréides, tribu d'insectes hémiptères.
SUPÉRIEUR, EURE adj. (su-pé-ri-eur, eure — lat. Superior, le comparatif de l'adjectif superus, venu de super, sur, au-dessus). Qui est placé plus haut, situé au-dessus : Itégion supérieure de lart. Orifice [supérieur de l'estomac. Partie supérieure d'un édifice. Etages supérieurs.
— Qui atteint un degré plus élevé : Dans les siècles pusses, il n'a pu régner sur la terre une température <r&s-suPÉRiEURE à celle de noire temps. (Arago.)
— Qui l'emporte, qui dépasse, qui occupe un rang plus élevé, qui est tout ii fait distingué : Clauses supérieures de la société. Emplois, grades supérieurs. Génie supérieur. Esprit supérieur à tous tes autres. Esprit d'un ordre supérieur. Etre supérieur en science, en doctrine, en mérite. Ennemis supérieurs en nombre. Puissance, autorité supérieure. Force supérieure. Valeur supérieure. On est obligé de se mettre au niveau de son siicle, avant d'être supérieur à son siècle. (Volt.) Les esprits pétillants, tempérés par un grain de sens et de jugement, deviennent supérieurs. (Griiniti.) L'homme supérieur est toujours celui qui sait vouloir. (Grimm.) Partout et dans tout les temps, il vit et meurt, loin de tout éclat, une multitude d' hommes fort supérieurs à ceux qui jouent un rôle sur la scène du monde. (Mirab.) Les hommes supérieurs sentent trop qu'ils sont forts et pas assez qu'ils
'sont mortels. (Liunontey.) Jamais un homme vraiment supérieur ne souhaitera le rétablissement du pouvoir arbitraire. (MmB de Slaôl.) L'universalité des connaissances est nécessaire pour être supérieur dans une partie quelcon-
?ue. (Mme je Staël.) S'instruire dans les coléyes aver les livres et dans le monde avec
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les hommes, voilà ce qui f.iit les écrivains supérieurs. (Aignan.) On est dispos-é a regarder comme un être supérieur celui qui se place au-dessus des lois. (Chateaub.) En général, on parvient aux affaires par ce que l'on a de médiocre, et l'on y reste par ce que l'on a de Supérieur. (Chataaub.) A l'aide du travail et de l'expérience, les temps actuels offrent, pour notre espèce en société, une masse de bien-être supérieure à tout ce que connaissait l'antiquité la plus vantée. (Virey.) Les hommes supérieurs ne font, dans leur élévation, que rirendre leur place et leurrang. (S.- Dubay.) Quiconque rit d'un autre se croit en ce moment supérieur à lui par le côté où il l'envisage. (Lamenn.) Les faiblesses des ho7n~ mes supérieurs satisfont t'envie et consolent la médiocrité, (Lévis.) L'homme supérieur, partout où il se trouve, se crée une clientèle d'admirateurs. (Alex. Dumas.) Honorons les hommes supérieurs et proposons - les en imi- \ talion, car c'est en préparer de semblables. : (Mignet.) La France a été obligée de s'élever à une intelligence supérieure du droit. (E. Quinet.) La bravoure qui s'accroît dans le danger est supérieure ou courage. (Beauchêne.) L'écrivain supérieur n'écrit pas pour tous les goûts, mais pour le goût commun à tous. (D. Nisard.) Leprùpre de la médiocrité est de se croire supérieurs. (La Rochef.- Doud.) Tout écrivain supérieur est tout d la fois nêologue et puriste. (Ph. Chasles.) Faire de grandes choses avec de petits moyens, c'est le propre des esprits supérieurs. (H. de La Madeleine.)
— Supérieur d, Qui domine, qui est audessus de, plus grand que : Etre supérieur aux. événements. Supérieur à sa condition, l'homme emploie la vie dans un but étranger à la vie même. (Guizot.) L'homme est ici-bas peur une fin idéale transcendante, supérieure à la jouissance et aux intérêts. (Renan.) Une femme ne saurait éprouver de sentiment profond et durable que pour un homme supérieur d elle. (A. d'Houdetot.)
— Cours supérieures, Tribunaux supérieurs, Cours, tribunaux jugeant en dernier ressort les affaires les plus importantes.
— Cours supérieurs, Classes où l'on enseigne les lettres et les sciences aux élèves les plus avancés.
— Mythoi. rom. Dieux supérieurs, Ceux qui avaient l'Olympe pour demeure.
— Philos. Concept supérieur, Idée générale, dans le système de lCont.
— Blas. Se dit d'une tour ou d'un arbre qui, se trouvant à côté d'une autre tour ou d'un autre arbre, a le pied sur la même ligne et le sommet plus élevé : De La Borde : D'or, à trois palmiers rangés de smople, celui du milieu supérieur.
— Art miiit. Officier supérieur , Officier d'un grade égal ou supérieur a celui du capitaine adjudant-major ou du chef d'escadron, mais inférieur à celui d'un général.
— A.stron. Planètes supérieures, Planètes plus éloignées du soleil que n'est la terre.
— Géogr. Qui est plus rapproché de la source du fleuve ou de la rivière qui traverse
■ un pays : Germanie supérieure. Pannouie supérieure. Antiochus marchait dans tesproviuces supérieures de la grande Asie. (Bos.)
— Anat. Membres supérieurs , Membres thoraciques, par opposition aux membres inférieurs ou abdominaux.
— Zool. Animaux supérieurs, Ceux qui sont le plus élevés dans l'échelle animale. Il Vertébrés supérieurs, Vertébrés proprement dits ; par opposition à vertébrés inférieurs, nom donné quelquefois aux animaux articulés.
— Substantiv. Personne ayant autorité sur une ou plusieurs autres : Obéir à ses supérieurs. Se laisser conduire par ses supérieurs. L'homme le plus exécrable est le supérieur qui eroit ne rien devoir à son inférieur. (Ste-Koix.) L'aristocratie féodale ne fut en France qu'une hiérarchie de supérirurs et d'inférieurs.
— Personne qui a une situation plus élevée ou plus distinguée : // tl'y a qu'un sot qui puisse s'imaginer de n'avoir jamais rencontré son supérieur. (Grimm.) Celui qui peut dire : Vous avez eu besoin de moi, je n'ai pas besoin de vous, est aujourd'hui le véritable supérieur. (Chateaub.)
— Personne qui est à la tête d'une communauté religieuse : Le supérieur d'un séminaire. La supérieure d'un couvent. Le jésuite français fait abstraction de son origine : ii prête serment d'obéissance absolue à un supérieur étranger. (Dupin.)
SUPÉRIEUR (lac), lac de l'Amérique du Nord, le plus grand et le plus occiental des cinq grands lacs du bassin du Saint-Laurent, entre les Etats-Unis et les possessions anglaises qui y ont leur ligne de démarcation par 46° 4'-48o 55' de latit. N. et 8TJ-94» 15' de longit. O. Il mesure dans sa plus grande longueur, de l'E. à l'O., 570 kilom., sur 250 de largeur ; 2,000 kilom. de périmètre; 62,800 kilom. carrés de superficie, avec une profondeur de 300 mètres. II estsitué à 191 mètres au-dessus du niveau de l'Océan. Ses eaux, quoique très-houleuses et sujettes a des tempêtes redoutables, sont douces, limpides, très-poissonneuses et sillonnées par I une navigation active; elles s'écoulent dans 1 le lac Huron par le détroit de Sainte-Marie. Le lue Supérieur reçoit un grand nombre de j
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rivières, dont la plus considérable est celle de Saint- Louis. Ses rivages sont eu général âpres et sauvages ; les rochers situés sur la rive S.-E. sont considérés comme l'un des paysages les plus curieux de l'Amérique; ils s'étendent sur une longueur de 18 kilom. en formant une muraille de plus de 100 mètres d'élévation.- On y trouve quelques îles, dont les plus importantes sont 1 lie Royale, Carribon, Maurepas, l'Ile des Douze-Apôtres, l'île Minong. La côte méridionale formée par l'Etat de Micbigan projette dans l'intérieur du lac une longue presqu'île terminée par le cap Kewenaw.
SUPERIEURE (mer), nom donné par les anciens à la mer Adriatique, à cause de sa position relativement à la mer Tyrrhénienne, qu'ils appelaient Inférieure.
SUPÉRIEUREMENT adv. (su-pé-ri-eu-reman — rad. supérieur). Dans la partie supérieure, la plus haute : La jambe fut sciée supérieurement. (Dupuytren.) Il Peu usité.
— D'une manière supérieure, meilleure que les autres : Ces deux auteurs ont écrit sur la wé'nie matière, mais l'un bien supérieurement à l'autre. (Acad.)
— D'une manière excellente, parfaite, trèsdistinguée : Ecrire supérieurement. Peindre, danser, chanter supérieurement. Jouer supérieurement du violon. Tel se croit un grand homme,- parce qu'il danse ou chante supérieurement; il n'est que supérieurement sot.
(Boiste.) Les Indiens tannent supérieurement la peau du bison avec l'écorce du bouleau. (Chateaub.)
SUPÉRIORITÉ s. f. (sù-pé-ri-o-ri-té — rad. supérieur). Qualité de ce qui est supérieur; élévation au-dessus des outres, prééminence : Supériorité du rang, de la naissance. Supériorité de génie. Supériorité d'esprit. Perdre, conserver, recouvrer sa supériorité. Les prospérités militaires laissent daiis l'âme je ne sais quel plaisir touchant, qui ta remplit et l'occupe tout entière ; on s'attribue une supériorité de force et de puissance. (Fléch.) Il n'y a de supériorité réelle que celle du génie et de la vertu. (Vauven.) Les grands hommes ne s'abusent point sur leur supériorité ; ils la voient, ils la sentent et n'en sont pas moins modestes. (J.-J. Rouss.) Helvétius prétend ■ que c'est l'ennui qui fait notre supériorité sur les animaux. (Grimm.) La supériorité en tout genre est également difficile à atteindre. (D'Alemb.) Tout marque dans l'homme, même à l'extérieur, sa supériorité sur tous les êtres vivants. (Buff.) On a vu des peuples perdre dans l'inuction la supériorité qu'ils avaient acquise par des victoires. (Bartbel.) La vraie supériorité consiste dans la force d'âme. (Mme (]e Staël.) La vraie supériorité eut rayonnante de bons sentiments comme de hautes pensées. (Mme de Staël.) On ne veut céder à qui que ce soit la supériorité du jugement. (De Bugny.) La supériorité a plus d'envieux que de justes prétendants. (S.-Dubay.) La postérité considère moins l'universalité des talents que leur supériorité, (De Bonald.) Les peuples les plus entreprenants sont toujours ceux qui s'exagèrent leur supériorité. (L. Faucher.) Une supériorité sottement négligée ne vaut pas une médiocrié adroitement cultivée. (M«ie E. de Gir.) Supériorité de talents est synonyme de supériorité de besoins. (Proudh.) Ce qui est nécessaire pour agir comme pour écrire, c'est la supériorité de la pensée. (Thiers.) Tonte supériorité s'expie. (A. Ney.) Ne faire jamais sentir sa supériorité, c'est faire qu'on nous la pardonne. (Damas-Uinard.) Dans le monde, les avantages d'une supériorité quelconque sont compensés par la défiance qu'elle inspire. (Mme de Rémusat.) La supériorité ne se fait pa?*donner que par ceux qu'elle subjugue. (Guizot.) Les supériorités naturelles, les prééminences sociales ne doivent recevoir de la loi aucun appui factice. (Guizot.) L'homme doit toute sa supériorité d la puissance morale de l'amour. (A. Martin.) La nature est avare de supériorités. (Lamart.) Ni la supériorité de l'esprit ni celte de l'âme ne se pardonnent dans le monde. (Th. Guut.) La supériorité d'intelligence ne constitue pas plus un droit que la supériorité musculaire. (L, Blanc.) L'autorité qui n'est pas la supériorité est tout uniment la force. (E. de Gir.) Jlien n'est odieux aux gens médiocres comme la supériorité de l'esprit. (II. Beyle.) On dit qu'une des supériorités de l'homme sur les animaux, c'est qu'il fait l'amour en toute saison. (A. Karr.) Il faut adoucir l'éclat de sa supériorité ; tout mérite blesse l'égalité. (A. d'Houdetot )
— Personne supérieure : La liberté n'empêche pas les supériorités de se produire. (E. de Gir.)
— Hist. Supériorité territoriale, Espèce de suprématie des Etats de l'empire d'Allemagne, qui fut reconnue par le traité de Westphalie et qui dura jusqu'au commencement, de notre siècle.
— Emploi, dignité de supérieur ou de supérieure dans un couvent, dans une communauté : AsjÂrer, parvenir à la supériorité. Il n'a fuit dans la maison aucun acte de supériorité. (St-Evrem.)
— Syn. Supériorité, avantage, ddaua, Etc. V. AVANTAGE.
SUPERJECTIONs. f. (su-pèr-jè-ksi-on— lat.
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superjectio; de superjicere, jeter par-dessus, ajouter). Rhétor. Ancien nom de l'hyperbole.
SUPERLATIF, IVE adj. (su-pèr-la-tiff.i-ve — lat. superlativus,- de superlatus, porté audessus, exagéré; de super, sur, etde latus, partpassé du verbe ferre, porter). Gramm. Qu' sert à exprimer la qualité portée au plus haut degré : Adjectif, adverbe Superlatif. Terminaison superlative. Degré superlatif.
— Fig. Exagéré, outré, porté au plus haut point : Et puis c'était un dégorgement défausse rhétorique, avec des exagérations laudatives et superlatives à lui rompre en visière. (Mme de Créqui.)
— s. m. Gramm. Plus haut degré, degré superlatif: Adjectif, adverbe au superlatif.
Il Adjectif ou adverbe au superlatif: Abuser des superlatifs. La louange s'est avilie comme l'argent ; les superlatifs d'aujourd'hui ne valent pas les positifs d'autrefois. (H. Rigault.) I! Superlatif absolu, Celui qui exprime une qualité portée à un haut degré, sans comparaison avec une autre personne ou une autre chose de même espèce, ce qu'on exprime chez nous par les mots très ou fort placés devant le positif. Il Superlatif relatif. Celui qui exprime nue qualité portée au plus haut degré, et comparée avec une qualité existant dans une autre personne ou une autre chose de même nature, ce qu'on exprime en français par les mots le plus, n Superlatif d'infériorité, Celui qui exprime une infériorité portée au plus bas degré, ce qui s'exprime en français par les mots : le moins : Le plus grand des hommes n'en est que le moins petit. (V. Cousin.)
— Au superlatif, A un degré tout àfait supérieur : Bon au superlatif. Laid, bête au superlatif. Il est sot et vain au superlatif. (Rottiu.)
— Encycl. Quand on dit: a Voilà un raisonnement juste, « on considère ce raisonnement en lui-même tel qu'il est, sans faire attention qu'il pourrait être plus ou moins juste, ou bien qu'un autre raisonnement pourrait lui être soit supérieur, soit inférieur en justesse. On ne compare rien, on ne fait que déclarer l'existence réelle de la justesse dans le raisonnement dont il s'agit. C'est une simple énnnciation, et les grammairiens lui ont donné le nom de positif. Quand on dit : «Voilà un raisonnement plus juste, moins juste que le précédent, « ou encore : «Ce raisonnement pourrait être plus juste, moins juste qu'il ne lest, » on établit une comparaison, et, dans la langue des grammairiens, il y a ici comparatif. Quand on dit : » Ce raisonnement est le plus juste qu'on puisse voir, » ou bien : « Ce raisonnement est très-juste, fort juste, bien juste, » on énonce un degré tout à fait supérieur dans la qualité; il y a superlatif. Les mots le plus juste indiquent plus de justesse que partout ailleurs : c'est le superlatif relatif, parce qu'on exprime le degré le plus élevé de la qualité relativement à tous les objets semblables. Les mots très-juste, fort juste, bien juste indiquent un degré de justesse plus élevé qu'on ne le voit d'ordinaire, mais sans aucune idée de rapport avecaucun autre objet; l'esprit n'attend plus rien et n'a effectivement plus besoin de rien pour entendre tout ce qu'on veut dire : le superlatif est absolu. Des linguistes ont fait remarquer que les mots bien, fort, très n'expriment pas tous trois le même degré de supériorité; qu'en disant bien juste, par exemple, on exprime seulement une justesse supérieure à celle que l'on voit communément, au lieu qu'en disant fort juste ou très-juste on exprime un degré de justesse aussi élevé qu'il soit possible de le rencontrer. Ils ajoutent qu'on peut distinguer une nuance entre fort et très; que trèsjuste, par exemple, est encore plus expressif que fort juste. Une autre observation mérite d'être notée ici. Le Dictionnaire d'élocution la présente en ces termes : « Quoique le comparatif soit toujours inférieur au superlatif, il est cependant des phrases où l'un dit amant que l'autre : « Socrate était plus sage que tous les anciens philosophes; » ce n'est là qu'un comparatif, mais il dit autant que le superlatif suivant : 1 Socrate était le plus sage des anciens philosophes. » Il ne faut pas en conclure néanmoins qu'il n'y ait là aucune différence dans les ternies : la seconde phrase marque explicitement le superlatif; la première ne le marque qu'implicitement et avec l'aide de l'adjectif tous. Quant à la variabilité de l'article dans ce qu'on appelle les superlatifs relatifs, elle a été traitée au mot article.
Dans plusieurs langues, le superlatif, de même quelle comparatif, se forme par la substitution d'une terminaison à une autre. Ainsi en latin, doctissimus est le superlatif de doc' tus. Dans la langue française, il s'exprime, comme nous venons de le voir, au moyen d'un adverbe. Nous n'avons donc, à proprement parler, ni comparatif ni superlatif. Nos seuls comparatifs sont les formes irrégtilières meilleur pour plus bon, pire pour plus mauvais, moindre pour plus petit. Il n'existe en français aucun tenae qui, par lui-même, soit un superlatif, si ce n'est excellent, qu'on peut regarder comme le plus haut degré de la qualité énoncée par l'adjectif bon. Aussi le mot excellent ne peut-il recevoir aucun signe de comparaison plus élevé, et l'on ne doit pas dire -.plus excellent, très-excellent. Parler de cette manière serait vouloir élever à un de-
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gré supérieur une qualité qui est déjà portée à son plus haut point.
Les seuls adjectifs qui puissent être portés au superlatif de même qu'au comparatif sont ceux qui expriment une qualité inhérente et permanente, une qualité spécifique, naissant de la nature de la chose, ou de sa forme, ou de sa situation, ou de son état, et ceux qui tirent leur origine des participes des verbes, Les adjectifs numéraux, possessifs ou pronominaux n'admettent ni comparatif ni superlatif.
Les adverbes étant, aussi bien que les adjectifs, destinés a modifier un mot qu'ils accompagnent, et en conséquence ne différant pas des adjectifs dans l'objet de leur signification, sont aussi susceptibles des degrés de comparaison et, par conséquent, du superlatif.
Les adjectifs ou les ad verbes portés à un des degrés de la comparaison veulent ordinairement après eux le second terme de la comparaison ou l'objet avec lequel celui qui est qualifié se trouve comparé. Lorsque le se- ' cond terme de la comparaison n'est pas exprimé, le mot plus doit être immédiatement ■ précédé de l'article, avec lequel il forme | alors un superlatif. Pour cette raison, l'abbé d'Olivet a blâmé Racine d'avoir dit dans ZJajazet ;
Déjà sur un vaisseau dans le port préparé, Chargeant de mon débris les reliques plus chères. Je méditais ma fuite...
Il fallait dire, suivant d'Olivet : • Les plus chères reliques, » ou « Les reliques les plus chères de mon débris. » Cependant Voltaire a excusé ie vers suivant de Corneille, dans Horace :
Que le parti plus faible obéisse au plus fort. « Il est à croire, dit-il, qu'on reprocha à Corneille une petite faute de grammaire, puisque ce vers est écrit ainsi dans d'autres éditions : Que \a faible parti obéisse au plus fort. On doit, dans l'exactitude scrupuleuse de la prose, dire : Que le parti le plus faible obéisse au plus fort; mais si ces libertés ne sont pas permises aux poètes, et surtout aux poëtes de génie, il no faut point faire de vers, i
La langue hébraïque et les autres dialectes sémitiques n'ont point admis la forme superlative, mais elles l'ont remplacée paj- un idiotisme qui présente uniquement à 1 esprit l'addition ampliative et absolue; c'est la répétition de l'adjectif môme ou de l'adverbe. Cette sorte d'hébraïsme se rencontre fréquemment dans la version vulgate de l'Ecriture, et il est utile d'en être prévenu pour en saisir le sens: Malum est, malum esl.dicit omnis emptor, c'est-à-dire pessimumest. La répétition même du verbe est encore un tour énergique familier à cette langue et que l'analyse ne peut vendre quo par ce qu'on nomme superlatif. Par exemple, Fiat! signifie analytiquement Cupio hoc ut resfiat. Je désireque la chose se fassu I mais Fiat, fiatl c'est Cupio vehementissime. Je désire tvés-fort, etc.
L'idée de cette répétition pour désigner le sens ampliatif, et surtout celle de la triple répétition n'était pas tout à fait ignorée des Grecs et des Latins.
Les supe/latifs latins qui finissaient en issimus, ssimus donnèrent à la langue d'oil quelques superlatifs terminés en isme, ime, ! sme. De altissimus on fit allisme, autisme; de | carissimus, cherisme; de sanctissimus, saintisme; de grandissimus, grandisme ; de pessisimus, pesnys. Par analogie, on forma même quelques superlatifs romans dont les correspondants n'existaient pas en latin, tels que ooiiisme, très-bon.
Lur chevals laissent de (Iffiuz une olive,,, Puis sunt muntez sua el palais allisme.
{Chanson de Roland,) C'est le veir cors de Jcsu-Crist. ..
Voira Deus, veirs hoem, ftz del autisme.
[Chron. des ducs de Kormandie.)
Cherismc evesque, cher seignor Plein de science e de valor.
(Chron. des ducs de NoiTnandic.)
Ceo est, ço te resai bien dire, Icel saintisme baptislcire.
[Chron. des ducs de Normandie.) El Durandal, cuœ es bêle e seintisme.
[Chanson de Roland.) Dist Blaiieandring : Mult est yesmes Roltans. (Cluinson de Roland.)
« Li ciel devint tut obscurs, e levèrent rues e ventz, e ehaïd une grandisme pluie. » (Livre des Rois.)
» Asetnblerent sei honimes vassals, alerent tuto la nuit, pristrent le corps Saiil. » (Livre des Jtois.)
Six siècles avant notre langue, le latin vulgaire contractait déjà en ismus les superlatifs on issimus, preuve de l'énergie croissante et de l'influence de l'accent latin. On trouve dans les graffiti d& Pumpéi et les inscriptions des premiers temps de 1 empire carismo, dulcisma, felicismus, sptendidtsmus, pieulisinus, au lieu de carissi7no, dulctssimu, felicissimus, splendidissimus, pïentissimus, etc.
Il ne nous reste aucun de nos anciens superlatifs en isme; ils disparurent au xive siècle. Quant à nos mots en issime, ils sont savants et ne remontent point au delà du xvio siècle ; comme tous les mots qui ne datent point de lu péiiode populaire et spouta-
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née, ils sont très-mal formés et violent la loi de l'accent : révérendissime, illustrissime, sérénissime, généralissime, etc. ; le dernier a été inveuté par Richelieu, qui, selon Balzac, sa décora lui-même de ee titre lorsqu'il se mit à la tête des armées françaises envoyées en Italie.
SUPERLATIVEMENT adv. (su-pèr-la-ti-veman — rad. superlatif). Fam. Au superlatif, au plus haut point : Personne superlativement laide. Une mailresse est superlativement aimable. (Dancourt.)
SUPERLICOCANTIEUX, EUSE adj. (supèr-li-co-ko-kan-si-eu, eu-ze). V. superco-
QUENTIEUX.
SUPERtlFIQUE adj. (su-pèr-li-fi-ke — du lat. super, au-dessus; fado, je fais). Superbe, magnifique. Il Mot burlesque.
SUPERNATURALISME s. m. (su-pèr-natu-ra-li-sme — du préf. super, et de naturalisme). Philos. Syn. de supranatuualisme.
SUPERNATURALISTE adj. (su-pèr-na-tura-li-ste — du prêt', saper, et de naturaliste). Syn. de supranaturaliste.
SUPERNUTRITION à. f. (su-pèr-nu-tri-sion — du préf. super, et de nutrition). Pathol. Excès de nutrition.
SUPEROVARIÉ, ÉE adj. (su-pè-ro-va-ri-é — du préf. super, et de avarié). Bot. Dont l'ovaire est supère.
— s. f. pi. Groupe de végétaux gamopétales, comprenant ceux qui ont l'ovaire supère.
SUPEROXYDATION s. f. (su-pè-ro-ksi-dasi-on — du préf. super, et de oxydation). Chim. Oxydation avec excès d'oxygène.
SUPERPOSÉ, ÉE (supèr-po-zé) part, passé du v. Superposer. Qui est placé au-dessus : Plans superposés. Couches superposées.
— Fig. Surajouté : La politesse est comme une teinte générale, uniforme, superposée d tous les vices. (Boiste.) Le comique de Molière, superpose à ses peines domestiques, m'a toujours semblé terrible, (Balz.)
— Bot. Se dit d'un bulbe qui se développe sur un autre, et des lobes d'une anthère, quand ils sont placés l'un au-dessus de l'autre,
SUPERPOSER v. a ou tr. (su-pèr-po-zé — du préf. super, et de poser). Poser par-dessus, au-dessus : Superposer une couche à une autre couche.
— Fig. Surajouter : Le despotisme peut superposer des castes, il ne peut faire des hommes. (C. Dollfus.)
Se superposer v. pr. Etre superposé, placé au-dessus : A ces marnes se superposent des calcaires compactes de même couleur. (A. Maury.)
— Fig. Se surajouter : Les fakirs se sont, comme une lèpre, superposés au maliométisme. (Lamart.) La jalousie ne naît pus de l'amour, elle ne fait que s'y superposer. (F. MuUetilie.) Les sociétés ne sont bien gouvernées en fait et en droit que lorsque ces deux forces, l'intelligence et le pouvoir, se superposent. (V. Hugo.) Il serait puéril de vouloir retrouver la trace du monde primitif àtravers le réseau de transformations dont se sont enveloppées quelques langues, à travers tes nombreuses couches de peuples et d'idiomes qui se sont superposées dans certaines contrées. (Renan.)
SUPERPOSITIF, IVE adj. (su-pèr-po-zi-tif, i-ve — rad. superposer). Bot. Qui est superposé, appliqué sur une autre partie. Il Préfloraison superpositive, Celle dans laquelle les pièces de la corolle et du calice s'appliquent les unes sur les autres.
SUPERPOSITION s. f. (su-pèr-po-zi-si-on— du préf. super, et de position). Action de superposer; état de ce qui est superposé : La superposition des couches géologiques est soumise à des règles invariables.
— Liturg. Jeûnes de superposition, Jeûnes doubles, qui s'étendaient jusqu'à deux jours entiers.
— Fig. Action de surajouter : Il faut cette puissance de cohésion, d'unité et de direction que la superposition seule peut donner pour enfanter les grandes choses : la force, te génie, la durée. (Lie Salvandy.)
SUPERPURGATION s. f. (su-pèr-pur-gasi-on — du préf. super, et de purgution). ivléd. Purgatiou violente : Les Superpurgations sont dangereuses. (Acad.) Ce purgatif est bien violent ; je crains qu'il ne cause une superpurgation. (Acad.)
SUPEBSAC (Auguste), littérateur, né à Paris en 1822, mort à Versailles en 1861. Après avoir collaboré à l'ancien Corsaire , à lu Silhouette et à la Vérité, il donna au théâtre : les Métamorphoses de Jeannette, comédie en un acte, avec Théodore Barrière (Variétés, 1848); Pst! psi! folie en un acte, avec Delacour (Palais-Royal, 1848) ; Une femme heureuse, comédie en un acte, en prose, avec son frère dont la notice suit (OUéon, 1858) ; l'erreur domestique, vaudeville en un acte, avec le même (Folies-Dramatiques, 1858). A l'époque de sa mort, il était secrétaire particulier du comte de Suiut-Marsault, alors préfet de Versailles, et rédigeait la Concorde de beincet-ûise.
SUPERSAC (Léon) , auteur dramatique, frère du précodent, né en octobre 1S38. il
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fit ses études au collège Sainte-Barbe et collabora, dès l'âge de vingt ans, avec son frère. A la mort de ce dernier il travailla seul pour le théâtre. On a de lui plusieurs
f>etites pièces qui ont eu du succès. Citons : a Comtesse de la rue Cadet, un acte (Palais- Royal, 18G3) ; les Amoureux de Marlon, comédie en un acte, en vers (Odéon, juillet 1868); Prologue d'ouverture, en vers, pour l'inauguration de la nouvelle salle de la Chaussée-d'Antin (Vaudeville, avril 1869); Arlequin et Colombine, comédie en un acte, en vers (Vaudeville, septembre 1869); Ma cousine, comédie en un acte, en prose (Vaudeville, avril 1873).
SUPERSATURÉ, ÉE (su-pèr-sa-tu-ré) part, passé du v. Supersaturer. Saturé à l'excès.
SUPERSATURER v. a. ou tr. (su-pèr-satu-ré — du préf. super, et de saturer). Saturé à l'excès.
SCPEB.SAX (Georges aup der Flore, dit), homme d'Etat et patriote valaisteu du commencement du xvie siècle, mort à Vevay en 1529. 11 lutta ènergiqueinent contre les intrigues du cardinal de Sion (Schinner), qui voulait détacher les Suisses de l'alliance française, et fut emprisonné. Il reprit un instant l'avantage et contraignit son adversaire à s'enfuir à Rome ; mais il finit par succomber et fut mis au ban de l'empire par Charles-Quint. V. Schinner.
SUPERSÉCRÉTION s. f. (su-pèr-sé-kré-sion — du préf. super, et de sécrétion). Pathol. Sécrétion excessive.
SUPERSÉDER v. n. ou intr. (su-pèr-sé-dé — du lat. super, sur; sedeo, je m'assieds. Il change é en è devant une syllabe muette : Je supersède ; qu'ils supersèdent ; excepté au fut. de l'ind. et au prés, du cond. : Je super séderai; nous superséderions). Ane. jurispr. Surseoir : Superséder aux poursuites, à l'exécution d'un arrêt.
SUPERSENSIBLE adj. (su-pèr-san-si-ble — du préf. super, et de sensible). Philos. Qui échappe aux sens. Il On dit aussi suprasensible.
SUPERSTIMULATION s. f. (su-pèr-sti-mula-si-on — du préf. super, et de stimulation). Pathol. Surexcitation, stimulation excessive : L'exaltation de la vitalité d'un système suppose toujours une action supérieure à celte qui convient au maintien de la santé, c'est-à-dire une supërstimulation ou surexcitation, (Broussais.)
SUPERSTITIEUSEMENT adv. (su-pèr-stisi-eu-2e-man — rad, superstitieux). D'une manière superstitieuse : Il y a des gens qui s'attachent superstitieusement à de certaines pratiques, à de certaines dévotions. (Acad.)
— Fig. Avec une exactitude excessive : Il est bon d'être exact, mais il ne faut pas s'attacher superstitieusement aux choses indifférentes. (Acad.)
SUPERSTITIEUX, EUSE adj. (supèr-Stisi-eu, eu-ze — lat. superstitiosus, même sens. V. superstition). Qui a de la supers' i i; Dévot superstitieux. Femme superstitieuse. Peuple superstitieux. Il y a autant de légèreté que de faiblesse d'esprit à être crédule et superstitieux. (Fén.) Les habitants des campagnes, ignorants et superstitieux, ne croient fermement que ce qui est incroyable. (F. Bodin.) Ce sont surtout les mauvais gouvernements qui rendent les peuples superstitieux. (Boulanger.) Un peuple plongé dans l ignorance est stupide, cruel, idolâtre, superstitieux. (A. Martin.) Les femmes sont facilement superstitieuses. (E. Bersot.)
— Qui est entaché de superstition : Culte superstitieux. Cérémonies, pratiques superstitieuses. Préjugés superstitieux. Il y a trop de connaissances et trop d'esprit en France pour que la barbarie superstitieuse puisse renouveler ses atrocités. (Frédéric II.) Louis XI cherchait à calmer sa conscience inquiète par des dévotions superstitieuses. (Fléch.) Les temps les plus superstitieux ont toujours été ceux des plus horribles crimes. (Volt.)
— Fig. Qui est d'une exactitude minutieuse, excessive : Il est si exact, si ponctuel en toutes choses, qu'il eu est presque superstitieux. (Acad.)
— Substantiv. Personne superstitieuse : Le superstitieux a nécessairement te jugement faux, l'âme faible et parfois ie coeur dur; il met une force idéale à la place de ta raison. (Fonten.) Le superstitieux est au fripon ce que l'esclave est au tyran. (Volt.) Les calamités publiques passent dans l'esprit des superstitieux pour des vengeances du ciel. (Fléch.)
SUPERSTITION s. f. (su-pèr-sti-si-on — latin superstitio ; de superstes, qui reste, qui est au delà ; de super, préfixe, et de stare, rester. La superstition est ce qu'on croit au delà de la vérité religieuse). Opinion religieuse fondée sur le préjugé ou la crédulité : Les esprits faibles sont sujets à la superstition. (Acad.) Les femmes ont beaucoup de penchant à la superstition. (Acad.) Le fanatisme est à la superstition ce que ta raye est à la colère. (Volt.) La superstition et le despotisme sont, immédiatement après la peste, les plus horribles fléaux du genre humain. (Volt.) La superstition est le plus terrible fléau du genre humain. (J.-J. Rouss.) L'étonnement produit la crainte, et la crainte fait uailre la superstition ; la superstition porte tout à l'excès. (But!1,) La superstition attribue à des causes
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surnaturelles les choses dont l'ignorance ne permet pas de serendreraison. (Condillac.) La superstition craint ce qu'elle devrait aimer et n'adore que ce qu'elle craint. (Dussault.) La superstition nait de l'ignorance et du besoin de croire. (Latena.) Je crois que la superstition est un ouvrage avancé de la religion qu'il ne faut pas détruire. (J. de Maistre.) Il est plus dangereux d'attaquer la superstition que la foi. (Pe Ségur.) La superstition transforme tout en prodiges^(D& Jaucourt.) La superstition a ses racines dans le emur de l'homme. (B. Const.) La superstition dégrade la raison humaine. (Michon.) La superstition est l'exagération d'une fui quelconque. (Collins.) La Superstition est fille de l'ignorance. (A. Liber.) La superstition conduit à l'esclavage. (De Théis.) Il est plus aisé de guérir de l'incrédulité que de /«superstition. (De Bignicourt.) La foi sans la raison mène directement à la superstition.
(Brierre de Boismont.) La superstition fait la force de l'autorité. (E. de Gir.)
0 superstition! tes rigueurs inflexibles
Privent d'humanité les cœurs les plus sensibles,
VOLTAtUË.
Ali! verrai-je toujours ma faible nation, Incertaine en ses vœux, flétrir ce qu'elle admire; Nos mœurs avec nos lois toujours se contredire. Et le Français volage endormi sous l'empire De la superstition ?
VoLTAiaE.
— Vain présage tiré de certaines circonstances qui n'ont aucun rapport avec les événements dont on suppose qu'ils sont l'annonce : Il y a de la superstition à croire que la rencontre d'une belette, qu'une salière renversée et le sel renversé sur ta table présagent un malheur, (Acad.) Croire que, lorsqu'on se trouve treize d table, il en doive mourir un dans l'année, c'est une superstition. (Acad.) L'amour, qui est, comme la dévotion, le culte de l'idéal, de la perfection, de la beauté suprême, est enclin, comme elle, aux superstitions. (Artaud.)
— Pratique superstitieuse : CA« le peuple, le culte religieux n'est qu'un amas de superstitions. (Acad.) La multitude tient d'autant plus à ses superstitions, qu'on fait plus d'efforts pour l'en arracher. (Barthél.) Chère patrie, tu t'es dépouillée de tes superstitions et de tes vices, comme on se dépouille d'un haillon flétri. (A. Martin.) Les superstitions de notre temps ont été celtes de tous les temps. (A. de Gusparin.) Les superstitions, tes cruautés, l'impureté sont des fruits naturels et pour ainsi dire légitimes de l'ignorance. (L. Veuille!.)
— Attachement non justifié ou exagéré : Assez longtemps la France a payé son tribut à la superstition parlementaire. (E. de tiir.) L'Assemblée constituante recula devant la depossession du trône pour la famille de ses rois; elle eut la superstition du passé sans en avoir ta foi, elle voulut concilier la république et la monarchie. (Lamart.)
— Fig. Excès d'exactitude, soin minutieux et exagéré : Il est si jaloux de l'exactitude grammaticale, qu'il va sur cela jusqu'à la superstition. (Acad.) Le principal mérite d'un éditeur, cesi la fidélité, la fidélité poussée jusqu'à ta superstition, pour son texte. (S. de Sacy.)
— Encycl. Le fond primitif des superstitions, ces croyances purement imaginaires qui tiennent une si grande place dans la vie des peuples, « est partout, dit Pictet, essentiellement le même, parce qu'elles surgissent immédiatement des instincts naturels do l'homme encore plongé dans l'ignorance. La croyance aux esprits, aux sons, aux présages, à la magie ne retrouve sous mille formes diverses chez les races les plus sauvages comme chez des peuples déjà très-civilisés. Les analogies souvent frappantes qui se remarquent sous ce rapport entre les peuples établis sur les points du globo les plus éloignés ne prouvent donc pas des origines communes, mais établissent que les superstitions résultent des tendances propres à l'homme de la nature. Les' superstitions populaires ont sûrement été très-variées chez les anciens Aryas ; mais nous na pouvons plus guère eu constater l'existence que relativement à la croyance aux esprits et à la magie. La superstition du mauvais œil se retrouve dans l'Inde védique aussi bien que chez la plupart des peuples européens. Dans ie liig- Véda, l'épouse est exhortée à être aghoraca/n,hus, c'est-à-dire ians regard malfaisant pour son époux. La foi aux puissances divines qui gouvernent le monde ne suffit pas à l'imaginion des peuples livrés à leurs instincts naturels, et ils ont créé une foule d'êtres d'un ordre inférieur, mêlés plus directement aux incidents de la vie ordinaire. Doués de pouvoirs surnaturel-, mais limités, bienfaisant ou malfaisants, ces êtres interviennent jusque dans les pelits événements de l'existence humaine, ou président à cenains phénomènes mystérieux et incompris de la nature élcmeuuthe. Ils sont nés partout du besoin qu'éprouve l'homme de chercher une cause à ce qui échappe à sou intelligence, et cette cause se personnifie aisément en un agent doué de qualités appropriées. De là l'extrême variété de ces êtres imaginaires qui remplissent les sphères du monde inférieur et qui ugissont en accord ou en désaccord avec les pouvoirs célestes.»
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Pour tracer sommairement le tableau des principales superstitions qui ont exercé et exercent encore une grande influence sur un grand nombre d'esprits, nous ferons quelques emprunts au Traité des superstitions par le chanoine Thiers et à l'excellent résumé de M. Chéruel. La croyance à l'existence des fées est une des superstitions les plus généralement répandues. Les fées résident dans des palais merveilleux, taillés dans le diamant et le saphir, et leur pouvoir n'est limité que par celui de leurs rivales. Les korigans bretons sont des nains bizarres et difformes . qui se cachent dans les sombres blocs de Karnae; la nuit, ils entourent le voyag-eur assez imprudent pour s'aventurer sur les landes et ils l'entraînent dans leur ronde infernale. Les ondines pertides attirent et séduisent par leur beauté et précipitent dans les flots de la Moselle leurs nombreux adorateurs. Dans le Jura et la Franche-Comté, les herlequins se livrent à des chasses fantastiques dans les forêts profondes, et le paysan se signe avec crainte lorsqu'il croit voir leur essaim qui tourbillonne. L". drac du Languedoc et de la Provence poursuit et effraye les enfants de ses cris. Le follet et le fadet du Berry attirent les' paysans dans les marais. Dans les Alpes, les solèves aident aux travaux du jardinage. Le gobelin nettoie la maison en Normandie et fait la besogne de la ménagère. Le loup-garoti rôde toute la nuit et s'enfuit lorsque le jour parait. Partout enfin, au Nord et au Midi, dans chaque contrée, l'homme a peuplé l'air, les bois et l'eau d'êtres invisibles et mystérieux, et, dans chaque superstition, on retrouve le génie particulier du peuple qui lui a donné naissance, Agobard, archevêque de Lyon au ixe siècle, nous apprend que de son temps la croyance était répandue qu'il existait dans les nuayes une contrée mystérieuse nommée Mazonie.
Des navires aériens apportaient là-haut les fruits que le vent, la grêle ou la tempête abattaient sur.terre. « J'ai vu, écrit Agobard, des hommes tellement aveuglés par la sottise, qu'ils amenèrent un jour devant moi, comme tombés de ces navires, trois hommes et une femme; on les avait retenus plusieurs jours en prison, et on les conduisit en ma présence comme méritant d'être lapidés. » Il serait facile de multiplier ces tableaux à l'infini, mais nous nous bornons à grouper ici les superstitions dont l'usage était le plus répandu. Plusieurs d'entre elles ont dans ce Dictionnaire une place spéciale, et cette raison nous oblige à passer légèrement sur plusieurs points, pour ne point nous exposer à tomber dans des redites inutiles.
La divination a été également une des superstitions les plus profondément enracinées. Les Grecs et les Romains cherchaient des présages dans le vol des oiseaux, dans les entrailles des victimes, dans les vers d'Homère ou de Virgile. Les chrétiens, après eux, consultaient la Bible et les Ecritures. Cette superstition fut plusieurs fois condamnée par les conciles, et Chariemagne s'exprime ainsi dans un de ses capitulaires : « Que personne n'ait la témérité de prédire l'avenir par le psautier ou par l'Evangile. » 11 faut croire que cette défense ne produisit qu'un médiocre effet ; car Guibert de Nogent raconte qu'au xiie siècle tout évêque ou abbé qui prenait possession de son évêché ou de son abbaye consultait les sorts avec les Ecritures Si la page sur laquelle on tombait était blanche, » le présage était regardé comme funeste. Lu divination se faisait aussi par des lettres et par des paroles. Le passage suivant de Grégoire de Tours fait comprendre comment avait lieu la divination par lettres: ■ Gontram-Bose, qui s'était réfugié dans la basilique de Saint-Martin, à Tours, était accusé d'avoir fait périr Théodebert. Le roi Chilpéric, pour s'assurer du fait, envoya des messagers avec une lettre écrite au saint. Dana cette lettre, il priait le saint de lui faire connaître dans sa réponse s'il lui était permis ou non de tirer Gontram-Bose de la basilique. Le diacre Beaudégésiie, chargé de cette lettre, la mit avec une feuille ûe papier blanu sur le tombeau du saint-, il attendit trois jours sans recevoir aucune réponse, puis retourna vers Chilpèric. • On voit que ce mode de divination restait quelquefois sans résultat; mais l'exemple cité par Grégoire de Tours est peut-être unique. Les saints se montrent d'ordinaire fort empressés à répondre..., quand ce sont les rois qui les interrogent.
On attachait une grande importance à. la divination par les paroles. C'est encore Grégoire de Tours qui nous donnera ici l'explication nécessaire. « Clovis, raconte cet auteur, sur le point de combattre la roi des Wisigoths Alaric, envoya des messagers 'à la basilique de Saint-Martin de Tours. « Allez,
• leur dit-il, et vous trouverez peut-être dans
• le temple quelque présage de la victoire. » 11 leur remit des présents destinés au lieu saint et ajouta ces paroles : i Seigneur, si » vous êtes mon aide, et si vous avez résolu » de livrer en mes mains cette nation incré- » dule et toujours ennemie de votre nom, t daignez manifester votre faveur à l'entrée » de la basilique de Saint-Martin, afin que je » sache si vous daignerez être favorable à
• votre serviteur.» Les messagers se rendirent en toute hâte a la sainte basilique... Au moment où ils y entraient, le chantre commençait ce verset du psaume xvii : « Seigneur, i vous m'avez revêtu de force pour la guerre
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» et vous avez abattu sous moi ceux qui s'éle- » vaient contre moi, et vous avez fait tourner » le dos à mes ennemis devant moi, et vous » avez exterminé ceux qui me haïssaient. » Après avoir entendu ces paroles', ils rendirent grâce à Dieu, présentèrent les dons au saint confesseur et allèrent pleins de joie annoncer au roi ce présage de victoire. »
Nous ne ferons que citer la cartomancie, à laquelle nous avons consacré un article spécial. Nous ne ferons également que rappeler pour mémoire la coscinomancie , divination qui se pratiquait au moyen d'un crible ; les envoûtements, qui coûtèrent la vie à La Mole, accusé d'avoir percé d'une aiguille une statuette faite à l'image du roi; les présages tirés des éternuments, des rencontres fortuites; l'influence funeste du vendredi et du nombre treize ; la terreur causée au moyen âge par les comètes, les prophéties de Merlin, etc.
Empruntons encore au Dictionnaire infernal quelques croyances superstitieuses trèsrépandues parmi ies classes peu éclairées et qui se traduisent par des espèces d'aphorismes: « Malheureux qui chausse le pied droit le premier, dit le Dictionnaire infernal. — Un couteau donné coupe l'amitié. — Il ne faut pas mettre les couteaux en croix ni marcher sur des fétus croisés. — Les fourchettes croisées sont aussi d'un sinistre présage; il en est de même d'un miroir cassé, d'une salière répandue, d'un pain renversé, d'un tison dérangé. — Certaines gens trempent un balai dans l'eau pour faire pleuvoir. — La cendre de fiente de vache est sacrée chez les Indous; ils s'en mettent tous les matins au front, sur la poitrine et aux deux épaules; ils croient quelle purifie l'âme, et leurs moines en mêlent pendant leur noviciat dans tout ce qu'ils mangent. — Quand une femme est en travail d'enfant, elle accouchera sans douleur si elle met la culotte de son mari. — Pour empêcher que les renards ne viennent manger les poules d'une métairie, il faut faire, dans les environs, une aspersion de bouillon d'andouille le jourdu carnaval. — Les chemises qu'on fait le vendredi attirent les poux. — On nedoifpas manger de choux le jour de Saint-Etienne, parce qu'il s'était caché dans des choux pour éviter le martyre.— Les loups ne peuvent faire aucun mal aux brebis et aux porcs si le berger porte le nom de saint Basile écrit sur un billet et attaché au bout de sa houlette. — On peut boire tant qu'on veut sans crainte de s'enivrer quand on a récité ce vers :
Jupiter his alla sonuit elementer ab Ida. •
Toute croyance et toute pratique religieuses sont mises au nombre des superstitions parles libres penseurs, qui regardent comme fausse toute religion révélée et qui pensent que la vérité seule doit être enseignée au peuple si l'on veut assurer le triomphe des réformes que réclame la raison. Mais beaucoup d'hommes pratiques, aussi incrédulesau fond que les libres penseurs, mais plus disposés à tenir compte des erreurs qui entravent la marche de l'esprit humain, admettent que d'ici à longtemps encore le peuple aura besoin d'une religion et ne songent pas à détruire celle qui existe depuis une longue série de siècles; seulement, ils déplorent la tendance actuelle du clergé à multiplier sans mesure ies fêtes, les cérémonies, les processions, les indulgences et une foule de pratiques ridicules, qu'ils qualifient hautement de superstitions. A leur point de vue, il y a une religion utile, à laquelle ils donneront même, si l'on veut, le nom de sainte ; mais il ne faut pas la confondre avec la superstition, qui en est l'excès et qui ne peut servir qu'à abrutir les esprits.
Après avoir étudié rapidement l'histoire de la superstition et de ses pratiques, il nous reste à examiner par quels moyens la superstition, que les progrès accomplis ont déjà bien amoindrie, pourra être complètement détruite. Trois causes ont fait naître la superstition : les enseignements des prêtres, l'ignorance et la misère des populations. On détruira la superstition en supprimant ces causes. Toutefois, nous écarterons ici le prêtre du débat, parce qu'il faudrait étudier la question de la vérité ou de la fausseté des dogmes, ce qui nous entraînerait trop loin. D'ailleurs, son pouvoir n'est plus absolu ; il ne peut plus conduire les peuples en ies dominant par la crainte. A côté de lui, il y a la science qui explique les mystères auxquels il assignait une origine surnaturelle. Il a abdiqué son pouvoir le jour où il a refusé de s'assimiler les progrès accomplis. L'ignorance est l'ennemi qu'il faut combattre; c'est elle qui pèse de tout son poids sur les peuples et les empêche d'ouvrir leurs yeux à la lumière, leurs cœurs à l'espérance. Autrefois, la superstition a pu être l'alliée du faible; elle l'a enivré de ses rêves doré3; elle l'a transporté sur la montagne et lui a montré, comme au Christ, la richesse et le bonheur. Mais aujourd'hui la science a pris sa place; c'est elle, elle seule, qui peut soutenir l'homme au milieu des épreuves et lui montrer, au sein de la tempête, le port après lequel il aspire. Elle est le levier tout-puissant que demandait Archimède, qui soulève un monde et l'arrache à la fange dans laquelle il croupit. La misère est la troisième cause de la superstition. Il suffit, en effet, de jeter les yeux sur la liste des superstitions que nous avons énumérées
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pour bien comprendre que toutes ces pratiques mystérieuses n'avaient qu'un but : donner au malheureux un peu de ces jouissances que les riches réservaient pour eux seuls. Nous n'étudierons pas ici ce difficile problème; i! nous suffit de poser ce principe, incontestable, croyons-nous : L'humanité ne parviendra à se défaire de toutes ses superstitions que le jour où l'instruction prodiguée à tous rendra l'ignorance impossible. Elle n'arrachera le peuple à ses rêves qu'en lui faisant toucher du doigt la réalité et en résolvant les problèmes sociaux qui ont pour objet d'éloigner de lui autant que possible les maux qu'entraîne la misère.
Superstition (de la), traité religieux et moral de Plutarque. Cet ouvrage, qui offre plus d'une analogie avec le livre De divinatione de Cicéron, met en relief les qualités de l'auteur, son amour excessif pour le bon, le vrai et le beau. La superstition et l'athéisme, dit Plutarque, prennent leur source dans notre ignorance sur la nature de la divinité, ignorance qui se traduit dans ies âmes dures et farouches par l'impiété, dans les esprits faibles par la superstition. L'athéisme est une opinion qui persuade à celui qui le professe qu'il n existe pas d'être immortel, souverainement bon et juste, et l'incrédulité le conduit à l'indifférence. La superstition, au contraire, est une croyance forte et vive, qui trouble l'imagination et imprime dans l'âme une frayeur accablante. L'athée n'a aucun sentiment pour la divinité, le superstitieux en a de faux et de mauvais; le premier ne croit pas à l'existence d'un être bienfaisant, le second croit aveuglément à celle d'un être terrible qui secomplaîcdnnslessupplices. La superstition a souvent occasionné de grands malheurs et elle est plus dangereuse que l'athéisme. Elle fait perdre courage à 1 homme le plus énergique, au point de le rendre timide et presque lâche. On raconte, par exemple, que Tiribase, quand les Perses vinrent pour s'emparer de lui, tira son glaive. Il était fort et courageux et se défendit vaillamment ; mais, lorsqu'il sut que c'était par ordre du roi qu'on l'arrêtait, il se laissa choir sur les mains. La superstition rend mortels les maux les plus légers. Le roi Midas, étant légèrement indisposé, fut si troublé par une vision nocturne, qu'il s'empoisonna. On ne saurait s'imaginer, dit Plutarque, toutes les sottises dont la superstition est capable; ainsi on voit des esprits faibles convaincus que, si l'on mange de certains poissons, Junon vous frappe d'une lèpre qui ronge la partie antérieure des jambes, vous couvre le corps d'ulcères et vous fait tomber le foie en pourriture. L'athée croit volontairement que Dieu n'existe pas; le superstitieux, forcé d'ajouter foi à son existence, voudrait qu'il n'y en eût pas. La superstition est la maladie de l'âme la plus sujette à l'erreur et à la passion. Il faut s'en défendre avec le plus grand soin, mais par voie de raison et non par aveuglement; gardons-nous d'imiter ces gen3 que lu crainte d'un mal fait tomber dans un autre, comme ceux qui, par terreur de la superstition, se précipitent dans l'athéisme, au lieu de s'arrêter au point intermédiaire entre ces deux limites extrêmes, sur le domaine de la véritable religion.
Quelques-unes des opinions contenues dans ce traité, notamment celles qui sont relatives aux déplorables effel3 de la superstition, ne manquent pas de justesse, et les sentiments sont conformes à la morale la plus pure. Plutarque montre partout l'horreur de l'hypocrisie et de l'intolérance. Le style du traité De la superstition est, comme la matière le comporte, simple, sans ornements, clair et précis. Ce n'est pas à dire pour cela que ce livre soit aride; des traits historiques bien amenés, toujours à propos, et pour ainsi dire nécessaires à l'argumentation, jettent de l'agrément dans la monotonie de la dissertation philosophique.
Superstition et science, ouvrage publié
par (Jh. Vogt (Giessen, 1855). Dans ce livre, Vogt détruit d'abord les sophismes et les arguments de ces prétendus philosophes qui s'approprient les idées de Blumenbaeh sur l'anthropologie et n'ont plus d'autre but que d'intervertir les résultats de la science pour les faire concorder avec la Bible. La partie la plus importante de l'ouvrage . celle qui renferme des idées neuves et personnelles, est celle qui traite des races humaines. Vogt, s'appuyant toujours sur des documents authentiques, expose ainsi son système.
L'homme existait déjà à l'époque des formations diluviennes; il est contemporain de l'ours des cavernes et du mammouth. C'est ce qui est prouve jusqu'à l'évidence par l'exploration de Schmerling et Spring dans les cavernes de la Belgique. Les recherches de Schmerling sont résumées dans le manuel de paléontologie de Pictet ; celles de Spring dans le Bulletin de l'Académie de Bruxelles (1853). L'homme n'est donc pas le dernier être créé sur notre globe. La plupart des êtres organiques de cette période ont fait place à d'autres plus récents. Il faut en dire autant des hommes eux-mêmes. Depuis longtemps les races primitives n'existent plus ; elles ont fait place à des races humaines arrivées beaucoup plus tard, mais de beaucoup supérieures. On a dit que la diversité des races humaines a pu se produire par suite d'influences climatériques et par celles de la
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nourriture. Vogt étudie celte grave question. Il compare l'homme aux animaux ; il montre cette diversité immense qu'on trouve dans la race canine, diversité sur laquelle le climat n'a aucune influence. Les unitaires ont prétendu que les siècles, en s'accumulant, ont pu changer la nature humaine; mais ne voyonsnous pas, sur les anciens monuments de l'Egypte, le nègre à côté de l'homme blanc? Puis, si les climats changent le type, comment expliquer cette persistance du type juif répandu partout et toujours le même? La linguistique arrive ensuite et nous montre autant de races primitives que de langues. Après avoir rétorqué tous les arguments de l'école unitaire, Vogt conclut : « Les races humaines à types constants qui, de temps immémorial, ont peuplé toutes les parties de la terre sont des espèces d'origine diverse, qui ont la faculté d'engendrer parle croisement des bâtards féconds. • En terminant, Vogt énonce les grandes idées philosophiques que , ses successeurs ont développées. L'homme s'était créé un monde à rebours, monde que la science doit renverser. Qu'ils se consolent, ceux qui craignent de perdre, avec l'origine unique du genre humain, la base de toute morale I Ce qui fait la supériorité de l'homme, ce n'est pas d'avoir une origine unique, mais de pouvoir arriver par l'union à cette société fraternelle et libre qui est le fruit mûr d'un développement séculaire, i la palme d'un combat héroïque , le prix bien mérité de travaux longs et pénibles. »
Cet ouvrage, plutôt polémique que scientifique, est le plus populaire de ceux de Vogt. Il a été traduit en français par Hess. Le stylo de Vogt est clair et énergique; il a toutes les qualités qui conviennent à un vulgarisateur.
SUPERSTITIOSITÉ s. f. (su-pèr-sti-si-ozi-té — rad. superstitieux). Tendance à la superstition.
SUPERSTRUCTION s. f. (su-pèr-stru-ksion — du préf. super, et du lat. structio, construction). Construction au-dessus du sol.
SUPERSTRUCTURE s. f. (su-pèr-stru-kture — du préf. super, et de structure). Construction inutile : Tout le reste n'est qu'une superstructure inutile à l'édifice. (Voit.) il Vieux mot.
— Constructions élevées au-dessus d'autres constructions.
— Chem. de fer. Ensemble des travaux exécutés par-dessus les terrassements et les ouvrages d'art : La superstructure embrasse tout ce gui renarde l'établissement de la voie proprement dite, c'est-à-dire le ballast et les rails, avec leurs accessoires.
SUPER-SUS s. m. (su-per-su — du préf.
super, et de sus). Ane. mus. Voix de dessus, quand elle était très-aiguë.
SUPERVILLE (Daniel de), théologien et prédicateur protestant, né à Saumur e» 1651, mort à Rotterdam en 1728. Il commença ses études dans sa ville natale et fit de tels progrès que plusieurs fois il put remplacer Drouet, son professeur de philosophie. Ses études philosophiques terminées, Superville, en attendant l'âge réglementaire pour l'étude de la théologie, s'adonna tout entier aux langues savantes. En 1677, il alla à Genève, où il apprit la théologie sous la direction de Tronehin. La mort de son père le rappela à Saumur. Déjà les persécuteurs du protestantisme commençaient leur œuvre brutale. Superville eut l'intention de passer en Angleterre, mais il fut appelé par l'Eglise de Loudun. En 1GS5, on le mit en prison pendant trois mois, dans l'espoir de l'amener à une abjuration; mais Superviile n'était pas de ceux que les jésuites pouvaient convertir par la menace du supplice, à défaut de bonnes raisons. Sur ces entrefaites, l'édit de Nantes fut révoqué. Ayant obtenu un passe-port, Superville passa en Hollande et fut nommé pasteur à Rotterdam, où il resta jusqu'à sa mort, aimé pour ses qualités, honoré pour ses talents. On a de lui : Lettres sur les devoirs de l'Eglise affligée; ces Lettres, au nombre de douze, dont la première paruten 1691, ont été réunies en 1 vol. in-S», devenu très-rare ; les Véritez et tes devoirs de la religion chrétienne ou Catéchisme pour l'instruction de la jeunesse- (Rotterdam, 170G, iii-8°); Sei-mons sur divers textes de l'Ecriture sainte (Rotterdam, 1700, 2 vol. in-12 ; 1702-1705,3 vol. in-8° ; nouv. édit. augm., Rotterdam, 1700-1712, 4 vol. in -8o, etc.). . Supervillu, disent MM. Haag, est connu surtout comme orateur de la chaire. Ses sermons, dont quelques-uns peuvent soutenir, sans trop de désavantage, la comparaison avec ceux de Saurin, se font remarquer par la douceur et l'onction, par un style clair, net, mais un peu diffus. Superviile évite soigneusement < l'appareil du » savoir, ies questions, les recherches inu- » tiles; » cependant il ne traite pas exclusivement des devoirs du chrétien; il ne fuit pas la discussion des questions dogmatiques ; mais quand il les expose, c'est par une suite de raisonnements à la fois ingénieux et profonds, qui charment tout en instruisant; » le Vrai communiant ou Traité de la sainte cène et des moyens d'y bien participer (Rotterdam, 1718, in-80).
SUPERVILLE (Daniel db), médecin hollandais, fils du précédent, né à Rotterdam en 1696, mort à La Haye en 1768. Il étudia d'abord la jurisprudence, puis la médecine et
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prit, en 1718, le grade de docteur à l'université d'Utreeht. Devenu professeur d'anatomie et de chirurgie à Stettin en 1722 et, quatre ans après, |>rofesseur extraordinaire au gymnase, il se lit remarquer et se rendit célèbre par son habileté et 1 étendue de ses connaissances. En 1742, il quitta Stettin pour Baireuth, où venait d'être établi, d après ses plans, un gymnase dont il fut créé curateur et chancelier perpétuel. Mais il avait des ennemis qui lui firent perdre ces emplois. Le margrave le chargea d'une mission a La Haye, et c'est dans cette ville qu'il mourut. 11 a laissé quelques ouvrages de médecine, écrits en allemand et en latin.
SUPEBVOLUTIF, IVE adj. (su-pèr-vo-luliff, i-ve — du préf. super, et du lat. volutus, enroulé). Bot. Qui est enroulé en dessus. Il Pvéfoliation supervolutioe , Celle dans laquelle les feuilles ont un côté enroulé sur lui-même et enveloppé dans l'autre coté.
SUPHIS s. m. (su-fiss). Entora. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la tribu des dytiscides, comprenant deux espèces, qui habitent l'Amérique.
SUPIER s. m. (su-pié). Bot. Nom vulgaire du sureau.
SUPIN s. m. (su-pain — lat. supinnm, même sens). Gramiiu Forme de l'infinitif latin qui tient de celle des noms de la quatrième déclinaison. Il Nom donné par quelques grammairiens français au participa passé précédé du verbe avoir, comme dans il a VU, traduit du bas latin habel visuh, où viswn est réelment un supin. || Supin actif, Supin qui a la forme de l'accusatif, et qui s'emploie dans certains cas où nous employons le présent de l'infinitif actif. || Supin passif, Supin de forme ablative, que nous traduisons par l'inlinitif passif précédé de la préposition à.
SUPINAS (Angelus-Cato), astronome italien du xvo siècle, né à Bénévent. Il cultivait la philosophie, la médecine et l'astronomie à Naples, sous le règne de Ferdinand Ier, et publia un traité sur la comète do janvier U72 (Naples, 1472, 1 vol. in-8°). Deux, autres savants, Georges Arzet et Conrad Thureceniis, ont, comme Supinas, publié le résultat de leurs observations sur cette comète. On a encore de Supinas un ouvrage intitulé : Liber cibalis et medicinalis Pandectarum Jtoberto régi Sicitis inscriptus (Naples, 1474).
SUPINATEUR adj. m. (su-pi-na-teur — du lat. supinalus, couché sur le dos). Anat. Se dit des muscles qui meuvent l'avant-bras et la main en dehors, de manière que la face de la main devienne supérieure.
— s, m. Nom des muscles supinateurs :
Muscle long ou grand supinateur. Muscle pelii ou court supinateur.
— Encycl. Le court supinateur, encore appelé épicondylo-radial, s enroule, d'une part, autour du tiers supérieur du radius, taudis qu'il prend son insertion fixe, d'autre part, b. l'épicondyle, au ligament latéral externe de l'articulation du coude, au ligament annulaire de l'articulation radio-cubitale et au bord externe du cubitus. Grâce à ces insertions, il est dans ses contractions l'agent essentiel de la rotation de dedans eu dehors du radius. Le long supinateur ou huméro-styloïdien appartient à la fois uu bras et à l'avantbras. 11 s'insère supérieurement au bord externe de l'humérus, au-dessous de la gouttière destinée au nerf radial, et en bas à. l'extrémité intérieure du radtus, au-dessus de l'apophyse styloïde. Il est à la fois fiéohisseuc de l'avant-brus sur le bras et légèrement pronateur, en dépit du nom qui lui a été imposé alors qu'on ne connaissait pas bien ses fonctions.
• SUPINATION s. f. (su-pi-na-si-ou — du lat. supinalus, couché sur le dos). Piiysiol. Mouvement que les muscles supinateurs font exécuter à l'avaut-bras et à la main.
— Patbol. Position d'un malade couché sur le dos.
SUFPARUM s. m. (supp-pa-romm — mot lat. formé de sub, sous, et de parure, apprêter, disposer. Etymologie contestée parmi les grammairiens latins. La forme sipharum, que l'on rencontre aussi, rend, en effet, cette interprétation très-douteuse). Antiq. rom. Vêtement des femmes de Rome. Il Petite voile triangulaire.
— Encycl. Le supparum des Romains était une tunique de lin. Festus dit que c'était une tunique intime, et il l'assimile à la subucula (v. ce mot). Varron, au contraire, parle du supparum comme d'un vêtement de dessus et l'oppose à la subucula, vêtement de dessous. Pour démontrer la justesse de son opinion, il dérive le premier mot de supra, dessus, et le second de subtus, dessous. Les passages d'auteurs latins où se trouve employé le mot supparum n'éclaircissent guère la confusion qui résulte de ces deux définitions différentes. Ainsi Lucain montre les matrones qui, les bras nus, couvrent l'extrémité de leurs épaules d'un étroit supparum :
.... Bumeris hsrentia primis Suppara nudatos cimjunt amjusta lacerios. Aftanius a dit aussi ; « Tais- toi; je ne suis pas jeune tille, si je suis revêtue d'un supparum;
Tace; puella non mm, supparo ti induta sum. . Toutefois, sans être fort explicites, ces pas-
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sages paraissent plutôt se rapporter à un vêtement extérieur qu'à un vêtement intime, et les érudits sont en général d'accord pour accepter l'opinion émise par Varron.
Les Romains donnaient aussi le nom de supparum à une voile de navire. C'était, à ce que l'on croit, la plus petite voile dont ils fissent usage. Elle avait une forme triangulaire et ressemblait à un delta grec (4) ; mais elle s'attachait au mat de manière que la partie la plus étroite fût tournée en bas; elle prosentait donc la figure du delta renversé (v). On trouve ces détails dans le scoliaste de Lucain, à propos du passage suivant :
.... Summaque pandens Suppara vclomm, pcriluras colligit auras.
SUPPÉDANÉ s. m. (supp-pé-da-né — du lat. suppedaneum, marchepied, formé de sub, sous, etdepes, pedis, pied). Méd. Cataplasme pour la plante des pieds.
SUFPLANTATEUR, TRICE S. (su-plan-tateur, tri-se — rad. supplanter). Personne qui supplante.
SUPPLANTATION s. f. (su-plan-ta-si-on
— rad. supplanter). Action de supplanter.
SUPPLANTER v. a. ou tr. (su-plan-té — lat. supplantare, proprement renverser par un croc-en-jambe ; de sub, sous, et de planta, plante du pied). Prendre artificieuseincnt la place de : Supplanter un rival. Supplanter ses concurrents. L'ambitieux est toujours prêt, dans la concurrence, d trahir l'un, a supplanter l'autre. (Bourdaloue.).
Pour l'ordinaire un fat supplante unhonnêtc homme.
La Chaussée.
— Etre substitué à : En Sicile, lu langue latine, apportée par les Itomains, finit par supplanter le dialecte dorien introduit par tes Grecs. (A. Maury.)
Se supplanter v. pr. Prendre la place l'un de l'autre : Ils partageaient les bonnes grâces du prince et ne travaillaient qu'à se supplanter. (Acad.) Les amants de la fille du duc s'efforçaient par leurs soins de se supplanter les uns tes autres. (Le Sage.) Les courtisans se supplantent les uns les autres. (Boiste.)
SUPPLANTEUR, EUSE s. (su-p]an-teur, eu-ze). Syn. de supplantateur, trice.
SUPPLÉANCE s. f. (su-plé-an-se — rad.
suppléer). Action de suppléer : Qu'est-ce que la fiction de la patrie adoptive, si ce n'est la suppléance de la paternité sociale ? (Cormen .)
— Fonction de suppléant : Cuvier lui confia les suppléances de ses chaires au Collège de France et au Muséum. (Flourens.) "
SUPPLÉANT, ANTE adj. (su-plé-an, an-te
— rad. suppléer). Qui supplée, qui est chargé de suppléer : Juge suppléant. Professeur suppléant.
— Substantiv. Personne qui supplée, qui est chargée de suppléer : Etre le suppléant de quelqu'un. Donner, nommer un suppléant à quelqu'un. Un juge intégre, impassible ne trouve pas toujours de suppléant. (Hoiste.) Moins vif, moins valeureux, moins beau que le
[chei-al, L'âne est son suppléant, et non pas son rirai.
Delille.
— Encycl. Juge suppléant. V. juge.
SUPPLÉER v. a. ou tr. (su-plé-é — latin supplere, compléter; de sub, prérixe, et de plere, emplir, qui représente exactement le grec pleô, je remplis, et l'armoricain puta , abonder, etc.; de la racine sanscrite pût, réunir, pul, multiplier, liée à la racine par, pur, emplir, d'où pùru, pulu, nombreux, pula, grand; grée polus, nombreux, latin plenus, plein, armoricain pul, abondant, gothique fulls, ancien allemand fol, plein, filu, nombreux, etc.; ancien slave plunu, plein, lithuanien pitnas, même sens). Ajouter quelque chose pour remplacer, pour tenir lieu, jouer le rdle de : Suppléer ce qu'il faut pour compléter 1,000 francs. Certains animaux servent par leur force, comme les bœufs, à suppléer ce qui manque à noire force bornée. (Fén.) || Remplacer, se substituer k : Les gens du monde ont sur la langue parlée un tact que les connaissances ne peuvent suppléer. (Suard.) Les bonnes lois ne peuvent suppléer les bonnes mœurs. (Ch. de Réinusat.) Les expédients de l'empirisme ne peuvent pas suppléer les conditions régulières de la vie. (L. Reybaud.) Quant à l'éducation morale, rien ne peut suppléer dans l'instituteur la volonté de bien faire. (Guizot.) Il Ajouter comme complément : Dans cette phrase : Il est allé à Notre- Dame, il faut suppléer l'égiise de. (Acad.) Freinshemius a suppléé les deux premiers livres de Quinte-Curce et une partie du dernier. (Liiliurpe.)
— Liturg. Suppléer les cérémonies du baptême, Faire à l'église les cérémonies du baptême sur un enfant déjà ondoyé.
— Etre le suppléant, remplir les fonctions de : Suppléer un juge. Si vous ne pouvez venir, je vous suppléerai. (Acad.) Si, pour accoucher, une femme pouvait se faire suppléer par une autre, combien de femmes grosses prétendraient qu'il leur est impossible par elles-mêmes de mettre leur enfant au jour! (E. de Gir.)
— v. n. ou intr. Suppléer à, Fournir ce qui manque à, combler la lacune laissée par : SUPI'LER aux omissions. La valeur SUPPLÉE
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au nombre. (Acad.) Dans tes arts, 'le travail ne peut suppléer au génie. (Acad.) La routine, en beaucoup de choses, supplée à l'esprit. (De Retz.) En certains pays chauds, les rosées sont si abondantes qu'elles suppléent au défaut de la pluie. (Fén.) La nécessité aiguise l'esprit et peut suppléer à l'expérience. (Le Sage.) La bienséance supplée au sentiment. (J.-J. Rouss.) Comme le toucher exercé supplée à la vue, pourquoi ne pourrait-il pas suppléer à l'ouïe jusqu'à un certain point? (J.-J. Rouss.) Chez les peuples policés, les mœurs perfectionnent les lois et quelquefois Y suppléknt. (Duelos.) Le génie, en politique, consiste à supplées aux. vérités par des maximes. (Rivarol.) Le propre du génie est de suppléer 1 l'expérience. (Mme G uizot.) La prowptilude de l'esprit français supplée à. l'expérience des siècles. (Cbateaub.) L'amour supplée aux longs souvenirs par une sorte de magie. (B. Const.) L'esprit naturel ne supplée jamais k ce que les homr.ies apprennent de leurs mères. (Balz.) Toute loi qui défend de mendier doit offrir le moyen de suppléer À cette ressource. (De Mekiii.) Le moyeu de suppléer à la beauté du corps, c'est d'avoir la beauté de l'âme. (Belouino.) La perspicacité chez les femmes est très-grande ; elle supplée a leur manque de jugement. (St-Omèr.)'
Se suppléer v. pr. Etre, pouvoir être suppléé : La sollicitude maternelle ne se supplée point. (J.-J. Rouss.) La religion, le bon sens et la vertu ne peuvent, en aucun cas, se suppléer. (Ch. Nod.)
— Se remplacer mutuellement : Se suppléer tour à tour.
— Se compléter soi-même : A Borne, te sénat ne se suppléait pas lui-même ; les sénateurs étaient nommés par les censeurs. (Montesq.)
SUPPLÉMENT s. m. (su-plé-man — lat.
supptementum; de supplere, suppléer). Ce qui supplée, ce qui s'ajoute pour suppléer à un manque : Donner a quelqu'un une somme d'argent pour supplément, pour supplément de partage. Il Ce qui est donné en sus, ce qui s'ajoute par surcroit : Un supplément de solde. Demander un supplément dans un restaurant à prix fixe.
— Ce qu'on ajoute à un livre pour le compléter : Supplément de Tite-Liue par Freinshemius, de Tacite par Brotier. Publier un supplément à l'ouvrage de quelqu'un.
— Feuille ou feuillet qu'on ajoute à un journal, quand son étendue ordinaire n'est pas suffisante pour contenir tout ce que l'on veut y publier.
— Complément, addition naturelle ou nécessaire : On fait de l'orgueil le supplément du mérite. (Mass.) La modestie est le supplément de la beauté. (Mm(: de Lambert.) On bon gouvernement est le supplément de ta morale des hommes. (Ferrand.) Le mépris est un supplément que nous ajoutons à l'insuffisance de nos lois pénales. (Alibert.) L'imprimerie n'est qu'un supplément de lu parole. (B. Const.) La bonté vient comme un supplément aux plaisirs quand ils nous manquent, et bientôt on ta trouve meilleure que les plaisirs. (Azaïs.) La politesse est le supplément des vertus qu'on n'a pas. (De Meilhan.)
— Gramm. Un ou plusieurs mots qu'il faut ajouter pour avoir la plénitude du sens dans une phrase elliptique : Il y a certaines ellipses dont il est difficile de donner le supplément. (Acad.)
— Théâtre. Nom donné aux billets délivrés par des buralistes placés dans l'intérieur d'une salle de spectacle, et que prennent ceux qui veulent échanger leur place contre une place d'un prix plus élevé. Il bureau de supplément, Bureau où l'on délivre les suppléments.
— Géom. Arc qu'il faut ajouter à un autre arc pour faire un demi-cercle. Il Angle qu'il faut ajouter à un autre angle pour faire deux angles droits.
— Syn. Supplément, complément. V. COM- PLÉMENT.
— Encycl. Le supplément peut être fait par l'auteur même de l'ouvrage, soit dans le but de donner des explications jugées nécessaires, de fournir au lecteur des éclaircissements et des pièces justificatives, soit pour réparer des omissions, soit encore pour ajouter des choses survenues dans le cours de la publication du livre. Ce dernier cas se présente surtout pour les ouvrages historiques, biographiques, bibliographiques et encyclopédiques.
Quelquefois le supplément est fait par des écrivains postérieurs à l'œuvre dont il s'agit et dans le but de combler des lacunes laissées par les auteurs ou produites par les outrages du temps. Parmi lus suppléments de ce genre, il en est de particulièrement célèbres; ce sont les suppléments de Jean Freinsheinius, savant philologue allemand du xviie siècle, aux. histoires de Tite-Live et de Quinte-Curce. Il eut l'idée de combler les lacunes qui existaient dans les manuscrits de ces deux historiens et mit dans son travail une rare sagacité, unie à une connaissance approfondie de la langue latine et surtout ues auteurs dont il prenait la place. Ses Suppléments d Tite-Live sont de beaucoup supérieurs à ceux qui ont Quinte-Curce pour objet. On les estime justement comme une œuvre hors ligne, et Itollin a dit que Freinshemius avait ru. issi
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à consoler le public de la perte des passages disparus de l'ouvrage original, autant que cela élait possible. La première partie du travail de Frein.shemius sur Tite-Live parut à Stockholm en 1649, avec une épltre dédicatoire à la reine Christine de Suède. L'édition donnée, du vivant de l'auteur, à Strasbourg contient soixante livres; il en restait après sa mort trente-cinq entre les mains de ses héritiers; Doujaten fit l'acquisition et les mit au jour. L'édition de Tite-Live publiée par J. Le Clerc à Amsterdam, en 1710 (10 vol. in-8°), contient tous les suppléments de Freinshfinius. Un érudit français du xvme siècle, Gabriel Brotier, a fait, de son côté, des Suppléments à Tacite, qui ont aussi de la réputation. Il les publia pour la première fois dix ans avant ti'ètre reçu à l'Académie des inscriptions, dans son édition de Tacite (Paris, 1771, 4 vol. in-40).
On donne aussi le nom de supplément à une ou plusieurs feuilles que les journaux ou les recueils périodiques publient en sus de leur texte habituel. Le plus souvent, les suppléments des journaux français sont consacrés aux comptes rendus des Chambres et à l'insertion des actes officiels..
SUPPLÉMENTAIRE adj. (su-plé-man-tè-re — rad. supplément). Qui sert de supplément, qui s'ajoute comme supplément ; Articles supplémentaires. Crédit supplémentaire.
— Jurés supplémentaires, Ceux que l'on désigne pour suppléer les jurés malades ou absents.
— Géom. Angles supplémentaires, Angles qui sont le supplément l'un de l'autre, c'està dire dont la somme vaut deux angles droits.
Il Arcs supplémentaires, Arcs qui sont le supplément l'un de l'autre, c'est-à-dire dont la somme vaut un demi-cercle. Il Trièdre supplémentaire, Trièdre formé par les plans qu'on détermine en menant, par un point, des perpendiculaires aux faces d'un autre trièdre. Il Cordes supplémentaires, .Cordes de l'ellipse menées d'un même point aux extrémités opposées d'un même diamètre.
— s. f. Géom. Supplémentaire d'une courbe, Syn. de conjuguée.
— Encycl. Géom. Deux angles qui ont les côtés parallèles ou perpendiculaires sont égaux ou supplémentaires. Les angles opposés d'un quadrilatère inscriptible sont supplémentaires.
On nomme trièdre supplémentaire d'un autre celui qu'on forme en abaissant d'un point do l'intérieur du premier des perpendiculaires sur ses trois faces. Les faces du trièdre supplémentaire d'un autre sont perpendiculaires aux arêtes de cet autre ; par conséquent, celui-ci est supplémentaire du premier. Les faces d'un trièdre sont supplémentaires des angles dièdres du trièdre supplémentaire. La construction d'un trièdre revientàcqlle deson supplémentaire ; c'est pourquoi le nombre des cas que présente la construction d'un trièdre se réduit à trois.
Le général Ponceîet nommait supplémentaires d'une courbe les courbes que nous avons appelées ses conjuguées. L'illustre géomètre ne dit pas l<ss supplémentaires d'une courbe ; il dit la supplémentaire, parce que la conjuguée qu'il considère est chaque fois la courbe qui supplée la courbe réelle, eu égard uu problème dont il est question. Les supplémentaires des courbes du second degré étaient faciles à définir géométriquement, et le général Ponceîet en a eu la notion nette; mnis las supplémentaires des courbes de degrés supérieurs n'ont, dans ses ouvrages, qu'une existence de raison, parce qu'il ne s'est jamais proposé de les définir algébriquement, ni avisé de les trouver en construisant les solutions imaginaires de l'équation de la courbe réelle.
Au reste, le général Ponceîet no se sert jamais de la supplémentaire d'une courbe que pour construire, par rapport a cette courbe, Je problème proposé généralisé. Il se sert pour cela des propriétés eonrtues de la supplémentaire étudiée directement, comme courbe réelle distincte ; l'analogie préalablement établie des propriétés des deux courbes sert à, effectuer le passage. Jamais le général Ponceîet n'a essayé de soumettre au calcul l'étude de la courbe supplémentaire en opérant sur l'équation de la courbe réelle. Pour lui, comme pour les géomètres anciens, m\e équation à coefficients imaginaires manqua de sens et elle ne représente pas de supplémentaires parce qu'elle ne représente pas de courbe réelle.
SUPPLÉMENTAIREMENT adv. (su-pléman-tè-re-man — rad. supplémentaire). D'une manière supplémentaire.
SUPl'LENBOUltU, ancien château et comté de l'Allemagne du Nord, dans la Saxe, entre les comtés de Brunswick et de Sommersenburg. Il fut la propriété de l'empereur Lothaire II avant son avènement à l'empire, puis devint une commauderia de templiers en 1130 et passa ensuite aux hospitaliers da Saint- Jean -de -Jérusalem.
SUPPLÉTIF, IVE adj. (su-plé-tiff, i-ve — du lat. supptetus, suppléé). Gramm. Se dit des mots dont le rôle est d'achever l'idée qua le mot principal ne peut exprimer seul, et qui, par conséquent, suppléent à ce qui lui manque pour rendre le sens complet,
SUPPLiroiRE adj. (su-pléUoi-re — da
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!at, suppletus, suppléé). Jurispr. Se dit d'un serment déféré d'office par le juge à une des parjies, pour suppléer a l'insuffisance des preuY»s.
SUPPLIANT, ANTE adj. (su-pli-an, an-te — rad. supplier). Qui supplie :
A. cet aspect, vers lui nos mains sont étendues, Du peuple suppliant le cri perce les nues.
PlRON.
— Qui annonce, qui exprime la prière, la supplication : Posture suppliante, Visage suppliant. Discours suppliants. Paroles suppliantes. Aben-Hamet avait garde' le silence, mais ses regards suppliants parlaient au défaut de sa bouche. (Chateaub.)
— Substantiv. Personne qui adresse des supplications : Posture de suppliant. Air, mine de juppliant. Les Françaises sont comme tes rois, elles n'accordent à leurs suppliants que des faveurs malintentionnées, celles qui doivent leur faire perdre infnilhblement leur dignité et leur empire. (Mme E. de Gir.)
Il faut d'un suppliant emprunter le visage,,
Bac i ni:
— Personne qui présente une requête : Le suppliant expose très-humblement qu'il est dans une position digne de pitié. Le suppliant continuera ses prières à Dieu pour votre santé et prospérité. (Acad.) Il Cette acception a vieilli-, on dit aujourd'hui requérant, ante, au palais, et pétitionnaire dans les administrations.
Suppliante* (les), tragédie d'Eschyle; représentée vers l'an 461 av. J.-C. Cette pièce est la plus simple de toutes celles que nous » laissées Eschyle. Cette simplicité d'action, qui' fait plutôt ressembler tes Suppliâmes à un hymne dramatique en l'honneur de l'hospitalité qu'à une véritable tragédie, s'explique naturellement, lorsqu'on t.ait qu'Eschyle avait composé une trilogie intitulée les l)anaïdes et que les Suppliantes formaient le milieu de cette trilogie. ■ Or, dans les pièces du milieu des trilogies d'Eschyle, observe fort judicieusement Otfried Millier, l'action est comme suspendue; on semble s'arrêter ù la contemplation de tous les maux qu'engendre la lutte non encore apaisée de prétentions et d'aspirations opposées, i Voici le sujet. Les cinquante tilles de Danaûs, pour ne pas épouser les fils d'Kgyptus, leur oncle, quittent l'Egypte avec leur vieux père et se réfugient dans l'Argolide. C'était de là qu'elles tiraient leur origine, par la nymphe So, mère de leur » ".e- Pélasgus, le roi des Pélasges, écoute 1 >stoire de leur famille, assemble son peuple «t. leur fait accorder l'hospitalité. Un héraut égyptien arrive, envoyé par les fils d'Egyptus, qui ont suivi la trace des fugitives; il menace les Argiens de la guerre s'ils ne rendent les filles 3e Danaûs. Pélasgus répond courageusement au héraut, et le vieillard, avec ses filles, est honorablement reçu dans la ville.
Celte idée de jeunes filles timides, pleines d'angoisses, fuyant des prétendants furieux, développée d'une façon lyrique avec toute la spontanéité et la chaleur d'une action vraie, est évidemment le point principal pour Eschyle, C'est d'ailleurs le charme de leurs chants qui a sauvé la pièce. Toutefois, l'action même de la réception des Danaïdes, prise eu elle-même, avait aussi beaucoup d'importance dans la pensée d'Eschyle; elle devait lui sembler plus faite pour former le sujet d'une tragédie qu'elle ne l'aurait été pour Sophocle et pour Euripide. Ce qui manque do portée morale à cette action, l'intérêt historique le remplace à ses yeux. « Eschyle, dit Otfried Millier, est encore tout entier au point de vue qui considère les légendes nationales des Grecs, non comme de gracieuses inventions, mais comme des témoignages de la puissance divine qui gouverne les destinées de la Grèce. Un événement tel que la réception des Danaïdes à Argos, d'où dépend la naissance de la race des Peiséides et des Héraclides, est, à ses yeux, le grand ouvrage des desseins de Zens ; montrer ces desseins dans toutes les choses humaines, voili pour lui la plus haute mission du poste tragique. «
La pièce est, en outre, politique. La guerre venait d'être commencée contre l'Egypte ; on imagine l'effet de pensées comme celles-ci : « Le fruit du papyrus ne l'emportera pas sur la force du grain de blé. Dans Argos se trouvent des -hommes qui ne boivent pas du prétendu vin d'Egypte, fait avec de l'orge. ■ Le peuple acclamait ces sarcasmes patriotiques contre l'ennemi.
L'originalité des Suppliantes consiste dans le rôle que le poëte fuit jouer au chœur composé des cinquante jeunes filles. C'est le principal personnage de la pièce, le héros de la tragédie. L'ensemble de la composition n'offre qu'une ode, pour ainsi dire, en action, dont le motif se renouvelle de temps en temps par divers incidents que font naître des récits animés.
< Cette ode qui, dit M. Patin, exprime successivement les espérances des Dauaïdes réfugiées à Argos, les prières ou plutôt la réclamation qu'en qualité d'Argiennes d'origine, opprimées et suppliantes, elles adressent au roi Pélasgus; leur reconnaissance quand on leur a prorais asile et protection, leur terreur, leur désespoir au moment où elles vont retomber aux mains de leurs ennemis, enfin les sentiments confus da joie et d'inquiétude qu'elles éprouvent après leur
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délivrance, cette ode dramatique, tragique, offre une abondance de mouvements et d'images vraiment merveilleuse et qui supplée à l'indigence de l'action. Quant au tour singulièrement énergique, audacieux, sublime et quelquefois plein de grâce de cette poésie si forte, on ne peut s'en fuira une idée qu'en lisant la pièce. ■
Suppliantes (les), tragédie d'Euripide ; représentée vers l'an 424 av. J.-C. Cette pièce, dont le sujet est tout différent de celui qu'Eschyle a traité, présente une grande action politique exposée d'une façon très-complète, à la manière des historiens, avec une grande pompe de discours et de récits patriotiques. Les Suppliantes font suite aux Phéniciennes ; tout le drame s'agite autour des funérailles des héros argiens, des sept chefs tombés sous les mursdeïhèbes. Leurs mères, ne pouvant obtenir la restitution de leurs corps, auxquels elles veulent donner la sépulture, viennent implorer l'intervention de Thésée, roi d'Athènes. Elles s'adressent d'abord à sa mère Ethra, qu'elles rencontrent a Eleusis, où elle offrait un sacrifice à Cérès. Ces mères suppliantes, qui, avec leurs suivantes et les enfants des guerriers argiens, composent le chœur, ont fourni le titre de la pièce. Thésée se rend à leurs prières et réclame les cadavres des chefs restés sans sépulture. Sur le refus des Thébains, il marche contre eux à la tête d'une armée, et, à la suite d'une éclatante victoire, il rapporte ces corps, auxquels il fait rendre les devoirs funèbres. Evadné, veuve de Capanée, l'un des sept chefs, accourt en habits de fête se précipiter sur le bûcher de son époux. Pour ne pas laisser le spectateur sous cette triste impression, le poëte termine sa pièce par la signature d'un traité d'alliance entre Argos et Athènes, sous les auspices de Minerve.
On voit qu'il s'agit dans les Suppliantes de la religion des tombeaux, sujet familier aux tragiques grecs. Thésée se pose en défenseur de la religion violée, et le poëte profite de ce cadre heureux pour représenter sa patrie comme la gardienne vigilante et redoutable des lois divines et humaines.
Outre le caractère religieux répandu sur toute cette tragédie, elle avait encore uu autre caractère par lequel elle ne devait pus moins attacher le public ; c'était une pièce essentiellement politique. Il est fort probable qu'eu la composant I auteur avait en vue la querelle des Athéniens avec les Béotiens après la bataille, de Délium, alors que ces derniers ne voulurent pas leur livrer leurs morts. 11 voulait encore taire ressortir l'ingratitude des Argiens envers les Athéniens, leurs bienfaiteurs. La fin de la pièce devait produire un grand effet sur les spectateurs; Minerve, au dénoûment, vient recommander à Thésée d'exiger des Argiens, avant de leur rendre les cendres de leurs chefs, le serment de rie jamais porter les armes contre Athènes et de venir à son secours Si d'autres ennemis l'attaquaient. « Si, au mépris de leur serment, ajoute-t-elle , ils marchaient contre cette ville, appelle la malédiction et la ruine sur le pays des Argiens. ■
11 serait superflu d'insister sur l'intérêt pa triotique que devait offrir le sujet, traité de ce point de vue. On rencontre d'ailleurs à chaque instant des allusions politiques soit sur le gouvernement des Athéniens, soit sur les événements contemporains, ce qui a fait dire à Un commentateur : « Cette pièce est un éloge public d'Athènes. »
Les Suppliantes présentent d'autres béantes toutes particulières, surtout dans les chœurs. Le lieu de la scène, qui est placé au sanctuaire d'Eleusis, dont les sept mères entourent l'autel en suppliantes, donne un fond imposant à tout le drame. La crémation des corps, qu'on voit sur la scène, les urnes avec les ossements qu'apportent les sept fils des héros tombés forment des spectacles d'un grand effet, et le sacrifice d'Evadné se précipitant dans le bûcher de son époux dut agir sur le public avec toute la puissance de la surprise et de la terreur. On sent qu'Euripide a eu recours dans cette pièce à tout ce qui pouvait rendre la représentation brillante et frapper vivement les sens. Euripide est le vrai poôte de la douleur; aussi s'est-il mon-, tré pathétique au plus haut degré dans les* Suppliantes.
Stace, dans le dernier livre de sa Thébaïde, a fait de nombreux emprunts à cette tragédie ; mais il n'a pas toujours réussi à reproduire la liberté de mouvements, l'élévation des idées et la chaleur du style qui font des Suppliantes, en dépit des fautes qui les déparent, un chef-d'œuvre dramatique.
SUPPLICATION s. f. (su-pli-ka-si-on — lat. supplicatio; de supplicare, supplier). Prière faite avec instance et soumission : Très-humble supplication. Faire une supplication, des supplications. En venir aux supplications. A la joie et à l'abondance succèdent souvent la terreur et la détresse, et aux pompes du triomphe tes supplications de la captivité. (Virey.)
— s. f. pi. Antiq. rom. Prières publiques que lô sénat ordonnait en diverses occasions importantes^ qui étaient accompagnées de cérémonies dont la forme était déterminée par la religion.
— Hist. Remontrances que le parlement faisait de vive voix au roi en certaines occasions.
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— Encycl. Antiq. rom. On distinguait deux sortes de supplications : les supplications publiques et les supplications particulières. Les premières seules ont de l'intérêt. Elles se faisaient dans certaines occasions solennelles, lorsque, par exemple, un fléau, la peste ou la famine, désolait Rome, ou après une victoire inespérée. Les généraux, après leur élection ou lors de leur entrée en campagne, avaient l'habitude de faire faire des supplications publiques pour se rendre les dieux favorables.
Les jours de ces swppitcnîions étaient solennels ; on les marquait par des sacrifices, des prières et des festins ; leur durée n'était pas limitée ; le sénat décrétait de un à cinquante jours de supplications, pendant lesquels toutes les affaires étaient suspendues. Dans les supplications, on faisait quelquefois des processions comparables à celles des catholiques et qui avaient même tant de rapport avec elles, qu'on peut dire que les nôtres sont empruntées de celles des païens.
Vers J a fin de la république, on abusa de ces cérémonies et elles perdirent une partie deleurprestige ; ainsi, le sénatdécrétaquinze jours de supplications au nom de Jules César, pour remercier les dieux de ses victoires sur les Gaulois ; puis il en décréta cinquante en faveur de D. Brutus , vainqueur de Marc-Antoine. Cieéron, après avoir étouffé la conjuration de Catilina, fit également décréter plusieurs jours do supplications.
SUPPLICATOIRE adj. (su-pli-ka-toi-re — du lat. supplicare, supptier). Qui a le caractère de la supplication : Prière sdpplicatoire.
SUPPLICE s. m. (su-pli-se — lat. supplicium, proprement l'action de plier les membres, la torture ; desuft, sous, et de plectere, fdier). Grave punition corporelle ordonnée par a justice : Supplice de la roue, du gibet, du fouet, de la marque, du corcan. Supplice de la croix. Supplice des parricides. Faire souffrir à quelqu'un les plus cruels supplicks, tes plus Aorrïo f es supplicks. Le supPLiced'u« rot change l'esprit d'une nation pour jamais. (Didei.) Jadis on envoyait au supplice dus sorciers' qui, s'ils l'avaient été, ne se seraient certainement pas laissé griller. (De Ségur.) Là où. les supplices les plus cruels ont existé, les crimes les plus atroces se sont manifestés. (Faustin Hélie.) Il y a des âmes fortes et des âmes désespérées qui bravent les supplices. (Lamenn.) En 1855, le supplice du chevalet a été remis en vigueur, à Home, par le doux cardinal Antonelti. (E. About.) Parmi les supplices roturiers, la roue me paraît l'emporter sur la vulgaire pendaison. (Th. Gaut.) Les supplices détruisent des hommes, ils ne changent ni les intérêts ni les sentiments des peuples. (Guizot.) L'univers est rempli de peines et de supplicks très-justes, dont les exécuteurs sunt très-coupables. (Sainte-Beuve.) Un scélérat endurci rit de l'opprobre attaché au supplice. (L. Blanc.)
La honte est dans le oriice'et non dans les supplices.
Voltaire.
— Douleur physique : La gravelle, la goutte est un supplice, un supplice cruel. La salle de l'opérateur est le théâtre obscur d'un supplick douloureux dont l'effet est problématique. (Ph. Chasles.)
— Peine cruelle, violente douleur : L'avarice, l'ambition, l'envie ont leurs supplices. (Acad.) Le cœur, en changeant de passion, ne fait que changer de sufplick. (Mass.) La honte de soi-même est le plus grand supplice' de l'humanité. (Mmo d Epinay.) Les plus
'grands écrivains se sont exercés à décrire l'inévitable supplice des remords. (J.deMaistre.) La conscience a des joies qui nous ravissent au ciel et des supplices qui nous précipitent aux enfers. (A. Martin.) Le supplice du remords est un des phénomènes les plus extraordinaires de la conscience. (Alibert.) C'est un supplice de conserver intact son être intellectuel, emprisonné dans une enveloppe matérielle usée. (Chateaub.) Le désœuvrement est ^.supplice des âmes vides. (Lamart.)
O femme, étrange objet de joie et de supplice.
Mystérieux autel, où, dans le sacrifiée.
On entend tour a tour blasphémer et prier 1
A, de Musset.
II Grand ennui, forte contrariété : En voyant sa gaucherie, j'étais au supplice. (Acad.) Je suis au. supplice quand il faut que je l'entende. (Acad.) Avec ses ennuyeux discours, il me met au supplice. (Acad.) Dans tous les beaux-arts, c'est un supplice assez fâcheux que de se produire à des sots. (Mol.)
— Dernier supplice, Peine de mort, ainsi dite parce qu'elle couronnait souvent une série de tortures.
— Supplices éternels, Peines de l'enfer : Qui vous dira qu'une justice infinie ne s'exerce pas à la fin par un supplice infini et éternel I (Boss.)
— Supplice de Tantale, Chose vivement désirée et qu'on croit toujours obtenir, mais qui échappe toujours : Pour (es uns, l'Académie c'est le supplice de Tantale ; pour les autres, c'est le numéro qui sort à la loterie. (T. Delord.) V. Tantale.
— Encycl. La cruauté humaine est malheureusement fort ingénieuse ; on n'en finirait pas si l'on voulait exposer toutes les inventions que l'homme a créées en vue de torturer sou semblable. Nous voulons esquisser seulement le tableau des supplices que, dans
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les divers pays et les divers temps, le législateur a adoptés et appliqués pour la défense, vraie ou prétendue, de l'ordre social. Ces supplices peuvent se réduire à un petit nombre de types: parmi les supplices mortels, la décapitation ou la décollation, la noyade, l'étouffement, le brùlement, le crucifiement, le pal, la suspension ou pendaison, l'écartètement, le précipice, l'enterrementdu condamné tout vif,' la lapidation, la roue; comme supplices purement affliciifs, l'emprisonnement, l'exposition, la mutilation, la flagellation et les diverses sortes de torture. Ce qui frappe d'abord dans l'étude des supplices, c'est, l'arbitraire effrayant qui règue nonseulement dans leur application, mais encore dans leur attribution, à tel ou tel crime, et cela jusqu'aux temps modernes, jusqu'en 1789. Dans l'antiquité, par exemple, on voit chez un même peuple des hommes coupables du même crime condamnés à périr, les uns par l'eau, les autres par le feu, ceux ci par la hache, ceux-là par le bâton. Voilà pour l'atj tribution. Quant aux détails de l'exécution, | dans chaque supplice, il n'y a rien de fixe, rien de nettement déterminé. Le juge on les bourreaux peuvent toujours ajouter aux tortures, les aggraver. On verra plus loin qito chez les Romains la peine de la flagellation, appliquée d'une certaine manière par les exécuteurs, pouvait devenir un supplice capital, de supplice affiietif qu'il était dans l'intention du juge. La pénalité chez tous les peuples, au lieu d'être basée sur une théorie rationnelle de la culpabilité et graduée sur les degrés mêmes de celle-ci, n'était que Vefï.;t non raisonné de ce ressentiment instinctif qu'un l'homme éprouve à l'aspect du crime. On y remarque un esprit de cruauté, un besoin de vengeance qui étouffe tout sentiment d'humanité et de pitié. Régulièrement et légalement, la peine de mort n'était exécutée, uh«z les Hébreux, que de deux manières différentes, à. savoir; 1° par i'épée, avec laquelle le criminel était, non pas décapité, comme chez les Kgyp'iens (Ge- Hè.se,XXXX, *tx) et chez les Juifs lors de la domination romaine, mais frappé et percé ; 2" parla lapidation. L'application de ces peines était encore rendue plus ignominieuse par les outrages qu'on faisait subir au cadavre; on le brûlait (Lèvilique, XX, xiv ; XXI, ix ; Genèse, XXX, xxiv), on le suspendait à un arbre ou on l'exposait attaché à un poteau (ûeHt«'ro«ome,XXt,xxn; Nombres, XXV, iv; II, Samuel, iv, 12); on le jetait sous un tas do pierres; (II, Samuel, xvm,7). Cette couttimu est usitée encore aujourd hui en Ori<;nt (Jahn, Archéologie, II, n. 353). Les talmudistes parlent, dans la Mischna, de deux autres peines de mort, qui consistaient k étrangler le criminel ou à lui verser du plomb fondu dans la bouche. Toutes les exécutions décrétées étaient accomplies dans le plus bref délai (I, Samuel, xxii, 16). Ouire ces peines légales, il existait d'jtutres supplices d'origine évidemment étrangère, mais assez fréquemment employés par les Hébreux : par exemple, on sciait le pati.nt vivant (II, Samuel, xu, 31); on le coupait par morceaux, supplice appelé par les Grecs dichotomie et existant depuis longtemps chez les Babylomsns[Daniel, II, v; III. xxix), chez les Per;es et les Egyptiens, à, ce que nous apprend Hérodote ; on le précipitait du haut d'un rocher, comme chez les Athéniens et les Romains (II, Chroniques, xxv, 12 ; Psaumes, 141, 6) ; on l'assommait, on le mettait eu croix. On retrouve dans la Bible d'autres genres de mort appliqués accidentellement : le erim'nel était brûla vif dans un four, coutume qui, au temps de Chardin, existait encore en Perse (Daniel, III); on le jetait dansune fosse remplie de lions ou d'autres animaux féroces {Daniel, VI) ; on noyait aussi quelquefois le condamné (Exode, I, xxit).
Ptirmi les peines corporelles n'entraînant pas la mort et décrétées dans des cas moins graves, une des plus fréquemment usitées était la bastonnade, qui était donnée en présence même du juge et ns devait jamais dépasser quarante coups (Deutéronome, XXV, il; I, Rois, xu, 11,14 ; II, Chroniques, x, il, 14). On se servait aussi de la flagellation, qu'on appliquait au moyen d'une lanière de cuir armée de nœuds. Souvent aussi, par suite la loi du talion, le délinquant était condamné k perdre un œil, un bras, une main le nez,uneoreille,etc. Cesmutilationsétuient bien connues des Egyptiens, qui coupaient le membre ayant servi à perpétrer le crime, et des anciens Perses. L'Orient moderne nous en aoffertsouvent des exemples; ainsi Chardin nous apprend qu'en Perse on aveugle un prince qui pourrait devenir un dangereux rival, au moyen d'une pointe d'argent ou de cuivre rougio au feu.
Les supplices, chez les Egyptiens et les Perses, étaient à peu près les mêmes que chez les Hébreux ; il faut y ajouter l'écorchement et l'écartèleinent. Cambyse fit écoreher un juge prévaricateur et ordonna que la peau recouvrirait le siège sur lequel le magistrat s'asseyait pour rendre la justice. Le martyre de saint Barthélémy, si souvent reproduit pur les peintres, a vulgarisé la manière dont s'effectuait an supplice atroce; si le patient y survivait, on le plongeaitdansunecuved'eau bouillante. L'écartèleinent se pratiquait chez les Perses au moyen de deux arbres rapprochés de force k l'aide de cordes et de machines et aux branches desquels le patient
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était nttaché par les pieds et par les mains ; les branches, en se redressant, emportaient chacune une moitié du corps.
Entre les supplices usités parmi les diverses nations, ceux qui avaient cours chez les anciens Perses sont marqués d'un caractère de cruauté ingénieuse qui fait frémir. Voici d'abord le supplice de la cendre. On remplissait de cendre, jusqu'à une certaine élévation, une grande tour. Du haut de cette tour, on jetait le criminel, la tête la première ; puis, avec une roue, on remuait cette cendre autour de lui, jusqu'à ce qu'elle l'étouffât. Pour le supplice de l'auge, on enfermait le patient entre deux auges de pierre ou de bois aussi justes que possible, en laissant seulement sortir sa tête ; on lui enduisait le visage de lait et de miel, puis on l'exposait au grand soleil, et son visage était lentement dévoré par les mouches, pur toutes sortes d'insectes. En outre, comme on le faisait manger de force, il lâchait ses excréments dans son auge. Les verset la pourriture finissaientparluironger le bas du corps. Les empereurs romains Macrin et Maxence ne faisaient donc, en somme, que copier les Perses quand ils condamnaient un homme à être enfermé jusqu'au cou dans le ventre d'un animal mort, cheval ou bœuf, ou âne, et exposé ainsi au grand soleil. C'était toujours ia mort par la pourriture, comme dans l'auge persane. Un autre supplice usité en Perso consistait à arracher les cheveux du condamné et à lui verser ensuite de la cendre brûlante sur le crâne.
Ce supplice était aussi en vigueur à Athènes: on en punissait ordinairement le crime d'adultère. Un autre supplice, emprunté aux Carthaginois, consistait à enfermer le patient dans une boite hérissée à l'intérieur de clous et de laines tranchantes ; le malheureux ne pouvait faire un mouvement sans se blesser de la façon la plus cruelle et mourait au milieu des tortures.
Un des supplices les plus anciens est celui de la croix ; il était usité chez les Perses, chez les Carthaginois et chez les Romains ; il ne fut aboli à Rome que sous Constantin.
■ L'atrocité particulière du supplice de la croix, dit M. E. Renan, était quon pouvait vivre trois ou quatre jours dans cet horrible état sur l'escabeau de douleur. L'hémorragie des mains s'auètait vite et n'était pas mortelle. La vraie cause de la mort était la position contre nature du corps, laquelle entraînait un trouble affreux dansla circulation, de terribles maux de tète et de cœur, et enfin la rigidité des membres. Les crucifiés de forte complexion ne mouraient que de faim. L'idée mère de ce cruel supplice n'était pas de tuer directement le condamné par des lésions déterminées, mais d'exposer l'esclave par les mains, dont il n'avait pas su faire bon usage, et de le laisser pourrir sur le bois. » La décollation avait lieu, à Rome, par le moyen d'une hache. C'est ainsi que furent suppliciés, par ordre de leur père, les enfants du premier Brutus, accusés de conspiration contre la république. Comme, avant d'être décollé, le patient était généralement battu de verges, les licteurs, qui étaient chargés desexécutions, portaient avec la hache un faisceau de verges. Dans les tableaux, on représente ordinairement la hache sortant du faisceau qui entoure et cache son manche. En Orient, c'est avec un sabra ou une épée tranchante que la décapitation paraît avoir été et être encore exécuiée le plus habituellement. En Occident, durant le moyen âge, la hache était employée dans certains pays, l'épée ou le sabre dans d'autres. En France, en Allemagne, on se servait d'epées droites, larges et pesantes, connues sous te nom d'épées ou de glaives de justice. On en voit encore dans les musées de très-ornées et Irès-belies. Certains exécuteurs , armés de ce glaive, tranchaient le cou d'un homme avec une sûreté et une dextérité extraordinaires. Le maréchal de Biron, exécuté sous Henri IV, était debout et parlait au peuple en se démenantquand, d'un seul coup et à l'improviste, le bourreau lui rit voler la* tète. Le chevalier de La Barre fut aussi décapité debout et d'un coup si tranchant, que la tête, dit-on, resta un instant sur le cou après eu avoir été séparée par le fer. On lit sur ce sujet des chansons et l'on ne rougit pas d'ajouter au fait brutal des circonstances cruellement plaisantes : «Frappe, aurait dit le chevalier au bourreau. — Monsieur, c'est fait, aurait répondu l'autre, vous n'avez qu'à vous secouer; » et, en effet, La Barre «'étant secoué, la tète et le corps seraient tombés l'un d'un côté, l'autre de l'autre. Aujourd'hui, chacun sait qu'en France la décollation a lieu à l'aide de la guillotine, imitation d'un instrument de supplice usité en Italie dès le xve siècle,, la mawiaia.
La pendaison, ou suspension par le cou, paraît n'avoir été que fort peu usitée dans l'antiquité ; on suspendait plus souvent les patients parles mains, par les pieds, par le milieu du corps; c'était alors une peine afllictiye et non capitale ; quand on voulait donner la mort, on pendait le coupable en engageant sa tête dans les deux bras d'une fourche, ce qui devait être plus long et plus douloureux que la pendaison moderne. Les fourches patilmlaires furent très- employées an moyen âge par les seigneurs hauts justiciers. Jusquen 1789, la pendaison opérée au moyen d'une corde a été en France, en Angleterre, en Allemagne le mode le plus ordi-
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naire d'exécuter les condamnés à mort, et elle est aujourd'hui le seul mode usité en Angleterre et aux Etats-Unis. Certains effets d'une apparence erotique , qui se produisent sur lès pendus, suivant une opinion très-accréditée, ont donné naissance à une foule de brocards et de mauvaises plaisanteries. En Angleterre, en suivant cette idée que les supplices sont faits pour servir d'exemple et que plus les coupables restent au gibet, mieux cela vaut, on en est arrivé à goudronner les pendus, pour les préserver des détériorations. La pendaison n'étant en usage que dans les pays d'Europe et aux Etats- Unis, c'est-à-dire chez les peuples les plus avancés, on a pu inventer l'histoire suivante : « Un homme, après avoir été ballotté par la tempête sur un navire, échoue sur un rivage désert; il ne sait où il est, il ne sait où la mer l'a jeté ; en faisant quelques pas dans l'intérieur des terres, tout à coup il découvre une potence: «Dieu soit loué I s'écrie-t-ii • avec des larmes dans la voix, je suis dans » un pays civilisé 1 »
Rapprochons de ce dernier supplice celui qui e^t usité en Espagne et qui est, comme la pendaison, une des variétés de !a strangulation. Dans ce pays, la strangulation a lieu au moyen de la garrotte. Ce qu'est la garrotte, on va le voir par ce court récit emprunté à un voyageur (Tour du monde, t. VI, p. £98) : • On fit monter le condamné sur un échafaud très-élevé, au milieu duquel était placé un escabeau de bois surmonté, en guise de dossier, d'un poteau assez élevé ; l'exécuteur, simplement vêtu de noir et portant la veste courte comme les ouvriers des villes, fit asseoir le condamné et fixa solidement ses bras et son corps au poteau, puis il lui lia également les mains et lui passa autour du cou un collier de fer qui traversait deux rainures pratiquées dans le poteau et venait, à la partie opposée, aboutir à une vis ; cette vis, mise en mouvement par une tige ou manivelle en fer, attire fortement le collier, et la strangulation a lieu immédiatement. •
Le pal est un supplice à peu près abandonné aujourd'hui ; il a été longtemps en usage eu Egypte, en Turquie, au Maroc, à Alger, avant la conquête française, et en Russie jusqu'au xviiiû siècle. Il consiste à asseoir le patient sur un pieu plus ou moins aigu qui lui traverse peu à peu tout le corps et à le laisser ainsi mourir. C'est le supplice quesubitau Caire l'assassin du général Kléber; de plus, on lui brûla la main droite.
Les Romains, parmi leurs peines légales, eurent le supplice de la précipitation. Les Spartiates, dit-on, lançaient dans les gouffres du mont Taygète les enfants contrefaits; le roi juif Amasias fit, selon les Purulipomènes, sauter du haut d'un rocher 10,000 prisonniers iduméens ; mais ces faits, et d'autres encore qu'on pourrait relever dans l'histoire de la haute antiquité, n'eurent aucun caractère légal. Chez les Romains, la précipitation était un supplice régulier. On ne sait pas bien k quels crimes ils l'appliquaient plus particulièrement; il semble que ce fut surtout aux crimes politiques. Le lieu consacré pour ce supplice était une éminence située sur le mont Capitolin, éminence escarpée, haute de 100 pieds environ , donnant sur une vallée pierreuse. La roche Turpeienne, c'était le nom da cette éminence, est bien connue dans le monde littéraire; on peut même dire qu'on en a un peu abusé, avant et surtout depuis Mirabeau. ■ Je savais bien, dit un jour le fameux tribun, que le Capitole était près de la roche Tarpèienne.» Le seul exemple cependant de précipitation resté célèbre dans les annales romaines est le supplice de Marcus Manlius j aussi roche Tarpéienne et Manlius sont-ils deux souvenirs qu'on ne sépare pas ordinairement, et le mot de Mirabeau renferme précisément une allusion à la destinée de Manlius.
Les Romains, comme les Perses, écarlelaient souvent par le moyen d'arbres couchés auxquels on attachait les patients et qui se redressaient ; mais ils connurent aussi i'écartè» lement qui consiste à tirer le patient à quatre chevaux. Tullus Hostilius, suivant Tite-Live, eondamna Mcttius Suffetius, dictateur, à être tiré à quatre chevaux, pour crime de haute trahison. Dans l'ancienne France, on réservait presque exclusivement ce supplice à ceux qui avaient attenté contre la personne des rots. Ravaillac, Damiens furent ainsi exécutés. A l'écartèleinent, on ajoutait encore habituellement d'autres horreurs. Ainsi Damiens, qui attenta à la vie de Louis XV, eut d'abord le corps déchiré avec des tenailles rougies au feu, et dans les plaies ainsi produites on versa du vitriol et d'autres substances corrosives.
Chez plusieurs nations barbares, on faisait souvent périr les condamnés en les enterrant tout vifs. Les Goths enterraient vifs les pédérastes. Les anciennes lois anglaises avaient adopté la même punition pour ce crime. En Orient, en Perse, on enterre les criminels condamnés à mort dans une fosse garnie de plâtre. Les Péruviens condamnaient à ce supplice les vierges chargées de garder le feu sacré et qui avaient manqué à leur vœu de chasteté. Dans certains endroits de la côte de Coromandel, les prêtres forcent les épouses à suivre leurs maris au tombeau; on les enterre vivantes et chaque spectateur les " couvre par pitié d'un panier de sable. Les sauvages du Darien et de la Nouvelle-Grenade enterrent les enfants à la mamelle avec
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leur mère. A l'époque de la révolte des strélitz, le czar Pierre le Grand fit infliger ce supplice à deux femmes. A Rome, les vestales qui laissaient éteindre le feu sacré ou qui manquaient à leur voeu de chasteté étaient enterrées vives. C'est sous le règne de Tarquin l'Ancien que ce supplice eut lieu pour la première fois. Au reste, ces exécutions ne furent pas aussi fréquentes qu'on pourrait se l'imaginer. En France, sous Pépin et ses premiers successeurs, des juifs furent enterrés tout vivants. On trouve dans notre histoire quelques exemples de ce supplice. Le prévôt de Paris fut ainsi enterré par ordre de Philippe-Auguste, pour avoir juré faussement qu'il avait acheté une certaine vigne. Une chronique de Louis XI nous apprend qu'en 1160 la nommée Perrette Maugé fut condamnée à ce genre de supplice, par un arrêt confirmatif d'une sentence rendue contre elle par le prévôt de Paris, pour avoir commis plusieurs larcins et recels; elle fut enterrée toute vive devant le gibet de Paria que l'on appelait le gibet de Montigny. On retrouve encore ce supplice mentionné dans l'article 131 de l'ordonnance Caroline, en Allemagne. Aujourd'hui, il n'est plus usité que chez quelques peuplades sauvages de l'Afrique et de l'Océauie.
Le supplice de la roue était usité chez les Romains ; il le fut chez les peuples modernes, au moins chez les Allemands et les Français jusqu'à la Révolution française. Chez les Romains, la roue semble avoir été différente de celle qui fonctionna dans les temps modernes. C'était, paraîtrait-il, une variété de la croix. On étendait où on courbait le patient sur une grande roue; dans cette position, ses membres se distendaient péniblementet toutes les fonctions étaient horriblement troublées. Il mourait de ce trouble, ou de la faim, ou de quelque rupture de vaisseaux. Voici maintenant comment on appliquait la peine de la roue en France. • La peine de la roue, dit un jurisconsulte du xvmo siècle, s'exécute sur un échafaud dressé en place publique, où, après avoir attaché le condamné à deux morceaux de bois disposés en sautoir en forme de croix de Saint-André, l'exécuteur de la haute justice lui décharge plusieurs coups de barre de fer sur les bras, les cuisses, les jambes et la poitrine; après quoi il le met sur une petite roue de carros.se soutenue en l'air sur un poteau. Le criminel a les mains et les jambes derrière le dos, la face tournée vers le ciel pour y expirer dans cet état. » Cette peine était réservée au parricide, au meurtre sur les grands chemins et à quelques autres crimes.
Pour donner une idée juste du degré d'atrocité que peut atteindre le genre de mort infligé à' l'homme par ses semblables, nous citerons un passage de Grégoire de l'ours : « Je ne crois pas, dit cet auteur en parlant d'un clerc qui avait été condamné pour faux témoignage, qu'aucune chose inanimée, aucun métal eût pu résister à tous les coups dont fut meurtri ce pauvre malheureux. Depuis la troisième heure du jour jusqu'à la neuvième, il resta suspendu à un arbre, par les mains liées derrière le dos. A la neuvième heure, on le détacha et on l'étendit sur un chevalet où il fut frappé de bâtons, de verges et de courroies doubles, et cela, non-seulement par un ou deux hommes, mais, tant qu'il en pouvait approcher de ses misérables membres, tous se mettaient à l'oeuvre et frappaient : Nam nul /a res, nullum metallum tailla verbera potuit sustinere, sicut hic miserrimus. Cœdebatur fustibus, virgis ac loris duplicibus, et non uno vel duobus, sed quoi accedere circa miseras potuissent artus, tôt essores erant. » (Grég. de Tours, Hist., liv. V, p. 263, 261.)
D'autres supplices n'avaient pas pour but de donner la mort au condamné, mais de lui enlever l'intégrité de ses membres et de le réduire, pour le reste de ses jours, à l'état d'un être incomplet, qui fait horreur à ses ■ semblables. Tel était le supplice de la mutilation, qui se subdivisait en un grand nombre de genres. L'aveuglement ou privation des yeux s'effectuait à l'aide soit d'un fer rouge, soit d'un brasier ardent qu'on passait devant les yeux ds la victime jusqu'à ce qu'ils fussent cuits, soit d'une pointe d acier qu'on enfonçait dans l'organe visuel, soit d'une tenaille spéciale et coupante à l'aide da laquelle le bourreau opérait la brusque extraction de l'organe.
On arrachait la langue à l'aide d'une tenaille d'une autre espèce, à branches plates et piquantes. Louis IX avait, dit-on, inventé lui-même en outre contre les blasphémateurs uu fer rond et large qui, rougi au feu, était appliqué exactement sur les lèvres des coupables. Quelquefois, notamment sous François Ier, on perçait la langue des blasphémateurs ou des hérétiques et on l'attachait à la joue à l'aide d'une cheville de fer.
L'essorillement (privation des oreilles) punissait d'ordinaire les vols domestiques. Quant à l'opération, elle s'effectuait à l'aide d'un couteau ou canif finement affilé.
L'extraction des dents à l'aide de tenailles grossières fut aussi pendant longtemps un supplice en usage, notamment au moyen âge, contre les juifs. Les Polonais châliaient de la sorte les malheureux convaincus d'avoir mangé des viandes en carênie. Louis XI lit subir ce traitement non moins cruel qu'odieux aux enfants innocents de Jacques de
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Nemours, peu de temps après l'exécution de Ce dernier.
Enfin, les mutilations encore en usage à ces époques barbares consistaient dans Celles des poignets et des pieds. Frédégonde fit subir ce dernier supplice, renouvelé du lit de Procuste, au prêtre envoyé par elle auprès de Brunehaut pour l'assassiner et qui avait échoué dans sa criminelle expédition.
On sait que jusqu en 1832 les parricides, avant de subir la peine capitale, avaient le poigne droit tranché par le bourreau. Le condamné, agenouillé, étendait la main sur un billot haut de 1 pied environ, et la bourreau accomplissait ce premier office à l'aide d'une hachette ou d'un couperet.
Le tenaillement ardent s'effectuait à l'aide de tenailles rougies au feu et dont le bourreau se servait pour arracher la chair des cuisses, des mamelles, des bras et des fesses. D'ordinaire le bourreau versait ensuite dans les plaies béantes produites par le tenaillement soit du soufre fondu, soit de l'huile, soit de la cire bouillante.
Après cette nomenclature funèbre, on com prendra que nous nous bornions à mentionner seulement pour mémoire la marque qui flétrit jusqu'en 1832 les condamnés au bagne. Cetto marque, qui consista d'abord en une fleur de lis, puis dans tin V (vol), puis dans les trois lettres G A L (galères), puis dans les deux lettres T F (travaux forcés), s'appliquait d'ordinaire sur l'épaule du patient a 1 aide d'un fer rouge.
Chez presque tous les peuples et dans presque tous les temps, le régime militaire, à cause du besoin impérieux de discipline qui le caractérise, a eu son système particulier de supplices. Chez nous, par exemple, nul n'ignore que la peine de mort pour un militaire consiste, non dans la décapitation, mais dans la fusillade. Jusqu'en 1789, les corrections manuelles, Ja bastonnade ou la flagellation, ont été en usage, pour les délits, dans l'armée de terre ; elles se sont perpétuées dans l'armée navale jusqu'en 1648. La plupart des nations européennes, l'Angleterre, la Russie, l'Autriche, conservent encore des restes de cette pénalité avilissante et barbare. Dans les armées romaines, la désertion était punie de mort, mais le supplice différait selon qu'il s'agissait d'un Romain ou d'un étranger auxiliaire. Le soldat romain était crucifié ; l'étranger, après avoir subi la mutilation du poing, était décapité ou exposé dans le cirque aux bêtes féroces. Quand un corps de troupe s'était conduit lâchement, le général, suivant la gravité du cas, le centésimait, vigésimait ou décimait, c'est-à-dire que, faisant tirer au sort les soldats coupables, il condamnait chaque centième, vingtième ou dixième à être battu de verges, puis décapité. Les Historiens signalent des exemples ou la décimation fut étendue à toute une armée (Cicéron, Pro Cluentio, 46). La désobéissance était punie par la décapitation ; le vol, par la mutilation du poing droit et par la bastonnade. Dans ce dernier cas un tribun, prenant un bâton, faisait mine d exécuter la sentence, mais il en touchait seulement Je coupable, et c'était en réalité les légionnaires qui, fondant sur le malheureux à coups de bâtons et de pierres, appliquaient la peine; il en résultait un arbitraire fâcheux, car souvent le soldat ainsi malmené perdait la vie, quoiqu'il n'eût pas été condamné à mort. Il y avait d'autres peines usitées, mais elles ne rentrent pas dans la catégorie des supplices.
En Sibérie, lorsqu'un forçat s'évade pour la première fois, il est Condamné à recevoir de 60 à 80 coups de plet ; s'il récidive, le nombre peut être porté k 100, et à la troisième évasion la peine est de 2,0ûn à 3,000 coups <lo clipiisrouti et on l'attache à la brouette. Il est rare qu'un homme soit encore vivant au centième coup de plet et on ne supporte guère plus de 3,000 coups de chpitsrouti, qui sont appliqués ainsi : Les bras du condamné sont croisés et attachés à la crosse de deux carabines liées en croix. Deux sous-officiers prennent les carabines par le canon et tirent derrière eux le patient, qu'ils conduisent entre deux rangs de soldats armés de baguettes ; si l'homme tombe, on le relève et, lorsqu'il ne peut plus aller, après l'avoir étendu sur un banc, les soldats défilent jusqu'à ce qu'il ait reçu le nombre de coups réglementaires. S'il a été condamné à recevoir les chpitsroutis, sans le secours du médecin, qu'il meure ou non, on frappe le cadavre jusqu'à ce que le dernier coup ait retenti, sinon le médecin est là pour voir s'il peut en supporter davantage ; en ce cas, après sa guénson, ou continue jusqu'à ce qu'il ait son compte.
Aux termes de la loi russe, personne n'est exempt des peines corporelles, ni les femmes, ni les vieillards, ni les estropiés. Lorsqu'il s'agit de la brouette, le supplicié est attaché par la ceinture à une chaîne qui est rivée aux bras d'une brouette; il ne peut pas faire un mouvement, il ne peut aller nulle part sans sa brouette ; c'est un supplice horrible. Il n'y a pas vin^t ans, certains prisonniers étaient enchaînés à la muraille, de façon à être courbés et sans pouvoir se relever.
— Supplices mythologiques. Promèthée, ppur avoir empiété sur le pouvoir des dieux eu créant l'homme, selon certaines traditions, et, suivant d'autres, en dérobant la flamme du soleil pour rendra aux hommes l'usage du feu que Jupiter leur avait ôté, Piomelliôu
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fut enchaîné par Jupiter sur le Caucase; un vautour ou un aigle lui rongeait le foie, qui, par un miracle cruel, renaissait sans cesse, Il fut enfin délivré par Hercule. Le Supplice de Pi'ométhée, bienfaiteur des hommes, rival des dieux, qu'il brave au milieu de ses tortures, a fourni à Eschyle le sujet de sa plus telle tragédie. I)epuis lui, Prométhée a été souvent invoqué comme le type du génie civilisateur et persécuté, Tantale, roi de Sipyle, en Phrygie, visité par les dieux, osa leur servir les membres de son propre fils Pélops, afin d'éprouver, dit-on, leur science. Jupiter le condamna à être sans cesse en proie dans les enfers à une faim et à une .'loif éternelles, cruellement avivées parles circonstances dans lesquelles avait lieu son supplice : il était plongé dans l'eau jusqu'à la la bouche; mais, dès qu'il voulait boire, l'eau reculait sous sa lèvre; des branches chargées de fruits tombaient sur son front, mais se relevaient dès qu'il tendait Va main pour les saisir. Le supplice de Tantale est passé en proverbe pour exprimer l'état de celui qui voit autour de lui certains biens qui excitent sa convoitise et dont il ne" peut pas jouir. Les Danaïtles, filles de Danaiis, roi d'Argos (au nombre de cinquante), pour avoir massacré leurs maris la première nuit de leurs noces, furent précipitées par Jupiter dans le Tartare, où elles étaient condamnées à remplir éternellement un tonneau sans fond. Ixion, roi des Lapithes, fit périr par surprise Deionée, son beau-père. Réfugié à la cour de Jupiter, il essaya de séduire Junon. Précipité aux. enfers, il fut lié sur une roue qui tournait sans cesse.
— Supplices historiques. L'histoire ancienne fait mention de quelques supplices particuliers qui fournissent souvent à la conversation ou à la littérature des allusions ou desmétaphores. Ainsi, tout le monde a entendu citer le taureau de Phalavis, tyran d'Agrigente (6G0 av. J.-G.) On connaît le nom de ' l'artiste qui inventa le taureau de Phuluris; il s'appelait Peryllus. Son invention, du rente, n'avait rien d'ingénieux ni de difficile : c'était un bœuf d'airain, qui s'ouvrait comme une boîte, et dans lequel on introduisait le patient; puis on mettaitdu feu sous le bœuf. Les cris de l'homme renfermé la-dedans ressemblaient à un mugissement confus. Peryllus fut, dit-on, le premier à qui le tyran fit faire l'épreuve de son bœuf.
Le lit de Procuste. Procuste, brigand; de l'Attiqua, que Thésée mit à mort, étendait ses victimes sur un lit de fer, faisait couper les jambes qui dépassaient ie fond du lit et allonger, en les disloquant, Celles qui n'y atteignaient pas.
Le gril de saint Laurent est également bien connu. On sait qu'il fut, suivant la tradition, étendu sur un gril aveu du feu dessous, et de temps à autre ses bourreaux, le retournaient. Ce n'est pas le seul martyr qui ait souffert ee supplice, s'il faut en croire les martyrologes.
Voici une autre catégorie de supplices qui ne fournissent pas moins à la conversation que les précédents. Sociate, accusé de répandre parmi les jeunes gens des doctrines immorales, fut condamné à s'empoisonner en buvant de la ciguë, l'an 400 av. J.-C. Régulus, général et consul rormiin, après avoir défait plusieurs fois les Carthaginois, fait prisonnier par eux, puis renvoyé à Rome avec mission impérative de conseiller à ses concitoyens rechange des prisonniers que Cartilage trouvait avantageux, en dissuida au contraire le sénat, revint se constituer prisonnier et fut, dit-on, enfermé et roulé dans un tonneau hérissé de clous qui le mirent en pièces : récit historique fort douteux (250 environ av. J.-C). Sénèque le Philosophe, devenu suspect à l'empereur Néron et accusé de conspiration, reçut l'ordre do se donner la mort. 11 s'ouvrit les veines dans un bain (65 av. J.-C).
Brunehaut, reine d'Austrasie, célèbre patson inimitié et sa lutte avec Frédégonde, reine de Neustrie, ayant été faite prisonnière par Cloiaire II, fils de Frédégonde, fut, p;ir ordre de ce roi, attachée par les cheveux à la queue d'un cheval indompté (613 après J.-C).
Marguerite de Bourgogne, femme de Louis le llutin, couvainoue d'adultère, ainsi que sa sœur, Blanche de La Marche, fut enfermée au Château-Gaillard, puis, par ordre de son mari, étranglée avec ses propres cheveux, à ce qu'on dit. Ses débauches et sa fin tragique ont fourni le sujet d'un drame bien connu, la Tour de Nesle (1315).
Enguevraïul de Marigny, premier ministre de Philippe le Bel, fut accusé de dilapidation sous le règne du successeur de Philippe, Louis le Hulin, et fut pendu au gibet de Monfaucon, qu'il venait lui-même de faire construire.
Guillaume Gaillet, chef de la Jacquerie, révolte de paysans qui éclata dans le nord de la France en 1358, et qu'on appelait le roi des Jacques, tomba aux mains du roi de Navarre qui, par une allusion cruelle à son titre de roi, le lit couronner d'un trépied de fer rouge.
Mariuo Faltero, doge de Venise, insulté dans son honneur de mari par un gentihornme nommé Sténo, dont il ne put tirer une satisfaction suffisante, jura de se venger sur
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tous les patriciens de Venise. Il conspira, afin de les faire massacrer par le peuple. Découvert, il eut la tête tranchée au pied de l'escalier de son propre palais (17 avril 1355). Cette aventure est le sujet de deux drames, l'un de Byron. l'autre de Casimir Delavigne. Jeanne Darc fut brûlée à Rouen en mai 1431. V,, pour d'autres supplices célèbres, les articles du Dictionnaire relati fs à Charles 1er, Louis XVI, Marie Stuaht, Jeanne Grey, La Chalotais, Montmorency, la Brinvilliers, au duc d'Enghikn, à Vanini, Jordano Bruno, Malagrida, au baron de Trenck, à Silvio Pellico, IsaIe, etc.
— Instruments de supplice conservés à la Tour de Londres. Ils jouissent d'une renommée lugubre. Ces instruments, que l'on peut voir encore a l'arsenal ou musée d'armes {armory) de la reine Elisabeth, dans la vieille Tour de sanglante mémoire, sont au nombre de quatre. Ce sont : un billot, une hache de bourreau, un collier de fer de torture et une cravate, instrument de fer qui entravait à la fois la tête, les mains et les pieds. Le billot est celui sur lequel furent décapités, dans la Tour de Londres, sous le règne de George II, les lords Balmerinq, Kilmarnock et Lovât, les deux premiers le 18 août 1746, le troisième le 20 avril 1747; ces trois seigneurs étaient des partisans du vaincu de Cuîloden (16 avril 1746). Charles-Edouard, fils aîné du prétendant Jacques. Lord Lovât n'avait que vingtquatre ans. La hache de bourreau est celle qui servit, en 1601, sous le règne d'Elisabeth, à l'exécution du comte d'Essex.âgé de trentequatre ans. Quant au collier de fer de torture, il n'eut pas, que l'on sache du moins, d'emploi en Angleterre; il venait des Espagnols, à qui il avait été pris en 1588. Enfin, la cravate, cet instrument de fer qui entravait à la fois la tête, les mains et les pieds, n'a pas de légende ; on ne sait si elle a servi, ce qui est cependant fort présumable. On l'appelait aussi, paraît-il, du nom de celui qui l'avait inventée, la fille de Skeffington ou encore la fille du boueur (scarenger). On trouvera la description de beaucoup d'autres instruments de supplice aux mots cangue, carcan, estrapade, fouet, inquisition, pal, pilori, etc.
— Iconogr. Les divers supplices sont des sujets trop pittoresques et trop émouvants pour n'avoir pas été souvent traités par les artistes. Nous commencerons par le Supplice des crochets, peint par Decamps. La scène se passe dans la Turquie d'Asie ; au second plan se dresse la muraille extérieure d'une ville, du haut de laquelle les exécuteurs précipitent les condamnés; l'un de ceux-ci est déjà suspendu aux crochets, et son corps se balance contre le rempart qui est vivement éclairé par le soleil ; sur le devant du tableau, la foule, terrifiée, re poussée par les janissaires, contemple avec la stupidité ou la résignation orientale cette exécution horrible; quelques parents ou amis de la victime se lamentent et se désespèrent.
Cette composition, qui a paru au Salon de 1839, est une des plus expressives que l'on doive à Decamps. • Au premier abord, dit M. Ch. Clément, son aspect n'est pas agréable ; elle est peinte dans des tons rouges, durs et heurtés, qui n'ont rien de séduisant. Mais l'excellent sentiment du dessin, l'énergie des expressions, le saisissement que cause cette scène d'horreur rachètent bien ces imperfections. »
Un vigoureux tableau de M. Ribot, le Supplée des coins, a été exposé au Salon de 1867 et gravé à l'eau-forte par M. Palémont. Robert -Fleury a représenté avec succès différentes scènes de l'inquisition. Un de ses meilleurs tableaux en ce genre est YAutoda-fé, auquel nous avons consacré un article spécial. Un autre, représentant le Supplice des brodequins, offre des têtes d'inquisiteurs d'un caractère expressif, mais d'une exécution un peu tendue. M. Alfred Dehodencq a peint le Supplice des voleurs au Maroc (Salon de 1867); M. Claessens, le Supplice d'un juge prévaricateur (1831). Une mélancolique coinposition de M. Diaz, intitulée le Supplice, a paru à la vente Dugléré en 1853. M. Marioton a exposé au Salon de 1874 un groupe représentant le Supplice d'un ser/ au ixe siècle: un malheureux lié à un banc de bois et rongé par un vautour. Cela rappelle tout à fait le Supplice de Prométhée, sujet si fréquemment retracé par les artistes de l'antiquité et des temps modernes (v. Prométhée). La mythologie nous offre encore le Supplice deMorsyas, qui a inspiré une non moins grande quantité, d'œuvres d'art; nous en avons décrit ou cité quelque-unes aux mots Afollon et Marsyas. Une des plus récentes et assurément une des plus remarquables fait partie des peintures exécutées par M. Paul Baudry pour la décoration du foyer de l'Opéra. Sous ce titre : le Supplice de Tantale, M. Joseph Stevens a exposé au Salon de 1850 une spirituelle composition, dont le héros est un chien.
Les supplices historiques ne sont que trop innombrables. Sans parler des martyrs chrétiens, qui ont fourni à eux seuls matière à des milliers de tableaux, nous mentionnerons le Supplice de Régulus et te Supplice de Polycrate, que Sulvator Rosa a retracés en deux eaux-fones ; le Supplice des fils de firuius, le chef-d'œuvre du peintre Lethière (au Louvre) ; le Supplice de Brunehaut, qui a été peint par L. 'i'abar fSalon de 1853), P. de
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Coninck (Salon de 1864), Henri Le Socq (Salon de 1866), Toudouze (Salon de 1S69), etc., et qui a inspiré un groupe colossal, du caractère le plus fantastique, à M. R. Princeteau (Salon de f875) ; le Supplice des juifs à Strasbourg en 1349, tableau de M. Eugène Beyer (Salon de 1857); le Supplice de Jane Grey, ' par Paul Delaroche; le Supplice d'une uestale, un des premiers ouvrages de M. Baudry (musée du Luxembourg) ; V Exécution sans jugement sous les rois maures de Grenade, la dernière grande peinture qu'ait exécutée Henri Reirnault (musée du Luxembourg), etc. Th. Gautier a fait de ce dernier ouvrage une description dont on nous saura gré de citer les lignes suivantes : « Sur les marches de marbre blanc du palais des califes a roulé une tète séparée du corps par les dernières convulsions et se présentant en raccourci. Auprès du cadavre, quelques degrés plus haut, se tient l'exécuteur essuyant la lame de son sabre et jetant de haut, sur la victime, un regard indéfinissable, à la fois dédaigneux et mélancolique, d'une férocité douce et rêveuse et empreint du fatalisme oriental : c'était écrit 1 Nulle colère, nulle indignation. La rage impuissante, la haine furieuse se lisent, au contraire, dans le regard que la tête coupée renvoie à ia tète vivante. La bouche se tort convulsivement, les traits se contractent d'une façon hideuse... Le corps du supplicié a glissé sur les marches et ses bras renversés cachent à demi le moignon du col, d'où le sang jaillit et se répand en flaques rouges sur lu blancheur du marbre. »
Jacques Callot a gravé une planche connue sous ce nom : les Supplices. Sur une grande place entourée de maisons et en présence d'une multitude de curieux, divers condamnés subissent la torture ou reçoivent la mort. Le puissant bronze de l'artiste a représenté avec une terrifiante variété et une abondance formidable de détails tous les modes, tous les procédés, tous les instruments de supplice inventés par la justice de son temps. La curiosité frémit en faisant cette revue patibulaire; l'œil s'effare au fourmillement de ces engins et de ces outils d'extermination. Ce ne»sont partout que bûchers, échelles, billots, fouets, fers rouges, chevalets, claies, croix, roues, glaives, haches et potences. Et tout cela est en exercice, tout cela manœuvre et fonctionne. Ces abominables machines, comme si elles étaient animées, se meuvent, se dressent, grincent et crient. Les décollations, les pendaisons, les estrapades, les écartèlements donnent le frisson au regard ; car il semble, suivant le mot de M. Frédéric Thomas, « qu'il vous entre par la vue quelque chose des supplices par lesquels on fait & tous ces patients acheter la mort. » Sous le rapport de l'exécution, cette estampe est une des meilleures de Callot. Dans le haut sont écrits les mots : Suppticium sceleri frxnum; dans le bas, on lit huit vers français. Les bonnes épreuves se reconnaissent a ce qu'on voit une tour carrée qui s'élève vers le milieu ; au-dessus des maisons est une petite statue do la Vierge, placée à l'angle d'une maison.
Supplice d'une fcmiuo (le), comédie en trois actes et eu prose, de MM. E. de Girardin et Alex. Dumas .fils (Théâtre-Français, 30 avril 1865). C'est une œuvre qui aurait suffi à établir la réputation d'un auteur dramatique ; elle fit beaucoup de bruit en sou temps, grâce au différend qui s'éleva entre les deux, i-ollaborateurs. M. Emile de Girardin en avait eu l'idée, et même il avait écrit la pièce d'un bout à l'autre, mais non telle qu'elle a été représentée, et ie succès qu'elle obtint ne fut pour lui que l'occasion d'une excentricité nouvelle. On avait beaucoup parlé de cette pièce. Six mois uvant la représentation on en connaissait le sujet et les péripéties. Le Théâtre-Français l'avait reçue avec enthousiasme; mais lorqu'il fallut répéter et mettre en scène, tant de réclamations s'élevèrent, on demanda à M. Emile de Girardin de si minutieuses retouches, qu'il ne voulut pas astreindre son génie à ces infimes détails. M. Alexandre Dumas fils se chargea volontiers, en ami, de ce soin, ainsi que du travail des répétitions. Mais qu'advint-il? Eu véritable artiste mis en présence d'une idée originale, d'une donnée puissante, d'une situation éminemment dramatique, il s'éprit du sujet trouvé par M. de Girardin, et, en le creusant, il trouva que l'émiuent publieiste, plus habitué au journal qu'à la scène, avait encombré son œuvre de dissertations et d'analyses psychologiques. Il essaya de couper, d'élaguer : impossible. « L'œuvre était trop confuse, trop dense, trop compacte, a-t-il dit; comme à Hereulanum, impossible de retrouver ia ville sous la lave. Mieux valait en bâtir une nouvelle à côté. > C'est ce qu'il fit. i Etait-il un sujet, a--t-il dit encore, qui demandât plus de concision, plus de rapidité, plus d'adresse que celui du Supplice d'une femme? Fallait- il procéder autrement que par le mouvement, le fait et les larmes? Le temps de reprendre haleine, le public était révolte; un entr'acte d'un quart d'heure qui permit de réfléchir, la pièce était perdue. Le spectateur devait subir ce draine comme un accès de fièvre, sans le prévoir; en sentir la vérité dans les pulsations de son cœur, et n'eu connaître le danger qu'après, c'est-a-dire trop tard, i
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Entre les idées dramatiques de M. Dumas fils et celles de M. de Girardin, il n'y a pas a hésiter. Cependant celui-ci se fâcha. Au lieu de remercier cordialement son collaborateur d'un triomphe si bien préparé et de lui dire: Part à deux! il intima l'ordre à M. Régnier d'annoncer au public enthousiaste que l'auteur désirait garder l'anonyme. De tout cela, il reste une œuvre assez forte pour faire son chemin dans le monde dramatique sans avoir besoin d'être avouée par son père. Mais l'un et l'autre, M. Emile de Girardin et M. Dumas fils, ont te droit de l'insérer dans leurs œuvres complètes, car si le premier a trouvé le filon, le second a su tirer l'or de la mina.
Voici le saisissant sujet de cette comédie, Dumont, un riche banquier, rentre chez lui et apporte une poupée à sa fille Jeanne, dont c'est la fête. Un instant après, Alvarez, l'associé de Dumont et le parrain de Jeanne, arrive également porteur d'une poupée, plus grande et plus belle que celle du père. Mais Jeanne est une adorable petite fille, et elle se montre encore plus joyeuse du cadeau de son père que de celui d'Alvarez. Resté seul avec Jeanne, celui-ci se trahit bientôt puises questions et ses caresses à Jeanne, et, sous l'affection du parrain, on ne tarde pas à reconnaître la teiidressé du père. En effet, Jeanne est sa tille. Depuis sept ans il est l'amant de Mme Dumont; mais depuis bien longtemps déjà il sait qu'il n'est plus aimé et que sa maîtresse le subit dans la crainte du scandale, criminelle rivée à son remords vivant. Alvarez a sauvé Dumoutde la ruine en lui prêtant plusieurs millions, et c'est dans un élan «le reconnaissance, pris sans raison pour de l'amour, que Mathilde s'est laissé séduire. Mais elle n'a jamais cessé d'aimer son mari, et depuis sept ans son amour pour lui a grandi de toute l'horreur que lui inspira son amant, son bourreau, qui tient entre ses mains sa vie ou sa mort. Pour comble de douleur, elle sait, à n'en pas douter, que Jeanne est le produit do l'adultère, et malgré elle, malgré toute la tendresse qu'elle voudrait lui prodiguer, elle ne peut s'empêcher de reporter sur elle un peu de l'aversion qu'elle ressent pour le complice de sa faute. Certes, jamais situation plus dramatique, plus poignante, plus humaine n'a été mise au théâtre, et, pour en tirer un enseignement moral en même temps qu'original et saisissant, il fallait plus qu un homme d'audace et un excellent journaliste comme M. de Girardin, il fallait un écrivain et un dramaturge supérieur comme M. Alexandre Dumas fils.
Dumont, le plus heureux des pères et le meilleur des maris, n'a pas été sans s'apercevoir depuis longtemps déjà de la tristesse continuelle de sa femme. 11 lui propose un voyage de quelques mois en Italie, et Mathilde, plus heureuse qu'un prisonnier, qui voit ouvrir les portes de sa prison, s'empresse d'accepter ce moyen de se soustraire pour un tpmps à cette vie de mensonges et de tortures, à ce supplice de tous les instants qu'une minute d'égarement la condamne à subir depuis sept ans. Mais elle a compté Sans sou compagnon de chaîne. Alvarez lui défend de partir, et le supp.ice recommence. Au second acte, Mathilde apprend par une amie, comme on en a toujours pour vous apprendre les mauvaises nouvelles, que le secret de sa faute a transpire dans le monde, grâco aux propos d'une femme de chambre qu'elle a récemment renvoyée. Au même in- Siunt, Jeanne vient lut apporter une lettre dans laquelle Alvarez la somme de fuir avec lui. C'est leur seul moyen de salut; c'est aussi l'unique ressource que puisse employer l'amant pour se débarrasser de la rivalité du mari. Mathilde ne s'y trompe pas. M;iis que faire? Subir jusqu'au bout le supplice? Quitter le mari qu'elle aime pour l'amant qu'elle déteste? Pâle et tremblante, abîmée dans son désespoir, elle tourne et retourne en ses mains la lettre d'Alvarez quand arrive son mari. Elle hésite un moment, puis, avec l'énergique résolution du condamné à mort qui se livre au bourreau : a Prends et lis I » ditelle à Dumont en lui tendant la lettre. Le théâtre, ancien ou moderne, n'a pas de scène plus profondément saisissante que celle-là. Dumont a beau lire, il es, trop honnête pour comprendre aussitôt ; ce n'e»t que peu k peu que ia lumière se fuit dans son esprit, et lorsqu'enfin la vérité lui apparaît dans toute son horreur, son cœur éclate et les paroles d'indignation lui montent aux lèvres. Il croit pourtant qu'une consolation lui reste encore; sa femme est morte à ses yeux, mais il a sa fille... Mais l'infortuné rencontre le regard de Mathilde, et cela suffit pour que sa dernière illusion lui échappe. Au troisième acte, le mari outragé, le père désabusé ont fait place à l'homme calme et grave, occupé du soin de sa vengeance et de son honneur. Dumont sx fait appeler Alvarez et Mathilde, et après avoir rappelé aux deux coupables l'indignité de leur conduite, il leur fait entendre sa sentence. Il ne s'adresse pas aux tribunaux, parce qu'il ne veut pas de scandale et que la honte serait pour lui ; il ne se bat pus en duel avec Alvarez, « parce que, lui dit-il, si je ne vous tue pas, où sera le châtiment? si vous me tuez, où sera la justice? » <Je qu'il veut, c'est flétrir publiquement les deux complices de son déshonneur. Or, voici comment il atteindra son but. Le soir même, Alvarez devra lui réclamer la totalité des fonds qu'il
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a fournis en commandite à. la maison de banque Dumont et Ci=. De cette façon, Dumont sera ruiné, mais l'opinion publique le vengera en accablant de mépris l'ingratitude d'Alvarez, Quant k Mathilde , elle sommera son mari de lui restituer sa dot, puis elle retournera dans sa famille, après avoir écrit une lettre pour déclarer qu'elle ne se sent pas le courage de supporter la misère. Reste l'enfant, reste Jeanne, et sur le regard interrogateur de Mathilde : « Comme je suisle seul de nous trois, dit Dumont, qui soit sûr d'en faire une honnête femme, je la garde. Et comme je n'ai plus rien, je travaillerai pour l'élever maintenant et pour la marier plus tard. Dans la prospérité, le travail est encore un devoir ; dans le malheur, c'est un refuge.» Et lorsque la sentence est prononcée, les deux condamnés baissent la tète ; Alvarez sort d'un côté, Mathilde de l'autre, pendant que Jeanne, la regardant s'éloigner, demande à son père si elle ne verra jamais sa maman. ■ Peut-être! » répond Dumont. On trouverait difficilement une sentence plus cruelle à la fois et plus juste. Il s'agissait de démontrer que, s'il est un cas où la loi sociale ne saurait offrir de réparation suffisante,!] reste a l'outragé le droit de s'ériger en juge de sa propre cause et de rendre, en son âme et conscience, le jugement le plus conforme à la justice et à la morale. Telle est la thèse que soutient le Supplice d'une femme,' et si la cause était belle, on peut dire que jamais plaidoirie n'a été plus éloquente. « Ce draine, dit M. Paul de Saint-Victor, est émouvant et vrai jusqu'au dernier mot. Situations, caractères, pensées, expressions même, tout y est nouveau, senti, pénétrant, naturel dans je pathétique. Aucune pièce ne donne plus l'idée de la vie réelle ; sa rapidité complète l'illusion ; elle pourrait se passer en aussi peu de temps qu'elle se joue. C'est l'unité concentrée de la tragédie appliquée à l'action moderne. Les scènes s'enchaînent et se succèdent avec une sorte de verve logique. L'esprit ne fait pas une objection à ce drame, qui soulèvo tant de eus de conscience. Il a raison sur tous les points; il resplendit d'évidence ; il juge, il résout, il prouve. Pas un artifice de métier et de convention ; l'art est ici tout entier dans le développement de l'idée; l'effet ressort de la droiture avec laquelle elle est poussée à sa conclusion. Combinaison rare et presque unique au théâtre, ce drame si plein de larmes parle a l'intelligence aussi haut qu'au cœur. » Et voilà ce queM. deGirardin a traité de » détestable. » C'est à une action aussi rapide, aussi lié vreuse, aussi haletante, c'est à des scènes d'une allure aussi vertigineuse qu'il s'obstinait a préférer les colloques interminables, les bavardages dogmatiques dont il avait hérissé la pièce primitive; c'est, enlin, ce dénouaient d'une vérité si saisissante, d'une originalité si imprévue et surtout d'une moralité si incontestable qu'il voulait remplacer par un autre, vieux, usé, sans signification, sans portée! Et tout cela, sous le prétexte et avec la prétention de révolutionner l'art dramatique en lui ouvrant une voie nouvelle et de donner au monde un drame parfait, ■ l'idéal du drame 1» M. de Girardin avait oublié sans doute ce passage de La Bruyère : « Il y a dans l'art un point de perfection comme de bonté ou de maturité dans la nature ; celui qui le sent et qui l'aime aie goût parfait; celui qui ne le sent pas et qui aime en deçà ou au delà a le goût défectueux. »
Cette pièce, vieille de plus de dix ans aujourd'hui (1875), a été fréquemment reprise et toujours avec un très-vif succès. Elle fut créée par Régnier (îôle de Dumont), Lafontaine (rôle d'Alvarez) et Mme Favart. Cette dernière a été, de l'avis de tous les hommes de goût, réellement supérieure dans le rôle de la femme coupable.
SUPPLICIÉ, ÉE (su-pli-si-é) part, passé du v. Supplicier. Qui a subi le dernier supplice, la peine de mort : Etre supplicié en place publique.
— Substantif Personne qui a subi le dernier supplice, la peine de mort : Les suipliciés ont été longtemps les seuls sujets à la disposition des médecins pour la dissection de l'homme. (Mérat.) Les suppliciés ont révèle le mystère de la digestion. (Michelot.)
SUPPLICIER v. a. ou tr. (su-pli-si-é — rad. supplice. Prend deux i de suite aux deux prem. pers. pi. de l'imp. de l'ind. et du près, du subj. : i\'oussuppUciion<;quevoussuppliciiez). Livrer au supplice, faire subir la peme de mort : Supplicier un condamné. Supplicier tin innocent fuit frémir la nature. ( Beaumarch.)
SUPPLIER v. a. ou tr. (su-pli-é — lat, supplicare, "proprement plier le genou, de sub, sous et de plicare, plier. Prend deux i de suite aux deux prem. pers. pi. de l'imp. de l'ind. et du prés, du subj. : Nous suppliions; que vous suppliiez). Prier avec instance et soumission : Supplier quelqu'un de faire une chose. Laissez-moi, je vous en supplie.
Comment!
Relier là, seul, rongeant votre mélancolie'. Bn-ayez-veus ! Venez... -Non, je vous en supplie!
a PoNSAUD.
— Ab'ol. : Le dévot suppliu d'une main et est toujours prêt à frapper de l'autre. (Kuspail.)
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— Ane. pratiq. Supplie humblement un tel, Formule par laquelle les requêtes commençaient ordinairement.
— Syn. Supplier, conjurer, Implorer, etc. V. CONJURER.
SUPPLIQUE s. f. (su-pli-ke — du verbe latin supplicare, qui signifie proprempnt plier le genou et qui est lui-même le type du verbe français supplier). Requête présentée dans le but de solliciter une grâce, une faveur : Présenter une suppliquk.
— Fam. Demande, prière : Ayez égard à ma supplique.
SUPPORT s. m. (su-por — du préf. sup, et de port). Ce qui soutient, ce qui supporte t Les supports d'une voûte. Mettre des supports à tin arbre fruitier.
Sur ses deux courts jarrets accroupissant son corps, La girafe en avant reçut deux longs supports.
Delille.
— Fig. Soutien, appui, protection : N'avoir d'autre support ait monde que son ami. Servir de support à quelqu'un. Celui qui a des amis n'est pas sans support. J'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie. (Mol.) Il serait difficile de vivre méprisé et vertueux- ; nous avons besoin de support. (J. Joubert.) Que craint-on d'un enfant sans support et sans père?
Racine.
— Action de supporter, de subir : Le support des injures. Le support des défauts d'autrui,
— Fig. Ce qui donne un corps, une sorte d'existence physique : Les figures sont les supports des abstractions. (J.-J. Rouss.)
— Blas. Figure d'homme, et surtout^ Figure d'animal placée de chaque côté de l'écu ou d'un côté seulement, et qui semble le soutenir : Les fiijures d'animaux constituent les supports proprements dits; les figures humaines se nomment ordinairement tenants.
— Artill. Support de platine. Petit épaulement ménagé près du champ de lumière, dans les anciennes bouches à feu. Il Supporttourillon, Pièce de l'affût qui porte le tourillon d'une caronade. Il Support de pointage, Pièce servant d'appui au levier avec lequel on pointe une pièce de rempart ou de côte.
Il Support de vis de pointage, Pièce dans laquelle est encastré 1 ècrou de la vis de pointage.
— Art milit. Corps de support, Appareils qui portent le tablier d'un pont militaire, il Supports tournants, Pièces qui reçoivent, dans les bateaux, les madriers sur lesquels on place les soldats à qui l'on veut faire passer l'eau.
— Chein. de fer. Pièce par l'intermédiaire de laquelle les rails reposent sur le ballast : Les supports employés aujourd'hui sur toutes les lignes importantes sont des traverses de bois; quelquefois, cependant, on supprime entièrement ces points d'appui, mais il faut alors se servir de rails d'une forme particulière.
— Techn. Crochet auquel on accroche la poignée d'une espagnolette, pour tenir la fenêtre ou la porte fermée.
— Bot. Partie d'une plante qui en soutient une autre : Le pétiole est le support de la feuille. (Bosc.)
— Syn. Suppura, appui, mouiieu. V. APPUI.
— Encycl. Blus. Il y a presque toujours deux animaux pour supports. Ils sont ordinairement debout ou affrontés ; quelquefois leurs tètes se trouvent contournées. Quand les supports sont dans une autre attitude, on doit ^exprimer en blasonnant.
Les supports sont toujours des animaux et quelquefois des êtres inanimés, ce qui les distingue des tenants, qui sont des hommes.
a Nous trouvons d ancien usage, dit le Père Ménestrier (Origine des ornements des armoiries, p. 93), troi* sortes de tenans ou supports des armoiries. Des arbres ou des troncs d'arbres ausquels les escussons sont attachez avec des courroyes et des boucles. Celles de Théodore du Terrail, oncle du chevallier Bayard, sont de cette manière sur la porte d'une maison à l'entrée de l'abbaye d'Aisnay, à Lyon. J'ay vu celles de la ville de Harlem, en Hollande, attachées à un arbre en divers endroits de son hostel de ville.
» Et j'en ay remarqué en plusieurs autres endroits, particulièrement dans les anciens châteaux, sur les portes et sur les ohemi-
» La seconde manière de tenans est le chevalier luy-mesme qui a son escu attaché au col, comme on voit sur plusieurs tombeaux.
» Dans l'église de l'abbaye de Maubuisson, près Pontoise, devant l'autel Saint-Michel, est le tombeau de Clarembaud de Vendel, sur lequel il est représenté vestu d'une cotte de inailles avec son écusson sur le milieu du corps, éinanché en chef de quatre pièces.
» Quelques autres l'ont en bande et de travers ; quelques autres s'appuyent dessus d'une main, comme on pourra remarquer en ta plupart des anciennes abbayes. Eu plusieurs endroits, il est tellement disposé que 1 epee du chevalier paroist comme mise en bande derrière.
» Les princes mesmes ont este représentez de cette sorte. Philippe de Valois est ainsi représenté dans les deniers d'or qui furent faits de ion temps, a^sL sur une chaise, to-
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nant son espée haute de la main droite, et de la gauche s'appuyant sur l'escu de ses armoiries, d'où ces sortes de nionnoyes commencèrent a, se nommer escus d'or à cause de cet escusson, nom qui a passé depuis aux autres nionnoyes d'or et d'argent.
» Dans la plupart des anciens sceaux, les chevaliers sont représentez à cheval avec une banderole, ou l'épée à la main droite, et k la gauche l'escu de leurs armoiries.
» La troisième manière est celle où les animaux, les Mores, les sauvages, les syrènes et les dieux des fables tiennent les armoiries. Et c'est des tournois qu'est venu cet usage, parce que les chevaliers y faisoient porter leurs lances et leurs escus par des pages et des valets de pied, déguisez en ours, en lions, en Mores et en sauvages, comme on peut voir dans les anciens romans et dans les mémoires d'Olivier de La Marche.
» Les tenans de ces tournois estoient obligez, pour ouvrir les pas d'armes, de faire attacher des escus pendarts à des arbres ou à, des'pilliers sur les grands chemins, ou en certains lieux assignez, afin que ceux qui voudroient combattre, contre eux allassent toucher ces escus. Ils y mettoient, d'ordinaire des nains, des géants, des sauvages, des Sarazins, des monstres ou des hommes déguisez en animaux pour garder ces escus, avec un ou plusieurs hérauts d'armes pour prendre les noms de ceux qui voudroient y toucher pour le combat. C'est de là qu'on a donné le nom de tenans à ces supports.
> Dans la feuille des armoiries de la comté de Flandres, il y a quatre ours en pied qui portent d'une part les bannières de Pamèle, Cisoing, Heyne et Boelare, et, de l'autre, les casques avec les cimiers de ces quatre seigneurs, de la manière dont on les portoit dans ces tournois.
■ L'an 1316, le premier jour du mois de may, Amédée VI de Savoye fit à Chambéry un tournoi célèbre, où, ayant paru vestu de verd avec tous ceux de sa quadrille, ses pages et ses escuyers, il fut depuis nommé le comte Verd.
> Ce fut en cette occasion que ce prince, ayant fait attacher son escu à un arbre, le fit garder par deux grands lions, qui ont esté depuis les supports ou tenans des armoiries de Savoye, et il le fit apparemment parce que le Chublais et la duché d'Aouste, deux de ses principales terres, avoient des lions pour armoiries.
> Après la conqueste du Milanois par le roy Louis XII, les troupes françoises estant demeurées en garnison en Lombardie , le chevalier Bayard alla visiter à Carignan Madame Blanche de Savoye, dans la cour de laquelle il avoit esté eslevé avec une jeune demoiselle qu'il avoit beaucoup aimée et qui depuis avoit esté mariée au seigneur de Fruzasque, l'un des seigneurs de la cour de Madame Blanche. Cette dame de Fruzasque le pria de faire un tournoi pour le divertissement des dames, ce qu'il accepta. Le chevalier Bayard, en cette circonstance, et en l'honneur de Madame Blanche et de la dame de Fruzasque, prit pour tenans de ses armoiries et pour la garde du pas deux licornes, qui sont les symboles de la pureté.
i 11 y a deux autres sortes de supports ou tenans des armoiries qui sont les plus ordinaires et les plus communs. Ce sont les corps des devises et les animaux du blason. Pour les premiers, nous avons les exemples de nos rois Charles VI, Louis XII et François 1er, qui, ayant pour devises l'un un cerf aislé, l'autre un porc-épy et le dernier une salamandre, firent les supports de leurs armoiries de deux semblables animaux.
■ Les supports tes plus ordinaires sont ceux qui se prennent des animaux mesmes des armoiries, comme ceux des rois d'Espagne sont des lions à cause des armoiries du royaume de Léon. Le palatin de Bavière a aussi deux lions pour la mesme raison, parce que les armoiries du Palatinat sont un lion, Les Al- ! bert. ducs de Chaulnes, de l.uines et de Che- I vreuse, les ducs de Luxembourg et un nombre presqu'inrinv d'autres maisons qui ont ' des lions en leurs armes en ont aussi pour supports. . .
i Ceux qui ont des aigles en armoiries les i ont prises aussi pour supports, comme Coli- : "ny, Salvaing, La Tiimoille, etc. On a fait de mesme pour les chiens, lévriers, griffons, '< ours, cerfs, chèvres, boucs, belliers, etc. I i Les supports sont autant rares en Alle- | magne, Italie et Espagne qu'ils sont fréquents | en France, y ayant peu de familles aujour- ■ d'huy qui n'ayent les leurs en ce royaume. • L'archiduc Albert, faisant des règlements pour la noblesse aux Pays-Bas, deffendit expressément de mettre des supports aux armoiries à ceux qui ne seroient pas en possession d'un ancien usage ou qui n'auroient pas obtenu permission d'en porter.
> C'est sans fondement que Philippe Moreau a écrit en son Tableau des urmoiries de France qu'il n'y a que nos roys et les princes de la maison royale qui puissent avoir des anges pour supports de leurs armoiries, ou ceux à qui ils le permettent par une concession particulière, puisqu'on en voit une infinité d'exemples très-anciennes, particulièrement dans les églises où la piété des fidèles a fait scrupule assez longtemps d'y mettre des animaux, des sauvages et des fi"i:res fabuleuses ou monstrueuses. Ainsi,
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on verra souvent qu'une mesme maison qui a des lions, des aigles, des dragons ou des sauvages pour supports a des ang.es dans les églises. Il y a mesme plusieurs maisons qui ont constamment des anges pour supports, comme Montmorency, les Chevriers, en Masconnois, dont la devise est t Angelis suismandavit de te. Ainsi, il est vray de dire qu'il n'y a jamais eu de règle pour cela, comme il est vray qu'il n'y a jamais rien eu de fixe et de déterminé pour les supports, que l'on a changez autant de fois qu'on a voulu, comme on peut remarquer en divers endroits, particulièrement pour l'admirai de Gravillc, dont on voit les armoiries a Marcousssy, à Dourdan, à Milly, en Gastinois, à Malesherbes, en Beausse, à Chastres, et en beaucoup d'autres endroits, soutenues tantost par des lions, tantôt par deux griffons, tantost par deux dragons, tantost par deux aigles, tantost par deux cygnes, tautost par deux anges et tantost par un seul.
» Quelques familles ont pris, des supports équivoques à leurs noms, n'ayant pas d'ailleurs des armoiries équivoques. Ainsi , les Grimaldi, princes de Monaco, ont pour supports de leurs armoiries deux moines augustins. Marmont, en Bresse, dont l'ancien nom estoit Sauvage, deux sauvages; la maison des Ursins, deux ours.
» Il y a des supports affectez à certaines dignitez ou conditions, comme à Lion, tous les comtes de l'église cathédrale ont pour ■ supports un lion et un griffon, qui sont les figures des armoiries du chapitre.
d Quelquefois, il n'y a qu'un seul support; l'aigle, à une et deux testes, est particulièrement de cette manière, et on luy fait tenir l'escusson entre ses serres.
■ Il y a d'autres animaux que l'on met seuls, comme le lion, le dragon, le léopard, etc. » Il y a plusieurs armoiries dont les deux supports sont de deux choses différentes, comme ceux des rois d'Angleterre sont, à droite, un léopard «ouronné et lampassé d'azur, et, à gauche, une licorne d'argent accolée d'une couronne et attachée à une chaisne d'or, laquelle passant entre les deux pattes . de devant retourne sur le dos. La maison d'Orgemont a un lion et un grillon ; Brézé- Maitlé, un lion et un lévrier, parce qu'ils estoient comtes de Maulévrier; Bourbonne, un homme et une femme sauvages au naturel. »
SUPPORTABLE adj. (su-por-ta-ble — rad.
supporter). Qu'on peut supporter, souffrir : Douleur supportable. Froid supportable.
Chaleur supportable. Travaillons sans raisonner, c'est te seul moyen de rendre la vie supportable. (Volt.) On s'accoutume à ta laideur; l'esprit nous la rend supportable. (De Bernis.) C'est le superflu qui rend la vie supportable. (J. Casanova.) La douleur n'est supportable que lorsqu'elle jette dans l'abattement. (M""* de StaSl.) Une résolution forte chauffe sur-le-champ le plus extrême malheur en un état supportable:. (11. Beyle.) L'ennui de la solitude est plus support abliî que celui de la société des sots. (Boiste.) La vie est une mort incessante, et c'est là ce gui la rend supportable. (Mme c. Bachi.) L'isolement n'est supportable qu'à la condition du travail; l'homme ne peut rester oisif et seul. (Guizot.) Sans un peu de bienveillance mutuelle, la société ne serait pas supportable. (Vinet.)
— Qu'on peut tolérer, excuser : Cela n'est pas supportable dans un homme de son âge. Expression supportarlb. L'impolitesse est plus supportable qu'une politesse exagérée. (Mme Monmarson.)
— Passable, acceptable, pas trop mauvais : La pièce n'est pas bonne, elle est seulement supportable. C'est un musicien supportable, ce n'est pas un artiste.
SUPPORTABLEMENT adv. (su-por-ta-bleman — rad. supportable). D'une manière supportable : Ouvrage écrit suppoktablisment.
SUPPORTAGE s. m. (su-por-ta-je — rad.
supporter). Techn. Ensemble des supports employés dans l'eucastage des poteries.
SUPPORTANT, ANTE adj. (su-por-tan, an.te rad. support). Blas. Se dit de tout meuble de l'écu au-dessus duquel se trouve une pièce qu'il semble supporter, bien que cette pièce soit en réalité sur le fond.
SUPPORTÉ, ÉE (su-por-té) part, passé du' v. Supporter. Porté, soutenu : Une belle cuve de marbre blanc, supporter par des griffes dorées, occupe le fond de ta salle. (Th. Gain.)
— Fig. Souffert, enduré : Le joug étranger est toujours difficilement supporté. (E. Littré.)
Un malheur, pour l'Etal noblement supporté, Est un titre de gloire et d'immortalité".
ASNAULT.
— Blas. Se dit des plus hauts quartiers d'un écu qui semblent être supportés et soutenus par ceux d'en bas. Il Chef supporté ou soutenu, Chef de deux émaux, dont l'un, l'émail de la partie supérieure, occupe les deux tiers du chef.
SUPPORTER v. a. ou tr. (su-por-té — du préf. sup, et de porter). Porter, soutenir pardessous : Piliers, colonnes gui supportent une voûte. Des planches noircies et enguirlandées de toiles d'araignée supportaient des livres. (H. Beithoud.J
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— Avoir la. charge de : Supporter des frais.
— Permettre, tolérer, souffrir : Ne supportez pas qu'un enfant vous désobéisse,
— Résister sans dommage à l'action do : Ne pouvoir supporter un médicament. On voit quelquefois bourrer un pauvre enfant de soupe ou de bouillie, sans qu'on ait examiné ce que peut supporter son estomac. (Théry.)
Il Etre à l'épreuve de : Vase qui ne peut supporter te feu. Navire qui ne supporte pas la mer. Vin qui ne SUPPORTS pas te transport. II N'être pas déprécié, amoindri par; s'emploie surtout avec la négation pour désigner un objet mauvais, qu'on rejette presque aussitôt dès qu'où veut l'étudier: Cefouurage ne supports pas l'examen, la critique. Comme méthode, l'éclectisme ne supporte pas l'examen. (P. Leroux.) u Souffrir, endurer, tolérer: Supporter le froid, le chaud, la faim, la soif. Supporter patiemment son mal. Ne pouvoir tien supporter. Supporter les dé fauts^ les infirmités de son prochain. Supporter." humeur, les manières de quelqu'un. Le pauvre supporte plus patiemment sa misère quandilsait que.le bonheur n'accompagne pas toujours les richesses. (St-Evreraoud.) Il vaut mieux employer notre esprit à supporter les infortunes qui nous arrivent qu'à prévoir celles qui peuvent nous arriver. (La Roohef.) Ne pouvoir supporter tous les mauvais caractères dont le monde est plein n'est pas un fort bon caractère. {La Biuy.) Il faut soi-même mériter beaucoup d'éloges pour supporter patiemment l'éloge d'autrui. (Monlesq.) La patience est une vertu qui nous fait supporter un mal qu'on ne saurait empêcher. (Dider.) Il y a autant de courage «supporter la fortune que l'infortune. (Bonnin.) Quand on est amoureuse du geôlier, tt n'y a pas grand mérite à supporter patiemment la prison. (Mme E, de Gir.j Plus on a besoin de conseils, moins on les supporte. (Latena.) Beaucoup de patience fait supporter un peu d'ennui. (Ch.alea.ub.) Supporter les autres pour qu'ils vous supportent. (LamcHiii.) Une longue habitude fait tout supportée, tout pardonner, hors ce qui avilit. (De Custine.) A:ous supportons plus facilement l'accablement du malheur que l'ivresse du succès. (Petiet.) En amitié, oit peut supporter la différence des opinions, jamais celle des sentiments. (Mme (j. Fée.) C'est un grand mal de ne pas savoir supporter la peine. (J. Janin.) Les gens qui n'ont jamais su que s'ennuyer ne peuvent supporter que les autres s'amusent. (A. d'Houdetot.) h'n tout temps, les ministres chargés du pouvoir exécutif ont supporté impatiemment le contrôle des assemblées. (Dupin.) On supporte la rigueur, on se révolte contre l'injustice. (De Lévis.) Il faut moins de mérite pour découvrir les défauts d'autrui que pour les supporter. (PetitSenn.) La France est toujours un peu de l'opposition, lors même qu'elle consent à supporter soii gouvernement. (Carné.)
Aux faiblesses d'autrui tâchons de nous prêter ; Quand nous vivons ensemble, il faut nous supporter.
Molière.
On supports avec peine un coup inattendu.