TH0R
soluble dans l'alcool et dans l'eau saturée de sulfate de potassium. 11 cristallise par le refroidissement de ses solutions aqueuses bouillantes en prismes rectangulaires qui perdent leur eau de cristallisation k une douce chaleur, sans cependant se désagréger. D'après Chydénius , c'est le sel Th1TK.8(S04)6,2H20 qui se sépare en cristaux déliés lorsqu'on plonge du sulfate de potassium solide dans une solution de sulfate thorinique à la température de 60° à 70°.
Le silicate de thorium est un minéral nommé thorite. V. ce mot.
— Chlorure de thorium Th"Cl*. On prépare ce corps en chauffant au rouge, dans un courant de chlore sec, un mélange intime de Jhorine et de charbon. La réaction se fait petit à petit, et le chlorure thorinique, qui n'est pas très-volatil, se dépose sous la forme d'un sublimé blanc, cristallin, sur les parties 'froides de l'appareil. Par une nouvelle sublimation, on peut l'obtenir en cristaux blancs, brillants, qui ont, d'après Chydénius, la forme de tables rectangulaires dont les crêtes sont tronquées par des faces inclinées k 129°7r- et k 143<>8' sur la- base. Ces cristaux sont déliquescents à l'air et se dissolvent dans l'eau avec élévation de température. Ils ne distillent pas encore à la température de 440°. ' L'hydrate thorinique se dissout facilement dans l'acide chlorhydrique, et la solution, suffisamment concentrée, se solidifie, surtout si elle renferme un excès d'acide, et forme une masse cristalline rayonnée de chlorure hydraté. La solution évaporée a siccité laisse une masse saline déliquescente, qui perd de l'acide chlorhydrique k une température élevée. Le chlorure de thorium est soluble dans l'alcool.
On obtient un chlorure double de thorium et d'ammonium (AzH*Cl)*,Th"Cl*,4H*0 en chauffant un mélange sec de chlorure de thorium et de sel ammoniac dans un courant de gaz chlorhydrique, dissolvant le produit dans l'eau et l'évaporant.
Il existe aussi un chlorure double de thorium et de potassium. Ce sel est très-soluble, presque déliquescent, mais peut être déshydraté par la calcination dans un courant de gnz chlorhydrique. Il se dissout dans l'alcool. Chauffé avec du potassium, il donne du thorium métallique.
— Oxychlorure de thorium. Dans la préparation du chlorure, telle que nous l'avons décrite plus haut, ce corps passe, avec l'excès de chlorure, sous la forme d'un nuage blanc qui se condense en une poudre blanche amorphe. L'eau le décompose, dissout le chlorure de thorium et laisse un résidu de thorine.
— Bromure de thorium. On obtient ce corps en dissolvant la thorine dans l'acide bromhydrique;il se dessèche, lorsqu'on l'êvapore, en une masse gommeuse. 11 forme un sel double avec le bromure de potassium.
— Iodure de thorium. D'après Chydénius, ce corps cristallise avec difficulté et brunit lorsqu'on l'expose à l'air.
— Fluorure de thorium Th"FI*.'Berzélius, en traitant l'hydrate de thorium par l'acide fluorhydrique et en évaporant de manière à chasser l'excès d'acide, a obtenu le fluorure thorinique sous la forme d'une poudre lourde, d'un blanc d'émail. La calcination n'altère pas ce corps, qui ne se décompose même qu'imparfaitement lorsqu'on le chauffe avec du potassium.
— Fluorure hydraté Tb"Fl*,2H*0. On l'obtient, par double décomposition, sous la forme d'un précipité gélatineux, blanc, insoluble dans l'eau et dans l'acide fluorhydrique. Il perd une partie de son eau à 200° et se convertit en thorine par la calcination.
— Fluorures potassico-thoriniques. a. Le composé Th"Fl*,KFl,2HîO se produit lorsqu'on fait bouillir l'hydrate de thorium récemment précipité avec un mélange de fluorure de potassium hydraté et d'acide fluorhydrique libre; il se sépare sous la forme d'une poudre lourde et fine.
p. Le composé (Th"Fl*)*(KFl)ï,HSO se précipite lorsqu'on ajoute une solution de fluorure potassique à une solution chlorhydrique de thorine.
— Sulfure de thorium Th"S. Le thorium, chauffé avec du soufre, brûle dans la vapeur de ce corps avec le même éclat que dans l'air, en formant un sulfure jaune pulvérulent. Ce sulfure acquiert l'éclat métallique par la pression; il n est que très-faiblement attaqué par les acides ; l'eau régale cependant l'oxyde et le convertit en sulfate. Chydénius, en chauffant au rouge la thorine dans un courant de gaz hydrogène mélangé de vapeurs de sulfure de carbone, a obtenu le sulfure de thorium sous la forme d'une masse noire de 8,29 de densité, qui devient grise et acquiert l'éclat métallique parla trituration. Par le grillage, il se convertit en thorine. L'acide chlorhydrique ne l'attaque pas ; l'acide azotique ne l'attaque qu'avec lenteur; l'eau régale le dissout complètement. Par fusion avec de l'hydrate potassique, il se convertit en thorine. Lorsqu'on le calcine avec un courant de chlore, il donne du chlorure de thorium et du chlorure de soufre. L'hydrogène n'a d'action sur lui k aucune température. Lorsqu'on chauffe la thorine au rouge sombre dans le mélange d'hydrogène et de sulfure de carbone dont il a été ques-
THOR
tion plus haut, il se produit un oxysulfure dont la composition est probablement représentée par la formule Th"S,2Th"0.
Phospeure de thorium. Le thorium
brûle en rouge dans la vapeur de phosphore et se convertit en un phosphore gris, doué de l'éclat métallique, qui n'est point attaqué par l'eau et que le grillage convertit en phosphate de thorium.
— Caractères distinctiff du thorium, séparation et dosage de ce métal. Au chalumeau, le thorium se distingue plutôt par des caractères négatifs que par des caractères positifs; son oxyde est inaltérable, in fusible et se dissout difficilement dans !e borax. La perle fortement saturée devient laiteuse par le refroidissement. La perle formée par le phosphate ammonico-potussique, pas plus que celle où entre le borax, n'est co-
'orée- , * j.
Le thorium est précipite, sous la forme d un
hydrate blanc insoluble dans les potasses, par la potasse, l'ammoniaque et le sulfure ammonique. Les carbonates alcalins et le carbonate d'ammoniaque le précipitent k l'état de carbonate soluble dans un excès de réactif; la solution ainsi obtenue n'est point précipitée par l'ammoniaque libre, comme c'est le cas pour la zircone. Une solution de chlorure de thorium est précipitée par le ferrocyanuie potassique, réactif qui ne fait naître aucun trouble dans les solutions de chlorure de zirconium.
Le sulfate de potassium détermine, dans la solution des sels thoriniques, la production d'un précipité cristallin de sulfate potassicothorinique, soluble dans l'eau bouillante et insoluble dans un excès de réactif précipitant, caractère qui sert k distinguer le thortum de l'yttrium.
Le thorium se distingue du cérium, du lanthane et du didyme par la réaction de ses solutions salines avec 1 hyposulfite de sodium; ce réactif précipite la thorine et ne précipite point les hydrates de cérium, de lanthane et de didyme. Le thorium se distingue, en outre, du lunthane et du didyme par la propriété de ne donner aucune réaction colorée lorsqu'on le soumet aux diverses épreuves du chalumeau. La manière dont il se comporte au chalumeau sert aussi k le distinguer du titane, du tantale et du niobium, dont on. peut également le distinguer k l'aide do l'acide oxalique, qui le précipite k l'état d'oxalate et ne précipite pas les trois métaux précédents.
Pour doser le thorium, on le" précipite^ k l'état d'ammoniaque, on recueille le dépôt, on le lave, on le transforme en oxyde anhydre en le calcinant dans un creuset de platine, et on le pèse.
Les méthodes de séparation du thorium d'avec les autres métaux sont en somme décrites dans l'avant-dernier paragraphe. La précipitation au moyen du sulfate potassique en excès sert k le séparer de tous les métaux contenus dans le précipité formé par le sulfure ammonique, à l'exception du zirconium et des métaux du groupe du cérium.
Pour le séparer de la zircone, on dissout dans l'eau le sulfate double et l'on traite la solution par l'acide oxalique, qui commence par précipiter les deux bases, mais dont un excès redissout complètement l'oxaiate de zirconium et laisse l'oxaiate de thorium k l'état insoluble. Knfîn, on sépare le thorium des métaux du groupe du cérium au moyen de l'hyposulfite sodique qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, précipite le thorium seul. La précipitation toutefois n'est pas complète, et, d'après Hermann, 1,000 parties de la liqueur retiennent 0,85 de partie de thorine. Pour effectuer la séparation, Hermann convertit la totalité des bas*'S en sulfates neutres, dissout 10 parties de ces sulfates mélangés dans 1,000 parties d'eau et chauffe la liqueur k l'ébulliiion avec 4 parties d'hyposulnte de sodium. Il se forme alors un précipité d'hyposulnte thorinique, tandis que la totalité du cérium et des métaux qui l'accompagnent reste dissoute. Calciné, le précipité laisse un résidu de thorine pure. On le pèse et l'on corrige son poids en y ajoutant 0,85, qui représente la fraction de thorine demeurée dissoute. Le cérium doit être d'abord ramené à l'état de sel céreux, à supposer qu'il n'y soit pas déjà. On sépare très-facilement le thorium du niobium, du tantale et du titane au moyen de l'oxaiate ammonique, qui ne précipite que le thorium.
— Poids atomique du thorium. Le poids atomique de ce métal a été déterminé par l'analyse du sulfate Th"S04. Berzélius, dans deux expériences, a obtenu les nombres 119,32 et 117,75. La moyenne de quinze analyses du sulfate potassico-thovinique
Th"K2(SO*}*, analyses qui ne concordaient pas bien, a donné 118,12. Chydénius a déduit le nombre 118,32 en partie des expériences de Berzélius, en partie des siennes propres qui ne sont pas très-concordantes.
Delafontaine a trouvé, comme moyenne d'un grand nombre d'analyses très-concordantes, que le sulfate cristallisé à rébullition (Th"S04)*,9B.20
renferme 52,51 pour lOOde thorine.31,92 pour 100 d'anhydride sulfurique et 15,80 d'eau, et que le sel cristallisé k la température ordinaire (ThSO*)ï,9B.20 renferme 45,06 pour 100
THOR
de thorium et 28,68 pour 100 d'eau. Il conclut de ces données que le poids atomique du thorium est 115,72, nombre que nous avons adopté.
THORKELIN (Grim-Johnssen), érudit et antiquaire islandais, né k Bae-sur-IIrutanord en 175?, mort à Copenhague en 1829. En vertu d'un décret du roi de Danemark qui ordonnait d'envoyer les meilleurs élèves des écoles danoises k Copenhague pour y terminer leurs études aux frais de l'Etat, le jeune Thorkelin, désigné par l'évêque Finn-Johnssen , partit pour cette ville en 1770, s'adonna k l'étude du droit et de l'archéologie, prit le grade de docteur en 1776 et se fit avantageusement connaître par quelques ouvrages. Il devint successivement professeur k l'université de Copenhague, conservateur de la bibliothèque Arna-Magnéenne (1777), gardien des archives royales (1780), des archives secrètes ( 1791 ) et conseiller d'Etat (1810). En 1786, le gouvernement danois le chargea de se rendre en Angleterre, en Irlande et en Ecosse pour y faire des recherches concernant l'histoire et les institutions du Danemark. Pendant les cinq unnées qu'il passa dans les îles Britanniques, Thorkelin so lia avec les savants les plus distingués, fut reçu, en 1788, docteur en droit de {'université de Saint-André et recueillit de nombreux et importants documents. Thorkelin est regardé comme un des érudits qui ont apporté le plus de lumière et d'ordre dans les origines si confuses des contrées du Nord. Ses principaux ouvrages sont : Jus ecclesiasiicum vêtus sioe Thorlaco- Ketillianum (Copenhague, 1775); Jus ecclesiasticum novum sive Arnsanum (1775), recueil écrit en islandais, ainsi que le précédent, et accompagné d'une traduction latine ; Analecta ad historiam, antiquitates et jura regni Norvegix (1778 , in-8") ; Odarum Eddn Ssemundianm una (1779, in-4»); Diplomatanum Arna-Magnzanum (1783, 2 vol. in-8°), recueil de documents importants pour l'histoire do la Norvège et du Danemark ; Fragments de l'histoire d'Angleterre et d'Irlande au ixe et au X<= siècle (Londres, 1788, in-S°); De Œlfrico commentaritis (1789) ; Essai sur le commerce des esclaves (1788) ; Esquisse du caractère au prince de Danemark (1791, in-8»); De Danorum rébus gestis seculis III et I V, poema danicum dialecto anglo-saxonico (Copenhague, 1815, in-4°), traduction latine du fameux potime anglo-saxon intitulé Deowulf. On lui doit encore une édition du Gula-Things Laug (1817) et divers articles insérés dans les Transac- lions de Londres.
THORLAC1HS (Skule-Thordsen), archéologue islandais, né en 1741, mort à Copenhague en 1815, où il était recteur du collège royal. Parmi ses travaux, il faut citer en premier lieu les sept recueils ou il publia sous ce titre : Antiquitatum Borealium nbservationes miscellaness (Copenhague, 1778-1799), où, tout eu éditant et en commentant divers fragments de l'ancienne Edda et des poètes islandais, il a traité avec une rare érudition des questions d'archéologie et de mythologie, intéressantes non-seulement pour l'antiquité Scandinave, mais encore pour l'antiquité germanique, entre autres dans les dissertations intitulées : De Hludana, Germanorum Dea et Borealium veterummairimonia. Il eut, en outre, une grande part k l'édition du troisième volume de ÏHeimskringla do Snorri Sturluson (Copenhague, 1783), publia lui-même, avec notes, remarques et traduction, l'ancien poème Geisli, qui roule sur saint Olaf, et écrivit la préface du premier volume de la grande édition de l'Edda de Saemund (Copenhague, 1787).
THORLACIUS (Boerge), archéologue islandais, fils du précèdent, né en 1775, mort en 1829. Professeur d'éloquence et conseiller d'Etat k Copenhague, il se fit connaître par des ouvrages sur la philologie classique et sur les antiquités Scandinaves. Ses travaux philologiques ont été réunis sous ce titre : Proluswnes etopuscula academica, argumenti maxime philologici (Kœnigsberg, 180S-1819, 5 vol.). En archéologie, il se lit le continuateur de son père, et c'est à lui et a Werlauff que l'on doit l'édition des Sa gas royales norvégiennes, laquelle fait suite à ia grande édition de V Heimskringla, dont elle forme les tomes IV k VI (Copenhague, 1813-1820).
THORLÀKSSON (Jean), poète irlandais, né k Selardal, près d'Arnarfjord, en 1744, mort en 1819. 11 avait embrassé l'état ecclésiastique et était pasteur de Grunnarik, lorsqu'il fut destitué, on ne sait trop pour quel motif. Il obtint alors de l'emploi, comme correcteur, à l'imprimerie qu'Olaf Olafsson venait d'établir k Hrappsey, eu Islande, et fut l'un des auteurs de la traduction latine des Annales de Biorn de Skardsœ, l'ouvrage le plus remarquable qui soit sorti des presses de cette imprimerie. Il fut rétabli, en l7S0,dansla dignité sacerdotale, et devint, huit ans plus tard, pasteur de Bœgisa, au nord de l'Islande, dans la partie la plus sauvage et la plus abrupte de l'Ile. Ce fut 1k qu'il écrivit sa traduction du Paradisperdu de Milton, qui est regardée comme son chef-d'œuvre et qui le fit nommar membre de la Société littéraire islandaise. Elle valut, en outre, kThorlaksson l'a. initié des voyageurs anglais qui visitèrent l'Islande, et en particulier celle de George I Mackenzie et d'Ebenezer Hendersan. Uu des I poèmes du, même auteur, adressé k la so-
THOR
ciété anglaise des Bibles, fut inséré dans les recueils de cette société et obtint une rare popularité, car il fut réimprimé jusqu'à Calcutta. I! n'eut pas, par exemple, le bonheur de voir sa traduction du Paradis perdu imprimée de son vivant; elie ne le fut qu'en 1828, à Copenhague, aux frais d'un Anglais du nom de Heath, 11 avait aussi écrit une traductio» de la Messiade de Klopstock, que la Société littéraire islandaise publia de 1834 à 183S ; muis c'est là une œuvre de sa vieillesse et elle est bien inférieure à celle du poème de Miiton. Un recueil des Œuvres de Thorlaksson a paru à Copenhague (1842-1843, 2 vol.); il se compose de petits poèmes qui avaient déjà été publiés dans dos journaux islandais, de différentes traductions, entre autres de Celle de VEssai sur l'homme de Pope, faite d'après une traduction danoise, etc.
THORLAQUE, prélat islandais, né en 1133, mort en 1193. Après avoir reçu la prêtrise, ■1 alla à Paris, puis à Lincoln, en Angleterre, pour compléter son instruction, et de retour en Islande, au bout de six ans, il entra dans un monastère. Tborlaque était abbé de ce monastère depuis 1172, lorsque 1 evéque de Skalholtz le désigna pour lui succéder. Après la mort de ce prélat (i 177), Tborlaque fut sacré évêque par Eystein,»archevêque de Berghen, a l'instigation duquel il résolut d'introduire en Islande la domination absolue du clergé d'après les idées de Grégoire VII. Il exigea, sous peine d'excommunication, que leslafques qui donnaient des revenus aux églises y joignissent la propriété des biens, et parvint à s'emparer ainsi, au profit du clergé, de biens considérables; toutefois, il éprouva bientôt une vive résistance de la part du roi Bwerre et des Islandais et dut renoncer k ses prétentions.
THORN , ville forte des Etats prussiens (Prusse), sur la rive droite de la Vistule, qui y forme l'île de Batza, à 84 kilom. S. 'Je Marienwerder, par 53° 1' de lat.it. N. et 16" 17' de longit. E. ; 12,000 hab. Ch.-l. de cercle. Elle communique avec Podgurcze par un pont de 833 mètres. Tribunal criminel, gymnase évangélique, bureau de douane principal ; nombreuses fabriques de drap, de laine, de toiles et de chapeaux; tanneries, pain d'épiée et savon renommés. Patrie de Copernic, dont le monument se trouve dans l'église Saint-Jean. LaMarienkircbe duteduxivc siècle , la Nicolaïkirche de 1263. t Thorn, dit le Guide de l'Allemagne du Nord, a été fondée en 1232 par Hermann Balk, le grand maître de l'ordre Teutonique. En 1263, elle s'unit à la ligue hanséatique. Parmi les nombreux sièges qu'elle eut k subir, le plus terrible pour elle fut celui de 1703, à la suite duquel Charles XII de Suède s'en empara. En 1724, les jésuites y excitèrent des troubles qui se terminèrent par l'exécution de douze personnes. Cette sanglante tragédie est connue dans l'histoire sous Je nom du Bain de sang de Thorn. Le roi de Pologne, Auguste, pour punir la ville, la dépouilla de la plupart de ses privilèges. En 1793, elle échut à la Prusse. En 1807, les Français, s'en étant emparés, la réunirent augrand-duché de Varsovie. En 1813, elle fut. occupée par les Russes et par les Prussiens. Les événements de 1815 l'ont rendue a la Prusse. En 1831, les Russes en firent le centre de leurs opérations militaires contre l'insurrection polonaise. » Thorn est une place de guerre importante. Elle possède une excellente forteresse. Le gouvernement prussien a décidé en 1873 de compléter les défenses de la ville par la construction de cinq grands forts détachés et de deux de moindre dimension.
— Conférence de Thorn. En 1645, la Pologne était divisée par les partis religieux; pour éviter la guerre civile et amener la paix par des moyens de conciliation, on ouvrit des conférences ù Thorn entre les catholiques, les calvinistes et les luthériens. Les réunions durèrent trois mois, mais n'eurent qu'un médiocre résultat. Les catholiques se trouvaient représentés par l'évêque de Samogiiie, qui avait avec lui douze théologiens nommés par l'archevêque de Gneseu. Les calvinistes et les luthériens avaient chacun le même nombre de députés ou de théologiens de leur parti. Le duc d'Ossolin présidait l'assemblée au nom du roi. Les catholiques réfutèrent d'abord les propositions qu'on leur imputait et spontanément firent une exposition de leur foi. Les luthériens et les calvinistes firent de même; mais les catholiques leur reprochèrent un défaut de sincérité et demandèrent une' profession de foi plus explicite. Les luthériens refusèrent, et le jour de la clôture arriva sans que rien eût été terminé.
TIIORN (Guillaume), officier et écrivain anglais, né en 1781, mort en 1844. A dis-huit ans, il entra au service, passa dans les Indes orientales, prit, en 1803, une part brillante k la guerre contre les Mahraties, fut promu, en 1807, brigadier-major et s'empara, en 1S10, de l'île de France. Envoyé l'année suivante à Java, Thorn se signala en diverses circonstances, notamment à la prise des lignes fortifiées de Cornélis, et reçut en récompense de sa bravoure le grade de quartier-maître général des troupes stationnées à Java; Thorn contribua à la prise du fort de Pnlimbang et enleva d'assaut Djœdjocarta, la forteresse la plus importante de l'intérieur
THOR
de l'île. Le mauvais état de sa santé le força peu après à revenir en Angleterre; mais il prit encore part comme volontaire à la guerre contre la France en 1815 et devint, en 1825, lieutenant-colonel. On a de lui : Mémoires relatifs à la conquête de Java, suivis du récit des opérations subséquentes des Anglais dans l'archipel oriental (1815, in-4<>) ; Mémoires sur la guerre de l'Inde, dirigée par le général Lake et par le major général sir Arthur Vfellesley, duc de Wettington (1818, in-4°).
THORNBURY, bourg d'Angleterre, comté et à 45 kilom. de Gloucester, dans la vallée de Gloucester, sur un affluent de la Saverne; 4,000 hub. Restes d'un château trèsancien.
THORNDICKE (Sterburt), théologien anglais, mort en 1672 à Londres, où il était chanoine de l'église de Westminster. Sa vie ne présente aucun fait digne d'intérêt, sinon qu'il euf à soutenir de nombreuses polémiques, auxquelles donnèrent naissance ses ouvrages, parmi lesquels nous citerons : Du régime primitif des Églises (1641) ; Des synodes ou assemblées religieuses et du culte public de Dieu d'après les règles et la discipline des apâlres (1642) ; Epilogue des tragédies de l'Eglise anglicane ou Réflexions sur les controverses en matière de religion et leur solution (1659); Origine de l'Eglise ou Du droit et des pouvoirs de l'Eglise chrétienne (1674) ; Poids égaux ou Examen de la religion, telle qu'elle est à présent, pesée au poids et à la mesure du sanctuaire (1680), livre qui renferme de précieux documents pour l'histoire de l'Eglise anglicane au xvna siècle, etc.
THORNE, bourg d'Angleterre, comté et à 57 kilom. S.-S.-E. d'York, sur un terrain bas et marécageux ; 4,000 hab. Commerce considérable, principalement en tourbe; construction de navires.
THORNEYCROFT ( Mary - Francis , mistress) , femme sculpteur anglaise , née a Thornham, comté de Norfolk, en 1814. Fille d'un statuaire de modeste renom, elle fut élevée dans un milieu très-sympathique à ses instincts. Elle n'avait que vingt ans quand elle exposa pour son début une Pénélope, qui fut remarquée. Après plusieurs bustes qui parurent en 1832 ou 1834, elle exposa Ulysse reconnu par son chien, qui attira sur elle une bienveillante attention. En 1S39, ta Jeune fille à la fleur, figure grande comme nature, vint prouver qu'il y avait là un tempérament d'artiste. La pureté des lignes, l'élégance et la correction étaient les côtés saillants de cette statue habilement exécutée. Le succès fut grand. A cette époque, miss Mary fut recherchée en mariage par un élève de son père, M. Thorneycroft, sculpteur lui aussi. M™e Thorneycroft suivit son mûri à Rome (1849), d'où elle rapporta le modèle de Sapho et de l'Enfant endormi, qui fut acheté par M. Gibson, le célèbre amateur. Le succès de ce dernier morceau valut à l'auteur des commandes lucratives : la Statue de la princesse Alice, celle de la Princesse royale, du Prince A Ifred (1853), etc., lui donnèrent une vogue sérieuse. Des Etudes d'enfant, une Jeune fille sautant (1854) ; la Heine Victoria , bronze exposé k Paris en 1855, forment à peu près ce qu'il y a d'intéressant dans l'œuvre de cette artiste. N'oublions pas l'Abondance et la Paix, deux figures allégoriques représentant deux filles de la reine Victoria.
THORNGÀRDSOUK, le dieu des tempêtes, chez les Groenlandais. D'après les traditions populaires, cette divinité, armée d'une massue de fer, apparaît tantôt sous une forme humaine, tantôt sous celle d'un ours blanc ou d'une baleine.
TUORNUILL, village d'Ecosse, comté et à 25 kilom. N.-N.-E. de Dumfries, sur une hauteur, à peu de distance du la rive gauche de la Nith ; 1,000 hab. Aux environs se trouve le château de Drumlaring , qui ressemble beaucoup par le style de son architecture à l'hôpital d Edimbourg, et qui a été attribué aussi à Inigo Jones. On découvre une vue étendue des lenêtres de ses appartements.
THORNHILL (sir James), peintre anglais, né a. Woodland, comté de Dorset" en 1676, mort en 1734. Il était neveu du célèbre médecin Sydenhaïu. Son père ayant dissipé sa fortune, tant par des spéculations malheureuses que par son incouduite, il dut chercher de bonne heure à se créer des ressources, et, comme il avait un goût très-vif pour les arts, il résolut de se faire peintre. Dans ce but il se rendit à Londres, où son oncle lui fit donner des leçons, puis lui fournit l'argent nécessaire pour aller compléter ses études artistiques en Hollande, eu Belgique et en France, Dans ce dernier pays, il étudia particulièrement le genre allégorique et décoratif que Le Brun avait mis u. la mode, puis il revint à Londres. Là, il trouva de nombreuses occasions de produire son talent et de donner des preuves de la vivacité de son imagination et de sa facilité d'exécution. L'histoire de saint Paul, qu'il peignit dans le dôme de l'église de ce nom, lui valut d'être nommé premier peintre d'histoire de la reine Anne. Il occupa le môme poste sous George 1er et George II, qui le créa chevalier, et fut en outre membre de la Chambre des communes pour Woodland, de 1719
THOR
jusqu'à sa mort. Grâce au prix élevé qu'il faisait payer ses œuvres, Thornhill acquit une grande fortune,qu'il employa en grande partie à racheter les anciennes possessions de sa famille. Il maria sa fille Jane au célèbre peintre Hogarth. Cet artiste, qui jouit de son temps d'une grande réputation, avait un talent très-souple, mais il n'était ni coloriste ni habile dessinateur. Il ne se borna pas à peindre de grands morceaux décoratifs; il exécuta aussi des paysages, des portraits et fut un architecte de mérite, ainsi que le prouvent plusieurs belles maisons qu'il construisit, notamment la maison dans laquelle il passait la saison d'été. Il avait ouvert, en 1724, un atelier dans lequel il forma de nombreux élèves, entre autres Robert Brown.
Thornhill était membre de la Société royalei Parmi ses œuvres, nous citerons : les Travaux d'Hercule, dans la maison de sir Robert Clayton ; les peintures d'un salon à Burlington-House; .celles du salon du palais de Blenheim ; le plafond de la chapelle de Tousles-Saints, à Oxford ; les peintures allégoriques représentant la reine Anne et le prince Georges de Danemark, au palais de Hampton- Court; les grands travaux décoratifs exécutés à Moork-Park, dans l'hôtel du financier Styles ; enfin les peintures de l'hôpital de Greenwich, auxquelles il consacra dix-neuf années (1708-1727) et qu'on regarde comme son chef-d'œuvre. Thornhill y représenta notamment le roi Guillaume III et la reine Marie, accompagnés des Vertus, de l'Amour, d'Apollon, etc., donnant la paix à l'Europe.
THORNTON (Bonnell), littérateur anglais, né à Londres en l"24, mort en 17GS. Il étudia d'abord la médecine à l'université d'Oxford et s'y lia avec George Colman l'aîné, qui partageait son goût pour la littérature. Us y publièrent ensemble une sorte de revue intitulée le Connaisseur (17541756), dans laquelle ils insérèrent des études de mœurs et des critiques, dont l'esprit et l'humour ne seraient pas indignes des essayistes de l'Angleterre moderne. Thornton collabora ensuite au Saint-James Chroniclc, dont il fut l'un des fondateurs, au Public Advertiser, et fonda une feuille intitulée Bave at ye ail, or the Drury-Lane Journal, pour rivaliser avec le Couent-Gartien Journal de Fielding. Eu 1767, il entreprit avec Colman et Richard Warner une traduction des œuvres ,de Plaute, dont les deux premiers volumes seulement parurent avant sa mort. On a encore de lui : Ode pour le jour de Sainte-Cécile, adaptée à l'ancienne musique anglaise (Londres, 1762, in-4<>) et la Bataille des Whigs, chant supplémentaire au poème du Dispensaire du docteur Garth (Londres, 1768, iu-4°). Thornton était un homme de joyeuse humeur, mais ses habitudes d'intempérance abrégèrent ses jours. Il fut l'un des membres du fameux club du Nonsense, et ce fut lui qui provoqua l'exposition faite par ce club des enseignes des rues de Londres, par dérision de l'exposition annuelle de l'Académie royale. Il ouvrit son exposition le même jour que cette dernière, et, dans les catalogues publiés à ce sujet, il l'annonça comme « l'Exposition faite par la Société des peintres d'enseignes de toutes les enseignes curieuses que l'on peut trouver dans la ville et dans le pajs, avec des dessins originaux qui peuvent être regardés comme des spécimens du génie naturel de la nation. » Hogarth, qui prit aussi part à cette plaisanterie, ajouta à différentes enseignes quelques coups de pinceau, destinés à en rendre l'absurdité plus visible, et l'exposition obtint un véritable succès. '
THORNTON (Robert-John), médecin anglais, fils du précédent, né en 1760, mort en 1827. Envoyé à l'université de Cambridge pour y étudier la théologie, il se sentit peu de goût pour cette étude et se mit à suivre des cours de médecine et de botanique. Reçu docteur, il exerça la médecine à Londres, mais sans grand éclat, fit des cours de botanique et ne dut la vogue dont il jouit pendant quelques années qu'à un nouveau traitement des affections pulmonaires qu'il avait introduit dans la piatique. On lui doit les ouvrages suivants : Extraits médicaux sur la nature de la santé et les lois du système nerveux (1798, 4 vol. in-S°); le Symbole du politique ou Extraits politiques ( 1799, 3 vol. in-8°); Gravures pittoresques de botaniques pour essais sur te système sexuel de Linné (1799-1804 , 2 vol. in-l'ol.), recueil magnifique, renfermant des gravures coloriées d'une grandeur extraordinaire, mais dont les frais dépassaient de beaucoup les bénéfices, en sorte que l'auteur fut réduit à en mettre les exemplaires en loterie ; Preuves de l'efficacité de la vaccine (1S03, 6 vol. in-8°), trad. en français par Lmfour (Paris, 1817, iii-S0); la Philosophie de la médecine (1S09, 5 vol. in-S°, 4« édit.); Eléments de botanique (2 vol. in-80); le Temple de Flore (5 vol. in-fol.); YJJerbier de famille ou Système complet de botanique médicale (1810, in-8°) ; VEcole de Virgile (1813, in-lS); Explication de i'Ecole de Virgile (1814, in- 12), etc. Thornton avait collaboré, en outre, à divers recueils scientifiques.
THORNTON (Thomas), écrivain anglais, né à Londres, mort dans les premières années de ce siècle. 11 servit longtemps dans les milices du comté d'York et en était lieu-
THOR
tensnt-colonel, lorsqu'il prit sa retraite. Il vécut dès lors dans ses terres et s'adonna, surtout à la chasse, pour laquelle il avait une véritable passion. Ce fut lui qui remit en honneur la chasse au faucon, dans laquelle il introduisit de nombreuses améliorations. Après la paix d'Amiens, il vint en France dans le seul but d'y faire des études cynégétiques. On a de lui : Voyage de chasse dans te nord de ï Angleterre et dans les montagnes de l'Ecosse (1804, in-4«) ; Voyage de chasse en France (1806. 2 vol. in-4°) ; justification de la conduite du colonel Thornton dans ses affaires avec M- Burton (1806, in-S°). — Un autre Thomas Thornton, qui avait rempli en Orient diverses fonctions diplomatiques, a fait paraître : Etat actuel de la Turquie, ou Tableau de la constitution politique, civile et religieuse du gouvernement et des lois de l'empire ottoman, des finances, des établissements de terre et de mer, etc., des Turcs, suivi del' Etat géographique civil et politique des principautés de la Moldavie et de la Valachie (1821), traduit en français par M. de Saucé, officier d'artillerie.
THORNTON (William), économiste anglais, né k Burribain, comté de Buckinghiim, en 1813. A vingt-trois ans, il entra comme employé dans les bureaux, de la Compi<:-'"ie des Indes, dont il n'a cessé depuis lors de faire partie. On lui doit quelques ouvrages d'économie politique, qui contiennent des documents statistiques intéressants. Nous citerons : Excès de population et moyen d'y remédier (Londres, 1846, in-8°); Plaidoyer pour les cultivateurs propriétaires ( 1848 , in-so), etc.
TIIOROE, petite îla du Danemark, dans le Petit-Belt; 5 kilom. de longueur sur 2 de largeur; 500 hab. Sol très-fertile.
THORON s. m. (to-ron — du gr. thoreà, je m'élance). Entom. Genre d'insectes hyménoptères, de la tribu des proctotrupiens , dont l'espèce type se trouve surtout en Angleterre.
THORONET, village de France (Var), cant. de Longues, arrond. de Dragingnan ; 810 hab. Célèbre par son ancienne abbaye de l'ordre de Cîteaux, qui attire de nombreux visiteurs ; cette abbaye, classée parmi les monuments historiques, est située dans un vallon agreste, que parcourt un torrent au cours capricieux. Elle fut fondée au commencement du xno siècle, sur uu terrain que Raymond Bêrenger, comte de Provence, avait cédé aux religieux de Cîteaux. Cette abbaye fut réunie en 1785 à l'évêché de Digne, et dut être abandonnée par ses religieux à l'époque de la Révolution.
Les bâtiments claustraux sont percés d'étroites fenêtres cintrées ressemblant k des meurtrières. Les voûtes de l'église sont légèrement ogivales; l'intérieur se fait surtout remarquer par sa simplicité. La partie la plus intéressante de l'abbaye est le cloître, qui sx la forme d'un trapèze et offre un étage de galeries parfaitement conservées. « Ces galeries sont percées d'arêtes cintrées, encadrant deux plus petites ouvertures aussi à plein cintre, surmontées d'un oculus et supportées par une colonne basse, lourde et massive, d'une très-grande simplicité. Les chapiteaux des colonnes sont très-variés. Dans le préau du cloître se trouve le lavoir, construction hexagonale, éclairée par cinq fenêtres cintrées. A côté de la galène orientale est la salle capitulaire, avec voûte d'arête et croisillons massifs de farine ogivale, supportés par deux piliers bas et trapus, à bases éperon nées, et décorés de remarquables chapiteaux. »
THORPE (Benjamin), philologue anglais, né vers 1808. Il fit une étude approfondie de l'anglo-saxon, puis devint l'éditeur et le traducteur de plusieurs ouvrages écrits dans cette langue. Ses travaux d'érudition lui ont valu du gouvernement anglais une pension de 150 livres sterling. Nous citerons de lui : la traduction en anglais de la Grammaire anglo-saxonne de Rask ; Analecta anglo-saxonica (18-14, 2 vol.), paraphrase en vers de la Bible de Ceudinoii, avec traduction et commentaires;; Version anglo-saxonne de l'histoire d'Apollonius (1831); LibriPsalmorum versio antiqua lutina cum paraphrasi anglo-saxonica (1S35); Codex oxoniensis (1842); Anciennes lois et institutions de V Angleterre avec gloses et commentaires (1848 et suiv., 11 vol. in-8»), collection importante; Mythologie du Nord (1852, 3 vol.), recueil de la plupart des légendes du Nord, etc.
TIIORPE (Thomas-B.), littérateur américain, né à Westiield (Massachusetts) en 1815. Après avoir complété ses études à l'université méthodiste de Middletowu, dans le Connectiez, il »lla habiter la Louisiane, s'occupa pendant quelque temps de peinture, puis s'adonna à la littérature et commença à se faire connaître en publiant dans divers journaux , sous le nom de Tom Owen, le chasseur d'abeilles, des études, des esquisses de mœurs et des contes, qui furent bien accueillis du public. Pendant plusieurs années, Al. Thorpe lut rédacteur en chef d'un journal de La Nouvelle-Orléans. Lors de la guerre qui éclata en 1840 entre les Etats-Unis et le Mexique, il se joignit à l'armée d'expédition, devint le correspondant d'un journal de La Nouvelle- Orléans et fut chargé de porter des dépêches au général Taylor. En 1853, M. Thorpe quitta
THOR
la Louisiane pour aller se fixer à New- York. Indépendamment d'un grand nombre d'articles insérés dans divers journaux, notamment dans le Harper's Magazine, on lui doit des ouvrages écrits avec beaucoup de verve et dans lesquels on trouve des tableaux pleins de vérité et de couleur locale sur les mœurs des habitants du sud et du sud-ouest des Etats- Unis. Nous citerons de lui : le Grand ours de l'Arkansas (New-Vork, 1835, in-12) j les Mystères du fond des bois (1846, in-12); Noire armée sur le rio Grande (Philadelphie, 1847, in-12) ; Notre armée à Monterey (1847, in-12) ; la Huche du chasseur d'abeilles (1854, in-12), recueil d'esquisses et de récits, etc.
THORRON, roi Scandinave, dont l'existence est légendaire et qui fut déifié. Son nom, donné par les anciens Norvégiens h un des mois de l'année, sert encore aujourd'hui en Islande à désigner le premier mois. Thoiron établit l'usage de sacrifier une génisseaux dieux, usage qui se perpétua jusqu'à, l'introduction du christianisme.
THORSHÀVN, petite ville sur la côte E.
de l'île de Stromoë, une des Féroe, ch.-l. de l'île et de tout le groupe, par Gio 59' de latit. N. et 9° 15' de longit. 0.; 500 hab. Résidence du gouverneur, du commandant et du bailli, entrepôt de toutes les lies FérotS, Exportation de plumes d'oie, de peaux, de suif, de viande de brebis salée, de bas et de chemises de laine.
THORSTENSEN (John), savant islandais, né en 1794. Il alla faire ses études à l'université de Copenhague, où i! apprit la médecine, retourna dans son lie natale en 1819 et se livra, de 1823 à 1837, à des observations méiéorologiques, publiées dans les Collecta7ieameteorologica[l&39,\n-i0).Cfs savant est devenu docteur eu philosophie de l'université de Marsbourg, membre de l'Académie de médecine de Copenhague, de la Société littéraire islandaise, etc. On lui doit divers écrits sur la médecine, elle recueil de l'Académie de médecine de Paris contient de lui quelques mémoires intéressants.
THORTSEN (Charles-Adolphe), littérateur danois, né a'Copenhague en 1798. 11 se fit recevoir maître es arts en 1827, passa son doctorat en philosophie en 1836, se livra pondant plusieurs années à renseignement des langues anciennes et fut nommé, en 1844, recteur de l'école latine de Kanders. Outre des poésies et des articles de critique insérés dans divers recueils, on lui doit des écrits qui lui ont fait décerner, en 1821, le prix d'esthétique par l'université de Copenhague, et les deux ouvrages suivants, regardés comme les meilleurs qu'il ait produits : lissai de métrique danoise (Copenhague, 1833-1834, 2 vol. iii-8°); Coup d'œil historique sur la littérature danoise jusqu'en 1814 (Copenhague, 1851, 3e édit.).
THORWALDSEN (Bertel) , illustre sculpteur danois, né à Copenhague en 1770, mort dans la même ville le 24 mars 1S44. Il était fils d'un pauvre sculpteur sur bois, employé dans les chantiers de la marine, qui commença son apprentissage et qui, augurant bien de son aptitude pour les arts du dessin, le fit concourir à l'Académie royale de peinture et de sculpture fondée par Frédéric V. Il obtint en 1793 la grande médaille d'honneur pour un bas-relief de Saint Pierre guérissant un paralytique. On mentionne aussi, parmi ses essais de cette époque, un Amour au repos, Numa consultant la nymphe Eijêrie , Hercule et Omphale et quelques autres basreliefs dans lesquels il donnait les prémices de son btau talent. Le grand prix de sculpture lui donnait le droit de voyager pendant trois ans comme pensionnaire de l'Etat, mais la pension n'était pas disponible alors et Thorwaldsen dut attendre deux ans. Il s'embarqua en 1795 sur la Thétis, dont le voyage fut très-accidenté et qui le déposa à Naples.Thorwaldsen séjourna longtemps duns cette ville avant de se rendre à Rome et commença d'y étudier avec la plus vive admiration les débris de la statuaire antique. Une fois installé à Rome, vers le milieu de 1796, il ne quitta plus ce grand foyer artistique, qui devint sa patrie adopti ve. A peine litil jusqu'en 1838, à Copenhague et en Allemagne, deux courts voyages, suivis de prompts retours à Rome. C'est au moment où ses yeux s'ouvrirent aux beautés de l'art antique et où il commença à produire d'après les nouvelles lois que cet art lui révélait, qu'il lui semblait avoir véritablement débuté dans la vie. « Je suis né, disait-il, le 8 mars 1797; jusque-là je n'existais pas. » On jugea d'abord assez sévèrement ses premiers essais. « Notre compatriote Thorwaldsen est venu passer ici huit jours pour voir les curiosités des environs, écrivait de Genzano l'archéologue Zoega. C'est un artiste de beaucoup de goût et de sentiment, mais ignorant tout ce qui est en dehors de l'art... Sans la moindre connaissance de l'histoire et de la mythologie, comment est-il possible qu'un artiste fasse ses éludes comme il le faudrait? Je ne demande pas qu'il soit savant, je ne le souhaite même pas. Pourtant, il est nécessaire qu'il ait au moins une idée du nom et du sens des choses qu'il voit. » Thorwaldsen, en-face de ees choses, ne rêvait à rien de plus qu'aux moyens d'en reproduire fidèlement les surfaces. « Le style antique, dit M. Henri Dclaborde, au lieu do lui apparaître comme le
THOR
vêtement de la vérité morale ou la parure de j la réalité, était à ses yeux le fond de l'art lui-même, la raison d'être de toutes les tentatives, le principe et la fin de tous les progrès. Quoi de plus contraire aux inclinations et aux doctrines des maîtres de la Renaissance? Réduire la fonction de la sculpture moderne à cette imitation strictement archaïque, à cette contrefaçon sans intention personnelle et sans âme, c'était agir précisément en sens inverse des entreprises poursuivies en Italie par les écoles du xve et du xvjo siècle, en France par Jean Goujon et tant d'autres. Bien plus, c'était, en matière d'abnégation, enchérir sur les exemples des nouveaux puristi eux-mêmes et justifier d'avance les efforts un peu véhéments que Bartolini allait tenter pour séparer l'art de l'artifice et le retremper dans le naturel. • Ces critiques ne peuvent s'appliquer qu'aux premiers ouvrages exécutés à Rome parThorwaldsen, et encore elles sont exagérées. Quelque dépourvus qu'ils fussent d'originalité, ils avaient au moins ce mérite de restituer aux formes de la sculpture la gravité perdue en grande partie sous l'influence des doctrines ou sous le ciseau de Canova. Même en modelant des statues d'un caractère expressément gracieux, comme l'Amour et Psyché,' comme Adonis, Bébé ou Ganymède, l'artiste danois réussit mieux que les sculpteurs italiens contemporains à rendre la jeunesse ou la souplesse du corps sans aboutir à la mollesse, à l'élégance eflêmiiiée; et quand il s'agit de représenter la beauté virile, Thorwaldsen n'a garde de se faire le complice des mièvreries de style ou des petites habiletés d'outil en usage au commencement du siècle. Son Jason, à ce titre, est une exception remarquable parmi les statues produites alors en Italie. Si cette figure majestueuse, mais d'une majesté un peu froide, ne justifie pas de tous points l'enthousiasme des éloges que Mme do Staël lui a donnés dans son livre sur l'Allemagne, elle explique au moins le mouvement général de surprise qui en accueillit l'apparition et l'empressement avec lequel Canova lui-même reconnaissait dans l'œuvre du débutant « un morceau de style nouveau et de grande manière. » Cette manière allait s'agrandir encore, et ce talent jusque-là consacré à l'imitation extérieure de l'antique allait bientôt s'en approprier plus à fond tous les secrets. La longue série des bas-reliefs représentant le Triomphe d'Alexandre marque avec éclat Ce progrès à la fois intellectuel et pittoresque. De toutes les œuvres du maître, il n'en est pas qui permette mieux d'apprécier les caractères particuliers de sa pratique et les ressources de son imagination; il n'en est pas non plus où les traditions de l'art grec semblent interprétées avec autant de science exacte et de certitude, bien que le travail ait été, eu raison des circonstances, presque improvisé d'un bout à l'autre, et que par'oonséquent l'exécution matérielle ne dépasse guère ici la limite des procédés sommaires et des indications. L'artiste, en effet, ne put disposer que de quelques mois pour concevoir et mener k bonne lin cette immense entreprise, qui lui avait été confiée au commencement de 1812. La frise longue de plus de 30 mètres, sur laquelle il devait retracer l'Entrée triomphale d'Alexandre à JJabylone, était destinée à la décoration d'une salle du palais Quirinal, demeure de Nupoléon pendant le séjour prochain qu'il comptait faire à Rome. Le modèle en plâtre une fois scellé k la place qu'il occupe encore aujourd'hui, Thorwaldsen reçut l'ordre d'en exécuter une répétition en marbre pour un monument alors en construction à Paris, le temple de la Gloire , devenu plus tard l'église de la Madeleine. Ces marbres, modifiés en quelques parties, entre autres dans les figures d'Alexandre, de la Victoire et de la Paix, ornent depuis 1828 la villa Sommariva, sur les bords du lac de Corne. Une seconde répétition en marbre, offrant avec le modèle primitif des différences plus notables encore, a été placée dans le palais de Christiansborg, à Copenhague.
Parmi les travaux de Thorwaldsen appartenant à peu près à la même époque, les bas-reliefs qui représentent la A'uit portant dans ses bras la Mort et le Sommeil, Mercure se préparant à tuer Argus méritent d'être cités à côté du Triomphe d'Alexandre. Dans l'ensemble des œuvres du sculpteur, ces trois morceaux, de caractères différents, ne résument pas seulement sa manière et les formes de sa pratique au meilleur moment ; ils montrent encore quelles ressources d'invention il aurait trouvées en lui-même s'il avait plus souvent pris le temps de s'interroger et de s'écouter ainsi. 11 serait superflu à cette place de décrire en détail le bas-relief dans lequel l'artiste danois a personnifié la Nuit. Les nombreuses répétitions en marbre exécutées par le maître ou sous ses yeux d'après l'original, qui appartient à lord Lucun, les copies réduites en plâtre, les vignettes gravées et les photographies ont fait connaître partout cette composition, la plus populaire de toutes ses œuvres, avec le Lion de Lucerne. Qu'il nous soit permis cependant de faire remarquer ce qu'il y avait ici de neuf dans les intentions et en même temps de strictement conforme aux lois immuables de la sculpture. 'Nulle banalité allégorique, nulle exagération pittoresque. Cette douce figure de la Nuit, & la
THOR
physionomie pçnsive et recueillie, cette mère du Sommeil et de la Mort emportant ses enfants dans les espaces mystérieux, ressemble aussi peu aux images consacrées de Morphée ou des Génies honnêtement couronnés de pavots qu'aux spectres emphatiques, à toute la tumultueuse fantasmagorie en usage au temps de Michel Slodtz et de Pigalle. La Nuit de Thorwaldsen n'avait été faite qu'en vue d'une destination profane, et le sculpteur, en la modelant, ne se proposait rien de plus que de donner, dans la décoration d'un salon, un pendant à son autre bas-relief représentant Y Aurore. Une pareille œuvre, toutefois, serait digne d'orner un tombeau. Elle paraîtrait là. mieux à sa place j elle nous parlerait du repos et de l'infini avec une éloquence plus persuasive, plus touchante en tout cas que tel cadavre copié sans merci par un élève du Bernin ou que tel grand garçon fort dévêtu sculpté par Canova auprès d'un sarcophage, à titre d'ange ou de génie funèbre. Quoi qu'il en suit, et quelque place qu'il occupe, ce bas-relief est un vrai chef- d'œuvre. A ne l'envisager même qu'au point de vue de l'exécution, il offre dans les lignes un ensemble de combinaisons si harmonieux, il définit si bien chaque forme et dans une mesure si exactement proportionnée aux ressources du ciseau , qu'il acquiert dès le premier aspect une signification achevée, une sorte d'autorité classique. Le Mercure, modelé à Rome en 1818 et exécuté un peu plus tard pour lord Ashburton, restera également à l'état de formule et de type, comme le Pyrrhus de Bartolini ou le Départ de Rude, car une telle figure défend pour toujours d'aborder le même thème. D'autres morceaux célèbres, tels que la statue de Vénus ou le groupe des Trois Grâces, auquel le roi Louis do Bavière a consacré une pièce de vers, appartiennent aussi à la première moitié de sa carrière. Quelquesuns sont remarquablement beaux; tous se recommandent par l'élévation du style, par l'expression étudiée de la forme et du sujet, et témoignent de la constante sincérité de l'artiste. Th. Gautier apprécie de la manière suivante les tendances de Thorwaldsen durant cette première phase de sa carrière : • Il a subi, dit-il, dans la conception de la beauté l'influence de Winckelmann ; il en fut de même de Canovu, qui habilla pourtant d'une grâce toute moderne la forme antique, qu'il etféminait. Le Danois, avec moins de charme peut-être, est autrement pur, autrement sévère, autrement chaste. Il a étudié profondément l'antique, il s'en est imbu, il a vu la nature avec les yeux d'un élève de Phidias, la simplifiant, la dégageantdudétail inutile, la ramenant toujours au beau idéal. Comme un Grec du bon vieux temps, il évite les gestes violents, les expressions forcées, tout ce qui pourrait déranger l'harmonieuse sévérité de lu ligne. Son Mercure se préparant à tuer Argus est un chef-d'œuvre qui pourrait supporter le voisinage des plus belles statues grecques. Dans sa Vénus, il a en quelque sorte pressenti lu noble et victorieuse beauté de la Vénus de Milo. Thorwaldsen était un classique pur, étonne pourra jamais voir en lui un sculpteur romantique ; il excellait dans le bas-relief, qui exige tant d'équilibre, de pondération et de savants sacrifices. Sa frise triomphale d'Alexandre est une des plus belles choses que la sculpture ait produites depuis le siècle de Périclès, et elle pourrait s'encastrer dans le fronton d'un temple grec. La Nuit portant dans ses bras la Mort et le-Sommeit, sous la figure de deux enfants, est une composition qu'on ne se lasse pas d'admirer; les Trois Grâces ont une ingénuité pudique que les anciens eussent approuvée. Mais nous n'en finirions pas si nous voulions citer tout ce qu'a de beau Thorwaldsen, dont l'œuvre est immense. »
La seconde phase de la vie de Thorwaldsen, celle que l'on pourrait appeler l'époque de la vogue et de la production à outrance, s'ouvre à peu près vers 1820. L'artiste danois avait vu les circonstances tourner de plus en plus au profit de sa réputation et de sa fortune. Depuis le jour, bien éloigné déjà, où une première commande (celle du Jason) était venue à point nommé le retenir à Rome et remplacer pour lui les ressources perdues la veille avec la qualité de pensionnaire, les tâches confiées à, son ciseau s'étaient Succédé sans relâche, et chacune d'elles, une fois achevée, avait procuré à son nom un surcroît de notoriété. Si brillants qu'ils fussent, toutefois, ces succès n'inspiraient pas encore au sculpteur une telle confiance dans sa propre infaillibilité ou dans la perpétuité de la faveur acquise, qu'il entendit, pour en exploiter les privilèges, se passer du temps et de l'étude. Il avait eu, en outre, le bon esprit de n'aborder que des sujets conformes à ses aptitudes, aux mœurs mêmes de son talent, discipliné par l'antique et aussi digne d'une pareille école qu'il eut été ailleurs insuffisant ou dépaysé. • Se figure-t-on , dit M. Henri Delaborde, un thème chrétien livré à cette intelligence exclusivement éprise de la beauté païenne, ou quelque colossale entreprise, pour laquelle il eût fallu la verve et le génie d'un Michel-Ange, devenant le lot de cette main, sinon saus vigueur, au inoins sans audace et sans passion? Autant aurait valu demander Une homélie à la plume de Winckelmann ou la représentation d'une scène tumultueuse au calme pinceau de Pierre Gué-
THOR
rin. » Thorwaldsen, après avoir d'abord refusé de s'aventurer ainsi dans des voies qui n'étaient pas les siennes, s'y précipita tout a coup avec un regrettable aveuglement. Il fit plus, il compromit jusqu'à la dignité de son caractère dans cet empressement à rechercher et à accepter toutes les tâches, à recevoir de toutes mains un salaire dont il élevait le chiffre, non-seulement en raison directe de la multiplicité des demandes, muis aussi en raison inverse du peu de temps ou d'efforts personnels dépensés pour y satisfaire. Entouré d'aides et de praticiens auxquels il abandonnait, après l'ébauche, le travail qu'il devait signer, préoccupé surtout du nombre des produits que pouvait fournir son atelier, l'artiste danois ne fut plus guère qu'un entrepreneur de sculpture en possession d'une immense clientèle et usant largement auprès de celle-ci du crédit attaché à son nom.
A partir de cette année 1820, remplie tout entière par un séjour en Danemark et par un voyage en Allemagne, durant lesquels il semble ne songer qu'à l'approvisionnement jusqu'à la surabondance de travaux pour les années suivantes, Thorwaldsen fut obligé, pour tenir ses innombrables engagements, de ne donner à l'exécution de chacun d'eux qu'une attention superficielle, laissant a ses aides le soin de faire le reste. La décoration extérieure et intérieure de l'église Notre-Dame, à Copenhague, immense entreprise, « capable, comme aurait dit Vasari, d'épouvanter à elle seule une légion d'artistes, » la statue de Copernic et la statue équestre du prince Poniatowski pour deux des places publiques de Varsovie, le mausolée du prince Wladimir Potocki pour la cathédrale de Craeovie, un monument à la mémoire du prince de Schwarzenberg pour Vienne, bien d'autres monuments ou statues, sans compter les bustes de souverains, de ministres et de princesses modelés sur place et au hasard de l'heure présente, voilà l'énorme moisson de commandes qu'il avait récoltée en route et qu'il rapportait à Rome en attendant mieux. Et moins de quatre années après son retour, nous le voyons chargé, par surcroît, d'exécuter les portraits des princes qui se trouvent de passage ou font séjour dans la ville éternelle, le monument à la mémoire du peintre Appiani, le mausolée du prince Eugène Beauharnais, te mausolée du cardinal Consalvi et le colossal tombeau de Pie VII, qui orne aujourd'hui la chapelle Clémentine dans la basilique de Saint-Pierre, œuvre sans grandeur comme sans beauté, malgré ses vastes proportions et sa magnificence apparente, œuvre à la fois emphatique et mesquine, massive et vide. On y trouverait peut-être à louer l'expression de la tête du pontife; mais, partout ailleurs, elle accuse l'indigence de la pensée sous le faste du style, et les lourdeurs de l'exécution sous la majesté banale de ces figures allégoriques personnifiant, à grand renfort de sabliers, d'égides et de massues, l'Ange de la mort, la Sagesse ou la Force.
Parmi les monuments commémoratifs que Thorwaldsen a sculptés pour diverses villes de l'Europe et dans lesquels, en général, on ne rencontre guère qu'une majesté vulgaire, il en est un, toutefois, qui se distingue par la grandeur imprévue de la donnée et, jusqu'à un certain point, par la justesse des intentions ; c'est le fameux Lion qui consacre à Lucerne le souvenir du dévouement des Suisses morts a Paris dans la journée du 10 août 1792. Tout le monde connaît la disposition du lieu et les caractères de l'œuvre, soit pour en avoir jugé sur place, soit d'après une foule de publications photographiques. Au milieu d'un massif granitique servant de fond k un jardin public et sous une grotte de 10 mètres, tailléo dans le roc, le lion helvétique, couché, atteint au flanc d'un coup de pique, expire en couvrant, par un dernier effort, l'écu fleurdelisé de la France, k côté duquel se dessine la croix héraldique de la Suisse. L'idée est simple et belle, le symbole éloquent, l'ordonnance de l'ensemble imposante ; mais, en exagérant dans quelques détails l'expression du sentiment prêté à la victime, l'artiste a compromis d'autant l'effet qu'il entendait produire et donné presque les apparences d'un paradoxe à une pensée juste en soi. Que ce lion mourant appuie, en signe de reconnais-; sauce, une de ses pattes sur le bouclier royal, il n'y a là qu'une fiction légitime, parce que les termes en sont conformes au naturel même et aux mœurs physiques de l'être représenté. Celui-ci agit dans l'image d'un fait idéal comme il agirait on réalité s'il avait à défendre ses petits ou sa proie; mais que sa physionomie exprime une douleur morale qu'il appartient au cœur humain seul de ressentir et au visage humain de refléter, qu'à l'attitude vraisemblable de ce corps vaincu s'ajoute une sorte de simulacre de mélancolie, voilà qui dépasse les limites de l'allusion poétique et des moyens permis. Les anciens maîtres ne 1 entendaient pas ainsi, lors même qu'ils attribuaient un rôle épique aux animaux. En un mot, le Lion de Thorwaldsen a le tort de paraître trop bien informé et, sous des dehors matériels assez incomplets d'ailleurs, de s'apitoyer, plus qu'il ne convient à une créature de son espèce, sur les malheurs d'autrui et sur le» biens. Quant à l'exécution du monument même, elle fut confiée à un artiste suisse, M. Lucas Ahorn, qui reproduisit sur place et dans des proporlions colossales lSmodèle envoyé de Rome. En prolongeant son séjour dans la villa
THOR
éternelle, où le retenaient, du reste, les souvenirs et les habitudes de toute sa vie, Thorwaldsen y avait acquis en quelque sorte droit de cité ; aussi les démarches pour le déterminer à changer de résidence i'avaient-elles trouvé inexorable. Le prince héréditaire de Danemark !ui avait écrit pour le presser"de venir à Copenhague prendre la direction des beaux-arts; le roi Louis 1er lui avait offert, avec le titre de conseiller d'Etat, la place de professeur à. l'Académie de Munich. Thorwaldsen, tout eu protestant de sa reconnaissance et au besoin de ses regrets, n'en continuait pas moins de vivre à Rome en homme qui s'y sentait à peu près définitivement installé. Sa maison de la via Sistina, dans laquelle il avait formé une riche collection de monuments antiques et de peintures; les hôtes illustres qu'il y recevait successivement, depuis les princes étrangers jusqu'à Walter Scott et Humboldt; le patronage qu'il exerçait tant sur les artistes établis à Rome que sur ceux qui, comme Mendelssohn, y séjournaient seulement quelques mois, tout le détournait de l'idée d'aller ailleurs essayer d'une autre existence. Les événements de 1830 le firent changer d'avis, non pas que la révolution accomplie en France et dont on ressentait alors le contre-coup en Italie eût offensé autrement ses affections ou ses croyances, non pas qu'il eût la moindre envie de seconder activement le progrès de l'esprit nouveau; il avait pu, à de certains moments, faire cause commune en apparence avec l'insurrection contre les pouvoirs établis, entrer, par exemple, lors du soulèvement de fa Grèce, en relation avec le comité philhellénique et élever un peu plus tard, aux frais de ce comité, un monument à la mémoire de Byron, mais son zèle révolutionnaire ne dépassait pas les limites de cette participation indirecte. D'un autre côté, le gouvernement sous lequel il vivait ne lui avait guère inspiré jusqu'alors que des sentiments proportionnés aux intérêts de sa propre sécurité et de son repos. Or, ce qui venait de se passer en Italie lui semblait compromettre assez gravement l'une et l'autre pour que la perspective d'un départ prochain ne répugnât plus à sa pensée. Les jours plus calmes qui suivirent ne dissipèrent pas si bien les inquiétudes ou les ennuis de Thorwaldsen qu'il renonçât à son projet de quitter l'Italie aussitôt qu'il aurait terminé ses tâches diverses. Il voulut même s'éloigner de Rome comme le choléra y entrait; mais il fut contraint d'y rentrer le même jour, car les populations environnantes avaient établi une sorte de cordon sanitaire infranchissable autour de la ville pestiférée. Enfin , au commencement d'août 1S38, il s'embarqua sur une frégate envoyée par le roi de Danemark tout expivs à Livourne, emportant avec lui ses collections d'objets d'art, qu'il avait d'avance assurées par testament à sa ville natale, ainsi que tous les modèles de ses œuvres, installés aujourd'hui à Copenhague, dans le musée qui porte son nom.
Le retour de Thorwaldsen en Danemark après une absence de quarante-deux ans, interrompue seulement par son séjour de quelques mois en 1820, eut à tous égards les caractères d'un véritable triomphe. Il faut lire dans les récits de ses biographes les détails de cette ovation, à laquelle participèrent toutes les classes de la société, depuis les membres du Parlement, de la municipalité et de l' Académie de Copenhaguejusqu'aux plus humbles des corps de métiers, depuis les princes de la famille royale, qui accueillirent comme l'un des leurs le fils illustre d'un simple ouvrier, jusqu'aux bourgeois de la ville, qui dételèrent ses chevaux pour traîner sa voiture par les rues. Quelques-uns de ces témoignages d'admiration pourront, à la distance où nous sommes de l'événement et des faits qui l'avaient précédé, paraître un peu plus passionnés que de raison. A ne considérer que la valeur intrinsèque de plus d'un souvenir évoqué en cette occasion comme un immortel titre de gloire, on jugera peut-être que la gratitude nationale dégénérait en engouement. Excessive ou non, cette joie patriotique avait un principe trop louable pour qu'on n'en respecte pas l'effusion et la sincérité. Tant que l'artiste vécut, son atelier fut le point de mire de tous les regards, sa personne l'objet de tous les respects, et lorsqu'il mourut subitement en mars 1844, au moment où il venait de prendre au théâtre royal la place qu'il y occupait chaque soir, les témoignages du deuil et de la consternation unanimes prouvèrent assez qu'il n'uvait rien perdu de son autorité sur l'opinion. On peut dire sans exagération que, le jour de ses funérailles, la nation tout entière fit cortège au maître vénéré, et qu'en suivant jusqu'au seuil do l'église, où le roi et les grands corps de l'Etat l'attendaient, ce cercueil chargé de couronnes, chacun songeait bien inoins à s'acquitter d'un devoir de sa fonction ou de son métier qu'à obéir à ses sentiments intimes.
Le comte Cicognara, dans sa singulière partialité pour Canova.a presque exclu Thorwaldsen de son Histoire de la sculpture (Storia delta scultura) [Venise, 1813, 1816, 1818, 3 vol. in-fol,]. Mais ce silence gardé par Cicognata sur Thorwaldsen n'a rien qui doive surprendre; il confirme le jugement qu'on a porté de son livre. Sous le titre à' Histoire de la sculpture, l'auteur n'a réellement composé que l'histoire de la sculpture italienne, et c'est & l'égard des artistes français qu'il