‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 879 sur 1059 · TAIS · texte numérisé non relu

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miracle que de faire parler les muets. (Ralz.)

Il Faire cesser, empêcher la propagation, la divulgation de :

Ne ferez-vaus pas taire un bruit qui vous offense?

Racine.

il Empêcher les manifestations de : Faire tairk son ressentiment. Celui qui parvient à faire taire sa conscience est un malade déses- ■oéré. (LaRochef.-Doud.) A quelle condition un ami serait-il impartial pour un ami? A condition de faire taire son cœur. (E. Saisset.) Le désir de briller, l'amour de la parure Font taire dans un cœur l'amour de la nature.

Etienne.

Il Supprimer l'action, l'effet, l'autorité de: J'ai fait laire les lois et gémir l'innocence.

Racine.

Il Empêcher de tirer, réduire à cesser son tir : Faire taire le canon de l'ennemi. Faire taire les batteries des assiégeants.

— Prov. Qui se tait consent, Quand on ne fait aucune objection sur ce qui est propose, c'est une marque qu'on y donne son consentement. Il On dit plus communément Qui NE DIT MOT CONSENT.

— Syn. Taire, cacber, celer, etc. V. CA- CHER.

— Gramm. Quand ce verbe est employé pronominalement, le pronom complément est toujours considéré comme complément direct, et, dans les temps composés, le participe tu s'accorde avec lui : Nous nous sommes TUS. Biles se sont TUES.

TAÏRI s. m. (ta-i-ri). Mamm. Nom vulgaire du petit fourmilier, à la Guyane.

TA1SAND (Pierre), jurisconsulte français, né a Dijon en 1644, mort dans la même ville en 1715. Il était parent de Bossuet. A vingt et un ans, il commença d'exercer la protes- ' sion d'avocat dans sa ville nataleet s'y plaça bientôt au premier rang. S'etant rendu à Faris (1673), il entra en relation avec Bossuet, Lamoignon, Colbert, qui essayèrent de le retenir dans la capitule ; mais il préféra retourner à Dijon et fut forcé, par sa mauvaise sauté, de renoncer au barreau en 1680. Il acheta alors une charge de trésorier de France. Outre des ouvrages restés manuscrits, on doit à Taisand : histoire du droit romain (Paris, 1678, in-12); Coutume générale des pays et duché de Bourgogne, avec commentaire (Dijon, 1698, in-fol.) ; 4es Vies des plus célèbres jurisconsultes de tous les temps (Paris, 1721, in-4°), compilation comprenant environ 500 articles trop succincts, publiée par le fils de l'auteur.

TAISIBLB adj. (tè-zi-ble — rad. taire).

Jurispr. Que l'on peut taire dans certains cas.

TAISN'IER (Jean), érudit belge, né à Ath (Hainaut) en 1509. On ignore 1 époque de sa mort. Il entra dans les ordres, fut chargé de l'instruction des. pages de Charles-Quint, suivit ce prince dansl'expéditiondeTunis (1535), puisse mit a voyager. Après avoir visité les principales villes d'Italie, où il donna des leçons, il parcourut une partie de l'Europe et de l'Asie. Par la'suite, vers 1558, il devint maître de la chapelle archiépiscopale de Cologne et termina obscurément sa vie. C'était un homme plein de vanité et de morgue, qui ne se titaucun scrupule de piller les ouvrages d'autrui et de donner pour siens les résultats de leurs travaux. Nous citerons, parmi ses écrits : De usa spher& materialis (Cologne, 1559, in-4°) ; Isagogica astrologie judiciàrix et artis diuinalricis,{Cologne, 1559, in-8°); De natura magnelis et ejus effeclibus (Cologne, 1592) ; Opusmat/iematicum, VIII lib. complectens (Cologne, 1562, in-40), ouvrage dans lequel il traite de l'astrologie, de la chiromancie, de la physiognomonie, etc., et pour lequel il a beaucoup emprunté au médecin Codés.

TAISSON s. m. (tè-son — du lat. taxo, taxus, blaireau; espagnol texon , tasugo, iialien tasso, mots qui se retrouvent, avec le changement, régulier des consonnes, dans l'ancien allemand dalis, maintenant daclis. Le mot latin, qui ne paraît pas dans les auteurs avant saint Augustin, est peut-être d'origine celtique ; car, en erse, taghart désigne le putois et la martre, comme mêles, en latin, la martre et lo blaireau. Ll est uès-probable, selon Pictet, que l'hébreu tachash, qui désignait ou le blaireau ou un animal voisin, était un terme aryen. Les peaux de tachash, précieuses sans doute, puisqu'on les employait à couvrir le labernacle et pour des chaussures de luxe, provenaient probablement du commerce avec l'Iran. Tout cela fait croire à une origine aryenne, et ce nom du blaireau, en effet, peut s'expliquer par la racine sanscrite taksh, briser, rompre, d'où dérive déjà le nom de l'if, taxus. On sait que le blaireau coupe et creuse la terre avec une facilité remarquable, à l'aide de ses griffes très-fortes, de sorte que le nom de taksha, la/cshan, coupeur, en sanscrit charpentier, lui convient parfaitement. Comme il irait mieux encore au castor, Pictet compare aussi l'irlandais liadhan, pour tiaglan, ainsi que le géorgien thakvi, castor, et thagvi, souris, tous deux probablement d'origine aryenne). M.tinm. Nom vulgaire du blaireau, dans le midi de la France.

— - Loc, fani. Puer comme un taisson, Sentir très-mauvais.

TAISSON NI ÈRE s. f. (tè-so-ni-è-re — rad.

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IntssonJ.Tanntère du taisson ou blaireau, dans le midi de la France.

TAISSV, village de France (Marne), sur la Vesle, cant.,arrond. et à 8 kilom. de Reims; 560 hab. Son territoire produit des vins rouges très-remarquables, qui jouissaient autrefois d'une grande notoriété.

Voici une anecdote que nous a conservée dom Châtelain : » Henri IV fut un jour chez Sully, son ministre, lui demander à déjeuner. Après avoir bu quelques verres de vin, il s'écria : « Ventre-sainr.-gris 1 voilà du grand » vin ; il l'emporte sur le mien d'Ay et sur les » autres endroits; je veux saveir d'où il ' vient. — C'est, lui répondit Sully, mon ami » Taissy qui me l'a envoyé. — Je veux le » connaître aussi, dit Henri IV. » Ce qui fut bientôt fait.

Le vin de Taissy était, en effet, un de ceux dont on faisait le plus de cas autrefois en Champagne, mais il est bien loin maintenant d'être aussi estimé.

TAÏT s. m. (ta-i). Entom. Nom vulgaire' de la courtilière.

TAI-TAI interj. (tè-tè). Chasse. Cri au moyen duquel on rappelle les chiens quand ils sont éloignés.

TAITBOUT, famille française, issue d'un officier belge qui s'établit à Paris sous le règne de Henri IV. Plusieurs de ses membres ont rempli les fonctions de consul de France à l'étranger. Nous citerons : le chevalier Alexis-Jean-Eustache Taitbout, seigneur do Marigny, né à Paris vers 1705, mort dans la même ville en 1778. Il fut successivement mousquetaire, consul général do France à Alger (1734) et à Nnples (1741). — Son fils, Jenn-Alexis-Victor-Eustache TaiTBOVJT db Marigny, né à Paris en 1731, mort en Crimée en 1807, était consul général à Alexandrie lorsque, une sédition ayant éclaté, il parvint, par son courageux dévouement, à sauver les Français qui se trouvaient dans cette ville. Consul général en M orée lorsque éclata la Révolution, il fut destitué et alla finir ses jours à Théodosie,en Crimée. — Unebranehe de la même famille a possédé héréditairement pendant tout le xvmo siècle la charge de greffier en chef et de conservateur de l'Hôtel de ville de Paris.

Taitbout (rue). Cette rue de Paris, situés dans la Chaussèe-d'Antin, va du boulevard des Italiens à la rue d'Aumale. Elle se coinpose de quatre parties, dont la plus ancienne, celle comprise entre le boulevard et la rue de Provence, a été ouverte par une ordonnance de Louis XV, datée de 1773. Elle reçut alors le nom de Taitbout, de celui de ia famille dont nous venons de parler. La seconde partie, comprise entre les rues de Provence et de la Victoire, fut percée en 1781 et reçut alors le nom de rue du Houssny ; la troisième, située entre la rue de la Victoire et la rue Saint-Lazare , fut tracée en 1778 et prit, à cette époque, le nom de rue des Trois-Frères ; enfin la quatrième, entre les rues Saint- Lazare et d Auinule, date de 1846. Un remarque dans la rue Taitbout une élégante petite salle de spectacle, d'une architecture agréable et originale.

TÀÏT1 (archipel de), ou de la SOCIÉTÉ, groupe d'Iles de la Polynésie, à l'O. de l'archipel Pomotou, entre 15° 52' et 17 4S' de huit. S. et 150° 8' et 156° 30' de longit. O. ; 2,200 kilom. carrés environ ; 40,000 hab. Il se partage en deux groupes, celui du S.-E. et celui du N.-O. Le premier groupe, ou îles du Vent, est composé des îles Taïti, Moorea et des îles Tetiaroa et Meetia ; il est sous le protectorat de la France. Le second groupe, oi> îles sous le Vent, de Taïti, est en dehors do notre protectorat, et se compose de : Tubuai, Manu, Huahine, Raiatea-Tahao, Barabora, Moffy-Iti, Maupiti, Mapetia, Bellingshausen, Scilly. Lu population de ces îles est d'environ 3.500 hab. La production en huile de coco est à peu près de 200 à 240 tonneaux, qui sont achetés sur les lieux au prix ce 500 francs le tonneau. Les exportations des oranges, de l'arrow-root, du tabac, la valeur des bâtiments construits dans les différentes lies, indiquent, à la sortie, une somme au moins égale. Comme presque partout, les indigènes se laissent endetter avant de produire, ils sont forcés d'accepter d'être payés en marchandises. L'influence dominante est celle des fnissionnaires de la Société de Londres. Néanmoins, l'anarchie la plus complète règne aux lies sous le Vent, principalement à Raiatea, où des luttes sanglantes ont eu lieu à la fin des années 1858 et 1859. Les Anglais appellent les îles du Vent : îles Géorgiennes, et les îles sous la Vent : îles de la Société. Cette dernière dénomination fut donnée par Cook, en l'honneur de la Société rojala de Londres.

TAÏTI, TAHITI ou OTAHITI, île de l'archipel de Taïti ou de la Société (Polynésie), par 170 30' et 170 53' Ue huit. S. et 151° 26' et 1510 57' de longit. O.; ch.-l. P.ipeiti ou Papeeto. Elle se partage en deux parties bien distinctes : Taïti proprement dite et la presqu'île de Taiarabu, reliées entre elles par un isthme de 2,700 mètres de largeur, Uont la plus grande hauteur au-dessus tlu niveau de la mer est de 14 mètres. La superficie totale de Taïti et de Taiarabu est de 104,215 hectares. Leur périmètre offre un développement de 192 kilom. ; 120 kilom. pour Tuïti et 72

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pour la presqu'île. L'étendue de Taït est de 79,485 hectares; celle de Taiarabu, do 24,730 hectares. Chacune de ces parties est à peu près circulaire. De hautes montagnes, produit d'un immense soulèvement volcanique, en occupent le centre; les plus hantes sont, dans Tafti, l'Aorai (2,064 mètres) et l'Orohena (2,U36 mètres); dans Taiarabu, le Niu (1,324 mètres). Le sol de Taïti, pierreux et dur au sommet des montagnes, est souvent, sur les plateaux intermédiaires, formé de niasses d'argile ; mais, en revanche, dans les vallées et sur le bord de ta mer, une épaisse couche de terre végétale le recouvre et le rend propre à toutes les productions tropicales. Cette bande de terre, qui s'étend le long de la mer, est plate, quelquefois trèsétroite; d'autres fois elle acquiert une longueur de plus de 3 kilom. Bien des laves, des scories, des ponces et un terrain tourmenté accusent une fusion ancienne des éléments du sol; l'ile paraît très-pauvre en miliéraux. On n'a trouvé, jusqu'à présent, malgré d'activés recherches, que quelques parcelles de sulfure de fer. A l'action volcanique paraît s'être joint, dans la composition du sol, le travail des madrépores, qui cerclent la plupart des îles du groupe d'une ceinture de coraux. Taïti est entourée par cette enceinte qui, interrompue seulement sur certains points, ne laisse guère qu'en regard des vallées des passages qui permettent aux bâtiments d'accoster et de mouiller dans les diverses baies. La baie de Papéiti ou de Papeete est la plus importante, sinon la meilleure de Tafti. D'un accès facile, elle est commode comme mouillage et la plus sûre pour les navires marchands. Les côtes offrent d'autres mouillages, dont les principaux sont ceux de Bougain ville, de Punavia et do Païoni. Des montagnes descendent de nombreux cours d'eau, qui arrosent l'île et y forment des vallées fertiles. Peu de rivières portent des noms. Nous pouvons cependant citer : au N., celles de la Tapiorui, qui se jetto à la mer près de Papéiti ; de Fantahna, de Hamunta, de Piraé, de Vaipopo, d'Ahonu ; celle qui arrose la vallée de Vapenoo et reçoit plusieurs affluents; à l'E., celles de Mataei, de Papoéia, de Foaone; au S., celles de Mataroa, Vaïhisia, Nuiraharnha, de Taarun, d'Oho; à l'O., celles de Naïtupa, Faa- Iti, Oofere, Hapa, Pnpehne, Punaruu, Taapuna, etc. ; sur la presqu'île, celle de Vuïtepia.

On ne trouve qu'un lac à Taïti ; c'est le lac Vttï-Hiria, situé à peu près au centre de l'île, sur une montagne, à 460 mètres audessus du niveau de la mer. Il a environ 3/4 de mille de circonférence et paraît alimenté par plusieurs sources. Il ne déborde jamais, quelles que soient les pluies. On distingue à Taïti, comme dans les autres contrées tropicales, deux saisons : la saison sèche, qui commence en avril et linit en décembre, et l'hivernage, qui occupe le reste de l'année. Le thermomètre s'élève, dans l'hivernage, jusqu'à 31°. U s'abaisse dans les premiers jours de juillet jusqu'à 14°. Sa moyenne, en cette saison, est de 29<> maximum le jour et 23», 5 minimum la nuit. Les orages produisent parfois des variations subites de température de i0« ; mais la température ne présente pas, en général, de brusque changement. Dans la belle saison, la moyenne est de 27» le jour et de 20° la nuit. En juillet, le thermomètre descend à 140 à Papéiti et à 8° au poste de Fantahna, a 620 mètres au-dessus du niveau de la mer. Sur les côtes, les forêts de cocotiers, d'orangers, de papayers, d'arbres à pain y forment un dôme élevé et d'épais rideaux de verdure, qui s'entr'ouvrent çà et là un instant pour laisser apercevoir la mer et son horizon sans bornes. Tous les indigènes sont échelonnés le long de la plage verdoyante; l'intérieur de l'île est un chaos de montagnes et de pics, dont les pentes ont des inclinaisons tellement exagérées, et supportent une végétation si touffue, que non-seulement on ne songe pas à y habiter, mais que les explorations y sont souvent impossibles.

Taïti produit peu et pourrait beaucoup produire. Toutes les plantes importées des différents continents s'y sont naturalisées d'une manière surprenante. En moins d'un siècle, elles se sont, développées sans culture et reproduites au point de le disputer aux végétaux indigènes. La fertilité du sol est admirable. De nombreux ruisseaux entretiennent partout dans la plaine une fraîcheur délicieuse. D'abondantes rosées rendent à la terre, pendant la nuit, l'humidité que lui a enlevée l'ardeur du soleil. Les montagnes sont couvertes d'une végétation luxuriante, jusque dans leurs sommets les plus élevés; les vallées en sont obstruées. Si ces ressources précieuses étaient utilement exploitées, Taïti, qui fournit à peine aujourd'hui des vivres à une population peu nombreuse, deviendrait un établissement colonial des plus riches. La plupart des productions des Antilles et des Indes y réussissent à souhait. Déjà le coton, l'indigo, le tabac y croissent sans culture. La Reunion et les Antilles vont chercher jusqu'à Taïti des plants nouveaux de canne à sucre pour régénérer leur culture épuisée. Le café, cultivé sur quelques points, donne des produits que le Chili préfère à ceux du Biésil. Mais, pour accomplir cette œuvre de transformation, il faut des bias, et on ne peut compter sur ceux des Tuïticns, insouciants de l'avenir et pares-

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seux par tempérament. Des ouvriers exercés, des agriculteurs habitués au travail et possédant quelques ressources, emmenant avec eux leur famille, et disposés à se fixer a Tutti, y trouveraient, avec une seconde patrie, tous les avantages que peut procurer un travail facile et largement rémunérateur. Leur exemple agirait utilement sur les Indiens et les stimulerait peut-être à secouer leur torpeur naturelle. L lie offre cet avantage inappréciable dans les contrées chaudes, de pouvoii' être cultivée sans danger par les Européens. Indépendamment de ce qu'elle pourrait offrir elle-même au commerce, Taïti serait encore un entrepôt naturel des productions de toutes les iles voisines, et particulièrement de celles soumises au même gouvernement, et l'île fournirait alors aux bâtiments qui viennent lui apporter des produits de différents continents un fret qui Jeur manque encore aujourd'hui. Sur la plaine qui borde la mer au sud de l'Ile se sont installés, depuis 1864, les établissements agricoles d'une compagnie anglaisa, qui, après avoir acheté aux indigènes, à des prix minimes, 4,000 hectares d'excellente terre, y a introduit 1,600 coolies chinois. Aujourd'hui, ce terrain plat et formé d'une couche d'humus profonde est découpé par des routes larges et commodes, bordées d innombrables plants de bananiers et autres arbres à fruit. D'immenses plantations de cannes à sucre, de cotonniers, de caféiers ont remplacé les forêts vierges. Les habitations éparses au bord de la mer ont une animation qui fait un contraste frappant avec le calme et l'inaction des autres points de l'Ile. Le degré de fertilité du sol varie dans chacun des districts de l'Ile. Les terres les plus fertiles, les mieux exposées, les plus riches en plaines et les mieux cultivées sont situées sur la grande presqu'île, et, parmi celles-ci, les plus favorisées sont celles du nord, du nord-ouest, de l'ouest et du sud. La partie orientale de l'Ile, remplie de petites vallées et coupée par des sinuosités de montagnes, est exposée à des vents constants de Fest et du sud-est, qui la dessèchent. Le district le plus vaste et le plus riche paraît être celui de Papara, situé au sud-ouest. En général, les bords de la mer, où se forment les plaines qui tendent à se prolonger par les amas de terre et de détritus descendant des montagnes, sont les plus favorables à la culture. Les productions naturelles de Taïti sont extrêmement variées : le cocotier, l'arbre à pain , le laeca pinnatifida, le taro, l'igname, le manioc, l'oranger, le goyavier, le caoutchouc, l'indigo, le coton, le café, le tabac, le sorgho. Plusieurs plantes oléagineuses y croissent spontanément. Taïti produit encore un assez grand nombre de bois de construction , d'ébénisterie, de charronnage assez difficiles à exploiter. On peut citer, entre autres, le tamann et le miro ou bois de rose, si beaux et si durs; le tiari ou bancoulier, le bois de fer, le sandal, le lenaro, remarquable par Ses nombreuses applications. Le nombre des plantes dont on ignore Je nom est incalculable. Le seul quadrupède indigène qu'on trouve à Taïti est une sorte de porc qui tient le milieu entre le cochon domestique et le sanglier. Les naturels s'en nourrissent j ils le chassent à coups de lance dans les forets, où il vit à l'état sauvage. Des boeufs, introduits dans l'Ile en 1845, y ont prospéré,

— Population, langues. La population de Taïti a été, de la part des navigateurs qui l'ont fréquentée à diverses époques, l'objet d'estimations fort diverses. Cook la portait à 240,000 hab. ; Forster à 120,000 seulement. En 1797, un recensement approximatif, fait par le missionnaire Wilson, compte 16,000 individus de tout âge et de tout sexe dans les deux presqu'îles. L'annuaire de Taïti pour 1865 établit comme suit les chiffres de la population :

Population taïtienne 7,642

— française 307

— étrangère 1,137

Total 0,086

On n'évalue guère aujourd'hui (1875) cette population qu'a 7,000 habitants.

Les indigènes de Taïti sont d'une intelligence bien supérieure à celle des peuplades sauvages les plus favorisées sous ce rapport. Presque tous savent lire ; un grand nombre d'entre eux écrivent; ils sont doués d'une certaine facilité de parole et d'un esprit vif et enjoué. Ils sont, en outre, très-courageux. Mais ces qualités naturelles sont presque annihilées par une mollesse indomptable, un violent penchant à l'ivrognerie et une tendance irrésistible et prématurée vers les plaisirs et la débauche. Extérieurement, les Taïtiens sont bien pris, d'une taille élevée, d'une physionomie douce; la teinte de leur peau est uniformément cuivrée; ils sont, en général, robustes et fort lestes. Ils appartiennent à une variété de la race malaise. Le climat de Taïti, les mœurs voluptueuses de ses habitants lui ont valu le nom assez justilié de Nouvelle-Cythère. Les Taïtiens seraient encore les plus heureux mortels du globe, si les Européens n'avaient pas réussi à découvrir leur oasis enchantée. Nous leur avons apporté nos vices, principalement l'ivrognerie, qui les abrutit de nos jours. Auparavant, voluptueux, débauchés, ils se distinguaient par des mœurs faciles et une vie

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passée dans l'oisiveté; mais leurs débauches mêmes avaient un charme et une grâce qui désarmaient les plus austères censeurs. Aujourd'hui, la débauche reste, mais son gracieux sourire a disparu. Devenus chrétiens, les Taïtiens ont perdu le souvenir de leurs anciens dieux, mais ils ont gardé tous leurs vices, auxquels ils ont ajouté une partie des nôtres.

Les habitants de Taïti, outre leurs expressions métaphoriques, ont une façon singnlière de témoigner leur respect pour leur roi ; c'est par une coutume qu'ils appellent te pi. Ils cessent d'employer dans leur langage ordinaire les mots qui composent le nom ou une partie du nom du souverain ou d'un de ses proches parents, et, pour remplacer ces termes, ils créent de nouveaux mots. Comme tous les noms en polynésien sont significatifs, et comme un chef en porte ordinairement plusieurs, il est manifeste que cette coutume doit amener un grand changement dans le langage. Il est vrai que ce changement n'est que temporaire , car à la mort du roi ou du chef qn laisse de côté le mot nouvellement créé pour reprendre l'ancien. Mais il n'est guère à supposer qu'au bout d'une ou de deux générations on se souvienne encore de3 anciens mots et qu'on les rétablisse dans l'usage. Quoi qu'il en soit, il est un fait constant, c'est que les missionnaires, en employant beaucoup de ces nouveaux termes, leur assurent une durée indépendante du cérémonieux attachement des indigènes pour leurs chefs.

Vancouver remarque qu'à l'avènement de Otu, qui eut lieu entre la visite de Cook et la sienne, jusqu'à quarante ou cinquante des mois les plus usités dans la conversation avaient été entièrement changés. Il n'est pas regardé comme nécessaire de changer tous les mots simples qui servent à former un nom composé ; le changement d'un seul suffit. Ainsi dans Po-mare, qui signifie la nuit (po) de toux [mare), on n'a laissé de côté que le premier mot po, qui atté remplacé parmi. Du même dans Ai-mata, qui mange les yeux, le nom de la reine actuelle, on a changé ai, manger, en amu, et l'on a conservé mata, œil. Dans Te-arii-na-vaha-roa, le chef à la grande bouche, on a changé roa seul en maoro. « C'est exactement, dit Max Millier, k qui nous empruntons ces curieux détails, comme si, à l'avènement de la reine Victoria, on avait proscrit le mot Victory tout entier, ou seulement une partie de ce mot, par exemple tory, en sorte que, durant son règne, c'eût été un crime de lèse-majesté de parler de tories, qu'il aurait fallu remplacer par quelque autre dénomination, comme, par exemple, conservateurs libéraux. L'objet que se proposent les Taïtiens est évidemment d'empêcher que le nom de leur souverain ne soit jamais prononcé, même accidentellement, dans la conversation ordinaire, et, pour atteindre ce but, il suffit de proscrire une partie de son nom.<

«Mais, dit M. Haie, ce changement influe non-seulement sur les mots mêmes dont nous avons parlé, mais encore sur les syllabes du même son dans d'autres mots. Ainsi le nom d'un des rois étant Tu, on ne se contenta pas seulement de changer en lia le verbe tu, qui signifiait se tenir debout; ou lit subir le même changement à la même syllabe dans d'autres mots qui avaient avec le verbe tu seulement un rapport de son : fétu, étoile, devint fetia; lui, frapper, devint liai, et ta pa pau, cadavre, lia pa pau. De même, ha, quatre, ayant été changé en maha, le mot aha, fendre, est devenu amaha, et muriha, le nom d'un mois, muriaha. Lorsque le mot ai fut remplacé par amu, maraai, le nom d'un certain vent (dans le dialecte de l'Ile Rarotonga, jn<jraiia!),aété changé en maraamu.

■ Le mode de changement ou la manière de former de nouveaux termes semble être arbitraire. Dans bien des cas, les permutations se font en changeant ou en laissant tomber une ou plusieurs lettres du mot primitif. Ainsi nous trouvons hopoi pour /tapai, porter à bras ; eue pour hono, raccommoder ; au pour tau, convenir k;hio pour tio, regarder; ea pour ara, sentier; vau pour varu, huit ; vea pour vera, etc. Dans d'autres cas, le terme substitué est un mot qui avait auparavant une signification touchant de près à celle du mot qu'on laisse tomber en désuétude; ainsi, par exemple, le tu, se tenir debout, a été remplacé par lia, droit; rima, cinq, parpae, partie, division ; rua, deux, par piti, ensemble. Dans certains cas, la signification ou l'origine du nouveau terme est inconnue, et il se peut qu'il soit une pure invention, comme ofai pour ohatu, pierre; pape pour vai, eau; pohe pour mate, mort, etc. D autres de ces termes ont été importés des lies Pomotou voisines, comme rut, nuit, venant de ruki, sombre; fene, six, de hene;avae, lune, de kawake.

» N'était l'usage, une fois les chefs morts, de donner cours de nouveau aux mots composant, leur nom, le langage aurait pu être entièrement changée après peu de siècles, non pas, il est vrai, sous le rapport de la grammaire, mais sous celui du vocabulaire. »

On pourrait sans doute dire que cette coutume du te pi est un cas purement fortuit, une fantaisie qui est propre à une race étrange, mais qui reste beaucoup trop insignifiante pour mériter l'examen du linguiste philosophe; mais quelque chose de fort ap-

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prochant existe dans les langues cafres, où les femmes ont beaucoup de mots qui leur sont particuliers à elles seules. Cela provient d'un usage nommé ukuhtonipa, qui leur défend de prononcer les mots dans lesquels existe un son qui se trouve également dans les noms de leurs plus proches parents mâles. C'est assurément une chose curieuse que cette rencontre dans deux grands rameaux du langage humain, le cafre et le polynésien, d une même particularité qui semblerait de prime abord n'être qu'un accident idiosyncrasique et le résultat d'une idée qui aurait pu se présenter une fois à l'esprit humain, mais point deux fois. Il est parfaitement vrai que les habitudes telles que le le pi et le ukuhtonipa ne pourraient jamais influer sensiblement sur les langues littéraires des nations civilisées, et que nous chercherions en vain des traces de leur existence en sanscrit, en grec ou en latin, autant que ces langues nous sont connues. Cependant on trouverait des traces de ce phénomène dans le langage familier des grandes villes, comme Paris ou Londres. Dans l'argot de la conversation, des petits journaux et des scènes de genre, on a, pour désigner certains faits et certaines personnes, des expressions qui changent tous les six mois ou tous les ans. Une pièce nouvelle, un article d'une gazette en vogue suffisent à introduire un terme qu'un autre remplacera l'hiver suivant.

— Administration. Le territoire de Taïti était séparé en six grandes divisions, comprenant chacune plusieurs districts. L'Ile ne compte plus aujourd'hui que 21 districts. L'acceptation du protectorat sur le groupe S.-E. de l'archipel de Taïti nous amena, peu de temps après notre occupation des Marquises, à placer le chef-lieu de nos établissements a Papéiti, dans l'Ile Taïti. Le gouverneur des établissements, commissaire du roi aux lies Tuïii ou de la Société, fut alors investi d'une autorité très-étendue, basée sur l'ordonnance du 28 avril 1842 et sur la ratification royale du 25 mars 1843, lui conférant tout pouvoir de s'entendre avec la reine de Taïti et les grands chefs. Il est résulté de cette situation une série d'actes locaux constituant pour la colonie une administration toute particulière, dans laquelle l'élément indigène a conservé la part d'autorité intérieure que lui réservait l'acte du protectorat du 9 septembre 1842. Cependant la pratique des choses a amené une liaison très-intime entre les affaires européennes (celles concernant les Français ou les étrangers) et les affaires taïtiennes. Naturellement, une prépondérance considérable et qui ne peut que s'accroître chaque jour s'est développée du côté des affaires européennes. La plupart du temps, les indigènes eux-mêmes demandent que nos lois leur soient appliquées. C'est donc aux mains de l'administration française que revient la direction supérieure des affaires, tant extérieures ou intérieures, dans le protectorat. Pour celles-ci, l'élément indigène a une trèsgrande part d'action , notamment dans les contestations relatives au droit de propriété des terres ; ces sortes d'affaires sont jugées exclusivement par des tribunaux taïtiens. Les pouvoirs du commissaire français s'exercent d'accord avec la reine, suivant la teneur des lois taïtiennes, dans tout ce qui concerne le régime applicable aux Taïtiens. Notre protectorat a pris pour drapeau les anciennes couleurs de Taïti, données par les missionnaires anglais, blanc et rouge, dans lesquelles on a placé un pavillon français. Ce pavillon ou drapeau est formé d'une bande rouge horizontale, d'une seconde bande horizontale blanche, de hauteur double de la première, et d'une troisième bande rouge égale à la première; à l'angle supérieur du coté de la hampe ou drisse se trouvent les couleurs françaises en forme de yacht. Ce signe national est arboré sur tous les établissements civils ; on y ajoute quelquefois notre drapeau. Celui-ci flotte seul sur les établissements militaires. La marine marchande de la colonie porte souvent les couleurs du protectorat. Les bâtiments couverts de ce pavillon sont soumis aux mêmes lois que nos bâtiments. Sous les ordres du commandant commissaire, un ordonnateur, nommé par décret, dirige les différentes parties du service administratif des troupes, de la marine, des finances coloniales et locales. Il est en outre chargé, par arrêté local, du service de l'administration judiciaire. Un secrétaire général du commissaire dirige les affaires civiles du pays; il s'occupe des intérêts des habitants, français ou étrangers, et de toutes les affaires taïtiennes dans lesquelles notre administration intervient à un titre quelconque. Afin de tenir le chef de la colonie au courant des événements importants et imprévus qui peuvent surgir dans un gouvernement aussi étendu, des résidents ont été placés dans diverses îles éloignées du chef-lieu. Ces fonctionnaires sont au nombre de trois, savoir, le premier à l'Ile Moorea, le second à l'îl« d'Anaa, la plus importante des lies basses; lo troisième à Taiohac (lie Nouka-Hiva),oùilest chargédu service du port. Il a, en outre, les attributions de juge de paix dans le ressort des Marquises.

L'administration taïtienne a été constituée depuis 1842 et se résume aujourd'hui en conseils de village, vrais conseils municipaux, sous la présidence des chefs, dont l'autorité,

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autrefois arbitraire, s'est trouvée limitée et soumise h des formes garantissant la liberté individuelle et la sécurité de tous. Un conseil, d'administration, placé près du commandant commissaire français, donne son avis sur toutes les questions qui lui sont soumises.

Comme élément de représentation locale, la colonie possède un comité consultatif d'administration, d'agriculture et de commerce, institué par arrêté du mois d'août 1861. Il doit siéger annuellement à Papéiti. Enfin, une assemblée indigène, portant le titre d'assemblée législative, ancien souvenir des assemblées formées du temps de la prépondérance des missionnaires anglais, vote les lois taïtiennes. Ces réunions n'ont plus lieu depuis la fin de 1861. Une direction d'artillerie et une chefferie du génie sont établies dans le port de Papéiti. Des détachements de gendarmerie coloniale, d'artillerie de la marine et des colonies, d'infanterie de marine, forment la garnison. La justice se rend au nom du gouvernement du protectorat.

Les tribunaux du protectorat appliquent la loi française toutes les fois que les arrêtés locaux ou les leis taïtiennes n'ont pas prévu le cas quileurestsoumis.L'administration de lajustice taïtienne a toujours librement fonctionné depuis notre établissement. La loi taïtienne admet le divorce : elle n'autorise le mariage de Taïtiens avec des Français que selon la loi française ; les femmes suivant la qualité du mari. La même loi a inscrit la réciprocité pour une Française qui aurait épousé un Taïtien. Le gouvernement entretient à Papéiti un curé et un vicaire, et donne un traitement à deux prêtres missionnaires dans les îles du protectorat. La mission de Taïti compte neuf prêtres missionnaires. Une loi taïtienne du 18 mars 1851 a fixé à un par district le nombre des missionnaires protestants, européens ou indigènes. La liberté de l'enseignement existe dans la colonie. La seule obligation imposée aux institutions libres est d'enseigner la langue française. Chaque village taïtien est tenu d'entretenir une école communale; les enfants des deux sexes ont été jusqu'à ce jour réunis, mais déjà ils sont séparés dans quelques villages. La nomination des instituteurs et des institutrices est attribuée, depuis l'année 1862, au gouvernement, qui doit, autant que possible, faire choix de sujets parlant la langue française. Kn dehors de ces écoles, l'administration a ouvert, sous le titre d'écoles françaises, des écoles primaires tenues par des frères de l'instruction chrétienne et des sœurs de Saint-Joseph de Cluny. En 1853, le Messager de Taïti, journal officiel des établissements français de l'Oeéanie, paraissait tous les samedis. En 1859, le Vea no Tahiti a été supprimé et réuni au Messager. Celui-ci a, depuis cette époque, publié en taïtien tous les actes et les faits intéressant les indigènes. Le gouvernement local publie un bulletin des actes officiels, sous le titre de Bulletin officiel des établissements français de l'Oeéanie et du protectorat des iles de la Société et dépendances.

Les principaux et presque les seuls objitts d'exportation de Taïti sont : la nacre, les perles, l'huile de coco, l'arrow-root. Les principaux objets d'importation sont : les étoffes de soie, les indiennes imprimées, les mousselines, les objets de toilette à l'usage des femmes, les articles d'épicerie et de quincaillerie, les fers ouvrés et en barres, les vins de France, du Cap et de Madère, les fruits et conserves alimentaires, la houille, la vaisselle, les cristaux, les cigares, etc. Les sources diverses où puise Taïti pour les besoins de sa population sont, en première ligne, le Chili et le Pérou, qui lui envoient non-seulement leurs propres produits, mais aussi ceux des continents d'Europe et d'Amérique qui sont déposés dans leurs entrepôts. L'Australie, et particulièrement Sydney, y exporte ses farines, ses bois et des produits manufacturés en Angleterre. La Nouvelle-Zélande envoie ses bois, ses fruits et quelques marchandises anglaises. La France, l'Angleterre et les Etats-Unis y expédient directement un petit nombre de bâtiments. Les îles Sandwich y déversent le trop-plein des marchandises qui arrivent de Chine. Enfin, toutes les îles qui uvoisinent Taïti lui fournissent des vivres abondamment et la presque totalité des denrées "qui constituent les chargements de retour. Depuis quelques années, le mouvement commercial s est très-développé à Taïti; de 3 millions en 1866, il s'était élevé en 1868 a 7,700,000, francs, comprenant3,20û,000 francs pour les importations et 4,500,000 francs pour les exportations. 11 a suivi depuis une marche ascendante, due à un développement très-sensible de l'agriculture, particulièrement de la culture du coton et de la canne à Sucre, qui ont triplé depuis 1866. La culture du tabac et du café n'a pas suivi la même progression. D'importants travaux d'utilité générale ont été faits dans l'île de Taïti. Ils consistent principalement en voies de communication. La route qui suit la côte E. de Taïti met aujourd'hui en communication Papéiti avec les territoires de Papenoo, Tiarei, Malmena et Hïtiaa. Un petit chemin de fer relie le village d'Atine à la baie de Taapuna. Les maisons des indigènes s'améliorent, et beaucoup sont construites en bois, comme celles des Européens. Les bâtiments communaux sont, eu général, en bon état. Les terres ont augmenté de valeur, et la propriété indivi-

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duelle commence à se constituer. En 1873, on a commencé à Papéiti a remblayer les quais, et on y a installé un chemin de fer américain. L'année précédente, on avait remplacé le régime des patentes proportionnelles dans cette ville par un octroi de mer, qui a augmenté sensiblement les revenus de 1» colonie, dont le budget, en 1873, dépassait 600,000 francs, non compris le service indigène.

— Histoire, Quiros découvrit cette Ile en 1605 et la nomma Sagiltaria ; il n'eut que de bons rapports avec les indigènes. Wallis y débarqua en 1767, y passa cinq semaines et se vengea de quelques prétendus vols avec une barbarie inouïe. Bougainville arriva dix. mois après Wallis et partit enchanté du pays qu'il venait de. visiter et de ses habitants. Cook parut à son tour à Taïti pour la première fois en 1769. Kn 1797, une compagnie de missionnaires protestants, agents de la Société des missions de Londres, s'établit k Taïti avec leurs familles. Ils obtinrent, après un travail de vingt années, l'abjuration du paganisme par toute la population. Les vieilles idoles furent brisées et la foi protestante devint la religion du pays. Sous l'influence et à l'aide des mêmes missionnaires, le grand chef, Pomaré, acquit peu à peu une prépondérance inarquée sur les autres chefs, et il finit par se déclarer roi des lies de la Société et de leurs dépendances. Son fils lui succéda sous le titre de Pomaré II (1797). Il constitua un gouvernement représentatif, dans lequel les chefs et des députés, réunis en assemblée, examinaient les projets de loi d'intérêt général. Les missionnaires, véritables inspirateurs de ces mesures, formulaient en codes les résolutions adoptées par l'assemblée, et Pomaré les promulguait comme lois. C'est ce mécanisme de gouvernement qui a si fort émerveillé quelques voyageurs européens et les a fait se méprendre étrangement sur l'état social des insulaires de l'archipel de la Société. En 1821, Poinaré U mourut, laissant un fils âgé d'une année, lequel ne vécut que jusqu'en 1827. II y eut une régence, eotitiee à la mère, puis k la tante du jeune prince. Ou décida pendant cette période que les chefs et les députés nommés par le peuple s'assembleraient chaque année, dans le but de discuter et d'adopter de nouvelles lois, tout en assurant l'exécution de celles déjà existantes. À la mort de Poinaré III (1827J,sa sœur, Aimata, fut proclamée reine sous le nom de Pomaré Vahiné (femme) et règne encore aujourd'hui sous le tiire de Pomaré IV. Tous ces événements ne s'étaient pas accomplis sans troubles et sans combats. Les missionnaires dirigeaient les affaires, tantôt sans obstacles, tantôt au milieu de difficultés de tout genre. Ils sentaient leur faiblesse dans le gouvernement des affaires temporelles et désiraient l'appui d'un pouvoir extérieur hors de toute contestation. Aussi ils suggérèrent deux fois aux chefs de solliciter le protectorat de l'Angleterre, dont les navires de guerre visitaient souvent le pays et donnaient la plus haute idée de la nation et du souverain auxquels appartenaient de si admirables et de si puissantes pirogues de guerre. Ces demandes ne furent pas accueillies, et aucune autorisation ne fut donnée aux missionnaires de couvrir du pavillon britannique les terres du royaume tauien. Cependant, notre marine et nos nationaux, longtemps absents de l'océan Pacifique, paraissaient de nouveau dans ces parages depuis la paix do 1815. Le contreamiral Dupetit-Thouars, les capitaines de vaisseau Dumont-d'Urville, Cécille, Laplace, Du Bouzet visitaient successivement et à des intervalles rapprochés (1838, 1839, 1840, 1841 et 1842) les lies de la Société. Ils réglaient diverses difficultés survenues entre le gouvernement indigène et nos nationaux, soit pour le commerce, soit pour le libre exercice du culte catholique. Le 9 septembre 1842, la reine et les grands chefs rédigèrent un acte par lequel ils sollicitaient le protectorat de la France. L'amiral Uupetit-Thouars accepta, au nom de Louis-Philippe, et sauf ratification, la proposition qui lui était faite. Au mois de mars 1843, le roi ratifia l'acceptation faite par Dupetit-Thouars et conféra tout pouvoir au capitaine cie vaisseau Bruat, qui venait d'être nommé gouverneur de nos établissements dans l'Oceauie.pour s'entendre avec la reine et les grands chefs. Cependant, après le uepart de l'amiral Dupetit-Thouars , le parti opposé à notre influence s'agita et lit maintes tentatives pour détruire i'eri'et de l'acte solennel du 9 septembre 1842. Cette siluatiuu agitée, menaçant constamment d'aboutir u. un violent conlht entre les autorilésfrauçuises et anglaises, prit fin en novembre 1843 par l'arrivée de Bruat, gouverneur commissaire du roi, et du contre-amiral Dupetit-Thouars, accompagnes de forces imposantes. L'aïuirai lit de vives représentations a la reine sur son mauvais vouloir pour exécuter la convention du 9 septembre 1842 et se crut autorisé, atin de sortir de tous ces embarras, k prendra possession de l'île de Taïti et de ses dépendances. Cette prise de possession eut lieu en novembre, et Bruat fut installé immédiatement en qualité de gouverneur. La reine Pomaré s'était réfugiée d'abord surdesbàtiiutnu anglais, puis dans les îles N.-O. (sous le Vent). L'annonce du maintien du protectorat, l'ollio réitérée faite à la reine dé reptrer dans ses Etats ne purent faire mettre bas les armes a la partie de la population hostile au proiec-

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torat français et qui espérait toujours que quelque secours étranger lui viendniiten aide. Les demandes du protectorat, sollicitées auprès de l'Angleterre, puis de la France, avaient jeté dans les esprits des indigènes une grande confusion, et quelques-uns croyaient volontiers que leurs querelles intérieures pourraient faire naître un conflit sérieux entre les deux grandes nations. Ces sentiments étaient suggérés et entretenus par quelques

Personnes passionnées et peu éclairées. En absence de la reine, le commandant Bruat rétablit le protectorat et donna, suivant l'usage du pays, l'autorité de la reine absente au régent. Cependant Bruat était obligé de disperser fréquemment des rassemblements hostiles, et toutes ces affaires, dans lesquelles nous avions toujours la supériorité, nous coûtaient des officiers et des soldats ; enfin, le 17 décembre 1846, un coup de main hardi, opéré par le capitaine de corvette Bonard et quelques volontaires, pris dans tous les corps, mettait en nos mains le poste de Fatahna. Cette position intérieure, au fond delà vallée du même nom et à 6 kilom, de Papéiti, était à juste titre considérée comme inexpugnable. Elle permettait aux divers camps d'insurgés de communiquer entre eux paries vallées du centre de l'Ile. Cette dernière affaire terrifia les Taïtiens et détermina leur complète soumission, le 23 du même mois. Les armes furent livrées, et plus de 1,000 guerriers vinrent à Papeete prêter serinent de fidélité au gouvernement du protectorat. La reine Poinaré ne tarda pas à suivre cet exemple. Au mois de mai 1847, elle quitta les lies sous le Vent, et fut réinstallée solennellement dans son autorité par le traité du 19 juin 1847. En 1852, à la suite d'un mouvement populaire, la reine Poinaré IV fut renversée ; niais le gouvernement français la rétablit bientôt. Peu après elle abdiqua , mais elle ne tarda pas à reprendre le pouvoir, beaucoup plus nominal que réel, qu'elle a exercé depuis. A partir de cette époque, la plus profonde tranquillité n'a cessé de régner à Taïti. En 1808, à la suite de conflits d'administration intérieure survenus k Papéiti , l'organisation du pays fut remaniée par des mesures inconciliables avec les règles de la comptabilité publique et la stipulation du protectorat. Cet état de choses donna lieu aux plaintes les plus vives. Les fâcheuses mesures prises pur M. La Roncière, commissaire impérial k Taïti, furent abrogées, et cet agent fut rappelé, ce qui fit alors beaucoup de bruit, A partir de ce moment, aucun événement notable ne .s'est produit k Taïti.

TAÏTIEN, IBNNE s. et adj. (ta-i-ti-ain, iè-ne). Géogr. Habitant de Taïti; qui appai tient k Taïti ou a ses habitants : Les Taïtiens. La population taItiennb.

TAÏTOKONNI, empereur du Japon. V. Fidé- Tada.

TAÏ-TSONG, femme d'un empereur de Chine, qui régna de l'an 628 k l'an 651. Cette princesse est restée célèbre par sa beauté, par sou savoir et surtout par sa bonté • On a remarqué, dit un écrivain, que, tant qu'elle vécut, de cette multitude d'officiers qui servent dans le palais, il n'y en eut aucun qu'on [>unit sévèrement, ce qui est presque sans exemple. Elle avait composé un livre, divisé en trente chapitres, Sur la manière dont on doit se gouverner dans l'appartement intérieur des femmes, ouvrage que l'empereur surtout admira et dont il dit : ■ Voilà des règlements • qui devraient s'observer dans tous les siè- » clés. »

TAIT-SOU s. m. (tè-tsou). Ornith. Espèce de coucou, qui habite Madagascar.

TAÏ-TSOU, empereur chinois, fondateur de la dynastie des Tcheou postérieurs. Il monta sur le trône en 951. Avant de devenir empereur, il avait porté le nom de Kono-ouci et s'était rendu célèbre par ses exploits dans la guerre contre les Tartares. Il fut un des quatre mandarins auxquels l'empereur Kao-tsou recommanda son fils Yu-ti, qui, après la mort de Kao-tsou, le nomma commandant général de ses troupes. Mais Kono-ouci, ayant osé faire des représentations au nouvel empereur sur la nécessité de diminuer ses dépenses, se vit menacé d'une disgrâce et résolut de se rendre k la cour pour expliquer sa conduite. Yu-ti, ayant appris qu'il s'approchait k la tête d'un corps de troupes, rassembla à la hâte une petite aimée et s'avança k sa rencontre. Mais, abandonné par ses sotdats, il se réfugia la nuit dans un village, où, dans le tumulte causé par sou arrivée, il fut tué sans être reconnu. Kono-ouci s'empressa alorsd'inviter l'impératrice il se concerter avec les mandarins pour désigner un successeur k l'empire. On choisit un neveu d'Yu-ti ; mais les soldats refusèrent d'accepter ce choix, ut l'impératrice elle-même engagea Kono-ouci à prendre en main l'autorité suprême. Il eut a réprimer une révolte, k la tète de laquelle se trouvait un frère d'Yu-ti, et mourut en 954, laissant pour successeur son neveu Chitiong.

TAÏ-TSOUNG, empereur de la Chine, de la dynastie des Pong, né en 938, mort en 997. U succéda eu 977 a son frère Taï-Tsou, passa une grande partie de son règne k s'opposer,avec des alternatives de succès et de revers, aux incursions des Tartares de Leno, changea la division administrative de l'empire, qu'il partagea en quinze provinces, et se si-

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gnala par son équité et par sa sagesse. Fort instruit, il protégea les lettres, se forma une bibliothèque de 80,000 volumes et fit renouveler l'édit qui déclarait exempts d'impôts les descendants de Confucius.

TA1X (Guillaume de), écrivain français, né à Fresnay, près de Chàteaudun, vers 1532, mort en 1599. 11 fut chanoine et doyen de l'église de Troyes et figura comme député aux états de Blois (1579), de Melun (1579) et de Paris (1586), où il se montra hostile aux ligueurs. On lui doit deux ouvrages qui contiennent des détails curieux et intéressants : Recueil sommaire des propositions faites aux états de Blois (1619, in-8°) ; Mémoires des affaires du clergé de France (Paris, 1625, in-40).

TAJACU s. m. (ta-ia-kou). Mamm. Un des noms du pécari : Les pécaris ou tajacus se tiennent sur les montagnes. (V. de Bomare.)

TAJAHY ou TAJUKA, rivière du Brésil (SantH-Catharina). Elle prend sa source au mont Tajo, coule k l'E.-S.-E.et se jette dans la baie de son nom, que forme l'Atlantique, par une embouchure qui a 60 brasses de largeur, après un cours d'environ 170 kilom. C'est la seule rivière navigable depuis Portalegre jusqu'à Saint- Paul. Ses principaux affluents sont le Suitz-Alves et leTojahymirin, qui arrosent des contrées très- fertiles.

TAJARA s. m. (ta-ia-ra). Ichthyol. Espèce de raie qui habite la mer Rouge.

TAJASSOU s. m. (ta-ia-sou). Mamm. Syn.

de TAJACU.

TAJËMODT (la pluie), ville d'Algérie, province d'Alger, à 31 kilom. N.-O. de Lar'Ouàt. Elle est située sur un petit mamelon, à la base duquel coule l'oued M'zi, et compta une centaine de maisons entourées de beaux jardins. Nous empruntons la description de cette ville k un excellent livre, publié en 1859 par M.Fromentin. «Je ne connais pas de village arabe qui se présente avec plus.de correction, ni dans des conditions de panorama [dus heureuses que Tajemout, quand on l'approche en venant de Lar'Ouàt. Il couvre un potit plateau pierreux, qui n'est qu'un renflement de la plaine, et s y développe en forme de triangle allongé. La base est occupée par un rideau vert d'arbres fruitiers et de palmiers ; les saillies anguleuses d'un monument ruiné en marquent le sommet. Un mur d'enceinte, collé contre la ville, suit la pente du coteau et vient, par une descente rapide, se relier, au moyen d'une tour carrée, aux murs extérieurs des jardins. Ces murs sont armés, de distance en distance, de tours semblables ; ce sont de petits forts crénelés, légèrement coupés en pyramides et percés de meurtrières. La ligne générale est élégante et se compose par des intersections pleines de style avec la ligne accentuée des montagnes "du fond... Le ton local est gris, d'un gris souid, que la vive lumière du matin parvenait k peine à dorer. Une multitude de points d'ombre et de points de lumière mettait en relv;f le détfil intérieur de la ville et, de loin, lui donnait l'aspect d'un damier irrégulier de deux couleurs. Deux koubbas posées k droite, sur la croupe même du mamelon, l'une rouge, l'autre blanche, faisaient mieux apparaître encore, par deux touches brillantes, la monochromie sérieuse du tableau... A mesure que nous approchions, tournant les jardins pour entrer par l'est, l'aspect de Tajemout changeait, les montagnes s'abaissaient derrière la ville, et tout ce tableau oriental se décomposant de lui-même, il ne resta plus, quand nous fûmes tout près, qu'une pauvre ville, mise en ruine par un siège, brûlée, aride, abandonnée, et que la solitude du désert semblait avoir envahie. >

TAJIBI s. m. (ta-i-bi). Mamm. Syn. de

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