TAME
guerre éclata entre les deux conquérants. Cette guerre se termina par la bataille d'Ancyre, dans laquelle Bajazet vaincu tomba entre les mains de son ennemi, qui, selon le récit de plusieurs historiens , le rit enfermer dans une cage de fer et le soumit aux plus cruels traitements. D'autres disent, au contraire, que Tamerlan lui témoigna beaucoup d'égards et promit de lui rendre ses Etats, promesse qui, du reste, ne fut point tenue. Peu de temps après, il eut la douleur de perdre son petit-fils, Mohammed-Sultan, dont il avait fait son héritier présomptif. Après quelques mois passés dans la tristesse et l'inaction, Tamerlan fît une nouvell* incursion en Géorgie, où il porta encore une fois la ruina et la désolation ; puis, en 1404, il rentra dans sa résidence impériale, à Samarkand, qu'il avait quittée depuis sept ans, visita les mosquées, les collèges, les hôpitaux et donna-des audiences publiques où tous ses sujets étaient admis à lui présenter leurs requêtes ou leurs plaintes. Il voulut ensuite entreprendre la conquête de la Chine, mais il mourut, en y conduisant une armée formidable, k Otrar, en 1405, laissant à son petit-fils le plus vaste empire de la terre, empire qui fut bientôt démembré par les rivalités et les guerres civiles entre les membres de sa famille. Tamerlan fut un des plus grands capitaines qu'ait produits l'Orient. Sobre, actif, intrépide, doué d'un génie vaste et hardi, d'une constance inébranlable, il était d'ailleurs fanatique, sanguinaire et féroce. Son ambition était immense. Comme Gengis-Khan, il aspirait à la monarchie universelle : « La terre, disait-il, ne doit avoir qu'un maître, comme il n'y a qu'un Dieu dans le ciel. » Il conserva tous les caractères des conquérants barbares et ne sut que dévaster les contrées qu'il rangea sous sa domination. Au siège de Siwas, il nt écraser sous les pieds des chevaux 1 ,000 enfants que les assiégés lui avaient envoyés pour l'attendrir. En Géorgie, il inonda le pays de sang et détruisinoo villages. Après avoir pris Bagdad, il en fit périr tous les habitants dans un carnage qui dura huit jours : on construisit, des tètes amoncelées, 120 pyramides. Ces constructions de monuments avec des têtes coupées sont une des horreurs qui se répétèrent le plus souvent dans le cours de ses conquêtes, et il orna même les places publiques de plusieurs villes de ces hideux trophées. A Sebzwar, après regorgement de tous les habitants, il poussa la férocité jusqu'à réserver 2,000 prisonniers, qui, entassés tout vivants les uns sur les autres avec du mortier et de la brique, servirent de matériaux à l'édification de plusieurs tours. Devant Delhi, il fit égorger 100,000 captifs qui l'embarrassaient, dévasia l'indoustan et se souilla enfin d'un si grand nombre d'atrocités que l'histoire épouvantée a dû renoncer à en enregistrer le détail.
« Tamerlan, dit M. de Guignes, avait une taille avantageuse, un front grand, la tête grosse, le teint blanc mêlé de rouge, la barbe longue; il était manchot, boitait du côté droit, et avait la voix haute et perçante. Il avait beaucoup de fermeté d'esprit, une constance inébranlable, ne craignait point la mort, détestait le mensonge et aimait la vérité. Il avait une égalité d'âme qui ne se démentait ni dans les succès, ni dans les malheurs. Il n'aimait point, dans ses conversations, que l'on plaisantât, ni que l'on, parlât de cruautés. Il estimait les gens braves. Il était actif, vigilant, infatigable, robuste , jugeait sainement des choses et pénétrait ce qu'on voulait lui cacher. Il honorait singulièrement les gens de lettres et ceux qui se distinguaient dans les arts. Il était parfaitement instruit de tout ce qui se passait dans ses Etats. Il était dissimulé et sujet à la colère, cruel, ambitieux. La devise de son sceau était : La vérité, le salut. » Tamerlan était musulman de la secte d'Ali ou des chines. On lui attribue un traité de politique et de tactique écrit en langue mongole, mais dont on ne possède qu'une version persane d'après laquelle Langlès a donné les Instituts politiques et militaires de Tamerlan, avec une Vt'ede ce conquérant, des notes, elc. (Paris, 1787). 11 existe aux Archives une lettre de Tamerlan écrite en persan et adressée au roi Charles VI. M. Sylvestre de Sacy en a reconnu l'authenticité; mais la traduction latine, oeuvre d'un missionnaire, est grossièrement infidèle et pleine d'interpolations.
Tamerlan le Grand (Tarnburlaine)-, tragédie anglaise en deux parties, de Marlowe, jouée en 1588. Cette pièce, dans laquelle un auteur tragique anglais osait pour la première fois s'affranchir de la rime, souleva contre l'auteur des critiques amères. Mais le public fut pour lui et tout Londres alla voir Tamerlan. A partir de ce moment, la cause du vers blanc, qui était aussi celle de la poésie au théâtre, fut définitivement gagnée. La tragédie qui renouvelait ainsi la forme extérieure du drame anglais, et qui par là même lui préparait une destinée nouvelle, n'était cependant point un chef-d'œuvre. Comme dans tous les écrits qui réagissent contre des tendances anciennes, on y sent quelque chose de violent el d'excessif. Elle a les défauts de l'esprit révolutionnaire en littérature. Toute la vie du conquérant est là, ses commencements obscurs, sa fortune rapide, son ambition, le développement prodigieux de son