‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 14Chapitre 996 sur 1059 · V. CYCLONE, ORAGE, OURAGAN et VENT · texte numérisé non relu

V. CYCLONE, ORAGE, OURAGAN et VENT

Tempête (la), comédie-féerie en cinq actes, de W. Shakspeare. Prospero, duc de Milan, a été chassé de ses Etats par son frère Antonio, aidé d'Alouzo, roi de Naples. Il aborde avec sa tille Miranda dans une île déserte, où les secrets magiques que de longues études lui ont fait acquérir soumettent à sa volonté tous les esprits. Ariel, génie aérien, léger, rapide et gracieux, jouit de toute la confiance de Prospero et exécute ses ordres avec la promptitude de l'éclair; tandis que Caliban, sorte de génie malfaisant, abject et difforme, produit d'une sorcière et d'un démon, livré aux travaux matériels et grossiers, n'ouvre la bouche que pour accabler son maître des plus noires malédictions. Depuis douze ans Prospero est dans cette lie, lorsqu'il apprend que tous ses ennemis sont sur mer, revenant de Tunis, dont le roi a épousé la fille d'Alonzo. Prospero ordonne alors à Ariel de soulever une violente tempête, qui amène le naufrage du navire sur lequel voyagent Atonzo et sa suite et qui les jette dans l'Ile. Mais lorsqu'il a ses ennemis en son pouvoir il se borne, pour toute vengeance, à les faire passer par divers enchantements; puis il se fait reconnaître, pardonne à son frère Antonio et au roi de Naples, dont ie fils Ferdinand épouse Miranda, et quitte enfin l'île pour aller reprendre possession de ses Etats.

Tel est le canevas très-simple sur lequel Shakspeare a brodé ce thème féerique où éclatent tour à tour la verve, la grâce, l'originalité, l'imprévu. Shakspeare a dans cette féerie imaginé un amour plus gracieux et plus innocent encore que celui de Daphnis et Chloé ; il a mis en opposition, dans une vivante allégorie, le monde intellectuel et le monde de la matière. On doit lui pardonner, en faveur de ces inventions délicieuses et du brillant vernis de poésie répandu sur tout l'ouvrage, la nullité de l'action, l'insigniliance de quelques scènes, la monstrueuse difformité de plusieurs autres, digues de Caliban qui en est le héros, et surtout le grand défaut d avoir distribué l'économie de sa pièce de façon à faire trois groupes de ses personnages, sans qu'ils se mêlent, pour ainsi dire, jusqu'à la tin, sans qu'ils aient d'autre lien commun que les desseins de Prospero et la fugitive présence d'Ariel. « Nous remarquerons, dit M. F.-V. Hugo, que cette pièce est entièrement conforme aux règles des trois unités. On pense que, harcelé par les critiques de Ben Jonson, Shakspeare voulut lui prouver qu'il était capable de s'astreindra aux prétendus préceptes d'Aristote, quand il le voulait, En effet, il semble avoir à dessein fait remarquer par plusieurs personnages que depuis le naufrage du vaisseau jusqu'à la reconnaissance de la fin il ne s'est écoulé que trois heures. ■ La Tempête paraît avoir été composée, si l'on se rapporte à Malone, vers 1011 ou 1612, et, par conséquent, c'est un des derniers ouvrages de Shakspeare.

Cette pièce est fort estimée des connaisseurs, tant à cause de l'originalité du sujet que de la variété des caractères et de la magie du style. L'intérêt dramatique y est d'ailleurs trèsfaible, etl'on n'y trouve que rarementees traits sublimes qui font pardonner à Shakspeare tant de défauts. Néanmoins, dans une action reposant sur des événements merveilleux , dont le principal personnage est un magicien et les uutres des esprits ou des hommes soumis ■à quelque enchantement, il a fallu une imagination inépuisable et l'incomparable flexibilité de talent que possédait le poète pour donner à cette brillante fantaisie L'attrait et la curiosité qui s'attachent d'ordinaire au développement d'une action régulière.

M. Guizot a apprécié en ces termes la

TEMP

Tempête de Shakspeare : s Je no saurais jun rer que cela soit ou ne soit pas réel, » dit, à la fin de la Tempête, le vieux Gonzalo, tout étourdi des prestiges qui l'ont environné depuis son arrivée dans l'île. Il semble que, par la bouche de l'honnête homme de la pièce, Shakspeare ait voulu exprimer l'effet général de ce charmant et singulier ouvrage. Brillant, léger, diaphane comme les apparitions dont il est rempli, à peine se laisse-t-il saisir à la réflexion; à peine, à travers ces traits mobiles et transparents, se peut-on tenir pour certain d'apercevoir un sujet, une contexture de pièce, des aventures, des sentiments, des personnages réels. Cependant tout y est, tout s'y révèle, et, dans une succession rapide, chaque objet à son tour émeut l'imagination, occupe l'attention et disparaît, laissant pour unique trace la confuse émotion du plaisir et une impression de vérité à laquelle on n'ose refuser ni accorder sa croyance. Tout est à la fois, dans ce tableau, fantastique et vrai. Comme s'il était le créateur de l'ouvrage, comme s'il était le véritable enchanteur entouré des illusions de son art, Prospero, en s'y montrant à nous, semble le seul corps opaque et solide au milieu d'un peuple de légers fantômes revêtus des formes de la vie, mais dépourvus des apparences de la durée. Quelques minutes s'écouleront à peine que l'aimable Ariel, plus léger encore que lorsqu'il arrive avec la pensée, va échapper au contact même de la baguette magique et, libre des formes qu'on lui prescrit, libre de toute forme sensible, va se dissoudre dans le vague de l'air, où s'évanouira pour nous son existence individuelle. N'est-ce pas un prestige de la magie que cette demi-intelligence qui paraît luire dans le grossier Caliban ? et ne semble-t-il pas qu'en mettant le pied hors de l'île désenchantée, ou il va être laissé à lui-même, nous allons le voir retomber dans son état naturel de masse inerte, s'assiinilant par degrés à la terre dont il est à peine distinct? Que deviendront, loin de notre vue, cet Antonio, cet Alonzo, si facilement et légèrement accessibles à tous les sentiments? Que deviendront ces jeunes amants, sitôt et si complètement épris, et qui, pour nous, semblent n'avoir eu d'autre existence que d'aimer, d'autre destination que de faire passer devant nos yeux les ravissantes images de l'amour et de l'innocence? Chacun de ces personnages ne nous révèle que la portion de son caractère qui convient à sa situation présente ; aucun d'eux ne nous dévoile eu lui-même ces abîmes de la nature, ces profondes sources de la pensée où descend si souvent et si avant Shakspeare; mais ils en déploient sous nos yeux tous les efforts extérieurs; nous ne savons d'où ils viennent, mais nous reconnaissons parfaitement ce qu'ils semblent être; véritables visions dont nous ne sentons ni la chair ni les os, mais dont les formes nous sont distinctes et familières.

» Aussi, par la souplesse et la légèreté de leur nature, ces créatures singulières se prêtent-elles à une rapidité d'action, à une variété de mouvements dont peut-être aucune autre pièce de Shakspeare ne fournit d'exemple ; il n'en est pas de plus amusante, de plus animée, où une gaieté vive et même bouffonne se marie plus naturellement à des intérêts sérieux, à des sentiments tristes et à de touchantes affections; c'est une féerie dans toute la force du terme, dans toute la vivacité des impressions qu'on en peut recevoir.

» Le style de la Tempête participe de cette espèce de magie. Figuré, vaporeux, portant à l'esprit une foule d'images et d'impressions vagues -et fugitives, comme ces formes incertaines que dessinent les nuages, il émeut l'imagination sans la fixer et la tient dans cet état d'excitation indécise qui la rend accessible à tous les prestiges dont voudra l'amuser l'enchanteur. »

TempÔte dupa un verre d eau (UNE), Comédie en un acte, en prose, par M. Léon Gozlan (Théâtre -Historique, 10 décembre 1849). S'il était besoin de prouver qu'il n'est pas nécessaire, pour obtenir le succès, d'écrire de gros romans en une infinité de volumes hi-8°, pas plus que de grandes comédies ou des draines gigantesques en une foule d'actes et encore plus de tableaux, il n'y aurait qu'à citer cette frêle comédie de M. Léon Gozlan, que l'Odéon a empruntée au Théâtre-Historique et que le Théâtre- Français a réclamée comme sienne à l'Odéon pour l'inscrire à son répertoire. Il s'agit de la jalousie de deux époux, M. btiM'ie de Courberive, tous deux en train de déjeuner en tète-à-tête, quand arrive une lettre au timbre d'Angleterre. De qui cela peut-il être î et surtout à qui peut être adressée cette missive? Voilà le problème difficile à résoudre, car la lettre ne porte dans sa suscription, devant le nom de Courberive, qu'un simple M. Cela veut-il dire Monsieur? Cela. veut-il dire Madame? That is the question. Dans tous les cas, par curiosité d'abord, par prudence peut-être, madame s'empare de la lettre et remet à la lire après le déjeuner. Pourquoi pas tout de suite? A quoi bon attendre? Il faut qu'il y ait quelque chose làdessous. Et le mari de récriminer, et la femme de crier plus fort que lui, comme font toujours les femmes en pareil cas. Enfin, lorsque la tempête gronde et mugit au point de

■ TEMP

menacer du naufrage le bonheur conjugal, on s'avise durpoyen de sauvetage par lequel il eût fallu commencer : on ouvre la lettre, et... il se trouve qu'elle n'est adressée particulièrement ni à Monsieur ni à Madame, mais bien k tous deux ; ou, si l'on aime mieux, ni à l'un ni k l'autre, mais, par leur intermédiaire, à un de leurs amis, M. Fernand , membre des cortès. Cette fantaisie dramatique est écrite d'un style pur, élégant et gracieux, qui fait songer aux. meilleures scènes de Marivaux ou de Musset.

Tempête (la) [La Tempera], opéra italien en deux actes, paroles de Scribe, musique d'Halévy; représenté à Londres, sur le théâtre de la Reine, le vendredi M juin 1850. Le canevas du livret reproduit en partie la pièce de Shakspeare, The Tempest, qui renferme des éléments lyriques dont l'habile auteur a su tirer un parti ingénieux. L'introduction musicale est savante et originale. Le premier acte débute par un chœur des esprits aériens qui obéissent aux ordres d'Ariel. Les sylphides endormies se réveillent et forment un ensemble chorégraphique d'un effet poétique, que l'on retrouva plus tard dans le premier tableau de la Magicienne. La célèbre danseuse Carlotta Grisi a mimé avec un grand succès un rôle de génie dans cet ouvrage. Les deux rôles principaux de Miranda etdeCalibanont été interprétés parMme Sontag et par Lablache, Nous citerons, parmi les morceaux les plus remarquables de la partition, la cavatine : Parmi una voce il murmuret 1* duo : S'odio, orror di me non hai, et le finale du second acte, qui est plein de mouvement et d'originalité, M. Balfe, le compositeur anglais, conduisait alors l'orchestre du théâtre de la Reine. La Tempesta fit fureur à Londres, et nos voisins ont amplement dédommagé les auteurs de l'émigration à laquelle l'état des beaux-arts en France les avait sans doute contraints. Mme Sontag.devenue depuis quelques années la comtesse Rossi, venait de reparaître sur la scène dans cet opéra; Scribe adressa k son mari le quatrain suivant :

A monsieur le comte Rossi.

C'est toi seul qui pouvais enchaîner dans son vol Ce rossignol divin qui nous charme à l'entendre. Car de tout temps Ross', chacun doit le comprendre, Fut la moitié de rossignol.

On remarquera que ce jeu de mots est bien mauvais. Lablache distança l'académicien dans les quatre vers italiens qu'il adressa au compositeur à l'occasion de son succès:

Quanto tlaliaaltre varia

D'Halévy la Teinpesta!

Quelle fan piover grandine,

Uro fa piover questa.

hn Tempête d'Halévy

Diffère des autres tempêtes:

Celles-ci font pleuvoir la grêle,

Celle-là fait pleuvoir de l'or.

Nous citerons encore ce toast en l'honneur du cher et illustre maître qui a laissé parmi nous tant de regrets; si les vers sont médiocres, l'intention au moins est bonne : Salut à toi, prince de l'harmonie, Qu'ont consacré tant de succès nouveaux, Cher Halévy, dont le noble génie Hier encore excitait les bravos.

Jusqu'à Paris, que l'écho les répèle; Que ces bravos, retentissant dans l'air. Portent au loin le bruit de la Tempête, Chez nous, jadis, annoncé par l'Eclair.

La Tempesta fut représentée au Théâtre- Italien, à Paris, le 25 février 1851. Lablache était extraordinaire dans le rôle affreux de Caliban, comme acteur k la fois terrible et grotesque , tour à tour méchant et tendre. Mme Sontag chantait le gracieux rôle de Miranda ; Gardoni et Golini ceux de Fernand et de Prospero.

Tempëie. Iconogr. Dans l'art grec, la tempête est personnifiée par Eole, le roi des Vents. Un des plus adinirabjes tableaux qui aient jamais été faits d'une tempête est celui que Virgile a tracé dans Y Enéide :

Dsec ubi dicta-, cavum conversa cuspide montem lmpulii in latus : ae Venti, velut agmins facto, Qua data porta, ruunt et terras turbine perflant. lncubuere mari...

Pline rapporte qn'Apelle peignit ce qui ne peut se peindre, le tonnerre, la foudre et les éclairs, et il ajoute que les tableaux qu'il en fit étaient connus sous les noms de Bronlè, Astrapè, Ceraunobolia. Nous ne saurions dire que! était exactement le sujet de ces compositions, mais nous pensons qu'elles représentaient les effets de la tempête autrement que par de simples allégories.

Il appartenait à lart moderne de fixer sur la toile les aspects les plus fantastiques et les scènes les plus terribles des tempêtes. Les Hollandais se sont montrés particulièrement habiles en ce genre. Ludolf Backhuizen a rendu d'une façon admirable la fureur des vagues et le désordre des nuages ; il v a de lui, au musée de Bruxelles, une Tempête sur les cotes de la Norvège; à la vente Patureau (1857), un de ses meilleurs ouvrages, l'Approche d'une tempête, a atteint le prix de 6,000 francs. Backhuizen a gravé k l'eauforte un pièce que des amateurs désignent sous le titre de la Grande tempête, et une autre intitulée : les Suites d'une tempête; Wilhelm van de Velde affectionnait surtout les calmes, mais il a peint aussi des tempêtes :

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il y en a une à la pinacothèque de Munich; des compositions analogues ont été gravées d'après lui par Richard Houston et par Christian Norton (1760). Nous décrivons ciaprès le chef-d'œuvre de Ruisdael, que possède le Louvre.

Un peintre de Harlem , Pieter Molyn , s'est rendu célèbre en Italie par ses tempêtes et en a tiré le surnom de Tempesta, >Ses tableaux, dit Lanzi, font véritablement frémir, lorsqu'on y voit un ciel couvert d'épaisses ténèbres ouvrir au-dessus des vaisseaux un nuage formidable, lancer les éclairs et la foudre, allumer des incendies, tandis que la mer, s'élevant avec furie du fond de ses abîmes, les brise les uns contre les autres ou les engloutit dans ses gouffres profonds. Le Tempesta était aidé à Rome, dans ce genre, par un jeune homme qu'on surnomma, pour cette raison, le Tempestino (Domenico Marchi). Il se maria avec une sœur de cet artiste et la fit assassiner ensuite. Il demeura cinq ans en prison à Gènes, et peu s'en fallut que son crime ne fut puni de mort. Les tempêtes qu'il peignit dans sa captivité sont visiblement produites par une imagination que tourmentaient l'idée d'un supplice mérité et les agitations d'une conscience troublée. Ces peintures sont en grand nombre et sont les plus belles qu'il ait faites. » 11 y en a une au musée de Dresde. Cette galerie possède aussi une Tempête sur une côte rocheuse, par J. van Beerestraten, et une Tempête avec le naufrage d'un navire, par Simon de Vlieger. Au musée du Belvédère, à Vienne, il y a une Tempête peinte par Bonaventure Peters. Le musée des Offices a une peinture de ce genre par Nicolas van Platen et une autre par Pillement. Des Tempêtes ont été gravées par Claude Lorrain (1630), P.-C. Canot (d'après Simon de Vlieger), P.-P. Benazech (d'après Ch. Warwick Bamfylde), Fr. Bartolozzi (d'après G.-B. Cipriani), J. Hasse (d'après Gaetke, 1838), Joseph Axmann (d'après J.-Ph. Hackort), Théodore Galle (d'après Josse de Moinper), etc.

En France, au xvine siècle, Loutherbourg, Lantara, Joseph Vernet ont peint avec succès des Tempêtes. Nous consacrons ci-après uu article spécial à celles de Vernet. On raconte que ce maître, dans sa jeunesse, lorsqu'il alla en Italie, se fit attacher au mât d'un navire pendant une tempête, pour observer le désordre des éléments. Voici à ce sujet le récit de M. Lagrange, un des biographes de Joseph Vernet : < Enfin les vœux de Joseph Vernet Sont remplis. Il vogue vers l'Italie. Debout k l'avant du navire, il ne peut rassasier ses yeux du spectacle de la mer. Il semble qu'il reconnaisse en elle une ainie désirée depuis longtemps. Il étudie avec amour les traits de sa physionomie mobile. Calme, elle le ravit, alors que les vagues k peine formées reluisent ainsi que des écailles sur un manteau d'azur. Agitée d'un souffle de brise, elle le charme par ses mutineries naissantes. Il voit la houle se former, une légère écume blanchit la tête des Ilots, et plus les flots grandissent, plus ils lui découvrent de beautés nouvelles, alors que le soleil les traverse. Mais bientôt la houle se creuse et l'œil étonné du voyageur voit des abîmes s'ouvrir devant lui. UneJ,einte plombée se répand sur la surface de la mer, le flot devient sombre et menaçant, un vent violent le fouette au visage. Les passagers désertent le pont un à un. Le capitaine hoche la tête. Les matelots se préparent. Le grain s'avance. Mais Vernet ne peut s'arracher a l'impression multiple qui transforme son aine. Il s'accroche au bordage pour défier le roulis. Enfin voici le grain : des nuages noirs voilent le soleil, un demi-jour sinistre éclaire seul le ciel ; partout, comme k un signal donné, la mer irritée se lève, les lames bondissantes se jettent contre les flancs du uavire, puis montent en murailles le long de ses murailles, puis elles passent par-dessus le bord, balayant tout sur leur passage. Qu'est devenu le jeune peintre? L'œil grand ouvert, l'àine saisie, il comprend, il commence à lire en lui-même. Autour de lui tout tremble, le vent mugit, les cordages sifflent, les mâts gémissent, des voix lamentables semblent sortir du bâtiment, et celui-ci, ballotté dans l'espace, n'est plus qu'un hochet pour cette mer en délire. La place n'est plus tenable,,le pont se dérobe sous les pas. Que fait alors Vernet? Comme le capitaine qui ne veut pas cesser de commander la manœuvre, lui aussi se croit k un poste d'honneur; il sa fait lier au mât du navire, et, le front haut, il continue de dominer les éléments qui l'assiègent. Qu'elle est belle cette ivresse du génie I L'artiste se révèle à lui-même, et, recevant avec joie les terribles caresses de la mer, de ce baptême des vagues en fureur, il sort peintre de marine. » On a raconté à peu près la même chose de NVilhelm van de Velde et d'un autre mariniste hollandais dont le nom nous échappe.

De nos jours,' des Tempêtes ont été peintes par Th. Gudin , Isabey, François Barry, E. Barthélémy, Eugène Delacroix, Auguste Delacroix, Meyer, etc. V, naufrage,

M. Mathieu Meusnier a sculpté, pour la décoration de l'un des pavillons qui unissent le Louvre aux Tuileries, un groupe en pierre intitulé : le Génie de ta tempête. Sous ce titre : la Tempête, Ary Scheffer a peint un tableau de genre, d'un sentiment touchant et d'une jolie couleur, représentant la famille

TEMP

d'un marin au bord de la mer en courroux. Cette composition a été exposée au Salon de 1831 et a été lithographiée par Garnier.

Tempête (la) OU le Coup de veut, chef-

d'œuvre de Ruisdael ; au Louvre (n« 471). La mer furieuse se précipite avec violence contre une grossière palissade de pieux qui protège une chétive maison de pêcheur, plantée comme une sentinelle avancée à l'extrémité d'une digue. Plusieurs navires sont ancrés k une petite distance de la côte; l'un d'eux porte le pavillon tricolore de la Hollande. Au milieu, cinq rameurs dirigent une barque. A gauche, un trois-mâts et diverses autres embarcations sont ballottés par la tempête. Des rayons de soleil, filtrant à travers des nuages gris et lourds, éclairent, les brisants de lueurs sinistres. * La terrible poésie du sujet, dit Waagen, s'unit ici à un effet des plus saisissants, à une rare largeur de pinceau et k une grande légèreté d exécution. » W. Biirger a insisté sur le caractère poétique de 1 œuvre, sur l'intérêt qui s'attache à la petite maisonnette menacée par la tempête : « Le vent, la pluie, l'orage battent par en haut cette frêle retraite, tandis que les vagues en font le siège tout autour et se précipitent avec grand bruit contre le talus, comipe des guerriers grimpant k l'assaut. La masure, accroupie sur un sol mobile, résistera-t-elle à cette attaque implacable? Cela ne me paraît point « insignifiant « du tout, et ce drame vaut, à mon avis, tous les drames castillans, moyen âge et autres, où s'agitent do belles loques avec un cliquetis de ferraille; car la vie humaine se trouve intéressée dans un grand chaos naturel. A propos, cette maisonnette n'est-elle point habitée? Puisque voici le fourreau, comme dirait un romantique, où donc est la lame? Hélas I il y a peut-être S0U3 ce chaume une famille de paysans qui attendent la mort ; ou peut-être ces hardis enfants de la côte ont-ils abandonné leur nid k la tempête pour aller dans quelque barque secourir de leurs bras les navires égarés et ballottés contre le rivage. » Ce tableau a été payé 1,410 florins à la vente Peter Locquet, à Amsterdam, en 1783. Il a été gravé dans le recueil de Landon (IV, pi. 2).

Un autre chef-d œuvre de Ruysdael représentant les Approches de la tempête fait partie de la collection du marquis de Lunsdowne, k Bowood (Angleterre) ; il a figuré dans les collections Sydervelt, Braamcamp, Paillet, Smith et dans la galerie du duc de Liverpool. Adjugé au prix insignifiant de 1,460 francs à la vente Paillet (1802), il a été payé, par le propriétaire actuel, 535 livres sterling (13,375 francs environ ). Smith et Waagen le croient supérieur au tableau du Louvre , qui a été estimé 25,000 francs dans l'inventaire de 1816.

Tcmpîte (la) ou le -Midi, tableau de Joseph Vernet; au Louvre (no 610). Soulevé par les vagues en fureur, un navire se brise contre des rochers, tandis que des matelots, dans une barque à moitié submergée, s'efforcent de gagner la terre. Sur la plage, des hommes accourent pour porter secours aux naufragés. On aperçoit au loin un vaisseau qui cherche k gagner la pleine mer. Ce tableau, signé et daté de 17G2, faisait partie d'une suite de quatre compositions intitulées : les Quatre parties du jour, que Vernet peignit pour la bibliothèque du dauphin, k Versailles, et qui furent exposées au Salon de 1763. Diderot a parlé avec enthousiasme de ces peintures : « Que ne puis-je, pour un moment, ressusciter les peintres de la Grèce et ceux tant de Rome ancienne que de Rome nouvelle, et entendre ce qu'ils diraient des ouvrages de Vernet 1 II n'est presque pas possible d'en parler, il faut les voir. Quelle immense variété de scènes et de figures 1 quelles eauxl quels ciels 1 quelle vérité 1 quelle magie 1 quel effet I... S il suscite une tempête, vous entendez siffler les vents et mugir les flots; vous les voyez s'élever contre les rochers et les blanchir de leur écume. Les matelots crient; les flancs du bâtiment s'entr'ouvrent; les uns se précipitent dans les eaux; les autres, moribonds, sont étendus sur le rivage. Ici des spectateurs élèvent leurs mains aux cieux ; là une mère presse son enfant contre son sein ; d'autres s'exposent k périr pour sauver leurs amis ou leurs proches ; un mari tient entre ses bras sa femme k demi pâmée; une mère pleure sur son enfant noyé ; cependant le vent applique ses vêtements contre son corps et vous en fait discerner les formes ; des marchandises se balancent sur les eaux, et des passagers sont entraînés au fond des gouffres. C'est Vernet qui sait rassembler les orages, ouvrir les cataractes du> ciel et inonder la terre ; c'est lui qui sait aussi, quand il lui plaît, dissiper la tempête et rendre le calme à la mer et la sérénité aux cieux. »

Un tableau représentant la Fin d'une tempête fut donné par J. Vernet à Diderot, qui en a fait la description dans l'opuscule intitulé : Regrets à ma vieille robe de chambre, chef-d'œuvre de dix pages, que Goethe a tant admiré et dont on ne trouve de modèle dans aucune langue. Revenant sur ce tableau dans une de ses lettres à Grimm sur le Salon de 1769, il s'exprime ainsi : « La reconnaissance a eu son moment, il faut que l'équité ait le sien. Je persiste ; le ciel, les eaux, l'arbre déchiré, les nues sont de la plus grande

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beauté, mais je ne m'en impose pas sur le reste. En dépit des attraits de la propriété, je ne suis pas aussi content des roches, de la terrasse et des figures. Les figures sont un peu colossales, je le sens, et il n'y a pas assez de liaison entre elles, elles ne font pas masse; peut-être le moment choisi ne le voulait-il pas. Ce sont des passagers qui s'échappent les uns après les autres d'un vaisseau qui vient d'échouer; les matelots qui sont sur le devant pourraient être sinon plus beaux, plus agissants du moins, occupés à une fonction plus décidée. Après cela, j'espère que vous me croirez si je vous dis que le malheureux qui ramasse les débris de ses effets et cet autre qui jette au ciel des regards furieux sont de la vigueur de Rubens. »

Joseph Vernet a souvent peint des Tempêtes; il nous suffira de citer : celles qu'il a exposées aux Salons de 1753, 1755 (tableaux appartenant au marquis de Marigny), 1765 (la Tempête de nuit, gravée par Flipart, et trois autres sujets analogues), 1771 (une Tempête avec le naufrage d'un vaisseau ), 1775 (le Commencement d'une tempête), 1777 (une Tempête avec uu naufrage), 1785 (une Tempête avec le naufrage d'uu vaisseau, tableau de 14 pieds de longueur sur 8 de hauteur, exécuté pour le grand-duc de Russie), 1787 (tableau appartenant k M. Dufresnoy), 1789 (plusieurs compositions). Des Tempêtes ont été gravées, d après J. Vernet, par Fr. del Pedro, G.-S. de Flumet (la Grande tempête et le Grand naufrage), J.-J. Flipart (la Tempête pendant le jour et la Tempête pendant la nuit), Boys (dans le Musée Filhol), D. Lerpinière (1782), Baléchou , Robert Lawrie, Basan, J. Bacheley {Tempête dans la mer du. Nord), etc.

TEMPÊTES (cap des), nom donné primitivement au cap de Bonne-Espérance. V. cap.

TEMPÊTEMENT s. m. (tan-pê-te-man — rad. tempête). Action de tempêter. Il Vieux mot.

TEMPÊTER v. n. ou intr. (tan-pê-té — rad. tempête). Faire grand bruit; gronder, quereller avec fracas; se répandre en invectives bruyantes ; Tempêter contre un domestique. Tempêter contre quelqu'un. Ne l'entendrions-nous, pas s'il était au logis? Cesse-t-il de crier, de gronder , de tempêter tant qu'il y est? (Brueys.) En Angleterre, deux cochers gui s'accrochent se dégagent sans tempêter ni s'injurier. ( H. Taine. ) Cussy tempête contre sa goutte et s'en console en buvant plus qu'Une convient à son régime. (Ch. Nodier.) Voyez le beau sabbat qu'ils font a notre porte I Messieurs, allez plus loin tempêter de la sorte.

Racine.

TEMPÊTEDR, EUSE (tan-pê-teur, eu-ee — rad. tempêter). Personne qui tempête, qui a l'habitude de tempêter.

TEMPÉTUEUX, EUSE adj. (tan-pê-tu-eu, eu-ze — rad. tempête). Qui est le résultat ou la cause de la tempête : Vent tempétueux. Flots tempétueux. D'épaisses vapeurs, des vents tempétueux, remplissent l'atmosphère, (Val. Parisot.) Ainsi tes éléments roulaient tempétueux.

B.OUCUER.

Il Sujet aux tempêtes : L'Océan est plus tempétueux que la Méditerranée.

— Fam. Grondeur, querelleur; qui tempête souvent : Il s'agit d'une pauvre femme enchaînée au plus emporté, au plus brutal, au plus tempétueux mari de la terre. (J.-J. Rouss.)

TEMPIA s. m. (tan-pi-a). Techn. Partie du métier k tisser, consistant en une espèce da règle articulée, dont les extrémités sont munies d'un rang de pointes très-aiguës, et qui sert à maintenir 1 étoffe, au fur et k mesure qu'elle se fabrique, dans une largeur identique k celle que la chaîne occupe dans son passage au peigne : Sauf quelques rares exceptions, tous les tissus exigent l'emploi d'un tumpia, seul moyen d'obtenir wie largeur régulière et constante. (Falcot.) Il On dit aussi

TEMPE , TEMPLE , TEMPLET , TEMPLOIR et

TEMPLU.

TEMPIO, ville" d'Italie (Sardaigne), sur une colline des monts Limbara, k 45 kilom. N. d'Ozieri, ch.-l. d'arrond., province de Sassari; 9,000 hab. Evêché. Salaisons renommées; récolte de vins aux environs.

TEMPLE s. m. (tan-ple — latin iemplum, mot qui, selon Grimm, signifie proprement le lieu du feu, de la racine sanscrite tap, brûler, chauffer. On a fait venir aussi ce mot du grec temenos, temple, lieu sacré, lieu séparé, isolé, de temnein , couper. Le temple fut primitivement, chez les Romains, un endroit consacré par les augures pour y faire leurs observations. Cette étymologie nous paraît de beaucoup préférable à celle de Grimm). Monument public, élevé en l'honneur d'une divinité; lieu où l'on s'assemble pour l'exercice d'un culte : Le temple de Dieu. Le temples de Jupiter. Le temple de Vénus. Les temples de Diane, d'Apollon, de Vulcain. Le temple de Jérusalem. Les temples de l'Inde et de la Nubie ont les plus grands rapports avec les antres des peuples troglodytes. (Batissier.) Les plus anciens temples de la Grèce étaient des grottes. (A. Maury.)

Les temples, quels qu'ils soient, sont les âmes des

(villes.

A.. Barbier,

TEMP

il Ne s'emploie que dans un style poétique, pour désigner les églises catholiques : S'il était jamais possible que les temples se refermassent, ils ne se rouvriraient plus, (Chateaub.)

Dans le vieux temple, un soir, j'entrais, te cœur

[bien las.

HÉO. MoitEAU.

O Christ! je ne suis pas de ceux que In prière Dans les temples muets amène a pas tremblants.

A* DE MuBSBT.

Il Edifice dans lequel les protestants célèbrent leur culte : Aller au temple.

— Fig. Sanctuaire , lieu où s'accomplit quelque action comparée à un acte religieux : Les passions font de notre cœur un templn d'idoles. (Kléchier.) Le monde est un uasfe temple dédié à la Discorde. (Volt.) Le cœur d'un magistrat ambitieux est un temple profane. (D'Aguess.) /.a Bourse est /«temple de ta spéculation. (Proudh.) L'hôpital est le temple de la misère, (Proudh.) 5» les objets du culte sont inviolables et sacrés, c'est seulement dans leurs temples. (A. Peyrat.) Qui a pu voir sans émotion ceséglisesde Home composées avec des débris des TEMPLES antiques? (Renan.)

... Paris, c'est le lieu des arts et des écoles: Ici, toute science a ecs temples ouverts.

ISrizeux.

— Mériter des temples, Mériter les honneurs divins, faire de grandes actions, rendre d'éuiineiits services.:

Un courage indompté, dans le cœur des mortels, Fait ou les grands héros ou les grands criminels; Qui du crime à la terre a donné les exemples, S'il eût aimé la gloire, eût mérité des temples.

Voltaire.

— Poétiq. Temple de Thémis ou de la Jusfice, Tribunal, endroit où l'on rend la justice : Il n'est pas bon que le temple civil du la Justice se transforme en arène politique, (10. de Gir.) I! Temple de la Fortune, Maison ilo jeu ou de finance. Il Temple de Vénus, Lieu de prostitution :

Ces temples de Vénus où l'on voit si souvent Le commissaire en robe, appuyé d'un sergent.

Regnard.

Il Temple de la faneur, Cour des souverains : Tout est grand dans le temple de la faveur, excepté les portes, .qui sont si busses, qu'il faut y entrer en rampant. (Do Levis.) Il ktre inscrit au temple de Mémoire, Vivre dans lu mémoire des hommes, passer à la postérité :

J'irais plus haut peut-être au temple de Mémoire Si dans un genre seul j'avais usé mes jours.

La Fontaine.

— Antiq. rom. Lieu consacré par les augures et destiné à leurs observations. Il Chacune des divisions du ciel délimitées par le lituus de l'augure, et dans lesquelles il faisait ses observations.

— Hist. Nom donné, pendant la Révolution française, h un grand nombre d'églises qui furent consacrées a certaines cérémonies publiques et dédiées a des vertus ou qualités : Le temple du Génie. Le temple de la llcconnaissance. Le temi le de la Liaison.

Il Temple décadaire, Eg,ise municipale, où, chaque décadi, on célébrait les mariages et on publiait les lois nouvelles. II Le Temple, L'édifiée religieux élevé à Jérusalem par le roi Salomon. Il Lé second Temple, L'édifice religieux élevé dans la même ville par Zorobabul, pour remplacer l'ancien, qui avait été détruit. Il Chevalerie du Temple, Ordre des Templiers. Il Maison du Temple ou simplement Temple, Nom sous lequel on désignait, dans les différentes villes de France, le lieu de réunion et d'habitation des chevaliers du Temple ou templiers.

— Fr.-mnçorm. Lieu où se réunissent les membre;» d'une logo.

— Syn. Temple, églUe. V. ÉGLISE.

— Encycl. Hist. et b.-arts. Temple de Jérusalem. Ce monument, consacré au culte juif, fut bâti par Salomon; mais déjà David avait amassé une bonne partie des matériaux. Ou en trouve la description dans les chapitres vi et vu du Livre des Jiois. Les dimensions en ont, sans aucun doute, été exagérées. Voici celles qui étaient indiquées dans le décret de reconstruction de Cyrus : 60 coudées (Z7m,60) de longueur; 20 do largeur (9m,20) ; 30de.haiiteur (environ I3m,80). Saint Clément rapporte, d'après Alex. Polyhistor, que 60,000 ouvriers lurent occupés par Salomon à la construction de cet édifice, qui était d'une magniticence incomparable. Il comprenait : le parvis des Gentils, où les étrangers mêmes étaient admis ; le parvis des Juifs, réservé aux seuls Israélites et où était l'autel des sacrifices: ; le parvis des prêtres, accessible aux seuls lévites; puis venait le saint des saints, dû le grand piètre seul pouvait pénétrer une fois l'un. L or était répandu à profusion dans tout l'intérieur du temple; les tables, les chandeliers, les vases do toute espèce étaient d'or. Les sculptures, les incrustations d'or, les pierres précieuses, le cèdre, etc., étaient également prodigués, Les principaux objets sacrés qui servaient au culte étaient: le chandelier d'or à sept bran- . ohes; la table des pains de proposition; l'autel des parfums ; l'autel des holocaustes ; la mer d'airain, vaste bassin d'airain, posé sur douze boeufs du même métal, et qui servait aux purifications des lévites; l'arche d'al-

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liance , coffre qui contenait les tables de la loi , la verge d'Aaron , la cruche de manne, etc.

Le temple de Jérusalem fut pillé, sous Roboatii, par Sésac, roi d'Egypte; fermé par Achuz, robde Juda; changé par Manassès, jusqu'à sa conversion, en un lieu d'idolâtrie et de superstition ; enfin, ruiné de fond en comble et pillé par Nabuchodonosor lorsqu'il prit Jérusalem (568 av. J.-C). Cyrus permit aux Juifs de rebâtir leur ville et leur temple (53G). Cette restauration plus ou moins fidèle du temple prototype fut terminée l'an 515. Ce second temple, pillé par Antiocbus (171), puis par Crassus (54), fut reconstruit par Hérode, enfin ruiné sans retour et réduit en cendres par Titus, lors de la prisa de Jérusalem sous Vespasien.

— Temples indiens. V. Indu (architecture de 1') et Karli, Kli.Ora, Eléphanta.

— Temples assyriens. V. Babylone.

— Temples égyptiens. Les temples proprement dits, dans l'ancienne Egypte, étaient formés d'une pièce carrée, la cella; c'est lit qu'habitait le dieu, représenté par son symbole vivant; symbole, disons-nous, car ce serait faire outrage au génie de l'antique Egypte de lui supposer, comme on faisait au siècle dernier, le fétichisme grossier des idoles. « Les rites religieux, dit Champollion, avaient réglé dans tous ses détails l'ordre du service des prêtres auprès de ces animaux sacrés, choisis et désignés d'après les signes extérieurs régies par le rituel, et qui étaient embaumés après leur mort. » La cella est toujours la partie la plus ancienne du temple; elle porte le nom du pharaon qui l'a fait construire et qui l'a dédiée. On ne parvenait à cette chambre sacro-sainte qu'à travers une série de constructions imposantes (v. Lou<3soit). Un brillant écrivain, Edgar Quinet, en a tracé une description rapide et saisissaute : « Pénétrons dans l'un de ces temples, dit l'auteur du Génie des religions, puisque c'est là que subsista l'esprit qui a fait vivre ce peuple ; de longues avenues de sphinx au front de bélier précèdent le troupeau divin. Deux obélisques portent la dédicace et marquent, par leur ombre, la route du soleil, Osiris. Nous avons franchi le péristyle, dans lequel est taillée la grande porte ; elle s'ouvre sur mie cour bordée de piliers contre lesquels s'appuient des colosses. Les chapiteaux des colonnes s'épanouissent en feuilles de palmier sur le sable engraissé des larmes dlsis; les acres parfums du désert s'exhalent de ces calices de pierre; il y en a en fleurs de nénuphar ; leur germe est dans le fleuve sacré. Au delà de cette végétation de granit s'élève un nouveau péristyle et un nouveau pylône qui conduit à une enceinte semblable k la première. Enfin, au delà de ces demeures, où sont marqués les degrés de l'initiation, vous apercevez le sanctuaire. Séparé de la cité par d'infranchissables boulevards, tout vous dit que c'est ici l'habitation d'une caste qui n'a rien de commun que les dieux avec les autres parties de la nation. La lumière y pénètre k peine par de rares ouvertures; là est gravée la légende du dieu, et la grandeur des paroles est faite pour cette architecture : « Je suis tout ce qui est, tout ce » qui a été, tout ce qui sera; aucun mortel » n'a soulevé mon voile... » Après cela, lorsque vous arrivez au fond du sanctuaire et que vous touchez la pensée même de l'édifice, que trouvez-vous? Des colosses assis, aux tètes de lion, d'épervier, de bélier; çà et là, des momies de quadrupèdes, d'oiseaux, do serpents. » Nous nous séparons ici de l'illustre penseur, dont nous admirons la brillante description sans accepter toutefois la conclusion qu'il en tire : ■ Ce sanctuaire:.., qu'est-ce donc, sinon l'antre où la nature lubrique les types de toute création animale? • Non, la cella, la chambre très-sainte, nous le répétons, devait être dépositaire de symboles d'un sens plus élevé et plus épuré.

— Temples grecs. Les temples, en Grèce, étaient très-nombreux ; les villes en élevaient k leurs divinités tutélaires : Athènes à Pallas, Ephèse à Arthémi», Delphes à Phoibos- Apollon,etc. Les temples grecs, loin d'égaler les proportions gigantesques des sanctuaires égyptiens, offrent, aux yeux mêmes des modernes, des proportions qui paraissent exiguës. C'est que l'Hellène, peuple essentiellement artiste, se préoccupa de la recherche exclusive du beau, sans y mêler, dans l'architecture, le goût du colossal.

Les temples grecs s'élevaient au milieu d'une enceinte sacrée qui portait le nom de péribole, souvent décorée de portiques, de colonnades, et renfermant parfois un bois sacré, une fontaine, des autels, des statues ou autres monuments. Des constructions grandioses appelées propylées précédaient quelquefois l'entrée. Le principal autel était placé en face du seuil, au bas de l'escalier. « En avant se trouvait un espace entouré d'une balustrade, où l'on égorgeait les victimes avant de les porter sur l'autel. Le temple proprement dit avait ordinairement la forme d'un carré long. L'ordonnance la plus simple et la plus ancienne était : 1<> cello du temple à antes, dont la façade principale présentait deux colonnes supportant le milieu du fronton et deux antes ou pilastres appliqués à la tète des murs latéraux ; 2° le temple prostyle, dans lequel les antes sont remplacées par deux colonnes isolées; ou eut alors quatre

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colonnes de face, détachées et surmontées d'un fronton, de sorte que la façade du temple avait un vestibule ouvert des deux côtés, appelé péristyle isolé; 3° l'amphiprostyle était l'édifice qui offrait à chacune de ses extrémités une façade semblable à celle du prostyle et présentait, par conséquent, deux frontispices; 4° on appelait périptère le temple sur lequel les colonnades de la façade se répétaient autour de la cella, c'est-à-dire sur les flancs du monument, de sorte que le temple était environné dans tout son pourtour de colonnes isolées formant un portique continu nommé péristyle; le plus grand nombre des temples péripières ont six colonnes de front et sont dits hexastyles; il y en a pourtant qui en ont huit, tel est le Parthénon; 5» quand les colonnes latérales, au lieu d'être isolées, sont engagées dans les murs latéraux de la cella, c'est le pseudo-périptère; 6° le diptère était celui dont la décoration était la plus riche; il offrait sur ses côtés une double colonnade, formant une double galerie autour de l'édifice. • On distinguait dans le temple : l" le vestibule ou avant-nef, renfermé dans le péristyle pour les temples périptères; 2° la cella, dans laquelle s'élevait la statue du dieu; 3<> le vestibule postérieur. L'intérieur de la cella était souvent divisé en trois nefs par deux rangées de colonnes. 11 y avait deux étages de colonnes quand le temple était hypèthre, c'est-à-dire découvert, sans toit, formant une espèce de cour entourée d'un portique. Quelquefois l'intérieur delà cella était divisé transversalement en deux parties, soit pour renfermer le trésor, soit pour constituer un autre sanctuaire. Tout l'édifice reposait sur un soubassement formé de trois degrés ; mais les temples grecs ne présentaient pas de substructions ni de cryptes, si ce n'est celui d'Eleusis. Les murs de la cella, ordinairement nus à. leur surface extérieure, présentaient souvent en haut et en bas des moulures, ou même une friso sculptée rappelant celle de la colonnade. Les portiques du péristylo étaient recouverts d'un plafond divisé en caissons diverseinents ornés. Enfin, au-dessus de l'entablement s'élevait ordinairement un toit à deux versants, dessinant aux deux extrémités un fronton triangulaire. Le fronton avait pour base la corniche de l'entablement, et pour côtés deux rampants qui n'étaient qu'une répétition de la corniche. Le champ intérieur du fronton, appelé tympan, était orné de sculptures. Enfin, au sommet du triangle et aux deux angles latéraux, on fixait souvent des socles nommés acrotères , qui portaient des statues. Les temples circulaires semblent avoir été peu usités chez les Grecs. Ces édifices appartiennent ordinairement à l'époque romaine. On a longtemps étudié les monuments grecs avant de reconnaître une des règles qui contribuent le plus à leur donner le caractère grandiose et l'harmonie que l'on admire en eux. Nous voulons parler de la courbe et de l'inclinaison données à toutes les grandes lignes, que l'on se figure d'ordinaire parfaitement droites. C'est un architecte anglais, M. Pennethorne, qui, en 1837, en lit le premier l'observation en étudiant le Parthénon, et le fait, vérifié depuis par MM. Hofer et Schaubert, Paccard et Penrose, est aujourd'hui hors de doute. On consultera avec fruit sur cette question l'article de M. Burnouf dans la Revue des Deux-M ondes (décembre 1847) et l'ouvrage de M. Penrose (Principes de l'architecture athénienne [L851]), où l'on trouvera les mesures exactes et la démonstration mathématique du principe. On distinguera d'abord les combes verticales et les courbes horizontales : « Pour l'œil comme pour la science, dit M. Burnouf, la stabilité des corps s'accroîtavec l'étendue de labase... Ictiuus donna donc au Parthénon la forme d'une pyramide tronquée; il inclina les uns vers les autres les murs de la cella; les colonnes du péristyle furent elles-mêmes penchées vers l'intérieur, et surtout les colonnes angulaires, sur lesquelles paraît reposer 1 édifice. • Les courbes horizontales sont une conséquence des inclinaisons verticales.

• M. Penrose, dit M. Benlé, a mesuré quelle est la convexité des courbes du soubassement et des degrés et des courbes peu renforcées des architraves , des frises et des frontons. 11 a montré comment les colonnes soutenues entre ces deux ares dévient à droite et à gauche pour accompagner le mouvement, qui abaisse à droite et k gauche les extrémités des lignes; quelle est l'inclinaison des colonnes vers le centre imaginaire du monument et par quel harmonieux accord les murs de la cella s'inclinent parallèlement vers l'intérieur ; comment, au contraire, les parties hautes, les faces des tailloirs, les chapiteaux d'ante, les acrotères, les corniches penchent vers le dehors... Il ne faut pas" cependant que les déviations des lignes soient considérables. Elles sont de quelques centimètres sur des longueurs de 100 et 200 pieds ; mais leur effet n'est ni moins complet ni inoins appréciable au regard. » M. Penrose a cherché ce qu'ont voulu les Grecs en évitant ainsi les surfaces planes et horizontales, et il a cru l'expliquer par une théorie optique sur la conformation de l'œil et la forme sphérique des images qui s'y peignent. Cette hypothèse est ingénieuse; mais il est prob.iblo que les artistes grecs n'étaient pas si subtils et avaient trouvé cette règle dans lo senti-

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ment qu'ils avaient de la forme et de l'harmonie de la nature. • La ligne droite, sur un long développement, dit M. Beulé, a quelque chose de sec et de froid ; nous en avons des exemples frappants dans les monuments que les modernes ont copiés sur l'antique avec plus de science que de sentiment. La ligne droite est une abstraction toute géométrique, que l'on ne retrouve jamais dans la nature. Les lignes même des horizons décrivent une double courbe déterminée par la forme du globe.» — • L'art grec, dit encore M. Burnouf, courba les degrés et le pavé des temples, les architraves, les frises, la base même des frontons, comme la nature a courbé la mer, les horizons et le dos arrondi des montagnes... C'est là le secret de cette harmonie, de cette grâce inimitable qu'on a admirées longtemps dans le Parthénon sans pouvoir s'en rendre compte. Les textes cités par M. Penrose montrent que ces principes étaient élémentaires dans 1 antiquité. Les inclinaisons verticales venaient d'Egypte avec l'ordre dorique ; le renflement des colonnes et l'affectation de la forme pyramidale sont le secret de toutes les déviations de la perpendiculaire. Les temples les plus anciens de la Grèce, de la Sicile «t de l'Italie sont ceux dont les colonnes ont lo galbe le plus prononcé. On trouve déjà les portes élargies à la base à Mycènes. Le siècle de Périclès réduisit peu à peu le renflement des colonnes à sa mesure la plus heureuse ; c'était une tradition qu'on respectait, parce qu'elle donnait au monument un grand Caractère de force et de stabilité, mais en modifiant les proportions pour substituer uno grâce virile à la pesanteur. Quant à la proéminence des antes, des corniches, elle s'explique parce que ces parties hautes portaient, les ornements et la peinture. Au lieu de fuir devant le regard en suivant la pente pyramidale, il était naturel qu'elles te contrariassent et, s'avançant vers le spectateur, lui offrissent tous les détails de leur décoration. Un sajt a peu près à quelle époque les courbes horizontales commencèrent à être employées; elles n'existent pas encore au temple de Corinthe; on les voit déjà au plus récent des trois temples da Pcestum. »

Les temples des dieux tutélaires étaient en général construits sur le point le plus élevé do la ville. Rien de bien réglé pour les autres sanctuaires ; les Grecs n'étaient pas d'humeur à se laisser trop enchaîner par la tradition. La bâtissaient leurs temples dnns les meilleures conditions artistiques possibles et pensaient avec raison que leurs dieux, amis des arts comme eux, seraient satisfaits et ne demanderaient pas autre chose. Toutefois, les teui- ' pies d'Hermès s'élevaient volontiers sur les I marchés; ceux d'Aphrodite, d'Héphaistos près des portes de la ville. En général, l'entrée des temples regardait l'occident, de façon que ceux qui venaient faire des sacrifices fussent tournés vers l'orient. Car l'orient attira toujours les regards de l'Hellène, soit qu'il y cherchât vaguement le berceau de sa race et de ses croyances, soit que, ami de la lumière, il se tournât avec vénération vers les lieux d'où lui venait le soleil. La partie antérieure, en avant de l'entrée de la cella, s'appelait le pronaos, et la partie postérieure opistliodomo. Au-dessus de l'entablement s'élevait, aux deux façades, un fronton en triangle obtus, nommé aetos par las Grecs. Des escaliers intérieurs conduisaient aux parties supérieures de l'édifice. Le temple, tel quo nous le voyons ainsi disposé, n'était que la résidence, le logement d un dieu présent en son symbole visible. Aussi la statue était l'objet le plus sacré, sacré avant tout par l'art : c'était toujours l'œuvre d'un grand artiste. Les particuliers pouvaient placer h leurs dépens, soit dans la cella, soit dans le pronaos, des statues d'autres dieux et de héros. L'autel des sacrifices était placé devant la divinité principale. Les murs intérieurs de la cella étaient chargés de peintures représentant les mythes du dieu ou les actions des héros et des vieux chefs, tant l'homme était voisin des dieux, tant il pouvait les approcher par la vertu, i.'opisthodome servait de trésor; on y conservait les riches offrandes, les dépouilles enlevées sur l'ennemi, qui étaient consacrées aux dieux par les rois, les villes, les généraux et les particuliers. Quelquefois aussi (la religion alors vivait en bonne intelligence avec la politique), quelquefois aussi le trésor public était déposé dans l'opisihodoine. L'ordre dorique, d'abord lourd et massif, puis noble et majestueux, caractérise les plus anciens et les plus beaux temples grecs. Les sveltes élégances de l'ordro corinthien vinrent après. La polychromie, même extérieure, des temples grecs est actuellement un fait acquis. L'entablement était peint tout entier en couleur vive. Les triglyphes affectaient la couleur bleue, lo fond des métopes se peignait en rouge.

V. Kphèse (temple de Diane à), Parthénon, Jupiter Olympien (temple de), Phiualie {temple de), Uiiamnus (temples de), etc., et, dans l'article Eginu (école d'), le temple de Zeus Panhellôuien.

— Temples romains. Les temples romains furent d'abord construits d'après les règles de l'art étrusque; les spécimens de ce genro sont les plus anciens, comme le temple do Cérès, qui fut élevé dans le v<s siècle av. J.-C. Après que Rome eut conquis la Grèce, les vainqueurs adopteront le goût si pur des

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vaincus, et les temples élevés à Rome ou dans les provinces s'efforcèrent de ressemsembler à ceux d'Athènes et de Corinthe. Les dispositions générales extérieures et intérieures furent les mêmes; ta seule différence à noter, c'est que les Romains voulurent faire plus grand et exagérèrent les dimensions des édifices ; ils durent pour cela changer le nombre et les dispositions des colonnes placées sur les faces latérales du monument. Il existe encore beaucoup de ruines de temples romains, tant à Rome que dans les grandes villes des anciennes provinces romaines. Nous avons parlé des principaux.

V. Romb (monuments antiques) ; P^estum (temple de Neptune) ; Bai.bek. (temple du Soleil) ; Janus (temple de) ; Vesta (tempje de), etc.

Temple du Goût {le). Cet ouvrage, qui parut en 1731, a fait à Voltaire plus d'ennemis que ceux de ses livres où il a combattu les préjugés les plus puissants et les plus funestes. Dans quelques pages vives et pétillantes, l'auteur montre les mauvais écrivains de son temps, qui s'en vont frapper à la porte du temple du goût, où ils sont vivement repoussés par la Critique. Ce cadre convenait admirablement à l'esprit mordant et facile de Voltaire. Dans la partie la plus retirée du temple, dans le sanctuaire, le dieu a placé Fénelon, Bossuet, La Fontaine, Corneille, Racine, Boileau et Molière. Mais ici encore la Critique accompagne Voltaire.

« L'aimable auteur du Télémaque retranche des répétitions et de» détails inutiles. L'éloquent Bossuet raye quelques familiarités échappées à son v«ste génie. Corneille jette au feu Pulckérie, Agésilas et Suréna. La Fontaine raccourcit .ses Contes. Racine observe les portraits de Bajazet, de Britannicus et d'IIippolyte :

Ils ont tous le même mérite :

Tendres, galants, doux et discrets; Et l'Amour, qui marche a leur suite, Les croit des courtisans français.

On cria beaucoup contre Voltaire, qui osait juger les grands écrivains du siècle passé. Cependant, un autre siècle s'est écoulé depuis, et il n'y a peut-être pas un seul des jugements du Temple du Goût qui ne soit dovenu l'opinion générale des hommes éclairés.

Temple de In Renommée (LE), par ChaU-

cer. V. RiiNOMMiiii (le Temple de la).

Temple do In Renommée (lk), par Pope.

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