V. TANAOBÉ
TANAONIDE adj. (ta-na-o-ni-de — de tanaos, et du gr. eidos, aspect). Entom. Qui ressemble ou qui se rapporte au tanaos.
— s. ni. pi. Tribu d'insectes coléoptères, de la famille des charançons, ayant pour type le genre tanaos.
TANAOS s. m. (ta-na-oss — mot gr. qui signifie étendu). Entom Genre d'insectes coléoptères tétrumères , de la famille des charançons, type de la tribu des tanaonides , comprenant trois espèces, qui habitent l'Afrique australe.
TANAQUIL CAIA, appelée aussi Corîliu, femme de Tarquin l'Ancien (Luéius Priscus). Femme ambitieuse, habile', elle sut mettre la couronne de roi sur la tête de son époux, puis sur la tète de son gendre. Pendant le règne d'Ancus, raconte Tjte-^ive, un étranger, nommé Lucumon, homme actif et opulent, vint à, Rome. Il y fut attiré principalement par l'ambition et l'espérance d'y obtenir les honneurs qu'on lui refusait à Tarquinium, où sa famille était également étrangère. Démarate , son père , obligé de fuir Corinthe, sa patrie , à la suite de troubles civils, s'était par hasard retiré a, Tarquinium. Là, il s'était marié et avait eu deux enfants, Lucumon et Aruns. Lucumon survécut à son père, dont il recueillit seul l'héritage.,. Héritier des richesses paternelles, Lucumon en conçut un orgueil que sa femme Tanaquil s'attacha encore à développer.
Fille d'une haute naissance, Tanaquil n'é-
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tait nullement disposée à, descendre en acceptant une alliance qui l'eût fait déchoir. Le mépris des Etrusques pour Lucumon, ce fils d'un étranger, d'un proscrit, était un affront qu'elle ne pouvait souffrir, et, plus sensible à l'élévation de son mari qu'à l'amour de sa patrie, elle résolut de quitter Tarquinium. Le séjour de Rome parut lui convenir davantage. Elle espérait que, chez un peuple nouveau, un homme courageux et entreprenant comme Lucumon trouverait bientôt sa place. Tatius et Numa, tous deux étrangers, avaient régné dans Rome; on était même allé à Cures offrir cet honneur à "Numa; Ancus était fils d'une Sabine et n'avait pour titre de noblesse que l'illustration de ca même Numa. Elle n'eut pas de peine à persuader l'ambitieux Lucumon. lis se rendent donc à Rome avec leur fortune.
Comme ils approchaient du Janicule, Lucumon sur son char et Tanaquil à côté de lui, on raconte qu'un aigle, s'abattant avec lenteur, enleva le bonnet qui couvrait la tète de Lucumon, puis, reprenant son vol et planant avec de grands cris au-dessus du char, il s'abattit de nouveau et, comme s'il eût été chargé de ce soin par les dieux, vint replacer le bonnet sur la tête de l'étranger. Il se perdit ensuite dans les nues. (Tite-Live.)
Tanaquil conçut de cette aventure les plus grandes espérances.
Tout remplis de ces pensées, ils entrent a Rome et y achètent une maison. Lucumon prit le nom de Tarquinius Priscus. Sa qualité d'étranger et ses richesses Se firent bientôt distinguer des Romains; lui-même aidait la fortune et se conciliait les faveurs. Enfin, il parvient jusqu'au roi, gagne son amitié, son estime et obtient de lui les plus hautes charges.
Àncus meurt. Soutenu, excité par Tanaquil, Turquin ose briguer ouvertement la royauté. Son audace !e fait réussir. Tanaquil est parvenue au but de ses désirs secrets, elle a réalisé son rêve, elle est reine.
Tarquin régna trente-huit ans ; son règne fut grand, juste, plein de gloire, et cette gloire appartient en partie a. Tanaquil, qui l'aida de ses conseils dans l'administration des affaires.
Lorsque le roi de Rome fut tué dans son palais, toute l'ambition de Tanaquil se reporta sur son gendre, mari de sa fille Tarquinie, Servius Tullius, un enfant d'esclave, à l'origine mystérieuse, légendaire , dont Tanaquil avait, dit-on, auguré ia haute fortune, et elle parvint, en effet, à le faire asseoir sur le trône de Tarquin.
Ambitieuse, avons-nous dit, Tanaquil sut faire oublier son ambition par Ses vertus domestiques; sa mémoire fut vénérée dans Rome pendant plusieurs siècles et l'on y conservait les ouvrages de ses mains. A ce propos, Bayle fait quelques réflexions qui doivent trouver place ici. « Varron, contemporain de Cicéron, assure qu'il avait vu au temple de Sancus la quenouille et le fuseau de Tanaquil, chargés de la laine qu'elle avait filée, et que l'on gardait au temple de la Fortune une robe royale qu'elle avait faite et que Servius Tullius avait portée. Pline, qui le rapporte, ajoute que c'était a cause de cela que les filles qui se mariaient étaient suivies d'une personne qui portait une quenouille accommodée et un fuseau garni de fil. Il dit aussi que cette reine fut la première qui fit de ces tuniques tissues que l'on donnait aux jeunes garçons quand ils prenaient lu robe virile, et aux filles qui se mariaient, a
Outre la quenouille et le fuseau de Tanaquil, on conservait aussi la ceinture de cette princesse et on lui attribuait de grandes vertus. « Les Romains, dit Bayle, supposaient que Tanaquil avait trouvé d'excellents remèdes contre les maladies et qu'elle les avait enfermés dans sa ceinture. C'est pourquoi ceux qui allaient en ôter quelques raclures se persuadaient qu'elles .leur apportaient la guérison de leurs maladies. ■
On ne sait pas au juste en quelle année mourut Tanaquil. Fabius Pictor prétend dans son Histoire romaine qu'elle était encore en vie lorsque Tarquin le Superbe fit mourir Servius ; mais Denys d'Halicarnasse n'est pas de cet avis et la fait mourir beaucoup plus tôt.
TAMARA (Vincent), écrivain italien, né à Bologne vers le commencement du xv»a siècle, mort dans la même ville vers 1667. Ii suivit dans sa jeunesse la carrière des armes, parcourut l'Italie et le Levant, entra ensuite qans la magistrature, puis, frappé de chagrins domestiques, il chercha une consolation dans la culture des lettres. On lui doit : Economia del ciitadino in villa (Bologne, 1644, in-4»)', ouvrage souvent réédité, dans lequel il présente un tableau assez diffus de la vie des champs et dont les matériaux sont en partie tirés du Théâtre d'agriculture d'Olivier de Serres. Tanara a laissé, en outre, quelques ouvrages du même genre sur la pèche, la chasse; le Maître d'hôtel ou le Seigneur de son jardin, etc.
TANARO, anciennement Tunarus, rivière du royaume d'Italie. Elle descend des Apennins, à l'extrémité S.-O. de l'arrondissement de Mondovi, coule au N.-N.-E., arrose Ormea, Bagnasco, Ceva, Chevasco, Alba, Asti et Alexandrie, tourne de nouveau au N.-N.-E. et, à 15 kilom. N.-E. de cette dernière ville,
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sa jette dans le Pô par la rive droite, après un cours de î50 kilom., dont 120 de navigation depuis Asti. Cette navigation est difficile, à cause des barrages des moulins et de la rapidité de l'eau sur plusieurs points; cependant, dans les bonnes eaux, les bateaux remontent jusqu'à. Asti. Ses principaux affluents sont : la Çorsaglia, l'Ellero, le Pesio, la Stura, le Borbo et la Versa à gauche ; le Belbo et la Bormida à droite. Le 26 septembre 1745, les bords du Tanaro furent le théâtre d'un combat entre les Austro-Pjémontais et une armée franco-espagnole sou,s les ordres de don Philippe; la victoire que remporta ce dernier lut valut la possession d'Alexandrie. Sous le premier Empire, on avait donné le nom de Tanaro à un département français dont Asti était le chef-lieu.
TANAS s. m, (ta-nass). Ornith. Espèce de faucon, qui vit sur les côtes d'Afrique : Le tanas est nommé ainsi par les nègres du Sénégal. (V. de Bomare.)
— Encycl. Le tanas, appelé aussi faucon pêcheur, est un peu plus petit que notre faucon ordinaire; il en diffère aussi par son bec jaune, plus gros et plus recourbé, à manditmles dentelées; sa tête, d'un roux ferrugineux, est surmontée d'une huppe formée de Jongues plumes rabattues en arrière ; son plumage est cendré en dessus, avec les plumes bordées de brun, et jaunâtre en dessous. C'est surtout par ses habitudes que ce faucon se distingue de ses congénères. Il vit sur les arbres, au bord des eaux ; il s'y tient continuellement perché pour guetter au passage sa proie, qui consiste en poissons, car il est plus chasseur que pêcheur; il les saisit avec ses serres sans plonger et fait ainsi une grande destruction des petites espèces. On trouve cet oiseau de proie sur les côtes de l'Afrique occidentale, et particulièrement au Sénégal.
TAJiÇARVlLLE, village de France (Seine- Inférieure), canton de Saint-Romain, arrond. et à 30 kilom. du Havre, sur la rive droite de la Seine, au débouché d'une jolie vallée boisée , presque vis-à-vis de Quillebeuf ; 401 hab. Ce village est dominé par les ruines* importantes de l'ancien château fort des comtes de Tancarville. « Ce château fort, dit la Normandie illustrée, est bâti sur une falaise de près de 50 mètres de hauteur, affectant la forme d'un triangle dont la pointe la plus allongée se dirige vers le N., puis coupée à pic dans sa partie orientale et bordée au pied par les flots tumultueux de la Seine que gonfle le voisinage de la mer; séparée, au S., du reste du promontoire par un vallon et un fossé parallèles, enfin isolée, du cpté de l'O., de la Pierre-Gante, sa pittoresque voisine, par une gorge profonde à travers laquelle serpente, dans l'épaisseur du bois, le chemin qui conduit du village de Tancarville au bourg de Saint-Romain et que l'on désignait autrefois sous le nom significatif de sente aux Prisonniers. L'ensemble des courtines et des tours dont se composait la forteresse a suivi le plan triangulaire du plateau de la falaise ; ce qui porte à croire que ce tracé a été exécuté d'un seul jet, quoique l'on puisse assigner aux parties qui le composent différents âges de construction. D'après cette conjecture, un système de défense aussi vaste et aussi complet ne pourrait remonter plus haut que Henri -1er, le dernier des fils de Guillaume le Conquérant. »
Un chemin ombragé, rapide et tortueux conduit â une sorte de portail ou plutôt de poterne de la forteresse, ceinte de murailles crénelées, jadis flanquées de tours. Cette entrée est encore flanquée de deux tours jumelles, qui mesurent environ 15 mèlres de hauteur et sont reliées entre elles par une courtine. Un immense lierre couvre entièrement la tour de droite. La tour de gaucho offre une meurtrière garnie de treillis en barreaux de fer. Ces tours renfermaient autrefois les prisons et le logement du capitaine. Au-dessus de la porte régnent trois fenêtres superposées. Deux, de ces fenêtres ont conservé leurs meneaux de pierre en croix. Si on pénètre dans l'enceinte, on se trouve dans une cour triungulaire, A gauche, du côté de la pointe E.. formée par cette cour, à travers de hauts peupliers, au bout d'une terrasse, on aperçoit la tour île l'Aigle, ainsi nommée parce qu'un aigle, attiré par les hérons qu'y dressait pour la chasse un des sires de Tancarville, y bâtit son aire. Du côté de "la Seine, ce donjon présente une forme circulaire. Au N., il se termine par un angle aigu. Un escalier pratiqué dans une cour octogone conduit aux quatre étages. Au premier étage, on rencontre une salle voûtée avec arêtes à boudin, dont le point d'intersection est garni d'une clef sur laquelle se trouve un ècusson sans armoirie. Cette salle était jadis celle du chartrier du château. La pièce du quatrième étage contient un coffre de chêne et deux coulovrines, derniers vestiges du mobilier primitif et de l'ancienne défense du château. Les autres salles n'offrent rien de remarquable. Au premier étage, voici les prison)»; la pièce séparant les deux tours était destinée aux malfaiteurs ordinaires ; un couloir obscur conduit de cette pièce à un cachot plus sombre, dont les murs ont 9 pieds d'épaisseur; c'est là qu'on enfermait les grands coupables, L'autre tour contient un cachot semblable, plus éclairé.
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précédé d'une petite salle où se donnait la question. Rien de plus sinistre que cette dernière salle, aux mura de laquelle on aperçoit, grossièrement dessinés par les prisonniers, des écussons, des croix, etc. A la clef de voûte de la pièce principale du deuxième étage, on voit l'écusson sculpté des armes d'Harcourt. Un rempart relie ce portail à la tour du Lion, coupée du côté de ta cour et «'avançant en demi-cercle en dehors de l'enceinte. Les murs de cette tour ont 15 et IS pieds d'épaisseur. La tour du Lion est aussi communément appelée tour du Diable, parce que le diable, dit-on, la hantait jadis et ne se décida à disparaître que lorsque l'aumônier, suivi de tous (es vassaux, l'en eut expulsé à force d'eau bénite. A l'angle S., on aperçoit encore un magnifique groupe de ruines qui s'élance et domine l'ancien manoir. Ce groupe est accompagné d'un massif de noyers qu'il surplombe de sa couronne de mâchicoulis, de ronces et de lierre. On accède à ces ruines par un monticule. A droite se trouve une tour en brique: à gauche s'élève la tour Coquesart, qui doit son nom au vallon. Cette dernière, de forme irrégulière, ressemble à un bastion. Ses murs ont 9 mètres d'épaisseur; son élévation est de 60 mètres. Elle comptait autrefois cinq étages, y compris le rez-de-chaussée, et se terminait par une terrasse portée par une voûte ogivale, dont les membrures à arêtes anguleuses, aujourd'hui suspendues à vide, sont d'un effet qui effraye et qui charme à la fois. La tour Coquesart protégeait la porte du même nom, qui, au moyen d'un pont-levis, établissait une communication entre l'enceinte du château et la tour du Donjon ou Grosse tour, gigantesque construction du xivo siècle qui se dresse au milieu des ruines et qu'ombrage un hêtre énorme. L'ancien inanoir de Tancarville s'étendait de la tour Coquesart à cette grosse tour; mais les bâtiments primitifs ont été si souvent brûlés par les Anglais et si souvent restaurés ou reconstruits, qu'il est à peu près impossible aujourd'hui de reconnaître 1 ancienne division. Toutefois, des piliers et des arceaux en ogive sembleraient indiquer la célèbre chapelle du château, consacrée en 1267 par Eudes Rigault , archevêque de Rouen. Mais, suivant quelques archéologues, les piliers et les arceaux dont nous venons de parler appartenaient a la salle des Chevaliers. Le peu de renseignements qui nous restent sur cette salle sont d'accord pour en vanter la magnificence; la charpente du plufond se composait de poutres mesurant 36 pieds de longueur. La grande salle était plus belle encore, avec ses trois cheminées superposées en pierre blanche et ses chambranles ornés de colonnes groupées. C'est de la grande salle qu'on parvenait dans la tour Collecte, à demi ruinée aujourd'hui. Les murailles de cette tour offrent encore des restes de peintures à fresque. Sur la grande terrasse, d'où l'on découvre une vue magnifique, s'élève le château neuf, vaste bâtiment en pierre de taille, bâti de 1709 à 1717.
Qui a bâti dans cette situation aussi hasardée que pittoresque le château de Tancarville? Un des compagnons de Rollon, sans doute, si i'on s'en rapporte à l'étymologie danoise du mot. Raoul de Tancarville est néanmoins le premier seigneur nommé par l'histoire. Après lui viennent Guillaume Rabel, Guillaume le Jeune, Raoul II, compagnon de Richard Cœur de Lion en Palestine; Guillaume 111, qui tint tête ii Philippe-Auguste dans la lutte contre Jean sans Terre et, vaincu, n'eu fut pas moins dépossédé par ce dernier de tous ses fiefs anglais; Raoul III ; Guillaume IV; Raoul IV, qui dota l'abbaj'e de Saint -Georges -de- Boeherville ; Guillaume V; Robert, fondateur de l'abbaye de Sainte-Barbe-en-Auge ; Guillaume VI, dernier de cette branche, gendre du célèbre Enguerrand de, Marigny, et qui mourut sans enfants. La seigneurje de Tancarville échut alors à Jean, vicomte de Melun, qui, en 1316, avait épousé Jeanne, soeur de Guillaume; il eut pour successeur Jeun II, qui fut fait prisonnier en même temps que le connétable Raoul de Nesle et, plus heureux que ce dernier, devenu libre, fut nommé par le roi Jean le bon grand chambellan héréditaire de Normandie, du chef de sa inère, et connétable héréditaire par sa femine. Le roi le lit, en outre, comte de Tancarville. Il défendit Jean le Bon à la bataille de Poitiers et mourut sans postérité. Son frère Guillaume le remplaça et vint offrir son concours et celui de 60 hommes d'armes a Charles VI pour opérer une descente en Angleterre. Il reçut, en récompense de son zèle, 8,ooo écus d'or pour réparer le château. Mais, comme l'Anglais menaçait, Guillaume de Tancarville ne put se résoudre à l'attendre et courut se joindre , à Azincourt , aux troupes royales; il y périt (1415). 11 laissait une fille, Marguerite de Tancarville, qui épousa Jacques d'Harcourt, baron de Montgommery, et lui apporta en dot le château et la seigneurie. Jacques d'Harcourt se signala par ses campagnes contre Henri V, encore en Normandie, qu'il ne cessa de harceler, ne pouvant, faute de troupes suffisantes, lui livrer de combat régulier. Mais, pendant l'une de ces escarmouches, un traître, le sire de Crasmiml, chargé de garder le château, le rendit au duc d'Oxford. Le château fuc alors gouverné par Jean Gray pour le compte de l'Angleterre. Gray en Ht créneler le mur et réparer les
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tours et le pont-levis. Mais ces précautions n'empêchèrent pas le capitaine Quernier, déjà maître de Fécamp , d'Harfleur et de Montivilliers, de s'emparer du vieux manoir au cri de : « Tancarville à Notre-Dame t « Deux ans plus tard, il est vrai, lord Talbot le reprenait sur une garnison trop faible; mais bientôt, a la suite de la capitulation du duc de Somerset, par laquelle Charles VII rentra en possession d'une grande partie de la Normandie, Guillaume d'Harcourt, fils de Jacques, recouvra son domaine intégralement.
Après sa mort, sa fille Jeanne ayant été répudiée en 1487 par son mari, le duc de Lorraine, et se trouvant ainsi en quelque sorte en état de tutelle, le comté de Tancarville fut mis sous la main de Charles VIII, qui y plaça une garde nourrie aux frais du comté. Jeanne, ayant fait hommage, rentra bientôt en possession, mais mourut peu après, instituant son héritier principal François d'Orléans, duc de Lorijrueville, fils de Dunois. Les fleurs de lis de France se mêlèrent alors au blason de Tancarville. François d'Orléans accompagna Louis XII en Italie, fut fait prisonnier avec Bayard à la journée des Eperons et mourut en 1516, à son retour d'Italie. Il eut pour successeurs Claude, Louis II, François II (1524-1551). Ce dernier étant mort sans postérité, son cousin, Léonor d'Orléans, maître de la place, l'ouvrit aux protestants. Jean d'Estouteville, sire de Villebon, gouverneur de la Normandie pour Charles IX, vint y mettre le siège : mais il fut contraint de le lever à la nouvelle de la prise de Rouen par les huguenots. Le château rentra peu de temps après sous l'obéissance royale; mais il fut encore une fois surpris par tes Anglais, qui, sous la conduite de Warwick, s'en emparèrent. Michel de Castelnau les en chassa. A la mort de Léonor d'Orléans (1573), Marie de Bourbon, sa veuve, administrait le château de Tancarville, quand la Ligue s'en empara et y plaça comme gouverneur Grillon, frère du célèbre compagnon de Henri IV. La guerre terminée, le duc de Montpensier l'acheta 15,000 écus pour le compte du roi. Sous la Fronde, il appartenait à Henri d'Orléans, duc de Longueville et comte de Tancarville, qui le livra aux rebelles. Mais le comte, arrêté, comme on sait, par ordre de Mazarin, avec les princes de Condé et de Conti, ne rentra en possession de son domaine, un instant réuni à la couronne, que neuf mois après. De retour à Tancarville, le comte l'habita presque continuellement, et c'est lui qui, son intendant le pressant de mettre un terme au braconnage qui dépeuplait ses bois, dit ce mot si connu : « J'aime mieux avoir des amis que des lièvres. » Il laissa deux fils : l'un d eux, Charles Paris d'Orléans, fut tué au passage du Rhin; le second, Jean-Louis-Charles, entra en religion. Le château échut alors à sa fille Marie, duchesse de Nemours, qui écrivit à Tancarville, son séjour de prédilection, la majeure partie de ses curieux Mémoires.
Elle vendit enfin le château au financier Crozat, prête-nom du comte d'Evreux, fils du duc de Bouillon. Le comte d'Evreux , afin de le rendre habitable, fit jeter bas les vieux bâtiments féodaux et, à leur place, fit élever' la partis connue sous le nom de château neuf. Puis, par une singulière velléité capricieuse, ce château à peine construit, il le céda au célèbre Jean Law, créateur du sy$' tême, moyennant 600,000 livres espèces, 6,000 livres de rente viagère et diverses autres pensions aux officiers de la seigneurie. Par cette acquisition, le célèbre banquier écossais devint seigneur et comte de Tancarville, chambellan et connétable héréditaire de Normandie. Peu soucieux de souvenirs historiques, il allait, dit-on, transformer le château en manufacture, lorsque sa disgrâce imminente amena la résiliation de Sa vente. Le comte d'Evreux redevint propriétaire, mais ce fut pour le céder de nouveau au duc de Luxembourg. 11 demeura dans cette famille jusqu'à la Révolution, malgré le procès intenté au vendeur par le fils du dernier acquéreur, qui arguait d'une fraude dans l'allégation exagérée des revenus. Anne- Françoise-Charlotte de Montmorency-Luxembourg, marquise de Fosseux, était propriétaire du château de Tancarville lorsque la Révolution éclata. Le domaine fut alers confisqué. Le 24 floréal an IV (13 mai 1796), le château fut donné à loyer, moyennant 100 fr. par an, à un sieur Duglé. Il fut mis en vente, ainsi que les terres et bois en dépendant, le 12 germinal an VII (il avril 1799), et un sieur Viard, de Rouen, l'acquit moyennant 2,200,000 livres. Ce chiffre paraît exorbitant pour l'époque; aussi, ferons-nous remarquer que le prix représentait une valeur en assignats, que 1 fr. 90 espèces valaient 100 francs de bons et que, par conséquent, ce prix équivalait seulement à 41,800 francs en réalité. La veute, nu surplus, fut annulée faute (le payement a l'échéance, et le château, après une nouvelle tentative, infructueuse comme la
frêcédente, demeura k l'Etat. Le 20 juillet 1804, empereur en lit don aux hospices du Havre, sur 1 estimation de 300 livres de rente. Sous la Restauration (182a), Charles X le rendit à ftiaia de Montmorency-Luxembourg moyennant une indemnité de 6,000 francs à payer par elle aux hospices. En 1828, M. de Lum- Derty, son petit-gendre, en devint propriétaire. Il est encore aujourd'hui dans les mains de cette famille. Sous l'Empire , le
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maréchal Suchet, duc d'Albuféra, avait loué aux hospices les bois de Tancarville, où il allait fréquemment chasser, et une partie du château, où il avait installé son garde.
Eu face de la falaise qui porte les ruines imposantes du château de Tancarville se dresse une autre falaise dont la crête est formée par un rocher appelé Pierre - Gante et aussi nez de Tancarville, surplombant sur la Seine à une hauteur de prés de 65 mètres. Quelques savants veulent que ce rocher ait jadis servi d'autel aux sacrifices druidiques. Suivant une légende populaire et naïve, elle était le séjour d'un géant qui s'y asseyait, les pieds trempant dans le fleuve, et qui, chaque fois que la tempête l'enveloppait de ses tourbillons, y poussait des rugissements à épouvanter les alentours.
TANCARVILLE (Jean II, vicomte de Melun, comte de), vaillant capitaine français, mort en 1382. Il prit part à la conquête de la Prusse par les chevaliers teutoniques, combattit en Espagne contre les Arabes, en Normandie contrôles Anglais, et fut fait prisonnier au siège de Caen (1345) ; rendu à la liberté, il jouit de toute la confiance du roi Jean, qui ie combla d'honneurs. A la journée de Poitiers (1356), il fut de nouveau fait prisonnier après avoir vaillamment combattu, revint en France en 1358 pour faire ratifier par les états les conditions au prix desquelles le monarque anglais consentait à rendre la liberté au roi captif, fut un des négociateurs de la paix de Bretigny (1360) et fit partie des quarante otages donnés aux Anglais pour la garantie du traité de paix. Tancarville était grand chambellan (1347), grand maître d'hôtel du roi, et avait reçu le titre de comte (1351), lorsque le roi Jean, redevenu libre, le nomma grand maître des eaux et forêts et membre de son conseil. En 1363, il retourna en Angleterre avec le roi qui allait se constituer prisonnier. Sous Charles V, le comte de Tancarville eut également une grande part aux affaires et devint^ la fois gouverneur de Champagne, de Languedoc et de Bourgogne.
TANCARVILLE (Guillaume), vicomte dk
Melun, comte dk), capitaine et diplomate j français, fils du précédent, mort en 1415. II devint grand chambellan après la mort de son ! frère, en 13S5, entra dans le conseil du roi et prit une part active dans les affaires poli- ' tiques du règne de Charles VI. Après avoir assisté au siège de Bourbourg (Flandre), il fut successivement envoyé en mission en Bretagne (1387), en Guienne (1388), en Angleterre (1393) .au sujet de la confirmation du traité de Bretigny, à Avignon, près du pape Benoit XIII, au sujet du schisme d'Occident (1395), à Gênes (1396), à Florence et dans l'île de Chypre (1397), puis devint grand bouteiller de France (1402), premier président de la Cour des comptes, et capitaine de Cherbourg (1404). Pendant la folie de Charles VI et les dissensions qui s'ensuivirent, de Tancarville s'attacha au parti du duc de Bourgogne. Il trouva la mort à la bataille d'Azincourt.
TANCEMENT s. m. (tan-se-man — rad.
tancer). Action de tancer. Il Peu usité.
TANCER v. a. ou tr. (tan-sé. — MM. Noël et Carpentier rapportent ce mot au lut. tanffere, toucher, explication bizarre, mais moins cependant que celle des hellciiomanes Périon et Bourdelot, qui font venir tancer du gr. epilimêsai. En réalité le verbe tancer, en vieux français tencer, en provençal tensar, vient d'un type tentiare, qui est peut-être tiré de tentus, participe de tenere, dans le sens de soutenir une opinion, ou bien qui est pour contentiare, rejeton barbare du latin conte»dere, disputer. Le vocabulaire d'Evreux renferme en effet l'adj. ienceux, contentieux. Prend une cédille sous le ç devant a et o : II tança, nous tançons). Réprimander, gronder : Les mères ont raison de tàN'CKR leurs enfants quand ils font les borgnes, les boiteux et les bigles, et tels autres défauts de personnes. (Montaigne.) Les grands-pères sont faits pour tancer les pères. (V. Hugo.) Dès les premières années du xvue siècle, tes communes commençaient à se roidir, et le roi, gui les tançait en maître d'école, pliait devant elles en petit garçon. (H. Taine.) ,
D'abord vous In tancez d'un ton fier et caustique. Puis vous la désolez par un ris sardonique.
Destouches.
Se taacer v. pr. Se faire des reproches : Je serais le premier à pie tancer moi-môme Si je me découvrais ce ridicule extrême.
£. Aubier.
— Syn. Tance*, pouratsader , gronder, V. GOURMANDER.
TANCHE s. f. (tan-cbe — du lat. tiuea, même sens). Ichthyol. Genre de poissons malacoptérygiens, de la famille des cyprinoïdes, dont l'espèce type est commune en Europe : La tanche vulgaire habite de préférence les eaux stutjnantes, (E. Baudement.) On estime peu Ja tanche sur les tables délicates. (Bosc.) Ausone purait être l'auteur le plus ancien gui ait parlé de la tanche. (V. de Boinare.) Il Tanche de mer, Nom vulgaire d'une espèce de labre, qu'on pêche sur les côtes de l'Amérique : La tanche de mer se tient ordinairement au fond de l'eau. (V. de Boma're.)
— Anat. Museau de tanche, Orifice vaginal de l'utérus.
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— EncycL Les tanches sont "caractérises par un corps assez large, couvert d'une peau ' épaisse et munie d'éo.ailles très-petites, longues et étroites ; la bouche située à l'extrémité de la tête et portant à. chaque angle un petit barbillon; une seule rangée de dents pharyngiennes, au nombre de huit à dix, renflées en massue et terminées à leur angle interne par un petit crochet; des nageoires arrondies, dépourvues de rayons osseux. Ce genre, formé aux dépens des cyprins, se réduit à une seule espèce vivante, qui présente a la vérité quelques variétés assez distinctes.
La tanche commune a ordinairement om,S5 de longueur ; la tête relativement petite, d'un brun verdàtre ; la gueule assez ouverte ; le palai3 charnu ; les dents larges et fort courtes ; les yeux petits; le corps large, comprimé, court et trapu, enduit d'une matière muqueuse qui rend ce poisson glissant entre les doigts comme l'anguille; le dos épais et un peu voûté ; le ventre assez large et plat; la nageoire caudale tronquée. Ce poisson a des couleurs généralement très-foncées, d'un vert olive cuivré sur lé dos, passant au gris noirâtre sur le cou; noir verdàtre sur les fhinos, et blanc jaunâtre sur le ventre ; les nageoires sont violettes ou gris foncé ; les lèvres, les îiisselles des nageoires et l'anus couleur do obair. Ces couleurs varient d'ailleurs suivant les milieux qu'habite la tanche ; elles sont plus jaunes dans les eaux pures, plus noires dans les eaux bourbeuses. C'est cette variété de nuances qui a fait, dit-on, donner au poisson le nom latin de tinca, altération de tincta, teinte. Les mâles se distinguent par des nageoires abdominales plus développées et par des couleurs plus claires.
La tanche habite les eaux douces de touto l'Europe, mais surtout les lacs et les étangs. Elle préfère les eaux dormantes et vit mémo très-bien sur les fonds vaseux. On peut la nourrir dans des viviers ou de petits réservoirs; le moindre espace lui suffit pour grandir et se reproduire. Elle passe néanmoins volontiers dans les eaux vives, et on en trouvo en effet dans les petites rivières et les ruisseaux à courant rapide. Elle vit en troupes et se nourrit de débris de végétaux, de vers, d'insectes, et même de frai et de petits poisson,"!. Elle dépeuple, dit-on, les étangs, bien que sous ce rapport elie soit beaucoup moins nuisible que le brochet. Douée d'une prodigieuse fécondité, elle fraye, en juin et juillet, sur les végétaux et dans les vases des eaux dormantes, où elle se multiplie abondamment. Quand elle trouve asse2 d'aliments, sa croissance est rapide. Toutefois les tanches du poid3 de t kilogrammes sont rares et assez recherchées ; on prétend qu'il y en a qui pèsent 3 kilogrammes; on cite même des chiffres de Bet 10 kilogrammes, chiffresquisonlcertainement exagérés.
On reproche a la tanche de ruiner le fond des étangs, car il faut à ce poisson cinq a six fois plus d'espace pour vivre qu'à la carpe ; aussi préfère-t-on généralement cette dernière, qui multiplie autant, croît plus vite, est d'une qualité supérieure et d'un meilleur débit. Mais la tanche a l'avantage de permettre d'utiliser les eaux où les autres poissons ne se plaisent pus, les fossés, les mares complètement stagnantes et à fond vaseux, et celles qui gèlent k la surface en hiver. Elle a, d'après Duhamel, la curieuse faculté de s'endormir ou de s'engourdir au fond de l'eau, par les grandes chaleurs; on a même prétendu, mais bien à tort, qu'elle pouvait vivre dans la boue des étangs qui se dessèchent en été.
Mais voici un préjugé bien plus singulier : on raconte que les autres poissons, notamment le brochet, se guérissent de leurs blessures en se frottant contre le corps de la taiiche, dont la mucosité est pour ces animaux un spécifique assuré; de la le surnom de médecin des poissons, que divers auteurs lui ont donné. En réalité, le brochet ne l'épurgno pas. Elle est sujette aussi à être attaquée par des vers intestinaux. Quoi qu'il en soit, la tanche a joui, dans l'ancienne médecine, d'une grande réputation ; on l'a préconisée contre la jaunisse ; on l'appliquait toute vivante sur la région ombilicale et sur celle du foie, jusqu'à te qu'elle mourût; elle était alors, disaiton, jaune et enflée du côté qui avait touché le corps ; les concrétions calcaires qui se trouvent dans sa tête ont été vantées comme détersives, absorbantes, diurétiques et astringentes.
Un pèche la tanche au filet ou h l'hameçon, que l'on amorce avec des vers de terre, dont elle est très-avide. Elle a la vie fort dure, et c'est, après la carpe, l'espèce qui supporte le mieux le transport. Sa chair a été fort diversement appréciée. Une opinion assez générale est que cette chair est fade, d'un goût désagréable, remplie d'arêtes, malsaine et difficile à digérer, aussi l'estime- t-on peu sur les grandes tables ; on regarde la tanche comme un poisson commun, grossier, propre tout au plus à l'alimentation des classes pauvres. Ausone, fe premier auteur qui l'ait mentionnée d'une manière certaine, l'appelle la ressource du bas peuple. D'un autre côté, Pennant assure que c'est un aliment sain et délicat. En Italie, il y a des amateurs qui estiment beaucoup les tanches du lac de Trasiinèue. • N'assure-t-on point, dit M. E. Blanchard, qu'à la table même de Léon X, mi noble florentin eut l'auduce d'affirmer que rien de ce qui nage dans la mer n'est compa-
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rable à nne bonne tanche de Toscane ; un éclat de rire des autres convives vint témoigner du reste en quelle pitié était prise une semblable opinion. •
Des appréciations aussi divergentes tiennent aux différences mêmes qu ou observe entre ces poissons, suivant les eaux où ils ont été péchés, et le degré d'accroissement qu'ils y ont pris. Lorsque la tanche a été recueillie sur un fond vaseux, et qu'elle est de petite taille, sa chair a un goût de fange très-désagréable; mais lorsqu'elle est d'une certaine grosseur et prise dans les eaux courantes, cette chair est bien meilleure. On peut du reste obtenir artificiellement ce résultat, en faisant séjourner pendant quelques jours dans une eau vive, où elles se dégorgent, les tanches qu'on a pêchées dans des eaux stagnantes et bourbeuses. D'après Crespon, la chair des mâles est aussi d'un meilleur goût que celle des femelles. Quoi qu'il en soit, ce poisson si peu estimé peut, dans bien des cas, fournir à l'alimentation une ressource qui n'est pas à dédaigner. Il peut d'ailleurs se préparer de bien des manières.
La tanche, comme nous l'avons dit, présente plusieurs variétés de coloration, qui sont dues surtout à l'influence, du milieu où elle vit , et se traduisent par des marbrures plus ou moins marquées sur les différants sujets. La plus remarquable de ces variétés est la tanche dorée, ainsi nommée à cause de ses reflets; elle est plus grande que la tanche ordinaire et se trouve surtout dans tes étangs de la Silésie. La tanche d'Italie se distingue par son dos beaucoup moins élevé, ses nageoires à rayons plus grêles et sa dorsale plus haute. Agassiz a trouvé trois espèces fossiles de tanches dans les calcaires lacustres des terrains tertiaires de l'Allemagne. Enfin, on a désigné sous le nom de tanche de mer un poisson du genre labre, qui ressemble assez a Ja tanche par son aspect extérieur; on la pèche sur les côtes rocheuses de la Manche, et c'est un mets assez estimé, bien que sa chair soit un peu molle et passe pour indigeste.
TANCHELIN ou TANQUELW, en latin Tanquelmusou Tandemus, sectaire flamand, né à Anvers, mort vers U15, C'était un homme instruit, éloquent, très-versé dans la théologie, bien qu'il fût laïque, et à qui il prit l'idée de s'ériger en réformateur religieux. Il se fit un grand nombre de prosélytes en attaquant les sacrements admis par l'Eglise, en déclarant que les prêtres n'ont aucune autorité sur les fidèles, et surtout en autorisant une extrême licence dans les mœurs. Lorsqu'il se vit à la tête d'un grand nombre de partisans, il prêcha publiquement ses doctrines, se montrant en public magnifiquement vêtu et entouré d'une nombreuse escorte d'hommes armés. Tel était le prestige qu'il exerçait sur ses adhérents qu'ils regardaient comme des œuvres spirituelles ses plus honteuses impudicités, et buvaient, comme un préservatif contre les maux, l'eau dont il se servait pour se baigner. Dans son orgueil, il en arriva a se déclarer Dieu à l'instar de Jésus-Christ. Un jour où il prêchait devant le peuple, raconte Moréri, ayant près de lui un tableau d« la Vierge, il s'adressa à l'image de la mère du Christ, et lui dit : « Vierge Marie, je vous prends aujourd'hui pour mon épouse. • Puis, se tournant vers la multitude : > Voilà, dit-il, que j'ai épousé la sainte Vierge -, c'est à vous k fournir aux frais des fiançailles et des noces. » Ayant fait mettre ensuite deux troncs près de l'image : ■ Que les hommes, poursuivit-il, mettent dans l'un ce qu'ils veulent me donner, et les femmes dans l'autre, je connaîtrai lequel des deux sexes a plus d'amitié pour moi et pour mon épouse. » Après avoir répandu ses doctrines dans les Pays-Bas, à Anvers, k Utrecht, à Cambrai, il partit pour Rome, puis revint dans les Pays-Bas. Arrêté par ordre de l'évêque de Cologne, il parvint à s'échapper, mais fut tué peu après dans un bateau par un prêtre avec qui il s'était pris de querelle. Son hérésie, «ppelée tanquelinisme, ne fut détruite que fort longtemps après sa mort.
TANCHIS s. m. (tan-chi). Partie biaise de comble qui recouvre une noue en tuile, en ardoise ou en pjomb.
TANCHOU (Stanislas), médecin français, né à Ecueillé (Indre) en 1791, mort à Paris en 1850. Fils d'un modeste chirurgien de campagne, il partit comme sous-aide, en 1809, pour l'armée d'Italie, après dix-huit mois d'études k Paris. Mais licencié sur la fin de l'année suivante, if aima mieux s'engager comme simple soldat que d'abandonner le régiment dans lequel il avait fait ses premières armes. Cinq ans après, en 1815, il subissait, avec le grade de lieutenant, le sort de l'armée entière, n'emportant pour toute récompense des plus dures fatigues et de plusieurs blessures, que la croix de la Légion d honneur qui lui fut donnée après la bataille de Hanau, pour un fait d'armes qui suffirait à lui seul pour honorer la carrière de tout homme qui n'aurait d'autre titra à la considération générale. Rendu à la vie civile, Tanchou reprit le cours de ses études médicales, y apporta une régularité et une persévérance dont il avait puisé le goût dans sa carrière militaire, et soutint en 1819, pour le doctorat, une bonne thèse sur quelques préjugés des femmes en couches. N'ayant pas toutde suite arrêté la direction qu'il donneraitplus particulièrement à ses
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travaux pratiques, il publia dans divers recueils plusieurs mémoires sur la gastro-entérite, les scrofules, l'œdème des nouveau-nés, la péritonite puerpérale, la pneumonie chez les vieillards, la révulsion, la spécificité des médicaments ; puis, en 1884, un Traité du froid et de son emploi en médecine et en chirurgie (1 vol. in-8<>;. Ce ne fut qu'en 1822 qu'il s'occupa des maladies des voies urinaires, sur lesquelles il publia plusieurs écrits, par exemple : un Nouveau procédé pour l'opération de la taille sus-pubienne (Archives, 1839) ; un Examen historique de tous les procédés de lithotritie,et Nouvelle méthode, etc. (in-8°, Paris, 1830): Coup d'ceil sur les prétendus progrès de ta lithotritie (Archives, 1838); Traité sur les rétrécissements de l'urètre et de l'intestin rectum (in -8», Paris, 1835). Dans ce volume se trouve la description de la dernière maladie de Talma, dont Tanchou fut l'ami et le médecin. En >837, Tanchou fonda le dispensaire Sainte-Geneviève pour le traitement gratuit des maladies propres aux femmes. Son attention s'étant surtout portée sur les affections cancéreuses, il en fit le sujet de plusieurs mémoires soumis à l'Institut, et d'un volume publié sous ce titre : Recherches sur le traitement médical des tumeurs cancéreuses du sein (in-8<>, Paris, 18*4). Enfin, en 1845, Tanchou publia dans une brochure spéciale un résumé judicieux de la discussion que souleva à cette époque, à l'Académie, M. Cruveilhier par la lecture de son Mémoire sur ies tumeurs fibreuses du sein.
TAN-CHOOI-TCHING, ville de Chine, sur la côteN. -Q.de l'île Formose,ch.-1. d'arrond., dans le départ, de Tal-Duan-Fou, province de Fohien, par 85» 9'l0"de latit. N. et 1 18» 51' de longit. E. Le port a été ouvert au commerce étranger parle traité deTien-Tsin, du 27 juillet 1858, ratifié à Pékin en 1860.
Toneia, comédie en cinq actes de Michel- Ange Buonarroti le jeune (1612). Elle est écrite en octaves et dans le dialecte des villageois des environs de Florence. Tancia, jeune paysanne, est aimée par trois rivaux : Pierre, noble bourgeois, Ciapino et Cecco, paysans; mais Ceeco est celui qu'elle préfère secrètement. Dès le premier acte, chacun des personnages fait connaître, en agissant, sa passion, ses vœux, son dessein. Les intérêts de ces amoureux se croisent de plus en plus au second acte. Cosa, amie de Tancia, aime Ciapino, et manœuvre pour lui faire connaître ses feux ; Tancia, de son côté, laisse voir à Cecco qu'elle l'aime, tandis que Pierre, bravant l'idée d'une mésalliance, demande sa main à son père. Après bien des incidents comiques, on apprend que Pierre, airètè par des sbires, vient d'épouser, d'après l'ordre de ses parents, une riche bourgeoise; rien ne s'oppose donc plus à l'union de Tancia et de Cecco; Ciapino épouse sa Cosa, et la pièce se termine par des danses et des chants.
Cette comédie est précédée d'un prologue, et chaque acte suivi d'un intermède. Le prologue est en l'honneur des Médicis. Dans les intermèdes, on voit chanter et danser des chasseurs, puis des oiseleurs, des pêcheurs et des moissonneurs. A la fin de la pièce, les acteurs en scène s'apprêtent à se mettre à table, en engageant les spectateurs à en faire autant.
Ce qui caractérise cette comédie dont le plan est si simple; c'est le naturel des caractères et la vérité des mœurs que le poète a si bien exprimés dans la manière de penser, d'agir et de parler de ses personnages. Ce sont de vrais paysans de son temps. ■ En examinant de plus près le mérite littéraire et poétique de cette comédie, dit MT Sahl, on ne peut se dispenser de remarquer l'ait avec lequel Je poste a su être à la fois comique sans cesser d'être décent, et pathétique sans faire oublier que ce sont des villageois qu'il met en scène. C'est la qualité qui le distingue le plus de tous les poètes de ce genre. »
TANCO (Vasco Diaz), poste et littérateur espagnol, né k Fregenal (Estramadure) vers la tin du xvo siècle, mort vers 1560. On ne possède aucun détail sur sa vie. Cet auteur, regardé comme le premier qui ait écrit des tragédies en espagnol, composa dans sa jeunesse trois pièces, dorjt on ne connaît que les titres! Absaton, Aman et Jonata. Il a laissé les productions suivantes ; Libro intitulado Palinoda de la nefanda y fiera nacion de los Turcos (1554, in-fol.) ; Jardin del aima cristiana (Valladolid, 1562); Los veinte triumfos, sobre los iitulos de dignidades temporales y mayorazgos de Espana.
TANCOÏDE adj. (tan-ko-ï-de — de tanche, et du gr. eidos, aspect). Ichthyol. Qui ressemble à la tanche.
— s. m. Syn. de tanche DE mbk.
TANCOS, bourg de Portugal, province de Beira, à 15 kilom. S. de Thomar, sur la rive droite du Tage; 1,800 hab.
TANCREDB, prince sicilien, un des héros de la première croisade, mort à Antioche en 1118. Il était par sa mère petit-fils deTancrède de Haute ville, et neveu du fameux Robert Guiseard. Lorsqu'en 1096 les chrétiens d'Occident s'ébranlèrent pour aller combattre en Palestine, il se réunit à son cousin Bohémond, prince de Tarente, et conduisit ses Normands de la Sicile et de l'Italie méridionale à la conquête du Saint-Sépulcre, écrasa sur les bords du Vardari les Grecs d'Kpire
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qui s'opposaient a son passage, traversa la Macédoine, réunit en Chalcédoine ses troupes à celles de Godefroy de Bouillon, et contracta avec ce héros l'amitié célèbre que le Tasse a chantée. Il eut la plus grande part à la prise de Nicée, conquit ensuite Tarse, que Baudouin, frère de Godefroy, lui disputa à main armée ; car ces chefs de l'armée chrétienne étaient surtout préoccupés, au milieu de cette guerre religieuse, du soin de se tailler des principautés dans le pays conquis, et souillèrent plus d'une fois leur folle entreprise par de sanglantes discordes. Le siège d Antioche, celui de Marra, de continuels combats contre les musulmans virent éclater de nouveau la brillante valeur de Tancrède. Ce fut lui qui planta le premier l'étendard des Francs à Bethléem ; devant Jérusalem, il emporta d'assaut une tour qui depuis conserva son nom, eut la part la plus glorieuse h la prise delà ville sainte (1099), découvrit la forêt d'où les croisés tirèrent le bois nécessaire aux échelles et aux machines de guerre, se montra un modèle de modération et d'humanité au milieu des massacres dont sa souillèrent les chrétiens, et fit d'inutiles efforts pour empêcher la mort de trois cents Sarrasins qui s'étaient réfugiés sur la plate-forme de la mosquée d'Omar. S'étant emparé de cette mosquée, il s'appropria, à l'exclusion des autres chefs, l'énorme et riche butin qu'il y trouva, et s'attira par là de vives récriminations de la part des principaux croisés. Bientôt' après, Tancrède contribua puissamment au gain de la bataille d'Asealoii, qui rendit inutile le secours tardif du sultan du Caire. Lors de l'élection d'un roi de Jérusalem, Tancrède se mit sur les rangs, mais ce fut Godefroy de Bouillon qui l'emporta. Le prince sicilien n'en resta pas moins en Orient avec ses chevaliers, et Godefroy lui donna la ville de Calphas et la principauté de Tibériade. Après la mort de ce dernier, Tancrède voulut faire donner la couronne de Jérusalem à son cousin Bohémond, mais ce fut Baudouin qui succéda à son frère. Néanmoins il finit par consentir à rendre hommage à Baudouin, malgré leur ancienne animosité et leurs nouvelles divisions. Sur les entrefaites, les habitants d'Antioche le supplièrent de gouverner leur ville pendant la captivité de Bohémond, tombé au pouvoir des Turcs. Tancrède y consentit, remit sous le joug Malmystra, Adana, Tarse, prit Laodicée et rendit à son cousin, lorsqu'il eut recouvré la liberté, sa principauté dans l'état le plus florissant. Choisi de même peu après pour gouverner le comté d'Edesse, pendant la captivité de Baudouin du Bourg, il fut attaqué par les Sarrasins ; mais, bien qu'ayant des troupes de beaucoup inférieures en nombre, >il fondit sur eux pendant la nuit et les tailla en pièces. En 1103, Bohémond, s'étant embarqué pour la France, laissa encore une fois sa principauté d'Antioche à la garde de son cousin, qui se trouva dans la situation la plus critique, n'ayant ni hommes ni argent. Néanmoins Tancrède fit face à tout, releva le courage des habitants, parvint à battre le prince d'Alep accouru avec 30,000 hommes, s'empara d'Artésie, d'Apamée, et eut k lutter contre une multitude de Turcs qui envahirent la Mésopotamie. En 1108, il eut à lutter contre le comte d'Edesse, Baudouin du Bourg, rendu à la liberté, et contre Josselin, qui avait appelé les Turcs à son aide. Tancrède fut encore une fois victorieux. Vers la même époque, un différend s'éleva entre lui et Bertrand, fils de Raymond de Saint-Gilles, mais le roi de Jérusalem intervint et les réconcilia. Tancrède eut à combattre ensuite contre les Turcs qui envahirent la principauté d'Antioche, s'empara do la forteresse d'Atareb, du château deVeiulum.dansles montagnes de Djiblah, et retourna à Antioche, où il mourut. Peu de temps avant d'expirer, il fit venir sa femme et le jeune Pons, tils du comte de Tripoli, et leur conseilla de se marier ensemble lorsqu'il ne serait plus. Bien que Tancrède ait figuré avec éclat dans les grands faits d'armes de la croisade et dans une multitude d'affaires particulières, son caractère n'offre pas dans les vieilles chroniques la couleur poétique et romanesque que lui a donnée le Tasse dans son épopée , et l'on chercherait en vain dans les faits historiques de sa vie quelque chose qui ressemblât aux amours de Clorinde, dont le poète a fait une peinture si séduisante. Un de ses chevaliers, Raoul de Caen, a laissé de lui une histoire (Gesta Tancredi) qui a été traduite en français dans la collection Guizot, t. XXIII.
TANCRÈDE, roi de Sicile, mort en 1194. Il était fils naturel de Roger, duc de Pouille, et de la comtesse de Leccio. Persécuté et emprisonné par son oncle Guillaume l«,qui craignait qu'il ne lui disputât le trône, il parvint à s'échapper, et s'enfuit à Constantinople (1154), où il restajusqu'àlamort de son oncle. Il retourna alors en Sicile, où il fut bien accueilli par son cousin Guillaume II, et gagna l'affection des Siciliens par sa générosité, sa valeur, sa prudence. A la mort de Guillaume II (1189), les nobles, réunis à Palerme, le proclamèrent roi et son couronnement eut lieu en 1190. A peine monté sur le trône, il eut à lutter contre Henri VI deSouabe, qui revendiquait la Sicile comme époux de Constance, tante et héritière du roi défunt; mais le maréchal Testa, envoyé par Henri VI, vit son armée décimée par les maladies dans la Pouille. Sur les entrefaites, Richard Cœur de
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Lion, s'étant rendu k Messine, éleva des prétentions sur la possession de la Sicile, et Tancrède dut se débarrasser à prix d'or de ce redoutable concurrent. Délivré de ses deux ennemis, Tancrède fit épouser à son fils Roger la fille d'Isanc Lange, empereur de Constantinople (1191). Mais, dès la fin de cette même année, Henri VI recommença laguerre. Son armée fut encore une fois presque entièrement détruite parles maladies, et Constance tomba entre les mains de Tancrède, qui la traita avec les plus grands honneurs et la renvoya avec des présents à son époux (1192). La guerre n'en continua pas moins avec des succès variés de part et d'autre. La mort de son fils alué Roger lui causa une vive douleur et il mourut lui-même au commencement de l'année suivante, laissant le trône à son second fils Guillaume III, sous la tutelle de la reine Sibille.
TANCRÈDE, fils putatif du duc Henri DB