‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 977 sur 1059 · C. Bonjour · texte numérisé non relu

C. Bonjour

Il Petite dose, légère pointe : Il y a dans ses paroles une teinte d'ironie. Très-bien, monsieur, dit le jardinier avec une teinte de respect. (Balz.)

— Teinte plate, Teinte occupant une certaine surface et ayant partout la même nuance et la même intensité : Couvrir un plan de teintes plates. Cet artiste procède par teintes plates, rehaussées de hachures et de quelques points de gouache pour les lumières. (Th. Gaut.)

— Demi-teinte, Ton intermédiaire entre l'ombre et la lumière : Il ne connait pas les demi-teintes et n'a dans ses peintures que des oppositions brutales, il Kig. Demi-clarté : La plupart des esprits sont dans la demi-teinte. (Boiste.)

— Teinte vierge, Couleur sans mélange.

— Techn. Teinte dure, Couleur qu'on étend sur le fond d'un papier de tenture, avant de l'imprimer.

— Encycl. Peint. Une teinte est une couleur obtenue soit par le mélange, soit par la dissolution de matières colorantes, et appliquée sur une surface plus ou moins grande. Dans la peinture, il y a trois sortes de teintes, teintes a l'huile, k la détrempe et à l'eau, suivant les liquides à l'aide desquels s'opère le mélange, la première employée dans la peinture murale et la peinture de bâtiment, la seconde servant dans la décoration de théâtre et la troisième en usage pour l'aquarelle, le lavis ou la gouache. Les teintes sont plates ou graduées. On dit qu'elles sont plates ou unies quand elles sont semblables et égales sur tous les points de la surface où on les a appliquées. Ainsi les teintes de la peinture en bâtiment sont des teintes plates; sur tous les points du mur ou de la boiserie qu'elles recouvrent, elles ont la même coloration, la même intensité, la même nuance. Pour obtenir ce résultat, on prépare ces teintes par grande quantité dans un vase destiné à cet usage, et on les distribue ensuite à tous les ouvriers qui doivent s'en servir. Si l'on n'agissait ainsi, il faudrait raccorder les teintes autant de fois qu'on en aurait besoin, et ces raccords, qui ne présentent souvent aucune différence à première vue lorsque la couleur est liquide, deviennent visibles lorsque la couleur est appliquée par couches sur une grande surface. On prépare souvent la peinture murale et presque toujours la peinture décorative avec des teintes plates, qui sont seulement étendues avec plus de soin qu'on n'en prend en général dans lapeinture en bâtiment. Dans certains cas, ces teintes sont des dessous, c'est-à-dire qu'elles servent d'ébauche ; dans d'autres cas elles servent de fond. Quand elles doivent servir d'ébauche, le dessin des figures ou objets représentés est tracé d'abord ; puis des teintes diverses sont préparées, les unes pour les parties ombrées, les autres pour les parties qui doivent être éclairées, et pour lesquelles elles deviennent Ce qu'on nomme le ton local. On applique ces teintes h leur place respective, absolument de la même manière qu'on le ferait pour un lavis. Ce procédé est toujours avantageux quand il faut couvrir de très-grundes surfaces, parce qu'il permet de juger immédiatement de l'effet général et parce qu'il guide constamment l'artiste, qui pourrait s'égarer ou travailler h tâtons, pour ainsi dire, s'il ne trouvait dans cette préparation de l'ensemble d'incessantes indications. Mais c'est surtout lorsqu'on exécute les peintures murales à la cire que l'on peut apprécier la valeur de ce procédé. La peinture à la cire présente certaines difficultés de manipulation et exige beaucoup de soin et de méthode dans l'exécution ; enfin elle ne permet pas, comme la couleur à l'huile, les empâtements et autres moyens semblables de produire des effets originaux. Aussi l'ébauche par teintes plates, posées méthodiquement, est-elle, dans cette sorte de peinture, d'une très-sérieuse utilité; elle simplifie le travail et lui donne une vigueur, une certitude qu'on ne pourrait obtenir autrement. Les teintes de fond jouent k peu près le même rôle que dans la peinture en décor, avec cette différence qu'on les laisse apparentes en beaucoup d'endroits et qu'on ne fait que peindre tantôt un semis, tantôt un autre genre d'ornements sur ce fond. Il est un assez grand nombre de plafonds décorés qui sont exécutés, pour ainsi dire, à l'aide de teintes plates. Le plafond reçoit une teinte unie d'uu bleu de ciel, et il est bordé d'une bande gris jaunâtre ; cette bande sert au décorateur k simuler un acrotère, et pour cela il De fait que peindre des moulures et dessiner avec deux tons, l'un pour l'ombre, l'autre pour la lumière, les détails de ce membre d architecture; quant au plafond, quelques touches blanches et grise3 habilement posées transforment la teinte unie en un ciel.

Tout ce qui vient d'être dit pour les teintes à l'huile peut s'appliquer également à la peinture en détrompe, avec cette seule différence

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qu'ici -les couleurs sont broyées à l'eau, puis mélangées dans une dissolution de colle de peau tenue constamment chaude. On sait que tous les corps ont une coloration plus foncée quand ils sont mouillés que lorsqu'ils sont secs; les poudres colorantes maintenues en suspension dans la colle de peau subissent cet effet; lorsqu'on étend la couleur sur la surface préparée pour la recevoir, elle parait d'abord très-foncée; mais bientôt la colle se sèche, l'eau s'évapore, et les matières colorantes abandonnées sur la surface peînte,où elles forment une poussière impalpable, pâlissent peu à peu, jusqu'à ce qu une complète siccité les ait ramenées a leur coloration naturelle. C'est ce changement qui s'opère dans la couleur qui est l'une des plU3 sérieuses difficultés de la peinture en détrempe. Quelque exercé qu'on soit, et quoiqu'on sache à peu près par expérience ce que deviendra un ton liquide en séchant, on courrait le risque de se tromper et de manquer de justesse si on n'avait un moyen de s'assurer du changement que doirsubir une teinte. Ce moyen consiste à poser une touche de la teinte qu'on veut employer sur un morceau de terre deCasselbien sèche; cette terre absorbe presque instantanément l'eau que contient la teinte, et celle-ci apparaît telle qu'elle sera dans son état le plus complet de siccité. On peut ainsi éprouver toutes les teintes et s'assurer du rapport qu'elles ont entre elles, lorsqu'on doit se servir de plusieurs pour un même travail. Les teintes plates à l'eau sont celles qu'on emploie dans le lavis des dessins d'architecture, pour la coloration des diverses parties d'un plan. La couleur de ces teintes est toute conventionnelle; c'est ainsi que les murs de pierre sont indiqués par une teinte carminée, les piles par une teinte semblable mais plus foncée, les mur3 en moellon par une teinte rose, etc. Pour l'exécution des peintures à la gouache, on ébauche presque toujours avec des teintes plates, de même que dans la peinture en détrempe ; mais ces teintes sont faites de couleurs à l'aquarelle délayées dans l'eau, k laquelle on ajoute un p^j de gomme et de gouache. Quand on veu* obtenir une peinture vigoureuse, solide, on ébauche sans addition de gouache, c'est-à-dire avec une teinte d'aquarelle un peu gommée, et l'on peint ensuite sur cette ébauche avec la gouache, en réservant la première teinte pour les vigueurs.

Les teintes graduées ou dégradées sont celles qui sont étendues de telle sorte qu'elles vont en diminuant insensiblement, devenant de plus en plus pâles. Ces teintes ne sont employées que dans l'aquarelle et le lavis des dessins d'architecture ou de mécanique. Tantôt la décroissance de la teinte est obtenue par une succession de teintes plates de plus en plus faibles, appliquées par bandes a peu près égales ; c'est ce qu'on appelle les teintes gruduées ; tantôt la graduation est tellement insensible qu'on ne peut apercevoir le passage du ton le plus foncé au Ion le plus clair ; c'est ce qu'on uomine une teinte dégradée ou fondue. On exécute les premières en étendant la teinte la plus claire sur toutes les parties qui doivent recevoir le lavis; on laisse sécher la feuille et l'on délaye un peu de couleur dans la teinte claire dont on s'est servi, afin de ht foncer autant qu'il est nécessaire ; puis l'on étend une seconde couche de cette teinte, en évitant de toucher la première dans toutes les parties qui doivent être les plus claires; on laisse de nouveau sécher la leuille, et, après avoir foncé la seconde teinte comme on l'a fait pour la première, on recommence l'opération, et ainsi de suite, autant de fois qu'il est utile pour que toutes les teintes soient bien graduées. Il est peut-être plus difficile d'exécuter convenablement des teintes fondues ou dégradées. Pour les obtenir, il faut d'abord laver avec de l'eau claire, très-pure, la partie de la feuille où la teinte doit être insensible et se confondre avec la couleur du papier, en ayant soin de conserver très-humide l'endroit où la teinte commencera à se dégrader. On applique cette teinte sur la partie où elle doit être le plus foncée; puis, humectant son pinceau d'eau claire à mesure qu'on avance vers le bas de la feuille, on affaiblit peu à peu la teinte; enfin, lorsqu'on arrive à l'endroit demeuré humide, la couleur s'éclaircit en quelque sorte d'elle-même; on prend alors un pinceau mouillé d'eau simplement, et l'on fond bien également la teinte en remontant de bas en haut et en se servant du ventre du pinceau et non de la pointe; la pointe ferait des taches. On doit procéder avec beaucoup de soin et de méthode et éprouver le papier k l'avance par un lavage k l'eau pure.

Dans le dessin, la lithographie et la gravure, on appelle teintes les dispositions de hachures ou traits réguliers à l'aide desquels on imite en quelque sorte le lavis. Il y a des teintes claires, des teintes locales, des demiteiutes et des teintes sombres, de même qu'il y a aussi des teintes de premier, second et troisième plan et teintes de fond pour les plans peu appréciables. La science du dessinateur, du lithographe ou du graveur consiste à savoir rendre ces teintes par l'emploi des hachures qui leur sont propies. Ainsi, supposons qu'on ait à exécuter une teinte locale un peu transparente au premier plan, une demi-teinte au second plan et une teinte sombre pour le fond ; on obtiendra la première avec des traits noirs un peu forts, mais en laissant entre chacun d'eux un espace assez

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large; on diminuera l'épaisseur des traits pour la seconde, en laissant aux espaces blancs une largeur égale à celle des traits ; enfin, pour la troisième, on diminuera beaucoup les traits, mais en les serrant davantage, de telle sorte que les espaces blancs soient de moitié moins larges que les hachures. On emploie la même méthode pour obtenir des teintes dégradées. On commence par des traits vigoureux et un peu serrés, à l'endroit où la teinte doit être le plus foncée j puis on la dégrade en affaiblissant les traits progressivement et en les élargissant peu k peu et proportionnellement. C'est de cette façon que sont exécutés les ciels dans la gravure sur bois et la gravure sur acier. Pour donner au travail plus de régularité, on se sert d'instruments qui ne sont autre chose que de petits cylindres sur lesquels sont placées des lames circulaires, très-Anes, également distantes les unes des autres. On nomme ces instruments roulettes à teintes,

TEINTÉ, ÈE (lain-té) part, passé du v.

Teinter. Qui a reçu une teinte uniforme: Du papier légèrement teinté.

— Coloré d'une couleur différente de sa couleur propre : Le ciel était, ce soir-là, d'un bleu laiteux, teinté rferoje.(Tii.Gaut.) Le chef des Francs vit derrière lui, de loin en loin, des tourbillons de fumée teintée de feu. (E . Sue.)

— Cartes teintées, Cartes blanches auxquelles les escrocs donnent une légère teinte, afin de pouvoir les reconnaître.

TEINTER v. a. ou tr, (tain-té — rad. teinte). Couvrir d'une teinte plate : Teinteb de bleu. Teinter un plan.

— Donner une teinte uniforme à : Les murs de la cour commençaient à perdre leur blancheur ; l'humidité et les pluies les teintaient insensiblement. (H. Berthoud.)

TEINTURE s. f. (tain-tu-re — rad. teinte). Techn. Liqueur tenant en dissolution une matière colorante, destinée à teindre une étoffe ; couleur donnée aux étoffes au moyen d'une liqueur de cette espèce • Une étuffe qui prend bien, qui ne prend pas la TEINTURE, Des Gobelins l'aiguille et la teinture Dans nos tapis surpassent la nature'.

Voltaim.

— Action de teindre; art de teindre les étoffes : // connait très-bien la teinture. La teinture des divers tissus exige des conditions particulières, suivant leur nature. (Gault. de Claubry.)

— Fig. Impression morale ; // reste de l'éducation une teinture dont l'âme ne se dé- 'pouille plus. L'eprit prend, malgré qu'il en ait, la teinture des choses auxquelles il s'ap' plique. (Volt.) li Connaissance légère, superficielle : Il a une teinture de Paris et de l'Opéra, il chante, il est famitier. (Mme de Sév.) N'ayant plus qu'une petite TEINTURE du bon français, je suis en danger de n'être plus intelligible, si je reviens jamais à Paris. (Racine.) Pour moi, je tâte un peu de tout, et si je ne deviens pas savant, j'aurai au moins une légère teinture de beaucoup de choses. (Choisy.)

Oh 1 quand on a du code acquis quelque teinture. Près des femmes de reste on sait la procédure.

Reona&d.

— Pharm. et chim. Dissolution dans l'eau, l'alcol ou l'éther : Teinture de gaïac, de belladone, de succin. Teinture de casloréum, de phosphore, de caoutcliout:. il Teinture d'or. Liquide obtenu en versant une huile volatile dans une dissolution de chlorure d'or, et qui passait autrefois pour un cordial. Il Teinture de mars, Solution de tartrate de potasse et de fer. 11 Tointure acre de tartre, Solution alcoolique de potasse caustique ou de soude caustique.

— Alchim. Pierre philosophale, qui donne aux métaux moins nobles la couleur des métaux plus nobles.

— Encycl. Hist. et techn. Les couleurs que les végétaux et les animaux renferment ont été utilisées de bonne heure par l'homme, qui, charmé de leur éclat et de leur harmonie, s'empressa de les appliquer sur les étoffes qu'il faisait servir k ses vêtements. L'art de peindre et de teindre commença, pour ainsi dire, avec l'enfance des sociétés; car, comme le fait observer Berthollet, on remarque chez les hommes qui ont faille moins de progrès dans l'ait soci il le désir de s'attirer les regards de la multitude; ils en saisissent avec empressement les moyens, et l'éclat des couleurs est l'un des premiers qui se présentent. Les sauvages se frottent le corps avec des terres colorées des sucs des plantes; ils se teignent les cheveux, se colorent les dents, et cet usage s'est perpétué de nos jours chez les nations orientales.

L'art de la teinture a été pratiqué avec un très-grand succès dès les temps les plus reculés dont l'histoire fasse mention, dans les Indes, en Perse, en Egypte, en Syrie. On lit dans la Genèse que Jacob fit pour Joseph un vêtement, probablement en lin ou en coton, très-riche par sa teinture, et qu'une sagefemme attacha un lil écarlate au poignet d'un des enfants de Thainar. Moïse fait mention d'étoffes teintes en rouge hyacinthe, en pourpre et en écarlate ; il parle aussi de peaux de mouton teintes en jaune et en violet. U est question dans le livre de Job,

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comme d'une chose merveilleuse, de la vivacité des couleurs qui distinguaient .'es étoffes apportées des Indes. Saloraon faisait venir de Tyr des étoffes teintes en pourpre, en bleu, en écarlate et en cramoisi. Le Pentateuque parle souvent des ornements du tabernacle, où l'on voyait de belles étoffes bleues, pourpres ou écarlates. Homère cite les étoffes de toutes couleurs fabriquées à Sidon comme une chose magnifique.

Les Phéniciens, qui se livrèrent avec tant de succès au commerce et aux arts de luxe, s'étaient rendus célèbres par la riche couleur pourpre qu'ils retiraient de deux mollusques habitant les mers qui baignent les côtes de la Phénic'ie. On raconte qu'un pâtre, dont le chien avait cassé une coquille de pourpre et qui fut taché en rouge pourpre par le suc de ce coquillage, trouva bientôt le moyen d'obtenir cette couleur et de teindre un vêtement pour sa maîtresse. L'époque de cette découverte paraît remonter à plus de 1,500 ans av. J.-C. Du temps de Moïse, les Egyptiens connaissaient la pourpre. Cette belle couleur était si solide, que Plutarque rapporte qu'à la prise de Suze Alexandre trouva dans le trésor de Darius pour la valeur de 50,000 talents (20,700,000 fr.) d'étoffes teintes en pourpre, qui étaient conservées là depuis 192 ans sans avoir éprouvé la moindre altération. Cette couleur fut connue a Rome presque a l'époque de la fondation de cette ville.

Sous l'empire romain, les vêtements de pourpre ne pouvaient être portés que parles membres de la famille impériale. Sous Théodose, il ne restait que deux teintureries de pourpre : une à Tyr, l'autre à Constantinople. La première fut détruite par les Sarrasins, et la dernière par les Turcs. Avec elles disparut le procédé de la teinture en vraie pourpre. Ce sont les mêmes Phéniciens qui répandirent en Europe la connaissance de différents procédés de teinture. Ils se servaient de vases d'étain pour leurs opérations, ainsi que Pline nous l'apprend.

Dans l'Inde, on savait déjà, du temps d'Alexandre, recouvrir les tissus de dessins diversement colorés, et l'art de la teinture était porté à un haut degré de perfection. Pline dit qu'Alexandre fut le premier qui eut des voiles et des étendards de couleur, qu'il apporta des Indes, et que, depuis, un pavillon rouge au haut du mât fut la marque dislinclive du vaisseau amiral. C'est de l'Inde que les Levantins reçurent les procédés de fabrication du beau rouge de garance sur coton, qui porte encore aujourd'hui les noms de rouge des Indes , rouge d'Andrinople. Strabon dit en parlant de l'Inde que cette région produit beaucoup de drogues, de racines et d'autres substances colorantes, avec lesquelles on obtient les plus belles teintures. Suivant Hérodote, qui a écrit plus de 400 ans avant l'ère chrétienne, les habitants du Caucase imprimaient sur leurs vêtements des ligures de différents animaux, à l'aide de mordants et de couleurs si solides, qu'elles duraient autant que l'étoffe. Vaierius Flaccus, poète du commencement de l'ère chrétienne, distingue un des guerriers tués à Colchis, pendant l'expédition des Argonautes, par son vêtement, qui était en toile très-âne, imprimée de plusieurs couleurs.

Voici un passage de Pline qui , quoique obscur sous quelques rapports, montre que les anciens Egyptiens connaissaient les principes de l'art de peindre sur les toiles : i En Egypte, dit-il, on peint jusqu'aux habits, par un procédé des plus merveilleux. Pour cela, en emploie un tissu blanc sur lequel onf passe, non point des couleurs, mais des substances sur lesquelles mordent les couleurs. Les traits ainsi menés sur le tissu ne se voient pas; mais, quand on l'a plongé dans la chaudière, on le retire au bout d'un instant chargé de dessins; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que, quoique la chaudière ne contienne qu'une seule matière colorante, le tissu prend des nuances diverses, les teintes varient selon la nature de la substance qui s'imprègne de couleur-, ces couleurs ne peuvent s'effacer par l'eau. Il est clair que, si le tissu était chargé de dessins coloriés quand il entre dans la chaudière, toutes les couleurs seraient brouillées quand on le retirerait. Ici, toutes les couleurs se font par une seule immersion, et il y a en même temps coction et teinture. Le tissu, modifié par cette opération, est plus solide que s'il ne la subissait pas. • Il est bien évident, par ce passage et par plusieurs autres témoignages historiques, que les anciens connaissaient la couperose et l'alun et qu'ils savaient les employer comme mordants. Ils se servaient aussi, dans leurs opérations, du carbonate de soude ou natron, si commun en Egypte, et du sulfate de cuivre. Certaines couleurs, et entre autres l'éearlate, étaient, appliquées deux fois sur les tissus, probablement pour leur donner un plus grand degré de solidité. Les étoffes étaient alors appelées dibaphes, c'est-à-dire teintes deux fois. 11 en est souvent question dans l'Ecriture, et chez les auteurs grecs et latins.

Les inventions chimiques et mécaniques des temps modernes ont avancé considérablement et complètement modifié ces arts si beaux et si ingénieux de teindre et de peindre les étoffes ; mais les citations précédentes montrent clairement que l'art de teindre, rudiineri taire chez les anciens, y était cepen-

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dant trés-pratiqué. Il est certain, en effet, que .les anciens connaissaient grand nombre de substances tinctoriales dont nous nous servons encore, telles que le kermès, employé pour teindre en écarlate et en pourpre; le pastel, usité pour teindre en bleu; l'orseille, avec laquelle lesGrecs.au rapport de Tournefort, obtenaient la couleur qu'ils appelaient pourpre d'Amorgos ; l'orcanette, la garance, le genêt, les baies de myrtille, la violette, la gaude,la noix de galle, l'écorce de noyer, le brou de noix, la laque, la cochenille, etc.

Pour cette dernière substance tinctoriale, il n'y a aucun doute qu'elle ne fût connue en Perse très-anciennement, puisque le médecin Clésias, qui vivait environ 400 ans av. J.-C, et après lui le philosophe jElian, professeur de rhétorique à Rome, sous le règne d'Alexandre Sévère, ont donné la description de l'insecte qui constitue la cochenille et de la plante qui le nourrit; ils disent aussi que l'Inde produisait une si grande quantité de cette substance colorante , que dès ces premiers temps on en faisait un commerce d'exportation. Le roi de Perse envoya à l'empereur Aurélien, entre autres présents, des étoffes de laine d'un pourpre bien plus éclatant que tout ce qu'on avait vu jusqu'alors dans l'empire romain.

Quant au kermès, il était déjà connu dans le Levant du temps de Moïse, qui l'appelait jola jd'après le professeur Tychsen, on s'en servait pour donner le premier bain aux draps destinés à être teints en pourpre ;dans l'Inde, on l'employait pour teindre la soie. Pline en parle sous le nom de coccigranum et dit qu'on teignait en pourpre avec cette matière, que les Espagnols apportaient pour payer la moitié de leur tribut au peuple romain. Lorsque l'art de teindre avec la pourpre des Tyriens fut perdu, on fit usage du kermès pour obtenirlauiême couleur ; aussi devint-il pour plusieurs pays méridionaux un objet important d'exportation. On le désignait alors sous le nom de vermiculus , petit ver; le mot kermès, qui est arabe, et celui de vermillon, qui est français, ne sont que la traduction du premier. Au moyen âge, c'était la seule substance employée pour la teinture d'un rouge vif. En Allemagne, les paysans serfs devaient livrer aux couvents et aux chefs, parmi les autres tributs agricoles, une certaine quantité de kermès. On le recueillait à ia Saint-Jean, entre onze heures et midi, avec des cérémonies religieuses, et on le désignait, à cause de cela, sous le nom de sang de saint Jean. A Venise , on en consommait beaucoup pour la fabrication de la teimure sur laine, qui portait le nom d'écarlate de Venise.

Nous n'avons, malheureusement , aucun renseignement sur la manière dont les peuples de l'antiquité procédaient à la teinture et à l'impression de leurs tissus, par la raison que les Grecs et les Romains, qui héritèrent de leurs procédés industriels, négligèrent de les décrire, parce qu'ils méprisaient le travail et flétrissaient l'industrie comme une occupation indigne de l'homme libre.

Au ve siècle, tous les arts s'éteignirent en Occident, par suite do l'invasion des barbares du Nord, mais ils se conservèrent mieux en Orient, d'où l'on tira, jusqu'au xne siècle, les objets de luxe, et notamment les tissus colorés. C'est vers la fin du xne siècle et le commencement du xuie siècle que l'art de la teinture reparut en Italie, grâce aux relations commerciales que les Vénitiens et les Génois entretinrent avec l'Orient. En 1338, on comptait à Florence 200 manufactures, qui fabriquaient, dit-on, de 70,000 pièces à 80,000 pièces de drap. En 1300, un Florentin de race allemande, nommé Fedeiigo, ayant par hasard découvert dans Li Levant les propriétés tinctoriales des lichens qui fournissent l'orseille, en introduisit l'usage a Florence et fit une si grande fortune, qu'il devint le chef d'une des premières familles, qui prenait le nom d'Oricellarii, plus tard Rucellarii et Ruoeliaï. Pendant plus d'un siècle, l'Italie livra exclusivement l'orseille ; on recueillait les lichens sur les côtes des lies de la Méditerranée. Après 1403, époque de la découverte des îles Canaries, on en tira ces lichens, et plus tard aussi des lies du Cap- Vert.

C'est en 1429 que parut, à Venise, le premier recueil des procédés de la teinture, sous le nom de Mariegola dell' arte dei tintori. En 144S, Giovan Ventura Rosetti publia un second ouvrage de ce genre, sous le titre de Dell' arte dei tintori, etc., dans lequel on entrevoit déjà quelques traces de cet esprit analytique qui rapproche, compare, discute, étend et perfectionne les idées et les moyens. Cet ouvrage a été traduit en français sous le titre de Suite du teinturier parfait ou VArt de teindre les laines, soies, fils, peaux, poils, plumes, etc., comme il se pratique à Venise, Gênes, Florence et dans tout le Levant, etc. (Paris, 1716).

La découverte de l'Amérique, en fournissant à l'ancien monde la connaissance de plusieurs matières tinctoriales, telles que la cochenille, le bois de Campèche, les divers bois rouges de Fernainbouc, de Sainte-Marthe, le rocou, l'indigo, etc., exerça une grande influence sur les progrès de l'art de teindre.

Les Indiens et les -Perses connurent et employèrent la cochenille ; mais l'usage de cette matière précieuse avait été perdu depuis

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longtemps en Europe, puisque, dans l'ouvrage de Giovan Ventura Rosetti, il n'en est fait aucune mention. Les Espagnols fixèrent sur elle leur attention en 1518 , lorsqu'ils entrèrent à Mexico, et, en 1523, Cortez reçut de la cour d'Espagne l'ordre d'en augmenter la production. En 1581, une seconde flotte en apporta 70,875 kilogrammes.

Les Mexicains l'employaient depuis longtemps pour peindre leurs ustensiles, leurs habitations et pour teindre les étoffes de coton. Peu de temps après l'introduction de la cochenille en Europe, on découvrit les procédés de la teinture en écarlate au moyen de cette substance et des sels d'étain. On attribue l'emploi de ces sels au chimiste hollandais Cornélius Drebbel , vers 1630. Mais d'autres font remonter cette découverte au chimiste allemand Kuster ou Kuffler, qui apporta ses procédés en Angleterre vers 1563 et s'établit teinturier à Bow, près de Londres, où il amassa une fortune considérable. On a prétendu aussi que Van Julien et Van Leferst ont trouvé en même temps le procédé de la teinture écarlate ; c'est ce dernier qui l'aurait communiqué à Gilles Gobelin , qui, vers le milieu du xvie siècle, créa au faubourg Saint-Marcel, à Paris, sur la petite rivière de Bièvre, un atelier de teinture. On regarda cette entreprise comme si téméraire qu on appela cet établissement la Folie-Gobelin, et ses succès étonnèrent tellement ses contemporains qu'ils eurent la simplicité de croire que ce teinturier célèbre avait fait un pacte avec le diable. La découverte de la teinture écarlate fait époque dans l'histoire de l'art, car tes sels d'étain ont mis les modernes en état de surpasser les anciens dans la beauté des couleurs. L'emploi de la cochenille se répandit rapidement dans toute l'Europe, et cette matière fit presque disparaître l'usage du kermès, dont les couleurs sont beaucoup moins éclatantes. Toutefois, ce n'est guère que du règne de Louis XIV que date la prospérité de l'établissement des Gobelins et, par suite, l'adoption de l'écarlate de préférence à la cochenille, les guerres de religion et les troubles civils ayant retardé le développement de cette industrie naissante.

C'est à peu près à la même époque que le bois de Campèche et l'indigo commencèrent à être employés; toutefois, ce ne fut pas sans beaucoup de difficultés. Le premier, que les Espagnols désignèrent sous le nom de palo campechio, devint en usage en Angleterre sous le règne d'Elisabeth; mais, comme il ne donnait pas de couleurs solides, son emploi fut défendu, vers la vingttroisième année de ce règne, sous peine d amendes très-fortes, et on rit brûler tout celui qui se trouvait dans le royaume. Ce n'est que sous Charles II qu'on parvint à rendre les nuances plus solides et que la prohibition fut levée.

Quant à l'indigo, on l'interdit non-seuleinent en Angleterre, mais encore en Hollande, en Allemagne et même en France, sous des peines très-sévères, parce que , disait-on, cette couleur était trop passagère et, même corrosive, mais eu réalité parce que les cultivateurs européens, qui, jusqu'au milieu du xvte siècle, avaient consacré d'immenses étendues de terrain à la culture du pastel, jetèrent les hauts cris lorsque l'indigo commença à être importé en quantités un peu considérables. Sur les représentations des états du Languedoc, le gouvernement français défendit, en 1598, l'usage de l'indigo, et, par un édit de 1609, Henri IV prononça la peine de mort contre tous ceux qui emploieraient ■ cette drogue fausse et pernicieuse appelée inde. » Dans l'ordonnance qui fut rendue en Saxe , en 1650 , contre l'emploi de l'indigo, on l'appelait l'aliment du diable. A Nuremberg, les teinturiers juraient tous les ans de ne teindre ej> bleu qu'avec le pastel, et il paraît qu'en 1799, tout en violant ce serment, ils le prêtaient encore. Même sous Colbert, en France, l'usage de l'indigo ne fut permis que sous la condition d'employer avec lui cent fois autant de pastel. Ce ne fut qu'en 1737, d'après les essais et les représentations de Dufay, que nos teinturiers obtinrent l'entière liberté de se servir absolument comme ils voudraient de l'indigo et du pastel.

On ne saurait douter que l'indigo préparé ne fût connu dans les Indes avant l'ère chrétienne. Les Egyptiens l'ont employé, puisqu'on a trouvé autour de certaines momies, conservées dans le musée luthérien de Glascow, des toiles à bandas bleues, dont la couleur a fourni à l'analyse tous les caractères de l'indigo. Hérodote n'en fait pas mention, mais Dioscoride et Pline le désignent sous les noms à'indikon et A'indicum ; pour eux, c'était l'écume d'un roseau ou l'écume qui se formait à la mer, par les vagues, et qui s'attachait à la tige d'un roseau des Indes orientales. Pline, toutefois, n'en a pas moins indiqué la plus caractéristique des propriétés de l'indigo, celle de donner de belles vapeurs pourpres par l'action <1<- la chaleur. Les Romains l'employaient seulement comme couleur de peinture, parce qu'ils îe savaient pas le dissoudre.

Après la chute de l'empire romain, il parait n'avoir été connu que dans quelques parties de l'Italie. Il venait alors principalement à Venise par l'Egypte et la Syrie. On l'appréciait et comme médicament et comme

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matière colorante. Dans le moyen âge , on employait, pour désigner une teinte bleue mêlée de violet, l'expression de couleur indique. Rhazès, vers la tin du x« siècle, nomme l'indigo ni7 ou indicum. Avicenne, en 1036, Sérapion, vers la fin du xie siècle, et Averrhoès, au milieu du sue, le signalent souvent sous des noms divers et très-différents. Muratori dit qu'en 1193 on le désignait sous le nom à'indigum. On croyait alors que c'était une pierre d'une contrée particulière des Indes orientales, et cette opinion a été bien difficilement détruite, puisque, dans une lettre de concession qui fut délivrée en 1705 à l'occasion de l'exploitation des mines d'Halberstadt et de Reinstein, en Allemagne, on voit encore l'indigo classé parmi les minéraux. Cependant Marco Polo, qui voyageait dans l'Inde vers le milieu du xni» siècle, re connut la véritable nature de cette substance, et ce qu'il en dit prouve qu'alors on la fabriquait dans l'Inde à peu près de la même manière qu'aujourd'hui. Au milieu du xive siècle, Balaucci Pegoletti, en parlant de cette substance, désigne assez exactement les caractères par lesquels on peut reconnaître les qualités de l'indigo vrai.Conti, qui voyageait dans l'Inde vers le milieu du xve siècle, en traitant de ce produit, le désigne sous le nom d'indigo. Rosetti, dans son ouvrage de teinture, le nomme de même endego fino de Bagdad. A cette époque, l'indigo était employé à la teinture de la soie et des peaux , mais pas encore , à ce qu'il semble, à celle des laines, puisqu'en faisant mention de celles-ci Rosetti n'en dit absolument rien. On attribue généralement aux juifs l'introduction en Italie de l'art de teindre les étoffes par le moyen de l'indigo ; ils exerçaient ce métier dès le moyen âge dans le Levant, d'où ii s'est répandu dans le reste de l'Europe.

L'usage de 1 indigo se propagea peu à peu lorsqu'on se fut ouvert un nouveau chemin aux Indes parle cap de Bonne- Espérance. Ce fut Odoardo Barbora qui, le premier, en apporta par cette voie en 1516; mais bientôt les Hollandais en importèrent des quantités considérables , ce qui est cause que plusieurs auteurs ont avancé que ce furent les Hollandais qui le firent connaître en Europe. Les Anglais, en 1582, ignoraient en core le pays d'où il provenait et comment il était produit; ils en doivent les premières notions à Parkinson, qui écrivait vers l'année 1640. En 1631, les Hollandais, d'après Beckmann , apportèrent à Batavia, sur cinq navires, 338,540 livres d'indigo, qui, d'après le prix de l'époque, valaient plus de g tonneaux d'or.

Ceux des voyageurs qui pénétrèrent les premiers en Amérique remarquèrent que les peuples de ces contrées se peignaient le corps et teignaient leurs étoffes avec une matière bleue qu'ils extrayaient d'une plante analogue à celle de l'indigotier. Plusieurs espèces d'indigotiers croissent naturellement dans l'Amérique méridionale et dans les lies d'Amérique ; mais il paraît incontestable que, très-anciennement , les Espagnols , jaloux d'augmenter leur commerce, transportèrent de 1 Asie dans le nouveau monde une ou plusieurs espèces d'indigotier, dont la culture devint surtout très-active dans le Guatemala, à Saint-Domingue et dans les autres Antilles.

Avant l'époque où l'indigo devint en Europe une drogue de teinture, c'était avec le pastel qu'on obtenait les nuances bleues sur les tissus. L'usage de cette plante est trèsancien, puisque, suivant Pline, les femmes et les tilles des anciens Bretons s'en servaient pour teindre leurs corps lorsqu'elles assistaient nues à certaines cérémonies religieuses. Les Grecs et les Romains l'employaient communément. Avant et même après la découverte de l'Amérique, le commerce du pastel en Europe était immense. Les environs de Toulouse fournissaient une énorme quantité de cette substance, qui jouissait d'une grande réputation ; on la mettait en coques ou pelotes ovales, dites cocaignes. Le, pays était devenu si riche qu'on l'appelait le pays de Ûocaigne ou de Cocagne, du nom de son industrie; cette dénomination a passé en proverbe pour designer un pays riche et trèsfertile. 200,000 balles de coques, du poids de 100 kilogrammes chacune, étaient exportées tous les ans par le seul portde Bordeaux, et les étrangers en éprouvaient un si grand besoin que, pendant les guerres de la France, il était convenu que ce commerce serait libre et protégé et que les vaisseaux étrangers arriveraient désarmés dans nos porcs pour y venir chercher ce produit. Les plus beaux édifices de Toulouse ont été bâtis par des fabricants de pastel. Lorsqu'il fallut assurer la rançon de François Ier, prisonnier en Espagne, l'empereur Charles-Quint exigea que Pierre de Bernin, riche fabricant de coques, servit de caution.

La basse Normandie, et notamment Caen, firent aussi, pendant plusieurs siècles, un commerce très-lucratif de pastel. Eu effet, d'après te savant abbé de La Rue, il y avait, dès le xiia siècle, sur les coteaux qui environnent Caen, depuis Saint-Germain-de-. la-Blanche-Herbe jusque vers l'abbaye de la Sainte- Trinité, un grand nombre de moulins à pastel, et, jusque dans le xvie siècle, Caen expédia une grande quantité de cette plante, qui servait alors à obtenir ces beaux bleus

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appelas Meus Perse, dont parlent les historiens, et qui ont fait la réputation de nos teintureries dans le Levant.

Beaucoup d'actes et do chartes témoignent de ce fait. Ainsi, en 1422, Henri V, roi d'An- Çletiîne, autorisa les habitants de Caen à établir un octroi de 2 sous 6 deniers par cuve de (astel chargée au quai de cette ville; le produit en était employé à l'entretien des fortifications. Plus tard, en 159S, Henri IV, par lettres patentes du mois dejanvier, créa l'office de visiteur général mesureur du pastel croissant dans les vicomtes de Caen et de Bayeux; niais la ville forma opposition à la création de cet office, en remontrant au roi qu'elle avait, par ses privilèges, le droit de nommer quatre mesureurs de pastel, qui exerçaient leurs fonctions dans toute la vicomte, et les lettres patentes furent rapportées. Dalechamps , dans son Histoire des plantes; de Bras, dans ses Recherches sur la Neustrie, parlent du pastel comme d'une culture très-étendue dans les environs de Bayeux et da Caen, « dont il s'en tire une si bonne quantité, dit de Bras, que l'on eu faict d'aussy singulières teintures que du même pastel d'Albi. • Depuis le xvie siècle, cette culture a été toujours en diminuant, et aujourd'hui c'est à peine s'il en reste quelques traces dans quelques communes voisines de la mer, comme à Mathieu, Cresserons, Luc, Langrune, aux alentours de La Délivrande, qui est actuellement le seul marché pour cette production.

C'est seulement sous le ministère de Colbert que no3 ateliers de teinture commencèrent à rivaliser et même à surpasser ceux des nations étrangères. Ce ministre, parmi les établissements industriels dont il dota la France, créa les teintureries de Vaurobais et de Sedan; il encouragea la culture de la garance et rit publier, en 1671, une instruction sur la culture et l'emploi do cette plante ; il rédigea, en 1672, une instruction pour les teintures qui mérite d'être remarquée, mais dans laquelle, à côté de règlements fort sages, il établit des mesures fiscales et prohibitives fort gênantes. Il exigea, par exemple , que la teinture des draps noirs fût commencée chez les teinturiers en grand teint et achevée dans les ateliers de petit teint. Les premiers ne pouvaient avoir chez eux qu'un certain nombre de drogues; dans les autres, on ne pouvait employer que certains ingrédients différents des drogues du grand teint ; ni les uns ni les autres ne pouvaient avoir de bois du Brésil. ■ Borner l'industrie, dit Raynul, par des prohibitions ou des privilèges exclusifs, c'est nuire tout à la fois et au travail que l'on permet et à celui que l'on défend. ■

L'essor que Colbert avait voulu imprimer à nos ateliers fut bien vite arrêté par la révocation de l'édit de Nantes, qui dispersa dans le reste de l'Europe nos meilleurs ouvriers. Heureusement, avec le xvme siècle s'ouvrit une ère nouvelle pour la plupart des arts chimiques et surtout pour la teinture. Protégés d'une manière plus efficace et plus philosophique par le gouvernement, qui sentait enfin le besoin d'affranchir le royaume des tributs onéreux payés aux teinturiers du Levant, tes industriels français s'attachèrent à imiter ces belles couleurs que les Grecs seuls avaient le secret de préparer. En 1740, le conseiller Berth, de Grossenhayn, imagina de dissoudre l'indigo dans l'acide sulfuiique de Saxe et d'employer cette liqueur à la teinture des laines. Les bleus ainsi obtenus furent connus sous lu nom de bleus de Saxe et, quoique moins solides que les bleus de cuve, ils obtinrent aussitôt une très-grande faveur.

En 1756, le gouvernement fit publier le procès-verbal des opérations de teinture faites a Yvetot par le sieur François Gonin, sur les ordres du conseil, en présence de commissaires nommés par l'ordonnance de l'intendant de la ville et généralité de Rouen, du il mai 1756, et sous l'inspection du sieur Godinot, inspecteur principal des manufactures de toiles et toileries de ladite généralité. Ce recueil nous montre combien la teinture sur coton était encore peu avancée à cette époque, si rapprochée cependant de Celle où nous vivons. Il n'y est question que des couleurs de petit teint. Les procédés pour monter la cuve d'indigo à froid et la tonne au noir sont excessivement défectueux.

C'est de 1750 à 1760 qu'eut lieu k Rouen Un fait d'une importance considérable, qui imprima un immense essor à la fabrication des rouenneries, la découverte et le perfectionnement du procédé de teinture en rouge des Indes ou d Andrinople. On admet généralement qu'en 1747 des ouvriers grecs furent appelés par les Normands, qui bientôt après surpassèrent leurs maîtres. Mais Gabriel Gervais, l'un des fondateurs de la Société de commerce et d'industrie de Rouen, qui a laissé de curieux documents sur l'histoire industrielle du département de la Seine-Inférieure, assure que la découverte dont il s'agit est due aux efforts multipliés des teinturiers : Fesquet (1748), Pinel, Dugard, Dharistoi (1754), Vincent (1756), Leprienr (1759), Auvray, Palfresne et Delafo- Fie ; il avance que les ouvriers grecs, appelés de Smyrne dans le midi de la France à une époque où nous avions déjà obtenu de grands succès, ont tout au. plus contribué à perfectionner nos premiers procédés, qui

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bientôt, du reste, devinrent fort supérieurs aux leurs, à tel point que cette industrie est depuis lors restée la propriété presque exclusive des Rouennais. Ce qu'il y a de certain, c'est que déjà, de 1760 à 1770, les rouges de Rouen étaient devenus beaucoup plus vifs qu'ils ne l'avaient jamais été dans les mains des teinturiers du Levant et de la Provence. Cette supériorité si vite acquise provient en partie de la circonstance suivante. Le coton qu'on veut teindre en rouge des Indes doit être soumis a plusieurs bains préparatoires, entre chacun desquels il faut qu'il soit desséché complètement, faute de quoi les mordants prennent mal et la couleur a moins de vivacité et de ténacité. Or, notre climat, souventhumideetftoid, nepermettant pas de s'en rapporter, pour cette opération, h la température de l'atmosphère, il fallut, dès les premiers temps, employer les sécheries chauffées artificiellement. On reconnut bientôt que le .degré de chaleur le plus convenable était de 62» à 66", température bien supérieure à celle de l'atmosphère, même en Asie. On dut donc nécessairement mieux réussir à Rouen , au moyen du séchage artificiel, qu'eu Asie, où le séchage à 1 air se maintint jusqu'en 1S08.

Dufay, Hellot et Macquer, furent successivement chargés par le gouvernement de perfectionner l'art de la teinture, et on leur doit des travaux précieux. Dufay étudia principalement les matières colorantes et les mordants, et, le premier, il comprit le véritable rôle de ces substances minérales qui servent d'intermédiaires pour unir les couleurs aux tissus. Après avoir simplifié quelques procédés de teinture, il proposa une méthode aussi simple qu'exacte pour reconnaître la bonté et la solidité d'une couleur.

Hellot s'appliqua à la teinture des laines et publia , sur cette partie importante de l'art, le traité le plus étendu et le mieux fait que l'on possède. Son ouvrage a pour titre : l'Art de la teinture des laines et des étoffes de laine en grand et en petit teint. Ce que Hellot fit pour les laines, Macquer l'exécuta pour la soie. L'excellence de son livre , intitulé : ['Art de la teinture en soie, fait vivement regretter que la mort ait empêché ce savant chimiste d'achever le Traité général des teintures , dont il publia le prospectus en

En 1776, Lepileurd'Apligny recueillit, dans un ouvrage intitulé YArt de la teinture des fils et étoffes de coton, toutes les connaissances acquises jusqu'alors sur celte partie. C'est dans cet ouvrage, reconunandable à plus d'un titre, qu'on trouve décrit, pour la première fois, le procédé dit du rouge des Indes.

Ce sont deux Rouennais, MM. Arvers, pharmacien, et Saint-Evron, teinturier, qui imaginèrent, en 1785, d'aviver ce rouge des Indes au moyen d'un sel d'étain, et qui donnèrent ainsi à cette couleur l'éclat et le reflet qui lui assurent une supériorité marquée sur les tissus teints dans le Levant et dans les Indes. C'est encore un Français, Papillon, qui introduisit en Angleterre les procédés de teinture en rouge.

Vers 1760, Frauzen, propriétaire à Haguenau, introduisit la culture de la garance en Alsace, et, peu de temps après, de 1762 à 1774, un Arménien catholique venu d Ispalian, Johann Althen , importa cette culture dans le territoire d'Avignon et dota ainsi le midi de la France d'une industrie qui devait plus tard acquérir de tels développements, que, année commune , le département de Vaucluse récolte pour 20 millions de francs de garance. Ce qu'il y a de singulier à l'égard de cette précieuse racine, c'est que, dans lo moyen âge , on la cultivait avec un grand succès dans les en* virons de Caen et que son exportation constituait une des branches les plus lucratives du commerce de celte ville. On trouve dans le cartulaire de Troarn des transactions pour la dlme de la garance dès 1122 ; et il y en a une de 1320, passée entre l'abbé de Troarn et te curé de cette paroisse, par laquelle ils conviennent de partager par moitié la dtrae de la garance.

Villani, écrivain du xiv« siècle, nous apprend dans Son Histoire de Florence que, dès le xiib siècle, les dames italiennes faisaient usage, pour leur habillement, de l'écarlate de Caen, c'est-à-dire des draps et des étoffes de laine teints avec la garance cultivée en basse Normandie, et que la seule ville d'Ypres pouvait entrer en concurrence avec celle de Caen dans ce genre de manufacture. Ainsi, au moyen âge, c'était la basse Normandie qui alimentait de garance les teintureries européennes; mais comment sa culture, originaire du Levant, et qui remonte ' à une époque fort reculée , aux environs i d'Andrinople, de Smyrne, dans les lies de | Chypre, etc., était-elle parvenue dans notre province? C'est là un point historique qu'il n'est pas facile d'éclaircir. 11 est probable toutefois que. c'est par l'Italie qu'elle s'est introduite dans les Gaules, puisque déjà, du temps de Pline, la garance était très-cultivée en Italie, notamment en Toscane; la garance de Sienne était surtout très-renommee.

Sous Dajjobert, les marchands étrangers venaient acheter cette racine au marché que ce roi avait établi à Saint-Denis. Une charte de ce prince fixe le droit qu'ils devaient payer pour son exportation. En 1275, sous Philippe

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le Hardi, ce commerce existait encore dans cette petite ville, puisqu'une transaction fut( passée entre le prieur de Saint-Denis et le religieux infirmier, qui était officier claustral, au sujet de la dîme de la garance. Mais, vers le xvie siècle, les Flamands s'emparèrent de cette branche d'industrie agricole, et la basse Normandie perdit peu à peu cette culture profitable dont la Zélande sut tirer bientôt un très-riche parti. Depuis plus de deux siècles, les garanctères des environs de Caen ont complètement disparu.

En 1775, le chimiste Bancroft fit connaître en Angleterre l'écorce de quercitron, si précieuse pour la teinture en jaune. Un acte du parlement lui en accorda l'emploi exclusif pendant un certain nombre d'années. Bunel, de Rouen, eut ensuite un privilège pour vendre cette matière tinctoriale, dont l'usage est devenu si général.

L'époque précise de l'introduction en Europe de la fabrication des toiles peintes, qui jusqu'alors étaient tirées des Indes et de la Perse, n'est pas très-bien connue. Suivant Noël et Carpentier, il y aurait bien plus longtemps qu'on ne le suppose généralement que cette fabrication existerait en France ; Charles VI fit en effet présent à Bajazet de toiles imprimées à Reims, avec de superbes tapisseries de Flandre, représentant les batailles d'Alexandre. En 1579, Richard Hakluyt envoya en Perse un certain Morgan Hablet Horne, teinturier de profession, pour apprendre l'art de la teinture, suivant les procédés des Persans. C'est en 1631 qu'on trouve la première proclamation (elle est de Charles 1er) où, parmi las marchandises qui doivent être exportées d'Angleterre pour l'Inde et de l'Inde pour l'Angleterre, il est fait mention de toiles de coton peintes. Mais l'impression des toiles de coton, en tant que distincte de l'art de la teinture, n'a commencé en Angleterre, d'après Anderson, que vers 1676. James Thomson, de Primerose, avance que la première fabrique d'indienne établie en Angleterre fut élevée sur les bords de la Tamise, à Richmond, par un Français qui, probablement, était un des réfugiés de la révocation de l'édit de Nantes. Quoi qu'il en soit, on voit, par ce qui précède, que cette remarquable importation industrielle est bien antérieure à la fin du xviie siècle ou au commencement du xviu«, époque qu'on lui assigne ordinairement. Les toiles peintes, connues alors sous le nom de perses et d'tndiennes, n'avaient, k l'origine, d'imprimé que le trait; les sujets étaient colories au pinceau, opération longue et dispendieuse qu'on remplaça, en Europe, par l'impression à l'aide de planches peintes.

Les Indiens n'ont apporté aucune amélioration à leurs procédés de fabrication; ils Sont encore aujourd'hui, à peu de chose près, ce qu'ils étaient dans l'antiquité. Leurs couleurs sont belles et solides ; la variété de leurs dessins et le grand nombre de couleurs qu'ils savent fixer sur le coton , donnent à leurs toiles peintes une grande valeur. Mais leurs moyens d'appliquer ces couleurs sont excessivement longs et grossiers , comparativement à ceux des Européens. A Java, en Chine, et dans quelques autres contrées de l'Asie, voici comment ou procède. La peinture des toiles est faite à la main par des femmes et des jeunes filles. Elles couvrent de cire toutes les parties de l'étoffe qui ne doivent pas prendre la couleur. La pièce, ainsi enduite, passe dans la main des teinturiers, qui la plongent dans le bain colorant; dès qu'elle est sèche, elle revient dans la main des peintres, qui enlèvent la cire sur les parties qui doivent prendre une autre couleur, et ainsi de suite, jusqu'à ce que ce minutieux travail soit terminé. On ne peut qu'admirer la précision avec laquelle il est exécuté par des femmes et de3 enfants.

Les procédés des Indiens ont été décrits, en 1736, par Beaulieu, capitaine de vaisseau, à la prière de Dufay, qui l'avait chargé de s'informer de tout ce qui était relatif à la manière de peindre les toiles. Les Pères Cœurdoux , jésuite, et Le Poivre, tous deux missionnaires à Pondichéry, ont aussi fourni quelques renseignements à ce sujet.

En France , les premières fabriques d'indienne s'établirent à Paris et dans ses environs, à Sèvres et à Corbeil, puis à Orange, à Marseille, à Nantes et à- Angers. Mais des réclamations énergiques s'élevèrent de tous les points de la France contre cette fabrication et l'usage des cotonnades imprimées qui devaient, disaient toutes les chambres de commerce, ruiner tes autres industries appliquées à la confection des tissus. Les marchands de toiles blanches et de tissus de couleur surtout réclamèrent contre cette invention, qu'ils qualifiaient de funeste et de fatale , les uns parce qu'ils craignaient que les indiennes ne nuisissent à la consommation du blanc, les autres parce qu'ils voulaient continuer de vendre fort cher les soieries rt les lainages, auxquels les toiles imprimées ne pouvaient manquer de faire concurrence. 11 n'y a peut-être rien de plus curieux au monde, dit M. Blanqui, que le débordement de colères qui se manifesta par des milliers de pamphlets contre cette industrie, source première de la prospérité des provinces où elle fut le plus vivement attaquée. On peut se faire une idée de l'énergie que pouvaient avoir, à Rouen, ces folles déclamations, en remarquant que, dans cette ville, les com-

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munantés de passementiers et de toiliers com taient alors de 300 à 400 maîtres occupant d" 5,000 à 6,000 ouvriers. Aussi les opposnnts obtinrent-ils de nombreux arrêts du conseil, qui défendaient, sous des peines fort gravesj la fabrication des toiles peintes à Rouen et autorisaient de fréquentes et rigoureuses visites chez les marchands qui étaient soupçonnés d'en faire le commerce. L'acharnement était tel que, plusieurs fois, on se permit d'enlever des fichus sur le cou des femmes. On voyait encore l'indienne là où elle n'était pas. En 1756, une très-faible manufacture s'éleva, non pour la fabrication des toiles peintes, mais pour la teinture en réserve des toiles. Les opposants firent saisir toutes les marchandises de l'établissement; un arrêt déclara mainlevée de la saisie; ils résistèrent, et il fallut un deuxième arrêt pour leur faire lâcher prise.

Mais ces ridicules résistances devaient s'épuiser par leur violence même, et Abraham Frey, de Genève, qui venait d'imprimer à Corbeil un ameublement pour la marquise de Pompadour, arriva à Rouen pour former un établissement dans la vallée de Boudeville, nonobstant les défenses contraires; c'est là qu'il fit frapper le premier coup de planche en 1758. Bientôt après, Abraham Pouchet, de Bolbec, vint s'établir auprès de lui, et c'est alors seulement que le conseil d'Etat se décida à permettre ce genre de fabrication. L'arrêt fut confirmé par lettres patentes du roi, en date du même jour, 5 septembre 1759. Dés ce moment, Abraham Frey et Abraham Pouchet travaillèrent hardiment, d'abord sur les toiles dites siamoises, puis sur d'autres espèces de tissus. Il est juste de dire que l'abbé Morellet et Rolland de La Platière eurent la gloire de hâter, par leurs écrits, le retour de l'opinion publique et du gouvernement à des idées plus sages en faveur des indiennes. Quelques années après, des fabriques d'impressions se formèrent successivement à Darnetal, à Dévillo, à Maromme, à Bapaume, près de Rouen , et à Bolbec. La belle manufacture de Jouy, près de Versailles, fondée par le célèbre Oberkampf, date de 1759. .

Les Indiens n'avaient exercé leur industrie que sur le coton, si abondant dans leur pays. On commença aussi en Europe par l'impression sur coton ; on s'en tint là pendant trèslongtemps, et ce n'est que depuis cinquante ans que l'on imprime, par des moyens analogues, des étoffes de laine, de soie et de lin. C'est surtout depuis 1834 que l'impression sur laine, soit pure, soit mélangée de coton ou de soie, a pris un très-grand essor et a singulièrement perfectionné ses procédés, grâce au concours des sciences physico-chimiques. Les tissus de laine imprimés font une concurrence redoutable aux indiennes proprement dites. L'invention des impressions en relief sur les étoffes de laine feutrée et le velours date de 1788 et est due à Bonvallet ; ce n'est guère que depuis 1815 qu'elle a pris quelque développement comme art chez M. Ternaux, à SaintOueu, où Bonvallet fils transporta l'industrie créée par son père.

Daus l'origine, les couleurs n'avaient aucune fixité, elles s'altéraient en peu de temps et souvent ne résistaient point à une simple immersion dans l'eau. L'emploi des substances minérales pour les unir plus intimement aux tissus remonte déjà très-haut dans l'histoire de la teinture, et il est assez difficile de préciser l'époque à laquelle l'usage de l'alun, des sels de fer, de la noix de galle, des apprêts huileux comme mordants a été introduit. Dans le courant du xvi« siècle, l'emploi de l'alun était général, comme le prouve le passage suivant de Palissy, qui se rendait déjà bien compte de la manière dont ce sel opère en teinture : t L'alun, qui est un sel, attire à lui les couleurs du Brésil, de la galle et autres matières pour les donner aux draps, aux cuirs ou soies, tellement que les teinturiers, quelquefois, voulant teindre un drap blanc en rouge, le trempent dans de l'eau d'alun ; le sel d'alun étant dissous dans l'eau sera cause que te drap recevra la teinture que l'on lui aura préparée, et un autre drap qui ne sera point trempé en l'eau d'alun ne le pourra faire. Le sel donc est une chambrière qui ôte la couleur à l'un pour la bailler à l'autre. » Le nom de mordant fut créé par les teinturiers français à une époque voisine de l'enfance de l'art, où ils pensaient que l'action des mordants était mécanique, qu ils étaient d'une nature corrosive ou mordante et servaient tout simplement à ouvrir les pores de l'étoffe, dans lesquels la matière colorante pouvait ensuite s'introduire. Dufay en 1737, Bergmunn en 1776, Macquer en 1778, enfin Berthollet, en 1790, démontrèrent quo leur action est toute chimique , qu'ils ont pour la matière de l'étoffe une affinité qui est la cause de leur adhérence, tandis que, de son côté, la matière colorante se fixe au mordant par l'affinité qu'elle a pour ce dernier.

En même temps que la théorie et la pratique de la teinture recevaient d'immenses perfectionnements , grâce aux recherches des chimistes Dufay, Hellot, Macquer, qui préludèrent par leurs travaux à la révolution chimique de 1789, l'art de l'impression sur toile profilait activement des découvertes de la chimie moderne et des perfectionnements des arts mécaniques. Bientôt apparurent les écrits des savants chimistes Ber-

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iliollet et Chaptnl,(j ii régularisèrent les pratiques des ateliers et portèrent dans l'appréciation des recettes de la teinture cet esprit philosophique qui seul pouvait dégager 1 art des entraves où la routine et l'empirisme l'avaient depuis si longtemps emprisonné.

D'il près les travaux de Berthollet et -de Chaptal, on peut distinguer les matières colorantes végétales en six séries : ln fleurs; 2° fruits ; 3" feuilles; i° écorces ; 5° racines ; 6° bois.

Nous indiquerons en peu de mots les espècos les plus employées de chaque série.

— Fleurs. Les couleurs des fleurs sont généralement fragiles, passagères, difficiles à fixer sur les étoffes. Leur usage est très-limité. On fait une exception pour les fleurs de carthame (carthamus tiuctoria), espèce de chardon originaire de l'Inde, acclimaté en Espagne, en Italie, dans le midi de la France. Cette fleur contient un principe colorant en rouge, appelé carthamine, dont on se sert pour teindre la soie, le lin et le coton en rose, en cerise et en ponceau.

— Fruits. Les graines jaunes, connues sous les noms de graines de Perse et graines d'Avignon, occupent la première place dans cette série. Une espèce de nerprun (rhamnus catharticus) a été récemment utilisée pour faire le lo-kao ou vert de Chine. Le roucou, masse gluante qui entoure les graines du roucouver, arbrisseau de l'Amérique méridionale, sert pour la teinture des soies en aurore et en orange, et aussi pour aviver plusieurs autres couleurs.

— Feuilles. Les matières colorantes des feuilles sont plus nombreuses et plus solides. Le sumac (rhus coriaria), arbrisseau de la famille des térébinthacées, originaire de l'Asie, est employé dans la teinture en noir et en gris, eu remplacement de la noix de galle. La gaude, matière fournie par le reseda tuteola, plante herbacée, cultivée dans le midi de la France, est employée pour les teintures en jaune. Le laurier-rose (nerium tinctorium) et la renouée tinctoriale (potygonum tinctorium) renferment un principe colorant en bleu, analogue à l'indigo et très-facile à extraire.

— Ecorces. L'écorce de chêne renferme une matière employée avec succès pour la teinture en noir; le quercitron, expédié de la Géorgie et de la Pensylvanie en poudre fine, fournit une belle couleur jaune.

— Racines. Les racines tinctoriales sont nombreuses et variées. Le noyer est employé sans mordant pour teindre les laines en fauve. Le curcuma renferme une belle nuance jaune orange. La racine du nénufar blanc contient un principe colorant jaune, qu'on peut fixer par l'alun sur le coton, et une autre substance employée pour les teintures en olive, noir et gris. L'orcanettine, matière extraite de l'orcanette, produit aussi deux belles couleurs; avec le mordant d'alumine, on obtient une nuance violet ou lilas ; avec le mordant de fer, une teinture en gris. Le chavayer (oldelandia umbellata), originaire de l'Inde, fournit une matière rouge, analogue à celle de la garance.

— Sois. Les bois de teinture sont nombreux et riches en couleur, d'une finesse et d'un éclat remarquables. Le campèche, le brésil, le santal fournissent des nuances rouges; le fustet et le mûrier des teinturiers, des nuances jaunes.

Le campèche (hematoxylum campeeltianum), originaire de la baie de Campèche, au Mexique, a été introduit en Europe par les Espagnols vers le milieu du xvio siècle. Le bois de Brésil est très-répandu dans l'Amérique méridionale. On en distingue plusieurs espèces. Moulu et immergé dans l'eau froide, ii lui communique un beau rouge vif. Le pterocarpus santalinus, arbre originaire des Indes orientales, fournit le bois de santal, qui sort surtout pour la teinture des laines. Le rhus colinus, bois de fustet, renferme trois matières colorantes : une jaune, une rouge et une brune. Le mûrier des teinturiers (morus tinctoria), arbre de la famille des urticées, originaire de l'Amérique méridionale, contient aussi deux matières colorantes : le morin blanc et le morin jaune.

Si l'on excepte les yls de fer, depuis longtemps employés dans i préparation des couleurs noire, rouille et chamois, l'art de la teinture n'avait rien emprunté , jusqu'au xixo siècle, au règne minéral; mais, au commencement de ce siècle, l'industrie française, privée par le blocus continental des denrées coloniales, fut obligée de chercher d'autres matières capables de remplacer les produits exotiques.

Napoléon 1er proposa des prix de 25,000 à 100,000 francs aux chimistes qui arriveraient à extraire l'indigo du pastel, d'autres prix d'égale valeur à ceux qui découvriraient une matière colorante capable de remplacer l'indigo dans une plante indigène.

En 1811, Raymond, professeur de chimie à Lyon, remporta un prix de 25,000 francs pour avoir trouvé le moyen d'appliquer le bleu de Prusse à la teinture et obtenu sur la soie « une couleur unie, brillante et inaltérable au frottement et au lavage à l'eau. > Le bleu Raymond ou bleu Marie-Louise remplaça, avec avantage, les bleus foncés à la cuve d'indigo. Raymond fils compléta en 1822 la belle découverte de son père par l'appli-

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cation du bleu, de Prusse à la teinture des laines.

On expérimenta alors avec un égal succès d'autres matières minérales : l'arsênite de cuivre, le sulfure d'arsenic (1819), le jaune de chrome ou chromate de plomb (182Ô), les sels de manganèse, qui permirent aux teinturiers de varier et de perfectionner leurs nuances.

La découverte des matières colorantes renfermées dans le goudron de houille a donné enfin, de nos jours, un nouvel essor à l'art de la teinture.

Du goudron distillé, on retire quarantecinq à cinquante substances solides, liquides ou gazeuses. Les substances liquides sont comprises sous la dénomination générale d'huiles lourdes. De la distillation des huiles lourdes, on obtient l'aniline, hydrocarbure liquide, incolore, d'une odeur aromatique, d'une saveur acre et brûlante, soluble dans l'alcool et dans l'éther. L'aniline dissoute dans l'acide chlorhydrique prend diffé rentes nuances; mêlée au chlore, elle se change en violet; mêlée au chlorate de potasse, elle produit une couleur bleu d'indigo, qui, aussitôt que la réaction est terminée, pusse au vert foncé ; mêlée avec l'acide nitrique concentré, elle se colore en bleu foncé ; si l'on soumet ce mélange à la chaleur, on obtient l'acide picrique, substance colorante jaune. En 1856, M. Perkin, chimiste anglais, fit les premières applications industrielles de ce produit, et il obtint le violet d'aniline, le pourpre, le rose, le rouge, le chocolat. Trois ans après, au commencement de l'année 1859, M. Verguin, chimiste de Lyon, trouva le moyen de transformer l'aniline en une matière colorante rouge d'une belle nuance pourpre, qui reçut le nom de fuchsine. Sur la fin de la même année, M. Gueber-Keller découvrit dans l'aniline une nouvelle matière colorante rouge, par lui appelée azaléine. Des différentes réactions essayées sur l'aniline, on a tiré déjà une foule de couleurs : jaune, vert, bleu, violet, rouge, brun, avec une grande variété de nuances.

— Pharm. Les teintures sont, en général, des dissolutions dans l'alcool des principes solubles des végétaux; rarement elles renferment des matières de nature inorganique; plus rarement encore on soumet à l'action de l'alcool des substances animales.

Considérées au point de vue médical, les teintures constituent un genre de médicaments justement apprécié. Elles fournissent au médecin des dissolutions concentrées , toujours prêtes et faites suivant des doses déterminées. Il est bon de remarquer que l'alcool agit non -seulement comme dissolvant et conservateur, mais qu'il ajoute aussi son action physiologique à celle de la substance médicamenteuse.

Au point de vue de la préparation des teintures, les substances que l'on soumet à l'action de l'alcool doivent être sèches et divisées : divisées pour qu'il les attaque plus facilement; sèches pour qu'il, ne soit pas affaibli par leur eau de végétation. Quand la matière est difficilement pénétrable par l'alcool, on prolonge le contact plus longtemps. .

L'alcool doit être pur; à moins d'indications spéciales, l'alcool faible devra être toujours de l'alcool rectifié étendu, et non de l'eau-de-vie. Pour étendre l'alcool, on doit se servir d'eau distillée, et non d'eau ordinaire, toujours impure. L'alcool doit varier en force, car les principes que l'on cherche à faire entrer dans les teintures ne sont pas également soluble3 dans ce véhicule. Malgré la diversité de solubilité des substances, le Codex a réduit à trois les degrés de l'alcool pour la préparation de toutes les teintures; ce sont CO", 80«, 90° de l'alcoomètre centésimal, degrés qui correspondent à 22,5, 30,8, 38,2 de l'aréomètre de Cartier.

L'alcool à 60° est réservé pour les substances qui sont plutôt de nature extractivs; l'alcool à 80° sert pour les substances plus riches en principes résineux et en huiles volatiles; enfin, l'alcool à 90° convient aux résines elles-mêmes, aux baumes, aux térébenthines et aux matières chargées de principes gras. Ainsi, c'est avec l'alcool a 90» qu'on prépare les teintures de succin, d'ambre gris, de baume de Tolu, etc. ; avec l'alcool à 80°, on prépare les teintures d'aloès, de cannelle, de castoréum, de girofle, de jalap, de musc, de pyrèthre, de quinquina jaune, de safran, de vanille. L'alcool à 60° sert à la préparation des teintures de cachou, de cantharides, de digitale, d'extrait d'opium, de gaïac, de gentiane, de quinquina gris, de valériane.

Personne, pharmacien des hôpitaux de Paris, a démontré que, pour épuiser une substance, il faut, en général, 5 parties d'alcool. Un petit nombre peuvent être traitées par 4 parties d'alcool (quinquina gris, gentiane, séné, etc.), il est vrai; mais comme il est plus avantageux pour la pratique d'avoir des teintures qui soient faites toutes dans une même proportion, le Codex, a adopté le rapport de 1 : 5.

Les teintures se font soit par macération (et c'est le cas le plus fréquent), soit par digestion, soit par décoction, soit par lixiviation. La solution directe est souvent employée, quand toute la substance est soluble (camphre, iode, résines), et on opère à froid

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ou à chaud. La chaleur hâte la préparation, mais il faut avoir recours a des vases supposant à la perte des vapeurs formées. Quand la substance n'est pas entièrement soluble, comme cela arrive le plus souvent, on emploie la macération. Dans ce cas, on prolonge le contact convenablement et l'on a soin d'agiter de temps en temps. Quant à la digestion et à la décoction surtout, on n'y a que très-rarement recours.

On soumet le tout a la presse quand on veut séparer la teinture de son marc. En général, lorsqu'on opère sur de petites quantités, on se contente de filtrer.

La lixiviation qui a été proposée pour la préparation de ces médicaments permet de dissoudre rapidement les principes des substances surlesquelles on agit, il est vrai; mais elle donne un produit qui n'est pas constant dans sa composition et que, partant, on ne peut employer sûrement.

Généralement , dans, la préparation des teintures, on ne fait qu'une seule opération; mais on pourrait avec avantage , en divisant l'alcool, le faire agir successivement sur la matière médicamenteuse. Les teintures sont simples ou composées. Ce que nous avons dit s'applique aux premières. Dans le cas de teintures composées, il est préférable de mettre successivement les substances en contact avec l'alcool et suivant l'ordre de leur moindre solubilité •, sans cela, les matières les p'Ius solubles satureraient d'abord le .liquide et le rendraient moins apte à agir sur les autres corps. C'est ainsi que, dans la préparation du baume du commandeur, on fait d'abord une teinture avec l'angélique et l'hypericum, on ajoute ensuite la myrrhe et l'encens et, quelques jours après seulement, le Storax, le benjoin etl'aloès. On n'ajoute plus, comme autrefois, des alcalis aux teintures, si ce n'est dans quelques vieilles formules consacrées par l'usage. Les alcalis, en général, ne facilitent pas la dissolution des matières des végétaux. L'habitude de l'emploi de teintures faites à l'aide de substances fraîches est entrée depuis quelques années dans la pratique médicale. Ces teintures sont des alcoolatures.

Les teintures partageaient jadis avec les alcoolats tes noms empiriques de baumes, d'élixirs, de gouttes, d'essences, de quintessences. Aujourd'hui, ces dénominations sont complètement bannies des ouvrages dogmatiques. Même on a proposé, et avec raison, de substituer au mot teinture l'expression plus juste d'alcoolé. Les teintures éthérées seraient des éthérolés. Nous allons citer brièvement les teintures alcooliques les plus employées :

Teinture d'arnica. Elle se prépare avec :

Alcool à 56» 500 gr.

Fleurs d'arnica loo

Elle est fréquemment employée dans les coups et les chutes avec ecchymoses.

Teinture d'aloès. Dissolution de :

Aloès 100 gr.

Alcool à 80» 400

Elle est employée à l'extérieur comme cicatrisante dans le pansement des plaies et ulcères; c'est un des meilleurs moyens pour guérir les brûlures, et cependant elle est peu connue pour cet usage. L'hippiatrique fait aussi une grande consommation de teintures d'aloès.

Teinture de benjoin. Elle sert à préparer le lait virginal ; en l'étendant d'eau de roses, ■~on obtient ce dernier produit. La teinture du baume de La Mecque peut servir avec avantage pour cette préparation.

Teinture de cantharides :

Cantharides 60 gr.

Alcool à 56° 500

Elle est employée à l'intérieur comme aphrodisiaque, à la dose de 1 à 30 gouttes dans de l'eau, et, à l'extérieur, comme stimulant.

Teluture d'iode. Dissolution de 3 parties d'iode dans 38 parties d'alcool à 90». Elle est employée dans le pansement des ulcères serofuleux et en injections chirurgicales. Rarement employée à l'intérieur.

Teinture de niu*e (essence de musc). Trèsemployée comme parfum, et antihystérique en lavements.

Teinture de guïue (eau-de-vie de gatac). Dentifrice.

Teinture de quinquina. Elle peut servir à préparer rapidement le vin de quinquina. Elle sert aussi de dentifrice.

Teinture balsamique. Baume du commandeur. V. BAUME.

Teinture de jalap composée. Eau-de-vie

allemande. V. kau-de-vib.

Teinture d'aloès composée. Elixir de longue vie. V. blixib.

— Art vétér. Voici les principales teintures employées pour le traitement des animaux :

La teinture d'absinthe se prépare avec 30 grammes de sommités sèches de la grande absinthe et 240 grammes d'alcool à 21" Cartier. On met le tout dans un matras et on fait digérer au soleil ou dans une étuve à 30° pendant six jours ; on passe ensuite avec expression et on filtre.

La teinture d'aloès est composée avec

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30 grammes d'aloès que l'on fait digérer pendant huit jours dans 240 grammes d'alcool. C'est un très-bon médicament et d'un usago fréquent dans la médecine vétérinaire, pour le pansement des plaies blafardes dont la suppuration est de mauvaise nature.

La teinture aloétique camphrée se fait en mélangeant 128 grammes de teinture d'aloès avec 16 grammes d'alcool camphré. Bourgelat recommande beaucoup cette liqueur antiputride dans les plaies qui demandent à être animées.

La teinture de gentiane s'obtient en faisant macérer pendant six jours 30 grammes de poudre de racine de gentiane avec 120 grammes d'alcool.

La teinture de gentiane ammoniacale est composée de 120 grammes déracine de gentiane, 30 grammes de sesquicarbonate d ammoniaque et 2 litres d'alcool a 22» Cartier. Ou introduit toutes ces substances dans un matras et on laisse macérer pendant huit jours; on passe le macératum et on filtre. Cette teinture est un peu chère, mais elle est trèsutilement employée pour combattre les maladies anémiques compliquées de septicité.

La teinture stomachique de gentiane et d'écorces d'oranges se fait en faisant macérer dans 2 litres d'alcool, pendant huit jours, 120 grammes de racine de gentiane, 60 grammes d'écorces d'oranges amères et 15 grammes de safran; on passe avec expression et on filtre le macératum.

La teinture de camphre aqueuse, ou eau-devie camphrée, se fait avec 30 grammes de camphre et 1,250 grammes d'alcool. Après avoir placé le camphre dans un mortier de marbre, on humecte avec quelques gouttes d'alcool pour le diviser par trituration et on y verse peu à peu l'alcool pour le dissoudre entièrement. Si le solutum est troublé par quelques corpuscules, on le passe à travers un filtre de papier. L'eau-de-vie camphrée est résolutive et détersive. On en fait fréquemment usage en frictions dans les efforts des articulations, dans les engorgements récents, suites de violences extérieures, dans les lassitudes et fatigues des membres, pour prévenir les gonflements récents des capsules synoviales.

La teinture de camphre concentrée se fait par la dissolution de 32 grammes de camphre dans 470 grammes d'alcool à 34<> Cartier. Cet alcool camphré est un violent détersif. Il est rarement employé, à cause de sa cherté. Cependant, il produitd'excellents effets dans les douleurs articulaires des membres, dans les engorgements récents des tendons et dans les dilatations des capsules synoviales connues sons le nom de molettes.

La teinture irritante de Maury est un mélange de 90 grammes d'essence de térébenthine, 24 grammes d'ammoniaque liquide et 125 grammes d'eau-de-vie à 22° Cartier.

Cette mixture est employée avec succès par M, Maury contre les distensions synoviales, les efforts articulaires, récents ou anciens. On peut varier les proportions des différents liquides qui la composent, selon l'effet irritant que l'on désire obtenir.

La teinture de cantharides s'obtient en faisant digérer à une douce chaleur ou à l'exposition du soleil pendant huit jours, en remuant de temps en temps le matras où sont placées les matières, 30 grammes de pondre de cantharides et 240 grammes d'alcool a 210 Cartier; on passe ensuite avec expression et on filtre ce produit de la digestion ; cette teinture, employée en frictions cutanées, est un irritant énergique, qui détermine rapidement la formation de vésicules séreuses sur la peau ; on en fait usage dans les distensions de 1 articulation de l'épaule, appelées écarts, dans le lumbago, dans les douleurs articulaires.

La teinture de cantharides et d'euphorbe sa prépare par digestion, comme la précédente, et on l'emploie aux mêmes usages. Elle est composée de 30 grammes da poudre de cantharides, 8 grammes de poudre d'euphorbe et 190 grammes d'alcoo! à 21° Cartier.

La teinture d'iode s'obtient en faisant dissoudre 5 grammes d'iode pulvérisé dans 30 grammes d'alcool à 38°. Cette teinture est peu employée à l'intérieur; on lui préfère l'iodure de potassium. Cependant, on pourrait l'administrer comme fondante à la dose de 4 grammesà s grammes dans 0l»t,l d'eau.

ha teinture dudocteur Manque, contre la météorisation, est composée de : une poignée de sommités de menthe poivrée, 15 grammes de camphre, 4 grammes de sassafras et 1 litre d'alcool a 18°. On laisse macérer dans un matras bouché pendant vingt- quatre heures; on passe et on y dissout le camphre. Cette teinture s'emploie à la dose de trois ou quatre cuillerées pour les grands animaux, contre les météorisations.

La teinture azotique est un mélange de 30 grammes d'acide azotique avec 90 gr. d'alcool à 36°. On mêle les deux, liquides dans un matras et, après la mixtion, on place dans un flacon bouenô à l'émeri, qu'on débouche de temps en temps pour laisser dégager les gaa provenant de la réaction lente de l'acide sur les éléments de l'alcool ; il se forme par la suite un peu d'éther hyponitreux, qui reste en solution dans l'alcool. Ce médicament s'emploie souvent comme antiseptique dans les maladies qui s'accompagnent d'altération du sang.

La teinture de myrrhe s'obtient en faisant ma-

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cérer pendant vingt-quatre heures 100 grammes de myrrhe dansai, 000 grammes d'alcool a 18°. Cette teinture est employée avec succès pour opérer la cicatrisation di'S plaies chez les chiens; elle exerce à la fois une action excitante et adhésive qui la rend préférable à la teinture d'aloès dans beaucoup de cas. Cette teinture est aussi excellente dans le pansement des plaies qui ont besoin d'être excitées; elle n'est pas assez employée.

La teinture d'opium est une dissolution de 30 grammes d'extrait aqueux d'opium dans 90 grammes d'alcool à 3<jo. Lorsque la solution est opérée, on filtre pour séparer le dépôt insoluble.

ha. teinture opiacée s'obtient en faisant macérer pendant quinze jours dans un endroit chaud 64 grammes d'opium brut dans 500 gr. d'alcool à 15°. M. Darreau assure que cette teinture, qui revient peu cher, produit les mêmes effets que le laudanum de Sydenham, dont le prix est très-élevé. En ajoutant à cette teinture 4 grammes d'opium et 0'it,5 d'eau, on l'administre aux poulains atteints d'entérite diarrhéique, en deux doses, matin et soir. Ce remède doit être continué jusqu'à ce que les excréments aient repris leur consistance normale, ce qui arrive après quatre à cinq jouis. On doit tenir le jeune poulain très-chaudement pendant le cours du traitement, en le recouvrant avec de bonnes couvertures chauffées au feu.

La teintvre de quinquina est composée de S0 grammes de quinquina jaune en ècorce et de 120 grammes d'alcool à 21°. Après avoir concassé l'écorce dans un mortier de fer, on la met dans un matras et on verse dessus l'alcool, qu'on laisse macérer sur cette écorce pendant six joursen agitantde tempsen temus ; on décante le solutum alcoolique et on hltre à travers un papier. En raison du prix élevé du quinquina et de la grande quantité qui est employée en médecine vétérinaire pour l'usage externe, on peut sans inconvénient augmenter de moitié la dose d'alcool. Cette (ei'iiture se donne avec de grands avantages à l'intérieur dans les maladies septiques accompagnées de faiblesses et de taches pétéehiales, dans la pourriture du mouton et dans l'anémie du chien. On en fait aussi usage avec succès dans le pansement des plaies gangreneuses.

La teinture sulfurique ou eau de Babel est un mélange de 30 grammes d'acide sulfurique hydraté à 66° avec 90 grammes d'alcool à 350 Cartier. On introduit. 1 alcool dans un matras, on y verse peu à peu l'acide en opérant le mélange, afin de répartir le calorique qui devient libre au moment de la combinaison et pour éviter la fracture du vase. On bouche le matras, et, lorsque le liquide est refroidi et éclairci par suite d'un dépôt de sulfate de plomb que contenait l'acide sulfurique du commerce, on le décante et on l'enferme dans des flacons bouchés à l'émeri. L'eau de Rabel est un excellent antiseptique; on la donne en solution à la dose de 15 à 30 grammes pour les grands animaux, ou, ce qui est préférable, on 1 unit à un décoctum ou même à l'eau simple et au miel jusqu'àacidité agréable. Il faut toujours goûter ce liquide, afin de s'assurer de son acidité avant de l'administrer.

La.teinture de savon se fait avec 120 grammes de savon blanc de Marseille sec et râpé que l'on fait dissoudre dans 500 grammes d'alcool à 27°. Cette préparation s emploie pour prévenir l'inflammation qui est la conséquence des distensions récentes des articulations, et contre les engorgements nouveaux, suite de violences extérieures.

La teinture de Mars tartarisée est composée avec 100 grammes de limaille de fer, 250 gr. de crème de tartre, 50 grammes d'alcool et une quantité suffisante d'eau. On met la limaille de fer dans une chaudière de fer ; on y ajoute une quantité suffisante d'eau pour faire une masse molle qu'on laisse réagir pendant vingt-quatre heures; on verse alors: eau de pluie, 8 kilogrammes ; on fait bouillir pendant deux heures en agitant et ajoutant de l'eau pour remplacer celle qui s'est évaporée; on laisse déposer, on décante le liquide surnageant, on filtre et on évapore jusqu'à 32» ; on ajoute l'alcool et on conserve. Cette teinture est un précieux médicament. Elle est administrée avec avantage dans le pissement de sang atonique des grands ruminants ou dans cette hémorragie passive des reins qui attaque le gros bétail au printemps, dans les herbages, lors de la première pousse des herbes. Elle est aussi très-utile, en injections, dans le coryza gangreneux du bœuf et du cheval et dans l'anémie de tous les animaux. Cette préparution a, en outre, l'avantage d'être peu chère. Ou la donne trois ou quatre fois par jour, à la dose de 4 (grammes à 16 grammes dans 01!t,5 de décoction aromatique légère.

La teinture de digitaline est une dissolution de l gramme de digitaline pure dans 500 grammes d'alcool à 36°. On la donne à la dose de 4 à 5 grammes pour les grands animaux et de 1 gramme à 2 grammes pour les petits.

La teinture utérine est composée de 2 kilogrammes d'alcool, 250 grammes de Sabine pulvérisée, 190 grammes dethériaque, 125 grammes de cumin pulvérisé, 80 grammes d'essence de rue et une même quantité d'essence de Sabine. On met les quatre premières substances dans un matras et on les laisse exposées pendant un mois à une douce chaleur ; après ce temps, on passe l'alcoolé avec expression

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et on ajoute les essences de rue et de sabine. On conserve dans un flacon bouché à l'émeri ; en ajoutant à cette teinture un peu Je seigle ergoté ou d'extrait d'ergotine, on pourrait tirer un bon parti de la propriété obstétricale de cette substance. On la donne k la dose de 60 grammes à 120 grammes dans une bouteille de vin blanc ou rouge, pour hâter l'expulsion du délivre chez la vache. Lorsqu'on veut continuer l'administration de la teinture pendant plusieurs jours, il est prudent da ne la donner qu'à la dose de 60 grammes.

La teinture de Cherry se compose de 4 grammes de deutochlorure de mercure dissous dans 31 grammes d'alcool rectifié. Les maladies contre lesquelles M. Cherry emploie sa mixture sont les molettes, les vessi- ?ons, l'éparvin commençant, les suros, les ormes , les inflammations carpiennes, les courbes, les jardons récents, comme aussi dans tous les cas où l'emploi du cautère actuel est indiqué et où' le vésicatoire est impuissant. La liqueur doit être appliquée sur la partie malade, et sans couper les poils, avec une brosse courte à moitié usée ou avec un pinceau commun de peintre et en l'étalant de la même manière que la peinture ; mais il ne faut en mettre que juste ce qui doit imprégner les poils et pénétrer la couche superficielle de la peau, sans aller au delà. Si l'on désire obtenir un effet puissant, la partie sur laquelle la liqueur sera appliquée doit être préalablement bien frottée avec la main ou avec une brosse. On peut même faire une' friction avec le bout du doigt imprégné de la liqueur; mais cela est rarement nécessaire. Les effets de l'application ne se manifestent pas, tout d'abord, avec promptitude. Il n'y a ni douleur ni irritation apparentes. Jamiiis un cheval ne mord ou ne déchire par les frottements la partie sur laquelle la liqueur a été appliquée. L'animal s'appuie même beaucoup mieux qu'avant l'emploi du remède sur le membre souffrant. Les premiers signes qui témoignent de son action sont un léger gonflement de la partie, le hérissement des poils et une exsudation k la surface de la peau, rarement- assez abondante pourmouillerles parties déclives. Cette exsudation desséchée, on voit se détacher ultérieurement de la surface cutanée une escarre mince comme du parchemin et traversée par les poils, qu'elle entraine en partie. Une nouvelle exfoliation plus mince suit cette première, et, si la solution a été forte, une troisième, moins épaisse encore, succède à la deuxième. Tout le poil n'est pas entraîné par ces exfoliations successives. La peau demeure pendant quelque temps indurée et un peu sensible ; cet état se prolonge cinq a six semaines, pendant lesquelles il n'y a aucune application à faire, Plus tard le poil repousse et l'animal n'éprouve aucune tare. Après la pousse du premier poil on peut, si le cas le réclame, avoir recours à une nouvelle application ; mais ce ne doit être que cinq ou six semaines après la première.

TEINTURERIE s. f. (tain-tu-re-rî — rad.

teinture). Art du teinturier : Il connaît la

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