STI.V1E
Tu me dis qu'un amour extrême Est un tourment fatal ; Pourquoi veux-tu que j'aime?
Pourquoi me veux-tu tant de mal 7
daphhis.
L'amour de lui-même est aimable; C'est toi, bergère impitoyable, [ment;
C'est toi qui dans mon cœur en veux faire un tour- Tu peux, d'un mot favorable, En faire un plaisir charmant.
Ne te rendras-tu point à ma persévérance ? Tu ne me réponds pas ! que me dit ton silence î
Pourquoi frémir en m'écoutant?
Et qui peut de ta voix l'interdire l'usage î v
SYLVIE
Si je parlais davantage, Je ne t'en dirais pas tant.
DAPHNIS
Ciel ! le cœur de Sylvie avec le mien s'engage ! O ciell fut-il jamais un berger plus content?
SYLVIE
Ne m'offre point ton cœur, si tu ne me promets Qu'il portera toujours une chaîne si belle. Il vaudrait mieux n'aimer jamais Que de ne pas aimer d'une amour éternelle.
DAPHNIS
' La frileuse hirondelle
Cherchera les frimas et craindra le retour De la saison nouvelle, Plutôt que je sois infidèle Et que j'éteigne mon amour.
SYLVIE
L'astre qui nous donne le jour
Perdra sa lumière immortelle
Plutôt que je sois infidèle
Et que j'éteigne mon amour.
ensemble:.
Heureux les tendres cœurs Où l'amour est d'intelligence Avec la paix et l'innocence !
Heureux les tendres cœurs Où l'amour et la paix untsseDt leurs douceurs !
En dehors des airs do danse, dont quelquesuns sont charmants, nous citerons encore le chant d'Amaryllis :
O bienheureuse paix I Rendez mon cœur tranquille, et le chœur î Chantons tous la valeur triomphante.
Temple de la Gloire (lb), opéra-ballet en trois actes, avec un prologue, paroles de Voltaire, musique de Rameau, composé pour l'arrivée du dauphin ; représenté à Versailles le samedi 27 novembre 1745, et à l'Académie royale de musique le mardi 7 décembre suivant. Cette pièce prouve que Voltaire n'avait pas tous les talents ; car on ne petit rien imaginer de moins lyrique que cette rapsodie, dont Apollon, Belus, Lydie, l'Envie, la Fureur, Bacchus, Erigone, Trajan, Plautine font les frais. On demandait à l'abbé de Voisenon s'il avait vu le Temple de la gloire? » J'y ai été, répondit l'abbé; elle n'y était pas ; je me suis fait inscrire. » On lit dans la pièce :
Ne condamnez point mes exploits ;
Quand on veut se rendre le maître
On est malgré soi, quelquefois,
Plus cruel qu'on ne voudrait être.
On parodia ainsi ces vers :
Quand du Quinault moderne on usurpe les droits. Et qu'on veut se rendre le maître, On est malgré soi, quelquefois, Plus mauvais qu'on ne voudrait être.
Voltaire reconnaît lui-même son infériorité dans le genre lyrique ou, peut-être, si on sait bien lire, l'infériorité de ce genre par rapport à son génie. ■ J'ai fuit, dit-il, une grande sottise de composer un opéra; mais l'envie de travailler pour un homme co'mine Rameau m'avait emporté. Je ne songeais qu'à son génie, et je ne m'apercevais pas que le mien, si tant est que j'en aie un, n'est point fait
du tout pour le genre lyrique. Aussi, je lui mandais, il y a quelque temps, que j'aurais plutôt fait un poème épique que je n'aurais rempli des canevas. Ce n'est pas assurément que je méprise ce genre d'ouvrage, il n'y en a aucun de méprisable; mais c'est un talent qui, je crois, me manque entièrement. ■ Jélyotte chanta le rôle d'Apollon. Cet opéraballet fut repris l'année suivante, en 1746, sans aucun succès.
Temple de l'éternité (LE) [Tempio u!ei!' eternita (il)], opéra italien allégorique, livret de Métastase, représenté & Vienne en 1778. L'auteur de la partition ne nous est pas connu, et il est possible que plusieurs compositeurs y aient concouru. En voici les airs principaux. : Per costume, o mio bel Nume; Tu vedrai fra quelle sponde ; Non mérita rigor; le chœur : Mai sul Gange al sol noscente ; Nasce in un giorno solo; Tutto cangia, e' l di, che viene; Chi nel cammin d'onore ; Tu vedrai, che viriù non paventa; le chœur : Quai astro, quai lume ; Léon di stragi altero ; A regnar dal cielo elelto; Cke belV amar, se un volto ; Dali' arte arnica; Non sien de'pregi loro; Tal credo, che in cielo ; le chœur : Dir, che ne' lumi tuoi ; Mille cose in un momeitto ; Non l'arrossir nel volto; Oh conte spesso il mondo; le duetto : Quando la serpe annosa, et un chœur final de circonstance : Nasca Elisa, e una schiera immortale.
Temple de Pari*. Cet antique édifice, dont il ne reste plus de traces aujourd'hui, s'élevait à Paris, dans la rue du même nom. D'anciens et dramatiques souvenirs s'y rattachent, sans parler de la captivité de Louis XVI et de sa famille. Le Temple, ou, pour parler plus exactement, la Tour du Temple, bâtie en me par frère Hubert, trésorier des templiers, se composait d'un édifice carré, formé d'épaisses murailles; les quatre angles étaient flanqués de tourelles. En outre, à l'un des côtés s'attachait une petite construction additionnelle, munie elle-même de deux, tourelles plus petites. On sait la fortune rapide de l'ordre des templiers, leur chute éclatante, due surtout à l'envie qu'excitaient leurs immenses richesses. Le Temple, ainsi que son nom l'indique, servit d'abord de demeure au grand maître de l'ordre. Son établissement définitif dut avoir lieu peu d'années après le chapitre tenu a Paris, sous la présidence du -pape Eugène III; le roi y assistait. C'était l époque de la splendeur de l'ordre. Au xnia siècle, le terrain qu'occupaient les templiers, connu dés lors sous le nom d'enclos du Temple, était si considérable, accru chaque jour d'acquisitions nouvelles et embelli de bâtiments magnifiques, qu'on en nommait communément l'ensemble villa nuova l'empli, Ville neuve du Temple,, titre sous lequel il est désigné dans plusieurs chartes contemporaines. En 1306, Philippe le Bel y fit sa résidence; déjà, avant lui, saint Louis et Philippe le Hardi avaient déposé . leur trésor dans le palais des templiers, alors tout en faveur. Le Temple avait acquis peu à peu une telle somptuosité , l'ordonnance en était si parfaite que, dès 1254, quand Edouard III, roi d'Angleterre, était venu à Paris, il avait préféré l'accepter pour séjour que d'aller s'installer au palais que Louis IX lui offrait. Lors de la suppression de l'ordre des templiers, en 1312, les biens en furent donnés aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Le grand maître, Léonard de Tibertis, entra en possession aussitôt et l'ordre nouveau s'y maintint jusqu'à l'époque de sa destruction. Le Temple, tout en conservant sou nom, devint la maison provinciale du grand prieuré de France. Nous ne parlerons pas ici de la Tour proprement dite ; la maison provinciale n'en formait que les dépendances environnantes. Elle occupait un terrain vaste, fermé de murailles crénelées, fortifiées de tours de défense. Dans l'enceinte de l'enclos se trouvaient plusieurs autres corps de bâtiments ; le plus important était le palais du grand prieur. Construit en 1667 par Jacques de Souvré, alors investi de cette distinction suprême, sur les plans et dessins de de Lisle, réparé et modifié en 1720 par le chevalier d'Orléans, le grand prieur d'alors, ce palais se composait d'une façade d'ordre dorique, à colonnes isolées, surmontées d'un attique avec fronton. Par cette façade, donnant rue du Temple, on entrait dans une vaste cour, d'abord entourée d'un péristyle à colonnes couplées, puis plantée de tilleuls, quand le péristyle fut tombé en ruine. Le prince de Conti, vers 1770, ujouta encore à ce palais divers bâtiments. Quant à la tour du Temple, que nous avons décrite sommairement plus haut, et à laquelle nous revenons, elle renfermait quatre étages ; chaque étage était composé d'une grande pièce et de trois autres plus petites, chacune de ces petites pièces pratiquée dans une des tourelles, sauf dans la dernière, à l'intérieur de laquelle serpentait l'escalier. Tout l'édifice était en pierre de taille. Le 11 août 1792, Louis XVI y fut enfermé avec la famille royale. La Tour du Temple servit encore depuis de prison d'Etat. L'édifice fut démoli en 1811.
Quant à l'ensemble désigné sous ce nom collectif : le Temple ; quant à la villa nuoua, plusieurs grands dignitaires de l'ordre dus hospitaliers (ordre de Malte) y eurent longteiiins leurs demeures. D'autres seigneurs s'y
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étaient logés également. Lorsque Fhilippe de Vendôme fut nommé grand prieur, l'abbé de Chaulieu, le galant poète de cour, alla y dresser sa tente. De lk les fameux, dîners du Temple, auxquels assistaient régulièrement tous les beaux esprits d'alors : La Fare, Chapelle, Jean-Baptiste Rousseau, Voltaire luimême, encore bien jeune,
En dehors de la noblesse, le Temple, c'està-dire l'enclos, véritable ville dans la ville, était habité par des artisans jaloux de jouir de la franchise du lieu et, il faut bien le dire aussi, de débiteurs poursuivis, lesquels devenaient inviolables et narguaient la prise de corps dans cet endroit privilégié. En 1789, cette population très-mêlée s'élevait à près de 4,000 habitants. L'église du Temple était dédiée à la Vierge, sous le titre de Salnte- Marie-du-Temple. Elle était ornée de remarquables vitraux, qui, heureusement, ont pu être recueillis par l'administration. Les chevaliers de Malte y étaient inhumés, sauf autorisation spéciale accordée à la famille du défunt. Terminons par un dernier souvenir, le plus glorieux, à coup sûr : en 1770, Jean- Jacques Rousseau , revenant de Suisse , trouva un asile au Temple, chez le prince de Conti, alors grand prieur, qui n'hésita pas à couvrir le philosophe persécuté de sa protection toute-puissante.
La Tour du Temple, convertie en prison, eut, après Louis XVI et sa famille, d autres partisans de la royauté ou personnages illustres; citons: sir William Sidney Smith, amiral anglais, fait prisonnier le 20 avril 1796, et qui réussit à s'évader le 10 mai 1798 ; Toussaint Louverture, le célèbre chef noir de Saint-Domingue, qui y entra le 7 août 1800 et n'en sortit que pour aller traîner ses derniers jours au tort de Joux; le général Pichegru fut enfermé au Temple le 4 septembre 1797. Condamné à la déportation, et rentré, comme on sait, en France (v. Pichegru), il fut de nouveau arrêté à Paris et réintégré dans son ancienne prison. Pichegru s'étrangla au Temple, avec sa cravate. Vers la même époque, un capitaine de marine anglais, Wright, fait prisonnier et enfermé au Temple comme a3'ant débarqué des Vendéens sur les côtes, se coupa la gorge avec un rasoir, sans attendre son jugement. Nommons enfin les frères Polignac, Moreau, Lajollais, Georges Cadoudal, le marquis de Rivière (v. ces noms), qui furent également enfermés au Temple sous le premier Empire.
— Marché du Temple. Il est impossible de ne pas joindre à l'historique du vieux Temple, qui n'est plus qu'un souvenir aujourd'hui, celui de ce marché célèbre, capharnaûm unique peut-être au monde et qui a fait songer aux bazars orientaux. Le marché du Temple, lui aussi, est presque un souvenir. Refait en 1864, il s'est transformé, aéré, assaini; mais il a perdu son caractère pittoresquement original. Nous ne gémirons pas sur cette transformation; nous nous contenterons d'esquisser à grands traits l'ancienne physionomie du vieux marché et nous comparerons. En 1790, on sait que la nation séquestra la propriété du Tewpte (v. l'article précédent), appartenant à l'ordre de Malte ou Saint-Jean de Jérusalem. Ce fut sur la majeure partie de son emplacement que, de 1809 à 181 1, l'architecte Molinois construisit le marché, dit alors Halle au vieux linge. Quant à la rotonde proprement dite, elle fut bâtie sous le bailli de Crussol, bien auparavant, d'après les dessins de Pérard et de Montreuil. Le vieux marché, le vieux Temple, se composait donc : de la rotonde centrale, vaste contruction circulaire, et de quatre carrés l'entourant; ces quatre cariés portaient les noms souvent pittoresques jusqu'à l'excessif du Palais-Royal, du Pavillon de Flore, du Pou- Volant et de la Forêt-Noire. Quant à l'origine, à l'étymologie de ces noms, il faut renoncer à les découvrir. Ces diverses constructions, rotonde et carrés, étaient en bois ; elles renfermaient environ deux mille places, et le prix de location de chacune de ces places était dans lu principe de 2 fr. 35 par semaine. Le Carreau du Temple, qui a survécu à la destruction du vieux marché, se tenait dans l'espace compris entre ce marché et la rotonde. C'est la Bourse du Temple, le centre d'affaires.
On voit maintenant l'ensemble ; chacun des carrés avait sa spécialité de vente. Le Palais-Royal était le temple du luxe; c'est là que les élégantes venaient à bon marché se fournir de rubans, de chapeaux à plumes, en velours, en soie, de bijoux en faux, de robes de sutin à peine mises, prétendaient les revendeuses. Au Pavillon de Flore, c'était plus modeste et plus utile aussi : matelas, layettes, draps, rideaux, literie, l'ouvrier et 1 ouvrière trouvaient là de quoi s'installer au plus juste prix dans leurs meubles. Le Pou- Volant était le rendez-vous de la ferraille; là on pouvait retrouver tout ce que l'industrie a jeté à la borne : des morceaux de cuivre oxydés', des vieux clous, des bougeoirs usés et démantibulés, et parfois aussi des agrafes, des anneaux, des serrures d'un travail rare, tout cela gisant pêle-mêle et attendant le fureteur qui parfois rencontrait là quelque précieux vestige d'un art oublié et l'emportait pour quelques sous, laissant le brocanteur enchanté d'avoir fait une bonne affaire. Enfin, c'est à lu Forêt-Noire que vous pouviez trouver à la minute, connue on dit vulgairement, chaussure à votre pied : bottes de toutes formes, à
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l'écuyère, à revers, voire à chaudron, pour les acteurs ou les mascarades, ordinaires, cirées, vernies, chaussures de chasse, avates, pantoufles, escarpins, bottines de petites maltresses, chaussons de lisière, tout était là, dissimulant souvent sous une habile couche de cire noircie des blessures par lesquelles, suivant l'expression du poète :
'. , , . Ils auraient, vainqueurs du pantalon, Poussé (le grands éclats de rire.
Tel était le Temple, véritable administration d'ailleurs, centre de commerce réel et considérable. Nous avons, à propos du Carreau du Temple, écrit plus haut le mot de Bourse. Il y a Bourse, en effet ; les agents de change s'appellent des bauces et des bauceresses (patrons, patronnessesj. Chose étrange, au Temple, le système décimal n'a pu encore parvenir à s'acclimater tout à fait. Naguère encore, on n'y comptait que par rond, croix, point, demi-point, pistole. Est-il nécessaire de traduire pistole par 10 francs, rond par sou, point par franc? Croix et demi-croix est inoins connu : cela représentait une ancienne valeur équivalant à 6 francs ou à 3 francs.
C'est au vieux Temple que l'ouvrier hostile aux ennuis du ménage pouvait, sans avoir à s'inquiéter du blanchisseur, venir échanger, en donnant 0 fr. 60 de retour, sa chemise sale contre une propre. C'est au Temple que, pour 2 francs (quarante sous 1 pas un de plus, pas un de moins 1), le gandin du quartier trouvait, et trouve encore d'ailleurs, une casquette, un saute-en-barque, un pantalon, des soulires et une chemise. Costume complet 1 C'est au Temple que, bien postérieurement après l'usage de la Halte, s'est prolongé l'art d engueuler (qu'oti nous pardonne l'expression rabelaisienne). Malheur à l'imprudent qui critique ! La raillerie à l'emporte-pièce no le manquera pas et très-probablement fiap-
Iiera juste. Le Temple est, en somme, un étajlissement précieux pour les petites bourses, et bien des bourgeoises qui brillent à telle fête ne se vantent pas d'avoir acheté leurs chapeaux chez la- bonne faiseuse du marché; mais on aurait tort de croire que ce n'est qu'un résidu de restes et de guenilles. Tel marchand de meubles, par exemple, a son échoppe sur le carreau et a en ville pour 100,000 francs de marchandises en magasin. Tel vous vend pour 30 sous qui en deux heures vous fournira pour 10,000 francs. Le Temple occupe, en outre, une population ouvrière considérable ; c'est, en un mot, un centre de commerce essentiel et dont Paris ne saurait plus se passer.
Le vieux Temple, si pittoresque, si curieux, dont nous venons de donner une idée, a servi souvent de thème à plus d'un de nos écrivains, qui y ont vu les uns un sujet de description, d autres un milieu propre à une intrigue romanesque. Citons d'abord , à tout seigneur tout honneur, quelques vers d'un poète. Théophile Gautier discrédite en ces termes le vieux Temple :
Bien n'est plus triste à voir dans ce vilain Paris, Entre le ciel tout jaune et le pavé tout cris, Que ne sont ces maisons laides et rechignées. Les carreaux y sont faits de toiles d'araignées ; Le toit pleure toujours comme un oeil chassieux; Les murs, bâtis d'hier, semblent déjà tout vieux; Pas un seul pan d'aplomb, pas une pierre égale. Ils sont tous bourgeonnes, pleins de lèpre et de gale, Pareils à des vieillards de débauches pourris, Euioes sans grandeur et dignes de mépris. Un bâton, comme un bras que la maigreur décharné, Un lange sale au poing, sort de chaque lucarne ; Ce ne sont, sur le bord des fenêtres, que pots, Matelas a sécher, guenilles et drapeaux, Si que chaque maison, dépassant ses murailles, A l'air d'un ventre ouvert dont coulent les entrailles.
C'estau Temple que, dans un livre célèbre, les Mystères de Paris, Eugène Sue promène son lecteur è, la suite de Rigolette et de Rodolphe, ses héros sympathiques. Après une description que nous croyons inutile de répéter, car elle ferait double emploi avec la nôtre, le romancier nous offre la grisette et le faux ouvrier en butte aux offres les plus séduisantes. « Monsieur, venez donc voir mes matelas ; c'est comme tout neuf. Je vais vous en découdre un coin. Vous verrez la fourniture ; on dirait de la laine d'agneau, tant c'est doux et blanc 1 — Ma jolie petite dame, j'ai des draps de belle toile, meilleurs que neufs, car leur première rudesse est passée. C'est souple comme un gant, fort comme une lame d'acier. — Mes gentils mariés, achetezmoi donc de ces couvertures. "Voyez, c'est moelleux, chaud et léger 1 on dirait de l'édredon ! C'est remis à neuf, ça n'a pas servi vingt fois; voyons, ma petite dame, décidez votre mari; donnez-moi votre pratique, je vous monterai votre ménage pas cher. Hier, j'ai eu une occasion superbe; vous allez voir ça. Allons, entre» donc I la vue ne coûte rien 1 » L'occasion dont parle la marchande est un ancien secrétaire en bois de rose, dans lequel Rodolphe découvre une lettre qui jette un jour nouveau dans l'histoire de certains personnages du roman. Ce secrétaire a appartenu à l'un d'eux. Cette lettre dévoile les infamies du notaire Jacques Ferrand. On a un peu abusé de ces hasards prêtés par l'imagination des romanciers aux vieux bibelots du Temple. M. Victor Séjour, tout récemment encore, dans un gros mélodrame joué à l'Ambigu-Comique, tes Mystères du Temple, s'est servi d'une donnée analogue. Il nous montre un certain nombre de gens plus ou
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moins intéressés à posséder certaine pièce importante, qu'ils savent être cousue dans la doublure d'un vieil habit, pousser cet habit à des enchères fabuleuses. Il nous présente une marquise du faubourg Saint-Germain, de la vieille roche en un mot, qui, pour rétablir ses affaires gravement embrouillées par un mari dissipateur, tient boutique, le jour, au Temple, sous le nom de la mère Remy, et le soir, la poche gonflée du gain de la journée, trône dans ses salons sous le nom de ses pères. Invraisemblance outrée jusqu'au drolatique, comme M. Victor Séjour, le coupable auteur des Fils de Charles-Quint, sait seul en élucubrer. Paul Féval, dans le Fils du diable, prend également le Temple pour le théâtre d une de ses scènes. Citons, enfin, la Marchande du Temple, drame de MM. Auguste Luchet et Desbuards, qui contient une Itonde du Temple qui ne vaut pas -la peine d'être citée.
Cependant, cette agglomération de constructions en bois, que le temps minait chaque jour, offrait de perpétuelles craintes de danger. On frémit en songeant ce qu'eût été un incendie dévorant ce marché ; c'eût été une calamité publique. Divers projets de réédification furent mis à l'étude. Les événements en entravèrent l'exécution, et ce ne fut, nous l'avons dit, qu'en 1864 et 1865 que le nouveau Temple fut construit. C'est en ÏS53 que fut créée la place de ce nom. Le nouveau Temple, dont la forme se rapproche quelque peu de celle des Halles centrales, est presque entièrement construit en fer. Les colonnes seules sont en fonte, de même que les bahuts et galeries à jour au-dessus des clôtures en briques et au-dessous des lanternes des combles. Quant aux boutiques, elles sont de fonte et de fer pour le marché proprement dit et de bois pour l'annexe, c'està-dire pour la partie comprise entre ce que l'on appelle la rue Couverte et lu place de l'Ancienne -Rotonde. Le nouveau Temple, construction carrée bien proportionnée, bien régulière, contient deux mille quatre cents boutiques. Le chiffre d'affaires, qu'un recensement fait en 1860 par la chambre de commerce porte à 5,031,380 francs, s'est élevé. Le bâtiment est couvert en verre et en zinc et dépasse 25,000 mètres carrés. Il a été, comme nous l'avons dit, terminé en deux ans sous la direction de M. de Mérendol, architecte, et de Mme veuve et enfants Joly d'Argentouil. L'immeuble, actuellement propriété de la Société financière qui a fait les avances de fonds nécessaires à son édification, fera retour à la ville dans un laps de cinquante ans, pendant lesquels cette Société paye à la caisse municipale une rente annuelle de 200,000 francs.
A droite du Temple actuel; et occupant la majeure partie de la place, s élève le square de ce nom. Ce square a une superficie de 7,221 mètres. Les pelouses en occupent 3,263, les allées 1,717, les massifs 2,035. Une grille de 370 mètres d'étendue l'entoure. C'est un des plus jolis squares de Paris. C'est pour le quartier un lieu de promenade et la vieille rue enfumée et boueuse avait bien besoin de cette éclaircie. C'est sur l'emplacement actuel du square et de la place du Temple que se trouvaient naguère le couvent, ancienne dépendance du Temple proprement dit, donné par Louis XVIII à la princesse de Condé, et le jardin des bénédictines du Saint-Sacrement. Le couvent, converti sous le premier Empire en ministère ùos cultes, puis rendu, comme nous venons de le voir, à une destination religieuse, a été démoli en 1853.
TEMPLE s. f. (tan-ple). Pêche. Nom qu'on donne aux perches qui soutiennent les bourdigues.
— Techn. Outil à l'usage du charron, il Syn. de tempia.
TEMPLE (le), village du dép. de Loir-et- Cher, cant. de Mondoubleau, arrond. et à 20 kilora. de Vendôme, à 52 kilom. de Blois ; 369 hab. On y remarque les vestiges d'une commanderie de templiers et le château de la Fredonuière, bâti dans le style de la fin du xve siècle, sur l'emplacement de celui où fut tramée la conjuration d'Amboise.
TEMPLE-SUR-LOT (le), village du Lotet-Garonne, cant. de Sainte-Livrade, arrond. et à 16 kilom. de Villeneuve, à 30 kilom. d'Agen; 1,154 hab. Eglise du xve siècle.
TEMPLE (sir William), célèbre homme d'Etat anglais, né à Londres en 1628, mort en 1699. Il était fils de sir John Temple, maître des rôles d'Irlande, connu comme auteur d'une Histoire de la re'uolte irlandaise de 164 i. Elevé d'abord par son oncle, Henri Hammond, théologien distingué et zélé royaliste, il fut envoyé plus tard à l'université de Cambridge ; mais, au rapport de sa propre sœur, lady Giffart, qui a écrit sa biographie, il y mena une vie aussi joyeuse que paresseuse. En 1648, il partit pour le continent, passa deux ans en France, visita ensuite la Hollande, les Flandres et l'Allemagne, et revint en Angleterre possédant à fond les langues française et espagnole. Bien que son père ne fût pas riche et qu'il eût même été privé un certain temps de son emploi de maître des rôles, William n'embrassa d'abord aucune carrière et vécut au sein de sa famille en Irlande, après avoir épousé, en 1054, la fille de Pierre Osborne, gouverneur de l'île. de Wight, pour laquelle il éprouvait depuis plusieurs années
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un profond attachement. En 1660, il fut élu, snns avoir posé sa candidature et à son corps défendant en quelque sorte, membre de la convention d'Irlande pour le comté de Carlow et, après la restauration, fut envoyé par le même comté au premier Parlement régulier, où il eut pour collègues son père et son frère puîné. En juillet 1661, il fut l'un des commissaires chargés d'aller attendre le roi et d'appuyer auprès de ce prince la mise à exécution de diverses mesures relatives aux intérêts de l'Irlande. En 1663, il alla se fixer en Angleterre et fut recommandé par le ddc d'Ûrmond à. lord Arlington, secrétaire d'Etat, qui le prit en grande affection et le fit charger, en 1665, d une mission secrète auprès de l'évêque de Munster, qu'il s'agissait de mettre en mouvement contre la Hollande, alors en guerre avec l'Angleterre. Bien que l'envoyé n'eût pas atteint le but désiré, il avait fuit preuve dans cette négociation des talents d'un diplomate consommé et parut à Arlington l'homme le plus capable d'occuper le poste de résident de l'Angleterre à Bruxelles. Mais bientôt après (décembre 1667), il fut envoyé à La Haye et y décida de la conclusion du fumeux traité de la Triple-Alliance entre l'Angleterre, la Hollande et la Suède. De là, il passa, comme ambassadeur, à Aix-la-Chapelle, où il eut une part importante à la conclusion de la paix entre l'Espagne et la France. Il résida dans cette villa jusqu'en 1670, toujours fidèle à la politique qu'il avait inaugurée parle traité de la Triple-Alliance; mais, dans cet intervalle, un revirement complet s'était opéré dans les desseins de Charles II, qui étuit devenu l'allié secret de la France, et Temple, brusquement rappelé et ne voulant pas seconder une politique si opposée à celle qu'il avait suivie jusqu'alors, quitta ses fonctions. On dit hautement à cette époque en Angleterre que sa démission avait été une des conditions imposées par le gouvernement français. 11 vécut dans la retraite jusqu'en 1674, où il fut rappelé pour conclure à Londres un traité de paix avec la Hollande. On lui offrit ensuite l'ambassade d'Espagne, mais il la refusa pour reprendre son ancien poste à La Haye, où il prit la part la plus importante aux négociations qui amenèrent le traité de Nimègue (1678), ainsi qu'à celles du mariage de la princesse Marie, nièce de Charles II, avec le prince d'Orange. A son retour à Londres, on voulut le faire entrer au ministère, mais il refusa et déclara que sa carrière politique était terminée. Les offres brillantes que lui fit plus tard Guillaume ne purent le faire revenir sur cette résolution, et il vécut retiré dans ses terres, s'occupant de travaux littéraires et d'études agricoles. Sir James Mackintosh nous paraît l'avoir, bien jugé dans les lignes suivantes : « Il semble être le modèle du négociateur, unissant la politesse et l'adresse à l'honnêteté. Son mérite, au point de vue de la politique intérieure, est aussi fort grand; à une époque d'événements critiques, il se montra à la fois partisan de la liberté et ennemi de tout ce qui aurait pu troubler le repos public. « Johnson, de son côté, appréciant en lui l'écrivain, dit « qu'il fut le premier qui donna de la cadence à la prose anglaise. » Un des esprits les plus fins de ce temps, M. H. Rigault, a jugé ainsi qu'il sqit cet homme politique : » Temple, dit-il, ne fut pas un grand homme d'Etat; il craignait les orages de la vie politique dans un État libre, et quand Guillaume III vint le visiter dans son verger pour le ramener du jardinage au ministère. Temple lui montra, comme Dioclétien, Bes fleurs, ses légumes et les abricots dont se moque M. Macaulay. Il se souvint qu'Horace, son chef d'école, avait refusé d'être le secrétaire d'Auguste, et il repoussa le portefeuille, se contentant, comme le dit très-bien Basnage, d'en avoir paru digne. Temple n'est pas un héros, c'est un sage, et, comme l'héroïsme est rare, on peut se rabattre sur la sagesse, quand on la rencontre, et n'être pas mécontent. Le désintéressement de Temple n'est pas d'un exemple dangereux. Les hommes seront toujours plus tentés par l'éclat des grandes places que par les douceurs du repos. Temple a vu le feu diplomatiquement, et il a eu son jour de victoire. Le traité de la Triple- Alliance fit sa réputation en Europe. Sans doute, il ne compte pas dans sa carrière beaucoup d'exploits comme celui-là; mais alors même que ses services jetèrent inoins- d'éclat, ils furent toujours habiles et honorables. Ce n'est pas un grand politique, c'est surtout un homme de lettres qui, ayant appris à se connaître lui-même et sachant que, dans l'art de conduire les hommes, il entre encore plus de volonté que d'esprit, s'éloigna sagement des affaires, où il apportait plus d'esprit que de volonté. Il n'est pas certain que cette sobriété d'ambition ait privé l'Angleterre d'un grand ministre, et il est sûr qu'elle lui a donné un excellent écrivain. »
Ses œuvres furent publiées à diverses reprises; la meilleure édition est celle de 1814 (4 vol. in-8°). Les parties suivantes ont été traduites en français : Remarques sur l'état des Provinces-Unies (1674, in-8°) ; Œuvres mêlées (Utrecht, iG93,in-12) ; Introduction à l'histoire d' Angleterre (Amsterdam, 1695, in-12); Lettres écrites pendant ses ambassades (1700- 1725, 6 vol. in-12); Mémoires, de 1672 à 1679 (Amsterdam, 1708, in-12) ; Nouveaux mémoires (La Haye, 1729, in-12). Outre la Biographie de William Temple, écrite par sa sœur
TEMP
lady Giffart, et qui se trouve en tête de l'édition de ses œuvres publiée en 1731 , on peut encore consulter avec fruit : Mémoires sur la vie et les négociations de sir William Temple, par Abel Boyer (Londres, 1714, in-8°); Mémoires sur la vie, les œuvres et la correspondance de sir William Temple, par Courtenay (Londres, 1836, 2 vol.).
TEMPLE (John), homme politique anglais, fils du précédent, mort en 1689. Il se lit remarquer par son mérite, prit part de bonne heure aux affaires publiques et fut nommé, en 1689, secrétaire de la guerre par Guillaume III. Depuis fort peu de temps il exerçait ces fonctions, lorsqu'il se fit conduire un jour sous le pont de Londres et se précipita dans la Tamise, où il trouva la mort. On trouva dans le bateau d'où il s'était jeté un billet ainsi conçu : ■ La folie que j'ai eue d'entreprendre une tâche au-dessus de mes moyens a causé beaucoup de préjudice au roi et au royaume. Je lui souhaite toutes sortes de prospérités et des serviteurs plus habiles que John Temple. • La véritable cause de son suicide provenait, dit-on, du chagrin qu'il avait eu en voyant le général Hamilton, dont il s'était porté garant, trahir le roi Guillaume et passer dans les rangs des jacobites. Son père, William Temple, éprouva une vive douleur de cette mort, qu'il ne pouvait blâmer, car il était partisan du suicide. « Un homme sage, dit-il à quelqu'un qui le consolait, est le maître de disposer de lui-même, et il est en droit d'abréger sa vie autant qu il lui plaît. >
TEMPLE (sir William), diplomate anglais, né à Londres en 1788, mort en 1856. Il était frère du célèbre lord Palmerston. Peu après avoir terminé ses études à Cambridge, il entra dans la diplomatie et fut successivement envoyé comme secrétaire de légation, puis d'ambassade à La Haye, à Vienne, a Stockholm, à Francfort (1817), à Berlin (1823), k Saint-Pétersbourg (iS28). Après avoir occupé pendant quelques mois les fonctions de chargé d'affaires à Dresde (1832), William Temple fut envoyé comme ministre plénipotentiaire à Naples, où il resta pendant près de vingt ans. Comme il avait des idées trèslibérales, il fit inutilement, à diverses reprises, des représentations au roi Ferdinand sur le despotisme odieux qu'il faisait peser sur ses sujets. En 1848, il se joignit avec aussi peu de succès à M. Gladstone pour essayer de faire accorder aux Napolitains quelques réformes réclamées par l'opinion. Sa santé s'étant altérée, il demanda son rappel et mourut au moment où il allait entrer à la Chambre haute.
TEMPLEMAN (Peter), médecin anglais, né en 1711, mort en 1769. Il abandonna la carrière ecclésiastique pour la profession médicale, alla suivre les cours de Boerhaave à Leyde, puis alla exercer son art à Londres (1739). Il devint par la suite conservateur du salon de lecture au Muséum britannique (1753), puis secrétaire de la Société des arts, des manufactures et du commerce (1700).
L'Académie des sciences de Paris le reçut au nombre de ses membres correspondants. On lui doit : Remarques et observations curieuses en physique, anatomie, chirurgie, chimie, botanique et médecine (1753-1754, 2 vol.) et des traductions des Voyages en Egypte et en Nubie de Norden (1757, in-fol.) ; du Choix de cas et consultations en médecine du docteur Woodward (in-8°).
TEMPLER1 (Joseph DE), grammairien et littérateur français. V. LrivuN.
TEMPLET s. m. (tan-plè). Techn. Outil a l'usage des relieurs, il Syn. de thmpià.
TEMPLETON1E s. f. (tan-ple-to-nî — de Templeton, botan. angl.). Bot. Genre d'arbustes, de la famille des légumineuses, tribu des lotées, comprenant deux espèces, qui croissent en Australie.
TEMPLEUVB, bourg et comm. de France (Nord), sur un affluent de la Marcq, cant. de Cysoing, arrond. et à 18 kilom. de Lille ; pop, aggl., 957 hab. — pop. tôt., 2,966 hab. Filatures et tissage mécanique ; fabriques de sucre. L'église, qui date de l'époque romane, est remarquable par son architecture et renferme de curieuses stalles eu bois sculpté.
TEMPLEUVE, bourg de Belgique, province de Hainaut, station du chemin de fer de Courtrai à Tournay, à 18 kilom. de cette dernière ville.; 3,456 hab. Fabriques de toiles; commerce de miel.
TEMPLEVOBE, petite ville d'Irlande, sur le chemin de fer de Dublin à Cork, entre Nenagh et Thurles, sur la rivière Suir. Elle doit son origine aux templiers et renferme de vastes casernes d'infanterie. Aux environs s'élève la charmante résidence de sir John C. Carden. On y entre par les ruines d'un vieux château qui appartenait aux chevaliers du Temple. Près du château se voit un lac, que bordent les ruines d'un large donjon carré et celles d'un prieuré où l'on admire une belle fenêtre gothique. A 5 milles de Templevore se dressent les montagnes du Devils' Bit (Morsure du diable), ainsi nommées d'une brèche qui, vue d'une certaine distance, semble avoir été ouverte par la dont d'un géant.
TEMPLIER s. m. (tem-pli-é). Chevalier de
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l'ordre du Temple : Si tant de témoins ont déposé contre les templiers, il y eut aussi beaucoup de témoignages étrangers en faveur de l'ordre. (Volt.) La proscription des templiers fut l'ouvrage exclusif de la cupidité et de la vengeance'. (Bignon.)
— Membre d'une secte qui prétendait descendre de l'ordre des templiers, et à laquelle on rattache les francs-maçons.
— Loc. fam. Boire comme un templier, Boire beaucoup. Il Plusieurs prétendent que, dans cette locution, le mot templier est une corruption de temprier, ancien nom des verriers. Il est naturel de supposer que les verriers boivent beaucoup, à cause de la haute température des ateliers dans lesquels ils travaillent.
— Agric. Nom donné, dans le haut Languedoc, aux orages qui menacent de dévaster les récoltes.
— Encycl. L'ordre des templiers, comme celui des hospitaliers, se fonda à l'époque des croisades. En 1118, Hugues de Pains, Geoffroi de Saint-Omer et sept autres chevaliers français qui avaient suivi Godefroy de Bouillon, formèrent le premier noyau de cet ordre, destiné à pourvoir à la sûreté despèlerins sur les routes de Palestine et à défendre la religion chrétienne et le saint sépulcre contre les Sarrasins. Beaudouin II, roi de Jérusalem, leur accorda pour demeure un palais attenant à l'emplacement de l'ancien temple de Salomon, d'où leur nom de templiers. En 1128, Hugues se présenta avec cinq de ses chevaliers devant le concile de Trûyes, exposa ses vues et obtint la confirmation de son institut. Il parcourut ensuite la France, l'Angleterre, l'Espagne, l'Italie, recueillit d'immenses dotations et ramena en Palestine un grand nombre de prosélytes.
L'ordre était divisé en quatre classes : les chevaliers, les écuyers, les frères lais et les prêtres, chargés spécialement de célébrer le service divin. Les principales dignités étaient celles du grand maître, des précepteurs ou grands prieurs, des visiteurs, des commandeurs, etc. Le grand maître, pris, ainsi que les autres dignitaires, dans la classe des chevaliers, tous nobles de naissance, avait rang de prince et se regardait comme l'égal des souverains, l'ordre étant affranchi par ses statuts de toute juridiction temporelle et relevant directement du saint-siége.
Les templiers avaient pour devoirs religieux : l'obligation d'assister à la messe trois fois par semaine ; de faire abstinence les lundis et mercredis, outre les vendredis et les samedis; d'observer trois grands jeûnes; d'adorer la croix solennellement à trois époques de l'année; de communier trois fois par an ; enfin, toutes les maisons de l'ordre devaient faire l'aumône trois fois par semaine.
Les chevaliers du Temple prononçaient, à leui réception, les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, et prêtaient en outre le serment suivant :
« Je jure de consacrer mes discours, mes forces, ma vie, à défendre la croyance a l'unité de Dieu et aux mystères de la foi; je jure d'être soumis et obéissant au grand maître de l'ordre... Chaque fois que besoin en sera, je passerai les mers pour aller combattre, je donnerai secours contre les rois et les princes infidèles, et en présence de trois ennemis je ne fuirai point, mais seul je les combattrai... »
Dès lors ils appartenaient tout entiers à l'ordre ; ils devaient renoncer à tout lien de famille; ils ne pouvaient rien posséder en propre; c'était 1 ordre qui se chargeait de leur entretien.
Les chevaliers portaient par-dessus leur armure un manteau blanc de lin ou de laine orné d'une large croix latine rouge. Le costume des prêtres était blanc, celui des frères lais gris ou noir. Tous avaient une ceinture de lin qui devait leur rappeler leur vœu de chasteté. Leur étendard de bataille, qui se nommait Beaucéant, était mi-partie de noir et de blanc et portait cette devise : Non nobis, Domine, sed nomini tuo da gloriam. Le sceau de leur ordre figurait un cheval monté par deux cavaliers avec cette inscription : Sigillum militum Chrisli, image destinée à perpétuer le souvenir de leur pauvreté primitive ; car, au commencement, ils étaient si pauvres qu'un seul cheval servait pour deux. A cette première époque de ferveur et d'enthousiasme, saint Bernard faisait des templiers l'éloge suivant : » Us vivent sans avoir rien en propre, pas même leur volonté.Vètus simplement et couverts de poussière, ils ont le visage brûlé par le soleil, le regard fier et sévère; à l'approche du combat, ils s'arment de la foi au dedans et du fer au dehors ; leurs armes sont leur unique parure : ils s'en servent avec le plus grand courage dans les périls, sans craindre ni la nombre ni la force des barbares : toute leur confiance est dans le Dieu des armées, et, en combattant pour sa cause, ils cherchent une victoire certaine ou une mort sainte et glorieuse... ■
L'ordre du Temple ne resta pas longtemps digne de tant d'éloges : les dons et les legs considérables qu'il reçut, et qui firent de lui le plus puissant de tous les ordres, engendrèrent parmi ses membres l'orgueil et l'avidité.
Associés d'abord aux hospitaliers dans la défense des saints lieux, ils s'en distinguaient cependant en ce que la guerre était plus par-
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ticulièrement le but de leur institution. Toutefois, l'ordre ne resta plus confiné en Palestine; il eut bientôt des établissements dans tous les pays de l'Europe, et les privilèges les plus étendus lui furent accordés : ses membres ne pouvaient êtrejugésqueparle pape, ce qui, dans la plupart des cas, les laissait juges dans leur propre cause; ils pouvaient même y être témoins; il leur était défendu de payer tribut à aucune puissance, non plus qu'aucune espèce de droits ni de péages, etc. Au reste, cette chevalerie monastique rendit les plus grands services en Orient. Toujours debout et toujours en armes, ils protégeaient la sûreté des routes, repoussaient les attaques et acquéraient dans de continuels combats une bravoure dont la renommée était répandue dans toute la chrétienté. La défense de Gaza (1171), la bataille de Tibériade (1187), la prise de Damiette (1219), la croisade d'Egypte (1250), leur dévouement à Mansourah, ou ils se firent presque tous tuer pour sauver l'armée, les illustrèrent à jamais et les placèrent au premier rang parmi les ordres militaires et religieux. Les Sarrasins n'étaient pas, d'ailleurs, leurs seuls ennemis. La discorde régnait entre l'ordre du Temple et l'ordre des hospitaliers, et les deux partis en venaient souvent aux mains. En 1259, ils se livrèrent une bataille si acharnée qu'il ne resta qu'un seul templier vivant. A la suite de ce désastre, les chefs de l'ordre, qui se trouvaient en France, firent partir un grand nombre de chevaliers pour la Palestine. Mais les querelles continuèrent, sinon avec les hospitaliers, au moins avec différents chefs, avec Boimond VII, prince d'Antioche, aveu Hugues III, roi de Chypre; la cause chrétienne périclitait de plus en plus; en 1279, il ne restait plus aux templiers que Sidon et le château des Pèlerins, entre Dora et Césarée. En 1291, le sultan du Caire ayant dépouillé les chrétiens de toutes leurs conquêtes, mit enfin le siège devant Saint-Jeand'Acre, dernière ville qui leur restât, et que les templiers, avec leur grand maître Guillaume de Beaujeu, qui fut tué et remplacé par le moine Gandini, défendirent héroïquement pendant quarante-cinq jours, de concert avec les hospitaliers. Presque tous ces chevaliers se firent tuer, et les grands maîtres des deux ordres, avec quelques débris et leurs trésors, firent voile vers la Chypre, où ils s'établirent à Limisso. A partir de ce moment, les templiers ne combattirent que très-mollement les infidèles. Leur but paraissait plutôt être de fonder un Etat séculier de nature aristocratique et sacerdotale, d'abord dans l'île de Chypre, puis en France, où ils étaient propriétaires de biens immenses. Le Temple de Paris, centre de l'ordre, comprenait dans son enceinte, murée et fortifiée, à peu près le tiers de la ville.
Au commencement du xive siècle , ils étaient arrivés au plus haut point de leur puissance. Les privilèges qui leur avaient été concédés, les donations qui leur avaient été faites, les tributs qu'ils imposaient aux musulmans et le butin qu'ils faisaient sur eux, avaient multiplié leurs richesses dans une proportion immense. Ils possédaient, dit-on, plus de neuf mille manoirs dans la chrétienté. Dans une seule province d'Espagne, au royaume de Valence, ils avaient dixsept places fortes, et il n'était point d'Etat où ils n'en eussent. Ils tenaient à toutes les familles nobles, et le nombre de leurs clients était immense. Mais, en même temps qu'ils croissaient en puissance, le relâchement s'introduisait dans leur ordre, puis la corruption, l'orgueil, la luxure, l'avidité, la soif de domination. Déjà, en Orient, ils avaient plus d'une fois forfait à leur honneur de chevaliers et à leur foi de chrétiens. On les accusait de violences, de manque de foi, quelquefois même de connivence avec les infidèles, d'hostilités nombreuses contre les chrétiens, de sacrilèges même. Des faits notoires qu'on avait oubliés pendant les guerres de la Palestine revinrent à la mémoire des peuples et changèrent peu à peu l'admiration en défiance et la défiance en haine. En résumé, les immenses richesses des templiers armèrent contre eux l'envie universelle et la jalousie des autres ordres ; les crimes qu'on leur imputait les rendirent odieux ; la puissance da leur organisation les faisait trop craindre des rois eux-mêmes pour qu'on ne saisit pas l'occasion de les frapper ; le mystère dont ils s'entouraient rendait faciles toutes les accusations, et ils étaient déjà perdus dans l'opinion publique lorsque Philippe le Bel entreprit de les frapper. Les motifs personnels ne manquaient pas au roi : plusieurs d'entre eux l'avaient mal secondé lors de l'appel contre Boniface; sa demande d'être admis dans l'ordre avait été repoussée; il leur devait de l'argent, car le Temple était une sorte de banque pour les princes et les rois; il est vrai quen 1306, il avait trouvé un asile chez eux contre le peuple soulevé, mais il n'en avait admiré que de plus près ces trésors qu'il convoitait avec âpreté. Ruiné après la reddition de la Guyenne et de la Flandre, mis dans l'impossibilité de frapper de nouveaux impôts par le mécontentement populaire, ne pouvant dépouiller de nouveau les juifs, puisqu'ils avaient été chassés, il ne pouvait sortir de sa situation désespérée que par quelque grande confiscation, et il arrêta inflexiblement dans son esprit la destruction des templiers, afin de s'enrichir de leurs dépouilles.
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Les prétextes ne pouvaient lui manquer non plus; outre les accusations sur un grand nombre de leurs actes en Palestine, mille bruits infâmes circulaient sur leurs actes secrets, leurs initiations, leur vie intérieure, l'altération de leur foi, mélangée de superstition orientale et de magie sarrasine, sur les vices dégradants qu'ils avaient rapportés de l'Orient, sur les idoles qu'ils adoraient, disait-on, etc. Philippe était encore servi par cette haine secrète qui s'amasse en silence contre toute secte puissante qui vit en dehors de la société et qui s'enveloppe du mystère des initiations.
Qu'y avait-il de vrai dans les accusations formulées contre les templiers? Adhuc sub judice lis est. En ce qui concerne les mœurs, il est croyable que l'infamie qu'on leur reprochait n'était pas générale. Quant à l'accusation d'hérésie, ces chevaliers, hommes d'action avant tout, s'occupaient sans doute peu du dogme, et l'adoration d'une idole ap-
Eelée Bapliomet ne semble guère vraisemlable. Le chef principal de l'accusation, le reniement, suivant M. Michelet, avait un fondement plus réel ; dans la cérémonie initiatrice, il est certain qu'on reniait le Christ; mais ce reniement pouvait être symbolique. « C'était peut-être une imitation du reniement de saint Pierre, une de ces pieuses cérémonies dont l'Eglise antique entourait les actes les plus sérieux de la vie, mais dont la tradition commençait à se perdre au xive siècle... Cette accusation, néanmoins, fut celle qui perdit le Temple. »
Dès 1306, Philippe le Bel entreprit de faire instruire le procès des templiers. Ce procès, malgré tout le mouvement qu'il se donna pour le presser, dura par le fait plus de sept années, tant le pape, malgré ses promesses, était embarrassé den colorer du moins l'exécution. On dressa un effroyable amas d'accusations, de pièces, d'informations; on organisa une police, un espionnage de tous les instants contre des braves sans peur, il est vrai (ils le prouvèrent bien), mais non de tout point sans reproches. Philippe s'était fait le fiscal de cette cause, dit Salazar, et il n'épargnait aucune invention pour émouvoir la colère du peuple; il suborna des témoins, il paya des délateurs en préparant les bourreaux. Cependant les choses n'allaient pas assez vite à son gré. Tout à coup, en 1307, Philippe le Bel fait arrêter les templiers par toute la France le même jour (5 octobre) et l'on informe contre eux par tout le royaume.
Le pape évoque l'affaire à lui en 1309 ; la Faculté de théologie de Paris se déclare contre eux, à l'instigation du roi. Le pape, à Avignon, à Vienne, à Lyon, à Poitiers, à Bordeaux, en interroge un grand nombre; toujours poussé par Philippe, il institue des inquisiteurs spéciaux, chargés d'instruire le procès ; il nomme des commissions inquisitoriales pour procéder à l'information par tous les pays où les templiers possèdent des commanderies, et enfin convoquejun concile œcuménique pour les juger a. Vienne, en Dauphiné, pour l'an 1311.
Néanmoins, on procède à Paris contre ceux qui depuis deux ans languissaient en prison. Cinq cent soixante-six chevaliers y soi^t amenés devant le synode provincial assemblé et présidé par une âme damnée de Philippe, par l'archevêque de Sens, Marigny, frère du ministre Enguerrand de Marigny. a Vainement la commission inquisitoriale réclama; vainement les accusés en appelèrent au pape ; le synode, en un seul jour, condamna au feu cinquante-six templiers et les fit exécuter. De semblables exécutions furent ordonnées, et avec ta même rapidité, par les conciles provinciaux. Les chevaliers qui échappèrent a la mort furent condamnés à la captivité et à de rudes pénitences; les grands dignitaires de l'ordre restèrent en prison, le pape s'étant réservé leur jugement. Quant à la commission inquisitoriale, elle continua à instruire le procès de gens condamnés et exécutés et ne se sépara que deux ans après. •
L'exécution des cinquante-six chevaliers condamnés par le synode de Paris eut lieu hors de la ville, à Saint-Antoine, près de Saint-Louis de France, au rapport de Villani, c'est-à-dire à Vincennes. En un grand parc entouré de bois, Philippe le Bel fit lier les cinquante-six condamnés chacun à un poteau, et il leur fit mettre le feu aux pieds et aux jambes avec lenteur et l'un après l'autre, leur faisant dire que celui qui voudrait reconnaître son erreur et les péchés qui lui étaient reprochés pourrait se sauver. Dans ce martyre, engagés par leurs parents et par leurs amis à se reconnaître coupables et à ne pas « se laisser ainsi déplorabiement mourir et défaire, aucun d'eux ne voulut confesser qu'il fût coupable, et, avec des larmes et des cris, ils protestaient qu'ils étaient innocents de ce dont on les accusait et, fidèles chrétiens, appelant à eux le Christ, et sainte Marie, et les autres saints, et, dans ce martyre, tous périrent et achevèrent leur vie. n
Le concile de Vienne (quinzième œcuménique) s'assembla enfin au mois de septembre 1311. Outre la proscription générale des templiers et le maintien de la confiscation de leurs biens, que Philippe avait fait partout opérer en France et dont il jouissait par provision depuis plus de trois ans, l'implacable rot poursuivit près de ce concile, avec un acharnement étrange, la flétrissure de Boniface VIII , mais Clément V résista sur ce
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point. De ce pape simoniaque et courbé sous le joug royal, Philippe obtint tout ce qu'il voulut , hormis cela. Clément V ne cacha point ses sentiments à cet égard. Le concile, composé de trois cents évêques, sans compter les abbés , déclara que le pape Boniface VIII avait été catholique légitimement élu, non souillé d'hérésie, comme le roi de France le prétendait, et il fallut en quelque façon le démontrer juridiquement; mais de courageux avocats ne manquèrent point à la mémoire de Boniface. Les templiers, suppliciés ou vivants, furent moins heureux ; il est vrai que le bras séculier, en France, là où étaient leur centre et leurs plus grandes richesses, les avait déjà partout accablés, brûlés ou dispersés. ■ Presque tous les chevaliers qui avaient échappé à la persécution étaient cachés ou errants. > Il ne restait plus que l'ombre de l'ordre ; son grand maître, Jacques de Molay, et quelques-uns de ses plus hauts dignitaires pourrissaient en prison. Le concile se borna presque à sanctionner leur abolition, qui était désormais un fait accompli, et il la sanctionna avec tristesse et comme avec remords. • De cette manière, dit l'auteur de la Vie de Clément V, Bernard Guidon, qui avait fait partie de la commission inquisitoriale de France, de cette manière fut aboli l'ordre du Temple, après avoir combattu cent quatre-vingt-quatre ans et avoir été comblé de richesses et orné des plus beaux privilèges par le saint-siége. Il n'en faut pas imputer la faute au pontife, car il est constant que lui et son concile n'ont fondé leur décision que sur les allégations et les témoignages que le roi de France leur a fournis. »
Cependant on avait remis au pape le soin de décider de ce qu'on ferait du grand maître et des autres dignitaires de l'ordre, qui étaient détenus avec lui k Paris, Le pape y envoya tard, plus de deux ans après le concile de Vienne, en 1314, deux légats pour ordonner de leur sort. On s'assembla dans l'église cathédrale et l'on y appela les prisonniers. A la lecture des odieuses imputations accumulées dans les pièces des accusateurs contre les templiers, le grand maître se leva, ne pouvant maîtriser son indignation, et cria que tous ces prétendus crimes n'avaient jamais souillé l'ordre. La torture et, plus que la torture, les obsessions du pape et du roi»avaient autrefois arraché à Jacques de Molay des aveux qu'on lui avait dit devoir tourner plutôt au profit qu'à la perte de ses frères. Indigné du persistant et lâche abus de la force qu'a /ait fait le roi, il rétracta ses premiers aveux et protesta de son innocence, de l'innocence et de l'orthodoxie de l'ordre. Mais Philippe se hâta de le déclarer relaps et le fit brûler avec le dauphin de Viennois, dans la Cité, devant son palais, à la place qu'occupe maintenant le terre-plein du pont Neuf.
Sur le bûcher, qui fut lent à s'allumer, et enfin dans les flammes, les deux martyrs ne cessèrent de protester de leur innocence et d'en appeler au ciel, vers lequel se tournaient leurs yeux. Le peuple s'émut à les voir si fermes, si confiants en la justice d'en haut, et le bruit se répandit qu'ils avaient assigné le pape et le roi, leurs véritables bourreaux, à comparaître dans l'année au tribunal de Dieu. Le pape mourut à Lyon le 20 avril et le roi à Fontainebleau le 29 novembre 13U.
Nous avons lu les actes particuliers du procès des templiers d'Espagne et les bulles passionnées de Clément V, conservées aux archives de la cathédrale de Tolède. Une fois que le pape, malgré sa répugnance primitive, eut concédé cette grande iniquité au roi qui le tenait à la chaîne, il mit à la faire consommer partout un acharnement extrême, comme s'il eût voulu étouffer ses remords dans le sang. Il écrivit aux évêques de Compostelle et de Tolède et au procureur-inquisiteur Aymeric d'instruire le procès de tous les templiers de Castille; il donna le même ordre, à l'égard des templiers d'Aragon, aux évêques de Valence et de Saragosse, et il chargea ces évêques de les déférer aux conciles provinciaux, qui senls avaient pouvoir de les juger en dernier ressort. L'Aragon et la Castille, où les templiers étaient nombreux et aimés, s'émurent. En Aragon, confiants dans les châteaux forts de leurs commanderies et craignant qu'on ne les traitât comme leur grand maître et leurs frères de France, ils prirent les armes, et il fallut que les troupes royales les assiégeassent dans ces retraites. La eommanderie deMonçon fut celle qui résista le plus longtemps. On les y força, et tous les chevaliers pris les armes à la main furent jetés en prison. En Castille, Rodrigo Yanez, vice-maître de l'ordre dans la province d'Espagne, et les principaux chevaliers de son obédience furent cités à Medina-del- Campo. Sommés de se rendre à la prison qu'on leur assigna, ils le firent sans murmurer; mais, lorsqu'ils se présentèrent à la prison, on se contenta de leur faire prêter serment de se constituer prisonniers dès qu'ils en seraient requis par leur3 supérieurs ecclésiastiques et on les laissa libres.
Le 21 octobre 1818 eut lieu à Salamanquo l'ouverture du concile assemblé pour les juger. Les archevêques de Tolède et deSéville ne purent s'y rendre, non plus que l'évêque de Palence, et tous trois y envoyèrent les procès-verbaux des interrogatoires. Les pré-
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lats supérieurs qui assistèrent au concile furent : don Rodrigo, archevêque de Saint- Jacques-de-Compostelle, qui le présida; don Joao, évêque de Lisbonne (car on joignit l'affaire des templiers des trois royaumes de Portugal, de Oastille et de Léon); don Vasco de La Guardia, don Gonçnlo Zamora, don Pedro d'Avila, don Domingo de Piacencia, don Rodrigo de Mondonedo, don Alonso d'Astorga, don Juan deTuy et don Juan de Lugo. Après de longs débats et une longue discussion , leurs juges les déclarèrent innocents d'une voix unanime, dans l'église cathédrale de Salamanque et devant le peuple assemblé. La sentence des évêques espagnols fut néanmoins évoquée par le pape, et, au mépris de la décision du concile que lui-même avait établi juge de cette cause, par un nouveau et nconsistant décret praprio motu, Clément les abolit entièrement en Espagne, et bientôt après les villes, les forteresses, les rentes qui appartenaient aux chevaliers furent livrées par le pape aux rois et à l'ordre des hospitaliers. Cette circonstance de leur acquittement par un concile, et néanmoins de leur condamnation par le pape, n'a pas été suffisamment remarquée par ceux qui ont écrit l'histoire ou recueilli les mémoires de l'ordre. C'est un point important cependant de cette histoire, que cette déclaration unanime faite par un concile et qui montre combien irrégulière et arbitraire fut la conduite de Clément V dans cette affaire.
Les possessions des templiers étaient considérables eu Espagne comme en France.
Dans les seuls royaumes de Oastille et de Léon (et leurs richesses étaient presque égales dans les royaumes d'Aragon et de Portugal), ils possédaient: San-Servando, leur plus ancienne commanderie, située là où est aujourd'hui le château qui domine le pont d'Alcantara de Tolède ; Montalvan, près de la même ville; Calatrava, San-Juan de Valladolid, San-Benito de Torija, San-Salvador de Toro, San-Juan del Otero, dans l'archevêché d'Osma, et un grand nombre de châteaux et de lieux moindres dans toutes les juridictions du royaume. De ces biens, une grande partie fut dévolue aux autres ordres militaires antérieurement établis, et principalement aux chevaliers de l'Hôpital de Jérusalem, placés sous l'invocation de saint Jean-Baptiste, et à l'établissement de plusieurs ordres nouveaux, dont l'ordre du Christ, en Portugal , et l'ordre de Montesa, dans le royaume de Valence, furent les plus célèbres; une autre part resta au pouvoir des rois, qui la gardèrent ou la distribuèrent, selon leur bon Îilaisir, à leurs créatures et à leurs amis ou a firent servir k acheter la soumission ou l'alliance de quelques seigneurs indociles et puissants qui causaient de l'ombrage au pouvoir royal.
Au xviiio siècle, des membres de la loge maçonnique du collège de Clermout voulurent continuer l'ancien ordre des Templiers et s'affilièrent des personnages très-distingués de la cour et de la noblesse partageant les idées déistes de cette époque. Bourbon-Conti, le duc de Cossé-Brissac furent grands maîtres de cet ordre aristocratique, dont les débris se reformèrent sous le Directoire. Cette société, dont les tendances devinrent libérales, fut persécutée sous la Restauration; après 1830, elle admit dans s>es rangs l'abbé Châtel, qui y otficia quelque temps comme primat des Gaules; elle s'est fondue aujourd nui dans la maçonnerie. Quelques esprits romanesques s'imaginent que 1 ancien ordre du Temple existe toujours souterrainement et que son influence, pour être occulte, n'en est pas moins redoutable. Nous croyons que ces craintes sont complètement chimériques. Mais l'ordre des templiers existe encore en Angleterre, sinon comme ayant une mission réelle et comme exerçant une influence politique ou religieuse, au moins comme une sorte de relique historique, à l'existence et au maintien de laquelle les plus hauts personnages se font honneur de prêter leur concours. Le prince de Galles a été sommé grand maître des templiers en 1873, et, à cette occasion, il a prononcé les paroles suivantes, qu'où pourrait qualifier de serment : • Je suis prêt à entreprendre le gouvernement de l'ordre en Angleterre, en Irlande et dans toutes les dépendances de la couronne britannique; je ferai tout ce qui peut être utile à son bien-être et à sa dignité ; je le protégerai et je 1<J soutiendrai autant qu'il Sera en moi; je ne lui reconnaîtrai aucuue juridiction supérieure, égale ou inférieure ; je ne permettrai pas qu'on touche ni à ses prérogatives ni a son autorité; je maintiendrai la suprématie de la reine ; je jugerai chacun également, sans aucune distinction de rang. •
Templier» (les), tragédie de Raynouard, en cinq actes et en vers ; représentée le 14 mai 1805. Cette pièce, qui obtint un grand succès, est assez bien conçue, mais froide; le style en est plutôt correct qu'élégant ; ou y trouve cependant beaucoup de pensées énergiques, et le caractère du grand maître est vigoureusement tracé. Le récit de la mort des templiers est un morceau très-remarquable ; on en a retenu le dernier vers, qui est d'une belle inspiration :
Maie il n'était plus temps ; les chants avaient cessé. Les Templiers eurent, à leur apparition, un immense succès. Cette tragédie fut désignée
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pour un des prix décennaux qui devaient être décernés en 1810, et trois années auparavant elle avait valu à Raynouard les suffrages de l'Institut. Marie-Joseph Chénier, dans son Tableau de la littérature française, s'exprime ainsi à propos des Templiers : « Le style n'est pas exempt de sécheresse, mais il est presque toujours correct; s'il n'abonde pas en tours poétiques, il est plein de pensées énergiques et saines ; on désirerait quelquefois plus d'élégance, jamais plus de force et de précision.... On a généralement senti l'inutilité du rôle de la reine ; celui du chancelier n'est guère plus utile, et c'était bien assez d'un ministre persécuteur. Il serait même k souhaiter que le personnage intéressant du connétable fût lié plus intimement à l'action.... Mais quelle dignité imposante et souvent quelle noble éloquence dans les discours du grand maître I Quelle heureuse idée que celle du jeune Marigny, associé secrètement a ces templiers dont son père a juré la ruine, osant prendre leur défense au fort du péril, révélant son secret quand il ne peut plus que partager leur infortune, se dévouant pour eux, mourant avec eux, et commençant, par cet héroïque sacrifice, le châtiment de son père coupable I Voilà un personnage bien inventé jeté au milieu do l'action ; voua des incidents qui produisent un intérêt puissant sur tous les cœurs, parce qu'il est fondé sur la morale ; et cette belle conception tragique, la partie la plus recommandable de l'ouvrage, suffirait seule pour justifier l'éclatant succès qu'il a obtenu dans sa nouveauté. « Malgré ces mérites, les Templiers sont profondément oubliés aujourd'hui.
TEMPL1N, ville des Etats prussiens (Brandebourg), sur le bord S. du lac de Dolgen, à 75 kilom. de Potsdam ; 3,600 hab. Fabriques de draps, de toiles, de cotonnades et de bas ; tanneries, brasseries, distilleries d'eau-de-vie. Commerce de bois. Cette ville donne son nom à un canal qui commence au lac dé Lebau et finit dans le Havel, près de Teinplin. Sa longueur est de 36 kilom.
TEMPLOFF (Grégoire-Nicclaievitch), savant russe, né vers 1715, mort en 1779. Après avoir fait d'excellentes études au séminaire de Novgorod, il s'adonna à l'enseignement, fut attaché k la rédaction du Cabinet d'histoire naturelle a l'Académie des sciences, devint membre adjoint de cette compagnie en 1741, puis précepteur du comte Razuinofski, qu'il accompagna dans ses voyages. Ces longues excursions à l'étranger lui permirent d'étendre considérablement le cercle de ses connaissances. De retour en Russie, il devint membre de l'Académie des sciences et sénateur. On lui doit : Notices concernant la philosophie en général (1751, in-8<>);7nstruciions à mon fils (1751) ; Hecueil de diverses chansons avec la musique à trois voix ; Méthode de culture de diverses espèces étrangères de tabac dans la Petite-Russie, ouvrage qui lut distribué par ordre du gouvernement parmi les agriculteurs de l'empire russe. Temploff a laissé en manuscrits divers ouvrages latins, entre autres une traduction des satires du prince Canterair.
TEMPLOIR s. m. (tan-ploir). Techn. Syn.
de tKMpia.
TEMPLU s. m. (tan-plu). Techn. Syn. de
TEMPIA.
TEMPO s. m. (tèmm-po — mot italien qui signifie temps). Mus. mot employé pour noter, dans la musique, les différents [mouvements dans lesquels est écrit un morceau. Il Tempo moderato, Temps, mouvement modéré. Il Tempo allegretto. Mouvement rapide, animé. Il Tempo di marcia, Mouvement de marche. Il Tempo giusto, Mouvement bien, réglé. Il A tempo, Reprenez le mouvement qui avait été momentanément ralenti ou accéléré.
— Encycl. Tempo di marcia. Les morceaux en tête desquels est placée cette indication doivent être joués dans un mouvement large, grandiose et majestueux, mais sans lenteur, équivalant à ce que les Italiens expriment par les mots : allegro maestoso. Les chants nationaux, les marches guerrières, les hymnes patriotiques sont toujours écrits en tempo di marcia. La Marseillaise en est l'exemple le plus frappant.
— Tempo di minuetto. Autrefois, le mouvement de menuet était, comme la danse de ce nom, lent, traînard et compassé. Plus tard, lorsqu'on introduisit le rhythme du menuet dans la symphonie, on donna, au contraire, à ce morceau une allure très-vive, très-rapide et très-gaie. Aussi, les mots tempo di minuetto indiquent-ils un mouvement qui n'a aucun rapport avec celui qui caractérisait jadis le menuet, et qui se fait remarquer au contraire par son entrain et sa brièveté. C'est ce qui fait que, pour exprimer cette différence et pour obtenir un mouvement modéré, analogue à celtli de l'ancien menuet, tel que le comprenaient les anciens maîtres, certains compositeurs rectifient, en la complétant, l'indication ordinaire et écrivent en tête de leurs morceaux : Tempo di minuetto ail' uso di Haydn.
— Tempo giusto. Ceci est une autre expression italienne, qui serait impossible à expliquer si l'on n'en comprenait l'ellipse un peu forcée: tempo giusto, temps juste, c'està-dire mouvement convenant justement au
TEMP
caractère du morceau qui doit être exécuté. On sent tout ce que cette indication a de vague et d'indéterminé ; aussi, dans la pratique, elle est corrigée par l'habitude. En réalité, tempo giusto indique un mouvement modéré, aimable, élégant, sans excès dans la vitesse ni dans la lenteur.
— Tempo di polaccu, Mouvement de polonaise. La polonaise (v. ce mot) est un morceau, k trois temps, d'un rhythme animé, mais d'un mouvement modéré.
•— Tempo primo. Lorsque, dans le cours d'un morceau de musique, et par suite des indications du compositeur, le mouvement a été altéré d'une façon ou de l'autre, lorsque l'allure de ce morceau a été ou ralentie ou précipitée et qu'il s'agit de la ramener à son état primitif, on trace alors ces deux mots : tempo primo, qui signifient proprement : premier mouvement. Quelquefois on écrit : a tempo, ce qui veut dire : au (premier) mouvement.
— Tempo rubato. Ces deux mots signifient: temps dérobé, temps déguisé. Cette locution italienne est passée, elle aussi, dans la langue musicale, et cependant nos dictionnaires techniques ne la mentionnent même pas.
Voici comment elle est définie dans le Dizionario di musiea du docteur Pietro Liohtenthal (Milan, 1826, in-8<>): « Cette expression signifiait autrefois la dislocation de l'nccent grammatical, en rendant plus sensible le temps faible que le temps fort ; une antre indiquait aussi la transposition d'une mélodie du temps pair dans le temps impair, et vice versa. Le but d'une telle façon de procéder était de donner du piquant à la composition et d'en faire résulter des contrastes. Les plagiaires, en volant les mélodies d'autrui, cherchaient souvent à masquer leur larcin au moyen du tempo rubato. »
TEMPO s. m. (tain-po). Métrol. Monnaie courante du Japon, en cuivre, de forme ronde avec un trou au milieu, valant environ 0 fr. 15.
TEMPO (Antonio da), littérateur italien
3ui vivait au xive siècle. Tout ce qu'on sait e sa vie, c'est qu'il remplit les fonctions de juge k Padoue. Il composa, vers 1332, un ouvrage intitulé : De rhythmis vulguribus, videlicet desonelis, de bulatis, de cantionibus extensis, de rotondellis, de mandt'ialibus, de serventesiis et de motious confectis (Venise, 1509, in-S<>). Ce petit livre curieux et devenu très-rare est, croit-on , le premier traité qui ait paru sur la poétique italienne. Il est écrit en latin avec des exemples en italien. On y trouve des pièces bilingues en français et en italien, des acrostiches et des compositions bizarres dans lesquelles un même mot appartient à deux vers qui se succèdent. Tempo est vraisemblablement l'auteur d'annotations sur le Canzoniere de Pétrarque, annotations qui ont été souvent réimprimées.
TEMPORAIRE adj. (tan-po-rè-re — lat.
temporarius ; de tempus, temps). Qui n'est que momentané, qui ne dure qu'un temps: Notre vie est temporaire. (Proudh.) La liberté est éternelle, l'abus es: temporaire. (E. de Gir.) Il n'y a pas dans la nature de gouvernement temporaire ; ce sont les mêmes lois qui régissent aujourd'hui le monde et qui ont présidé à sa naissance. (Renan.)
— Qui appartient au temps, à la durée : La valeur temporaire des notes de ta musique.
— Astron. Heure temporaire, Douzième partie du temps qui s'écoule du lever au coucher du soleil, durée variable avec les saisons.
TEMPORAIREMENT adv. (tan-po-rè-reman — rad. temporaire). D'une façon temporaire, pour un temps : Je n'habite cette ville que temporairement. Quand la guerre commença à être réglée, le soldat fut, au mains temporairement, un homme à part dans la nation. (A. Maury.) Les générations ne sont qu'usufruitières des trésors que le courant des âges dépose temporairement dans leurs mains. (Toussenel.)
TEMPORAL, ALE adj. (tan-po-ral, a-le — lat. temporalis ; de tempus, tempe). Anat. Qui a rapport aux tempes : Nerf temporal. Arière temporale. Fosse temporale. Il Os temporaux ou substantiv. Temporaux, Os du crâne situés dans la région des tempes, tj Aponévrose temporale , Expansion fibreuse fixée à l'os temporal et k l'arcade zygomatique. Il Muscle temporal ou substantiv. Temporal, Muscle qui va de l'os temporal k l'apophyse coronoïde de la mâchoire inférieure.
— Encycl. Anat. hum. Artère temporale.
On nomme ainsi l'une des branches qui terminent la carotide externe. Elle naît de ce dernier vaisseau au niveau du colducondyle de l'os maxillaire inférieur, se porte verticalement en haut et au devant du conduit auditif, passe ainsi sous la glande parotide et devient sous-cutanée après avoir dépassé le niveau de l'arcade zygomatique. Parvenue dans la région temporale, elle décrit quelques flexuosités et se termine en se bifurquant. Ses branches collatérales sont : la transversale de la face, un rameau orbitaire , les auriculaires antérieures et la temporale moyenne. De ses deux branches terminales, une antérieure ou frontale gagne la région du front k laquelle elle se distribue ; l'autre
TEMP
postérieure, plus volumineuse, parcourt la région pariétale et se subdivise en s'anastomosant avec les artères auriculaire, occipitale et la temporale opposée.
— Aponévrose lempcrale. On nomme ainsi une large expansion fibreuse fixée k toute la ligne courbe temporale et à l'arcade zygomatique. Elle est plus mince dans sa partie supériaure que dans Sa partie inférieure, mais partout très-résistante. Elle complète l'espèce de boîte dans laquelle est encaissé le muscle temporal, et qui porte, en anatomie, le nom de fosse temporale.
— Muscle temporal. II occupe toute la région de la tempe. Sa situation lui a valu le nomdeciotaphyte (du grec krotaphos, tempe) et ses insertions lui ont fait donner celui do temporo-maxillaire par Chaussior. Il est trèsfort chez l'homme et surtout chez les animaux carnassiers. Ses fibres musculaires naissent de la fosse et de l'aponévrose temporales. De là elles vont en convergeant se lixer à l'apophyse coronoïde du maxillaire inférieur au moyen d'un tendon très-épuis. Quand ce muscle se contracte, il élève la mâchoire inférieure de même que le masseter, mais par un mécanisme différent.
— Nerfs temporaux. On en distingue deux: le nerf temporal superficiel et le nerf temporal profond. Le premier naît de la branche maxillaire inférieure du trijumeau par des racines qui embrassent, en se réunissant, l'artère méningée moyenne. Il se termine par deux rameaux, l'un ascendant et l'autre descendant. Los nerfs temporaux profonds antérieur et postérieur sont fournis également par le trifacial à sa sortie du crâne.
— Os temporal. C'est un os pair, non symétrique, qui occupe la partie latérale et inférieure ou crâne au-dessous du pariétal, derrière le sphénoïde, au-dessus du condyle de la mâchoire et au devant de l'occipital, Il renferme, dans son intérieur, l'appareil qui sert à l'audition. Sa figure est tres-irrégulière, et, pour le bien décrire, il faut le considérer comme divisé en trois portions : la portion écailleuse, la portion mastoïdienne et la portion pierreuse, ou la pyramide.
La portion écailleuse ressemble à une valve de mollusque et occupe la partie supérieure de l'os. Elle constitue la partie la moins épaisse des parois du crâne et forme le fond de la fosse temporale. Elle se trouve donc répondre, par sa face externe, au muscle crotaphyle et, par sa face interne, k la substance' cérébrale dont les méninges seules la séparent. A sa partie inférieure, elle présente l'apophyse zygomatique, ainsi nommée du grec parce qu'elle unit les parties latérales du crâne à la face. Par son bord in férieur, elle donne attache au muscle masseter ; par son sommet, elle s'articule k i'os malaire. Sa base se divise en deux racines qui vont, l'une borner en avant la cavité glénoïde et l'autre séparer cette dépression articulaire du conduit auditif. La cavité glénolde elle-même est divisée en deux portions par une fente monimée scissure de Glasftr. L'antérieure seule s'articule avec le condylo du maxillaire inférieur. La circonférence de la portion écailleuse forme, dans sa portion libre, les trois quarts environ d'un cercle. Elle est presque partout taillée en biseau aux dépens de sa table interne.
La portion mastoïdienne occupe la partie postérieure et inférieure de l'os. Sa face externe se termine en bas par l'apophyse mastoïde qui donne attache aux muscles splénius , sterno-cléido-mastoïdieu , petit complexus et auriculaire postérieur. En dedans de cotte apophyse se voit la rainure dignstrique qui donne insertion au muscle de ce nom. En arrière est le trou mastoïdien qui donne passage à une artère et à une veine ainsi nommées. La face interne de la portion mastoïdienne est concave et fait partie des fosses latérales et postérieures de la base du crâne.
La portion pierreuse ou pyramide a la forme d'une apophyse prismatique, obliquement dirigée eu avant et en dedans. « La portion pierreuse du temporal, dit M. Cruveilhier, rocher ou pyramide, apophyse pôtrée , est placée entre les portions squameuse et mastoïdienne, sous la forme d'une apophyse pyramidale, dirigée d'arrière en avant et de dehors en dedans, qui proémine dans la cavité du crâne. Le nom de rocher qui lui a été donné indique assez l'excessive dureté du tissu osseux qui la compose, dureté qui, d'une part, est importante pour la nature de ses fonctions, carie rocher sert de réceptacle à l'appareil vibratile de l'audition, et qui, d'autre part, rend compte de sa fragilité, prouvée par la fréquence de ses fractures. Le rocher représente une pyramide tronquée à trois pans ou faces, séparés par trois arêtes ou bords. ■
La face inférieure, très-inégale, présente à considérer l'apophyse styloïde et un peu en arrière le trou stylo-mastoïdien. On y remarque encore une facette appelée jugulaire, articulaire avec une facette semblable da l'occipital; une fossette faisant partie du trou déchiré postérieur ; l'orifice inférieur du canal à travers lequel l'artère carotide interue pénètre dans le crâne; une surface rugueuse, destinée k l'insertion du muscle péristaphylin interne, et enfin une crête verticale qui porte le nom d'apophyse vaginale styloïdienne et fait
TEMP
partie tout k la fois du conduit auditif et de la cavité glénoïde. La face supérieure du rocher ne présente à considérer que l'hiatus de Fallope, contenant, avec une artériole, un filet du nerf vidien.
La face postérieure offre à. l'observation de t'anatomiste l'orifice du conduit auditif interne, moins long que le conduit externe et creusé dans le rocher. 11 se termine au fond par une lama percée, d'une part, d'un trou qui commence l'aqueduc de Fallope, à travers lequel passe le nerf facial, et d'autre part criblée de plusieurs ouvertures, à travers lesquelles les filets du nerf auditif pénètrent dans l'oreille interne.
Le bord supérieur forme la gouttière pétreuse supérieure et présente une saillie correspondant au relief du canal demi-circulaire supérieur et une dépression qui répond au nerf trijumeau. Le bord antérieur ou sphénoïdal constitue en un point la portion osseuse de la trompe d'Eustuche. Le bord postérieur ou inférieur s'articule par juxtaposition avec l'occipital. La buse de la pyramide, confondue avec le reste de l'os, présente l'orifice évasé du conduit auditif externe; son sommet tronqué et très-inégal est percé par l'orifice supérieur du canal earotidiejs. 11 fait partie du trou déchiré antérieur.
En réâiuné, le temporal s'articule avec l'occipital, la pariétal, le sphénoïde, l'os malaire, le maxillaire inférieur et l'os hyoïde par l'intermédiaire du ligament stylo-hyoïdien. Il se développe par cinq points d'ossification.
Pour la structure intérieure de la. pyramide, nous renvoyons au mot oreille. Nous dirons seulement ici, à cet égard, que la dureté de l'os qui la forme était nécessaire pour ne pas nuire à la transmission des sons à l'appareil auditif et que les fractures du rocher, que .sa dureté même rend, selon la remarque de Cruveilhier, assez fréquentes, entraînent généralement la mort.
— Anat. vétér. Chez les quadrupèdes domestiques, l'os temporal s'articule avec l'occipital, le pariétal, le frontal, le sphénoïde, le zygomatique , le maxillaire intérieur et l'hyoïde. Cet os est divisé en deux pièces qui ne sont jamais soudées chez le cheval : l'une forme la portion écailleuse du temporal, l'autre la portion tubéreuse.
La portion écailleuse est aplatie d'un côté, et de l'autre ovalaire et légèrement incurvée en écaille, disposition qui lui a fait donner son nom. Elle offre une face externe convexe et garnie de quelques empreintes musculaires, de scissures vasculaires et de trous. Elle fait partie de la fosse temporale et donne naissance, vers son milieu , a l'apophyse zygomatique, longue éminence qui se porte ù'a-' bord en dehors et sa recourbe bientôt en avant et en bas, pour se terminer par un sommet aminci. La face interne ou cérébrale de cette portion écailleuse est divisée en deux parties par une gouttière a peu près verticale, oui se termine au-dessus de l'éminence sus-co'ndylienne et qui, en s'unissant à une pareille gouttière du pariétal, forme le conduit parie'to-temporal. La partie supérieure s'articule par harmonie simple avec le rocher, et la partie inférieure présente quelques impvessioiis cérébrales. La circonférence peut se diviser en deux bords : l'un antérieur, convexe, soudé avec le pariétal et le frontal; l'autre postérieur, articulé avec le sphénoïde et présentant, au-dessus de l'éminence suscondylienne, une échancrure profonde qui reçoit le conduit auditif externe.
La portion tubéreuse du (etnporai est l'une des parties du squelette les plus intéressantes à étudier, parce qu'elle contient dans son intérieur la cavité du tympan ou oreille moyenne et la cavité de l'oreille interne. Elle est enclavée entre le bord antérieur de l'occipital, le bord latéral du pariétal et la partie supérieure de la face interne de l'écaillé temporale. Elle représente une pyramide quadrangulaire, dont la base est tournée eu bas et un peu en arrière. La face antérieure de cette pyramide s'unit au pariétal ; la face postérieure s'articule avec 1 occipital j ta l'ace externe avec la portion écailleuse de l'os; la face interne, parsemée d'impressions digitales, présente le conduit ou l'hiatus auditif interne et l'aqueduc de Fallope. Ces faces sont séparées les unes des autres par autant de bords ou angles plans. Le sommet de cette pyramide est légèrement denticulé et s'articule avec l'occipital. La base présente le conduit auditif externe, le trou stylo- mastoïdien ou pré-mastoïdien, l'apophyse styloïde. Enfin, c'est sur le bord qui sépare la face externe de la pyramide de la face postérieure que se trouve l'apophyse mastoïde.
Dans les animaux domestiques autres que le cheval, la portion tubéreuse du temporal se soude toujours avec la portion écailleuse , et le sommet de l'apophyse zygotnatique ne s'articule qu'avec l'os malaire. Chez le bœuf, le condyle de l'apophyse zygomatique est fort large et convexe dans tous les sens. Le conduit \>a.nèlo- temporal est très-vaste et creusé entièrement dans l'os temporal; son extrémité supérieure ou interne s'ouvre au sommet du roeher, dans une excavation qui représente la cavité latérale de la protubérance pariétale du cheval ; à son extrémité inférieure, il olfre toujours plusieurs orifices. L'apophyse mastoïde, très-saillante, appartient à ' la portiun écailliuse. La crête mastoïdienne
est confondue avec la racine supérieure de l'apophyse zygomatique. L'apophyse styloïde est plus longue et plus forte que dans le cheval. Même disposition chez la brebis et la chèvre. De plus, la portion mastoïdienne de l'os ne se soude que fort tard avec le rocher.
Chez le porc, le temporal offre une disposition toute particulière da la surface articulaire qui répond au maxillaire. Cette surface rappelle celle des rongeurs; car elle n'est point bornée en arrière par une apophj'se sus-condylienne, et, de plus, elle présente peu d'étendue dans le sens transversal. L'apophyse zygomatique est articulée avec l'os jugal par toute l'étendue de son bord postérieur. Une crête mince, s'étendant du conduit auditif externe a la protubérance mastoïdienne, remplace l'apophyse mastoïde. La crête mastoïdienne est confondue avec la racine supérieure de l'apophyse zygomatique. La saillie formée par la protubérance mastoïdienne est énorme. L'apophyse styloïde est à peine sensible, et il n'existe point de prolongement hyoïdien ni de conduit pariétotemporal.
Chez les carnassiers, la surface articulaire de l'apophyse zygomatique forme simplement une cavité gléno'ulale dans.laquelle s'emboîte exactement le condyle du maxillaire. Ces animaux ont le conduit auditif externe trèslarge, manquent de prolongement hyoïdien, ont les apophyses inastoïdes et styloïdes peu développées et la protubérance mastoïdienne tres-developpée. Les carnassiers se distinguent encore par la présence d'un canal curotidien, qui traverse la portion mastoïdienne et se réunit supérieurement au conduit veineux qui rampe entre l'apophyse basilaire et le temporal; par son extrémité inférieure, il s'abouche avec le trou carotidien qui pénètre lui-même dans le crâne. Enfin, un autre conduit, percé dans le rocher, livre passage à la cinquième pairenerveuse encéphalique. Chez les rongeurs, la surface articulaire du temporai est disposée comme dans le porc; elle est même encore plus étroite dans le sens transversal.
TEMPORALITÉ s. f. ( tan-po-ra-li-té — rad. temporel). Dr. canon. Domaine temporel ; pouvoir temporel : La temporalité d'une abbaye, d'un évêché. Les prétentions des papes sur la temporalité des rois.
TEMPOREL, ELLE adj. (tan-po-rèl, è-le — bit. Umporalis ; do tempus, temps). Qui ne dure qu'un temps, qui n'est pas éternel; qui a lieu dans le temps, qui ne concerne pas l'éternité : La plus grande masse de bonheur, même temporel, appartient non pas à l'homme vertueux, mais à ta vertu. (J. de Maistre.) // n'y a point de faute temporelle qui appelle une punition éternelle. (S. Simon.)
L'amour qui nous attache aux beautés éternelles
N'étouffe point en nous l'amour des temporelles.
MoLiÉat.
— Qui concerne les intérêts terrestres, et non les intérêts spirituels, ni ceux du salut éternel : Pouvoir temporel des papes, La puissance temporelle ne doit pas touchera l'autel. (Fléch.) La puissance temporelle vient de la communauté qu'on nomme nation. (Kén.) L'organisation militaire des pouvoirs temporels tient aussi au côté défectueux de notre nature. (Gerbet.) Comme prince temporel , le pape a disparu. (V. Hugo.) La puissance spirituelle a toujours aspiré à dominer la temporelle. (Dupin.) Le pouvoir temporel du pape vit tant que l'étranger le place à l'ombre de son glaive. (J. Favie.) La distinction de l'ordre spirituel et de l'ordre temporel est absurde et impraticable. ( p. Leroux. ) Je crois qu'il viendra un jour où l'autorité spirituelle ne se distinguera plus de la temporellu. (Promlh.) La chute de ta puissance temporelle des papes indique le retour définitif de l'humanité à la philosophie. (Proudh.)
— Hist. relig. Pè'-e temporel, Nom sous lequel on désignait celui que le pape chargeait d'administrer les aumônes recueillies par les capucins.
— s. m. Pouvoir temporel : La séparation du temporel et du spirituel se fonde sur cette idée que ta force matérielle n'a ni droit ni prise sur les esprits, sur la conviction, sur la vérité. (Guizot.)
— Revenu qu'on tire d'un bénéfice : // fut contraint par saisie de son Temporel. (Acad.) Le mélange du temporel et du spirituel est toujours, en dernier résultat, funeste à la religion. (Lumenn.) Le temporel se complique toujours du spirituel. (L. Enault.)
— Revenus, biens temporels : Saisir le temporel d'un évêque, d'une communauté.
TEMPORELLEMENT adv. ( tan-po-rè-leman — rad. temporel). Pour un temps, nou éternellement : Les méchants ne peuvent être heureux que temporellement , et les bons le seront éternellement. (Acad.)
— D'une façon temporelle, au point de vue temporel, par opposition à éternellement: litre puni tehporjsllement par la prison et spirituellement par l'excommunication.
TEMPORISANT, ANTE ^dj. (tan-po-iizaïi , un-te — rad. temporiser). Qui a pour caractère la temporisation : Politique temporisante. Tactique temporisante.
TEMPORISATEUR, TRICE s. (tan-po-riza-taur, tri-se — rad. temporiser). Personne qui temporise : Le grand rôle politique défi-
TEMP
nitif restera aux Pitt et aux Wellinnton, à ces opiniâtres Temporisateurs. (Ste-lieuve.)
— Adj. Qui temporise : Vous êtes trop temporisateur. Il Qui a un caractère du temporisation ; Pétion et Barbaroux firent également des motions temporisatrices. ( Lamart.) A»i?c Léopold était morte la politique temporisatrice de l'Autriche. (A. Dumas.)
TEMPORISATION s. f. (tan-po-ri-za-si-on
— rad. temporiser). Action de temporiser, retard calculé qu'on met à agir : La temporisation, si souvent utile dans les temps calmes, perd les hommes dans les temps extrêmes. (Lamart.) Avec la temporisation, on use tes hommes dont on désire se débarrasser. (E. de Gir.)
TEMPORISEMENT s. m. (tan-po-ri-ze-man
— rad. temporiser). Action de temporiser : Ce tkmporisement pensa tout perdre. (Acad.)
-Il Vieux mot ; on dit aujourd'hui temporisation.
TEMPORISER v. n. ou intr. (tan-po-ri-zé.
— Ce mot, qui correspond à l'italien temporeggiare, est un dérivé roman de tempus, temps, et signifie proprement gagner du temps, hésiter). Retarder systématiquement sou action, différer pour attendre une occasion propice : Ne vaus hâtez pas, il est bon de temporiser. (Acad.) Il était persuadé qu'avec les Français il n'y qu'à temporiser. (Volt.)
TEMPORISEUR s. in. ( tan-po-ri-zetir — rad. temporiser). Celui qui temporise, qui a l'habitude de temporiser : Les tempoRISkurs ne sont jamais à la hauteur des grandes nécessités publique. Il On dit aussi temporisateur.
— Hist. rom. Sobriquet donné au dictateur Fabius, qui, par ses hésitations, ses lenteurs calculées, s'appliqua à entraver la marche d'Annibal.
— Adj. Qui temporise : Un général trop te.mpokiseur attend toujours l'occasion et finit par la laisser échapper.
TEMPORO- AURICULAIRE adj. ( tan-poro-ô-ri-ku-lè-ie — du lat. tempus, tempe, et de auriculaire ). Anat. Qui appartient à la tempe et à l'oreille : JUusele tempobo-auhiculairb.
— s. m. Muscle supérieur de l'oreille -. Le
TEMPORO-AURICULAIRB.
TEMPORO-CONCHINIEN,IENNEadj. (tan-
po-ro-kon-ki-ni-ain, i-è-ne — du lat. tempus, tempe, et de eonchinien). Anat. Se dit du muscle inférieur de l'oreille externe.
— Substantiv. : Le temporo-conxhinien.
TEMPORO-MAXILLAIRE adj. (tan-po-roma-ksil-le-re — du lat. tempus, tempe, et de maxillaire). Anat. Qui appartient à la tempe et à la mâchoire : Articulation tem-
POKO-MAXILLAIRE.
— Encycl. Articulation temporo - maxillaire. Cette articulation, qui rend possibles tous les mouvements de la mâchoire inférieure et, par conséquent, de la bouche , est formée par l'os temporal et le maxillaire inférieur unis en charnière à leur point de jonction. C'est une double articulation condylienne. Les surfaces osseuses en rapport sont, d'une part, les condyles du maxillaire inférieur et, de l'autre, la cavité glénoïde et la racine transverse de l'apophyse zygotnatique du temporal. Entre ces surfaces se trouve un cartilage articulaire, épais à son pourtour, mince et "quelquefois percé d'un trou à son centre. Il est libre par les trois quarts de sa circonférence , mais il adhère, en dehors, au ligament latéral externe. Son rôle est de faciliter le glissement et de'diminuer les pressions articulaires. Le ligament latéral externe est le seul qui existe auprès de cette diarthrose. Il s'étend depuis le tubercule qui existe à la jonction des deux racines de l'apophyse zygomatique jusqu'au côté externe du col du condyle. On trouve dans l'intérieur de l'articulation deux synoviales, l'une supérieure et l'autre inférieure au cartilage intor-articulaire et qui communiquent parfois ensemble.
• Dans le jeu de cette articulation, dit M. Cruveilhier, l'os maxillaire peut être considéré comme un marteau mobile qui frappe contre l'enclume immobile que représente la mâchoire supérieure ; c'est un double levier, anguleux, dans lequel l'axe du mouvement est représenté par une ligne horizontale qui traverserait à leur partie moyenne les branches montantes de la mâchoire inférieure.»
L'articulation ietnpot'o-maxt/iutre jouit de mouvements assez étendus d'abaissement et d'élévation, et de mouvements restreints de latéralité et d'arrière en avant, ainsi que d'avant en arrière, dont l'analyse occupe beaucoup les anatomistes et provoque entre eux de longues discussions, qui n'ont d'intérêt que pour les hommes de l'art.
— Luxations de la mâchoire. On appelle luxations temporo-maxillaires , les luxations de l'os maxillaire inférieur sur l'os temporal. Les condyles se portent toujours en avant lorsqu'ils se déplacent ainsi. On distingue, dans ces luxations, celle d'un condyle ou l'unilatérale et celle des deux condyles en même temps ou la bilatérale, et on les divise en complètes ou incomplètes. Dans la luxations complète, le condyle abandonne tout à fait la racine transverse de l'apophyse zygomatique, tandis que, dans la luxation incomplète ou sub-luxation, il reste en avant et
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au-dessous de cette racine , un peu plus en avant que dans l'abaissement physiologique du maxillaire. Il n'existe ici que des luxations en avant, les autres ne pouvant se produire, à moins de fracture de l'os. Toute cause qui porte en avant le condyle du maxillaire peut produire une luxation. On a vu une pression ou une tractisu pousser, d'arrière en avant l'angle de la mâchoire et chasser le condyle de sa cavité. A l'état physiologique, le condyle se porte au-dessous de la racine transverse de l'apophyse zygomatique pendant l'ouverture de la bouche ; donc, toute cause qui exagérera ce mouvement pourra déterminer une luxation. Elle peut être produite par certains actes physiologiques qui exagèrent l'écartement des mâchoires, tels que rire, bâillement, vomissement, introduction entre les dents d'un corps volumineux, comme une pomme, une noix ; arrachemeiHd'une dent, cotivulsionset chocs directs, comme une chute ou un coup de poing sur le menton abaissant fortement la mâchoire.
Ces luxations ne sont pas très-rares chez les adultes, et on les dit plus communes chez les femmes que chez les hommes. Dans la luxation bilatérale, la bouche est béante sans pouvoir se refermer; tandis que les molaires des deux mâchoires se touchent en arrière, les arcades dentaires ne peuvent se rapprocher l'une de l'autre en avant. Les lèvres sont également éloignées, la salive coule involontairement, l'articulation des consonnes labiales est impossible. On constate, en outre, à la place naturelle des condyles audevant de l'oreille, une cavité anomale, et un peu au-dessus une tension exagérée des muscles temporaux. Dans la luxation unilatérale, on n'observe ces deux derniers symptômes que d'un seul côté. En même temps, la bouche est non-seulement béante, mais déviée, ainsi que le menton. Du côté sain, la joue est creuse et flasque à cause d'un relâchement musculaire facile à comprendre, tandis que du côté malade elle est aplatie et tendue.
Chacun a dit son mot sur le mécanisme des luxations par chou direct. J.?L. Petit, Pinel, Ribes disent ceci : à. l'état normal, la ligné verticale divisant en deux parties égales le masséter et le ptérygoïdien interne est toujours placée en avant de la ligne verticale qui passerait par le centre du condyle. Ces deux lignes sont distantes de o«i,02 à 001,03, et toujours, dans les mouvements physiologiques, le centre du condyle reste en arrière du milieu de ces muscles. Ceux-ci, en se contractant, élèvent naturellement le corps du maxillaire, et le condyle rentre dans la cavité glénoïde. Mais si le mouvement physiologique est exagéré, Taxe du condyle vient se placer en avant de celui des muscles, et ceux-ci, en se contractant, tendent a pousser le condyle en avant et en haut, au lieu de le faire rentrer dans la cavité glénoïde. Boyer regarde coni.ne impossible l'explicatiou précédente. Pour lui, la luxation est produite par le muscle ptérygoïdien et le masséter, qui, ne pouvant agir sur ia mâchoire repoussée en arrière par la violence, agissent sur le condyle et le font passer en avant de la racine transverse. Malgaigne rejette les théories qui ont cours dans la science, disant que J.-L. Petit et Boytr prennent la projection en avant du condyle pour un étal pathologique, tandis que ce mouvement se produit à l'état normal. Pour lui, les condyles sont portés plus en avant qu'on ne l'a dit. Les auteurs du Compendium , MM. Bérard, Denonvilliers et Gosselin, avouent qu'ils ne comprennent pas plus que Malgaigne le mécanisme de la luxation indiqué par Boyer et par la plupart des auteurs modernes. Ils adoptent sans contrôle l'explication suivante due à Nélaton : chez certains sujets, au moment d'un abaissement forcé de la mâchoire l'apophyse coronoide, assez développée, vient accrocher, par son sommet, le tubercule malaire, saillie osseuse située sur le bord inférieur de l'os malaire, près de son articulation avec lu maxillaire supérieur. D'après Maisonneuve, la luxation résulterait du glissement anomal des condyles au devant de la racine transverse. Deux forces fixeraient les condyles k la partie supérieure de la fosse zygomatique : l'une passive, due à la résistance des ligaments stylo-inaxillaires et sphénomaxiliaires; l'autre active, due à la contraction des muscles temporaux, masséter* et ptôrygoïdiens internes. M. Richet, lui, prétend que, lorsque la mâchoire est abaissée, le condyle placé en avant de la racine transverse se trouve sur un plan incliné en haut et en avant, de sorte que, si la capsule fibreuse de l'articulation vient à se déchirer en avant, le condyle glisse naturellement sur le plan incliné, et son glissement est augmenté et rendu permanent par la contraction des nmsséters et des ptérygoïdiens internes. De toutes ces théories, nous croyons que la théorie de la contraction musculaire modifiée est la vraie et celle qui explique ie mieux le mécanisme des luxations de l'articulation temporo-maxillaire.
Le diagnostic de cette luxation de la mâchoire est facile. Il importe seulement de le bien préciser et de rechercher les deux signes les plus importants, l'immobilité de l'os et la dépression au devant du conduit auditif externe. Lorsqu'on abandonne cette luxation et qu'elle n'est pas réduite, les mâchoires se rapprochent peu à peu, les fonctions se ré-
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tablissent lentement, et, au bout d'un certain temps, la nouvelle articulation jouit de mouvements assez étendus. Seulement, le malade conserve la dépression an devant du conduit auditif et la proéminence du menton.
La hixiUion temporo^maxillaire, abandonnée h elle-même, laisse après elle de la gêne dans la mastication et dans la prononciation, jointe à une certaine déformation de la face. Le chirurgien doit donc en tenter la réduction. On conçoit que le seul obstacle à vaincre est la rigidité des muscles élévateurs de la mâchoire. Le chloroforme triomphe aisément de cet obstacle; mais il ne faut y avoir recours que dans les cas où on ne pourra pas réduire autrement. Il s'agit da relâcher les muscles masséters , temporaux et ptérygoïdiens internes, et de reporter ensuite les condyles dans les cavités glénoïdes. Pour relâcher les muscles, on placera les deux pouces, recouverts de linge, de morceaux de cuir ou de fer-blanc, sur les grosses molaires de la mâchoire inférieure; on mettra les autres doigts sons le maxillaire, puis on exercera, en bas et un peu en arrière, une traction soutenue et assez énergique. Les muscles se fatigueront et céderont insensiblement. Si l'on a soin de pousser doucement en arrière le maxillaire, la luxation se réduira brusquement et d'elle-même, à cause du retrait des muscles. C'est la. le procédé le plus employé; il est bon, quel que soit le mécanisme que l'on adopte pour la réduction de la luxation.
On peut aussi employer le procédé d'Ambroise Paré. Cet illustre opérateur plaçait un levier sur les dernières dents molaires , qu'il maintenait ainsi abaissées d'une main, tandis que, de l'autre, il repoussait le menton en haut pour faire basculer le condyle et dégager l'apophyse coronoîde.
TEMPORO-SUPERFICIEL adj. m. (tan-poro-su-pèr-ft-si-èl — du lat. tempus, tempe, et de superficiel). Anat. Se dit d'un nerf qui est une branche collatérale du nerf maxillaire inférieur, et qu'on appelle aussi nerf auri-