C. DSLiVIOtJB
— Mus. Air sur lequel on danse la tarentelle ou une autre danse analogue : La tarentelle de la Muette de Portici.
— Encycl. Chorégr. La tarentelle est la danse nationale des Napolitains, danse vive, rapide, entraînante, fortement rhythmée , qui s'exécute au bruit d'un tambour de basque frappé avec vigueur et dont les grelots excitent encore les danseurs par leur tintement perpétuel. On suppose généralement que la tarentelle doit son nom à la tarentule, araignée venimeuse très-commune dans les environs de Tarente et dont la dangereuse morsure, disait-oii, voyait ses effets annihilés par la vivacité d'une danse nommée danse de la tarentule, dont les mouvements étaient tellement répétés, tellement rapides, tellement fatigants, que ceux qui s'y livraient finissaient par s'évanouir.
Voici comment Compan, dans son Dictionnaire de la danse (1787), parle de celle-ci. Nous citons ce passage a titre de simple curiosité : ■ Danse de ta tarentule. La tarentule est une espèce d'araignée fort venimeuse et très-commune en Italie, surtout à Tarente, ville du royaume de Naples, d'où elle a pris sou nom. La morsure de ce petit animal dérange les humeurs du corps et trouble tellement l'esprit qu'eu peu de moments le pa-
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tient pleure, danse, vomit, tremble, rit, pâlit, se pâme et meurt bientôt, s'il c'est pas secouru. Les sueurs et les antidotes le soulagent ; mais la force du venin est si grande que, nonobstant les remèdes, la maladie 09 laisse pas de recommencer tous les ans, environ le temps auquel on a été piqué, et ce qu'il y a de singulier, c'est que ces remèdes sont tous inutiles, si on n'y joint la musique, qui met en mouvement les membres assoupis des malades, en sorte qu'ils se lèvent et dansent deux ou trois heures; après quoi, s'étant fait frotter, ils recommencent leur danse et font ainsi, pendant douze heures, à diverses reprises, jusqu'à ce qu'ils se sentent délivrés de tous les symptômes, ce qui arrive quelquefois le troisième ou le quatrième jour; après quoi ils en sont quittes jusqu'à l'année suivante. Les uns aiment une sorte de musique, les autres une autre ; mais, en général, les airs les plus gais les mettent en de tels mouvements qu'on les prendrait pour des fous. •
Cette danse effrénée, prolongée parfois pendant douze heures, ainsi que Te dit Compan, guérissait-elle, eu effet, les morsures de la tarentule? C'est ce que nous n'examinerons pas. Nous nous contenterons de remarquer qu'il n'est pas impossible que la tarentelle doive sou origiue k cette danse vraiment diabolique. La tarentelle, danse lascive et d'une rapidité vertigineuse, est la récréation favorite des Italiens méridionaux ; elle est pour les Napolitains ce que le fandango est pour les Espagnols, et ils s'y livrent avec une joie, une ardeur, un entrain inouïs, les danseurs s'enjaçant, tournant l'un autour de l'autre, s'excitant des yeux et du geste , s'enivrant et s'électrisant mutuellement, se passionnant enfin, si l'on peut dire, jusqu'à la rage et jusqu'à la fureur.
Mme de Staël nous a donné, dans Corinne, une description de la tarentelle dans laquelle cette danse, d'une sensualité farouche sinon brutale, est un peu atténuée dans ses ligues principales. Il nous semble intéressant de reproduire ce passage : • Corinne, avant de commencer, fit avec les deux mains un salut plein de grâce à l'assemblée, et, tournant légèrement sur elle-même, elle prit le tambour de basque que le prince d'Amalfi lui présentait. Elle se mit à danser en frappant l'air de ce tambour et tous ses mouvements avaient une souplesse, une grâce, uu mélange de pudeur et de volupté qui pourraient donner une idée de la puissance quelesbayadères exercent sur l'imagination des Indiens.... Corinne connaissait si bien toutes le? attitudes que représentent les peintres et les sculpteurs antiques que, par un léger mouvement de ses bras, tantôt au-dessus de sa tête, tantôt en avant avec une de ses mains, tandis que l'autre parcourait les grelots avec une incroyable dextérité, elle rappelait les danseuses d'Herculanum et faisait naître successivement une foule d'idées nouvelles pour le dessin et la peinture.... U y a un moment, dans cette danse napolitaine, où la femme se met à genoux, tandis que l'homme tourne autour d'elle, non en maître, mais en vainqueur.... A la fin de la danse, l'homme se met à genoux k son tour et c'est la femme qui tourne autour de lui. En cet instant, Corinne se surpassa s'il était possible encore ; sa course était si légère en parcourant deux ou trois fois le même cercle que ses pieds, chaussés de brodequins, volaient sur la plancher avec la rapidité de l'éclair; et quand elle éleva une de ses mains en agitant son tambour de basque et que de l'autre elle lit signe au prince d'Amalfi de se relever, tous les hommes étaient tentés de se mettre à genoux comme lui. »
La musique de la tarentelle est, tout naturellement, vive et rapide comme la danse elle-même. Elle est toujours écrite sur uu rhythme à six-huit et se compose ordinairement de trois parties : la première fait eutendre la tonalité mineure et se compose de deux ou trois reprises ; la seconde, d'une longueur à peu près semblable, établit la tonalité majeure identique ; et enfin la troisième n'est que le retour de la première, se terminant, cette fois, par une coda serrée et entraînante, dont le mouvement s'accélère de plus en plus. Dans les opéras français, nous avons différents exemples de tarentelles charmantes et on ne peut mieux réussies ; nous nous contenterons de citer les deux que M. Aubert a écrites pour la Muette de Portici et pour Fra Diavolo , et celle que M. Duprato a placée dans son premier opéra, qui jusqu'ici est resté l'un des meilleurs, les Trooatettes.
TARENTIN, INE s. et adj. (ta-ran-tain, i-ne). Géogr. Habitant de Tarente; qui appartient à Tarente ou à ses habitants : Les Tarentins. La population tarentine.
TARENTINARCHIE s. f. (ta-ran-ti-nar-cht — de Tarentin, et du gr. archos, chef). Autiq. gr. Division da la cavalerie grecque.
TARENTISME s. m. (ta-ran-tis-me — da la ville de Tarente). Pathol. Maladie particulière au sud de l'Italie, il On dit aussi tarentulisme.
— Encycl. Le tarentisme ou tarentuhsme a été considéré comme une affection nerveuse, endémique dans la Pouille et la Calabre, occasionnée par la piqûre de la tarentule. L'origine de cette affection est restée environnée
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de mystère ; son existence même a été contestée. Ce qui est certain, c'est que, des expériences entreprises à notre époque, il ri'-sulto que la morsure rie la tarentule n'est suivie d'aucun effet appréciable. Cependant, des chroniques anciennes affirment qu'au xve et au xvib siècle sévissait dans le midi de l'Italie une maladie épidémique on sporadique, convulsive, qui provenait, ppnsait-on, du venin de la tarentule et qui peut-être se développait après la piqûre rie tout autre insecte, ou même sans piqûre d'aucun animal, se propageant par imitation. Les uns voulaient que cette maladie fût caractérisée par une irrésistible envie d'entendre de la musique ou par un besoin immodéré de danser, qui se satisfaisait jusqu'à épuisement; d'autres, au contraire, affirmaient que la maladie avait la forme comateuse ; que les malades étaient plongés dans l'abattement, la tristesse et la mélancolie ; qu'on ne les tirait, enfin, de cet état qu'en les forçant à danser au son de la musique. On «Unit même jusqu'à vouloir expliquer les effets de c« traitement, en disant que l'abondante transpiration qu'il provoquait servait à l'élimination du venin de la tarentule. Cette maladie est inconnue de nos jours, et son existence au XV0 et au xvie siècle est encore problématique.
TARENTOLA s. f. (ta-rain-to-la — de Tarente, nom de ville). Erpét. Nom italien des geckos, genre de sauriens. I) Genre de reptiles sauriens, du groupe des geckos.
— Icbtbyol. Nom italien du saure, espèce de salmone.
TARENTULE s. f. (ta-ran-tu-!e — de Tarante, ville d'Italie). Arachn. Espèce du genre lycose.
— Etre piqué de la tarentule, Etre animé de quelque passion, par allusion aux Tarentins, chez qui la piqûre de la tarentule produisait, dit-on, certains accidents nerveux.
— Encycl. La tarentule est longue d'environ 0"',03; elle présente en dessus du céphalothorax un duvet couché grisâtre, tantôt uniforme, tantôt offrant de chaque côté de la ligne médiane une grande tache longitudinale plus obscure, qui ne parait souvent que comme une nébulosité; les flancs sont d'un gris ocracé ou argileux. Elle a les mandibules noirâtres, grises a l'extrémité ; les palpes d'une teinte ocracée, noires au bout; 1 abdomen gris foncé avec des taches noires en dessus, rouge orangé vif avec une large bande transversale noire en dessous; le pattes d'un gris noirâtre ou jaunâtre; les filières égales et peu apparentes.
Cette lycose est répandue dans le midi de l'Europe; on l'a observée particulièrement aux environs de ïarente, d'où son nom. Elle habite de préférence les lieux secs, arides, incultes, découverts, exposés au soleil. Elle se tient ordinairement, du moins a son âge adulte, dans des conduits souterrains, véritables clapiers qu'elle se creuse elle-même. Ce conduit est cylindrique, large de 00^02 a 010,03 et s'enfonce jusqu'à 0m,40 dans la profondeur du sol, mais non perpendiculairement, comme on l'a .prétendu. C'est à la fois un réduit qui so'istrait l'animal aux poursuites de ses ennemis et un affût d'où il épio sa proie pour s'élancer suc elle comme un trait. Sa disposition démontre que l'habitant est a la fois un chasseur adroit et un habile ingénieur.
« Le conduit souterrain, dit Léon Dufour, a effectivement une direction d'abord verticale; mais, à 4 ou 6 pouces du sol, il se fléchit en angle obtus ; il forme un coude horizontal, puis redevient perpendiculaire. C'est à l'origine de ce coude que la lycose, établie en sentinelle vigilante, ne perd pas un instant de vue la porte de sa demeure ■. c'est lit qu'à l'époque où je lui faisais la chasse, j'apercevais ses yeux étincelants comme des diamants, lumineux comme ceux du chat dans l'obscurité. L'orifice extérieur du terrier de la tarentule est ordinairement terminé par un tuyau construit de toutes pièces par ellemême. Ce tuyau, véritable ouvrage d'architecture, s'élève jusqu'à. 1 pouce au-dessus du sol et a parfois 2 pouces de diamètre, en sorte qu'il est plus large que le terrier lui-même. Cette dernière circonstance, qui semble avoir été calculée par l'industrieuse aranéide, se prête à merveille au développement obligé des pattes au moment où il faut saisir la proie. >
Le tuyau de la tarentule se compose surtout de fragments de bois Sec liés par de la terre glaise et si habilement superposés qu'ils forment un échafaudage en colonne droite, entourant un cylindre creux, tapissé d'un tissu soyeux produit par les filières de l'animal et qui se continue dans tout l'intérieur du terrier; ce revêtement prévient les déformations, les éboulements, sert à entretenir la firopreté et permet à la lycose de grimper le ong des parois. Cette sorte de bastion ou d'ouvrage avancé, qui représente en grand les fourreaux des phryganes, protège Te réduit contre les inondations ou l'entrée des corps étrangers qui, balayés par les vents, finiraient par l'obstruer ; c'est encore une sorte d'embuscade, qui présente aux mouches et aux autres insectes un point saillant pour se reposer. Toutefois, il manque assez souvent, soit que la lycose ne trouve pas toujours les matériaux nécessaires pour , sa con»
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struction, soit que son talent d'architecte ne se développe que chez les individus arrivés a un certain âge.
v Disons maintenant quelque chose, ajoute L. Dufour, sur la chasse assez amusante de la tarentule. Les mois de mai et de juin sont la saison la plus favorable pour la faire. La première fois que je découvris les clapiers de cette aranéide et que je constatai qu'ils étaient habités en l'apercevant en arrêt au premier étage de sa demeure, qui est le coude dont j'ai parlé, je crus, pour m'en rendre maître, devoir l'attaquer de vive force et la poursuivre à outrance. Je passai des heures entières à ouvrir la tranchée avec un couteau pour investir son domicile. Je creusai à une profondeur de plus de 1 pied sur S de largeur, sans rencontrer la tarentule. Je recommençai cette opération dans d'autres clapiers, et toujours avec aussi peu de succès. Il m'eût fallu une pioche pour atteindre mon but ; mais j'étais trop éloigné de toute habitation. Je fus donc oblige de changer mon plan d'attaque, et je recourus à la ruse.
0 La nécessité est, dit-on, la mère de l'industrie. J'eus idée, pour simuler un appât, de prendre un chaume de graminée surmonté d'un épillet et de frotter, d'agiter doucement celui-ci à l'orifice du clapier. Je ne tardai pas à m'apercevoir que l'attention et les désirs de la lycose étaient éveillés. Séduite par cette amorce, elle s'avançait a pas mesurés et en tâtonnant vers l'épi! tet, et en relevant à propos celui-ci un peu en dehors du trou pour ne pas laisser le temps de la réflexion, elle s'élançait souvent d'un seul trait hors de Sa demeure, dont je m'empressais de lui fermer l'entrée. Alors la tarentule, déconcertée d'avoir perdu sa liberté, était fort gauche à éluder mes poursuites, et je l'obligeais à entrer dans un cornet de papier que je fermais aussitôt.
• Quelquefois, se doutant du piège ou moins pressée peut-être par la faim, elle se tenait sur la réserve, immobile, à une petite distance de sa porte, qu'elle ne jugeait pas à propos de franchir. Sa patience lassait la mienne. Dans ce cas, voici la tactique que j'employais : après avoir bien reconnu la direction du boyau et la position de la lycose, j'enfonçais avec force et obliquement une lame de couteau, de manière à surprendre l'animal par derrière et à lui couper la retraite on lui barrant le clapier. Je manquais rarement mon coup, surtout dans les terrains qui n'étaient pas pierreux. Dans cette situation critique, ou bien la tarentule, effrayée, quittait sa demeure pour gagner le large, ou bien elle s'obstinait à demeurer acculée contre la lame du couteau. Alors, en faisant exécuter à celle-ci un mouvement de bascule assez brusque, on lançait au loin et la terre et la lycose, et on s'emparait de celle-ci. En employant ce procédé de chasse, je prenais parfois jusqu'à une quinzaine de tarentules dans l'espace d'une heure. »
11 semble, toutefois, que l'animal s'habitue peu à peu à reconnaître le piège et qu'il joue dédaigneusement avec l'appât qu'on lui présente, sans mémo regagner son réduit. Les paysans de la Fouille, qui connaissent les gttes de la tarentule, lui font la chasse en imitant, à l'orifice de son terrier, à l'aide d'un chaume d'avoine, le bourdonnement d'un insecte ; l'araignée accourt, sort brusquement pour saisir sa proie et se prend ellemême au piège qu'on lui a dressé. Ces arapéides ourdissent une toile. La femelle pond jusqu'à soixante œufs, renfermés dans un cocon aplati, qu'elle porte partout avec elle, après l'avoir attaché à son abdomen avec des fils de soie. La jeune progéniture, après son éolosion, se groupe sous le ventre de la mère et lui donne ainsi un aspect étrange; elle y reste jusqu'à ce qu'elle soit en état de marcher et de pourvoir à sa subsistance.
Les tarentules se battent, se tuent et se dévorent entre elles ; nous laissons encore parler ici l'auteur déjà cité : a Un jour que j'avais fait une chasse heureuse à ces lycoses, je choisis deux mâles adultes bien vigoureux que je mis en présence dans un large bocal. Après avoir fait plusieurs fois le tour du cirque pour chercher à s'évader, ils ne tardèrent pas, comme a un signal donné, à se poster dans une attitude guerrière. Je les vis avec surprise prendre leur distance, se redresser gravement sur leurs pattes de derrière, de manière à présenter mutuellement le bouclier de leur poitrine. Après s'être observés ainsi face à face pendant deux minutes, après s'être sans doute provoqués par des regards qui échappaient aux miens, je les vis se précipiter en même temps l'un sur l'autre, s'entrelacer de leurs pattes et chercher, dans une lutte obstinée, à se piquer avec les crochets des mandibules. Soit fatigue, soit convention, le combat fut suspendu. Il y eut une trêve de quelques instants, et chaque athlète, s'éloignant un peu, vint se replacer dans sa position menaçante. Mais la lutte ne tarda pas à recommencer avec plus d'acharnement entre les deux tarentules ; l'une d'elles, après avoir longtemps balancé la victoire, fut enfin terrassée et blessée d'un trait mortel à la tête; elle devint la proie du vainqueur qui lui déchira le crâne et la dévora. »
La tarentule a des formes hideuses, des mœurs féroces, qui n'ont pas peu contribué à lui faire une mauvaise réputation et à accréditer, sur les effets de son venin, des récits évidemment exagérés. Il produirait, sui- I
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vaut les divers auteurs, des symptômes approchant de ceux de la fiévrfl maligne, ou des taches érysipélateuses, ou des crampes légères et des fourmillements. On lui a attribué surtout la prétendue maladie appeléo iarentisme, qui se traduit par d^s symptômes très-divers. Des individus mordus par la tarentule, les uns rient, dit-on, les autres pleurent; les uns chantent, les antres ne cessent de crier; les uns sont assoupis, les autres ne peuvent dormir.
Le remède n'est pas moins singulier que le mal ; il consiste à faire danser a outrance celui qu'a mordu la tarentule. Pour cela, on lui fait entendre les symphonies qui lui plaisent le plus ; on essaye divers instruments ; on lui joue des airs de différentes modulations, jusqu'à ce qu'on en trouve un qui le ilatio; alors, dit-on, il saute brusquement de son lit et se meta danser au son de la musique médicinale jusqu'à ce qu'il soit en nage et hors d'haleine; ce qui le guérit. Ces contes ont toujours trouvé et trouvent encore beaucoup de croyants bénévoles. Quelques médecins crédubs, Hafenreffer entre autres, ont même noté les airs qu'ils croient convenir le mieux aux tarentules. On voit encore, clans la Pouille, des vagabonds qui, se disant piqués par une tarentule, dansent au son de la musique , en apparence pour se guérir, mais en réalité pour soutirer quelque argent aux badauds. On sait aujourd'hui que le venin de la tarentule ou de l'araignée enragée, comme on l'appelle, peut bien tuer les insectes dont elle fait sa nourriture et présenter quelque danger pour les animaux de petito taille, niais qu'il ne saurait tuer un cerf, comme le rapporte Baglivi. Chez l'homme, la piqûre de cette araignée produit une légère inflammation , facile à guérir, si on ne l'aggrave par des moyens empiriques.
La tarentule paraît susceptible de s'apprivoiser ; citons, encore une fois, Léon Dufour : 0 Je pris, sans la blesser, une tarentule mâle d'une belle taille et je l'emprisonnai dans un bocal de verre clos par un couvercle de papier, au centre duquel j'avais pratiqué une ouverture à panneau. Dans le fond du vase, j'avais fixé le cornet de papier dans lequel je l'avais transportée et qui devait lui servir de demeure habituelle. Je plaçai le bocal sur une table de ma chambre à coucher, afin de l'avoir souvent sous les yeux. Elle s'habitua promptement à sa réclusion et finit par devenir si familière qu'elle venait saisir au bout de mes doigts la mouche que je lui servais. Après avoir donné à sa victime le coup de la mort avec le crochet de ses mandibules, elle ne se contentait pas, comme la plupart des araignées, de lui sucer la tête, elle broyait tout son corps en l'enfonçant successivement dans sa bouche au moyen de ses palpes; elle rejetait ensuite les téguments triturés et les balayait loin de son gîte.
» Après son repas, elle manquait rarement de faire sa toilette, qui consistait à brosser, avec les tarses de ses pattes antérieures, ses palpes et ses mandibules tant en dehors qu'en dedans et, après cela, elle prenait son attitude de gravité immobile. Le soir et la nuit étaient pour elle le temps de la promenade; je l'entendais souvent gratter le papier du cornet. Ces habitudes nocturnes confirment l'opinion, déjà émise d'ailleurs par moi, que la plupart des aranéides ont la faculté de voir pendant la nuit et le jour comme les chats. • Cette expérience, qui marchait bien nonobstant quelques péripéties, ne put toutefois être menée à bonne fin, par suite d'une absence du savant entomologiste. On a pu remarquer néanmoins que la tarentule avait supporté plusieurs jeûnes, dont l'un dura jusqu'à neuf jours, et qu'elle a subi sa dernière mue sans changer sensiblement ni de volume ni de couleur.
Turontule (la), ballet-pantomime en deux actes, de Scribe et Coralli, musique de Casimir Gide ; représenté à l'Opéra le 24 juin 1839. C'est l'histoire des amours de Luidgi, chasseur des montagnes, avec Lauretta, fille d'une maltresse de poste. Luidgi a sauvé une grande dame des mains des brigands ; celleci le dote. Le mariage du chasseur avec Lauretta va avoir lieu, lorsque Luidgi est piqué de la tarentule. Le docteur Oméopatico, riva] du jeune homme, guérit Luidgi, à la condition d'épouser Lauretta. Au second acte, l'hymen a eu lieu; Lauretta feint aussi d'être piquée de la tarentule pour échapper à l'amour de son mari. La grande dame sauvée par Luidgi reconnaît, heureusement pour les amants, dans le docteur son mari à elle. Dès lors, le nouveau mariage d'Oméopatieo est nul de plein droit et les deux jeunes gens heureux. On voit que le sujet de ce ballet était aussi invraisemblable que celui du premier mélodrame venu. Scribe garda l'anonyme. La musique avait le bon esprit de rappeler souvent de vieux airs, ce qui aida à son succès auprès du public de l'Opéra.
TARENTULE, ÉE adj. (ta-ran-tu-lé — rad, tarentule). Piqué par une tarentule : Le malade tarentule criait, riait, dansait et faisait mille contorsions et mille extravagances. (Walckenaer).
TARENTULIDE adj. (ta-ran-tn-li-de — - de tarentule, et du gr, eidos, aspect). Arachn. Qui ressemble ou qui se rapporte à la tarentule.
— s. m. pi. Syn. de, phrynêides, groupe d'aranéides.
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TARENTULISME s. m. (ta-ran-tu-li-sme — nid. tarentule). Syn. do tawï.ntismjs.
TARER v. a. ou tr. (ta-ré — rad. tare). Gâter, avarier .- Les coups de mer ont takk les blés.
— Fig. Altérer, souiller : Ce sont de ces vires gui tarent un homme.
— Cotnm. Peser et défalquer du poids net: Tarer un baril, im emballant.
— Blas. Poser, mettre, en parlant du casque ou heaume qui surmonte l'écu • Tarer de profil, de front.
Se tarer v. pr. Devenir taré, gâté, corrompu : Ces fruits se tarent à l'humidité.
TARERONDEs. f. (ta-re-ron-de). Ichthyol.
Syn, de TAREfRANCHE.
TARET s. m. (ta-rè — d'un ancien type latin tarare, de la même famille que terere, percer. Ce mollusque est ninsi nommé parce qu'il troue le bois des digues et des vaisseaux), flîoll. Genre de mollusques acéphales tubicolés, de la famille des pholadaires, comprcniint une quinzaine d'espèces, qui vivent dans les pièces de bois sous-marines : L'anaiomie et la physiologie des tarets présentent beaucoup de difficultés. (Laurent.) On a vu des vaisseaux qut ont coulé à la suite des voies d'eau déterminées par des trous de taiîkts. (H. Hupé.) Les tarets ont mis la Hollande à deux doigts de sa perte, en rongeant ses digues. (Balz.) Le bois rongé par le taret ressemble à une éponge. (Du Camp.)
— Encycl. De même que les bois exposés à l'air sont la proie d'animaux terrestres, de même les bois placés sous l'eati sont sujets à être envahis par des animaux aquatiques. Les tarets perforent au sein de la mer les bois les plus durs, quelle que soit leur essence. Les galeries creusées par ces imperceptibles mineurs envahissent tout l'intérieur d'une pièce de bois; tantôt ils le coupent à angle droit, puis changent, en effet, de route dès qu'ils rencontrent sur leur chemin le sillon creusé par l'un de leurs voisins. C'est par une secrète altération de ce genre que les pilotis sur lesquels reposent les constructions de bois sont souvent entièrement perforés. Ils paraissent aussi solides, aussi intacts qu'au moment où on les a plantés, et cependant on les voit céder au moindre effort. On a vu, 'diton, couler des vaisseaux à la suite de voies d'eau déterminées par les trous que creusent sans relâche ces animaux. Au commencement du xvriie siècle, la moitié de la Hollande faillit être envahie par les flots, parce que les pilotis de toutes ses digues étaient mordus, troués et déchiquetés par les tarets. Le danger était grand, et les millions que les caisses publiques de la Hollande durent dépenser en toute hâte pour le conjurer le prouvent suffisamment. Les observations des moeurs du taret sont venues heureusement porter quelque remède à ce mal. On a reconnu que ce mollusque a une antipathie pour la rouille et qu'il respecte le bois imprégné de cet oxyde de fer. Pour prévenir les accidents, on enfonce dans la masse du bois destiné à être immergé des clous à tête volumineuse. Ces clous se rouillent bientôt, et le bois se trouve à peu près revêtu d'une épaisse cuirasse d'oxyde de fer. On pourrait faire usage du même moyen pour préserver le bois des nnvires du taret; mais la doublure de cnivro dont ils sont revêtus les garantit suffisamment. Le taret, que les naturalistes nomment teredo et les marins ver de vaisseau, est un mollusque fort singulier et ressemble à un ver long dépourvu d'articulations. On aperçoit antérieurement, entre les valves d'une toute petite coquille dont il est pourvu, une sorte de troncature lisse qu'entoure un bourrelet assez saillant. Ce bourrelet est la seulo portion du corps de l'animal que l'on puisse regarder comme le pied. A partir de ce point, tout le corps du taret est enveloppé par la coquille et par le manteau, qui forme un fourreau communiquant par deux siphons avec l'extérieur. Ce manteau adhère à tout le pourtour de la coquille. Au-dessus de celle-ci, il forme deux forts replis qui peuvent tous deux se gonfler par l'afflux du sang et acquérir un volume considérable. L'un de ces replis est situé en avant et se nomme le capuchon céphalique. Le tissu du manteau est d'une teinte gris de lin très-Iégore et assez transparent, surtout chez les jeunes, pour permettre de distinguer à l'intérieuria masse du foie, l'ovaire, les branchies ot jusqu'au cœur. Les siphons, très-extensibles, sont soudés l'un à l'autre dans les deux tiers environ de leur étendue ; le siphon supérieur est plus long et plusétroit que Je siphon inférieur. C'est par ce dernier que l'eau aérée entre pour servir à la respiration et à la nutrition de l'animal, et après avoir servi, elle sort par le second tube. La coquille, vue de côté, présente dans son ensembleune forme irrégulièrement triangulaire. Elle est à peu près aussi longue que large; ses deux valves sont solidement rattachées l'une à l'autre en dessus et en dessous par le manteau, de manière à ne permettre que des mouvements fort peu étendus. Elle est colorée par des lignes jaunes et brunes; quelquefois, elle est tout à fait incolore. Au bord supérieur de la troncature antérieure du corps des tarets est la bouche, sorte d'entonnoir aplati et évasé muni de quatre palpes labiales. Elle ne présente rien de bien particulier, pas plus que l'estomao, qui est suivi
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d'un intestin très-développé. Le cœur se compose de deux oreillettes et d'un ventricule. Le système nerveux des tarets est assi'z développé ; ii se compose d'un cerveau, de filets nerveux et de ganglions qui se distribuent au manteau, aux branchies et aux siphons. L'animal adulte est enveloppé d'une sorte d'étui composé d'un mucus solide. Le taret enfermé dans ce tube ne peut exécuter que des mouvements limités. Les tarets pondent des œufs sphériuuen d'un jaune verdâtre. Peu de temps après lu fécondation, ces œufs se transforment en larves; d'abord nues et immobiles, ces larves se recouvrent bientôt de cils vibratiles et nagent avec facilité. Quand une larve de taret a trouvé le bois sans lequel elle ne vivrait probablement pas, voici les phénomènes que l'on observe : la larve commence par se promener et ramper à la surface du bois au moyen d'un pied très-long dont elle est munie, puis on la voit entr'ouvrirde temps en temps et fermer les valves de la toute petite coquille embryonnaire qui l'enveloppe en partie. Dés qu'elle a trouvé sur la pièce de bois la partie suffisamment poreuse et ramollie qu'elle cherchait, elle s arrête, attaque la substance ligneuse et produit d'abord un très-petit godet, qui sera le point d'origine du canal futur. C'est alors que le taret commence à se développer. Il se recouvre d'une couche de substance muqueuse qui, en se condensant peu à peu, prend une légère teinte brune et se perce de deux trous pour le passage des siphons. Au bout de trois jours, cette couche est devenue plus solide; c'est le commencement du. tube organisé qui doit envelopper l'animal. Alors, on ne peut plus observer directement, car l'animal est recouvert d'une coque opaque ; mais si l'on ouvre sa loge, on voit qu il a sécrété une nouvelle coquille, plus grande et plus solide; c'est la coquille de l'animal adulte. Le jeune taret, qui se nourrit des parcelles de bois râpé, s'accroît rapidement ; il passe de la forme sphoroïdale à la forme allongée. Quel est l'organe qui sert au taret pour creuser le bois ? Quelques auteurs ont voulu faire intervenir l'action corrodante d'un acide sécrété par l'animal; mais, dans ce cas, la galerie ne serait pas si régulièrement taillée; d'autres ont dit que c'était avec la coquille qui, frottée contre le bois, produisait ces trous ; mais, s'il en était ainsi, les coquilles, qui, en somme, ne sont pas très-résistantes, porteraient des traces de ce travail. M. Quatrefages y voit une action purement mécanique de macération et du frottement produit par le capuchon céphalique. En somme, on ne connaît pas comment le taret peut creuser des bois aussi durs que le chêne ou l'ébène.
TARF (LOCH-), lac d'Ecosse (Inverness). Il a environ 5 kiiom. de circonférence, renferme plusieurs jolies îles boisées et communique avec le Lochness.
TARGA, jurisconsulte italien, qui vivait au XVII» siècle. Il a laissé un ouvrage estimable et très-souvent mis à contribution par les auteurs qui se sont occupés de droit maritime. Il a pour titre : Ponderazzioni maritime.
TARGA (Léonard), médecin italien, né à Vérone en 1730, mort en 1815. Il suivit à Padoue les leçons de Morgagni, puis professa la médecine, mais fut forcé par sa mauvaise santé de renoncer bientôt à l'enseignement. On lui doit une bonne édition de C'clse, dont il épura le texte et qu'il accompagna de notes, sous le titre de : Celsi opéra ex recognitione Leouardi Targx (Padoue, 1769, 2 vol. in-4°).
TARGE s. f. (tar-je — du germanique :
ancien haut allemand zarga, bouclier, défense, abri'; anglo-saxon large, Scandinave targa, ancien allemand tarze, peut-être de la racine sanscrite dvar, arrêter, obstruer, ou de la racine ira, protéger). Nom donné anciennement à tous les boucliers, et plus récemment aux boucliers des hommes d'armes et des archers.
— Monu. Ancienne monnaie bretonne, qui portait un bouclier : On mit un bassin d'étaia à la ■porte de l'église, mais à'peine il y tomba quelques targes et quelques liardsà la croix. (V. Hugo.)
— Hortic. Ornement de parterre, qui a la forme d'un croissant arrondi par ses extrémités.
— Encycl. Art inilit. La large était un bouclier grand et long, le plus souvent de forme ovale ou taillé en losange. La targe a varié dans ses formes et dans ses dimensions, selon l'usage auquel on l'employait. Les targes rondes ou ovales prenaient plus particulièrement le nom de rondelles. Il y en avait d'autres presque carrées, mais qui, vers le bas, s'arrondissaient ou s'allongeaient en pointe. Dans la cavalerie, elles prenaient la forme d'un écu sur lequel les seigneurs faisaient graver ks armes de leur maison ; on les portait alors suspendues au cou. Les targes des piétons et de l'artillerie étaient plus longues et couvraient presque tout le corps. Toutes les peintures qui nous ont été conservées des temps de la chevalerie et de la Renaissance nous représentent la large coinhie ayant une forme demi-cylindrique et comme étant à peu pros de la hauteur de celui qu'elle était chargée de défendre. Il s'en trouve dans nos musées qui ont 5 pieds du hauteur et de S à 3 pieds de largeur. Elles étaient faites avec du bois,
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recouvert de toile , de peau ou de cuir, doublé ou garni de fer sur les bords et rembourré de toile à la place occupée par le bras. La targe, qui était principalement une arme d'infanterie, était d'un grand secours, pendant les sièges, pour se couvrir, par exemple sur le borud'un fossé d'une ville contre les flèches des assiégés. Ceux qui les portaient n'avaient point alors d'autre fonction que de les soutenir et d'en couvrir les archers qui étaient'derrière et qui tiraient leurs flèches contre l'ennemi. Les Anglais s'en servirent dans presque tous les sièges qu'ils firent pendant la guerre de Cent ans. Il est souvent fait mention de leurs retranchements portatifs, composés de grandes targes ou lallevas qu'ils fichaient en terre par la pointe et qui étaient à l'épreuve des flèches. Lorsqu'on était parvenu à s'approcher des fossés d'une ville, grâce à ces grands boucliers, on les comblait pour y faire parvenir les grosses pièces de siège, telles que le muscule, la tortue, la tour ambulatoire, etc. Guillaume Le Breton dit, en parlant du siège que Jean sans Terre mit devant La Roche-au-Moine, en Anjou:
« Un soldat de l'armée de ce prince, nommé Enjorran, homme d'une taille et d'une force extraordinaires , allait tous les jours sur le bord du fossé tirer quantité de flèches contre ceux du rempart, et, pour cela, il faisait porter devant lui par un goujat une de ces grandes targes à l'épreuve. » Il ajoute qu'un des archers de la place assiégée imagina un stratagème pour se défaire de ce terrible ennemi. Il Rttaeha une longue et forte ricelle à une flèche et en lia l'autre bout à une pièce sur le rempart; puis il lança vigoureusement la ■ flèche, qui entra fort avant dans la targe. Il n'eut plus qu'à tirer à lui la ficelle pour faire tomber le grand bouclier dans le fossé. De cette manière, le soldat étant demeuré à découvert ne put se garantir d'une autre flèche de l'archer angevin, qui le tua. On a abandonné cette arme défensive depuis que l'usage de l'artillerie à feu l'a rendue à peu près inutile. Cependant ii a été quelquefois question de se servir encore de ces hauts boucliers. Louis XIII dit une fois au marquis de Rosny, grand maître de l'artillerie, qu'il voulait en rétablir l'usage pour les attaques et les assauts et qu'il fallait que chaque compagnie d'infanterie en eût un certain nombre ; mais cet ordre ne fut point exécuté. Le prince Maurice de Saxe prétendait que la targe aurait été très-utile de son temps contre les piques et que, s'il eût été le maître, il les eût remises en usage.
On appelait targiers ou targetiers les goujats chargés de porter la targe devant les archers. Ce nom leur venait de ce qu'eu portant le bouclier ils targeaient, selon l'expression des contemporains. C'est en ce sens que Guillaume Guiart dit, en parlant de ce genre de travail : ■ Les uns targent, les autres traient, » c'est-à-dire les couvrent de la targe, tandis que les autres tirent des flèches.
TARGE (Jean-Baptiste) , historien français, né à Orléans en 1714, mort en 1788. 11 s'était beaucoup occupé d'horlogerie et de sciences exactes lorsque, l'Ecole militaire ayant été créée, il y devint professeur de mathématiques (1751). En 1769, l'Académie de marine le reçut au nombre de ses membres correspondants. Vers la fin de vie, il se retira dans sa ville natale, dont il a enrichi , la bibliothèque publique. On lui doit : Histoire d'Angleterre depuis le traité d'Aix-la- Chapelle jusqu'en 17G3 (Paris, 1768, 3 vol. in- 12); histoire de l'avènement de la maison de Bourbon au trône d'Espagne (Paris, 1772, 6 vol. in-12); Histoire générale d'Italie depuis la décadence de l'empire romain jusqu'à présent (Paris, 1774-1775, 4 vol. in-12), restée ( inachevée. Targe a traduit, en outre, de l'anglais : l'Histoire de l'Angleterre de Smollett (1759, 19 vol. in-12); Histoire de la guerre de l'Inde d'Orme (1765, 2 vol. in-12) ; Abrégé des découvertes faites dans tes diverses parties du monde de Barrow (1766, 12 vol.); Histoire nouvelle impartiale d'Angleterre du même (1771-1773, 10 vol.).
TARGÉ , ÉE adj. (tar-jé — rad. targe). Protégé par une targe, un bouclier : Commencèrent à monter, à ramper contre mont bien targes. (Froissart.) Il Vieux mot.
TAHGB (ALLA1N-). V. AllaiN-TaRGÉ au Supplément.
TARGER s. m. (tar-jé — rad. targe). Ane. art milit. Soldat armé d'une targe.
TARGET s. m. (tar-gè). Ichthyol. Syn. de targeuk.
TARGET ( Gui- Jean-Baptiste), jurisconsulte et constituant célèbre, né à Paris en 1733, mort à Molières (Seine-et-Oise) en 1807. Il était, avant la Révolution, une des gloires du barreau de Paris, dont il faisait partie depuis 1752. Inférieur à Gerbier comme orateur, il le surpassait comme avocat consultant. Il fit de l'opposition au parlement Maupeou (1771) et attaqua vivement les constitutions des jésuites. Lors de l'affaire du collier, il prit, dans un factum, la défense du cardinal de Rohan. Un Mémoire sur l'état des protestants en France, qu'il publia en 1787, fut remarqué parmi les nombreux écrits dans lesquels on demandait alors que les réformés fussent remis en possession de leurs droits civils. Elu député aux étals généraux par la prévôté de Paris en 1789 , il en devint président en 1790, se montra dans cette assem-
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blée un des plus ardents démolisseurs de l'ancien ordre de choses et eut une trèsgiande part à la rédaction de l'acte constitutionnel. Il se prononça pour l'unité du Corps législatif, pour la garantie de la dette, pour la suppression des parlements, le maintien des bailliages, la suppression des vœux monastiques, pour la division de la France en départements, pour le veto suspensif pendant deux législatures, suivit en général la ligne politique de Sieyès, défendit avec chaleur la Déclaration des droits de l'homme et fit régler le cérémonial de la Fédération du 14 juillet. Aussi devint-il l'objet de vives attaques de la part des monarchistes purs. Ceux-ci firent pleuvoir sur lui des pamphlets, sous les titres piquants de Bulletin des couches de M. Target, père et mère de la Constilution; Belevailles, rechute et nouvelle conception de M. Target, etc. Son éloquence ampoulée fut aussi l'objet de leurs railleries; ils citaient de lui cet étonnant pléonasme qui lui était échappé à la tribune : « L'Assemblée ne veut que la paix et la concorde, suivies du calme et de la tranquillité. • Dégoûté par toutes ces épigramtnes, il s'effaça presque entièrement vers ia fin de la session et exerça avec zèle les fonctions de juge, puis de président de l'un des tribunaux de Paris, qui lui avaient été confiées en 1791. En décembre 1792, Louis XVI le désigna pour l'un de ses défenseurs; mais, dans la crainte d'être compromis, Target refusa, en alléguant l'état de sa santé, dans une lettre adressée à la Convention et signée : le répubiieaiu Targei. Il remplit, pendant la Terreur, l'humble fonction île secrétaire du comité révolutionnaire de sa section. Membre de l'Académie française depuis 1785, il fut admis à l'Institut en 1795 et devint membre du tribunal de cassation en 1798. I! contribua puissamment à la rédaction du code civil, en qualité de commissaire chargé de l'examen du projet de ce code, puis fut un des cinq membres de la cour de cassation désignés par le gouvernement consulaire pour rédiger un projet de code criminel et en soutenir la discussion près du conseil d'Etat. Indépendamment d'un grand nombre de discours, de mémoires et de rapports, on lui doit : Lettre d'un homme à un autre homme sur l'extinction de l'ancien parlement et la création d'un nouveau (Paris, 1771, in-12), un des meilleurs écrits de polémique publiés à cette époque; Observations sur le commerce des grains (Paris , 1776 , in-12); Mémoire sur l'état des protestants en France (Parts, 1787), fort bien fait; Ma pétition au cahier du bailliage, etc. (1783, in-8°) ; Cahiers du tiers état de la ville de Paris (1789, in-8°) ; les Etats généraux convoqués par' Louis XVI (1789); Esprit des cahiers présentés aux états généraux (1789, 2 vol. in-8°) ; Projet de déclaration des droits de l'homme en société (1789). On trouve plusieurs de ses discours insérés dans les Annales du barreau français et dans le Barreau français. Ses Œuvres choisies ont été publiées en 1826 (in-8°), par M. Dumon, avocat, avec une notice biographique.
TARGET (Paul-Louis), journaliste et homme politique français, né à Lisieux en 1821. II est fils d'un ancien préfet du Calvados et petit-fils du célèbre avocat et constituant Jean-B;iptiste Target. M. Paul Target étudia le droit, se fit recevoir avocat et devint membre du conseil général du Calvados. Il faisait partie du conseil d'Etat lorsque eurent lieu les événements du 2 décembre 1851. Ayant refusé de prêter serment à l'homme qui venait de violer son serment et d'imposer à la France l'Empire et le despotisme, M. Target rentra dans la vie privée. Pendant quelques années, il s'adonna à l'agronomie et remporta la prime d'honneur de l'Association normande en 1863. A l'occasion des élections générales qui eurent lieu cette même année, il publia une brochure, intitulée : Législation électorale ; droits et devoirs des électeurs (1863, in-8»). A partir de ce moment, il prit une part active au mouvement d'opposition qui se produisit contre le détestable régime de l'Empire, collabora à divers journaux, notamment au Courrier du Dimanche, et il était devenu directeur politique de cette feuille hebdomadaire, lorsqu'elle fut supprimée (1866). Il fit paraître ensuite des articles dans le Journal de Paris, se porta en 1869 candidat de l'opposition au Corps législatif dans le Calvados, ne fut point élu, et, après l'arrivée au pouvoir de M. Emile Ollivier (2 janvier 1870), il accepta de faire partie de la commission de décentralisation présidée par Odilon Barrot.
Lors des élections du 8 février 1871 , M. Target fut élu député du Calvados à l'Assemblée nationale par 69,110 voix. Le lO'mars suivant, il proposa à l'Assemblée de voter une proposition, présentée par lui et par plusieurs de ses collègues, et par laquelle il demandait à la Chambre de « confirmer la déchéance de Napoléon III et da sa dynastie, déjà prononcée par le suffrage universel, et de le déclarer responsable de la ruine, de l'invasion et du démembrement de la France. » Cette proposition fut votée presque à l'unanimité. Le même jour, M. Target vota pour les préliminaires de paix. Après l'installation de 1 Assemblée à Versailles, il fit partie du centre droit orléaniste et du groupe Saint- Marc Girardin, dont il devint un des viceprésidents, prit une part active aux travaux de la Chambre , a, la discussion de la loi dé-
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partementale, vota pour l'abrogation des lois d'exil, pour l'élection des princes d'Orléans,
Four la proposition Rivet, pour le retour de Assemblée a Paris, contre le maintien des traités de commerce, et fut l'auteur de l'ordre du jour qui fut voté au sujet de la pétition des évêques. Pendant toute cette période, il appuya la politique de M. Thiers, pour lequel il vota dans le scrutin du 29 novembre 1872. Dans une lettre publiée par lui ce même mois, dans le Journal de Lisieux, il se prononça contre le renouvellement partiel de' la Chambre et pour la consolidation de la République en l'entourant d'institutions destinées h lui assurer un lendemain. Le 24 mars 1873, il se prononça contre le vote d'un crédit destiné à envoyer des ouvriers à l'Exposition de Vienne et présenta, au mois d'avril suivant, un contre-projet de réorganisation du conseil d'Etat qui était, sur plusieurs points , en opposition avec celui qui émanait du gouvernement.
Lorsque, au mois de mai 1873, les représentants des groupes monarchiques et réactionnaires de l'Assemblée se coalisèrent pour renverser M. Thiers et l'empêcher de constituer la République, M. Target passa au moment décisif du côté de la réaction et, par sa défection inattendue, il entraîna la chute du président de la République. Le 24 mai, il monta à la tribune pour y lire en son nom et au nom de quatorze de ses collègues, MM. Cottin, Mathieu-Bodet, Lefébure, Caillaux, E. Talion, Prétavoine, L. Passy, Balsan, Delacour , Vingtain, Deseilligny, Dufournel , Daguilhon et E. Martell , une déclaration affirmant que les signataires voulaient la République conservatrice avec M. Thiers, et, le même jour, les quinze députés votèrent pour l'ordre du jour Ernoul, ayant pour objet de renverser M. Thiers et de préparer le retour de la monarchie. A partir de ce moment, M. Target soutint de ses votes les mesures de compression et de réaction à outrance présentées par M. de Bioglie et fut nommé par lui ministre de France à La Haye (26 juin 1873). Au mois d'octobre suivant, au moment où se produisaient ouvertement les intrigues ayant pour objet d'imposer à la France la monarchie, des électeurs de M. Target lui ayant rappelé l'engagement pris par lui en 1870 de soutenir le gouvernement delà République, le député du Calvados leur répondit qu'il n accepterait jamais le mandat impératif et qu'il entendait conserver la liberté absolue de son vote. Après l'échec ridicule des tentatives de restauration, M. Target vota pour le septennat j[l9 novembre 1873). Au mois de juillet 1874, il se prononça contre le projet de dissolution de la Chambre présenté par M. de Maleville, puis pour l'organisation des pouvoirs du maréchal de Mac-Mahon. Faisant une évolution nouvelle, il engagea, dans un banquet qu'il prononça à Lisieux (septembre 1874), les hommes modérés de tous les partis à former • sous la République» un grand parti national. Au mois de février 1875, il vota la proposition Wallon, reconnaissant l'existence de la République et la constitution du 25 du même mois. Beau-frère de M. Buffet, il a soutenu la politique de ce dernier, devenu ministre de l'intérieur; toutefois, pendant que M. Buffet manifestait en toute occasion ses tendances ultra-réactionnaires et bonapartistes, M. Target, hostile à l'Empire, dont il a fait proclamer la déchéance, a continué à se rapprocher de la République. En dépit de cela, M. Target est un homme politique auquel le parti républicain aurait grand tort d'accorder sa confiance, car il ne faudrait pas beaucoup de républicains de cette nuance pour conduire à mal la République.
TARGET (Léon) , homme politique français, né à Rochefort (Charente-Inférieure) en 1805, mort en 1873. D'abord apprenti charpentier dans sa ville natale , il entra à dixneuf ans à l'Ecole de maistrance, puis devint contre-maître dans les ateliers de l'Etat. Après la révolution de 1848, les ouvriers ds Rochefort, qui connaissaient ses convictions démocratiques, posèrent sa candidature, et il fut élu représentant du peuple dans la Charente-Inférieure par 81,553 voix. M. Target vota avec le parti républicain de la nuance du National, fit une vive opposition à la politique réactionnaire de Louis Bonaparte, s'associa à la demande de mise en accusation portée contre lui à l'occasion de l'expédition de Rome et ne fut pas réélu à l'Assemblée législative. Rendu à la vie privée, il reprit alors ses travaux industriels.
TARGETTE s. f. (tar-jè-te). Techn. Verrou plat porté sur une plaque : Targette de cuivre. Targette de fer. Poser des targettes. Il Morceau de cuir dont les aplaigiieurs se couvrent la main pour qu'elle ne soit pas blessée par les cardes.
TARGEUR s. m. (tar-jeur). Ichthyol. Poisson du genre pleuronecte, voisin de la plie.
TARGIE s. f. (tar-jl). Ichthyol. Syn. de
TARGEUR.
TABGIONI-TOZZETTI (Jean), médecin et naturaliste italien, né à Florence en 1712, mort dans cette ville en' 1784. Après avoir fait une partie de ses études médicales près de son père, qui était médecin distingué, il fut envoyé à Pise, où il se fit connaître par une dissertation remarquable sur les proprié* tés médicinales des plantes. Il y reçut à vingt-deux ans le grade de docuur eu niede-
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cino, et peu après le titre de professeur extraordinaire à l'université. Il revint dans sa patrie, où il suivit les leçons et bientôt partagea les travaux du botaniste Micheli. Targioni fut successivement directeur du jardin botanique de Florence, bibliothécaire du grand-duc, médecin du fisc et commissaire du bureau de santé. Il parcourut en naturaliste tous les points de la Toscane et publia une partie des nombreuses observations qu'il avait faites. Outre ses travaux sur î'histoire naturelle, on doit à Titrgioni plusieurs ouvrages relatifs à la médecine, tous écrits en italien.
TARGIONIEs. f.(tar-ji-o-nI — de Targioni' Tozzelli, botan. ital.). Bot. Genre d'hépatiques, de la tribu des marchantiées, comprenant six espèces, répandues dans les climats chauds ou tempérés.
■ — Encycl. Les targionies sont de petits cryptogames, caractérisés par des frondes membraneuses, non rayonnantes, oblongues, spatulées, formant par leur réunion de trèspetites rosettes vertes en dessus, noirâtres et radicellées en dessous. Les organes reproducteurs, qui naissent à l'extrémité des divisions des frondes, présentent : un involucre membraneux, q,ui reste dans la fronde jusqu'à la maturité ; il renferme une capsule surmontée d'un prolongement filiforme et qui s'ouvre en deux valves à la maturité; elle contient des sporules mêlées à des filaments en spirale. Ces végétaux croissent sur la terre, dans les lieux humides. Leurs espèces peu nombreuses sont disséminées dans les diverses régions du globe. La largionie hypophylle se trouve dans presque toute l'Europe ; elle est commune aux environs de Paris, notamment sur la iisière des bois, les rochers humides, etc.
TARGON, bourg de France, ch.-l. de canton (Gironde), arrond. et à 24 kilom. N.-O. de La Réole; pop. aggl., 306 hab. — pop. tôt,, 1,205 hab. Montluc y remporta, en 1563, une victoire sur les protestants.
TARGOV1CE ou TARGOWICA, petite ville de la Russie d'Europe (Kiev), sur la Sinucha, à 56 kilom. S.-E. d'Ouman. Il s'y fait quelque commerce. Elle est célèbre par la confédération oui s'y tint en 1791 et qui était composée d un certain nombre de membres de la noblesse polonaise, mécontents des nouvelles institutions données à leur pays.
TARGRA s. m. (tar-gra). Entom, Genre d'insectes hyménoptères, de la famille des tenthrédiniens, dont l'espèce type habite l'Europe.
TARGUER (SE) v. pr. (tar - ghé — de targe, targue, bouclier; proprement se couvrir de quelque chose, comme d'un bouclier; au figuré, se prévaloir avec défi ou ostentation). Se prévaloir, se glorifier, se vanter: On ne se targue guère que des vertus qu'on n'a pas. (Dussault.) On se targue plus de la politesse des grands que de l'amitié des petits. (Petit-Senn.) L'Angleterre su targue d'être le pays de la liberté. (Guéroult.) Certes, voua vous targuez d'un bien faible avantage.
Molière.
Elle te targue bien du bonheur d'être veuve.