V. attabler (s
— Encjcl. Mœurs. Table d'hôte. La table d'hâte, dans les villes de province, est la rendez-vous des étrangers, des voyageurs, des célibataires qui n'ont ni famille ni ménage ; c'est tout simplement un restaurant à prix fixe, où l'on n'a pas, comme dans les autres, a s'occuper du menu. Le dîner, d'ordinaire copieux, est servi à heure fixe, et le prix en est assez modéré.
La plupart des hôtels parisiens possèdent dé ces sortes de tables d'hôte, qui ne diffèrent pas sensiblement de celles de province ; les voyageurs qui y descendent et parfois quelques habitués en composent la clientèle. La physionomie de ces établissements change suivant le quartier; le luxe du service, la qualité des repas sont autres sur le boulevard des Capucines que dans-la rue du Bouloi ; par leur destination, ces tables d'hôte rentrent pourtant dans la même catégorie.
Mais il en est à Paris de bien d'autres sortes, et ce sont les plus fréquentées. Il y a tant d'estomacs à remplir et tant de fortunes diverses, dans la grande ville, que le restaurant a dû prendre toutes les formes, pour flatter tous les goûts et se prêter à toutes les bourses.
La table d'hôte du quartier Latin ne diffère pas beaucoup de la pension bourgeoise ; elle est plus gaie que la fameuse pension de maman Vauquier, si bien décrite par Balzac dans le Père Goriot; mais bien des traits à jamais fixés par ce profond observateur sont vrais encore aujourd'hui. Des étudiants, da jeunes employés, des journalistes, des artistes, des bohèmes, des femmes faciles que tout le monde tutoie et qui connaissent tout le inonde, boivent, mangent, fument, discutent peinture, poésie et politique, font beaucoup1 de fumée et de tapage et ne quittent la salle que fort avant dans la soirée.
Celles des quartiers de la Bourse, de Montmartre ou du Temple ont une tout autre physionomie. D'ordinaire la salle est très-vaste^ meublée de quatre ou cinq longues tables, qui, aux heures fixées, se remplissent rapidement de convives. Le dîner est servi lestement, avalé de même ; à peine connalt-on son voisin; peu de femmes; le menu n'est ni bon ni mauvais, neutre, et ne provoque ni l'appétit ni l'expansion. Dans ces tables d'hôte, il ne s'agit absolument que de manger ; leur prix varie entre 3 et 5 francs, en échange des-
3uels on vous sert un potage, quelques hors- 'œuvre, un ou deux plats de ragoût, autant de légumes et d'entremets, un rôti, une salade et un dessert. La clientèle se compose de célibataires de tout âge et de toutes professions, principalement de gens d'affaires et d'employés. On trouve également, au Marais, aux Batignolles et à Montmartre un grand nombre de tables d'hôte de ce genre.
Dans ces quartiers, mais plus encore dans les rues qui avoisinent les Champs-Elysées, se trouvent des tables d'hôte tout à fait à part. Au premier ou au second étage d'une maison de belle apparence, on vous introduit dans un magnifique salon où se trouve bientôt réuni un cercle nombreux et brillant. On vous présente à la maîtresse de la maison qui vous accueille le sourire aux lèvres, et à sept heures toute la société passe dans la salle à manger. Les convives sont des gens de bonne compagnie; quelques femmes, des amies de la maison, se mêlent aux groupes ; elles sont mises avec recherche, d'ordinaire jolies et toujours fort avenantes. Le repas est excellent, somptueusement servi, et il ne coûte que 6 francs; mais il n'est qu'un prétexte, sans quoi la spéculation serait assez mauvaise; le dessert achevé et le café pris, on passe de nouveau au salon où des tables de lansquenet, de baccarat, quelquefois une roulette et un tableau dé trente et quarante vous attendent. Les bénéfices du banquier, qui, le plus souvent, est un parent de la mattresse de la maison, car celle-ci aime mieux passer pour veuve, le payement des cartes, qui se renouvellent souvent et que l'on paye 3 ou 5 francs le jeu, suffisent pour que la soirée soit lucrative, sans qu'il soit besoin de voler les gens et de faire sauter la coupe. Il est hors de doute que quelques-unes de ces tables d'hôte sont véritablement dangereuses; il en est où les grecs de profession pullulent, mais ce sont celles du dernier ordre. Dans les autres, on se contente du bénéfice régulier de la banque, ce qui est encore assez honnête ; d'ailleurs, si le jeu vous a favorisé outre mesure, une jolie voisine, qui a pris un intérêt fort vif à votre jeu, vous demandera une place dans votre voiture et... l'argent ne sera pas perdu pour tout le monde.
— Superst. Tables tournantes. Pour la première fois, dans le commencement de l'année 1853, on entendit parler d'un phénomène qui s'était produit dans un des salons les plus connus de Paris, celui des tables tournantes. Ce genre de distraction devint promptement à la mode, et il n'était pas une soirée où l'on ne se passât la fantaisie de faire tourner et de faire parler les tables. Les esprits faibles, naturellement enclins à croire au merveilleux, attribuèrent ce phénomène à des influences occultes. Mais avant de rendre compte de ces prétendus prodiges, U est nécessaire de connaître la manière dont on prétend qu'ils se produisent; Plusieurs personnes s'asseyent autour d'une table, que l'on choisit de piéfé-
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rence ronde, légère ; on la place sur le parquet ciré; les pieds de ladite table sont munis de roulettes, afin d'empêcher tout frottement qui pourrait s'opposer à ta rotation. Chacune des personnes assises autour de la table y place les mains aplat; quelquefois on recommande que chaque opérateur fasse toucher son petit doigt à la main de son voisin, On forme ainsi ce que l'on appelle une) chaîne. On reste dans la même position jusqu'à ce que la table tourne; ce phénomène se produit au bout d'un temps très- variable, qui s'étend de deux minutes à une heure. Il est, en général, annoncé par des fourmillements que les operaleurs éprouvent dans les mains. Les mouvements de la table sont d'abord légers et vont quelquefois d'un sens à un autre; mais bientôt la table prend sa course et se met à tourner avec vigueur. Alors les opérateurs , sans déranger leurs mains, se lèvent et suivent en tournant les mouvements de la table. On peut ensuite varier ses plaisirs ; une personne commande à la table de s'arrêter, de marcher de nouveau, de tourner en sens inverse, de se tenir sur un seul pied ou sur deux, et la table, comme un être intelligent, exécute avec exactitude tous les mouvements commandés. Bien plus, elle parle, mais un langage particulier; on lui-fait répondre oui en frappant un coup avec le pied désigné, et non en frappant deux coups de la même façon. Mais ce dialogue laconique ne suffit pas : la table fait des discours, parle théologie aux déistes, matérialisme aux athées et catéchisme aux catholiques; seulement, son élocution est assez Eénible, car, pour chaque lettre de l'alphaet, elle frappe un nombre de coups égal au rang qu'elle occupe dans l'alphabet; ainsi, l'on comprend que si la table parle polonais, elle doit être un temps considérable à faire un mot, car les z sont fréquemment employés dans cette langue, et il faut frapper vingtsix coups pour faire comprendre ce signe. Il y a des tables bas-bleus qui font des discours, qui parlent grec et latin ; il y en a de poètes qui font de très-jolis vers, souvent aussi des vers fort médiocres. En personnes bien élevées, elles répondent à toutes les questions verbales qui leur sont faites, surtout à celles dont la réponse ne peut être contrôlée; elles prédisent l'avenir, et il y a une justice a leur rendre, c'est qu'elles ont un aplomb imperturbable et quelles ne sont jamais déconcertées, quelque échec qu'elles subissent. Elles ont aussi des préférences, et ne sympathisent pas également avec toutes les personnes; ainsi, elles répondent aux questions mentales de certains assistants et restent muettes aux demandes verbales des autres. Une chose à remarquer, c'est que tous ces phénomènes se produisent beaucoup plus promptement lorsque les personnes qui opèrent se sont livrées déjà ensemble à ce genre d'exercice. Il a été constaté que dans une chaîne formée de plusieurs personnes, il y en a dont l'influença est très-grande, d'autres qui jouent un rôle totalement passif, d'autres, au contraire, qui exercent une influence tellement opposée, que les phénomènes/ ne peuvent se produire en leur présence.
Ceci dit, reprenons notre historique. La vogue des tables tournantes devint telle, que plusieurs savants, frappés du grand nombre des faits, attestés quelquefois par des personnes qu'il était presque impossible d'accuser de mauvaise foi, s'appliquèrent h chercher s'il était au moins possible d'en imaginer une explication un peu vraisemblable. Ils supposèrent qu'il pouvait se produire dans les mains des expérimentateurs certains mouvements dont ils n'auraient pas conscience, et que ces mouvements faisaient tourner la table.
Quelque répugnance que l'on ait à convenir que l'on ne sait pas ce qu'on fait, on est forcé d'admettre que cela nous arrive souvent. En effet, quand j'écris, j'exécute un nombre considérable de mouvements trèscompliqués; ces mouvements sont dirigés par une volonté intelligente, et pourtant je n'ai pas la conscience d'avoir occupé mon esprit de la direction de mes doigts. Il y a plus, en écrivant avec rapidité, il me sembla que mon esprit ne s'est pas occupé des idées que j'avais à exprimer par l'écriture, et cependant il m'a lallu eu outre tracer des caractères connus, observer les règles de l'orthographe, du français, de la ponctuation et, en un mot, appliquer une foule de connaissances que j'ai acquises péniblement, et auxquelles il me semble que je n'ai pas songé. Tout cela, me dit-on, se fait machinalement quand on en a l'habitude ; il n'y a pas de machine en état d'exécuter un tel travail, et pourtant, ce travail qui se fait en moi, j'ai conscience de n'en être pas l'auteur; donc nous produisons des mouvements inconscients et nous avons des idées inconscientes. Voici une expérience qui démontre la vérité de cette conclusion. Prenez un anneau, suspendez-le a un fil de lin, puis, le tenant avec le pouce et l'index, attendez que l'impulsion soit arrêtée et que l'anneau soit dans la position verticale. Alors formulez mentalement la volonté qu'il se meuve dans un plan voulu et ne remuez pas la main. Au bout de quelques instants, l'anneau exécute le mouvement commandé. Ordonnez-lui de s'arrêter, il s'arrête ; de tourner en cercle, il obéit; et vous avez la ferme conviction de n'avoir nullement bougé la main. Maintenant, modifions légèrement les conditions de l'expé-
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rience, et, au lieu de tenir directement le fil qui suspend l'anneau, faisons passer ce fil, soit par-dessus une trinirle horizontale, soit sur la gorge d'une poulie, et tenons toujours l'extrémité du fil suspenseur au dessous du point de suspension, entre le pouce et l'index ; malgré toute la bonne volonté possible, l'anneau n'exécute plus aucun mouvement.
On comprend facilement pourquoi. Dans le premier cas, vos doigts, obéissant à votre pensée, exécutent, sans que vous vous en aperceviez, des mouvements qui font mouvoir l'anneau, tandis que dans le second cas, a cause de In tringle horizontale ou de (a poulie, les doigts sont incapables de transmettre le mouvement à l'anneau.
D'après ce que nous venons de dire, il serait possible de se rendre compte de ce qui se pa*se dans les tables tournante). Remarquons d'abord qu'il faut que les personnes qui forment la chaîne soient dans une certaine disposition d'esprit pour que le phénomène s'accomplisse; car, souvent, c'est la même table autour de laquelle un quart d'heure auparavant toutes ces mêmes personnes se trouvaient soit h dîner ou h jouer, laquelle table, à ce moment-là, ne manifestait aucune intention rotatoire, qui maintenant, parce que ces mêmes personnes sont devenues sérieuses, recueillies, et ont l'intention de la faire tourner, va se livrer à une valse effrénée. A mesure que l'attente se prolonge, les volontés prennent de plus en plus d'énergie; chacun, disposé d'avance à suivre le mouvement, tend ses doigts sans s'en apercevoir dans le sens où il se figure que se fera la rotation, et bientôt la table se trouve entraînée. Voilà ce qu'on a pu dire de plus spécieux pour expliquer le mouvement des tables tournantes.
Nous n'étonnerons personne en disant que plusieurs évêques voulurent intervenir dans le débat; qu'ils attribuèrent tout ce qu'il y avait de merveilleux dansées phénomènes au
Îiouvoir des démons, et qu'ils en interdirent a pratique à leurs diocésains. Quelques dévots allèrent jusqu'à dire qu'il suffirait de placer un objet bénit sur une table tournante ou parlante pour qu'on la vît s'agiter de contorsions diaboliques et rester bientôt immobile. Voici, à ce sujet, une anecdote assez curieuse.
Dans le salon d'un banquier célèbre, on faisait parler et tourner une table. Il y en avait une à laquelle se trouvait M. Moutté, rédacteur du journal la Patrie, qui s'était beaucoup occupé des sciences occultes; elle professait la doctrine de Swedenborg, dont ce journaliste était partisan. A côté était une table actionnée par deux demoiselles fort dévotes; elle exprimait des idées catholiques. Une de ces demoiselles, animée d'un saint zèle, déclara que sa table était l'organe d'un bon ange et la voisine l'interprète du diable, et, comme preuve, elle annonça qu'en posant son chapelet sur celle-ci elle allait forcer Satan à confesser sa présence. On accepte l'épreuve. Le chapelet est mis sur la table de M. Moutté, et la demoiselle, interpellant & haute voix l'esprit qui anime cette table, le somme de dire qui il est. Le groupe Moutté continuant de fonctionner, la table donne d'abord, par le soulèvement des pieds, les deux lettres s, a. La demoiselle, radieuse, s'écrie que c'est bien Satan, et qu'il n'est pas nécessaire d'aller plus loin. M. Moutté veut que l'expérience soit complète, et la table donne successivement les lettres g, e, s, s,e; ce n'était pas Satan, mais la Sagesse. On demande à la même table quel était l'esprit de la table des demoiselles. Réponse : Folie. Comptez donc sur la vertu des objets bénits 1
On a publié plusieurs recueils des discours des tables; mais il faut avouer qu'il y en a de fort mauvais. Le plus grand nombre sont grossiers et même obscènes. Non-seulement il n'y a rien qui surpasse la conception humaine, mais ils sont de beaucoup inférieurs à tout ce qu'un homme peut produire à l'état normal. La table, comme l'a dit avec raison M. Delaâge, au lieu d'avoir de l'esprit comme quatre, a de la bêtise comme quatre.
Somme toute, les tables tournantes ont fait leur temps. Comme tant d'autres choses, elles ont eu quelques jours de vogue, et personne aujourd hui ne s'occupe d'elles, même à titre d'amusement.
— Philos. Table rase. L'hypothèse de la table rase est une des plus célèbres que présente l'histoire de la philosophie. Elle fut fort en faveur pendant tout le xvme siècle, grâce à la philosophie de Locke, qui l'avait empruntée aux sensualistes de l'antiquité. Epicure et les stoïciens peuvent passer à juste titre pour les pères de cette hypothèse, eux qui disaient : • Rien n'est dans l'intelligence qui n'ait été auparavant dans les sens. » S'ils n'avaient pus trouvé le mot, ils avaient trouvé la chose. Mais venonsen vite à Locke, qui a rendu célèbre le système de la table rase. ■ Supposons,' dit- il, qu'au commencement l'âme est ce quoit appelle une table rase (tabula rasa), vide de tous caractères, sans aucune idée quelle qu'elle soit : comment vient-elle à recevoir des idées? Par quel moyen en acquiert-elle cette prodigieuse quantité que l'imagination de l'homme, toujours agissante et sans bornes, lui présent» avec une variété infinie? D'où puise-t-elle tous ces matériaux, qui sont comme le fond de tous ses raisonnements et
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de toutes ses connaissances? A cela je réponds en un mot: de l'expérience. C'est là le fondement de toutes nos connaissances, et c'est de là Qu'elles tirent leur première origine. Les observations que nous faisons sur les objets extérieurs et sensibles, ou sur les opérations intérieures de notre âme, que nous apercevons et sur lesquelles nous réfléchissons nous-mêmes, fournissent à notre esprit les matériaux de toutes ses pensées. Ce sont là les deux sources d'où découlent toutes les idées que nous avons ou que nous pouvons avoir actuellement. » (Essai sur l'entendement humain, liv. II, chap. i.)
Ecoutons maintenant Leibniz , l'adversaire déclaré de Locke : • Cette tablé rase dont on parle tant n'est, à mon avis, qu'une fiction que la nature ne souffre point et qui n'est fondée que dans les notions incomplètes des philosophes , comme le vide, les atomes et le repos ou absolu ou respectif de deux parties d'un tout entre elles, ou comme la matière première qu'on conçoit sans aucune forme. Les choses uniformes et qui ne renferment aucune variété ne sont jamais que des abstractions, comme le temps, l'espace et les autres êtres des mathématiques pures... L'expérience est nécessaire, je l'avoue, pour que l'âme soit déterminée à telle ou telle pensée, et afin qu'elle prenne garde aux idées qui sont en nous; mais le moyen que l'expérience et le sens puissent donner des idées? L'âme a-t-elle des fenêtres? ressemble-t elle à des tablettes ? est-elle comme de la cire? Il est visible que tous ceux qui parlent ainsi de l'âme la rendent corporelle dans le fond. On m'opposera cet axiome, reçu parmi les philosophes, que rien n'est dans l'âme qui ne vienne des sens. Mais il faut excepter l'âme même et ses affections : Nihil est i» intellectu quod non prius fuerit in sensu; excipe : nisi ipse intellectus. » (Nouveaux essais, II, i.)
On a beaucoup admiré la restriction apportée par Leibniz à l'axiome de Locke, et il nous semble pourtant qu'elle repose sur une notion bien inintelligible: l'existence de l'intelligence dans l'intelligence même. Qu'est-ce qu'un être qui existe dans soi, qui est en même temps contenant et contenu ? Est-il supposable que Leibniz l'entendit de cette manière 7 Nous ne le croyons pas; nous pensons qu'il a voulu dire : ■ Tout ce qui existe dans l'homme en qualité d'idées vient des sens; mais il y a nécessairement dans l'homme quelque chose qui, ne venant pas des sens, sert de réceptacle aux idées, et c'est ce que j'appelle l'intelligence. Or, cette intelligence existe dans l'homme à côté des sens, en même temps qu'eux, comme un des caractères principaux nui constituent la nature humaine. > Si telle est la pensée de Leibniz , elle est incontestablement vraie j seulement, nous ne voyons pas bien en quoi cette intelligence qui existe avant les idées, qui a pour fonction de recevoir et de garder ces idées à mesure qu'elles viennent, diffère de la table rase de Locke. C'est le mot table probablement qui choque Leibniz, comme trop matériel. Une table est quelque chose d'inerte qui, par soi-même, ne peut faire aucun usage des objets dont on peut la charger, et Leibniz voulait réserver à l'intelligence de l'homme la faculté de comparer les idées, d'en former des jugements et des raisonnements. Comment et de quel droit cette intelligence, qui par elle-même ne connaît pas les idées, qui n'a de rapports avec elles qu'après les avoir reçues des sens, peutelle juger les rapports existant entre ces idées? Voilà ce que Leibniz n'expliquait pas, et ce qui était réellement inexplicable. La table rase de Locke ne soulevait pas la même difficulté; car on ne songeait pas à lui attribuer la faculté de juger les idées par ellemême; une table qui juge serait quelque chose de trop choquant; mais on pouvait admettre que, une fois déposées sur la table, c'étaient les idées elles-mêmes qui s'associaient selon leurs rapports, comme dans la nature les corps se combinent ou se repoussent, selon les forces dont ils sont animés.
— Archéol. Jable isiaque. C'est un des monuments les plus précieux de l'antiquité. On ne sait rien sur les possesseurs de cette table avant le xvi« siècle. On la voit alors chez le cardinal Bembo ; on la nomma même pour cela Bembine. Suivant les uns, le cardinal l'avait achetée d'un serrurier qui s'en était emparé lors du sac de Rome par le connétable de Bourbon en 1527. Suivant les autres, il l'avait reçue en présent du pape Paul III. Quoi qu'il en soit, aussitôt découverte, elle fit du bruit dans le monde savant. Un graveur fameux de Parme, jEneas Vico, la grava avec un grand soin, avec une minutieuse exactitude, et en publia l'estampe à Venise en 1559. Il y eut aussi une gravure faite par J. Franco et mise au jour en 1600; mais celle de Vico passe pour être supérieure. Après la mort du cardinal Bembo, la table isiaque devint la propriété des ducs de Mantoue; elle resta dans leur galerie jusqu'en 1030, année où Mantoue fut prise par les troupes impériales. Alors elle disparut, et l'on ne peut expliquer comment elle se trouva plus tard dans le trésor des archives à Turin ; elle existe encore dans la galerie royale de la même ville. Ce qui parait certain, c'est qu'elle fut pour quelque soldat, lors de la prise de Mantoue, un objet de pillage, car la gravure de Vico in-
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dique des filets d'argent incrustés autour d'un grand nombre de figures et surtout autour des coiffures; elle indique, en outre, que les bases sur lesquelles les figures étaient assises ou posées étaient eu argent; presque tout cet argent a disparu.
< La table isiaque, dit Caylus dans son Recueil d'antiquités, a 3 pieds 10 pouces 3 lignes de longueur et î pieds 3 pouces 9 lignes de largeur. L'épaisseur du dessus de la table est de 5 lignes l/î, et celle du bord ou de la tranche dont elle est environnée est de 3 li-
fnes. Cette tranche a t pouces moins 1 ligne e hauteur, et son pourtour est de 12 pieds
4 pouces... Les figures représentées sur la face de cette table sont renfermées en cinq espèces de tableaux que sépare une petite frise qui leur sert d'encadrement et qui, dans toute sa continuité, porte 8 lignes de largeur. La division qui occupe les parties supérieures de la table est de 7 pouces de hauteur et de 3 pieds s pouces 6 lignes de longueur. Celle qui occupe le milieu a 10 pouces 7 lignes de hauteur, sur ! pieds A pouces 3 lignes de largeur. En conséquence, les figures dont elle est ornée ont 4 lignes de plus dans leur hauteur. Aux deux extrémités de cette division se trouvent deux tableaux : le premier, où l'on remarque le taureau Apis, porte 6 pouces
5 lignes de largeur; le second, placé àl'autre extrémité, a 7 pouces de largeur. La division inférieure estdelarqême longueur que la supérieure, et sa hauteur est de 7 pouces î lignes... La table est d'un cuivre rouge, dont le fond est devenu couleur marron et dont la teinte est inégaie. Certaines parties sont enduites d'un vernis tirant sur le noir. Les figures sont gravées avec très-peu de profondeur, c'est-à-dire d'un peu moins de 1 ligne; elles sont plus foncées en couleur que le champ. ■
Il n'y a pas de doute que les figures de la table isiaque ont rapport au culte religieux de l'Egypte; mais les érudits sont loin d'être d'accord sur les choses particulières qu'elle représente et sur le degré d'antiquité auquel on peut la faire remonter. Suivant Montfaucon, tout y parait symbolique et énigmatique. La grande quantité de ligures si différentes qu'elle offre, rangées avec ordre, renferme un sens mystérieux; mais il n'est pas possible de déterminer s'il y faut voir quelque histoire des dieux d'Egypte, quelque mythe particulier ou la représentation des cérémonies du culte. « Nous voyons, ajoute-t-il, dans cette table, les figures de presque tous les dieux d'Egypte, et nous les reconnaissons par le secours des autres monuments. Une autre chose qu'on y remarque aisément, c'est que, comme dans un théâtre, on y voit plusieurs actions distinctes, où les mêmes personnes reviennent souvent et où elles se trouvent quelquefois répétées dans la même action. • Le Père Kircher a cru pouvoir être plus hardi et plus afnrmatif, dans sa Véritable et naturelle interprétation de la table isiaque, et bien que son interprétation n'ait qu'une valeur très-médiocre, comme elle est la seule qu'on ait donnée, nous allons la reproduire. ■ Les Egyptiens, dit le Père Kircher, considéraient la divinité en deux manières: ou comme un entendement éternel, considéré en lui-même et séparé de tout commerce avec les choses matérielles, ou comme ayant rapport aux choses créées qu'elle gouverne par le ministère des génies et des substances secondes; ils admettaient une triple puissance en Dieu et une divinité triforme en Cette substance, comme ils l'avaient appris de Mercure Trismégiste ; cette divinité imprimait son sceau sur les différentes choses de ce monde, tant sensibles qu'insensibles. Tel est le plan, ajoute le Père Kircher, sur lequel fut faite la table isiaque. ■ Il serait plus simple de dire, avec Caylus, qu'Isis étant l'objet dominant de cette table, on ne peut mettre en doute qu'elle ne lui fût consacrée.
Au point de vue de l'antiquité plus ou moins grande de la table isiaque, nous rapporterons les jugements qui suivent. Shuckford, dans son Histoire du monde, la juge des premiers temps et croit qu'elle a été gravée avant que les Egyptiens adorassent la divinité sous des figures d'homme ou de femme. Warburton pense, au contraire, que cette table a été faite pour les personnes attachées, à Rome, au culte d'Isis. Il la regarde comme le plus moderne des monuments égyptiens et fait remarquer, pour justifier son opinion, qu'on y trouve le mélange de toutes les espèces de caractères hiéroglyphiques. Il a été combattu par Wiuckelmann, qui croit à une plus haute antiquité par la raison qu'on ne trouve jamais les hiéroglyphes sur les ouvrages imités par les Romains. Cependant Jablonski, dont les travaux sur l'antiquité égyptienne sout si considérables, ne reporte pas la)(uô/e isiaque au delà du temps de Caracalla ou des Antonins. Elle aurait été, d'après son opinion, fabriquée par des Egyptiens établis à Rome, et il ne faudrait pas y voir autre chose qu'un calendrier des têtes égyptiennes. En définitive, les érudits plus récents se sont rangés à l'avis de Winckelmann , avec cette réserve que la table isiaque doit être des derniers temps de l'Egypte. Cet avis se confirme encore lorsqu'on considère que les bras et les jambes des personnages sont bien séparés et libres, ce qui indique une idée de mouvement et d'action qui n'exista en Egypte que dans les siècles plus rapprochés de notre ère. Ce serait donc un monument d'une époque postérieure, mais
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rappelant la mémoire d'usages anciens, auxquels les Egyptiens furent toujours très-attachés.
— Tables alimentaires. Une des plus belles institutions d'assistance publique qu'ait imaginées la philanthropie, c'est l'œuvre de ces grands empereurs du lie siècle de Rome, les Antonins , et la conception du plus grand d'entre eux, Trajan, un empereur digne des plus beaux temps de la république. Les largesses que les riches patrons faisaient à leurs clients (sportula), les distributions de blé, faites gratuitement ou à prix réduit par lea empereurs et qui allèrent, sous l'empire, se multipliant terriblement, n'étaient que des éléments de corruption , des encouragements à la paresse qui, à Rome, n'avait guère besoin d'être encouragée, et surtout d'effrayants instruments de tyrannie et d'énervement public. On mena vite, ainsi, le peuple romain, l'antique vainqueur du monde, à n'être plus que ce ramassis de mendiants auquel suffisaient, pour toute gloire et pour toute joie, • le pain et les jeux , • suivant l'expression bien connue xpanem et circenses. Mais donner des secours à l'enfance jusqu'au moment où l'enfant, devenu homme, pourra vivre de son travail, c'était soulager la réelle misère de l'Italie sans favoriser la paresse. Ce fut le principe de l'institution des Antonins. Nerva, le premier, imagina de nourrir, par un don (conffiarium) mensuel, les' enfants légitimes et libres en Italie. L'historien Aurelius Victor en fait foi, et quelques médailles nous montrent le père adoptif de Trajan, assis sur la chaise curule, tendant les mains à des enfants qui s'avancent 1ers lui, avec cette légende : Tutela Italie, secours de l'Italie.
Mais Trajan parait avoir le premier conçu et exécuté l'heureuse combinaison en vertu de laquelle il encourageait l'agriculture en Italie et nourrissait les enfants pauvres. Pour cela, il distribuait l'argent destiné à l'assistance publique entre les municipes et les colonies. Là, cet argent était prêté, moyennant un modique intérêt, à des propriétaires de la colonie, qui se trouvaient fort heureux d'emprunter à 5 pour ioo , lorsque l'intérêt de l'argent prêté montait presque partout à S0 pour 100. C'était l'intérêt de ces prêts qui était réparti entre les enfants pauvres du municipe ou de la colonie. Les jeunes garçons recevaient ces secours jusqu'à l'âge de dix-huit ans, les jeunes filles jusqu'à l'âge de quatorze ans seulement. La gratification était de 16 sesterces par mois pour les premiers, de 12 sesterces pour les autres. Donner ce Secours aux enfants légitimes seulement, c'était encourager le mariage et combattre , comme le firent toujours les empereurs sans beaucoup de succès, l'envahissement du célibat et des unions libres.
Cette vaste organisation exigeait de nouvelles magistratures. Aussi les inscriptions, qui, sur ce point, suppléent au silence presque complet des historiens, nous montrent-elles des questeurs des aliments (quxstores alimentorurn) pris parmi les magistrats municipaux du premier ordre. Ils étaient, sans doute, chargés de la répartition des secours entre les enfants du municipe. Pour les prêts à faire sur les fonds publics et les intérêts à percevoir, il y eut des procurateurs des aliments. Ces procurateurs étaient subordonnés eux-mêmes à des curateurs. On fondit ensemble l'ancienne charge de curateur des voies publiques et celle plus récente de curateur des aliments (eitraforej viarum et alintentorum),et cette institution, qui, comme on l'a dit excellemment, réunissait à la fois les avantages du crédit foncier et les bienfaits de l'assistance publique, se trouva ainsi organisée par grandes régions, groupées autourdes grandes voies. Ajoutons, d'après le savant Borghesi, que probablement toutes les parties de ce service étaient centralisées entre les mains d'un préfet des aliments. Ce n'est, toutefois, qu'une conjecture, car les monuments n'en parient pas.
On a ainsi une idée complète et du principe et de l'application de ce nouveau mode de secours, bien plus moral que les distributions faites à la populace de Rome. Les temps modernes n'ont rien imaginé de plus sage ni de plus charitable. Ajoutons que l'exemple donné par l'empereur encourageait la générosité des particuliers, et que nous voyons Pline le Jeune, par exemple, user pour le même but de moyens à peu près semblables, faire grever une de ses terres, jusqu'alors franche d'impôt , d'un vectigal , à condition que ce vectigal sera employé tout entier à la subsistance des enfants pauvres. Les successeurs de Trajan continuèrent son œuvre.
Adrien la réglementa. Au ton in établit de nouveaux alimentaires en l'honneur et au nom de sa femme, Faustine. Marc-Aurèle fit de même, ainsi que sa tante Matidiu. Après lui, toutefois, les libéralités des princes devinrent plus rares. Pertinax supprime pendant neuf ana les revenus des alimentaires: mais Seplime- Sévère, Caracalla, Heliogabale, Alexandre Sévère y reviennent. Constantin parait avoir entièrement délaissé l'œuvre des Antonins, pour multiplier les largesses à la foule, largesses toujours mieux accueillies que des réformes ou des institutions utiles.
L'histoire de cette institution, trop négligée par les écrivains anciens, doit se tirer presque tout entière de deux grands monuments épigraphiques ( Tabula Babianorum et Tabula
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Veleialium). Cette dernière est une immense table de bronze, découverte en 1747 près de Plaisance, et sur laquelle sont inscrits les noms des propriétés engagées en hypothèques contre les fonds alimentaires. M. Ernest Desjardins a traité à fond cette question dans son intéressante thèse latine : De tabulis alimenteras.
Disons, en finissant, qu'aujourd'hui l'association seule peut remplacer, en pareille matière, les bienfaits de l'Etat, et que le grand remède à nos maux, sociaux ne doit plus être la charité, mais le travail uni et le secours mutuel.
— Tables de Afataga. Ces deux tables de bronze furent découvertes en octobre 1851 à Barranco-de-los-Tejares, près de Malaga (Espagne). L'une d'elles, la plus grande, est couverte d'une inscription sur cinq colonnes verticales qui donne un fragment de la loi municipale de Malaga; l'autre, plus petite, est écrite sur deux, colonnes et reproduit un fragment de la loi municipale de Salpesa, sous la domination romaine. Le caractère de ces inscriptions est en tout semblable à celui des anciennes inscriptions romaines. Ces deux lois établissent que les deux, cités avaient lejui Latii ou plutôt un droit plus favorable que le jus Latii, sans être encore le »'«j civitatis.
Ces inscriptions ont été publiées en 1853 par don Manuel Rudriguez de Berlange, avocat à Malaga, avec une traduction et un commentaire espagnol : Estudios sobre las dos bronces encontrados en Malaga, a fines de oclubre de 1851 (Malaga, 1853), En 1855, M. Mommsen a publié le monument espagnol avec des corrections et un commentaire approfondi ; Die Stadtrechte der Latinisc/ien C,emeinden Salpesa und Malaca, in der Proviuz Bxlica, von Theodor Mommsen (Leipzig, Hirzel, 1855). M. Edouard Laboulaye, dans un mémoire inséré dans la Revue historique de droit français (1855, liv, VI), conteste l'authenticité de ces tables.
— Tables (lois des Doute). V. Douzu TA.blus (lois des).
— Table iliaque. V. iliaque.
— Tables eugubines. V. eugubines.
— Table de Peutinger. V. Puutingbr.
— Tables alphonsines. V. Alphonsinks.
— Bibliogr. Table des matières. Les plus anciennes tables de ce genre ne sont que la suite des titres de livres et de chapitres que l'ouvrage comprend. Tout en conservant l'usage d'un résumé si utile et souvent indispensable, plusieurs auteurs y ont joint d'autres tables d'une non moins grande utilité. Les plus fréquentes offrent, par ordre alphabétique, à ceux qui les consultent toute* les matières dont traite le livre, et des numéros indicateurs conduisent aux pages où se trouvent les développements'cherchés. Quelquefois, la table des matières est synthétique, c'est-à-dire qu'elle suit dans tous ses développements le plan de l'ouvrage, indépendamment de l'ordre alphabétique.
Les anciens ont connu l'usage de la table des matières. Ils la plaçaient au commencement du livre et y indiquaient les divers paragraphes dont il était composé. Le médecin Valerius Soranus, ami de Cicéron, fut, suivant les érudits, le premier qui composa une table de ce genre. Pline l'Ancien lit de même ; son Histoire naturelle commence par une table détaillée de tout ce qui y est contenu. Les manuscrits n'étant point paginés, il est facile de comprendre que ces tables et toutes celles qui furent faites jusqu'au premier emploi de la pagination, en 1469, ne purent avoir la commodité ni l'utilité de celles qui vinrent ensuite.
— Mathém. et astron. On nomme table, <tn langage scientifique, un cadre renfermant les résultats numériques soit de calculs effectués directement, soit d'expériences. En mathématiques, où toutes les lois sont naturellement connues explicitement ou implicitement, les tables n'ont d'autre objet que d'éviter à l'opérateur des calculs longs et pénibles en eu donnant les résultats calculés dans des hypothèses aussi voisines que possible les unes .des autres ; tel est, en effet, l'cbjet des tables de logarithmes, des taules de sinus et de tangentes, des tables des fonctions elliptiques, etc.
En-astronomie, les tables ont à la fois une double origine et un double objet. Les résultats en sont toujours fournis d abord par des ' calculs fondés soit sur des lois empiriques, fournies par l'observation, comme cela était autrefois, soit sur les lois mathématiques de la mécanique céleste; mais ces résultats, calculés à l'avance, sont ensuite soumis a des vérifications journalières qui permettent d'en apprécier le degré d'exactitude ; ces tables servent d'ailleurs à guider les praticiens, par exemple les navigateurs, avec le degré de sûreté que comporte leur perfection actuelle, et ù permettre aux astronomes, par la découverte des petits écarts qu'elles finissent toujours par présenter avec les faits observés, de perfectionner leurs théories ou de déterminer plus exactement les constantes qui entrent dans les lois incontestablement établies.
En physique et en chimie, les tables n'ont
filus d'autre origine que l'expérience. Les ois des phénomènes étant inconnues, on y supplée par un tableau des valeurs corres-
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pondantes des causes agissantes et des effets produits.
Quelle que soit la nature du phénomène réduit en table, la table est à simple ou à double entrée, suivant que le résultat ou l'effet dépend d'une seule cause ou- donnée ou de deux causes ou données.
Une table a simple entrée ne contient que deux colonnes, dont l'une renferme les valeurs de la cause et l'autre celles de l'effet; les cases de l'une et l'autre colonne se correspondent d'ailleurs suivant uue règle convenue qui naturellement a pour base ordinaire la juxtaposition. Les tables de logarithmes, de sinus, de tangentes, un grand nombre de tables astronomiques, les tables des dilatations des différents corps par la chaleur, etc., sont des tables à simple entrée.
Les tables à double entrée sont formées de lignes plus ou moins prolongées et en nombre plus ou moins grand, selon que l'on a donné plus ou moins de valeurs à chacune des deux causes considérées. En général, on les dispose de façon a former un cadre rectangulaire en inscrivant sur une ligne horizontale différentes valeurs de la première cause, sur une ligne verticale les valeurs de la seconde cause, et inscrivant le résultat dans la case placée à l'intersection de la colonne qui correspond à la valeur de la première cause et de la ligne qui correspond à celle de la seconde. Telles sont : la table de Pytnagore, où les deux données sont les deux facteurs du produit ; les tables des fonctions elliptiques, où les données sont l'amplitude et l'excentricité ; certaines tables astronomiques, etc. Une table à triple entrée, c'est-à-dire une table où le résultat dépendrait de trois données, pour être construite d'après le même principe, exigerait lés trois dimensions; elle ne serait donc pas réalisable sur une feuille de papier, à moins qu'on n'eût recours aux procédés de la géométrie descriptive. Habituellement on y supplée, ce qui est loin d'être avantageux, en formant plusieurs tables à double entrée, dont chacune a pour argument la valeur de la troisième cause.
L'usage d'une table, quelle qu'en soit la nature, exige toujours de la part de l'opérateur un petit travail complémentaire, lorsque les données qui lui sont fournies ne sont pas, ce qui arrive le plus souvent, exactement contenues dans la table. Le résultat qu'il cherche est voisin du résultat qui correspond à celles des données inscrites dans la table qui se rapprochent le plus de celles sur lesquelles il devait opérer; mais il en diffère un peu; il y a donc une correction à y faire. Cette correction se fait par interpolation. Quelquefois, une petite table séparée donne les résultats tout calculés des interpolations à effectuer; d'autres fois, le calcul en est laissé à faire à l'opérateur. La méthode que l'on suit le plus souvent pour effectuer ces interpolations consiste à substituer la loi de proportionnalité à la loi inconnue du phénomène. Cette substitution, dans un champ assez peu étendu, n'introduit habituellement que des erreurs insensibles.
Outre les tables auxquelles s'applique ce qui précède, ou trouve souvent sous le nom de tables des résumés qui devraient plutôt prendre le nom de tableaux. Tels sont les tableaux des densités des divers corps, de leurs équivalents, etc.
— Mus. Table d' harmonie, V. harmonie.
T*bie ronde (romans db i,a). Ces compositions épiques forment l'un des cycles des chansons de geste, et elles succédèrent, vers le xue siècle, au cycle de Charlemagne ou des douze pairs. Apres avoir longtemps vécu des aventures fabuleuses des paladins, la poésie populaire trouva une veiue nouvelle dans un faisceau de légendes celtiques, importées quelques siècles auparavant d'Angleterre en Bretagne. Vers le milieu du xtl° siècle, nos chansons de geste étaient dans toute leur splendeur. On les colportait partout, en Allemagne, en Italie, en Espagne, dans tous les endroits où il y avait des intelligences jeunes et des esprits faciles à enflammer. Les jongleurs se promenaient la vielle sur l'épaule, et leur succès était grand; leurs fictions étaient les plus goûtées qu'il y eût. Soudain le bruit se répandit que dans les provinces occidentales de la France un nouveau roman était né, qui avait conquis la vogue et séduit les gens délicats. Ce n'était plus uu récit des exploits de Roland ou de Charlemagne; c'était quelque chose d'absolument neuf. On nommait l'ouvrage lui-même : le Brut, et l'auteur de l'ouvrage : Robert Wace. Etait-ce une chronique? était-ce un produit de l'imagination du poète ? La question pouvait être débattue. Et, en effet, il y avait dans cette œuvre un singulier mélange de vérités historiques et d'aventures impossibles. C'était là certainement ce qui en faisait le charme. Tout le monde saisie cette nuance et tout le monde s'enthousiasma. V. Brut (roiniin de).
Robert Wace était un trouvère anglo-normand. 11 racontait les annales réelles ou imaginaires de l'île dans laquelle il était né ; ces annales commençaient à la destruction de Troie et finissaient à la conversion des insulaires et au triomphe complet de la race saxonne. Bien entendu, l'éloge n'était pas ménagé aux Bretons, soit à ceux qui avaient traversé les mers, soit à ceux qui occupaient les terres de notre vieille Armorique. Les
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Anglo-Normandi no détestaient pas de voir le sol qu'ils avaient conquis entouré d'un prestige merveilleux qui rehaussait leur courage. Ils se donnèrent un mal infini pour propager leur poésie nationale, et il faut avouer qu'ils y parvinrent. Une école fut créée à côté de celle de dos chansons de geste. Il y eut deux partis en présence, deux systèmes qui, chacun de leur côté, prétendirent à la domination dans le domaine du goût.
Evidemment, le poète s était appuyé sur des documents quelconques. Les événements qu'il rapportait n'avaient pas jailli tout seuls de son cerveau. Non ; ces traditions avaient une origine. Mais laquelle?
M. de La Villemarqué a publié en 1842 une série de documents prouvant l'existence de la tradition poétique d'Arthur dans le peuple armoricain du vie au xir3 siècle, et cette transmission des traditions bretonnes est généralement admise. L'ingénieux commentateur nous a fait connaître mieux qu'un livre, il nous a révélé un peuple poète. Grâce à lui, la création du cycle chevaleresque d'Arthur nous apparaît, comme toute véritable épopée, flottant d'abord sur une nation entière. Il en a d'autant plus de mérite que l'opinion contraire avait été professée avec éclat par MM. Raynouard, Dauiiou, tous les rédacteurs de l'Histoire littéraire de la France et enfin par le savant Fauriel, malgré les réclamations de Walter Scott; puis encore par W. Schlegel, Gervinus et M. Ampère, mais moins afhrmativement. M. de La Villemarqué alla en Angleterre recourir aux textes originaux et put déterminer le rapport des traditions celtiques avec le fond et les données générales des Romans de la Table ronde, en s'appnyant sur l'histoire politique et littéraire. Nous allons tracer un résumé de ses remarquables travaux.
Au vie siècle, les Bretons d'Angleterre, fuyant la domination des barbares du Nord, «[établirent en grand nombre dans l 'Armorique, leur ancienne patrie. Ils y rapportèrent leur langage, leurs traditions, leurs poésies, et ranimèrent encore par leur présence les anciennes mœurs et la vieille poésie celtique. A cette époque florissaient dans le pays de Galles les bardes Ancurin, Taliésin, Llywarch-Hen, Merzin,dontplusieurs chants nous ont été conservés. Les émigrants répétaient leurs hymnes et aimaient surtout à redire les combats de l'indépendance expirante, où leur chef, le brave Arthur, avait défendu son pays avec tant de gloire. Vaincus, mais non sans honneur, ils agrandirent le nom d'Arthur, comme le contre-poids de leur défaite, et conservèrent leurs chants patriotiques comme une consolation et une vengeance. Le monument poétique de la légende d'Arthur, dont ils jetèrent les fondements, s'éleva peu à peu. Les vies des saints contemporains d'Arthur nous présentent ce roi sous les couleurs de la réalité historique. C'est un chef barbare et violent, toujours en guerre avec ses voisins, soit pour repousser, soit pour exercer l'injustice. H pille un monastère et accepte l'intervention du clergé; il enlève la femme d'un chef voisin et éprouve lui-même Une semblable infortune. Loin d'être le monarque universel, il n'est pas même le seul prince du petit royaume de Galles. Il combat les Saxons, et ses victoires ne réussissent qu'a retarder leur conquête. Gildas, qui vivait à cette époque, résume assez exactement les exploits d'Arthur en ces termes : «La victoire restait tantôt aux Bretons, tantôt à. leurs ennemis, jusqu'à la bataille de Hills, prés de Bath, ou les Bretons obtinrent un avantage signalé.» Toutefois, ce succès Se borna à suspendre momentanément les progrès de l'invasion. C'est chez les bardes mêmes du vie siècle que commence l'apothéose d'Arthur; tantôt ils le célèbrent avec la modération qui convient à une mémoire récente ; tantôt, emportés par l'enthousiasme lyrique, ils l'environnent déjà d'une auréole fabuleuse. Transfiguré par l'imagination de ses propres bardes, comme autrefois Alexandre par celle de ses historiographes, le chef breton devient pour eux un personnage mythologique, mais non encore chevaleresque. Jusque-là, il n'y a point encore de table ronae, de tournois, d'amour, ni surtout de Saiut-Graal. Robert Wace donna à ces vagues traditions la forme poétique de son Roman de Brut, longue histoire en vers de huit syllabes, dans laquelle il nous raconte les faits et gestes des rois de la Grande-Bretagne, presque depuis la ruine de Troie jusqu'à 1 an de J.-C. 680. Cette chronique contient l'histoire d'Arthur telle que les bardes l'avaient créée, mais avec de notables additions. Le héros gaulois est devenu l'idéal de la chevalerie ; il parcourt le monde , comme autrefois Hercule et Thésée, en le délivrant des géants et des monstres ; il tient cour plénière à Caerléon, en Galles, aux grandes fêtes de l'année, et réunit autour de sa personne la fleur des rois, des barons et des chevaliers- de l'Europe. Nous reconnaissons près de lui les compagnons que lui donnèrent jadis les bardes cambiiens : Keu le sénéchal, Beduier l'echansou, Gauvain l'ambassadeur; nous y trouvons de plus un personnage armoricain, Hoël, roi de la Petite- Bretagne, dont la présence est importante au point de vue des origines du poBtne. Enfin, l'innovation essentielle de l'ouvrage, c'est le nouveau lien qu'Arthur y établit entre ses compagnons :
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Fit roj Arthur la ronde table, Dont les Bretons disent maint fabl«.
La Table ronde était le domaine de l'égalité. Tous les souverains y étaient assis et Servis sans distinction : « Il n'y avait pas Un Français, pas un Normand, pas un Angevin, pas un Flamand, pas un Bourguignon, pas unLorrain, pas un bon chevalier de l'Orient à l'Occident, qui ne se crût tenu d'aller à la cour du roi Arthur; tous ceux qui recherchaient la gloire y venaient de tous les pays, tant pour juger de sa courtoisie que pour voir ses Etats ; tant pour connaître ses barons que pour avoir part à se» riches présents. Les pauvres gens l'aimaient, les riches lui rendaient de grands honneurs; les rois étrangers lui portaient envie et le craignaient, car ils avaient peur qu'il ne conquit tout le inonde et ne leur enlevât leurs couronnes.» Telle est la conception pleine d'originalité et de grandeur qui se trouve pour la première fois exposée dans la prolixe chronique du clerc de Cuen, Bien que clerc lisant, maître Wace n'était pas de force à l'inventer. Il en avait trouvé les principaux germes dans une chronique en prose latine, que nous avons encore et qui avait été rédigée vers 114Û par Geoffroy de Montmouth. A son tour, celui-ci nous déclare que son ouvrage n'est qu'une traduction. Le sire Walter Calenius, archidiacre d'Oxford, ayant été faire un voyage dans l'Armorique, en avait rapporté un très-ancien livre écrit dans la langue du pays et contenant un recueil des plus vieilles traditions de ce peuple. Walter le donna à Geoffroy, qui le mit en latin. Maître Wace en profita largement et, y joignant d'autres traditions du même pays, il sut en tirer la partie la plus curieuse de son poème.
Deux caractères distinguent surtout les poèmes français de leurs modèles bretons ; d'abord l'amour chevaleresque avec toutes ses délicatesses et déjà ses subtilités, l'amour érigé en vertu, en sauvegarde de l'âme et des moeurs, enfin en principe d'élégance et de civilisation. La seconde différence dérive de la première. Dans leurs peintures, les bardes bretons procédaient toujours par indication; ils ne traçaient qu'une- ébauche, mais une ébauche dont chaque ligue était fortement accusée ; le tour était vif, le coloria tout empreint de couleur locale. Les poètes français usent constamment de rénumération et fout des tableaux dont ils soignent à loisir les détails ; une description de cinq lignes des originaux fournit à leurs imitateurs une tirade de soixante vers, dans laquelle la
{>réoccupation littéraire, le désir de briller, a recherche et le bel esprit sont manifestes. Les Bretons se piquaient, à tort ou à raison, d'être historiquement vrais ; les Français cherchaient à paraître ingénieux et éloquents.
Jusqu'ici nous n'avons parlé que des ouvrages qui ont rapport à la partie mondaine de la chevalerie; la partie cléricale a eu pourtant aussi son expression poétique. Le cycle d'Arthur se divise doue naturellement en deux séries: l'une, composée des poSmes proprement dits de la Table ronde, dont les principaux .sont ceux de M'rlin,deLancelot, à'ivain, d'Arec et Enide, de Tristan de Léonvois, est surtout inspirée par l'amour chevaleresque et l'héroïsme guerrier ; l'autre a uue tendance toute religieuse, toute mystique; son objet est la recherche du Saint Graal; le Romande Perceual, de Chrétien deTroyes, en est la plus ancienne et la plus parlaite expression. Le Graal est le vase avec lequel, au dire des romanciers, Jésus-Christ et ses disciples célébrèrent la cène la veille de la passion. Les anges l'emportèrent au ciel jusqu'à ce qu'ils trouvassent iui-bas une race assez pure cour en devenir dépositaire. Cette famille fut à la tin trouvée ; ce fut celle d'un prince d'Asie, qui vint s'établir dans la Gaule et dont les descendants s'allièrent avec ceux d'un prince breton. Cette légende n'est pas aussi fabuleuse qu'elle le parait tout d'abord ; il suftit, pour en sentir la vérité, de substituer la doctrine chrétienne au vase mystérieux, sa poétique image. Partie de l'Asie, son berceau, l'inspiration mystique vint s'allier avec les traditions armoricaines pour former le cycle qui nous occupe. Ainsi donc ici, comme dans Jes premiers poômes de la Table ronde, les matériaux poétiques ont été fournis par les légendes armoricaines, car Taliésin parle, sous un autre nom, du Saint- Graal. Mais l'esprit qui est venu les animer est entièrement religieux ; le sceau éclatant de l'Eglise y est imprimé en toutes lettres et se grave sur l'écu des chevaliers.
En Angleterre, Henri II et les Plantagenets répandirent les romans de la Table ronde par politique. Les chanteurs bretons les proclamaient les héritiers légitimes du trône delà Grande-Bretagne, du chef des anciens possesseurs', du chef du roi Arthur lui-même; ils les appelaient les libérateurs du pays, les destructeurs de la tyrannie anglo-saxonne. Des prophéties, qu'ils attribuaient à Merlin, annonçaient l'arrivée des ducs de Normandie, venant en aide aux émigrés bretons pour reconquérir leur patrie sur les Saxons : « De la Neustrie viendra uu peuple armé du glaive et de la lance, qui tirera vengeance de l'iniquité des envahisseurs. Il rendra leurs demeures aux anciens habitants et vaincra l'étranger. Les étrangers porteront te joug d'une éternelle servitude, et, avec la houe et
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le soc, ils déchireront le sein de leur mère. Ce
Î"our-la, les montagnes de la Cambrie tressailiront d'allégresse ; les fontaines id'Armorique jailliront; les chênes de la Cornouaille reverdiront.» Les princes intéressés pouvaient-ils négliger les chants d'un prophète qui faisait d'eux les Cyrus d'un autre Israël opprimé î La forme même de ces chants, facile à retenir, aida a leur propagation. Ils sont écrits en vers de huit syllabes, rimant deux à deux. En Fiance, l'amour de tout ce qui est généreux et la passion des belleslettres furent les soutiens des romans de la Table ronde. Nous n'entrerons ici dans aucun détail au sujet des imitations françaises des bardes bretons, des articles spéciaux ayant été consacrés aux plus importantes de leurs œuvres, et nousy renvoyons le lecteur, en terminant par cette appréciation de M. de La Villemarqué : «Ce n est pas sans plaisir que je revois le bon Arthur, Merlin son devin , son malin sénéchal maître lieu, Beduierson infatigable échanson, le sage Gauvain son conseiller; ses preux chevaliers Lanceiot et Tristan, qu'on aime en les blâmant tout bas d'être un peu trop galants; Erec et Ivain, qu'on peut aimer sans nul remords ; le vieux Calagrennnt, conteur comme Nestor ; Perceval le Gallois, le tenant de la chevalerie spirituelle; et tous ces types charmants de femmes : la belle et fière Geneviève, la tendre Iseult aux blonds cheveux, la jeune veuve de Brécilien, Enide.si bonne, si forte et si douce ; Blanche-fleur, fraîche comme son nom, mais qui expose bien son ami Perceval; la fée Viviane, la fée Morganë; et ces gentilles suivantes, la fidèle Brangine, la gracieuse et complaisante Lanette. Il n'est pas jusqu'à la bonne face de ce lion apprivoisé, compagnon lui aussi de la Table ronde, et non le moins dévoué, qui ne me plaise et me charme, quand je le trouve couché aux pieds d'Ivain, le mufle allongé sur ses deux pattes croisées, les yeux a demi ouverts et rêvant, t
Table de* moi-écbaui. Cette œuvra d'art, célèbre dans l'histoire de l'art français, est un des plus admirables produits de ia manufacture de Sèvres, illustré pur le pinceau d'isabey. Au centre de la table se trouve Napoléon, entouré des maréchaux et des grands dignitaires. La plaque repose sur une colonne également en porcelaine, de 1 mètre de circonférence, ornée de cinq figures allégoriques : la Guerre, la Victoire, l'Abondance, la Renommée et l'Histoire. D'abord placée aux Tuileries, puis au Louvre, ia table des maréchaux, achetée, eu 1815, par un ami d'Isabey, M. de Serres, fut transportée en Angleterre et mise en loterie. Elle se trouve aujourd'hui a la Malmaison, Cette œuvre d'art, qui est vraiment remarquable, atteste l'incontestable supériorité que possède no» tra manufacture de Sèvres. Isabey dut surmonter des difficultés réelles pour venir & bout de la tâche qui lui était confiée, car jamais il n'avait abordé la peinture sur porcelaine. On peut dire, sans exagération, que cette œuvre est une des plus remarquables qui soient sorties de son pinceau.
TABLE (cap de la), sur la côte N. de la terre de Dièmen,à65kilom.O.-N.-0. de l'entrée du port de Dalrympe. Il forme l'extrémité d'un petit plateau, qui lui a fait donner son nom ; on l'aperçoit à 50 kilom. de distance ; latit. S., 40» 56'j longit. E., 143» 23'.
TABLE, petite lie de l'Australie, une des Nouvelles-Hébrides, par 15<> 38' de latit. S. et 164°-47' de longit. E.
TABLE (baie de la), sur la côte occidentale du gouvernement du Cap de Bonne-Espérance, district du Cap, au S. de la baie de Saldanha. Elle n'est pas sûre, et les vaisseaux ne peuvent guère y séjourner que pendant six mois de l'année. Les annales des voyages abondent en récits de naufrages qui ont eu lieu dans cette baie. La ville du Cap s'élève sur la côte méridionale.
TABLE (montagne de la), montagne du Cap de Boane-Espérance, au centre de la chaîne au pied de laquelle se trouve la ville du Cap, entre celle du Tigre et de la Tête-du- Llon. Elle s'élève k environ 1, 350 mètres audessus du niveau delà mer. Cette montagne, ainsi nommée à cause de la surface plane de sou sommet, offre de magnifiques points de vue. Quelque grande convulsion a dû la séparer des montagnes voisines. Sa base se compose d'un lit de schiste bleu, sur lequel s'étend une couche d'argile ferrugineuse renfermant d'immenses blocs de granit. Audessus l'on trouve un lit horizontal de roche sablonneuse, puis une couche de quartz gris, le tout recouvert d'un nouveau lit de roche sablonneuse. On récolte sur l'un des sommets le célèbre vin de Constance.
tableau s. m. (ta-blo. — Ce mot, qui se disait anciennement tablel, représente un type latin tabulellus, diminutif du latin tabula, planche, peiuture sur un morceau de bois, tableau). Ouvrage de peinture exécuté sur une toile tendue sur un châssis, ou sur une plaque ou lame de matière quelconque : Tableau sur bois, sur cuivre, sur lave. Un tableau de Raphaël. Un tableau d'histoire, de bataille, de genre. Musée de tableaux. Peindre un tableau. Des tableaux d'église. Il n'y a qu'un seul point indivisible qui soit le véritable lieu de voir les tableaux. (Pasc.) il ne faut pas juger des nommes, comme d'un ta-
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blbau ou oVune figure, sur une seule et première vue; il y a un intérieur et un casur qu'il faut approfondir. (La Bruy.) Les esquisses ont communément un feu que le tableau n'a pas. (Dider.) La traduction est à l'original ce que l'estampe est au tableau. (Grimm.) C'est une si belle chose que la lumière, que Rembrandt, presque avec ce seul moyen, a fait des tableaux admirables. (J. Joubert.) Il est dur de paver très-cher comme excellents De tout petits tableaux qui ne sont pas meublants.
E. Auoier.
J'aime les vieux tableaux de l'école allemande, Les vierges sur fond d'or aux doux veux en amande, Piles comme le lis, blondes comme le miel.
Th. Gautiï».
— Vue d'ensemble, spectacle, réunion d'objets dont la disposition produit certaines impressions : A l'aspect d'un beau tableau de la nature, on tombe involontairement dans le silence. (Chateaub.) L'eau qui coule, c'est à la fois un tableau et une musique. (A. Karr.) Je promène au hasard mes regards sur la plaine, Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
Lamartine.
Il Scène, objets que l'imagination rapproche, et qui produisent une impression générale,; ia mori est le fond de tout tableau terrestre. (Laniart.)
... Le monde est un mouvant tableau, Tantôt gai, tantôt triste, éternel et nouveau.
VûLTilRI.
Le tableau de l'espèce humaine
Est un tatkau mouvant
Demoubîier.
— Représentation, reproduction-, exposition : Faire un tableau saisissant de la misère publique. Ce livre fait de la vie parisienne un tableau très-exact. La scène, en général, est un tableau des passions humaines, et les stimule. (J.-J. Rouss.) L'histoire veut surtout qu'on ne dissimule rien, et qu'une partie du tablbau ne soit pas plongée dans l ombre, tandis que l'autre reçoit presque exclusivement la lumière. (Chateaub.) Le moraliste est un peintre auquel le monde fournit toujours des sujets de tableaux variés à l'infini. (De Ségur.) L'imagination recule devant les tableaux que nos pères nous ont laisses de leurs misères. (De Barante.) L'histoire est le tableau générai du développement de toutes les sciences. (Proudh.)
Sur les noires couleurs d'un si triste tableau, Il faut passer l'éponge ou tirer le rideau.
Corneille.
— Disposition méthodique d'objets dont on veut faire saisir l'ensemble ou classer les détails : Rédiger un tableau de la production française. Dresser le tableau synoptique de l'histoire d'Angleterre.
— Châssis de planches assemblées et peintes en noir, où l'on trace à la craie les choses que l'on veut mettre sous les yeux de ceux que l'on instruit : Passez au tableau.
— Cadre qu'on fixe sur une muraille, pour servir d'enseigne ou pour y afficher certains actes de l'Etat civil : Noire mariage est affiché au tableau.
— Liste, dans l'ordre de leur réception, des membres d'une compagnie : Le tableau des avocats. On l'a rayé du tableau de l'ordre.
— Ordre du tableau, Rang d'inscription : Les autres avancements ne se firent que par promotions, suivant l'ancienneté, ce qu'on appelle ('ordre du tableau. (St-Sim.)
— Tableaux vivants, Reproduction de certains tableaux connus ou de certaines scènes de l'histoire, à l'aide de personnages vivants, qui prennent les attitudes indiquées par le sujet.
— C'est une ombre au tableau, C'est un lé-
fer défaut qui ne peut effacer ou même qui ait mieux ressortir le mérite de la chose en question ; Il y avait bien çà et là des réminiscences de jeunesse et de folie, mais, dans une physionomie aussi austère, ces réminiscences ne déplaisaient pas ; c'était comme une ombre AU TABLEAU. (AlfiX. Dum.)
— Achever le tableau, Mettre le comble : J'ai perdu ma fortune , tous mes biens, et je plaide pour les ravoir, ce qui achève le tableau. (Beaumarch.)
— Hist. Tableau civique, Nom donné aux listes électorales en 1789.
— Littér. Division d'une pièce de théâtre ou subdivision d'un acte, marquée par un changement de décoration : Il y a au dernier tableau une décoration de Philastre et Cambon qui mériterait d'être exposée au Louvre. (Lireux.) U Groupement des personnages en scène, dans certaines attitudes qu'ils gardent quelques instants : Tous les personnages s'endorment, et les spectateurs aussi ." tableau sur la scène et dans la salle.
— Théâtre. Ordre des répétitions, indication du spectacle qui doit être «lonné le lendemain et jours suivants : Le tableau est dressé par le régisseur et placé, chaque soir, dans le foyer des acteurs.
— Archit. Partie de l'épaisseur d'une baie de porte et de fenêtre, qui se trouve en dehors de la fermeture.
— Archit. hydraul. Encadrement d'une vanne comprenant les piliers latéraux et le chapeau qui joint leurs sommets.
— Mus. Groupement d'ensemble des détails d'un morceau.
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— Jeux. Au whist, Faire le tableau. Placer en face de soi et à découvert la carte qu'on a jouée : Lorsque, dans le cours du jeu, en tombant sur le tapis, les cartes viennent à se confondre, on a le droit de demander que chacun fasse le tableau, mais le joueur qui, de sa propre autorité, ferait le tableau, sans que cette demande eût été formulée, serait puni par la perte d'un point.
— Mar. Cadre de menuiserie placé à l'arrière d'un bâtiment, et dans lequel se trouve le nom ou la figure symbolique du navire.
Il Tableau des signaux, Sorte de cadre où sont disposés les signaux usités a ia mer, et qui supplée au livre ou table des signaux.
— Typogr. Page encadrée et divisée ea compartiments séparés par des filets : Les tableaux sont un travail de conscience.
— Physiq. Tableau magique, Plaque de verre, garnie d'une feuille d'étain découpée, pour produire certains effets de lumière électrique.
— Encycl. B.-Arts. Il arrive assez souvent
?u'on emploie le mot tableau en parlant d'une resque, d'une miniature, d'un pastel, et, en général, de toute composition peinte à l'aide d'un procédé quelconque et sur une matière quelconque ; mais, dans son acception la plus usitée et la plus juste, ce mot sert à désigner une peiuture mobile, exécutée sur une toile ou sur une feuille de bois, de métal, de marbre, d'ardoise, etc., et entourée d'un cadre. Nous ne nous occuperons ici que de ce dernier genre d'ouvrages.
Raoul Rochette, dans ses Lettres archéologiques sur la peinture des Grecs (18-10), a démontré d'une façon irréfutable, contrairement k l'opinion exprimée parLetronne, que les artistes de l'antiquité ne se bornèrent pas à faire des peintures murales et qu'ils exécutèrent souvent des peintures sur bois («Ivaxiov), et quelquefois même, mais plus rarement, des peintures sur toile (o-ivSônj). L'école de Sicyone parait même s'être distinguée d'une façon toute particulière dans la peinture des tableaux sur bois. Le nom de pinacothèque fut donné aux collections de tableaux de ce genre ; il y en avait une dans l'aile gauche des Propylées, à Athènes, et l'on y admirait, entre autres ouvrages : le Sacrifice de Polyxène et Achille à Scyros, de Polygnote; une Nausicaa, de Protogène; Alcibiade vainqueur à Némée, d'Aglaophon, etc. Après la conquête de la Grèce, les Romains eurent à leur tour des pinacothèques ou galeries de tableaux peints sur bois ; Lucullus fut un des premiers à se procurer ce luxe de bon goût. On a trouvé dans quelques maisons de Fompéi des tableaux sur bois encastrés dans la muraille. Une des peintures sur toile les plus extraordinaires assurément qui aient jamais été faites fut commandée par Néron : elle représentait ce prince et n'avait pas moins de 120 pieds de hauteur, si nous en croyons Pline; elle fut exposée dans les jardins de Maïus et fut consumée par la foudre.
Au moyen âge, l'usage de peindre en détrempe sur bois était extrêmement répandu; il persista jusqu'à la fin du xv« siècle. Cennino Cennini, qui écrivait en 1437, nous a laissé un Traité de la peinture (traduit par V. Mettez, 1858), où l'on trouve une foule de renseignements sur la manière dont on préparait les panneaux destinés à faire des tableaux : « D'abord, le panneau doit être fait de bois de tilleul ou de saule qui soit bien choisi. Regarde si la surface du panneau est plate, s'il y a des nœuds ou des défauts, s'il ne s'y trouve pas de taches de graisse. Si ce dernier cas se produisait, fais raboter jusqu'à ce que la partie grasse soit enlevée ; il n'y a pas d'autre remède. Fais que le bois soit bien sec, et, si tes planches ou feuilles de bois étaient telles que tu pusses les faire cuire dans un chaudron, jamais ce bois ne se fendrait. • Suivent des indications sur la façon d'aplanir les panneaux, de les encoller, de les imprimer. Cette dernière opération consistait h appliquer sur le bois plusieurs couches de plâtre, soigneusement broyé et encollé. • Le plâtre, une fois bien ras et poli comme l'ivoire, la première chose que tu dois faire est de dessiner sur ce panneau ou tableau avec ces charbons de saule que je t'ai auparavant enseigné à faire... Aie aussi une plume prête, pour que, si un trait ne te paraît pas réussi, tu puisses l'enlever avec la plume et le recommencer. Dessine d'une main légère, ombre les plis et le visage comme tu le ferais avec le pinceau ou la plume dans les dessins qui lui sont particuliers. Quand tu as fini de dessiner ta figure, surtout si c'est un panneau de grand prix et dont tu attends gain et honneur, laisse-la en repos quelques jours, retournant la voir de temps en temps et retouchant partout où cela parait nécessaire. Quand ton ouvrage te semble fort près du bien, si tu peux copier et voir des choses faites par les grands muîtres, n'en aie pas de honte ; ta figure s'en trouvera mieux. Frotte ensuite ton dessin avec la barbe d'une plume, tant que tu l'aies presque entièrement fait disparaître, mais pas assez pour que tu perdes tout à fait la trace de tes traits. Prends un vase à demi plein d'eau claire avec une goutte d'encre, et avec un petit pinceau d'écureuil pointu raffermis partout ton dessin. Puis, à l'aide d'un plumeau, fais partir du dessin toute la poussière de charbon... Quand tu as dessiné sur ton pan-
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neau, aie un poinçon pour creuser les contours de la figure sur les bords qui touchent au fond que tu dois dorer ; creuse également les ornements que l'on doit faire sur les figures et certaines draperies qui doivent imiter les draps d'or. » Cennini enseigne ensuite comment ou prépare, avec le bol d'Arménie, un panneau que l'on veut dorer, comment on applique l'or et comment 'on le brunit, comment on dessine, gratte et grène une draperie d'or ou d'argent, comment on colore sur panneau et comment on encolle les couleurs, comment on doit faire les vêtements et comment on colore les chairs, etc. La dorure joua un grand rôle dans les ouvrages de peinture jusqu'au xvie siècle. Quel que fût le sujet représenté, dit Lamy, on ne manquait point d'y mettre de l'or. On en chargeait le fond des tableaux, les nimbes qui environnaient les saints, leurs vêtements et les franges dont ils étaient bordés. Et, quoique les peintres fussent en état de faire eux-mêmes tous ces accessoires, ils étaient souvent obligés de se faire aider par des doreurs de profession, qui, par cette ra'son, entraient dans leurs compagnies. A Gênes, par exemple, l'A rs
fiictorwn comprenait à la fois les peintres et es doreurs, et, en 1520, les batteurs d'or euxmêmes furent autorisés à s'adjoindre à cette corporation. Soprani a vu dans cette association des artistes avec des manouvriers une des causes qui paralysèrent longtemps l'essor de la peinture chez les Génois. Ce qui est certain, c est que les relations corporatives qui unissaient étroitement les peintres aux doreurs eurent pour résultat de faire conserver à Gênes, plu» longtemps que partout ailleurs, l'usage d'appliquer de 1 or dans le champ des tableaux. Les doreurs n'étaient pas seuls d'ailleurs à être admis dans les corporations de peintres; en beaucoup de pays, on y vit figurer les vernisseurs, les stucateurs, les ciseleurs, les menuisiers et autres artisans appelés à concourir k la confection d'un tableau et de son encadrement, et, par la suite, ce ne fut qu'à force de procès que les peintre obtinrent de pouvoir séparer leurs intérêts de ceux de leurs collaborateurs plus ou moins infimes. Un artiste génois, Giovanni-Battista Paggij qui était noble de naissance , eut, vers la fin du xvio siècle, à soutenir une longue lutte contre les prétentions do VArs pictorum; le débat fut porté devant le Sénat, qui, pur une sentence mémorable, proclama l'indépendance absolue du noble art de peindre et déclara que les statuts, règlements et arrêtés de la corporation étaient exclusivement applicables aux peintres tenant boutique et aux doreurs.
Au xive et au xve siècle , le menuisier et le stucateur avaient une très-grande part dans l'exécution des tableaux; le premier préparait les panneaux et les encadrements ; le second modelait les ornements en plâtre ou en stuc dont ces mêmes encadrements et parfois même le champ du tableau étaient surchargés. En Italie surtout, les tableaux destinés à la décoration des églises étaient emprisonnés le plus souvent dans des cadres massifs très-ornementés; ils recevaient d'ailleurs des formes différentes, suivant la place qu'ils devaient occuper. Les retables ou tableaux d'autel étaient les plus volumineux et les plus riches. Au xme siècle et jusqu'à la fin duxive,ils affectèrent la forme d'édicules gothiques, et c'est dans l'encadrement formé par les baies ogivales que les peintres dessinaient leurs compositions. « Lorsque le gothique fut banni de l'architecture, dit Lanzi, le dessin des menuisiers devint meilleur; ils mirent alors au-dessus des autels des panneaux oblongs, divisés par des espèees do pilastres ou de petites colonnes, entre lesquelles ils figuraient des portes et des fenêtres factices, de manière à imiter en quelque sorte les façades des palais et des temples. Quelquefois, ce3 panneaux étaient surmontés d une frise au fuite de laquelle on plaçait encore d'autres figures. Les images des saints occupaient les enfoncements, ou bien l'on représentait leur histoire sur les lambris du gradin (predella). Peu h peu , l'on supprima les séparations, on agrandit les proportions et, dans un punneau d'une seule piè<:e, on rangea autour du trône de la vierge Marie des saints, non plus roides et semblables & des statues, comme ils l'étaient auparavant et comme la coutume en subsistait encore au xve siècle, mais duns des attitudes et avec des mouvements divers. Les dorures du fond des tableaux disparurent au commencement du xvie siècle , mais celles des vêtements se multiplièrent, et jamais les bordures en or n'avaient été aussi hautes qu'elles le furent alors. Cependant, vers la fin du même siècle, on fit de Vor un usage plus modéré , et il fut presque entièrement banni dans le siècle suivant. » Les retables les moins compliqués se divisaient en trois compartiments, le compartiment du centre étant plus large et souvent plus haut que les autres et étant réservé au sujet principal de la composition. Parmi les retables de cette sorte que possède le Louvre, nous citerons celui de Giovanni Massone (no 259), dont le sujet central, peint sur un panneau de lm,T7 de hauteur sur 0°", 77 de longueur, représente lit Nativité et dont tes compartiments latéraux, larges de 0^,57 seulement et hauts de lm,ll, nous montrent, l'un le pape Sixte IV h genoux et son patron saint François, l'autre le cardinal Giuliauo délia Rovere et suint
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Antoine do Padoue. Quelquefois les trois divisions du retable avaient les mêmes dimensions ou à peu près, comme on peut le remarquer dans le retable de Taddeo Bartolo qui est au Louvre (n° 63), et qui représente , au centre, la Vierge et l'enfant Jésus entourés de chérubins, et, sur les côtés , Saint Gérard et saint Paul, Saint André et saint Nicolas. Le plus souvent, les tableaux d'autel offraient dans leur partie inférieure une série de petits sujets occupant un ou plusieurs comçartiments, auxquels les Italiens ont donné le nom de predella et que nous appelons tout simplement un gradin. Le célèbre Couronnement de la Vierge de Fra Angelieo a un gradin composé de sept petits panneaux de 0™,22 sur 0ID,30,sur lesquels est représentée la Légende de saint Dominique. Le gradiu du Saint François d'Assise de Giotto n'a que trois compartiments. Indépendamment d'une predella , certains retables italiens offrent d autres petits sujets peints, au-dessus du sujet principal, dans des compartiments de formes diverses, ronds, ovales, triangulaires ou en demi-lune. Il y a aussi des tableaux d'autel composés de plusieurs compartiments superposés, encadrant le plus souvent un sujet principal peint sur un panneau de plus grande dimension que les autres. Comme exemple de ce genre de disposition, nous citerons un retable de l'école génoise qui appartient au- Louvre (n° 514) et qui est divisé en six compartiments, dont le principal représente le Christ apparaissant à la Madeleine. On peut remarquer aussi, dans ce même retable, le soin avec lequel sont exécutées les dorures répandues à profusion sur les vêtements, sur les accessoires et jusque sur les chairs; le fond doré sur lequel les figures se détachent est orné de gaufrures délicates.
Dans les pays du Nord, la disposition la plus généralement employée était celle du triptyque, c'est-à-dire d'un panneau central accompagné de deux volets de même grandeur pouvant se rabattre sur ce même panneau, de manière à le couvrir complètement. Cette disposition permettait de fermer les triptyques et de les soustraire à la poussière et à 1 humidité pendant tout le temps qui n'était pas consacré aux offices. Certains triptyques précieux ne s'ouvraient même quaux jours de grande solennité. Les faces extérieures des volets offraient d'ailleurs presque toujours des peintures ordinairement en grisaille, représentant tantôt un sujet religieux , comme l'Annonciation, tantôt les portraits des donateurs du tableau. Il y avait aussi des diptyques, c'est-à-dire des tableaux formés de deux panneaux de même grandeur pouvant se rabattre l'un sur l'autre, et des polyptyques, c'est-à-dire des tableaux formés de plusieurs compartiments. Le plus célèbre et un des plus vastes polyptyques que nous connaissions est celui que les frères Van Eyck ont exécuté pour l'église de Saint-Bavon. à Gand; il se compose de douze panneaux disposés sur deux rangs. Les panneaux de la rangée supérieure sont cintrés; celui du centre, plus haut que les autres, représente le Père éternel coiffé de la tiare et assis sur un trône; les deux compartiments latéraux sont occupés, l'un par la Vierge, et l'autre par Saint Jean , et sont d'ailleurs immobiles comme le panneau central; les volets de cette rangée sont au nombre da quatre ; deux, représentant des Concerts d'anges, sont destinés à couvrir les compartiments de la Vierge et de Saint Jean; les deux autres, qui ne sont, à vrai dire, que des demi-volets et où sont figurés Adam et Eve, viennent se rabattre sur le panneau où est peint le Père éternel. La partie immobile de la rangée inférieure est occupée tout entière par la scène de l'Agneau mystique (v. agneau), et les volets, au nombre de quatre, représentent des Saints. A l'intérieur des volets sont peints l'Annonciation , deux Prophètes et deux Sybilles dans le haut ; deux Apôtres et les portraits du donateur et de sa femme dans le bas.
On ne peut nier que les grands tableaux du genre de celui que nous venons de décrire ne fussent combinés d'une façon ingénieuse çt bien décorative. Peu à peu, les artistes du Nord, aussi, bien que ceux du Midi, abandonnèrent ces dispositions compliquées et finirent par se borner à peindre des tableaux isolés, tantôt carrés, tantôt ovales , quelquefois ronds , mais le plus souvent rectangulaires, avec sommet cintré ou à pans coupés, toutes formes adoptées généralement en raison de la place réservée à l'ouvrage, mais n'étant pas absolument indifférentes d'ailleurs au point de vue du sujet représenté. A partir du xvie siècle, la toile, dont l'usage avait été jusqu'alors assez rare, fut la matière la plus généralement employée par les peintres pour former le champ des tableaux; les artistes du Nord continuèrent toutefois et ont continué jusqu'à nos jours à peindre sur panneaux de bois. Il y a eu aussi bon nombre d'artistes qui ont peint sur cuivre. Le carton, le cuir, l'ardoise, le marbre et d'autres matières dures ont été également employés. Un peintre florentin du xviie siècle, Francesco Bianchi Bonavita, peignit avec succès de petits sujets d'histoire sur du jaspe, de l'agate, du lupis-lazuli et d'autres pierres dures, en profilant adroitement des taches et des accidents que la nature y avait formés, pour produire des effets piquants. Un autre artiste de la même école,
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Antonio Tempesta, a peint des Batailles sur albâtre.
De notre temps, les tableaux sont peints le plus ordinairement sur toile ou sur panneau ; mais, en dehors du mérite plus ou moins grand de la peinture, on peut y admirer souvent des cadres travaillés avec goût; que de fois même les cadres valent mieux que la peinture! Pour ce qui est de la préparation matérielle des toiles et des panneaux, les artistes s'en remettent depuis longtemps à des industries spéciales; plusieurs procédés ont été inventés pour améliorer ce genre de produits ; mais on peut dire qu'en général les peintres d'aujourd nui ont le tort de ne pas se préoccuper assez du bon choix des matières qu'ils emploient; les anciens maîtres n'étaient pas si dédaigneux,
— Conservation des tableaux. Les amateurs de tableaux ont généralement l'habitude, mauvaise et nuisible, de tendre des rideaux devant leurs peintures et souvent aussi de faire l'obscurité dans leurs salles ou galeries quand elles ne sont pas visitées chaque jour. C'est peut-être à tort, et nous avons entendu des chimistes soutenir que les galeries de tableaux doivent toujours être le plus éclairées possible et que les tableaux isolés doivent être traités de même. La raison de cette recommandation est que l'hydrogène sulfuré, qui se trouve toujours en plus ou moins grande quantité dans tous les lieux habités, n'a d'action sur la- peinture au blanc de plomb que dans l'obscurité. Or, les peintres mélangent de blanc presque toutes leurs couleurs ; les émanations sulfhydriques gâtent et noircissent donc l'ensemble d'un tableau. Certains bleus, d'après M. Hoffmann, sont dans le même cas que les blancs de plomb. En 1865, le docteur Priée découvrit, constata et démontra que l'action de la lumière solaire empêchait la combinaison des émanations sulfhydriques avec le blanc" de plomb et qu'elle revivifiait l'éclat des peintures ternies ou noircies par un séjour trop prolongé dans l'obscurité. Voilà pourquoi ces chimistes pensen t que les personnes qui tiennent au bon état de leurs tableaux doivent les tenir toujours sans voile dans des endroits parfaitement éclairés.
— Typogr. Dans l'imprimerie, on comprend sous la dénomination générique de tableaux tous les ouvrages à colonnes, à filets et à accolades, tels que registres, états, tarifs, prix courants, factures, etc. Ces sortes de travaux sont ordinairement faits par des ouvriers spéciaux auxquels on a donné le nom de tableautiers ; un bon tableautier est un homme précieux ; aussi est-il habituellement mieux rétribué que ses compagnons d'atelier. Il doit joindre à beaucoup d'adresse beaucoup de goût, être minutieux, inventif, soigneux et, de plus, savoir tirer parti de toutes les ressources, petites ou grandes, qui se trouvent à sa disposition.
Nous n'entrerons pas dans de longues considérations relativement aux tableaux ; le lecteur désireux d'en savoir davantage aura recours aux ouvrages techniques, kl' Encyclopédie Roret , au Guide du compositeur da M. Théotiste Lefèvre, qui consacre onze pages à cette question (134 à U4). Contentonsnous de citer, en le résumant, ce que dit à ' ce sujet M. Henri Fournier dans son Traité de la typographie : « La diversité de ces sortes da travaux ne permet pas d'établir de principes absolus pour leur composition. Les recommandations générales se bornent aux suivantes : bien étudier la copie qu'il s'agit de reproduire; régler avec attention la division des colonnes suivant l'importance de chacune d'elles ; se renfermer avec exactitude dans la justification totale, ou dans l'espace, quel qu'il soit, affecté au tableau. Ensuite on composera les têtes de colonnes en diversifiant judicieusement les longueurs de lignes et les forces de caractères ; la tête la plus chargée de texte sera celle qui déterminera la hauteur de toutes les autres. Les filets transversaux ou angulaires devront être coupés avec une précision telle que l'alignement et la jonction soient parfaits. Les colonnes d'un même groupe seront séparées par un filet maigre; celles de groupes différents par un filet demi-gras ou gras, suivant que la séparation devra être plus ou moins accusée. Le filet d'encadrement devra être approprié à la dimension totale du tableau. En résumé, les principales conditions à observer dans la composition des tableaux sont la régularité de la justification, l'observation des proportions indiquées, le choix des caractères, la coupe exacte des filets, la bonne disposition et l'harmonie des diverses parties entre elles.» — « Pour faire des tableaux, bilboquets et ouvrages de ville, dit de son côté Audouin de Géronval dans son Manuel de l'imprimeur, on ne saurait être trop bien approvisionné de cadrais de toutes forces et de toutes sortes d'interlignes, lingots, réglettes, garnitures, chiffres supérieurs, accolades, filets, etc. » En effet, si un ouvrier habile se tire d'affaire avec un matériel défectueux et incomplet, combien ne fera-t-il pas plus vite et mieux s'il a sous la main tout ce qui lui est nécessaire I
— Hist. Tableau civique. Suivant le décret du 24 décembre 1789, chaque municipalité était tenue de dresser un tableau des citovens actifs, c'est-à-dire réunissant les conditions légales pour être électeurs et éligibles. Cha-
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que année, à un jour marqué, on devait inscrire sur ce tableau civique tous ceux qui remplissaient les conditions d'âge et de cens, après leur avoir fait prêter publiquement le serment civique de fidélité à la constitution, à la loi et au roi. Tout Français parvenu à l'âge de vingt et un ans devait se soumettre à cette inscription civique et se faire inscrire, en outre, sur les contrôles de la garde nationale, sous peine de ne pas exercer ses droits de citoyen tant qu'il ne remplirait pas ces obligations.
Certains délits, même purement politiques, comme la résistance aux lois, l'outrage aux autorités constituées, pouvaient entraîner la radiation du tableau civique.
Tableau de l'ineonataiioe de» marnai* nce* et démon», • où il est amplement traité de la sorcellerie et des sorciers ; livre trèscurieux et très-utile, non-seulement aux juges, mais à tous ceux qui vivent sous les lois chrétiennes ; avec un discours contenant la procédure faite par les inquisiteurs d'Espagne et de Navarre à cinquante -trois magiciens, apostats, juifs et sorciers en la ville de Logrogne, en Castille, le 9 novembre 1610; en laquelle on voit combien l'exercice de la justice en France est plus juridiquement traité, et avec plus de belles formes, qu'en tous autres empires, royaumes, républiques et Etats, par P. de Lancre, conseiller du roi au parlement de Bordeaux « (Paris, 1612, in-40). Ce volume est ordinairement accompagné d'une gravure très-curieuse représentant les cérémonies du sabbat, telles que l'imagination se les représentait alors. L'ouvrage est divisé en six livres. Le premier contient trois discours sur l'inconstance des démons, le grand nombre des sorciers et le
Ïienchant des femmes du pays de Labourd pour a sorcellerie. Le second livre traite du sabbat en cinq discours; on y examine comment le diable fait pour transporter ses adeptes au lieu du sabbat; s'ils y vont en esprit ou réellement, et comment quelquefois leur image reste à leur place pour tromper ceux qui Sont chargés de veiller sur eux; le tout accompagné de faits et d'exemples authentiques et qui s'appuient sur les aveux des sorciers eux-mêmes. Le quatrième livre roule sur la même matière ; il détaille ce qu'on fait au sabbat, comment on y adore le diable, comment celui-ci s'y comporte avec les femmes et quelles sont celles qu'il choisit de préférence pour leur accorder ses faveurs; et à ce sujet il entre dans des explications qui ne peuvent se tolérer que dans le procèsverbal d'un magistrat. Le quatrième livra est consacré aux loups-garous, et l'on verra avec intérêt les idées de nos pères à ce sujet; le cinquième parle des apparitions, et le sixième des prêtres sorciers. Ce curieux ouvrage atteste l'extrême crédulité de l'auteur, qui fit brûler plus de cinq cents prétendus sorciers dans le pays de Labourd.
Tableau ntlnrtl des rapport* qui «liaient entre Dieu, l'homme et l'uni (en (Edimbourg,
17S2, 2 vol. in-8°). Cet ouvrage, un des plus originaux qu'on ait publiés depuis l'invention de l'imprimerie, qui est d'ailleurs écrit dans un français abstrus, quoique très-correct, parut anonyme. On sait néanmoins qu'il est de Saint-Martin, le philosophe inconnu, dont il a servi depuis à mettre en relief la personnalité mystérieuse.
La doctrine générale de Saint-Martin est que le christianisme d'aujourd'hui est au vrai christianisme ce que dans la franc-maçonnerie est une loge bleue, c'est-à-dire une loge d'apprentis, à une loge da hauts grades ; que la christianisme réel, chez les fidèles de la première heure, se transmettait par voie d'initiation; que ce christianisme, le seul réel, peut nous révéler les secrets de la nature et nous mettre en communication avec les esprits. Selon Saint-Martin, < les prêtres ne sont que des officiers inutiles qui ont oublié le mot d'ordre. » Il est probable et même certain qu'il existe actuellement dans le monde des associations secrètes où se conserve le vrai christianisme comme une lampe sacrée qui s'éteindrait au grand air. Il est également sûr que la doctrine pythagoricienne de3 nombres, da la métempsycose, la * magie du moyen âge conservent des foyers actifs et qui se dérobent comme ils peuvent aux regards. Saint-Martin s'attache fa démontrer la place que l'homme occupa dans l'économie des choses, et de l'examen de la nature de l'homme il tire des conclusions sur la nature de Dieu et celle des sphères célestes.
D'abord, la matière n'existe point, ou plutôt elle n'est qu'une œuvre de l'esprit. Voici comment l'auteur s'y prend pour démontrer à la fois la puissance de l'invisible et le peu de valeur du monde visible : « L'homme, dit-il, ne peut donner l'existence à aucune œuvre matérielle, sans y procéder par des actes qui en sont, pour ainsi dire, les puissances créatrices et qui, malgré qu'ils s'opèrent intérieurement et d'une manière invisible, sont néanmoins aussi faciles à distinguer par leur rang successif que par leurs différentes propriétés ; par exemple, avant que d'élever un édifice, j'en ai conçu le plan ou la pensée, j'ai adopté ce plan et enfin j'ai fait choix des moyens propres à le réaliser.
• Il est évident que les facultés invisibles par lesquelles j'ai eu le pouvoir de produire cette œuvre sont par leur nature très-supérieures
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k leur résultat, et qu'elles en sont tout à fait indépendantes. Car cet édifice aurait pu ne pas recevoir l'existence sans que les facultés qui me rendaient capable de la lui donner en fussent altérées. Depuis qu'il l'a reçue, elles conservent la même supériorité, puisqu'ayant le pouvoir de le détruire, ne pas le détruire c'est en quelque sorte lui continuer l'existence; enfin, s'il venait à périr, les facultés qui lui ont donné l'être resteraient après lui ce qu'elles étaient avant et pendant sa durée. >
Saint-Martin établit de même que les facultés sont supérieures au corps. Elles opèrent, <m effet, dans le calme des sens. Les sens n'en sont qua les organes et les ministres : ils n'en pourraient être le principe, car ils n agissent qua par impulsion, tandis qua las facultés intellectuelles agissent par délibération. Elles ont même un grand pouvoir sur les sens : elles en étendent la force et l'usage par l'exercice qua la volonté leur impose. En un mot, les sans sont passifs, et les facultés actives.
Mais si la vie, qui est l'action continue des facultés, est l'œuvre de cette force supérieure, comment la nature physique ne serait-elle pas aussi l'œuvre de forces supérieures ? Plus l'univers physique offre de perfection, plus il montre la grandeur des forces supérieures auxquelles il obéit, dont il est le résultat ou, si l'on veut, la création. Pourquoi se défier alors de cette idée à la fois simple et vaste qui indique une seule et même loi de la production des choses? Or, cette loi n'est autre que la volonté d'un être que le vulgaire nomma Dieu, mais qua du reste on peut appeler comme on veut. Par une suite de déductions logiques, l'auteur démontra de mémo l'antériorité de la volonté qui a créé l'univers à cet univers, puisqu'il est son œuvre. Comme dans l'exemple cité plus haut, l'univars physique pourrait être détruit sans que la puissance supérieure qui l'a successivement créa et détruit perdit rien de son être.
Dans une suite de chapitres consacrés à l'étude détaillée da chaque partie de l'univers, Saint-Martin poursuit partout l'action de la force invisible qui présida uu gouvernement des choses, les crée, les conserve, les modifie et les détruit ; puis il analyse les traditions de tous les peuples à cet égard. Sa façon d'interprétation des légendes et des traditions est ce que son livre offre de plus merveilleux. Là où les esprits ordinaires ne voient qu'une lettre morte ou des hiéroglyphes, il remet la lumière, se livre à des conjectures d'une fécondité incomparable. Il s'est plu tout particulièrement a lira dans lasallégoriesorientales.etil trace les règles peut-être un peu fantaisistes de leurs Hivers sens. Il déclare que c'est un labyrinthe. « La même allégorie renfermant des vérités de plusieurs ordres, il faut suivre ces vérités selon leur progression naturelle; il faut d'abord chercher dans l'allégorie le sens le plus voisin de la lettre, comme étant le plus intelligible et le plus à notre portée, et s'élever ensuite au sens qui lui succède immédiatement. Par cette marche attentive et prudente, on parviendra à la connaissance (lu sens le plus sublime qu'une tradition puisse renfermer. Si l'on n'observe point cet ordre, si l'on omet quelque terme de la progression et qu'on veuille trop tôt en expliquer les extrêmes, l'on n'y trouvera que confusion, obscurité, contradiction, parce qu'en négligeant un sens intermédiaire on se sera privé du seul moyen qui pouvait rendre ces objets intelligibles. »
Il est constant que les allégories qu'on rencontre dans toutes les légendes historiques, la mythologie, les mystères antiques, les initiations, la métempsycose et le sentiment intime des transformations successives de l'univers qu'on rencontre à chaque pas dans les systèmes indous, font de la science de l'interprétation une doctrine philosophique du premier ordre et le seul moyen qu'il y aurait de pénétrer un peu avant dans les muettes obscurités qui couvrent les premiers âges du monde. Le tout serait de créer cette science. Et puis, les formes essentielles de l'entendement se modifiant avec les siècles, il y a des idées qui deviennent peu à peu inintelligibles. Le passé est comme un objet lointain que le soleil éclaire et qui perd de. sa clarté à mesure que les rayons du soleil deviennent plus obliques.
Après avoir indiqué sommairement ses théories sur la manière d'interpréter la tradition, Saint-Martin entreprend d'expliquer les traditions hébraïques. Il présente des aperçus étranges sur le sabbat, sur les viandes, sur les animaux immondes, sur l'action qu'ils ont dans notre économie vitale. Ça et là, au milieu d'interprétations symboliques, il revient à la philosophie pure et tombe dans ses visions pythagoriciennes : ■ L'homme ne peut, dit-il, passer les bornes et les mesures de ses facultés sans les détruire ; et malgré qu'il ait reçu ces facultés par sa nature, il doit attendre que les vertus et les nombres supérieurs viennent les compléter et les nourrir , de même qu'il ne doit pas cesser de se reposer sur ces secours supérieurs et de croire qu'ils peuvent se renouveler comme ses besoins. C'est là ce que signifiaient les vases des Hébreux, la manne dont ils les remplissaient et la défense faite au peuple d'en ramasser des portions doubles. »
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Il y a an chapitre xvrrr da tome II une théorie des nombres que les philosophes d'aujourd'hui trouveraient bien singulière, mais sur laquelle ont pâli Pythagore et Platon : • Les nombres, dit Saint-Martin, sont les enveloppes invisibles des êtres, comme les corps en sont les enveloppes sensibles.
» On ne peut douter qu'il n y ait pour tous les êtres une enveloppe invisible, parce qu'ils ont tous un principe et une forme, et que ce principe et cette forme, étant aux deux extrêmes, sont à une trop grande distance l'un de l'autre pour pouvoir s'unir et se correspondre sans intermède ; or, c'est l'enveloppe invisible ou le nombre qui en tient lieu. 0 est ainsi que, dans les corps, la terre e°t j'enveloppe visible du feu, que l'eau est celle de la terre et l'air celle de l'eau, quoique cet ordre soit fort différent dans les éléments non corporisés. »
Les lois et les propriétés des êtres sont écrites sur leurs enveloppes sensibles. Les sens ne les perçoivent que par là. « On en peut dire autant de leurs enveloppes invisibles ; elles doivent contenir et porter sur elles Jes lois et les propriétés invisibles des êtres, comme leurs enveloppes sensibles indiquent leurs propriétés sensibles. Si elles y sont écrites, l'intelligence de l'homme doit donc pouvoir les y lire, comme par les sens il lit ou éprouve les effets des propriétés sensibles tracées sur les corps et agissant par l'enveloppe sensible des êtres; voilà ce que la connaissance des nombres peut promettre a celui qui, ne les prenant pas pour de simples expressions arithmétiques, sait les contempler selon leur ordre naturel et ne voir en eux que des principes coèternels à la vérité. •
Saint-Martin expose au long cette doctrine des nombres dans un ouvrage spécial, la Science des nombres, publié après sa mort. Quant à celui dont nous venons de donner nne courte analyse, il n'était point sorti du
Ïietit cercle des disciples de Saint-Martin , orsque le comte de Maistre, qui était un lecteur assidu et un admirateur de Saint- Mariin, lui donna une réputation européenne. Il en est question dans plusieurs des Soirées de Saint-Pétersbourg.
Tableaux da famille OU Journal de Charles Encelmaun, suivi des Nouveaux tableaux de famille OU Via d'un pauvre ministre de village et de ses enfants, par Auguste Lufontaine, romancier allemand (1785-1792). Le Journal de Charles Engelmarm comprend deux volumes et a été ainsi apprécié par Chénier : • Qui n'a pas lu avec attendrissement les Tableaux de famille? Qui ne s'est pas intéressé au bon ministre Bemrode, à son excellente femme, à leur tendre fille Elisabeth, à leur fille Mina, si sensible, si spirituelle, à toute cette famille heureuse par 1 amour et la vertu? Entre toutes les productions de l'auteur, il n'en est peut-être aucune où l'on rencontre des traits plus charmants. » Deux frères, dont l'un a beaucoup d'analogie avec l'oncle Toby de Tristram Shandy, et dunt l'autre est un raisonneur philosophe, grand admirateur de la Bible, et qui a depuis longtemps l'habitude d'écrire sur les marges de ce livre divin tous les événements heureux ou malheureux de sa petite famille, vivent unis; les jours coulaient paisiblement dans cette maison de patriarches. Mais l'oncle Jacob avait une lille qui se laissa séduire ; il la traita avec rigueur, la chassa impitoyablement; dès lors, plus de bonheur pour ces braves gens. Quel était son séducteur? Un homme singulier qui avait la plus détestable réputation, qui passait pour avoir voulu corrompre sa belle-mère et assassiner son père, enfin que l'on désignait dans le pays sous le nom du vaurien. Ce fut cet homme qui obtint les faveurs de l'innocente Suzetteet la rendit mère. Hâtonsnous de dire, pour l'honneur de Suzette, quo jamais homme ne mérita moins sa mauvaise réputation : tout le bien qu'il avait voulu faire dans sa vie lui avait été imputé à crime, comme le prouve la suite de l'histoire, qui se termine par un mariage et le retour de la paix dans lu maison des patriarches. Nous renvoyons pour les détails le lecteur à la traduction de M"»® de Montolieu (1801); il y trouvera un înierèl si bien gradué, qu'il se sentira irrésistiblement entraîné depuis le premier chapitre jusqu'au dernier.
Nous n'eiitrepieniiions pas davantage de faire l'analyse des cinq volumes dont se composent les Nouveaux tableaux de famille, cet ouvrage qui jouit en Allemagne d'une réputation justement méritée et dont la plupart des chapitres offrent une lecture vraiment délicieuse. Celui qui est intitulé la Fenêtre et te signal est admirable de naturel et de sentiment ; c'est un inari de soixante ans qui se retrace l'amour qu'il eut jadis pour sa femme en contemplant dans le lointain la fenêtre de la maison qu'elle habitait alors ; toutes les idées de cette rêverie sont à la fois touchantes et gracieuses. Il se représente son Auguste telle qu'elle était aux beaux jours de la jeunesse ; dans un transport excite par un si doux souvenir, il s'écrie : » O mon Auguste 1 > Une voix cassée répond derrière lui ; « Que me veux-tu, mon ami?» C'est son Auguste avec des cheveux blancs et devenue ^rancl'mere. 11 semble qu'ici l'intérêt doit finir; mais l'auteur le ranime ; lu reste de la scène est de la plus douce sensibilité. Ce tableau est pur, vrai, profondément senti; il n'a rien