‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 943 sur 1059 · TASM · texte numérisé non relu

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TASCO ou TI.ACHCO , ville du Mexique (Mexico), sur la rive droite de la Zacatula, à 215 kilom. S.-E. de Valladolid. Elle est située sur une colline très-élevée, jouit d'un climat très-sain, et possède une belle église paroissiale , construite vers le milieu du xvme siècle, par un Français du nom de Joseph Delaborde, qui avait fait une fortune immense en exploitant les mines qui abondent aux environs. Ces mines fournissent de l'argent, du plomb et de l'étain. Elles sont encore exploitées.

TASMAN, montagne de la terre de Van- Diéinen, par 41° 8' de latit. S. et 145» 26' de7 longit. E. Elle a 1,47a mètres d'altitude.

TASMAN, presqu'île sur la côte S.-E. de la terre de Van-Diémen,par 38° 26' de latit. S.. , et 1430 50' de longit. K. Tasman la découvrit en 1642.

TASMAN (Abel-Janssen), un des grands navigateurs du xviie siècle, né à Hoorn (Hollande) vers 1600, mort après 1645. Il naviguait pour la compagnie hollandaise des Indes, lorsqu'il fut chargé, en 1642, par le gouverneur général Van Diémen, d'un voyage de découverte dans l'océan Austral. Parti de Batavia avec deux navires, il découvrit, le 24 novembre de la même année, la contrée à laquelle il donna le nom de Terre de Van- Diémen et qui a reçu officiellement celui de Tasmanie en 1855. Tasman ne reconnut que très- incomplètement cette terre, car il ne sut point si elle était une lie ou si elle faisait partie du continent. Poursuivant sa navigation, il se trouva, le 13 décembre, en vue d'une terre haute et montueuse qu'il nomma Staaten-land (terre des Etats) et qui était la Nouvelle-Zélande. Tasman voulut y aborder. Il fit de vains efforts pour gagner la confiance des sauvages, eut quatre hommes tués par ces derniers qui assaillirent une embarcation, nomma ce lieu Mordenaars', bay (baie des Assassins) et s'en éloigna au plus vite, en se dirigeant vers le nord. Peu après Tasman découvrit le groupe d'Iles des Trois-Rois, l'archipel des Amis (janvier 1643), où les indigènes l'accueillirent amicalement, celui des Fidji, reconnut les lies nommées Ontang Java par Lemaire et Schouten, longea la Nouvelle-Guinée, puis retourna à Batavia. Trèssatisfait de cette expédition, Van Diémen résolut do charger Tasman d'en diriger une autre dans le but de reconnaître exactement l'Ile de Van -Diémen et de poursuivie la reconnaissance de la côte ouest de la Nouvelle- Guinée jusqu'au 17c degré de latit. S. En conséquence, Tasman fit, en 1644, un second voyage dont les résultats généraux sont peu connus, par suite de l'exclusivisme jaloux des Hollandais, qui cachaient leurs découvertes avec le même soin que jadis les Phéniciens, et pour les mêmes motifs de monopole commercial. Cette sordide préoccupation a empêché pendant longtemps que Tasman fût placé au rang qui lu est dû parmi les grands navigateurs. On ne sait rien des derniers événements de sa vie. On prétend, mais sans preuve, qu'il épousa la fille de Van Diémen. Thévenot a publié, dans sa Collection de relations de voyayes (Paris, 1696), le journal de la première expédition de Tasman. Le journal de sa seconde expédition est perdu.

TASM AME. V. Diémen (terre de Van-).

TASMANNIE s. f. (ta-sma-nt — de Tasman , navig. holl.}. Bot. Genre d'arbustes, de la famille des magnoliacées, tribu des illiciées, comprenant trois espèces, qui croissent en Tiismaitie et à la Nouvelle-Zélande.

— Bncycl. Les tasmannies sont des arbrisseaux a feuilles alternes, brièvement pétiolées, entières, persistantes ; les fleurs, dioïques ou polygames, groupées en petits bouquets axilluires ou terminaux, présentent un calice à deux sépales planes et caducs; une corolle à quatre ou cinq pétales étalés ; des étamines nombreuses, à filets épais cylindriques ; un ovaire libre, presque sessile, à une • seule loge pluriovuléa ; le fruit est membraneux, indéhiscent, et renferme de nombreuses graines ovoïdes, brillantes et fragiles. Les espèces très-peu nombreuses de ce genre habiient l'Australie orientale, la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande. La tasmannie aromatique est un joli arbrisseau toujours vert, à rameaux d'un pourpre foncé, à feuilles d'un beau vert clair et marquées de points transparents, à fleurs blunches, rayées de rouge, sortant d'un bourgeon écailleux de cette dernière couleur. Elle croit dans les endroits inontueux de la Tasmanie et sur les bords du canal d'Entrecasteaux, de préférence dans les sols riches et humides, les ravins ombragés et le long des cours d'eau. Toutes les parties de cette plante ont une odeur aromatique et une saveur piquante; ces propriétés sont surtout marquées dans l'écorce, qui est un peu acre, et qu'on emploie, dans le pays, à des usages médicaux. Le fruit a une saveur poivrée très-forte, et sert quelquefois de condiment, en guise de poivre. Cet arbrisseau, récemment introduit dans nos cultures, y est encore assez rare; relativement rustique, il demande une bonne serre tempérée , où il croît bien en pleine terre légère et graveleuse; on le multiplie de boutures, et mieux de marcottes, faites dans le sable, sous cloche, et soumises à une douce chaleur. La tasmannie dipétale ou insipide croît surtout en Aus- | tralie ; son écorce n'a aucune saveur.

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TASQCE s. t. (ta-ske). Féod. Droit seigneurial qu'on percevait dans certaines provinces.

— Encycl. La tasque attribuait au seigneur un prélèvement sur les grains, les vins, les fourrages, et, en général, sur tous les produits des terres de ses vassaux. L'origine de ce droit remonte aux premiers temps de la féodalité. Alors que la Fiance était ravagée par les incursions des Normands et d'autres barbares, et désolée par les guerres privées, les habitants des campagnes n'avaient ni paix ni trêve, et leurs biens étaient la proie du

firemier brigand venu. Dans cette extrémité, es paysans demandèrent asile à leurs seigneurs, qui consentirent, en cas d'alerte, à les recevoir dans leurs châteaux fortifiés; mais cette protection ne fut pas accordée gratuitement. Ceux des seigneurs qui avaient besoin d'hommes pour la défense de leurs forteresses exigèrent de leurs vassaux le service militaire ; ceux qui étaient assez riches et assez puissants pour soudoyer des mercenaires et se garder eux -mêmes stipulèrent des redevances en argent ou en nature. La tasque fut une de ces redevances; elle avnit été primitivement établie pour pourvoir à la construction et à l'entretien des fortifications du château seigneurial ; moyennant l'acquittement de cette redevance, les vassaux étaient dispensés d'y travailler en personne.

TASQUE, village du Gers, cant. de Plaisance, arrond. et à 39 kilom. de Mirande, à 58 kilom. d'Auch, sur l'Arros; 500 hab. Restes d'une abbaye dont le portail u conservé de très-belles sculptures. Tasque était autrefois fortifié ; les anciens fossés de défense sont encore bien conservés.

TASSA s. m. (ta-sa). Mainm. Nom donné par d'anciens auteurs aux tatous.

TASSAD1E s. f. (ta-sa-dl). Bot. Genre d'arbustes grimpants, de la famille des asclépiadées, tribu des cynanchées, comprenant une dizaine d'espèces, qui croissent en Amérique.

TASSAKRT (Nicolas-François-Octave), peintre, né à Paris en 1800, mort en 1874. Cet artiste, au talent si sympathique et qui a su faire vibrer des cordes si émues dans sa Famille malheureuse du musée du Luxembourg, s'est asphyxié, comme les désespérés dont il avait peint l'agonie. Il eut pour premier maître E. Girard, dans l'atelier duquel it entra en 1816, et il se fit admettre en même temps à l'Ecole des beaux-arts, où il demeura jusqu'en 1825, après avoir vainement travaillé pour le prix de Rome. En 1818, il était entré chez Guillou Lethière, dont il fut l'élève pendant trois ou quatre ans. TassaSrt n'a jamais eu le métier facile ; de la le peu de succès de ses premières peintures et surtout des portraits qu'il exécuta en sortant de chez Lethière. L'artiste ne se laissa pas décourager et il obtint quelques travaux pour la galerie de Versailles; il peignit les Funérailles de Dagoberl à Saint-Denis (Salon de 1834). Ce travail de commande ne lui fit pas, chose rare, abdiquer sa personnalité : il sut y mettre un sentiment très-fin, de l'émotion, de la jeunesse, et fort peu de cette solennité qui est comme la marque de fabrique des tableaux de Versailles. Mais l'art officiel ne devait point le tenter longtemps. Tassaert se sentait envahi déjà par la muse des larmes. Au Salon de 1835, parut la Mort du Corrêge. La légende raconta que le peintre de l'Anliope et de la Nuit mourut victime de la grossièreté de quelques moines facétieux, qui, forcés de lui payer 1,500 ou 1,600 francs, lui refuirent cette somme en monnaie de cuivre I Le malheureux, pliant sous le fardeau, porta chez lui, sous un soleil de feu, ce poids énorme. Atteint d'une pleurésie, il se coucha en rentrant, et quelques jours après il était mort. Cette légende est fausse. Mais le peintre, peu soucieux de l'exactitude historique, a essayé de venger le grand Corrége, et son tableau est navrant. Composé avec soin , d'une grande habileté de mise en scène, il émeut par les détails qui meublent cet intérieur austère où s'éteint un homme de génie. En 1836, TassaErt exposa : Diane au bain et la Mort d'Héloïse. Les qualités éminentes qui distinguent ces deux compositions furent encore plus marquées dans les tableaux de son expositionde 1840 :\' Ange déchu, Erigone, les Voleurs volés et le Marchand d'esclaves. Dès lors le peintre put compter sur un succès à chacune de ses expositions. Nous n'avons donc qu'à citer, par ordre chronologique, celles qui ont été popularisées par la gravure et la lithographie : les Enfants heureux, les Deux Mères, la Famille malheureuse, V Intérieur d'atelier, les Jardins d'Armide, le Retour au village, le Vieux musicien, la Rentrée du bal, Madeleine au désert, le Christ aux Oliviers, le Doute et la Foi, la Vierge allaitant Jésus, la Tentation de saint Antoine, les Deux /réres.Le Vieuac musicien et la Famille malheureuse reparurent en 1855 avec le Sommeil de l'Enfant Jésus, le fils de Louis XVI dans la tour du Temple, la Triste nouvelle et Sarahla Baigneuse. Tassaert avait obtenu une 2e médaille en 1838 et une ire médaille en 1849.

TASSAO s. m. (ta-sa-o — mot portug.).

Viande de bœuf salée et séchée.

— Encycl. Le iassao ou tassaie est une méthode de conservation des viandes.

Le tassao est une cuisine portugaise. Elle se

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compose de chair de bœuf ou de chair de vache (cette dernière a la préférence); on coupe la viande par grandes aiguillettes, on la sale et on la fait sécher au soleil. Lorsqu'elle est bien sèche, elle est susceptible de se conserver longtemps et peut supporter de longs transports. Lorsqu'on veut employer cette conserve, on la fait dessaler dans de l'eau pure, on la lave bien, on la fait revenir dans de l'eau tiède et ensuite on la soumet à une cuisson. Au siècle dernier, il s'en faisait une grande consommation sur les côtes de Caraque, de Carthagène et de Portobello. Il ne faut pas oublier que les Portugais, qui doivent être comptés parmi les premiers peuples navigateurs, cherchèrent, longtemps avant nous, les moyens de conserver les viandes. Ils avaient découvert la manière de conserver des tranches de porc, et c'est à leur système que nous devons notre salé.

TASSAI1ANTE s. f. (ta-sa-ran-te). Sorte de natte sénégalienne en cuir et roseau.

TASSABD ou TASSART s. m. (ta-sar).

Ichthyol. Genre de poissons acanthoptèrygiens, de la famille des scombéroïdes, voisin des thons, et comprenant une vingtaine d'espèces, qui vivent dans les deux océans.

TASSE s. f. (ta-se. — L'origine de ce mot ost controversée. Chevallet prétend que c'est le même mot que l'ancien français tasque, tasche , qui s'employait dans la signification de poche, petit sac, gibecière, bourse que l'on portait a la ceinture. Il le rapporte, en conséquence, au germanique : ancien haut allemand (asco, poche ; allemand tascAe, Scandinave taska, danois tas/ce, hollandais tas, bourse. Il est plus probable que tasse se rattache à l'arabe tassnh, bassin, coupe, lequel, s'il ne vient pas du verbe tasse, tremper, est emprunté au persan tâs, tost, coupe, tasse, le même que lasht, bassin, tashtah, plat, panier. Comparez le zend tâcta, façonné, fabriqué, de tash, oui représente la grande racine sanscrite taksh, fabriquer). Vase à bords peu élevés : Tasse de porcelaine, d'argent, de bois, de cristal. Boire à tasse pleine, à pleine tasse. Il recueillit une tassb de coco, où elle avait coutume de boire. (B. de St-P.) Un vieux pauvre et son chien s'approchèrent, levèrent la Ute d'un air suppliant et inquiet, tendant l'un son chapeau, l autre sa tassb de fer-blanc. (E. Sue.) u Petit vase à boire orné d'une anse : Un cabaret de douze tasses. Tout le monde boit son Café dans sa tassb et jamais dans sa soucoupe. (Berchoux.)

— Liqueur que contient une tasse : Prendre une tasse de chocolat. Je fortifiai mon diner de deux grandes tasses de café également fort et parfumé. (Brill.-Sav.)

— Pop. Tasse de café : Voyons! qui paye une tasse?

— Demi-lasse, Tasse plus petite que les tasses ordinaires.

— Loc. fam. Boire à la grande tasse, Sa noyer.

— Moll. Tasse dé Neptune, Nom vulgaire d'une coquille du genre volute.

— Encycl. L'ustensile appelé tasse peut être en bois, en terre, en faïence, en porcelaine ou en métal. Son usage était autrefois bien plus répandu qu'il ne l'est aujourd'hui, où tout le monde se sert de verres. Il en existe de toutes grandeurs et de toutes ligures ; les unes sans anses, d'autres avec une ou deux petites anses, simples ou façonnées.

Les Romains se servaient communément de tasses; celui qui versait à boire était obligé, pour remplir une tasse, de puiser avec un petit gobelet, nommé cyathe, à plusieurs reprises et jusqu'à neuf ou dix fois dans le cratère, grand vaisseau pl(.-i n de vin.

Il existait trois sortes de tasses: les petites, les moyennes et les grandes. Les petites étaient :

Le sextans, de 2 cyathes.

Le quadrans, de 3 — ■

Le triens, de 4 —

Les moyennes étaient :

Le quincunx, de 5 cyathes.

Le semis ou l'hémine, dé. . 6 —

Le septunx, de 7 —

Le bes, de 8 —

Les grandes étaient :

Le doclrnns, de 9 cyathes.

Le dexlrans, de lo —

Le deunx, de 11 —

Athénée nous apprend que les Grecs buvaient aussi dans des tasses de différentes grandeurs, suivant la personne en l'honneur de qui ils vidaient la coupe. Ainsi, il fait dire Et l'un de ses héros : « Echanson, apporte une grande tasse. Verses-y les cyathes qui se boivent à ce que l'on aime; quatre pour les personnes qui sont ici à table, trois pour l'Amour. Ajoute encore un cyathe pour la victoire du roi Antigonus. Holà I encore un pour le jeune Démétiius. Verse présentement le dixième en l'honneur de l'aimable Vénus. •

« Un grand nombre de découvertes qu'on a faites à Herculanum prouvent, dit Winckelmann, que l'on fait peu d'ouvrages dont les formes sont nouvelles et qui n'aient été autrefois employées ; car ou y a trouvé des tasses d'argent avec leurs soucoupes, de la

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même forme et de la même grandeur que celles dont nous nous servons pour le thé. Ces tasses sont très-délicatement travaillées et bien ciselées en relief; elles servaient au même usage que les nôtres, c'est-à-dire qu'elles étaient destinées pour boire de l'eau chaude, et il y avait chez les Romains des maisons particulières où l'on allait en boire, comme 'aujourd'hui on va prendre du café. • Taaae à «h* (la), vojrage d'un Angl«l. * lu

découverte d'une ia««e A tbé, par A. Kaempfen (1868, in-12). Cet ouvrage est un de ceux qui plaisent à tous les lecteurs, sans distinction d'âge, d'humeur et de situation sociale. Le sujet en est bien simple. Un jeune Anglais, sir Edmund Broomley, brise involontairement une tasse à ths, une merveille de chinoiserie, chez sa fiancée Aurora Simpson. La fantasque jeune tille s'écrie : • Sire Edmund, je vous le jure, je ne serai pas votre femme avant que vous ne m'ayez rapporté une lasse exactement semblable k celle que vous venez de casser, dussiez- vous aller jusqu'à Pékin pour la trouver. » Sir Edmund va chercher sa tasse à Pékin et, lorsque après seize mois d'absence il la rapporte, mis3 Aurora pâlit et laisse échapper le plateau de tasses qu'elle apportait pour le thé, et les tasses se brisent sur le parquet. Il y en avait cinq; c'était l'élégantservicequesir Edmund avait malencontreusement dépareillé. «Faut-il que je retourne en Chine chercher cinq tasses semblables k celles-ci î demande sir Edmund en tendant à miss Aurora la tasse qu'il apportait de Pékin, — Oh 1 non, si vous m'aimez, • répond la jeune tille.

Le sujet véritable de la Tasse à thé est le récit des aventures et des impressions de voyage de sir Edmund à la recherche de sa tasse introuvable, qu'il finit cependant par trouver, mais au prix de quelles fatigues et de quels dangers 1 Après avoir parcouru la Chine et le Japon, notant chemin faisant de fort curieux détails de moeurs, il aperçoit en tin l'objet de ses désirs sur l'étagère de Cbung-Tso, un Chinois qui en remontrerait aux Ecossais pour son hospitalité. Hélas I c'était le seul souvenir de sa petite Leïli, morte avant d'avoir vu fleurir son quinzième printemps, et Chung-Tso ne s'en séparera qu'avec la vie. Désespéra, sir Edmund se remet en route et tombe entre les mains de pirates. Déjà un boulet au pied.il va aller contempler au fond de la mer des curiosités plus rares peut-être que sa porcelaine de Chine, lorsque, le corsaire étant fait prisonnier, sir Eduiund se trouve délivré. 11 bénit cette aventure, car il a trouvé dans la cabine du pirate une lasse semblable à celles de miss Aurora. Vite il repart et, en passant, va rendre visite a son ami Chung-Tso. Funeste nouvelle 1 la tasse qu'il a entre les mains est celle de Leï-li, que le pirate avait volée au malheureux père. Sir Edmund est gentleman, ii sacrifie son bonheur à son devoir et rend la tasse à son légitime possesseur. Ce nouveau coup du sort achève d'abattre le voyageur et une lièvre violente le saisit, Après être resté près d'un mois entre la vie et ta moi t, il reçoit un petit coffret qui lui est adresse. Chung-Tso, atteint d'un mal subit, avait voulu lui laisser un souvenir et lui avait envoyé la tasse de Leï-li. Elle est bien à lui, cette fois 1 Cette conquête le guérit uux trois quarts, mi»s Aurora achèvera la cure.

R en de plus naturel et de plus aimable que le Journal de sir Edumnd ; ses impressions s'y traduisent naïvement et cependant font sourire le lecteur par une pointe d'humour. Un autre charme de ce livre, c'est l'exactitude de la couleur locale; sir Edmund ne se départ pas un instant de la fierté britannique ; il est Anglais jusqu'au bout des ongles.

TASSE (pmodée), seigneur italien, né à Cornelio dans la seconde moitié du xme siè. cle. Il appartenait» une noble famille de Bergame et passe pour être la tige des Tasse, Tassi ou Taxis, qu'a illustrés l'auteur de la Jérusalem déduite. Ûuiodée Tasse est regarde comme l'inventeur, ou plutôt comme le restaurateur des postes en Italie. > L'Italie, l'Allemagne et l'Espagne, dit Miger, récompensèrent ce service en conférant k un . grand nombre des membres de cette famille le géuèralat des postes, et l'établissement, en Allemagne, de la. maison priucière des Tassi ou Taxis n'a pas d'autre origine. •

TASSE (Bernardo Tasso ou), poète italien, descendant du précédent, né à Bergame en 1493, mort à Ostiglia (duché de Mantoue) en 1569. Tout jeune encore, il se trouva orphelin et presque sans fortune; mais son frère, qui était evêque de Reeanati, lui fit faire ses étuues et Bernard se signala par ses progrès rapides dans l'étude des langues, par sa facilité à composer des vers en italien et eu latin. Son oncle ayant été assassiné en 1520, il se trouva livré k ses propres ressources, se rendit successivement à Padoue, k Venise, à Kerrare, où il vécut presque misérablement, et chercha des consolations dans l'étude et dans la poésie. Un sonnet, qu'il composa vers cette époque sur la belle Ginevra Malatesta, dont il s'était vivement épris et qui venait de se marier, obtint un succès populaire dans toute l'Italie. En 1525, il devint secrétaire de Guido Rangone, général des années pontificales, qui le chargea de diverses missions, puis passa au service de Renée de France, duchesse de Ferrure, qu'il guitta pour devenir premier secrétaire du

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prince de Salerne, Ferrante San-Severino. Tasse gagna toute la confiance de ce prince et le suivit en Afrique? en Flandre, en Allemagne. S 'étant rendu a Venise, il y eut une liaison amoureuse avec Tullia d'Aragon, puis il passa à Salerne, où il épousa, en 1539, Forzia de Kossi, dont il eut un fils, le fameux Torquato Tasso, Lorsque le prince de Salerne passa au service de la France (1547), Tasse fut enveloppé dans la disgrâce de ce prince et vit ses biens confisqués. 11 se rendit alors à Paris pour engager Henri II, au nom de San-Severino, à entreprendre une expédition contre Naples. Ayant échoué dans sa négociation, il retourna en Italie, entièrement dénué de ressources, mais trouva successivement de nouveaux protecteurs dans le duc d'Urbin, le duc de Mantoue, qui le prit pour grand secrétaire (1593), et dans le duc d'Ostiglia, qui lui donna le gouvernement de cette ville. Tasse avait été admis au nombre des membres de l'Académie de Venise. Son ouvrage le plus remarquable est le pu6ine de l'Amadis de Gaule ■{{' Amadigi), en cent chants (Venise, l5âo, in-L2), qui eut un grand succès à son époque et que Sperani n'a pas craint de placer au-dessus de VOrlando de l'Arioste, mais qui est à peu près oublié aujourd'hui. Le plan eu est défectueux ; toutefois, on y trouve d'agréables descriptions et le Style ne manque ni degrâee, ni d'élégance, ni de pureté, comme dans ses autres compositions. Nous citerons encore de lui : Mme (Venise, 1531): / Tre hbri de y H amori (Venise, 1537) ; Ode e Satmi (Venise, 1560) ; Il Floridante, poème en dix-neuf chants, dont les huit premiers sont presque entièrement extraits de ['Amadis (Mantoue, 1580) ; iiayionamenlû délia poesiti, discours ; deux Lettres^ dont une partie a été traduite en français et publiée à Paris (1554, in-8<>).

TASSE (Torquato Tasso, en français le), un des plus grands poètes modernes de l'Italie, fils du précédent, né k Sorrente le 11 mars 1544, mort à Rome le 25 avril 1595. Bernard Tasso, son père, attaché au prince de Salerne, fut atteint parla proscription qui frappa ce prince lorsqu'il se fut prononcé contre Charles-Quint, Forcé de s'expatrier, il envoya son fils étudier à Rome, puis à Fergaitie. Les premiers développements de l'esprit du jeuDe Torquato furent extraordinaires; à neuf ans, il possédait les langues savantes et expliquait les poètes classiques; avant d'avoir atteint sa douzième année, il étonnait par la profondeur et la variété de ses connaissances. En même temps, il montrait une vocation irrésistible pour la poésie. Son père, découragé par des revers de fortune et jugeant par son propre exemple combien la carrière littéraire est semée de disgrâces et de déceptions, voulut l'arracher à cette passion, qu il considérait comme funeste. Il l'envoya étudier le droit à l'université de Padoue. Tasso ne se montra pas moins supérieur dans ces nouvelles études; il soutint avec éclat des thèses juridiques sur la théologie, la philosophie, la jurisprudence et reçut le bonnet de aocteur dans ces diverses facultés. Mais, au milieu de ses triomphes universitaires, c'était toujours la poésie qui l'attirait avec le plus d'empire, et le jeune jurisconsulte commença a se faire connaître par le poBme chevaleresque de Renaud, qu'il publia à l'âge de dix-sept ans et qui fut accueilli par les applaudissements enthousiastes de toute l'Italie. Dès ce moment, il se vit recherché par les savants et par les princes, appelé à la cour du duc de Ferrare, Alphonse II (1565), et nommé gentilhomme du cardinal Louis d'Esté, frère du duc, qu'il accompagna en France (1571). Accueilli avec faveur par le roi Charles IX, il tomba peu après dans la disgrâce du cardinal pour s'être exprimé trop librement sur la nécessité d'un massacre des huguenots, et il se vit réduit à un dénûment qu il a peint dans un de ses plus charmants sonnets, où il prie sa chatte de lui prêter pendant la nuit la lumière de ses yeux pour éclairer ses veilles ; il fut obligé d'emprunter a Ronsard deux écus de 6 livres. De retour en Italie, il fut reçu à la cour de Ferrure avec la même bienveillance qu'auparavant et se remit avec ardeur à la composition de sa Jérusalem délivrée, dont il avait écrit les premiers vers avant son départ. Toutefois, ce grand travail ne l'absorbait pas tout entier, et, comme délassement, il composa, en 1572, YAmiuta, comédie pastorale qui est restée le modèle du genre. Ce fut en 1575 qu'il acheva sa Jérusalem délivrée, et, avant même qu'elle fût livée k l'impression, commencèrent les malheurs du poêle. Il convient d'abord d'écarter la légende si longtemps accièditée d'après laquelle Torquato Tasso, amoureux de la sœur du duc de Kerrare, Léonore a'Este, aurait été surpris, puis chassé ignominieusement par son protecteur et finalement enfermé, pour récidive, dans une maison de fous. Cette fable ne repose sur rien. Les contemporains de Tasse qui y ont cru ne s'accordent même pas sur le nom de la femme qui aurait été la cause des mauvais traitements du duc ; les uns nomment Léonore d'Esté, d'autres sa sœur Lucrezia, duchesse d'Urbin, puis une autre Léouore (Leonora Sanvitale, comtesse de Suandiuiio),et une autre Lucrèce (Lucrezia BendidioJ, parentes d'Alphonse ; deux Vittoria, qui étaient également à la cour, sans compter une camériste, dont un ebroni-

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queur suppose que le duc était aussi jaloux. Chacun de ceux qui croient qu'une question d'amour ou de rivalité amena la défaveur du poBte trouve dans les sonnets et dans les épltres du Tasse un nom de femme qui semble justifier son opinion, car le poète a adressé des vers plus ou moins galants à beaucoup de femmes ; mais il faudrait ne lire que ces sonnets, et encore les lire avec un esprit prévenu pour arrivera croire que le Tasse » pu aimer une autre personne que lui-même.

Toutes ses poésies intimes décèlent un égoïsme et une infatuation tels qu'on ne peut croire accessible à la passion l'homme qui lésa écrites; ses Rime amorose, pleines de jargon précieuxet de flatteries hyperboliques, sont des rimes de courtisan qui décroche la lune, le soleil et les étoiles pour se faire bien venir des princesses et des duchesses; ce ne sont pas des rimes d'amoureux. La cause des malheurs du Tasse fut dans sou infatuaton, qui était vraiment prodigieuse. En choisissant le sujet de la Jérusalem délivrée, il n'avait pas obéi qu'à son instinct religieux et chevaleresque, reveillé à la fois par les vieux poëmes dont il faisait sa lecture favorite et par la croisade récente contre les Turcs ; il avait encore eu un autre mobile, i Les noms de toutesles familles nobles et souveraines de l'Occident devaient revivre, dit Lamartine, dans ce catalogue épique de leurs exploits et attirer sur l'auteur la reconnaissance et la faveur des châteaux et des cours. Les croisades étaient le nobiliaire de l'Europe ; le poète serait l'arbitre et le dispensateur de l'immortalité parmi les descendants de ces familles. • C'est bien ce que voulait le Tasse et ce que comprirent parfaitement tous ces peti.s princes, avides de renommée, qui les uns nourrirent le poète dans le luxe, les autres lui tirent des présents considérables. Le duc d'Urbin, auprès duquel il séjourna d'ubord, reçut du poëte la promesse de la dédicace de son épopée, et l'ébauche des trois premiers chants, dont le manuscrit se trouve dans la bibliothèque du Vatican, porte son nom et ses louanges en tète. En acceptant la luxueuse hospitalité d'Alphonse d'Esté, qui lui donna les loisirs nécessaires à l'achèvement de sa Jérusalem, le Tasse biffa le nom de sou ancien protecteur et le remplaça par celui du nouveau ; le manuscrit tel qu'il a été édité, sans son aveu, s'ouvre presque k chaque chant par des évocations k la gloire de 1 la maison d'Esté. Le poème achevé en 1575, ! le duc en pressa la publication ; le Tasse reculait toujours. It songeait en ce moment à j quitter furtivement la cour de Ferrure, ou il lui semblait qu'on ne l'avait pas traité selon . ses ineriies, et k se transporter à la cour des 1 Médicis, qui lui faisaient ûes offres tentantes. [ « Le duc est tres-bon pour moi, écrivait-il k cette époque, mais je voudrais des fruits et non des neurs. » Les négociations entamées en son nom par un de ses amis avec les Médicis n'aboutirent pas, mais le duc d'Kste en fut informé par lesennemis etles envieux du poète, et cette ingratitude d'un homme qu'il avait comblé de bienfaits l'irrita vivement. Dans les deux années qui suivirent, la faveur du Tasse à la cour de Ferrare décrut sensiblement; il l'avait bien mérité; mais son esprit inquiet et ombrageux s'ulcéra outre mesure. Il voyait partout des embûches, craignait qu'on ne l'emprisonnât et veillait sur , ses papiers avec un soin si jaloux qu'a peine osait-il quitter sa chambre. Ces angoisses ' continuelles assombrirent son caractère et il 1 tomba dans une noire mélancolie. Un jour, il 1 s'aperçoit que son secrétaire a été forcé, qu'on u fouillé dans ses manuscrits et ses lettres ; soupçonnant du fait un de ses rivaux, ii court à sa recherche à travers les appartements du palais, le rencontre, le soufflette et le provoque en duel. Mais l'autre trouve plus simple d'aposter quelques bravi qui, lu soir, attaquèrent le poète sans défiance et essayèrent de le tuer à coups de couteau. Le Tasse était courageux ; il lira sa dague, para avec adresse les premiers coups, fondit à. son tour sur les assassins, en blessa deux et mit les autres en fuite (décembre 1578). Quelque temps après, dans l'appartement même de la duchesse d'Urbin, un valet l'ayant regarde de travers, il tomba dessus à coups de poignard, A la suite de cet esclandre, le duc Alphonse prit le parti d'enfermer le poâce et, au bout de deux jours, l'invita à aller demeurer dans une de ses villas, ou l'absence de tout souci et le bon air de la campagne lui remettraient les sens en équilibre. Le Tasse écrivit au duc pour lui demander pardon, se reconnaissant coupable de soupçons injurieux pour son bienfaiteur et obtint d'aller faire une retraite au couvent de Saint-François. Là, changeant d'avis et pour fuir des persécutions imaginaires, il s'échappa de nuit, sans argent, et gagna à pied Sorrente, sa ville natale, où it arriva chez sa sœur dans le dénûment le plus compiet et revêtu d'habits sor- Uides (juillet 1577). Les bons soins de sa sœur et la tranquillité du séjour rétablirent sa santé, profondément altérée par toutes ses aventures; mais avec la santé revinrent aussi ses inquiétudes d'esprit. Il se trouvait mal à l'aise dans ce pauvre logis, habitué qu'il était au luxe de la cour de Ferrare; il écrivit au duc lettres sur lettres pour obtenir de rentrer en grâce. Le duc lui fit répondre qu'il était libre soit de revenir à Ferrare, soit d'aller ou bon lui semblerait. Cette réponse était bien sèche ; le Tasse s'en contenta et revint

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auprès du duc, qui lui rendit son appartement au palais. Alors il se plaignit de ce qu'on n'avait pas pour lui les mêmes égards que par le uassé, qu'il lui manquait des manuscrits, qnon l'empêchait de travailler. Il s'enfuit une seconde fois et parcourut au hasard l'Italie, cheminant le plus couvent à pied et vivant presque d'aumônes ; il séjourna ainsi a Mantoue, à Padoue, à Venise , à Fesaro, à Urbin, et erra dans les campagnes du Piémont, où il faillit être arrêté comme vagabond, près de Turin. Le marquis d'Esté, frère de la uuchesse Liionore, le reconnut sous ses habits en guenilles et t'amena au duc de Savoie, qui accueillit généreusement le poète. 11 retrouva la une certaine tranquillité d'esprit et se remit au travail, puis quitta subitement Turin et revint k Ferrare ; la nostalgie de cette servitude qu'il faisait semblant de maudire l'avait repris. Il arriva au palais du duc juste au moment où celui-ci donnait de grandes fêtes, k l'occasion de son second mariage avec Marguerite de Gonzague (î) février 1579). Il eut beau se nommer, rappeler aux gens de sa connaissance qui il était, personne ne tit attention k lui ; le duc refusa de le voir. Le poète s'emporta alors jusqu'à injurier son ancien bienfaiteur et a le menacer de sa vengeance. Alphonse le fit saisir et enfermera l'hôpital Sainte-Anne, qui servait à la fois de prison et d'hospice d'aliénés. Le Tasse, dit M. (Jherbuliez, fut d'abord détenu dans une étroite et triste cellule qui ressemblait k un cachot, et où il endura pendant quelque temps toutes les misères de la plus dure captivité, mal nourri, manquant de linge, privé de tous les soins que reclamait sa saine, privé même des secours spirituels, qu'il sollicitait iivec toute la véhémence du uésespoir, car à ses souffrances, à ses appréhensions était venue se joindre la peur oe l'enfer. Toutefois, il est certain qu'on ne tarda pas à le transférer dans un logement plus salubre et plus spacieux, comme le prouvent ses lettres datées de son appartement de S.iinte-Anne, Là il recouvra les coininodi es de la vie, qu'on lui avait d'abord refusées; il faisait souvent bonne chère et pouvait savourer à son aise les fruits confits et les friandises que lui envoyaient de bons Pères bénédictins. Dans les moments où il était de sens rassis, il partageait son temps entre ses livres, ses études, les visites que lui rendaient ses amis ou des curieux attires par le bruit de sa gloire et dj ses malheurs. Plus d'une fois on lui permit de sortir pour faire ces dévotions, pour assister à des tournois, à des mascarades. Al| honse d'Esté n'était pas un tyran de mélotlrunie. Ce prince hautain se contenta de venger sa majesté offensée en courbant sous le joug de la servitude le front rebelle qui l'ai ait bravé. Et qu'était-il besoin de recherches de cruauté pour que le Tasse, prisonnier, se sentit le plus malheureux des hommes? La maladie, de fréquents accès de fièvre, ses rêves à jamais évanouis, son génie méconnu, le bouillonnement de sa lierle outragée, 1 incertitude du lendemain, des bruits lointains de fêtes qui ranimaient dans son cœur le souvenir amer de ses grandeurs et de ses triomphes d'autrefois ; avoir aspiré à tout et aujourd'hui n'être plus rien, vivre dans le mépris et l'abandon à deux pas de ce palais ou naguère il était si choyé; n'y avait-il pas là de quoi lui fuire de 3a>ute-Anue un enfer? U resta ■ dans cet hôpital pendant se(t ans. Malgré ses torts, le châtiment du poète n'en fut pas moins trop rigoureux, et la mémoire d'Alphonse d'Lste en est restée flétrie. De nouvelles poésies, des discours philosophiques, des lettres où brillaient l'éloquence et la raison attestent assez que le Tasse n'était pas fou, mais seulement en pruie k des accès passagers d'une inoiioiuanie do.iloureuse, qui fut exaltée encore par sa captivité. Le pape, les cardinaux, tous les princes d Italie, «les villes même intercédèrent en vain en sa faveur. Lp duc craignait sins doute une de ces représailles du génie qui flétrissent un nom pour l'immortalité. Ce ne fut qu'au bout ce sept années qu'il consentiturendrelaliberte au poète, sur les instances de son propre beaufrere, Vincent de Gunzague, qui donna l'assurance que le malheureux ne se vengerait de sa détention par aucun pamphlet contre la maison d'Esté (1586). Peu de temps auparavant, le Tasse avait reçu k Saiun-Anne la visite de Montaigne, qui en a conservé le souvenir dans ses llssuis: ■ J'eus, dit-il, plus de despit encore que de compassion de le voir à Ferrare en si piteux état, surv.vant à soymesme, mescoignoissantsoy et ses ouvrages, lesquels sans son sceu, et toutefuis à sa veue, on a mis en lumière incorrigés et informes. » La Jérusalem délivrée avait, en effet, été imprimée sur un manuscrit dérobé au poète pendant sa captivité (Venise, 1580, in-4°). Tant qu'il avait été libre, le Tasse s'était formellement opposé à toute publication ; il craignait les censures ecclésiastiques, et, menace d'excommunication, il avait déclaré qu'il se soumettrait a toutes les exigences de l'inquisition. Or, aucun passage ne trouvait grâce aux yeux du sacré tribunal, et le Tasse, a force de raturer, avait pris le parti de tout refaire quand le livre parut. Il le désavoua, et, dès qu'il fut remis en liberté, il se consacra au nouveau poème, la Jérusalem conquise, qu'il voulaitcoinposersurleplan tracé par les inquisiteurs et par lequel il prétendait faire oublier son chef d'oeuvre. « Puisse

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ma nouvelle trompette aux sens Angéliques, dit-il dans l'invocation, réduire au silence celle dont le fracas remplit encore le monde !• 11 se trompait, car la- Jérusalem conquise n'ast qu'un faible écho du poème dans lequel il avait mis toute la verve de sa jeunesse. Elle parut seulement en 1593, avec deux autres puerais religieux écrits par le Tasse durant sa captivité, les Larmes de la vierge Marie tl les Larmes de Jésus. Une épopée sur la création, Le Sette giornale, ne fut imprimée qu'après sa mort (Vitetbe, 1607, in-8°). Accueilli honorablement à Mantoue, puis à Naples, à Florence, à Rome, il ne retrouva cependant ni le calme, ni le bonheur. Son âme était brisée à jamais et il passa le reste de sa vie à errer de ville en ville, luttant souvent contre la misère, quoiqu il fût protégé des grands, et toujours dévoré par une sombre mélancolie. Le cardinal Aldobrandini, devenu pape sous le nom de Clément VIII, voulut ranimer dans l'âme découragée du poète le sentiment de la vie avec celui de la gloire par une distinction éclatante et inusitée, en renouvelant pour lui le triomphe et le couronnement au Capitole, vieille coutume de la Home païenne, remise en honneur pour Pétrarque près de deux siècles auparavant. Mais il était trop tard. Les préparatifs de la fête n'étaient pas encore achevés lorsque l'illustre chantre de Godefrov fut saisi d'une lièvre violente. Pressentant sa tin pro-

chaine, il ne songea plus qu'à s'y préparer et se lit transporter au couvent de Saint- Onuphre, où il expira.

< Tous ses dons, quelque grands qu'ils soient, dit Em. Monlégut, sont des dons d'adolescent; le charme qui émane de ses œuvres est exactement le charme qui émane de l'adolescence, et. c'est même là ce qui le rend si irrésistible. C'est quelque chose à la fois d'espiègle et d'ingénu, de pudique et de lascif, de languissant et de mobile, qui est vraiment incomparable.... Cette adolescence du génie du Tasse est partout marquée. Il possède au plus haut degré, ettel qu aucun poëte ne l'a possédé, le sentiment de l'aurore et du matin de toute chose, aurore de la vie ou malin du jour, de tout ce qui est jeune daus la nature comme dans l'homme.... Le Tasse, inférieur à ses grands compatriotes pour la vigueur et l'originalité des conceptions, la largeur des pensées, la virilité de l'accent, la science de l'âme humaine, leur est trèssupérieur comme peintre de la nature.. . Si l'on me demandait de le définir en deux mots, je l'appellerais le poète des beaux frémissements. Il n'y a guère, en effet, dans ses œuvres et surtout dans son grand poème, que des frémissements, mais ils sont incessants et de toute sorte, frémissements de religion, frémissements d'héroïsme , frémissements d'amour. Les mouvantes ombres lumineuses qui passent sur un mur blanchi donnent seules l'idée de ces rapides mouvements d'enthousiasme qui se succèdent pour toute chose indifféremment, pourvu qu'elle soit douée de beauté, et qui expirent aussi vite qu'ils sont nés.... Le Tasse, c'est en quelque sorte la

- chrysalide du génie italien ; larve charmante, au contraire des autres larves, en qui se dissout l'aine ancienne, en qui on sent déjà frémir les aiies de l'âme encore à naître I Nature hybride, il participe de deux caractères, il est le point du jonction de deux arts. Si la mort est là, la vie y est aussi, et ce déclin est une aurore. Il forme le passage entre la poésie, qui dit en lui son dernier mot, et la musique, qui balbutie en lui ses premières mélodies. D'une main, il fait le salut d'adieu à la lignée de Dante et d'Arioste; de l'autre, il donne le salut de bienvenue, à travers les siècles, à la race des Pergo.èse, des Cimarosa, des Rossini et des Bellini.Oui, le Tasse

. peut être rangé parmi les grands poètes, car la signification du mol vales a encore en lui toute sa force. Ce voluptueux hypocondriaque remplit à sa manière les fonctions solennelles attribuées au poète : présider aux naissances et aux funérailles des sentiments humains, ensevelir les nobles choses qui ne sont plus et annoncer les nobles choses qui seront un jour. Il est un gardien des traditions antiques en même temps qu'un précurseur, •

La Jérusalem délivrée est le poème épique le plus beau et le plus complet des temps modernes. Le choix du sujet, si populaire dans toute la chiétienté, l'unité imposante du plan et de l'action, la variété des événements et des personnages, la beauté soutenue et la vérité des caractères, la pureté et l'harmonie du style, la richesse du coloris, l'abondance des images, l'élévation des pensées lui ontassuré une place auprès des grandes épopées classiques. On a blâmé la profusion des antithèses, des concetti, des images. Mais un maître en fait de goût, Voltaire, a judicieusement remarqué que ces défauts, sacrifices au goût d'une époque et d'une nation, et que notre révère Buileau a qualifiés de clinquunt, déparaient à peine quelques centaines de vers du Tasse, tandis que son style est presque partout élégant et pur.

Ses autres œuvres sont loin d'avoir la même valeur; en voici la liste chronologique, avec l'indication des traductions françaises : Il Rinaldo (Venise, 1562), poëme en douze chants, traduit plusieurs fois en français, notamment par Cavelier (Paris, 1813) ; Aminta favoia boscareccia (Venise, 1581, in-8°), pastorale traduite en vers français par Baour-Lormian (Paris, 1813), en prose

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par Berthre de Bourniseaux (Paris, 1802), etc.; Le Différente poetiche (Vérone, 1584, in-S°) ; // Forno, ovvero délia nobilita, dialogo (Vicence, 1581, in-4°), trad, en français par Le Fevre de La Boderie (Paris, 1584, in-8») ; Rime (Vicence, 1581) : Lettera nella quale si paragona VItalia alla Francia (Mantoue, J581); Il Romeo, ovvero det Giuoco, dialogo (Venise, 1581); Il Gonzaga; il messaggiero ; délia vertu eroica (Venise, 1582) ; Il Padredi famiglia (Venise, 1533); Apologia in difesa délia Gerusalemme liberata (Ferrare, 1585); Dialoghi e discorsi (Venise, 1586-1587), trad. en français par Baudoin, sous le titre : les Morales du Tasse (Paris, 1632, 3 vol. in-8°); Parère sopra il discorso di Lombardelli (Mantoue, 1586); // Hanso, ovvero dell' amicizia, dialogo (Naples, 1586, in-4o); Lettere familiari (Bergame, 1588, 2 vol. in-4°) ; Rime (Brescia, 1592-1593, 2 vol. in-8°); Lu grime di Maria Vergine, poème (Rome, 1593, in-4°) ; Gerusalemme conqtiistata, poëineen 24 chants (Rome, 1593, in -40); Il Àfantoliveto, poëme (Ferrare, 1605); Le Selle giornale delmondo creato (Viterbe, 1607, in-8°), poème dont il avait pris le sujet dans la Genèse; Nuovo discorso vet quale si ha notizia di molti accidenti délia vita det Tasso (Padoue, 1629, in-4o); Délie sedizioni di Francia (Brescia, 1819); Versi e litière inédite (Milan, 1821, in-8o); Torrismondo, tragédie qui renferme de belles situations et des chœurs majestueux et qui a été traduite en français par Vion (1636, in-4") ; des madrigaux, des sonnets, des canzoni pleins de grâce et de sensibilité;, des Discours philosophiques, des Lettres, des ouvrages de polémique littéraire, etc. Ses œuvres complètes ont été publiées par Rosini (Pise, 1821, 30 vol.). La Jérusalem délivrée, publiée pour la première fois à Venise (1580, in-4°), a été traduite en français par Mirabaud (1724), l'anckoucke et Framery (1783), Lebrun (1774), de Mazuy (1S38), Philipon deLaMadelaiue(184l),F,Desserteaux(1856).

Baour-Lormian en a donné une trad. en vers (1795 et 1819).

Tn.«e (lb) [Torqualo Tasso], drame en cinq actes et en vers, de Goethe (1790). Goethe a voulu peindre dans cette pièce, non cet éternel conflit tant de fois reproduit de la vie idéale et de la vie matérielle, mais l'opposition qui existe souvent entre le caractère d'un poète et celui d'un homme du monde. Il a montré le mal que la protection d'un prince peut faire au génie d'un écrivain, lors même que ce prince croit aiiner les lettres ou du moins veut passer pour les aimer; il a représenté la vie de cour dans toute sa pompe et en a fait ressortir le néant. « Cela deviendra ce que cela pourra, écrivait Gœthe, parlant de cette pièce h Lavater, en janvier 1778; mais je m'en suis donné à cœur joie avec la critique des différentes impulsions qui se disputent le monde. Le dégoût, l'espérance, l'amour, le travail, le malheur, les aventures, l'ennui, la haine, les sottises, les folies, la joie, le prévu, l'imprévu, l'uni et le profond; au hasard, comme tes dés tombaient, j'ai relevé tout cela de fêtes, de danses, de grelots, de soie et de paillettes. »

L'effet que le poète dramatique cherche d'ordinaire à produire repose sur deux bases : les caractères et l'action. On a prétendu que .Goethe avait complètement négligé une de ces bases et que le Tasso manquait absolument d'action. Il est vrai que, dans l'œuvre de Gœthe, nul fait extérieur ne force les personnages à adopter telle conduite pluiôt que telle autre; c'est des différents rapports des Caractères, de leur harmonie et de leur désaccord que naissent les événements, que le nœud se fait et se défait. Les personnages se divisent en deux groupes : le Tasse et la princesse d'un côté, qui sont tout à fait en dehors de l'action, ne développent leurs caractères que par l'expression élevée de leurs sentiments; Antonio et la comtesse Léonore de l'autre, qui intriguent, agissent; puis le prince lui-même, qui sert de lien et de trait d'union entre l'idéalisme des uns et le réalisme des autres. Dès les premières scènes du drame, les deux femmes se promènent dans les jardins du château de Bel-Riguardo. Le printemps gonfle la sève des arbres et épanouit le cœur des hommes. Deux couronnes sont tressées par les deux nobles daines; l'une, en laurier, sera donnée parla princesse au Tasse, qui a remis son poème de la Jérusalem délivrée entre les mains du duc d'Esté; l'autre, en fleurs, est destinée par la comtesse Léonore à l'Aiïoste. A peine le Tasse a-t-il reçu de celle qu'il adore en secret cette précieuse récompense, qu'Antonio, le conseiller intime du duc d'Esté, parait. Les deux hommes se rencontrent, le poète tout étourdi encore de son bonheur, Antonio fier aussi du succès diplomatique qu'il vient d'obtenir à Rome, et jaloux à la vue de la faveur dont jouit le Tasse. Dès les premiers mots, la rivalité se dessine, la sourde haine d'Antonio se fait jour. Antonio n'est qu'un courtisan dans la plus mauvaise acception du mot; il n'a qu'une ambition, la faveur du prince, et pour y parvenir ou pour la conserver tous les moyens lui sont bons. Le drame s'engage sur cette rivalité. Le Tasse, ayant osé avouer son amour à la princesse, ne s'est pas vu repousser sans pourtant avoir reçu aucun encouragement. Mais le silence de celle qu'il adore le transporte de joie. Elle lui a eon-. seillé da se réconcilier avec Antonio, et,

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malgré sa répugnance, le poète court exécuter le désir de la princesse ; mais Antonio ne répond pas à ses avances, il le repousse, raille son ardeur, le traite d'enfant et pousse enfin ce caractère ombrageux et susceptible, que l'amour un moment avait assoupli, jusqu'à demander satisfaction. Antonio objecte pour motiver son refus le lieu où ils se trouvent; mais le Tasse est tout prêt à le suivre dans un autre endroit, et, sur une seconde objection, il tire son épée. Le prince survient et son secrétaire sait adroitement l'irriter contre le Tasse, qui s'est oublié jusqu'à se . servir de son arme dans le palais même de son maître et commettre ainsi le crime de Jftse-majestè. Le Tasse est conduit en prison, après avoir remis au prince et sa couronne et son épée. II n'y restera pas, car Antonio ne le craint plus. Dans une scène avec ia comtesse Léonore, il expose tous les motifs de haine qu'il a contre le Tasse. Ne l'ail pas trouvé, à son retour de Rome, en possession de la faveur du prince, sans qu'il eût rien fait pour la mériter? Ne l'a-t-il pas vu couronner par la main des plus nobles et des plus gracieuses femmes? Mais il a mesuré ses forces contre les siennes, et il ne garde plus aucun ressentiment contre cette tête de poëte qui lui parait si peu dangereuse. Le Tasse veut partir, il veut fuir celte cour qui lui devient si peu hospitalière. En vain Antonio personnellement, puis au nom du duc, cherche-t-il à le retenir; la résolution du poète est inébranlable. Quand Antonio revient annoncer au duc l'obstination du Tasse, son curactère de courtisan se développe tout entier. D'abord, il se désole d'être la cause de ce départ, puis, sur l'assurance du duc que c'est le caractère indomptable, ombrageux du puete qui en est la cause, il change de tactique et, abondant dans le sens de son maître, il t'ait du Tasse le portrait le plus grotesque et conseille finalement au prince de le laisser partir.

Sons ce personnage d'Antonio, on a voulu reconnaître Herder, comme si Gœihe, en se peignant, lui-même sous les traits du Tasse, s'était laissé aller à une mesquine rancune linéraire. Gœthe déclare en effet, dans ses Mémoires, que dans Torquato Tasso il a mis i beaucoup de choses personnelles. > Le fond du caractère de la comtesse Léonore n'est que ruse, coquetterie et vanité; elle est ambitieuse, et, comme Pétrarque, a immortalisé sa Laure dans ses vers, elle voudrait figurer dans l'œuvre du Tasse. Que lui importe le chagrin qu'elle causera à son amie la princesse, si elle lui enlevé ce cœur qu'elle aime et dont elle est aimée? Quelques sophismes boiteux l'ont vite délivrée de tout scrupule. Elle peint au Tasse le séjour de Florence sous les couleurs les plus séduisantes. C'est là qu'il doit se retirer, c'est lit qu'elle viendra le rejoindre, et, prévoyant d'avarice son objection, elle persuade au poëte que la princesse le verra partir avec plaisir, alors qu'elle Saura que c'est pour son bien, pour sa gloire qu'il s éloigne. Le prince Alphonse n'a pas de caractère individuel, et l'auteur, sous risque de changer toute sa pièce, ne devait lui prêter aucune qualité transcendante. C'est la personnification de la puissance, de l'autorité, et il ne prend part à la pièce que par son pouvoir de prince. Ce n est ni la personne du poâte, ni la poésie elle-même qu'il protège, c'est l'œuvre qui doit l'illustrer, lui et sa famille, et transmettre son nom à la postérité. Dans ia Jérusalem délivrée, les éloges sont en effet prodigués à chaque instant à la famille (J'Este, et l'histoire raconte que dans sa Jérusalem reconquise le Tasse a eu soin de faire disparalire tout ce que l'amitié et la reconnaissance lui avaient arraché de flatteur sur ses protecteurs.

Le caractère du Tasse lui-même était difficile à tracer et ne prétait que médiocrement à exciter la sympathie.

On a dit avec raison que son tempérament et son organisation étaient en rapport intime avec son talent poétique. Son enthousiasme, si prompt à s'enflammer , provenait d'une sensibilité très-excitable; la dignité de son style prenait son origine dans son or^ue.l artistique et dans une tendance naturelle à la solitude et à la méditation. Le trait de son caractère qu'on pouVait le inoins deviner par ses œuvres était sa défiance capricieuse et sa haine de l'humanité. Gœthe a saisi tous ces détails historique* et les a reproduits dans son personnage. Quelquefois il a prêté au Tasse des discours et des opinions qu'il a empruntés kses poômes mêmes, et, pour n'en citer qu'un exemple, tout ce que dit le Tasse, dans la pièce de Gœthe, sur l'âge d'or, est tiré d'un chœur du premier acte d Aminta. Il n'y a d'ailleurs dans la pièce que tout juste l'action nécessaire pour développer le euraetère.du Tasse, et, par le dénouaient tout à fait philosophique de l'œuvre, ou comprend aisément que l'auteur, primitivement, ne l'ait pas destinée à la scène. Une fois que le poëte a reçu de la main de la princesse la couronne qui, pour lui, est autre chose qu'une simple récompense, il est tellement ravi de ce gage d'amour, que le bonheur de sa vie poétique ne lui suffit plus. Il se rappelle avec enthousiasme l'impression que lui ht dans sa jeunesse un tournoi brillant à Ferrare. Alors il veut être lui-même un vaillant chevalier, et le désir de la vie active l'emporte un moment sur la contemplation intérieure. Mais la princesse lui rappelle que, dès leur pre-

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mière entrevue, elle avait attendu de lui les jouissances d'une nouvelle existence tout idéale. Le bunheur, selon elle, dépend de la femme et consiste dans cette union mystique des âmes, où les faux désirs et les mauvaises passions n'ont rien à voir. La possession matérielle n'est qu'une chimère, le parfait accord spirituel est la vraie félicité. Le Tasse lui avoue qu'elle résume toute sa vie, toute sa pensée, toutes ses aspirations ; c'est elle qui l'inspire, c'est elle qui est son génie. La princesse accepte ce dévouement, mais l'exhorte au calme ; elle craint d'avoir trop montré l'état de son cœur et d'avoir donné de coupables espérances à cette nature enthousiaste. Les conseils sont superflus. Le Tasse se sent aimé; il n'osait croire à un pareil bonheur, il en est certain après ce long entretien. Même au quatrième acte, dans son cachot, alors que son humeur défiante et chagrine a repris le dessus, alors qu'il accuse tout le monde de ses malheurs, il se souvient des paroles de la princesse et il s'y réfugie comme dans une Suprême consolation. On ne peut lui refuser la pitié, car on sent combien il souffre; mais ce n'est pas la pitié tragique, celle qui naît de la lutte d'un héros avec le destin, qu'il inspire. Au cinquième acte, il faut admirer cette scène merveilleuse entre le Tasse et la princesse, où chaque mot a sa valeur. Les premières paroles delà princesse sont réservées, entrecoupées; son émotion se trahit par l'indécision de son langage; sans faire allusion à leur situation réciproque, elle ne s'adresse qu'à ce qu'il y a d'humain en lui, et, devant les douces et consolantes paroles de cette bouche aimée, les caprices du poëte s'évanouissent enfin. Mais sa passion se réveille aussi dans toute sa force; il veut serrer la princesse dans ses bras. Celle-ci épouvantée le repousse et fuit. Gœthe aurait pu laisser tomber le rideau sur ce dénoûment, mais il n'a pas voulu que le destin accablât son héros. Après ce moment d'égarement, le Tasse revient a lui; un principe plus élevé se fait jour dans son intelligence; il se reconnaît, il sent qu'il s'est blessé lui-même pour avoir blessé celle qu'il aime. Le seul remède est de recommencer une autre vie et de donner au monde, par son génie, ce qu'il est en droit d'attendre de lui. Ce "dénoûment n'a rien de dramatique évidemment, mais il est conforme kla tendance de la pièce.

« Le Tasse de Gœthe, dit M. J.-J. Ampère, est une alliance entre les sentiments de la beauté extérieure, telle qu'elle se montre dans la nature méridionale, et les monuments de l'antiquité d'une part, et, do l'autre, tout ce qu'il y avait de plus subtil et de raffiné dans l'esprit et l'imagination du poète allemand. Les caractères de Ses personnages, leurs relations idéales, le type que chacun d'eux représente, tout cela , il ne l'a pas trouvé dans l'histoire de Ferrare : on reconnaît les souvenirs de Weimar transportés, pour les embellir, dans les siècles poétiques du moyen â,re, et sous le doux ciel de l'Italie, Quant nu rôle du Tasse, il me parait destiné tout entier a la peinture admirable des troubles d'une imagination en proie à elle-même , qui pour un mot s'enflamme, se décourage, se désespère, qui s'arrête sur un souvenir, s'exalte pour un rêve, se fait un événement de chaque émotion, un supplice de chaque inquiétude, souffre, jouit, vit enfin dans un monde étranger au monde réel, qui a, comme celuici, ses orages, ses trisfsses et ses joies. •

Le premier manuscrit de Torquato Tasso était écrit dans une prose fort poétique; ce n'est que plus tard, alors qu'il pensait aussi à l'approprier k la scène, que Gœthe l'écrivit en vers.

Ta««e (mort du), tragédie allemande, de Raupach (1825). Cette pièce est remarquable par la simplicité des ressorts, mais déparée par l'abus des dissertations auxquelles se livrent les personnages, et qui dégénèrent en plaidoyers. L'action se passe entre quatre interlocuteurs : le Tasse, le cardinal Ludovico d'Esté, la belle Leonora et Antonio, familier du duc Alphonse ; celui-ci ne parait pas. Au premier acte, le cardinal, qui aime beaucoup le Tasse, s'enquiert aveu intérêt de son état en arrivant à Ferrare. Antonio, l'homme d'affaires, pratique et positif, lui raconte que le poëte s'est montré arrogant, insolent outre mesure, et qu'on a été obligé de l'enfermer. Grande dissertation, ou le cardinal excuse le Tasse, qu'Antonio inculpe toujours. Les deux personnages font à cette occasion une grande dépense d'esprit, de subtilités et de belles images. Deux thèses de même nature se traitent avec des moyens semblables dans deux autres conversations que le cardinal a d'abord avec sa sœur Leonora, puis avec le Tasse en prison. Ludovico annonce au poète qu'il est libre et qu'il va l'accompagner à Rome, où les soins de l'amitié achèveront de le calmer. A Rome, le Tasse, heureux de sa liberté, redevient pourlant injuste comme auparavant, jusqu'à ce que l'arrivée de Leonora et l'annonce de son couronnement par le pape, en l'exaltant jusqu'au délire, lui portent un coup mortel. En ce moment même, le Tasse reçoit un aveu d'amour très-mystique île la princesse Leonora, et il meurt en écoutant cette douce confession. Les caractères de cette tragédie sont tout de fantaisie; il n'y a d'italien absolumentque le sujet. Les personnages sont d'honnêtes docteurs allemands, qui parlent

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