‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 862 sur 1059 · V. Huflo · texte numérisé non relu

V. Huflo

Tandis qu'au haut des ceps les jeunes gens folâtres

PoDt pleuvoir les raisins bleuâtres, Les filles en dessous tendent leurs tablier».

A. Barbier.

— Morceau de cuir attaché sur le devant d'une voiture, pour garantir de la pluie et de la boue.

— Ane. loc. Son tablier Use, Se dit d'une femme dont l'état de grossesse commence à être apparent :

De son amant Iris a fait un père:

Sexe malin, pourquoi vous ea railler?

L'amour a fait lever son tablier; Le vOtre est-il d'étoffe moins légère ?

Db Boufplers.

— Jeux. Echiquier ou damier. Vieux en ce sens. Il Double table d'un trictrac, divisée en deux parties par un demi-bord : Les dés qui tombent hors du tablier ne valent pas.

(Acad.)

— Franc-maçon. Morceau de peau blanche taillé en forme de petit tablier, que les apprentis et les compagnons doivent porter en loge attaché autour de la ceinture.

— Coutume. Droit de tablier, Sorte de bienvenue que, dans quelques métiers, les apprentis qui passent ouvriers payent à leurs nouveaux camarades. H Ancien bureau de recette des droits du roi, en Bretagne. Il Droit de tablier et prévôté, Droit de quatre deniers par livre, qu'on payait à La Rochelle sur les marchandises qui sortaient du port.

— Théâtre, Rôle à tablier ou simplement Tablier, Rôle comique d'ouvrier en tablier ; rôle de soubrette.

— Mus. Tablier de timbale, Morceau d'étoffe brodée, qui se met autour d'une timbale.

— Archit. Ornement sculpté sur la face d'un piédestal. Il Plancher d'un pont en charpente, d'un pont métallique ou d'un pont suspendu.

TABL

— Fortif. Partie d'un pont-levis qui s'abaisse pour donner passage sur le fossé.

— Constr. Rideau en tôle qui se trouve devant une cheminée, et qui sert à en régler le tirage.

— Mar. Doublure que l'on met à certaines voiles pour les garantir du frottement des hunes et des barres. Il Sorte de sac que le servant d'une bouche à feu porte devant soi.

— Techn. Plaque en forte tôle ou en fonte, que, dans certaines circonstances, on place du côté de l'entrée des cylindres d'un laminoir et à peu près à la hauteur de cette entrée, pour que le lamineur puisse facilement engager les barres à laminer, n Morceau de peau cloué à la table, oui enchâsse la pierre du batteur d'or.

— Anat. Chez les Hottentotes, prolongement des petites lèvres de la vulve, qui prend un développement extraordinaire.

— Arachn. Ensemble des pièces qui voilent les organes sexueU de quelques araignées.

— Bot. Syn. de labellb, dans les orchidées.

— Econ. rur. Morceau de toile qu'on suspend sous le ventre des béliers, pour les empêcher de saillir les brebis. Il Tablier de ruche, Support en bois ou en pierre, sur lequel sont établies les ruches.

— Encycl. Archit. Le tablier des ponts en charpente s'appuie sur les longerons ou sommiers qui terminent les fermes ; il se compose ; de pièces de pont ou solives, ordinairement espacées de l mètre et perpendiculaires aux sommiers; de madriers presque jointifs, placés parallèlement à l'axe du pontet reposant sur les pièces de pont , et d'un platelage composé de planches jointives perpendiculaires à la circulation. Dans les ponts en fer et en fonte, le tablier se fait quelquefois en bois, en adoptant un système analogue au précédent, mais le plus souvent on l'exécute en métal. Dans ce dernier cas, on emploie des pièces de pont auxquelles on donne la forme d'un fer à double X, soit en laminant suivant cette section, lorsque la hauteur de la pièce doit être faible, soit en le fabriquant avec des cornières rivées sur des semelles et pinçant entre elles une lame de tôle pleine ou un treillis, ou simplement des croix de Saint- André, Ces pièces, dont l'importance varie avec la largeur à donner au tablier, selon que le pont doit livrer passage à une route ou à un chemin de fer, sont recouvertes de madriers en chêne ou en sapin, sur lesquels on pose le macadam de la chaussée ou le ballast de la voie. On remplace quelquefois ces madriers par des rails Barloty, posés les uns contre les autres ou entretoisés par des voûtes en briques comme au pont d Arcole, à Paris ; ou bien on fait ce tablier en tôle ondulée ou simplement en tôle cintrée. Le plus souvent, lorsqu'un pont doit présenter une grande stabilité, on se contente de relier les pièces de pont par de petites voûtes on brique surbaissées, sur lesquelles on établit la chaussée ou la voie. Dans les ponts suspendus, le tablier est établi comme celui des ponts en charpente, avec cette seule diffé-

' rence, que les pièces de pont, au lieu de reposer sur les sommiers d'une ferme, sont suspendues par leurs extrémités à des tiges de suspension attachées aux câbles qui supportent l'ensemble.

— Théâtre. On désignait jadis, sous la dénomination de tabliers ou rôles à tablier, un emploi qui se composait d'un certain nombre de comiques francs, à l'allure brusque et décidée, aux manières ouvertes et joviales. Cet emploi, qui prit naissance dans les vaudevilles, fut par la suite presque entièrement réservé à l'opéra-comique. Le célèbre Audinot, fondateur du théâtre de l' Ambigu-Comique, s'était acquis à la Comédie-Italienne une trèsgrande réputation dans les tabliers, et Laruette,qui fut un compositeur assez distingué, y excellait aussi. Solié, qui, plus encore que le précédent, se fit remarquer comme compositeur dramatique, fut l'un des meilleurs tabliers de l'Opéra-Comique, où Trial obtint encore une très - grande renommée dans ee genre.

Ce nom de tabliers venait de ce que les rôles qui composaient cet emploi représentaient généralementdes personnages de basse extraction, ouvriers savetiers, maçons, serruriers , etc. , qui paraissaient toujours en scène avec un grand tablier de cuir, insigne de leur profession.

TABLINUM s. m. (ta-bli-nomm). Antiq. rom. Chambre d'une maison, située en face de l'entrée de l'atrium.

— Encycl. Vitruve n'indique pas la position exacte du tablinum ; mais il détermine sa

Grandeur d'après la largeur de l'atrium, tanis qu'il fixe celle des aise ou ailes latérales de l'édifice d'après la longueur du même atrium. Cette proportion que Vitruve nous indique pour ie tablinum fait voir que c'était une sorto de cabinet. Il faut, dit Vitruve, donner au tablinum les deux tiers de la largeur de l'atrium , s'il est de 20 pieds; s'il est de 30 à 40, on ne lui en donnera que la moitié, et s'il est de 40 à 50, on divisera cette largeur en 5, et le tablinum aura deux de ces grandeurs. Sa hauteur doit être égale à sa largeur quand on auru ajouté à celle-ci sa

TABO

huitième partie. L'enfoncement des plafonds doit ajouter à cette hauteur la dixième partie de la largeur. On en conclut à peu près que cette pièce avait la forme d'un carré. Certains auteurs ont pensé que le tablinum était la pièce des archives, celle où le propriétaire de la maison conservait ses comptes et écrits d'affaires. Cependant, comme il fallait passer par le tablinum pour sa rendre dans l'intérieur de la maison, d'autres érudits ont émis l'opinion que cette pièce n'aurait pas été convenable pour y placer des archives, qu'on n'aime pas en général à laisser à la disposition des allants et venants. D'après cela, on a imaginé que c'était la pièce où le maître de la maison recevait ses clients et agents, et que les murs, autour du tablinum, étaient garnis d'armoires fermées contenant les écritures qui les concernaient. Au surplus, tout indique que ce ne fut que dans les temps les plus reculés que le tablinum aurait pu servir, d'archives, c est-à-dire à une époque où la maison romaine était petite et où, derrière le tablinum, il n'y avait point de péristyle ni aucune des pièces qu'on ajouta depuis.

TABLOIN s. m. (ta-bloin — rad. table).

Ane. artill. Plate-forme faite de madriers, sur laquelle s'établissait une batterie de ca non s.

TABOADA (Antonin) , général et homme politique argentin, né dans la province de Santiago-del-Estero, en 1815. Sous la dictature de Rosas, implacable ennemi des libéraux, il se vit contraint de quitter son pays et de passer à Montevideo. Là, il prit du service, combattit sous les ordres de Lavalle dans la guerre faits a Rosas et tomba au pouvoir de ce dernier, après la défaite de Quebracho-Herrado. Un hasard heureux le fit échapper au massacre ordonné par Rosas, et il fut conduit à Buenos-Ayres, où il resta pendant longtemps en prison. Etant parvenu a s'échapper, Taboada gagna le Chili, puis alla vivre obscurément dans la province de Santiago. Lors du soulèvement qui amena la chute du dictateur, Taboada reprit les armes, reçut {1852) le gouvernement de sa province natale et maîtrisa le mouvement réactionnaire qui se produisit sous les ordres du général Guttierez. Lorsque, enlS56,le gouvernement de Washington chargea une commission scientifique d'explorer le rio Salado jusqu'à Santa-Fé, Taboada se chargea d'accompagner la commission et d'assurer sa sécurité avec une faible troupe, qui mbintinten respect les indigènes du désert du Chao, et profita de l'occasion pour faire des traités d'alliance avec les chefs indigènes établis dans les régions frontières de la république Argentine. Pendant la guerre civile qui éclata entre Buenos-Ayres et les provinces sous la présidence de Derqui, Taboada parvint à rétablir la paix (1861). Peu après, il fut nommé membre de la Chambre des députés, et il alla siéger au sénat en 1865. Deux ans plus tard, il comprima l'insurrection qui avait éclaté dans le nord et battit Philippe Vareia. En 1868, il posa sa candidature à la présidence de la république; mais ce fut son compétiteur, le général Sarmiento, qui fut élu. Il ne fut pas plus heureux en 1874, époque où Avellaneda fut porté à la présidence.

TABOCA, rivière du Brésil (Goyaz), district de Nova-Beira. Elle descend du versant oriental de la Cordillera-Grande, coule à l'E.-N.-E. et se réunit au Tocantin, par la rive gauche, à 68 kilom. O.-S.-O. de Natividad, après un cours d'environ 130 kilom.

TABOGA ou TABAGO, petite île de la Nouvelle-Grenade, dans le golfe de Panama, à 20 kilom. de cette ville , par 8° 40' de latit. N. et 82° 29' de longit. O. Sa surface est entièrement couverte de forêts, ce qui lui donne de loin la plus agréable apparence. On y recueille particulièrement une grande quantité de bananes. Sur la côte septentrionale se trouve un bon ancrage et une source d'eau excellente, où les navires s'approvisionnent. Près de là est un petit village, dont la belle église contraste agréablement avec la verdure qui l'environne.

TABOR (mont), montagne de France, dans la grande chaîne des Alpes. Elle a 3,180 mètres d'altitude.

TABOR, célèbre montagne du royaume de Bohême, dans la province de Béchin, anciennement connue sous le nom de Hradistie.

C'est ce site inexpugnable que Jean Ziska avait choisi pour quartier généra) des hussites(l4l9);et,en attendant qu'il pûty bâtir une ville, dit un historien, il ordonna à ses gens de dresser leurs tentes dans les endroits où ils voulaient avoir leurs maisons. Nicolas de Hussinetz, celui à qui Wenceslas avait promis une corde pour le pendre, vint l'y joindra avec sa bande. Au bout de peu de jours, il se rassembla en ce lieu 40,000 personnes de tout sexe et de tout âge, qui venaient de tous les pays environnants et surtout de Prague, et pour lesquelles trois cents tables fuient dressées, afin de fraterniser dans la nouvelle communion. C'est peut-être alors que la montagne du campement fut inaugurée sous le nom mystique de Tabor, qu'elle a toujours porté depuis, ainsi que la forteresse de Ziska et celle qu'on y voit encore aujourd'hui. Cette place forte a joué un rôle dans ' toutes les guerres de l'Allemagne, et nos armées en ont gardé le souvenir.

TABO

TABOR, en bohémien Hradisstie ou Hory- Tabor, ville des Etats autrichiens (Bohême), sur la montagne du même nom, au pied de laquelle coule laLuschnitz,à98 kilom. S.-S.-E. de Prague; 4,000 hab., dont beaucoup de juifs. Murailles flanquées de tours. Chef-lieu de cercle; tribunaux, école de premier ordre; manufactures de gros draps, papeterie; commerce en grains. Elle doit son origine a un château fort bâti en 1419 par Jean Ziska, clief des hussites, qui, dans leur guerre, en avaient fait un de leurs lieux de rassemblement. Une des sectes hussites prit de là le nom de laborites.

TABOR (cercle de), au S.-E. de la Bohême» entre ceux de Budweis au S., de Pisek à l'O., de Prague au N., de Caasiau et le gouvernement de Moravie (cercla d'Iglaus) à l'E.; 4,618 kilom. carrés, 100 kilom. sur 35 ; 334,54s hab. Les monts Morares courent sur la limite orientale et envoient dans l'intérieur quelques ramifications qui s'y abaissent partout en collines et laissent souvent entre elles d'assez belles plaines. La Moldau ne fait que baigner une très-petite portion à l'ouest; la Luschnitz en est ensuite la principale rivière. Il y a beaucoup d'étangs, surtout dans le sud-est. Les richesses principales du sol sont les grains, les fruits, le lin et le bois; on élève beuucoup de moutons. On trouve de l'argent, des pierres précieuses et des sources minérales dans quelques endroits. L'industrie manufacturière y a pour objet des fabriques de draps.de toiles, de lainages et de cotonnades et des papeteries.

TABOR (Jean-Othon), jurisconsulte allemand, né à Bautzen en 1604, mort à Francfort en 1674. Il prit le grade de docteur en droit à Strasbourg, accepta en 1634, dans cette ville, une chaire de jurisprudence, qu'il occupa pendant vingt-deux ans, et acquit une grande réputation de savoir. Tabor devint conseiller intime et directeur de la chancellerie à Gustrow et fut chargé par le duc de Mecklembourg de diverses missions à Vienne et à Dresde. Il fut ensuite chancelier de l'université , premier professeur de droit à Giessen (1660-1667), puis il se. retira à Francfort, auprès de son fils. On lui doit : Filins Ariadneus per sinuosos Pandectarum juris anfractus viam monstrans (Strasbourg, 1642, in-fol.); Thésaurus tocorum communium jurisprudentix (Strasbourg, 1652, in-4<>); Relationes Argeutoratenses ex supremo reipubhc& dicusterio leeix (Francfort, 1675, in-fol.); J.-O. Taboris tractatus antea singulatim editi (Leipzig, 1688, 2 vol. in-fol.), recueil de trente - quatre dissertations ; Decisiones et eonsultationes de variis selectisque juris publia feudatis et privait argumentes (1702 , in-fol.).

TABOR (Robert), Anglais plus connu sous le nom du ciievulier Talbat, Il vivait dans la seconde moitié du xvne siècle, se rendit en France en 1679 et y guérit avec du quinquina le dauphin, attaqué d'une fièvre opiniâtre. Cette cure fit grand bruit, et Louis XIV acheta à Tabor le secret de son remède pour le rendre public. C'est de là qu'on appela longtemps remède anglais l'infusion du quinquina dans le vin. Tabor a publié, sous le nom du chevalier Talbot, Pyretologia, or a rational account of the cause and cure of agues, with their signs (Londres, 1672, in-8°).

TABORA ou TAVORA, bourg de Portugal (Beira), au confluent du Duero et de la rivière du même nom, à 9 kilom. E. de Lamego ; 600 hab.

TABORA ou SOBERBIO, rivière du Portugal (Beira). Elle se jette dans )e Duero , à Tabora, après un cours de 77 kilom.

TABORD s. m. (ta-bor). Sorte de chariot dont se servent les Cosaques de l'Ukraine : Les tabords sont des chariots de gui les Cosaques se couvrent lorsqu'ils cheminent en rase campagne. (Chevalier de Beauplan.)

TABORDA (Franeisco-Alves da Silva), acteur portugais, né à Abrantès en 1824, Il commença à se faire connaître en jouant avec un grand succès au Gymnase-Dramatique de Lisbonne à partir de 1846. Plus tard, il se rendit à Paris pour s'y perfectionner dans son art. De retour en Portugal, il s'y plaça au premier rang des acteurs comiques par sa verve, son naturel et la franchise de son jeu. Son talent, d'une souplesse extrême, lui a permis de jouer avec un égal succès les rôles les plus variés, et il a été particulièrement applaudi pour la façon dout il a interprété les personnages comiques du théâtre de Molière, traduit en portugais par le vicomte de Castilho. M. Taborda a joué sur presque tous les théâtres de son pays et du Brésil. Aucun comédien uejouitdans ces deux contrées d'une popularité égale à la sienne. M. J.-C. Machado a publié, dans la Mevista coatemporanea de Portugal e Brazil, une spirituelle étude biographique sur ce brillant artiste.

TABOR1TE s. m. (ta-bo-ri-te — du mont Tabor, que le chef des taborites avait fortifié). Hist. relig. Membre d'une secte de hussites.

Encycl. « En 1419 (quatre ans après la

mort de Jean Hus), dit un historien de l'époque, le jour de la Saint-Michel, il s'attroupa une grande multitude de peuple dans une vaste campagne appelée les Croix (Cruees), proche de Tabor. 11 en vint beaucoup de Pru-

TABO

gue, les uns à pied, les autres en chariot. Ce peuple avait été invité par maître Jacobel, maître Jean Cardinal et maître Tocznicz. Maître Matthieu fit dresser une table sur des tonneaux vides et donna l'eucharistie au peuple sans nul appareil. La table n'était pas couverte et les prêtres n'avaient point d'habits sacerdotaux. Maître Coranda, curé de Pilsen, se rendit dans ce même endroit avec une grande troupe de l'un et de l'autre sexe, portant l'eucharistie. Avant que de se séparer, un gentilhomme ayant exhorté le peupleà dédommager un jeune homme dont on avait gâté les blés, il se fit une si bonne collecta

?ue cet homme n'y perdit rien, car il ne se uisait aucune hostilité ; les troupes marchaient avec un bâton seulement, comme des pèlerins. Sur le soir, toute cette multitude partit pour Prague et arriva, a la clarté des flambeaux, devant Wisherad. Il est surprenant que dans cette occasion ils ne s'emparèrent pas de cette forteresse, dont la conquête leur coûta depuis tant de sang. •

C'est avec cette piété et cette douceur que les taborites accomplirent au grand jour, la première fois, les rites de leur culte. Ils se don nèrent,en partant, rendez-vous pour la Saint- Martin suivante ; mais bientôt ils furent troublés par les garnisons que l'empereur Sigismond tenait toujours dans les villes et Châteaux. Ce que voyant, Jean Ziska les exerça au métier des armes et en fit de bonnes et solides troupes, propres à tout. Sous sa conduite, 30,000 hommes se réunirent sur la montagne de Tabor, où ils établirent leur camp et leur ville et d'où ils descendaient pour écraser les armées impériales. Quand les habitants se plaignaient à lui du dommage qn'il leur avait causé, Ziska montrait du doigt son Tabor et disait : • Le salut est là-haut, faites-vous taborites. Vous ne voulez pas souffrir, vous autres î Nous voulons bien combattre pourvous; mais le moinsqu'il en puisse arriver, c'est que votre repos et votre bienêtre en soient un peu troublés. Faites comme nous, ou laissez-nous faire. > En 1420, assiégés dans Prague par les impériaux, « les tuborites se battirent en désespérés pour leurs autels et leurs foyers » (v. Ziska), Il se tint cette même année une grande assemblée pour discuter et arrêter les articles de foi de la

frédication taborite. Rien ne montre mieux exaltation à la fois sauvage et sublime des taborites et ne résume plus fidèlement les doctrines de l'Evangile que cette déclaration des droits divius de l'homme au.xve siècle.

La guerre des laborites fut signalée par les plus affreuses cruautés et par des aspirations vraiment idéales. « A des dévastations de couvents, à des massacres odieux, dit M. Louis Blanc, succédaient de poétiques transports. Précédés par le calice en bois, symbole de la doctrine qui devait les rendre invincibles, des guerriers farouches marchaient à côté des prêtres, qui se plaisaient à la simplicité des apôtres et qui, comme saint Jean, ne baptisaient qu'avec l'eau pure des fleuves. Après des expéditions qui montrent des moines enchaînés sur la glace ou des chartreux promenés dans les villes, le front ceint d'une couronne d'épiDes, au retour de combats qui rappellent ceux d'Homère, les taborites revenaient sur la montagne du campement s'asseoir à de fraternels banquets, écouter la voix du prêtre et s'essayer à cette vie pleine de paix, de poésie et d'amour que l'espérance leur montrait à l'horizon. > La guerre dura seize ans ; Ziska mort, Procope prit sa place et ne se montra pas indigne de lui.

Mais déjà des divisions s'étaient introduites parmi les hussites. A vrai dire, il y avait toujours eu deux partis bien tranchés, le parti des violents et celui des pacifiques. Les soldats de Ziska et de Procope avaient pris le nom de taborites et les autres de calixtins. Les taborites, grossiers, fanatiques, ne voulaient d'aucun accommodement ; ils prétendaient n'accepter que les dogmes et les rites fondés sur les livres saints ; ils poussaient l'ascétisme jusqu'à proscrire tous les plaisirs mondains et toutes les joies innocentes, et ils finirent par tomber dans les rêveries apocalyptiques. Les calixtins, au contraire, se contentaient de demander à l'Eglise quelques réformes, la prédication du pur Evangile, la communion sons les deux espèces, la suppression du pouvoir temporel du clergé.

L'empereur et le concile de Bâle leur promirent toutes les concessions qu'ils réclamaient, mais en y ajoutant d'adroites réserves qui en annulaient la partie principale; puis, comme gage de leur bonne foi, on exigea d'eux qu'ils se tournassent contre leurs anciens frères d'armes. Ils y consentirent, et, le 6 mai 1434, ils égorgèrent, au profit de l'ennemi commun, leurs alliés de la veille, surpris en trahison. Cette lâcheté, du reste, ne leur profita guère ; car, une fois les taborites écrasés, on refusa aux calixtins ce qu'on leur avait promis.

Les taborites vaincus n'abdiquèrent pas.

Us disparurent comme parti politique et belliqueux, mais ils persistèrent comme secte réformatrice. On s'accorde généralement à regarder comme leurs descendants les frères bohèmes , qui s'établirent en 1453 dans la seigneurie de Lititz, appartenant à Georges Podiebrad, et s'y constituèrent en Eglise distincte en 1437.

TABOT s m. (ta-bô). Grand coffre qui sert

TABO

d'autel aux prêtres éthiopiens, et qu'ils prétendent être l'arche d'alliance enlevée du temple de Jérusalem.

TABOU s. m. (ta-bou). Sorte d'interdiction prononcée sur un objet ou même sur une personne par les prêtres ou par les chefs de la Polynésie.

— Ajectiv, Qui est interdit par le tabou, frappé de tabou : Etre tabou.

— Encycl. « Le but primitif de cette institution, dit Dumont-d'Urviile, fut sans doute d'apaiser la colère de la divinité et de se la rendre favorable en s'imposant une privation volontaire proportionnée à la grandeurde l'offense ou à la colère présumée du dieu. Un mot du prêtre, un songe on un pressentiment donne-t-il a penser à un naturel que son dieu est irrité, soudain il impose le tabou sur sa maison, sur ses champs, sur sa pirogue, etc., c'est-à-dire qu'il se prive de l'usage de tous ces objets, malgré cette gêne et la détresse auxquelles cette privation le réduit. »

Le tabou imposé par le prêtre ou le chef de la tribu est tantôt absolu et s'applique à tout le monde ; alors la personne ne peut s'approcher de l'objet taboue sans encourir les peines les plus sévères; tantôt le tabou n'est que relatif et n'affecte qu'une ou plusieurs personnes déterminées. L'individu soumis personnellement à l'action du tabou est exclu de toute communication avec ses compatriotes; il ne peut se servir de ses mains pour prendre des aliments. Appartient-il à la classe noble, un ou plusieurs serviteurs sont assignés à son service et participent à son état d'interdiction ; n'est-il qu'un homme du peuple, il est obligé de ramasser se3 aliments avec la bouche, à la manière des animaux.

On voit quelle ressource les chefs peuvent tirer de l'institution du tabou pour assurer leur autorité et faire respecter leur volonté. C'est une sorte de veto d'une extension indéfinie, dont le pouvoir est consacré par un préjugé religieux de la nature la plus intime. En Europe, durant les siècles d'ignorance, les foudres spirituelles du Vatican n'eurent pas d'eifet plus rapide, plus absolu sur la conscience des chrétiens timorés, et leurs décrets n'obtenaient pas une obéissance plus complète que ceux du tabou dans la Nouvelle-Zélande.

A défaut de lois positives et de moyens directs pour appuyer leurs ordres, les chefs n'ont d'autre garantie que le tabou. Ainsi, qu'un chef craigne de voir les cochons, le poisson, les coquillages, etc., manquer à sa table par une consommation imprévoyante, il imposera le tabou sur ces divers objets, et cela pour tel espace de temps qu'il jugera eonvenable. Veut-il écarter de sa maison, de ses champs des voisins importuns, il -taboue sa maison et ses champs. Désire-t-il s'assurer le monopole d'un navire européen mouillé sur son territoire, un tabou partiel écartera tous ceux avec qui il ne veut point partager un commerce aussi lucratif. Est-il mécontent du capitaine, un tabou absolu interdira l'accès du navire à toute la tribu. Au moyen de cette arme mystique et redoutable , et en ménageant adroitement son emploi, un chef peut amener ses sujets à une obéissance passive. Quiconque porterait la main sur un objet soumis à 1 interdit du tabou encourrait certainement le courroux de l'Aiona (Dieu), qui ne manquerait pas de le punir. Mais le plus souvent les chefs et les prêtres préviennent les effets du courroux céleste en punissant sévèrement le coupable. S'il appartient à une classe élevée, il est exposé à être dépouillé de toutes ses propriétés et même de son rang pour être relégué dans les dernières classes de la société. Si c'est un homme du peuple ou un esclave, il n'y a que la mort qui puisse expier son prétendu forfait.

TABOUBAT s. m. (ta-bou-ba). Instrument de musique, en usage en Turquie.

TABOUER v. a. ou tr. (ta-bou-é — rad.

tabou). Déclarer tabou ; On peut taBOubr les hommes, les animaux et les êtres même inanimés.

TABO CET (Julien), en latin Taboeiiua, historien et jurisconsulte français, né à Chantenay, près du Mans, vers 1500, mort à Toulouse vers 1562. Il étudia le droit, exerça avec succès la profession d'avocat, puis devint procureur général près le sénat de Chambéry (1527), après la conquête de la Savoie. Pendant l'exercice de ses fonctions, il eut de graves dissentiments avec ses collègues, et, à la suite de mémoires au roi adressés par Tabouet et plusieurs conseillers qui s'accusaient réciproquement de prévarications judiciaires, ils furent tous mis en accusation (1545) et traduits devant le parlement de Dijon. Cette haute cour acquitta Tabouet et condamna à la confiscation de leurs biens et au bannissement le président Pélisson et quatre conseillers (1551). Appel fut interjeté par ces derniers devant le parlement de Paris qui, cassant la sentence des premiers juges, renvoya les condamnés absous et condamna Tabouet, comme calomniateur, aux dépens du procès (1555). A son tour, Tabouet réclama contre cette sentence ; les deux parlements éclatèrent en récriminations réciproques, et le roi, pour mettre fin à la querelle, ordonna que le procès fût jugé à nouveau par une commission, composée à nombre égal de membres du parlement de Dijon et du parlement de Paris. Cette commission

TABO

renvoya Pélisson et les quatre conseillers de la plainte portée contre eux et frappa Tabouet de la peine du bannissement (1556). Ce dernier vécut dans la retraite en Savoie jusqu'en 1559. Il obtint alors des lettres de rappel et se fixa à Toulouse, où il donna des leçons particulières de droit. On lui doit quelques ouvrages, dont les principaux sont : Orattones foreuses (Paiis, 1551, in-4°) ; De quadruplicis monarchie primis auctoribus et mayistratibus (Lyon, 1559, in-4<>), ouvrage sans méthode et sans exactitude; De republica et lingua franciscti (Lyon, 1559, in-4<>) ; Historica regum Francix genesis (Lyon, 15G0, in-4°) ; Epistols christians (Lyon, 1561); Fiduciaria christians civitis et politictB juris~ prudentiie melhodus (Toulouse, 1561, in-40).

TABOUNB s. m, (ta-bou-ne). Troupeau de chevaux élevés en liberté dans les steppes du Caucase.

TABOUREAU (Louis - Philippe), général français. V. Villepatoor.

TABOURET s. m. (ta-bou-rè. — Quelquesuns regardent ce mot comme un dérivé de tabour, forme ancienne de tambour. Ce serait donc proprement un petit siège en forme de tambour. D'autres considèrent lo mot tabouret comme une corruption de taboulet, qui serait un diminutif venu du latin tabula, dans le sens de planche, banc, et signifierait ainsi proprement petit banc). Petit siège sans bras ni dossier : Tabouret de piano. S'asseoir sur un tabouret. Elle monta sur un tabouret pour prendre sur une tablette un chaudron gui reluisait comme de l'or. (Balz.) Heureux les goutteux! ils ont les pieds chaudement allongés sur un tabouret douillet, au coin du feu, et s'ils ne vont pas vite, du moins ne courentils pas risque de choir. (E. Ourliac.)

— Siège pliant sur lequel des personnes d'un certain rang avaient seules le droit.de s'asseoir à la cour, en présence du roi et de la reine ; droit de s'asseoir sur un siège de ce genre : C'est un caquetage éternel de tabourets dans les Mémoires de Saint-Simon. (Cliateaub.) Quand ta noblesse jouissait de ses privilèges, un tabouret à la cour était plus envié qu'une loge à t'Opéra. (L. Pinel.) Il Personne ayant le privilège du tabouret : Monsieur disait à la princesse de baiser les personnes qu'elle devait, c'est-à-dire princes et princesses du sang, ducs et duchesses et autres tabourets. (St-Sim.)

— Escabeau, petit meuble sur lequel on pose les pieds quand on est assis.

— Sorte de sellette sur laquelle étaient exposés en place publique ceux qui étaient condamnés à quelque peine infamante.

— Sorte de petit coffret de toilette, qui servait à la fois d'écrin et de pelote.

— Physiq. Tabouret électrique, Siège a pieds isolants, sur lequel se placent les personnes qui veulent se fuira électriser.

— Manège. Tabouret d'équilalion, Sorte de fauteuil auquel on donne les différents mouvements que peut exécuter un cheval.

— Mécan. Lanterne qui fait partie des machines destinées à puiser les eaux dans une carrière.

— Bot. Nom vulgaire des thlaspis et des capselles, genres de crucifères, et particulièrement de la bourse à berger.

— Encycl. Physiq. labouret électrique. Ce tabouret est supporté par des pieds de verre; on fait monter dessus une personne que l'on veut charger d'électricité. Le corps humain étant bon conducteur, si la personne isolée par le tabouret pose la main sur le conducteur d'une machine électrique en activité, ses cheveux se hérissent, surtout si l'on en approche un objet communiquant avec le Sol, et l'on peut tirer des étincelles de toute sa surface. A chucune de ces étincelles, qui se produisent même à travers les vêtements, la personne électrisée éprouve une commotion d'autant plus vive que la machine avec laquelle elle est en rapport est plus fortement chargée. Si deux personnes montent chacune sur un tabouret isolant et que l'une frappe sur l'autre avec une peau de chut, la première se charge d'électricité positive ou vitrée, et l'autre d électricité négative ou résineuse.

Tabourey (café). On connaissait naguère sous ce nom, qui était celui de son propriétaire, le café encore existant aujourd'hui rue Crébillon, à l'angle de la rue Vaugirard, près du théâtre de l'Odéon. Le café Tabourey, un instant rendez-vous d'un groupe littéraire qui a eu une certaine importance, mérite un souvenir. Sa proximité de l'Odéon en avait déjà fait depuis longtemps le lieu de réunion des divers auteurs dramatiques de ce théâtre, Castil-Blaze, Romieu, Drouineau, de Vigny, Camille Doucet, F. Malletille, lorsque l'arrivée d'un jeune écrivain alors inconnu, vers 1843, fit du café Tabourey un véritable camp. Un spirituel chroniqueurs raconté qu'un soir de cette année, M. Auguste Lireux, alors chargé des destinées de l'Odéon, songeait mélancoliquement dans son cabinet directorial au vide de sa salle, lorsqu'un grand tumulte frappa tout à coup son oreille : le bruit partait du café Tabourey. M. Lireux se mit à sa fenêtre et aperçut au milieu (du café, debout sur une des tables de marbre, un jeune homme qui déclamait. Une foule enthousiaste applaudissait frénétiquement L'ora< teur par instants, oubliant, suspendue à ses

TABO

lèvres, vingt-cinq bols de punch qui éclairaient celte scène de lueurs bleuâtres. « Serait-ce une révolution? » se dit le directeur. Mais son doute fut de courte durée. Une nouvelle salve de bravos lui apprit que l'orateur avait fini; en effet, il descendit de sa tribune improvisée, soulevé, porté en triomphe par mille bras. En même temps, on distingua ces cris : i Bravo 1 Reynaud t Enfoncés les romantiques 1 Vive Lucrèce/ A bas les Burgraves ! A l'Odéon 1 oui, à l'Odéon | ■ Auguste Lireux frémit 1 il venait de comprendre le danger qu'il courait : il s'agissait d'une tragédie, et cette tragédie, on allait dans quelques minutes, à cette heure indue, venir la lui imposer. Il résolut de fuir, mais trop tard ; le flot grondant envahit bientôt son cabinet, commandé ou plutôt dirigé par Achille Ricourt, le même qui a dirigé l'école de déclamation, si pittoresque, de la rue de La Tour-d'Auvergne. C'était un ami de Lireux ; le directeur dut bon gré mal gré entendre la lecture par Charles Reynaud des cinq actes de Lucrèce. Or, il se trouva que cette tragédie tant redoutée contenait des beautés réelles; l'enthousiasme gagna bientôt le directeur, chauffé d'ailleurs à blanc par les autres auditeurs; le dénoûment de cette scène fut que Lucrèce fut reçue séance tenante, jouée peu de temps après et qu'elle remplit jusqu'aux bords la cuisse de l'Odéon. Le soir même de la réception, le lecteur, Charles Reynaud, avait écrit a l'auteur, son ami, à Vienne, en Dauphiné, cette phrase laconique : « Accours, ta pièce est reçue. • Deux jours, après, François Ponsard entrait à Palis, et quelques semaines plus tard il assistait à son triomphe. C'est au café Tabourey que Ponsard a été sacré poète, de par la volonté de ses deux amis, Reynaud et Ricourt, et il en fut longtemps, par reconnaissance, un des plus fidèles habitués. Parmi les autres noms illustres qui passèrent au café Tabourey, il faut encore citer Balzac, Ourliac, et tout récemment Leconte de Lisle, Théodore de Banville, Paul de Musset, etc. La chute de Gaëtana y fit revivre un instant, en 1S62, les scènes tumultueuses de 1843. Aujourd'hui (1875), le café Tabourey ne fait plus guère, que nous sachions, parler de lui.

TABOUBIER (Pierre -Nicolas), écrivain français, né à Chartres en 1753, mort dans la même ville en 1806. Curé de Saint-Martin, à Chartres, lorsque la Révolution éclata, il se prononça pour les idées nouvelles, prêta serment à la constitution civile du clergé, la défendit dans ses écrits, reprit ses fonctions après la Terreur et resta attaché aux évoques constitutionnels. L'abbé Tabourier assista aux conciles de 1797 et de 1801 et mourut cure de Saint-Pierre de Chartres. Nous citerons de lui : Tableau moral du clergé de France (1789, in-8°) ; Défense de la constitution civile du clergé (1791, in-8°); Discours pour tranquilliser les consciences sur les affaires du temps relatives à la religion (in-8°) ; Entretien sur la Révolution française (in-8°) ; Adresse sur la divinité de la religion chrétienne (1793).

TABOURIN s. m. (ta-bou-rain — dimin. de tabour, qui s'est dit pour tambour). Forme ancienne du mot tamboubin :

Adieu mesure, adieu cadence, Tabourins, hautbois, violons, Puisqu'il la guerre nous allons.

Magot.

— Archéol. Ancienne monnaie qui valait

10 deniers.

— Ane. mar. Partie de la galère où était placé l'éperon.

— Techn. Machine tournante, en forme de quart de cercle, que l'on place au-dessus d'une cheminée pour l'empêcher de fumer.

— Encycl. Le mot tabourin est le premier qui ait ligure dans les documents officiels ; tambour lui a succédé il y a deux siècles environ. Au temps de Furetière, on disait encore tabouriner. L'usage de cette expression n'est pas abandonné depuis longtemps, comme on le voit; il datait d'assez loin, car au temps de Charles VIII les hommes d'armes avaient < clairons, trompettes, cornets et tabourins. > Les différents écrivains qui suivirent le règne de ce roi ont employé le même mot. Brantôme, dans la Vie de Henri II, s'en sert encore, quoique, en d'autres passages, il emploie tambour, ce qui témoigne que c'était l'époque de transition entre l'emploi de l'une et (le 1 autre de ces expressions, et probablement l'époque de l'invention de la corde de timbre. Ce n'est point ici le lieu d'expliquer longuement ce qu'était un tabourin, pris comme synonyme de tambour. Nos lecteurs trouveront à ce dernier mot tous les détails nécessaires. Nous dirons seulement que le tabourin annonçait le serment militaire et terminait une fermeture de ban; il servait a déterminer quel devait être le degré de promptitude de la marche. Les légions de François 1er avaient 4 tabourins par bande de 1,000 hommes. Depuis le xi« siècle, les habitants du Languedoc et de la Provence tirent du tabour le joyeux tambourin qui animait leur danse et que le galoubet accompagnait.

11 reste à découvrir si, dès cette époque, le tabourin était un cylindre de cuivre, de ferblanc ou de bois. Etait-il battu des deux mains ou avec des baguettes? Machiavel a dit : « Les soldats doivent marcher comme marche l'enseigne et suivant la batterie du

TABU

tabourin. • Clément Marot témoigne que, de son temps :

• Haults (aigus) fifres sonner Sur gros tabours qui font l'air résonner. •

Le tabourin servit d'abord à la cavalerie. Dans l'infanterie de François 1er, le tabourin était un tambour de moyenne grosseur, long, mince et inséparable d'un pipeau. Le régiment cantabre, levé en Provence en 1745 et licencié en 1759, avait, non des tambours, mais des tabourins, dont on jouait simultanément avec la petite flûte à bec.

TABOUROT (Etienne), sieur des Accords, poëte français. V. Accords (des).

TABOUT s. m. (ta-bou). Nom donné à de petits cénotaphes portatifs, qu'on jette à la mer ou dans le Gange, dans certaines circonstances solennelles.

— Sorte de lanterne égyptienne, montée sur un châssis en bois.

— Encycl. Les musulmans skiahs de l'Inde donnent ce nom à de petits monuments en carton , en papier de couleur ou en verre doré, qui fleurent les cénotaphes de Hassan et de llussain, ces deux enfants d'Ali et de Fatima, la fille de Mahomet, et qui sont processiouneUement portés à la mer ou dans le Gange le dernier jour du Moukorum. Cette fête se célèbre tous les uns à la nouvelle lune du premier mois musulman, Le dixième et dernier jour du Mouhorum, vers deux heures de l'après-midi, la procession des tabouts commence, pour se terminer seulement à la nuit. Elle parcourt les plus larges rues, encombrées par une foule immense de spectateurs , que tiennent en respect tous les efforts de la très-active et très-respectée police anglaise. Les mosquées et un grand nombre de riches musulmans shialis envoient leurs tabouts particuliers qui se joignent à la procession et forment pendant trois ou quatre heures un défilé presque continuel. Chacun de ces tombeaux eu miniature est précédé d'une charrette contenant une musique criarde j puis vient une foule d'individus qui chantent et dansent autour des étendards sacrés. Des policemert anglais à cheval et des gardes indigènes necoinpagnent cette procession et lui ouvrent un passage à travers la foule. Indous et mahométans, les uns par curiosité, les autres par zèle religieux, accourent sur les bords de la mer, où ils forment une innombrable multitude. Rien de plus bizarre que le spectacle offert alors par la plage, couverte de toute cette population assemblée sur le bord de la nier. Les tabouts sont-ils en verres dorés ou en matières précieuses, on se contente de renverser leurs coupoles et de les recouvrir d'un long voile; ces tabouts-Va. serviront de nouveau a la fête de l'année suivante. Mais sont-ils, au contraire, en papiers peints de qualité commune, on les porte au milieu des flots, puis on les jette dans l'eau. Plus de cinq cents de ces tabouts temporaires se succèdent ainsi sur la plage. Quelques-unes do ces fragiles constructions ne laissent rien à désirer sous le rapport du goût et de la richesse de l'ornementation. Ces tabouts sont aussi parfois accompagnés d'un éléphant fort léger, en mousseline peinte, qui marche sur les jambes de deux hommes; puis viennent des fakirs déguisés en tigres enchaînés. Leurs formidables queues atteignent le deuxième étage des maisons. Plusieurs ont le visage couvert de couleur noire et se livrent aux excentricités les plus inattendues. • On ne peut comparer cette cérémonie, dit un voyageur contemporain, qu'au carnaval européen. La foule est aussi compacte qu'à Paris pendant une grande fête. Mais combien elle me semble plus originale par la diversité et l'éclat des costumes I Quel feu, quelle animation montrent ces fanatiques dans leurs danses autour des taboutsl ■

TAB1U, ville de la Nigritie centrale, dans le royaume de Niffé, capitale de la partie dépendante de Mohammed-el-Magia. Le chiffre de sa population est, dit-on, assez élevé.

TABBER, montagne de Perse (Irak-Adjémi), district de Téhéran, près de Rel.

TABROTJBA s. m. (ta-brou-ba). Bot. Grand arbre qui croît à la Guyane : Les branches du tabrouba incisées distillent un suc laiteux. (V. de Boroare.)

TABS ou TEBBES , anciennement TabtB , ville de Perse (Kouhistan) , sur la route d'Yezd a Hérat; 8,000 hab. Jadis forteresse des Assassins.

TABULAIRE adj. (la-bu-lè-re — du lat tabula, tableau). Qui tient aux tableaux, à. l'emploi des tableaux : Enseignement tabulaire. Méthode tabulaire.

— Mathéin. Logarithmes tabulaires, Logarithmes des tables.

— Miner. Dont les cristaux ont la forme d'une tablette : Porphyre tabulaire.

— s. m. Antiq. rom. Nom donné aux affranchis et aux ofticiers civils chargés de dresser les rôles d'impositions.

— Féod. Serf qui s'était affranchi-en se plaçant sous la protection d'une église.

— s. f. Religieuse qui, dans une communauté, marquait sur une tablette les noms des sœurs qui, pendant la semaine, avaient quelques oftices à remplir.

— Encycl. Ce nom se trouve mentionné pour la première fois sous l'Empire, dans les

TAC

Epitres de Sénèque (Eptt.re 88). Les tabulaires étaient des notaires d'Etat, qui avaient la charge des documents publics. Ils différaient des simples tabellions, ou notaires privés, précisément en ce que, seuls, ils étaient chargés de la garde des registres publics. Les tabulaires furent établis dans les provinces; les naissances de tous les enfants devaient leur être annoncées, au plus tard, après trente jours. Ces derniers tabulaires remplissaient donc le rôle d'un greffier municipal ; mais ils avaient encore d'autres fonctions. C'est à eux qu'il appartenait de dresser, dans chaque province, le rôle des impositions.

Le nom de tabulaire se donnait encore, chez les Romains, aux affranchis, dont l'acte de manumission s'appelait table. Il fut donné aussi, à partir de Constantin et durant le moyen âge, à l'esclave et plus tard au serf qui était affranchi par tablettes. Ce dernier affranchissement se faisait dans l'église. Le maître conduisait son esclave ou son serf près de l'autel et présentait à l'évêqtie des tablettes sur lesquelles ce dernier faisait écrire l'acte d'affranchissement. Ces sortes d'affranchis et leurs descendants restaient à perpétuité sous la protection de l'Eglise , envers laquelle ils contractaient certaines obligations de redevances et de prestations.

TABULARIUM s. m. (ta-bu-la-ri-omm — mot latin dérivé de tabula, tablette). Antiq. rom. Archives publiques.

— Encycl. Les actes publics étaient gravés sur des tables (tabulse). Les documents contenus dans le tabularium étaient de différentes sortes. Au premier rang se plaçaient les Douze Tables qui, rédigées en 451 avant notre ère, sur la demande du tribun du peuple Terentillus Arsa, après dix ans de luttes entre les patriciens et les plébéiens, devinrent la base du droit civil et criminel des Romains. On suit que des érudits modernes ont essayé d'en rétablir le texte primitif; mais il était d'un tel laconisme que, dès l'époque de Cicéron, les jurisconsultes seuls en connaissaient le sens et pouvaient traduire ces documents. Parmi les autres documents du tabularium, il faut citer surtout : les sénatuscbnsultes, les plébiscites, à partir de l'époque où ils obtinrent force de loi ; les tablettes des cérites, sur lesquelles les censeurs inscrivaient les plébéiens et quelquefois les chevaliers qu'ils voulaient dégrader ; les registres des naissances et des morts, ceux sur lesquels étaient inscrits les noms des jeunes gens appelés à prendre la toge virile, etc. Il y avait à Rome plusieurs tabulariums. Virgile dit dans les Géorgiques (II, 500), en parlant du bonheur de l'homme des champs :

Quos rami fructus, quos ipsa volentia rura Ëponle tulere sua, carptU ; nec ferrea jura, lnsanumque forum, aut populi tabularia vidit.

« Il cueille les fruits que portent les arbres, il cueille les productions que les champs lui donnent d'eux-mêmes; il ne connaît ni les lois inflexibles, ni le forum en délire, ni les tabulariums du peuple. ■ Chaque tabularium était placé dans un temple ; il y en avait dans le temple des Nymphes, dans ceux de Lucine, de la Jeunesse, de Libitine, de Cérès et de Saturne. Nous lisons dans Ovide que les tabulariums étaient d'airain et de fer solide :

Ex xre et tolido rerum tabularia ferro.

Le plus considérable et le plus fameux tabularium tenait au temple de Saturne, où se trouvait aussi le trésor public. Il avait la forme d'une grande galerie et occupait la partie orientale de l'intermont du mont Capitolin. Les traces n'en sont pas complètement disparues. • On peut voir encore, dit M. Dézobry, un grand mur de substruction de ce monument et des restes d'une galerie basse, en arcades, dominant le ctivus capitolin et dont les pieds-droits étaient ornés de «donnes doriques engagées, en pierre travertiue. »

TABUR1N s. m. (ta-bu-raia). Techn. V.

Page 1