TAS
comme dans une académie et font de l'analyse et de la poésie subtile, en gens qui se souviennent de leurs années d université. Leonora est un bas bleu, très-versée dans la critique philosophique; elle prononce sur la vocation de la femme en ce monde de belles
fiaroles précieuses, que jamais princesse itaienne ne se donnerai*, la peine de comprendre. Le style est celui d'un homme habite, mais sa poésie même a le privilège de rendre le drame encore plus invraisemblable.
T««e(LB), drame historique en cinq actes et en prose, d'Alexandre Duval (Comédie- Française, 26 décembre 1826). Le sujet de cette pièce est emprunté, comme celui de tous les drames ou romans qui ont le Tasse pour héros, à la légende des amours du poète avec la soeur du duc de Ferrare. Le Tasse aime la princesse Eléonore et en est aimé. Beimonte, son rival, cherche à le perdre dans l'esprit du duc, son protecteur. A la suite d'une querelle entre Belmonte et le Tasse, ce dernier est conduit en prison. Eléonore, qui y est venue pour le consoler, consent à l'épouser en secret et à fuir avec lui. Mais le duc, informé de ce projet, contraint sa sœur ù écrire au Tasse qu'il doit renoncer à ses espérances. Cette lettre trouble la raison du poëte, et le malheureux meurt en recevant la couronne que lui apportent les envoyés de Rome. Ce serait une très-piquante idée de mettre à la scène, non un Tasse de fantaisie, mais le Tasse réel; personne ne l'a encore fait.
Tuu k Sorrento (lb), comédie en deux actes, en vers, par M. le marquis A. de Belloy (théâtre de l'Odéon, février 1857). On trouve dans cette pièce toutes les qualités de l'auteur, qui sont la grâce, la finesse, la distinction, la fantaisie, et, plus peut-être que dans ses autres œuvres dramatiques, les défauts de sa manière qui tiennent à ce qu'il pousse ses qualités à l'excès. Ce qu'on ne peut lui contester, c'est la facilité, la souplesse et le charme du vers.
Fatigué de la cour, des servilités, des envies et des luttes, le Tasse a quitté Ferrare, les princes d'Esté et Léonore, sa bien-aimée. Il a erré de ville en ville ; il arrive à Sorrente, où demeure sa sœur Cornélie. Son visage est défait, son âme est abattue; l'espoir du repos le soutient ; l'épreuve du passé verse le doute sur cet espoir ;
Que les jours sans le» nuit» seraient doux loin dos
[villes :
Dans ce modeste enclos, sous ces verts orangers, Affranchis de la cour et des luttes servilcs, Comme ils s'écouleraient souriants et légersl Dès que le jour pâlit, dans la nature entière S'éteignent par degrés la vie et les couleurs; Tout meurt pour un instant, l'abeille au aein des
[fleurs, L'alcyon sur le flot, le bœuf sur la litière. Les plus vils animaux reposent ici-bas; Mais le plus las de tous, l'homme seul ne dort pas. Ou si parfoiB ses maux semblent avoir leur trêve, Sur son lit de douleurs s'il tombe en gémissant, Avant que le sommeil ait rafraîchi son sang, Déjà s'abat sur lui la fatigue du rêve.
Auprès de sa sœur il trouve sa cousine Laura, qui l'aime sans l'avoir vu. Le poète croit trouver dans cet amour la fin de ses maux; il s'y livre tout entier :
Mon oracle, a présent, c'est votre bouche rose, Un signe de vos veux, de votre blanche main.
Laura, flère de ces paroles,ne s'inquiète plus de l'amour du cousin Pierre, qui depuis longtemps la regardait comme sa liancée :
Nous, femmes, il nous faut des taches difficiles, Des cœurs à consoler, de grands maux à guérir... Au palais Colonna l'on montre une peinture. Un lion que, d'un air paisible et sérieux. Une vierge conduit lié par sa ceinture; Ce tableau, tout enfant, s'est gravé dans mes yeux. Tant le lion est fier, tant la vierge a de grâce, Et j'y pensais le jour où m'apparut le Tasse.
Le Tasse, en effet, se laisse enchaîner par l'amour de la jeune tille; la poésie même va lui être sacrifiée, il n'y voit plus le devoir de sa vie :
Devoir! c'est bien le mot que je cherche partout : Lui seul, lui seul répond à l'énigme éternelle. La muse en vain s'étonne et me crie : Infidèle.' J'irai, je marcherai dans le chemin frayé, Sous le joug social je courberai la tête. Il est des noms plus doux que celui de poète : Époux, frère, un surtout, un autre, bégayé Par des lèvres d'enfant, par un autre vous-même, Rose, frais, souriant, jeune et vivant poème.
Mais Cornélie :
Arrête... Garde-toi d'abjurer ton passé; Respecte-le pour nous, car ta gloire est la notre. Ne peux-tu donc aller que d'un extrême à l'autre 1 Il est des fleurs aussi dans le chemin tracé; La violette y croit tout le long du fossé.
Il semble que les douces espérances vont se réaliser pour le repos de cette âme malade; mais le cousin Pierre, véritable paysan italien, très-bien dessiné avec ses finesses et ses ruses, fait agir dans ses intérêts Forte Spnda, émissaire de la cour de Ferrare. Au premier coup porté par cet habile espion, le Tasse résiste :
... Je veux qu'il leur dise, à tous ces princes d'Esté, Que j'ai laissé leur pain pour celui de ma sœur. Moins chèrement vendu, moins tuner que le leur ;
TASS
Qu'ici j'aurai toujours dans ma petite chambre Ce qu'ils me refusaient quand j'étais dans leurs fers : Un sarment a brûler aux jours froids de décembre. Une chandelle au moins pour écrire mes vers... Mais, que dis-je ! chei nous, point de froids, point
[d'hivers; La vigne au mendiant laisse piller son ombre, Le ciel est toujours bleu, les chênes toujours verts; Le sol, jonché de fruits que le passant ramasse, N'a point l'air en donnant de vous faire une grâce ; Les champs comme les cceura au pauvre sont ouverts, Et si jamais la cire y manquait & mes veilles, Je la demanderais & mes sœurs les abeilles.
Ces belles paroles ne tiennent pas devanJ une lettre de Léonore que Forte Spada présente au poète. Laura est oubliée ; le Tasse va reprendre ses chaînes.
Taïae (la. mort du), opéra en troia actes, paroles de Cuvelier et Mélitas de Meun, musique de Manuel Garcia (Académie royale do musique, 7 février 1821). Pour réunir dans un même cadre l'histoire des amours du Tasse, sa mort et les apprêts du triomphe poétique qui lui était préparé, les auteurs ont placé à Ferrare le théâtre de tous ces événements, quoique le dénoûment ne pût avoir lieu qu'à Rome. Alphonse, duc de Ferrare, s'est éloigné de ses Etats, dont il a confié le gouvernement au prince Ferdinand, son parent. Celui-ci aime éperdument Eléonore, sœur d'Alphonse. Ses vœux sont reje'és par Cette princesse, qui porte le plus vif intérêt au chantre de la Jérusalem. Ferdinand abuse de son autorité pour éloigner son rival, il l'exile; mais il veut le voir avant son départ, il veut, dans un entretien particulier, éclaircir ses soupçons. Provoqué par Ferdinand, le Tasse porte la main sur son épée. Il est arrêté et jeté en prison. Renfermé dans l'enceinte d'une forteresse, éloigné de celle qu'il aime, il ne peut supporter une aussi pénible situation ; 1 horreur de sa captivité lui a ravi la raison. Eléonore pénètre jusqu'à, lui. Sa présence exerce une salutaire influence sur le prisonnier, qui reconnaît celle qu'il aime. Le nom de Ferdinand, imprudemment prononcé , le replonge dans le plus affreux délire. Alphonse est de retour; il est informé par Ferdinand de l'amour du Tasse pour Eléonore. Sans s'expliquer sur cette étrange confidence qui a l'air d'une accusation, il ordonne la mise en liberté du poète et veut qu'il soit amené dans son palais. Il assiste, en attendant, à une fête brillante que lui donnent ses sujets pour célébrer son retour. Une autre fête se prépare dans les jardins du duc de Ferrare, c'est celle du triomphe du Tasse. Lu princesse Eiéonore a présidé aux préparatifs, rien ne manque à leur magnificence. Bientôt parait le Tasse, pâle, affaibli par ses longues souffrances; il Saisit une lyre, il chante son amour. Le nom de celle qu'il adore lui échappe, Eléonore l'a entendu. Son aveu manquait au bonheur du grand poète , elle fait cet aveu. Mais la transition rapide de l'excessive infortune au comble de la félicité a épuisé le reste des forces du poëte. Le duc de Ferrare vient proclamer le décret de Rome qui accorde au Tasse les honneurs du triomphe, juste au moment où celui-ci expire; la couronne triomphale est déposée sur son tombeau. Ce poëme n'est pas autre chose qu'un vrai mélodrame. Confié a un Verdi, il eût obtenu peut-être un immense succès. Garcia n'en a tiré qu'une partition inégale, où l'inspiration est rare et le travail trop visible.
Toiu (le) [Torquato Tasso], drame lyrique en quatre actes, livret de Ferretti, musique de Donizetti; représenté à Rome en 1833. Cette œuvre, écrite avec la trop-grande facilité qui était le défaut du compositeur, renferme de fort belles choses, notamment le duo entre Torquato et Geraldini : In un'estasi, Ja cavatine de Leonora : Io l'udia, et le duo entre Leonora et Geraldini, qui est un des meilleurs duos de scène. Un chœur superbe et le finale du second acte ont de la grandeur et produisent de l'effet. Baroilnet a chanté avec goût le rôle de Torquato. L'action est intéressante.
Ta**e (le). Iconogr,On a élevé au Tasse, dans l'église deSiHiéronimites de Sant'Onofrio à Rome, en 1857, un monument dont les frais ont été couverts par une souscription nationale. Ce monument est l'œuvre du commandeur de Fabris. Le grand poète est représenté, sa Jérusalem à la main, appuyé sur des trophées et sur un bouclier portant une croix avec la devise : Pro fide. Un bas-relief montre le Tasse mort porté en triomphe au Capitule. Une statue de la Vierge complète ce monument, sur la base duquel est gravée cette inscription : A Torquato Tasso, iïsecolo décima nono.
Dans une Lettre sur l'Exposition belge de 185-t , M. Camille de Aguirre rapporte que, lorsque le Tasse fut mort, un certain Rescio, ambassadeur à Rome, qui était de ses amis, voulut qu'on moulât le masque du cadavre. Du moule , on tira deux terres cuites. « Une de ces deux terres cuites, ajoute M. C. de Aguirre, est conservée à Rome duns la bibliothèque de ma famille. Elle nous montre une physionomie tout autre que celle que l'on donne d'habitude au Tasse, et bien plus expressive, bien plus caractéristique. • Le peintre génois Bernardo Castello, qui fut l'ami du Tasse et qui fit pour une édition de
TASS
la Gerusalemme libtrata des dessins dont le grand poète fut très-satisfait, a placé son portrait en tête de cette édition. Parmi les autres portraits gravé5, nous citerons celui de Sébastien Le Clerc (xvne) et celui de Mercuri (1841). Une statue de marbre du Tasse à l'âge de l'adolescence, assis et occupé a, lire, a été exposée au Salon de 1875 par M. Torelli. Cornélius et Overbeck ont dessiné diverses compositions pour illustrer les œuvres du Tasse. Un carton de Kaulbach représentant le Tasse et les deux Eléonore a été gravé par J.-L. Raab. M. P. Cottin a gravé à la manière noire un tableau de M. Edouard Ender intitulé : le Tasse à la cour de Ferrare.
Un des épisodes de vie du Tasse que les artistes ont le plus souvent retracés est la séquestration du grand poète dans l'hôpital des fous à, Ferrare. Eugène Delacroix lui a consacré un chef-d'œuvre que nous décrivons ci après. Louis Gallait, le Delaroche de l'école belge, a peint le Tasse méditant dans sa prison (Salon de 1853) : assis près d'une table, le poète soutient avec ses mains sa jambe droite ramenée sur son genou gauche ; un volume ouvert et une jatte de terre sont à ses pieds; le soleil, pénétrant par une étroite lucarne, frappe les mains et les lambeaux dont est vêtu le Tasse; le visage est dans une demi-teinte. « Cette figure du Tasse est admirablement composée, dit M. Camille de Aguirre : la fixité du regard, la pose de la tête un peu inclinée recèlent une pro- . fondeur de pensée qui ne peut être comprise, je le conçois bien, que du petit nombre des spectateurs. Ce n est pas l'inspiration de la poésie, c'est le recueillement d'un homme qui songe, qui passe en revue ses souvenirs et qui compare les brillantes espérances que le sentiment de sa valeur lui avait fait concevoir avec l'état d'abaissement et de douleur auquel il se voit réduit. L'exécution de ce tableau est digne de tout éloge. Peut-être, cependant, l'ensemble est-il un peu noir. » M. A. Marquet a peint le Tasse consolé dans sa prison par Eléonore d'Esté (Salon de 1850), et Marius Granet le Tasse visité dans sa prison par Montaigne (musée de Montpellier). Ce dernier sujet a été traité aussi par Clérian (Salon de 1835). Une composition de Devéria représentant le Tasse à l'hôpital de Ferrare a été lithographiée par Marin-Lavigne (Salon de 1837). M. Gabriel Navier a peint le Tasse présenté à Charles IX par le cardinal d'Esté (Salon de 1864); A.-N. Pérignon , le Tasse reçu par le cardinal Aldobrandini (Salon de 1819) et le Bêve du Tasse (Salon de 1849); Louis Ducis, le Tasse et sa sœur (gravé par Pauquet) ; de Keyser, le Tasse à Sorrente (gravé par A. Corniliiet); Granet, le Tasse consulté par le Père Grilto sur un sonnet (Salon de 1841); Léopold Lobin, le Tasse ches les bergers (Salon de 1844), etc.
Un tableau de Robert-Fleury, qui a paru au Salon de 1827, et qui a été gravé par Dien, représente le Tasse demandant l'hospitalité aux religieux de Sant' Onofrio : le poète, épuisé par la souffrance, les regards affaiblis, monte avec peine les degrés du monastère, soutenu par le cardinal Cintio, son ami; les moines 1 accueillent avec uu douloureux empressement. Un autre peintre , Larivière, a exposé au Salon de 1831 un tableau représentant le Tasse malade au cou-, vent de Sont' Onofrio.
Tasse dans la prison de* foui (le), chefd'œuvre d'Eugène Delacroix. Assis à l'angle du tableau, le Tasse, vêtu de noir, un lambeau de couverture sur les genoux, appuie sa tête pâle sur sa main amaigrie; il Songe à l'ingratitude d'Alphonse, aux dédains d'Ëléonore, à sa gloire engloutie peut-être dans le naufrage de sa disgrâce; il se demande avec inquiétude si sa raison n'a pas sombré aussi sous ce vent de malheur et si c'est injustement qu'il est enfermé. Autour de lui s'agitent, excités par son immobilité même, les pensionnaires de la maison, avec ces gestes incohérents et détraqués , ces yeux hagards, ces rires idiots, ces allures presque animales d'un corps que ne commande plus le cerveau. L'un des fous, espèce de brigand à barbe rousse, à prunelles bleues papillotant dans une orbite osseuse, physionomie inquiétante où la férocité s'allie à la démence, secoue ses grands bras et ricane hideusement pour troubler la rêverie du poète. Au fond s enfuient confusément des fous et des folles à tournure de spectres, comme devant l'épouvante de leur propre vision.
Th. Gautier, à qui nous empruntons la description qui précède, ajoute : ■ Louer la couleur si chaude, si vivace et pourtant si sobre de cette magnifique peinture est chose superflue. Quant à l'expression du sujet, elle a ce génie du drame, cette poésie nerveuse et cette profondeur passionnée qui caractérisent le peintre de la Barque au Dante , du Massacre de Scio et du Naufrage de don Juan. ■ Exposé au Salon de 1836, le Tasse dans la prison des fous a été acheté par le duc d'Orléans et donné par lui à Alexandre Dumas. Il a fait partie depuis de la collection Carlin ; il a été payé 40,000 francs à Ja vente de cette dernière collection en 1872. Une étude pour ce tableau a figuré à la vente Baroilhet en 1860.
TASSE (Faustin), poëte italien, né à Venise vers 1541, mort vers la fin du xvi« siècle. Il embrassa la vie monastique et parvint
TASS
aux premières dignités de l'ordre des frères mineurs de l'Observance. On lui doit : Poésies toscanes, en deux livres (Turin, 1573), qu sont pour la plupart des imitations de poésies galantes de divers poôtes; Histoire au succès de l'Italie de 1566 à 1580 (Venise, 1583); De ta conversion des pécheurs (Venise, 1575, in-4°); Vingt discours familiers sur la venue du Messie (Venise, 1587, in-4»),
TASSE (Hercule), littérateur italien, né vers le milieu du xvie siècle , mort dans la première moitié du xvne siècle. Son application et 1* sérieux de son caractère le firent surnommer le Philosophe. Dans un opuscule dirigé contre les femmes, il critiqua vivement le mariage, ce qui ne l'empêcha pas d'épouser une fort belle personne appelée Lelia A>:osti. On lui doit : Exposition de l'oraison dominicale, d'après l'idée de Jean Pic de la Mirandole (Venise, 1578); Poésies (Bergame, 1593); De la réalité et de In perfection des devises (Bergame, 1612, in-4°).
TASSE (Augustin Bonami, plus connu sous le surnom de), peimre italien, né à Pérouse en 1566, mort à Rome en 1644. Tout jeune, il quitta la maison de son père, qui était pelletier, et se rendit à Rome, où, grâce à son esprit et à sa bonne mine, il entra comme page chez le marquis Tassi , et porta depuis lors le surnom de Ta»e. Par la suite, il sa rendit k Florence, y entra en relation avec des peintres et apprit le dessin et la peinture. Envoyé à la suite de quelque méfait aux galères de Livourne , il obtint d'être exempté des travaux du bagne, s'adonna alors au paysage et exécuta des tableaux fort remarquables, repré>ienlant des vaisseaux, des tempêtes, des pêches, etc. Ayant recouvré la liberté, il reiourna à Rome et tit preuve de beaucoup d'habileté et de goût dans des travaux décoratifs qu'il tit aux palais Quiririnal et Pamphili. Il mourut misérablement après avoir vécu dans le désordre et les débauches.
TASSE (le comte François-Marie), littérateur italien, né à Bergame en 1710, mort en 1782. Il s'adonna à ht poésie , uu dessin , à la peinture, alla étudier a Venise et à Rome les chefs-d'œuvre des maîtres et, de retour dans sa ville natale, conçut le projet d'écrire une histoire des artistes célèbres de son pays. La mort l'empêcha de publier son ouvrage, qui parut plus tard sous ce litre : Vies des peintres,sculpteurs et architectes de Bergame (Bergame, 1792, 2 vol. in-4«). C'était un homme d'érudition et de goût.
TASSÉ, ÉE (ta-sé) part, passé du v. Tasser. Pressé, réduit à un moindre volume : Des terrains tassés par les pluies. M. de Guérineul donna, sur le tabac tassij avec méthode, le coup de pouce amateur. (P. Kéval.)
— B.-arts. Figure tassée, Figure courte et qu'on dirait réduite en hauteur par l'effet de son propre poids.
TASSEAU s. m. (tu-sô — rad. f<mer).Techn. Petit morceau de bois qui soutient une tablette, il Petite enclume portative, il Outil de fer avec lequel on relève ou on emboutit les" ouvrages de tôle. Il Forme sur laquelle les luthiers collent les éclisses dont se compose le corps des violons et autres instruments analogues.
— Constr. Bout de bois fixé entre les pannes et les arbalétriers, il Triangle assujettissant des lattes sur un poteau de cloison. Il Fragment de moellon maçonné avec du plâtre, pour opérer le scellement des sapines ou écoperches d'échafaudage, il Sorte de culde-lampe en plâtre qu'on fait dans un angle pour y supporter quelque ustensile. Il Petit mur en brique servant de support. Il Bloc dû pierre ou de marbre, scellé sur les côtés d'un autre bloc, avant de le débiter en tranches.
— Typogr. Morceau de fer qui sert à maintenir les crampons dans les bandes de certaines presses manuelles.
TASSÉE s. f. (ta-sé — rad. tasse). Contenu d'une tasse pleine : Une tassés de lait.
TASSEL (Richard), peintre français, né à Langres vers 1580, mort dans la même ville vers 1660. Apres avoir reçu de son père les premières notions de peinture, il partit & dix-huit ans pour l'Italie sous les habits d'un pèlerin, re rendit à Bologne, où il prit des leçons du Guide, à Rome, où ses œuvres le firent remarquer, à Venise, où il exécuta quelques morceaux de sculpture, puis revint en France vers 1612. Pendant un séjour qu'il fit à Lyon, il montra un véritable talent comme architecte , en donnant les plans de plusieurs édifices; mais ce fut surtout comme peintre qu'il se fit connaître. Lesueur et Lebrun voulurent le faire venir à Paris ; Tassel refusa, préférant rester dans sa ville natale, dont il devint échevin et où il se maria. Ses peintures, qui rappellent le style du Guide et de Caravane, se font principalement remarquer par la richesse de la composition, par lu grâce des draperies, par 1'expres.sion des figures, par la beauté du coloris et la légèreté de la touche. On cite, parmi ses meilleurs tableaux : le Triomphe de la Vierge, au musée de Dijon ; Suint Jean dans te désert; la Mort de Cléopdcre; la Généalogie de la Vierge, au musée de Troyes; la Sainte Famille; la Mort de saint Joseph; le Martyre de saint Martin; Saint Michel terrassant te démon, au musée de Langres, etc.
TASS
TASSELIER s. m. (ta-se-lié — de tas et de tel). Techn. Chaussée sur laquelle on élève les muions ou tas de sel, dans les salines.
TASSEMENTS, m. (ta-se-man — de tasser).
Action de tasser ; état qui en résulte : Le tassement des terres. Le tassbment d'une construction.
— Encycl. Le tassement est l'une des causes qui tendent à détruire les édifices; il est l'effet qui résulte de l'action verticale de la ue.-anteur sur des matières susceptibles de compression, telles que la plupart des terrainsi te mortier, le plâtre et tes autres matières servant à réunir les pierres dans les ouvrages de maçonnerie. L'effet de la pesanteur qui cause le tassement agit en raison inverse de l'étendue des suifaees; ainsi, soit a: l'effet, c le côté d'un carré et P la charge verticale, on a
x 1* Jt . P
— = -, dou x = — ; P c» c''
il en résulte que pour les surfaces semblables cet effet, est en raison inverse du carré de leurs côtés homologues, en sorte que, si ces superficies étaient^ des cercles, l'effort qu'elles soutiendraient serait en raison inverse du carré de leurs rayons ou de leurs diamètres ; en effet, on a
X itr1
«r* et nR* étant les superficies des cercles de rayons r et R ; si l'on fait r = 1, on a pour la valeur de l'effet x
Il est souvent difficile de prévoir le tassement des terrains, et, dans ce dernier cas, les précautions à prendre sont souvent fort importantes et exigent des travaux plus ou moins longs et difficiles. Avant d'établir une construction, il faut examiner le terrain jusqu'à une grande profondeur. Si on a affaire à un terrain solide, on s'établira dessus directement. Si le terrain solide n'est pas à une grande profondeur et qu'il soit recouvert seulement d'une fa ibie épaisseur de terrain défectueux, on enlèvera ce dernier pour s'établir suc le terrain solide; encore faudrat-il s'assurer que celui-ci a une épaisseur suffisante et est en couche assez puissante. Il peut arriver eu effet que, sous le poids de la construction, un sol résistant par luimême, mais peu soutenu par un mauvais terrain sur lequel il porte, se courbe, s'affaisse et amène ainsi le plus grand désordre dans l'équilibre du monument qui le surmonte. C'est à des causes de ce genre que l'on doit attribuer la destruction si rapide de l'aile droite du palais des Tuileries.
11 y a sur la rive droite de la Seine et sur presque tout son parcours une couche de vase capricieuse de forme et de position, qui se trouve quelquefois à une assez grande profondeur et qui enlève toutes les garanties de solidité fournies par le terrain qui la surmonte. Or, pour un édifice aussi important que le palais des Tuileriesj il ne faut pas se contenter d'observations superficielles. Lors de la première construction, on n'avait pas reconnu cette couche de vase, et les mouvements de ce terrain tluant ont amené les graves désordres que chacun a, dans ces dernières années, pu remarquer dans la façade qui regarde la Seine : des lézardes, la dislocation de la maçonnerie, enfin un aspect de vétusté qui n'était pas en rapport avec l'âge <lu monument. Le terrain avait cédé, en quelque sorte, parallèlement k lui-même, et, bien que la solidité du bâtiment ait été compromise, elle ne le fut pas d'une manière brusque.
Nous avons eu encore k Paris un exemple de cet accident lors de l'édification du Panthéon. Le sol, miné par les autres couches et insuffisamment étayé pour le poids énorme de la masse qu'il portait, s'enfonça sensiblement. Le monument se disloqua, et Ton crut un instant qu'il allait joncher de ses débris le sommet de la montagne Sainte-Geneviève. Soufflai, l'habile architecte qui en avait dirigé La construction, se tua de désespoir. Rondelet, le remarquable auteur de l'Art de bâtir, arriva cependant à redresser l'édifice et k lui donner une stabilité suffisante en consolidant le sous-sol et les assises inférieures.
Les tassements possibles des terrains et les mouvements du sol doivent également être prévus et étudié» avec le plus grand soin lorsqu'il s'agit de l'établissement des routes, des chemins de fer et surtout des ponts.
Pour ce qui est des moyens de consolider un mauvais terrain, nous n'en dirons rien ici ; cette question est longuement traitée à l'article fondation. Les mêmes précautions pour reconnaître le terrain et pour en assurer la solidité devront être prises lorsqu'il s'agira d'établir des remblais pour une route ou un chemin de fer. Le tassement, en ce qui se rapporte seulement aux constructions, indépendamment des terrains sur lequel elles sont établies, eat généralement peu considérable; il resuite naturellement de l'interposition du mortier entre les pierres pour les liaisonuer. Lorsque les pierres sont entassées verticalement les unes au-dessus des autres et que ces pierres sont soigneusement taillées, suivant des faces de joint bien horizontales, le tassement est & peine marqué.
TASS
Le tassement peut produire des dégâts sérieux sur les routes. La question a préoccupé bien des ingénieurs-, mais, malgré toutes les cotes et les calculs parus jusqu'à ce jour, on n'a pu trouver un remède efficace. Pour obvier aux mouvements provenant du tassement, tels que ceux de la diminution de flèche et de la déformation de la courbe adoptée en principe pour l'intrados de la voûte, la plupart des constructeurs ont l'habitude de donner aux formes des cintres un certain surhaussement. Lorsqu'on décintre une voûte aussitôt après son achèvement, il se produit dans le mortier des joints une légère compression qui complète la solidité de la voûte, loin de l'altérer, et ne produit qu'un abaissement peu sensible du sommet quand la couche d intrados est en plein cintre , qu'on a mis la plus grande attention à donner aux joints de mortier une épaisseur régulière n'excédant jamais 0m,02 et que les matériaux ont été bien affermis et tassés au fur et à mesure de leur pose; l'abaissement se produit alors presque toujours sans déformer la régularité du profil d'intrados; pour les voûtes en arc de cercle, l'abaissement est toujours plus considérable, et enfin, dans les plates-bandes, il serait maximum si l'on n'avait pas recours à des artifices particuliers. Il est résulté de quelques observations faites pas MM. Claudel et Laroque, que pour une voûte en plein cintre de 3 mètres d'ouverture, construite en pierre de taille, l'abaissement avait été de 0m,00l5 après le décintrement, tandis que pour une voûte en arc de cercle de 16 mètres de cintre et de lm,40 de flèche en même maçonnerie, l'abaissement au sommet avait atteint le chiffre considérable de 0m,12. Dans la première voûte, le nombre des joints était de quatorze et dans la deuxième de quarante ; leur épaisseur moyenne était de o^jOlS, épaisseur trop forte de Oib,oo5 à 0m,007. Ces résultats ont démontré que le tassement du mortier de chaux et sable avait été de G01 ,023 par mètre de hauteur de joints pour la voûte en' plein cintre et de ûm,063 pour celle en arc de cercle. De ces expériences, il résulte que l'abaissement au sommet des voûtes en arc de cercle est d'autant plus grand, pour une même ouverture, que le rapport de la flèche k la corde est plus petit. Pour les mortiers de ciment romain, le tassement est nul ; ainsi la voûte de l'ancien pout aux Doubles, à Paris, construite en ciment romain , n'a pas baissé au sommet lors du décintrement ; il en a été de même pour un grand nombre de ponts construits avec cette matière. Un aussi beau résultat n'a jamais été obtenu pour les voûtes dont la maçonnerie est hourdée en mortier de chaux, rt, quoi qu'on fasse, il ne le sera jamais; car, si bien que l'équilibre ait été calcule, quelque soin que l'on ait apporté à tenir compte de toutes les propriétés des corps, de tous les accidents que l'esprit peut saisir , on doit être assuré qu'au moment où l'on abandonnera la voûte à elle-même, la matière lui imposera un mode d'équilibre qui ne sera pas celui que l'on avait prévu, bien qu'il puisse s'en rapprocher beaucoup. Ces considérations fout voir que le rehaussement des voûtes, si universellement adopté, n'est pas indispensable eu général, et que, s'il offre quelques avantages, il entraîne à des sujétions équi- \ alentes. En premier lieu, la hauteur du sommet de la voûte n'est presque jamais donnée d'une manière tellement impérieuse, qu'un médiocre abaissement de ce sommet puisse être considéré comme un vice radical de la construction, et, si cela devait être, on agirait bien plus à coup sûr en relevant les naissances d'une hauteur égale à celle qu'on croirait avoir calculée pour le tassement du sommet. En second lieu, on est toujours porté à attacher à la courbe de surhaussement une flèche trop considérable, précisément parce qu'en pareil cas on agit un peu au hasard, li en résulte que cette courbe s'éloigne beaucoup, et souvent d'une manière disgracieuse, de la véritable courbe d'intrados qui a servi k l'épure de la voûte ; que la direction des ponts devient incertaine et la pose des voussoirs plus difficile; puis, lorsque le tassement est accompli, les modifications de courbure ne sont point précisément inversés de celles qu'on avait introduites dans la couche de pose ; le plus souvent, le tassement total est très-sensiblement inférieur à celui qu'on avait craint, et on arrive, en définitive, a un profil peu correct, sans avoir obtenu, au prix de mille sujétions, le résultat hypothétique que l'on avaiten vue. Lorsque au contraire on adopte tout simplement pour courbe de pose celle qui est fournie par l'épure de la voûte, ou p*ut avoir, après Je décintrement, un certain tassement provenant, pour une certaine partie, de la compression des mortiers, et, pour la plus grande partie, des défauts d'équilibre daus le profil de la voûte ; mais si ce profil ne s'éloigne pas trop des conditions de stabilité pratique, le tassement s'accomplira d'une manière régulière, et la nouvelle courbe d'équilibre de l'intrados sera assurément une courbe continue de même espèce* que la courbe projetée et ne différant de celle-ci qu'à un degré inappréciable à la vue simple.
TASSER v. a. ou tr. (ta-sé — rad. tas). Réduire de volume, en exerçant une pression : ïasskk du foin. Tasser des terres. Tasser de ta laine. Il est nécessaire de tasser forte-
TASS
ment le foin en construisant le tas. (M. de Dombasle.)
— B.-arts. Resserrer sous un trop petit espace : Tasser ses figures. Tasser ses groupes,
— v. n. ou intr. Hort. Croître , en gagnant de l'espace sur le terrain : Cette giroflée A bien tassé.
Se tasser v. pr. S'affaisser sur soi-mêmei de façon à diminuer de volume : Ces terrains se sont tassés. Ces constructions se tassent de plus en plus. Les aliments coulent avec plus de peine et se tassent moins dans l'estomac. (Brill.-Sav.)
TASSET s. in. (ta-sè).Moll. Syn. de troque.
TASSET (Joseph), musicien français, né à Chartres en 1732, mort en 1801. Elève de Blavet pour la flûte, il surpassa bientôt son maître, débuta à seize ans au concert spirituel, puis passa en Angleterre et acquit la réputation de premier flûtiste de l'Europe. Tasset inventa des flûtes à trois, quatre, cinq, six clefs, et même une flûte à dix-huit clefs pour son usage personnel et dont les sons absolument nouveaux étaient d'une parfaite justesse. Après avoir vécu dans le plus grand inonde et avoir compté au nombre de ses amis Sterne, Ferguson, Guthrie, etc., Tasset revint en France, se fixa à Nantes et eut beaucoup a souffrir dans sa fortune pendant la Révolution. Il avait composé plusieurs œuvres musicales, notamment des sonates d'une extrême difficulté.
TASSETTE s. f. (ta-sè-te). Armurer. Nom donné, au xva siècle et au xvie siècle, à des plaques d'acier qui descendaient, soit du bas de la cuirasse, soit du bas de la braconniers, pour compléter la défense du haut des cuisses : Les tassettes étaient, tantôt d'un seul morceau, tantôt de plusieurs pièces articulées ; celles qui offraient la première disposition se nommaient ordinairement tuiles, parce qu'elles avaient la forme des tuiles employées pour la couverture des édifices. (Maigne.)
TASSEUR s. m. (ta-seur — rad. tasser).
Techn. Instrument dont on se sert pour tasser les terres.
TASSIE (Jacques), graveur anglais, né près de Glascow en 1735, mort en 1799. Il commença par être tailleur de pierres. Un
i'our qu'il se trouvait k Glascow, il visita par lasard la collection de tableaux exposée par les frères Foulis et conçut tout à coup un goût tellement vif pour la peinture, qu'il vint s'établir à Glascow et se fit admettre comme élève dans l'atelier de Foulis. Il n'en continua pas moins à travailler de son métier, menant la vie la plus frugale et poursuivant avec ardeur ses nouvelles études. En 1766, il se rendit à Dublin, ou il trouva du travail en qualité de modeleur et où il se lia avec le docteur Quin, qui faisait alors des recherches sur les moyens d'imiter les pierres précieuses gravées au moyen du verre coloré et d'autres compositions, et qui le prit pour aide et confident. Ils réussirent k apporter d'importantes améliorations dans cet art et Quin conseilla à Tassie de se rendre à Londres et d'eu faire sa profession. Tassie suivit ce conseil et acquit rapidement une telle réputation, que tous les cabinets et toutes les collections de l'Europe lui fuient ouverts. En 1775, il publia le Catalogue des pierres anciennes et modernes qu'il avait dans sa collection et dont il vendait les imitations à des prix très-modérés. Elle comprenait alors plus de 3,000 pièces, mais elle s augmenta considêrab.ement daus la suite et, en 1791, époque de la publication d'un Nouveau Catalogue eu 4 volumes w-4u, elle ne comptait pas moins de 15,800 pièces. En 1787, l'impératrice de Russie lui commanda la reproduction de toutes las pierres qu'il possédait, et il l'exécuta eu une belie composition émaillèe, assez dure pour qu'on pût en faire jaillir des étincelles en la frappant avec un briquet et combinée de manière à recevoir un beau poli et à rendre avec la plus grande fidélité tous les traits des originaux. Indépendamment de celte branche de J art, à laquelle il dut sa célébrité, Tassie en cultiva encore une autre ; il modelait eu cire des portraits de petite dimension, dont il exécutait ensuite des reproductions d'après le procède dont nous venons de parier.
TASSIN (Léonard), chirurgien militaire, né à Vandœuvre vers 1620, mon à Maastricht en 1687. U fit ses études médicales à Paris, pratiqua k la suite des armées, et devint chirurgien-major de l'hôpital de Mafistricht. On lui doit un ouvrage u'anatomie pratique estimé en son temps et qui a pour titre : Administrations anatomiques et myologie (faris 1678, iu-12), et un opuscule de chirurgie intitulé : la Chirurgie militaire ou l'Art de guérir les plaies d'arquebusade (Paris, ,1688, in-12).
TASSIN (Renê-Prosper), bénédictin etérudit français, né Lonlay-1' Abbaye, près de Domfront, en.1697, mort à Paris en 1777. 11 fit profession à l'abbaye de Jumiéges en 1718, et se lia alors avec dom Toustaiu de la plus vive amitié ; Tassin s'engagea d'abord dans la polémique religieuse k propos du jansénisme, puis s'en retira pour travailler avec Toustain à une édition de Théodore Studite. Apres avoir fait un voyage à Rome pour ce travail, les deux religieux se rendirent à l'abbaye de Saint-Ouen, à Rouen. Sur ces entrefaites, les privilèges de ce monastère
TASS
ayant été contestés par celui de Saint-Victor-en-Caux, les deux religieux entreprirent de le défendre, vérifièrent les titres mis en discussion et firent une étude approfondie de la diplomatique. Ils passèrent ensuite quelques mois a Saint-Wandrille, pour communiquer divers documents à Mabillon. En 1747, appelés à Paris par le supérieur général de la congrégation, les deux amis y continuèrent un important travail qu'ils avaient commencé, l'histoire des bulles pontificales, des actes ecclésiastiques, de tous les monuments anciens de la jurisprudence contentieuse, afin de soumettre à des. règles fixes la critique de ces actes. Ce travail, un trésor d'érudition, parut sous le titre de Nouveau traité de diplomatique par deux bénédictins (Paris, 1750-1765,6 vol. in-4°). fendant l'impression du second volume, Toustain mourut. Tassin en éprouva un chagrin des plus vifs et continua l'ouvrage avec l'aide de J.-B. Baussonnet. Outre cet ouvrage capital, on doit k Tassin : Notice des manuscrits de la bibliothèque de l'église métropolitaine de Rouen, par l'abbé Saas, revue et corrigée (Rouen, 1747) ; Lettre touchant le prospectus d'une Histoire synoptique du royaume et de la maison de France (1751), dans le Journal de Verdun; Lettre sur tes dîmes, en réponse au Mémoire pour les curés à portion congrue, par M. Leclerc (Paris, 1766, in-4<>) ; Histoire littéraire de la congrégation de Saint-Maur (Paris, 1770, in-4»), modèle de méthode et d'exactitude en son genre.
TASSIN (Pierre), homme politique français, né à Noyers (Loir-et-Cher) en 1837. Il étudia pendant quelque temps le droit à Paris, fut nommé, en 1865, maire de sa commune natale et, en 1866, membre du conseil d'arrondissement de Blois. Cette même année, M. Tassin, qui collaborait au journal la Presse, fut pendant quelque temps. directeur gérant de cette feuille. Lors des élections de 1869 pour le Corps législatif, il adressa aux électeurs une profession de foi très-libérale et fut élu au second tour de scrutin député de la première circonscription de Loir-et-Cher. M. Tassin alla se ranger à la Chambre dans l'opposition modérée, signa l'interpellation des 116 et fit partie des députés qui, au mois de juillet 1870, se prononcèrent contre la guerre. Elu dans le même département à l'Assemblée nationale le 8 février 1871, il adonné son adhésion complète à la république et s'est fait inscrire à la réunion de la gauche républicaine. M. Tassin. a voté pour les préliminaires de paix, contre la dissolution des gardes nationales et le pouvoir constituant, pour la proposition Rivet, pour le retour de l'Assemblée à Paris, pour le maintien des traités de commerce, et a appuyé la politique de M. Thiers lorsque cet homme d'Etat voulut constituer le gouvernement républicain. Après la chute de M. Thiers (24 mai 1873), lors des menées monarchiques qui eurent pour objet de rétablir la royauté, M. Tassin se joignit k M. Bozérian pour faire une déclaration très-ferme en faveur de la république (août 1873). Il vota contre l'établissement du septennat (19 novembre), fit une vive opposition a toutes- les mesures d'aveugle réaction présentées par le cabinet de Broglie et fut révoqué, comme républicain, de ses fonctions de maire de Noyers en mars 1874. A ce sujet, il écrivit à ses anciens administrés : ■ Ne conservez de cette décision, contraire à votre sentiment, aucune irritation et sachez attendre patiemment le jour OÙ vous nommerez une Assemblée nouvelle, qui, fidèle écho de la volonté nationale, tien dra à honneur de vous restituor votre liberté municipale en vous conservant la république. > Cette lettre si ferme et si digne ayant été publiée par l'Indépendant de Loir-et-Cher, le préfet de ce département, M. Paul Diard, interdit pour ce motif la vente de ce journal sur la voie publique et dans les considérants de son arrêté s'oublia jusqu'à qualifier la lettre de M. Tassin de « cynique. » Le député de Loir-et-Cher envoya au préfet de l'ordre moral des témoins pour lui demander de retirer le mot cynique ou de lui donner une réparation par les armes; mais M. Diard répondit par un refus, en prétendant n'avoir agi que comme administrateur. M. Tassin contribua k la chute du ministère de Broglie (mai 1874) et appuya au mois de juillet suivant les propositions P.érier et Maïeville demandant l'organisation des pouvoirs publics et la dissolution de l'Assemblée. Le 25 février 1875, il a voté la constitution qui organise le gouvernement de la république, s'est prononcé depuis contre la loi sur l'enseignement supérieur; en uu mot, il a constamment appuyé k la Chambre la cause de la liberté et de la démocratie. M. Tassin est depuis 1871 membre du conseil général de Loir-et-Cher.
TASSIOT s. m. (ta-si-o). Techn. Croix formée de deux lattes, sur laquelle les vanniers établissent certains ouvrages.
TASSISUDON, ville de la Chme, capitale du Boutan, dans une haute vallée de l'Himalaya , arrosée par le Tchiu-chou , par 27° 50' de latit. N. et 87<> 10' de longit. E., k 600 kiiom. N.-E. de Calcutta. Résidence du deb-rajah, souverain temporel, et du dharmah - rajah, souverain spirituel. Le principal édifice est le palais des rajahs , qui est une espèce de citadelle à sept étages. On y fait une grande quantité d'idoles en bronze pour les temples et une espèce de papier
TASS
Irès-fort, fnit de J'écorce d'un arbre nommé <leh. Les environs offrent beaucoup de roseaux et des forets qui nourrissent de nombreux troupeaux d'éléphants.
tassole s. f. (ta-so-le). Bot. Syn. de
BOKRHAAVIK.
TASSONI (Alexandre), poste italien, né à Modène en 1565, mort dans la même ville en 1635. Il descendait d'une noble et ancienne famille. Orphelin dès son bas âge, n'ayant qu'une très-mince fortune, Tassoni se trouva en quelque sorte abandonné a luimême. Mais, comme il était doué d'une intelligence des plus vives et des plus ouvertes , il se prit de passion pour les lettres, suivit les leçons du célèbre Aldrovandi à Bologne, apprit la jurisprudence à Kerrare, puis se rendit à Roms (1597). Là, il connut le cardinal Ascanio Coîonna, qui, charmé de ^on esprit, le prit pour premier secrétaire (1599), l'emmena en Espagne (1600) et, lorsqu'il devint vice-roi d'Aragon, le ehurgea d'une mission près du pape Clément VIII. Quelque temps après son retour en Espagne, Tassoni reçut l'administration des biens que le cardinal possédait à Rome et retourna dans cette ville uvec une pension de 600 écus d'or (1603). Cinq ans plus tard, il perdit son protecteur ; mais au bout de quelques années il en trouva un autre dans la personne de Charles-Emmanuel, duc de Savoie. Ce prince le nomma secrétaire d'ambass-ade a Rome et gentilhomme ordinaire de son fils (IGIS). Dans ce poste, il s'attira par ses parolus et par ses écrits la haine des Espagnols, alors en guerre avec la Savoie, H en résulta que, le duc de Savoie s'étani réconcilié avec 1 Espagne en 16S0, Tassoni fut rappelé et vit sa carrière diplomatique brisée. Il retourna peu après à Rome, où le cardinal de Savoie l'attacha à son service ; mais ce personnage, qui aspirait au protectorat d'Espagne, jugea prudent d'éloigner de lui un homme qui avait vivement indisposé les Espagnols. Sous le prétexte que Tassoni l'avait insulté en faisant son horoscope peu favorable, il exigea son expulsion de Rome. Toutefois, Tussotii put revenir peu après dans cette ville, où il acheta une maison de campagne et vécut quelques années dans la retraite et dans l'étude. En 1626, le cardinal Ludovici l'attira au pi es de lui, et il le retint jusqu'à sa mort (1633), A cette époque, le duc François Ier de Modène demanda à Tassoni de venir à sa cour, lui donna une pension, un logement dans son palais et le traita constamment avec les plus grands égards.
Tassoni avait la physionomie ouverte, un caractère enjoué et franc, mais irritable et porté à la causticité. Il était fort instruit, passait pour un des hommes les plus savants de son siècle et joignait à beaucoup d'esprit une grande pénétration. Ses satires sanglantes contre divers écrivains et certains courtisans lui créèrent une multitude d'ennemis. Il était membre de l'Académie des Umoristi et de celle des Lincei. Très- versé dans la connaissance des questions littéraires et grammaticales, il annota le Vocabulaire de la Crusca, et Apostolo Zeno publia ses notes k Venise (1698). Le premier ouvrage qu'il fit paraître sous le titre de Quesiti (Modène, 1601, in-8°), et dont il donna une édition augmentée sous le titre de Varieta di pensieri (Modène, 1GÏ2, in-4»), est une sorte d'encyclopédie abrégée des connaissances humaines à cette époque. Tassoni y traita des questions de philosophie, d'histoire, de politique, de littérature, de science, de géographie, et s'y prononça contre Aristote et le péripatétisme, ce qui lui attira de nombreuses et vives critiques. Il publia ensuite : Consideraziani topra te rime del Petrarca (Modène, 1609, in-8°), une des critiques les plus judicieuses qu'on ait faites sur Pétrarque ; Avvertimenti di Crescenzio Petpe a Giaseppe degli Aromalari (Modène, 1611, in-go), réponse à des critiques dirigées contre lui ; Tenda rosta riposta di Girolamo nomisenli ai dialoyhi di Falcidio Metampodio (1613 in-8"). Mais son principal titre k la célébrité est une épopée badine, qu'il publia k Paris (1622, in-8<>) sous le pseudonyme d'Anurovinci Melisone et sous ce titre de : La Secchia rapita (le Seau enlevé). Elle a pour sujet une guerre entre les Modenais et les Bolonais, à propos de la restitution de quelques villes (au xuie et au xiv" siècle). Le poète suppose qu'un seau de bois enlevé fut la cause première de celte guerre. C'était, au reste, une tradition populaire, et l'on montrait dans la tour Ghiiiandina, k Modène, ce singulier trophée des guerres municipales de l'Italie. Tassoni avait un grand talent pour la satire, et son poème est rempli de traits piquauts contre les personnages du temps et surtout contre ses propres ennemis. Il étincelle, d'ailleurs, de beautés du premier ordre et a servi de modèle k une foule de poèmes dans le genre héroï-comique. Pour le style et la langue, c'est un ouvrage classique en Italie, Il a été traduit en français par P. Perrault (1678) et par M. de Cédols, pseudonyme qui cache peut-être ûuinouriez, père du général (1759).
TASSONI (Alexandre-Marie), théologien italien, descendant du précédent, né à Colialto, dans la Sabine, en 1749, mort à Rome en 1818. Il se rendit tout jeune à Rome pour se préparer à la carrière ecclésiastique, prie h vingt et un ans le grade de docteur su
TAST
droit, exerça la profession d'avocat avec beaucoup d'éclat et devint coadjuteur du comte Aventi. Tassoni se retira a Frascati lors de la proclamation de la république romaine en 1798. Il fut nommé, après l'évacuation des troupes françaises (1799), juge suprême pour reviser les arrêts des tribunaux, et membre de la commission chargée de juger ceux qui avaient joué un rôle actif sous le régime républicain. Vers cette époque, il entra dans les ordres et devint auditeur de rote près la légation de Ferrare. Pie VII l'admit ensuite au nombre de ses prélats ordinaires et le nomma, en 1815, auditeur du palais. On lui doit : Dissertatio de collegiis (Rome, 1792, in-4°) ; La Heligione dimostrata et difesa (Rome, 1805-1810, 3 vol. in-s°), ouvrage traduit en français par A. Robinot (Valence, 1838, in-8u).
TASSOT s. m. (ta-so). Techn. Pièce de bois qui sert aux maçons pour transporter de lourds fardeaux.
TASTR (Louis-Bernard La), prélat français. V. La Taste.
TASTO SOLO loc. ad. (ta-sto-so-lo — mots italiens qui signifient touche seule). Ane. mus. S'écrivait sur un passage, pour indiquer que l'exécutant devait s'abstenir de faire aucun accord sur la partie ainsi désignée.
— Encycl. Ces deux mots italiens, placés sur une partie d'orgue ou de basse chiffrée, indiquaient que l'organiste ou l'accompagnateur devait exécuter simplement la partie écrite, telle qu'elle était notée, sans lui faire porter aucun accord. La seule chose qu'il pût se permettre, c'était de la doubler à 1 octave, pour en augmenter l'effet en renforçant la sonorité. L'indication tasto solo était suivie d'une ligne qui se prolongeait sur tout le passage que le compositeur avait voulu faire rendre de cette manière. Lorsque la ligne s'interrompait, ou que des chiffres venaient de nouveau se placer sur la basse, l'exécutant se trouvait prévenu qu'il pouvait recommencer k plaquer les accords comme dans le jeu ordinaire.
TASTU (Joseph), littérateur français, né k Perpignan, mort à Paris en 1849. Il était imprimeur dans sa ville natale lorsqu'il épousa, en 1816, Mlla Amable Voïart, qui devait prendre, sous le nom de Tastu, un rang si distingué parmi les poètes du temps. Vers 1820, il se rendit à Paris, où il continua sa profession ; mais il se vit forcé d'y renoncer par suite de mauvaises affaires. Il obtint plus tiird un emploi à la bibliothèque Sainte- Geneviève et devint un des conservateurs de cet établissement. On lui doit : YEmpereur Napoléon, tableaux et récits (1837, in-8«); Mémoire sur la littérature catalane, inséré dans le tome XIV des Notices et extraits de manuscrits. Il a laissé inachevés plusieurs travaux sur la langue et ia littérature catalanes.
TASTU (Sabine-Casimire-Amable Voïart, dame), femme poète, épouse du précédent, née à Metz le 31 août' 1798. Elle était tille de Jacques-Philippe Voïart, ancien administrateur des vivres k l'armée de Satnbre-et- Meuse, et de Jeanne-Amable Bouchotte, sœur du ministre de ce nom. Son père faisait des vers avec facilité. Sa mère, qu'elle perdit à sept ans, était une femme d un grand mérite et d'un grand sens. « C'est en elle sans doute, dit Sainte-Beuve, que sa tille a puisé, nonobstant ses tendresses de femme poète, ce sens judicieux, ferme, suivi, un peu mâle, ce bon esprit instruit, appliqué, ces lignes sûres et correctes et ce quelque chose d'étranger et même de contraire k toute vapeur aristocratique... Des l'âge de quatre ans, la jeune Amable faisait preuve d'une grande intelligence et d'une surprenante mémoire; elle avait pour la lecture une véritable passion, et il lui fallait cacher les livres qu'elle dévorait. Elle sentit de bonne heure la mesure des vers, et si quelqu'un faisait un vers faux en lisant, son oreille était blessée. Elle lut et relut l 'Homère de Bitaubé à neuf ans; dès cet âge, elle se plaisait k composer des couplets sur des airs qui mesuraient naturellement ses rimes. La vue fréquente des collections de gravures dans le cabinet de son père l'habituait aux lignes précises du dessin. Pourtaut, cette vie de rêverie et de lecture altéra sa santé et. vers onze ans, elle lit une maladie qui la laissa quelque temps chélive. Une année de pension, le second mariage de son père, qui épousa une jeune personne douée elle-même du goût et du talent d'écrire, apportèrent quelque variété dans l'existence concentrée et casanière de la jeune tilie. A treize ans, elle s'essaya, non plus à des couplets, mais k de vraies pièces de vers, k des idylles sur les diverses Heurs. La première de ces pièces, le Réséda, fut présentée à l'impératrice Joséphine en 1809 et valut à la muse précoce de vifs éloges, que sa modestie sut dès lors réduire... >
De Ségur, Tissot, de Jouy, Molievault, Mme Dufrenoy encouragèrent les essais de la jeune tille, qui exprimait en vers simples et faciles les sentiments de son âge. Amable Voïart venait d'avoir dix-huit ans, lorsqu'elle épousa Tastu (26 septembre 1816). Elle alla alors habiter Perpignan avec son mari. La vie de province n étouffa pas en elle les dons heureux qui déjà l'avaient fait remarquer; elle envoya aux Jeux floraux diverses pièces de vers qui lui valurent des prix, le lis d'or-
TAST
gent en 1820 et en 1823, Vamaranthe d'or et le souci d'argent en 182T. Elle commençait k être connue dans le Midi, lorsqu'elle fit paraître en 1825, k l'occasion du sacre de Charles X, une pièce qui futtrès-remurquée. • Entre tant de poèmes de circonstance, où le faste des mots et des ornements cachait mal la disette de l'inspiration, dit Sainte-Beuve, les Oiseaux du sacre se distinguaient par leur originalité naïve, touchante, convenable k une délicatesse de femme, d'une femme qui savait aussi faire entendre des accents de liberté. C'était une muse pudique et timide qui ssannonçait dans les rangs libéraux, honorés alors par Casimir Delavigne et Béranger... ■
A cette époque, Mm* Tastu était revenue k Paris, où son mari s'était fait imprimeur. E» 1S26 parut son premier recueil de Poésies, imprimé avec le plus grand soin par Tastu et qui contenait plusieurs pièces remarquables, entre autres : le Dernier jour de l'année, les Feuilles de saule, la Chambre de la châtelaine, surtout l'Ange gardien, que l'on regarde communément comme son chef-d'œuvre. Dans ce recueil, on trouve une inspiration pure, des idées touchantes, peu de variété et de mouvement, un style correct, un coloris tempéré. L'auteur y est classique par le fond et par le tour, et, comme le dit trèsbien Sainte-Beuve, l'élégie elle-même comme la comprend Mme Tastu est inoins la passion que la raison émue et sensible. En 1829, elle Ht paraître les Chroniques de France, comprenant cinq chroniques en vers, dans lesquelles l'auteur essaya d'agrandir le champ de son imagination j mais, malgré quelques belles parties où vibre l'accent du patriotisme, ce livre, qui sentait l'effort, réussit peu. La crise commerciale qui suivit la révolution de juillet 1830 vint ruiner M. Tastu et apporta de profondes tristesses dans l'existence de l'auteur des Oiseaux du sacre. Il en résulta un trouble profond dans sa vie modeste et ordonnée. Pendant assez longtemps son mari chercha un emploi sans le trouver, et M"i« Tastu dut tirer parti de sa plume pour subvenir aux besoins de sa famlile. Dans son deuxième et dernier recueil de vers, qui parut sous le titre de Poésies nouvelles (1835), les qualités nobles, sages de l'auteur sont plus accentuées encore que dans le premier; on y découvre aussi une plus grande habileté, un plus grand sentiment de l'art; rien de plus gracieux, de plus ingénieux que Peau d'âne, poème allégorique qui ouvre le volume; rien de plus largement écrit que VElude de Dante, mais presque k chaque page on y trouve l'empreinte de la tristesse, de lu résignation et du découragement. Une des pièces du volume, imitée de Shelley , caractérise particulièrement l'état de son âme k cette époque :
O monde! A vie I A temps', fantômes, ombres vaines, Qui lassez & la on mes pas irrésolus, [pleines.
Quand reviendront ces jours où vos mains étaient Vos regards caressants, vos promesses certaines? Jamais, oh ! jamais plus 1
L'éclat du jour s'éteint aux pleurs où je me noie. Les charmes' de la nuit passent inaperçus; Nuit, jour, printemps, hiver, est-il rien que je voie? Mon cœur peut battre encor de peine, mais de joie Jamais, oh! jamais plus!,
Lorsqu'on subit k ce degré le poids de la douleur, on sent trop vivement pour pouvoir beaucoup chanter. Un gémissement si vrai n'a rien de l'élan des aines tourmentées k plaisir qui s'enfoncent elles-mêmes l'aiguillon. Après avoir lu ce volume, Lamartine adressa k MmB Tastu la belle pièce de vers qui se termine ainsi :
Toujours au sort le chant s'accorde; Tu veux sourire en vain, je voiB Une larme sur chaque corde Et des frissons sous tous tes doigts!
A ces vains jeux de l'harmonie Disons ensemble un long Adieu ; Pour sécher les pleurs du génie Que peut la lyre? Il faut un Dieu.
Devant les impérieuses nécessii es de la vie, Mme Tastu dut abandonner presque entièrement la poésie pour la prose. • lille s'occupa, dit Sainte-Beuve, k quantité de besognes obscures et méritoires, des ouvrages d'éducation, des traductions de l'anglais, des cours élémentaires d'histoire de France, etc. Rien d'ailleurs ne trahissait au dehors t,on ennui ni le besoin d'une diversion quelconque. Des relations solides, suivies, des amitiés sûres, des conversations toujours sérieuses formaient, avec le travail, le tissu uniforme de sa vie. • Après la mort de son mari (1849), elle alla rejoindre son fils unique, qui remplissait des fonctions consulaires dans l'Ile de Chypre. Dans sa piété maternelle, elle ne recula devant aucune fatigue, suivit successivement son «ils k Jassy, à Bagdad, à Belgrade, k Alexandrie, et revint en 1864 en France presque aveugle. Depuis lors, elle a vécu dans la retraite Ja plus profonde et presque oubliée. Voici en quels termes, uussi justes que touchants, M"» Desbordes-Valmore a jugé l'auteur de Y Ange gardien ; , M°»e Tastu, modèle des femmes... C'est une âme pure et distinguée qui lutte avec une tristesse paisible contre sa laborieuse destinée; son talent est, comme sa vertu, sans tache. Je l'aime; je la trouve souffrante et jamais moins courageuse. Douce femme, que je voudrais oser nommer sœur, »
Parmi les œuvres de Mm» Tastu, nous ci-
TÀTA
terons : la Chevalerie française (Paris, 1821 ; in-18), en prose et en vers ;' le Livre des femmes (1823,2 vol. in-18), avec Mme Dufrenoy; les Oiseaux du sacre (1825, in-8») ; la Liberté ou le Serment des trots Suisses (1825, in-8<>); Poésies (1826, in-18); Chroniques de France (1839, in-8u); Linné, l'iris et la lyre /1828, in-8<>); Soirées littéraires de Paris (1838, in-12); Education maternelle, simples leçons d'une mère à ses enfants (1835, in-4") ; Aventure:, de Hobmson Crusoe, traduction nouvelle (1835); Poésies nouvelles (1835, in-18); Prose (1836, 2 vol. in-8a), recueil de morceaux publiés dans divers recueils ; le Livre des enfants, contes (1836-1837, 2 vol. in-8°); les Enfants de ta vallée d'Andlau (1837, 2 vol. in-12) ; Cour* d'histoire de France (1836-1837, 2 vol. in-8»); Uni famille (1837, î vol. in 12), par Mme Guizot, continué par Mme Tastu: Traditions de la Palestine (1838, iii-8°), trad, de l'anglais; Lectures pour les jeunes fille* ou Leçons et modèles de littérature (1840-1841, 2 vol. in-12), ouvrage trèsbien fuit, qui a eu un grand succès, surtout en Russie; le Bon petit garçon (1841, in-12); Des Andelys au Havre (I84Î, in-8u) ; Tableau de la littérature italienne (1843, in-go); Tableau de la littérature allemande (1844, iu-8°); Voyage en France (1845, in-8°); Poésies complètes (1854, in-12) ; Album poétique des jeûnes personnes (18G1, in-12), etc. On doit, en outre, k Mme Tustu des.traductiuns, des contes moraux, des nouvelles et des morceaux publiés dans divers recueils, notamment : dans le Livre de beauté (1833), dans le Livre de jeunesse et beauté (1834) ; une nouvelle intitulée : Une journée de dupe, imprimée dans Je corne V -lu Livre des conteurs (1834), et plusieurs autres dans la volume intitulé la Couronne de Flore ou Mélange de poésie et de prose (1837, in-18).
TASZYCKI, célèbre jurisconsulte polonais.
Il vivait dans la première moitié du xvib siècle. C'est à lui que revient l'honneur d'avoir rédigé une grande partie des lois civiles qui ont été mises en vigueur et promulguées par Sigismond 1er, roi de Pologne. Orateur éloquentjuriscoiisulte d'une profonde érudition, Taszycki u laissé des traces ineffaçables dans la législation de son pays. Sou ouvrage sur les biens des femmes jouit encore d'uue grande autorité.
TASZYCKI (Stanislas), sectaire et écrivain polonais. Il vivait au xvi« siècle. S'émut rendu en Allemagne, il y prit le grade de docteur en philosophie et passa quelques années k la cour de Charles-Quint, A son retour dans sa patrie, les sociniens polonais le proclamèrent le protecteur de leurs Eglises. Nommé député a la diète de Cracovie en 1572, il se fit beaucoup remarquer par ses discours d'une éloquence entraînante. En 1585, l'imprimeur Alex.-André Rodecki ayant été emprisonné pour avoir mis ses presses au service des dissidents, Taszycki se chargea de le défendre et prononça un admirable discours, adressé à Etienne Bathori, roi de Pologne, qui assistait aux débats. Après l'avoir entendu, le roi ordonna de mettre immédiatement l'imprimeur en liberté et répondit au plaidoyer de Taszycki par une improvisation chaleureuse. Ses principaux ouvmges sont : Catéchisme raisonné (Breslau, 1589, in-8°) ; Jtccueil de discours (Breslau, 1569, in-4»); Entretient sur ta véritable connaissance de Dieu, de son Fils et du Saint-Esprit (1575).
TAT , Dans la mythologie égyptienne, Autel k quatre degrés, dont les représentations sont très-fréquentes dans les peintures égyptiennes et qui même a pris place parmi le3 signes hiéroglyphiques. Pris longtemps k tort pour un nilomètre, le tat est le symbole de la stabilité parfaite. C'est le plérôme, c'està-dire le but final et parfait que l'âme doit atteindre k l'imitation d'Osiris. Le tat surmonté d'un diadème devient l'emblème d'Osiris infernal.
TATA s. m. (ta-ta). Demeure fortifiée d'un chef nègre.
— Encycl. Le tata est une espèce de forteresse qui sert de demeure au chef, k sa famille, k ses captifs et souvent k ses troupeaux. Les latas sont généralement entoures par une muraille d'enceinte en boue mêlée de paille hachée, dans laquelle sont pratiqués des créneaux pour la mousqueterïe. Un tata est fermé par deux ou trois portes placées k la suite les unes des autres, à la distance de 10 à 12 mètres. Ces portes sont très- basses et ne peuvent livrer passage qu'à un seul homme k la fois. On voit qu'un tuta est en état de subir un siège en règle ; quelques-uns même, grâce aux bastions dont ils sont flanqués, peuvent tenir tête à l'artillerie.
TATA s. f. (tu-ta). Terme enfantin, qui signitie tante. Il On dit plus ordinairement ta-
TAN
— Femme qui élève de petits enfants : H va chez la tata.
— Fam. Femme qui fait l'importante, qui se mêle de donner des ordres ou des avis : Madame tata. Mademoiselle tata. Voyez comme elle fait sa tata 1
TATABULA s. m. (ta-ta-bu-la). Ichthyol.
Poisson indéterminé de l'Iude.
tatac s. m. (ta-tak), Ornith. Passereaux du genre guit-guit.
TATA GUIEMBY, grand village des borda