EN BLOC ET EN TÂCHE
— Prendre à tâche, Se proposer comme but: Prendre a tâche de contenter ses maîtres. C'est avec te mot ordre que l'on semble avoir pris A tâche de justifier tous les abus de pouvoir, (F. Pillon.)
— Prov. A chaque jour suffit sa tâche, II ne faut pas trop entreprendre dans le moment présent, il faut laisser la part k l'avenir : A chaque jour suffit sa tâche, mais chaque jour doit avoir la sienne. (Mich. Chev.)
— Ane. métrol. Pièce de terre d'une certaine étendue mesurée sur la journée d'un homme.
— Ane. comm. Dix cuirs réunis ensemble.
Tâche (la) [The Task), poème en six chants, de William Cowper, l'un des meilleurs poëtes anglais du xvnie siècle. La composition de cette œuvre, qui devint célèbre dès son apparition, doit sa naissance aune circonstance curieuse. Une femme d'esprit, lady Austen, vint habiter quelque temps le presbytère d'Olney, où Cowper passait sa vie entre deux amitiés nobles et pures. Lady Austen, en badinant, imposa un jour à Cowper, dont la mélancolie sombre préludait déjà k ses futurs accès de folie religieuse, la tâche d'écrire un poëme en vers blancs. Cowper lui répondit qu'il n'attendait pour cela qu un sujet. «Un sujet? lui dit-elle; mais en voici un tout trouvé : ce sopha sur lequel vous êtes assis, je veux que vous le chantiez. »
Cowper se mit aussitôt à l'œuvre." Son poBme, qui passe pour un des meilleurs de la littérature anglaise, manque d'unité. Il n'est question du sopha que dans les cent premiers vers du premier livre, et la Tâche en a six ; l'auteur passe aussitôt k ses sujets de prédilection, la campagne et ses paysages ; l)ieu, la religion, la morale. Le début n'est qu'ingénieux ; c'est un badinage élégant. L'auteur indique l'origine du poëme, si humble par son objet, si grand et auguste par l'occasion, « car c'est la beauté qui l'a commandé. » Il rappelle le temps où les rudes ancêtres des Anglais, les Pietés et les Bretons, reposaient sur la dure, au bord des torrents, et la tête appuyée sur le rocher. Puis l'industrie commença, grossière en naissant et pesante : on eut l'escabeau k trois pieds, la table massive qui servait de siège ; l'immortel Alfred n'avait point d'autre trône, et c'est de là que, sceptre en main, il rendait la justice à ses royaumes enfants. Le poëte suit les divers degrés de perfectionnement et montre à plaisir la tapisserie dont bientôt on revêtit le bois des sièges dans les anciens jours, tapisseries à l'étroit tissu, richement brodé, ■ où l'on pouvait voir s'étaler la large pivoine, la rose en fleur, le berger et sa bergère, sans oublier le petit chien et le petit agneau....! Tous ces riens sont agréablement déduits et relevés de vives couleurs. Puis le siège primitif fait des progrès. Le jonc de l'Inde rend la chaise plus flexible ; on y ajoute des bras, mais on ne leur donne pas d'emblée cette commode et parfaite courbure. Le poëte raconte finement la transition de la chaise au fauteuil, et du fauteuil double ou de la causeuse au canapé et au sopha, ce trône délinitif du luxe et de la mol- " lesse. « Ces cent premiers vers du premier livre sont de la plus brillante et de la plus chinoise ébénisterie, dit M. Sainte-Beuve ; mais le vrai Cowper ne reparaît et ne se dessine tout entier que dans les vers qui suivent immédiatement. 11 y là ce qu'on ne renconve pas toujours chez Cowper, une vue d'ensemble, de la gradation et de la perspective. Comparé à Thomson, il a plus que celui-ci l'art de noter les traits particuliers et le détail curieux des choses; il a l'exactitude presque minutieuse. A son point de vue religieux, on l'a remarqué, un petit détail lui semble, en effet, aussi important qu'un grand objet ; tous s'égalisent par rapport à Dieu, qui brille et se révèle aussi merveilleusement dans les uns que dans les autres. Mais il en résulte aussi que Thomson est un poëte descripiif plus large at un peiutre qui a le coup d'oiil d ensemble ; il y a des masses chez Thomson. Cependant, ici, Cowper a su concilier les deux ordres de qualités, la finesse et le relief de chaque détail (je dirai même le brillante sur un ou deux points), et la dégradation et la fuite aérienne de la perspective. On copierait ses paysages avec le pinceau. ■ On sait que Cowper aimait tendrement la campagne.
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Son second chant est tout entier consacré aux terribles ouragans et aux tremblements de terre qui éclatèrent en 1781 et 1783 à la Jamaïque et en Sicile. Le troisième chant, intitulé le Jardin, bous ramène à des scènes plus familières et plus douces ; il traite des fleurs, des travaux du jardinage. Vient ensuite le chant du Soir d hiver ; dans le cinquième et le sixième, le poëte a tracé cet exquis et mémorable tableau, qui est sa plus belle œuvre : la Promenade d'hiver d midi. La Tâche, publiée en 1785, obtint un immense succès et reste le titre définitif de Cowper à la gloire littéraire,
TACHÉ, ÉE (ta-ché) part, passé du v. Tacher. Qui a des taches, qui est sali : Celte étoffe est bien tachée. Ce sac était lié d'un ruban rouge et taché d'encre au milieu. (Le
Nos fils bien gros, Bien dispos, ' Naîtront parmi les pots, Le front lâché de lie.
BÈRANOEB.
— Qui a des marques colorées : La taupe est tachée de noir et de blanc. (Buff.)
— Fig. Souillé, déshonoré, entaché : Quelles horreurs! mon règne en sera taché. (A. de Vigny.) Les Géorgiques son* tachées d'idées fausses et d'opinions erronées. (A. Karr.)
TACHE BALIIi ou TACHE-BOURIK, yille de Chine, dans le Turkestan chinois, sur l'Yapouyar , à 56 kilom. S. -0. de Kaschgar, par 3906'delatit.N. et71»14'26"delongit.E.
TACHÉE s. rn. (ta-ké — du gr. tachus, léger à la course). Ornith. Syn. de dromée, genre d'oiseaux coureurs.
— Ichthyol. Nom vulgaire de deux poissons, des genres baudroie et persègue.
TACHE - KOUPRY, bourg de la Turquie d'Asie (Anatolie), dans une plaine, sur la rive droite du Kara-Sou, à 38 kilom. N.-E. de Kastamouni ; 3,000 hab. Fabriques d'étoffes, tanneries. On y a trouvé beaucoup d'antiquités, ce qui fait présumer qu'il occupe l'emplacement de l'ancienne Potnpeiopolis.
TACIIEM, ID1ENNE ou RAO, volcan de la partie orientale de l'île de Java, province de Balemboang. Il en sort, au N., une rivière dont les eaux sont acres et brûlantes, chargées d'une grande quantité d'acide sulfurique combiné avec des particules d'argile.
TACHENIUS (Othon), chimiste allemand, né k Herford (Westphalie), mort à Venise ; il vivait au xvuo siècle. Il étudia d'abord la pharmacie, puis commença à apprendre la médecine, sous la direction d'un praticien de sa ville natale. S'étant rendu coupable d'un vol, il fut chassé de la maison de ce médecin, et alla cacher sa honte dans les pays étrangers. Il se rendit d'abord à Kiel, où il entra comme garçon dans une officine de pharmacien ; puis il alla à Dantzig et de là k Kœnigsberg. Vers 1644, il passa en Italie, se lit recevoir docteur en médecine k l'université de Padoue, et alla se fixera Venise. Tachenius importa en Italie la doctrine médicale de l'acide et de l'alcali ; il eut même une grande influence sur la propagation de cette doctrine, dans un pays où le galénisme régnait encore san3 contestation ; mais cette influence, c'est aux circonstances qu'il en fut redevable, et non au mérite de ses écrits dont voici la liste : Epistola de famoso liquore alkahest (Venise, 1855, in-4°) ; Echo ad vindicias cheirusophi de liquore alkahest (Venise, 1655, in-4») ; Exercitatio de recta acceptione arthridis et podagra (Padoue, 1662, in-4°); Hippocrales chimicus qui novissimi viperini salis antiquissima fundamenta ostendit (Venise, 166S, in- 12) ; Antiquissima medicime Bippocratics clavis (Venise, 1669, in-8<>).
TACHËN-SEE, lac de Bavière (Isar), à 10 kilom. S.-S.-O. de Tittraaning. Il a environ 14 kilom. de longueur sur 5 dans sa plus grande largeur. Il communique avec la Salza par fOichenbach.
TACHÉOGRAPHE s. m. (ta-ké-c-gra-fe)- Syn. de tachygraphe.
TACHÉOGRAPHIE s. f. (ta-ké-o-gra-fî).
Syn. de tachygraphib.
TACHÉOGRAFHIQUE adj. (ta-ké-o-grafi-ke). Syn. de tachvgraphiqbe.
TACHÉOMÈTRE s. m. (ta-ké-o-mè-tre — du gr. tachus, rapide ; metron, mesure). Géod. Instrument au moyen duquel on mesure simultanément les distances horizontales et les hauteurs.
— Encycl. Cet instrument, dû à M. Porro, officiel supérieur du. génie piémontais, se compose, comme tous les instruments de géodésie, de deux cercles, d'une lunette et de pièces accessoires pour caler les niveaux et pour permettre à volonté les mouvements lents ou rapides, ainsi que l'inversion nécessaire pour la rectification ; iL comprend de plus un orientateur magnétique et une alidade à tracer les croquis. 11 est monté sur un trépied à cinq branches, supportant un plateau circulaire. Celui-ci est traversé dans son épaisseur, suivant son diamètre, par un boulon terminé à un bout par une tète sphérique et par un écrou & ailette au bout opposé : ce boulon retient en place, au moyen de deux rosaces en cuivre, les extrémités supérieures des quatre premières branches,
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tandis que la cinquième branche embrasse, par tieux pattes métalliques, la tête sphérique du boulon. Cette construction permet de plier le pied pour le transport, et d'incliner le plateau k volonté. L'orientateur magnétique est formé de la manière suivante : une bague, formant la périphérie d'une cuvette en cuivre dont le fond est sphérique et le couvercle plan, est traversée dans le sens presque diamétral E.-O. par un système optique formé d'une lunette munie d'un micromètre et d'un collimateur portant à son foyer une échelle en ivoire convenablement divisée. Au centre de l'anneau est suspendue k une traverse, par un fil sans torsion, une aiguille aimantée, implantée par un bout dans un prisme trapézoïdal, en crown-glass; la suspension est appliquée au centre de gravité de l'aiguille et du prisme réunis ; une chape sphérique en cuivre, à laquelle l'extrémité inférieure du fil de suspension est fixée, permet de faire tourner l'aiguille-autour de son axe de figure, et avec elle le prisme. Le tout est disposé de manière que, quand la pointe de l'aiguille est tournée vers le nord, elle oscille librement, et le prisme, qui participe k ses mouvements, se trouve juste au milieu de l'espace qui existe entre les objectifs du système optique. Pour l'observation, il faut que les arêtes du prisme soient à peu près verticales. Dans cette position, un rayon de lumière, parti d'un point de l'échelle d ivoire, ne peut arriver à la lunette qu'en traversant le prisme, et il y subit deux réfractions et une réflexion totale qui impriment à l'image de la division, vue au foyer de la lunette, un mouvement angulaire double de l'embarde angulaire de l'aiguille ; si cette dernière était immobile dans la position où la grande face du prisme est parallèle à l'axe du système optique, le point zéro de l'échelle du collimateur produirait son image sur le fil vertical de la lunette d'observation, et si l'axe magnétique de l'aiguille était bien normal a la face du prisme, le système optique se trouverait orienté E.-O. magnétique. Afin qu'il soit possible de rapporter à un point du terrain la direction E.-O. ainsi trouvée, le collimateur ne porte réellement qu'un demiobjectif, la lunette ayant l'objectif entier. L'échelle en ivoire est montée à coulisse, de manière qu'on peut la faire glisser de côté et démasquer la moitié jusqu'ici inactive de l'objectif de la lunette, ce qui permet de voir les objets éloignés et de faire placer un jalon dans la direction que l'axe de la lunette détermine, jalon qu'on peut relever avec la lunette supérieure de l'instrument. Cette combinaison permet de déterminer exactement la déclinaison de l'aiguille aimantée, et de régler l'instrument avec son zéro dans le N. terrestre quand la déclinaison est connue. Le fil qui suspend l'aiguille est trèscourt, et il est fixé à un petit cercle afin d'éliminer la torsion. La bague qui contient la boussole est recouverte par un disque et a pour fond une calotte sphérique, dont le centre de courbure est au point d'intersection des rotations de l'instrument et de l'axe optique de la lunette : le fond de cette cuveite repose sur un tambour en bois, et y est fixé à l'aide d'une pièce centrale ; mais elle peut glisser en tous sens d'une certaine quantité ; ce qui permet de caler l'instrument d'après .l'indication du niveau : outre ce mouvement de calage, qui s'obtient au moyen de deux boutons extérieurs, la cuvette peut tourner en agissant sur sou centre, pour orienter la boussole, et avec elle tout l'instrument qui repose au-dessus. La lunette est anallatique ; elle est garnie d'un micromètre pour lire les distances sur une mire parlante. Le micromètre est composé de sept fils parallèles horizontaux et d'un seul fil vertical; les fils parallèles sont disposés de la manière suivante : trois au milieu, à une faible distance l'un de l'autre, et deux autres placés au-dessus et au-dessous à une certaine distance de ceux du milieu ; on les distingue sous le nom de fils supérieurs et de fils inférieurs. Il y a trois oculaires ; celui qui est au centre comprend dans son champ les trois fils du milieu ; chacun des deux autres comprend deux des fils extrêmes ; les intervalles des fils sont tels que la somme des lectures sur la mire par les deux fils supérieurs, moins la somme des lectures par les deux fils inférieurs, donne la longueur en mètres de la portion de la mire qui se trouve interceptée dans l'angle diastimométrique ; la somme des lils extrêmes, moins la somme des deux suivants, en se rapprochant du centre, doit donner le dixième de cette longueur; la différence entre les deux fils extrêmes de l'oculaire central donne aussi le dixième de la longueur interceptée sur la mire; ces combinaisons fournissent des moyens précieux de vérification et facilitent la lecture des grandes distances, pour lesquelles la longueur de la mire ne serait pas suffisante, et même des distances quelconques, quand la mire se trouve en partie masquée par des obstacles. Le corps de la lunette passe dans une gaine qui traverse une zone sphérique en bronze portant les pivots qui reposent sur des coussinets ; il peut tourner dans cette gaine autour de l'axe optique ; et, dans ce mouvement, il emporte avec lui le cercle vertical qui, placé en oreille à la lunette, peut ainsi passer de la droite k la gauche de l'observateur. Le cercle vertical, fondu en alliage dur, est taillé en grades sur deux quarts op-
Tacs
posés de sa circonférence, et divisé à la manière ordinaire sur les deux autres quarts. Le niveau est suspendu à une réglette horizontale, suspendue elle-même k un petit axe central ; elle porte, à ses deux extrémités, deux tranchants en agate, qui peuvent s'introduire dans deux coches ou tailles diamétralement opposées du cercle. La section longitudinale du niveau à bulle d'air est un aro de cercle d'une étendue suffisante pour que la course de la bulle dépasse un grade, et ait une longueur totale de près de deux grades ; cette longueur est divisée au diamant en dixièmes de grade, et numérotée suivant l'ordre décimal. La lunette étant d'abord dirigée sur un objet, puis le niveau fixé au cercle, la bulle viendra dans le champ, mais ordinairement pas au milieu; l'angle que l'axe optique de la lunette fait alors avec la verticale s'obtient en écrivant d'abord le nombre entier de grades marqué par l'index, puis en ajoutant après la virgule la somme des indications des deux extrémités de la bulle sur l'échelle du niveau, et comme les parties de cette échelle sont assez grandes pour permettre l'appréciation facile de leurs dixièmes, il s'ensuit que, par cette disposition, on peut avoir à vue, sans microscope et sans vernier, l'angle à un demi-centième de grade près. Des vis de rectification fixées au niveau permettent de régler l'instrument de manière que l'erreur de collimation soit sensiblement nulle. Le mouvement rapide de la lunette s'obtient à la manière ordinaire ; le mouvement lent ou de rappel s'obtient au moyen d'un bouton horizontal à excentrique, qui agit sur les tourillons delà lunette par la différence de deux frottements, sans qu'il y ait jamais de pince à serrer ou à desserrer. La lunette repose, par ses tourillons, sur une fourchette à base sphérique, enclavée elle-même dans une autre fourchette plus grande, qui porte par sa base carrée sur la tète de l'axe de rotation azimutale ; la base sphérique de la petite •fourchette a pour centre de courhure le point d'intersection de trois axes de l'instrument ; un bouton oblique inférieur permet de lui donner, par rapport k la grande, une faible inclinaison k droite ou à gauche, et le point milieu du parcours total est accusé par un index. C'est sur la base de la petite fourchette que repose le niveau sphérique avec son système de rectification, à l'aide duquel on opère le calage de l'instrument, en ayant soin que l'index se trouve à zéro. Une griffe à trois branches, supportant tout l'ensemble, est traversée verticalement au milieu par un axe cylindrique sur la tète duquel la fourchette est fixée ; cette dernière est assemblés avec l'axe au moyen d'une pièce intermédiaire, k laquelle un bouton a excentrique imprime un mouvement angulaire de rappel que la différence de deux frottements procure. La griffe se termine sur le plateau qui recouvre la boussole et s'y trouve solidement fixée ; un cercle en alliage dur sans rayons est maintenu par les griffes à 0m,001 au-dessus du plateau, et c'est par cet espace libre qu'on introduit la feuille de papier sur laquelle on trace le type eidographique. Un appendice de l'axe porte une réglette en ivoire divisée du centre k la circonférence d'après le rapport de deux millièmes; cette échelle rase le papier et marche en azimut de conserve avec la lunette, dont elle suit l'objectif; cette réglette permet de rapporter immédiatement sur le type eidographique, en son lieu géométrique, tin point dont la distance est connue par la lecture du micromètre, et réduite à l'horizon au moyen d'une échelle logarithmique ; l'extrémité de cette réglette, parcouraat le cercle divisé, donne aussi grossièrement l'angle azimutal. Le cercle est divisé en 400 grades et chaque grade l'est en 5 parties. Toutes les unités da grades sont numérotées depuis 0 jusqu'à 9, de dizaine en dizaine, sur tout le pourtour du cercle ; toutes les dizaines sont encore numérotées depuis 0 jusqu'à 9, de cadran en cadran, et les quatre cadrans sont eux-mêmes indiqués. On comprend facilement que l'extrémité de la réglette suffit pour indiquer tout de suite les centaines, les dizaines et même les unités de grade. Pour lire les fractions, cet instrument est muni d'un appareil tout particulier, à l'aide duquel on peut apprécier les millièmes de grade ; sa disposition, excessivement curieuse, est la suivante : l'axe vertical étant percé d'outre en outre, l'ouverture est surmontée d'un prisme triangulaire rectangle, qui renvoie horizontalement la lumière montante, et k son extrémité inférieure sont placés un objectif achromatique et deux priâmes triangulaires scalènes, qui renvoient verticalement dans l'axe, chacun pour une moitié de la surface totale de l'objectif, la lumière qui leur provient obliquement de deux points opposés du limbe divisé. Au delà de ces verres, dans le tube horizontal, se trouve un fil horizontal tendu au foyer conjugué des divisions, suivi d'un oculaire qu'on trouve au-dessous du cercle vertical ; en regardant par cet oculaire, on observe au foyer, l'un à côté de l'autre, verticalement, les images de deux points Jiamétraieraent opposés du cercle azimutal divisé, qui rayonnent simultanément sur les deux prismes inférieurs. Ces deux images se touchent et se parcourent l'une l'autre, comme un vernier, le long de sa division, dans le système ordinaire, avec la différence
TÀCH
que les deux images présentent des divisions égales, dont les traits peuvent coïncider tous à la fois. On aperçoit par cet oculnire les chiffres d'unités de grade des deux côlés, les uns droits, les autres renversés ; c'est le chiffre droit. qui compte, et que l'on inscrit surson carnet, après avoir noté les centaines et les dizaines ; on prend note encore des dixièmes de grade que le til indique. Les trait^ des divisiuns de droite et de gauche ne coïncident évidemment que dans Te cas ou les chiffres suivants de la valeur de l'angle observés sont zéro ; dans le cas contraire, ils ne coïncident pas. Les deux prismes inférieurs sont enfermés dans une petite cage en cuivre, terminée dans le sens de la vision par deux petites glaces parallèles d'égale épaisseur; cette cage est mobile autour de l'axe même, et l'amplitude de son mouvement, à partir d'un certain point initial, est mesurée sur un arc supplémentaire divisé: un rayon lumineux, deux fois rompu en traversant une glace parallèle, se trouve transporté d'une petite quantité, qui est fonction de l'épaisseur de la glace et de l'indice de réfraction. Ce transport est employé à évaluer les fractions : pour cela, après avoir enregistré les dixièmes de grades, on mène au doigt l'index de l'arc supplémentaire, et, sans que la lunette change d'orientation,'la petite cage s'incline, le transport optique a lieu, et l'on peut amener à la coïncidence, tous a la fois, les traits des deux divisions, et alors l'arc supplémentaire donne sur des parties larges et bien lisibles a l'œil nu le chiffre suivant. Les millièmes de grades peuvent alors être estimés; ce mode de lecture étant le résultat de la coïncidence immédiate do deux points opposés du limbe avec un plan de réflexion solidaire avec le plan de cultellation décrit par la lunette, l'excentricité est complètement éliminée et les petites erreurs, résidu des divisions, sont atténuées de moitié, comme dans le cercle vertical.
Cet instrument, auquel Al. Porro a donné le nom de théodolite Itolumétrique ou tachéomètre, laissait encore quelque chose à désirer au point de vue de la célérité; pour parvenir à l'améliorer, ce célèbre opticien a cherché à se débarrasser de la réduction des distances à l'horizon et il a créé le tachéomètre proprement dit, qui annule complètement cette opération. Dans cet instrument, ui ne diffère du précédent que par quelques étails, la lecture au micromètre donne directement, quelle que soit l'inclinaison de la lunette, la distance horizontale comprise entre les verticales du pied de la mire et du centre de l'instrument; la lunette qui donne ce résultat n'est pas seulement anallatique par rapport aux variations focales, elle est encore sthénallatique dans le rapport inverse du carré du sinus de la distance angulaire du zénith. Ce petit prodige d'optique microraétrique s'opère à l'aide d'un verre achromatique convexe, mobile suivant la longueur de la lunette et placé entre le verre auallatisant achromatique eoncave et l'objectif. l,e verre convexe intermédiaire est mis en mouvement au moyen d'une tringle extérieure qui, en glissant dans deux caunelures; se maintient parallèle à l'axe optique et qui est mue par une petite bielle articulée à l'une de ses extrémités et à un point fixe placé dans l'horizontal du tourillon. A l'aide de cette espèce de parallélogramme, on peut faire varier la valeur de l'angle micromélrique et produire l'effet désiré, bans ce nouvel instrument, l'inversion verticale ne se fait pas, comme dans le précédent, autour de l'axe optique; elle se fait autour de l'axe horizontal en dégageant le mécanisme réducteur ,- les divisions du niveau se lisent ici par réflexion en dessous ; le cercle est taillé sur toute sa circonférence et un oculaire supplémentaire par le tourillon permet d'observer les astres à toutes les hauteurs jusqu'au zénith. Comme on le voit, le tachéomètre résout complètement tous les problèmes de la topographie, de l'arpentage et du nivellement, et, avec cet instiument unique, on supplée à tous les autres, parce que, lorsqu'on u a besoin que d'un seul ou de deux des éléments qui déterminent la position d'un point dans l'espace, on peut se dispenser d'enregistrer les résultats qui ne serviraient pas.
TACHÉOTYPE s. ni. (ta-ké-o-ti-pe — du gr. tachas, rapide, et de tupos, type). Tvpogr. Nom donné à un système de casses d imprimerie, au moyen desquelles on pensait obtenir une grande rapidité dans le travail.
TACHER v. a. ou tr. (ta-chê — rad. tache). Kaire-une tache, des taches sur : Vous allez tacher ootre habit. Je ne /'avais taché d'encre, et lié d'un ruban rouge, que pour le faire paraître ainsi devant t'hâte et t'hâtesse. (Le Sage.)
— Fig. Déshonorer)// ne faut qu'une mauvaise action pour taches la plus belle vie-
Se tacher v. pr. Etre taché : Le rose est une couleur qui sa tache aisément.
— Se faire une tache, des taches : Les enfanis ont te défaut de se tacher sans cesse.
TÂCHER v. n. ou intr. (là-che — rad. tâche). Faire effort, chercher r Nous tâcherons de vous satisfaire. Je TÂ< un inutilement à le satisfaire. Jy tâchkrai, mais je n'espère pas réussir. Quand on me fait injure, je tâcjik d'élever mon âme si haut, que l'of-
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fense ne parvienne pas jusqu'à moi. (Desc.) Les gens d'esprit même n'en ont jamais moins que lorsqu'ils tâchent d'en avoir. (Duclos.) Pour rendre la vertu facile aux hommes, il faut tâcher de les rendre heureux (M">e C. Fée.) Il faut tâcher, autant qu'on peut, de ne mépriser personne. (J. Joubert.) La faillite est comme une opération chimique d'où le négociant tâchk de sortir gras. (Balz.) Il n'est pas toujours bon de dire tout ce que l'on a sur le cœur, mais il faut tâcher de n'avoir sur le cceur que ce que l'on peut dire. (P. Janet.)
Tdche a me rendre heureux pur un double hyménée.
La Fontaine.
Je vois qu'envers mon frère on tdche a me noircir.
Molière.
— Fam. Il n'y tâchait pas, Il l'a fuit sans intention. Il Se dit par ironie, pour exprimer que quelqu'un a réussi par hasard, non par son mérite ou son habileté.
— Gramm. On dit tâcher de quand l'infinitif suivant exprime une action que l'on regarde comme étant simplement difficile; si, au contraire , l'action est présentée comme exigeant des efforts au - dessus des forces de celui qui veut la faire, ou seulement comme causant une extrême fatigue, on dit lâcher à :
Je m'excite contre elle et licite d la braver.
Racine.
— Syn. TAcher, s'efforcer. V. EFFORCER (s').
TÂCHERON s. m. (tâ-che-ron — rad. tâche). Ouvrier qui entreprend un travail à la tâche, soit pour le faire lui-même, soit pour le faire exécuter par d'autres.
— Encycl. Quoique les tâcherons travaillent dans le chantier, ils ne peuvent cependant être considérés comme en faisant partie; ils en sont indépendants et n'y prennent place que pour les nécessités du travail. C'est là ce qui les distingue des ouvriers aux pièces. Ceux-ci font partie de l'atelier, ils en subissent les règlements, ils y sont employés de la même manière que les autres ouvriers, avec celte différence que leur salaire, au lieu d'être tixé à un prix invariable pour la journée d'un certain nombre d'heures, est fixé à tant par pièce ou par douzaine de pièces, suivant un tarif qui, généralement, est le même dans tous les ateliers de la même industrie. Comme le fabricant prélève un bénéfice sur chaque pièce, il a grand avantage à employer les ouvriers habiles. Aussi faut-il que les ouvriers aux pièces fournissent une quantité minimum de travail, qui permette au fabricant de prélever un bénéfice suffisant pour payer les frais généraux, l'intérêt du capital engagé, et même un peu plus. L'ouvrier à façon, lui, ne travaille pas dans l'atelier ; il reçoit du fabricant ou marchand les mfitières qu il doit façonner, et il les emporte dans son logis ou son atelier particulier, dans lequel il exécute l'ouvrage, qu'il reporte ensuite au magasin, où le prix lui en est payé. Pour celui-ci, comme pour le précédent, le salaire est tixé à tant par pièce, mais le payement diffère en ce que l'ouvrier aux pièces est payé de la même façon que les autres salariés, c'est-à-dire toutes les semaines, toutes les quinzaines ou tous les mois, selon les habitudes de la maison, tandis que l'ouvrier à façon reçoit à chaque livraison le prix de son ouvrage. Le tâcheron forme une troisième catégorie. 11 entreprend, soit seul, soit en compagnie d'autres ouvriers, tâcherons comme lui ou simplement salariés, un travail spécial, dont l'estimation, établie contradictoirement, et la durée, comme les conditions d'exécution, sont fixées généralement par traité, avec dédit et dommages-intérêts indiqués pour celui des contractants qui ne remplirait pas ses engagements. En général, le payement de l'ouvrage est échelonné suivant l'état des travaux, et les dates déterminées, comme le reste, sur le traité. Le tâcheron ne fournit que son travail et ses outils ou instruments. Celui qui l'emploie doit fournir les matériaux, et c'est cette dernière fourniture qui donne lieu aux clauses du traité quant à l'employeur, Celui-ci devant toujours fournir les matériaux eu temps utile, dans les délais et conditions fixés par le contrat, et selon les nécessités du travail. Quand l'employeur ne livre point ces matériaux alors qu'il en est besoin, lorsqu'ils sont demandés par le tâcheron, ou dans les délais prévus à l'avance, il perd non -seulement le droit aux dommagesintérêts fixés dans le cas où l'exécution no serait pas terminée avant une certaine date, mais encore il s'expose à payer des dommages au tâcheron, comme rémunération de la perte de temps occasionnée par le retard. Le tâcheron est donc une sorte d'entrepreneur qui ne fournit point de matériaux et n'entreprend que le travail, Dans certains métiers, dans la décoration, par exemple, ce mode d'exécution des travaux s'appelle le travail à l'entreprise. Les tâcherons sont surtout employés pour le terrassement, le bulusiage, la construction des fosses et quelquefois des puits ou autres ouvrages du même genre. Souvent plusieurs ouvriers s'associent et, après avoir choisi l'un d'eux comme gérant et Conducteur, entreprennent des travaux à la tâche, de la façon iiniU]uée plus haut, et se partagent entre eux le prix de l'exécution, qui devient leur salaire.
TACHETÉ, ÉB (ta-che-té) part, passé du
TACH
v. Tacheter. Marqué de taches colorées : La dinde a des œufs blancs tachetés. (Buff.) Elle vit ses enfants occupés à regarder un de ces insectes à ailes vertes, luisantes et tachetées d'or, vulgairement appelés des couturières. (Balz.) Je garde a ma Philis, pour le jour de sa fêle, Deux chevreaux tachetés qu'arec soin je nourris.
Florian.
— Blas. Syn. de miraille.
— Pathol. Maladie tachetée, Nom vulgaire de la mélanémie.
— s. f. Erpét. Nom vulgaire de plusieurs couleuvres.
— Ichthyol. Nom spécifique d'une murène d'Arabie.
TACHETER v. a. ou tr. (ta-che-té — rad, tacher. Double le t devant un e muet : Je tachette ; nous tachetterons). Marquer de taches, faire des taches sur : Un soleil ardent tachette le visatje.
— Etre répandu, en guise de taches, sur.: Les mouchetures qui tachettent ta peau du léopard. Ces roches s'ouvrent quelquefois et laissent apercevoir une ville lointaine, entourée de ses bastides, qui tachettent la campagne de leurs mille points blancs. (Th. Gaut.)
TACHETORB s. f. (ta-che-tu-re — rad.
tacheter). Moucheture, marque qui tachette ; Les tachetures de la peau d'un serpent.
TACHIADÈNE s. m. (ta-ki-a-dè-ne — du gr, tachus, prompt; adên, glande). Bot. Genre de plantes, de lu famille des geutianées. formé aux dépens des lisianthes, et comprenant cinq ou six espèces, qui croissent à Madagascar.
TÂCHIBLE adj. (tâ-chi-ble — rad. tâche). Féod. Qui était soumis au droit de tâche.
TACHIBOTE s. in. (ta-ki-bo-te). Bot. Genre d'arbrisseaux, rapporté avec doute à la famille des bixacèes, et dont l'espèce type croît à la Guyane.
TACHIE s. m. (la-kî). Bot. Genre d'arbi es, de la famille des gentiunèes, dont l'espèce type croit à la Guyane.
TACHIGALIE s. f. (la-ki-ga-li — du gr.
tachus, prumpt; gala, lait). Bot. Genre d'arbres, de la famille des légumineuses, tribu des césalpiniées, comprenant une douzaine d'espèces, qui croissent dans l'Amérique tropicale.
TACHINAIRE adj. {ta-ki-nè-re — rad. tachine). Eiitom. Qui ressemble ou qui se rapporte à la tachine.
— s. f. pi. Groupe d'insectes diptères, de la famille des alhéricèros, tribu des museides, ayant pour type le genre tuchitie : On a constaté la présence de larves de taciiinaires dans un grand nombre d'insectes d'ordres différents. {&. Besmarest.)
— Encycl. Ce groupe, créé par Macquart, a été adopté par la plupart des entomologistes modernes. Les tachinaires présentant les caractères suivants : trompe généralement épaisse, palpes allongées, front large, antennes couchées. L'abdomen porte des soies au bord des segments. Les pieds sont munis également de soies; les ailes sont écartées. A l'état parfait, les tachinaires vivent sur les fleurs. Les femelles déposent leurs œufs sur des insectes, particulièrement sur les chenilles, et les jeunes larves, à leur naissance, pénètrent dans le corps de l'animal qui les porte et s'y nourrissent de la substance adipeuse. MM. L. Uufour et L>-pelletier de iSuiut-Furgeuu ont démontré l'existenco de ces larves sur une foule d'insectes d'espèces différentes. Les différentes espèces de tachinaires »ont très-nombreuses.
TACHINE s. m. (ta-ki-ne — dimiu, du gr. tachus, prompt, agile). Lntoin. Genre d'insectes coléoptères pemamères, de la famille des braehélyues, tribu des tachyporiniens, comprenant plus de quarante espèces, répandues dans l'hémisphère nord.
— s. f. Genre d'insectes diptères, de la famille des uthéricères, tribu des inuscide?, type du groupe des tachinaires, comprenant une cinquantaine d'espèces, dont la plupart habitent l'Europe : Les larves des tachixks vivent dans les chenilles. (E. Besinaresl.)
TACHIPHONE s. m. Ornith. V. tachyphone.
TACHIRO s. m. (ta-chi-ro). Ornith. Espèce de faucon qui habite les forêts de l'Afrique. Il On dit aussi tachikou et Tachiron.
— Encycl. Le tachiro est une espèce de faucon, dont la taille égale à peu près celle de la buse , mais avec une en\ ergure plus grande , son plumage est mélange de brun foncé et de roux sur les parties supérieures et d'un blanc un peu roussàtre sous le ventre, avec des taches brunes plus ou munis foncées, arrondies ou cordiformeî; il a l'iris jaune, le bec bleuâtre, les pieds jaunes et les ongles noirs. Cet oiseau habite l'Afrique et affectionne surtout le séjour des fuiôts. Comme il est assez rare et ne se montre presque jamais dans les plaines, ses mœurs ont été peu étudiées; on sait néanmoins qu'il est d'un naturel farouche, carnassier et vorace, et se nourrit d'oiseaux plus petito et plus faibles que lui; il en fuit une grande destruction. C'est Sur les arbres les plus élevés qu'il se retire pour y établir son nid.
TACUKEMH ou TASCllKESD (de deux
TACH
mots tartares qui signifient la forteresse de Pierre), ville forte de la Russie d'Asie, d'abord la plu? importante ville commerciale du kanat de Khnkand et, depuis 18B7, le chef-lieu du Turkestan russe; lOu.000 hab. environ. Elle est située par 41» 18' l" de latit. N. et 86" 56' 19" de longit. E., à environ 1,410 kilom. S.-E. d'Orenbourg et à 45 kilom. E. du Syr-Daria, sur le Tchirtchik, uflluent de ce fleuve, et dans une vallée bien arrosée, où l'on trouve en abondunce la vigne, le pêcher, le figuier, le grenadier et l'oranger. Tachkend a une circonférence de 29 kilom. et se compose d'un grand nombre de rues boueuses et étroites, que les voitures peuvent à peine traverser. Le long et souvent au travers des rues se trouvent des canaux découverts et à eau courante; les deux cotés de chaque rue sont bordés d'un haut mur de terra , derrière lequel s'étendent en contre-bas des jardins, où s'élèvent les maisons, dérobées par leur situation aux regards des passants. Dans tout l'intérieur de la ville, le Tchirtchik forme une fouie de canaux et d'égouts. Les sources abondent également, et chaque maison a son réservoir particulier, qui peut se remplir ou se vider h volonté au moyen de fossés d'écoulement. A environ £ kilom. S. de la ville s'élève la vieille citadelle, qui peut renfermer 10,000 soldats et qui est entourée de murs d'une grande hauteur et de trois fossés de 13 mètres de profondeur.
Située au point de réunion des routes et de la voie des caravanes qui conduisent, au N.-O., en Russie, par Orenbourg, au N.-E., à Kpuldja et Tschougatschak , en Chine , ainsi que dans la Sibérie occidentale, la ville de Tachkend est l'entrepôt et l'étape principale du commerce de transit dans 1 Asie centrale. Elle ne renferme pas moins de 710 mosquées, 16 collèges mahoinétans, 13 grands caravansérails , «outiuuellement pleins de voyageurs, qui se rencontrent avec des caravanes venant de toutes les régions de l'intérieur de l'Asie. On y irouve, en outre, deux grands bazars et une foule de magasins et de boutiques. Les produits indigènes consistent en coton , fruits secs (des raisins principalement), soie de médiocre qualité, étoffes de laine, peaux, selles, couteaux, etc. La population de celte ville, bien que dotée de toutes les ressources que peut offrir la nature, et notamment de forces motrices considérables, ne sait pas en prolier. L'industrie ne donne que des produits très-médiocres. La ville est approvisionnée en viandes par les Kirghiz soumis à la Russie, eten c réaies par les Kouramas, autre tribu kirghize, fixée sur la rive opposée du Tchirtchik, dans la fertile campagne comprise entre cette rivière et ie Syr- Daria, et sans laquelle la ville ne pourrait pas subsister. Aussi, lorsque le général russe Kryjaitovski se fut rendu maître de Tachkend, le 28 juin 1865, se hâta-t-il de se mettre en possession d'une partie de cette région. Les habitants de Tachkend ont prêté serment de fidélité à l'empereur de Russie le 29 août 1866.
TACHLIDGÉ, PLEVLE ou TACHEL1ZZA,
ville de la Turquie d'Europe (Bosnie), sur le penchant d'une montagne, au pied de laquelle coule l'Oscho.-kina, à 100 kilom. S.-E. cie Bosna-Séraï ; 4,000 hab, Evêohc grec. On y remarque une fontaine sur le bassin de laquelle se trouve une inscription en l'honneur d'Adrien. Industrie peu active ; quelques usines hydrauliques.
TACHOMÈTRE s. in. (ta-ko-mè-tre — du gr. tachus, rapide). Instrument au moyen duquel on mesure la vitesse des trains : Le tachomètre donne aux chefs de service une connaissance parfaite de ta manière dont le mécanicien a conduit son train. (L. Figuier.)
— Instrument qui sert à mesurer la vitesse des cours d'eau ou des courants d'air.
— Encycl. Les tacàomètres sont les instruments destinés à mesurer des vitesses : vitesse d'un convoi en marche sur un chemin de fer, vitesse d'un courant d'eau, vitesse du vent, etc.; mais beaucoup de ces instruments portent des noms particuliers.
Le tachomètre employé sur les chemins de fer est construit comme le régulateur à force centrifuge; son axe est mis en communication avec l'un des essieux de la machine et le mécanicien juge de la vitesse de marche par l'écart des boules. Si l'on veut que le tachomètre donne des indications persistantes qu'on puisse consulter à l'arrivée du train, par exemple, on dispose l'appareil au-dessus d'un disque indépendant qui reçoit d'un mécanisme d'horlogerie un mouvement uniforme assez lent. Un style, adapté à l'un des sommets du losange formé par les liges qui réunissent les boules au manchon, trace sur le disque une courbe de rayon vuriable, dont les variations indiquent les variations de vitesse.
— Tachomètre de Brunings. Cet appareil, imaginé pour servir à mesurer la vitesse d'un cours d'eau à une profondeur quelconque, se compose d'une tige verticale duns une fente de laquelle peut glisser à flottement doux une tige horizontale terminée, du côté d'amont, par une plaque métallique verticale faisant face au courant. La pression de l'eau tend à enfoncer la tige horizontale dans latente pur laquelle elle passe ; mais un tiî attaché a l'extrémité de cette tige, du côté
TACH
d'ai'al, nô peut être entraîné qu'en agissant, par un renvoi, sur le petit bras d'une balance romaine fixé à l'extrémité supérieure de la tige verticale et en dehors de l'eau.
La balance, établie en équilibre horizontal, fait connaître la tension .du filou la pression du courant sur la plaque. Or, cette pression est liée à la vitesse du courant par une formule
F = KV»,
dans laquelle K a pu être déterminé à l'avance. On a donc la vitesse cherchée, par la formule
T-vr
TACHOS, roi d'Egypte de 363 à 361 avant notre ère. Pour se défendre contre une invasion des Perses, il demanda du secours aux Athéniens et aux Lacédémoniens, qui consentirent a lui envoyer des troupes sous les ordres de Chabrias et d'Agésilas. Le premier fut mis par Tachos à la tête de la flotte et le second reçut le commandement des troupes auxiliaires. Mais sur ces entrefaites les Egyptiens se révoltèrent et proclamèrent roi Neetanebo II, dans le parti duquel vint se ranger Agésilas. Se voyant dans l'impossibilité de lutter, Tachos prit la fuite et alla demander un asile au roi des Perses (361).
TACHURIS S. m. (ta-ku-riss — du gr. tachus, prompt ; oura, queue). Ornith. Genre de passereaux, de la famille desmuscicapidées, voisin des roitelets, et comprenant deux espèces, qui habitent l'Amérique du Sud.
— Encycl. Le tachuris est un oiseau à bec court, faible, droit, un peu plus épais que large. Narines basales , percées dans une fausse membrane. Ailes médiocres. Queue arrondie sur les côtés. Tarses de la longueur du doigt médian, doigts allongés et minces. Cet oiseau se rencontre en Amérique, dans les provinces de Coquimbo et de Santiago; on l'y voit toujours dans des endroits marécageux, au milieu des jonchaies, sautant avec adresse d'un roseau à l'autre, occupé à chercher les insectes qui font sa nourriture. Il va quelquefois chasser sur la terre ferme, mais cela est rare, et il retourne bientôt vers ses roseaux en poussant un petit cri, qu'on peut rendre par les sons ffué (fui. Il construit son nid de la même façon que nos fauvettes, d'une manière fort industrieuse; Il l'établit en enlaçant extérieurement plusieurs tiges de roseaux, au centre desquels il doit être lixé. Sa forme est arrondie dans la partie supérieure et il se termine graduellement en pointe, offrant une hauteur de 0m,M environ. Deux espèces font partie de ce genre : I» le taclmris roi, tachuris omnicolor, tort bel oiseau à huppe composée de plumes noires, jaunes et rouges, à joues bleues, à nuque et à gorge blanches; le dos et le croupion sont veidàtres, avec quelques plumes sous-caudales rouges : on le trouve au Chili, au Paraguay, au Brésil, et particulièrement dans les forêts qui bordent le Rio- Grande ; ?° le tachuris noirâtre.
TACHY, préfixe formé du grec tachus, rapide, que Schweizer et Kuhn rapportent à une racine sanscrite dagh, dont l'existence avec la signification de courir n'est pas encore suffisamment constatée, Ourtius croit que tachus est pour traclius et appartient à la même famille que le grec trechô, courir, trochos, course, roue, trochis, coureur. Le grec trechô correspond exactement au gothique thraja, même sens, allemand tragen, anglais to drag, lodraw. Comparez aussi l'anglo-saxon thrah, cours du temps. Putt et LSopp indiquent pour tous ces termes la racine sanscrite larksk, avec lu signification de aller, se mouvoir; d'autres indiquent la racine sanscrite trag, aller, mouvoir, évidemment alliée à la racine larksh.
TACHYBATE s. m. (ta-ki-ba-te — du préf. tachy, et du gr. baleô, je marche). Erpêt,- Genre de reptiles sauriens, de la famille des geckotiens.
TACHYBÈNE s. m. (ta-ki-bè- ne— du préf.
tachy, et du gr. bainô, je marche). Entom. Svii, de PSILOCÉRË.
TACHYDROME adj. (ta-ki-dro-me — du préf. tachy, et du gr, dromos, course). Zool. Qui court très-vite.
— s. m. Ornith- Syn. de court- vite.
— Erpét. Genre de reptiles sauriens, de la famille des lacertiens, comprenant deux espèces, dont l'une vit au Japon.
TACHYTJROMIDB adj. (ta-ki-dro-mi-de). Syn. de tachydrOmieN.
TACHYDROM1E s. f. (ta-ki-dro-mî — du préf. tachy, et du gr. dromed, je cours). Ku- Tom, Genre d'insectes uipieres, de la famille ..îes tanystomes, tribu des emptdes, ou type de la tribu des tachydromiens, comprenant une dizaine d'espèces, qui habitent l'Europe.
TACHYDROMIEN, IENNE adj. (ta-ki-dromi-ain, i-e-ne — rad. tacliydromie). Entom. Qui ressemble ou qui se rapporte à lu tachydromie.
— s. m. pi. Tribu d'insectes diptères, de la Tamille des tanystomes, ayant pour type le genre tachydroinie.
TACHYEBGUE s. m. (ta-ki-èr-ghe — dû gr. tachuergès, agile). Entom. Genre d'insectes coléoptères tetramères, de la famille des cha-
xrv.
TACH
rançons, tribu des érirhinides, comprenant une quinzaine d'espèces, la plupart propres à l'Europe.
TACHYGLOSSE s. m. (ta-ki-glo-se — du préf. tachy, et du gr. gldssa, langue). Mamm. Syn. d'ÉcHiDNÉ.
TACHYGONE s. m. (ta-ki-go-ne — du gr.
tachugounos, agile; de tac/tus, prompt, et de gonu, genuu). Entom. Genre d insectes coléoptères tetramères, de la famille des charançons, tribu des ramphides, comprenant cinq ou six espèces, qui habitent l'Amérique.
TACHYGRAPHE s. m. (ta-ki-gra-fe — du préf. tachy, et du gr. graphe, j'écris). Celui qui écrit très-vite à l'aide de signes d'abréviation, n On dit aujourd'hui sténographe.
— Nom primitivement donné au télégraphe. TACHYGRAPB1E S. f. (ta-ki-gra - fî —
rad. tachygraphe). Art d'écrire rapidement, au moyen de signes d'abréviation, il On dit aujourd'hui sténographie.
TACHYGRAPHIQOE adj. {ta-ki-gra -fl-ke — rad. tachy gruphie). Qui appartient. à la tachygraphie : Système tachygraphiquis.
TACHYGRAPHIQUEMENT adv. (ta-ki-grafi-ke-man — rad. tachygraphique). Au moyen de la tachygraphie. || On dit aujourd'hui stb-
NOGRAPH1QUEMENT.
TACHYMÉNIS s. m. (ta-kï-mé-niss — du préf. tachy, et du gr. tnênis, colère). Erpét. Genre de reptiles ophidiens, du groupe des couleuvres.
TACHYMÈTRE s. m. (ta-ki-mè-tre). Syn.
de TACHÈOMBTRB.
TACHYNECTE s. m. (ta-ki-nè-kte — du gr. tachus, rapide ; ueklês, nageur). Erpét. Genre de reptiles ophidiens, du groupe des couleuvres.
TACHYOPE s. m. (ta-ki-o-pe — du gr. tachuopous, qui a les pieds rapides). Entom. Syn. de TACHYGONE.
tachype s. m. (ta-ki-pe — du gr. tachus. agile; pous, pied). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des carabiques, tribu des subulipalpes, réuni par plusieurs auteurs aux bembidions, et dont les principales espèces habitent l'Europe et l'Asie. Il Syn. de carabe, autre genre d'insectes coléoptères.
TACHYPÈTE s. m. (ta-ki-pè-te — du gr.
tachupeiês , qui vole rapidement). Ornith. Syn. de frégatk.
— Entom. Syn. de GYNANOROPHTHAUdE, genre d'insectes coléoptères, de la famille des phytophages.
TACHYPÈZE s. m. (ta-ki-pè-ze — du préf. taelty, et du gr. peza, pied). Entom. Genre d'insectes diptères, de la famille des tanystomes, tribu des empides.
TACHYPHOHE ou TACH1PHONE s. m.
(ta-ki-lo-ne — du gr. tachus, prompt; phonê, voix). Ornith. Genre d'oiseaux, du groupe des tangaras.
TACHYPEÉE s. m. (ta-kiplê — du préf.
tachy, et du gr. pied, je navigue). Crust. Genre de crustacés, réuni par plusieurs auteurs aux limées.
TACHYPLOTÈRE adj. (ta-ki-plo-tè-re — du préf. tachy, et du gr. plàtêr, nageur). Zool. Qui nage rapidement.
— s. m. pi. Ornith. Groupe de palmipèdes, de la famille des anatidées, comprenant les espèces qui sont habiles à nager, comme les canards proprement dits.
TACHYPOBE s. m. (ta-ki-po-re — du gr.
lachuporos, qui marche vite). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des braohelytres, type de la tribu des tachyponniens , comprenant une trentaine d'espèces, dont la plupart habitent l'Europe.
TACHYPORINIEN, IENNE adj. (ta ki-pOri-tii-uin, i-è-ne — rad. tachypore). Entom. Qui ressemble ou qui se rapporte au tachypore.
— s. m. pi. Tribu d'insectes coléoptères, de la famille des brachélytres, ayant pour type le genre tachypore.
TACHYPTÈNE s. m. (ta-ki-ptè*De — du préf. (ac/iy,etdu gr. ptênos, qui vole). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des bombycides.
TACRYPTÈRE s. m. (ta-ki-ptè-re — du préf. tachy, et du gr. pteron, aile), Entora. Syn. de mélanophile.
TACHYS s. m. (ta-kiss — du gr. tachus, rapide). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamères, de la famille des carabiques, tribu des subulipalpes, réuni par plusieurs auteurs aux bembidions, et comprenant une quarantaine d'espèces, répandues dans les deux continents.
TACHYSCÉMS s. m. (ta-kiss-sé-liss — du pref. tachy, et du gr. skelis, jambe). Erpét. Genre de reptiles sauriens, de la famille des lacertiens.
TACHYSUBE s. m. (ta-ki-zu-re — du préf. tachy, et du gr. oura, queue). Ichthyol. Genre de poissons nïalacoptérygieiis, de la famille des siluroïdes, qui paraît devoir être réuni aux pimélodes, et dont l'espèce type habite la Chine.
TACHYTE s. f. (ta-kt-te — du gr. tachus, agile). Entom. Genre d'insectes coléoptères
TACÏ
pentamères, de la famille des carabiques, tribu des subulipalpes, dont l'espèce type habite l'Amérique du Nord. Il Genre d'insectes hyménoptères, de la tribu des larrides, formé aux dépens des andrènes, et dont 1 espèce type habite le midi de l'Europe.
TACHYOSB s. f. (ta-ki-u-ze — du gr. tachus, agile). Entom. Genre d'insectes coléoptères hétérotarses, de la tribu des aléochariniens, comprenant une vingtaine d'espèces, qui habitent l'Europe.
TACITE adj. (ta-si-te — lat. tacitus; de tocere, se taire). Sous-entendu, convenu, accordé, réglé, sans être exprimé formellement : Consentement tacite. Aveu tacitb.
Convention tacite. L'attention est une tacitk et continuelle louange. (Mme Swetchine.) C'est' l'usage, cette espèce de convention tacitb, qui fait les langues. (L. Pinel.)
— Jurispr. Tacite reconduction, Continuation de la jouissance d'un bail à son expiration, aux conditions précédemment convenues.
TACITB (Caïus Cornélius TACITOS), célèbre historien latin, né à Interamna, en Ombrie, l'an 54 ou l'an 53 après J.-C, mort vers HO. Tacite cultiva, pendant sa jeunesse, la poésie, ainsi que nous l'apprend sa correspondance avec Pline le Jeune; il est permis de croire qu'il suivit les leçons de Quintilien ; mais nous n'avons pas à cet égard de preuve certaine. Il épousa, en l'an 77 ou en l'an 78, la fille d'Agricola, ce qui nous prouve qu'il occupait à Rome un rang distingué. Il nous apprend lui-même, au commencement des Histoires, qu'il entra dans la carrière des honneurs sous Vespasien,
• Vespasien , dit-il, commença ma fortune, Titus l'augmenta,.Domitien y mit le comble. » Sous Domitien, il était préteur en même temps que sénateur. Après la mort du « Néron chauve ■ et au commencement du règne de Nerva, il fut élevé au consulat. C'est à cette époque qu'il prononça l'éloge funèbre de ce Virginius Rufus auquel ses légions, en Germanie, avaient deux fois offert le titre d'empereur, avant et après la mort de Néron, et qui deux fois l'avait refusé; ce discours ne nous est malheuseusement pas parvenu. Tacite avait déjà, à ce qu'il semble, écrit le Dialogue des orateurs ; c'est à. la (in du règne de Nerva qu'il écrivit la Vie d'Agricola, son beau-père, regardée comme le chef-d'œuvre des éloges historiques. De la même époque date son livre sur les Mœurs des Germains, dont l'exactitude frapparue et la précision de détails ont fait supposer que l'auteur avait visité la Germanie. Ce livre si court sur un vaste sujet est d'un homme qui abrège tout parce qu il voit tout, dit Montesquieu. Admirable introduction à l'histoire de l'Allemagne et des nations de l'Occident, on y retrouve les premiers germes des coutumes et des lois de plusieurs siècles, avec des traits si caractéristiques et si profonds, qu'on les reconnaît encore dans les institutions féodales, malgré les modifications qu'elles ont subies. Au moment où paraissait ce livre, Tacite obtenait un grand succès oratoire en porlant, au nom de la province d'Afrique, une accusation contre le proconsul Marius Priscus. La Vie d'Agricola et les Mœurs des Germains avaient paru quand Tacite écrivit l'histoire romaine depuis la mort de Néron en 68 jusqu'à celle de Domitien en 96. C'est ce qu'il appela les Histoires. De ce grand ouvrage, qui donne le récit des événements contemporains depuis Galba jusqu'à la monde Domitien, nous n'avons que les quatre premiers livres et le commencement du cinquième ; nous ne savons pas combien il contenait de livres, mais nous pouvons mesurer la perte qu'a faite l'histoire en songeant que ce que nous possédons n'embrasse qu'un an et quelques mois. Les Annales, qui vont de la mort d'Auguste à celle de Néron, furent écrites après les Histoires. Elles comprennent seize livres, et le temps nous en a dérobé également quelques parties. Bien que cette perte soit irréparable, ce qui reste suffit largement à la gloire de l'auteur. Ses Plaidoyers, ses Facéties, son Panégyrique de Virginius, ses Poésies sont perdus. De la vie de Tacite, nous ne savons presque rien. Nous ne connaissons pas même d'une façon certaine la date de sa mort; on le fait, en général, mourir à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Il semble, en effet, avoir vécu longtemps; mais rien ne nous donne la date précise de sa mort.
La partie vraiment intime de sa vie nous est inconnue; nous ne connaissons que son amitié avec Pline le Jeune, par la correspondance de ce dernier. Tout nous t'ait croire que Tacite était célèbre à Rome, ainsi que son ami, et on nous a laissé à ce propos une histoire charmante. Tacite assistait un jour aux jeux du cirque; il engagea conversation avec un chevalier romain; celui-ci lui ayant demandé s'il était d'Italie ou de province :
• Je ne vous suis pas tout à fait inconnu, répondit Tacite, et c'est aux lettres que je dois cet avantage. — Vous êtes donc Tacite ou Pline, » reprit le chevalier.
Les œuvres de Tacite ont été bien des fois éditées. La première édition est de Venise (H69); on cite celles de Londres (1790), d'Edimbourg (1790), de Leipzig (ISOlj. La meilleure édition française est celle de M. Naudet. Tacite a été également traduit bien des lois; Perrot d'Ablancourt a donné de lui une belle infidèle; Amelot de La Houssaye, La Bletterie, Dotteville, Dureau de La Malle,
TAC
enfin Burnouf l'ont traduit d'une façon trèsremarquable. L'Allemagne en a donné de fréquentes éditions; celle de M. Nipperdey, entre autres, est excellente (Berlin, 1864).
Nous venons de dire en peu de mots quelle fut la vie de Tacite ; nous avons rapporté tout ce qu'on en sait; nous avons indiqué ses œuvres. Mais cela n'est rien, quand on a parlé d'un tel homme. Il est nécessaire quo nous disions sur lui toute notre pensée et tout notre sentiment. A propos de Tacite, bien des questions s'élèvent. Le Grand Dictionnaire n'en négligera aucune.
Et d'abord, dans quel esprit Tacite a-t-i! traité son sujet? Il retrace l'histoire de l'empire romain avec un esprit de condamnation sévère, avec un sentiment de contrainte douloureuse, avec une indignation mêlée de tristesse; eu racontant, Tacite condamne.
Mais, a-t-on dit, Tacite n'est point impartial ; il n'est point la postérité, bien qu'il parle toujours en son nom. Le regret du passe faisait de lui un adversaire du présent qu'il avait sous les yeux. Il n'était point juste à l'égard de l'empire; il le boudait. Cela est faux et ne s'appuie sur rien. Il n'a d'abord aucune haine personnelle contre les empereurs. * Pour moi, dit-il, je ne connais Galba, Othon, Vitellius ni par des bienfaits ni par l'outrage. Vespasien commença ma fortune, Titus l'augmenta, Domitien y mit le comble; mais l'historien qui fait vœu d'une fidélité incorruptible doit parler de chacun sans amour et sans haine. • Quant aux bienfaits mêmes de l'empire romain, n'est-ce pas Tacite quiles a fait connaître aux modernes? i Cet ordre de choses, dit-il, ne déplaisait pas aux provinces, car le gouvernement du sénat et du peuple faisait toujours craindre les divisions des grands et la cupidité des magis trats, que contenaient à peine des lois faibles, impuissantes contre la violence, la brigue et l'argent. » L'avènement de l'empire fut détermine par la force des choses ; c'est encore Tacite qui le reconnaît : ■ Il ne restait de remède aux divisions de la patrie que le gouvernement d'un seul. Non aliud discordanlis palrim remedium fuisse, quam ut ab ww regeretur, • Tacite renu justice à Auguste ; il lui sait gré d'avoir introduit dans l'empire une organisation meilleure, de l'avoir agrandi au dehors, d'avoir fait respecter le droit dans la cité. Napoléon 1" disait : • Si l'empire romain a duré, c'est qu'il avait ses raisons d'être. « Mieux que personne, Tacite nous a fait connaître quelles étaient ces raisons. Nous ne devons donc pas voir dans Tacite un mécontent destiné à tout blâmer dans l'empire, ni un • fanatique pétillant d'esprit, • comme l'appelait Voltaire, qui lui en voulait à cause de son traducteur La Bletterie. Le jugement de Tacite est le jugementequitable, presque pacifique, d'un homme d'une haute raison et d'uu grand cœur.
Mais au nom de quelle idée politique Tacite attaquait-il 1 empire? Ici se pose la question de savoir si Tacite était ou non républicain. Si nous entendons ie mot républicain comme nous le comprenons de nos Jours, Tacite n'était assurément pas républicain ; mais si nous songeons au républicain romain, si nous pensons qu'à Kome, sous la république, le pouvoir était entre les mains du sénat et des grands, Tacite était républicain. Le souvenir de la vieille république aristocratique se fait voir à toutes les pages, et c'est ce souvenir qui fait que Tacite hait l'empire. Il le hait comme aristocrate, comme membre des hautes familles romaines que l'empire avait abaissées; il laisse voir par quelques mots combien lui pesé cette domination unique de l'empereur qui ne laisse rien subsister à côté d'elle, « Cette année même mourut Memmius Regulus, dit-il quelque part, qui par sa grande considération, son courage, sa renommée avait jeté autant d'éclat que le peut uu citoyen éclipsé par la grandeur impériale, in quantum prUumbrante imperaloris fastigio clarus. » Il u'y a là que l'expression d un sentiment de fierté; parfois il laissa même voir que les préjuges du vieux Romain, de l'aristocrate républicain sont en lui. C'est ainsi qu'il reproche k Tibère l'élévation au sénat d'un bomine sans naissance, Curtius Rufus, dont Tibère avait dit : « Curtius date de luimême ; Curtius mihi videtur ex se natus. » Tacite, dans ses idées aristocratiques, voit presque 1k un outrage aux grandes familles de Rome. Ailleurs, il s'indigne que des sénateurs soient pauvres et par là abaissent le sénat ; il applaudit quand la volonté du prince exclut de ce corps ceux qui n'avaient qu'une fortune mèdiucre. Voilà bien les préjugés de l'aristocrate. Mais il ne faut pas qu'on oublie, si 1 on veut bien comprendre et juger équitablement Tacite, il ne faut pas qu ou oublie qu'à cette époque il n'était pas possible à un honnête homme d'être démocrate. Qu'était donc le peuple alors? C'était une populace ^'esclaves et d'affranchis, oisive, nourrie par ses maîtres et ne demandant aux empereurs que du pain et des jeux dans le cirque. On trouvait dans cette plèbe l'exaltation de tous les sentiments bas ; qu'on juge d'elle en songeant qu'elle aimait Néron 1 «La vile populace, dit Tacite, qui ne connaît que le cirque et le théâtre, les esclaves et ceux qui, ayant dissipé leur fortune, ne subsistaient que de l'opprobre de Néron, étaient tristes. > Et ailleurs : ■ On prétend qu'Othon eut l'idée de cèlebrerla mémoire de Néron dans l'espoir de s'attacher le peuple, et l'on vit des gens exposer publique-
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ment les images de ce prince; il y eut même des jours où les soldats et le peuple, voulant rehausser la naissance et la gloire d'Othon, le nommèrent Othon-Néron dans leurs acclamations. » Et c'est à ce peuple, soutien et serviteur de l'empire et des empereurs, que Tacite eût pu donner ses sympathies I Mais le sénat, nous dit-on, valait peu de chose alors et Tacite lui-même nous en dit peu de bien. C'est Tacite, en effet, qui nous rapporte le mot de Tibère sur les sénateurs : « 0 homines ad servilutemparalnst 0 hommes, prêts à la servitude 1 » Il a des mots admirables sur les hommages que le sénat rend aux princes après chaque meurtre. « On décerna à cette occasion (la mort d'Octavie) des offrandes par tous les temples ; ce que je rapporte exprès, afin qu'en lisant 1 histoire de ces temps dans mon ouvrage ou dans d'autres écrits on sache d'avance que tous les exils, que tous les assassinats commandés par le prince furent suivis d'autant d'actions de grâces rendues aux dieux, et qu'alors ce qui jadis annonçait nos prospérités devint la marque infaillible des calamités publiques. Cependant, je ne tairai pas quelques autres sénatus-consultes piquants par l'adulation et où l'avilissement fut porté à son comble. » Tacite, on le voit, ne ménage pas le sénat; mais n'était-ce pas alors ce qui était encore le plus respectable à Rome? C'est la que s'étaient réfugiées les dernières venus; ce n'était plus assurément le vieux sénat romain, en qui se personnifiait en quelque sorte le peuple romain (qu'on se rappelle l'expression fameuse : Sehatus populusque romanus} ; ce n'était plus l'assemblée de rois dont parlait Cinéas; mais ii faut cependant, malgré tout, savoir gré au sénat de l'empire de n'avoir pas été aimé par les empereurs. Tous les empereurs, depuis Auguste jusqu'à Trajan, détestent le sénat parce qu'ils le craignent; c'est lui qui est (a cause de cette teneur qui pesait sur l'empire et dont rien , dans les temps modernes, ne peut nous donner l'idée. Qu'on ouvre Tacite, Suétone, Josèphe, Phi- Ion, Dion Cassius, tous sont d'accord sur cette haine des princes contre le sénat. Une des flatteries les plus agréables que Vitellius put imaginer pour Néron était celle-ci : » Je vous déteste, César, parce que vous êtes sénateur. » Sous Néron, une épidémie dévasta Rome ; mais, dit Tacite, tandis que chacun pleurait les siens, • les morts des chevaliers et des sénateurs, quoique aussi communes, causaient moins de larmes, comme si le fléau n'avait fait que prévenir la cruauté du prince. » Aussi sommes-nous profondément touchés quand Tacite, fatigué de raconter tant de meurtres, s'arrête un instant et demande grâce pour ces illustres victimes qui se laissaient égorger sans résistance. « Qu'on me permette cependant, et c'est la seule grâce que je demande à ceux qui liront cet ouvrage, de ne point haïr des hommes qui se laissaient si lâchement égorger... Accordons à la postérité des hommes illustres quelques distinctions, et puisque dans leurs obsèques ils reçoivent une sépulture qui les sépare de la foule, souffrons aussi que dans l'histoire de leurs derniers moments ils jouissent d'une mention particulière. >
Le sénat romain, malgré son avilissement, n'était donc pas aussi humilié qu'on le croit en général ; il y avait dans son sein de glorieuses exceptions, auxquelles nous devons tout notre respect. Aussi bien, ce n'est pas au sénat impérial que Tacite songe dans ses regrets : c'est au vieux sénat républicain, c'est à l'antique puissance des grands. Que toutes ses idées ne soient pas aussi démocratiques que les nôtres, cela est trop évident pour que nous y insistions; mais il faut prendre les temps tels qu'ils sont. Rien n était plus hideux que la populace romaine, courtisane des empereurs, et nous savons gré à Tacite de ne pas l'avoir aimée. Souvenonsnous bien, après tout, que Tacite poursuivait de ses regrets la plus belle époque de l'histoire romaine; c'était un républicain aristocrate; mais, sous l'empire, ii n'y avait pas d'autre façon d'être républicain. Le peuple romain ne permettait pas de rêver un autre idéal que l'idéal de la vieille république ; celui-là, du moins, Tacite l'a profondément aimé ; c'était, à cette époque, le plus élevé et le meilleur. Tacite nous laisse cependant entrevoir, dans un passage de ses Annales, que le gouvernement selon sori cœur serait un gouvernement mixte, qui réunit à la fuis les avantages de la monarchie, de la démocratie et de l'aristocratie. « Chez toutes les nations, dit-il, c'est ou le peuple, ou les grands, ou un seul qui gouverne; car une forme de gouvernement qui se composerait à la fois des trois autres est plus facile à louer qu'à établir, et, fût-elle établie, elle ne pourrait subsister longtemps. » On le voit, Tacito ne reste pas longtemps avec cette espérance ; il la croit irréalisable et il revient aussitôt à la vieille république romaine. Mais était-ce un républicain plein d'espérance? Croyait-il que 1 empire pouvait être jeté k terre, et la république restaurée? Nullement. C'était un républicain découragé, désespéré ; il savait bien que si, par hasard, à la mort d'un empereur, quelques hommes proclamaient la république, les républicains manqueraient à la république; il savait bien qu'il n'y avait plus de peuple et que le sénat n'avait pour f'bonorer que quelques honnêtes individualités. Mais est-ce à dire pour cela qu'il sacri-
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fiait ses sympathies et que, n'espérant pas voir la république se relever jamais, il se résignait à ne plus l'aimer? Il est assurément permis de désespérer de son pays, de croire qu'il ne fera ou ne refera jamais la république, sans cependant chasser de son cœur l'idéal politique qu'on aime ; cela s'est vu souvent, à bien des époques de l'histoire, et l'état d'esprit et d'âme de Tacite n'a rien qui nous doive étonner; la foi politique, les convictions ne sont pas emportées avec l'espérance; elles restent an fond de l'âme, elles y sont couvées en silence, et quand elles s'en échappent, c'est toujours avec une éloquence en même temps ardente et triste. Voilà ce que nous remarquons chez Tacite, et son découragement ne prouve rien contré ses sympathies pour la vieille république.
Mais on fait contre Tacite une objection bien plus grave et qu'au reste il n'est pas difficile de réfuter. Tacite, dit-on, a accepté l'empire, et quand l'empire, avec les Antonins, est devenu plus doux, ii l'a accepté avec bonheur. Il ne demandait rien de plus, et on nous dit qu'alors tous ses regrets du passé étaient envolés. Voilà l'objection dans toute sa force. Mais sur quelles raisons s'appuie-t-on? Un critique contemporain, M. Boissier, dans un article de la lievue des Deux- Mondes [De l'opposition sous lei Césars, 15 janvier 1870), a pris soin de nous les énumérer toutes avec une très:grande complaisance, il faut le dire. Selon lui, Tacite était « un partisan sincère de l'empire, qui accueillait sans répugnance le pouvoir établi. » Et pourquoi cela? Parce que Tacite a été fonctionnaire de l'empire, parce qu'il a été sénateur sous Domitien, parce qu il n'a pas protesté dans le sénat contre toutes les infamies, contre toutes les exécutions sanglantes, parce qu'il a assisté en silence à l'orgie impériale. Et c'est pour cela que vous déclarez sans hésitation que Tacite était un partisan sincère de l'empire, qu'il l'acceptait sans répugnance! Mais vous dites vous-même que Tacite était parmi « ces sénateurs dont on ob-ervait la pâleur et dont on comptait les soupirs quand on amenait devant eux quelque victime importante. » II nous semble pourtant que ce silence même, sous le régime impérial, n'était pas absolument, un signe d'approbation pour tout ce qui se passait, et chacun sait quel sort était en général réservé à ces gens dont la pâleur déplaisait à César. Vous citez vous-même un passage dans lequel Tacite montre sa préférence pour un gouvernement qui se composerait k la fois du pouvoir du peuple, de 1 aristocratie et d'un seul homme, et vous dites : « Même ce gouvernement tempéré et parlementaire, formé du mélange des autres, et qui était l'idéal de Cicéron, ne le satisferait pas. • Pourquoi? Parce que Tacite avoue qu'à Rome, au temps où il vit, ce gouvernement, s'il était édifié, serait impuissant à se maintenir. Vous n'avez nullement compris la pensée de Tacite. Si Tacite déclare que ce gouvernement ne saurait être durable, ce n'est pas parce que ca gouvernement ne le satisferait pas (il laisse, au contraire, clairement entrevoir qu'il en serait content), c'est parce qu'il n'a nulle confiance dans le peuple, dans le sénat et dans l'empereur; c'est parce qu'il sait que la chute e.st trop profonde pour qu'on puisse s'en relever; c'est parce que, comme nous l'avons dit, il est découragé. Voilà l'explication de tout ce qu'a pu dire Tacite, et le silence, la résignation douloureuse avec lesquels il subit l'empire ne montrent point qu'il aime cet empire et qu'il oublie le passé républicain. Le désespoir était entré profondément dans son âme, et ce grand homme en était arrivé à croire qu'il n était
fdiis nécessaire de protester que par son sience. Ce stoïcien pensait qu'il fallait désormais se renfermer en soi-même avec le souvenir du passé dans le cœur et avec la hnine du présent, sans rien dire, sans s'élever à chaque instant contre un état de choses que la folie des empereurs, l'imbécillité du sénat et la bassesse du peuple rendaient impossible à changer; il a même une douce et sympathique colère contre ceux qui s'insurgent sans espoir. Voilà ce qu'il faut bien sentir pour ne pas faire de graves contre-sens à propos de certaines paroles de Tacite. Il dit, dans un passage de ses ouvrages, en s'adressant évidemment à Helvidius Priscus, coupable de conspiration : « Que les admirateurs de tout ce qui brave le pouvoir apprennent que, mênie sous de mauvais princes, il peut y avoir de grands hommes, et que la modération et l'obéissance, si le talent et la vigueur les accompagnent, méritent autant de gloire que cette témérité qui se précipite au hasard, sans profit pour la république, et court après l'honneur d'une mort éclatante, » Là-dessus, vous vous hâtez de dire que Tacite accepte l'empire et condamne l'opposition. Mais vous ne voyez donc pas qu'il n y a là qu'une de ces colères presque amies que de nos jours, dans nos Etats modernes, nous ressentons contre nos amis politiques qui se sacrifient inutilement? Vous ne voyez donc pas qu'alors, à Rome, comme sous tous les despotismes, il y avait deux conduites à tenir, qui consistaient, l'une à s'insurger, l'autre à se tenir à l'écart? Ailleurs, quand le despotisme règne, même quand on ne veut point prendre les armes, ce qui serait inutile, il y a encore un remède contre lui, il y a encore un espoir pour les âmes libres, celui d'éloigner peu à peu les masses du pouvoir et de les gagner à la Ji-
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berté. A Rome, tes honnêtes gens n'avaient pas cet espoir : il fallait ou s'insurger ou se taire. Tacite, découragé, est pour la résignation silencieuse, hautaine et triste. C'est avec cette pensée qu'il écrit: r Tâchons de trouver, entre la résistance qui se perd et la servilité qui se déshonore, une route exempte à la fois de bassesse et de danger, > Nous ne croyons pas nous tromper en disant qu'après avoir écrit ces paroles la main lui tomba. Ce n'est point là la profession de foi égoïste d'un homme content du temusoù il vit et peu disposé à faire de l'opposition à ses maîtres, c'est le langage triste d'un homme désespéré qui ne demande plus que l'oubli et le silence. Il est encore un passage qu'on cite pour montrer que Tacite n'était point mécontent de l'empire : « Puisqu'on ne peut obtenir k la fois, dit-il, une grande renommée et un profond repos, que chacun jouisse des avantages du siècle où il vit sans décrier le siècle où il n'est pas. » Ce n'est assurément pas là le langage d'un homme satisfait; c'est encore le langage d'un homme découragé , et il faut même que le découragement soit bien profond pour qu'on en arrive à dire (car c'est là ce que signifient les paroles de Tacite) : « Eh bien, il y a du mal partout; résignons-nous et jouissons du peu de bien que nous avons. » Si c'est là une adhésion à l'empire, si c'est là une expression de satisfaction, il faut convenir qu'elle est bien froide. Mais non ; Tacite ne songeait là nullement à l'empire; il exprimait simplement une idée générale qui n'avait rien de consolant, et il l'exprimait, nous en sommes convaincu, non pas avec le sourire du contentement, mais avec le sourire triste de la résignation.
Nous avons examiné toutes les raisons que l'on donne pour prouver que Tacite accepte l'empire ; nous avons étudié une à une toutes les phrases que l'on cite en faveur de cette thèse; nous n'en avons négligé aucune, le sujet en valait la peine. On a vu que ces phrases, souvent mal comprises, ne prouvent nullement que Tacite était content du gouvernement impérial et condamnait l'opposition. Nous pourrions faire bien des citations pour appuyer notre avis ; il nous a suffi de réfuter celles qu'a citées M. Boissier. Non , Tacite n'est point satisfait de l'empire, même do l'empire gouverné par les Antonins. 11 a pu, sans doute, à leur avènement, ressentir do la joie ; c'était, après tout, un grand allégement après Domitien; mais ce qui est faux, c'est de prétendre que Tacite ait été complètement satisfait. Quand bien même il ne nous aurait point dit clairement ou tout au moins fait comprendre suffisamment son sentiment, est-ce que la tristesse umère de son langage ne nous en serai t pas un«S preuve éclatante? Un homme satisfait n'écrit pas ainsi. La tristesse est sourde, elle est contenue chez Tacite, mais elle n'échappe point; on la sent partout ; elle est répandue dans toute l'œuvre de l'historien ; elle nous pénètre, elle gagne notre cœur par un charme étrange; comment donc l'âme qui l'a versée, profonde et éternelle, aurait-elle jamais connu le repos et le contentement? C'est là la critique du cœur, la critique des sympathies secrètes ; mais cette critique souvent vaut bien l'autre ; aussi bien, nous avons montré que l'autre ne nous fait pas défaut; qu'elle n'est pas contre nous, mais pour nous.
Nous avons montré dans Tacite l'ennemi équitable de l'empire et l'ami de la vieille république; mais ce n'est pas là Tacite tout entier; il faut encore que nous sachions quel est le patriotisme de cet historien, quelle est sa morale, quelle est sa critique en matière d'histoire et de philosophie.
Tacite aime Rome; il l'aime comme un vieux Romain , en haïssant les étrangers, c'est-à-dire ses ennemis. Qu'on voie dans lo traité sur les AJ&urs des Germains, chapitre xxxm, comment il parle des Bructères, exterminés par une ligue des nations voisines : « Plus de soixante mille hommes sont tombés nus sous le fer et sous les coups des Romains; mais, ce qui est plus magnifique, pour le plaisir de leurs yeux. Puisse , ah ! puisse durer chez les nations, sinon l'amour de nous, du moins la haine d'elles-mêmes, puisque, au point où les destins ont réduit l'empire, la fortune ne peut désonnais pour nous rien de mieux que de diviser nos ennemis! » Tacite oublie si bien que les Germains sont aussi bien des hommes que les Romains, qu'il semble croire que les Romains sont dispensés à leur égard non-seulement de pitié, mais de justice. Dans les Annales, il raconte que Corbulon fit assassiner par ses émissaires un chef barbare et ajoute froidement : « La ruse fut employée avec succès et sans honte contre un déserteur et un parjure. » Son patriotisme étroit et exclusif ne l'aveugle pas moins dans les jugements qu'il porte sur les juifs et sur les chrétiens, qui étaient étrangers à l'empire par la religion, comme les barbares par le sang. Sous Tibère, quatre mille personnes de la classe des affranchis, « infectées, dit Tacite, des superstitions juives et en état de porter les armes, furent transportées en Sardaigne; elles devaient y réprimer le brigandage, et, si elles succombaient au climat, la perte ne serait pas grande. » Tout le monde connaît le célèbre passage sur les supplices que Néron fit subir aux chrétiens, à la suite de l'incendie de Rome. Tacite termine son récit en disant : « Quoiqu'il s'agit de coupables qui avaient mérité les der-
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nières rigueurs, on s'apitoyait sur eux en songeant que ce n'était pas à l'intérêt public, mais à la cruauté d'un seul qu'ils étaient sacrifiés. » Tacite n'est pas plus humain pour les esclaves que pour les chrétiens. Un oubli Si étrange des sentiments les plus naturels de l'humanité ne doit pas nous .surprendre chez Tacite; il partageait les préjugés de ses concitoyens, et surtout de l'aristocratie romaine, contre tout ce qui n'était pas Romain et citoyen : contre les esclaves, contre les chrétiens, contre les juifs, contre les barbares. Nous pouvons donc regretter que le patriotisme ait fait taire en lui l'humanité ; mais, si nous le jugeons sans passion et sans préjugé et en nous dépouillant de nos sentiments pour entrer dans les siens, nous comprendrons son injustice et sa cruauté, et nous les expliquerons par l'énergie de son patriotisme.
La doctrine morale de Tacite est le stoïcisme ; il nous le fait clairement entendre au chapitre v du livre IV des Annales, où il loue Helvidius Priscus d'avoir embrassé cette doctrine, et en donne lui-même une très-belle définition. • Il suivit, dit-il, la doctrine de philosophie qui ne reconnaît de bien que ce qui est honnête, et de mal que ce qui est honteux, et qui ne compte la puissance, la noblesse et tout ce qui est hors de l'âme ni parmi les biens ni parmi les maux. » C'est encore au stoïcisme qu'il fait allusion lorsqu'il flétrit, dans la Vie d Agricola, la tyrannie de Domitien, « qui avait banni les maîtres de philosophie et exilé tous les nobles talents, afin que rien d'honnête n'offusquât ses regards. » Le stoïcisme était, en effet, ta doctrine et comme la religion naturelle de Tacite, non-seulement parce que cette doctrine était digne de l'élévation et de l'énergie de son caractère, niais aussi parce qu'elle ralliait autour d'elle, à cette époque, tout ce qu'il y avait de gens illustres et d'honnêtes gens opposés au despotisme des Césars. Il faut remarquer cependant qu'il ne s'adonna jamais aux spéculations philosophiques au point de négliger les devoirs de la vie civile et politique, et que, même dans son opposition stoïcienne à l'empire, il sut toujours garder une juste mesure. Il profita sans doute de l'expérience de son beau- père Agricola, qui lui avoua lui-même que, • dans sa jeunesse, il s'était enfoncé dans l'étude de la philosophie au delà de ce qui convient à un Romain et à un sénateur. « Remarquez ces dernières paroles : ■ Au delà de ce qui convient à un Romain. • Ne reconnaît-on pas là ce que déjà nous avons remarqué à propos du jugement de Tacite sur les peuples É étrangers, sur les chrétiens et sur les juifs,' ne reconnaît-on pas là un vieux Romain?
On est .surpris, lorsqu'on étudie attentivement l'œuvre de Tacite, de reconnaître que l'ouverture et la souplesse de son esprit ne répondent pas à la noblesse et à la force de son âme, et que chez lui le philosophe, et surtout le philosophe critique, est fort audessous du citoyen et de l'homme d'Etat. Tacite se montre dans ses écrits historiques non-seulement respectueux, mais crcUule pour tontes les superstitions de son temps. Les prodiges et les présages tiennent leur placo dans le célèbre tableau de l'époque des Flaviens, qu'il a placé en tète des Histoires, et ii en conclut que « les dieux n'ont pas cessé de veiller sur les Romains, et qu'ils prennent soin, sinon de leur sécurité, du moins de leur vengeance. » Il rapporte sérieusement la naissance d'un Veau qui avait la té'.e dans la cuisse.
Ce défaut d'équilibre entre l'imagination et la raison, qui entraîne Tacite à croire si légèrement des choses incroyables par ellesmêmes, dut l'abuser plu-, souvent encore sur la vérité de certains faits de l'ordre naturel et humain et, par conséquent, croyables, mais qui n'étaient point attestés par des autorités suffisantes, et sa critique philosophique doit rendre suspecte d'avance sa critique historique. De nombreux doutes se sont élevés, surtout au xvm0 siècle, sur lu véracité do Tacite. C'esc Voltaire surtout qui a attaqué Tacite à ce propos; il ne croyait pas à la véracité de l'historien. « Ses inventions, dit Voltaire, tiennent à sa haine pour les empereurs et à son goût pour le drainatt-s. que. » Nous ne pouvons nier que Tacite n'ait, comme Saint-Simon, l'imagination très-peu charitable et que, entre deux explicationsd'un fait, il ne choisisse volontiers celle qui fait le moins d'honneur à l'humanité en général, et particulièrement aux gens qu'il n'aime point ; il reste seulement à savoir si, au temps où écrivait Tacite, le plus sûr pour avoir raison n'était pas de supposer le mal partout où il pouvait être. Au reste, ces doutes sur la véracité de Tacite, et surtout sur la valeur de ses suppositions, n'étaient pas nouveaux au temps de Voltaire. Saint-Evremond avait dit avant lui, etFénelon avait répété ■ que Tacite a trop d'esprit, qu'il raffine trop, qu'il attribue aux plus subtils ressorts de la politique ce qui vient souvent d'un mécompte, d'une bizarrerie, d'un caprice. »
Tous les reproches que l'on adresse à Tacite ne sont pas entièrement dénués ds fondement, et nous reconnaissons volontiers avec Voltaire que la haine de Tacite pour les empereurs et son goût pour les scènes dramatiques l'emportent souvent au delà de la vérité. Il y a même des passages où sa raison et son imagination semblent lutter ensemble, et où, tandis que sa raison se refuse à croire
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tel ou tel crime des empereurs, son imagination ne laisse pas de s'y arrêter avec complaisance et de l'insinuer dans tout le cours de son récit. Ainsi, il n'est point vraisemblable qu'on ait fait empoisonner Germanicus ; Tacite en convient expressément, et cependant, lorsqu'on lit dans les Annales le récit de la mort de Germanieus, on demeure sous l'impression d'un crime, que Tacite reconnaît invraisemblable, mais que le ton de son récit affirme presque malgré lui. Au reste, il y aurait presque autant de légèreté à rejeter indifféremment toutes les assertions de Tacite qu'à les accepter toutes. Tout ce qu'on pourrait reprocher à Tacite, ce serait de transformer en vérités historiques de simples bruits qui couraient à Rome et que rien ne démentait, mais aussi que rien n'autorisait. Malgré les doutes légitimes qui ont été élevés sur quelques circonstances invraisemblables des récits de Tacite, il y a chez lui encore plus de vérité que d'erreur, même dans le détail des faits. Mais ce qui est bien plus important, et ce qui suffit à absoudre Tacite de quelques inexactitudes, c'est que, lors même qu'il se trompe sur certains faits particuliers, il est vrai dans l'ensemble de ses tableaux et peint au naturel les hommes et les choses. Son seul tort est de peindre toujours, sans jamais hésiter ni discuter, au risque de mêler dans ses peintures le faux avec le vrai, et cela parce que son imagination irritée aime a outrer la méchanceté des hommes, et aussi parce qu'il ne peut se résigner à laisser ses peintures inachevées faute de renseignements sur tel ou tel fait, sur les intentions de tel ou tel personnage. Il veut que dans son récit tout se tienne, tout se corresponde , tout concoure également à produire une impression vive et nette. Le Tibère de Tacite, qu'il ait ou n'ait pas commis tel ou tel crime particulier, est bien le véritable Tibère : ce caractère sombre, dissimulé, bizarre , ce goût des cruautés et des dépravations obscures sont dans la nature du débauché sinisire de Caprée.
Et maintenant, avec quelle éloquence Tacite a-t-il écrit ses Histoires! Chose étrange, jet historien que nous aimons tant semble ne pas avoir estimé son œuvre autant qu'elle le méritait; il regrette la carrière qu'avaient à fournir les historiens anciens. « Peut-être la plupart, des faits que j'ai rapportés et de ceux que je rapporterai encore, dit-il, sembleront petits et indignes de l'histoire; je le sais. Mais on ne doit pas comparer ces annales aux monuments qu'ont élevés les historiens de i'ancienne république. De grandes guerres, des prises de villes, îles rois vaincus et captifs, et au dedans les querelles des tribuns et des consuls, les lois agraires et frumentaires, les rivalités du peuple et des nobles, offraient à leurs récits une vaste et libre carrière. La mienne est étroite et mon travail sans gloire : une paix profonde ou faiblement inquiétée,' Rome pleine de scènes affligeantes, un prince peu jaloux de reculer les bornes de l'empire. Toutefois, il ne sera pas inutile d'observer des faits indifférents au premier aspect, mais d'où l'on peut souvent lirer do graudes leçons. ■ Ailleurs, il reprend ses plaintes. « Au reste, dit-il, si ces détails sont utiles, j'avoue qu'ils offrent peu d'agrément, l.a description ux*s pays, les scènes variées des combats, les morts fameuses des chefs, voilà te qui attache, ce qui ranime l'attention. Mais moi, dans cet enchaînement d'ordres barbares, de continuelles accusations, d'amitiés trompeuses, d'innocents condamnés et de procès qui tous ont une même issue, je ne rencontre qu'une monotone et fatigante uniformité. » Tacite se trompait; l'uniformité de ses œuvres, loin d'être fatigante, a, au contraire, un charme irrésistible. Quant à nous, ne nous plaignons pas ; il y a dans toute cette histoire une âme qui l'a sentie et qui l'a, en quelque sorte, vécue; une âme libre, ardente et amève, et cela suffit pour saisir étrangement nos coeurs. Quoi qu'on dise de Tacite, qu'on dise qu'il n'esi pas démocrate, que c'est un républicain aristocrate, souvent soumis à des préjugés, il n'en est pas moins vrai que de ses œuvres se dégage un souffle républicain qui pénètre nos âmes. Napoléon, qui s'y connaissait, le traita un jour, dans une conversation que M. Villemain a rapportée depuis, comme un idéologue. Avec Tacite, l'histoire est devenue une protestation morale. La conscience et la pensée, ne sachant plus où se produire, se réfugient dans le récit du passé, se retranchent dans i'inxiolabilité de l'histoire et se soulagent enfin, l'e besoin de la conscience opprimée éleva Pline le Jeune jusqu'à l'éloquence, lorsqu'en louant Trajan il déchargea son cœur delà haine qui s'y était amassée sous Domitien. Combien la haine était plus profonde chez Tacite, et avec quel éclat, sortant enfin de l'âme, se répandit-elle au dehors I Nous pouvons penser ce qu'avait dû souffrir Tacite pendant les quinze ans de silence auxquels l'avait réduit le règne de Domitien {persilentium veiiimus) ; il éprouve, quand il lui est permis de parler, comme une explosion de joie nombre, mêlée d'un retour amer vers le passé. « Iusensés, qui pensaient étouffer à la fois dans les mêmes flammes la voix du peuple romain, la liberté du sénat et la conscience du genre humain 1 Cette même tyrannie proscrivait la philosophie, exilait tous les arts libéraux, afin de ne plus rien voir d'honnête dans Rome. Nous avons donné au
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monde un admirable exemple de patience.
Nos pères ont vu les excès de la liberté ; nous avons vu ceux de la servitude; la délation empêchait de parler et d'entendre. Et nous aurions perdu la mémoire avec la voix, s'il était autant en notre pouvoir d'oublier que de nous taire. Scilicet illo igné vocem populi romani, et libertatem senatus, et conscientiam generis humani aboleri arbitrabantur, expulsis insuper sapientis professoribus, alque omni borta arie fn exsilium acta, ne quid usquam hnnestiim occurreret. Dedimus profecto grande patientise documentum; et sicut stas vidit quid ultimum in libertate esset, ita nos quid in servitute , adempto per inquisitiones et loguendi audiendique commercio. Memoriam quoque ipsam cum voce perdidissemus, si tam in nostra potestate esset oblivisci quam lacère. » On le voit, Tacite n'écrit pas l'histoire comme Tite-Live, et Quintilien n'aurait point trouvé pour lui cette expression par laquelle il caractérisait Tite-Live : clarissimus candar, un éclat lumineux. Le style de Tacite est éclatant, mais non point d'une lumière sereine; il est indompté, ardent et sombre; il reflète dans sa beauté étrange quelque chose de l'horreur du temps que Tacite raconte. Mais ce qui nous séduit le plus dans ce style, c'est qu'en lui vit une âme. Si jamais le mot célèbre : « Le style est de l'homme même, « fut vrai, c'est bien en parlant de Tacite ; et c'est précisément parce que Tacite' a fait passer son âme dans son histoire, qu'il trouvera toujours la sympathie de cette consciente du genre humain qu'il invoque : « Conscientiam generis humant aboleri arbitrantur.'i M.-J. Chénier a porté sur lui le jugement suivant : « Soit que, d'une plume austère, Tacite décrive les mœurs des Germains, soit qu'avec une pieuse éloquence il transmette à la postérité la vie de son beau-père Agricola, soit qu'ouvrant l'âme de Tibère il y compte les déchirements du crime et les coups de fouet du remords ; soit qu'il peigne le sénat, les chevaliers, tous les Romains se précipitant vers la servitude, esclaves mêmes des délateurs et accusant pour n'être point accusés..., il est tour à tour ou à la fois énergique, sublime, variant ses récits autant que le permet la monotonie du despotisme, et toujours également admirable; imitant Thucydide et Salluste, mais surpassant ses modèles, comme il surpasse tous ses autres devanciers, et ne laissant à ses successeurs aucun espoir de l'atteindre. Etudiez l'ensemble de ses ouvrages : c'est le produit d'une vie entière d'études prolongées, de méditations profondes. Examinez les détails : tout y ressent l'inspiration, tous les mots sont des traits de génie et les élans d'une grande âme. Incorruptible dispensateur et de la gloire et de la honte, il représente cette conscience du genre humain que, selon ses énergiques expressions , les tyrans croyaient étouffer au milieu des flammes, en faisant brûler publiquement les œuvres du talent resté libre et les éloges de leurs victimes, dans ces mêmes places où le peuple romain s'assemblait sous la république. Son livre est un tribunal où sont jugés en dernier ressort les opprimés et les oppresseurs. C'est a, l'immortalité qu'il les consacre ou les dévoue; et, dans cet historien des peuples, par conséquent des princes qui savent régner, chaque ligne est le châtiment des crimes ou la récompense des vertus. ■
Toc lie (DISCOURS SUR) [jDisCOrsi sôpra CornelioTacito], parScipion Ammirato (Florence, 1594). Osant tenter ce que Machiavel avait déjà fait sur Tite-Live, Ammirato choisit Tacite, dont les Annales, dit-il dans sa préface, se rapprochaient davantage des mœurs et de l'esprit du siècle où il entreprenait de les commenter. Il espérait expliquer cet épouvantable assemblage de vices et de crimes, d'esclavage et de despotisme dont ce grand peintre avait légué le tableau à la postérité. Il voulut faire jaillir des lumières assez vives pour éclairer ses contemporains, semblable, dit-il lui-même, à ces médecins qui vont chercher jusque dans la vipère les moyens de guérison. Les maximes qu'il professe dans ses Discours sont en général moins hardies que celles de Paruta et plus morales que politiques. Malgré une érudition un peu confuse, cet ouvrage peut aider, même après les travaux de Gordon et d'autres guides plus modernes, à suivre Tacite daDS l'histoire ténébreuse des empereurs. Aussi ce livre eut-il un grand succès et de nombreuses éditions.
TACITE (Marcus Claudius TacitUS), empereur romain, qui prétendait descendre du grand historien du mêmenom,néàInteramna en 200, mort, en 276. Après la mort d'Aurélien, l'armée, par une déférence qpi ne s'est pas renouvelée depuis, pria le sénat de lui désigner un successeur. Le sénat proclama un de ses membres, Claudius Tacite, âgé de près de soixante-quinze ans, qui, malgré ses refus, dut revêtir la pourpre (275). 11 abandonna ses revenus à l'Etat, affranchit une partie de ses esclaves, donna l'exemple de l'ordre et de l'économie, rendit au sénat quelques-unes de ses prérogatives, régla le cours de la justice, chassa les Alains de l'Asie Mineure et mourut ou fut assassiné à Tarse ou a Tyane après six mois de règne. C'était un homme économe, sobre, ennemi du luxe, qui ne changea rien à son costume et a ses habitudes en montant sur le trône et ne voulut
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pas permettre à l'impératrice de porter des pierreries.
TACITEMENT adv. (ta-si-te-man — rad.
tacite). D'une manière tacite : Une proposition tacitement acceptée. Il y a dans les dénégations et les refus de la femme aimée un aveu qu'elle fait tacitement ; c'est à vous de la comprendre. (Perrin.)
TACITURNE adj. (ta-si-tur-ne — lat. taciturnus; de tacere, se taire). Qui garde habituellement le silence, qui est peu porté à parler : Il est taciturne à donner des vapeurs. (Hamilton.)
Malgré ta règle étroite et ton austérité, Maigre et jaune Bancé, tes moines taciturnes S'entr'ouvrentàramouroommedes fleurs nocturnes.
TH. GiUTIER.
Il Qui convient, qui est propre aux personnes taciturnes : Humeur, caractère taciturne. A combien de sottes âmes, en mon temps, a servi une mine froide et taciturne de prudence et de capacité! (Montaigne.) H Qui ne se traduit point en paroles : Une douleur taciturne.
— Substantiv. Personne taciturne: Les bavards recherchent la société des taciturnes.
— s. m. Hist. relig. Membre d'une secte d'anabaptistes.
— Syn. Taciturne, «ilencleui. V. SILEN- CIEUX.
TACITORNEMENT adv. (ta-si-lur-ne-man — rad. taciturne). D'une manière taciturne.
TACITURNITÉ s. f. (ta-si-tur-ni-té —lat.
taciturnilas ; de taciturnus, taciturne). Humeur d'une personne taciturne : Dans aucun pays du monde, la réserve et la tacituhnité n'ont, je crois, jamais été portées plus loin que dans quelques sociétés de l' Angleterre. (Mme. de Staël.) La TACITURNITÉ est, dans quelques hommes, une qualité politique, (J. Joubert.) L'habitude de la taciturnité et de la concentration produit à la longue l'aigreur et la misanthropie. (P. Janet.)
— Pathol. Silence prolongé, qui est regardé comme un diagnostic d'une affection nerveuse.
TACK (Jean), jurisconsulte hollandais. V. Ramus.
TACK-KOOCH, cap de l'Algérie, département de Constantine, entre le cap de Fer et le cap Aouan,
TACNA, ville du Pérou, province d'Arequipa, ch.-l. du département de Moquegua, au pied des Andes, à 300 kilom. S.-S.-E. d'Arequipa, par 18» i'50" de latit. S. et 72,0 30' de longit. O. ; 24,000 hab. Cours de justice, collège, hôpital de San-Ramon. Cette charmante petite ville a été fondée en 1605 par les habitants d'Arica, qui fut alors détruite par un tremblement de terre. Tacna, principal point de transit avec la Bolivie, est trèscommerçante. Dans les environs on trouve des mines d'argent, des oliviers, et on récolte des vins renommés.
TACOARI ou TAGUARI, rivière du Brésil (Mato-Grosso). Elle prend sa source dans le N. du district de Camapuan, sur la limite de celui de Cayaponia, coule à. l'O.-S.-O., commence à devenir navigable après avoir reçu le Cochiin et se jette dans le Paraguay, par la rive gauche et par plusieurs embouchures, après un cours de ■400 kilom. Elle est embarrassée par de nombreuses chutes et forme plusieurs Iles, dont la principale porte le nom do Passaros.
TACON s. m. (ta-kon — mot provenç., qui signif, murceaUjpiêce. V. taciib). Jeux. Boule que l'on pousse au jeu du mail. IJ Jeu du mail lui-même.
— Ane. typogr. Entaillure que l'on faisait à la frisquette, pour imprimer en rouge une partie de la forme, tl On écrit aussi taquon.
— Pêche. Jeune saumon : Le poisson le plus délicat et te plus estimé des gourmands, c'est le tacon, qui est fort abondant dans certains ruisseaux. (A. Hugo.)
— Agrie. et bot. Sorte de maladie ulcéreuse qui attaque le safran. Il Cryptogame auquel on attribue cette maladie.
— Encycl. Agric. Le tacon est une maladie qu'on n'a guère observée jusqu'à présent que sur les safrans ; elle se traduit au dehors par les feuilles, qui jaunissent et se flétrissent, et par l'avortement àe la fleur. En même temps, on remarque sur la pulpe de l'oignon des taches brunes qui s'élargissent peu à peu; le tissu se décompose et se détruit; le mal gagne de proche en proche, et, quand l'ulcération est arrivée â la partie centrale du bulbe, celui-ci est complètement mort et se change en une poussière noirâtre, semblable à du terreau. L'enveloppe elle-même prend une couleur rougeâtre. La maladie, qu'on peut comparer a un véritable ulcère, marche rapidement. « On pense, dit le Bon jardinier, qu'elle se manifeste primitivement à la naissance des racines et que, de là, elle s'étend aux tuniques, qu'elle désorganise, aiu^i que les grains de fécule qu'elles renferment. La poussière noire qu'elle occasionne, soumise au microscope, est formée des débris des cellules parenchymateuses ou, suivant d'au- "tres observateurs, des strates tégumentaires des grains de fécule. On y trouve encore des débris d'un petit champignon, ainsi qu'un insecte déjà rencontré dans la pomme de terre malade. > Cette maladie peut même se com-
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muniquer, lentement il est vrai, aux oignons voisins, lorsqu'ils sont en contact ou tout au moins assez rapprochés pour que la poussière du bulbe malade puisse s'y répandre. Le tacon se montre surtout sur les sols et dans les armées humides. Il n'y a pas d'autre remède que d'arracher et de détruire les oignons malades. Toutefois, on peut encore utiliser ceux qui ne sont pas atteints trop profondément ; il suffit pour cela de les débarrasser des parties gangrenées; mais il faut les cou Server dans un endroit sec.
TACONÉ, ÉE adj. (ta-ko-né — rad. tacon). Vitic. Bot. Se dit des raisins dont la peau est décomposée et comme brûlée par places, après une pluie suivie d'un soleil très-vif : Les raisins taconés donnent un vin inférieur aux autres. (Bosc.)
TACONIC ou TAGHKHANUC, chaîne de montagnes des Etats-Unis d'Amérique, dans la partie O. des Etats de Connecticut et de Massachusetts. L'Housatonic coule à quelque distance de la base orientale, et l'Hudson à l'O.
TACONNAGE s. m. (ta-ko-nft-je — rad.
tacon). Tech. Défaut d'une bouche a feu, qui se produit, pendant la fabrication, lorsque la surface intérieure du moule se gerce et qu'une partie de la fonte, glissant dans la gerçure, n'adhère à la masse du métal que d'un Seul côté.
TACONNER v. a. ou tr. (ta-ko-né — du provenç. tacon, morceau, pièce. V. tache). Raccommoder, réparer avec des pièces de rapport: Taconnbr des souliers, il Vieux mot.
— Typogr. Frapper légèrement par-dessous, dans certaines parties trop basses, afin de mettre l'oeil de ces parties au niveau du reste, il Relever à l'aide d'une feuille de papier trempé, qui rétablit le niveau, lorsque la forme contient des lettres de hauteur différente.
TACONNET s. m. (ta-ko-nè). Bot. Nom vulgaire du tussilage.
TACONNET (Toussaint-Gaspard), acteur et auteur dramatique, né à Paris en 1730, mort dans la même ville en 177-4. Fils d'un menuisier, il fit des études tout à fait rudimentaires et il embrassa la profession de son père, bien qu'il ne se sentit de penchant que pour le théâtre. Ne pouvant d'abord devenir comédien,Ta connet entra à la Comédie-Française comme aide machiniste. Il se grisait et faisait des farces, ce qui fut cause qu'on le remercia. Mais riche désormais d'observations, connaissant 'es planches, comme on dit en langage de jhéâtre, et toujours excité par les joyeuses fumées du vin et par les scènes de cabaret, il se fit acteur et monta sur le théâtre de la Foire, où il fut fort applaudi pour son jeu et son naturel saisissant, dans les rôles d'ivrogne surtout. Tout allait & merveille, quand, en 1762, le théâtre de la Foire fut réuni à celui des Italiens. Taconnet alors reprit son premier métier de menuisier et eut de l'ouvrage aux Menus-Plaisirs. Par la suite, il s'enrôla dans la troupe du nouveau théâtre de la Foire et enfin trouva chez Nicolet le véritable terrain qui convenait le mieux à sa manière (1764). C'était un élève de la nature et de l'observation. Il jouait à merveille les savetiers et les buveurs. Préville et d'autres comédiens allaient prendre modèle sur lui et s'en trouvaient bien. Taconnet mourut à l'hôpital de la Charité des suites d'une blessure à la jambe, occasionnée par une chute. Son sang était corrompu par l'intempérance. Il succomba maigre les soins les plus assidus de Nicolet, à qui sa mort causa un vif chagrin. 11 avait composé plus de quatre-vingts pièces pour les foires de Saint- Uerniain et de Saint-Laurent. Ou n'en a imprimé que quelques-unes, et > la médiocrité de la conception, la grossièreté du comique, les négligences du style, dit un écrivain, ne font pas regretter celles qui sont perdues... » Nous citerons de lui : le Labyrinthe d'amour (1749), la première pièce de Taconnet; la Petite écosseuse (1760), parodie de l'Ecossaise de Voltaire ; la Mort du bœuf gras (1767), tragédie pour rire ; Jérôme à Fanchdunelte, avec la réponse, héroïde (1759, in-8°); Altnanach chantant ou Soirées amusantes (1761, in-32) ; Mémoires d'une frivolité (s.c) par l'auteur ambulant (1761, in-12) ; l'Ami de tout te monde, aimanach en vaudevilles (1762, in-32); Stances suria mort de Marie, reine de France (Paris, 1768, in-<o). Ce jovial écrivain n'est plus guère connu que par les pièces modernes dont il a été le héros, surtout Prévitle et Taconnet, vaudeville de Merle et Brazier (1S17). Murtuinvdle, de son côté, a donné au théâtre •' Taconnet, comédie (18U). Antérieurement à ces deux ouvrages, on avait fait : i'Oniôre de Taconne' (1776) et Taconnet chei Itamponneau (1807). — Son frère, Jacques Taconnet, fut, comme lui, un des acteurs de la troupe de Nicolet, et il composa une petite comédie en un acte, intitulée le Congé de semestre.
TACOKA, village de la Bolivie , à 17° 51' de laut. S. C'est le lieu habité le plus élevé' de la terre. Il est situé à 4,664 mètres d'altitude. ,
TACORONTB, ville des Canaries, sur la côte N.-O. de l'Ile de Ténériffe, dan3 une belle vallée, à 26 kilom. N. de San-Christoval ; 4,000 hab.
TACOT s. m. (ta-ko — même origine que
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le provençal tacon, morceau. V. taciik). Nom donné, en Bourgogne, au battoir des blanchisseuses.
— Techn. Petit appareil qui, dans les métiers à tisser, met en mouvement la navette volante.
TACOUIN s. f. Nom donné par les Orientai! x à une espèce de fée qui rend des oracles, prédit l'avenir, secourt les hommes contre les démons. Les tacouins ont des formes humaines, mais extrêmement belles , et sont pourvues d'ailes.
TACOUL s. m. (ta-koul). Techn. Pièce du manche d'un marteau de forge.
TACOUTCHÉ-TESSK, tteuve de l'Amérique du Nord, dans i'O. de la Nouvelle- Bretagne (Colombie anglaise). Il prend sa source dans les montagnes Rocheuses, où il sort du lac Fruzer, se dirige du N. vers le S. et se jette dans le canal de Saint-Georges. Ses principaux affluents sont le Salmon et la Kacheinine. Il abonde en saumons.
TACQUE s. f. (ta-ke). Longue verge de bois flexible, de la grosseur du pouce, terminée par une masse de buis, dont on se servait pour jouer au mail. Il On disait aussi Tacon.
— s. f. pi. Ane. comm. Ustensiles do fer fondu.
TACQUET (André), mathématicien et jésuite belge, né à Anvers en 1612, mort dans la même ville en 1GC0. Admis dans l'ordre de Saint-Ignace en 1646, il s'adonna d'abord à l'enseignement des humanités, puis professa avec succès pendant quinze ans les mathématiques à Louvain et à Anvers. On lui doit : Cylindricorum et amwlarium libri IV (Anvers, 1651), ouvrage dans lequel l'auteur se propose de mesurer la surface et les volumes des troncs cylindriques et des corps de révolution; Elententa géométrie (Anvers , 16J4, in-8u); Arilhmeticx theoria et praxis (Anvers, 1665). Ces ouvrages ont été réunis et publiés sous ce titre : Andrex l'acquêt opéra mathematica (1669, in-fol.).
TACSONIE s. f. (ta-kso-nl — de taeso, nom péruvien de la plante). Bot. Genre d'arbrisseaux grimpants, de. la famille des pussiiiorées, comprenant une quarantaine d'espèces, qui croissent dans l'Amérique tropicale : Les tacsonibs ressemblent complètement aux passiflores. (Th. de Berneaud.)
— Encycl. Les taesonies sont des plantes grimpantes, à feuilles alternes et munies de stipules ; les fleurs ont un calice très-grand, tubuleux, à limbe partagé un cinq divisions pétaloïdes et entouré à sa base d'un calice urcéolé en forme d'involucre et composé de trois folioles; une corolle à cinq pétales obtus, avec une rangée de glandes sessiles sur la gorge du tube ; un ovaire inséré sur un support de lu longueur du calice ; le fruit est une baie ovoïde ou globuleuse. Les nombreuses espèces de ce genre croissent dans les régions chaudes de l'Amérique du Sud; on les trouve surtout au bord des eaux courantes ; plusieurs sont des fruits comestibles. Quelques taesonies peuvent être cultivées en pleine terre dans le midi de la France ; mais, sous la latitude de Paris, elles exigent la serre tempérée et n'y fleurissent même que très-rarement. Ou les multiplie, comme les passiflores, de boutures a l'étouffée sur une couche chaude.
TACT s. m. (taktt — lat. tactus, de tacium, supin du verbe tangere, toucher, proprement prendre, saisir, que Pictet rattache k la racine sanscrite taug, tanc, serrer, presser. Selon Eiehhoff, le latin tangere, forme inusitée tagere, représenterait exactement la racine sanscrite tag ou tig, assaillir, atteindre, à laquelle correspondent, d'après lui, le grec thigo, thingauô, le gothique tecan, l'anglais to take, le lithuanien tynku, russe ty/caiu, même signification). Sens qui s'exerce par toute la surface cutanée du corps, non par un organe spécial, et par lequel nous percevons la forme et l'état physique des corps : On cherche à rëoeiller les organes du tact | par des piqûres, des brûlures. (Buff.) Les ; aveugles ont le tact plus sûr et plus fin que \ nous, (J.-J. Rouss.) Le tact est le premier , sens qui se dèoeloppe; c'est le dernier qui s'é- \ teint. (Cabanis.) La sagacité précède l'attention, de même que le tact précède le toucher. (J. Joubert.)
— Poétiq. Contact :
La n*ige qui fondait au tact du rayon rose.
Lamartine.
U Inus.
— Kig. Sagacité, finesse d'esprit qui fait juger avec justesse de ce qui est bien, de ce qui convient : La sagacité est dans le tact de l'esprit, comme la délicatesse est dans te tact de l'û,me. (Marmontel.) Une femme de tact est une montre bien réglée, qui marche sans qu'on aperçoive son mouvement. (Mœe du Bocage.) Le tact est l'égide et' ta vie de l'esprit. (La Rocbef. -Doud.) Le tact, c'est l'esprit au service du cœur. (Bougeart.) Les femmes ont plus d'âme que d'esprit, plus de tact que de discernement. (Saniai-Dubtty.) Un certain tact peut seul indiquer la limite où doit s'arrêter la fermeté. (M. de Dombasle.) La spécialité, chez la femme, marque un défaut de tact, quand elle n'est pas un signe de talent ou de qéuie. (Vacherot.) Il y a un certain tact que
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ne donne pas l'habitude des salons les plus dislinr/ués et du ptus grand monde ; ce tact vient du cœur. (T. Delord,) Dès qu'il s'ai/it de tact et de goût, les femmes peuvent, elles doivent même avoir un avis, (Renan.) Il faut avec Emma s'y prendre prudemment; Elle a le tact bien fin, l'esprit très-pénétrant.
Al.. Duval,
— Méd. Tact médical, Sorte d'habileté instinctive à juger les caractères d'une maladie et les moyens de la combattre.
— Syn. Tact, aitoucheuieiM, contact, otc. V. ATTOUCHKMKNT.
— Encycl. fhysiol. Huiler, et Beaucoup d'autres physiologistes avec lui, ont confondu la sensibilité tactile, qui constitue le sens du tact, avec îa sensibilité générale; des différences bien tranchées séparent cependant ces deux phénomènes physiologiques, ainsi que Gerdy l'a fait remarquer. En premier lieu, la sensibilité générale appartient à toutes les parties du corps, à tous les organes auxquels se distribuent en plus ou moins grand nombre les filets nerveux émanés des trente et Une paires rachidiennes; le tact, au contraire, appartient exclusivement k la peau et à quelques portions très-limitées des muqueuses digestives et pulmonaires. On distinguera encore les deux manifestations physiologiques que nous nous attachons à différencier, à ce qu'elles ne se développent pas parallèlement; ainsi, la main, organe par excellence du toucher, est moins sensible k un coup que la joue, beaucoup plus impropre à percevoir les sensations tactiles. On remarquera encore
?«e lu sensibilité générale se manifeste sous orme de sensation douloureuse ou voluptueuse ; la sensation tactile est indifférente, sauf le cas où, sous l'influence d'une irritation trop forte, elle se transforme en douleur; telle e^t la sensation qui suit un chatouillement désagréable, une blessure, etc. Disons enfin que la sensibilité générale est tellement distincte de la sensibilité tactile, que, dans les cas pathologiques, on peut observer la suppression d'un de ces phénomènes avec persistance de l'autre ; c'est ainsi que dans plusieurs affections nerveuses il existe une insensibilité ou paralysie du sentiment avec persistance du tact, c'est-à-dire analgésie sans anesthésie. Dans d'autres cas, il sera donné d'observer la paralysie du tact avec persistance des sensations douloureuses, c'est-à-dire anesthésie sans analgésie. Estil utile de faire remarquer que cette séparation des deux facultés est essentielle? Si les vaisseaux sanguins, par exemple, si le tube intestinal était doué de la sensibilité tactile, nous serions incommodés d'une manière permanente par la sensation de notre propre sang circulant dans ses canaux, des aliments cheminant dans le conduit digestif. Cependant ces mêmes parties sont douées de sensibilité, et c'est cette sensibilité qui sa réveille sous forme de douleur et nous avertit du danger que nous courons dans les affections morbides internes.
La grande variété qui existe dans les manifestations du sens tactile a trompé plusieurs physiologistes, qui ont voulu voir dans ce sens plusieurs sens. Cardan en comptait quatre • le premier présidait à la sensation du chaud, du froid, du sec et de l'humide; le second était pour la douleur et le plaisir; le troisième, pour les « joies de Vénus; « le quatrième, pour la sensation de la pesanteur. Gerdy en compte également quatre : le premier est le tact général; le second, le tact du chaud et du froid, de l'humide et du sec, du pesant et du léger, du mou et du consistant, de l'étendue, de la situation, de la forme, du ressort des corps élastiques, etc.; le troisième per c:t le chatouillement, et le quatrième la volupté. Landry en vint à affirmer l'existence de quatre espèces de nerfs, présidant : ceux de la première espèce, k l'activité musculaire; ceux de la seconde, aux appréciations de contact; ceux delà troisième, aux sensations de température, et ceux de la quatrième à la douleur. En réalité, il n'y a qu'un sens et qu'une seule espèce de nerfs; mais [es appréciations qui émanent du cerveau sont différentes, selon la manière dont lu sens est impressionné. Un seul exemple suffira pour faire comprendra cette diversité d'appréciation. Si, par un point de la peau, vous touchez un corps, vous persevez purement et simplement une sensation tactile; maissi celte même portion de peau est dénudée de son épidémie, le contact du même corps excitant les mêmes nerfs mis à nu occasionnera une sensation de douleur.
Plusieurs parties du corps sont douées de la sensibilité tactile. Ce sont : la peau tout entière sur sa surface extérieure, la pointe de la langue, les conjonctives, les fosses nasales, la muqueuse de la bouche, du gosier, du vagin, du canal de l'urètre et de la portion terminale de l'intestin. Les parties intérieures du corps, au contraire, ne peuvent ressentir que les impressions douloureuses et sont impropres à l'exercice du tact. Partout ou ily a sensibilité tactile, elle dépend de la présence constante d'un organe spécial, la papille nerveuse. La pupille, est un rendement de la surface supérieure du derme; elle est toujours recouverte par l'épidémie. A l'intérieur de ce rendement se cache un petit noyau cellulo-fibreux, qui supporte et suutient l'extrémité terminale d'un nerf de sensibilité. Ce nerf viaut, ea effet, entourer le
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noyau cellulo-fibreux, se terminant par une extrémité libre, ou se réfléchissant à anse. A côté des papilles de cet ordre, l'anatomie a encore fait découvrir d'autres papilles qui ne reçoivent que des vaisseaux ; ces papilles privées de nerfs ne sont plus des papilles sensibles, et ne sauraient constituer un organe de tact. Au contraire, toufcfi partie sensible au toucher contient nécessairement des papilles nerveuses, et la finesse du tact est en relation directe avec la multiplicité des papilles s-nsibles sur une surface donnée. La main a été représentée comme l'organe spécial du toucher ; en réalité, elle n'est qu'une surface plus riche en papilles sensibles. Les papilles sont très-visibles à la langue ; on les voit encore k la pulpe des doigts, disposées en lignes concentriques; partout ailleurs elles sont plus clair-semées et noyées dans un épiderme qui en masque la présence,
La main n'est donc pas un organe spécial du tact ; mais, par la multiplicité de ses articulations, la facilité avec laquelle sa surface s'adapte aux corps dont elle embrasse les contours, par l'absence de poils dans la partie palmaire, la facilité avec laquelle le pouce s'oppose aux autres doigts, par sa position à l'extrémité d'un levier long et mobile, qui embrasse un vaste cercle d'action ; enfin, pur la multiplicité des papilles nerveuses dont son derme est pourvu, la main est essentiellement adaptée au sens du toucher. C'est k l'aide des mains que nous apprécions les qualités tangibles des objets ; ce sont elles qui marchent devant nous dans les ténèbres, nous avertissent des dangers, éloignent les objets qui pourraient nous nuire, etc.
Il nous reste à étudier les modes différents d'application de la perception tactile sous trois principaux titres : 1° toucher ou tact proprement dit; 2* appréciation des températures; 3° appréciation des pressions.
îo Toucher ou tact, perception tactile proprement dite. Elle appartient aux parties que nous avons déjà indiquées, mais elle y est plus ou moins fine, plus ou moins délicate selon la proportion des papilles répandues sur l'unité de surface. Le professeur E. H. Weber n fait connaître un moyen très-original d'apprécier la finesse du tact en différentes régions du corps et de la mesurer. Il consiste à appliquer sur la peau les deux pointes écartées d'un compas dans les endroits où l'on se propose d'apprécier la délicatesse de la sensibilité tactile, en ayant soin d'augmenter l'écartenient des pointes jusqu'au moment où l'on perçoit une double sensation; car, dans les endroits où la peau est peu sensible, les deux pointes trop rapprochées ne produisent qu'une impression unique. C'est au degré d'écartement des pointes du compas que, par ce procédé, on mesure la finesse du tact ; cuv on conçoit que, toutes choses égales d'ailleurs, une portion de peau sera réputée d'autant plus sensible qu'elle pourra percevoir des impressions plus multiples siir une surface plus exiguë.
D'après les mesures fournies par E.-H. Weber, voici les chiffres qui expriment la sensibilité relative en différents points du corps, exprimée par la distance à laquelle doivent être placées deux pointes de compas pour donner lieu à deux sensations distinctes :
Miliim.
Sur la pointe de la langue 1
Sur la face palmaire des phalangettes des doigts 4,5
Sur. la face dorsale des troisièmes
phalanges, sur le bout du nez. , . 6,5 Sur le bord de la langue , sur la partie rouge des lèvres. 9
Sur le bout du gros ort>-il, à la face dorsale des deuxièmes phalanges des doigts, k la paume de la main, sur la joue et sur la fnce externe
des paupières Il
Sur la muqueuse du palais. 13
Sur la muqueuse des gencives. . . . 13,5
Sur le front 22,5
Sur le dos de la main 3i,5
En avant, du cou 33,5
En avant de la rotule 36
Sur l'avant-bras, le genou, le dos du
pied 4.0,5
Sur le dos, k la région lombaire, sur le plein du bras ou de la cuisse. . . 67
Valentin, par d'autres expériences, a établi que ces chiffres n'avaient pas une grande rigueur; que les résultats variaient d'un sujet à l'autre et, chez le même sujet, suivant les- conditions de l'expérience. C'est ainsi que, d'après les observations de M. Belfield-Lefèvre, il arrivera, par exemple, que la perception ne sera double en un point de la peau qui recouvre les membres que si la ligne qui joint les deux pointes est perpendiculaire k l'axe du membre, taudis qu'elle sera simple si cette ligne est parallèle k ce même axe. A cette règle il existe encore des exceptions, puisque le phénomène est inverse à la pointe de la langue et à l'extrémité des doigts.
Quoi qu'il en soit de ces observations, les chiffres précédemment indiqués donnent une moyenne satisfaisante. Il est établi que la finesse de la [lerueption tactile vnrie d'une manière très-notable selon les régions; que le bout de la langue, les lèvres, la pulpe des doigts donneront des indications bien autrement précises que la peau des joues ou des membres. 11 arrive même que, par uue con-
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séquence qu'il était facile de prévoir, il y « erreur chaque fois qu'on interroge une partie peu sensible de la surface cutanée. Ainsi, si les deux pointes d'un compas sont appliquées sur la peau de la joue, elles nous paraîtront beaucoup plus rapprochées, étant placées, par exemple, à. la distance de O^jOûa environ, que si ces mêmes pointes étaient placées sur la pulpe des doigts. Cela vient, sans cloute, de ce que nous rapportons cette sensation à une commune mesure que la main nous fournit dans des conditions plus favorables à la sensation tactile. Nous terminons ce qui a trait aux variations de la sensibilité tactile en signalant les différences que comportent nécessairement l'âge, le sexe, le climat, la température, l'état de la peau et les états pathologiques locaux et généraux. Il serait oiseux de s'arrêter à démontrer que chez l'enfant la sensibilité tactile est plus développée que chez le vieillard à la peau sèche et racornie ; que chez la femme k la peau lisse, fine et souple, elle est plus développée que chez l'homme couvert de poils ; que lu chaleur est favorable au développement de la sensibilité et que le froid, en coagulant la moelle nerveuse, rend la perception plus obscure, etc.
go Sensation des températures. Le toucherne nous permet que des appréciations de différences. Si un corps est plus chaud que la main, il nous paraîtra chaud ; s'il est plus froid, il nous semblera froid. Cette appréciation , d'ailleurs fort approximative , pourra varier en diverses circonstances t 1° selon la partie du corps qui est impressionnée. Il est à noter, en effet, que les diverses parties du corps ne sont pas an même degré de température ; la inain peut, par exemple, être plus chaude que le front, plus froide que l'aisselle ou le pli de l'aine. 2<> Selon l'étendue de la surface de contact. Le même corps, touchant la main .sur une vaste surfuce, paraîtra plus chaud que s'il ne la touchait que pnr quelques points. 3° Selon la conductibilité de la substance. Ce qui revient ù dire que, si le corps cède, en un temps donné, a la main, une quantité considérable de chaleur, il parultra plus chaud que si, pendant le même temps, il n'en cédait qu'une faible quantité. 4° Enfin, suivant l'élévation de température. Ce dernier mode d'appréciation nous serait le plus utile si la vivacité avec laquelle nous ressentons l'impression était en rapport direct avec le degré de la température des corps que nous touchons. Il en est rarement ainsi. Nous ne pouvons percevoir entre notre main, parexemple, et le corpsque nous touchons, que des différences de température assez grossières, de 2 ou 3 degrés centigrades par exemple; encore faut-il que le corps ne soit pas à une température trop élevée, ou à une température trop basse, parce que, dans ces deux cas, la perception se changerait en douleur. En résumé, le toucher ne nous permet que des appréciations de pertes ou d'acquisitions du chaleur, et quant nu mécanisme selon lequel s'opère la transmission de ces sortes d'iinpres->ioiis, lu science en est réduite, à cet égard, à des conjectures peu justifiées. M. Darwin a signalé le fait de personnes chez lesquelles la sensibilité tactile aurait été abolie, aveu persistance de la faculté d'apprécier les températures ; encore que ces faits soient avérés, on doit se garder d'en conclure, à l'exemple do quelques physiologistes, qu'il y aurait des conducteurs spéciaux pour les perceptions tactiles, et des conducteurs spéciaux pour la perception calorifique, car l'existence de ces conducteurs est tout k fait problématique, et aucun anatoniisie n'a pu l'établir.
3o Appréciation de la résistance, de lapression, etc. Nous nous rappelons qu'ici intervient un nouvel élément, la contraction musculaire, qui entre nécessairement en jeu et concourt puissamment à l'appréciation. Les évaluations de poids par le moyen du toucher sont d'ailleurs fort grossières; elles ne fournissent même quelques données utiles que lorsque les poids des corps ne sont ni trop faibius ni trop forts. Touiefo.s, k l'aide des deux mains et dans des conditions favorable*, on appréciera très-sensiblement une différence de poids entre deux corps, alors même que cette différence serait légère.
Le toucher, quoi qu'en aient pensé quelques anciens philosophes, est sujet à des aberrations, à des illusions, comme tous les autres sens. Il en est une fort curieuse, quoique connue de tout le monde, même des enlants, qui s'en amusent. Si l'on recouvre un doigt k l'aide d'un autre doigt, et qu'entre les extrémités rapprochées de ces deux organes ou saisisse une petite boule de cire ou de mie de pain, en la faisant rouler sur une table de l'un à l'autre doigt, on est, à l'instant, victime d'une illusion singulière qui fait percevoir deux bouies au lieu d'une. Le même phénomène se produit, d'ailleurs, dans toutes les circonstances analogues, si l'on dispose une boule entre les deux genoux croisés, ou entre les deux lèvres, en ayant soin de tirer la lèvre inférieure d'un côté et la lèvre supérieure de l'autre, en un mot, chaque fois qu'il y aura changement apporto dans la distance qui sépare normalement les surfaces de contact. Cette illusion dépend vraisemblablement des rapports des surfaces sentantes avec le cerveau, par l'intermé-
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diaire des nerfs qui relient ces surfaces au centre nerveux, et aussi de l'imagination, dont le rôle est incontestable dans ces sortes d'appréciations. C'est au même mode d'illusions que nous rapporterons les faits suivants : un opéré, qu'on aura doté d'un nez artificiel formé avec la peau de son front (par un procédé bien connu de rhinoplastie), éprouvera une douleur ou une cuisson sur le front alors qu'on excitera les téguments de son nouveau nez; un amputé éprouvera une douleur à l'extrémité du membre qu'il a perdu, chaque fois qu'une excitation portera sur son moignon, et atteindra le nerf qui primitivement distribuait ses rameaux à l'extrémité du membre absent, etc.
— Usages du toucher. On a souvent exagéré l'importance de ce sens, et plusieurs physiologistes lui ont attribué sur tous les autres sens une prépondérance exagérée. Le tact ne nous est utile que pour nous fournir des impressions tactiles et nous permettre des appréciations sur la forme, la consistance, le poids ou la température des objets. 11 nous permet d'éloigner les corps qui peuvent nous nuire, de rapprocher ceux qui, p;ir leurs qualités, nous semblent utiles; mais il est incapable de suppléer aux autres sens et de les remplacer, comme quelques philosophes peu observateurs l'ont avancé. De son temps, Galien avait déjà à lutter contre ces prétentions de la part des philosophes de l'école d'Anaxagoras; cependant Buffon reprit cette thèse, et soutint la supériorité du tact sur tous les autres sens; Lecat alla jusqu'à affirmer son infaillibilité, et Condillac n'hésita pas à baser sa doctrine sur cette prétendue infaillibilité. Mais, quelles que soient les appréciations de ces philosophes, l'observation attentive des faits n'a jamais pu justifier une prépondérance aussi discutable. On a relaté, il est vrai, que des sourds avaient pu percevoirsdes sons par l'impressionnabilité tactile de leur peau; que des aveugles avaient pu percevoir les couleurs à l'aide de leurs doigts, et que chez les sourds-muets-aveugles le seul sens du tact pouvait suppléer aux sens qui leur manquaient. Ces faits doivent être relégués au rang des histoires inventées à plaisir. S'il est vrai que, par l'exercice, par l'habitude, par la tension d'esprit toujours dirigée vers le même but, les aveugles arrivent à avoir quelques notions que la vue seule nous donne habituellement ; s'il est vrai que les sourds arrivent à recevoir par la peau quelques impressions qui affectent ordinairement nos oreilles, il est avéré, en même temps, que l'aveugle ne pourrait distinguer une couleur d'une autre qu'en tant qu'elles différeraient par des caractères sensibles au loucher; que le sourd ne peut percevoir le son que sous la forme des vibrations imprimées à la masse d'air qui l'enviroune et qu'il ne perçoit jamais, dans aucun cas, un véritable son.
Le tact existe chez la presque totalité des animaux. On peut dire que, chez plusieurs d'entre eux, il remplace ou supplée ies autres sens faisant défaut; mais le degré de (inesse du toucher varie nécessairement dans une grande mesure, selon les degrés de l'échelle animale.
Chez les singes, il est déjà beaucoup moins développé que chez l'homme. La présence de poils sur une grande partie du corps rend déjà la surface cutanée moins sensible; mais la brièveté du pouce contribue à rendre la main moins propre à l'exercice du toucher. Il est vrai que le pied du singe est peut-être plus apte à saisir les objets que le pied de l'homme; chez le sajou, la queue même parait douée de propriétés tactiles.
Chez les autres mammifères, la perception tactile se concentre sur un petit nombre d'organes : les moustaches, chez les rais et les phoques; les lèvres, chez le cheval, l'âne, le rhinocéros; l'aile, dans la chauve-souris ; la trompe, dans l'éléphant et le tapir; le nez, chez le chien, la taupe, le cochon et le sanglier; les piquants, chez le hérisson et le porc-épic, paraissent être les organes spéciaux du tact des mammifères. « Le pied des animaux ongulés, celui du cheval et des ruminants, dit M. Colin, enveloppé dans des sabots, n'en est pas moins un organe de tact. L'enveloppe cornée de cette partie, si épaisse qu'elle soit, recouvre des tissus très-sensibles, hérissés de papilles nerveuses; l'ébranlement qui se produit en elles, par suite du contact et des percussions du pied sur le sol, se transmet aux tissus sous-jacents et donne lieu à des impressions dont le caractère et l'intensité doivent varier suivant l'état du sol, la rapidité et la violence du choc. Cette sensibilité est renfermée dans des limites telles, qu'elle suffit à l'animal pour lui donner connaissance des accidents du terrain et de la force des percussions, sans devenir une source de souffrance ou de douleurs continuelles. Elle permet au cheval, comme le dit Dugès, de se servir de son pied pour explorer le sol et apprécier l'inégalité de la surface. On conçoit, en effet, qu il importe à l'animal, pour la sûreté de sa marche et la régularité de ses allures, d'éprouver des sensations différentes suivant que son pied appuie sur des cailloux anguleux, des pavés, ou bien sur le sol meuble d'une terre labourée, ou sur le fond d'un bourbier. Il lui serait sans cela difficile de se conduire pendant la nuit ou lorsqu'il a perdu ia vue ; mais par
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le secours de la sensibilité des tissus souscornés il acquiert la faculté de voir par son pied , suivant l'heureuse expression de M. Bouley, qui a peint sous des couleurs si vives la sensibilité tactile du pied du cheval, i Le même mode de sensibilité existe, sans aucun doute, dans le pied de tous les animaux ongulés. Les parties recouvertes, chez d'autres espèces, par des productions cornées ou épidermiques jouissent aussi d'une faculté tactile semblable à celle des extrémités; Ainsi Je bec de tous les oiseaux, la carapace du tatou, celle des tortues, les écailles du pangolin, les enveloppes solides des insectes, des crustacés et même les coquilles des mollusques transmettent au tégument les effets du contact. Quelques animaux ont d'autres parties plus spécialement affectées au toucher. Ainsi les chauves-souris ont dans leurs ailes une très-grande sensibilité: la queue, che^ les singes, à oui elle sert d'organe de préhension, celle du castor; les bras des poulpes, des seiches, les tentacules des mollusques, les antennes des insectes sont également des organes de tact. Enfin, la peau dans toute son étendue, qu'elle soit nue ou couverte de poils, constitue un vaste appareil tactile, dont la sensibilité, inégalement prononcée, est généralement très-exquise et d'autant plus que son tissu est plus fin, plus souple, plus riche en papilles nerveuses et moins recouvert de productions insensibles. Ce sens se perfectionne d'autant plus, suivant Cuvier, que les autres se dégradent et deviennent obtus.
Les muqueuses jouissenl, aux lèvres et sur les parties sexuelles extérieures, d'une sensibilité même plus exquise que celle de la peau. Enfin, jes parties accidentellement dénudées, les plaies, les ulcères, acquièrent à divers degrés la faculté de recevoir les impressions tactiles.
L'impression du contact est reçue par les papilles du derme, dans lesquelles se ramifient les filets nerveux émanés du cordon postérieur de la moelle ép'mière. Ceux-ci ne diffèrent nullement de ceux qui donnent la sensibilité à tous les autres tissus; ils viennent des nerfs mixtes qui ont laissé leurs filets moteurs dans les organes contractiles. ' Les effets du contact ou les caractères de la sensation du toucher sont variables et difficiles à apprécier en ce qui concerne les animaux, dit M. Colin. Néanmoins, tout fait croire que ce sens donne aux bêtes, comme à l'homme,' la notion de la figure, de l'état de la surface des corps, de leur immobilité, de leur mouvement, de leur consistance et de leur température. D'abord, le toucher est assez délicat pour que l'animal s'aperçoive du contact le plus léger. En effet, ne suffit-il pas qu'un insecte vienne se poser sur la peau d'un bœuf, ou même sur les poils , pour qu'aussitôt le ruminant fasse trémousser le tégument et entre dans une agitation plus ou moins vive ? Ne voit-on pas le même animal accélérer sa marche dès que la corde du fouet vient à effleurer un point quelconque de la surface du corps? Ne sait-on pas que les animaux recherchent pour se coucher la terre molle, le gazon, et qu'ils évitent un pavé ou un sol inégal? Ce sens reçoit, évidemment aussi les impressions de température, même dans les circonstances où il n'y a ni changements très-prononcés, ni transitions brusques. Certaines espèces en sont vivement affectées, notamment celles qui ont la peau nue, tandis que d autres, dont le corps est recouvert d'une épaisse fourrure ou d'une toison abondante, y sont plus indifférentes; l'ours blanc, qui paraît s'étendre avec plaisir en hiver sur un sol glacé, voit trembloter auprès de lui un animal sans fourrure ou un habitant des contrées tropicales. » Cette finesse du toucher est extrêmement variable, du reste, chez les animaux. Quelques-uns sont vivement affectés par les sensations qui résultent de l'humidité ou de la sécheresse de l'air, de la température et de son état électrique, comme le démontre l'agitation des animaux à l'approche des orages ; tandis que d'autres, dont la peau est épaisse et presque cuirassé , comme l'éléphant, le rhinocéros, ont le toucher trèsobtus.
Par le toucher, les animaux n'éprouvent pas, comme l'homme, une foule de sensations dont les nuances infinies vont de la douleur à la volupté la plus exquise ; mais les excitations qui nous arrivent par le toucher leur viennent par d'autres sens. C'est ainsi que le mâle s'excite près de la femelle par l'odorat. Cependant le toucher produit encore chez quelques animaux des effets analogues à ceux qu'il détermine chez nous. Ainsi, le chien et le chat et même les animaux les plus féroces, ainsi que Cuvier en a rapporté plusieurs exemples, sont extrêmement sensibles aux caresses que nous leur prodiguons. Les herbivores les plus lourds y sont sensibles : il suffit de passer la main sur le front du taureau pour calmer sa fureur, et de palper doucement les mamelles des génisses les plus emportées pour les apaiser immédiatement- Un véritable toucher, analogue à celui des êtres supérieurs, existe-t-il chez les invertébrés ? La chose est au moins contestable; itjïis ce qui peut être regardé comme fait d'observation , c'est que ces animaux sont pourvus d'organes qui leur permettent d'apprécier les formes, les volumes et le degré
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de température des objets. Les poils des arachnides et des insectes, la peau, dans les chenilles et les larves, les palpes et les antennes, chez beaucoup d'autres articulés, la peau nue et les tentacules, chez les mollusques et les zoophytes , paraissent être des organes du toucher; mais la présence de véritables papilles tactiles ne saurait y être démontrée.
TAC-TAC s. m. (ta-ktak — onomatop.).
Bruit monotone, se renouvelant à des intervalles courts et réguliers : Le tac-tac d'un moulin.
TACTÉE adj. f. (ta-ktée — du lat. tactus, touché). Mus. Se dit d'une note piquée ou pointée. Il Peu usité.
TACTICIEN s. m. (ta-kti-si-ain — rad. tactique). Militaire qui entend bien la tactique : Le capitaine Courby-Coynard était un tacticien consommé. (2. Bladé.) Saint-Cyr était, sur te terrain, l'un des tacticiens les plus habiles qui aient paru parmi nous. (Thiers.)
TACTICOGRAPHE s. m. (ta-kti-ko-gra-fe
— du tactique, et du gr. yrap/tô, je décris). Celui qui a écrit sur la tactique militaire, sur les évolutions de guerre.'
TACTICOGRAPHIE s. f. (ta-kti-ko-gra-fl
— de tactique, et du gr. graphe, j'écris). Art de représenter par des constructions graphiques les évolutions militaires.
— Encycl. La tacticographie représente, au moyen de figures géométriques, une ou plusieurs troupes ou aimées. Ces figures expriment l'espèce d'armes, le nombre d'hommes ou de chevaux, ou de pièces dont elles sont l'image. Des lignes et un système de ponctuation désignent l'espèce de manœuvres, les accidents de l'échiquier; un fer de lance indique Je côté vers lequel marche une troupe ; les deux traits les plus vigoureux, des quatre qui tracent le cadre d'un parallélogramme, figurent le premier rang; les séries de chiffres qui nuuiérotentles agrégations se placent de droite h gauche. Les caractères que l'on emploie ont été, jusqu'ici, laissés à l'arbitraire des dessinateurs; nous croyons qu'il eût mieux valu déterminer une signification pour chacun de leurs genres, majuscules, minuscules, etc. Dans le plus grand nombre des traités, une teinte plate ou des hachures indiquent le terrain qu'une troupe vient d'occuper ; une ligne ponctuée indique son avantdernier emplacement; une grande flèche est le signe de la direction primitive; une petite flèche, adhérente à l'image qui représente la troupe en marche, est le signe du mou veulent actuel. Nous entrons dans tous ces détails, parce que la plupart des lecteurs, ne comprenant pas la valeur des signes tacticographiques, voient avec indifférence ou étonnement ces belles gravures qui représentent les campagnes de nos généraux. La science tacticographique est toute moderne; elle était encore dans l'enfance à la fin du siècle dernier; -Tf ordonnance de 1755 et l'ouvrage publié pnr Mirabeau en 1788 lui tirent faire quelques progiès. La tacticoyraphie est encore ignorée de presque tout le monde, et l'on trouve inintelligibles des cartes qui sont destinées à élucider les faits d'un ouvrage historique et à retracer les mouvements stratégiques d'une campagne.
TACT1COGRAPH1QUE adj. (ta-kti-ko-grafi-ke — rad. tacticoyraphie). Qui appartient, qui a rapport à la tacticographie : Système
TACTICOGRAPUIQUE.
TACTILE adj. (ta-kti-le — lat. tactilis; de tactus, tact). Qui se peut toucher ; qui est, qui peut être l'objet du tact : Corps tactiles.
— Qui a rapport au tact, au sens du toucher : L'impressionnabilité tactile des plumes et de la chair de l'oiseau, est si vive, qu'elle persiste même après la mort. (Toussenel.) .
TACTILEMENT adv. (ta-kti-le-man — rad.
tactile). Par le tact: Etre impressionné tactulement. il Peu usité.
TACTILITÉ s. f. (ta-kti-li-té— rad. tactile). Physiol. Faculté de percevoir les impressions du toucher. Il Peu usité.
TACTIÛN s. f. (ta-ksi-on — rad. tact). Action du toucher. Il Peu usité.
TACTIQUE s. f. (ta-kti-ke — du gr. taktikê, sous-entendu lechnê, proprement l'art de ranger, de disposer des troupes; detattein, pour tassein, ranger, disposer). Art de ranger ies troupes en bataille, de combiner les mouvements des troupes de terre ou de mer pour les faire combattre à leur avantage : La tactique moderne est plus simple et plus remarquable d'effets que la tactique des anciens. (Z. Bladé.) Chaque arme a sa tactique, sa théorie particulière. (Sicard.) La tactique, c'est l'art de ranger des soldats selon certaines règles, pour donner des batailles. (P.-L. Courier.) On a vu combien la tactique nauale de Touroille, quoique réfléchie, solide, courageuse et habile, avait été violemment incriminée. (E. Sue.)
— Fig. Combinaison de moyens préparés pour amener un résultat voulu : C'est une tactique fort ancienne, et cependant toujours couronnée de succès, que celle qui consiste à calomnier les absents dont la réputation vous gêne. (Perrin.) La cause de la justice est supérieure à toutes les tactiques. (L. Ulbach.) Pour la presse de tactique, rien n'est illégitime de ce gui est utile au parti qu'elle oro-
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tége ou de ce qui peut nuire au parti qu'elle combat. (E. de Gir.)
— Encycl. Art milit. Les Grecs entendaient par lactique la manière de ranger les divers corps de troupes, de dresser celles-ci aux évolutions , de subordonner leur disposition à leurs compositions diverses, leurs formations et leurs manoeuvres au genre de leur armement, d'approprier le terrain à chaque espèce d'arme, etc. C'est encore à peu près le sens du mot, tel que l'emploient les écrivains militaires; la tactique est pour eux la science spéciale des manœuvres, l'art de former les troupes et de les mouvoir en ordre. Les plans généraux et les mouvements d'armées appartiennent à la stratégie; l'exécution des combinaisons stratégiques, l'ordonnance particulière des troupes, leurs différents ordres de marche, de bataille, d'attaque, de campement, les manœuvres qu'elles doivent faire pour passer de l'un a l'autre de ces ordres, leur armement et l'emploi qu'elles doivent faire de leurs armes sont du ressort de la tactique.
Quelques généraux attachent peu d'importance à cette partie théorique de l'art militaire, excellente dans les manœuvres de parade, mais que l'on oublie, disent-ils, sur le champ de bataille.
« Quand on essaye de poser un principe sur la guerre, dit le maréchal Bugeaud, aussitôt un grand nombre d'officiers, croyant résoudre la question, s'écrient: a Tout dépend des » circonstances; comme vient le vent, il faut • meure la voile. • Mais si, d'avance, vous ne savez pas quelle est la voile ou ta forme de voile qui convient pour tel ou tel vent, comment mettrez-vous la voileseton le vent?» (Instructions militaires.)
C'est également l'avis du général Dulour . « Lorsqu'on étudie l'histoire au point de vue militaire, on est frappé de voir les peuples victorieux être toujours supérieurs à leurs adversaires par leur tactique; leurs armées, dans les mouvements d ensemble, comme dans les détails des manœuvres, étaient exercées d'après des méthodes supérieures à celles de leurs ennemis. La phalange grecque vainquit la cavalerie perse, niais elle disparut sous les coups de la légion romaine, aussi disciplinée et plus mobile. C'est par la tacligue que la légion conquit le inonde; un moment elle fut arrêtée dans sa marche; Annibal la vainquit par ses manœuvres et remploi de réserves indépendantes ; mais lorsque les Romains se furent approprié ses principes tactiques, il dr.t succomber à son tour. César acheva de perfectionner la tactique des troupes, conserva des réserves d'infanterie et de cavalerie ; aussi devint-il le maître du monde. C'est donc la perfection des manœuvres et leur juste application sur te champ de bataille qui donnent la victoire. Les grands mouvements qui précèdent l'acte final, la bataille, ne conduisent qu'à un désastre si l'on n'est pas tactiquement supérieur à son adversaire. ■ (Général Dufour, Cours de tactique.)
La tactique se divise en deux parties : la tactique élémentaire et la grande lactique, ou, comme on les a appelées aussi, lu tactique d'ordonnance et la tactique générale.
La tactique élémentaire comprend les manœuvres des différentes armes. Elle s'occupe, pour l'infamerie, de l'école du soldat, de l'école de peloton et "de l'école de bataillon ; pour la cavalerie, de l'école du cavalier, dé l'école de peloton, de l'école d'escadron et d'évolutions de régiments; pour l'arti.lerie, du service et des manœuvres des bouches k feu.
La grande tactique traite des grands mouvements et des manœuvres d'ensemble que l'on exécute avec les trois armes réunies : évolutions de divisions, évolutions de corps d'armée ou d'armées. La grande tactique est l'art de disposer, d'ordonner, de faire agir les troupes sur le champ de bataille, i La grande tactique est l'art de bien combiner et de bien conduire les ( atailles ; le principe directeur des combinaisons de la tactique est le même que rel": de la stratégie : c'est de porter le gros de ses forces sur une partie seulement de l'armée ennemie et sur le point qui le plus de résultats. • (Précis de ?ar guerre du général Jomini.)
. — Tactique élémentaire. Nous allons exa miner la tactique élémentaire de l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie, arme par arme, puis nous dirons un mot des manœuvres. Mais nous ne parlerons de l'école du soldat, de peloton, d escadron, de bataillon, de tous ces préceptes premiers d'instruction militaire, qu'à propos de l'infanterie, par laquelle nous commencerons, parce qu'on ne lui a pas encore eulev* ce prestige qui l'a fait nommer, à jus*- litre, la reine des batailles.
— I. Infanterie. L'infanterie possède deux sortes de propriétés : le feu et le choc. Le choc est 1 attaque à la baïonnette. Nous ne nous étendrons pas sur les feux de l'infanterie, ni sur leur étude, leurs avantages et leurs inconvénients. (V. l'art, feu, art milit.) Un conseil seulement à propos des feux ; il est donné par le maréchal de Saint-Arnaud : « Tirer de loin et beaucoup constitue le symutôme auquel on reconnuH les mauvaises troupes. 11 faut réserver son feu, tant que la moment n'est pas venu. • ■ Une seule dô-
promel art de la
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charge , répétait souvent le maréchal Bugeaud, et à la baïonnette I »
Pour acquérir <>t pour développer s1s propriétés tactiques, l'infanterie reçoit une instruction spéciale, progressive. Le recrutement fournit des hommes légers, adroits, robustes. Les jeunes soldats, a leur arrivée au régiment, sont, mis à l'école du soldat; ils apprennent à marcher au pas militaire, en cadence, à manier leurs armes, à s'escrimer à la baïonnette, a tirer a la cible, etc. Puis l'on passe à l'instruction des pelotons, au moyen de l'école de peloton; ensuite à l'instruction des bataillons, au moyen de l'école de bataillon. On apprend à ces diverses unités k se mouvoir régulièrement, avec ensemble et rapidité ; on leur apprend en même temps à se servir de leurs armes. Enfin viennent les évolutions de ligne, c'est-à-dire les manœuvres de plusieurs bataillons réunis sous un même commandement et tonnant une brigade ou une division. A propos de l'ordonnance sur les évolutions de ligne, le général Renard voulait la remplacer par une école de brigade et une école de division. Suivant lui, l'ordonnance de 1831 était trop ancienne, et les principes qui lui servaient de base étaient plus en rapport avec la tactique de Frédéric qu'avec la tactique moderne. L'ordonnance du 17 avril 1862 y a apporté des modifications importantes , dans le but de mettre les manœuvres en rapport avec la nature des armes, la formation sur deux rangs et la rapidité d'exécution devenue nécessaire aujourd'hui. (Vial, Cours d'art et d'histoire militaires.)
Une question longtemps agitée est celle de la profondeur a donner à l'infanterie. Fautil la mettre sur 16, 12, fi rangs, ou sur moins de 6 rangs, 3 ou 2? Adoptera-t-on l'ordre mince ou l'ordre profond, comme on l'a tant discuté? La formation des troupes dépend et de la nature des armes, et de la manière de combattre: les Grecs n'avaient et ne pouvaient avoir la même formation que les Romains. L'arme des Grecs étant la sarisse, et leur combat consistant dans le choc, ils ont adopté nécessairement l'ordre profond. Les armes offensives des Romains étaient le pilum, qu'ils lançaient au début du combat, et l'épée dont ils se servaient au milieu de la mêlée; l'ordonnance de ce peuple devait donc être et était a files et à rangs ouverts ; comme les batailles qu'ils livraient n'étaient pas des batailles de choc, ils n'avaient pas besoin d'une profondeur égale à celle de la phalange grecque.
Lorsque les armes à feu e-irent remplacé les armes de jet, les ailes des armées furent formées d'abord par les arquebusiers, et ensuite par les mousquetaires ; le corps de bataille comprenait les piquiers, soldats agissant par le choc et ayant par conséquent une profondeur presque égale à celle de la phalange grecque. Plus tard, le fusil à baïonnette, tenant lieu et d'arme de jet et d'arme d'hast, on se demanda quel devait être l'ordre de bataille des troupes.
Les différents ordres profonds proposés par les partisans de ce genre d'ordres sont : la colonne de Polurd (30 iîleà sur 45 à 50 rangs) ; la plésion de Ménil-Durand (24 liles sur 32 rangs) ; la cohorte de Muizeroy (40 tilea sur 16 rangs). Sans examiner a fond ces diverses combinaisons, nous nous contenterons d'exposer et les avantages et les inconvénients de l'ordre profond et de l'ordre mince.
L'ordre mince, sur 3 ou sur i> rangs (ce dernier est l'ordre adopté en France), est le plus convenable pour avoir un grand développement de feux ; d'autre part, il donne le moins de prise possible au feu de l'ennemi; il est impropre aux. combats de choc à cause de son peu de solidité, impropre k la marche à cause de sa grande étendue. L'ordre profond est le plus convenable h la marche et à toute espèce de mouvement ; il est le seul Qui puisse être employé dans 3e choc, mais il ne convient pas aux feux, et offre trop de prise aux projectiles de l'ennemi. Des deux ordres ont eu chacun leurs partisans, mais ni l'un ni l'autre ne peut ni ne doit être employé exclusivement. Une armée doit pouvoir passer facilement d'un ordre k l'autre, suivant les besoins et suivant les cas. Nous devons dire néanmoins que, dans presque toutes les puissances de l'Europe, l'infanterie se forme maintenant sur 2 rangs après s'être d'abord formée sur 3.
« Rien ne justifie le troisième rang, dit le maréchal Marmont. Le feu de trois rangs est praticable à l'exercice, mais non pas à la guerre. » Voici l'avis de Napoléon : « Le feu du troisième rang est reconnu très-imparfait et même nuisible a celui des deux premiers. L'infanterie ne doit se ranger que sur deux rangs, parce que le fusil ne peut tirer que sur Cet ordre. »
La formation sur deux rangs est aujourd'hui la formation normale et réglementaire de l'armée française. Quand on a besoin d'une grande profondeur, soit pour donner de la confiance aux troupes, sott pour porter rapidement une grande masse sur un point, on a recours à l'ordre en colonne, comme nous Vallons voir. L'infanterie , mise sur deux rang-:, peut adopter quatre formations régulières : îo la formation déployée ; 2° la formation en colonne; 3» la formation mixte; 40 la formation en carrés.
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— Formation iéployée. Une troupe a une formation déployée lorsque ses divers éléments sont placés les uns k côté des autres, sur le même alignement. Le bataillon a ses huit pelotons les uns à côté des autres; le régiment a ses trois bataillons sur la même ligne, mais séparés par un intervalle de 30 pas; la brigade a ses deux régiments en bataille, distants l'un de l'autre de 45 pas, et la division ses deux brigades déployées k une distance de 60 pas.
Cette formation est la position primitive do l'infanterie; elle sert de base à toutes les manœuvres; elle favorise les feux, mais elle est contraire k la marche et facilement enfoncée par la cavalerie.
La formation déployée a été modifiée et a donné naissance à l'ordre en échelons et à l'ordre en échiquier. Si l'on suppose 1 division de 8 bataillons, ils seront disposés, dans l'ordre en échelons, comme l'indique la figure ci-dessous :
Chacun de ces bataillons est déployé k la place qu'il occupe.
La même division, adoptant l'ordre en échiquier, sera disposée comme il suit :
— Formation en colonne. La formation en colonne est celle dans laquelle les subdivisions d'une même unité sont placées les unes derrière les autres.
Ou distingue, si l'on considère les colonnes suivant leur front, les colonnes par division, par peloton, par section ou par quatre, employées suivant la largeur dont on dispose. Ces expressions n'ont pas besoin d'explication. La colonne par division est ordinairement la colonne des manœuvres, et la colonne par peloton ou par section la colonne de route.
Si l'on tient compte de la profondeur des colonnes, on a : la colonne k distance entière (distance entre les subdivisions égale à la longueur des subdivisions), la colonne ii demi-distance, la colonne en masse. La première s'emploie en marche, ou quand on redoute les batteries de l'ennemi; elle est longue à déployer; la seconde est la colonne dont on se sert généralement dans les attaques; on «e doit faire usage de la troisième que lorsqu'on est k l'abri des projectiles de l'ennemi, qui feraient bien vite d'énormes ravages dans des masses aussi serrées et aussi compactes.
Relativement k leur force, les colonnes sont : des colonnes de compagnie (Prusse, Autriche, Russie, Suède) ; des colonnes de bataillon, bonnes surtout sur le champ de bataille, parce qu'elles sont, tres-mobiles comme les précédentes et qu'elles peuvent résister Seules; des colonnes do régiment, de brigade et même de division, parfois employées, comme nous l'avons fait a Albufera et k Waterloo. Les colonnes de division ont été prescrites chez nous' par l'ordonnance du 17 avril 1862.
Dans les mouvements stratégiques, on se sert aussi de colonnes forméus de plusieurs divisions et même de plusieurs corps d'armée. Enfin, suivant leur but, les colonnes sont dites colonnes de route, colonnes de manœuvre ou colonnes d'attaque.
— Formation mixte. Les formations mixtes sont celles dans lesquelles on emploie réunies la formation déployée et la formation en colonne.
Exemples de formations mixtes d'un régiment de trois bataillons
nt de trois Dataiilons :
Formation adoptée par les Français au
passage du Tagtiamento.
i..-:ii~.. o" v.~...;n«« ier bataillon
passage 3« bataillon. 2° bataillon
Formation adoptée par les Russes à la
bataille d'Eylau.
2° bataillon.
3< bataillon.
1er bataillon
On peut encore nommer formation mixte une ligne de bataillons en colonne, comme ci-dessous :
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tion en colonne et ceux de la formation déployée.
— Formation en carrés. Cette formation est essentiellement défensive ; elle est bonne surtout lorsque l'inlanterie est enveloppée par la cavalerie. « Le 29 septembre 1793, un carré d'infanterie française, chargé par plusieurs escadrons autrichiens, les laissa approcher k bout portant et commença alors un feu de deux rangs qui mit hors de combat les deux tiers des assaillants et obligea le reste k se retirer. Rocquancourt cite un bataillon de jeunes soldats k peine instruits qui, en 1815, repoussa la cavalerie anglaise. Les Autrichiens k Essling, les Français k Iéna et aux Pyramides, les Anglais k Waterloo ont prouvé combien il est difficile d'enfoncer une bonne infanterie. > (Marquis del Duero, Progrès dans la tactique.)
Les carrés se divisent en carrés vides, formés sur 2, 3, 4 ou 6 rangs, et en carrés pleins, formés par des colonnes en masse et présentant une grande solidité. Nos carrés vides en Egypte étaient sur 6 rangs; nos anciens carrés étaient sur 3 rangs ; maintenant, nos carrés ne sont plus que sur 2 rangs. Les carrés n'ont pas généralement la forme d'un carré géométrique, mais plutôt celle d'un rectangle. On forme des carrés de bataillon ou de régiment, et quelquefois, mais rarement, des carrés de division. Nous avons formé des carrés de division en Egypte,
On forme aussi des carrés avec deux lignes déployées et reliant les ailes formées de troupes en colonne.
L'instruction du 17 avril 1862 prescrit de garder une réserve pour li" carré de bataillon, qui, autrefois, n'en possédait pas; cette réserve, placée k l'intérieur du carré, est composée par l'avant-dernière division du bataillon. La réserve d'un carré par régiment est formée de la deuxième division de tête et de l'avant-dernière division de queue.
■ Quant k la formation du carré de bataillon ou de régiment, on forme d'abord la colonne par division, k distance de peloton; on passe ensuite à la formation du carré, en faisant serrer la dernière subdivision et en faisant converser k droite etk gauche les pelotons de la deuxième division ou des divisions intérieures, qui forment les faces latérales. • (Vial.) On préfère de beaucoup généralement les petits carrés aux grands : les petits carrés se flanquent l'un l'autre, sont plus mobiles que les grands, et le renversement d'un carré n'entraîne pas la perte de toute la ligne. 11 faut éviter d'employer des carrés isolés : c'est une disposition médiocre à cause de leurs angles morts, quoique l'on puisse avoir des feux obliques au moyen de pans coupés k chaque sommet du carré, système qu'employa Dcsaix dans la haute Egypte.
3« bataillon.
2° bataillon.
!<"■ bataillon.
La formation mixte conserve, dans une certaine mesure, les avantages de la forma-
Lcs carrés peuvent être perpendiculaires ou obliques à la ligne de bataille; ils peuvent eue formés en ochelons ou en éch.quior, suivant que l'infanterie est primitivement en échelons ou en échiquier.
Carrés perpendiculaires.
Carrés obliques.
Carrés en échelons.
Carré t en échiquier.
Ces deux dernières dispositions sont d'autant meilleures que l'on peut placer de l'artillerie sur les diagonales de manière à couvrir les secteurs privés de feu, ou encore faire déboucher à travers les intervalles des carrés, au moment propice, de la cavalerie que l'on a sous la main en seconde ligne.
— Formation en tirailleurs. Cette formation est une formation irrégulièr-e ; les éléments sont à des distances variables les uns des autres et affectent sur le terrain un dessin irrégulier. Nous renvoyons au mot tirailt-kur tous les détails de» mouvements de ces
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soldats faisant le coup de feu, se réunissant pour résister k une attaque, etc.
Depuis que le fusil est devenu arme de jet et arme d'escrime, l'infanterie emploie trois méthodes pour aborder l'ennemi : la marche en bataille, celle en colonne et celle en tirailleurs. La marche en bataille sur deux ou trois rangs de profondeur présente aux troupes l'avantage de faire usage de leur feu si les circonstances l'exigent, d'aborder l'ennemi sur toute l'étendue de son front et d'avoir peu k souffrir des boulets de l'artillerie. On place des tirailleurs sur le front, la ligne marche l'arme au bras, et, quand elle est près d'aborder l'ennemi, les tirailleurs se retirent par les intervalles des bataillons ; on fait alors croiser !a baïonnette si l'ennemi ne fuit pas. Cette premièie méthode, on le voit, exige des troupes solides et bien exercées ; elle ne se prête pas k tous les terrains ; le feu cause dans une ligne des vides qui ne se réparent qu'aux dépens de !a rapidité ; les chefs, filacés derrière les troupes ou enchâssés dans es rangs, ont moins d'action morale sur le soldat. La seconde méthode d'aborder l'ennemi consiste k former des colonnes, soit serrées, soit avec distances entières ou demidistances, et composées d'un ou de plusieurs bataillons; des tirailleurs couvrent aussi le front et les flancs de la colonne ; les plus braves étant en tête, l'impulsion est bien donnée, les soldats ont leurs officiers devant eux et suivent leur exemple; on aborde ainsi l'ennemi et on enfonce la ligne s'il ose attendre. Cette méthode est celle qui fut adoptée en Italie (1859). L'ordre en colonne, en effet, est propre k tous les terrains; la marche est rapide ; les divisions qui sont eu tète se sentent soutenues ; enfin, la défaite d'une colonne n'entraîne pas celle de ses voisines. La troisième méthode est mise en usage lorsque l'on doit attaquer des positions inabordables en bataille ou en colonne, mais qui peuvent être enlevées par des hommes isolés ; on y emploie alors des tirailleurs en grandes bandes, des bataillons et même des régiments entiers. Ce fut à l'époque des guerres de la République que l'infanterie surtout, s'écartant souvent aux armées de son règlement des mancauvres, trop fidèlement imité peut-être de celui des Prussiens, adopta cette manière de combattre, plus en harmonie avec le caractère national et dont les succès attestèrent l'excellence. (Combats à la baïonnette; théorie adoptée en 1859 par V armée d'Italie, chez Leneveu, rue des Grands-Augustins, 18.)
— IL Cavalerie. La cavalerie agit parla rapidité qu'elle emprunte au cheval et par sa force d'impulsion. Sa rapidité la fait choisir pour les avant-gardes, la défense des convois, la poursuite de l'ennemi, etc. Elle ne fait presque jamais usage des armes k feu; elle agit surtout par des charges dans lesquelles elle utilise sa force d'impulsion et .son choc.
Les formations de la cavalerie peuvent être régulières ou irrégulières. Les formations régulières sont la formation eu bataille et la formation en colonne.
Les formations irrégulières sont les formations en éclaireurs, en tirailleurs et en fourrageurs.
— Formation en bataille. Dans ecttu formation, comme pour l'infanterie, les divers éléments sont placés les uns a côté des autres sur le même alignement. On devra adopter cette formation, fc,oit quand on aura devant soi un as.^ez grand espace pour charger en ligne, soit lorsqu'on voudra être inoins expo:-e aux projectiles de l'ennemi, soit enfin lorsqu'on sera obligé de couvrir une grande étendue de terrain. Les escadrons d'une li.:ne de bataille tout h 12 pas les uns des autres. La marche est difficile dans lu formation en bataille; les flancs sont faibles et expo.-és. Ou peut les soutenir avec des escadrons en colonne, et l'on a alors une formation mixte, analogue aux formations mixtes de l'infanterie. On connaît aussi pour la cavalerie la formation en échelons, modification du la formation déployée. Chacun des échelons peut se composer d'un escadron, de deux escadrons ou d'un régiment, La formation en échiquier est peu usitée ; elle a uté employée dans les guerres de l'Empire pour protéger les retraites.
— Formation en colonne. Les divers éléments de la troupe sont placés les uns derrière les autres. On distingue la colonne par quatre, lu colonne par peloton et la colonne par escadron, la colonne à distance entière, la colonne k distance de masse (escadrons k distuncede 12inèues), lescolonnes décharge, dans lesquelles lessubdivisions sont éloignées les unes des autres d'une distance égale au double du front- les colonnes de route, les colonnes de manœuvre et les colonnes d'attaque. Nous n'expliquerons pas tous ces termes, dont nous avons, déjà parlé k propos de
j l'infanterie. Ajoutons cependant que la formation en colonne, très-favorable pour la marche, a l'inconvénient d'offrir trop de prise aux coups de l'artillerie.
— IIL ArTillkrib. L'artillerie n'agit que par ses feux. (Jette arme admet trois formalions : la formation en bataille, la formation en batterie et lu formation en colonne.
— Formation en bataille. Dans cette formation, les chevaux ont la tète du côté du l'ennemi ; l'intervalle entre deux pièces est de 10 mètres pour l'artillerie montée et de 12 nié-
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très pour l'artillerie à cheval. L'intervalle entre deux batteries est de 20 à 24 mètres. La batterie présente environ 70 mètres de front. Deux modifications de la formation en bataille sont la formation en échelons et la formation en échiquier. Celle-ci est rarement employée.
— Formation en batterie. Dans cette formation, on compte trois ligues : 10 la ligne des pièces qui font face à l'ennemi; 2" la ligne des avant-trains, tournés aussi du côté de l'ennemi, avec leurs chevaux, à 10 mètres en arrière; 3° la ligne des caissons, à 10 mètres en arrière.
— Formation en colonne. Les subdivisions ou les unités égales sont placées les unes derrière les autres. C'est toujours une formation de route, de manœuvre ou d'attaque.
Nous avons des colonnes de batteries, de demi-batteries, de sections etde pièces, i Les colonnes de batteries correspondent aux colonnes serrées par escadrons de cavalerie ; elles présentent entre les batteries successives des distances égales au front des sections de manière à permettre les à-droite et les à-gauche par section , ainsi que les demitours. L'artillerie emploie, cottime l'infanterie, la colonne d'attaque en colonne double, formée sur la section du centre et avantageuse à cause de la rapidité de son déploiement. » (Vial.)
— IV. Manœuvres. On nomme manœuvres les différents mouvements que l'on emploie pour faire passer d'une formation à une autre et pour faire mouvoir tes troupes dans une direction quelconque.
Sans vouloir entrer dans le détail des manœuvres, nous donnerons les principales manœuvres d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie. Auparavant, nous dirons que les conditions que doit remplir une bonne manoeuvre Sont : 1" la simplicité, pour qu'elle soit facilement comprise de tout le monde, et partant bien exécutée; 2« la pvomptitude,'la manœuvre étant un vrai moment de crise ; une troupe en mouvement et que l'on attaque étant à peu près sûre d'être battue; 30 l'ordre; 4° la flexibilité, pourque la manœuvre puisse se plier au terrain; 5° la solidité, la sûreté, le sang- froid, etc., toutes conditions qui s'expliquent d'elles-mêmes.
— Manœuvres d'infanterie. Elles ont été successivement réglées par les ordonnances de 1753, de 1776, de 1791, de 1831, et plus récemment par l'instruction du 17 avril 1862, instruction dans laquelle on a adopté l'escrime à la baïonnette, le pas gymnastique et les déploiements en marchant. Les principales manœuvres de l'infanterie sont ; 1° passer de l'ordre en colonne à l'ordre en bataille (c'est passer de l'ordre de marche à l'ordre de combat) ; Z° marcher en bataille avec une ligne de bataillons déployés ou avec une ligne de bataillons en colonne ; 30 former les échelons Sur la droite, sur la gauche ou sur le centre; 40 prendre l'ordre en échiquier; 50 former des carrés perpendiculaires ou obliques à la ligne de bataille; 6° exécuter les changements de front; 7<> exécuter les passages de ligne ; S0 passer de l'ordre en bataille à l'ordre en colonne.
— Manœuvres de cavalerie. Les manœuvres de notre cavalerie ont été réglées parl'ordonnance provisoire du 20 mai 1788, par celle du 1er vendémiaire an XIII et par 1 ordonnance encore en vigueur, celle du 6 décembre 1829. Les principales manœuvres de la cavalerie sont : 1° passer de l'ordre en colonne à l'ordre en bataille (nous n'indiquerons pas les moyens nombreux que l'on peut employer, suivant les circonstances, pour exécuter ce mouvement); 2° marcher en bataille ou avec des lignes d'escadrons en colonne ; 3° former les échelons ; 4U changer de front; 5U exécuter les passages de ligne; 6° exécuter les passuges de dédiés ; 7° exécuter les différentes espèces de charge; 80 passer de l'ordre déployé à l'ordre de combat et à l'ordre de marche.
— Manœuvres de l'artillerie. Les manœuvres de l'artillerie peuvent aussi être réduites à huit principales, analogues aux manœuvres de l'infanterie et à celles de la cavalerie : 10 passer de l'ordre en colonne à l'ordre déployé ; ï° marche en avant par batteries déployées ou par batteries en colonne ; 30 formation en batterie; 40. exécution des feux; 5» formation en échelons; 60 changements de front ; 70 passage de dehHés ; 8" passage de l'ordre en bataille à l'ordre en colonne.
Si l'on veut avoir une idée des moyens d'exécution de l'artillerie, on n'aura qu'à considérer une section d'artillerie comme remplaçant un peloton de cavalerie. L'analogie est bien plus complète dans les batteries étrangères qui sont formées de 8 pièces, et par conséquent de 4 sections.
— Grande Indique. L'étude de la grande tactique peut se partager en quatre études distinctes : l'étude des positions militaires, l'étude des ordres de bataille, l'étude des marches tactiques et celle des batailles. Les marches, les combinaisonsstratégiquesontamené une armée à portée de l'armée ennemie : le général choisit sa position, décide l'ordre de bataille qu'on adoptera, court à l'ennemi et livre le combat; c'est l'ensemble de ces divers mouvements, de ces diverses péripéties qu'embrasse la grande tactique.
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— I. Positions militaires. Les deux extraits suivants d'ouvrages compétents donnent des notions suffisantes sur les positions a adopter en campagne, soit dans un terrain faiblement accidenté, soit dans un pays de montagnes. • Les Anglais ont toujours raison de choisir une bonne position pour livrer bataille; ils ne couronnent pas les crêtes des hauteurs sur lesquelles ils se placent ; l'infanterie déplo3'ée se forme à une cinquantaine de pas en arrière, de manière à ne pas être vue, pour peu que la pente soit un peu roide ; des tirailleurs garnissent les pentes. La fusillade et le retour des tirailleurs la préviennent de l'arrivée de l'ennemi; au moment où il parait, elle envoie une décharge dont l'effet ne peut être que terrible à une si courte distance, puis elle charge aussitôt; si elle réussit, elle se contente de faire poursuivre l'ennemi par ses tirailleurs et reprend sa position. La lactique employée par les Anglais pour repousser les colonnes françaises est très-rationnelle; après leur feu, ils chargeaient la tête de colonne, tandis que les pelotons des ailes de leurs bataillons se jetaient dans les flancs des Français. S'ils devaient poursuivre, ils suivaient en ordre leurs tirailleurs, taudis que les Français, lorsqu'ils poursuivent, ne conservent pas toujours leurs rangs, ce qui leur de vient quelquefois funeste. L'ordre d'attaque des Anglais est également en ordre déployé. Les Anglais livraient donc toujours des batailles défensives et avaient soin de se placer sur des positions formidables ; cependant, malgré toutes leurs précautions, ils auraient dû être battus chaque fois et les colonnes l'auraient Certainement emporté, si les formations tactiques des Français eussent été aussi pures que dans les premières guerres de l'Empire et si d'autres causes encore n'eussent pas rendu inutile le courage de ces admirables troupes qui composaient les armées d'Espagne. • (Grivet, Etudes sur la tactique.)
« En 1799, au moment où Masséna allait livrer lag-rande bataille de Zurich, il occupait une ligne fort étendue depuis le confluent de l'Aar eidelaLimmat jusqu'au Saint-Gothard. Le général Leoourbe commandiiitl'aile droite, et sa division était échelonnée depuis Aïrola jusqu'au lac de Lucerne. Souwarow, mécontent de ce que faisait son lieutenant en Suisse, voulut s'y rendre lui-même avec son armée victorieuse^ il quitte les plaines riantes de l'Italie pour s'engager dans les vallées les plus sauvages des Alpes vers la fin de septembre, époque où les passages sont déjà dangereux, ou du moins très-difficiles; il remonte ia vallée Levantine, force le poste d' Aïrola et attaque de front les rochers escarpes du Saiut-Gothard ; mais il trouve là une résistance invincible. En vain les meilleurs soldats, animés du souvenir de leurs victoires récentes, exaltés par les promesses de leurs prêtres et l'espoir du paradis, font des prodiges de valeur, Une poignée d'hommes rend inutiles tous leurs efforts, tant les lieux sont favorables aux défenseurs ; déjà 1,200 des plus intrépides, après un. combat de douze heures, couvrent les rochers de leurs cadavres, et les Russes n'ont fait aucun progrès. Leurs adversaires, non moins intrépides, leur opposent une résistance invincible; ils sont à couvert par des remparts naturels, et, quoiqu'ils combattent 1 contre 4, leurs avantages sont immenses; chacun a déjà terrassé deux de ses ennemis; leur espoir est de disputer longtemps encore cesThermopyles, lorsqu'un autre corps, qui avait fait un long circuit par le val Canaria, se montre sur leur gauche. Le général Gudin, car c'étaitlui qui commandait en cet endroit, ordonna aussitôt la retraite et abandonna le col. Mais, en homme habile, il ne descendit point par la vallée de la Reuss ; tournant à gauche, il alla s'établir sur les hauteurs du mont Furca etduGrimsel,qui lui offraient des positions aussi faciles a défendre que celle du Saint-Gothard.
» L'ennemi le suivra-t-il ? ou poursuivrat-il sa route vers le lac des Waldstetten, but principal de sa marche ? Dans le premier cas, Gudin détourne l'orage, et l'armée française, qui, sous les ordres de Masséna, occupe la rive gauche de la Limmat et du lac de Zurich, a le temps de prendre ses mesures pour empêcher Souwarow de l'attaquer à revers. Dès lors, toutes les combinaisons de ce général sont déjouées et les sacrifices qu'il vient de faire sont inutiles. Le général ennemi, au contraire, ne se laissc-t-il point détourner de son but et niarche-t-ilsur Altorf avec toutes ses forces, alors Gudin, quittant la Furca, s'empare de nouveau du Saint-Gothard, coupe la ligne d'opérations des Russes et les met, en cas de revers, dans le plus sérieux embarras.
• Cependant, le général Lecourbe, averti de la retraite de Gudin, remonte la Reuss pour le secourir; mais il n'est plus temps. Il rencontre Souwarow, qui déjà avait dépassé le trou d'Un et le pont du Diable; en même temps, il apprend que le général Rosemberg, qui avait franchi le Crispait, allait déboucher par le Madéranerthal sur Amstaeg. Il dut donc opérer promptement sa retraite et se borner à défendre la basse vallée pour empêcher son antagoniste d'arriver à Stauty par l'Kngelberg. Il prit une position en long sur la rive gauche de la Reuss et disputa les ponts d'Attinghausen et d'Ersfeld dont l'armée russe, qui descendait par la rive droite, s'efforça de s'emparer. Là, un faible corps arrêta pendant
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trois jours la conquérant de l'Italie et le força enfin à rétrograder et à se jeter dans le Aluttathal, en traversant avec peine d'affreuses montagnes, La conduite de Lecourbe fut admirable ; on le vit passer lui-même la rivière pour attaquer les Russes au moment où ils allaient franchir le pont d'Ersfeld. Déjà ils étaient parvenus, malgré le feu le plus meurtrier, à jeter une solive sur les piles du pont qui avait été rompu à leur approche, quand le retour offensif de Lecourbe les força de songer eux-mêmes à la défense de leur propre camp. » (Général Dufour, Cours de tactique.)
— II. Okdrks de bataille. Quand le général a choisi sa position militaire, s'y est établi, il doit indiquer l'ordre de bataille qu'il veut adopter. On nomme ordres de bataille les- différentes dispositions que l'on peut faire prendre aux divers éléments d'une armée, quand on veut la préparer à un engagement, k un combat, à une grande bataille. « Je nommerai ligne de bataille la position déployée ou composée de bataillons en colonne d'attaque qu'une armée prendra pour occuper un camp et un terrain où elle recevra le combat sans but déterminé; c'est ia dénomination propre à une troupe formée selon l'ordonnance d'exercice... Je nommerai, au contraire, ordre de bataille la disposition de troupes indiquant une manœuvre déterminée; par exemple, l'ordre parallèle, l'ordre oblique, l'ordre perpendiculaire sur les ailes. (Général Jomini, Précis de l'art de la guerre.)
11 n'y a pas d'ordre naturel de bataille ; les circonstances le déterminent. « Une armée qui se rangerait toujours de la même manière serait indubitablement battue par celle qui saurait changer son ordre de bataille suivant les circonstances. On peut donc dire qu'il n'y a pas d'ordre de bataille immuable, mais qu'au contraire il doit se plier à toutes les localités. Dans les circonstances ordinaires, une armée se range sur deux lignes, en Soutien l'une de l'autre. L'infanterie et la cavalerie sont distribuées dans les deux lignes, selon que le général le juge convenable ; mais l'artillerie est toujours en première ligne et même en avant, pour déployer son action sur tout le terrain environnant et prendre d'écharpe les copps ennemis qui s'avancent à l'attaque. On ne la double jamais, si n'est par les caissons qui se rangent derrière à quelque distance, mais assez près pour fournir à la consommation des pièces. La première ligne de l'ordre de bataille est disposée de manière à entrer en action aussitôt que les armées se seront assez rapprochées pour faire usage des petites armes. La seconde ligne se tient, autant que possible, hors de prise, en profitant des ondulations du terrain, jusqu'à ce que son secours devienne nécessaire. Outre cela, on se ménage encore une forte réserve des trois armes réunies, qui, se tenant en arrière à une distance convenable, se portera partout où besoin sera. Du bon emploi de cette réserve, non moins que des dispositions préalables et de la valeur des troupes, dépend le succès. Ordinairement, celui qui engage ses réserves le dernier a l'avantage. Les victoires de Sempach, de Morat, de Nancy et tant d'autres eurent pour principale cause soit une réserve qui donnait à propos, Soit un renfort qui arrivait pendant la bataille et tombait sur le flanc d(j l'ennemi.» (Général Dufour, Cours de tactique.) Ainsi, la première ligne attaque, presse l'ennemi; la deuxième ligne vole au secours de la première quand elle lâche pied ; elle est composée de bataillons déployés ou en colonne, à intervalles de déploiement, suivant que l'on a plus ou moins à craindre des feux de l'ennemi.Elle se tient le plus souvent en dehors de la portée des petites armes. La troisième ligne ou réserve est pour les événements imprévus, pour les coups décisifs ; elle est sous la main du général en chef, en colonne, par régiment ou par brigade, à 1,000 ou 1,200 mètres du champ de bataille, pour être à l'abri des projectiles de l'ennemi. Elle forme un petit corps d'armée complet, pouvant agir seul et renfermant les trois armes : infanterie, cavalerie et artillerie. Ces trois lignes sont une Imitation de l'armée romaine.
La légion romaine avait trois lignes de troupes : les hastaires, les princes, les triaires. Cette organisation est la nôtre. La seconde ligne, les princes, soutenait la première quand elle commençait à faiblir; les triaires formaient la réserve.
Quand une bataille est près d'être livrée, si on considère le front de l'une quelconque des deux armées, on distingue trois parties qui ont reçu un nom particulier : sur les côtés, l'aile droite et l'aile gauche ; au milieu, le centre. Ces trois parties, tout en pouvant agir ensemble, sont indépendantes l'une de l'autre et peuvent manœuvrer seules. Cette indépendance de mouvements ne contribue pas peu à donner de la mobilité à l'armée qui combat. Que si maintenant l'on regarde plus attentivement, et si l'on essaye de voir comment sur le front sont réparties les trois armes, on trouvera presque toujours l'infanterie au centre et la cavalerie aux ailes ou sur les derrières. L'artillerie, se détachant de la ligne, est à 200 ou 300 mètres en avant. Arrivons main tenant aux détails techniques. On compte bien des ordres de bataille. Nous citerons, en passant, les différents ordres distingués par le général Jomini, après avoir
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dit un mot des ordres de bataille des anciens. « L'ordre de bataille des anciens n'est plus pour nous qu'un objet de curiosité, puisque la différence d'organisation et d'armement des troupes ne permet plus l'observation de lu même tactique. Nous nous contenterons d'indiquer très-sommairement les sept ordres de bataille recommandés parVégèce: 1» former un carré long; 2° prendre l'ordre oblique en refusant l'aile gauche et attaquant avec la droite renforcée de ses meilleures troupes, manœuvre observée à Leuctres et. à Mantinée, et qui assura toujours les victoires d'Alexandre ; 3° former l'ordre oblique en faisant avancer la gauche qu'on renforce et en refusant la droite; 4° attaquer l'ennemi avec les deux ailes qu'on renforce et en refusant le centre qu'on affaiblit; 50 renforcer son centre au moment où les ailes attaquent; 6" attaquer avec sa droite en laissant le centre et la gauche en arrière, mais parallèlement à l'ennemi, pour être à même de tomber sur lui s'il veut marcher au secours d'un point attaqué; 7» appuyer une de ses ailes à un lac, à une ville, à un bois. » (Le comte de Chesnel, Encyclopédie militaire et maritime.)
» On compte au moins douze espèces d'ordres de bataille, savoir : 1» l'ordre parallèle ou simple; 20 l'ordre parallèle avec un crochet défensif ; 3" l'ordre renforcé sur une ou deux ailes; 49 l'ordre renforcé sur le centre; 50 l'ordre oblique simple ou bien renforcé sur l'aile assaillante; 6° et 7° l'ordre perpendiculaire sur une ou sur les deux ailes; 8° l'ordre concave; 9° l'ordre convexe; 10° l'ordre échelonné sur une ou sur deux ailes; 11" l'ordre échelonné sur le centre; 12° l'ordre combiné d'une forte attaque sur le centre et sur une des extrémités en même temps. » (Général Jomini, Précis de l'art de la guerre.)
La lettre A représente l'armée offensive et la lettre B l'armée d-fensive. V. les figures ci-contre, p. 1392.
Nous diviserons d'abord les ordres de bataille en ordres offensifs et en ordres défensifs, termes qui n'ont pas besoin d'être expliqués. En considérant la disposition des troupes entre elles, nous distinguerons les ordres continus et les ordres à intervalles, termes aussi clairs que les précédents, fiufiii, nous examinerons l'ordre parallèle, l'ordre oblique, l'ordre en échelons, l'ordre perpendiculaire, l'ordre en carrés. Il est certain que, dans une bataille, il y a des parties pleines, des parties à intervalles, des corps parallèles, obliques, en échelons, en carrés, etc., et si nous examinons en détail chacune des dispositions que nous venons de citer, ce n'est, en la séparant des autres dispositions, que pour en montrer les propriétés spéciales.
Dans l'ordre parallèle les deux armées en présence ont leurs fronts parallèles; elles sont en face l'une de l'autre; chaque homme a son adversaire ; la bravoure emporte la victoire, et, k égalité de bravoure, le nombre. L'ordre parallèle ne demande pas beaucoup d'art ; telle a dû être ia disposition des premières batailles. Chaque homme avait affaire à son adversaire; H mourait ou le tuait; la plaine était jonchée de morts. C'est ce qui arrivait encore du temps des barbares, où les batailles amenaient des hécatombes humaines. A Châlons, à la défaite d'Attila, 162,000 cadavres restèrent sur le champ de bataille; un faible ruisseau qui séparait les deux armées, grossi par le sang, devint un torrent, disent les chroniques. On sent qu'il y a là une exagération manifeste, mais ceia même prouve qu'il y eut réellement un grand carnage. L'ordre oblique est celui dans lequel la ligne de bataille d'une armée est oblique par rapport à celle de l'autre. On avance une aile et on refuse l'autre; on attuqua l'ennemi, on cherche à l'écraser sur un point ; les corps de l'aile qu'on refuse peuvent aller au secours des corps de l'aile qu'on avance; quelquefois on menace une aile et on attaque tout à coup l'autre. Il faut de l'art et de l'habileté; l'art peut parfois suppléer au nombre. « On a vu cela à Lissa, où le roi de Prusse, après avoir pendant quelque temps menacé l'aile droite des Autrichiens pour les engager à y réunir la plus grande partie de leurs forces, attaqua leur aile gauche avec l'élite de son armée, la prit en flanc, la refoula sur le centre et la mena si chaudement que les différents corps qui arrivaient de l'autre extrémité pour s'opposer à ses progrès, furent tous successivement renversés.» (Général Dufour, Cours de tactique.)
L'ordre parallèle et l'ordre oblique peuvent être continus ou à intervalles. Les ordres continus ne peuvent s'employer que dans Jes plaines dénuées d'obstacles, au milieu desquelles la cavalerie peut facilement appuyer les ailes de la ligne de bataille. Si l'on plaçait la cavalerie au centre, ce serait la priver de tous ses avantages; elle devrait suivre les mouvements de l'infanterie et ne pourrait ainsi se servir de sa mobilité; de plus, elle serait exposée au feu de l'intanterie ennemie. Elle chargerait, mais serait sans doute écrasée de feux et dispersée.
« C'est ce qu'on a vu à la bataille de Hochstaedt, gagnée en 1704 par le prince Eugène et par Muriborùugh sur les Français. A la bataille de Minden, le duc Ferdinand ayant vu le maréabal de Contades placer sa cava-
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lerie au centre, où se trouvait ie terrain qui lui convenait, la fit attaquer par une portion de son infanterie, en lui enjoignant, lorsqu'elle l'aurait dispersée, de se jeter par la droite et par la gauche sur le flanc des lignes
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ennemies, qui seraient en même temps attaquées île front par le reste de l'armée. Cette manœuvre , imitée de celle de Hochstœdt, eut le même succès. On est donc obligé, dans l'ordre continu, de mettre constamment la
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cavalerie aux. ailes pour lui laisser son indépendance et sa mobilité; dès lors, on est privé de son secours, ou l'on ne peut en obtenir qu'une faible coopération quand le terrain des ailes n'est pas propre à ses mouve-
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ments. Tels sont les graves inconvénients de l'ordre continu. • (Général Dufour.)
Dans ies ordres a intervalles, au contraire, la cavalerie et l'artillerie peuvent agir librement et où le besoin s'en fuit sentir.
Un ordre parallèle à intervalle est l'ordre en échiquier. Les corps sont sur deux lignes tant pleines que vides. • Cet ordre manque de solidité, parce que les corps de première ligne sont trop éloignés les uns des autres; il ne donne sur une même étendue que la moitié des feux que fournira t une ligne pleine. L'artillerie ne peut se placer dans les vides de la première ligne, parce qu'elle attirerait sur les bataillons de la seconde ligne tous les bouleis de l'ennemi ; car c'est un fait que l'artillerie répond à l'artillerie. Cet ordre sera moins défectueux si la seconde ligne est formée de cavalerie, puisque cette cavalerie aura toujours la faculté de charger par les vides qu'elle aura devant elle. Dans une retraite, on emploie encore la disposition en échiquier; mais c'est comme manœuvre bien plus que comme ordre de bataille; c'est pour dégager partiellement et successivement les troupes qui sont aux prises avec l'ennemi. » (Général Dufour.)
• L'ordre le plus employé aujourd'hui est l'ordre en échelons: c'est un ordre oblique à intervalles. L'armée peut être échelonnée sur une des ailes, comme à Priedland ; sur les ailes, comme à Dresde ; sur le centre , comme à Fleurus; sur le centre et sur une aile comme dans les combats de Wagram , de la Moscova, de Bauizen et de Ligny. i Bugeaud établit qu'avec l'ordre en échelons on parvient à n'exposer que la troupe immédiatement destinée à combattre; on lui offre le meilleur appui possible, on protège ses flancs plus efficacement qu'avec des troupes placées a, la mémo hauteur; on est prêt a la fois et pour l'attaque et pour la défense, on tient en échec un ou plusieurs corps ennemis. Giustiniiini est d'avis que l'ordre en échelons favorise les dispositions tactiques, puisqu'en l'adoptant on peut passer, suivant les circonstances, de l'ordre parallèle à l'ordre oblique, soit contigu, soit séparé, et de tous côtés, par rapport à la position de l'ennemi. 11 dit que cet ordre est l'un des plus en Usage Sur les champs de bataille, particulièrement pour battre en retraite. Rocquancourt proclame l'emploi des échelons comme l'un des plus féconds en résultats heureux, tant pour l'offensive que pour la défensive, parce qu'il se plie aisément aux nccidents du terrain et n'exige qu'un nombre déterminé de troupes. » (Marquis del Duero, Progrès dans la tactique.)
Dans les différents ordres en échelons, i l'armée, vue de face, semble disposée dans l'ordre continu, tandis que, de côté, eile laisse apercevoir les passages qu'elle réserve à sa cavalerie. Les différents corps, n'étant pas liés ies uns aux autres, conservent plus d'aisance pour se placer suivant que le terrain le requiert; ils ont plus de mobilité pour poursuivre un succès ou se retirer en cas de revers, La déroute d'un corps n'entraîne pas celle d'un corps voisin ; l'un peut venir se rallier sous la protection de l'autre. Chaqueéchelon tlanque et soutient celui qui le précède, de telle sorte que, si l'ennemi voulait pénétrer par un intervalle, il serait pris en flanc par l'échelon inférieur, en même temps que chargé en tête par la cavalerie. Ainsi } ordre en échelons facilite l'application de ce principe que l'on doit faire agir les différen-
tes armes sur le terrain qui ic;ur est le plus avantageux, sans jiour cela s'exposer aux dangers qui résulteraient d'ouvertures faites sur Ta lipme de bataille. » (Général Dufour.)
Ces différents ordres ont reçu parfois d'autres noms. On reconnaîtra facilement dans l'extrait suivant quelles figures se rapportant aux différentes désignations.
t Lorsque, dans une ligne de bataille, il se trouve à une des extrémités quelques corps repliés pour se garantir d'une attaque de flanc, ils présentent ce qu'on appelle le crochet en arrière ou la potence. Si ces mêmes corps sont portés en avant de la ligne de bataille, mais de manière à y rester liés en faisant un angte, ils forment le crochet en avant ou simplement te crochet. Et, comme il convient de donner des noms différents aux choses différentes, on appellera potence la première disposition et crochet la seconde.
« La potence devient le coin, et le crochet la tenaille ; quand les deux branches de la ligne de bataille sont à pou près égales. Le coin est essentiellement offensif, une armée ne se forme ainsi que pour attaquer, pour percer la ligne ennemie; tandis que l'on ne fait la potence que dans un but défensif, pour résister à une attaque enveloppante. On en petit dire autant du crochet et de la tenaille, mais dans un sens inverse : on se plie en tenaille pour céder sur le centre à un ennemi qui s'avance en pointe,et l'envelopper par les ailes; c'est un ordre défensif, tandis que le crochet n'a pour but que l'attaque. L'histoire rapporte un exemple fameux où deux armées se sont formées 1 une en coin , l'autre en tenaille ; c'est celui de la bataille de Casilin, livrée en 553 entre les Francs et les Romains, près de Capoue. Les Francs, commandés par Bucelin, se placèrent entre deux bois; ils renforcèrent le centre de leur ligne de bataille en formant un véritable coin, que les anciens appelaient aussi la tête de porc. Les Romains, sous Narsès, étaient moins nombreux : ils se rangèrent dans un ordre plus mince et plus étendu, en opposant à leurs adversaires l'ordre en tenaille. Ils cédèrent ainsi le terrain sur leur centre et portèrent leurs efforts contre les ailes de l'ennemi, en même temps que la cavalerie le prit en queue, après avoir tourné un bois. La tête du coin, poussant toujours en avant, pénétra jusqu'au camp des Romains ; le pillage occasionna sa déroute. La victoire de Narsès fut complète; presque toute l'armée de Bucelin fut taillée en pièces. Ce que fit Narsès doit être imité toutes les fois qu'on est attaqué par une forte colonne: on s'ouvre pour la laisser passer, en rangeant les troupes à droite et à gauche; son choc donne à faux, elle est déconcertée ; se trouvant entre deux feux, elle sera bientôt détruite si elle ne se retire au plus tôt pour changer de disposition. Le grand Condé agit ainsi à, Fontenay, et anéantit la redoutable masse que les Anglais dirigeaient sur ie centre de ion armée. » (Général Dufour.)
• Les formations que nous avons indiquées sont les formations habituelles et primitives des corps d'armée et des armées, en faisant abstraction des formes du terrain. Mais ces formations primitives se modifient suivant les accidents du sol; elles doivent se ployer a la nature et à la constitution des positions
militaires auxquelles on veut les appliquer. Les modifications principales qu'elles subissent alors sont les suivantes : I" les alignements en ligne droite praticables sur les terrains de manœuvres ou dans les plaines rases sont rarement de mise à la guerre; 2° le parallélisme des deux lignes de l'ordre de bataille, qui est observé en terrain horizontal, ne l'est plus en terrain varié. La deuxième lijrne s'éloigne ou se rapproche de la première, suivant les abris qu'elle rencontre...» (Vial.)
En même temps que le général en chef choisit son ordre de bataille, il fait choix du point d'attaque et de la manière dont il attaquera. La détermination du point d'attaque est une chose délicate dans la discussion de laquelle il entre une foule de considérations. C'est à l'habileté, a l'expérience et au talent du général en chef à deviner le point le plus favorable où il devra engager le combat.
Les attaques peuvent être générales, ou partielles ou préparatoires. Les attaques générales datent de l'enfance de l'art, de la guerre ; de nos jours on débute généralement par des attaques préparatoires, des espèces de reconnaissances armées, des démonstrations, quelquefois des combats. Les alliés, comme attaque préparatoire de la bataille d'Austerlitz, livrèrent le combat de Wischau. I .'attaque de la redoute de Schwardino, avant la bataille de la Moscowa, est une attaque préparatoire. Viennent alors ordinairement ies attaques partielles : les attaques d'ailes, peu compromettantes, mais peu décisives ; elles se faisaient autrefois en employant l'ordre oblique, et maintenant elles se font d'après l'ordre échelonné; les attaques centrales, qui sont dangereuses, parce que si l'on ne réussit pas, on est comme enveloppé par l'ennemi, mais en revanche elles amènent de grands résultats : les Romains furent écrasés à Cannes, pour n'avoir pas mené à bonne fin une attaque centrale; les batailles d'Hochstœdt, de Fontenoy, d'Austerlitz présentent des exemples d'attaques centrales; les attaques de flancs, comme à Pultusk, à Eylau, à léna, viennent généralement après des manœuvres stratégiques bien combinées; les attaques de revers se font sur les derrières de l'ordre de bataille de l'ennemi. Bonaparte gagna la bataille d'Arcole par une attaque de revers.
Enfin on peut combiner les attaques partielles entre elles, attaquer l'ennemi aux deux ailes, au centre et h une aile, faire une attaque de revers, en même temps qu'une attaque centrale, etc.
Le point d'attaque et le genre d'attaque bien fixés, ie général donne son ordre de bataille, et l'armée se met alors en marche.
« En général, un ordre pour une bataille peut se résumer de la manière suivante ; Tel corps fera la droito de tel point a tel point; tel autre fera le centre, occupant tel intervalle ; tel autre fera la gauche de tel village à telle hauteur; un quatrième corps fera la réserve partielle ; un cinquième fera la réserve générale. On attaquera telle partie de la ligne ennemie; pour cela le corps d'attaque se portera en avant ; les autres entretiendront l'action sans se compromettre. Les corps de réserve suivront la direction de
l'attaque et la soutiendront successivement. Le général en chef se trouvera à tel point du champ de bataille.»
— IIL Marches tactiques. On nomme marches tuctiques celles qui s'exécutent sur le champ de bataille, sous le feu de l'ennemi. Ce sont de vraies manœuvres, aussi leur a-t-on donné le nom de marches-manœuvres. Une seule phrase témoignera de leur importance. • La victoire, a dit Napoléon, est aux armées qui manœuvrent le mieux. » Les marches doivent s'exécuter facilement, sûrement et rapidement. Les marches s'exécutent par les débouchés lactiques, c'està-dire par des directions choisies b. travers champs, et praticables à toutes les armes. Les directions sont indiquées aux colonnes par un point facile a reconnaître/un point remarquable du terrain, un clocher, un arbre isolé, un pignon de maison. On distingue trois espèces de marches tactiques .- les marches tactiques de front, les marches tactiques de flanc, les marches tactiques rétrogrades, suivant que l'on présente à l'ennemi la tête, le flanc, ou la^queue des colonnes. Les marches de front sont généralement offensives; les marches de flanc, offensives ou défensives ; et les marches rétrogrades, défensives.
Il y a deux opérations dans l'exécution d'une marche, l'ouverture et l'exécution : l'ouyerture, c'est le choix des débouchés ; l'exécution, c'est ia manœuvre, le mouvement lui-même. Il est évident que les débouchés ne doivent pas être séparés entre eux par des obstacles défavorables, capables de rompre ia ligne de bataille et«d'empêcher les communications d'une partie de l'armée avec l'autre. L'ensemble des débouchés, autant que possible, doit être couvert, aux flancs, par des retranchements naturels, de telle sorte que l'armée ne puisse être tournée durant la marche.
— Marches de front. Dans les marches de front comme dans toutes les marches tactiques, on lance les colonnes, et leur formation dépend de la largeur et du nombre des débouchés. Si l'on a affaire h. un pays découvert, à un terrain praticable, on fera bien d'adopter des colonnes de bataillons, sur deux ou trois lignes. Ainsi ont fait Vandainme et Saint- Hilaire a la bataille d'Austerlitz; ainsi ont marché les divisions françaises à l'Aima. Quand le terrain est accidenté, on peut n'avoir que quatre débouchés, deux et même un seul. A Waterloo, Ney s'est avancé sur une seule colonne, .vur un sol tout détrempé. Cette colonne, si difficile a déployer, si longue a mouvoir, nous fut fatale a Waterloo, comme une pareille colonne nous avait déjà été fatale à Albnera.
Quel que soit le nombre des colonnes.il ne faut pas oublier que la division est toujours l'unité tactique : elle obéit, s'engage tout entière à la voix de son chef. 11 ne faut pas oublier non plus que, les marches tactiques conduisant à la formation d'un ordre en bataille, il faut, toutes les fois qu'on le peut, labser entre les colonnes des intervalles égaux aux intervalles de déploiement. Chaque division a une petite avant-garde composée de voltigeurs et de sapeurs du génie pour frayer la route. Les relations de l'ordre
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de bataille sont conservées dans les marches : c'est-k-dire que l'infanterie se trouve généralement au centre, et la cavalerie aux ailes, ou en deuxième ligne. Dès que les colonnes sont arrivées à portée de canon, elles se déploient, les colonnes de division et de brigade, en colonnes de régiment, et ces dernières en colonnes de bataillon. Les bâtait Ions se mettent alors en ligne, suivant le besoin. Le signal du déploiement est ordinairement un on plusieurs coups de canon. Nous citerons comme exemples de marches de front : la marche de Dumouriez à Nerwinde, sur huit colonnes, d'une division chacune; la marche des divisions Vandamme et Saint-Hilaiie, a Austerlitz; la marche de la division russe Talitzin à Montmirail ; celle du maréchal Ney, avec son corps d'armée, en quatre colonnes de division; et enfin la marche du maréchal Saint-Arnaud à l'Aima (£0 septembre 1854), avec trois divisions en' colonnes de bataillon, le terrain étant découvert et facile.
— Marche de flanc. Les marches de flanc n'ont plus aucun partisan. On ne doit les employer que lorsqu'on ne peut faire autrement, t Ne faites pas de marches de flanc devant une armée surtout lorsqu'elle occupe des hauteurs au pied desquelles vous devez défiler. « (Mémoires de Napoléon.) Napoléon donne ce conseil à propos de la bataille de Kollin (18 juin 1757), dans laquelle les Prussiens perdirent la bataille, sous Frédéric II. L'armée de Frédéric avait pourtant exécuté bien des inarches de flanc et souvent remporté la victoire; seulement elle devait cet avantage, non à ses marches de flanc, mais à la supériorité qu'elle possédait dans ta rai-idilé et la précision des manœuvres.
« En règle générale, il ne faut, jamais prêter le flanc; mais il est des circonstances où non-seulement on ne peut pas l'éviter, mais où une marche de flanc est ce qu'il y a de plu» conven;ible, et où il faut se présenter ainsi momentanément pour atteindre un but important. Tel serait le cas où un corps ne pourrait opérer sa jonction avec d'autres qu'en longeant les positions de l'ennemi, et où il y aurait urgence à ce qu'il arrivât promptenient et par le plus court chemin poui prendre part à une grande bataille. Ce serait appliquer faussement la règle que de faire un long détour pour ne pas prêter le flanc ; car l'inconvénient d'arriver tard est pire que celui qu'on aurait évité. A la guerre, il n'y a aucuD principe absolu, toute règle a ses exceptions, et, bien qu'en général on ne doive pas exécuter des mouvements de flanc, . il arrive cependant quelquefois, dans les marches-manœuvres, qu'une colonne se trouve dans cette position. » (Général Dul'our.)
« Les marches de flanc tactiques présentent de grands dangers et de grandes difficultés d'exécution. Leurs principaux inconvénients sont les suivants : lole nombre des colou.ies est déterminé par le nombre des ligues de l'ordre de bataille ; par suite le numbre est très-restreint et les colonnes sont très-profondes; 2» la conservation des distances est difficile à obtenir; elle esc difficile a obtenir pour de petites troupes, elie le sera d'autant plus que les colonnes seront plus nombreuses; 3° outre le danger que l'on court d'être attaqué sur le flanc que l'on présente à l'ennemi, il y a encore le danger d'être attaqué à la tête des colonnes; si on n'y est pas préparé, on peut être surpris et accablé comme l'armée franco-allemande à Rosbach;- 4° enfin, par une marche de flanc, on découvre ses lignes de retraite priucipales et on change sa ligne d'opérations, ce qui est toujours une chose délicate. • (Vial.)
Nous donnerons comme exemple du danger des murènes de flanc une relation de la bataille de Rosbach. • Le roi était campé entre Kosbach et Ibklra. Les allies résolurent d'attaquer la gauche de cette armée, le centre leur paraissant trop fortement appuyé. Le comte de Saint-Germain fut chargé d'amuser le roi pendant que l'armée, marchant sur trois colonnes, faisait un long détour pour aller attaquer la gauche des Prussiens. A onze heures, les trois colonnes se mettent en marche; vers deux heures, !e roi, voyant l'ennemi le déborder, fuit mettre sa cavalerie en inarche, derrière le Janus-Hûgel, par divisions, la gauche en tête, à distance entière; l'infanterie, la gauche en téta également, suivit à la hâte le mouvement de la cavalerie pour faire face aux alliés et prendre position avant eux sur le Janus-Hùgel. Les alliés, s'imaginant que le roi se retirait, lancent en avant leur cavalerie, laissant l'infanterie fort en arrière. En débouchant par Reiehertswerben, ils rencontrent la cavalerie prussienne derrière le village et présument qu'elle couvre la retraite; aussi restent-ils en colonne. Seidlitz, cependant, s'était formé à droite en bataille 'sur deux lignes et avait placé son artillerie sur le Janus-Hûgel. Celte artillerie couvre de mitraille la cavalerie alliée, que Seidlitz charge et rejette sur Busendorf. Deux régiments de cavalerie seulement purent avoir le temps de se former en avant en bataille, mais ils durent se retirer en désordre. Pendant ce temps, six bataillons prussiens s'avançaient et se formaient à droite en bataille. Suubise fait avancer cinq régiments de cavalerie de réserve pour couvrir le déploiement de l'infanrie ; ils sont renversés. A mesure que la tête
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de colonne essaye de se former, elle est renversée sur le centre, et les bataillons ou escadrons de la tête sont culbutés les uns sur les autres, tandis que la reste des colonnes ne peut se déployer. Toute l'armée s'enfuit honteusement, couverte par la division de Saint- Germain. Ainsi la charge de Seidlitz , le feu de son artillerie et des six bataillons prussiens suffirent pour dissiper cette formidable attaque qui devait détruire l'armée du roi, en renversant la gauche sur son centre.
» Cet exemple nous montre ce que valent ces fameuses manœuvres dans l'ordre oblique. Le roi, au lieu de rester immobile comme les Autrichiens, suit le mouvement de ses ennemis, et comme il n moins de chemin a parcourir, il peut toujours les prévenir; puis, au moment donné, il leur barre le passage, les couvre de mitraille et les renverse les uns sur les autres. L'armée alliée, surprise, ne put faire tète de colonne à. droite; elle devait se former en avant, mais comment le pouvaitelle, étant à distance entière? Il était difficile de revenir d'une surprise aussi complète et de sortir de cette tempête de cavaliers fuyant et poursuivant.
» La bataille de Rosbach démontre combien était mauvais le système linéaire et l'ordre de marche du roi de Prusse. Ce système ne pouvait se soutenir que par la supériorité tactique des Prussiens, qui manœuvraient, tandis que leurs adversaires ne savaient pas se mouvoir. Du reste, nous le verrons, en 1806, écrasé sans retour par la supériorité tactique du système français. » (Grivet, Etudes sur la tactique.)
Il ne faudrait pas proscrire complètement les marches de flanc ; il en est de belles qui ont réussi. «Lorsqu'en 1809 Napoléon, voulant concentrer son armée sur la rive droite du Danube, entre Ratisbonne et Auysbourg, fit exécuter ces belles inarches-manœuvres qui seront éternellement admirées, le général Davout dut, avec un corps de 30,000 hommes environ, faire une marche de flanc le long du fleuve, pour se diriger de Ratisbonne à Neustadt, devant les Autrichiens, qui étaient à
3 lieues de distance, dans les environs de Bohr, en grandes forces et commandés par l'archiduc Charles. Il exécuta cette marche pendant la nuit. Son corps était composé de
4 divisions d'infanterie et de 2 de cavalerie, 1 de cuirassiers, l'autre de chasseurs; il fit marcher celle-ci sur sa gauche pour couvrir le mouvement, et il la renforça de quelques bataillons d'infanterie. Les i divisions de cette arme furent partagées en 2 colonnes qui marchèrent parallèlement à la chaussée, à environ une demi-lieue de distance, la plus éloignée de l'ennemi débordant l'autre et for-niant échelon, de manière à pouvoir l'appuyer si elle était attaquée, ou opérer avec les troupes postées à Neustadt la jonction qui était le but de la marche. Les cuirassiers étaient répartis entre ces deux colonnes pour éclairer le pays. Les bagages et le parc de réserve suivirent la chaussée qui longe la rive droite du Danube; ils étaient ainsi couverts par les deux Colonnes et par l'avant-garde. Le défilé d'Abbach, par lequel les bagages devaient passer, avait été occupé dès le soir par i bataillon d'infanterie ; et, comme l'ennemi se montrait aussi en force sur la rive gauche, le maréchal avait laissé une forte arriéregarde dans Ratisbonne pour en défendre les portes aussi longtemps que possible. Au matin, ces colonnes fuient attaquées, et, après av oir combattu vaillamment à Tann, elles se réunirent aux troupes de la Confédération germanique, qui formaient le centre de l'armée, pendant que l'aile droite, sous les ordres de Musséna , marchait d'Augsbourg sur le même point en menaçant le flanc gauche et les derrières de l'armée autrichienne.
» Ce que le maréchal Davout a fait dans cette circonstance doit- être imité toutes les fois que le corps appelé- a exécuter une marche de flanc est nombreux et que le pays est assez ouvert pour qu'on puisse former plusieurs colonnes. • (Général Dufour.)
— Marches rétrogrades. Ces marches en arrière sont des marches de retraite, des espèces de fuite en bon ordre, le plus souvent. L'ordre en échiquier a souvent réussi dans ces marches. Une ligne faisait volte - face pendant que l'autre, passant dans les intervalles, s'arrêtait bientôt pour faire volte-face à son tour et contenir l'ennemi.
— IV. Des batailles. « Les batailles sont le choc définitif de deux armées qui se disputent de grandes questions de politique et de stratégie. La stratégie amène les armées sur les points décisifs de la zone d'opérations, prépare les chances de la bataille et influe d'avance sur les résultats; mais c'est à la tactique, réunie au courage, au génie et à. la fortune, à les faire gagner. » (Général Jomini, Précis de l'art de la guerre.)
■ Nous pourrions dire, comme Napoléon I« dans ses Mémoires: « Voulez -vous savoir comment se donnent les batailles; lisez et méditez les relations de cent cinquante batailles des plus grands capitaines. » C'est, assurément, le meilleur moyen d'apprendre k gagner des batailles, si tant est qu'on puisse rapprendre. Nous donnerons néanmoins quelques préceptes généraux sur les batailles, préceptes qu'il est toujours bon d'observer. Et d'abord, quelle est la marche générale d'une bataille? « Au point uu jour, tout le monde est sous les armes ; l'armée, en ordre mince, abritée
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nntnnt que possible. Mais le moment est-il venu d'attaquer, les bataillons.en colonne d'attaque, a intervalle de déploiement, marchent en avant, la cavalerie légère aux ailes, la cavalerie de réserva derrière l'infanterie , la garde plus en arrière, l'artillerie sur le front ; des nuées de tirailleurs s'échappent des flancs des masses d'infanterie et couvrent le champ de bataille d'un nuage de fumée; ils profitent de tous les obstacles du terrain pour s'abriter, ils couvrent partout le mouvement des colonnes. Quelquefois la cavalerie, précède l'infanterie et facilite son action; dans tous les cas, elle la suit, prête à la soutenir et à profiter de la moindre apparence de trouble pour se jeter sur l'infanterie ennemie. Si cette dernière oppose une résistance considérable, les masses françaises se déploient et, après une courte fusillade, attaquent à la baïonnette pendant que. l'artillerie, alors trop éloignée, remet ses pièces sur ses avant-trains et se rapproche du lieu de la bataille. Malheureusement, les grosses et profondes masses d'infanterie n'ont pas toujours pu se déployer, comme à Bnsaco, Aibuera. Faut-il résister longuement a un ennemi de beaucoup plus fort, les bataillons français, dispersés là en tirailleurs en grande bande, ici déployés, profitant avec intelligence de tous les accidents de terrain, sont soutenus à propos par quelques petites colonnes d'infanterie etdecavarie placées en arrière de la ligne.
» Tels furent les principaux traits de la tactique française sous l'Empire. » (Grivet, Etudes sur la tactique.)
Les batailles peuvent se diviser en batailles offensives , batailles défensives et batailles imprévues. Les premières sont livrées par une armée à l'ennemi établi dans une position reconnue; les secondes sont celles que livre une armée qui attend l'ennemi; enfin, les batailles imprévues sont les combats de deux partis en marche, dont l'un surprend l'autre, et dans lesquels aussi ces deux partis peuvent se suprendre mutuellement. On livre généralement une bataille offensive lorsque l'on a sur l'ennemi une supériorité morale ou une supériorité de nombre ; ainsi avons-nous fait à léna, à Wagram et à la Moskova; lorsque l'on a son armée concentrée au milieu des masses dispersées de l'ennemi, comme à Ligny, à Waterloo; lorsque l'on vient délivrer une place assiégée, comme le prince de Cobourg à Fleurus, pour délivrer Charleroi , et les Russes à Inkermann et à Traktir, pour délivrer Sébastopol ; lorsque l'ennemi manœuvre, surtout s'il commet des fautes (Eekmùhl); lorsqu'on veut occuper un point important, comme les alliés devant Paris (1814), etc.
< Il est ordinaire à des troupes attaquées dans des retrancheatents d'être battues, parce que ceux qui attaquent ont toujours une impétuosité que .ne peuvent avoir ceux qui se défendent, et qu'attendre les ennemis dans ses lignes est souvent un aveu de sa faiblesse et de leur supériorité. » (Voltaire, histoire de Charles XH.)
Il résulte de ces quelques mots qu'il vaut mieux prendre l'offensive que la défensive lorsqu'on le peut.
Que dire des batailles imprévues?
« Il y a trop de hasard et trop de poésie dans ces sortes de rencontres, pour nu'il soit aisé de donner des maximes positives sur ces batailles fortuites. » (Gai Jomini, Précis de l'art de la guerre. )
On ne peut demander de poser des règles certaines enseignant où l'on doit placer l'infanterie, la cavalerie et l'artillerie.
« Placer les différentes armes selon le terrain, selon le but qu'on se propose et celui qu'on peut supposer à l'ennemi; combiner leur action simultanée d'après les qualités propres à chacune d'elles, en ayant soin de les faire soutenir réciproquement, voilà tout ce que l'art peut conseiller. ■ (Gai Jomini, Précis de l'art de la guerre.)
L'infanterie se place généralement au centre, on le sait, la cavalerie aux ailes ou dans les intervalles, ou en deuxième ligne.
« Il existe peu de règles positives sur la répartition de l'artillerie; car, qui oserait conseiller, par exemple, de boucher une trouée dans une ligne de bataille en plaçant 100 pièces en une seule batterie, fort loin de toute la ligne, comme Napoléon le fit avec tant de succès à Wagram ? » (Gai Jomini, Précis de l'art de ta guerre.)
« Il y a peu de principes absolus, mais il y a ceux-ci, par exemple :
» Il ne faut jamais combattre sans un but.
» Il ne faut jamais combattre sans un plan.
■ La plan, au moment de l'exécution, doit être connu du plus grand nombre possible de ceux qui doivent l'exécuter.
i II ne faut jamais attaquer le taureau par les cornes quand on peut faire autrement ou qu'il n'y a pas nécessité absolue de combattre. • {Instructions pratiques du maréchal Bugeaud pour les troupes en campagne.)
i Le plus difficile comme le plus sûr de tous les moyens de réussir, c'est de bien faire soutenir une iigne engagée par les troupes de la seconde ligne, et celles-ci par la réserve, puis de bien calculer l'emploi des masses de cavalerie et celui des batteries, pour faciliter et seconder le coup de collier décisif contre la seconde ligne ennemie, car ici se présente le plus grand de tous les problèmes de la tactique des batailles. • ( Général Jomini, Précis de l'art de la guerre,)
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TACTIQUE adj. (ta-kti-ke — gr. taktikos. V. le mot précédent). Qui a rapport à la tactique militaire : Napoléon fit ses dispositions tactiques avec son habileté accoutumée. (Thiers.)
— Unité tactique, Corps de soldats destinés à manœuvrer ensemble dans toutes les opérations d'ensemble : Le bataillon est /'unité tactique de l'infanterie, l'escadron est celle de la cavalerie.
TACTUEL, ELLE adj. (ta-ktu-èl, è-le — d(l lat. tactits, lact). Qui appartient au tact: Perception TACTUELLE.
TACUA s. f. (ta-ku-a). Entom. Genre d'insectes hémiptères, de la famille des cicadiens, formé aux dépens des cigales, et dont l'espèce type habite Java.
TACUA, ville du Pérou, province d'Arica, Etat d'Arequipa; 5,000 hab- Commerce considérable de mulets. Elle est située dans une vallée remarquable par sa fertilité.
TACUBA , anciennement Talcopan , ville du Mexique, district et à il kilom, N.-O. de Mexico, par 19° 28' de latit. N. et 101° 30' de iongit. O.; 2,500 hab. On y remarque encore la belle chaussée en pierre par laquelle Cortez fit son entrée à Tenochtitlan , l'ancienne Mexico, et plusieurs maisons de campagne où les riches habitants de la capitale vont passer l'été. Jadis capitale du petit royaume des Tspanèques. '
TACUBAYA, ville du Mexique, district et à 7 kilom. S.-O. de Mexico; 2,000 hab. Beau palais de l'archevêque de Mexico ; grand nombre de villages ou maisons de campagne appartenant à de riches habitants de la capitale. « La merveille de Tacubaya, dit M. de Charnay ( Tour du monde ), c est la propriété de Manoel Escandon, résidence délicieuse, entourée d'eau, coupée de lacs et de cascades, et contenant toutes les flores du globe.
TACUNGA (la), ville de la république de l'Equateur, province et à 80 kilom. de Quito, dans une vaste plaine, sur le Sun-Felipe, au pied des Andes; 15,000 hab. Les rues, généralement droites, sont bordées de maisons en pierre, bien bâties et à un seul étage. Fabriques de lainages. Cette ville a eu beaucoup à. souffrir des tremblements de terre, notamment en 1793.
TACURUCA, lie de l'Amérique du Sud, sur la côte du Brésil, dans l'Atlantique, province de l-'orto-Sfîguro. On y cultive surtout le café.
TADDA (del), sculpteur florentin. V. Fer- RUCCi (Francesco).
TADDHITA adj. (tad-di-ta). Gramm. Se dit de certains suftixes qui servent à former des mots dérivés, et particulièrement les noms patronymiques dans la langue sanscrite.
TADE s. m. (ta-ûe). Ichlltyol. Poisson du genre muge, qui vit dans la mer Rouge.
TADER s. m. (ta-dèr). Membre d'une secte de pénitents indous.
— Encycl. La secte des taders a été fondée par Vichnou ; elle est composée de choutirers de toutes les conditions. Ceux qui veulent se livrer à ce genre de dévotion s'adressent à un gourou de la secte. Celui-ci les admet, s'il le juge à propos, au nombre de ses disciples, leur applique, avec un fer rouge, la marque du changou sur le devant de l'épaule gauche et leur passe au bras un chapelet de bois de toulachi, nommé totilachimani. Les gourous de cette secte demeurent dans des madams richement dotés et y donnent l'hospitalité à tous les voyageurs ; ils sont servis par quelques-uns de leurs disciples, qui demeurent, avec leurs familles, dans des maisons voisines du madam. Les taders ne vivent que d'aumônes; lorsqu'ils vont les mendier, ils portent un petit tambour, qu'ils battent devant la porte des maisons, et un
fianier, dans lequel ils reçoivent tcut ce qu'on eur donne ; de retour au îmidara. ils font entre eux le partage de toutes ces aumônes ; d'autres, ajoutant Te célibat à leur pénitence, vont toute leur vie demander l'aumône de contrée en contrée. Ils ont tous une extrême vénération pour leurs gourous et obéissent avec empressement à tous les ordres qu'ils reçoivent d'eux; quant à leurs vêtements, suivant le témoignage de la plupart des voyageurs, les taders, ceux du moins qui mènent une vie errante , se couvrent d'une grande toile jaune et portent une toque de même couleur ; leurs chefs prennent comme insigne de leur dignité un bonnet d'étoffe rouge, brodé et dune forme presque semblable à celle du bonnet phrygien. Quant aux emplois religieux des taders, ils consistent à chanter les mâhâtmya vechnavites composés en tamoul, en s'accompagnaut du ehilambou, grand anneau de cuivre creux et résonnant sous le choc des cailloux, ou de plaques de cuivre, qui, frappées par des baguettes, rendent un son strident.
TADIH s. m. (ta-dain). Moll. Nom vulgaire d'une coquille du genre nérite.
TAD1N1 (Alexandre), médecin italien, mort à Milan en 1661. Il succéda à Settala dans la place de protoinédecin et jouit de son vivant d'un* grande réputation, que ses ouvrages ont bien de la peine à justifier. On trouve, cependant, dans le plus important, quelques documents utiles sur la peste de Milan de 1630, peste que Tadini avait observée et dans laquelle il rendit de grands services à ses
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concitoyens. Voici la liste de ses œuvres : Raggnaglio drlV origine, e giornaii délia grand peste nel IG29-1630 e 1631, colV aggiunta d'un brève compendio délie maggiori pestilenze per l'addietro avvenute (Milan, 1648, in-4°) ; Avertenze ed osservazioni appartenenti alla composizione dei medicamenti (1630, in-8°); Brève compendio per curare ogni sorta del' humori esterni (1646, in-S°); Collegii physicorum mediolanensium antiquitas, privilégia, statvta et ordinationes, in compendium redacta (1646, in-4").
TADINO (Gabriel), général italien, né à Martinengo, près de Bergame , vers 1480, mort en 1543. Il abandonna la médecine pour étudier l'architecture militaire sous un ingénieur français, puis entra au service de la république de Venise, qui luttait alors contre la ligue de Cambrai (1509). Tadino rendit d'importants services, fut nommé, à la fin de la guerre, surintendant général des fortifications de Candie, devint chevalier de Saint- Jean de Jérusalem, se signala au siège de Rhodes (1522) et obtint la commaTiderie de Saint-Etienne. Ayantpassé ensuite au service de Charles-Quint, il fut grand maître de son artillerie dans ses diverses guerres contre la France. Dans sa vieillesse, Tadino rendit encore des services aux Vénitiens en leur suggérant des moyens pour mettre en état de défense les lies de 1 Archipel, pendant une guerre avec les Turcs.
TADJ-EDDYN (Âli-ben-Khaïr), Jûstorien arabe, né à Bajrdad, mort en 1275 de notre ère, et sur la vie duquel on ne possède aucun détail. On lui doit plusieurs ouvrages historiques, dont les principaux sont : histoire du Caire ; Histoire des hommes illustres ; Histoire des califes.
TADJ-EDDYN-1LDOUZ ou ILDIZ, roi de
Gazna. 11 vivait au xiu8 siècle. C'était un esclave turc, qui fut élevé avec soin par ordre du sultan gonride Schehab-Eddyn-Mohammed. Ce prince le nomma successivement gouverneur du Kerman et du Mékran et lui donna l'étendard royal de Ghazna. Peu après, à la mort de son protecteur, Tadj-Eddyn devint roi de ce pays, puis, voulant étendre ses Etats, il envahit le Pendjab et s'empara de Lahore (1207); mais il fut battu par le roi de Dehli, Cothuub-Eddyn-Aïbek, qui le força à se réfugier dans le Kerman. Néanmoins, il recouvra bientôt son royaume et vainquit à son tour le roi de Dehli. Peu après , poursuivant ses projets ambitieux , Tadj-Eddyn commit l'imprudence d'attaquer le fameux sultan du Khurisra, iMohamined- Ala-Eddyn, qui lui enleva pour toujours son royaume. Loin d'être complètement abattu par ce désastre, il recruia une armée nombreuse et, profitant d'une circonstance qui lui parut favorable, il rentra dans l'Indoustan, pénétra jusqu'à Dehli, fut vaincu et fait prisonnier par Schams-Eddyn(12i5) et mourut dans les fers.
TADJEPOUR ou TAUJEPOOR, ville de l'Indoustan anglais (Bengale), à 60 kilom. N.-E. de Porneyah.par 10» 24' de latit. N. et 850 55' de longit. E.
TADJIKS, nation nombreuse et civilisée, qui forme le principal élément de la population de la Perse, qu'on trouve aussi dans la Boukharie»t le Kaboul.
TADJROUNA, village du Sahara (Algérie), département d'Alger, sur la route qui conduit de cette ville à l'oasis d'Ouargla. Il est protégé par une muraille d'environ i mètres de hauteur, que surmontent deux petites tours. Les habitants élèvent des troupeaux et se livrent à la fabrication de divers objets de harnachement, tels que selles, mors, éperons, etc.
TADLA, ville de l'empire du Maroc, près de la rive gauche de la Morbea ; 2,500 hab. Elle est protégée par des murailles.
TADMOH, nom antique de la ville de Palmyre. Le mot tadmor, en hébreu, signifie palmier , comme en latin le mot palmira. Toute la contrée où cette ville était située produit, en eflet, des palmiers en abondance. On lu. voit dé-ignée par les auteurs sous les noms de Syria Pahnirena, Sotitudines Palmirenie. « L'air y est bon, dit un voyageur, mais la terre y est extraordinairement sèche, et incapable de produire autre chose que des palmiers. > V. Palmybk.
TADOLINI (Adam), statuaire italien, né à Bologne en 1789. D'une famille de négociants, il fut d'abord destiné au commerce; mais quelques essais qui révélaient son goût pour les arts lui valurent la protection du prince Ercoluni. Ce dernier le fit admettre comme élève à l'Académie des beaux-arts de Bologne, où ses progrès furent aussi brillants que rapides, et où il remporta plusieurs prix. Quelques années plus tard, alors que M. Tadoliiu s'était déjà signalé à Bologne par des morceaux intéressants , le grand concours institué par Canova fut annoncé dans toute l'Italie (1812). M. Tadolini obtint le premier prix avec son Ajax mourant. Ce succès lui valut de devenir l'élève de Canova et un peu son collaborateur, comme l'ont été tous ceux qui ont travaillé sous la direction de ce maître. L'Ajax mourant est une des meilleures créations de M. Tadolini, bien que, au point de vue de l'exécution, elle ne soit pas k la hauteur désœuvrés qui suivirent. Plus tard, sans doute entraîné par l'exemple de son
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maître, qui fut un exécutant prodigieux, il sacrifia davantage à l'habileté du ciseau et fut bien vite entraîné sur cette pente fâcheuse. Ce cachet particulier marque toutes les œuvres qu'il exécuta dans l'atelier et sous les yeux de Canova ; le groupe de Vénus et Mars (1813) ; la Religion, statue colossale qui date de 1816 ou 1817 ; la célèbre Statue équestre de Charles III, qui est à Naples et date de la même époque. On ne saurait contester le mérite véritable de ces travaux ; mais, malgré l'élégance de la forme et l'ampleur du modelé, ils n'ont pas cette saveur juvénile, cet enthousiasme du beau qui sont les grands côtés de son Ajax mourant.
11 en faut dire à peu près autant de la statue de Washington, de Pie VI, du Tombeau des derniers Stuarts, œuvres sérieuses qui valurent à l'auteur une grande notoriété. On pourrait leur reprocher encore 1,'imitation du style de Canova, imitation d'autant plus bizarre qu'elle est peu dans la nature de M. Tadolini, dont le tempérament est plus énergique et plus hardi. A l'apogée de son talent et de sa réputation, M. Tadolini ouvrit son atelier aussitôt que la mort eut fermé celui de Canova, et il ne tarda point à devenir le chef de la jeune école italienne ; mais les conseils donnés à ses disciples furent loin de l'absorber en entier. De cette époque datent ses morceaux les plus importants : Venus et l'Amour (palais du prince Ercolani) ; \' Enlèvement de Ganymède (palais du prince Esterhazy) ; le Tombeau du cardinal Lante, que l'on voit à Bologne, et surtout la statue de Saint François de Sales, son chef-d'œuvre, peut-être, qui figura à Saint-Pierre de Rome (1841). VHêbé, dont la reproduction jouit dans le commerce d'une certaine faveur, date de 1849. Le Pêcheur, non moins connu, appartient à l'année 1853. Les Enfants romains, groupe d'un sentiment remarquable, sont de 1856. M. Tadolini est depuis fort longtemps rofesseur de sculpture à l'Académie de Boogne. et en 1869, malgré son grand âge, il a exécuté un groupe colossal, l'Archange saint Michel, que lui avait commandé un Américain. M. Tadolini ne saurait être comparé ni à Rude, ni à David d'Angers, ni à Pradier, ni à Perraud. Il leur est inférieur à tous les points de vue. Il se place, néanmoins, après ces maîtres illustres, au premier rang des statuaires distingués de l'école moderne. — Mme Tadolini, sa femme, s'est fait connaître avantageusement par des gravures sur camées.
TADOLINI (Jean), .compositeur italien, né à Bologne en 1793. Il étudia de bonne heure la musique sous Mattei et Bubini et vint dès l'âge de seize ans à Paris, où, sous la direction de Spontini, il fut accompagnateur à la salle Veniadour, de 1811 à 1814, La Futa Alcina, qu'il composa plus tard pour Riibini, Zamboui etMfo Alareolini, obtint un immenso succès. Se livrant dès lors avec ardeur au travail, il écrivit successivement : la Principessa di Navarra, Il Credulo delusn, [l Tamerlano, Moctar, Il Mitridate, Almanzor et un grand nombre d'autres opéras qui furent tous favorablement accueillis à Venise, à Bologne, à Rome, à Milan et à Trieste. Bien que plusieurs de ces ouvrages aient joui à leur apparition d'une très-graude vogue, ils n'ont pus apporté la fortune à leur auteur, qui reprit, de 1830 à 1845, au Théâtre-Italien de Paris, son ancien emploi d'accompagnateur, emploi qu'il quitta ensuite pour accepter les fonctions ne régisseur général de la même scène. Il n'en a pas moins continué de se livrer à la composition et a publié dos romances-, des cantates et des rondos fort appréciés des connaisseurs. Il a dirigé, en 1842, avec MM. Tilmant et Tariot, l'exécution confiée à l'élite de la troupe italienne du Stabat de Rossini, si impatiemment attendu par les dilettantes,
TADOLINI (Eugénie), cantatrice italienne, femme du précédent, née à Florence en 1810. Elle fit dans cette ville ses premiers uébuts. Accueillie avec succès, elle alla chanter à Venise et vint ensuite au Théâtre- Italien de Paris. S'étant séparée de son mari en 1834, elle retourna dans sa patrie, se montra sur les principales scènes de la péninsule dans le répertoire courant et créa notamment divers rôles spécialement écrits pour elle par Doniïetti et Mercadante. Jusqu'en 1850, époque à laquelle elle a quitté le théâtre, cette cantatrice a joui d'une grande vogue, due surtout à une vocalisation facile et naturelle. Douée d'une certaine entente de la scène, inconnue d'ordinaire aux chanteurs italiens, elle apportait dans l'expression du sentiment beaucoup de goût, de charme et de vérité.
TADONA s. m. (ta-do-na), Ornith. Syn." de
TADORNE.
TADORNE s. f. (ta-dor-ne). Ornith. Nom vulgaire d'une espèce de canard, devenue le type d'un genre qui porte la même nom : La tadobnk est un peu plus grosse que le canard domestique. (Béton.) Aussitôt que les tadornes sont arrivées dans nos climats, elles se répandent dans tes plaines de sable, (V. de Bomare.) il Quelques auteurs font ce mot masculin.
— Encycl. Les tadornes sont caractérisées surtout par leur bec très-aplati vers le bout et renflé à la buse de la mandibule supérieure, qui décrit une ligne concave. La tadorne commune a on» ,60 de longueur totale; c'est, de tous nos canards, celui qui présente les cou-