GU31ES
TAILLE-MÈCHES s. m.Techn. Instrument
TAIL
qui sert an fabricant de chandelles, de cierges et de bougies, pour couper les mèches.
Il PI. TAILLE-MÈCHES.
TAILLE-MER s. m. Mar. Partie inférieure de l'éperon d'un navire, qui sert à fendre l'eau, quand le bâtiment va de l'avant : Ces navires doivent être de fins voiliers, si l'on en juge à leurs hanches effacées, à leur TAILLE- MER tranchant. (Th. Guut.) La mer pétillait sous le tranchant de son taille-mer comme une nuée d'étincelles. (E. Sue.) Il PI. taillkmer.
— Ornith. Un des noms vulgaires du goéland brun.
TA1LLEMONT (Claude de), littérateur et poète français, né à Lyon. Il vivait au xvic siècle, organisa avec son ami, Maurice Scève, les belles fêtes de réception que les Lyonnais donnèrent en 1548 à Henri II et à Catherine de Médieis, et quitta Lyon, parait-il, pendant les troubles qui agitèrent cette ville par la suite. On ignore la date de sa mort comme celle de sa naissance. Taillemont est l'auteur de deux ouvrages devenus extrêmement rares : la Tricarite (Lyon, 1536, in-go); Discours des champs faes (Lyon, 1553, in-8»). Ces deux livres sont curieux au point de vue de la bizarrerie de l'orthographe.
TAILLE-ONGLES s. m. Petit instrument dont on se sert pour se tailler les ongles, il PL TAILLE-ONGLES.
TAILLEP1ED (Noël), historien français, né en Normandie en 1540, mort à Angers en 1589. 11 entra dans l'ordre des Cordeliers , reçut le bonnet de docteur en théologie à Paris, puis s'adonna à l'enseignemeut dans plusieurs maisons de son ordre. Par la suite, il passa dans l'ordre des Capucins, afin de se livrer aux pratiques d'une dévotion plus sévère. On lui doit plusieurs ouvrages, dans lesquels il montre toute la crédulité de son esprit. Nous noua bornerons à citer : Commentarii in Threnos (1582, in-go); Abrégé de la philosophie d'Aristote (1583, in-8°); Histoire de l'Etat et république des Druides (1585, in-8»), livre plein de fables et d'idées singulières; Recueil des antiquités et singularités de la ville de Rouen (1587, in-8°); traité de l'apparition des esprits (1G02, iu-12), etc. «
TAILLE-PLUME s. m. Instrument avec lequel on taille d'un seul coup une plume d'oie, il PI. TAILLE-PLUMES.
TAILLER v. a. ou tr. (ta-llé ; Il mil.— Diez rattache ce mot au latin talea, branche coupée, scion, qui correspond peut-être au grec thaltos et au sanscrit dalas, rameau. La dérivation de talea n'est pas plus difficile à expliquer pour tailler que celte de patea pour paille. Cependant Seheler indique un type bas latin taculare, mettre en pièces, de taca,
Pièce, d'où le vieux français tacon, pièce que on met à un soulier, à un habit déchiré). Trancher, découper, façonner par des suppressions de parties : Tailler des pierres. Tailler un habit. Tailler une statue dans un bloc de marbre. Tailler un diamant. Tailler une plume. On taille les diamants en rose ou en brillant. (A. Karr.) C'est surtout pour tailler le veri'e qu'on utilise les femmes dans la plupart des cristalleries. (J. Simon.) La sculpture, de dieux peuplant le Capitole, Fit ployer le genou des crédules humains Devant le Jupiter qu'avaient taillé leurs mains.
Ls.MJEr.im.
— Créer, en prenant les parties dans un objet plus étendu : Tailler une petite nouvelle dans un grand roman. Je demanderais que, parmi les six ou sept grandes puissances existantes, on taillât soixante souverainetés nouvelles. (Proudh.)
— Façonner, arranger : D'assez bonne heure tes mythes ne furent plus que des thèmes romanesques, que l'artiste taillait et ajustait selon son bon plaisir. (Renan.)
— Conformer, modeler : Tailler son drame sur un pulron démodé :
.... Chaque soupirant taille 6a passion Sur les ardeurs d'Achille ou bien d'Agamemnon. L. .Bouiliiet.
— Evaluer, calculer, estimer : Solon taille l'extrême durée de la vie à soixante-dix uns. (Montaigne.) Il Sens vieilli, mais excellent,
— l'ailler la soupe, Couper en tranches le pain qui doit servir a faire la soupe.
— Tuilier en pièces, Battre, vaincre, défaire entièrement : Afentor, ayant achevé de •mettre les ennemis en désordre, tes tailla en pièces et poussa tes fuyards jusque dans les forêts. (Fén.)
Nous les avons taillât enpiéces.
Molière:.
— Tailler des croupières à, Poursuivre vivement et de près dans sa fuite :
Les ennemis, pensant nous tailler des croupières, Firent trois pelotons de leurs gens a cheval.
Molière.
Il Susciter des ennuis, des embarras; ne pas laisser de repos à : Laissez-moi faire, je lui taillerai des croupières.
— Tailler de la besogne à, Causer beaucoup d'embarras à , donner beaucoup de choses à faire & : Je suis réduit à servir un jeune homme dont l'amour me taillb bien du la BiisoGSE. (Brueys.)
— Tailler les morceaux à, Limiter strictomeut la dépeuse de : Mon oncle mk taille
TAIL
lus morceaux bien court. Il Préparer minutieusement la besogne de : Il ne faut pas tailler ainsi les morceaux À un homme intelligent,
— Tailler une bavette, des bavettes, Bavarder, faire des commérages :
Allez danser, jeunes fillettes, Profitez de votre printemps, Et moquez-vous des graiul'mamans Qui sur vous taillent des bavettes.
A. Humbert.
— Prov. et fig. Tailler et rogner, Disposer librement de toutes choses : Je me mis à tailler et à ROQNKR à ma fantaisie, et tout ce que je fis fut trouvé fort bien fait. (Le Sage.) Madame Scaliger , vous avez sans doute taillé et rogné, vous avez fait des vôtres. (Volt.) Ce gros vivant qui ordonne tout dans la maison, gui taille, qui rogne? — C'est mon compère. (Dancourt.)
— Tailler en plein drap, N'être pas réduit à ménager ses ressources, à calculer sa dépense : Un gouverneur d'autrefois avait la faculté de tailler en plein drap dans les revenus de sa province. Ne ménagez rien, taillez en plein drap, il ne s'agit que de réussir.
-i- Tailler la robe selon le corps, Mesurer ses entreprises à ses moyens,
— Ane. monn. Faire équivalent à un certain nombre de pièces d'une valeur moindre et servant d'unité -.Tailler la livre à vingt sous. Il Rogner pour réduire au taux réglementaire.
— Mar. Evider par devant, pour obtenir do grandes qualités de marche : Plus on taille un navire, plus on lui donne de rapidité, mais plus on diminue sa stabilité.
— Cliir. Faire subir l'opération do la taille à : Il est dangereux de tailler les individus a/faiblis ou trop âgés. (Eiuguier.)
— Art vétér. Châtrer : Tailler un cheval:
— Econ. rur. Tailler les ruches, Enlever une partie du miel que les abeilles y ont recueilli pendant la belle saison.
— Arboric. Couper méthodiquement une partie des branches, des pousses de ; TaiLLisr des pommiers. Tailler des platanes. Tailler la vigne. On ne taille que les arbres auxquels l'art demande des fruits ou de l'ombrage. (Raspail.) h 7'ailler à mort, Tailler de trèsprès, eu laissant peu de branches à fruits et a bois ; entailler de façon à extraire complètement la résine et faire périr l'arbre : Tail- LtëR des pins À MORT.
— v. n. ou intr. Jeux. Tenir les cartes et jouer seul contre tous : C'est à vous à tailler.
On va, pour l'observer, jouer un jeu terrible : Mon maître taillera. . . .
DESTOUCIfES.
— Mar. Tailler de l'avant, Aller avec une grande vitesse.
Se tailler v. pr. Etre taillé : Les palissades doivent se tailler de près.
— Tailler a soi, pour soi, pour son usage : Se tailler un corsage de robe. Les premiers hommes, avant qu'un culte impie se fOt taillé des divinités de bois et de pierre, adorèrent le même dieu que nous adorons (Mass.)
TAILLER v. a. ou tr. (ta-llé ; Il mil. — nul. taille). Fin. Soumettra à la taille, frapper des impôts sur ■. Le Mazarin a la pierre dans la vessie; ainsi ta taille sera nécessaire à celui qui A si bien taillé le peuple. (Gui Patin.) Ce n'est que dans des temps de tyrannie qu'on a pu nous tailler à volonté. (Dupin.) A'u«seulement le seigneur taxait, taillait à son gré ses colons, mais toute juridiction lui appartenait sur eux. (Guizot.)
TAILLE-RACINES s m. Econ. domest. Instrument qui sert à découper les pommes de terre et les navets en spirale, pour garnitures de plats. Il PI. taille-racines.
TAILLERESSE s. f. (ta-lle-rè-sse ; Il mil. — rad. tailler). Ane. monn. Ouvrière qui réduisait les pièces au taux de l'ordonnance.
TAILLERIE s. f. (ta-lle-rl ; // mil, — radtailler). Techn. Art de tailler, de façonner les cristaux ou les pierres Unes. Il Atelier où se fait la taille des cristaux ou des pierres Unes.
TAILLERIN (ta-lle-rain ; Il mil. — rad. tailler) s. m. Accident de fabrication du velours, qui consiste en ce que l'ouvrier coupe une partie de la chaîne.
TAILLEROLE ou TAILLEROLLE s. f. (ta- Ue-ro-le; Il mil. — rad. tailler). Techn. Instrument dont on se sert pour tondre le velours.
TAILLET s. m. (ta-llè ; Il mil, — rad. tailler). Techn. Outil a l'us:ige des forgerons.
TAILLÉ-TRANCHÉ, ÉE adj. Blas. Se dit d'un écu taillé, qui porte une tranche au milieu de sa division diagonale.
TAILLETTE s. f. (ta-llè-to; Il mil. — rad. tailler). Constr. Petite espèce d'ardoise.
TAILLEUR s. m. (ta-lleur; Il mil. — rad. tailler). Celui qui taille, qui fait profession de tailler : Un tailleur de cristaux. Un tailleur de diamants. Un habile tailleur d'arbres.
— Tailleur de pierre, Ouvrier qui donne aux pierres dites de taille la forme qu'elles doivent avoir dans les constructions : H lui
TAIL
est tombé sur la tête un marteau de tailleur du pierre. (Mol.) il Poétiq. Sculpteur :
.... Le tailleur de pierre Peut du corps d'un Néron tirer le corps d'un Dieu.
A. Barbier.
Que ton visage est triste et ton frontamaigri, Sublime Michel-Ange, 0 vieux tailleur de pierre 1
A. Barbier.
— Tailleur d'habits ou simplement Tailleur, Ouvrier qui confectionne surtout des vêtements d'hommes : Ce maudit tailleur me fait bien attendre, pour un jour où j'ai tant d'affaires. (Mol.) Un homme sage se laisse habiller par son tailleur : il y a autant de faiblesse à fuir la mode qu'à l'affecter. (La Bruy.) Les femmes qui cousent pour les taiLmuRS sont payées à la pièce. (J. Vinçard.)
Les tailleurs ont toujours déguisé la nature. L'habit change les mœurs ainsi que la figure; Pour jug-er d'un mortel, il faut le voir tout nu.
Voltaire.
J'aurais le rameau d'or qui dompte les tailleurs, Et je verrais enfin des chemises ailleurs Que parmi l'azur de mes rêves ï
Th. de Banville.
— Tailleur pour dames ou pour femmes, Celui qui fait des vêtements pour femmes.
— Loc. fam. Se quitter comme des tailleurs, Se quitter sans boire ensemble.
— Jeux. Celui qui taille dans une maison de jeu. ,
— Ane. eout. Tailleurs de sel. Commis chargés de mesurer et de visiter les sels que l'on entrait dans Bordeaux.
— Hist. relig. Frères tailleurs. Congrégation religieuse fondée au xvne siècle, dans le duché de Luxembourg
— Monn. Tailleur général des monnaies, Ancien nom du graveur général des monnaies.
— Ane. chir. Chirurgien qui pratiquait spécialement la taille pour l'extraction de la pierre.
— Encycl. Techn, Le tailleur a surtout à travailler le drap. A d'autres époques, vers lesquelles on semble revenir, au xvie si'cle notamment, les grandes dames chargeaient des hommes, couturiers ou tailleurs, du soin de les vêtir et surtout de leur confectionner leurs corsages, d'en prendre la mesure et de les essayer; ce choix leur était d'autant plus facile que, tout en reconnaissant que ces artisans avaient un talent spécial pour les vêtir selon leurs goûts, elles ne voyaient point en eux des hommes; mais à mesure que les idées d'égalité se sont propagées, lu pudeur des femmes s'est quelque peu effarouchée de l'emploi des hommes comme couturiers, et ces derniers n'ont plus eu à mouler dans le drap, le velours ou la soie les charmes des élégantes. Dans ces derniers temps, se débarrassant, au profit de la coquetterie, de ce qu'elles pensent être un préjugé, des femmes du inonde, qui se sont aperçues que les tailleurs étaient plus habiles dans l'art de vêtir que les couturières, se sont adressées à quelques-uns d'entre eux pour la confection de leurs vêtements.. Cette façon de faire a beaucoup de vogue aujourd'hui (1875) Toutefois, et bien que dans un certain monde féminin le tailleur soit fort occupé, on pejt dire que les tailleurs sont surtout employés à la confection des vêtements d'hommes sans tenir compte des exceptions que nous venons d'indiquer.
Puisqu'on a porté des vêtements de tout temps ou à peu près, de tout temps aussi il s'est trouvé des ouvriers pour les faire, de tout temps il y a eu des couturiers ou des couturières, mais il n'y a pas eu toujours des tailleurs; cette profession n'est apparue que lorsqu'on eut cessé de se vêtir de robes, de manteaux et de tous autres vêtements flottants de même genre, qui n'exigent ni coupe spéciale ni façonnage particulier de l'étoffe et des coutures. Le métier du tailleur est lié à celui du drapier, et, tout d'abord, la partie la plus importante de sa profession dut être la taille, la coupe, quand on commença à porter des vêtements ajustés. Au moyen âge et plus tard, ces vêtements devaient présenter quelques diflicultés, étant assez souvent, selon les modes, à peu près collants, dessinant complètement les formes. Il est vrai que certaines pièces du vêtement, et celles surtout qui étaient ainsi ajustées, étaient tricotées dans un assez grand nombre de cas, tels par exemple que les maillots. Les tailleurs étaient aussi des chaperonniers; ces derniers, avec le temps et grâce aux modes, formèrent une profession spéciale et devinrent les chapeliers.
L'industrie du tailleur était demeurée, depuis la Révolution et jusque vers 1630, ce qu'elle était au bon vieux temps des échoppes, des jurandes et de maître Patelin, sauf cependant les charges et coutumes corporatives, c'est-à-dire qu'elle s'exerçait d'une façon toute locale, exécutant le travail d'une manière individuelle, ignorant les grandes opérations, les procèdes de grande fabrication , la mode changeant peu, la clientèle élégante étant restreinte et l'usage des vêtements de drap n'appartenant encore qu'à certaines classes. C'est ainsi qu'en 1S4S les ouvriers portaient encore la blouse, non pas seulement à l'atelier, pendant le travail et dans les jours de semaine, ce qui est uua nécessité, mais même les dimanches et jours
TAIL
fériés; lorsqu'ils étaient en promenade, quelques corps de métiers avaient un costume qui en faisait facilement reconnaître les membres et qui était de drap ou de velours de certaine couleur. Mais ces mœurs ont disparu complètement en moins de dix ans, et aujourd'hui elles ne semblent plus qu'un souvenir d^jà éloigné. La production des draps k bon marché, des deaps à trame retordue et mélangés de coton a permis de modifier sensiblement les habitudes et l'habillement; enfin, l'établissement des maisons de confection , fabriquant les vêtements d'après quelques types principaux réputés les plus ordinaires, les plus communs par les hommes du métier, mais sans prendre aucune mesure, ce qui eût paru monstrueux aux tailleurs d'autrefois, a encore propagé dans une large mesure la coutume de se vêtir de drap, ou du moins d'étoffe vendue pour drap, de suivre les modes, et a fait abandonner complètement les anciennes formes et les anciennes coupes traditionnelles, qui étaient en quelque sorte la livrée d'une profession.
Cette modification dans les habitudes, dans les conditions économiques et dans la production apporta un changement assez sensible dans fa corporation des tailleurs. Ceuxci, quand ils étaient ouvriers simplement, travaillaient en petit nombre pour un maître tailleur qui, en dehors de ces façonniers, occupait dans sa maison, dans son atelier, un ou deux autres ouvriers chargés du travail qui devait être exécuté promptement, dos réparat.ons, etc. Beaucoup même n'avaient point d'autres ouvriers que ces derniers. Un grand nombre d'artisans nommés ouvriers a façon travaillaient tantôt pour le public, tantôt pour les maîtres tailleurs, employant, lors de la bonne saison, un aide, sorte de compagnon tailleur, dont la principale fonction était la couture, la piqûre des doublures ouatées, à peu près abandonnées aujourd'hui, le bordage et tous les travaux du même genre. C'est encore ainsi que la profession de tailleur est exercée en province. Mais, dans les villes comme Paris et Londres, cet état mixie d'un grand nombre de patrons et d'ouvriers a disparu, tandis que le patronat et le salariat s'affirmaient de plus en plus, établissant une distinction de plus en plus nette. La maître tailleur, à part quelques rares exceptions, n'est plus ce quil était autrefois, un premier ouvrier, notable, tenant échoppe ou boutique. C'est un commerçant, un marchand et un fabricant de vêtements, employant des salariés pour toutes les parties de la profession, ne mettant point ia main à l'ouvrage et se réservant la surveillance de ses ateliers, la conduite des affaires ; en définitive, se bornant à acheter des étoffes et du travail et à les revendre. Ces maîtres tailleurs sont classés.en deux catégories, suivant leur clientèle et la nature de leurs opérations commerciales : les maîtres tailleurs proprement dits et les maisons de confection. Les premiers ont en général une clientèle- fixe, travaillent sur mesure et donnent au dehors, à des ouvriers à façon, l'ouvrage à faire. Les maisons de confection s'adressent au public, qu'elles attirent par l'appât d'un bon marché réel ou fictif, et qu'elles parviennent à atteindre par des achats en gros de marchandises, par une division excessive du travail et par l'abaissement des salaires. Elles emploient dans leurs ateliers un certain nombre d'ouvriers et ouvrières de toutes sortes et, au dehors, des ouvriers à façon ou plutôt à l'entreprise, espèces de marchandeurs qui, à leur lour, emploient des salariés sur le salaire desquels ils prélèvent un bénéfice.
Les ouvriers tailleurs se divisent en plusieurs catégories ; les giletiers, les pantalonniers, les premiers confectionnant spécialement les gilets, les seconds faisant les pantalons; les coupeurs, les ouvriers tailleurs ou façonniers et les pompiers ; ces derniers sont ceux qui sont attachés à l'atelier, qui y travaillent et achèvent l'ouvrage préparé. Les femmes sontgiletièresou panLalonnières,mais elles exercent plus rarement cette dernière profession. La machine à coudre a supprimé les auxiliaires qu'employaient les tailleurs et qui, hommes ou femmes, étaient chargés seulement de coudre les pièces au fur et à mesure qu'on les leur préparait. Aujourd'hui presque tous les ouvriers ù façon, les maîtres tailleurs et les maisons de confection font les coutures plates et les piqûres à la machiue à coudre.
L'art du tailleur consiste surtout dans la coupe et dans le pressage, qui se fait avec des fers nommés carreaux, et qui donne au vêtement la forme élégante, durable qu'il doit avoir. Cette dernière opération, trèsdélicate, suffit à elle seule pour qu'un vêtement ait bonne ou mauvaise façon, selon la manière dont elle est exécutée, pour gâter une pièce bien coupée et pour en réparer une dont la coupe serait défectueuse.
Un grand nombre des ouvriers tailleurs qui exercent leur profession en France sont originaires de la Flandre française ou belge, do l'Alsace et de l'Allemagne. A Paris, les étrangers forment au moins la moitié, peut-être plus, de la. corporation. En 1867, les ouvriers tailleurs tirent une grève dans le but d'obtenir une augmentation de salaire de 10 ou 15 pour 100 et la suppression de l'essayage. Cet essayage, dont il fut alors tant parlé, était la coutume établie qui contraignit l'ouvrier a apporter la pièce bâtie, c'es'.-û-
TAIL
dire préparée, an magasin, pour que le mallre tailleur ou Vua de ses employés la tissent essayer au client; quand cet essa3'age avait été fait et queles retouches étaient indiquées, l'ouvrier devait venir reprendre la pièce pour la terminer, en tenant compte des observations faites. Ces courses, qui étaient une perte de temps, étaient sans profit pour personne, et les ouvriers demandaient qu'on n'essuyât le vêtement qu'après sa confection et que la maître tailleur en fît faire les retouches par les pompiers de son atelier, ces retouches ne devant jamais être ni importantes ni nombreuses. Cette grève mal commencée, mal conduite, et où la plupart des ouvriers firent preuve d'une parfaite ignorance des lois économiques, n'obtint qu'un très-médiocre résultat et détermina la condamnation de plusieurs membres, à qui furent appliquées les peines édictées par la loi sur les coalitions. Cependant l'essayage fut supprimé. Les boutiques des maîtres tailleurs avaient été fermées pendant quelques jours ; plusieurs d'entre eux accordèrent l'augmentation qui leur était demandée et que d'autres avaient accordée depuis quelque temps déjà. Les ouvriers tailleurs, dans les réunions publiques auxquelles donna lieu cette grève, se plaignirent vivement de la concurrence qui leur était faite par les maisons de confection et par leurs ouvriers. Ils De comprirent pas qu'en demandant une augmentation de salaire ils provoquaient une augmentation dans le prix dés produits de leur industrie et créaient un nouvel avantage pour les maisons de confection dont ils se plaignaient.
— Hist. relig. L'association des frères tailleurs fut formée en 1647 par un cordonnier du duché de Luxembourg, nommé Henri- Michel Buch , auquel s'associa un gentilhomme charitable, le baron de Renty. Cette société fut créée sur le même plan que la communauté des frères cordonniers, instituée deux ans plus tôt par les mêmes fondateurs, dans le but d'initier & la vie chrétienne les artisans que l'ignorance et les mauvaises mœurs entraînaient dans une existence grossière et crapuleuse. Les frères tailleurs travaillaient et mangeaient en commun, récitaient certaines prières à des heures fixées, ne chantaient que des psaumes et des cantiques et donnaient aux pauvres le superflu de leurs profits. Ils visitaient les hôpitaux, les prisons et les malad.es indigents. Des communautés de ce genre existèrent dans diverses villes de France jusqu'à la Révolution. Les -frères tailleurs portaient un justaucorps, un manteau de serge de couleur tannée et un rabat.
Tuîlteur de pierre de Saint- Point (le) ,
roman, par Lamartine. En 1853, comme son rival de gloire, Lamartine voulut faire une excursion dans le champ du roman ; mais, moins heureux que Victor Hugo, qui en avait rapporté un chef-d'œuvre, Noire-Dame de Paris, il n'en tira qu'une production ordinaire, le Tailleur de pierre de Saint-Point. On y remarque cependant des descriptions saisissantes, des parties pleines d'émotion et de charme, mais qui ne présentent rien de bien neuf. Il y a parfois quelque chose de touchant dans le dévouement mâle et obscur du tailleur de pierre, Claude des Huttes, qui, amoureux d'une jeune fille et s 'apercevant qu'il est le rival ignoré d'un de ses frères aveugle, quitte les montagnes du Maçonnais
Four laisser Denise se taire paisiblement ange gardien du malheureux privé de la vue; malheureusement, c'est l'élément principal du roman qui est faux.
Pour tout dire, Claude est trop de la connaissance et du voisinage de Lamartine à Saint-Point ; que le pauvre tailleur de pierre, exalté par la souffrance intérieure et retiré dans la montagne, conçoive l'idée de refuser son travairaux riches qui le payeraient pour se consacrer tout entier aux pauvres comme lui, dont il n'accepte ni salaire ni secours, là n'est point l'extraordinaire, bien que nous trouvions une sensibilité exagérée dans un homme qui meurt de besoin en refusant un bouillon que de pauvres gens viennent lui offrir de bon cœur. Là où l'observation réelle cesse, là où la vie, le vrai, la vraisemblance même disparaît, c'est lorsque l'auteur fait de son héros une sorte de type épuré de sanctification populaire, une espèce d'oracle d'une religion que nous soupçonnons fort être celle de Lamartine lui-même ; non que nous connaissions son symbole religieux, mais nous retrouvons dans les paroles de Claude les mêmes ardeurs vagues, le même amour de l'infini, des azurs flottants, des saiutes psalmodies des vents, des échos sonores, les mêmes communions avec les oiseaux, les vallées, les montagnes et tout ce qui vit et respire, les mêmes invocations au Dieu universel que dans les trop nombreuses professions de foi de l'auteur de la Chute d'un ange. Lorsque Claude, dans un dialogue avec Lamartine lui-même, dit : « Dieu, je le vois comme un cadran marqué en chiffres de soleil sur le ciel, et dont 1 aiguille sans fin s'allonge, s'allonge, s'allonge toujours en vain vers les bords de ce cadran, sans les atteindre jamais; » quand il se figure Dieu comme un œil infini ou comme un éblouissement de rayons rosés et qu'il ajoute, par un sentiment de retour au vrai de la nature : « Je vous dis tout cela très-bêtement, • on est tenté de lui répondre : « Non 1 mon brave homme, ce que
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vous dites là, vous ne l'avez pas trouvé sur votre montagne. Cela peut bien ressembler, selon votre expression, aux ombres de l'aile d'un oiseau sur le soleil, mais ce n'est pas vous qui le dites; c'est votre interlocuteur qui parie par votre bouche. » L'homme qui gagne sa vie en taillant la pierre ne connaît pas ces raffinements merveilleux de religion. It croit au bon Dieu plus simplement; il croit au prêtre qui le marie, qui baptise ses enfants et en fait des chrétiens ; il croit au cimetière où de père en fils sa famille va reposer en terre bénie; il aime à placer les premiers fruits , les œufs ou les agneaux nouveau-nés au pied de la croix du chemin, lorsque le curé, aux Rogations, parcourt les campagnes et bénit, au nom du bon Dieu, les moissons qui commencent à sortir de terre. Or, tout ceci n'est qu'un point imperceptible dans cette vie populaire et rustique sut laquelle l'auteur répand la prodigalité excessive de ses couleurs et de ses transfigurations.
Lamartine imite les procédés du xvme siècle ; il enlumine ses personnages populaires de teintes humanitaires , leur met dans la bouche des professions de foi panthéistes et écrit leur histoire dans ce langage opulent et démesuré qui est un des signes du temps, style singulier où tout se mêle, où les expressions d'une métaphysique raffinée t'appliquent souvent aux choses les plus matérielles, et les expressions d'un matérialisme et d'un sensualisme ardent aux choses les plus idéales, et où se retrouve le culte de l'artificiel comme caractère et comme action. Ce qu'il a observé n'est pas plus rigoureusement traité que ce qu il imagine. La nature est incomprise et regardée partout sous un point de vue entièrement faux; tout est romanesque.
Sous le rapport du style, cet ouvrage est plus soigné que la plupart des productions de Lamartine; nous sommes heureux de le constater en regrettant que le fond ne réponde pas à la forme.
TAILLEUSE s. f. (ta-lleu-ze; Il mil. — fém. de tailleur). Ouvrière qui tiiille et confectionne les vêtements de femmes : Sa mar- , chaude de modes l'aborde avec respect , sa TAiLLEUSK ose à peine lui parler, tant elle comprend que cette femme est naturellement velue et n'a pas besoin de son secours. (J. Jaiini.)
TAILLEVACIER S. m. ( ta-lle-va-sié ; Il mil. — rad. taillevas). Ane. art milit. Soldat qui était armé d'un taillevas. Il Mauvais soldat, poltron.
TA1LIEVANT ou TAILLEVENT, grand cuisinier du roi rie France, qui vivait au xive siècle. 11 était, croit-on, le même personnage que Guillaume Tirel, dit Taillevant, cuisinier du duc de Normandie, qui lui donna, en 1362, une somme de 100 francs d'or pour récompenser ses services, puis il fut attaché au service de Charles V vers 1380. Quoi qu'il en soit, Taillevant est l'auteur du premier livre de cuisine qui ait été écrit en français. Cet ouvrage, imprimé pour la première fois sans date vers 1490, a été souvent réédité depuis lors.
TAILLEVAS s. m. (ta -lie -va; Il mil.).
Sorte de grand bouclier en usage au moyen âge.
— Encycl. Le Père Daniel nous montre, dans ses gravures, des taillevas qui étaient un tiers plus hauts qu'un homme n'est grand. Quelques auteurs prétendent que le nom du taillevas est tiré de celui d'un comte de Toulouse qui en fut l'inventeur ; nous ne pouvons le croire; l'histoire d'ailleurs ne nous montre aucun comte de Toulouse inventant un bouclier. Les taillevas étaient carrés et quelquefois arrondis par en haut. Il y en avait de pointus par en bas pour s'enfoncer en terre. Ils différaient de la targe, en ce qu'ils étaient courbés des deux côtés comme un toit. Le taillevas est devenu pavois. L'un et l'autre sont même chose.
TAILLE- VENT s. m. Mar. Voile à boureet qui remplace la grande voile sur certains navires, lorsque le vent est fort. Il Nom donné quelquefois à la grande voile elle-même.
— Ornith..Un des noms vulgaires du goéland.
TAILLIAR (Eugène-François-Joseph), jurisconsulte et magistrat français, né à Douai en 1803. Lorsqu'il eut achevé ses études de droit à Paris, il retourna dans sa ville natale, où il suivit la carrière d'avocat. Peu après, il entra dans la magistrature (1827) et devint successivement juge auditeur au tribunal de Valenciennes , conseiller auditeur a Douai (1829), substitutdu procureur général (1831), puis conseiller près la même cour en 183-», enfin président de chambre, fonctions qu'il a remplies jusqu'à l'époque de sa mise à la retraite. M. Tailliar est membre de la Société d'agriculture, sciences et arts de Douai, dont il a été président, membre du conseil académique, et il a été nommé correspondant du ministère de l'instruction publique pour les travaux relatifs à l'histoire de France. Indépendamment de notices et d'articles juridiques insérés dans divers recueils, on lui doit ; Recueil d'actes des xie et xme siècles en langue romane -wallonne du nord de ta France, avec une introduction et des noies (Douai, 1849, in-8°); Essai sur l'histoire des
TAIL
institutions du nord de la France, ère celtique, (Douui, 1S52, ia-8°); le Livre des usages et anciennes coustumes de la comté de Guysnes, avec une introduction et des notes ( Paris , 1856, in-8<>) ; Origine des communes du nord de la France (Paris, 1858, in-8°); Essai sur l'histoire des institutions (Paris, 1859, in-8°) ; Notice sur l'origine et la formation des villages du nord de la France (1863, iu-8°), etc.
TAILLIS adj. m. (ta-lli; Il mil. — rad. tailler). Sylvie. Se dit d'un bois qu'on coupe k des intervalles rapprochés, et où l'on ne laisse croître que des arbres de faible dimension, venus de souches ou de drageons.
— Substantiv. Bois taillis : Les chevreuils occupent plus volontiers les terres labourables, les taillis clairs. (Buff.) Les petits cerfs trapus n'habilent guère les futaies et se tiennent presque toujours dans les taillis. (Buff.)
Le merle cherche l'ombre et les taillis épais.
MlCEAUD.
— Jeune taillis, Bois qui se coupe à huit ans et au-dessous. Il Moyen taillis, Celui que l'on coupe depuis quinze ans jusqu'à vingtcinq. Il Haut taillis, Bois que l'on coupa depuis vingt - cinq ans jusqu'à quarante. || Taillis composé, Taillis sous futaie, Taillis dans lequel on laisse croître un certain nombre d'arbres de haute futaie.
— Loc. fam. Gagner le taillis, S'enfuir, se mettre en sûreté :
Mais tu seras arma de pied en cap. — Tant pis, J'en serai moins léger a gagner le taillis.
Molière.
— Encycl. L'idée qui se rattache généralement au mot taillis est celle d'un massif forestier composé d'arbres jeunes et de faibles dimensions ; c'est ainsi que le code forestier fixe à trente ans la limite d'âge qui sépare les taillis des futaies. À un point de vue plus scientifique, un taillis est un bois destiné à se reproduire par les rejets des souches et des racines, propriété que possèdent plus ou moins tous nos arbres et arbrisseaux forestiers, autres que les résineux. Quand on exploite la coupe stins laisser de réserves, ou que celles qu'on laisse doivent être abattues à l'exploitation suivante, en d'autres termes quand l'existence des arbres ne comprend qu'une ou au plus deux révolutions, on a un taillis simple. Mais, si l'on conserve des baliveaux destinés à parcourir trois révolutions au moins, ou a un taillis composé ou sous futaie- Dans les taillis simples, dont nous nous
-occuperons d'abord, on considère les rejets de souche comme le produit principal ; on évite donc tout ce qui pourrait nuire à leur accroissement; les arbres réservés ne doivent recouvrir en tout que le seizième au plus de la superficie totale; ils sont destinés simplement à procurer un peu d'ombrage aux expositions chaudes et à donner les graines nécessaires pour la régénération du taillis. En effet, les souches n'ont qu'une existence limitée ; peu à peu s'épuise leur faculté de produire des rejets, et le taillis finirait par se dégarnir complètement, si de nouveaux pieds ne venaient prendre la place des souches qui ont péri; certaines essences, telles que l'allante, l'orme, le robinier, etc., produisent, par leurs racines, des drageons qui comblent les vides , aussi conviennentelles particulièrement pour les taillis. Quant aux autres essences, il faut que lu durée du taillis soit assurée soit par les graines provenant des arbres réservés, Soit par des semis artificiels ou des plantations.
L'âge auquel on exploite les taillis varie en raison de l'essence qui les peuple, de la richesse du sol et des besoins de la consommation. On exploite de cinq à dix ans les arbrisseaux et même certains arbres, tels que le châtaignier et le robinier, qui servent à faire des échalas, des cercles, des harts et autres menus ouvrages; de dix à quinze ans, la majorité des taillis, appartenant à de petits propriétaires, ou situés dans un sol pauvre et destinés surtout k fournir du bois de chauffage ; de quinze k vingt, les trembles, les grands saules et le châtaignier, dans les sols médiocres; de vingt à vingt-cinq, la plupart des essences secondaires, bouleau, merisier, sorbier, tilleul, et même les essences principales, si le sol n'est pas très- bon; de vingt-cinq k trente, le tremble et quelques autres arbres employés à la petite charpente; de trente à quarante, les essences les plus importantes , chêne , hêtre , orme , frêne , charme, plantées dans un bon fonds. Les révolutions pjus longues ne sont que des exceptions rares, presque toujours peu avantageuses.
La saison la plus convenable pour la coupe des taillis est fixée par la nature. On ne doit jamais exploiter en temps de sève, d'abord parce que les souches s'affaiblissent par l'écoulement du sue séveux, ensuite parce qu'on perd ainsi la première et la plus forte repousse due à la sève de printemps; il n'y a d'exception à cette règle que pour les bois dont on veut recueillir l'écorce. D'un autre côté, il est bon de ne pas abattre en automne ou pendant le gros hiver, les souches pouvant être altérées par les gelées. La fin de l'hiver et le commencement du printemps sont les époques préférables pour la plus grande partie de la France. Dans le Midi et dans l'Ouest, où la température est plus douce
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et la végétation plus précoce, on peut commencer aussitôt après la chute des feuilles.
« L'abatage des taillis, disent Lorentz et Parade, doit se faire avec des instruments bien tranchants, afin de ne pas faire éclater la souche et l'écorce qui la recouvre. En général, on coupera le plus près possible de terre et l'on donnera à la souche une forme telle que les eaux pluviales ne puissent y sé>journer. Cependant, lorsque le taillis provient de souches déjà très-vieilles ou lorsque l'essence est peu disposée à se reproduire par rejets, comme le hêtre, par exemple, on fera bien de couper dans le jeune bois, immédiatement au-dessus du nœud de la précédente exploitation, parce que les pousses nouvelles seront plus abondantes et se développeront avec plus de facilité que si elles avaient à traverser l'écorce épaisse et dure de la vieille souche. »
Une très-bonne précaution à prendre aussitôt après l'exploitation, c'est de recouvrir de quelques centimètres de terre les souches âgées ; on les protège ainsi contre les influences des agents extérieurs, et, en permettant à leurs plaies de se cicatriser, on empêche la sève de s'écouler par les fentes; en résumé, oii favorise ainsi la production des rejets. « Quand les essences ont la propriété de drageonner, ajoutent les auteurs cités, le moyen à employer pour assurer la perpétuité du taillis est très-simple. Lorsqu on s'aperçoit que la faculté reproductive des souches commence à diminuer, on les coupe entre deux terres, c'est-à-dire au-dessous du collet de la racine. En détruisant ainsi le centre vers lequel se portait la sève, celle-ci agit plus énergiquement sur les racines et donne naissance à une grande quantité de drageons, qui remplacent abondamment les souches surannées. » Enfin, pour favoriser la reproduction, il faut procéder le plus promptement possible au façonnage des bois abattus et a leur transport hors de la coupe.
Le taillis composé ou sous futaie diffère du taillis simple par la présence de baliveaux de divers âges et plus ou moins nombreux. On réunit ainsi les avantages du taillis et ceux de la futaie, du moins en partie. Les règles d'exploitation et de culture sont les mêmes, en y ajoutant ce qui concerne le balivage. Tous les taillis, pour être entretenus en bon état, exigent certains soins. Ainsi, il faut regarnir par des repeuplements artificiels les vides qui viennent k se produire; faire les nettoiements et les éclaircies nécessaires pour favoriser la végétation; enfin, procéder à l'élagage des baliveaux, de telle sorte qu'ils ne puissent nuire au sous-bois. On trouve souvent des taillis formés d'une seule essence; mais les taillis mélangés sont généralement préférables, pourvu qu'on n'associe pas entre elles des essences qui pourraient se nuire mutuellement. V. les mots cités.
TAILLOIR s. m. (ta-lloir; Il mil. — rad. tailler). Assiette de bois sur laquelle on taille, on découpe la viande. Il Peu usité,
— Archit. Partie supérieure du chapiteau des colonnes, consistant en une sorte de tablette carrée Sur laquelle pose l'architrave.
TAILLON s. m. (ta-llon; Il mil. — rad. tailler). Tronçon, morceau taillé : Un taillon de viande, de poisson. Pardieu! dit Gymnaste, tu n'y^entreras qu'à taillons, il Vieux mot usité encore dans le midi de la France.
— Calligr. Partie d'une plume à écrire qui est susceptible d'être taillée.
— Fin. Imposition de deniers qui se levait autrefois de la même manière que la taille, et qui en était comme un supplément ; Le taillon fut établi par Henri 11 en 1549, pour augmenter la solde des gendarmes qui composaient les compagnies d'ordonnances , des chevau-légers et de l'infanterie des légions provinciales.
TAILLOT s. m. (ta-llo ; Il mil. — rad. tailler). Ancien instrument tranchant qui avait la forme d'une serpe.
TAIMING FOU, ville de Chine, provineede
Tchy-li. Elle est située sur le canal de l'Ouei- Ho; sa juridiction s'étend sur dix villes.
TAÏJWOUB, lac de la Russie d'Asie, dans la presqu'île des Samoyèdes, à l'extrémité septentrionale du gouvernement d'Iénisséisk. L'écoulement de ses eaux forme la Taïmourcha, rivière la plus boréale de l'ancien continent. Cette rivière va se perdre dans un golfe de l'océan Glacial arctique, que l'on désigue par le nom de Taïmourskaia. *
TAÏMOOR, golfe de l'océan Glacial arctique, sur la côte de la Russie d'Asie, dans le gouvernement d'Iénisséisk. Il est situé entre le cftpTaïmouretle capSievero-Voststchnoï, le plus septentrional de l'Asie, et a un développement de 315 kilom. de longueur, sur une largeur moyenne de 90 kilom.
TAIN s. m. (tain — altér. du mot étain). Téchn. Amalgame d'étain qui sert à rétamage des glaces: Une glace saris tain. Il Bain d'étain dans lequel on plonge le fer devenu noir par l'opération du décapage.
TAIN, ville de France (ùtôme), chef- lieu de cant., arrond. et à 20 kilom. N. de Valence, sur la rive gauche du Rhône, en face de Tournon, avec laquelle elle communique par deux ponts en fil de fer, dont l'un est le premier qui ait été construit en France ; pop.
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aggl., î,199 hab. — pop. tôt., 2,854 hab. Cette ville, ancienne station romaine désignée sous Je nom de Tegna dans la table Théodosienne, est très-agréablement située et doit sa célébrité au vin que l'on récolte sur le coteau qui la domine, et dont la réputation est aujourd'hui européenne; nous voulons parler du coteau de l'Ermitage, nom qui lui vient d'une chapelle qui le couronnait jadis et qui était dédiée à saint Christophe. «(Je vignoble célèbre, dit M. Victor Rendu dans son excellent livre qu'il a intitulé Ampélographie française, se comj ose de HO hectares de vignes, répartis sur deux coteaux principaux, offrant deux natures de terre bien tranchées. Le plus rapproché du fleuve est granitique et s'appelle mas des Besstis ; l'autre appartient au terrain d'alluvion et se nomme, dans sa partie supérieure, mas du Aféal, et, dans sa partie inférieure, mas de Greffieux. Des produits combinés des trois mas dépend. la qualité supérieure du vin de l'Ermitage; ■ pour être ■ classé en premier cru, il faut être propriétaire de vignes dans chacun de Ces trois mas. Le rendement moyen est de 24 hectolitres par hectare, [/hectare se vend 60,000 fr. dans les premiers ai-us, 48,000 l'r. duns les seconds, et 36,000 fr. dans les vignobles de troisième ordre. On fabrique trois sortes de vins il l'Ermitage : du vin rouge, du vin blanc et <ln vin de paille; ces denx derniers sont à peine dans la proportion d'i<n dixième par rapport au vin rouge; le vin de paille, comparé au vin blanc, est encore dans une proportion plus faible ; on ne s'en étonne plus quand on sait qu'il fautau moins 700 lulogr. de raisins séchés sur la paille pour obtenir une barrique de 210 litres de cet excellent vin, représentant ainsi trois barriques de vin blanc.»
On a découvert il y a plusieurs années, en fouillant la terre du coteau de l'Ermitage, un autel antique ou tuurobole élevé en 184, sous la règne de l'empereur Commode. Ce monument, qui constitue une des plus précieuses antiquités du département, orne aujourd'hui la petite place de l'hôtel de ville. 11 est carré et d'une seule pierre calcaire ; sa hauteur est de 4 pieds environ, y compris la base et la corniche, et de 2 pieds et demi seulement hors œuvre. Sa largeur, prise h la corniche et à la base, est de 2 pieds 3 h. 4 pouces. Son épaisseur et sa largeur sont à peu près égales. Du milieu do la plate-forme partent deux canaux qui en embrassent une partio x:onsidétable, en décrivant l'un et ! autre une sorte de ligne circulaire. Eloignés d'abord de près de 18 pouces, ils se rapprochent et linissent par se réunir sur le de- j vant de l'autel, où ils sont ouverts et airon- I dis à leur naissance. Ils effleurent le- ' gerement la surface. Leur largeur et leur profondeur vont toujours en augmentant; leurs ouvertures sont larges de 9 pouces et profondes de 3 pouces. Au centre de la face principale on voit une tète de taureau. Une tête de bélier est sculptée sur la face droite ; le couteau victimaire orne la face gauche. La tête du taureau partage en deux l'inscription qui existe sur la face principale et qui consacre la date du monument, inalgié une curieuse mutilation et peut-être même a Cause de la mutilation, expliquée par M. Delacroix ; "Ce qui ajoute, en effet, singulièrement, dit le savant archéologue, à l'intérêt qu'offre ce taurobole, c'est que le nom et les titres de Commode ont été effacés de l'inscription, lorsque, à la mort de cet empereur, un décret du sénat ordonna de faire disparaître des monuments publics tout ce qui pouvait rappeler le souvenir de cet aune Néron. »
TAIN, ville des lies Britanniques, cheflieu du coinié de Ross, sur la baie ue Doriiochl'irth, sur la côte orientale de i'Ecosse, au milieu d'une plaine fertile, à 513 kiloin. d'Edimbourg ; 3,300 hab. Tuin possède quelques belles maisons de pierre jaune, de grands jardin;', une vieille tour surmontée d'un clocher et de quatre clochetons, des banques, un tribunal élégant, une prison, une maison dus pauvres, bâtie dans le style du règne d'Elisabeth, une académie, une institution pour les ouvriers, une vaste promenade, une vieille chapelle massive, les ruines de l'église collégiale de Samt-Duthus, construite en 1471, détruite lois de la Réforme, et une église paroissiale crénelée. < Le plus curieux de tous ces édifices, dit M. Esquiros, est la vieille chapelle, car elle rappelle d intéressants souvenirs. Elle contenait la châsse de saint Duthus, qui fut évèque de Ross entre 1209 et 1253. Ce fut là, dans ce sanctuaire, que la femme et la fille de Robert Bruce se retirèrent eu 130C, et que le comte de Ross les arrêta pour les livrer aux Anglais. Le laird de Freswick, nommé Mowatt, y brûla, avec des papiers précieux relatifs au bourg-, quelques'-uns de ses ennemis qui s'y étaient réfugiés après une défaite. Enlin, Jacques V y fit un pèlerinage pieds nus en 1527.»
TAISE (Hippolyte-Adolphe), philosophe et écrivain fiançais, né à Vouziers (Ardeunes) le 21 avril 1828. Il ht des études brillantes au lycée Bonaparte, et, après avoir remporté le prix d'honneur de rhétorique en 1847, il entra, l'aimée suivante, le premier à l'Ecole normale. La sûreté de son jugement et la haute portée de son intelligence étaient si universellement reconnues que ses condisciples, s'incl'uiant devant sa supériorité, ne l'ap-
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pelaient que Monsieur Taine et ls prenaient
pour juge lorsqu'il s'élevait entre eux quelque Contestation, En 1851, lorsque M. Taine se présenta au concours pour l'agi égution de philosophie, il passa un examen des plus brillants; mais ayant eu la bonhomie de croire qu'il devait plutôt subir un examen de philosophie qu'une épreuve de théologie, il se vit refusé, avec tous les honneurs de la guerre. Successivement nommé professeur a, Nevers et à L'ornera, en dernier lieu il fut envoyé, par la rancune universitaire, à Besançon comme suppîéan t de sixième. Dégoûté de ces tracasseries, il comprit enfin que pour lui le seul moyen de faire son chemin était de sortir de l'Université; il donna sa démission et partit pour Paris.
Ses opinions philosophiques étaient déjà bien arrêtées. Adepte du positivisme, comme MM. Maury, Littré et Renan, partisan de la doctrine qui fait dépendre les sentiments de l'organisation et du système nerveux , afin d'asseoir son système sur des bases plus solides, il suivit pendant trois- années, assidûment, les cours du Muséum et de l'Académie de médecine.
Lorsqu'il se crut suffisamment armé, M. Taine entra dans la lice et fit son début dans la Revue de l'instruction publique. Un esprit d'un ordre aussi supérieur n'a qu'à se montrer pour occuper la place qui lui convient, et celle de M. Taine fut promptement marquée à la Revue des Deux-Mondes et au Journal des Débats. Ses articles de critique et ses études littéraires, reposant sur des théories entièrement neuves, tirent sensation, mais il allait bientôt se faire connaître d'une façon plus sérieuse. En 1S53, il prit le grade de docteur es lettres avec deux thèses : De personis platonicis et Essai sur les Fables de La Fontaine, dont la dernière fut trèsreniarquée. En 1854, il publia son premier ouvrage de longue haleine, un Essai sur Tite-Live. La solidité des connaissances, la justesse et la nouveauté des vues, l'élégance du .style fixèrent promptement les yeux du momie lettré sur le jeune savant, et, malgré la hardiesse des doctrines spinozistes qui se montraient à découvert dans l'ouvrage, l'Académie française le couronna. Tous ceux qui s'occupent de littérature conviennes qu'on doit apprendre La Fontaine dans son enfance et l'étudier dans un âge plus mûr comme un modèle inimitable de style, de finesse et de profondeur philosophique.
M. Taine se chargea d'expliquer au public les raisons de cette préférence dans un volume intitulé -ta Fontaine et ses fubles (1860, in -8°), dans lequel il a refondu et augmenté sa these de doctorat. Dans cette étuue, plus d'une fois le commentateur semble avoir hérité do la maligne bonhomie de l'auteur.
M. Taine alla se reposer de ses travaux en visitant les Pyrénées. De celte excursion, il rapporta un volume charmant, son Voyage aux eaux des Pyrénées (1853, in-18), qui lit briller son talent sous une nouvelle face. On connaissait l'erudit, le philosophe; il découvrit le poëte riche d'imagination, l'habile peintre de paysages, Je profond observateur et le conteur aimable et enjoué. Cet ouvrage, instructif et amusant,' a été réimprimé dans des éditions de luxe.
Le meilleur moyen pour établir solidement un système, c'est de renverser ceux qui lui sont opposés; aussi le champion du positivisme battit en brèche la philosophie régnante dans un volume intitulé : les Philosop/ies français au xix° siècle (1856, in-18). Toutes les doctrines alors en honneur furent successivement immolées sur l'autel du bon sens avec l'arme du ridicule, et le public fut étonné de puuvoir, grâce à la netteté et à l'esprit de l'écrivain, s'intéresser et mémo se plaire au spectacle d'une joute scientifique. Le grand prêtre de l'éclectisme, ce fameux système philosophique qui consiste it n'en point avoir, M. Cousin, sentit s'ébranler sous lui les fondements du trône que lui avait élevé la routine universitaire. Le pr< iti er coup porté, ce colosse aux pieds d'argile ne tarda pas à s'affaisser.
M. Taine publia ensuite des études sur Racine, Balzac, Jean Reynaud, Tennyson, Carlyle, Addison, Pope, Uryden et j>ui- les romanciers anglais du xvme siècle. En 1857, il fit paraître ses Essais de critique et d'histoire (in-18), et en 18G3 un volume intitulé: les Ecrivains actuels de l'Angleterre, modela de fine observation et d'érudition élégante, soutenues par un rare mérite de style.
En 1864 vit enfin le jour l'œuvre capitale de M. Taine, l'Histoire de la littérature anglaise (4 vol. in-8°), vaste trésor de connaissances solides et de jugements remarquables par leur justesse. Ce livre, destiné à populariser en France la littérature peu cunnue de nos voisins d'outre-Manche, eut un grand retentissement. On le proposa pour le prix académique de 20,000 francs; mais M. Cousin, profitant de sa position d'ucadèmicieû pour venger les blessures faites à son amourpropre de philosophe, fit écarter sa candidature en alléguant le peu d'orthodoxie de3 doctrines philosophiques émises dans {'Histoire de la littérature anglaise, qu'il accusa d'être écrite avec passion et pour soutenir les théories spinozistes et matérialistes.
M. Taine, en 1864, fut nommé professeur d'esthétique à l'Ecole des beaux-arts. Egalement familier avec la langue allemande et