‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 823 sur 1059 · V. Setledge · texte numérisé non relu

V. Setledge

SUTRA s. m. (su-tra). Autre forme du mot

SOUMiA.

SUTRI, la Sutrium des Romains, ville d'Italie, province et à 26 kilom. S.-E. de Viterbe, sur le Pozzolo; 1,660 hab. Evêché érigé en 487. En 1111, pendant lu guerre des investitures, une trêve y fut signée entre l'empereur Henri V et le pape Pascal II. On y remarque une belle cathédrale et un amphithéâtre antique creusé dans le roc. Deux conciles ont été tenus à Suiri : l'un, en 104G, fut convoqué par l'empereur d'Allemagne, Henri le Noir, pour mettre tin à la lutte entre Benoit IX et Sylvestre III, qui se disputaient le trône pontifical. Les deux papes y furent remplacés par Clément IL L'autre fut présidé, en 1059, par le pape Nicolas II. On y déposa l'antipape Benoit, qui fut exilé à Velletri.

SUTTEE ou SUTTIE s. f. (sutt-tl — du sanscrit çuddhi, sacrifice volontaire). Sacrifice volontaire d'une veuve indoue qui se fait brûler vive sur le bûcher de son mari. Il Veuve qui accomplit ce sacrifice.

— Encycl. Cette horrible coutume est à peu près abolie dans toutes les possessions anglaises de l'Inde; elle subsiste seulement dans les régions éloignées, où l'autorité centrale a de la peine à se faire sentir, et parmi les tribus sauvages qui vivent au delà du Setledge ou di<.ns les montagnes du Népaul, chez les Sikhs et chez les Gourgas. Antérieurement ■à la domination anglaise, c'était une loi presque générale dans l'Inde que la veuve devait se biûler sur le bûcher qui dévorait le cadavre de son mari. Cette cérémonie *se faisait avec beaucoup de pompe et variait seulement suivant la caste des deux héros de la fête, le défunt et la veuve. L'usage le plus commun

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lu

était qu'aussitôt après la mort du mari on plaçait la femme devant la porte de sa maison, dans une espèce de tente ornée. Elle ne mangeait plus dès lors, ne faisait que mâcher du bétel et prononçait incessamment le nom des dieux de sa secte. La victime était parée de tous ses bijoux ainsi que de ses plus beaux habits , comme si elle allait se marier. Les brahmanes l'encourageaient et l'exaltaient en lui promettant qu'elle jouirait d'une félicité sans bornes dans le paradis; ils l'assuraient que son nom serait célébré par toute la terre et chanté dans tous les sacrifices. Puis, pour achever la pauvre victime, les impitoyables sacrificateurs lui faisaient prendre des breuvages mêlés d'opium, afin de lui ôter sa raison et de lui faciliter ainsi la consommation du sacrifice. Enfin la victime s'avançait vers le théâtre de cette scène funeste ; lorsqu'elle était arrivée à celieud'horreur,les brahmanes avaient grand soin de la distraire de ses regrets par des chants où l'éloge de son héroïsme était mêlé. Soutenue par ce concert homicide, elle faisait alors, d'une voix entrecoupée par les sanglots, ses adieux à ses parents qui la félicitaient, les larmes aux yeux, du bonheur qui l'attendait; elle leur distribuait ses joyaux et les embrassait pour la dernière fois. Après quoi, elle faisait trois fois le tour de la fosse ardente et s'élançait au milieu des flammes. Aussitôt, quantité d'instruments faisaient retentir l'air des sons les plus aigus pour empêcher le peuple d'entendre les cris lamentables que la douleur pouvait arracher à la victime ; on jetait dans le bûcher de l'huile en quantité et d'autres matières très-combustibles, afin d'augmenter son activité, et bientôt il ne restait plus qu'un monceau de cendres où se confondaient les ossements de l'Indou et de sa veuve, immolée parfois à la fleur de l'âge et au moment de sa plus grande beauté.

" Quelques auteurs ont paru croire que la coutume de brûler ainsi les veuves dans l'Inde pourrait bien avoir eu pour cause, à l'origine, le besoin que l'homme avait de se garantir contre les tentatives criminelles de sa femme, dans un pays où le poison est subtil et k la portée de tous. Alors on aurait fait croire à la veuve que, si elle ne se brûlait pas sur le corps de son mari, son âme, après sa mort, passerait dans le corps du sordide chacal. En outre, la veuve qui s'y refusait était, aux termes de la loi indoue, déchue de sa caste, condamnée à se couvrir de haillons, destinée aux plus vils emplois et livrée au mépris même des parias.

Il y avait certainement k cette inhumaine coutume des causes plus profondes; ces causes tenaient surtout à la religion même des lndous.àleur croyance en l'immortalité de l'âme et surtout à la conception qu'ils avaient du inonde extérieur. L'Indou, essentiellement expansif et panthéiste , ne voyant dans l'homme, comme dans les animaux, les arbres et les eaux elles-mêmes, que des manifestations diverses de la vie, toutes parfaitement indifférentes au sage, n'envisageait pas la mort avec la même terreur que le Sémite ; ce n'était pour lui qu'un changement de vie, une des phases de ce changement universel et incessant qui n'a point eu de commencement, qui n'aura pas de fin et qui esc Ja loi de durée de toutes les choses créées. Imbus de cette doctrine, des centaines d'individus se jettent avec volupté dans les bras de la mort libératrice, qui leur ouvre les portes d'une vie nouvelle.

Un homme vient de mourir : son corps, lavé dans les eaux du Gange, le fleuve céleste, est exposé sur un bûcher qui, le réduisant en cendres, va permettre à tous ses éléments de reprendre plus vite leur liberté. Qu'est devenue l'âme? Quel corps nouveau va-t-elle habiter? — Comme elle va s'ennuyer, seule et séparée de tous les êtres qu'elle aimait, de sa compagne surtout, de la femme qu'elle choisit et aima entre toutes 1 — Et la femme, ellemême, dans quels ennuis va-t-elle achever les jours qui lui restent à vivre? — De là cette idée : ■ Si la femme suivait son mari , leurs âmes unies continueraient à jouir de cette félicité que la mort de l'un a détruite. > Et conséquente avec ces idées, l'Inde en arrive à préconiser cette odieuse et féroce pratique du suicide de la femme sur le bûcher de son mari. Ce suicide est horrible, et cependant presque toutes les femmes le demandaient comme une grâce; les unes, à cause de leur affection pour l'époux qu'elles voulaient suivre; les autres, par suite des conseils des prêtres et de leur propre famille; pour jouir de l'éternelle félicité qui leur est promise et pour échapper aux outrages, aux affronts, aux mépris qui s'attachent à la femme qui survit à son mari.

La plupart, surexcitées et à demi folles, marchaient à la mort la tète haute, avec une sorte d'orgueil et d'étrange volupté; d'autres y allaient sans doute à regret; mais leurs parents et leurs amis les soutenaient, les portaient presque au bûcher, les encourageant, leur faisant voir la gloire et le bonheur au delà des cendres. La religion indoue exige, du reste, que la mort soit volontaire. La femme qui ne veut poijH être suttee ne l'est point. Sans doute, elle sera désormais méprisée et haïe ; mais personne, sans commettre un sacrilège, ne peut lu faire périr.

Cependant il faut dire qu'il y a toujours quelque supercherie des prêtres, même dans ceux de ces sacrifices qui semblent tout à

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fait volontaires. On en a vu des exemples dans quelques-unes des rares occasions où, malgré les Anglais, les brahmanes ont réussi à les faire accomplir.

11 arrive quelquefois que la suttee, sous le9 premières morsures du feu, se lève, se débat, et se précipite à demi brûlée au milieu des assistants glacés d'horreur et des prêtres scandalisés. Mais, le sacrifice est commencé, il doit être consommé. On ne l'a point attachée sur le bûcher, car il fallait que sa mort fût libre,; mais elle a consenti, s'est placée elle-même sur le bûcher ; sa résistance, ses cris ne sont donc point le fait de sa volonté, mais de la douleur et de l'instinct de conservation. Et ce disant, les prêtres reprennent la victime déjà blessée à mort «t en partie consumée et la replacent sur le bûcher , où elle expire après avoir poussé quelques cris. Le plus souvent, afin d'éviter ces événements et le scandale qui en résulte, les brah mânes, sous prétexte d'attiser le feu avec de longues barres de fer, maintiennent sur le bûcher la pauvre femme qui veut en sortir.

Les lois anglaises contre la crémation des suttees sont très-sévères ; elles l'assimilent avec raison à un assassinat commis par les prêtres. Cependant la loi n'est pas assez puissante partout et les journaux de Calcutta rapportaient encore, en 1861 ou 1868, la nouvelle d'une de ces hideuses cérémonies, où la suttee était une jeune fille de dix-sept ans. Cette cérémonie, que les Anglais disaient n'avoir pu empêcher, était fort soigneusement racontée, avec détails, par leurs journaux. Elle était analogue à toutes celles dont l'Inde a été le théâtre, depuis tant de siècles. Après la crémation des deux corps, les fidèles avaient recueilli avec soin les cendres, qui ont, d'après eux, des propriétés merveilleuses et des vertus surnaturelles.

SUTTER (David), écrivain et peintre suisse, né à Genève en 1811. Il laissa paraître de bonne heure un goût marqué pour la musique et le dessin. Sa mère, esprit supérieur, issue d'une famille originaire du midi de la France, lui enseigna les premiers principes de la musique, tout en développant ses facultés morales. Son père, un des plus savants horlogers-mécaniciens de Genève , le prépara à fétude des sciences mathématiques. Il le destinait au commerce, mais le jeuue homme préféra continuer ses études favorites en y joignant les sciences d'observation. Plus tard, le général Dufour lui enseigna la géométrie descriptive, et ses admirables leçons, si claires, si précises, déposèrent dans l'esprit de son élève le germe des qualités précieuses que l'on remarque dans ses écrits. Plein d'ardeur , non-seulement pour l'étude des arts du dessin, mais encore pour les mathématiques, la mécanique, la physique, la chimie, i'anatomié, la musique et la poésie, sans parler de son goût pour les armes et l'équitation, il parvint dans tous ces arts à un degré de talent qui faisait croire, lorsqu'il en exerçait un, qu'il n'avait jamais pratiqué que celui-là.

Après avoir éprouvé des revers de fortune, David Sutter vint à Paris, à l'âge de viugtsix ans, étudier la peinture chez Fiers, paysagiste distingué et maître consciencieux qui lui enseigna promptement tous les procédés des maîtres de toutes les écoles de peinture. Après deux années d'études laborieuses , M. Sutter exposa au Salon deux tableaux, dont l'un fut acheté par Van der Burch, Je paysagiste. Vers cette époque, M. Sutter, surpris de ce que les peintres les plus en renom n'avaient aucune doctrine arrêtée sur l'art, se mit à chercher dans les lois de la nature les règles dont parlent les auteurs grecs et latins et qui dirigèrent si heureusement les artistes de l'antiquité. Il consacra les restes de sa fortune à cette étude et voyagea en Italie, étudiant les chefs-d'œuvre que possède cette terre classique des beaux-arts. Il fit un premier voyage à Naples et en Sicile où il resta plus d une année, revint à Paris, visita la Belgique et la Hollande et repartit bientôt pour voir Rome et Florence. Enfin il fit un troisième voyage en Italie pour étudier les grands maîtres de Venise et de Panne. A son retour, il s'arrêta à Nice, puis à Monaco, où il travailla à un traité de perspective, basé sur une nouvelle théorie qui simplifie et facilite les études.

M. Sutter revint à Nice avec son travail achevé et le montra à Paul Delaroche, qui habitait la même maison que lui. Ce maître .s'en montra si satisfait, qu'il engagea l'auteur à présenter son ouvrage à l'Institut, qui en fit l'objet d'un rapport des plus élogieux. Peu après, M. Sutter se rendit à Paris et, peu satisfait des planches trop élémentaires de sou [ivre, il puisa dans ses cartons les vues d'Italie les plus élégantes et les plus propres à donner le goût de l'étude delà perspective. Pendant que l'on gravait les soixante planches de son traite, M. Sutter rassembla ses notes et ses observations sur les arts en général et publia une Philosophie des beauxarts appliquée à la peinture, qui fut approuvée par l'Institut.

Cependant le but que se proposait M. Sutter n était pas atteint complètement. Malgré un bon nombre de règles formulées, il lui restait à trouver les plus essentielles : les règles de l'harmonie des lignes esthétiques de la composition et leur accord avec la direction de la lumière et les couleurs, plusieurs

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années s'écoulèrent sans résultat satisfaisant, malgré un travail soutenu dans ce sens. Désespéré de ne rien trouver, M. Sutler se mit à écrire un ouvrage sur la Musique, dans lequel il indiqua ia formation de la gamme et démontra pourquoi il y a un demi-ton entre la troisième et la quatrième note, la septième et l'octave ; pourquoi les accords s'échelonnent par tierces; pourquoi les quintes sont défendues, etc. Mais le fond essentiellement utile de ce travail, c'est son Analyse logique de la phrase musicale , où il explique la valeur de chaque note et son rôle dans la phrase. En un mot, M. Sutter a trouvé la formule de la belle tradition italienne, ce qui permet de dire positivement pourquoi une phrase est bien ou mal exécutée. M. Sutter distingue l'accent grammatical du rhytbme( qui assied laphrase,del'accent passionnel, qui lui donne la vie. Ainsi, au lieu d'apprendre la musique par imitation et par routine, on pourra désormais joindre le raisonnement au sentiment et atteindre à la perfection du style avec flus de facilité et plus promptement qu'on ne a fait jusqu'ici.

Ce travail utile autant que nouveau sur la musique étant achevé, M. Sutter reporta sa pensée sur l'harmonie des lignes, et par analogie il trouva tout à coup cette loi si longtemps cherchée. Une fois le principe trouvé, il n y avait plus qu'à en faire l'application aux chefs-d œuvre de l'art, et c'est ainsi que l'auteur reconnut que la science qu'il venait de formuler était la même que les Grecs avaient mise si habilement en pratique pendant plusieurs siècles, science qui se perdit à la fin de l'école byzantine, qui en avait conservé quelques formules, et que M. Sutter avait si infructueusement cherchée dans les créations de l'art. L'art est effet , il n'est pas cause, et c'est a la cause qu'il fallait remonter. Mais les choses les plus simples sont presque toujours les dernières auxquelles on pense. Sous le titre d' Esthétique générale et appliquée, contenant les règles de la composition dans les arts plastiques, M. Sutter publia en 1S65 un grand in-4», que l'Institut approuva comme les précédents, et qui valut à son auteur la chaire d'esthétique générale et appliquée à l'Ecole des beaux-arts de Paris. Ce beau livre contient quatre-vingt-cinq planches, représentant des chefs-d'œuvre d'art tant anciens que modernes, analysés au point de vue de l'application des règles.

M. Sutter a publié, en outre, un ouvrage sur les phénomènes de la vision, où il résout plusieurs problêmes restés sans solution avant lui; une Nouvelle théorie simplifiée de la perspective (1859, in-4°); De l'enseignement de la sculpture chez les Grecs, etc.

SCTTON (Thomas), né à Knaith , dans le comté de Cork, en 1532, mort le 11 décembre 1611. Il fut secrétaire du comte de Warwick, servit en Ecosse et contre les Espagnols, refusa la pairie, qu'on lui offrait s'il voulait nommer son héritier le duc d'York, qui fut depuis Charles Ier, et acheta la chartreuse de Smithfield, qu'il convertit en hôpital pour les pauvres. Cet hôpital subsiste encore sous le nom de Charter- House.

SUTTON-GOLDF1ELD, bourg d'Angleterre, comté de Warwick, a 12 kilom. N.-E. de Birmingham, sur la Tame; 4,232 hab. Fabrication de quincaillerie et articles de Birmingham. Belle église paroissiale du xivc siècle.

SOTTONIE s. f. (sutt-to-nl — de Sultan, botan. angl.). Bot. Genre de la famille des myrsinées, réuni par la plupart des auteurs aux myrsines.

SUTTUNG, géant Scandinave. Il força les nains Pialar et Gular, qui, après te meurtre de Kwaser, avaient, de son sang mêlé de miel, fabriqué le mets, de lui remettre cette divine boisson. Odin y goûta et depuis ce moment eut le don de poésie.

SUTURAIRE adj. (su-tu-rè-re — rad. suture). Qui est muni d'une suture, il Peu usité.

SUTURAL, ALE adj. (su-tu-ral, a-le — rad. suture). Hisl. nat. Qui a rapport aux sutures ; qui est de la nature des sutures.

— Bot. Déhiscence suturate, Celle qui se fait sur le péricarpe, par une suture marginale.

s. f. Syn, de spondyloxithb.

SUTURE s. f. (su-tu-re — latin suivra; de suere, coudre, qui fait partie d'un groupe considérable de termes relatifs à la couture: sanscrit *it>, coudre, participe sijula; ossète chouin, choin, je couds; grec sua, dans kassuà, je couds du cuir, de katasuâ, ou peut-être de kos, cuir; gothique siujan, anglo-saxon siwian, suwan, anglais seto, ancien allemand siwan, siwjan, suédois sy, danois syé, lithuanien suti, suiaû, sunu; lettique shûh, shuju, ancien slave sliiti, shioa, russe shili, illyrien sciti, polonais szye, etc.). Couture faite pour raccorder ou assembler les parties d'un objet : Une suturk proprement exécutée. Une sutube trop visible.

— Fig. Raccordement fait dans une œuvre écrite qui a été mutilée ou qui est composée de parties disparates : Au moyen d'une suture habilement faite, ou ne s'aperçoit pas qu'il a retranché cette scène, ce chapitre, ce paragraphe. (Acad.) La SUTURE des différentes parties de l'œuvre est grossière. (Pli. Cbasles.)

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— Chir. Réunion des lèvres d'une plaie, qu'on opère en les cousant : On donne le nom de suturk à l'opération dans laquelle on traverse les lèores d'une plaie au moyen de fils ov de tiges métalliques dans le but d'en déterminer le rapprochement, (Sédillot.) Pour rapprocher tes bords de la plaie et les maintenir en contact, on a imaginé plusieurs espèces de sutures. (Cloquet.) Il Suture métallique, Celle qu'on exécute avec un fil d'or ou d argent.

— Anat. Mode d'articulation de deux parties qui entrent l'une dans l'autre par des dentelures et qui paraissent cousues ensemble : Les sutures du crâne.

— Entom. Ligne droite qui joint l'une à l'autre les élytres des insectes coléoptères.

— Moll. Ligne de jonction des tours de la spire dans les coquilles univalves. Il Espace qui sépare les nymphes dans certaines coquilles bivalves. Il Nom vulgaire de certaines espèces de pernes.

— Bot. Ligne suivant laquelle s'opèrent la jonction et la séparation des valves dans les fruits : Souvent les sutures correspondent aux bords unis des feuilles carpellaires. (P. Duchartre.)

— Encycl. Anat. Ce' mode d'articulation est propre aux os du crâne et de la face. Les trois variétés principales sont : la suture écailleuse, comme celle du temporal avec le pariétal; la suture dentée, comme celle qui réunit les deux pariétaux l'un à l'autre, et la suture harmonique ou par simple juxtaposition des os. Lorsque le fœtus à terme va être expulsé hors de l'utérus, les os de la voûte du crâne sont séparés chez lui par des intervalles membraneux allongés qui portent le nom de sutures, bien qu'ils ne soient que l'indice d'une réunion osseuse ultérieure. Elles permettent une réduction favorable du volume de la tête du fœtus au moment où il traverse la filière pelvienne et font reconnaître et l'accoucheur par leur disposition dans quel sens et de quelle manière la tête se présente. Les plus importantes à examiner dans ce but de diagnostic obstétrical Sont : les sutures sagittale, fronto-pariétale et lambduïde.

La suture sagittale s'étend de la racine du nez à l'angle supérieur de l'occipital; elle est formée en avant par l'intervalle qui sépare les deux portions de l'os frontal, au milieu et en arrière par celui qui divise les deux pariétaux. Elle reçoit au niveau de la limite supérieure du frontal les deux sutures transversales, encore appelées fronto- pariétales. Parvenue à l'angle supérieur de l'occipital, elle se bifurque pour donner naissance à deux autres sutures obliques nommées lambdoldes, probablement à cause de leur ressemblance avec le A majuscule des Grecs.

— Chir. On nomme suture l'opération qui consiste à coudre les lèvres d'une plaie pour obtenir leur adhésion entre elles. On en distingue plusieurs espèces, que nous ne ferons qu'énumérer :

— Suture à points entrecoupés. On la pratique avec des aiguilles courbes terminées en fer de lance et enfilées de cordonnet. On a soin de les oindre avec un corps gras pour rendre leur introduction moins douloureuse.

— Suture enchevillée, Elle se fait avec un fil double, dans l'anse duquel on passe un tuyau de plume ou tout uuire corps semblable. Elle a sur la suture entrecoupée l'avantage de moins exposer les chairs à être couples par les fils, puisque tout l'effort du cordonnet porte sur les chevilles.

— Suture entortillée. Elle est surtout usitée pour l'opération du bec-de-lièvre. Elle nécessite le maintien des aiguilles dans les chairs pendant un ou plusieurs jours,

— Suture à points passés. Elle n'est employée que pour la réunion des plaies de l'estomac ou de l'intestin.

— Suture en surjet. Même usage que la précédente.

— Sutures métalliques. Au lieu de fils de chanvre, de coton ou de soie, on emploie avec avantage , depuis un certain nombre d'années, des fils d'or ou d'argent très-fins pour la réunion des plaies. Ils sont beaucoup moins irritants et ils peuvent être laissés en place beaucoup plus longtemps que les autres liens sans entraîner la suppuration,

— Art vétér. Dans la chirurgie vétérinaire aussi bien que dans celle de l'homme, on pratique des sutures pour rapprocher, réunir et maintenir en contact les bords saignants des solutions de continuitérécentesfaitesaux parties molles, jusqu'à ce que le travail organique en ait achevé la réunion, ou bien encore pour maintenir un appareil de pansement et pour fermer une ouverture accidentelle, afin d'empêcher ia sortie de quelque viscère.

Les sutures se font au moyen d'aiguilles, dont les unes ont un manclie et les autres n'en ont pas. Parmi les premières, les unes sont tranchantes sur les côtés et les autres ne le sont point. Il est encore nécessaire de se servir d'un lil convenable et quelquefois de se pourvoir de brochettes en bois ou en fer.

Les procédés d'exécution sont très-nombreux et ont l'ait donner aux sutures différents noms. Les principales sortes de sutures en usage dans la chirurgie vétérinaire sont : les sutures à points séparés ou entrecoupés, à

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anse, à bourdonnets, à surjet, à points passés, enchevillée, entortillée, en T.

La suture à points séparés est usitée pour la réunion des plaies récentes ordinaires; on l'emploie aussi dans les plaies à lambeaux, dans les grands délabrements et pour soutenir l'étoupade dans les grandes plaies. Elle est formée d'une série de points isolés les uns des autres. Pour la pratiquer, on passe à travers les lèvres de la plaie, au moyen d'une aiguille enfilée d'un ruban, autant d anses qu'on juge nécessaire d'après l'étendue de la solution de continuité, la première implantation du corps introducteur du fil se faisant de dehors en dedans de l'une des lèvres de la plaie, et la seconde de dedans en dehors de l'autre lèvre ; on ramène ensuite les deux bouts en contact et on les arrête ensemble, par-dessusunplumasseaud'étoupe, à l'aide d'un nœud ou d'une rosette.

La suture à anse est semblable à la précédente, dont les points, au lieu d'être réunis séparément par-dessus la plaie, sont rassemblés de chaque côté et tordus ensemble sans être noués, de manière à pouvoir ex traire isolément chaque fil, s'il est nécessaire ; les deux faisceaux sont ensuite réunis et tordus ensemble, sans nœud, dans le même but.

La suture à bourdonnets est fort usitée en chirurgie vétérinaire. On la pratique lorsqu'il s'agit de maintenir, au moyen d'une étoupade, un appareil de pansement dans une plaie, de manière à maintenir les lèvres et surtout à déterminer une compression. Pour la mettre en usage, on a des fils à l'extrémité desquels est un bourdonnet; leur nombre doit être double de celui des points de suture à faire; on implante l'aiguille de dehors en dedans d'un côté, on en fait autant de l'autre; on tire et on ramène les fils pardessus l'étoupade, puis on les assemble par un nœud. On emploie cette suture dans certaines opérations pour arrêter l'hémorragie.

La suture à surjet ou despe/te(t'er.« est une suture continue, dont tous les points croisent successivement la plaie en dedans et en dehors. Pour la pratiquer, on applique l'aiguille à un bout de la plaie et du coté où l'on se trouve; quand elle a traversé les deux lèvres, on la ramène à soi pour la faire pénétrer, suivant la même direction, d'ans le second point, dans le troisième, jusqu'à la fin. Chaque tour croise obliquement la direction de la suture et l'ensemble de la suture forme une spirale, dont les tours sont eu contact avec la blessure en dessus et en dessous. On arrête les extrémités du lil par un nœud, par un bourdonnet ou en liant sur l'anse voisine.

La suture à points passés ou en faufil est celle dans laquelle le fil, au lieude décrire une spirale, va en zigzag d'un côté à l'autre de la plaie. Pour la faire, on implante l'aiguille d'un côté à l'autre des lèvres de la plaie et on replonge l'aiguille du côté par où elle est sortie, de. manière qu'elle sorte par la lèvre par laquelle elle était entrée, et ainsi de suite. Cette suture irrite peu les tissus, et lorsque la cicatrisation est. opérée, on peut retirer les fils.

La suture enchevillée ou emplumée est formée d'une série de points séparés, mais serrés de chaque côté autour d'une cheville commune en bois, en fer ou faite d'une tige de plumé d'oie, et d'une longueur dépassant un peu celle de la plaie. Pour pratiquer cette suture, il faut d abord passer tous les fils, puis placer les chevilles et nouer les fils autour. Cette suture tend à opérer la réunion par la face interne des téguments, et la pression des chevilles qui s'exerce sur toute la longueur de la plaie donne à cette suture une grande solidité.

La suture entortillée ou à tige est usitée pour fermer les saignées. Pour la pratiquer, on met en contact les lèvres de la plate et on les traverse avec une épingle, qu'on laisse dans leur épaisseur, mais de manière que sa partie moyenne seule y demeure engagée, tandis que ses extrémités restent libres. Après cela, on fixe l'épingle à l'aide d'une mèche de crin tordue et un peu humectée de salive, qu'on dirige circulairement de l'une à l'autre des extrémités de l'épingle et qu'on fixe au moyen du nœud dit de la saignée.

Quant à la suture en T, on en fait usage à la suite de l'opération de la trépanation et dans les plaies cruciales et les incisions en T. Dans ces cas, on implante l'aiguille dans une des lèvres de la plaie, de dehors en dedans; on attaque l'autre lèvre de dedans en dehors; on opère sur la troisième lèvre de dehors en dedans, et pour terminer, on vient attaquer de nouveau la première de dedans en dehors. Les points ainsi passés ramènent dans le plus grand rapprochement possible les lèvres de la plaie. Pour arrêter le fil, on réunit, en les tordant un peu, les deux bouts par un nœud; enfin, il est important d'éviter que les tils ne passent entre le- lèvres de la solution de continuité.

Quant aux précautions à observer pour enlever les sutures, il est difficile de déterminer l'époque à laquelle il convient de faire cet enlèvement. Sur une plaie simple réunie par première intention, on peut enlever la suture du quatrième au cinquième jour ; mais, le plus souvent, ce délai doit être augmenté en raison de l'incertitude que l'on a sur le degré de soiidité du tissu inodulaire ou da cicatrisation ; pour ces mêmes raisons, il est bon de ne jamais enlever tous les tils ou toutes les épingles k la fois, « Après l'enlèvement

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des fils, dit M. Gourdon, on surveillera attentivement les parties pour reconnaître les accidents consécutifs, parmi lesquels il faut toujours compter les plaies formées par l'introduction des fils ou des épingles. Le plus souvent, il est vrai, la cicatrisation de ces petites plaies est prompte et achevée en quatre ou cinq jours ; mais, comme elles suppurent toujours plus ou moins, il peut se faire que leurs orifices s'obstruent par de petites croûtes qui se forment consécutivement; alors la suppuration arrêtée distend le petit trajet et produit une irritation qui peut aller jusqu'à détruire la cicatrice. C'est pourquoi il faut toujours avoir soin de laisser libre et propre l'orifice de ces trajets et d'enlever ces petites croûtes aussitôt qu'elles commencent à apparaître.

SUTURÉ, ÉE adj. (su-tu-ré — rad. suture). Hist. nat. Qui c-ffre une ou plusieurs sutures : Fruit suture.

— Entom. Dont la suture des élytres est d'une autre couleur que celle de ces derniers.

SUTURER v. a ou tr. (su-tu-ré — rad. suture). Chir. Joindre, fermer par une suture : Suturer une plaie.

SUTUREUX, EUSE adj. (su-tu-reu, eu-ze — rad. suture). Hist. nat. Qui présente des sutures.

SUVE s, m. (su-ve — du lat, suber, liège). Bot. Nom vulgaire du chêtie-liége, en Provence.

SUVÉB (Joseph-Benoît), peintre français, né à Bruges en 1743, mort directeur de l'école française à Rome en 1807. Il apprit les premiers éléments de son art à l'Académie de sa ville natale , où le goût français dominait alors plus que le goût flamand. Il se rendit à Paris en 1763, à peine âgé de vingt ans, pour y étudier sous les divers maîtres célèbres du temps, remporta le premier prix de peinture en 1771 et partit pour Rome en 1772. 11 y fit plusieurs tableaux. La \ ille d'Ypres en possède deux, une Descente du Saint- Ji&prit et une Adoration des mages, que l'on place au nombre de ses meilleurs tableaux dans le genre classique pur.

Reçu, à son retour à Paris en 1780, membre de l'Académie de peinture, il fut adjoint aux professeurs de cette Académie. La connaissance parfaite qu'il avait de la partie technique de son art et de tout ce qui peut concourir à former le talent d'un peintre le rendait particulièrement propre k 1 enseignement. Cependant, les soins qu'il donnait à l'école ne l'empêchaient point de travailler dans son atelier; il fit paraître plusieurs grandes compositions, entre autres une Mort de Coligny, qui fut surtout remarquée, et une Résurrection, placée au maître-autel de l'église de Saint- Donat de Bruges.

Suvée, qui avait reçu le titre de peintre du roi, fut nommé en 1792, quelque temps avant le 10 août, directeur de l'école de Rome; mais les événements empêchèrent son départ. Il ne crut pas devoir quitter la France dans les temps les plus troublés de la Révolution, quoique Ses anciennes relations avec la cour le rendissent suspect, et il fut détenu à Saint-Lazare en 1794, avec beaucoup de ses anciens amis, Lenoir, Boucher et André Chénier entre autres ; il fut élargi après le 9 thermidor. On doit à Suvée le seul portrait d'André Chénier que l'on connaisse ; il l'acheva huit jours avant l'exécution du poète. • Suvée trompait, en peignant, les ennuis de sa prison, dit l'éditeur d'André Chénior, M. H. île Latouche; il devait avoir la gloire de transmettre les traits du poste à la postérité. » Le portrait fait par Suvée porte cette inscription : ■ Fait à Saint-Lazare le 29 messidor aji 11, par J. -B, Suvée. »

"Peu uprès sa sortie de Saint-Lazare, Suvée alla revoir sa ville natale et consacra sa reconnaissance envers l'Académie de Bruges en lui laissant un tableau de V Origine du dessin. Lors uu rétablissement de l'école de Rome, eu ISOI, le titre de directeur de cette école lui fut confirmé et il se rendit à Rome, qu'il ne devait plus quitter. Les fonctions de directeur avaient été jusqu'à lui agréables et faciles; il les prit avec les difficultés et Jes embarras de tout genre que présentent une réorganisation et, pour ainsi dire, une création nouvelle. Mais son assiduité au travail, son amour pour son art, son zèle et son activité lui firent surmonter rapidement tous les obstacles, et, par ses soins, l'école fut prompteinent établie dans la villa Médicis. C'est dans ce palais des beaux-arts, et au milieu des éièves qu'il y avait réunis, qu'il a terminé sa carrière. Sans être un peintre de génie , il avait toutes ies qualités désirables chez un directeur de noire ccole de la villa Médicis. Il possédait à fond les parties de l'art les plus difficiles à apprendre, savoir : la science et la correction du dessin, la connaissance profonde de la perspective et de l'anatomie, trop souvent négligées l'une et l'autre par de très-habiles peintres.

On n'a de Suvée au musée du Louvre qu'un seul tubleau : la Mort de l'amiral Coliyny. C'est une toile d'assez grande dimension (de 3n»,25 de hauteur sur une largeur de 21",60). Les figures sont de grandeur naturelle. A droite, l'amiral, debout devant la porte de sa demeure, se présente aux assassins, qui se sentent émus et tombent à genoux. L'un d'eux arrête de la main un de ses compagnons, de-

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bouta {fauche, qui tient une torche allumée d'une main et de l'autre uneépée. Rien n'indique, comme on voit, avec certitude si l'amiral sera tué ou non. Il faut savoir qu'il l'a été pour deviner qu'il va l'être et trouver juste lfl titre du tableau. Selon la coutume du peintre, il est signé et daté : J.-B. Suvée f 1787. Ce tableau, commandé par le roi, fut exposé au Salon de 1787.

La Mort de l'amiral Coligny et deux autres sujets qu'il traita pour le roi, Cornêlie montrant ses enfants comme sa plus belle parure et la Fête de Paies, ont été exécutés en tapisserie à la manufacture des Gobelins. Un peut citer encore, parmi les plus connus, les deux tableaux que Suvée fit pour l'église d"Ypres, représentant la Descente du Saiat- Esprit et une Adoration des Mages ; celui qu'il fit pour l'église de Saint-Donat de Bruges, représentant la Résurrection deJésui-Cfoist; un autre tableau, qui est à Versailles, a pour sujet Saint François de Sales recevant les voiux monastigues de Jtfma de Chantai, fondatrice des visitandines. C'est le plus remarquable par la couleur, le plus tin de ton, le plus transparent des tableaux de Suvée. Un tableau exécuté pour la chapelle du Temple, à Paris, décore maintenant l'église de l'Assomption; il représente la Naissance de la Vierge. Il existe un buste de ce peintre dans les salles de la sculpture moderne au Louvre.

SGVERETO, bourg du royaume d'Italie, province de Pise, district de Vollerra, mandement de Campiglia-Maritima; 2, 257 hab.

SUWALK1, ville de la Russie d'Europe, chef-lieu du gouvernement d'Augustow, à 38 kilom. N. de la ville de ce nom, 320 kiloni. .N.-E. de Varsovie, sur le Honeza, 3,000 hab.

SUYA s. m. (sui-ia). Ornith. Genre d'oi-

. seaux, de la famille des turdidées, voisin des

cinclosomes, et désigné aussi sous lenoin de

PKINIK.

SUYS (Tiiman-François), architecte belge de l'école française, né à Ostende en 1783, mort k Amsterdam en 1861. Venu de trèsbonne heure à Paris, il entra à l'atelier de Peroier et Fontaine et se ht admettre bientôt après k l'Ecole dés beaux-arts. Il fut même assez heureux pour en sortir avec le grand prix d'architecture en 1812. Son concours. Projet de maisou hospitalière, est l'un des meilleurs dessins de l'époque. Après avoir passé à Rome les cinq années réglementaires, il alla habiter Amsterdam, où. Guillaume Ie* le nomma architecte des palais royaux. Suys resta longtemps à Amsterdam, où il fonda l'Académie d'architecliue ; puis il s'établit à Bruxelles; où il construisit l'église Saint- Joseph, l'hôtel d'Arenberg, le pavillon Cazaux, la porte d'Anvers, etc. L» Bibliothèque nationale possède de Suys deux gros volumes in-folio : le Palais Massini, à Home, et le- Panthéon, recueils d'excellentes études d'architecture.

SUZANNE, village et commune de France (Somme), cunt. de Bray, arrond. et à 17 kilom. de Péronne, près de la Somme ; 572 hab. C'est vers les bords de la Somme, au bas même de la côte où s'élèvent en amphithéâtre leshabitations du village, que fut reconstruit, en 1619 et 1678, dans le grand style du xviio siècle, le château actuel. Il remplaça un château fort d'une époque beaucoup plus reculée et dont on retrouve des vestiges dans la pièce d'eau qui s'étend encore aujourd'hui au pied de -la terrasse. En effet, Suzanne possédait jadis une forteresse importante, destinée à défendre le passage de la Somme en cet endroit. Cette forteresse, dont l'origine parait remonter aux premiers temps de la Gaule, subit k travers les âges de grandes modifications. Autour de ses murs se groupèrent peu à peu les chaumières primitives qui furent le berceau du village, érigé on paroisse vers 1089. La maison de Suzanne, ■ aujourd'hui éteinte, était jadis très-puissante. Dans le célèbre tournoi de Ham, en 12G8, nous trouvons encore cité le nom d'un Fauviant de Suzanne, sous le titre de toi d'armes. Jean, comte de Suzanne, baron de Viége et de Ceruy, fut gouverneur de Milan pour Louis XII. Avec Catherine de Suzanne, comtesse de Cerny en Laonnois, qui épousa un 1576 Charles, baron de Moi, finit le nom de cette famille. Vers 1625, l'ancien domaine de Suzanne, dit de Suzanne en Santerre, entra dans la maison d'Estourmel, En 1619 eut lieu la reconstruction partielle du château, auquel, depuis, furent ajoutés successivement les avant-corps et la galerie qui s'étend sur le côté gauche de la cour. » La simplicité de ce dernier édifice, dit M. Decagny dans sa savante Notice sur le marquisat d Ëstourmel, ne saurait diminuer en rien l'intérêt qu'il offre à l'intérieur, surtout pour ia famille d'Estourmel ; car on y admire une des plus belles collections de portraits de famills, comme aussi le tombeau de Gilles d'Estourniel, au milieu d'une foule d'objets curieux et antiques, recueillis par le comte Joseph d'Estourmel dans ses fréquents et lointains voyages. Cette galerie est un véritable musée, que bien des villes pourraient envier à ce village isolé. Le château lui-même, dont hs proportions et les dépendances sont assez considérables, ne manque ni d'élégance, ni de dignité.» C'est à François-Louis, marquis

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d'Estourmel, qu'on doit la belle et large rue conduisant au château et l'élégante église du village. Aujourd'hui, le château de Suzanne est entièrement restauré et indépendamment de la curieuse galerie dont nous avons parlé plus haut, on peut y visiter encore la chambre de Fénelon, qui y résida souvent. Tels sont les principaux souvenirs se rattachant k cette habitation séculaire.

SUZANNE (SAINTE-), bourg de France (Mayenne), chef-lieu de canton, arrond. et à 34 kilom. E. de Laval, sur la rive droite de l'Erne; pop. aggl. 1,088 hab. — pop. tôt. 1,666 hab. Nombreux fours à chaux; tuileries, poteries, moulins à blé et à huile, tanneries, blanchisseries, papeteries. Ville fortifiée au moyen âge, Sainte-Suzanne était le siège d'une vicomte, Herbert II, vicomte de Beaumont, s'y retrancha en 1075 et harcela tellement les Anglais, par ses sorties et ses expéditions continuelles, que Guillaume le Conquérant fut forcé, pour y mettre un terme, de construire un fort d'où il pût le tenir en respect. Il n'en eut raison, néanmoins, qu'après lui avoir restitué les places de Beauinont et de Fresnay, qu'il lui avait indûment prises. Toutes les tentatives de Guillaume contre Sainte-Suzanne avaient échoué. En 1424, Ambroisede Loré y soutint plusieurs assauts contre le comte de Salisbury, qui finit par s'en emparer. Quinze ans plus tard, Jean de Bueil la reprit par escalade, et Charles Vil lui en concéda le gouvernement (1439). l,a vicomte de Sainte-Suzanne avait passé dès le xiie siècle, par mariage, à Raoul de Beaumont, fils aîné de Herbert II, cité plus haut. Elle appartint ensuite aux maisons de Brienne, de Chamaillart, d'Alençon et de Bourbon et, finalement, fut réunir; k la couronne lors de l'avènement de Henri IV.

— Monuments. Ce bourg, bien qu'ayant depuis plusieurs siècles cessé de jouer un rôle militaire, conserve encore sa ceinture de remparts. Ces remparts sont garnis de tours rondes et de bastions carrés. Mais la partie la plus curieuse est celle qui a été construite sur des fondations beaucoup plus anciennes, et même sur des débris de murailles, du genre de celles dont le cainp de Péran, en Bietagne, offre un exemple. Une sei'onde enceinte triangulaire environne le château. Deux tours en défendent la porte d'entrée et près d'elles s'élève le donjon, construction massive et carrée du xne siècle, ilanquée de contre-forts. Les murs, épais de 4 mètres et percés de meurtrières auxquelles on accède par des escaliers étroits pratiqués dans l'épaisseur même de la pierre, atteignent 40 mètres de hauteur. L'abandon de ce vieux château date du xvie siècle, époque où il fut remplacé par une construction régulière, mais sans caractère monumental.

A 2 kilom. N. de Sainte-Suzanne, au hameau des Erves, on rencontre deux remarquables dolmens formant en quelque sorte le centre d'un carrefour. Le. plus grand mesure 21 mètres de longueur sur 7 de largeur. Sept supports perpendiculaires soutiennent les deux tables, en décrivant une sorte d'ovale. Les deux pierres composant la table sont longues de 4 mètres, larges de 2 et épaisses de 110,50. Le second dolmen ne présente plus que sa table, longue de 3m,30, large de 2, et gisant sur le sol. La pierre du fond, encore debout, est contigué avee deux supports enterrés. A peu de distance des dolmens des Erves est un très-beau menhir eu grès, haut de 2m,66 environ.

SUZANNE (SAINTE-), ville de l'île de la Réunion, k 15 kilom. É. de Saint-Denis, sur la côte N.-E. de l'île; 6,128 hab. Plantation de cannes k sucre, café ; nombreuses sucreries. Le mouillage est autorisé dans la rade. Les premiers mangoustans de l'île de la Réunion furent plantés à Sainte-Suzanne, patrie du poëte Bertin.

SUZANNE (RIVIÈRE db SAINTE-) , un des principaux cours d'eau de l'Ile de la Réunion, le seul qu'on puisse remonter en bateau jusqu'à l kilomètre de son embouchure.

SUZANNE, femme juive de la tribu de Juda, épouse de Joachmi, qu'elle avait suivi à Babylone pendant la captivité. Deux vieillards, qui remplissaient les fonctions déjuges, conçurent pour elle une passion criminelle, et choisirent, pour ia lui déclarer, le moment où elle prenait un bain au fond de son jardin. L'ayant ainsi surprise, ils la menacèrent de la faire condamner comme adultère, s: elle refusait de céder à leurs désirs. Suzanne, aimant mieux mourir innocente que de vivre coupable, repoussa avec indignation ces vieillards impudiques. Alors les deux suborneurs appelèrent les gens de la maison', et soutinrent avoir surpris Suzanne avec un jeune homme. Elle fut condamnée à mort. Comme on la conduisait déjà au supplice, le prophète Daniel, très-jeune encore, fit suspendre l'exécution, et, interrogeant séparément les deux accusateurs : « Sous quel arbre, demanda-t-il, avez-vous vu commettre le crime? » L'un répondit que c'était sous un lentisque, l'autre, que c'était sous une yeuse. Ainsi convaincus de mensonge, les vieillards furent lapidés, et l'innocence de la belle et chaste Suzanne reconnue (606 av. J.-C).

Suumue (la chastb), pièce en deux actes, mêlée de vaudevilles, parRadet,Desfouuiines

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et Barré, représentée k Paris, sur le théâtre du Vaudeville, en 1794.

Joachimet sa femme Suzanne se félicitent de la bonne harmonie qui règne entre eux; pendant ce temps, deux juges qui convoitent Suzanne cherchent de concert les moyens de satisfaire leur passion- Ils se décident k l'attendre dans son jardin et de la suprendre au bain. Us font donc une visite à Joachim, qui veut les retenir k dîner; mais ils refusent, se retirent et vont se cacher dans le jardin. Suzanne ne tarde pas k y venir; elle s'apprête à prendre son bain, et envoie ses femmes chercher des parfums. Les juges profitent du moment où elle est seule pour lui déclarer leur passion, et menacent de l'accuser d'adultère, si elle ne cède k leurs coupables désirs ; mais leurs menaces ne l'intimident point; alors ils entreprennent de la violenter; elle appelle k son aide, on accourt, et les juges disent qu'ils l'ont surprisa avec un jeune homme. On la conduit au tribunal : sur les dépositions de ses accusateurs, elle est condamnée k être lapidée. Déjà on la mène au supplice, lorsque le jeune Daniel la rencontre, rappelle le peuple aux tribunes, prouve l'innocence de Suzanne, confond les juges, qui subissent la peine du talion. Cette pièce, dont le sujet est trop sérieux pour le genre du vaudeville, eut cependant un grand succès, dû, non pas précisément k des détails intéressants, à de très-jolis couplets et k l'ensemble de l'ouvrage, mais surtout k de fréquentes allusions politiques; on trouva de 1 analogie, dans un certain public, entre le jugement de Suzanne et celui de la reine, que le tribunal révolutionnaire venait d'envoyer k l'échafaud. Dans une scène où un des personnages prononçait ces mots : « Vous êtes ses juges, vous ne pouvez être ses accusateurs, « les bravos les plus frénétiques se faisaient entendre; des enthousiastes roya-' listes redemandaient la phrase jusqu'à trois fois; bientôt la curiosité amena de tous les points de Paris, au Vaudeville, une foule énorme, qui paya les places quatre fois leur valeur fixée; si bien que ce succès prit toutes les proportions d'uu événement politique; gros événement, en effet, surtout pour les valets soudoyés de ceux qui trouvaient moins dangereux d'émigrer. Le Comité révolutionnaire songea d'abord k défendre l'ouvrage; il se ravisa, et la Chaste Suzanne suivit le cours de ses représentations fructueuses.

Suaanue (la chaste), opéra-comique en 4 actes, paroles de Carmouche et F, deCourcy, musique d'Hippolyte Monpou; représenté sur le théâtre de la Renaissance, le 27 décembre 1839. Le livret est d'une inconvenance telle, que le public de la Renaissance ne l'a pu tolérer.

Au point de vue de l'inspiration musicale, l'opéra de la Chaste Suzanne est, à notre avis, le meilleur ouvrage lyrique d'Hyppolyte Monpou; nous signalerons une romance naïve et charmante de Daniel dans le premier acte ; la scène de l'accusation dans le second; l'air de Daniel, la symphonie du sommeil et de la vision dans le troisième acte. Le duo bouffe des vieillards, écrit pour deux basses, a de la verve et de l'originalité. Cette partition offre, comme toutes celles de Monpou, des inégalités et des bizarreries qui expliquent la sévérité des jugements qu'ont portés sur lui les connaisseurs; cependant il faut reconnaître qu'elle renferme des mélodies délicieuses et d'un cachet incomparable, telles que la phrase de Daniel intercalée dans le duo :

Comment, âans ma jeune âme,

Supporter à la fois

Ce tendre regard de femme, Le son charmant de cette voixï Les interprètes de cet ouvrage ont été : la haute-contre, La Borde ; la basse, Suzet ; Mm» AnnaThillon et Mlle Ozy.

Smaauo (la. chaste). Icooogr. La peinture, art essentiellement fait pour charmer les yeux, cherche toutes les occasions de nous offrir des sujets agréables, des scènes gracieuses, des formes séduisantes. Les peintres d'histoire, les plus graves de tous les peintres, représentent de préférence les événements qui leur permettent de mettre en scène des femmes plus ou moins décolletées, et il n'est pas jusqu'aux peintres de sujets religieux qui ne saisissent avec empressement l'occasion de montrer un beau sein, des épaules d'ivoire et des jambes faites an moule. La Bible a fourni et fournira longtemps encore aux artistes les moyens de peindre des nudités dont une mère dévota se croira autorisée k permettre la vue à son fils. Une des héroïnes bibliques les plus populaires , grâce k la peinture, est bien certainement la chaste Suzanne, qui se laissa surprendre au bain par deux vieillards, mais qui sut fort bien résister a leurs caresses. La plupart des peintres ont été d'accord pour donnera cette femme la beauté la plus voluptueuse et l'attitude la plus provocante ; il fallait bien prouver aux spectateurs que les vieillards étaient de fins connaisseurs ; et puis, le beau mérite d'être un dragon de vertu, quand on est laide ! Proudhon a tonné, avec sa véhémence habituelle, contre cette manière de représenter' La Chaste Suzanne : « Je n'examine pas, dit-il, si l'on doit s'en rapporter au récit biblique, qui veut que Suzanne, une femme du plus haut rang, un modèle de fidélité conjugale et de pudeur, se soit déshabillée toute nue en plein air,

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seule dans un jardin, pour se baigner. Je ne puis, quant à moi, me figurer Suzanne, pas plus que Lucrèce ou toute honnête femme de notre temps, se mettant en pareil état; toutes se voilent, se dérobent à leurs propres regards. Mais les femmes turques ou arabes en usent ainsi, même quand elles se baignent de compagnie. Je passe donc. Voici où commence ma critique. Il s'agit d'une histoire sacrée et d'un fait cité en exemple k la jeunesse, k toutes les femmes. Suzanne, en un mot, est une héroïne de chasteté, une sainte. S'il en est ainsi et que l'artiste ait compris son sujet, Suzanne toute nue doit inspirer le respect, et ne pas plus éveiller de pensés immodeste que la Vénus de Miio dans sa nudité surnaturelle. Alors on no comprend plus que les deux sénateurs qui l'observent, contenus l'un par l'autre, frappés dans leur conscience, osent faire leur proposition ; c'est impossible, c'est hors du cœur humain, il y a contre-sens. Ce viol k deux sur la personne de Suzanne devient incroyable, et je n'y crois pas. Mais nous sommes loin de 1k. Dans les mœurs orientales, dans ces délices trop vantées du harem, la femme qui se montre étant censée faire les avances, on est tenté d'applaudir aux deux corrupteurs, dont le seul tort en cette occurrence est de se montrer à deux, tandis qu'un seul eût pu réussir. C'est la brutalité des deux hommes qui fait ici la vertu de Suzanne ; j'y croirais davantage s'il n'y avait qu'un tête-à-tête. Pourquoi les artistes n'ont-ils seulement jamais soupçonné ces difficultés ? Pourquoi tant de tableaux représentant Suzanne au bain, une Suzanne qui, au lieu d'inspirer le respect, provoque le désir? C'est que les artistes, de moins en moins moralistes ou philosophes, ne cherchent plus dans les sujets qu'une occasion de peindre le nu, de montrer des femmes dans une attitude plus ou moins provoquante. «Eu définitive, c'est bien plus k la Bible qu'aux artistes que Proudhon fait ici le procès. Le sujet étant donné, nous ne saurions admettre que les interprètes ne soient pas tenus de se conformer au texte qui leur fournit leur sujet. Empressons-nous de reconnaître qu'en général ils ont bien rempli cette obligation.

On a vu au Louvre deux petits tableaux italiens du xve siècle (nos 156 et 157), divisés chacun en quatre compartiments où {'Histoire de Suzanne est représentée d'une façon trèsnaïve. Dans le premier compartiment, les vieillards rendent la justice,avec cette gravité dont les Tartufes de tous les temps savent si bien se faire un masque; puis la chaste Suzanne, vêtue k la mode du temps et escortée de deux suivantes, se rend au bain, sans songer k mal ; en troisième lieu nous assistons k la fameuse scène de la tentation, lout k l'honneur de Suzanne, qui cependant n'a pas l'air trop effarouché , et k la confusion des vieillards qui dardent sur la pauvrette leurs regards les plus lubriques; enfin nous avons le chagrin de voir l'honnête Suzanne arrêtée par ordre des sénateurs et conduite eu prison. Voilà pour le premier tableau. Le second nous montre successivement : Suzanne jugée par les deux vieillards ; Suzanne menée devant le tribunal de Daniel; Daniel jugeant ù Son tour les vieillards, et, comme dônoûment, la lapidation des deux céladons. La même histoire a été peinte par un artiste allemand du xvie siècle dans un tableau k six compartiments qui appartient au musée du Belvédère. Elle a été retracée par Aldegrever dans une suite de quatre planches gravées en 1855; la scène de la Lapidation des vieillards, peinte par le même maître, se voit dans la célèbre galerie Suermondt, k Aix-la-Chapelle. Une suite de six pièces gravées par Crispin de Passe le vieux et une de quatre pièces par Nicolas de Bruyn (1631) représentent les principaux épisodes de l'Histoire de Suzanne. Parmi les nombreux graveurs qui ont traité la scène du bain, il nous suffira de citer Lucas de Leyde, G. Penckz, Charles-Etienne de Laune, R. Boyvin, H.

Gottzius , Augustin Carrache , Michel Le Blond, Cl. -Th. Braen (d'après J. Matham), Antonio Triva, Teresa del Po, Fr. Chauveau, P. van Lisebetten (d'après J. Retto), Bernard Lens le vieux, J.-B. Corneille, J.-P. Norblin de la Gourdaine (1776), Anijeliea Kauffmann, J. Airam (d'après G.-B. da Lampi, 1803), P. Bonato (d'après G. Honthorst), J. Barra (d'après H. Goltzius, 1598), P. van Balbin (d'après Martin Pepyn), Colinet (d'après Phii. van Dyck), J. vaa Londerseel (d'après D. Viiickenboons), etc.

Les peintres italiens ont usé et abusé de la Chaste Suzanne. Paul Véronèse lui a consacré au inoins cinq tableaux : l'un, qui est au Louvre et dont nous donnons ci-après la description ; un second, dans la galerie de l'Académie de Saint-Luc, k Rome ; un troisième, au musée de Madrid, < composition tourmentée et invraisemblable, dit M. Viardot, mais dont, les défauts sont rachetés par l'irrésistible magie de la couleur ; ■ un quatrième, dans la galerie de Dresde ; un cinquième, dans la galerie Devonshire, en Angleterre, a été grave par E. Smith ; il y en aurait encore un sixième dans la collection Iarborough, mais M. Waagen a cru devoir le retirer au Véronèse pour le donner au Tintoiet. Celui-ci, d'ailleurs, avait déjà k son compte plusieurs Suzanne : une au Louvre, quia été gravée dans le recueil de Laudon (VILL, 1) et que nous décrivons ci-après; une autre dans la collection La Caze, qui fait également par-

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tie aujourd'hui do notre musée national; une troisième, au inusée du Belvédère, qui a été gravée par J. Maennl et qui mérite une mention toute spéciale, Car, bien qu'elle soit nue et de face, elle n'a absolument rien d'indécent; son corps, en partie éclairé et en partie dans l'ombre, se penche en avant avec une grâce ingénue; son visage, tourné vers l'un des vieillards, a une expression naïve d'étonnement et d'indignation. M. Viardot

Ïirétend qu'une Suzanne épiée par les vieilards, du musée de Madrid, est une des plus ravissantes créations de l'art, comme pensée, forme, expression, et qu'on ne peut réunir plus de modestie a plus de grâce, plus de pudeur à plus de séduction ; le calme parfait de cette belle jeune femme ne sert, d'ailleurs, qu'à mieux faire ressortir les agitations lascives des vieillards; le plus âgé maintient avec précaution le feuillage a travers lequel il s'est glissé et fait signe à son complice d'éviter le moindre bruit ; celui-ci, a genoux et appuyé sur un bâton, s'avance comme en rampant... Un second tableau du Guerchin sur le même sujet est placé au palais Pitti. Dans un tableau du Bronzino, qui fait partie de la galerie des Offices et qui a été gravé par Fr. Dequevauvifter, le mouvement de Suzanne n'est pas exempt de coquetterie : assise au bord d'un bassin, un genou relevé et un pied dans l'eau, le dos gracieusement courbé et la poitrine tournée vers le spectateur, elle ramène son manteau rouge sur ses blanches épaules, sed cupit anle videri ; on aperçoit dans le fond sa camériste, qui s'enfuit en échangeant des regards de connivence avec les deux sénateurs blottis derrière une colonne. 11 y a à la pinacothèque de Munich une gracieuse Suzanne au bain, par Annibal Carrache, qui a traité plusieurs autres fois ce même sujet en peinture et en gravure ; ses compositions ont été reproduites par d'autres graveurs, notamment par Gio-B, Mola, P.

Monaco, Edme Jeaurat, J. Maennl. Un remarquable tableau de Suzanne et les vieillards, qui a fait partie de la galerie d'Orléans et de la collection Angerstein, se voit aujourd'hui à la National Gallery ; il a été gravé par J.-H. Watt, par A.-L. Romanet, etc. La National Gallery possède aussi une Suzanne du Guide, répétition d'un tableau qui a fait partie du cabinet de Reynst et de la galerie du duc d'Orléans et qui a été gravé par Corn. Visscher, P. Beljambe, Th. van Kessel, etc. Pour en finir avec les peintres italiens qui ont été tentés par la Chaste Suzanne, nous citerons : Martino Altamonte (galerie du Belvédère), le chevalier d'Arpino (gravé par J. Bouillard, dans la Galerie d'Orléans), Giovanni Biliverti (galerie de l'Académie des beaux-arts, à Florence), Guido <Jagnacci (gravé par J.-F. Beauvarlet, dans le Cabinet du comte de Br&hl), le Corrége (tableau appartenant au château de Rosenstein et qui a été gravé, vers 1864, par J.-Ch. Thévenin), le Dominiquin (au palais Corsini, à Rome), l'Empoli (au musée du Belvédère), Luca Giordano (dans la galerie de Dresde, gravé par J.-F, Beauvarlet, et au musée de Madrid), P. -F. Mola (gravé par J. Jenkins), Domenico Robusti (galerie de Dresde), Bernardo Strozzi (palais Spinola, à Gênes), le Titien (gravé en 1586 par G.-B. de Cavalleri), etc.

L'école espagnole ne nous fournit qu'un assez petit nombre de Suzanne au bain. Une des plus remarquables, peinte par Murillo, fait partie de la collection Madrazo, à Madrid ; c'est une belle créature, voilant sa poitrine avec ses bras croisés et levant vers le ciel des regards sûrs d'elle-même, tandis que les deux vieux débauchés cherchent à lui faire comprendre les inconvénients de la résistance.

Les deux plus grands maîtres de l'école flamande, Rubens et Van Dyck, Bous ont donné des Suzanne très -expressives , qui sont placées à. la pinacothèque de Munich; elles méritent que nous leur consacrions des articles spéciaux. Celle de Rembrandt, que nous décrivons également ci-après, est belle surtout, par la lumière qui l'enveloppe. Les petits peintres de l'école hollandaise ont aperçu et mis en relief le côté égrillard de l'épisode biblique. Dans un tableau de W. Tan Mieris, qui est au musée de Bruxelles, Suzanne, près d'une fontaine ornée de la statue de l'Amour, se débat gentiment entre les bras des vieillards dont l'un lui tient le bras, tandis que l'autre arrache la dernière draperie qui la recouvre. Ce tableau a figuré successivement dans les collections Catalani , Kaikbrenner et Le Roy. Un très-joli dessin de Mieris sur le même sujet, colorié sur vélin avec un fini précieux et daté de 1691, a figuré à la vente Simon (1862). Un tableau d'Adrien van der Werff, daté de 1715 et qui a fait partie des cabinets Beunengen, de Brunoy, d'Orsay, Poullain, etc., représente Suzanne assise sur un tapis de velours bleu galonné d'or et surprise par les vieillards au moment où elle puise des parfums dans un vase d'argent; une pantomime expressive et une exécution minutieuse distinguent ce tableau, qui a été payé 4,300 francs à la vente Poullain, en ITilj et qui a été gravé par Avril l'aîné. Pour en finir avec les écoles du Nord, citons une petite Suzanne de Gottfried Schalken, payée 141 florins à la vente Van Eversdyke en 17G6, et une grande toile de l'Allemand PeV;r de Strudel qui est au musée de Dresde.

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La plus célèbre des Su-anne de l'école française est celle de Santerre, qni appartient au Louvre, qui a été gravée par Porporati, par Gandoîfi, par Beisson, etc. (v. ci-après), et qui nous a valu une curieuse dissertation de Guizot. Cet austère puritain a cherché à prouver que les peintres avaient eu tort de représenter l'héroïne biblique dépouillée de ses vêtements et prête à entrer dans le bain : » Il semble que rien dans le texte n'indique cette circonstance et qu'an contraire tout donne lieu de supposer que Suzanne n'avait point encore quitté ses vêtements. Ses jeunes filles venaient de sortir; la porte du jardin était à peine fermée, car les vieillards s'étaient hâtés sans doute de saisir le premier moment ; ils n'en avaient point à perdre avant le retour des servantes... Une femme riche comme Suzanne n'anra-t-elle pas attendu pour se déshabiller l'arrivée des femmes dont l'habitude lui a probablement rendu le service nécessaire ? D'un autre côté, l'entretien des vieillards avec Suzanne porte un caractère tranquille et raisonné , peu d'accord avec la situation où les supposent les peintres. Ces hommes lui expliquent leur dessein et le danger qu'elle court si elle leur résiste. Suzanne, en soupirant, leur dit : « Je suis » dans une grande angoisse; si je commets ■ ce crime, je suis digne de mort; et si je ne « le commets pas, comment échapperai-je à » votre vengeance? Mais il vaut mieux être » punie sans I'avoirmérité que de pécher con- « tre mon Dieu. » C'est là 1 expression triste, mais calme et résignée d'une situation cruelle; mais des sentiments bien plus violents, bien plus troublés agitent la pudeur exposée aux regards qui la poursuivent,.. • Il va sans dire que Santerre s'est conformé à la tradition commune et a peint sa Suzanne toute nue ; cette composition était son œuvre de prédilection, et il avait entrepris de la reproduire lui-même en marbre, mais Ja mort l'empêcha de mettre ce projeta exécution; il n'eut que le temps de faire un modèle en terre cuite, qui a appartenu au célèbre amateur Pierre Crozat.

Lagrenée a exposé au Salon de 1763 une Suzanne au bain, qui a été gravée par Helmann et que Diderot a louée en ces termes : o La Suzanne est placée à gauche, sur le devant; on la voit de face. A droite sont les vieillards, l'un derrière elle, l'autre à côté; ils sont bien groupés, et leurs têtes sont belles. Celui-ci lui dit du geste qu'ils sont seuls et loin de tout témoin ; l'autre lui caresse l'épaule d'une main. L'expression de la Suzanne est grande et noble. Elle dérobe sa gorge avec ses bras; l'autre retient des linges oui descendent et couvrent ses cuisses. Les chairs sont vraies, les séducteurs encore frais et verts.» Le malin critique s'empresse d'ajouter : « Avec tout cela, la chasteté de la belle Juive eût été encore mieux avérée s'il n'y en avait eu qu'un et qu'il eût été jeune. Mais ce n'est pas là le conte. » Diderot a décrit beaucoup plus longuement et apprécié plus éloquemment encore une Chaste Suzanne exposée par Carie Vanloo au Salon de 1765 : « Placée entre les deux vieillards, elle est penchée vers celui qui est à. gauche et abandonne aux regards de celui qui est a, droite son beau bras, ses belles épaules, ses reins, une de ses cuisses, toute sa tête, les trois quarts de ses charmes. Sa tête est renversée. Ses yeux, tournés ver le ciel, en appellent du secours... La belle figure ! La position en est grande; son trouble, sa douleur sont fortement exprimés; elle est dessinée de grand goût; ce sont des chairs vraies, la plus belle couleur, et tout plein de vérités de nature répandues sur le cou, sur la gorge, aux genoux. Ses jambes, ses cuisses, tous ses membres ondoyants sont on ne saurait mieux placés. Il y a de la grâce, sans nuire à la noblesse, de la variété sans aucune affectation de contraste... Plus de chaleur, plus de violence, plus d'emportement dans les vieillards auraient donné un intérêt prodigieux à cette femme Innocente et belle, livrée à la merci de deux vieux scélérats... » Il y a sans doute beaucoup à rabattre des éloges accordés par Diderot à cette Suzanne; aujourd'hui, elle paraîtrait bien molle d'exécution et un peu théâtrale dans son attitude. Ce fut la dernière production de Carie Vanloo ; à la vente de son atelier, qui fut faite après sa mort, elle atteignit le prix de 5,000 francs. Parmi les autres peintres français qui ont traité le même sujet, nous citerons J.-B. de Troy (gravé par Laurent Cars et par Avril l'aîné), Séb. Bourdon (autrefois dans le cabinet du baron d'Holbach), J. Blanchard (gravé par P. Daret), Laurent de La Hyre (autrefois dans la galerie Fesch), Simon Vouet (coll. La Caze, au Louvre), Louis Dorigny (musée de Bordeaux), Vien (gravé par Beauvarlet), J.-B. Forey (musée de Dijon). Ch. Le Brun a peint une Chaste Suzanne, qui a fait partie de la galerie Fesch, et une Suzanne accusée par les vieillards, qui était autrefois au Pillais de justice de Paris. Un tableau de NoEl Coypel représentant ce dernier sujet se voit au musée de Madrid, et un autre d'Antoine Coypel appartient au Louvre. Notre musée national possède également un tableau de Valentin, re- Ïirésentant V Innocence de Suzanne reconnue ou e Jugement de Daniel. Le même sujet a été peint par un Hollandais , Gerbrandt van Eeckhout, dont la composition a été gravée par W. Baillle. De notre temps, la Chaste Suzanne a été peinte par Eugène Delacroix,

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J.-J. Henner ( v. ci-après), N. Diaz, Th. Chassériau (Salon de 1833), Orner Charlèt (Salon de 1833) , Alex. Longuet (Salon de 1841), Jeanron (Salon de 1852), Bourbon-Leblanc (Expos, univ., 1855), Ch. Moench (Salon de 1857), A. de Boucherville (Salon de 1869), etc.

W Histoire de Suzanne a été représentée en bas-relief par Fr. Briot sur la panse d'une aiguière d'étain qui appartient au musée de Cluny (n° 1365). iDes statues de Suzanne surprise au bain ont été exécutées par P.-N. Beauvallet (Salon de 1810), Ph. Grass (Salon de 1850), J.-B.-P. Cabet (Salon de 1861 ), V. Hnguenin (Salon de 1859). Proudhon a dit de l'oeuvre de ce dernier : « La Suzanne de mon compatriote Huguenin, s'élançant indignée hors du bain aussitôt qu'elle se croit aperçue, n'est pas la femme molle qui s'abandonne à la Providence. Ses formes, légèrement carrées, sont d'un type très-ferme, très-beau et fort rare, type qui donne à tous l'idée de la femme forte et vertueuse. On sent qu'elle ne se taira pas devant la calomnie, qu'elle saura accuser et faire trembler ses accusateurs. Elle semble dire :■ Les lâches 1 » On a' envie de détourner les yeux en la voyant, tant sa dignité impose. Une beauté ainsi conçue se fait respecter tout de suite; on sent que la volonté, la prudence, la conscience, 1 énergie, tout est là. »

Snsnnne au bain, tableau du Tintoret; musée du Louvre. Ce tableau, qui, bien qu'incomplet, a été à cause de son importance placé dans le salon carré, est une fière et solide peinture d'une rare puissance de ton. A gauche, Suzanne, assise sous des arbres, près d'un bassin, pose le pied gauche sur le genou d'une de ses servantes, qui lui coupe les ongles ; une autre femme placée derrière elle lui peigne les cheveux. On aperçoit dans l'éloignement, à droite, les deux vieillards debout près d une table. Des grenouilles, des canards, une poule et une foule d'animaux se jouent dans l'herbe et sur l'eau. » Ce tableau fut peint, sans doute, pendant ces fièvres de travail, ces emportements d'exécution qui, dit M. Viardot, firent donner au Tintoret le surnom d'iï Furioso. • Mais on y reconnaît, au premier coup d'œil, le maître éminent qui ambitionnait de réunir le dessin de Michel-Ange et le coloris de Titien. Cette toile faisait partie de la collection de Louis XIV et a été gravée par Landon.

Suinnns au bain, tableau de Paul Véronèse ; musée del Rey, à Madrid. Suzanne debout près d'une vasque, entièrement nue et voilant à moitié ses charmes sous les plis d'une draperie en soie blanche brochée d or, est sollicitée par les deux vieillards. Au fond on voit un palais et des jardins. Santerre, Carrache, le Guerchin et d'autres peintres ont traité ce sujet avec un grand talent, mais aucun ne peut lutter avec celui-ci pour la fraîcheur des tons et la richesse de la couleur. Comme toujours, suivant le goût vénitien, Paul Véronèse a donné à ses personnages des costumes de convention. « La vertueuse Suzanne , dit Duchesne, ne paraît témoigner aucun mécontentement; elle semble s'expliquer avec tranquillité, et les vieillards ne paraissent pas non plus animés par une passion bien vive. » D'une autre part, ■ c'est, dit M. Viardot, une composition tourmentée, invraisemblable, où l'expression semble fausse de part et d'autre et comme intervertie, mais dont les défauts sont rachetés par l'irrésistible magie de la couleur, qu'il est difficile de porter à un plus haut degré de puissance. > Ce tableau a été lithographie par Paul Guiglielmi.

Suzanne on bain, tableau de Rubens, h la pinacothèque de Munich. La belle Israélite, assise sur un linge au bord de l'eau, se retourne avec effroi pour saisir ses vêtements ; un épagneul a éventé l'ennemi et accourt en aboyant ; l'un des vieillards regarde Suzanne à travers les branches d'un arbre; l'autre,

Elus rapproché , escalade la balustrade du assiu et tend la main vers la baigneuse. Celle-ci a les formes plantureuses et les carnations affectionnées par Rubens. « Eclairé par un coucher de soleil à travers les arbres et fait au premier jet, sans corrections, sans retouches, ce tableau, dit M. Viardot, est un des miracles du coloris. » Il a été gravé par P. Pontius.

Rubens a traité plusieurs fois ce sujet, notamment dans des tableaux que l'on voit au Palais -Royal, à Gênes, et au palais Bartolommei, à Florence, et dans un très-beau dessin au bistre, terminé à l'huile, qui appartient au musée du Louvre. Des compositions représentant Suranné surprise par les vieillards ont été gravées, d'après lui, par Michel Lasne, par Quirin Marck, par Lucas Vosterman, par Christophe Jegher, par Spruyt, par Simon.

Suzanne au bain, tableau du Guerchin, au musée del Rey, à Madrid. Le Guerchin a très-heureusement rendu le plus charmant épisode du livre de Daniel. Les deux juges du peuple, que peut-être à tort on représente toujours comme deux vieillards, bien que le titre d'anciens que leur donne la Bible s'applique plutôt à leur dignité qu'à leur âge, au moment de Burprendre la jeune femme dans son bain, s'arrêtent pour contempler cotte chaste beauté. Entièrement nue sur le bord d'un bassin, la femme de Joachim, rem-

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plie de grâce et de séduction, est à la fois pleine de pudeur et de modestie. « Je reprocherai cependant à Guerchin, dit M. Viardot, la coiffure de Suzanne ; elle semble avoir les cheveux coupés d la Titus, ce qui la rend moins femme que si de longues tresses tombaient sur ses épaules. Sauf ce léger défaut d'arrangement, le personnage de Suzanne est une des plus ravissantes créations de l'art, comme pensée, forme, expression ; et par l'éclat de la lumière, par la force vraiment incomparable du clair-obscur, le tableau tout entier est une des œuvres les plus prodigieuses du maître qui fut appelé par ses contemporains le Magicien de la peinture. Elle égale assurément la Sainte Pétronille du Capitole. •

Suzanne au bain, tableau de Van Dyck, à la pinacothèque de Munich. La chaste baigneuse, assise près d'une fontaine, les cheveux épars, le visage effaré, se penche vivement en avant pour se dérober a l'attouchement de l'un des vieillards qui lui a mis la main sur l'épaule, tandis que l'autre lui arrache la draperie rouge dont le bas de son corps est couvert, et lui fait un geste de menace. « Cette femme, dit M. Lavica [Musées d'Allemagne), pourrait être plus belle de visage et de forme, mais le peintre a su rendre d'une façon saisissante l'horreur dont elle est saisie et l'énergie de sa défense. > Ce tableau a fait partie de la galerie de Dusseldorf et a été gravé dans le recueil consacré à cette collection.

Suzanne (la. chaste), tableau de Valentin ; musée du Louvre, n° 583. Le jeune Daniel a mis au grand jour l'innocence de Suzanne ; c'est ce moment qu'a rendu Valentin dans son tableau. A gauche, Daniel, assis sur un trône et se tournant vers la droite, étend la main vers un groupe placé en face de lui et semble donner l'ordre à un soldat de s'emparer du vieillard le plus rapproché de Suzanne. Celle-ci, les mains croisées sur sa poitrine, est accompagnée de ses deux enfants, dont le plus jeune la tient par sa robe. Toutes les figures, à l'exception de vcelle de Daniel, ne sont nues que jusqu'aux genoux. Au dire des plus grands critiques, ce tableau assigne au peintre un rang distingué parmi les plus grands coloristes. En outre, l'action est forte et animée, comme il convenait à ce pinceau énergique. Le vieillard ie plus rapproché de Daniel semble se récrier contre sa condamnation. La brutale passion dont il fut animé se révèle encore sur le visage du second accusateur, dont les soldats vont s'emparer. Quant à la chaste fille d'Helcias, si elle n'offre point à nos yeux une beauté accomplie, en revanche elle présente à notre admiration des traits empreints de candeur et d'innocence, et ses deux enfants sont dignes du Dominiquin. Le bras de Daniel, dit-on, est lourd et semble dessiné avec négligence, mais on s'accorde à considérer les mains, presque toutes en raccourci, comme des chefs-d'œuvre de vérité ; le ton général est ferme, chaud comme ceux des maîtres vénitiens, vif et habilement varié; on voit enfin dans les chairs l'expression de la vie, et l'on admire avec quel art Valentin a su passer des teintes légères et transparentes aux ombres les plus fortes.' Ce tableau, qui faisait partie de 1 ancienne collection, a été gravé parE.-G. Kruger dans le Musée français.

Suzanne au bain, tableau de Rembrandt, au musée de La Haye. Debout, un peu courbée en avant, Suzanne retourne vers le spectateur son visage qu'encadre une abondante chevelure rousse ; de Ja main gauche, elle ramasse vivement une draperie blanche, et elle ramène son bras droit devant sa poitrine, par un mouvement de surprise et d'effroi. Un de ses pieds est chaussé d une sandale brune, l'autre est nu ; elle a un collier et des bracelets de perles et une ferronnière d'or sur le front ; derrière elle, on ajperçoit sa robe rouge et sa chemise qu'elle vient de quitter, au bord de l'escalier du bassin, une aiguière d'or sur une pierre sculptée. Le visage de l'un des vieillards apparaît, au fond, k travers un feuillage sombre, et, sur la gauche, s'élève un palais d'architecture bizarre. « Tous ces entourages, dit Vf. Biirger, sont très-sacrifiés pour faire valoir la figure nue et lumineuse, qui n'est pas laide du tout et rappelle un peu la femme aux cheveux d'or du musée de Paris (n° 419). Peut-être bien est-ce le même modèle... Cette Suzanne, que Smith appelle ■ une production très-finie, » est, à la vérité, dessinée et modelée' avec soin, mais chaudement colorée, dans une gamme de tons roux qui monte du marron d'inde k l'orange. » Le tableau, daté de 1632, n'a guère plus de 1 pied et demi de haut. Reynolds, qui le vit dans la galerie du prince d'Orange en 1781, le considérait comme une étude pour une composition de plus grande dimension qu'il possédait lui-même et qui a été gravée par R. Earlom,

Suzanne curprfze parlez vlelllartfa, tableau

de Théodore Chassériau, « La belle jeune femme est entrée jusqu'aux genoux dans le bassin d'une fontaine abritée par l'ombrage opaque d'un figuier aux larges feuilles. Bien qu'elle se croie seule, elle n'a pas laissé tomber tout à fait sa draperie. On dirait que son corps pudique frissonne sous les regards ardents des vieillards cachés derrière les racines monstrueuses de l'arbre. Ses cheveux blonds, entremêlés de fils de perles, glissent

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sur ses épaules de sa tête, qui se penche avec uu mouvement de biche craintive; quelques rayons criblés par les ramures caressent les formes charmantes de son torse, argenté dos reflets tremblants «le l'eau. » Le tableau, si poétiquement décrit dans ces lignes que nous empruntons à Th. Gautier, a paru pour la première fois au Salon de 1839 et a été réexposé en 1855.

Suïnnne (r,A chaste), tableau de M. Henner. Une femme nue, aux formes un peu épaisses et à la physionomie impassible, assise au bord d'un bassin sur un banc de pierra que recouvrent en partie une draperie blanche et une draperie jaune, telle est la figurî que M. Henner a baptisée du nom de Suzanne, Pour justifier ce titre, deux vieillards montrent, à travers des arbres, dans le fond du tableau, leurs visages indécis. En réalité, il n'y a la qu'une simple étude de femme déi;habillée, mais on ne peut moins faire d'y admirer la finesse du modelé et la forte harmonie du coloris. Beaucoup de Suzanne ne sont pas plus pathétiques et sont loin d'offrir les mêmes qualités d'exécution. Ce tableau est le dernier envoi de Rome (1864) qu'ait fait M. Henner; il a figuré au Salon de 18C5 et a reparu à l'Exposition universelle de 1867. Il est la propriété de l'Etat.

SUZANNE (sainte), martyre chrétienne, morte l'an 295, sous le règne de Dioclétien. Elle était, d'après les hagiographies, fille d'un prêtre nommé Gabinius et que l'Eglise catholique vénère comme saint, nièce du papeCaïus et parente de l'empereur Dioclétien. Les bollandistes et Baronius racontent que, l'empereur ayant voulu la marier a son fils adoptif Maximien, lajeune fille, loin d'être éblouie par l'éclat d'une pareille union, déclara que depuis longtemps elle avait fait vœu de chasteté et qu'elle ne saurait surtout devenir la femme d'un païen. Après l'avoir longtemps supplice, l'empereur menaça et finalement condamna la rebelle comme chrétienne et convaincue d'impiété envers les dieux de l'empire. Elle eut la tête tranchée. L'impératrice fit retirer son corps la nuit, l'embauma et l'ensevelit de ses mains.

La seule femme de Dioclétien est Prisca, mère de Valérie. Les écrivains ecclésiaïiti- ■ ques disent, en effet, que Prisca avait embrassé le christianisme ainsi que sa tille ; mais lorsque Dioclétien fut élevé à l'empire, elle dut apostasier et sacrifier aux idoles pour donner l'exemple. Aucun des faits avancés par les historiens de l'Eglise sur Prisca et sur sainte Suzanne n'est confirmé par des documents authentiques. La seule chose certaine, c'est qu'on éleva au ve siècle, à Rome, une église dédiée à sainte Suzanne, où l'on montre son tombeau et ses reliques. Elle subsiste encore aujourd'hui au quartier du Mont- Quirinal, où elle est accompagnée d'un monastère que possèdent les religieuses bernardines, et sert de titre a un cardinal-prêtre. Les Espagnols prétendent aussi avoir le corps de sainte Suzanne, qui aurait été transporté de Rome en Portugal, à Bvaga, où on lui avait bâti une église, puis à Compostelle, où il fut reçu l'an 1102 par l'évêque D. Diego, qui fit solennellement la cérémonie le 16 décembre ; ou le plaça dans l'église du Saint- Sépulcre, appartenant aux templiers, appelée depuis du nom de Sainte-Suzanne et qui est encore une paroisse de la ville.

Smunne, roman d'Edouard Ourliac (1340), un des meilleurs ouvrages de cet écrhain, enlevé aux lettres au moment où il donnait la vraie mesure de son talent. Comme idée, ce roman n'est pas sans quelque ressemblance avec Ceci n'est pas un conte, de Diderot, avec une nuance de plus de sensibilité. Ourliac y a mis aux prises l'amour d'une comédienne, Suzanne, avec le cynisme et la dépravation d'un, débauché, La Reyuie. L'action est si réelle, les personnages soat si vrais, qu'on a dit que l'auteur avait mis en scène une de ses aventures personnelles et qu'il s'était peint sous le masque de La Reyuie.Onapeine à ad mettre qu'il se soit vu aussi en laid. » Quand on dit que l'abbé Prévost s'est peint dans Des Grieux, dit Ch. Moniselet, George Sand dans Indiana, Ourliac dans La Reynie,on se trompe ; ne dites pas qu'ils se soin peints, dites qu ils se sont rêvés. «Balzac, dans la Hevue parisienne, s'est occupé deSuzanne et en a fait un parallèle critique avec Ceci n'est pas un conte. La Reyuie, après avoir séduit Suzanne, lui avoir fait chasser de chez elle un gentilhomme qui en émit vraiment épris, la force de quitter le théâtre, la réduit à la misère et, moins conséquent que le héros de Diderot, revient à elle, mû par une sorte de sentiment religieux, pour Fepouser. Suzanne meurt et La Reynie se fait prêtre. En ceci, Ourliac est moins vrai que Diderot, et Balzac fait remarquer aveu raison que les drôles de ^'espèce de La Reynie ne mettent pas sur la paille une comédienne charmante, applaudie, fêtée, riche comme Suzanne; c'est pour eux, dit -il, comme une auberge où ils peuvent attendre .es hasards de la vie parisienne et réaliser .33 rêves de leur ambition. Ils se gardent bien de l'anéantir. Mais malgré tout, dans Suzanne, ce fantastique personnage de La Reynie, avec ses inconséquences singulières, est d'un grand effet. • Certes, dit Balzac, on sera content d'avoir lu un volume où l'on rencontre des scènes comme celle où Susaiine ruinée, sans asile et sans pain, trouve

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