‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 92 sur 1059 · V. LAZARET, QUARANTAINE · texte numérisé non relu

V. LAZARET, QUARANTAINE

— Maisons de santé. Les maisons de santé sont, en fait, de petits hôpitaux exploités par l'industrie privée, sous la surveillance de l'administration. Il en existe un grand nombre à Paris ou dans les environs et dans les principales villes, et elles répondent à un besoin réel, les malades à qui leur position de fortune permet de payer une pension plus ou moins élevée trouvant dans les établissements de ce genre des conditions d'hygiène et de confort qu'ils ne trouveraient pas dans Ijs hôpitaux, des soins spéciaux qui leur seraient trop onéreux à domicile.

Autrefois, les maisons de santé recevaient indistinctement les malades de toute espèce, les femmes en couche et les aliénés. Depuis la loi de 1833, qui a soumis ces derniers a une réglementation particulière, les aliénés ce sont plus reçus que dans des établissements spéciaux qu'on désigne toujours néanmoins, par une sorte d'euphémisme, sous le

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nom de maisons de santé. Ces établissements forment une catégorie à part. Ceux qui sont affectés aux femmes en couche portent le nom de maisons d'accouchement; nous ne nous en occuperons pas ici. Tous sont régis par l'ordonnance de police du 8 août 1828, qui concerne l'établissement des maisons de santé en gémirai, leur régime intérieur et leurs rapports avec l'administration. D'après cette ordonnance (art. 1er), il ne peut être établi de maison de santé à Paris, dans le département de la Seine et dans les communes de Saint-Oloud, Sèvres et Meudon sans une autorisation du préfet de police ; le pétitionnaire doil indiquer le nombre de pensionnaires qu'il veut prendre et le chiffre en est fixé par l'administration elle-même, après, qu'elle a fait visiter les constructions et que le conseil d'ir'giène a donné son avis, sur le rapport d'un inspecteur spécial (art. 2 et 3).

« Quelles sent et quelles doivent être, dit le docteur Brochin, les conditions d'hygiène et d'aménagement d'une maison de santé?

La plupart des établissements de ce genre ont été installés jusqu'ici dans des maisons ordinaires ou d'anciens hôtels plus ou moins bien appropriés a Leur nouvelle destination. On s'est généralement peu occupé de rechercher et dedélerminer les conditions spéciales que doit remplir l'installation d'une maison de santé. Sans doute, pour les conditions générales de sa ubrité, comme toutes les habitations communes ou privées, la maison de santé est soumise aux prescriptions des règlements de voirie et de police qui ont pour objet d'en assurer le bon entretien ; mais ici, les conditions; communes ne suffisent plus. Si la maison de santé tient d'un côté par quelques-unes de ses dispositions delà maison privée, de l'hôtel ou de la maison garnie, de l'autre elle présente des conditions qui lui sont communes avec l'hôpital. Il y a donc à faire la part de ces deux, ordres de conditions. Comme pour un hôpital, il importe de tenir compte de lu situation que doit avoir une maison de santé, du terrain sur lequel elle repose, de soa orientation, des matériaux et des divers éléments qui entrent dans sa construction, de la distribution de ses diverses parties; de l'autre, il ne faut pas oublier que •les habitudes de bien-être et de confortable des pensionnaires de ces maisons ont aussi leurs exigences qu'il n'importe pas moins de satisfaire. L'une des premières conditions estl'éloigneirentdes grands centres de mouvement des villes, sans que cette distance toutefois préjudicie à une foule d'avantages que peut procurer seul le voisinage de la ville. Une deuxième condition est le choix du terrain qui doit servir d'assiette à la maison; ce terra.n doit être sec, légèrement incliné pour fa:iliter l'écoulement des eaux et abondamment pourvu, à proximité, d'eaux potables et fialohes. La forme de construction carrée ou en parallélogramme à cour intérieure, close de toutes parts, est peu convenable pour ces sortes de maisons ; on doit lui préférer 1 1 forme k deux façades pour les maisons de moyenne dimension ou à pavillons séparés pour les grands établissements. Le système du salles ou dortoirs communs doit être exe u des maisons de santé; c'est là l'avantage la plus sérieux et le plus réel qu'elles peuvent avoir sur les hôpitaux. Ce serait là aussi l'idéal malheureusement irréalisable du perfectionnement de l'assistance hospitalière. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que les maisons de santé doivent être entourées de jardins et de cours plantées d'arbres, qu'elles doivent autant que possible être pourvues de tous les moyens de distraction si nécessaires aux valétudinaires et aux convalescents, tels que salons de réunion, bibliot îèques, salles de jeu, de musique, etc. i

Il s'en faut que toutes les maisons de santé présentent l'ansemble des conditions requises par l'auteur que nous venons de citer et bien d'autres accessoires que nous avons passés sous silence , mais les plus connues, à Paris et duns les environs, laissent peu de chose à désirer sous te rapport de la salubrité et du confort. Ce sont, pour les maisons de santé spéciales au>. aliénés : la maison de santé du docteur Blanche, à Passy ; elle est actuellement dirigée par le docteur Meuriot ; la maisonde santé Esquirol, à Ivry, un des plus vastes établissements de ce genre; celle des docteurs Mei.uet et Motet, rue de Churonne ; c'est l'anciei ne maison Belhomme, où était détenu le géiérul Malet lors de sa conspiration ; elle est construite dans le système de pavillons isolés, avec vastes jardins, serres, salle de billard, jeux, etc.; la maison de santé du docteur h alnet, -a Vanves, et celle du docteur Brierre de Boismont, faubourg Saint- Antoine; la Liaison Reboul-Richebraque, rue de Picpus, actuellement dirigée par les docteurs (joujou et Rota; la maison Rivet, à Saint-Mandé dont la directrice est la fille du docteur Brierre de Boismont, est une maison de santé réservée aux femmes ; elle se compose de deux services , l'un affecté aux aliénées, l'autre aux malades. Nous ne citerons en province qu'une seule maison àesanté affectée aux aliènes, celle des fières Labitte, à Clermont (Oise) -, c'est l'établissement de ce genre le mieux organisé de France ; il se compose d'un petit château, de fermes et d'exploitatio as agricoles ; il est aménagé pour recevoir 2,000 pensionnaires.

Parmi les maisons de santé destinées aux

maladies communes, médicales ou chirurgicales, les plus importantes sont : celle des Frères hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu , rue Oudinot -, il y a deux services, l'un de chirurgie; l'autre de médecine ; celle du docteur Beni-Barde, à Auteuil, spéciale pour les traitements hydrothérapiques ; la maison Lesault, à Neuilly, etc. Il y en a encore un certain nombre à Meudon, Saint-Cloud,Bellevue, Sceaux, etc. Outre les maisons de santé ordinaires, il y a aussi dans ces localités des maisons de santé spéciales, où Quelques chirurgiens font transporter les malades de leur clientèle qui ont à subir des opérations. Les opérations chirurgicales ont plus de chanoo de réussite dans les environs de Paris qu'à Paris même et leurs suites y sont moins dangereuses. Mais cette immunité, propre à certaines localités dont la situation est exceptionnelle, cesse ou s'affaiblit quand des opérations sont constamment pratiquées dans les mêmes salles et que le long séjour des malades dans l'établissement lui fait contracter ces odeurs d'infirmerie et d'hôpital qui en rendent le séjour malsain. Aussi quelques chirurgiens, entre autres le docteur Péan,le grand ovariotomiste, déplacent-ils leur établissement tous les ans ou tous les six mois, et ces maisons de santé temporaires ont obtenu des succès marqués.

— Mœurs et coût. V. toast,

— Iconogr. La Santé avait été divinisée par les anciens sous le nom d'Hygie (v. ce nom). ■ C'est, dit de Prézel, une jeune nymphe à l'oeil riant, au teint frais, à la taille légère, dont l'embonpoint est formé par la chair et pour cette raison moins sujet à se flétrir. Elle porte un coq sur la main droite et tient de l'autre un bâton entouré d'un serpent. Sur les médailles romaines, la déesse Santé (Salus ou Valeludo) paraît couronnée d'herbes médicinales. Quelquefois, elle est placée devant un autel, au-dessus duquel un serpent s'élève pour prendre quelque chose dans une

Eatère qu'elle lui présente. » Dans son taleau de la Naissance de Louis XIII, faisant Eartie de V Histoire de Marie de Médicis, Ruens a représenté la Justice confiant le prince nouveau-né au Génie de la Santé, figuré par un bel adolescent ayant des ailes et un serpent entortillé autour de son bras.

Dans la galerie d'Arenberg est un tableau de Ft ans Hais, intitulé: A votre santé! C'est le portrait d'un joyeux compagnon, à longue barbe et aux cheveux assez mal peignés, tenant d'une main un pot de grès à anse de métal, rempli sans doute de quelque jus divin, ôtant avec l'autre main son chapeau à larges bords et regardant en souriant le publie à qui il a bien l'air de dire : A votre santé. Deux charmants tableaux de Terburg, la Santé portée et la Santé rendue, ont fait partie des galeries du duc de Choiseul et du prince de Conti et ont été gravés par Juste Chevillet. Sant« (maison municipale de). La fondation de cet établissement date du commencement du siècle. Un arrêté du conseil général des hospices, du 16 nivôse an X, affecta le petit hospice du nom de Jésus, situé rue du Faubourg-Saint-Martin, « à lu réception des malades pouvant payer une somme déterminée, » laquelle était fixée à 30 sous par journée. L'hospice du nom de Jésus avait été fondé par Vincent de Paul en 1653, pour recevoir 40 vieillards confiés aux soins des frères de la Mission et des sœurs de la Charité. Le 9 thermidor an II, ces vieillards ayant été transportés dans le couvent des récollets du faubourg Saint-Martin , devenu hospice des Incurables (hommes), l'hospice resta inhabité jusqu'au moment où le conseil général lui donna la destination dont nous venons de parler, et le public lui donna le nom de Maison de santé Dubois, en reconnaissance des soins éclairés que prodiguait aux malades l'habile chirurgien Dubois, alors à la tête du service chirurgical de l'établissement. Les malades s'y portèrent avec une telle affluence que les bâtiments devinrent bientôt trop étroits pour les nécessités de leur nouvelle destination. Transférée, le 1er février 1816, dans l'ancienne communauté des sœurs grises de la rue du Faubourg-Saint- Denis, la maison de Santé prit le titre de Maison royale de santé.

L'établissement ayant été atteint par l'expropriation pour le percement de voies nouvelles en 1853 et en 185S, il fallut le reconstruire sur un autre emplacement. Aujourd'hui, la Maison municipale de santé, située au n» 200 de la rue du Faubourg-Saint-Denis, répond, par les bonnes dispositions de ses bâtiments et de son installation intérieure, à toutes les exigences de sa destination spéciale.

Les malades, isolés des bruits de la rue par une vaste cour intérieure, trouvent dans les bâtiments qui leur sont réservés soit des appartements complets, soit des chambres particulières à l et 2 lits, soit, enfin, des chambres communes qui contiennent de 3 à 6 lits. Les lits, répartis entre les chambres particulières et les dortoirs communs, sont au nombre de 300. Le prix de journée pour les appartements, pour les chambres particulières ou pour les chambres communes a été établi ainsi qu'il suit : appartement comportant une antichambre, une chambre à coucher, un cabinet et un salon, 15 francs; appartement comportant^ine antichambre, une chambre à coucher et un cabinet, 10 et

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12 francs; chambre particulière, 8 francs; chambre à 2 lits, 6 et 7 francs ; chambre a 3 lits,. 5 francs; chambre à 4 lits, 4 fr. 50; chambre à 6 lits, 4 francs. Les chambres prennent jour sur un jardin dont les malades ont la jouissance. Le régime alimentaire ne laisse rien à désirer sous le rapport de la quantité, de la variété et de la préparation des mets. Une large initiative est laissée, à cet égard, aux médecins ; on a tenu compte des conditions exceptionnelles dans lesquelles sont placés les malades traités à la Maison de santé, et l'administration s'est attachée, autant que possible, à respecter leurs habitudes et leur manière de vivre. Si l'un d'entre eux demande quelque aliment non prévu au régime, il lui suffit d'un bon du médecin pour l'obtenir.

Il est permis de visiter les malades tous les jours de dix heures du matin k six heures du soir; mais on n'admet que trois visiteurs à la fois pour un même malade. On comprend sans peine que les malades ne soient admis qu'à la condition de se soumettre aux règlements, d'ailleurs très-doux, de la maison. Indépendamment des surveillants et des gens de service, dont les soins sont complètement gratuits, on admet même auprès des malades, à titre de garde ou simplement pour leur tenir compagnie, des personnes étrangères. Deux salons servent de lieu de réunion aux malades.

Le prix de journée s'applique à tous les frais de nourriture , de linge, de chauffage , de pansement et de médicaments, aux besoins de toute nature; aux accouchements et aux opérations les plus graves. Le service de santé, confié k d'habiles praticiens, se compose de 2 médecins, 1 chirurgien, 1 pharmacien et 13 élèves internes et externes. Les maladies mentales et l'épilepsie ne sont pas traitées à la Maison de santé. Les personnes atteintes de maladies réputées contagieuses ou produisant du délire, telles que la variole, les fièvres typhoïdes, etc., ne peuvent être admises dans les chambres communes. Il est très-rare que les 300 lits de la Maison de santé soient tous occupés, surtout dans la belle saison.

Constituée comme elle l'est, la Maison municipale de santé rend des services considérables; elle offre les soins assidus et vigilants de l'hôpital, dégagés du voisinage pénible et souvent répugnant des maux d'autrui.

SANTEE, rivière des Etats-Unis d'Amérique. Elle prend sa source dans les montafnes Bleues, coule au S.-E. à travers les eux Carolines et se jette dans l'Atlantique, après un cours de 200 kilom.

SANTEN (Laurent van), érudit hollandais, né à Amsterdam en 1745, mort à Leyde en 1798. Il étudia la jurisprudence, qu'il enseigna à l'université de Leyde, dont il devint curateur en 1795. Tout en dirigeant cette importante institution, il s'adonnait à la poésie latine. Ses principaux ouvrages sont : Carmina juvenilia (Leyde, 1767, in-12) ; Carmina (Utrecht, 1780, in-8°); Delicis poeticx (Leyde, 1783, 8 part.).

SANTENAY, village et comm. de France (Côte-d'Or), canton de Nolay, arrond. et à 18 kilom. S.-O. de Beaune; 1,577 hab. Récolte et commerce assez important de vins fins des Gravières et du clos Tavannes. L'église paroissiale, fort ancienne, possède une abside curieuse, de beaux vitraux et une belle statue de la Vierge. On voit aussi à Santenay les restes d'une ancienne forteresse, quelques dolmens et des vestiges d'antiquités romaines.

Le vignoble de Santenay produit des vins de bon goût et qui se conservent longtemps. Les cuvées dites des Gravières et du clos Tavannes ferment la liste des vins fins de Bourgogne. Les autres ne donnent que des vins d'ordinaire de première et de deuxième qualité. Le village de Santenay, placé dans une position des plus riantes, est le premier que l'on rencontre au sud, à l'extrémité de la chaîne de la Côte-d'Or. Depuis Santenay jusqu'à la gorge qui conduit à Gamay, on trouve un groupe de trois petits coteaux unis entre eux e't mesurant environ 4 kilom. de longueur , et sur le penchant desquels se trouvent Santenay, Morgeot et Chassagne.

A peu de distance et en suivant le vallon, on trouve le village de Saint-Aubin, dont le territoire fournit de bons vins, mais moins fins que ceux des communes dont nous venons de parler. La roche de ces monticules est un sous-carbonate calcaire grossier, présentant, près de Santenay, un énorme amas de gryphites unies entre elles par une pâte calcaire d'un grain grisâtre.

M. Marclot, dans sa statistique de la vigne dans la Côte-d'Or, fait un petit reproche aux habitants du village les Morgeots : "Ils sont, dit-il, trop laborieux vignerons; leurs vignes produisent trop, et souvent l'excessive quantité en affaiblit la qualité. »

SANTERRE, en latin Sancteriensis pagus, petit pays de l'ancienne France, dans la province de Picardie. Sa capitale était Péronne ; ses villes principales : Montdidier, Nesle, Chaulnes; il est réparti aujourd'hui entre les départements de la Somme et de l'Oise.

SANTERRE (Jean-Baptiste), peintre français, né à Magny en 1658, mort à Paris en 1717. Il eut pour maîtres François Le Maire

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et Boullongne l'aîné, s'adonna spécialement au portrait et fut admis à l'Académie de peinture en 1704. On cite de lui : un Portrait de Coypel, une Suzanne au bain, une Sainte Thérèse en méditation et Adam et Eve au milieu du paradis terrestre, son meilleur ouvrage.

SANTERRE (Antoine-Joseph), célèbre révolutionnaire et général républicain, né à Paris le 16 mars 1752, mort le 6 février 1809. Sans nous attarder à réfuter les fables relatives à ce personnage, et qu'on rencontre dans la Biographie Michaud et un peu partout, nous donnerons ici un résumé succinct, basé sur les faits et sur les documents également authentiques et irrécusables.

Fils d'un maître brasseur, Santerre, qu'on se plaît souvent à représenter comme un démagogue inculte et grossier, reçut une bonne éducation au collège des Grassins ; il suivit même les cours, de physique sous l'abbé Nollet et acquit en chimie des connaissances sérieuses qui, plus tard, le mirent à même de faire quelques découvertes précieuses pour la fabrication de la bière.

A l'âge de vingt ans, sa famille l'établit brasseur au faubourg Saint-Antoine, et, dans la même année (1772), il épousa une jeune fille, à laquelle l'attachait une passion romanesque et qu'il eut la douleur de perdre moins d'un an après.

Il chercha quelque consolation dans le travail, dans l'étude des sciences, se lia avec les savants les plus distingués et fit faire des progrès considérables à son art qui, chez nous, était encore dans l'enfance. C'est ainsi qu'il substitua les rigoureuses appréciations thermométriques aux tâtonnements incertains, imagina de faire servir le coke pour la dessiccation de l'orge, employa le premier une machine à vapeur, imita avec perfection les bières anglaises, l'aie et le porter, dont la fabrication resta longtemps une spécialité dans sa famille, etc.

En 1778, il se remaria; mais il paraît qu'il ne trouva pas dans sa nouvelle épouse 1 affection qu il désirait et que cette union de convenance fut pour lui la source de cuisants chagrins domestiques. Son ardeur au travail fit heureusement diversion à ses peines intimes, sans toutefois les lui faire oublier. Son établissement prit des développements nouveaux et atteignit un haut degré de prospérité. Avant la Révolution, il était non-seulement un des principaux et des plus honorables industriels de Paris, mais encore un des plus populaires et des plus estimés. Sa bienfaisance et sa générosité lui avaient mérité l'affection chaleureuse de la population laborieuse et pauvre de son quartier et le surnom de Père du raubour$. Dans les hivers rigoureux, il employait le plus grand nombre possible d'ouvriers ; dans les disettes, sa maison s'ouvrait pour de nombreuses distributions de vivres; dans les désastres publics, incendies et autres, le seeourable brasseur était toujours un des premiers, avec ses chevaux et ses garçons; enfin, malades, indigents, insolvables, affligés de toute espèce étaient toujours assurés de trouver chez lui accueil cordial et familier, secours, bons offices et bons conseils.

Quelque prévention que l'on ait, on est bien forcé de reconnaître que , en agissant ainsi longtemps avant les événements, il obéissait à l'impulsion de son cœur, et nullement en prévision d'un rôle à jouer.

En outre, il n'est pas tout à fait puéril de rappeler que ce « faubourien, i qu'on a souvent dépeint comme une manière de brute, appartenait à la bourgeoisie riche et cultivée, quil était un homme du monde, comme on dirait aujourd'hui, de manières élégantes, amateur de chevaux, habitué du sport, amusement anglais qui commençait à se répandre chez nous, souvent vainqueur aux courses de Vincennes et cité comme un des beaux hommes de Paris et l'un des meilleurs et des plus hardis cavaliers du temps, avec le due d'Orléans et le célèbre Franconi.

En 1789, Santerre fut au nombre des électeurs nommés par les assemblées primaires pour élire les.députés de Paris et le 13 juillet, au moment où la garde nationale de Paris se constituait, il fut nommé tout d'une voix chef de bataillon. Il combattit vaillamment U l'attaque de la Bastille, donna l'idée de mettre le feu à des voitures de fumier et de fagots, pour forcer la garnison à capituler, et s'occupa ensuite de délivrer les prisonniers (qu'il fit soigner chez lui) et d'éteindre le commencement d'incendie qui pouvait se communiquer au magasin des poudres et faire sauter le quartier. Comme récompense de sa conduite, il reçut plusieurs des clefs de la forteresse , qui depuis ont été conservées dans sa famille.

Aux journées d'octobre, il suivit avec son bataillon La Fayette à Versailles et fut chargé de la garde d'une des grilles du château. Pendant la disette de cet hiver de 1789-1790, il fit des sacrifices énormes, acheta partout du riz et des troupeaux de moutons, qu'il faisait accommoder dans sa brasserie, et il nourrissait ainsi tous les pauvres du faubourg. Dans les émeutes de ce temps, qu'on l'accuse d'avoir presque toujours suscitées, il joua, au contraire, uu rôle. d'apaisement et de conciliation et faillit même compromettre sa popularité, que des émissaires du parti de la cour s'efforçaient de miner par l'intrigue et la calomnie. On fit aussi, cela est avéré, des ten-

tatives inutiles pour le gagner a pris d'argent.

Après le massacre du Champ-de-Mars, il fut, comme beaucoup de patriotes, menacé, poursuivi, et il jugea prudent de se mettre en sûreté pendant quelque temps. L'amnistie rendue lors de l'acceptation de la constitution lui permit bientôt de reparaître au grand jour. Au 20 juin 1792, on le vit à la tête du faubourg et il fut un des chefs de cette manifestation populaire. 11 contribua d'ailleurs, avec Pétion, à maintenir une sorte de discipline dans -l'envahissement des Tuileries et à empêcher qu'aucune violence sérieuse ne fût commise.

Le 10 août suivant, Ja Commune l'investit du commandement en chef de la garde nationale parisienne, pour remplacer Mandat, qui venait d'être tué. Il était alors dans tout l'éclat de sa popularité, comme l'a dit le poëte Barthélémy :

Et comme chef unique, ils ont élu Santerre. C'est le roi des faubourgs, c'est leur Agamemnon, Un de ceux dont le peuple idolâtre le nom.

Il y avait du danger à accepter ce commandement insurrectionnel; Santerre n'hésita pas. Il vint à l'Hôtel de ville, au premier ordre de la Commune, et il y fut retenu pour expédier des ordres et prendre les mesures que commandaient les circonstances. Il ne put donc prendre aucune part personnelle à l'attaque du château. Dès son entrée en fonction, il fut chargé de transférer la famille royale au Temple et de veiller à sa garde, de concert avec douze délégués de la Commune, Chargé le 31 août d aller passer en revuo les gardes nationales de Versailles, il ne revint à Paris que le 4 septembre et ne put donc prendre qu'alors quelques mesures peur empêcher la continuation des massacres des prisons. Le 23 octobre, il fut nommé maréchal de camp, toujours comme commandant des sections armées. Dans son poste difficile de gardien du Temple, il montra constamment autant de fermeté que de convenance, et jamais les prisonniers n'eurent a se plaindre de ses procédés.

Le 21 janvier, en vertu de ses fonctions, il dut escorter Louis XVI jusqu'à l'échafaud. Ici se place un épisode dont la célébrité nous impose le récit critique et l'examen.

On attribue eoimnunémen là Santerre le roulement de tambours qui empêcha Louis XVI d'être entendu de la multitude ou plutôt de la force armée qui remplissait la place. Cependant la chose est douteuse. On sait combien cet épisode est devenu fameux dans les traditions populaires. Ce roulement de tambours a pris avec le temps une importance telle que, si l'on s'en rapportait à ces impressions naïves, on ne serait pas éloigne d'admettre que le roi n'aurait pas été exécuté s'il eût pu parler au peuple et qu'il eût été sauvé par une sorte d'insurrection de la pitié. L'attitude et les sentiments énergiquement exprimés des spectateurs, des sections armées, des fédérés marseillais et autres, les précautions minutieuses qui avaient été prises, les formidables dispositions militaires ne permettent pas d'attacher la moindre importance à cette illusion. Quoi qu'il en soit, cet étouffement de la dernière parole d'un mourant a été justement désapprouvé. Il est probable, cependant, qu'il faut moins y voir un outraye à un ennemi vaincu qu'un excès de précaution qu'aucun danger, d'ailleurs, ne justifiait. La responsabilité doit-ello en retomber entièrement sur Santerre? C'est une question qu'il serait difficile de résoudre avec une certitude absolue, quand on connaît la multitude des assertions contradictoires qui se sont produites sur ce mince épisode de notre histoire révolutionnaire. Cependant, l'examen scrupuleux des pièces ot'licielles, des journaux du temps, des mémoires, de quelques pièces inédites, des notes mêmes de Santerre et des réclamations de sa famille nous ont conduits aux résultats suivants. Des indices sérieux permettent de conjecturerque le cas où Louis XVI voudrait parler au peuple avait été prévu dans les ordres donnes au commandant en chef des troupes. Or, ce commandant était alors le général Burruyer ; Santerre ne commandait que les sections. Une vingtaine de tambours étaient placés devant l'échafaud pour battre la marche pendant l'entrée et le placement de la force armée sur la place de la Révolution, et vraisemblablement aussi pour couvrir la voix du patient, dans le cas où il aurait prononcé un discours que ses partisans pouvaient attendre comme un signal d'explosion. Cependant, ces tambours cessèrent un moment de battre, soit sur un geste du roi, soit sur l'injonction de Santerre qui , dans une de ses notes, se fuit honneur de cette interruption pendant laquelle le prince put prononcer les quelques paroles que l'on connaît. C'est alors que fut exécuté le fumeux roulement. Qui eu avait donné l'ordre? Quelques journaux nomment le commandant général ; d'autres ne mentionnent même pas cette circonstance. Le procès-verbal des commissaires du conseil exécutif n'entre dans aucun détail. Le rapport des commissaires de la Commune dit simplement : a 11 a voulu parler au peuple; Santerre s'y est opposé. » Mais ces spectateurs officiels étant placés assez loin, aux fenêtres de l'hôtel de la Marine, les incidents et les détails étaient nécessairement perdus pour eux. Un témoignage plus grave est celui de

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l'abbé Edpe-worlh , le dernier confesseur do Louis XVI, qu'il a courageusement assisté jusque sur la plate-forme de l'échafaud. Il désigne comme ayant commandé impérieusement aux tambours de rouler > un homme à cheval en uniforme national. » Or, il semble que, si c'eût été Santerre, il l'eût simplement désigné par son nom. En supposant même qu'il ne connût pas précédemment l'homme qui avait une si bruyante renommée, ne l'avait-il pas vu le matin venir au Temple et se présenter devant le roi, qu'il était chargé de conduire à l'échafaud î ne l'avait-il pas vu commander les sections et chevaucher pendant ce long trajet près du carrosse où il était lui-même avec le condamné? ne l'avaitil pas depuis plus de deux heures à ses côtés et sous les yeux? Cet » homme à cheval » était peut-être un officier des sections, le comédien Dugazon, suivant Mercier, et suivant d'autres un ancien page de Louis XVI, qui probablement exécutait dans celte circonstance un ordre envoyé par Berruyer, peutêtre bien aussi transmis par Santerre, dont le rôle aurait alors été tout passif. Les royalistes eux-mêmes ont disculpé le célèbre brasseur. La Quotidienne du 27 janvier 1827 contient à ce sujet un article assez curieux, où elle fait remonter la responsabilité à Berruyer qui, suivant cette version, serait même venu après' l'exécution annoncer aux commissaires qu'il avait commandé un roulement «.pour étouffer la voix du tyran, pendant que cet imbécile de Santerre perdait la tête et le laissait parler. • Enfin, on u imprimé que le maréchal duc de Trévise avait également désigné Berruyer , en ajoutant que ce général avait reçu du gouvernement des ordres trèspositifs a cet égard.

Il paraît donc établi que l'ordre du roulement a été donné par Berruyer, qui commandait en chef, et que si Santerre l'a transmis, ce qui n'est pas très-sûr, il n'a fait que se conformer à l'injonction de son chef.

Un détail assez curieux, c'est que c'est au commandant de la garde nationale de Paris que Monsieur (depuis Louis XVIII) notifia en quelque sorte officiellement sa prétendue qualité de régent et l'avènement fictif de Louis XVII, semblant reconnaître ainsi uniquement le fait de la force, non du droit de la Révolution. Santerre remit cette singulière pièce diplomatique a la Convention.

En niai 1793, il fut envoyé avec une division pour combattre les insurgés vendéens. Ses troupes se composaient surtout de volontaires levés par la Commune de Paris et dont beaucoup n'étaient pas armés ou étaient armés de piques (pour une guerre où, le plus souven l, on ne pouvait joindre l'ennemi). Son corps faisait partie de l'armée de Saumur, 11 combattit fort bravement devant cette ville (Moniteur du 16 juin), mais partagea la défaite commune, protégea la retraite avec le général Berthier et sauva la caisse de l'armée et une partie de l'artillerie et des bagages. Il prit encore part à plusieurs autres affaires malheureuses, où d'ailleurs il ne commandait qu'en sous-ordre, repoussa, avec des forces bien inférieures, une vigoureuse attaque d.es Vendéens à Doué (14 septembre), mais fut battu quelques jours après à Coron. Appelé à. Paris pour fournir des renseignements précis sur les événements de cette guerre, il fut ensuite renvoyé à son poste et, quelque temps après, arrêté à Rennes comme suspect d'orléanisme, amené à. Paris et enferme aux Carmes. U en sortit après le 9 thermidor et donna sa démission. Cette accusation d'orléanisme, dont il fut plusieurs fois victime (il fut de nouveau arrêté, puis relâché en juin 1795), ne reposait d'ailleurs sur aucun tait. Santerre n'était l'agent de personne ; il avait eu autrefois quelques .relations purement hippiques avec le duc d'Orléans (tous deux étaient grands amateurs de chevaux) ; mais il était sincèrement attaché à la République, qu'il servit avec un désintéressement tel que, quand il rentra dans la vie privée, il était a peu près ruiné. Pendant sa première détention, sa brasserie s'était arrêtée. Sa femme, qui lui était aussi opposée de principes politiques que de caractère, tira sa dot et tout ca qu'elle put arracher de cette maison en désarroi et vécut, dès lors, seule et h part, non sans persécuter constamment son époux de demandes d'argent. Sa fabrique vendue, ses affaires arrangées, il resta à Santerre une cinquantaine de mille francs pour vivre lui et ses trois enfants.

En 1797, il obtint d'être chargé d'achats de chevaux pour la République. Il voyagea dans ce but en Belgique et en Allemagne, refit ensuite sa fortune par des spéculations heureuses sur les biens nationaux et devint propriétaire de la rotonde du Temple et d'un petit château aux environs de Paris.

Au 18 brumaire, Bonaparte se préoccupa vivement du faubourg Saint-Antoine et de Santerre.il dit brutalement à l'un des directeurs, Moulins : « On me fait savoir que le faubourg Saint-Antoine s'agite. Faites avertir Santerre qu'au premier mouvement je le fais fusiller. >

Mais, d'ailleurs, l'ancien chef du grand faubourg était fatigué de luttes et sa vie politique était bien terminée. Néanmoins , traqué par la police de Bonaparte, il dut se cacher pendant quelque temps, puis parvint à se faire oublier et même à faire admettre son fils comme officier d'état-major et ingénieur géographe dans l'armée. Ami de Berthier, à

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qui il avait autrefois sauvé la vie, il usa souvent de ses bons offices pour rendre de nombreux services ; car son naturel obligeant et humain, sa facilité à donner, à soulager toutes les misères ne s'étaient pas attiédis. Sous te Consulat, il lui prit la velléité de rentrer dans l'armée, et il s'udressa dans ce but à Bonaparte, qui se borna à le réintégrer dans son grade de général, avec le traitement de réforme , marque de bienveillance qui ne l'empêchait pus de le faire espionner jusque dans son intérieur.

Vers la fin de sa vie, Santerre se laissa entraîner par le beau-père de l'un de ses fils dans des spéculations désastreuses et fut ruiné d'un seul coup si complètement qu'il fut obligé d'abandonner tout à ses créanciers, jusqu'à une partie de sa pension de retraite. Le chagrin, quelques attaques de paralysie, une chute, un affaiblissement des facultés mentales le conduisirent rapidement au tombeau, au milieu de cruelles souffrances (C février 1809). Il était âgé de cinquante-sept ans.

Bien qu'il fût pour ainsi dire oublié, l'ombrageuse police de l'Empire craignit des funérailles tumultueuses et intercepta, dit-on, les lettres d'invitation ; en sorte qu'il n'y eut presque personne derrière le char funèbre de ce chef révolutionnaire qui avait régné un moment sur Paris, commandé à 100,000 hommes et tenu en quelque sorte entre ses mains les destinées d'un grand peuple.

SANTEUL (Jean de), le plus célèbre des poètes latins modernes, né à Paris en 1030, mort à Dijon en 1697. Il appartenait à une famille ancienne dont les armes parlantes étaient une tête d'Argus ; son père avait été échevin. Du collège Sainte-Barbe, où il avait d'abord étudié , Santeul passa au collège Louis-le-Grand, et, en rhétorique, il y composa son pofime latin, la Bulle de saoon, ouvrage ingénieux qui donna une réputation précoce à son auteur. Santeul n'avait pas vingt ans. Il aimait le travail et se décida à entrer en qualité de chanoine régulier à l'abbaye de Saint- Victor, où il reçut le sous-diaconat, tout en refusant de s'élever jamais plus haut dans l'ordre des dignités ecclésiastiques. Au début de sa carrière, il vécut pendant quelques années dans la retraite, tout entier au commerce des livres et de ses études favorites. Ses premières pièces, adressées à de hauts personnages, à Lainoignon, à Bossuet, à Letellier, à Pellisson, à Louvois , eurent du retentissement. L'une d'elles, dont le chancelier Séguier accepta la dédicace, le mit en pleine évidence. Il devint le chantre ordinaire des exploits de Louis XIV, en latin, et il eut pour mission spéciale d'orner de distiques les édifices, les fontaines et les arcs de triomphe. Ses vers étaient fort élégants et plusieurs traducteurs illustres, entre autres Corneille, les firent passer dans notre langue. La ville de Paris et le roi s'acquittèrent envers Santeul en lui accordant une pension.

Bientôt il lui fut offert une occasion plus digne de son véritable talent. En 1670, l'archevêque de Paris, Harlay de Champvallon, avait institué une commission pour réformer les bréviaires de son diocèse et pour substituer aux anciennes hymnes de nouveaux morceaux écrits dans un style plus moderne et plus clair. Santeul fut chargé de cette besogne, en remplacement de son frère Claude, à qui elle avait été primitivement confiée, et, en 16S5, parut le Recueil des nouvelles odes sacrées qui causa une admiration unanime. On demanda au poète un second volume ; Bossuet le conjura même d'abandonner tout à fait les métaphores profanes et mythologiques pour se restreindre au surnaturel chrétien. Santeul le promit ; mais l'habitude l'emporta fréquemment. Une pièce en l'honneur de La Quintinie, où il avait osé faire parler Pomone : Pomona in agro Versaliensi , lui valut des admonestations sévères. Il se justifia du mieux qu'il put, présentant sa défense avec tant d'enjouement et d'esprit que Bossuet et Fleury, qui s'étaient montrés ses accusateurs, abandonnèrent la partie et convinrent qu'ils avaient poussé leurs reproches trop loin. Afin de rentrer en grâce auprès de l'evèque de Meaux, Santeul lui envoya une requête lestement tournée, avec une vignette où il était représenté la corde au cou, agenouillé, un cierge en main et faisant amende honorable.

Une autre querelle qu'il eut avec les jésuites ne s'apaisa pas aussi facilement. Le grand Arnauld étant mort à Bruxelles, les religieuses de Fort-Royal obtinrent que son cœur serait déposé dans leur monastère et elles voulurent y joindre une inscription. Santeul se mit immédiatement à l'œuvre et envoya ces hexamètres :

Ad sanctas rediit eedes ejectus et exul ; Hotte triumphato, tôt tempeslatibus actus, Hoc portu inplacido, hac sacra tellure quiescit Amaldus, veri defensor et arbiter xgui.

lllius ossa memor sibi vindieet eMera tetlus; Hue cœlestis amor rapidis cor iranstulil alis. Cor nunquam awulsum , nec amatis sudibus absens.

Le Père Jouvency, jésuite, traduisit Uosle triumphato par ; a Apres avoir triomphé des jésuites, » et écrivit à Santeul une lettre menaçante. Le poëte désavoua la traduction et prétendit que, par hoste triumphato, il entendait désigner les calvinistes contre qui Arnauld s'était élevé avec succès. Le jésuite ne

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fut pas du tout convaincu. « Vos vers, écrivit de nouveau le Père Jouvency, attaquent le pape et le roi. — Mais je n'ai pas voulu les attaquer, » riposta Santeul. Et, afin de prouver sa bonne volonté, il imagina une seconde épitaphe :

Ictus illo fulmine

Traleate doctor,jam mihi non ampliut

Arnalde* saperes.

Les jésuites déclarèrent • saperes » audacieux et exigèrent « sapias, » comme moins ambigu et plus positif. Le coupable crut so tirer d'affaire en envoyant aux jésuites des copies où il y avait « sapias ■ et aux jansénistes des manuscrits où il y avait • saperes. » Cette manœuvre attira sur sa tête les foudres des deux partis. Aussitôt les pamphlets so mirent à pleuvoir drus comme grêle. On vil paraître le Santolius paenitens de Rollin , lu Linguarium du Père Conimire. Les détails de la dispute ont été consignés dans un petit in-12, paru à Liège en 1697 : Histoire du différend entre les jésuites et M. de Santeul au sujet de l'épitaphe de ce poêle pour AI, Arnauld.

Doué d'une vanité excessive, Santeul aimait à courir dans toutes les églises de la capitale afin d'y entendre chanter les hymnes qu'il avait faites. Il se promenait par les rues, les cheveux au vent, avec de grands gestes. Quoique excentrique , il n'eu soignait pas moins ses intérêts. Presque tous les personnages haut placés de la cour l'honoraient de " leur amitié. En août 1697, il fut emmené à Dijon par le duc de Bourbon, petit-fils du grand Condé. Ce fut là qu'il mourut d'une maladie attribuée aux veilles extraordinaires et au travail continuel auquel il se livrait.

D'après Saint-Simon, le récit de sa fin serait plus dramatique. Au souper du prince, on aurait mêlé du tabac d'Espagne à la boisson versée dans le verre de Santeul. M. le duc avait voulu voir quels etfets produisait le tabac mêlé au vin. Ces effets auraient été instantanés. Le pauvre poëte aurait été atteint immédiatement de coliques atroces et serait mort deux jours après « dans des douleurs de damné. >

Les éditions des œuvres de Santeul sont devenues excessivement rares. Ce sont ; Joannis Baptists Samolii operum omnium editio teriia (Paris, 1729, 3 vol. in-12 ; connue sous le nom de : édition Bilhard); Hymni sacri (Paris, 1698). Parmi les Santoliana, un seul doit être remarqué, celui de l'abbâ Dinouart, Santoliana (Paris, 1764, in-12). Quant au recueil intitulé : Vie et bons mots de Santeul, recueil publié à Cologne, il fourmille d'erreurs et d'anecdotes apocryphes,

SANTI ou SANZIO (Giovanni), poiite et peintre italien, père de Raphaël, né à Colbordolo, duché d'Urbin, mort eu 1494. Il fut, suivant l'opinion générale, élève de Mantegna. Parmi ses nombreux tableaux, on cite à Paris une Madone, à Milan une Annonciation, une Vierge au musée de Beiliu et trois Portraits. Ses meilleures fresques sont les fresques de l'église des Dominicains, à Cagli. Nous ne comprenons point que Vasari ou les autres historiens artistiques italiens ne donnent aucun renseignement biographique intéressant sur l'homme qui a eu la gloire de donner le jour U un génie tel que Raphaël.

SANTI (Georges), chimiste et botaniste italien, né à Pienza eu 1746, mort en 1S22. Reçu docteur à vingt ans, il fut vainqueur au concours pour le prix Biringueri à Florence, en 1773, ce qui lui procura le moyen de se rendre à l'université de Montpellier. U quitta cette ville au bout d'une année pour se rendre à Paris, où il se lia avec le marquis de Mirabeau. Nommé par le margrave de Bade chargé d'affaires auprès du cabinet de Versailles, Santi put, en conservant cette fonction qui était une quasi-sinécure, continuer ses études favorites d'histoire naturelle, U y fit de tels progrès, qu'en 1783 il obtint la chaire de botanique à Pise. Après la réunion de la Toscane à ta France, Santi fut nommé inspecteur général des études pour tout le duché et chef du jury médical établi à Florence. Le grand-duc de Toscane, rentré en possession de son ancien Etat après 1815, nomma Santi provéditeur de l'université de Pise. Le principal ouvrage de Santi est son Voyage au Monlamiata et dans te Siennois (Pise, 1795-1806, 3 vol. in-8<>).

SANTIAGO, île de l'océan Atlantique, possession portugaise, la plus grande de l'archipel du Cap-Vert, entre l'île de Fogo à l'O. et l'Ile de Mai à l'E. Elle mesure 55 kilom. du N. au S. et 22 de l'E. à l'O.; 20,000 hab. Ch.-l., Villa-de-Praya. V. Cap-Vert.

SANTIAGO , ville de l'Amérique du Sud , capitule de la république du Chili, entre deux chaînes de la Cordillère, au bord de la petite rivière torrentueuse de Mapacho, à 2,500 kilom. S.-E. de Lima, à 1,800 Kilom. O. de Buenos-Ayres, par 33° 26' de latit. S. et 72« 55' de longit. O. ; 115,000 hab. ■ Santiago, dit M. Courcelle-Seneuil, est dans toute l'acception du mot la capitale du Chili. Non-seulement elle est le siège du gouvernement, la résidence de l'archevêque métropolitain, elle possède des établissements uniques dans la pays, tels que l'institut national, l'université, le musée, la bibliothèque nationale, l'école des arts et métiers, l'école normale d'agriculture, mais c'est celte ville qui donne le ton et en quelque sorte la vie au reste de la

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république, parce qu'elle est le centre où vivent réunis la plupart des hommes instruits et la p upart des nommes riches du pays. » Toutefois, cette ville n'a pas d'importance commtrciale autrement que comme foyer princif al de consommation. C'est à 120 kilom. O. de ià, sur les bords du Pacifique, à Valparaiso, que se font !es grandes affaires d'importatian et d'exportation. Santiago n'a guère qu'un commerce de détail et quelques affaires de capitaux. Cependant on y trouve un tribunal de commerce, trois banques et une société d assurance mutuelle sur la vie.

Cette ville, fondée en 1541 par le conquérant du Chili, Pedro Valvidia, n'a pas cessé depuis lors d'être le siège du gouvernement du pays. Elle est défendue par le fort de Santa-Lucia. C'est une jolie ville, régulièrement bâtie, avec des rues qui se coupent à angle droit et forment des carrés d'édifices de 125 mètres de côté. Les maisons étaient naguère construites en pisé etn'avaientqu'un rez-de- chaussée; mais, vingt ans plus tard, la plupart de ces maisons ont été démolies et remplacées par des constructions solides et élégantes en brique et chaux, avec un premier étige. Actuellement, Santiago passe pour la ville la mieux bâtie de l'Amérique du Sud. Parmi les places qu'on y trouve, nous devons mentionner la place Mayor, vaste, propre, ornée d'une belle fontaine en bronze et bordée de beaux édifices, tels que le palais du gouvernement au nord, la cathédrale à l'ouest. Les autres constructions remarquables de Santiago sont l'hôtel des monnaies, l'église Saint-Dominique et l'ancien collège des Jésu tes.

Santiago a été ravagé à diverses reprises par des tremblements de terre, notamment en 1822 e; en 1829. Le 8 décembre 1863 eut lieu k Santiago une horrible catastrophe, qui eut un immense retentissement. Plus de trois mille femmes et quelques centaines d'hommes emplissaient l'église de la compagnie de Jésus, consicrée au culte spécial de la Vierge et brillamment illuminée, lorsqu'une flamme s'éleva tout k coup, communiqua le feu aux ornements et aux fleurs du grand autel, puis gagna la voûte qui était en bois peint à l'huile. En un instant le choeur entier était en feu. La- foule, saisie de terreur, se précipita vers les portes; mais les issues étaient insuffisantes et on arrivait à s'étouffer sans pouvoir sortir. Alors commença la scène la plus affreuse, au milieu des progrès foudroyants de l'incendie et des cris de cette multitude sur laquelle pleuvaient les brandons enflammés et le plomb fondu des lampions. C'était une niasse humaine brûlant et se débattant dans une effroyable agonie. On essaya vainement de sauver des victimes en leur tendant des branches d'arbre. Un paysan, monté sur un cheval, s'approcha d'une porte, jeta son lasso et fut assez heureux pour arrachera la mort quelques infortunés; mais son lasso se rompit; l'incei die envahit les portes et ceux qui s'y étaient accumulés périrent. Le nombre total des morts fut de deux mille cinq cents. Le gouvernement chilien a décidé qu'une exposition universelle serait ouverte à Santiago le 16 septembre 1875.

SANTIAGO-DE-ALANH1 ou SANTIAGO DE- VE11AGUA, ville de l'Amérique du Sud, dans la république de la Nouvelle-Grenade, cheflieu de lu province de Veragua, dans l'Etat de Panama ; 5,000 hab.

SANTIAGO-DE-COMPOSTELLA, en français

Saint-Jacques-de-Compostetle , ville d'Espagne, province et k 40 kilom. S. de La Corogne, sur une montagne entourée par la Sar et la Sarela, à 308 kilom. N.-O. de Madrid, ch.-l. de la juridiction civile et du diocèse de son nom, siège d'un des plus importants archevêchés Je l'Espagne ; l'archevêque de Compostelle est de droit premier chapelain de la couronne; 29,800 hab. Université, séminaire, bi jliotiièque publique; tribunaux. Papeteries, tanneries, chapelleries ; fabrication de bas, rubans de soie, dentelles, tulles. Commerce de toiles , linge de table, vins, fruits et poUaons. Cette ville a une enceinte murée, des rues larges et bien bâties ; quatre places publiques , plusieurs fontaines , une charmante promenade et une belle cathédrale, but d'un pèlerinage très-ancien et trèsfréquenté.

Le pèlerinage de Saint-Jacques auquel Compostelle doit non-seulement sa gloire légendaire, nia s encore son nom (Campus Stelïx, champ de l'étoile, à cause d'une étoile miraculeuse qv , relon la légende, lit découvrir, enfoui dan', .'j terre, le cercueil de marbre contenant le t orps du bienheureux), ce pèlerinage est appelé par quelques auteurs de fabliaux pèlent âge d'Asturie, et par plusieurs autres écrivains, notamment par Froissart, pèlerinage du baron Saint-Jacques. Suivant la légende, c'est kl'évêque d'iria, Théodomir, que serait duo la découverte des restes du martyr (835). 1/évêque aurait aperçu un soir, dominant une colline inhabitée, l'étoile miraculeuse ; guidé par sa clarté étincelante, il aurait fait creuser le sol et serait ainsi arrivé k trouver les précieuses reliques. La chose fît, comme on le pense bien, grand bruit dans la chrétienté; le roi Alphonse II accourutet ordonna l'érection d'une chapelle. Autour de cettâ chapelle, l'affluence toujours croissante des pèlerins ne tarda pas k créer une ville véritable qui prit le nom de Santiago, du saint qui lui avait donné naissance,

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si bien qu'un jour vint où le pape Léon III autorisa par une bulle spéciale l'évêque d'iria à transférer son siège épiseopal à Santiago, qui dès lors (840) porta indistinctement avec ce nom celui de Compostella, dont nous avons donné l'étymologie. Les rois successeurs d'Alphonse II ne cessèrent d'enrichir la chapelle de Saint-Jacques; l'un d'eux, Alphonse le Grand, l'avait déjà transformée en une basilique de pierre et de marbre, lorsque eut lieu l'invasion des Maures, dirigée par Al-Manzor (997), qui ravagea tout le nordouest de l'Espagne. Ils entrèrent dans Santiago, dont la peur avait dispersé tous les habitants, k l'exception d'un vieux moine qui fut trouvé assis sur le tombeau de l'apôtre. Al-Manzor fit raser la basilique de fond en comble, après en avoir enlevé tous les trésors, ainsi que les cloches que des prisonniers chrétiens portèrent sur leurs épaules jusqu'à Cordoue, où elles furent retrouvées depuis; mais, chose singulière, l'infidèle respecta le tombeau, qu'il entoura d'une garde imposante et qui demeura ainsi inviolé. Plus tard, quand le roi Bermude eut repris Santiago aux Maures, il s'occupa sans relâche d'en relever les ruines et, afin de rendre au pèlerinage de Saint- Jacques sa popularité primitive, il fit tracer à travers la Navarre, la Riojaetle territoire de Burgos des routes praticables et sûres. Compostelle commença ainsi peu k peu à reconquérir son ancienne splendeur, et nous la voyons continuer, en sa qualité d'évêché, a jouer un rôle important dans l'histoire religieuse de cette époque. Depuis l'an 900 jusqu'à l'an 1082, date de la fondalion de son église épiscopale, Compostelle fut, en effet, le siège de trois conciles : le premier (900) fut tenu en présence du roi Alphonse, de la reine son épouse, de ses fils, d'un grand nombre de seigneurs et d'une foule immense, pour la consécration de la nouvelle église de Saint-Jacques. Le deuxième (971) eut pour objet l'élection de saint Césaire k l'archevêché de Tarragone ; l'évêquo de Narbonne s'opposa à cette élection, Enfin, le troisième, présidé par Cresconius (1056), évêque d'iria, décida que les prêtres diraient chaque jour la messe et que les clercs, k chaque indication déjeunes et de processions publiques en expiation des péchés, seraient tenus de Se revêtir de ciliées. En 1082, Alphonse VI étant roi, on commença k élever la cathédrale actuelle , sur le haut de la colline où existait le tombeau de saint Jacques. Elle eut pour base le sanctuaire primitif, rasé par Al-Manzor et qui aujourd'hui compose la crypte souterraine dans laquelle deux ou trois fois chaque année se célèbre publiquement l'office divin. Les pèlerins français eurent dans la nouvelle cathédrale une chapelle particulière ; cette chapelle existe encore; elle était entretenue jadis par les rois de France et elle fut visitée par Louis le Jeune et par plusieurs rois d'Aragon et de Navarre. La cathédrale de Compostelle est un des plus curieux monuments religieux de l'Espagne. Sa façade principale est un ensemble harmonieux de quatre corps principaux, couverts de statues et de fleurons sculptés. Les tours de l'édifice so terminent en coupole k une hauteur de 67 mètres. Indépendamment de l'entrée pratiquée dans la façade principale, on pénètre dans la cathédrale de Compostelle par quatre autres portes, parmi lesquelles il faut citer la façade latérale dite Plateria, dont une partie est soutenue par une console très -hardie figurant une coquille. Cette coquille (la Concna, comme disent les Espagnols) est considérée comme un tour de force d'architecture. Il faut citer encore la puerta Santa (porte Sainte) que l'archevêque seul a le droit d'ouvrir, et uniquement pendant les années de jubilé. Au-dessus de cette porte s'élève la tour dite de l'Horloge, colossale et massive. Elle contient la cloche célèbre et ancienne dont les vibrations s'entendent distinctement k une distance de 10 kilomètres. Quant k l'intérieur de la cathédrale, elle offrela forme d'une croix latine. » Elle est, dit M. Germond de Lavigne dans son intéressant Itinéraire, partagée en six nefs entourées de vingt-cinq chapelles et mesure 75 mètres de longueur sur 57 de largeur. On y compte cinquante-huit groupes de colonnes, ayant 8 mètres et demi de hauteur. Les deux qui soutiennent l'arc de la croisée s'élèvent à 20 mètres. La chapelle souterraine dans laquelle reposent l'apôtre et ses deux disciples est au-dessous de la Capitta mayor de la cathédrale. Elle est fermée extérieurement par de grandes fenêtres entourées d'encadrements de bronze; intérieurement, elle est close par une fort belle grille du même métal. Au milieu s'élève un autel monumental en marbre, tout couvert d'incrustations d'argent et dont la construction a duré vingt ans. Sur cet autel est placée la statue assise de saint Jacques, portant sur les épaules une riche pèlerine d'argent, d'or et de pierres précieuses, et tenant k la main le bourdoti île pèlerin. En arrière, quatre statues de rois agenouillés soutiennent une autre image du saint, dont l'auréole est faite de rubis et d'éméraudes; au-dessus s'élève une pyramide, sur une face de laquelle est représenté saint Jacques apparaissant à la bataille de Clavijo et mettant les Maures en déroute. Le tout est entouré d'ornements, d'anges portant des bannières, et quatre d'entre eux, assis sur les chapiteaux des colonnes, supportent sur leurs épaules le cercueil de l'apôtre surmonté

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d'une étoile d'or qui touche la voûte. Derrière l'autel est un escalier où les pèlerins montent à la file, les jours solennels, pour baiserHa pèlerine de la sainte statue, » Toutes les magnificences signalées ici sont essentiellement modernes et pour ainsi dire contemporaines. En effet, une ancienne gravure du xvine siècle nous représente la modeste image du saint, en bois peint, placée sur le grand autel, éclairée par quarante ou cinquante cierges. Deux plates-formes régnent autour de l'église ; la plus basse servait aux pèlerins. Dans la gravure dont nous parlons et que nous avons sous les yeux, on les voit circuler dans la galerie, portant la pèlerine a coquilles, le bourdon, la gourde et le chapeau. Plus tard, saint Jacques fut placé dans une des chapelles, éclairée seulement par ia couronne du dôme. La statue, en or massif, haute de 2 pieds, était posée devant l'autel. L'encadrement et le tabernacle étaient en argent. A droite et à gauche de l'autel, deux colonnes soutenaient un ciel tout couvert de plaques d'argent. Toutes les nuits, mille bougies brûlaient autour de la sainte image. Aujourd'hui, le sanctuaire est plus riche que jamais , mais nous serions tenté de croire que les deux époques du culte du célèbre patron de l'Espagne, l'époque de la pauvreté et celle de la splendeur, sont en raison inverse du zèle et de la foi : dans la première, l'autel du saint était relativement pauvre, mais assiégé de pèlerins ; dans la seconde, il éclate de dorure et de pierreries, mais le pèlerinage, qui commença auixe siècle et fleurit au xivo, a depuis le xvmo considérablement diminué. Rappelons k ce propos que les pèlerins de Saint-Jacques avaient un asile k Paris : c'était l'église de Saint-Jacques-de-1'Hôpital, fondée, en 1321, par une confrérie de bourgeois de Paris, au coin des rues Maueonseil et Saint-Denis, et qui n'existe plus. On remarque encore dans la cathédrale de Compostelle :j le chœur, relevé d'ornements de bronze ; les orgues ; la coupole , haute de 33 mètres au-dessus du sol et k la voûte de laquelle se balance, suspendue k deux arcs de fer, une poulie qui , dans les jours de grande fête, sert k manœuvrer un gigantesque encensoir. La sacristie, salle vaste et grandiose, contient des peintures remarquables. Parmi les chapelles, les plus célèbres sont celles de Notre-Dame-dél-Pilar (du pilier), du marquis de Santa-Cruz, de la Conception et des Reliques ; nous citerons, parmi ces reliques : la tête de saint Jacques, un récipient contenant, dit-on, du lait de la sainte .Vierge, demeuré blanc et pur k travers les siècles; une épine de la couronne du Christ qui rougit régulièrement tous les vendredis saints; les têtes de sept des onze mille vierges ; enfin un bras colô*ssal de saint Christophe qui, on le sait, d'aprè3 la légende, était presque un géant. La chapelle des Reliques contient, en outre, cinq tombeaux remarquables par leur style, et la Custodia, petit édifice de lm,50 de hauteur, en or et en argent ciselé et repoussé , tout Surchargé d'ornements exquis. Enfin, il faut mentionner le Cloître, le plus vaste édifice de ce genre qui soit en Espagne. Son architecture appartient au gothique fleuri; il forme un carré régulier de près de 40 mètres de côté, et, le jour de l'octave de la fête-Dieu, il est d'usage d'en couvrir les murailles de merveilleuses tapisseries anciennes conservées religieusement k cette intention. Aujourd'hui, le chapitre de Saint- Jacques-de-Compostelle so compose de sept cardinaux prêtres, qui seuls ont le droit de dire la messe k l'autel du saint.

On remarque encore à Compostelle le palais archiépiscopal, orné d'un portail tresriche et d'un bon style ; l'Hospital real, fondé par les rois d'Espagne et qui contient une vaste hôtellerie destinée aux pèlerins; enfin, devant la cathédrale, l'admirable façade des Casas consistoriales, surmontée de la statue équestre de saint Jacques et ornée d'un basrelief représentant la bataille de Clavijo ; plus ioin, la vieille et curieuse maison du Dean et l'Alameda, promenade de la ville, plantée de six allées d'arbres.

Rappelons en terminant que les Français occupèrent Compostelle de 1809 à 1814.

SANTIAGO-DE-CUBA, ville de l'Amérique centrale, dans l'île de Cuba, chef-lieu du département de l'Est, k 800 kilom. S.-E. de La Havane, k l'embouchure de la petite rivière de son nom, sur la côte S. de l'Ile, par 19» 57' de latit. N. et 78° 17f de longit. O. ; 35,000 hab. Archevêché. Port défendu par un château' fort. Ce port, un des plus beaux de l'Amérique, est très-sûr; il a 6 kilom. de longueur et 1,600 mètres dans sa plus grande largeur. Les plus grands navires peuvent venir k quai pour leur déchargement. Dans ces dernières années, les importations de Santiago ont été de 12,612,000 francs, et les exportations de 13,256,000 francs. On importe k Santiago des vins, de la quincaillerie, des tissus de coton, de fil, de soie, de laine ; on en exporte du sucre, du tabac, du café, du rhum et du minerai de cuivre. La ville est assez bien bâtie ; ses rues sont régulières, mais l'air y est malsain et l'eau y manque. Cette ville, fondée en 1514 par Diego Velazquez, a été la capitale de l'île jusqu'en 1589. En 1852, elle a été ravagée par un tremblement de terre.

SANTIAGO -DE- LA -VEGA. V. Spanish- Town.

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SANTIAGO DE LEON-DE-CAHACAS, capitale de la république de Venezuela. V. Caracas.

SANTIAGO-DEL-ESTERO, ville de l'Amérique du Sud, dans la confédération du Riode-la-Plata, chef-lieu de l'Etat de même nom, sur le rio Dolce, à 882 kilom. N.-O. de Buenos-Ayres, à 27 kilom. S.-E. de Tucumau ; 6,000 hab.

SANTIAGO-DEL-ESTERO (Etat de), Etat de l'Amérique du Sud, dans la confédération du Riode-la-Plata. Il est compris entre ceux de Tucuman au N., de Catamarca k l'O., de Cordova au S. et le Parana à l'E.; malgré sa vaste étendue, il ne renferme que 60,000 hab. Sol fertile, bien arrosé; élève considérable de vigognes, de moutons et de chevaux. Education d'abeilles. Mine de fer qui alimente la manufacture d'armes de Buenos-Ayres.

SANTIAGO - DB-LOS-CABALLEROS , ville de l'Amérique centrale, dans l'Ile d'Haïti, sur la rive droite du grand Yaque, chef-lieu de la province du N.-E., k 177 kilom. N.-O. de Saint-Domingue; 10,000 hab. Grande culture de tabac aux environs. Ville bien bâtie, aux rues régulières et bien percées.

SANT1AGO-DE-VERAGCA, ville de la Nouvelle-Grenade. V. Santiago-de-Alanhi.

SANTIE s. f. (san-tl — de Santi, botan. ital.). Bot. Genre d'arbrisseaux, de la famille des rubiacées, tribu des cofféacées, comprenant plusieurs espèces, qui croissent dans l'Inde. Il Syn. de polypogon, genre de graminées.

SANTILITE s. f. (san-ti-li-te). Miner. Variété d'opale,

SANTI LLANE, autrefois Cancana, villa d'Espagne, province et k 35 kilom. O. de Santander, sur le golfe de Gascogne; 2,500 hab. Elle fut autrefois le chef-lieu de l'Asturio de Santillane, bien distincte de l'Asturio d'Oviedo.

SANTILLANE (Inigo Lopez DE Mendoza, marquis de), homme d'Etat et écrivain espagnol. V. Mendoza.

SANTIN1 (l'abbé Jean), astronome italien, né en Toscane le 30 juin 1786. Il suivit les cours du séminaire et de l'université de Pise, s'occupa de bonne heure des sciences exac- . tes et publia, dès 1808, une Arilmetica décimale. Nommé, en 1814, professeur à l'observatoire de Padoue k la place de Vincent Cheminelfo, recteur de l'université en 1825, puis professeur d'astronomie et directeur des études mathématiques à l'université de la même ville, il a publié, eu 1820, des Elementi di astronomie; Tavole logaritmiche et trigonomelriche (Tables des logarithmes et de trigonométrie); Teorica degti slrumenti d'ottica (1821-1823) [Théorie des instrument d'optique}; Problèmes d'optique; une foule de théorèmes, de rapports et autres travaux insérés dans les recueils de diverses Académies italiennes, et enfin, son titre le plus durable k la réputation, la Trattato di aslronomia (Traité d'astronomie). L'abbé Santint a été nommé membre correspondant de l'Institut de France (Académie des sciences).

SANTIUS (saint), né à Albi, mort en 881. Il fut fait prisonnier de guerre en Espagne par les Arabes. Abdérame lui rendit la liberté ; Santius devint un des gardes du roi et se lia avec saint Euloge. Ayant refusé de se convertir à l'islamisme, Santius fut, diton, empalé le 5juin 881.

SANTO (Mariano), chirurgien italien du xvie siècle, né à Barletta, dans le royaume de Naples. Il alla étudier la médecine k Rome sous la direction de Jean de Vigo et se consacra aux opérations chirurgicales, notamment à l'extraction de la pierre. On lui doit : Commentaria in Amcennx textum de apostematibus calidis,conlusione et attritione (Rome, 1526, in-4°) ; De lapide renum et de vesicx lapide excidendo (Venise, 1535, in-8°); Liùeltus de quidditatibus (Venise, 1543, in-4») ; Ueardore urbitB libellus (Venise, 1558, in-8»).

SANTOLINE s. f. (san-to-li-ne — altér. de xanlholine, ancien nom de la plante). Bot. Genre de plantes, de la famille des composées, tribu dessénécionées, dont l'espèce type croît au pourtour du bassin méditerranéen : La santoune se dégarnit à la longue de ses branches inférieures. (Bosc.) On retire une belle couleur jaune des fleurs de la SAntolinb du Chili. (T. de Berneaud.)

— Pharm. Graine de diverses espèces d'armoises, employées comme vermifuges, il En ce sens, le mot est une altération de santo-

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