‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 840 sur 1059 · S Y NO · texte numérisé non relu

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A cette dernière époque, ces assemblées se tenaient régulièrement , plusieurs fois la semaine, dans toutes les villes de lu Palestine, et Jérusalem possédait à elle seule, dit-on, 480 synagogues pour la tenue des synodes; il est permis de croire qu'il y a dans ce chiffre une exagération. Jésus allait aux synodes comme les autres Juifs et y demandait parfois à lire un passage de l'Ecriture, qu'il interprétait ensuite et auquel il ajoutait une prédiction.

Depuis cette époque, les Israélites ont continué, autant q<i il leur a été possible , de tenir leurs synodes et en ont, sur certains points, modifié la tenue. A Paris, ceux qui ont lieu- dans les deux synagogues ressemblent beaucoup aux anciens; on y lit et interprète les Ecritures; il s'y engage même parfois des controverses. Les juifs d'Orient ont aussi leurs synodes; ils ne se tiennent ni dans des villes ni même à couvert; on les rencontre le plus souvent sur le bord des fleuves; on les appelait autrefois proseuques.

— Saint synode de l'Eglise russe. L'institution de ce grand conseil permanent, qui représente l'autorité souveraine en matière religieuse dans l'Eglise schismatique grecque de l'empire russe, remonte à 1723. Ce conseil, dit M. Feuilleret, i est composé de métropolitains, d'archevêques, de deux protopresviters, dont un confesseur de l'empereur, d'un procureur général, de secrétaires, de protoeolistes, etc. Il siège à Saint-Pétersbourg. Il dirige les affaires spirituelles de l'empire et les affaires financières de l'Eglise ; son autorité s'étend sur tous les prélats, comptoirs synodaux et consistoires, sur les prêtres et sur les Eglises. Il a la haute surveillance des ouvrages ou traités religieux et delà censure ecclésiastique. Il jouit aussi d'une juridiction très-étendue en matière civile, et notamment dans toutes les causes matrimoniales. Mais ce saint synode n'est en réalité qu'une administration séculière, uu rouage administratif, un agent souverain du

Fouvoir temporel, pour tout ce qui regarde Eglise. Le procureur suprême qui le dirige représente l'empereur; il transmet les ordres de Sa Majesté ; les dignitaires du synode ne font que les consacrer et obéir. > C'est ainsi qu'est organisée, à son sommet, l'Eglise russe depuis que Pierre le Grand abolit le patriarcat de Moscou en 1721.

Synodes natlouapx de* Eglise* réformée* de France (HISTOIRE DES), par G. de Félice

(Paris, 1864, 1 vol. in-12, chez Grassart). Les Eglises réformées de France adoptèrent, dès leur origine, le gouvernement représentatif. Au sommet de leur organisation se plaçait le synode général, dont les décisions touchant la discipline et le dogme étaient souveraines. Raconter l'histoire des synodes nationaux, c'est donc raconter l'histoire des Eglises réformées de France, leur vie intérieure, leur développement et leurs variations; c'est raconter 1 histoire de l'Eglise protestante.

Malgré tout ce qu'on a pu prétendre, M. de Féiice assure que les assemblées synodales furent presque toujours inspirées par l'esprit de tolérance, et que, même dans les controverses les plus âpres , leurs membres apportèrent des sentiments d'équité et de conciliation seuls aptes à prévenir de grands déchirements. Si parfois leurs résolutions nous blessent, il faut d'ailleurs tenir compte de la différence des temps, des moeurs et des idées.

> Ils ont pu se tromper dans les applications, mais l'esprit qui les anime est essentiellement religieux. «

A la manière dont l'auteur plaide les circonstances atténuantes en faveur des synodes, nous voyons bien que nous avons affaire, bien qu'il s'en défende, à un panégyriste plutôt qu à un historien. C'est qu'en effet M. de Félice n'écrit pas seulement son livre ad narrandum; il se propose uu autre but. 11 voudrait faire connaître aux protestants l'organisation traditionnelle de leur Eglise poulies engager à demander au gouvernement le rétablissement des synodes ; cette histoire n'est donc, à la bien considérer, qu'une arme fournie aux partisans de l'orthodoxie dans la lutte qui divise de nos jours les Eglises réformées de France. Composé dans de pareilles conditions , un livre ne saurait avoir l'impartialité qu'on est en droit d'attendre d'un écrivain désintéressé. L'auteur sera toujours tenté de voiler les fautes, d'adoucir les violences, de dissimuler enfin tout ce qui serait de nature à détourner des synodes l'esprit de ses lecteurs ou les intentions du gouvernement. Cependant , lorsqu'on voit des hommes comme Ramus, Duplessis-Mornay , Amyraut censurés plus ou moins directement par ces synodes, lorsqu'on voit le synode d'Alais rendre obligatoire pour tous les pasteurs et anciens, nonseulement la signature de la confession de foi de La Rochelle, mais encore des canons du synode de Dordrecht, ce qui est attesté par le livre même de M. de Félice, sans parler des condamnations portées contre les sociniens, on se demande ce qu'il faut penser de cette tolérance tant vantée des synodes nationaux. Et lorsqu'on voit ensuite que les synodes ne peuvent ni s'assembler ni délibérer que sous la surveillance du pouvoir, lorsqu'on voit que tous les objets soumis à la délibération de l'assemblée doivent être approuvés auparavant par tes représentants de

► autorité civile, on se demande encore ce

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qu'il faut penser de l'indépendance des synodes vis-a-vis de l'Etat et si l'Eglise ne serait pas, en définitive, plus libre dans une organisation où elle n'aurait pas, il est vrai, de synode, mais où ses consistoires se réuniraient sans autorisation et délibéreraient loin des regards de l'autorité.

SYNODE s. m. (si-no-de — du préf. syn, et du gr. odous, dent). Ichthyol. Genre de poissons, rejeté comme peu naturel, et dont l'espèce type vit dans les mers d'Amérique : Le synode a quelque ressemblance avec l'espèce d'ésoce appelée renard marin. (Y. de Boinare.)

SYNODIESs. f. pi. (si-no-dt — rad. synode). Rentes payées autrefois k l'évêque par le curé.

SYNODIQUE adj. (si-no-di-ke — gr. sunodikos; de sun, avec, et de odos , route). Se dit des révolutions des planètes, ou du temps qu'elles mettent à revenir en conjonction avec le soleil : La révolution synodique de notre satellite est d'environ vingt-neuf jours, (Fr. Arago.) H Mois synodique. Révolution synodique de la lune. Il Année synodique, Temps que met la terre k revenir en conjonction avec une planète. Il Mois synodique, Temps qui s'écoule entre deux nouvelleslunes consécutives.

— Dr. canon. Se dit des lettres écrites, au nom des conciles, aux évêques absents, et qui traitaient de la foi.

— b, m. Recueil des décisions des synodes. SYNODIQUEMENT adv. (si-no-d^ke-man

— r;td synodique). En synode : Prêtres convoqués SYNODIQUEMENT.

SYNODITE s. m. (si-no-di-te — rad. synode). Hist. relig. Religieux vivant en communauté.

SYNODONTE s. m. (si-no-don-te — du préf. syn, et du gr. odous, dent). Ichthyol. Syn. de schal.

SYNŒCIES s. f. pi. (si-né-sl — gr. sunoikia; de sun, avec, et de oikia, maison). Antiq. gr. Fête qu'on célébrait k Athènes.

— Encycl. La fête des synœcies se célébrait le 16 du mois hécatombéon; elle avait été instituée, dit-on, par Thésée, afin de perpétuer la mémoire de la concentration du gouvernement des bourgs de l'Attique à Athènes, c'est-à-dire la fédération des diverses tribus sous les mêmes lois. On a peu de renseignements précis sur cette fête ; Meursius n'en a dit qu'un mot, Castellanus nlest pas beaucoup plus explicite. Thucydide est le plus ancien auteur qui en ait parié ; il la mentionne, parce que, au début de la guerre du Péloponèse, les tribus rurales, ayant été obligées de se réfugier dans Athènes, offrirent comme un second exemple de fédération.

L'Attique, dans l'origine, n'était habitée que par des cultivateurs et des éleveurs de bestiaux, groupés autour d'une douzaine de bourgades, qui devinrent plus tard les douze villes. Comme ces bourgades n'avaient rien à craindre, elles n'envoyaient pas de députés au roi pour délibérer sur leurs intérêts communs ; chacune se gouvernait elle-même ; on en vit même prendre à l'occasion les armes contre leur prince ; c'est ainsi qu'Eleusis, sous la conduite d'Eumolpe, fit la guerre à Erechthée. Thésée cassa les sénats et les archontes de toutes les villes, les réunit tous à Athènes, et il n'y eut plus dès lors qu'un sénat et qu'un prytanée. On conçoit aisément que les Athéniens aient voulu perpétuer, par la célébration d'une fête, le souvenir d'une fédération de laquelle on peut faire dater la prospérité de leur ville.

Plutarque a aussi parlé de ces fêtes, mais il les nomme métècies, et quelques savants, entre autres Berkélius, ont incliné à croire qu'il y avait deux fêtes portant des noms différents; Paulmiera pensé que celles que l'on appelait synœcies, du temps de Thucydide, étaient appelées métècies du temps de Plutarque. Méziriae aime mieux voir une faute de copiste dans Plutarque. En toutcas, Thucydide et Plutarque désignent évidemment la même fête, car Plutarque dit que les métècies se célébraient après les petites panathénées, le 16 du mois hécatombéon, et c est précisément le jour qu'assigne aux synœcies le scoliaste d'Aristophane. On doit doue conclure que cette fête s'appelait indifféremment synœcies ou métècies. Ce jour-là, on sacrifiait à la Paix; mais, comme il n'était pas permis d'ensanglanter l'autel de la déesse, la victime était égorgée hors de son temple. Le scoliaste de Thucydide prétend que les syncecies avaient lieu au mois métagitnion ; mais il est évident qu'il a confondu les syncecies avec les métagitnies, fête instituée pour rappeler le souvenir de l'incorporation de la bourgade mélite dans la Diomie, et qui, par conséquent, n'a rien de commun avec les synœcies.

SYNOÏQUE s. m. (si-no-i-ke — du gr. sunoikeà, j'habite avec). Moll. Genre d'ascidies composées, dont l'espèce type a été trouvée sur les côtes du Spitzberg.

SYNONYME adj. (si-no-ni-me — d'un type grec suuonumos ; de sun, avec, et de onuma, ou onoma, nom, le même que le latin nomen et le sanscrit nàman, nom). Qui a la même signification ou une signification presque identique : Aimer et chérir, dispute et contestation, sont des mots synonymes, sont ter-

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mes synonymes, sont synonymes. (Acad.) Quand on examine de près la signification des termes, on remarque qu'il n'y en a presque point qui soient entièrement synonymes entre eux. (Fén.) Il y a des mots synonymes en plusieurs cas, qui cessent de l'être dans d'autres. (Volt.) Oit est convenu d'appeler synonymes des mots dont le sens a plus de rapports que de différence. (Boissonade.)

— Qui désigne un même objet : Chez plusieurs, savant et pédant sont synonymes. (De Bruy.) Dans le dictionnaire des grands, faible et opprimé sont synonymes. (Chainpfort.) La justice est synonyme d'habileté, en matière de crédit. (M™6 de Staël.) L'avarice et l'égoïsme sont synonymes dans le langage du peuple. (Théry.) Droit et justice sont synonymes. (Ficquelmont.) Bien faire et faire du bien & soi-même ne sont pas synonymes. (Mesnurd.) Hâbleur, chasseur, Gascon sont chez nous des mots synonymes. (Toussenel.) Autorité militaire et dictature sont synonymes parmi nous. (A. de Broglie.) Luxe est synonyme de progrès, (Pioudh.) Chez les anciens, étranger était synonyme (l'ennemi, (De Bonald.) Le communisme, dans la science comme dans la nature, est synonyme de nihilisme. (Proudh.) La morale n'est pas synonyme de l'art d'être heureux. (Renan.) Aujourd'hui encore, en Egypte, te terme de philosophie est une injure et synonyme d'impie. ( Renan. ) C'est notre honneur et notre consolation dans les mauvais jours que le nom de la France à l'étranger soit synonyme de celui de la liberté. (T. Delord.)

— s. m. Mot synonyme : Les esprits médiocres ne trouvent point l'unique expression, fit se servent de synonymes. ( La Bruy. ) Les vrais synonymes nuisent beaucoup à la clarté du langage. (L. Pinel.) Il n'y a point de SYnonymes parfaits dans les langues. (Lamotte.) Il n'y a point dans tes tangues perfectionnées de synonymes rigoureusement exacts, (Boissonade.) L'hébreu possède pour les choses naturelles et religieuses une ample moisson de synonymes. (Renan.)

— Bibliogr. Synonymes, Ouvrage où l'on rapproche les termes synonymes, pour indiquer les nuances de sens qui les distinguent : Les Synonymes latins de Gardin Dumesnii. Les Synonymes français de Girard, de Veauzée, de Lafaye,

— Hist. nat. Nom différent, servant à désigner le même être : La multitude des synonymes est une des grandes difficultés de l'histoire naturelle.

— Encycl. Gramm. La plupart des grammairiens disent qu'il ne peut exister de synonymes parfaits, c est-a-dire ayant exactement la même signification; ils soutiennent que, lorsqu'on se rend bien compte de la valeur propre des mots les plus rapprochés par le sens, on finit toujours par trouver entre eux des différences, qui, à la vérité, peuvent quelquefois être bien légères. Qu'il y ait toujours quelque différence, cela ne peut être nié ; mais que cette différence porte sur le sens ou la valeur des mots, cela nous parait contestable. Par exemple, quelle différence peut-on trouver dans la signification des mots presqu'île et péninsule? Aucune. Seulement, le premier appartient plus complètement à la langue française ; le second est plus latin, au moins par ses racines directes, et il s'applique ordinairement k des lieux qui ont reçu des Romains leur première dénomination. De même, il serait bien difficile de dire en quoi les mots mâche et doucette, rectangulaire et orthogonal se distinguent sous le rapport du sens; les personnes qui les emploient, les circonstances dans lesquelles on s'en sert, sont différentes, mais le sens est le même. Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître que, s'il existe quelques synonymes parfaits, le nombre en est très-restreint, et la plupart des synonymes se distinguent les uns des autres par des nuances de sens, quelquefois fort délicates, que tout écrivain doit connaître s'il veut écrire purement sa langue.

Des travaux forfimportants ont été publiés sur les synonymes. On a distingué des synonymes à radicaux divers et des synonymes à radical commun différant seulement entre eux par des préfixes ou dçs terminaisons; on a même rangé parmi les synonymes des locutions qui se distinguent pur certaines formes grammaticales, par certaines prépositions, par la dispositions des mots. Toutes ces distinctions sont utiles, on ne peut le nier; mais elles sont plutôt du ressort de la grammaire que de la synonymie proprement dite. Les synonymes à radicaux divers et les plus importants parmi ceux qui se distinguent par des préfixes ou par la terminaison, voila le véritable domaine de la synonymie. Nos lecteurs savent que tous ces synonymes ont été rapprochés et comparés avec soin dans des articles spéciaux répandus dans tout le cours du Grand dictionnaire, et que l'ordre alphabétique permet de retrouver avec la plus grande facilité.

Il arrive quelquefois, dans le langage parlé Ou écrit, qu'on emploie de suite plusieurs mots synonymes, soit pour donner plus de force à l'expression, soit pour la rendre plus claire ou plus précise, comme l'a fait Massillon dans cette phrase ; • Toute ma vie n'a été qu'un travail, qu'une occupation continuelle. • La règle a suivre en ce cas consiste k passer toujours d'une expression plus faibleà une expression plus forte, ou d'une ex-

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pression moins exacte à une expression plus vraie, comme on le voit encore dans cette phrase : « Le sublime est ce qui fait qu'un ouvrage enlève, ravit, transporte. ■ Lorsque cette règle est violée, on risque de tomber dans une ridicule tautologie ; c'est ce qui arriverait, par exemple, sj l'on disait : « Les corps, après la mort, sont réduits en cendre et en poussière; » ou bien : ■ Les suites de cette maladie sont & redouter et à craindre. ■ Nous terminerons cet article sur les synonymes par quelques anecdotes :

Saint François de Sales ayant été obligé de conférer, pour une affaire de piété, avec une dame de la cour, quelqu'un lui demanda ensuite si cette dame était belle ; le saint répondit qu'il n'en savait rien. < Et ne l'uvezvons pas vue? repartit le questionneur. — Oui, dit-il, je l'ai vue, mais je ne l'ai pas regardée. »

Louis XIV détestait la lecture. Un courtisan, cour le flatter, lui disait qu'il n'avait lui-même jamais mis le nez dans un livre. Le roi répéta le propos au comte de Thiars, qui lui dit : • Cela n'est pas vrai; mais c'est vraisemblable. >

Piron, se trouvant en loge à l'Opéra, à côté d'une femme de la réputation la plus suspecte, et qu'il connaissait bien, ne cessait de jeter des yeux malins sur elle. Celle-ci, enfin, s'en impatiente et dit au poëte avec humeur : « M'avez-vous assez considérée? — Je vous regarde, reprit gaiement Piron, mais je ne vous considère pas, »

» * Lors de l'entrevue de Tilsitt, où Alexandre I»r et Napoléon se présentèrent réciproquement les personnages marquants de leurs etats-majors, Napoléon demanda quel était le général qui avait commandé la cavalerie russe dans la dernière affaire : • Je, sire, > répondit un des aides de camp d'Alexandre, Un sourire se dessina sur les lèvres des officiers de Napoléon, qui le réprima aussitôt par cette réponse : ■ Général, vous ne maniez peut-être pas très-bien la langue française ; mais vous vous entendez admirablement b. faire manœuvrer vos troupes. • * * »

Un Allemand, dit-on, apprenant le français, vit dans son dictionnaire que juste et équitable étaient synonymes. Il essaya des bottes qui le gênnient. n Vous m'avez fait, dit-il à son cordonnier, des bottes qui sont par trop équitables. >

Un déçuté , littérateur et fonctionnaire , venait d'être appelé à de nouvelles fonctions. Soumis & la réélection, il demanda k un des principaux électeurs Je son arrondissement s'il pensait qu'il serait renommé. « Renommé! C'est possible, répondit celui-ci, si vos œuvres, que je n ai pas l'honneur de connaître, le permettent, mats réélu, non. »

Synoyiueafraneal*, par l'abbé Girard (171S). Cet ouvrage- parut d'abord avec moins de développements sous le titre de : Justesse de ta langue française. Plusieurs écrivains français antérieurs à l'abbé Girard, tels que Ménage, Bouhours, Vaugelas, La Bruyère, Audry de Boisregard, avantageusement connus par leurs observations et leurs remarques fines et judicieuses sur la langue française, marchant sur les traces des anciens, s'étaient occupés en plusieurs occasions des synonymes de notre langue et en avaient assigné les différences et la véritable signification avec assez de succès. Mais ce n'étaient que des matériaux épars et sans ordre, et comme jetés au hasard, qui n'attendaient qu'une main habile et industrieuse qui pût les rassembler et en former un corps. L'abbbé Girard entreprit le premier de généraliser des remarques particulières et de répandre la lumière dans le système entier de la langue. 11 se fit k lui-même une manière de voir et de démêler les nuances distiuclives des synonymes. Les exemples qu'il avait sous les yeux ne servirent tout au plus qu'à lui montrer sa lâche. Il la remplit sans copier personne et fut k lui-même son modèle. Son ouvrage fut regardé connue un livre classique et fixa l'attention des savants, dont plusieurs jugèrent l'auteur, qui se présentait avec ce seul ouvrage, digne d'être admis k l'Académie. • Le Dictionnaire des synonymes, dit Voltaire, subsistera autant que la langue et servira même k la faire subsister. ■ L'ubbé Girard possède toutes les qualités du ^enre, qui sont là clarté, la précision, le bon choix des exemples, la pénétration et le discernement. Il lui arrive toutefois, comme le fait remarquer avec raison Dumarsais, de manquer de logique, de commettre des erreurs historiques et de faire des distinctions ds fantaisie ; mais, le plus souvent, il sait discerner les nuances avec finesse et les exprimer avec élégance. Donnons pour exemple cette courte citation sur les mots àhoisir et faire choix : • Choisir se dit ordinairement des choses dont on veut faire usage ; faire choix se dit proprement des personnes qu'on veut élever k quelque dignité, charge ou emploi. Louis XIV choisit Versailles pour lieu de su résidence ordinaire ; et il fit choix du maréchal de Villeroi pour être gouverneur de son

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petit-fils Louis XV. Le mot choisir marque plus particulièrement la comparaison qu on fait de tout ce qui se présente pour connaître ce qui vaut lo mieux et le prendre. Le mot de faire choix marque plus précisément la simple distinction qu'on fait d'un sujet préférable aux autres. Les princes ne choisissent pas toujours leurs ministres; on n'a pas fait choix en tout temps d'un Colbert pour les finances, ni d'un Louvois pour la guerre. > Impossible de mieux poser la règle et de mieux choisir les exemples à l'appui. C'est la méthode ordinaire de l'abbé Girard, et l'on peut dire que, partout dans son livre, il donne l'exemple en énonçant le précepte.

Synonyme* r*fm«atn, par l'abbé Roubaud (1775). L'abbé Girard avait indiqué la voie aux synonymistes ; il ne manqua pas d'imitateurs dans le genre qu'il avait, pour ainsi dire, créé. Diderot, d'Alembert, Duclos, Dumarsais, l'abbé Roubaud, et, de nos jours, MM. Guizc-t et Lafaye, pour ne nommer que les plus connus, s'y essayèrent avec plus ou moins de succès. L'abbé Roubaud surtout développa dans un ouvrage fort étendu les ressources d'une érudition profonde, et se distingua par les recherches étymologiques au moyen desquelles il expliqua les nuances des synonymes. On peut même lui reprocher d'avoir abusé des racines et des étymologies, et d'avoir multiplié des exemples et des dissertations qui ne sont pas essentiellement liées au sujet. Nous lui reprochons encore d'avoir trop cherché, dans ces racines et ces étymologies, les nuances, oubliant ainsi, malgré de nombreux exemples fournis par les meilleurs auteurs, que souvent les mots ont des significations qui ne se trouvent nullement en rapport avec leur origine. Il n'a pas assez considéré que les mots tiennent souvent leur signification, non-seulement de l'étymologie, mais aussi de l'usage, ce grand maître de langues, Quem pênes arbitrium est, d jus, etnorma loqutndi,

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L'abbé Roubaud a profité naturellement de tous les ouvrages et de tous les travaux tentés antérieurement sur la matière. Il cite avec prédilection l'abbé Girard, avec lequel il se trouve cependant plus d'une fois en désaccord. Prenons pour exemple les mots : danger, péril et risque. « Danger, dit l'abbé Girard, regarde le mal qui peut arriver. Périt et risque regardent le bien qu'on peut perdre, avec cette différence que péril dit quelque chose de plus prochain etquertsçueindique d'une façon plus éloignée la possibilité de l'événement. De là ces expressions : en danger de mort, au péril de la vie, sauf à en courir les risques. Le soldat qui a l'honneur en recommandation ne craint point le danger, s'expose au péril et court tranquillement tous les risques du métier.» — > Ces trois mots, reprend d'Alembert, désignent la Situation de quelqu'un qui est menacé de quelque malheur, avec cette différence que péril s'applique principalement aux cas ou la vie est intéressée, et risque aux cas où l'on a lieu de craindre un mal comme d'espérer un bien. Un général court le risque d une bataille pour se tirer d'un mauvais pas, et il est en danger de la perdre, si les soldats l'abandonnent dans le péril. ■ L'abbé Roubaud intervient à son tour : < Danger vient de dam (dommage), dont les Latins et les Français ont fait damnum, damner. Or, le dam ou dommage exprime plutôt la perte, l'altération d un bien que l'épreuve, le ressentiment d'un mal. Les théologiens entendent par la peine du dam la privation de la vision béatih'que. Si l'on dit danger de mort, on dit aussi que la vie d'un homme est en ' danger, ou qu'il est en danger de perdre la vie. Enfin l'Académie a défini le danger : ce qui expose a, un malheur, b. une perte, au dommage. Péril vient de per-eo, passer à travers, périr, s'évanouir, éprouver une grande peine. Le péril, latin periculum, est, à la lettre, ce a travers quoi il faut passer ; ce qui désigne une situation pressante, une rude épreuve que l'on fait, car periculum signifie également épreuve, expérience, et cette expérience est telle que la chose peut périr, se perdre, s'évanouir, se dissiper. Le celte piHU désigne un très-mauvais état. Risque vient du celte ricq, glisser, bas-breton ricyla et risca, languedocien resquia, dans le même sens; il désigne donc une situation glissante dans laquelle on peut tomber. Le risque est un hasard ; le hasard a deux chances, l'une favorable, l'autre défavorable ; aussi l'on dit qu'un jeune homme court risque d'avoir cent mille livres de rente. M. d'Alembert a justement observé que ce mot se prend aussi en bonne part, et l'abbé Girard, qu'il n'indique que la possibilité de l'événement ; j'aurais plutôt dit la probabilité. Ainsi, le danger est littéralement une disposition des choses telle qu'elle nous menace de quelque dommage; le péril une rude épreuve par laquelle on passe avec un grand danger; le risque une situation glissante dans laquelle on court des hasards. Le danger menace ou de près ou de'loin, le péril est présent, pressant, imminent et terrible; le risque expose plus ou moins. On craint te danger et on le fuit ; on redoute le péril et on se sauve ; on court le risque et on sa promet un bon succès, » II etl difficile de résumer plus savamment la discussion, mais ce qui manque, ce sont des faits, des exemples puisés dans les bons au-

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tenrs, pour prouver que l'usage ne s'est jamais écarté de ces distinctions forcées uniquement sur l'étymologie.

Synonymes laiina, par Gardin - Dumesnil (178<). Cicéron a écrit dans ses Topiques ; « Quelque approchante que soit la signification des mots, on a pourtant établi entre eux des différences proportionnées à celles des choses qu'ils expriment, i Quintilien, dans son Institution ora toire, après avoir apprécié plusieurs synonymes, dont l'idée principale est la plaisanterie, ajoute: » On se sert ordinairement de plusieurs noms pour exprimer la même chose; cependant, si l'on examine tous ces noms les uns après les autres et qu'on les soumette à une rigoureuse analyse, on verra qu'ils ont chacun une force et une signification particulières. » Mais ils n'avaient guère fait qu'effleurer la question. Avec le temps, elle s'embrouillait de plus en plus, si bien que Girard disait". «Ce n'est peut-être que dans les langues modernes qu'il est possible d'assigner et de traiter avec justesse et exactitude leurs synonymes." Malgré ces réflexions, Gardin-Dumesnil, loin de se décourager, voulut tenter la fortune sous le patronage de l'abbé Girard lui-même. II composa donc des synonymes latins à l'instar des Synonymes français do l'abbé Girard, comme il le déclare modestement lui-même en tête d'un avertissement en latin. Mais nous nous hâtons de faire remarquer entre les deux ouvrages de notables différences, dont la principale consiste en ce que le travail de Gardin-Dumesnil est beaucoup plus rudimentaire que celui de son modèle. Il se borne à énoncer les différents termes employés pour rendre une même idée, en donnant aussi souvent que possible leur étymologie. Il indique en français leur signification au propre et au figuré, et cite à l'appui un ou deux exemples tirés des meilleurs auteurs latins. Point de ces comparaisons, de ces digressions, de Ces discussions qui abondent chez l'abbé Girard. C'est que le livre de Gardin-Dumesnil s'adresse avant tout à la jeunesse studieuse et aux jeunes maigres, auxquels il espère épargner bien du temps et des recherches. On sait que généralement les commençants prennent trop à la lettre le mot synonyme et rattachent un sens identique aux différents termes corres-

fiondant à une même idée ; les différences eur échappent; or, si dans certains cas un mot peut, sans inconvénient, être employé à la place d'un autre, il est d'autres cas où il n'y a qu'une expression qui soit la bonne. Gardin- Dumesnil s est proposé pour but d'initier les débutants à la propriété des mots, et son travail nous semble parfaitement approprié à cette fin. Loin de nous plaindre de sa brièveté, nous ta considérons comme une qualité ; car, plus étendu et plus savant, le livre eût rebuté ses jeunes lecteurs. La jeunesse ne digère pas facilement les épais volumes. Ce qui explique, en outre, cette sobriété dans les détails, c'est la difficulté même de la matière. Tandis que l'abbè Girard a pu mettre à contribution les importants travaux de ses devanciers, qu'il traitait d'une langue vivante presque universelle et qui, de plus, était la sienne, Gardin-Dumesnil a travaillé sur une langue morte, n'ayant à sa disposition que de rares observations éparses dans les rhéteurs latins, et il n'a pu prendre l'avis ni de Cicéron ni de Quintilien. Quand les plus laborieuses investigations ne détruisent pas ses doutes, il a pris le parti le plus sage, celui de s'absteDir.

Synonymes français, par M. GuiZOt (1809),

Ce traité des synonymes est d'autant mieux fait que, venant après Girard, Roubaud et Beauzée, l'auteur a eu leurs ouvrages pour modèles et pour guides. Ces trois synonymistes avaient traité la question chacun à son point de vue et dit d'excellentes choses; mais, au lieu de s'entr'aider mutuellement, leurs ouvrages se trouvaient, pour ainsi dire, en opposition. Les complétant, les éclairant et les corrigeant l'un par l'autre, M. Guizot les associa et les fit travailler en commun à son couvre. En y ajoutant des articles d'une logique inflexible et d'une netteté incomparable, il s'est placé au nombre des maîtres dont il publiait et vivifiait les travaux.

En 1862, M. Victor Figarol fit paraître une nouvelle édition, approuvée par l'auteur et enrichie des progrès que M. Lafaye avait fait faire à la science des synonymes.

Deux citations suffiront pour démontrer l'excellence de l'œuvre et la conscience apportée par l'auteur à sa rédaction :

« Volupté — Débauche — Crapule. La volupté suppose beaucoup de choix dans les objets, même de la modération dans la jouissance. La débauche suppose le même choix dans les objets, mais nulle modération dans la jouissance. La crapule exclut l'un et l'autre. •

• Dessein — Projet — Entreprise. Dessein et projet ne supposent point d'action. Entreprise suppose un commencement d'action. Il est beau, sans doute, de concevoir un dessein hardi, de former un noble projet, mais il est encore plus beau de mener à fin une entreprise difficile. L'entreprise diffère en genre du projet et du dessein; le projet et le dessein ne diffèrent entre eux qu'en espèce. Le projet est moins réfléchi que le dessein; celui-ci suppose la connaissance d'un but et l'étude des moyens, un plan en un mot; l'autre ne suppose qu'une conception

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de l'esprit beaucoup plus vague. On commence par faire un projet; on y réfléchit davantage, il devient dessein; le dessein une fois conçu, on fait de nouveaux projets pour Y entreprise. Faire des projets suppose dans l'esprit une certaine inquiétude qui l'empêche de demeurer inactif. Concevoir un dessein annonce qu'il esc capable de combiner entre eux des moyens et de les adapter au but. Hasarder Yentreprise indique de la hardiesse dans le caractère. Des projets peuvent n'être qne des châteaux en Espagne ; un deesein peut ne pas être assez réfléchi ; une entreprise peut être téméraire. On dit : un homme à projets, un dessein malconçu,'une entreprise mal dirigée. On projette une entreprise ; on n'en fait pas le dessein. César projeta l'entreprise la plus audacieuse lorsqu'il tenta d'assujettir Rome ; tout autre que lui, faute de savoir combiner un pareil dessein, eût renoncé à ce projet. Un projet n'est qu'une pensée :

Tous ses projets semblaient l'un l'autre se détruire.

Racine.

En mille vains projets à toute heure il s'égare.

BoilbaO. Le dessein est un plan : « Mon dessein n'est » pas d'entrer dans tons les détails, mais seu- » ietnent d'exposer des maximes générales et » de donner des exemples dans les occasions » difficiles. • (J.-J. Rousseau).

Synonymes de la langue française (DICTION- NAIRE des), par M. Lafaye, professeur de philosophie et doyen de la Faculté des lettres d'Aix (1S58). Ce livre est une œuvre achevée, pleine d'uni té et de proportion. Il résume, en se les assimilant par une coordination générale nouvelle et par l'appropriation particulière de chacun à son plan, tous les travaux antérieurs. Bossuet, Pascal, Fénelon, Corneille, Racine, La Fontaine , Voltaire, Montesquieu, Saint-Simon et tant d'autres n'ont pas apporté à l'infatigable chercheur un contingent moins précieux que Girard , Roubaud ou M. Guizot. La seconde source des réflexions et des faits qui remplissent ce nouveau dictionnaire, c'est l'étude personnelle que l'auteur a faite de son sujet pendant près de trente ans. Ce bel ouvrage n'est qu'une seconde forme perfectionnée et plus complète d'un premier travail qui avait obtenu de l'Institut le prix de linguistique en 1843.

Le titre de Dictionnaire des synonymes ne donne pas une idée exacte du travail de M. Lafaye ; il y a, en effet, ici bien autre chose qu'un répertoire alphabétique des différents mots de la langue qui ont une signification commune ou analogue; on y trouve encore une théorie philosophique complète des lois qui président à la synonymie. Tout l'ouvrage se divise en deux parties : la première traite des synonymes qui ont le même radical, la seconde des synonymes à radicaux divers. Une savante introduction résume les principes qui ressortent de toutes les réflexions et de tous les faits accumulés dans ces deux parties. La première est à la fois la plus scientifique et la plus nouvelle. L'auteur y déroule successivement les diverses acceptions que prennent régulièrement les mots- d'une même famille, suivant les modifications internes ou externes qu'ils subissent. Il étudie d'abord les synonymes qui, avec un radical identique, ne diffèrent que par certaines circonstances grammaticales; tels sont les substantifs dont le sens varie suivant le nombre, comme vivacité et vivacités, la richesse et les richesses, air et airs, etc., ou suivant le genre, comme amour, foudre, œuvre, couple, etc.; les substantifs qui ne diffèrent que par l'article, avoir peine, pitié, horreur, avoir de la peine, de la pitié, de l'horreur; faire a/front ou faire un affront, etc. ; enfin les substantifs proprement dits, comparés aux verbes ou adjectifs pris substantivement, volonté, vouloir, usage, user, etc. ; exposition, exposé, production, produit, etc. ; beauté, le beau ; vérité, le vrai, etc. ; tels sont encore les adjectifs comparés aux locutions adjectives composées : important , d'importance; honoraire, d'honneur, etc., et les adjectifs de dérivations différentes ; tels sont aussi les verbes dont le sens est modifié par l'adjonction du pronom personnel, passer, se passer; mourir, se mourir, ou suivant l'emploi du temps, de la voix, du mode, suivant le rapport du verbe avec le régime, l'absence ou l'emploi et la nature de la préposition, en uu mot suivant une foule de modifications particulières de conjugaison ou de syntaxe. AI. Lafaye considère ensuite les synonymes dont le radical identique est-joint à des préfixes qui déterminent seuls la différence des acceptions; telssontles préfixes reluire, reluire; vêtir, revêtir, etc.; cou .-plainte, complainte; cession, concession; de ; livrer, délivrer; peindre, dépeindre; ad : jurer, adjurer; ranger, arranger; paraître, apparaître; en:durcir, endurcir; trainer, entraîner, etc. Et ici, non-seulement l'auteur nous montre les modifications au mot simple dépendant de la valeur de chaque préfixe, mais il compare ensuite chaque composé avec les composés du même radical et de préfixes différents, comme contenir, retenir; écoulement, découlement; atténuer, exténuer; malcontent, mécontent; malhonnête, désàonnéle,et,a.

M. Lafaye examine ensuite les synonymes de même radical dont les différences dépendent de la valeur des terminaisons. Il passe en revue encore une fois les substantifs, les

SYNO

adjectifs, les verbes, les adverbes, et établit un certain nombre de règles générales, èclaircies et justifiées parles plus nombreux exemples. Pour les substantifs, il étudie l'influence d'une quarantaine de terminaisons, telles que ment, ion, ive, ure, âge, té, esse, ance, is, ade, air, ée, erie, isme, eur, ette, etc. Sous chacune d'elles sont groupés une foule d'exemples qui mettent en relief la valeur propre de chaque terminaison par les modifications qu'elle apporte au radical lui-même; par exemple : réforme, réformation; acte, action; salut, salutation; don, donation; émoi, émotion ; indice, indication, etc.; arme, armure; seing, siynature; bord, bordure, etc.; nue, nuage; ombre, ombrage; herbe, herbage, rive, rivage, etc. Puis, comparant les substantifs modifiés par des terminaisons différentes entre elles, il tire de ces rapprochements un nouveau jour sur la valeur propre de chaque modification particulière ; tels sont les mots : nuée, nuage; arrosement, arrosage; badinerie, badinage; bigoterie, bigotisme , reculement, reculade ; gazouillis , gazouillement, etc.

Dans toute cette partie, l'auteur, unissant à l'esprit philosophique la sagacité de l'observation, donne toujours .la loi et le fait, la théorie et l'application, ia règle et l'exemple. Rien n'est plus propre que ces mille rapprochements île cas particuliers sous un petit nombre de principes à faire comprendre le génie d'une langue; et nous ne croyons pas que jamais celui de la langue française ait été éclairé d'une aussi vive et aussi abondante lumière.

La seconde partie de l'ouvrage da M. Lafaye, qui traite des synonymes à radicaux divers, est seule un véritable dictionnaire des synonymes; l'aspect général est Celui des anciens livres de cette nature; toutefois, le dictionnaire de M. Lafaye l'emporte de beaucoup sur tous les autres par le Dombre des articles et la multiplicité des points de vue sous lesquels la synonymie est envisagée.

La manière de procéder de M. Lafaye est d'une régularité qu'on pourrait taxer de monotonie ailleurs que dans un dictionnaire; mais qui, dans ce genre d'ouvrage, contribue singulièrement à la clarté et permet à l'es-

firit de suivre sans effort et sans distraction es idées de l'auteur et toutes les preuves dont il les appuie. Etant donnés deux, trois, quatre mots synonymes ou plus, M. Lafaye place d'abord la définition générale et commune, puis le sens particulier que prend chaque mot dans la définition géuérale; enfin, les rapports et les contrastes des mots synonymes entre eux. Rien n'es.t plus difficile que les définitions, soit générales, soit particulières. M. Lafaye a apporté aux siennes la plus graud soin. Il les tire de l'étymologie toutes les fois qne l'étymologie n'est pas contrariée par l'usage.

Bien que le dictionnaire de M. Lafaye soit, & beaucoup près, ce qui existe de plus complet dans notre langue , et peut-être dans toutes les langues, nous y avons constaté quelques lacunes regrettables. On y chercherait Vainement le mot anneau rapproché de bague, les différences de sens qui distinguent adoucir, amortir et modérer, osciller, vaciller et flotter, etc.

M. Lafaye pourra facilement combler ces lacunes dans des éditions nouvelles, et alors son oeuvre défiera toute critique.

SYNONYMIE s. f. (si-no-ni-mt — rad. synonytne). Qualité des mots synonymes: La synonymie de deux mots. Il y a synonymie rigoureuse entre ces mots, /'interne, te subjectif et le moi. (Géruzez.)

— Rhétor. Figure par laquelle on emploie plusieurs mots synonymes ou différentes expressions équivalentes.

— Hist. nat. Concordance des différentes dénominations données aux mêmes êtres.

SYNONYMIQUE adj. (si-no-ni-mi-ke — rad.

synonymie). Qui appartient à la synonymie, aux synonymes : Le pédunUsme saupoudre les sciences de tant de mots synonymiques que l'esprit est suffoqué par cette épaisse poussière scolasiiûue. (Ch. Nod.)

— s. f. Art ou science des synonymes et de leur distinction.

SYNONYMIQUEMENT adv. (si-no-ni-mike-man — rad. synonymique). D'une manière synonymique.

SYNONYMISER v. a. ou tr. (si-no-ni-mi-zé — rad. synonyme). Rendre synonyme. II Peu

usité.

SYNONYMISTE s. m. (si-no-ni-mi-ste — rad. synonyme). Gramra. Celui qui s'occupe spécialement de l'étude des synonymes.

SYNONYQUE s. m. (si-no-ni-ke — du préf. syn, et du. gr. onux, ongle). Entom. Genre d'insectes coléoptères trimères, de la tribu des coccinelles, dont l'espèce type habite Java.

SYNOON s. m. (si-no-on). Bot. Genre d'arbres, de la famille des méliacées, tribu des trichiliées, dont l'espèce type croit en Australie.

SYNOPSE s. f. (si-no-pse — du gr. sunopsis, tableau synoptique; de s.un, avec, et de opsis, vue). Philol. Ouvrage qui donne les Evangiles en regard, en rapprochant autant que possible les textes qui se rapportent aux mêmes faits.

SYNO

SYNOPSIS s. f. (si-no-psl — du préf. syn, et du gr. opsis, vision). Entom. Genre à insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des géomètres.

SYNOPSIS s. f. (si-no-psiss — du préf. syn, et du gr. opsis, vue). Coup d'oeil jeté sur l'ensemble d'une science, d'un objet d'enseignement. Il Tableau synoptique embrassant toutes les parties d'une science.

SYNOPTÈRE adj. (si-no-ptè-re — du préf.

syn, et du gr. pleron, aile). Ichthyol. Qui a les nageoires réunies ensemble.

— s. m. pi. Famille de poissons osseux, caractérisée par des nageoires ventrales réunies par leurs bords.

SYNOPTIQUE adj. (si-no-pii-ke — gr. sunoptikos, qui embrasse plusieurs objets d'un seul coup d'oeil j de sun, avec, et de optomai, je vois). Qui permet d'embrasser, de saisir d'un même coup d'œil les diverses parties d'un ensemble ; qui en offre une vue générale : Tableau synoptique d'une science, d'un système, d'une méthode. (Acad.)

— Evangiles synoptiques ou " substântiv.

Aeotylédones. . . .

Monocotylédones.

Plantes, .

Dicotylédones.

| Hermaphrodites \

ou

unisexuelles

par avortement.

SYNO

Synoptiques, Evangiles de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Luc qui, rapportant à peu près les mêmes événements, peuvent, sans trop de désaccord, être mis en regard pour être comparés.

— Miner. Se dit d'une variété de feldspath dont les cristaux sont produits par des lois de décroissement offrant comme le tableau de celles qui ont lieu dans l'ensemble des autres variétés.

— Encycl. Les tableaux synoptiques ont pour but de permettre d'embrasser du même coup d'œil les diverses parties d'un ensemble, d'en offrir une sorte de vue générale. Tout la monde comprend l'utilité de semblables tableaux, qui servent soit à faire ressortir clairement une classification, soit à faciliter les comparaisons entre des objets, des temps et des pays différents. Il existe donc deux sortes de tableaux synoptiques; ceux qui ont pour but de mettre sous les yeux un enchaînement scientifique, et ceux cjui ont pour but de rapprocher des faits. Voici, comme exemple de la première sorte, le tableau de la méthode de Jussieu en botanique :

Classes.

Hypogynes II

Périgynes . III

Epigynes IV

Epigynes V

Périgynes VI

Hypogynes VII

Hypogynes VIII

Périgynes IX

Epigynes j ^

Epigynes. XII

Hypogynes XIII

Périgynes XIV

Apétales

k étaroines.

Monopétales.

Polypétales

h étamines.

Unisexuelles vraies XV

Voici maintenant un exemple de tableaux synoptiques d'un genre différent; ils permettent une facile comparaison des faits : on

y trouvera les dépenses de l'Etat en France, en Angleterre, en Prusse, en Espagne, dans 1 année 1850.

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