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années principalement, le taïcoun a vu s'amoindrir et presque s'évanouir, par suite d'une coalition des gTands vassaux, l'autorité que l'Europe lui avait reconnue en traitant exclusivement avec lui.
TAÏCOUNAL, ALE adj. (ta-i-kou-nal, a-le — rad. taïcoun). Qui appartient, qui a rapport au taïcoun : Autorité taïcounalE.
TAÏCOUNAT s. m. (ta-i-kou-na — rad.
taïcoun). Autorité, dignité de taïcoun.
TAIE s. f. (tê. — Ménage et Diez rattachent ce mot au latin theca, venu du grec thêkê, étui, gaine, enveloppe; de theâ, forme redoublée tithémi, mettre, poser, placer, qui représente la racine sanscrite dhâ, poser, d'où aussi l'allemand thuen, anglais to do, lithuanien dedu, russe dt'et'u, gaélique deanam. Diez appuie cette origine du grison teija, teigia, gaine, q^ui s'accorde avec tneca, comme le grison speijia avec spica. Scheler regarde le mot taie comme représentant le bas latin lega^Ae légère, couvrir, qui représente la racine sanscrite sthag, même sens). Linge en forme de sac, qui sert d'enveloppe à un oreiller : Voyons, commençons d'abord par chaiiger les taies d'oreiller et les draps. (E. Sue.)
— Tache blanche et opaque, qui se forme quelquefois sur la cornée transparente.
— Eig. Cause d'aveuglement moral : Il est nécessaire de laisser tomber les grosses taies gue l'enthousiasme étei.d sur la prunelle de l'uuteur, dans la première ivresse d'une composition rapide. (Volt.) La taik classique lui est tombée de l'œil, et il vacille ébloui devant la lumière romantique. (Th. Gaut.)
— Encycl. Méd. Les taies de l'œil sont ordinairement la terminaison de blessures, d'ulcères ou de ces affections de la cornée désignées sous le nom de kératites. Elles sont, le plus souvent, produites par quelque dépôt ou infiltration de matière morbide, et elles peuvent occuper soit la membrane la plus externe de la cornée, soit les lames profondes de cet organe. Elles ne sont graves que lorsque leur position devient un obstacle à la vision. Elles peuvent siéger indifféremment sur le centre et sur la circonférence. Elles varient beaucoup dans leur degré d'opacité, et c'est à ce point de vue qu'on les a divisées en trois espèces : le nuage ounébute,l'albugo et le leucoma.
Le nëbule, ainsi nommé parce qu'il ressemble à un petit nuage, à une fumée, occupe seulement les lames superficielles de la cornée; dans ce cas, la vue est plutôt gênée qu'abolie. Si l'on regarde l'œil obliquement, on n'observe ni affaissement ni élévation dans le lieu occupé par la matière épanchée. Les taies de cette nature guéiissent assez bien ; c'est contre elles surtout qu'on a préconisé le calomel uni au sucre candi, le laudanum, l'huile de foie de morue, enfin tous les excitants. Le pronostic est peu grave; on a noté comme conséquence de cette lésion le strabisme, qui, du reste, disparaît le plus souvent eu même temps que la cause à laquelle il se rattache.
h'albugo est une tache qui occupe plusieurs lames de la cornée ; elle présente une couleur opaline, perlée ; elle fait un relief sensible, et elle est le résultat soit d'une pustule qui s'est guérie sans se crever, soit d'uu onyx, soit enfin d'un ulcère de la cornée. Quelquefois la tache est vasculaire. Elle disparaît rarement spontanément; aussi faut-il avoir le plus tôt possible recours aux différents moyens conseillés en cette occurrence. Outre les moyens ci-dessus indiqués, on peut faire usage des pommades de Janin, de Desault, et de Lyon. 11 est bon de savoir qu'ii faut varier le médicament, l'œil s'habituant facilement au contact du même agent, et ne pas commencer le traitement trop tôt, dans, la crainte de rappeler, par un traitement intempestif, une inflammation qui marcherait vers la décroissance.
Le leucoma est ordinairement le résultat d'une cicatrice, d'une destruction profonde du tissu de la cornée ; on le reconnaît à son aspect contracté et circouscrit. L'albugo est plus diffus, moins mat; le leucoma est souvent déprimé k son centre; il se trouve assez fréquemment combiné avec une adhérence de l'iris à la cornée. Le leucoma ne présente pas les mêmes caractères dans toute son étendue. Dans le point qui répondait au centre de l'ulcère, il y a leucoma proprement dit, c'est-k-dire une cicatrice blanche, indurée, indélébile, tandis que plus loin c'est un albugo; enfin, en s'éloignant du centre, ce n'est plus qu'un nuage De là la possibilité de modifier avantageusement un leucoma, pourvu qu'il ne réponde point au centre de la cornée, avec les moyens précédemment indiqués. Malgaigne a remis en honneur, vers 1850, une opération indiquée et pratiquée par Searpa; c'est l'excision des lames opaques de la cornée. Cette opération, appli-, cable aux taches superficielles très-opaques et fort anciennes de la cornée, a été pratiquée un certain nombre de fois par divers chirurgiens, avec des résultats assez différents.
En général, s'il existe une kératite qui soit la cause ou l'effet des taches, il convient de combattre l'inflammation par les antiphlogistiques et par les collyres excitants ou résolutifs. Quand il y a des vaisseaux de formation morbide pariant de la sclérotique et se prolongeant sur la cornée, il convient d'en faire l'excision ou l'ablation totale, si c'est
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possible. Lorsque le tempérament de l'individu est scrofuleux, lymphatique ou débilité, on doit avoir recours a un régime fortifiant, aux toniques, tels -que les ferrugineux, les bains de mer pendant l'été, plutôt que de combattre exclusivement l'affection locale.
TAIE ou THAI-L1LLAH (Abou-Bekr-Abdel-Kerim), calife abbasside de Bagdad, né en 927 de notre ère, mort en 1003. Il succéda, en 974, à son père, Mothy-Lillah, contraint par les milices turques d'abdiquer. Tuié dut, malgré lui, conduire ces milices contre l'émir Al-Omra Bakteiar, qui les battit, et retourna à Bagdad, où il vécut, ne portant qu'un vain titre et n'ayant aucune autorité réelle ; plus tard, il se vit contraint d'abdiquer (991) et rentra dans la vie privée.
TA1BF, ville de l'Arabie, région de l'Hedjaz, dans le grand chérifat de La Mecque. Ses environs, bien cultivés et arrosés par de nombreux canaux qui y portent la fertilité, sont plantés de palmiers et de vignes et produisent une grande quantité de légumes qui sont vendus à La Mecque.
TAIGNY (Emile), acteur, né à Paris en 1810, mort dans la même ville en 1875. Son père, originaire de la Normandie, laissa ses enfants libres de se choisir une carrière. Emile, le plus jeune des quatre fils, prit goût k la comédie dès l'âge le plus tendre. Il entra chez Comte en 1824 et suivit la troupe enfantine lors de son installation dans la nouvelle salle au passage Choiseul (1827). Engagé au Vaudeville, sous la direction de M. Etienne Arago, il débuta dans une pièce du répertoire, créa le rôle principal de la Dédaigneuse (1831) et se montra le plus sémillant abbé dans le personnage de Gondy de Un duel sous le cardinal de Richelieu. Il interpréta ensuite, avec le même succès, le jeune espiègle de Heine, cardinal et page (1832). De ce jour, Taigny n'eut plus de rival parmi les amoureux des théâtres de genre. Son grand triomphe fut surtout Faublas (1S33). Il donna un tel cachet à ce rôle travesti, que son nom est resté à l'emploi dont il a été en quelque sorte le créateur, celui des Taigny. Vers la même époque, il épousa sa cousine, qui venait de débuter au Vaudeville. Inséparables désormais, ils jouèrent ensemble : Un premier amour (1834); l'Octogénaire ou Adèle de Sénanges, André (1835); le Lrup et le Chien, Arriver à propos (1836) ; Trop heureuse au Un jeune ménage, Vouloir c'est pouvoir (1837), etc. Le 18 juillet 1838, le feu ayant détruit de fond en comble le théâtre de la rue de Chartres, Emile Taigny parcourut avec sa femme la province et y resta jusqu'en 1840. De retour à Paris, il eut, dit-on, l'idée assez singulière, pour un acteur qui avait créé Eaublas, de donner des représentations de nos anciens mystères. Malgré l'approbation de l'archevêque de Paris, ce théâtre religieux resta à l'état de projet, ce qui n'empêcha pas un peu plus tard Taigny de devenir, en 1850, le directeur très-mondain des Délassements- Comiques. Il expluita cette salle de spectacle pendant deux ans et y ramena la foule en reprenant les principaux rôles de son répertoire et en créant avec sa femme un grand nombre de pièces, parmi lesquelles nous citerons : le Cousin de Paillasse, Pendant l'orage, Chérubin et Figaro, Louis XI V et Napoléon, etc. En 1862 ou 1863, la compagnie de la Société nantaise se l'attacha en qualité de directeur de la scène a la Galté, ■ Personne, dit M. Victorien Sardou, parmi cuux qui ont collaboré avec lui à cette besogne difficile et irritante de la mise en scène, n'a plus que moi apprécié ses grandes qualités. » Il venait de faire répéter la Chatte blanche; on l'avait vu le jour même plein de vie et souriant; on le trouva le lendemain mort dans son lit, foudroyé par une attaque d'apoplexie. Comme auteur dramatique, on lui doit : l'Hôtellerie de Lisbonne, drame en trois actes, avec Hostein (théâtre Saint-Antoine, 1836, in-12). De toute sa famille il ne reste plus qu'un neveu, M. Emile Taigny, typographe à l'Imprimerie nationale.
TAIGNV (Telma Hërdlitz, dame Emile), actrice française, femme du précédent, née à Bordeaux en 1818. Enfant de la balle, elle vint k Paris avec sa mère, connue en province sous le nom d'Ëriiska. Recommandée par Tourelle, chef d'orchestre des Variétés, elle débuta k la salle de la rue de Chartres dans Ketly ou le Retour en Suisse. Elle s'y fit remarquer par son ingénuité et sa gentillesse. Comme elle donnait souvent la réplique au jeune premier de ce théâtre, elle l'écouta si bien qu'elle finit par l'épouser. Autant Emile Taigny avait le l'eu chaleureux et entraînant, autant M"« Erliska était fine et spirituelle. Elle a presque toujours joué au Vaudeville avec son mari et a créé, aux Délassements-Comiques, Satan ou le Diable à Paris, pièce qui eut alors beaucoup de vogue. Il y avait longtemps que, costumière à la Gaîté, elle avait renoncé à la scène, quand la mort sépara un couple dont on se plaît encore au théâtre à citer l'honnêteté.
TAI-HOU, lac de Chine, dans les provinces de Iiiang-nan et de Tche-kiang, a 145 kilom. S.-E. de Nan-king. Il a 225 kilom. de circonférence. Il reçoit un grand nombre de rivières et renferme plusieurs lies.
TAIIBI s. m. (tè-i-bi). Mania. Un des noms du sarigue, au Paraguay.
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TAÏ-KJ A, impératrice de Chine dans le milieu du xii» siècle av. J.-û. Jamais, dit-on, femme ne fut douée de plus de grâces, mais jamais aussi plus de grâces ne cachèrent méchanceté aussi grande. • Il fallait, dit l'auteur du Répertoire des femmes célèbres, Que tout cédât à son humeur impérieuse et que tout se réglât par ses caprices. Si les ministres manquaient de s'y conformer, il étaient aussitôt ou chassés du palais ou condamnés à mort. Elle persuada à son mari, Cheu, qu'il ne serait le maître de ses sujets qu'en répandant la terreur dans les esprits. Dans cette vue, elle inventa de nouveaux genres de supplice, et elle prenait un plaisir barbare à voir souffrir les plus cruels tourments aux malheureuses victimes de sa fureur. Sa conduite et celle de l'empereur excitèrent des révoltas, dont l'un et l'autre furent les victimes.
. TAÏKO-SAMA, empereur du Japon. V. Eiws- Josi.
TAILHAND (Adrien-Albert), magistrat et homme politique français, né à Aubenas (Ardèche) en i8io. Peu après avoir achevé ses études de droit, il entra dans la magistrature et fut nommé procureur du roi à Privas en 1844. Révoqué après la révolution de 1848, il , fut rétabli dans les mêmes fonctions à Drai guignan en 1849, puis devint successivement, . à Nîmes, avocat général, conseiller à la cour d'appel et président de chambre (1869).
M. Tailhand représentait, en outre, depuis ! 1865, le canton de Montpezat au conseil gé- ; néral de l'Ardèche, lorsqu'il fut élu, le 8 février 1871, député k l'Assemblée nationale. I 11 alla siéger à droite, dans le groupe des légitimistes, vota pour la paix, et se prononça contre toutes les mesures favorables à la liberté et k l'établissement de la République. Membre de la commission des grâces, il fut, en outre, membre de la commission des Trente, contribua à la chute de M. Thiers (24 mai 1873), et, après l'échec des tentatives faites pour restaurer la monarchie dite de droit divin, dont il se montra un des chauds adhérents, il vota pour l'établissement du septennat (19 nov. 1873). L'appui qu'il n'avait cessé de donner k la politique de réaction à outrance, inaugurée par le duc de Broglie, lui valut d'être nommé ministre de la justice à la place de M. Depeyra (22 mai 1874). Dans un discours qu'il prononça à Largentière au mois de septembre suivant, faisant allusion à ses espérances monarchiques, il dit : • Le vaisseau sur lequel nous sommes, longtemps battu par la tempête, a failli un jour rentrer au port. Les vents contraires l'ont rejeté de nouveau au milieu des flots; mais il ne faut pas perdre confiance et renoncer à la lutte: l'équipage est fidèle etdé- | voué, et, grâce k l'énergie du capitaine, le j navire rentrera triomphant au port. » A l'As- , semblée, je ministre de la justice ne se signala guère que par d'étranges prédilections en faveur des bonapartistes. Le bureau de la Chambre chargé de vérifier les pouvoirs de M. de Bourgoing, élu député de la Nièvre, lui ayant demandé communication des pièces des deux enquêtes faites k Paris et à Nevers sur le comité bonapartiste de l'appel au peuple, M. Tailhand se refusa à faire la communication demandée (7 septembre 1874). Il conserva la même attitude en présence des réclamations faites, au même sujet, par la grande commission parlementaire, chargée par l'Assemblée de procéder à une enquête sur les agissements des bonapartistes. M. Tailhand vota contre la loi du Sénat (24 février 1875) et contre la constitution républicaine définitivement instituée le lendemain. Treize jours plus tard, le 10 mars, il dut quitter le ministère dans lequel il avait joué un si piètre rôle, et fut remplacé par M. Dufaure. Depuis lors, il est intervenu dans les discussions relatives a. l'élection de M. de Kerjégu (24 juin) et à celle de M. de Bourgoing dans la Nièvre (3 juillet), a voté la loi sur l'ensei^neraentsupéneur, etc., eta échoué dans l'élection des sénateurs nommés par l'Assemblée eu décembre 1875.
TA1LH1É (Jacques), historien français, né à Villeneuve, près d'Agen, au commencement du xvnie siècle, mort vers 1778, Tout ce qu'on sait de sa vie, c'est qu'il entra dans les ordres. Disciple de Rollin, il entreprit d'abréger ses ouvrages pour en faciliter la lecture a la jeunesse, puis écrivit lui-même quelques livres. Nous citerons de Tailhié : Abrégé de l'histoire ancienne de Rollin (Lausanne, 1744,5 vol. in-12); Abrégé de l'histoire romaine (du même), avec des réflexions critiques, pulitiques et morales (Paris, 1755, 4 vol. in- 12); Histoire de Louis XII (Paris, 1755, 3 vol. in-12), écrite avec une plate simplicité ; Abrégé chronologique de l histoire de la société de Jésus (1759, 2 parties in-12); Portrait des jésuites (1762, in-12). Onlui attribue : Histoire des entreprises du clergé sur la souveraineté des rois (1767, 2 vol.) ; Traité de la nature et du gouvernement de l Église (Berne, 1778, 3 vol. in-12).
TA1LLAB1MTÉ s* f. (ta-lla-bi-li-tè; II mil. — rad. taitlable). Kéod. Etat de celui qui est taillable : En 1762, on s'occupa, en Savoie, du rachat de la taillabilitb. (A. Blanc.)
TAII»LABLEadj (ta-lla-ble; Il mil. — rad. tailler). Féod. Sujet k la taille : Homme ia.illable et corvéable à merci. Province taillable, Terre taillablb. Les officiers attachés à une maison royale n'étaient point taillablus.
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Le* Anglais votaient déjà librement l'impôt lorsque les contribuables en France étaient encore taillables et corvéables à merci. (L. Faucher.)
— Substantiv, Personne taillable : Lorsque le collecteur marchait sans huissiers, les taillables ne voulaient pas payer. (De Tocqueville.)
TAILLABLIER s. m. (ta-lla-bH-é; Il rail, — rad. taillable). Féod. Seigneur qui avait le droit d'exiger la taille, il Peu usité.
TAILLADES, f. (ta-]]a-de ; II mil rad.
tailler, dans le sens de couper). Coupure, entaille dans les chairs : Je me suis fait une taillade au menton, en me rasant.
— Coupure en long faite dans une étoffe, dans un habit, soit par maladresse, soit pour laisser paraître un vêtement de -, dessous ou une doublure ; Il n'y a plus rien à faire de ce coupon dedrap après une telle taillade. Vous me préparerez mes hauts-de-chausses et mon pourpoint à taillades.
— Par ext. Coupure en long, en général : Faire des taillades dans un arbre. Au-dessus de cette porte, ou voyait les armes des seigneurs de Cambourff et les taillades à travers lesquelles sortaient jadis les bras et les chaînes du pont-levis. (Chateuub.)
— Ane. art milit. Sorte d'épée tranchante.
TAILLADE, village de Vaucluse, cant. et à b kilom. de Cavaillon, arrond. d'Avignon; 370 hab. Ruines d'un vieux château, chapelle romane, et magnifique source du Boulon.
TAILLADE (Paul-Félix-Joseph Tailliadb, dit), acteur, né à Paris en 1826. Privé des soins maternels, il fut élevé à la campagne jusqu'à l'âge rie sept ans et termina ses études au collège Charlemagne. Orphelin, en quelque sorte, et poussé par sa vocation, il entra, d'après les conseils de MIIe Mars, au Conservatoire en 1846, et dut pour vivre donner des leçons de français et de calcul dans des écoles élémentaires. M. Taillade débuta avec succès l'année suivante, à la Comédie-Française, par le rôle de Sfide dans Mahomet. Il interpréta également bien Egis- Che de Mérope et Ciinias de la Ciguë; mais il réussit moins dans Vulère de Tartufe. Engagé en 1848 à la Galté, il créa André Chénier dans Marceau ou les Enfants de la République, d'Anicet Bourgeois et Michel Masson. 11 ne jouait guère que des rôles peu importants, quand il se révéla, au Cirque-National, dans Bonaparte ou ]?s Premières pages d'une grande histoire (1850). Deux acteurs de l'ancien boulevard du Temple, Gobert et Friquerie, dit Edmond, s'étaient fait connaître particulièrement pour avoir reproduit avec fidélité le type de Napoléon. Cependant ils n'avaient pas encore personnifié tout à fait Bonaparte ; Taillade s'incarna dans le Vainqueur de Lodi ; il en avait le masque, la parole et le geste. Devenu pensionnaire de l'Ambigu-Comique en 1858, à l'époque de la direction de Charles Desnoyer, il y joua plusieurs rôles, entre autres celui de Lionel dans Berthe la Flamande, de Constant Gueronlt. Il retourna à la Galté, fut bien accueilli dans l'Ane mort, de Théodore Barrière et Jaime (1863), et mérita les plus vifs applaudissements dans Odoard du Sanglier des Ardennés, d'Kmile Vanderbueh (1354), et dans Pierre Boriloff du Masque de poix, de Benjamin Antier et Mocquart (1855). Revenu au Cirque en 1856, il ne craignit point de reprendre après Rouvière le rôle de Charles IX dans la Reine Margot, et déploya une grande souplesse de talent en représentant deux personnages tout opposés, Darnley de Marie Stuart en Ecosse et Jacques des Deux faubouriens (1857). C'est vers la même époque et sur le même théâtre qu'il donna, en collaboration, deux drames que nous mentionnons plus loin et dans lesquels il joua les principaux rôles. Il reprit à la Galté, en 1858, le rôle de Mautilàtre des Chiens du Mont- Saint- Bernard, et à la Porte Saint-Martin, avec plus d'autorité, Gauthier d'Aulnay de la Tour de i\esle. 11 resta à l'Ambigu juste le temps d'y créer Raoul dans, i'Outrage, de Théodore Barrière et Plouvier (1859), puis passa immédiatement au théâtre de la Porte- Saint-Marlin, où il obtint un éclatant succès dans la Jeunesse de Louis XI, de Jules Lacroix. M. Taillude interpréta ensuite Charles- Quint du Gentilhomme de la montagne, d'Alexandre Dumas (1860), Jean Ferrhr des Volontaires de 18U, de Victor Séjour, et ne fit pas regretter Ligier a une reprise de Richard III (1862). Toutes ces créations avaient fait de Taillade un des plus puissants acteurs du drame moderne; il ne lui manquait plus que de s'élever à la même hauteur dans la tragédie. Il eut cette bonne fortune à l'Odéon, le soir où il parut devant la rampe sous les traits de Macbeth (1863), aux acclamations d'un public enthousiasmé. De ce jour, i! semblait tout naturellement destiné à la Comédie-Française. Elle le laissa descendre de ce sommet pour jouer à l'Ambigu don Curlos des Fils de Charles-Quint, de Victor Séjour, et le trop fameux Rocambole de Ponson du Terrail ( 1864 ). Apres avuir créé au même théâtre, eu 1866. François Renaud dans la bfryère d'iory, di Lambert-Thiboust et Grange, il revint à l'Odéon et obtint de plus légitimes bravos en remettant en honneur surle théâtre de la rive gauche le grand répertoire. 11 interpréta tour à tour Oreste d'Andromaque, Néron de Bri-
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tannicus, Abner d'Athalie, le Cid, Polyewte et surtout VCEdipe, deVoltaire, puis prêta une physionomie touchante et poétique au pauvre Tom, le paysan fou du Roi Lear, de Jules Lacroix (1868). Depuis, il a joué successivement Didier dans la pièce de ce nom, de Pierre Berton; Renaudie dans Jeanne de Ligneris, de Marc Bayeux (septembre 1868) ; Vibeit dans le Drame de la rue de la Paix, de Belot (novembre 1868); Saint-Just dans les Blancs et les Bleus, d'Alexandre Dumas (Châtelet, mars 1869) ; Brute, à une reprise de Lucrèce (Odéon, avril 1869); Gennaro de Lucrèce Borgia (Porte-Saint-Martin, février 1S70) ; Michel Patiper dans le drame de ce nom , de M. Henri Becque (Porte-Saint-Martin, juin 1870). Ce dernier rôle serait peut-être sa meilleure création, si cette pièce eût pu se maintenir au répertoire. Aux matinées littéraires de M. Ballunde, il contribua au succès de Dlm le parricide, tragédie en cinq actes de M. Parodi (1870).
Taillade, pendant le siège, resta à Paris avec sa femme et son fils et récita à l'Opéra l'Expiation, de Victor Hugo, ce qui lui valut plusieurs ovations. Depuis la guerre, il a créé ou repris un grand nombre de rôles, notamment : en 1871, à Cluny, Richard d'Àrlington, en 1872, auChâteau-d'Eau, le Spectre de Patrick, de Cadol; Duhamel des Bonnes filles, de Paul Manuel ; en 1873, à l'Odéon, Orestès des Erynnies, de Leconte de Lisle; à la Porte-Saint- Martin, Simon Bernard de Marie Tudor; le roi de Henri 111 et sa cour; aux matinées littéraires de la Gaîté, Caïn, drame en vers, de M. Alexandre Laya; à l'Ainbigu-Comique , Gaston de Saint-Harem d'Un lâche, de Tourroude; en 1874, à la Porte-Saint-Martin , Pierre le rémouleur des Deux orphelines, de Dennery et Cormon, une de ses plus heureuses créations; Philippe II de Don Juan d'Autriche. Au mois d'avril 1875, il joua enfin au Châtelet Cromwelt, ouvrage posthume de Victor Séjour. La représentation fut troublée par les royalistes, qui y cherchèrent des allusions politiques auxquelles d'ailleurs le sujet prêtait beaucoup. Interdite pendant quinze jours par le gouverneur de Paris, cette pièce n'attira plus Je public dès qu'on cessa d'y voir une cause de trouble et de désordre. On a si-
fnalé dans la presse l'agonie de Cromwell, si ien rendue par Taillade au cinquième acte. On a de lui, comme auteur dramatique : le Château des Ambrières, drame en cinq acte» et dix tableaux, avec Théodore Barrière ; il jouait René (Cirque-National, 1856); Charles XII, drame historique en cinq actes et douze tableaux, avec Eustache Lorsay; il remplissait le rôle du roi (Cirque-National, 1857;; le Contrat rompu, drame en cinq actes et six tableaux; il interprétait Jean-Marie (Beaumarchais, 1858); les Catacombes de Paris, drame en cinq actes et six tableaux (Beaumarchais, 1859) ; André Rubner, drame en cinq actes et six tableaux, avec Paul Fêtedoux (Porte-Saint-Martin, 1862) ; le Gladiateur de Ravenne, tragédie en cinq actes, de M. Frédéric Halm, adaptée à la scène sur un texte français (Ambigu-Comique, 1870).
Taillade compte jusqu'à présent dans sa carrière d'artiste, cinq grandes créations : Bonaparte, la Jeunesse de Louis XI, Macbeth, Michel Pauper et les Deux orphelines. Elles suffisent pour le placer au rang des acteurs les plus en renom de ce temps-ci.
TAILLADER v. a. ou tr. {ta-lla-dé; Il mil.
— rad. taillade). Faire des taillades, des entailles sur : Taillader les chairs. Taillader les manches d'un pourpoint. Il y eut un silence; Gringoire tailladait la table avec son couteau. (V. Hugo.) Il crut voir un Kabyle et chercha son sabre pour taillader ce gringalet. (G. Sand.)
— Fig. Faire des coupures à, dans l'œuvre de : La censure a tailladé ce drame. Les comédiens mi 'ont taillade assez mal à propos, mais tout sera réparé à ta reprise. (Volt.)
TAILLADIN s. m. (ta-lla-dain ; Il mil. — rad, taillade). Techn. Tranche mince d'orange ou de citron.
TAILLAGE s. n). (ta-l!a-je ; H mil. — rad. tailler). Féod. Action de percevoir la taille.
TAILLAIRE s. m. (ta-llè-re ; Il mil. — rad. taille). Féod. Collecteur, receveur de tailles.
TAILLANDERIE s. f. (ta-llan-de-rî ; «mil.
— rad. taillandier). Métier, art, commerce du taillandier. Il Ouvrage de taillandier.
— Encycl. Techn. Le taillandier fubrique les outils propres à tailler, par conséquent haches de charpentier, planes de charron, couperets, l'ers de rabot, ciseaux de menuisier et de sculpteur, rabots à pierre et à plâtre, calibres de moulures, serpes, cognées, doloires, coutres, taux, cisailles, pics, pioches, bêches, houes, etc. La coutellerie est elle-même une des branches de la taillanderie. Parmi les taillandiers , les uns ne travaillent que les gros ouvrages, haches, couperets, planes, ciseaux à pierre et ciseaux de charpentier, qui sont des ouvrages de forge et de lime ; d'autres ne se chargent que des lames de rabot, des ciseaux et gouges à bois pour menuisiers et sculpteurs sur bois, des ciseaux pour tailleurs et couturières j d'autres, enfin, ont pour spécialité les travaux de précision qui sont des ouvrages de lune et de meule, tels que les fers de rabot à moulures, les calibres pour ravalements et les autres pièces en acier fondu ou en fer forgé, recuit et trempé, ou d'autres
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instruments où le ter est ajusté soit avec le bois, soit avec un autre métal.
Les connaissances techniques que doit posséder le taillandier sont celles de la forge, du travail d'établi, c'est-à-dire du maniement de la lime, des forets, du tareau, de l'étampage, du travail de la meule et surtout de la trempe et de la cuisson du fer et de l'acier. Les gros ouvrages sont fabriqués avec des fers de qualités différentes, selon les usages auxquels ils sont destinés. Pour les charpentiers, le fil des outils doit être solide : pour le travail de la pierre, ce fit n'existe même pas, la matière étant trop dure pour être entamée par lui ; elle ne l'est que par le choc du fer chassé par le marteau. Pour les outils qui doivent servir à façonner le plâtre et pour les calibres de ravalement dont se servent les maçons pour dresser les moulures en plâtre, le fil n'existe pas davantage ; seulement, comme la matière est ici beaucoup plus tendre et cède facilement à l'action du fer, le fer est aminci sur les bords autant qu'il est nécessaire pour couper le plâtre sans le raysr.
Les calibres que fabriquent les taillandiers sont exéctités de la manière suivante : l'architecte trace le profil des moulures dans la grandeur d'exécution; ce profil est ensuite chantourné, c'est-à-dire découpé très-exacteuient dans des planches de peuplier; quand il est ainsi préparé, il est porté chez le taillandier, qui doit fabi quer un fer présentant sur l'un des côtés un contour semblable a celui qui est indiqué par le profil et l'ajuster avec la planche découpée, ce qui forme une sorte de rabot dont les maçons se servent pour dresser les moulures des, façades.
Le travail est h peu près le même quand il s'agit des rabots à moulure employés par les menuisiers, les ébénistes ou les mouluriers. Mais ici la lame est en acier, d'une trempe assez douce pour ne point casser sous l'effort et d'un fil assez fin pour couper le bois franchement, quelle que soit sa résistance. C'est cette trempe, obtenue avec la graisse ou l'huile, qui fait la principale qualité de l'outil et qui prouve la science du taillandier. Trop médiocre, elle laisse le fil s'émousser dès que le bois présente une certaine dureté; trop sèche, elle le fait casser. Les outils des menuisiers, sculpteurs, ébénistes ne sont pas fabriqués entièrement en acier; mais une longue lame mince, qui forme le fil, est en acier fin et est soudée avec une autre lame de fer doux recuit et trempé; cette dernière partie n'est point destinée à couper; elle sert simplement de soutien par sa résistance et son poids à la lame d'acier, qui, trop mince pour supporter seule l'effort ou le choc, casserait inavitablement si elle n'était soudée à cette autre lame de fer beaucoup plus résistante. Cette soudure doit être pratiquée de façon à être partout égale et complète, de telle sorte que rien ne puisse amener la séparation des deux lames. Quelque étroite qu'elle soit, elle est presque toujours visible pour un oail exercé, et elie est rendue encore plus sensible par la différence de poli, de grain , de nuance qui distingue l'acier du fer. Aussi est-ce toujours une précaution utile que de vérifier, en achetant un outil, les conditions de cette soudure, l'épaisseur et la qualité de l'acier, qui ne doit être ni trop blanc ni trop bleu; dans le premier cas, il n'est pas assez trempé, dans le second il l'est trop.
La taillanderie anglaise est, avec raison, une des plus renommées ; depuis longtemps déjà ses produits sont recherchés par les ouvriers, qui trouvent dans un bon outillage de très-grands avantages, une meilleure exécution, une économie de temps et un véritable auxiliaire qui vient singulièrement en aide a leur habileté. Depuis le traité de commerce, l'importation anglaise, en ce qui touche les articles de taillanderie, s'est accrue en France. Cependant les ouvriers français font, en cette industrie, une sérieuse concurrence à la production anglaise; mais ils sont forcés de lui emprunter, dans un grand nombre de cas, ses aciers, favorisée qu'elle est par la qualité supérieure des produits qui sortent de ses métallurgies.
Le taillandier fabrique tous les instruments de labourage; aussi comprend-on sans peine quelle est l'importance considérable du métier de la taillanderie , combien il est nécessaire que celui qui l'exerce possède des connaissances étendues. Le taillandier doit savoir travailler également le fer, l'acier, le bronze et le bois, puisque toutes ces matières entrent dans la confection dels outils qu'il doit journellement fabriquer. Il doit aussi connaître le maniement de ces outils afin de pouvoir leur donner la forme et les dispositions convenables au but que l'on se propose d'atteindre par leur usage. Il ne doit pas agir simplement par routine, ni fabriquer par tradition comme fabriquait son père ; il doit tenir compte, dans sa fabrication, des progrès contemporains et remédier sans cesse aux défauts reconnus des anciens instruments ; il doit se tenir au courant des besoins qui se révèlent dans l'agriculture et dans le commerce, afin de pouvoir sans cesse livrer au public des outils qui répondent à ses besoins. Les bons résultats de la culture sont liés à la bonne construction des outils qu'elle emploie, et, par conséquent, à l'habiieié, à l'intelligence et aux connaissances pratiques de celui qui les fabrique. L'état du taillandier n'est donc pas un état vulgaire, et l'on
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peut dire que le bon ouvrier dans cet art industriel rend toujours au pays qu'il habite les plus -grands services.
On ne voit pas, cependant, qu'il se soit formé dans le moyen âge des corporations de taillandiers, comme il s'en était fortrè dan^ les autres industries ; ce résultat s'explique par la dispersion même des taillandiers dans les hameaux et par la presque impossibilité dans laquelle ils étaient, par suite, de s'entendre entre eux pour fonnet des associations. La taillanderie de certaine villes fut pourtant célèbre: Fois (Ariégej,. Toulouse , Orléans , Versailles , Nantes »•' plusieurs autres cités acquirent un renom dans cet art. On estima aussi beaucoup la taillanderie de la Franche-Comté, dont les forges fabriquaient ce fer au bois qui fut reconnu pour être le meilleur dans la coutellerie et dans la fabrication des outils tranchants en générât. Aujourd'hui, le fer au bois a à peu près disparu du commerce, et cette industrie franc-comtoise a été presque entièrement ruinée, tant par la concurrence étrangère qu'a éveillée le libre échange que par l'emploi du coke dans l'industrie métallurgique.
Au reste, la mécanique moderne a enlevé beaucoup de son importance à la taillanderie, et notamment la mécanique agricole, qui, d'une part', fournit à l'agriculteur des machines que l'homme n'a plus qu'à diriger et surveiller, et, d'autre part, fabrique elle-même les instruments qui doivent être directement maniés par la main de l'homme. Ces produits de la mécanique sont beaucoup moins chers que ceux du taillandier et aussi bons. Par suite de cette invasion des machines à travailler et à 'fabriquer des outils, la taillanderie moderne en est presque réduite aux réparations, aux raccommodages et à la fabrique des outils assez grossiers, pelles, pioches, etc.
TAILLANDIER s. m. (ta-llan-dié ; // mil. — rad. tailler). Ouvrier qui fabrique de gros outils propres à tailler et à couper, comme haches, cognées, faux, serpes, etc. : Il a fallu tant de fer, qu'un taillandier s'est transporté dans le bourg et s'en est très-bien trouvé. (Ba!z.)
— A signifié Tailleur d'habits.
— Encycl. V. taillandërib.
TAILLANDIER (Charles-Louis), érudit et bénédictin français, né à Arraseu 1705, mort à Paris en 1786. Il fit profession à l'abbaye de Jmniéges en 1727, se consacra particulièrement à l'étude des antiquités nationales, reçut un riche bénéfice et obtint le titre d'abbé régulier in partibus. On a de lui : Projet d'une histoire générale de Champagne et de Brie (1738, in-4°), excellente dissertation. Quant à l'histoire générale qu'il annonçait, Taillandier ne put l'écrire, ayant été obligé d'interrompre les recherches qu'il faisait en Champagne. Il fit paraître ensuite le Dictionnaire de ta langue bretonne, de dom Le Pelletier, avec une préface; une Lettre sur les différentes translations du corps de saint Maur (Paris, 1749), etc.
TAILLANDIER (A.-L.), jurisconsulte etmagistrat français, né à Sens en 1754, mort en 1832. Il étudia le droit à Paris, où il exerçait avec distinction la profession d'avocat quand éclata la Révolution. Ardent partisan de la royauté, Taillandier lutta de toute son énergie contre les justes revendications des droits de la nation. Arrêté comme suspect, il passa plusieurs mois en prison, et ne dut qu'à la sollicitude de ses anciens confrères d attendre, oublié dans sa prison, un moment favorable pour être délivré. Lors de la réorganisation du pouvoir judiciaire, il se fit inscrire comme avocat k Paris. Sollicité par le gouvernement impérial d'entrer dans la magistrature, il refusa toutes les places qui lui furent offertes, déclarant qu'il ne consentirait jamais à servir un gouvernement issu de la Révolution, Il tint parole et conserva sa position au barreau jusqu'en 1815. Il accueillit avec enthousiasme le ri-tour des Bourbons, et reçut au commencement de la seconde Restauration ht présidence du tribunal de sa ville natale, fonctions qu'il conserva jusqu'à sa mort. Taillandier publia diveiis ouvrages. Ses Lettres à mon fils, sur les causes, la marche et les effets de la Révolution française, eurent en 1820 un assez grand retentissement. Les libéraux avancé-, attaquèrent l'esprit réactionnaire qui s'y faisait jour, tandis que les royalistes ultra accusaient l'auteur de jacobinisme. Toutefois, on y trouve quelques réflexions sages, impartiales, surtout lorsqu'il engage les partis à prendre pour but commun la grandeur et le développement de la France. Seize lettres parurent en, 1820; la dix-septième ne fut publiée qu'en 1823. Elle» furent réunies eu 1830 en 2 vol. in-8°, sous ce titre : l'An/ire'uoiud'onnaire ou Lettres à mon fils. Il ne faudrait pas juger l'ouvrage d'après ce titre assez maladroit. Conseiller de maintenir les glorieuses conquêtes de la Révolution en les dégageant de tout ce qui porte l'empreinte trop actuelle de» événements qui les ont accompagnées, ce n'est pas là faire précisément de la contre-révolution. A la même époque, Taillandier collaborait fort activement à divers journaux, où il soutenait les théories constitutionnelles. En 1821, il publia les Réflexions sur ta charte (Paris, 1821, 1 vol. in-soj, et en 1822 nu mémoire, sous le litre de : Banque foncière ou
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territoriale. C'est dans ce mémoire que l'on trouve la première pensée des banques hypothéenires qui devaient acquérir un si grand développement et donner naisances aux grands établissements tels que le Crédit foncier.
TAILLANDIER (Alphonse-Honoré), jurisconsulte, magistrat et homme politique, né à Paris en 1797, mort dans la même ville en 1867. Fils d'un avoué au tribunal de Paris, il suivit les cours de la Faculté de droit et, à vingt-trois ans, il se fit inscrire au barreau. Taillandier débuta en même -temps dans la presse et collabora successivement au Lycée, a la Thémis, à laiï evue encyclopédique, etc. Kn 1883, il devint avocat à la cour de cassation. En quelques mois son cabinet devint le rendez-vous des plaideurs libéraux. Les procès de presse, de sédition, de société secrète étaient fort nombreux à. cette époque. Taillandier partagea avec Isambert le dangereux honneur de défendre devant la haute cour les condamnés politiques des cours d'assises et des tribunaux correctionnels. A trente-quatre ans, la position de Taillandier était faite au barreau. Son talent, son courage, ses opinions l'avaient mis à la tête de sa compagnie. La révolution de 1830 arriva, Dupont de l'Eure, qui estimait beaucoup le jeune avocat, le fit nommer conseiller à la cour royale de Paris. Cette haute position avait l'avantage de ne pas être soumise aux caprices du pouvoir et de laisser, par son inamovibilité, une entière indépendance au magistrat. Fort libéral sous Charles X, Taillandier n'avait pas renoncé k l'opposition. Bien que magistrat nommé par le ministre, il conserva son droit de critique. Il avait été nommé conseiller le !S septembre 1S30. Quatre mois après, le 31 janvier 1831, il présida la cour d'assises chargée de juger deux écrivains éminents, Lamennais et Lacordaire, dont le ministère public présentait les publications comme de violentes attaques contre le gouvernement et même la société. Le président de la cour laissa se développer la défense, et le public fut frappé des encouragements tacites qu'il lui prodigua, de la protection dont il semblait l'entourer. En juillet 1831, les électeurs d'Avesnes l'envoyèrent à la Chambre des députés. Dans cette nouvelle position, Taillandier ne faillit pas à ses antécédents. Siégeant dans les rangs de l'opposition constitutionnelle, il eut pour alliés lesThiers, lesRoyer-Coliard, tous ces grands esprits qui , de leur siège de député, s'efforçaient de maintenir le gouvernement dans la voie du progrès et dans les principes de la charte. Champion déclaré de toutes les questions d'humanité et de progrés, Taillandier soutint avec beaucoup d'énergie la motion qui demandait l'abolition de la morteivile. L'honorable magistrat fut encore un des plus zélés partisans de la réorganisation de l'instruction primaire, et il prêta un concours très-actif et très-utile aux rédacteurs de la loi et à la commission chargée de l'exécution. Taillandier ne bornait pas son action aux travaux de la Chambre. En 1832, il présidait la cour d'assises de Paris, quand elle eut à juger la conspiration dite de la rue des Prouvaires. Sa fermeté, Sa modération, sa haute impartialité lurent universellement approuvées. La législature n'était alors que de trois ans. En 1834, de nouvelles élections eurent Heu. Vivement combattue par le gouvernement,qui s'effrayait plus encore de l'opposition constitutionnelle que de l'opposition avancée, la candidature de Taillandier échoua à Avesnes. Rendu à ses travaux de jurisconsulte, ce magistrat profita de ce repos pour donner - ses soins aux publications dont nous parlerons plus loin. En 1837, Cambrai et Avesnes nommèrent Taillandier député. 11 opta pour la première de ces villes et resta jusqu'en 1842 le député de Cambrai. A cette époque, iL échoua; mais l'année suivante un mandat devenait vacant à^ Paris, et le IIIe arrondissement choisissait Taillandier pour le représenter. La révolution de 1848 amenait au pouvoir les anciens amis et les camarades de combat de Taillandier. Le gouvernement provisoire connaissait son énergie, son talent, son éloquence. Il lui offrit les fonctions de procureur général à la cour d'appel Je Paris. Taillandier refusa, préférant la présidence du comité d'organisation des bibliothèques. C'était poursuivre encore le projet qu'il avait si vaillamment soutenu à la Chambre, la vulgarisation de l'instruction. 11 entra en fonction le 15 mars 1848; quelques mois après, le 25 juillet, il acceptait les fonctions de secrétaire général du ministère de la justice, qu'il devait quitter le 11 novembre suivant, pour entrer comme conseiller à la cour de cassation. Les rapports qu'il fut chargé de faire se distinguant par les hautes qualités qui avaient fait le succès de ses plaidoiries : une grande clarté dans l'exposition, une discussion pleine de logique et d'érudition, un style toujours élégant et pur, une netteté de jugement peu commune. Ses remarquables discours ont souvent rallié la cour à son opinion, et il a eu l'honneur de faire prévaloir son avis sur des points de droit très-controversés. Ses principaux ouvrages sont : Re- ^ueil de.s anciennes fou françaises depuis l'an 420 jusqu'à la Révolution de 17S9, comprenant la notice des principaux monuments des Mérovingiens , des Carlovingiens et des Capétiens, et le texte des ordonnances, édits, déclarations, lettres patentes, règlements, etc.,
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de la troisième race qui ne sont pas abrogés on qui peuvent servir à l'interprétation, etc. (Paris, 1881-1830, 23 vol. in-8°), en collaboration avec .lourdan, Deorusy et Isumbert; Réflexions sur les lois pénales de France et d'Angleterre (Parts, 1824, i«-8") ; Commentaire sur l'ordonnance des conflits (1er juin 1828), ouvrage contenant les travaux de la commission, le rapport de M. de Cormenin, la législation étrangère sur la matière (Paris, 182S,in-8°) ; Traité de la législation concernant les manu factures et ateliers dangereux, insalubres et incommodes, etc. (Paris, 182S, in-8°).
TAILLANDIER ( René - Gaspard - Ernest Taillandier, dit Saint-René), littérateur, parent du précédent, né a. Paris en 1817. Son père, René Taillandier, était un avoué, qui, pendant ses loisirs, s'adonnait à la poésie et qui composa notamment un poôtne intitulé : la Guerre d'Espagne (1824, in-8°). Comme son fils avait ie même prénom que lui, on donna à l'enfant, pour les distinguer, le prénom de Saint- René, qu'il a conservé depuis. M. Saint- René Taillandier fit ses études au collège Charlemagne et obtint le prix d'honneur de philosophie au concours général de 1836. 11 étudia ensuite le droit, fut reçu licencié en droit et licenciées lettres en 1839 et partit l'année suivante pour l'Allemagne. La il suivit les cours de i'universitè de Heidelberg, puis se rendit à Munich, ou il entra en relation avec le célèbre Schelling. De retour en France, il fut envoyé à la Faculté des lettres de Strasbourg, en qualité de professeur suppléant de littérature (novembre 1841). Deux ans plus tard,. M. Saint- René Taillandier passa son doctorat, et, à partir de ce moment il devint un des plus actifs collaborateurs de la Revue des Deux-Mondes. Cetto même année 1843, il alla professer commo suppléant la littérature française à la Faculté de Montpellier. Après avoir occupé la même chaire en qualité de professeur en titre de 1846 à 1863, il revint à Paris et suppléa à la Sorbonne M. Saint-Marc Girardin dans sa chaire de poésie. En 1868, il obtint, toujours à la Faculté des lettres de Paris, la chaire d'éloquence française, qu'il n'a cessé d'occuper depuis. Appelé, le 15 janvier 1870, au poste de secrétaire général du ministère de l'instruction publique, M. Saint-ttené Taillandier devint peu après conseiller d'Etat hors section et membre du conseil supérieur de l'enseignement secondaire spécial. Après la révolution du 4 septembre 1870, M. J. Simon, devenu ministre de l'instruction publique, le conserva dans ses fonctions de secrétaire général, dont il se démit le 17 août 1872, parce qu'il n'avait pas été nommé conseiller d'Etat en service extraordinaire. Le 16 janvier 1873, M. Taillandier a été élu membre de l'Académie française en remplacement de M. Gratry. C'est un écrivain distingué, un observateur impartial et généralement bienveillant, à qui l'on doit de remarquables études sur la littérature étrangère, particulièrement suc celle de l'Allemagne et de la Russie. Indépendamment de ses très-nombreux articles publiés dans la Revue des Deux-Mondes, dans \n Biographie générale, les Dictionnaires de Dézobry, etc., on lui doit : Bëatrix , potiine (Paris, 1840, in-S°); Des écrivains sacrés au xixa siècle (1842, in-go), discours d'ouverture de son cours ; De summa providentia dissertatio academica (1S43, in-8<>) ; Scot Erigène et la philosophie scolaslique (LS43, in-8<>} ; Histoire de ta jeune Allemagne, études littéraires (1849, in-8°) ; Etudes sur la révolution en Allemagne {1&53, 2 vol. in-go), recueil d'articles; la Promenade du Peyrou et la cathédrale de Montpellier (1854, in-18) ; Allemagne et Russie, études historiques et littéraires (1856, in-18); le Poète du Caucase ou la Vie et les œuvres de Michel Lermoutoff (1856, in-18); Histoire et philosophie religieuse (1860, in-18) ; Littérature étrangère, écrivains et poètes modernes (1S61, in-18); la Comtesse d'Albany (1802, in-18); Lettres inédites de Sismondi (1863, in-18); Maurice de Saxe (1865, 2 vol. in-18), livre plein d'intérêt; Corneille et ses contemporains (1864, in-8») ; Drames et romans de la vie littéraire (1870, in-8°) ; la Serbie, Ktira George et Milosch (1871, in-8»); Introduction aux Fables de La Fontaine (1873, in-S") ; Dix ans de l'histoire d'Allemagne (1875, in-boj, étude rétrospective qui éclaire bien des parties obscures de l'histoire de ces dernières années; le Général Philippe de Ségur,sa vie et sou temps (1875, in-8u), etc.
TAILLANT s. m. (ta-llan; Il mil. — rad. tailler). Tranchant, partie coupante d'un outil ou d'une arme : Le taillant d'un couperet, d'une hache.
— Techn. Couteau circulaire d'une fenderie : La fenderie se compose de deux systèmes de taillants, faits en acier ou en fer aciéré, montés sur des arbres en fonte et séparés par des disques de même épaisseur, mais d'un plut petit diamètre, qui les maintiennent à une distance égale à la largeur des verges que l'on veut fabriquer. (Debette.)
TAILLÀSSOPf (Jean-Joseph), peintre et écrivain français, né k Blaye, près de Bordeaux, en 1746, mort à Paris en 1809. Il était fils d'un négociant, qui lui fit donner une excellente instruction. Poussé par son goût pour les arts, il se rendit en 1764 à Paris, où il suivit les leçons de Vien. Taillasson concourut en 1763 pour le prix de Rome, mais n'obtint que le troisième et partit en 1773,
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aux frais de sa famille, pour l'Italie, où il passa quatre ans à se perfectionner. De retour en France, il se fit avantageusement connaître par des tableaux, dont les sujets sont empruntés pour la plupart à la mythologie et à l'histoire ancienne. Il fut agrégé k l'Académie eu 1782 et devint académicien en titre en 1784. Par la douceur de son caractère et par l'agrément de son commerce, cet artiste s'était fait de nombreux amis, et il mena jusqu'à la lin la vie la plus calme. Parmi ses tableaux, on cite: la Naissance de Louis XIII ; Ulysse enlevant à Philvclète les flèches d'Hercule (1784), toile que possède le musée du Louvre; Andromaque versant des larmes sur le tombeau d'Hector; la Mort de Sénèque; Héra et Léandre; Virgile lisant à Auguste ses vers sur la mort de Marcellus; Olympias arrêtant la fureur des soldats venus pour l'assassiner; Timcléon visité à Syracuse par . tes étrangers, etc. Ces œuvras se recommandent par le style, par l'harmonie qui règne dans la composition, par beaucoup d'expression dans les têtes; mais elles sont exécutées péniblement et l'on y sent l'effort d'un pinceau cherchant par des retouches superposées k arriver au fini des détails. Taillasson s'est beaucoup occupé, en outre, de littérature et de poésie. Il a publié : le Danger des règles dans les arts, poëme (Paris, nss, in-4°) ; Traduction libre, en vers, des chants de Selma, d'Ossian, suivie de quelques pièces de vers (Paris, 1802, in-8o); Observations sur quelques grands peintres (Paris, 1807, in-S°), où l'on trouve des remarques pleines de finesse sur l'histoire et les procédés de la peinture.
TAILLE s. f. (ta-lle ; Il mil, — V. tailler). Action ou manière de tailler, de trancher, de découper : La taillb des habits. La taillis des- pierres.
— Tranchant, partie coupante d'une arme : Un coup de taille est presque toujours moins dangereux qu'un coup de pointe.
— Stature, dimension du corps en hauteur; dimensions du corps en général : La beauté de la taillb est la seule beauté des hommes; les autres beautés sont pour les femmes. (Montaigne). La taille moyenne des classes qui visent dans l'aisance est plus élevée que celle des classes laborieuses. (Maquel.) Les femmes arabes ont la taillis plus haute en proportion que celle des hommes. (Chateaub,) C'est du régime auquel sont soumis les jeunes animaux que dépend principalement la taillé; qu'ils acquièrent. (M. de Dom'basle.) Les Assyriens conçoivent les dieux comme des êtres gigantesques, dont ils s'efforcent de reproduire la taillb dans des figures colossales. (A. Maury.) On est étonné de la disproportion de taille qui existe entre les énormes reptiles des créations anciennes et ceux de i époque actuelle. (L. Figuier,) [| Dimension en hauteur d'un objet quelconque : Un arbre de haute taillb. Un obélisque de belle taille. Il Dimensions en tous sens d'un objet quelconque : Une pierre de forte TAILLB.
— Proportion, développement, étendue:
Un discours d'une taille respectable, il Valeur, importance : Son cœur, son âme, sa pensée sont de petite taille. (Topffer.l La femme libre ne se grandit réellement que de ce qu'elle retranche à la taille de l'homme. (Proudh.)
— Partie du corps comprise entre les épaules et les hanches : Avoir la taillS suelte. Une robe qui prend bien la taille. Sa taillis est devenue plus fine par enbas.(M<ue de Sév.)
Il Corsage, partie du vêtement qui couvre et dessine la taille : Une robe sans taille. A la paix de 1815, on plaisanta durant une année tes taillus longues des Anglaises. (Balz.) Il Ceinture, partie rétréeie du corps située entre les hanches et le bas de lu poitrine .• Se serrer la taillb. Saisir quelqu un par la taille. Les femmes grecques ignoraient l'usage de ces corps de baleine par lesquels les nôtres contrefont leur taille plutôt qu'elles ne lu marquent. (J.-J. Rouss.) La finesse de la taillb a, comme tout le reste, les proportions, sa mesure, passé laquelle elle est certainement un défaut. (J.-J. Rouss.) Pour paraître avoir la taillb fine, les femmes se détruisent la santé. (Rostan.) Ce fichu voilait sa poitrine, se repliait au-dessous du sein en ceinture et se renouait derrière la taille. (Lamart.)
— Taille de guêpe, Taille très-mince : Une taillb de guêpe est incompatible avec une santé robuste.
— N'avoir point de taille, Avoir la poitrine fort courte et la ceinture épaisse.
— Sur toutes les tailles, Sur toutes les coutures : Habit galonné sua toutes les tailles. H Loc. vieillie.
— Pierre de taille, Pierre qu'on emploie après l'avoir taillée : Le palais est fort grand et bâti en belles pierres de taille blanches. (Lamen.)
— Mettre à la taille la tête de quelqu'un, La mettre à prix. Il Vieille loc.
— Etre de taille à, Etre assez gros, assez fort pour :
Et le mâtin était de taille A se défendre hardiment.
La Fontaïïie.
Il Etre en état, être capable de : Je ne suis pas de taille À bous disputer le prix. Cette femme est dk taillb à. résister à son mari.
— Etre bien pris de taille, dons sa taille, Avoir la taille bien faite ; Quoique leste et
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bien pris dans ma taillb, je ne pus apprendre à danser un menuet. (J.-J. Rouss.)
— Frapper d'estoc et de taille, Frapper do la pointe et du tranchant : En disant ces mots, il frappait d'estoc et db taille sur un grand Espagnol. (A. de Vigny.) // frappait de droite et de gauche, db taille et d'estoc avec une fureur inexprimable. (Ph. Chasles.)
Défendez-vous, frappez et d'estoc et de terme
DliSTOUOilKS.
Il Fig. D'estoc et de taille, Au hasard, étourdiment, sans y regarder :
Je dois aui yeux d'Aicmène un portrait militaire Du grand combat qui mit nos ennemis à bas;
Mais comment diantre le faire
Si je ne m'y trouvais pas?
N'importe, parlons-en et d'c»(oc et de taille,
Comme oculaire témoin.
MolIÈ&B.
— Prov. De toutes tailles bons lévriers, La taille n'ajoute ni n'ôte rien au mérite.
— Jeux. Série complète de coups qui se suivent au pharaon et à quelques autres jeux, jusqu'à ce que le banquier ait retourné toutes les cartes du jeu qu'il a dans la main : A vous la taille. Il Jouer à la taille, Jouer plusieurs jours de suite, en convenant qu'au lieu de payer sur-le-champ on écrira le gain ou la perte après chaque partie, pour ne régler la différence que le dernier jour, imitant ainsi ceux qui achètent k crédit et marquent leurs dettes avec des tailles.
— Grav. Incision qui se fait dans la planche avec le burin, dans le cuivre ou dans toute autre matière : Des Tailles profondes. Des tailles larges et libres. Des tailles fines et serrées. Il Taille de bois, Gravure exécutée sur une planche de bois; estampe tirée avec cette planche.
— Mus. Ancien nom de la partie vocale qu'on appelle aujourd'hui partie de ténor.
Ii Ancien nom du ténor lui-même. Il Bassetaille. V, ce mot à son ordre alphabétique. Il Haute-taille, Voix de taille qui se rapproche de la haute-contre.
— Manège. Cheval entre deux tailles, Cheval d'une taille médiocre.
— Monn. Division d'un marc d'or ou d'argent en une quantité déterminée de pièces égales servant d'unité : Les louis étaient à la TAILLE de trente au marc. (Acad.)
— Connu. Chacune des parties d'un bâton fendu en deux parties égales, sur lesquelles le vendeur et l'acheteur font de petites entailles pour marquer la quantité de marchandise fournie k crédit : Les coches faites aux deux tailles doivent se rapporter exactement.
— Calligr. Manière de tailler une plume à écrire.
— Techn. Façon que l'on donne k des pierres précieuses en les taillant : La taille des diamants. Il Opération consistant k pratiquer sur la semelle d'une lime les aspérités qui doivent permettre à cet instrument de mordre sur la matière au travail de laquelle il est destiné. I! Taille simple, Celle qui ne fait qu'une seule sorte de sillons, lesquels sont parallèles, oquidistants et également profonds, il Taille croisée, Celle qui fait deux sortes de sillons, également parallèles, distants et profonds, mais se croisant obliquement, il Taille douce, Celle dont les aspérités sont peu sensibles, il l'aille ronde, Celle dont les aspérités sont fortement saillantes. Il Taille bâtarde, Celle dont les aspérités sont modérées, c'est-k-dire ni douces ni rudes, n Taille de fonderie, Plan sur lequel glissent les tenailles, dans une fonderie. Il Taille d'évaissewr, Equarrissnge d'une pierre. Il Tailleorute, Dressage d'une pierre qu'on se propose de tailler ou de sculpter. Il Taille apparente, Travail qu'on fait sur une pierre pour proliler ou élégir.
— Chir. Opération par laquelle on extrait les calculs de la vessie, en pratiquant des incisions dans les tissus.
— Econ. rur. Taille des ruches, Opération par laquelle on enlève aux abeilles le résidu de leur cire et de leur miel.
— Arborie. Ensemble des suppressions opérées sur les branches des arbres, pour modifier leur végétation ou pour augmenter la production des fleurs et des fruits : C'est en hiver que l'on exécute la taille des arbres. (Bose.) La taille des arbres n'a pour but que de remplacer la quantité et la précocité des fruits par la qualité. (Raspail.) La taillb du pécher était autrefois très-compliquée. (A. Dupuis.) Il Taille en vert, Taille qui se fait lorsque les arbres ont encore leurs feuilles. Il Couper un arbre à blanche taille, Le tailler sans ménager aucune réserve.
— Eaux et for. Pousse qui commence à reparaître après avoir été coupée : Le gibier se retire dans les tailles.
— Miner. Nom donné, par les mineurs du bassin de la Loire, à plusieurs variétés de grès fin. il Petite galerie pratiquée dans un massif de minerai. Il Chargeur à la taille, Ouvrier qui charge la houille à l'endroit même où elle a été abattue, il Exploitation par grandes tailles, Mode d'exploitation des mines par grandes galeries.
— Syn. Taille, stature. V. STATURE.
— Encycl. Statistique et art inilit. Devenir grand 1 C'est là le rêve de l'enfant, le centre de sas ambitions. Qui de nous, à une certaine
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époque de sa vie, n'a placé en tête de sps vœux le désir d'égaler en hauteur, peut-être même de surpasser le cuirassier gigantesque à qui appartient le don d'attirer tous les regards? A mesure que notre raison se développe, nous apprenons que le vrai mérite est tout à fait indépendant des proportions du corps; cependant, nous, ne pouvons nous empêcher de considérer une taille trop exiguë comme un défaut naturel, et les nains nous paraissent toujours présenter quelque chn-c de monstrueux. Quételet, qui associe dans un culte égal l'astronomie et la statistique, a relevé les mesures des tailles et des poids d'un grand nombre d'individus des deux sexes, de tout âge, appartenant principalement à la Belgique. Il a résumé dans le tableau suivant les moyennes de ses calculs, qui sont, d'ailleurs, parfaitement applicables à la France et aux populations de l'Europe centrale :
là
HOMMES
FEMMES
Taille.
Poids.
Taille.
Poids.
Ans
Métrés.
Kilogr.
Mètres.
Kilogr.
SO
Si modeste que soit notre stature moyenne, aux différents âges de notre existence, une statistique consolante estime que, loin d'être en décadente, elle est en progrés. M. Legoyt, chef de bureau au ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, a publié, en 1864, un important travail, auquel nous allons faire quelques emprunts. Jusqu'en 1830, le minimum de la taille exiyée pour le service militaire avait été de im,757. En 1830, ce minimum fut accidentellement abaissé k im,540; mais, à partir de 1831, il a été relevé à im,560, et il est resté à cette mesure. Ce minimum était de im,625 sous l'ancienne monarchie. Mais ce qu'on ignore généralement, c'est qu'alors, bien que le recrutement ne portât annuellement que sur 60,000 hommes pris sur toutes les classes de 16 à 40 ans, un quart était exempté pour insuffisance de taille. Si donc le minimum de taille a été abaissé de nos jours, celu ne prouve en aucune façon que la taille ait diminué en France, mais que le recrutement a voulu atteindre un plus grand nombre d'individus.
• En rapportant, dit M. Legoyt, le nombre des exemptés pour défaut de taille à 10,000 examinés, de 1831 à 1860, on obtient, par période quinquennale, les rapports ci-après :
La diminution, comme on voit, a été régulièrement progressive.
> U ne faudrait cependant pas se méprendre, ajoute le savant compilateur, sur la portée de ce résultat et en conclure que la taille s'est accrue en France. Un résultat de cette nature ne peut se produire qu'à une époque encore fort éloignée de nous, c'est-à-dire lorsque la paix et le progrès de l'aisance générale auront ramené, si un pureil résultat est physiologiquement possible , les hautes tailles moissonnées par les guerres de la République et du premier Empire. En fait, il ne faut pus se le dissimuler, si un nombre de plus en plus grand de recrues out une stature égale ou légèrement supérieure au minimum légal, les hautes tailles ont diminué dans la période que nous étudions. 11 en est résulté que la taille moyenne de l'armée, de 101,6563 dans la période 1830-1834, est descendue, par une décroissance à peu près continue, à im,6534. Ce résultat, au surplus, était inévitable à la suite des pertes déterminées par vingt-quatre années de guerres, et de guerres soutenues avec les plus grands effectifs militaires qu'on eût encore mis sur pied. »
Dans un mémoire publié en 1863 par feu le docteur Boudin, méûecin m lituire, et ayant pour titre : Etudes ethnolog* ques sur la taille et le poids Je l'homme chez divers peuples, et sur laacroissement de la taille et de l'aptitude militaire en France, on trouve quelques faits nouveaux dont nous allons signaler les plus importants. Le nombre des exemptions, pour défaut de taille, est resté stationnaire dans 4 départements; il a augmenté dans 19, il a diminué dans 63. Les 2 départements qui occupent les extrémités de l'échelle des tailles t>ont le Doubs et la Haute-Vienne. .La moyenne des exemptions pour défaut de
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taille, sur 1,000 examinés, est de 22 dans le Doubs et de 159 dans la Haute-Vienne.
Y a-t-il, se demande le docteur Boudin, solidarité, parallélisme entre la taille et l'ensemble des conditions exigées pour le service de l'armée? En d'autres termes, les proportions des tailles sont-elles conformes à celles de l'aptitude au service militaire pour chaque département ou pour chaque canton? L'examen des travaux respectivement dressés à ce sujet démontre qu'il y a peu de rapports similaires pour ces deux termes de comparaison. Ainsi, dans la période 1850-1859, l'Orne a le 9e rang pour la taille en France et le 84° pour l'aptitude militaire ; la Charente-Inférieure, le 22e pour la taille et le 86« pour l'aptitude, et ainsi pour un grand nombre de départements. Les proportions de la taille n'influent donc en aucune manière notable sur les qualités militaires de nos conscrits.
— Agric. Taille des arbres. La taille des arbres, prise dans son acception la plus large, a pour objet de leur donner une forme régulière ou déterminée, et d'en obtenir la plus grande quantité et la meilleure qualité de produits, bois, feuilles, fleurs, fruits, etc.; pour cela, elle modifie la marche naturelle de la végétation par l'emploi de procédés divers, suivant le but qu'on se propose. C'est dire assez que la taille, tout en reconnaissant quelques lois générales , conséquences naturelles de l'organisation et des fonctions des végétaux ligneux, obéira aussi à des réglus différentes, suivant qu'elle s'appliquera à des arbres ou à des arbrisseaux fruitiers, industriels, forestiers ou de pur ornement. Elle se spécialisera encore davantage dans son application lorsqu'elle aura à tenir compte des exigences et des conditions propres à chaque genre, à chaque espèce ou variété.
Occupons-nous d'abord de la taille des arbres fruitiers, la plus importante et celle qui a fixé surtout l'attention des arboriculteurs, soit que les essences qui y sont soumises soient en général d'une nature plus délicate, soit que leurs produits, d'une valeur supérieure, comportent par cela même des procédés plus minutieux. M. Hardy résume ainsi les divers objets qu'elle se propose : 1° donner et conserver aux arbres une forme régulière en répartissant le plus également possible la sévo entre toutes leurs parties; 2° faire fructifier eeux qui y sont naturellement peu disposés; 3° les maintenir en bon état de production ; 4& en obtenir des fruits plus gros, de meilleure qualité et plus hâtifs ; 50 souvent prolonger leur existence.
L'utilité d'une forme régulière pour les arbres à fruits cultivés dans les jardins ne saurait être contestée ; elle permet, en etfct, de les diriger très-facilement et, de plus, de tirer le meilleur parti de l'espace plus ou moins restreint consacré à leur culture, arin d'obtenir les produits les plus abondants sur la moindre surface possible. Cette observation s'applique surtout à certains arbres, tels que le pêcher et autres, pour lesquels la culture en espalier est; toujours avantageuse et souvent nécessaire; ceux-ci doivent être dirigés de telle sorte que toute la superficie du mur soit complètement utilisée.
La taille a aussi l'avantage de favoriser et de hâter la mise à fruit de certaines essences qui, abandonnées à elles-mêmes, ne donneraient-que des produits médiocres en quantité et en qualité, ou les feraient attendre trop longtemps. En outre, en modérant et régularisant la production fruitière, elle évite l'épuisement des arbres et rend leur rapport plus assuré et plus constant. Les fruits étant réduits à un nombre proportionné k la vigueur du végétal, étant ainsi bien exposés ù l'action du soleil, acquièrent un plus gros volume, une meilleure qualité et une maturité plus précoce. Aiais, pour que la taille produise tous les avantages énoncés, il faut qu'elle soit bien faite; dans le cas contraire, elle compromet la production et même la vie des arbres.
L'époque de la taille varie suivant les climats et les espèces fruitières, mais elle est toujours soumise aux lois de la physiologie végétale; en général, elle doit commencer lorsque le mouvement de la sève est suspendu, pour finir quand il reprend son cours et que les bourgeons se développent. Cette période s'étend depuis le mois de novembre jusqu'à la fin de mars. Dans les régions méridionales, où l'hiver est doux, on peut commencer de bonne heure. Sous le climat de Paris, on peut k la rigueur tailler durant tout l'hiver, sauf par les grands froids, qui rendent le bois plus cassant; mais il faut avoir soin alors de faire la coupe un peu plus éloignée de l'œil ou du bouton. En général, dans les climats du Nord, il vaut mieux,opérer la taille eu février et mars, après que les froids rigoureux sont passés; de cette manière, les plaies, se trouvant moins longtemps exposées à l'air et au froid, se recouvrent mieux et plus vite.
Toutefois, la nature de l'arbre doit être prise aussi en considération; les poiriers sont taillés en premier, et on réserve pour la fin les pommiers, chez lesquels le réveil de la végétation a lieu plus tard. Les arbres k noyau, notamment le pêcher, ont des boutons de forme différente, suivant qu'ils doivent donner du bois ou du fruit; il faut donc attendre que eeis boutons Soient apparents, as.^ez du moins pour qu'on puisse reconnaître ceux qu'on doit
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conserver, et baser la taille là-dessus; d'ailleurs, les plaies de ces arbres, qui sont sujets à la gomme, se recouvrent plus aisément au printemps qu'en hiver. Tous les arbres fruitiers, la vigne surtout, doivent être taillés avant la sève, afin d'éviter l'écoulement de ce fluide nourricier.
Les instruments employés pour la taille des arbres, sauf quelques cas exceptionnels, se réduisent a trois.
La serpette passe, aux yeux des arboriculteurs rie l'ancienne école, pour le meilleur instrument; elle est indispensable pour atteindre certaines branches près des ramifications ; elle est préférable aussi pour tailleries branches des prolongements, en ce qu'elle fait des coupes plus nettes.
Le sécateur, grâce aux perfectionnements successifs dont il a été l'objet, tend à se répandre de plus en plus, car il présente le double avantage d'un maniement plus facile et d'une réelle économie de temps; employé d'abord pour la vigne, puis pour le pêcher, il l'est maintenant pour tous les arbres fruitiers, sans exception.
L'éyohine ou scie à main sert a enlever les branches trop fortes pour les instruments précédents; elle doit avoir une lame forte et flexible et des dents bien ôvidées.
Les arbres fruitiers sont soumis à des formes artificielles, qui varient en raison de leur espèce et du climat.
La pyramide ou cône consiste en une tige verticale garnie de branches latérales obliques, et dont la longueur diminue à mesure que ces branches se rapprochent du sommet ; cette forme, très- productive et qui tient peu de place, peut s'appliquer à la plupart des arbres fruitiers, mais plus spécialement au poirier.
La quenouille en diffère en ce qu'elle est moins haute et que les branches latérales sont plus courtes et toutes à peu près de même longueur.
Le plein-vent ou haute tige est un arbre dont les branches ne prennent naissance qu'au sommet d'une tige nue, longue d'environ 2 mètres; il convient pour les vergers et les plantations en bordure et s'applique à toutes les essences, sauf les exceptions nécessitées par le climat.
Le vase porte, sur une tige longue de om,20 au plu?, des ramifications disposées circulnirement, de telle sorte que le milieu reste vide; on peut former ainsi tous les arbres, sauf le pêcher, mais surtout le pommier nain et le groseillier à grappes ; quand le vase est de petite dimension , on 1 appelle parfois gobelet.
Le buisson ou cépée a une tige très-courte ou même nulle et dès branches partant près du collet de la racine et dans toutes les directions ; on cultive ainsi le figuier et la plupart des arbrisseaux, tels que le framboisier, le'groseillier épineux, l'épine- vinette, etc.
Uespalier est un arbre planté contre un mur, le long duquel toutes ses branches doivent être appliquées; cette disposition convient à tous les arbres, mais surtout à ceux dont les fruits ne mûriraient pas bien en plein vent.
La palmette, l'éventail, le candélabre, etc., sont autant de variétés de cette forme.
Le contre-espalier en diffère en ce qu'il est appliqué, non contre un mur, mais contre un treillage ou un support analogue.
Le cordon consiste à former un arbre sur une ou deux branches au plus; on distingua le cordon simple ou double, oblique, vertical, horizontal ou en spirale, etc.
La treille tient à la fois de l'espalier et du cordon; elle est réservée pour !a vigne.
Examinons maintenant les différentes parties qui constituent un arbre fruitier, en général.
La tige est l'axe central; elle s'élève le plus souvent dans nne direction verticale, quelquefois oblique, et se termine par un rameau appelé flèche. Elle donne naissance aux branches latérales, appelées aussi, suivant les Cas, branches eharpentières , mères et sous-mères, branches à bois, coursons, etc. Ceiles-ci forment la charpente de l'arbre et donnent ordinairement naissance aux rameaux à fruits ; souvent elles portent ellesmêmes des productions fruitières.
Les rameaux résultent du développement des bourgeons de l'année précédente; c'est sur eux qu'on pratique la taille. Les faux rameaux ou rameaux anticipés sont produits par des yeux qui se sont développés dans l'année même de leur formation.
L'teit est le bourgeon à l'état rudimentaire ; il varie beaucoup dans sa forme, sa position et ses différents caractères. On appelle gourmand an rameau qui a pris un développement exagéré et qui nuit à ses voisins ; brindille, \xn petit rameau grêle, allongé, flexible, dont les yeux sont petits etespacés ; dard, un rameau plus court que la brindille, terminé par un œil conique, mais qui finit par s'arrondir pour présenter les caractères du bouton à fruit; lambourde, le dard ainsi transformé, etc.
Le bouton se distingue de l'œil en ce qu'il est plus gros et arrondi; il renferme la fleur et est destiné à donner le fruit.
La bourse est un petit rameau charnu qui porte les fleurs.
La branche d fruits et le rameau à fruits n'ont pas besoin d'être définis.
Four bien apprécier l'importance, l'utilité,
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les avantages de la taille, il suffit de voir ce que devio.it un arbre abandonné à lui-même. Comme la sève tend toujours a se porter vers les extrémités des plus jeunes rameaux, il s'ensuit que la tige d'abord, puis les branches, se dénudent peu k peu et sont dépourvues de productions fruitières. L'arbre occupe un espace considérable en hauteur et en surface, et cela inutilement, parce qu'il produit beaucoup trop de bois et pas assez de fruits. Pour obvier a cet inconvénient, on coupe la tige et les branches tous les ans, ou plutôt leurs dernières pousses, k une distance relativement faible de leur point d'origine. De cette manière, tous les yeux de la base, qui auraient avorté, se développent et donnent, suivant la manière dont on les traite et le but qu'on veut atteindre, des bourgeons à bois ou à fruit. L'œil le plus voisin de la coupe est dirigé de manière k continuer la tige ou la branche, qui se compose, non plus d'un axe unique, mais d'une série de ramifications successives disposées en ligne continue. D'un autre côté, la sévo ne se perd plus inutilement, mais se concentre dans les boutons à bois, qu'elle fait grossir et développer en productions fructifères. Enfin , comme dans un arbre venu naturellement il y a toujours des parties plus fortes et d'autres plus faibles, la taille, en affaiblissant les premières , en fortifiant les secondes , rétablit l'équilibre dans la végétation et par suite la régularité dans la production des fruits.
La taille des arbres comporte donc une double série d'opérations; les unes ont pour but de leur imposer et de leur conserver une forme déterminée; les autres, qui se renouvellent tous les ans, sont destinées à accroître et k favoriser la fructification. Ces dernières varient à l'infini dans l'application ; mais au fond elles se réduisent à un seul principe : retarder ou contrarier la marebo do la sève, qui, sur tous les points où elle peut s'accumuler, produit des rameaux à fruits. On applique, suivant des circonstances qu'il serait trop long d'énumérf r, une taille longue, courte ou moyenne. Nous renvoyons d'ailleurs, pour plus amples détails, aux articles spéciaux relatifs à chaque forme et a chaque genre d'arbres fruitiers.
Il nous reste maintenant à parler de quelques opérations qui constituent ou qui complètent la taille. La première et la plus importante est la coupe, qui consiste k enlever en tout ou en partie les rameaux ou les branches qu'on soumet à la taille; «lie se fait à une certaine distance au-dessus de l'œil, à 0m,005 environ pour les arbres a bois dur, à 0m,oi pour les espèces à bois tendre ; on appelle onglet cette partie plus ou moins longue réservée au-dessus de l'œil.
Le rapprochement est une taille plus rapprochée du centre de l'arbre; il se fait en taillant sur le bois des années antérieures.
Le ravalement est une opération plus énergique encore, qui supprime toutes les branches latérales.
Le recepage consiste à couper l'arbre tout près du collet, pour refaite entièrement une nouvelle charpente.
Les entailles se font au-dessus ou au-dessous d'une branche, d'un œil ou de toute autre production, en enlevant sur un point l'écorce avec un peu d'aubier.
Les incisions sont de petites entailles longitudinales, transversales ou annulaires.
h'éborgnage est la suppression, au moment de la taille, des yeux jugés complètement inutiles.
h'arcure consiste à, courber en arc ou en demi-cercle des rameaux ou même des branches, l'extrémité inclinée vers le sol, et h les maintenir dans cette position, pour hâter la mise à fruit.
Le palissage a pour objet de fixer les parties de l'arbre, soit contre un mur, soit L-ontie un treillage ; suivant l'état des rameaux, on distingue le palissage en vert et le palissage en sec ou dressage.
h'ébourgeonnement consiste à enlever tous les bourgeons inutiles, de telle Borte que toute la sève se porte sur ceux qu'on a couservés.
Le pincement a pour but d'arrêter un bourgeon dans son développement; pour cela, on supprime, soit avec les ongles, soit avec un instrument tranchant, la partie supérieure de ce bourgeon ; les parties conservées se mettent ainsi plus facilement à fruit. C'est encore un moyen, quand on l'applique aux jeunes arbres, d'obtenir promptement une parfaite régularité dans la forme qu'on leur donne.
La taille en vert a pour but de supprimer les bourgeons qu'on aurait laissé passer k la taille d'hiver, et qui sont devenus inutiles à partir du moment où la végétation a commencé,
■ La taille d'août, dit M. Hardy, se fait sur les arbres à fruits à pépins, quand la sève se ralentit en juillet et août, et consiste k supprimer à trois ou quatre feuilles la plus grande partie des bourgeons qui ont été conservés lors du pincement, dans le but d'absorber la sève et d'éviter l'inconvénient du développement des boutons k fruit; elle dispose les yeux qui restent sur la partie taillée adonner de petits dards l'année suivante.. Cette taille préparatoire de la branche à fri.its veut être faite avec discernement; on ne la pratique que successivement sur une partie des bourgeons, pour ne pas troubler la véjjé-
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tation en en supprimant une trop grande quantité k la fois; c'est d'ailleurs autant de fait pour la taille d'hiver, car on doit laisser intacts ces rameaux ainsi taillés. Cette (aille s'applique encore avec succès sur de petites branches âgées de plusieurs années et qui se trouvent ridées à leur circonférence. »
Le cassement consiste dans la rupture complète du rameau lorsqu'il est à l'état ligneux; il se pratique surtout sur les arbres à fruits à pépins; il a pour résultat de faire une plaie inégale, plus difficile à guérir, de diminuer par là la vigueur du rameau et de le rendre plus apte à fructifier ; mais il peut être avantageusement remplacé par la taille d'août.,
~ij effeuillage a pour but de soumettre les fruits à l'action plus directe du soleil, de hâter leur maturation, d'augmenter leur couleur et leur qualité; c'est sur la vigne et le pécher qu'on le pratique de préférence.
Enfin, l'éclaircie des fruits a pour objet de diminuer le nombre de ceux-ci, quand il est trop considérable pour l'arbre; on a recours a ce procédé dans les années d'abondance, notamment pour la vigne et le pécher; les fruits conservés acquièrent un plus gros volume et une qualité supérieure.
Les règles de la taille des arbres ne sont pas aussi compliquées qu'elles le paraissent; mais, pour les appliquer convenablement, il faut de l'intelligence, de l'attention, nous dirons même l'amour de l'art. Nous reproduirons à ce sujet quelques conseils fort judicieux que Rozier donnait aux jardiniers, et qui peuvent aussi s'adresser aux amateurs : » Le premier soin est d'étudier tellement l'arbre dans son ensemble et dans toutes ses parties, que, même en fermant les yeux, on ait dans son esprit Une idée nette de tous ses détails, de toutes ses branches , de tous ses bourgeons. C'est au milieu de cette méditation que le jardinier instruit se dit: je dois couper telle ou telle branche ; celle-ci est audessous de son angle naturel, et celle-là trop basse demande à être relevée. Ici, voilà un vide à remplir; mais un bon œil laissé sur ce bourgeon deviendra un tirant dans le cours de l'année prochaine; ce tirant bouchera le vide et remplacera cette vieille branche.
» Lorsque le jardinier sait son arbre par cœur, s'il est permis de s'expliquer ainsi, il commence par placer ses quatre mères branches ; ensuite venant k une des extrémités, il dispose les branches du second ordre, ensuite du troisième, enfin il fixe ce qu'il laisse de bourgeons; mais à mesure qu'il assujettit chacune de ces parties, il supprime tous les chicots, les argots, les branches mortes, et il rase et unit tellement ia plaie, qu'en passant le doigt dessus il ne sent aucune aspérité. Si sous ces chicots, ces argots, il se trouve des parties chancreuses, il creuse jusqu'au vif, ménage avec soin l'écorce, parce que c'est la seule partie qui se régénère et qui soit capable de remplir le vide. Les chancres sont très-multipliés principalement sur les arbres à noyau. Ce n'est qu'à la longue que les chicots et les argots produisent la pourriture du bois intérieur, mais ils la produisent infailliblement si ou les conserve pendant deux k trois ans.
» Le jardinier arrive progressivement d'une des extrémités de l'arbre jusqu'au milieu; et il sait que cette partie du milieu, quoique vide dans le moment, se garnira assez par la pousse des nouveaux bourgeons. Cependant si le vide était trop considérable, ce qu'il aura prévu en étudiant son arbre , il détournera quelques bourgeons de l'année précédente, et, après les avoir taillés un peu courts, ou très- courts selon le besoin, il les inclinera sur un angle convenable contre ce milieu. Plus le bourgeon sera taillé court et plus au printemps suivant lés jets seront forts et vigoureux. Il répète sur l'autre côté de l'arbre ce qu'il a fait sur le premier, en commençant toujours par l'extrémité. Le grand art consiste à ne pas multiplier le gros bois et k bien juger de la quantité des bourgeons qui pousseront au printemps suivant, afin que, lors du palissage, tous puissent être placés convenablement et sans confusion, en ne supprimant que ceux qui poussent sur le devant de la branche, ou entre la branche et le mur. Le vrai jardinier sait que chaque branche palissée suivant les règles doit représenter un arbre entier. «
La taille des arbres, pour être bien faite, doit se baser sur les lois qui régissent la végéta, tien; voici comment ces lois se résument, d'après Noisette et M. Forney.La sève tend à se porter de préférence vers les parties éclairées et aérées. La sève tend toujours à s'élever; elle abandonne les parties inférieures pour se porter vers les supérieures. La sève se porte de préférence vers les parties verticales, en abandonnant les parties horizontales, dans lesquelles elle circule difficilement. Plus la sève est favorisée dans sa circulation, plus les yeux se développent facilement en productions vigoureuses et à bois. Plus la sève est entravée dans sa circulation, plus les yeux se transforment facilement en boutons à fleur. Si on retranche une partie de l'arbre, la sève, refoulée vers l'autre partie, la fait se développer plus vigoureusement. La sève développe des rameaux beaucoup plus vigoureux sur un arbre taillé court, que sur un arbre taillé long. La sève se porte de préférence vers les parties les plus vigoureuses et celles qui présentent le plus d'étendue ; dans ce cas, elle tend k abandonner
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les parties faibles. Le ralentissement et la fin de la circulation de la sève sont les causes de l'aoûteinent du bois et de la maturité du fruit.
Da ces lois, M. Forney déduit les principes de taille qui suivent. Tout écart dans la végétation, tendant à rompre l'harmonie et l'équilibre qui doivent exister entre les diverses parties de l'arbre, est nuisible à son développement et à sa fructification. Pour obtenir une belle , abondante et régulière production de fruits, il faut avant tout une belle végétation. Chacune des parties de l'arbre, pour se conserver saine et productive, doit recevoir une quantité convenable de sève, d'air, de chaleur et de lumière. Les parties de l'arbre qui sont de même âge et de même nature doivent aussi être pareilles en vigueur, en grandeur, en forme, en direction et en fertilité. Les parties de l'arbre les plus âgées doivent avoir sur les parties plus jeunes et de même nature la supériorité ou au moins l'égalité en volume et en étendue. Chaque partie de l'arbre a une destination particulière et doit se trouver placée convenablement; si elle tient la place d'une partie différente, elle devient inutile ou nuisible. Les productions fruitières n'ayant qu'une durée limitée, on doit favoriser leur remplacement naturel. La végétation normale ne se développe et la taille ne doit se pratiquer que sur le bois d'un an.
Tels sont, en résumé, les lois et les principes que nous trouverions exposés, sous des formes un peu différentes, chez les divers auteurs qui se sont occupés de la taille des arbres. La nature, en effet, est immuable dans ses lois, et l'application de celles-ci est seule susceptible de varier. Les grandes règles sont établies; il n'y a plus à y apporter que quelques perfectionnements de détail ; tout praticien éclairé trouvera dans son expérience personnelle quelques-uns de ces perfectionnements, les uns déjà connus, les autres entièrement nouveaux. La tendance actuelle de l'arboriculture doit donc être la simplification des procédés. C'est dans cette voie qu'est entrée et que marche avec succès l'école moderne, dont M. Dubreuil est le chef et le représentant le plus distingué. L'emploi des formes en cordon, la pratique du pincement constituent deux grands progrès, qui tendent à mettre la taille des arbres à la portée des plus modestes amateurs. Une dernière observation, c'est que toutes les formes et toutes les essences sont loin d'être aussi exigeantes, et que, pour les arbres fruitiers de petite taille, et surtout pour les arbrisseaux, même pour quelques grands arbres, la taille se réduit souvent à un .simple nettoyage.
Les arbres et arbrisseaux industriels, tels que le mûrier, les saules, les sumacs, etc., sont en petit nombre, et néanmoins de nature et d'exigences si diverses, qu'il serait difficile de formuler, en ce qui concerne leur taille, des lois générales autres que celles dont nous avons parlé au sujet des arbres fruitiers. La formation de leur tige et de leur charpente est très-simple et ne présente aucune difficulté. Toutefois, il est a remarquer qu'on enlève les feuilles de la plupart de ces végétaux quand ils sont en pleine sève et qu on les prive ainsi de leurs organes de nutrition au moment où ils en auraient le plus grand besoin; quelquefois, cependant, il s'en forme de nouveaux dans le cours de la belle saison. La taille a ici pour but d'enlever les rameaux défeuillés et de rétablir autant que possible l'équilibre de la végétation.
En ce qui concerne les arbres forestiers ou d'avenue, comme les arbres d'ornement cultivés isolés ou en massifs dans les parcs et les jardins, la taille se réduit à leur donner une forme élégante ou régulière, dans tous les cas adaptée au but auquel on les destine. Les soins à donner commencent dans les pépinières, où ils sont conformes aux règles générales. Ils continuent après la plantation et même, peut-on dire, pendant toute la durée de la vie de l'arbre, mais sans être ni aussi assidus ni aussi minutieux que pour les arbres fruitiers. La taille doit être, dans les premiers temps surtout, progressive et modérée, plus tard, on se borne à enlever le bois mort et les branches mal placées; quand les arbres sont grands et bien formés, on se contente de les tondre à l'aide des cisailles ou du cruissant, qui, n'atteignant que les extrémités des rameaux, ne nuisent pas sensiblement à la vigueur du végétal. Dans la plupart des cas, cette taille diffère à peine de i'élagage. V. ce mot.
La taille des arbrisseaux et des arbustes d'agrément a pour objet d'obtenir une végétation vigoureuse, une forme élégante et une abondante floraison. En général, on se trouvera bien de les receper (sauf les conifères) à la fin de l'hiver qui termine la première année de la plantation ; le végétal s'enracine mieux et produit au printemps une forte touffe, qu'on a soin d'éclaircir; dans l'année qui suit, on rabat tous les rameaux k une longueur uniforme. Quant à ceux qui doivent être formés sur une seule tige, on choisit pour cela le brih le plus droit et le plus vigoureux et on ébourgeonne sa partie inférieure, afin que la sève se porte vers la cime; on supprime avec précaution les jets latéraux et les gourmands.
Passons maintenant à la taille annuelle. Les espèces qui fleurissent avant la fiu de mai et sur lo bois de l'année précédente sont
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taillées aussitôt après la floraison et & cinq ou six yeux de la base ; on provoque ainsi le développement des jeunes rameaux, qui fleuriront à leur tour au printemps suivant. Le3 espèces qui fleurissent depuis juin jusqu'en novembre et sur les jeunes pousses de l'année sont taillées à la fin da l'hiver ; on conserve un nombre suffisant des rameaux les plus vigoureux et on les rabat sur quelques yeux, à une longueur aussi égale que possible pour qu'ils forment une touffe régulière et bien arrondie.
V., pour compléter ces détails, les différents mots cités dans cet article.
— Chir. La taille, qu'on appelle aussi lithotomie et mieux cystotomie (*ù<m(, vessie ; t£|ivhv, couper), est une des opérations les plus hardies et en même temps les plus remarquables de la chirurgie ; mais, quel que soit le procédé qu'on adopte, elle offre des difficultés sérieuses, réclame l'intervention d'un opérateur adroit et habitué à cette opération, possédant surtout une connaissance très- précise des dispositions anatomiques do la région sur laquelle il opère. 11 n'en est pas de la taille comme de ces opérations dans lesquelles on se contente d'un k peu près ; les plus sérieux dangers menacent le patient s'il a eu le malheur de se confier à un chirurgien inhabile. D'ailleurs, quel que soit l'opérateur, les dangers sont graves, et jamais la taille ne se doit pratiquer à la légère; le chirurgien ne doit y avoir recours que lorsque cette opération est formellement indiquée. Elle a pour but d'extraire de la vessie et par une voie artificielle les pierres ou calculs qui s'y sont accidentellement formés ; elle peut être également employée pour l'extraction des corps étrangers quelconques qui sa seraient introduits dans ce réservoir. C'est, comme moyen curatif des calculs urinaires, un procédé héroïque devant lequel s'effacent tous les autres moyens thérapeutiques; mais l'opération est vraiment terrible , et les chirurgiens de toutes les époques ont recherché des moyens de guérir autrement leurs malades. Sans parler des moyens palliatifs qui ne produisent aucun résultat utile , sans parler des fondants dont l'action, très-infidèle, n'amène que rarement des résultats avantageux, la science moderne a trouvé la lithotritie, qui consiste à broyer les pierres dans la vessie sans percer cet organe, à l'aide d'un instrument introduit parle canal naturel; or, chaque fois que la lithotritie est praticable, les chirurgiens modernes sont presque unanimes à la préférer Toutefois, la eystotomio est quelquefois nécessaire et on la pratique volontiers depuis quelques années. D ailleurs la lithotritie, outre qu'elle présente elle-même parfois de sérieux dangers, peut être inapplicable dans un assez grand nombre de cas. C'est ce qui arrive lorsque le calcul est trop dur, étant composé d'urate ou même d'oxalato d« chaux; lorsqu'il existe plusieurs petits calculs de cette consistance ou un calcul qui n'a pu être brisé par le lithotriteur; lorsque le calcul est énorme; enfin, lorsqu'il est engagé dans le col do la vessie. Daus ces divers cas, la taille est applicable de toute nécessité.
La taille cystique est une opération fort ancienne; elle a été perfectionnée à diverses époques, abandonnée et reprise, de sorte quo le nombre des procédés opératoires est trésconsidérable. La plupart d'entre eux n'appartiennent qu'à l'histoire et sont abandonnés complètement aujourd'hui.
C'est dans l'écrit connu sous le nom de Serment d'Hippocrate, e.t à tort attribué au père de la médecine, qu'il est fait mention pour la première fois de l'extraction de la pierre par une voie artificielle. Il paraît que fort anciennement la taille était pratiquée à Alexandrie par des hommes d'une ignorance avérée; le peu de succès qu'obtenait cette pratique détermina probablement l'auteur du Serment à exiger de ses élèves qu'ils jurassent de ne jamais faire cette opération. Nous n'avons, du reste, aucune notion sur la nuinière dont elle se pratiquait à cette époque, et il faut descendre jusqu'à Celse pour trouver quelques documents sérieux sur cette matière. La méthode mise en pratique par Celse est donc, en quelque sorte, la première en date.
l° Taille] périnéale par le petit appareil. C'est le nom donné à la méthode décrite par Celse, en raison du petit nombre d'instruments qu'elle exige; on l'appelle aussi méthode celstenue ou guidonienne, parce qu'elle fut remise en honneur au xv» siècle par Guy de Chauliac. Elle est d'une grande simplicité et consiste à atteindre le calcul avec un doigt introduit dans le rectum, à pousser le calcul contre le périnée, k inciser en avant du canal jusqu'à ce quon l'atteigne et à l'extraire à l'aide d'instruments appropriés. Cette méthode est abandonnée aujourd'hui comme dangereuse; d'ailleurs, de 1 avis de Celse, elle n'est guère praticable que chez de jeunes sujets,
2« Taille périnéale par le grand appareil. Ce procédé est ainsi désigné en raison du grand nombre d'instruments et d'aides qu'il nécessite. Il fut décrit pour la première l'ois par Jean des Romains eu 15S5 ; celui-ci en attribuait d'ailleurs la découverte à Mariana Sanctus de Barlette, d'où le nom de sectio mariana qui fut donné à cette opération. C'est ce Mariana Sanctus qui fit connu! tre le procédé à Octavius de Villa, chirurgien ro-
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main, lequel, à son tour, l'apprit k Laurent Collot. Ce dernier, habile chirurgien pour son temps, en obtint, dit-on, des succès merveilleux qui lui valurent le titre d'opérateur de la maison de Henri II ; mais il garda secret son procédé et le transmit à ses successeurs, qui l'exploitèrent jusqu'au moment où ce secret fut ravi par ruse à François Collot, dont Laurent était le trisaïeul. A partir de ce moment, la taille par le haut appareil entra dans la pratique ; elle a même été renouvelée de nos jours par Vacca Berlinghieri, en Italie, et par Guérin, de Bordeaux. Toutefois, elle paraît devoir être, dès aujourd'hui, totalement abandonnée.
^ 30 Taille latérale. Elle fut opérée par Fouhert en 1731, mais, prompteraent abandonnée, elle ne survécut pas aux rares chirurgiens qui l'avaient adoptée.
4° Taille latéralisée périnéale. Ce procédé, demeuré dans la pratique, est celui du fameux frère Jacques, auquel la science est encore redevable du premier établissement sérieux d'une méthode rationnelle de la taille. Ce frère Jacques, qui s'appelait en réalité Jacques de Beaulieu , était un homme hardi, entreprenant et très-habile dans son art. D'abord simple valet d'un lithotomiste ambulant, il se fit opérateur et acquit une réputation qui paraissait d'abord peu méritée ; car, appelé à Paris pour y opérer les calculeux dans deux hôpitaux, il n y obtint guère que des insuccès. Mais, mettant à son profit les critiques qu'il s'était attirées de la part des chirurgiens de Paris, il perfectionna son procédé, primitivement grossier et dangereux, et, dès lors, commença à obtenir d'incontestables succès qui portèrent au plus haut point sa réputation en France et en Hollande.
La taille latéralisée, telle que l'exécutait frère Jacques, exigeait encore de nombreux perfectionnements, et, successivement, Cheselden, Garengeot, Perchet, Ledran, Ponteau, Guérin, Hawkins, le frère Corne, Boyer, Thomson et Dupuytren y introduisirent des modifications plus ou moins importantes.
5* Taille bilatérale , quadrilatérale , en deux temps, etc. Ces procédés ne sont que des variétés de la taille périnéale latéralisée; mais Dupuytren voulut donner l'importance d'un procédé nouveau à la modification qu'il introduisit dans l'opération, en proposant d'inciser la prostate à droite et k gauche. Vidal proposa une quadrupla incision pour l'extraction des calculs volumineux et imagina aussi de faire l'opération en deux temps, c'est-àdire d'attendre, avant d'extraire la pierre ou d'ouvrir la vessie, que la plaie supérieure ait subi un commencement d'inflammation et d'induration, dans le but évident d'éviter les infiltrations urineuses consécutives etpromptement mortelles. Ce procédé avait d'ailleurs été décrit par les anciens lithotomistes, d'après J.-L. Petit.
60 Taille recto - vésicule. Dans tous les procédés qui précèdent, l'incision qui doit donner issue au calcul se fait à la région périnéale; Sanson, le premier, en 1821, proposa d'ouvrir une voie au calcul par le rectum. Frère Côine, avant lui, avait eu, dit-on, l'occasion de pratiquer la taille par ce procédé ; mais c'est k Sanson réellement qu'on doit l'établissement de la méthode qui nous arrive aujourd'hui modifiée à diverses époques par d'illustres chirurgiens , et notamment par Vacca Berlinghieri, en Italie, et, en France, par M. Maisonueuve.
7" Taille hypogastrique ou sus-pubienne.
Dans ce procédé, ou se propose d'extraire le calcul en pratiquant l'ouverture cystique k la partie inférieure de t'abdoraen et au-dessus des pubis. C'est Franco qui tenta cette opération pour la première fois; elle réussit entre ses mains, mais l'opérateur se dissimulait si peu les dangers de l'entreprise qu'il conseillait aux chirurgiens de son temps de ne jamais l'imiter. Cependant Rousset érigea ce procédé en méthode et pratiqua la cvstotomie somme l'avait fait Franco. Probie l'imita à Dublin. Douglas modifia quelque peu ce procédé; Cheselden, Ledran, M. Baudens y apportèrent des perfectionnements; frère Corne et ses principaux élèves , Bêlants , Scarpa, Home, et, dans ces derniers temps, MM. Souberbielle, Amussat, Ségalas et tant d'autres ont introduit d'importantes modifications dans le procédé primitif.
Après ce rapide historique, il nous reste k faire connaître très-brièvement le manuel opératoire adopté par les chirurgiens modernes les plus connus et les méthodes qui comptent le plus de succès.
— Taille chez l'homme. Le malade étant placé sur un lit d'opération, les cuisses étant fortement fléchies et maintenues par des aides, on introduit, par le canal de l'urètre, une sonde ou cathéter cannelé que l'aide tient appliqué sur le pli de l'aine droite, en maintenant las bourses relevées avec l'autre main. Le chirurgien commence alors l'incision, soit transversalement, dans une direction semi-circulaire, à quelques centimètres au-dessus de la marge de l'anus (taille périnéale de Celse, de Dupuytren, etc.), soit obliquement (taille latéralisée de frère Côme), et dissèque lentement, en évitant de blesser le rectum, le bulbe de l'urètre et surtout l'artère transverse du périnée qui donnerait lieu k une hémorragie grave. En d'autres cas, le chirurgien préfère pénétrer dans le rectum avec ou sans la section du sphincter de
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l'anus; On explore à chaque instant l'incision avec le doigt et on arrive ainsi h sentir )e cathéter; on incise alors sur le cathéter, soit au travers de la prostate, soit à la partie membraneuse du canal de l'urètre. Puis, faisant intervenir le lithotome à lame caohée, on introduit cet instrument dans la vessie et on pratique l'incision, dont l'étendue est limitée d'avance par le jeu de la lame engagée ; il reste ensuite à retirer le lithotome par un mouvement de scie, à débrider la plaie, s'il est nécessaire, par une, deux ou quatre incisions latérales, et, conduisant alors une tenette le long de la gorge du cathéter, on va à la recherche de la pierre, qu'on extrait en •ntnlité, ou, après l'avoir brodée, si elle est trop volumineuse, à l'aide d'un brise-pierre ou d'une tenette-forceps.
La taille bypogastrique diffère de la taille Inférieure en ce que l'incision se pratique audessus du pubis, à la purtie inférieure de l'abdomen. Dans ce cas, on introduit dans la vessie une sonde à dard, dont on amène le bec au-dessus du pubis; on fait saillir le dard et, se guidant sur cette partie de l'instrument, on incise couche par couche sur le raphè médian des muscles de l'abdomen et on pénètre par cette ouverture dans la vessie.
Les soins consécutifs à donner à l'opéré sont de la plus grande importance et, dans quelques cas, assurent le succès de l'opération. Le malade qui a subi la taille périnéale sera couché sur le dos, les cuisses relevées par des coussins-, la plaie sera lavée et pansée à l'eau froide; une canule établie à demeure laissera écouler les liquides contenus dans la vessie, jusqu'à ce que, l'induration inflammatoire s'étant emparée des bonis de la plaie, ceux-ci deviendront moins perméables ; des lavements, des cataplasmes, l'adminUtration de l'opium et une nourriture très-légère favoriseront la guérison. Mais, maigre les soins les plus attentifs, les opérés restent exposés aux plus redoutables accidents, surtout après la taille hypogastrique. En supposant même l'opération pleinement réussie, en supposant que le rectum ait été respecté, que la vessie n ait pas é!é détachée du pubis, qu'elle n'ait pas été perforée de part en part, que les artères importantes de la région aient élé respectées, il reste encore à veiller aux conséquences mêmes de l'opération la mieux faite : l'urémie, la diarrhée urémique, la cystite phlegmoneuse, les douleurs lombaires, les rétentions d'urine, les fistules vésicales sont les suites communes et toujours redoutables de la position faite à l'opéré. Mais lorsque surviennent le coma, la torpeur, le délire ou l'excitation vive, ou le tétanos, ces accidents sont les signes d'une infiltration urineuse et de la résorption des liquides par la plaie; les abcès urineux, la cystite aiguë phlegmoneuse et l'infection putride ne tardent pas, dans ces cas, à amener une mort presque inévitable.
— Taille chez la femme. Elle est nécessairement beaucoup moins dangereuse, en raison de la brièveté du canal de l'urètre et de la faible épaisseur des parois à traverser. On peut faire une extraction urétrale en ayant soin de dilater le canal de l'urètre à l'aide de l'éponge préparée ou des dilatateurs mécaniques; on peut également inciser le canal luimême (taille urétrale), ou pratiquer la section dans le vagin même (taille vaginale), ou , enfin, décoller au préalable la paroi antérieure du vagin (taille veslibulaire). Au reste, les autres procédés de taille sont applicables chez la femme et seront préférés lorsque ceux que nous venons d'énumérer seront impraticables. V. piiiKRii (maladie de la) et lithotbitib.
— Législ, Lés coches indicatives des fournitures, étant exécutées simultanément sur les deux parties de la taille, font preuve de la quantité des livraisons qui ont eu lieu à crédit, lorsque ces deux moitiés de la taille portent des empreintes conformes qui se correspondent exactement. La moitié de la petite pièce de bois qui reste aux mains du fournisseur s'appelle proprement la taille; on donne le nom d'échantillon à la moitié qui est en la possession du consommateur. L'article 1333 du code civil relatif à cet objet est ainsi conçu : « Les tailles corrélatives à leurs échantillons fontfoi entre les personnes qui sont dans l'usage de constater ainsi les fournitures qu'elles font et reçoivent en détail. ■
H importe de remarquer que cet article 1333 figure dans le code civil sous la section concernant la preuve littérale, c'est-à-dire la preuve par acte écrit. Les tailles sont, en conséquence , une sorte d'acte sous seing privé dont chaque purtie intéressée retient un double par devers elle. Il suit de là que les tailles (en les supposant, bien entendu, conformes à leurs échantillons) font preuve indéfiniment et quelle que soit l'importance des livraisons qui ont eu lieu à crédit. La loi limite en général l'admissibilité de la preuve par témoins aux objets n'excédant pas une somme ou valeur de 150 francs. Cette limilation n'est point applicable aux tailles, qui sont un mode de constatation ne rentrant point dans la preuve testimoniale, mais formant, au contraire, une des variétés de la preuve littérale.
S'il arrivait que la taille et son échantillon nu fussent pas conformes, toutes les indications de fournitures portées eu plus sur l'une
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ou l'autre des deux parties de cette même taille seraient regardées comme non avenues. C'est une application de la règle élémentaire do droit que le doute se résout en faveur du débiteur. Les deux moitiés de la taille sont assimilées aux deux doubles d'un acte privé. Or, dans les actes de cette nature, ce que l'un des deux originaux contient de plus que l'autre est dépourvu de toute valeur probante et obligatoire. Supposons maintenant que le fournisseur produise seul sa taille e: que l'échantillon ne soit pas présenté par le consommateur, que devrait-il être décidé en pareil ensî On fait une distinction. Le consommateur ne dénie-t-il point que les fournitures aient été constatées au moyen d'une taille et se contente-t-il d'alléguer qu'il a perdu son échantillon? En pareil cas, on décide que la taille produite par le fournisseur aura force probante. Le débitant ne doit pas, en effet, souffrir de la négligence du consommateur; c'est à l'incurie, c'est à la faute de ce dernier que la perte de l'échantillon est imputable. Supposons, au contraire, que le consommuteur ne convienne pas des fournitures et qu'il nie, par conséquent, avoir jamais été détenteur d'un échantillon. Dans une pareille situation, la taille produite par le marchand en détail ne pourrait en général faire aucune foi. On ne se crée pas un titre à soi-même. La demande du fournisseur ne saurait aboutir qu'autant qu'il aurait un commencement de preuve par écrit, d'où l'on pourrait induire, sinon le montant, au moins l'existence des fournitures. En dehors de cette dernière hypothèse, il ne resterait au marchand que la ressource de déférer le serment au consommateur qui n'a pas reconnu spontanément l'existence des livraisons de denrées.
— Mines. La méthode d'exploitation par grandes tailles présente l'image d'un vaste corridor pratiqué dans le massif. On commence par pousser une grande galerie de direction, qui aboutit au jour on au bas du puits dVxtraction, selon la disposition des localités. • A partir de cette galerie, on ouvre les tailles, soit suivant la direction et l'inclinaison de la couche, soit suivant une ligne intermédiaire entre la direction et l'inclinaison, Les ouvriers sont placés le long de la galerie qui doit servir de front à la taille, et leur nombre est moitié du nombre de mètres formant la longueur de la taille. Sur toute la longueur de la taille et au mur de la couche, ils pratiquent avec le pic une entaille de quelques centimètres de hauteur et de 1 mètre de profondeur, en ayant soin de placer en dessous quelques petits tasseaux de bois pour soutenir la masse ; puis, de 6 mètres en 6 mètres da distance, ils pratiquent une entaille verticale dans la couche, sur toute l'épaisseur de celle-ci et sur l mètre de profondeur. On obtient ainsi un massif de 6 mètres de longueur qui se trouve dégagé sur quatre de ses faces et n'adhère plus à la couche que par le toit et par la face opposée au front de la tuille. On achève alors l'abutnge au moyen do coins qu'on chasse à coups de masse entre le toit et la couche. • Quand on a opéré cet abiHage, on transporte au jour le massif détaché, puis on recommence comms ci-dessus, chaque mineur poussant sa taille en avant, boisant derrière lui à mesure qu'il avance et rejetant les déblais entre les boisages.
La méthode par grandes tailles est surtout appliquée dans les mines de houille. On y a aussi recours pour l'exploitation de certains gîtes métal. ifères; mais, on le comprend sans peine, on modifie, suivant les localités et la nature des couches, Ma profondeur et la distance des tailles, par conséquent la grandeur des massifs. On reconnaît à cette méthode plusieurs avantages particuliers. En premier lieu, elle est très-rapide, puisqu'elle permet d'employer un grand nombre d'ouvriers à la fois et qu'elle les oblige tous à travailler du même train. Du plus, elle ne donne pas au toit le temps de se déliter. Enfin, plus qu'aucune autre, elle rend possible la concentration des ateliers et réduit considérablement l'entretien des travaux souterrains; mats elle ne peut être adoptée que pour les roches assez tendres pour être aisément entaillées au pic, parce que le dégagement successif des gradins ne facilite pas l'abatage.
— Mus. La taille est celle des voix masculines qu'on appelait jadis ténor, à laquelle on appliqua, à partir du xvni<> siècle, ce nom de tuille, et qui, depuis soixante ans, a repris son appellation primitive. J.-J. Rousseau la caractérise ainsi : ■ Taille, anciennement ténor. La seconde des quatre parties de la musique, en comptant du grave à l'aigu. C'est la partie qui convient le mieux à la voix d'homme la plus commune, ce qui fait qu'on l'appelle aussi voix humaine par excellence. La taille se divise quelquefois en deux autres parties : l'une, plus élevée, qu'on appelle première ou haute-taille (c'est celle qu on a appelée aussi pendant longtemps haute-contre fv. ce mot.j); l'autre, plus basse, qu'on appelle seconde ou basse-taille (celle-ci est proprement le baryton) ; cette dernière est, en quelque manière, une purtie mitoyenne ou commune entre la taille et la basse et s'appelle aussi, à cause de cela, concordant. On n'emploie presque aucun rôle de taille dans les opéras français ; au contraire, les Italiens préfèrent dans les leurs le ténor à la basse, comme uue voi^x plus flexible, aussi sonore et beaucoup moins dure. •
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En réalité, et aujourd'hui qu'il n'existe plus de haute-contre, eu du moins qu'on n'emploie plus ce genre de voix d'un caractère étrange et en somme peu agréable, on peut dire que la voix de initie, qui a repris son ancienne appellation de ténor, est la troisième et la plus élevée des voix masculines, puisqu'elle a au-dessous d'elle d'abord le baryton, puis la basse. On trouvera au mot ténor des renseignements précis, qui ne seraient point ici à leur place et qui feraient double emploi.
TAILLE s. f. (ta-lle ; Il mil. — Ce mot représente, selon Scheler, un t^pe tacula, diminutif du bas latin tacus, imposition, que l'on trouve dans une charte de Charles le Simple de 916 et dont il est assez difficile de fixer l'origine, à moins d'y voir une corruption de tascits, taxus, du verbe taxare, taxer. Mais on peut ramener le mot taille, impôt, au mot taille, substantif verbal de tailler. Comparez les mots accise, du latin accidere, couper, et assiette, des impôts, de assecta, qui vient lui-même de secare, couper. Quelques-uns, cependant, rapportent le mot taille au kymrique tal, payement, talu, payer; irlandais moderne taile, salaire, erse taileas, termes qui correspondraient au grec telos, cens, tribut, taxe, payement et fin, terme, accomplissement ; teleô, payer et finir, telànion, tribut, redevance. On ne peut guère penser, pour le celtique, à un emprunt du grec, et il faut remonter k une source commune; mais le sens originel reste incertain. Pott ramène telos, fin, à la racine sanscrite tar, aller au delà, traverser, non sans probabilité; mais également sans certitude). Taxe qu'on prélevait autrefois sur tous ceux qui n'étaient ni nobles, ni ecclésiastiques, ni protégés par quelque exemption : Collecteur de tailles. Les pauvres Normands ont cvvoyé deux députés à la cour pour faire trèshumble remontrance au roi sur l'ênormitë de leurs TAiLLBS. (Gui Patin.) La collecte de la taillk change en bourgeois des villes presque tous les propriétaires roturiers des campagnes. (Turgot.) Colbert demandait constamment qu'on diminuât la pauvreté du peuple par une meilleure répartition de la taHJ-b. (Nisard.) La plèbe seule était soumise à la taille. (Proudh.)
Le vieux Crésus, en sablant du Champagne, Gémit de» maux que souffra la campagne, Et cousu d'or, danB le luxe plonge, Plaint le pays de tailles surchargé.
Voltaire.
— Taille personnelle, Celle qui s'imposait et se levait sur chaque personne taillable. Il Taille réelle, Celle qui frappait les biens. Il Taille aux quatre cas, Tuille féodale piélevée d.ins quatre cas définis. Il Taille proportionnelle. Nom donné, dans le dernier siècle, à l'impôt proportionnel, tel qu'il est établi aujourd'hui. Il Taille abonnée, Taille dont on se rachetait au moyen d'une rente fixe. Il Taille jurée, Celle quon imposait sans se préoccuper, sans tenir compte de la valeur des biens des personnes taillées.
— Syn.Tnillo couiribution, impoaillon, etc. V, CONTRIBUTION.
— Encycl. Ce fut sous saint Louis que les Français commencèrent à payer la taille pour tenir lieu du service militaire et pour se délivrer des gens de guerre. Cet impôt, qui ne rapportait que 1,800 livres sous Louis IX, fut augmenté de 3 millions sous Louis XI, de plus de 9 millions sous François 1er, et j,na ainsi en croissant jusqu'à la Révolution, qui le supprima. D'accidentelle, la taille était devenue annuelle, puis elle devint perpétuelle en 1445. Les seigneurs et les ecclésiastiques levaient également la taille dans leurs domaines, et, à l'exemple du roi, ils la transformèrent rapidement en taille perpétuelle et retendirent à une foule d'autres cas que l'exemption militaire.
La taille devint à la fois un impôt personnel et un impôt territorial. Le nom de taille paraît venir de ce que dans l'origine les sergents ou collecteurs des tailles se servaient d'une taille de bois pour marquer les sommes qu'ils uvaient reçues. Quoiqu'il ne faille pas demander au langage financier du moyen âge une précision bien rigoureuse, les tailles paraissent cependant s'être distinguées des aides en ce que les premières portaient sur les terres et maisons possédées par les roturiers et les secondes sur les denrées. La taille primitive était un droit féodal que les seigneurs levaient sur leurs serfs. Dans la suite, les serfs s'engagèrent à payer un droit fixe que l'on appela taille abonnée; cette taille était déterminée de gré à gré pour un an. Les villes érigées en communes furent pour lu plupart affranchies de la taille, et lorsque Philippe le Bel voulut lu leur imposer, il en résulta des révoltes dans les principales communes. I.a royauté finit par triompher de ces oppositions, et Philippe le Bel leva des tailles de la valeur du centième et même du cinquantième des propriétés. 11 ne parvint pas cependant à rendre la taille permanepte. Charles V, le premier, établit en 13û9, 1374 et 1377 des tailles permanentes sous le nom de fouages, parce qu'on évaluait les propriétés d'après le nombre de feux ou de maisons; mais, sur son lit de mort, il révoqua le* fouages. La taille ne devint réellement permanente que sous Charles VIL Les états d'Orléans accordèrent en 1439 à ce prince lu droit de percevoir une taille perpétuelle,
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qui servit à solder une armée permanente. Les pays d'états, comme le Languedoc, la Bretagne, la Bourgogne et quelques autres, conservèrent le droit de faire voter la taille par leurs assemblées provinciales. Les élus dressaient les rôles d'après les feux de chaquo paroisse et faisaient la répartition de la taille dans la circonscription territoriale soumise à leur contrôle et appelée élection. Ils y formaient un tribunal qui jugeait les réclamations en première instance. Les appels étaient portés devant les cours des aides et les bureaux des finances. Quant à la perception de l'impôt, elle était confiée à des collecteurs ou sergents des tailles qui se rendirent odieux par leur dureté. A l'époque même de Colbert, les plaintes les plus vives s'élevaient contre eux. Le lieutenant criminel d'Orléans lui écrivait en 1654 : « Les sergents en général, et particulièrement ceux qui sont préposés au recouvrement des tailles, sont des animaux terribles. • Ce qui rendait les tailles onéreuses et odieuses, c'était l'inégalité des charges. Les plus riches en étaient exempts. Les exemptions ne se bornèrent pas au clergé et à la noblesse, elles furent étendues aux officiers des cours souveraines et a un grand nombre d'officiers royaux. En même temps que les exemptions se multipliaient, les charges s'accroissaient. La taille, qui avait produit 1,800,000 livres sous Charles VII, s'éleva à plus de 3 millions sous Louis XI. Aussi les états de 1484 firent-ils entendre d'énergiques remontrances ; • Il faut, disaient-ils dans leurs cahiers, que le pauvre cultivateur paye et soudoie ceux qui le battent, qui le délogent de sa maison, qui le font coucher à terre et qui lui ôtent sa substance, ■ Le seul résultat de ces réclamations fut une tentative faite eu 1491 pour dresser un cadastre général, afin, d'arriver à une répartition plus équitable de la taille; mais ce projet fut bientôt abandonné. La taille continua de s'accroîtreau xvie siècle, principalement sous François I" et Henri II. Les augmentations d'impôts, désiguées sous le nom de grande crue et tuillon, finirent par devenir permanentes comme la taille elle-même. Les malheurs des guerres de religion et la dévastation des campagnes rendirent beaucoup plus difficile la perception de la taille. En 1571, Ch-irles IX fut obligé d'accorder aux laboureurs un sursis de trois années; en 1578, ou leur remit la taille arriérée de quatre années. Henri IV accorda aussi plusieurs remises de taille pour encourager l'agriculture, que cet impôt ruinait; Sully s'attacha, comme plus tard Colbert, h diminuer les tailles et, par conséquent, à soulager les classes souffrantes et laborieuses. En 1603. la taille fut diminuée de 2 millions; en même temps, la suppression d'un grand nombre d'exemptions tourna encore au soulagement du peuple. Depuis cette époque, les ministres les plus illustres, et surtout Richelieu et Colbert, s'occupèrent de la diminution des tailles. -Colbert, dans un mémoire rédigé en 1654 pour servir d'instruction aux maîtres des requêtes chargés de parcourir la France, leur recommandait de ne rien négliger pour empêcher que les faibles et les pauvres ne fussent opprimés par les puissants et les riches : t Cette inégalité, disait-il, cause dans les provinces la pauvreté, la misère, la difficulté du recouvrement des deniers du roi, qui attire les vexations des receveurs ou commis aux recettes, des sergents et généralement toutes sortes de maux, en sorte que les commissaires dans les provinces doivent toujours avoir cette maxime fondamentale et cette règle certaine dans l'esprit, dont ils ne doivent jamais se départir, de faire connaître la force au vrai de tous ceux qui sont sujets au payement des aides, tailles, gabelles, etc., et empêcher que tous les gens puissants de tous les ordres de la province, par le moyen des trésoriers de France, des élus et même des collecteurs, ne fassent soulager les communautés et les particuliers. ■ Colbert ne se borna pas à des recommandations et à, des règlements ; il diminua les tailles et soumit à cet impôt un grand nombre d'usurpateurs de titres de nol.lesse. Il défendit les saisies pour taille. ■ A l'égard des saisies pour le fait des tailles, écrivait-il à l'intendant d'Auvergne Le Camus, \ous pouvez te- ■ nir la main à ce que les receveurs n'en fassent point. » Vers, la fin de sa vie, il s'exprimait ainsi dans un mémoire autographe :
> Outre tout ce qui s'est fuit pour bien régler lu régie et l'administration des fermes cl pour le règlement des tailles, il est .certain que l'étublissemenUlu commerce et manufactures a beaucoup contribué au soulagement des peuples... Si Sa Majesté, ajoutait-t-il, se résolvoit à diminuer ses dépenses et qu'elle demandât sur quoi elle pourroit accorder des soulagements, mon sentiment seroit de diminuer les tailles et de les réduire, en trois ou quatre années, à 25 millions de livres. » Elles étaient alors à près de 40 millions. Après la mort de Colbert, la taille s'accrut et continua de peser exclusivement syr le peuple jusqu'à la Révolution.
On appelait taille aux quatre cas une taille féodale que le seigneur avait le droit de lever en quatre cas différents, a savoir : pour payer les frais d'un voyage d'outre-mer, pour doter ses fiiles, pour payer sa rançon quand il était prisonnier et enfin pour doter son fils au moment où il devenait chevalier. Quelques coutumes n'admettaient que trois cas ; mais d'autres, en revanche, ou reconnaissaient sept ou.
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huit. Au reste, chaque seigneur ne pouvait lever cette taille qu'une fois en sa vie, dans chacun des cas ci-dessus.
L'expression taille proportionnelle a été très-employée vers le milieu du siècle dernier, époque k laquelle les philosophes avaient rêvé d égaliser les impôts entre tous les citoyens proportionnellement à la fortune de chacun. Ce vœu si raisonnable fut -accueilli, dès son apparition, par les sarcasmes de tous ceux que le moindre progrès compte toujours pour adversaires. La Révolution abolit la taille, qui n'a point reparu.
TAILLE (Jean et Jacques dk La), poètes français. V. La Taille.
TAILLÉ, ÉE (ta-!lé; Il mil.) part, passé du v. Tailler, Coupé, façonné avec un instrument tranchant ou coupant : l'atn taillé pour la soupe. Habit bien taillé. Barbe mal taillék. Chemin taillé dans le roc. L'enceinte est fermée d'un rempart d'aubépine proprement taillée. (Volt.) Ses habits étaient mal taillés, ses vantalons larges formaient le iac. (Balz.)
I* roc taillé «ans art, le tuf, la pierre ponce Ont lambrissé les mura du rustique palais.
De Saint-Ange.
— Découplé, bâti, en parlant d'une personne : C'eut un homme bien taille. Il Façonné, disposé par la nature : J'étais taillé pour la danse . mais j'ai vu que cela ne menait à rien, (Scribe.) Votre ami est vraiment taillé pour faire un curé de village. (G. Sand.) Tous les Anglais semblent avoir été taillés sur le même patron. (E. Texier.)
Je ne suis point taillé pour habiter les cours.
ReGnard.
Il Exécuté : Une tragédie taillée sur un patron antique,
— Qui a subi l'opération de la taille : C'est la seconde fois que ce malheureux est taillé.
— Taillé en pièces, Massacré, vaincu complètement : Il y eut un grand nombre de Volsgués taillés en pièces. (Vertot.)
— l'aillé à pic, Qui se dresse vertical : Un rocher taillé à pic. Le Saint-Gothard est taillé À pic du côté de l'Italie. (Chateaub.)
— Cote mal taillée, Arrêté de compte en gros, sans égard à ce qui, à la rigueur, peut appartenir à chacun des intéressés: Ne pensez pas faire avec Dieu une COTE mal taillée. (P. Lejeune.)
— Besogne toute taillée, Ouvrage dont les matériaux sont si bien préparés qu'il n'y a plus qu'à les mettre en Oeuvre.
— Plume bien taillée, Style facile et coulant : Les plumes de Coutanges sont bien taillées. (Mme de Sév.)
— l'aillé en Hercule, Qui a les membres bien faits et vigoureux.
— Blas, Se dit de l'écu qui est divisé en deux parties égales par une diagonal? allant de l'angle sénestre du chef à l'angle dextre de la pointe : D'Esclope: Taillé d'or et d'azur.
— s. m. Forme de l'écu taillé : Le taillé est une des partitions principales de l'écu,
— Fin, Soumis à la taille, à l'impôt : Il n'y a gué le petit peuple qui soit taillé. (P. Lejeune.)
— Mar. Se dit d'un navire dont les fonds sont excessivement évidés.
TAILLEBOURG, bourg de France (Charente-Inférieure), cant. de Sàint-Savinien, arroiid. et à 15 kilom. S.-O, de Saint-Jeand'Angely, près de la rive droite de la Charente, au sommet et sur le penchant d'une colline; 1,050 hab. Le château fort, aujourd'hui en ruine, était jadis réputé imprenable. Il s'élève sur un rocher à pic de trois côtés et isolé, du quatrième côté, par un fossé large et profond, en avant duquel se développait un mur d'enceinte. « Donné aux Anglais, dit M. Joanne, par le traité de Brétigny, repris en 1372 par Duguesolin , le château de Taillebourg tomba de nouveau au pouvoir des Anglais, puis dans les mains du duc de Bourbon après un siège meurtrier. C'est dans ce château, qui appartenait alors aux La Trémouiile, que se trouvaient Charles VII et Jacques Cœur lorsque ce dernier fut accusé par Jeanne de Vendôme d'avoir empoisonné Agnès Sorel. Pendant les guerres de religion, Taillebourg appartint successivement aux catholiques et aux protestants et fut enfin démantelé par le duc d'Anjou. Une grande terrasse avec balustrade en pierre, un corps de bâtiment a demi écroulé et une tour du xiie ou du xur& siècle sont tout ce qui reste de cette forteresse, qui avait subi, depuis sa fondation, de nombreux remaniements.
Charlemagne remporta, a Taillebourg, une victoire sur les Sarrasins en 808, et saint Louis battit les Anglais près du pont de cette ville en 1242. Les ruines du pont, que cet événement a rendu célèbre, subsistent encore, et une balise, plai-ée sur une pile qui s'élève presque à fleur d'eau, indique cet écueil. Dans la plaine marécageuse de la rive gauche se voit, en outre, la chaussée de Saint-J aines' (monument historique), qu'occupait l'armée anglaise. Cette chaussée, en maçonnerie, mesure 1,200 mètres environ de longueur sur 3 mètres de hauteur ; elle est percée de trente arches. Un petit monument comme-
TAIL
moratif, érigé en 1851, rappelle la victoire de saint Louis.
Tuilleiiourg (bataille db) , gagnée par Louis IX sur les Anglais en 1242. Au commencement de son rètjne, le fils de Blanche eut à réprimer plusieurs tentatives des seigneurs pour s'affranchir du joug royal. Le plus turbulent de tous, le comte Hugues de La Marche, excité encore par son épouse, entra en révolte ouverte et ne craignit pas d'invoquer l'appui du roi d'Angleterre , Henri III, qui lui amena une véritable armée, 1,000 chevaliers, 600 arbalétriers et 20,000 fantassins. Louis assit son camp près de Taillebourg, dans une prairie arrosée par la Charente, dont las Anglais occupaient l'autre rive. Un pont en pierre permettait d'arriver jusqu'aux ennemis; mais c'était un passage difficile et dangereux à tenter. Le pont, en effet, était si étroit, que 4 hommes seulement pouvaient le traverser de front; de plus, du côté des Anglais, il se trouvait défendu par des tours qu'ils occupaient en force. Louis IX, toutefois, ayant réuni quelques bateaux, les charge de troupes auxquelles il ordonne de franchir le fleuve et d'aborder, en dépit des arbalétriers anglais qui garnissaient le rivage. En même temps, il procède résolument à 1 attaque du pont. A sa voix, les Français se précipitent sur le pont, le franchissent et enlèvent les retranchements qui le protègent. Les Anglais essayent en vain de soutenir le choc, ils sont enfoncés et rejetés en arrière. Mais bientôt de nombreux renforts leur arrivent, et la mêlée devient terrible ; les Français sont forcés de reculer à leur tour. A cette vue, Louis descend de cheval et, l'épée à la main, se rue sur les ennemis, renverse, brise tout ce qui se trouve sur son passage et traverse presque seul des bataillons entiers. Alors, en voyant le roi courir ainsi sans peur au-devant des périls, les Français se précipitent sur ses traces, tombent jimpétueusenient sur les Anglais, jettent dans leurs rangs le désordre, la confusion et la mort et les contraignent enfin à une fuite rapide. Henri III et le comte de La Marche, qui assistaient à la bataille, se retirèrent à toute bride et allèrent chercher un refuge dans la ville de Saintes, où ils furent rejoints par le reste de leurs troupes. Mais le vainqueur entendait bien ne pas les y laisser réparer tranquillement leur défaite. Dès le lendemain, il ai rivait devant Saintes, et un engagement avait lieu entre quelques détachements avancés et le comte de La Marche. Celui-ci les assaillit si vigoureusement, qu'ils faillirent être taillés en pièces. ■ Alors, dit un historien du temps, les Français, près d'être accablés par le nombre, envoyèrent supplier le comte de Bourgogne de voler à leur secours. ■ Sire, dit le messager, » mal va l'affaire devant Saintes ; si nos « Fiançais, qui se combattent, ne sont en » l'heure secourus, jamais n'eu verrez pied ni > queue, m Le comte s'élance aussitôt à la tête de l'avant-garde, en faisant avertir le roi, se précipite sur les Anglais et rétablit ainsi le combat. Bientôt les cris de f Montjoie! Saint-Denis 1 » annoncent l'arrivée de Louis sur le champ de bataille, et la lutte générale s'engage avec fureur. Tous combattent avec la même intrépidité : les Anglais pour venger leur défaite de la veille, les Français pour compléter leur victoire et ne pas perdre le fruit d'un premier succès. Pendant la moitié du jour, la fortune sembla balancer entre les deux armées ; Louis la tixa encore uno fois en sa faveur par son impétueuse bravoure. Les ennemis, enfoncés uo tomes parts, se décidèrent enlin à prendre la fuite, et ce fut Henri III lui-même qui leur en donna l'exemple. Les Français s'élancèrent à leur suite vers la ville de maintes, qu'ils évacuèrent précipitamment pour regagner ensuite leur pays. Saintes dut ouvrir immédiatement ses portes; quant au comte de La Marche, auteur de celte guerre, il dut fléchir, venir humblement se jeter aux pieds du roi pour solliciter son pardon et s estimer heureux de l'obtenir.
Taillebourg (bataille de), tableau d'Eugène Delacroix; au musée de Versailles. Le roi saint Louis, emporté par son ardeur, franchit le pout de Taillebourg, gardé par l'armée anglaise; après avoir culbuté les premiers postes qui avaient tenté de l'arrêter, il se trouve Uaugereusement engagé au milieu des ennemis; les troupes qui viennent pour le soutenir se nuisent par leur empressement même et encombrent le passage ; un grand nombre de soldats traversent la rivière k la nage pour venir au secours du roi. Delacroix a rendu cette scène de tumulte avec une fougue admirable. « La composition est pleine de verve et d'ardeur, dit Gustave Planche; les combattants s'attaquent et se défendent au lieu de se regarder. Il y a des coups portés et du sang répandu, des cavaliers démontés et des cadavres foulés aux pieds des chevaux. C'est une belle et vraie bataille. Nulle part l'auteur n'a employé plus d'animation et d'énergie. Chaque groupe pris en Jui-inème éveille et enchaîne l'attention, et, de tous les groupes réunis, l'auteur a su faire une mêlée sanglante. Le saint Louis qui so lève sur ses étiiers pour lancer sa masse d'armes est admirable U'élan ; il oublie le roi pour le soldat; l'Anglais blessé k mort, qui se traîne sous le cheval de saint Louis pour lui ouvrir la poitrine, exprime avec une
TAIL
sauvage vérisô la douleur et la rage. Chacun des acteurs de cette bataille s'acharne au carnage, comme s'il avait a venger uno insulte personnelle. C'est une page terrible. La couleur de ce tableau est éclatante sans crudité, et pas un ton ne fait tache. Les têtes sont à la hauteur des attitudes et sont rendues avec un soin scrupuleux. Il est évident que l'auteur s'est complu dans son œuvre et qu'il s'est senti excité à mesure qu'il avançait. Grâce à la fécondité singulière de son imagination et de son pinceau, il a déguisé les proportions ingrates de sa toile. Il a si bien rempli le cadre, il l'a peuplé si généreusement de figures énergiques et ardentes, que l'œil n'aperçoit pas un trou, pas une place déserte. La ligne du pont présentait de nombreuses difficultés, que l'artiste a surmontées sans fatigue et sans contrainte. » A cette appréciation, faite à l'occasion du Salon de 1837, où le tableau fut exposé, Gustave Planche ajoute : « La Bataille de Taillebourg sera, nous le craignons, la seule bataille du musée de Versailles, la seule qui ne rappelle pas les évolutions de Franconi. A côte des parties de chasse que M, Horace Vernet appelle Wagram et Friedland, le tableau de M. Delacroix pourra paraître singulier. Peut-être se trouvera-t-il, parmi les beaux esprits de la cour, un connaisseur qui raillera les grands coups d'épée de cette page sanglante. Pour nous, qui aimons fort que chacun fasse sa besogne et que les guerriers ne ressemblent pas aux figurants du Cirque, nous regrettons que M. Delacroix n'ait pus eu à peindre une douzaine de toiles comme la Bataille de Taillebourg. Quant aux incorrections qui se rencontrent dans le dessin de quelques morceaux, nous sommes loin de les ignorer; mais nous les acceptons connue les conséquences, sinon inévitables, du moins excusables, de l'ardeur qui embrase la composition entière. «L'esquisse de ce tableau a été payée 7,500 francs k la vente d'Eugène Delacroix eu 1864.
TAILLE-BUISSON s. m. Ane. agric. Instrument dont ou se servait po.ir tailler ou couper les buissons, u PI. taille-boisson.
TAILLE-CRAYON s. m. Petit instrument garni d'une lame tranchante à l'intérieur, et k l'aide duquel on taille mécaniquement les crayons, il PI. taille-crayon.
TAILLE DOUCE s. f. Genre de gravure qui s'exécute avec le burin seul, sur une planche métallique, sans ie secours de l'eauforte : Imprimeur en taille - douce, il PI.