‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 116 sur 1042 · HARET · texte numérisé non relu

HARET

TIAR1DIE s. f. (ti-a-ri-d! — du gr. tiara, tiare; eidos, aspect). Bot. Syn. d'héliophyte, genre de borraginées.

TIAR INI (Alexandre), peintre italien, né a Bologne en 1577, mort en 1668. Il fit ses premières études dans sa ville natale, sous la direction de Spinelli, de Prosper Funtana et de Barthélémy Cesi ; mais, obligé de quitter Bologne à la suite d'un duel avec un de ses condisciples, il se réfugia à Florence, où il acquit bientôt une telle réputation qu'il se vit rappelé à Bologne. H y travailla pendant quelque temps dans l'atelier de Louis Carruche, qui jadis avait refusé de l'admettre parmi ses élèves, et ouvrit ensuite une école où il forma un grand nombre d'artistes. Plus tard, il fut appelé à la cour de plusieurs princes d'Italie et résida successivement à Crémone, a Parme et & Modène. On cite comme ses oeuvres les plus remarquables : un Saint Dominique, son chef-d'œuvre, dans l'église de ce nom, à Bologne; une Descente de croix, attribuée a Carrache ; Saint Pierre reniant le Christ, le Repentir de saint JosepJi, le Mariage mystique de sainte Catkeriiie(\i\Msée û u Louvre); la Sainte Famille, Adam et Eve pleurant Abet, à Florence; l'Annonciation, la Madone iivec saint François, Saint Antoine de Padoue, le Baptême de Jésus, le Sauveur, àReggio; Saint Bernardin, la Vierge couronnant sainte Catherine, Joseph et la femme de Putiphar, Saint Joseph et tu Vierge, Madone, une Nativité, à Modène; le Martyre de sainte Barbe, le Miracle de saint Benoit, Saint Antoine de Padoue, la Vierge de douleurs, la Nativité, le Bepos en Egypte, Saint E loi forgeant, a Bologne; la Décollation de Saint Jean- Baptiste, à Milan ; un Portement de croix, à Vienne; Angélique et Mêdor, a Dresde; Tancrède dans la forêt enchantée, & Munich, etc. Infatigable travailleur, Tiarini a, pendant sa longue carrière, exécute un nombre considérable de peintures tant à l'huile qu'à fresque. Il possédait un talent souple et facile. A l'école de Louis Carrache, il avait appris à donner à ses ligures un caractère grave et noble, à ses draperies de l'ampleur et de la sobriété. Son coloris était harmonieux, son dessin savant, et il avait une entente parfaite des raccourcis. En somme, c'est un des peintres les plus distingués de l'école de Bologne.

T1ARIS s. m. (ti-a-riss — du gr. tiara, tiare). Urnith. Genre de passereaux, de la famille des fringillidées ou moineaux.

— Erpét. Espèce de reptile saurien, de la famille des iguaniens et du genre lophyre.

TIAROCÈRE s. m. (ti-a-ro-sè-re — du gr. tiara, tiaie; keras, antenne). Entom. Genre d'insectes coléoptères pentamèrea, de la famille des lamellicornes, tribu des scarabées mélitophiles, comprenant trois espèces, qui habitent l'Amérique du Sud.

TIARODE s. m. (ti-a-ro-de — du gr. tiara, tiare ; eidos , aspect). Entom. Genre d'insectes hémiptères, de la famille des rédu viens, tribu

TIBA

des rêduviides, dont l'espèce type habite Java.

TIASMIN ou TKSMIN, rivière de Russie (Kiev). Klle a sa .source sur la limite des gouvernements de Kherson. à 45 kilom. N.- N.-O. d'Elisabe thgrad.se dirige d'abord au N., puis à rE.-S.-R, en arrosant le district de TohigriD, dont elle baigne le chef-lieu, coule ensuite sur la limite du gouvernement de Kherson, et, après un cours de 155 kilom., elle fait sa jonction avec le Dnieper à Kvilov.

TIBAGY, rivière dn Brésil (Para). Elle prend sa source sur le versant O. de la serra do Espinhaeo, coule au N.-N.-O., et se jette dans le PatanapameitS, par 54<>25' de longit. O., après un cours d'environ 550 kilom., où elle reçoit un grand nombre d'affluents.

T1BALANG, fantômes que les indigènes îles lies Philippines s'imaginent voir apparaître sur la cime des vieux arbres et qu'ils croient être les esprits de leurs ancêtres. Ces fantômes, à la taille gigantesque, portent de longs cheveux et des ailes et ont le corps peint.

T1BALDEO (Antoine), poète italien. V.Thb-

BALDEO.

TIBALDI, peintre italien. V. Pellegrini.

Tibaldi (complot), affaire ténébreuse, prétendu complot contre la vie de Napoléon III, jugé en août 1857 devant la cour d assises de Ja Seine. Le 13 juin 1857, la police arrêta à son domicile un Italien, M. Tibaldi, ouvrier opticien, né à Faenza, établi à'Paris, rue Ménilniontant, 122. C'était un homme laborieux, intelligent; tous les témoins entendus dans l'instruction donnaient de son honorabilité les meilleurs témoignages. Quelques semaines après, M. Tibaldi lut renvoyé devant la cours d'assises de la Seine, sous l'accusation de complot contre la vie de l'empereur. On l'accusait d'avoir, sur la présentation d'une prétendue lettre de Mazzini, remis des pistolets à deux individus nommés Grilli et Bartolotti. La reniise de ces pistolets supposait, d'après l'accusation, la résolution du meurtre arrêtée, et constituait un acte préparatoire. Les deux individus passèrent, avec M.Tibaldi, devant les assises, où MM. Mazzini, Ledru- Rollin, Mazzarenti, Campariella, furent également traduits et jugés par contumace.

Pour comprendre cette affaire, il suffit de détacher quelques mots de l'interrogatoire des sieurs Grilli et Bartolotti :

M8 Lacan. Monsieur ie président voudraitil demander à Grilli si, en recevant de l'argent (ces deux individus prétendaient avoir reçu ii Londres de l'argent de Mazzarenti et de Mazzini, pour commettre le meurtre), il avait l'intention d'exécuter la mission qu'on lui avait donnée, et de quelle manière il a dépensé son temps et son argent à Paris?

Grilli. Non, monsieur; si j'ai pris l'argent, c'était par besoin,

D. A quoi avez-vous dépensé l'argent?

R. J'ai acheté une montre en or, nous nous sommes habillés, nous avons bien bu, bien mangé.

D. Combien d'argent aviez-vous au moment de votre arrestation?

R. Seize francs.

Les personnes ayant quelque expérience comprendront maintenant que ces hommes n'étaient que des agents de police, et que le prétendu complot n'était qu'un prétexte à englober Ledru-Rollin dans une affaire dont on espérait d'ailleurs tirer en France un bon parti contre les républicains.

Au cours des débats, Bartolotti raconta le fait suivant, déjà connu du juge d'instruction ;

« Je vis Mazzini avec un Français fort et robuste, qui avait des moustaches, je crois; le Français sortit presque aussitôt, et Mazzini lui dit : a Adieu, Druollini. >

Cette assertion ne semblant pas suflire pour condamner Ledru-Rollin, on amena de Sainte-Pélagie un sieur Alphonse Géraux, condamné précédemment pour société secrète. Ce sieur Géraux ne savait rien sur les faits qu'il s'agissait de discuter, mais il raconta qu'en 1852 il avait vu, à Londres, M. Ledru-Rollin , lequel lui avait donné 500 francs pour faire assassiner l'empereur.

Tibaldi fut condamné à être déportts h Cayenne. Bien que sa condamnation eût un caractère évidemment politique, l'amnistie du 16 août 1859 ne le rendit pas à la liberté.

Les deux dénonciateurs Grilli et Bartolotti furent condamnés à quinze ans de détention.

Ledru-Rollin, Mazzini, Campanella, Mazzarenti furent condamnés à la déportation par contumace.

Après l'amnistie de 1859, une consultation signée par un grand nombre d'avocats du barreau de Paris établit que le crime de complot avait le caractère, exclusivement politique, que la déportation était une peine exclusivement politique, et qu'en conséquence les personnes condamnées dans l'affaire Tibaldi étaient comprises dans les termes de l'amnistie. Cette opinion ne prévalut pas. Depuis lors, Tibaldi a été rendu à la liberté et s'est retiré à Londres.

Au mois de décembre 1869, il a adressé à M. Deleseluze, rédacteur en chef du Réveil, une lettre calmo et digne, où il nie que la conspiration contre la vie de l'empereur, à laquelle on l'a accusé d'avoir pris part, ait jamais eu lieu, et où il dégage la personne

TIBB

de Ledru-Rollin de toute relation avec les gens qui en étaient supposés les auteurs.

TIBBON (Juda-Aben), savant rabbin espagnol qui vivait dans le royaume de Grenade au xuo siècle. II acquit beaucoup de réputation par le mérite de ses traductions d'ouvrages arabes en hébreu et reçut le titre de E rince des traducteurs. Les plus remarquais sont : Cozari ou Cosri, de Juda Levita; CAouarf a//euûBOf/i,deBechai-ben-Joseph, livre de morale très-estimé, imprimé pour la première fois à Naples en 1490; Tikknn midoth, deSalomon Gavirol, publié en 1562 ; Hagiographu seu proverbia Job , Daniel, Èsdrx, etc.; Galeni ars parva ; la Grammaire de Jonasben-Ganah.

TIBBON (Samuel-ben-Juda-Aben), rabbin et traducteur juif, fils du précédent. Il vivait à la fin du xn* et au commencement du xme siècle, et marcha sur les traces de son père. On lui doit un Commentaire sur le livre de i'Ecclésiaste; Sentences des philosophes; Esprit de grâce, etc. Il a traduit, de Maiinonide : le Docteur des faibles; Epistola de résurrections mortuorum; Huit chapitres des facultés de l'âme, Chapitre des Pères; enfin, il a traduit le livre des Météores d'Aristote et le Compendium h'bri acroasis d'Averrhoès.

TIBBON (Moïse -ben-Samuel-Aben), rabbin et philosophe juif. V. Moïse bkn Tibbon.

TIBBOCS, peuple de l'Afrique centrale, qui habile la partie E. du grand désert de Sahara, entre la région de Tripoli au N., le territoire des Arabes Berbères Leouatahs et Berdaouahs à TE., la Nigritie au S.", le pays des Touaregs et le Fezzan à l'O, C'est une région crevassée de profonds ouadeys, au fond desquels un peu d'humidité entretient de maigres pâturages, et parsemée de flaques d'eau stagnante, où le muriate et le carbonate de soude se cristallisent en grandes masses. De loin en loin, sur cette base sablonneuse et saline, s'élèvent des rochers escarpés qui servent de citadelle aux peuplades vivantà leur pied et toujours prêtes à se réfugier sur leurs sommets, lors des invasions presque annuelles des Touaregs, leurs .voisins, qui viennent voler les bestiaux de ces pauvres gens, piller leurs approvisionnements de sel, destinés aux caravanes du Soudan, et emmener en esclavage leurs femmes et leurs enfants. Ils sont moins forts de taille, moins noirs de peau, moins crépus de barbe et de cheveux que les nègres du Sud. Par tous leurs traits, par leur genre de vie, par les peaux de mouton dont ils se vêtent et la graisse dont ils s'oignent le corps et la tête, par leur idiome, qu'ils débitent avec une rapidité étrange et qu'ils surchargent tellement de consonnes sifflantes, que, du temps d'Hérodote, on l'a comparé au sifflement des oiseaux; enfin, par tous les caractères physiques et ethnographiques, ils rappellent les peuplades pastorales de l'extrémité sud du continent, et, comme lesHottentots, ils semblent avoir fait partie de l'avant-garde des migrations qui ont peuplé l'Afrique. Les Tibbous forment, entre la zone moyenne du désert de Libye à l'E., un grand nombre de tribus, qui empruntent leurs noms aux différents districts qu'elles habitent. Ainsi, les Anglais, dans leur marche vers le S., rencontrèrent successivement lestribusdé Kisbi, de Bilma, de Gonda, de Traîta, etc. Chacune d'elles obéit à un cheik on chef héréditaire, mais toutes reconnaissent la suprématie du sultan de Bilma. Le palais de ce roi des rois

fieut donner une idée de sa puissance et de a richesse de ces peuples : c'est une petite hutte de terre couverte de feuilles de palmier, ne renfermant qu'une seule pièce qui sert à la fois de salle d'audience, de chambre a coucher pour Sa Majesté et d'écurie pour son chevalet son royal troupeau de chèvres. Les femmes de ce pays ont une taille fine et pleine d'élégance. Elles portent avec beaucoup de grâce leur costume, qui diffère beaucoup de celui du Fezzan. Elles ont le nez aquilin, de belles dents et les lèvres aussi jolies que celles des Européennes. Leurs yeux sont pleins d'expression et leur peau d'un noir très-foncé ; leur démarche et leur tournure ont quelque "chose de très-agréable ; leurs pieds sont très-bien faits, et les petits anneaux d'argent qu'elles portent aux jambes sont loin d'être disgracieux. Leurs souliers sont très-bien fabriqués; ils sont de couleur rouge ; leur coiffure offre peu de variété ; elles laissent tomber leurs cheveuxsur leurs joues, à peu près comme un éventail, ou plutôt comme les oreilles d'un barbet. Elles se ceignent la tête d'une petite bande de cuir, autour de laquelle sont attachés vingt ou trente anneaux d'argent, passés les uns dans les autres. Cette chaîne est terminée par derrière avec quelques tresses de leurs cheveux. La même chaîne est terminée par devant au moyen-d'une multitude d'anneaux disposés de cette manière. Elles enrichissent encore leur coiffure d'un ornement en or et en agate. Au-dessii3 de leurs oreilles, elles suspendent des coquillages ou un bandeau de corail, et a l'extrémité des chaînes d'argent dont elles sont ornées, il y a quelquefois des grelots qui produisent dans les danses un effet très-agréable. Leur cou est surchargé de verroteries ridicules. Un de leurs seins, qui sont d'une forme gracieuse, reste à découvert; par la manière dont elles drapent leurs vêtements, leurs bras sont nus jusqu'aux épaules. Au-dessus des coudes, elles portent de petits bracelets d'argent qui ne sont pas plus» épais qu'une plume d'oie ;

TIBE

ceux qu'elles mettent au-dessus de leurs poignets sont plus larges. Leurs oreilles sont chargées d'anneaux de différentesdimensions; le plus grand est toujours celui qu'elles placent an-dessus des autres. Le plus singulier de leurs ornements consiste dans un morceau de corail qu'elles attachent & leur narine droite. Leur vêtement est composé d'un vaste châle qui entoure leur corps et qu'elles drapent avec beaucoup d'art au-dessus de leur épaule gauche, de manière qu'il laisse à découvert, du côté opposé, leur bras et leur dos; cette espèce de robe, très-courte, laisse voir la jambe presque nue jusqu'aux genoux. Les femmes des Tibbous ne se couvrent point le visage comme le font les femmes arabes. Leur figure se conserve mieux; elles sont meilleures méungères, et elles ont surtout un soin extrême de leurs enfants, qui sont très-nombreux. Elles travaillent aux ouvrages de vannerie ; elles font aussi des vases de feuilles de palmier, qu'elles ornent de petites bandes de cuir coloré avec beaucoup d'art et de goût. Tous les Fezzanaisqui viennent faire le commerce à Katroun remportent beaucoup de ces ouvrages, pour faire des présents à leurs familles.

TIBELL (Gustave-Guillaume), général suédois, né en Sudermanie en 1772, mort en •1824. Entré au service à l'âge de quinze ans, il prit part.de 1788 à 1730, à la guerre contre la Russie, devint professeur à 1 Académie de Carlskrona, fut promu capitaine en 1794, se rendit alors en France et fut attaché comme officier d'état-major à l'armée d'Italie. Il en fit toutes les campagnes jusqu'en 1801, reçut une blessure à Castel-Nuovo, tomba entre les mains de l'ennemi lors de la prise de Turin et recouvra peu après sa liberté. Tibell assista ensuite à toutes les batailles de cette campagne, notamment à celles de Rivoli et de Marengo, et devint général de brigade en 1802; mais, dès l'année suivante, il revint en Suède, où il fut nommé lieutenant-colonel et membre du collège de la guerre. Promu en 1808 général-major et adjudant général de l'armée de terre et de mer, il donna sa démission lors de la chute de Gustave-Adolphe (1809). Sous le règne de Charles XIII, il reçut le grade de lieutenant général et fut chargé de former un recueil des ordonnances militaires, qui parut en 1822. On doit à ce général : Essai d'un règlement pour l'état-major de l'armée suédoise (1801) ; Histoire de l'ordre des Séraphins de 1285 à 1748(1826); Traité sur l'instruction publique en France depuis le commencement de la Révolution jusqu'en 1810 et des Mémoires dans le Recueil de l'Académie de Milan.

TI BÈB.E (Tiberius Claudius Nero), deuxième empereur romain, successeur d'Auguste, né h Rome l'an 42 avant J.;C, mort à Misène l'an 37 de notre ère. Il était tils de Tiberius Nero et de la fameuse I.ivie, qui di.vorça pour épouser Octave, alors qu'il n'était encore que triumvir. Entré jeune dans les charges publiques, Tibère se distingua dans la guerre contre les Cantabres, restaura Tigrane sur le trône d'Arménie, gouverna la Gaule Chevelue pendant un au, fit la guerre avec succès dans les Alpes, en Germanie, en Pannonie et en Dalmatie. Auguste récompensa ses services par le consulat et la puissance tribunitienne (6 av. J.-C.) et par la main de sa tille Julie, dont les débauches devinrent la fable de Rome. Des motifs mat connus te déterminèrent à quitter Rome. Il se retira à Rhodes et y vécut sept ans dans une sorte d'exil. Rappelé enfin par l'empereur sur les instances de Livie (2 de J.-C), il vécut quelque temps en simple particulier. La mort des tils d'Agiippa détermina Auguste à l'adopter et h le mettre de nouveau à la tête des armées. La Germanie, la Pannonie, la Dalmatie et l'Illyrie virent de nouveau briller ses talents militaires. La mort du prince (14) fit éclater sa duplicité politique. En même temps qu'il s'assurait de l'armée, des trésors et du palais, il feignait de n'accepter qu'à regret le pouvoir. Auguste, en l'instituant son héritier, n'avait pu avoir en vue que de lui transmeure sa fortuite, et non un pouvoir qu'aucune loi ne rendait héréditaire. Mais la servilité du sénat aida à une interprétation plus large du testament et* Tibère fut supplié d'accepter l'empire. Malgré le meurtre du dernier fils d'Agiippa, meurtre qu'il désavoua hypocritement, il fit paraître d'abord une modération remarquable, refusa les honneurs entassés à ses pieds par le sénat, se préoccupa du crédit public, de la subsistance du peuple et de la discipline des armées; mais, en même temps, il supprimait définitivement les comices populaires, étendait le crime de lèse-majesté, qu'avait inventé Auguste, et inquiétait le3 Romains par quelques actes de despotisme, prélude des épouvantables excès qui devaient ensanglanter ce règne. Bientôt, sou neveu Germauicus, dont la gloire lui portait ombrage, fut empoisonné en Orient ; Pisont gouverneur de Syrie , accusé de ce crime et traduit devant le sénat, fut trouvé mort dans sa prison, et l'on soupçonna Tibère d'avoir commandé le meurtre et de s'être ensuite débarrassé du complice (19). Dès lors, son gouvernement, jusque-là mêlé de quelque bien, devint chaque jour plus tyrannique et plus cruel. Il avait déjà pour principal ministre Séjan, dont le créait s'augmenta dans la suite jusqu'il balancer la puissance impériale, etqui

TIBE

le secondait dans ses violences et sa tyrannie. Les délateurs se multiplièrent, enrichis par la confiscation des biens de ceux qu'ils dénonçaient; cette race dégradée devint même une sorte de magistrature que plus tard Domitien déclara sacrée. La terreur planait sur tous ; le sénat, de plus en plus avili, ne fut plus que l'instrument ries vengeances de l'empereur. En l'an 26, Tibère quitta Rome et se retira dans l'Ile de Caprée, qui devint le repaire de ses défiances, de ses débauches et de sa tyrannie. C'est du fond de cet asile qu'il gouvernait l'empire et envoyait ses arrêts à Séjan et au sénat. Toute la famille des tfermanicus fut frappée ; les amis restés fidèles à la mémoire de cet homme illustre tombaient chaque jour, victimes de la cupidité des délateurs. L'historien Cremutius Cordus, accusé d'avoir loué dans ses livres les derniers des Romains, Cassius et Brutus, fut forcé de se donner la mort. Rome s'enfonçait de plus en plus dans l'esclavage et voyait commencer avec les empereurs cette longue suite de monstres nés de sa propre corruption et qui sont restés dans l'histoire comme les types mêmes du despotisme et de la cruauté. Cependant Séjan convoitait, dit-on, la pourpre et conspirait pour en dépouiller Tibère. Déjà il avait fait empoisonner Drusus, fils de l'empereur, qui était un obstacle à son ambition. Depuis, profitant habilement de l'absence de son maître, il avait augmenté son pouvoir et conquis, malgré la haine publique, une autorité tellement exclusive que Tibère en fut épouvanté. Après une longue dissimulation, il envoya des ordres secrets; le ministre fut arrête en plein sénat, jeté en prison et étranglé le jour même (31). Cette terrible justice du tyran ne fut que le commencement de cruautés nouvelles, et Séjan fut fatal après sa mort comme pendant sa vie, car une foule de victimes furent immolées sous le vain prétexte de complicité. Enfin, ulcéré par la haine, aigri par les soupçons, usé par l'âge, les maladies et plus encore par d'infâmes débauches, Tibère mourut à Misène l'an 37 de J.-C, après avoir désigné Caligula comme un de ses héritiers. A ses derniers moments, il sembla vouloir revenir à la vie; le préfet Mâeron se hâta de le faire étouffer. Ce monstre avait des capacités militaires et politiques. Quelques-unes de ses mesures, surtout celles qui concernaient les finances, furent sagement conçues et appliquées. Il eut aussi des talents littéraires, composa des poèmes grecs et latins, et il était, à Caprée, entouré de sophistes grecs. Il avait laissé des Mémoires fort courts dont Domitien faisait Ses délices, mais qui sont perdus.

Telle fut la vie de Tibère. Nous nous sommes borné k l'écrire d'une manière succincte, relatant avec impartialité chacun des actes dont l'histoire a gardé le souvenir. Il nous reste à porter un jugement sur un homme que ses vertus recommandèrent d'abord à l'estime, que ses vices et ses cruautés rendirent ensuite exécrable. Ce jugement, nous l'emprunterons à quelques-uns des auteurs que l'étude de cette sombre figure a tentés.

Tacite résume ainsi son caractère et son règne : « Une vie et une répuiation honorables tant qu'il fut homme privé ou qu'il commanda sons Auguste; du secret et de la ruse pour contrefaire des vertus tant que Germauicus et Drusus vivaient encore. Mêlé de bien et de mal jusqu'à la mort de sa mère , déte-table par sa cruauté, mais caché dans ses débauches tant qu'il aima Séjan ou qu'il en eut peur; enfin, il se précipita tout ensemble dans les crimes et dans les infamies depuis que, libre de honte et de crainte, il n'agissait plus que par son propre génie. •

« Tibère n'était point un monstre, dit de sou côté M. Beulé, dans son Histoire de Tibère et de la famille d'Auguste. Tibère était un homme comme, nous, mieux doué que nous. Ce descendant des illustres Claudius, s'il avait vécu dans un temps régulier et dans Un pays libre, aurait été contenu et par conséquent fort, utile, et par suite heureux; il aurait laissé peut-être une gloire pure, comme lu plupart de ses aïeux. Mais il est né et il a grandi dans un milieu malsain ; entouré de détestables exemples, soumis a la contagion de ta toute-puissance, il a connu tous les appétits, toutes les illégalités, toutes les passions ; il a passé par la bassesse, la

feur, le désespoir, la servitude volontaire, exil avant qu'un brusque retour de fortune le jetât sur le trône, avili et énervé, au milieu des dangers, des trahisons, des flatteries, des soupçons. De sorte qu'il a subi, pendant près d'un demi-siècle, une démoralisation lente qui l'a dégradé, ravalé au-dessous de la bête, conduit à la rage et à la frénésie. Le tyran justement exécré commence et finit & Caprée. »

M. Zeller étudie Tibère à un autre point de vue ; mais pour être basée sur des aperçus différents, son opinion n'est pas moins juste : « En général, dit M. Zeller, Tibère est un gén: plus franc, moins dissimulé qu'on ne se 1 imagine communément. Il avait plus de défiance de lui-même et de la fortune que de penchant à ruser ; plus de roideur que de souplesse. Il ne dissimula point ses déboires sous Auguste^ il ne l'avait point flatté pour lui succéder. Sa rudesse sombre et ironique s'accommodait mal de l'hypocrisie ; il savait qu'il n'avait point de grâce à feindre, après le grand mattre dans l'art de la dissimulation. Le gouvernement de Tibère fut, au commeu-

TIBÈ

<ement, empreint de plus de netteté, de franchise, de hardiesse que celui d'Auguste. On doit l'avouer, Tibère n'était cependant pas un maître agréable; il ne flattait ni les grands, m le peuple, ni les soldats. Formaliste au camp, pédant au sénat, gêné dans le publie, gourmé dans le privé, d'un esprit étroit, subtil, litigieux, il ne plaisait nulle part, parce que nulle part il n'avait de vraie grandeur, a aisance ou de bonne humeur. L'économie qu il portait dans sa maison , image fidèle de celle qu'il imposait à l'administration de 1 empire, avait quelque chose de parcimonieux. La simplicité, la frugalité militaire de cet homme qui n'avait point de familiers, point d'amis, qui ne donnait point de t'êtes, avait quelque chose de sombre. Ce maître de Rome ne sut pas même gagner les Romains par ce qui leur allait le plus.au cœur, en embellissant Rome, en la décorant de beaux monuments. Il termina ceux de son prédécesseur; l'était son devoir. Il laissa inachevé ce qu il entreprit lui-même en ce genre, le temple d'Auguste et la, restauration du tem- P'e de Pompée. Tibère semblait prendre à tâche, au rebours d'Auguste, <ie n* point se faire pardonner le pouvoir. (X "iui lui nuisit surtout, ce fut de ne point savoir flatter, tromper; ce talent, il ne le possédait pas. • « Tibère, écrit un autre historien, M. Léo Joubert, Tibère fut le plus impopulaire de tous les empereurs romains. Tandis que quelques-uns de ses plus détestables successeurs

C>l(rnànnni ^« 1 .* . ■ ai'

TIBÈ

poison de l'envie. Ceux qu'il aime sont moissonnés par la mort; la femme qu'il chérit est arrachée de ses bras par Auguste; son cœur est broyé comma sa volonté; le plus juste ressentiment doit être refoulé et soigneusement dissimulé; il faut qu'à la lâcheté s'ajoute l'hypocrisie. Quelles tortures de tons les jours 1 Quelle pression lente qui peu à peu incline une tète droite vers la terre et lui inflige un pli indélébile! Ajoutez les conseils de Livie, sa froide prévoyance, son machiavélisme; ajoutez l'exemple d'Auguste, son immoralité, son hypocrisie et les malfaisantes leçons du contact journalier de sa politique comme de sa vie privée, ■ Mais ce qui acheva d énerver l'âme de Tibère et le conduisit au degré de bassesse qui engendre les tyrans, c est son exil et sa vie misérable à Rhodes. « Lorsque Tibère reviendra à Rome pour le malheur de Rome, ce ne sera plus un homme, ce sera un instrument assoupli par la peur. La lâcheté civique s'enveloppera d'hypocrisie ; le souvenir des maux éprouvés s aigrira et deviendra désir de faire éprouver de semblables maux aux autres. La crainte pro

longée d'une mort violente l'aura rendu luimême sanguinaire. » Ainsi Tibère est une

TIBÈ

la grandeur et de la chute du m.nistre Séjan. L'élévation de cet ambitieux éhonté est pour M. Beulé l'occasion de réflexions fort justes : a Le critérium suprême de l'incapacité morale d'un souverain, c'est d'abdiquer au profit d'un sujet, c'est de s'effacer volontairement derrière un aventurier plus hardi, c'est de ne point s'y connaître en hommes et de remettre le fardeau des affaires en des mains indignes. Le choix des hommes est difficile, quand ce n'est point l'opinion publique qui les choisit, parce qu'il faut être soi-même honnête pour être clairvoyant et parce qu'il faut inspirer l'estime, surtout sur le trône, pour trouver de véritables amis. Le pouvoir absolu expose celui qui l'exerce à contracter un tel mépris pour 1 humanité, qu'il ne trouve plus que des favoris et ne veut plus que des créatures,

* -~ — — — — i»- — « u<-'i,i.jhiIWit,a ouov,c3acuiii

gagnèrent par leurs vices et leurs folies la faveur de la plèbe, lui, sombre et économe, tut aussi odieux aux basses classes qu'exécré du sénat. Cette haine universelle, d'abord injuste, ne fut que trop justifiée par les dernières années de son règne Il donna au

pouvoir quelque chose de soupçonneux, d'inquisitoriul et de violent qui subsista après lui. Il ne fut donc pas seulement funeste a son temps, il le fut encore aux âges suivants, i

Enfin, M. Villemain, qui s'est attaché à étudier avec le plus grand soin cette partie de l'histoire romaine et qui plus que tout autre est entré dans les détails de cette vie si tristement célèbre, caractérise Tibère d'un mot qui le fait apprécier mieux que ne le feraient les plus longs commentaires : > Tibère fut cruel et soupçonneux comme Louis XI. ■

Tibère et l'lidritaee d'Augutto, par M. Beulé (1SCS, m-s°). Ce livre renferme une savante et brillante étude sur la condition politique de 1 empire romain à la mort d'Auguste, et principalement sur le caractère et I^tat psychotique de Tibère, le second empereur.

M. Beulé ne se dissimule pas la difficulté de bien pénétrer le masque épais de Tibère. «( Lorsque ses contemporains eux-mêmes n ont pu réussir, dit-il, comment aurionsnous la prétention, nous postérité, d'être plus clairvoyants?. Il a cependant pris le meilleur moyen d'arriver à la vérité ; c'est d'oublier les jugements excessifs portés sur Tibère, car on sait que les uns n'ont vu en lui qa'un hypocrite sanguinaire, tandis que les autres n'ont voulu y voir qu'un homme d'Etat calomnié. M. Beulé efface de son esprit toute espèce de souvenirs, tout jugement ou préjugé, tout sestimeut d'admiration ou de répulsion poui l'ibère. Il essaye de se persuader qu'il lui est complètement inconnu, puis, au moyen des historiens et des monuments, tels que monnaies, médailles, bronzes, camées, vases, statues, il fait, à proprement parler, sur lui une étude d'histoire naturelle. Il imite les savants auxquels on apporte un animal inconnu. Avant de le juger, ils l'observent, analysent ses formes, comparent ses éléments constitutifs et finissent par le disséquer; de sorte qu'après l'avoir décomposé, ils pensent en faire ressortir les caractères principaux et le classer. Pour la commodité de 1 analyse, M. Beulé divise la vie de Tibère en plusieurs époques, qui forment l'objet de chapitres spéciaux et dont voici les titres • Jeunesse de Tibère, VExil à Modes, Y Adoption le Règne de Livie, Séjan et enfin VJle de Laprée. L'historiographe insiste particulièrement sur la jeunesse de Tibère, parce que c est l'âge où les instincts bons ou mauvais se manifestent plus librement, et, afin de ne négliger aucun élément, il imite les naturalistes qui considèrent tout d'abord la tainille du sujet, le type général expliquant parfois 1 individu. Or, pendant les trente-cinq premières années de Tibère, on ne voit rien qui annonce une âme perverse et le goût du sang; rien ne laisse percer un méchant homme et un tyran. Il est orgueilleux et dur tous ses ancêtres l'ont été ; il est sombre, il passe pour aimer le vin, il aime les femmes, il est dissimulé, rancunier, déliant, mais aucun de ces défauts ne trahit un monstre II est capable d'affection, car il adore son frère. • Il est comme flottant entre le bien et le mal, et, s'il avait vécu sous la république, il aurait dépendu des circonstances qu'il inclinât vers le bon ou vers ie mauvais génie des Claudius. » Si donc Tibère est devenu un tyran misanthrope, fourbe, hypocrite, astucieux, traître, lâche, cruel et débauché, à qui la faute ? A l'influence et à l'entourag'e a Auguste, répond M. Beulé. ■ Il a vécu sous Auguste, auprès d'Auguste, dans son intimité. Là commencent ses souffrances et ses ûitlorimtes morales. Enfant, il est en butte aux sarcasmes d'un beau-père qui le haitadolescent, il est pénétré lentement par le

uuu» u...u..v, - alliai 11UC1C Cùb UI1I

création d Auguste, une partie de son héritage, non moins que cette institution fatale appelée l'empire, c'est-à-dire l'omnipotence d un seul homme, sans appel, sans contrôle sans autre règle que la satisfaction de tous ses caprices, de tous ses appétits, de toutes ses folies aux dépens de l'humanité. Mais, dira-t-on, pourquoi Auguste se choisit-il un successeur dans lequel il prévoit un affreux tyran? • Il le choisit, répond M. Beulé, peutêtre afin de faire ressortir son propre règne par un odieux contraste et de forcer les regrets des Romains, et surtout parce que Tibère a le secret de sa politique, parce qu'il est également l'élève de Livie, parce qu'il saura mieux que personne déduire des prémisses posées par son prédécesseur les plus rigoureuses conséquences. »

Cette étude sur Tibère est une démonstration éloquente des périls du despotisme pour les souverains et pour les peuples. M. Beulé a tiré d'énergiques conclusions contre les peuples qui abandonnent leurs droits et qui ferment leurs yeux à cette vérité que, si le pouvoir absolu parait quelquefois une nécessité, il est toujours un mal et ne doit jamais être un principe. Il démontre aussi que les malheurs causés aux peuples par le despotisme sont toujours mérités ; que dans les attentats contre le pays il y a deux coupables, celui qui ose et ceux qui permettent, celui qui entreprend et ceux qui souffrent qu on entreprenne contre les lois, celui qui usurpe et ceux qui abdiquent. Ce livre est écrit à un point de vue très-libéral, et les leçons qu'il renferme ajoutaient au mérite de la justesse et de la valeur historique celui d'une évidente opportunité. L'auteur est sobre de considérations politiques; celles qu'il émet sont généralement élevées et judicieuses, mais frappées au coin du style grave nerveux et précis qui convient en la matière.' Ainsi, nous lisons dans le premier chapitre intitulé la Mort d'Auguste : > Un despotisme audacieux et sincère comprime, incline les têtes jusqu'au sol, mais ne brise pas tou3 les ressorts d'un peuple, de sorte que, lorsque la main qui le courbe est retirée par la mort, il peut se redresser et se reconquérir. Ce qui est fatal, c'est une domination hypocrite, qui laisse le nom et détruit le fond des choses, qui corrompt, amollit, énerve et abaisse les esprits, leur apprend le mensonge et la flatterie, les attache par un appât si puissant que la peur devient un moyen de gouvernement, les endort dans les bras d'une administration qui ne satisfait que leurs besoins matériels, assure leur tranquillité dans les plaisirs, puis, les voyant asservis au luxe, à la cupidité et aux jouissances physiques, règne , comme Circé , sur un troupeau tel qu Ulysse lui-même ne saurait reconnaître ses compagnons métamorphosés. « On dirait que l'auteur fait le tableau de la corruption systématique du second Empire, tant il est vrai que tous les despotismes se ressemblent et produisent les mêmes effets.

Le chapitre intitulé le Itègne de Livie indique des vues toutes nouvelles sur le rôle politique de Livie, qu'on était assez convenu de considérer comme un personnage secondaire. Pour M. Beulé, au contraire, Livie est le génie de l'ambition, le génie fatal de Rome, le génie exécrable de l'empire, qu'elle a contribué autant qu'Auguste et plus que Tibère a fonder; elle est à ses yeux le type de 1 insolence tranquille et triomphante, sans croyance, sans amour, sans devoir, sans doctrine, n ayant ni le respect de la patrie ni le sentiment du bien public, immense égoïsme qui a fait du peuple romain tout entier la proie d Auguste et ensuite de Tibère, à la condition que son mari et son fils fussent sa propre proie à elle-même,

C'1 ouvrage ne montre pas seulementdans M. Beule un philosophe et un maître en analyse psychologique, il révèle aussi l'artiste. 11 y a de grands et sévères tableaux, tels que le dernier chapitre, où est décrite avec le pinceau de Tacite et la verve indignée de Juvenal la fin de Tibère à Caprée, cette fin qui, semée de débauches monstrueuses et de meurtres abominables, couronne dignement

Tibère (la. mort de), tragédie en cinq actes, par Lucien Arnault (Théâtre-Français, 2 février 1828). Les deux premiers actes se passent à Rome et servent d'exposition. Tibère, dont le médecin annonce la fin prochaine, est attendu à Rome, où se trame une conspiration républicaine qui a Galba pour chef; Macron, préfet du prétoire et favori de Tibère, cherche à ménager la couronne à C'aligula. Il joue les républicains, qui se laissent prendre à ses fausses protestations. L'histoire, on le sait, n'a guère été ménagée par l'auteur, et les caractères de Macron et de Galba sont aussi invraisemblables l'un que l'autre. Galba, surtout, connu par sa prudence, sa réserve et sa vie solitaire, ne saurait, en aucun cas, être transformé en un étourdi pétulant, à bravades héroïques et qui le feraient sans doute mettre à mort, si Tibère ne se laissait, d'une façon encore plus invraisemblable, séduire par son courage et sa magnanimité. Au troisième acte, Tibère apparaît, et dés ce moment commence réellement l'intérêt. Le vieux tyran reçoit les hommages du sénat et du peuple ; pâle, épuisé, se traînant à peine, il fait effort pour représenter encore et commander aux ambitions gui s'agitent sur sa tombe entr'ouverte. Un instant après, retiré dans ses appartements avec son médecin, il sent le mal renouveler Ses atteintes, et avec le mal reviennent ses terreurs; c'est là qu'Arnault a placé cette scène que Tacite nous a conservée et que l'histoire raconte aussi de Louis XI. Pour s'assurer si son médecin astrologue ne le trompe pas, il donne l'ordre à un soldat de le tuer à un signal convenu, et, bien sur du danger auquel le devin est exposé, il l'interroge sur sa destinée. Celui-ci devine le piège et déclare en tremblant qu'il est en péril de la vie, mais que sa vie est liée à celle de l'empereur. Cette scène est supérieurement conduite, et à chaque représentation elle était saluée par des acclamations enthousiastes. Cependant on croit Tibère mort; il est nuit, le sénat est rassemblé dans une salle à peine éclairée, tant l'empressement a été grand, et Caïus, assis sur ie siège impérial, vient de recevoir la couronne. La mémoire de Tibère est maudite; sa statue est brisée et foulée aux pieds; tout à coup le pâle vieillard apparaît. Devant ce spectre menaçant, pas un regard n'ose se lever, si ce n'est celui de Galba, que nous retrouvons là jouant le rôle invraisemblable que nous avons déjà, signalé. Tibère accable d'une ironie sanglante et son vil sénat et Caïus; il s'absout" de ses cruautés en voyant leur abaissement, et, pour en perpétuer la durée, il déclare Caligula son successeur. Ce n'est pas assez ; il veut une dernière vengeance; il implore de son médecin quelques moments de vie, et Chariclès lui promet qu'un breuvage lui assurera encore un jour. Mais Macron veille ; il a surpris les listes de proscription que le tyran dicte dans l'ombre; les frères et les fils du médecin y sont portés, et il vient l'aunoncer à Chariclès, La tendresse paternelle et filiale obtient alors ce que l'ambition et l'esprit de parti n'ont pu même obtenir; ie poison va sauver sa famille et donner la couronne à Caligula. En effet, un moment après, nous revoyons Tibère déjà saisi des dernières douleurs, et auprès de lui Chariclès prêt aussi à mourir, car il s'est empoisonné en même temps. Dans la scène suivante, Tibère est de nouveau entouré du séuat et des soldats prétoriens. Caïus est là, enchaîné, attendant son arrêt; l'empereur le fait mettre à genoux, l'accable d'outrages et de malédictions, pendant qu'un licteur tient la hache levée; (nuis au moment où le coup va être frappé, c'est la couronne que l'empereur défaillant pose sur la tête de Caïus.

Cette tragédie n'a en réalité que deux belles scènes; elles ont suffi à lui assurer le succès. D'autres qualités très-sérieuses la recommandaient également : un style mâle et ferme, une quantité de mots d'un grand effet et certains traits de caractères trèsvigoureusement accentués. Mais les invraisemblances historiques commises par l'auteur relativement aux personnages de Galba et de Macron lui enlèvent une partie de l'intérêt qu'elle aurait pu avoir.

TIBÈ

sous Louis-Philippe, l'école romantique dominait trop pour qu'on pût apprécier à sa juste valeur cette œuvre d'un art classique tout à fait sévère, et la haine du despotisme qu'elle respire d'un bout à l'autre n'avait pas autant d'actualité que dans les premières années du siècle. « Tibère, dit M. Ch, Labitte, est une tragédie dans le goût d'Alfieri et souvent digne du génie rigide et nu qui a écrit V Agamemnon. La farouche mélancolie que la servitude donne aux âmes indépendantes y est fortement marquée, et on y retrouve ce que le poète demandait ailleurs :

Ces tons maîtres de l'Ame et ces mots pénétrants Qui jusque sous la dais font pâlir les tyrans. .

On y rencontre, en <ffet.de ces vers sombres qui se dressent ça et là comme des ombres vengeresses, des hémistiches altiers et cornéliens qui se détachent et viennent souffleter la tyrannie. L'action, telle que l'a conçue Chénier, esta la fois simple et terrible. Tibère a fait empoisonner Germanicus , et Pison a été l'instrument dont il s'est servi pour perpétrer ce crime. Agrippine, sous un deuil somptueux et une douleur un peu emphatique, arrive de Syrie, où son époux est mort, pour demander à Tibère ou plutôt pour exiger de lui le châtiment de l'assassin de son mari. Tibère paraît, suivi de Séjan et de quelques sénateurs. Séjan fait le récit de 1 entrée d'Agrippine. Tibère n'hésite pas à sacrifier Pison ; mais celui-ci ne veut pas tomber sans entraîner honteusement dans sa chute le tyran qui lui a commandé le crime. Là commence à vrai dire la tragédie de Chénier ; la lutte terrible du lieutenant, qui n'a été coupable que par l'ordre du maître, contre le maître qui refuse de soutenir son complice éclate dès les premières scènes. Pison, énergiquement accusé, doit comparaître devant le sénat ; Agrippine l'y viendra accabler de ses reproches, et, en effet, le poète nous la montre dans la belle scène du sénat (scène il du deuxième acte), tenant entre ses bras l'urne funéraire de Germanicus, ayant à côté d'elle ses trois jeunes fils. Pison demande à avoir un entretien intime avec l'empereur, et dans cet entretien qu'il lui accorde, Tibère, persuadé que l'assassin de Germanicus n'a plus en son pouvoir l'ordre accusateur, a l'audace de rappeler le temps de la république où Cicéron faisait condamner Catilina. Ici se place l'une des scènes les plus énergiques de l'œuvre. Pison répond à l'empereur :

Que font ces traits amers avec choix rassemblés? Notre âge est-il pareil a, ceux dont vous parleiî La liberté régnait sur les rives du Tibre; César y règne seul et seul y reste libre. Chaque mot du sénat par César est dicté. Oui, vous approuvez tout; mon arrêt est porté. •. Avec l'art de Séjan, ces trames sont conduites; César en a, je pense, examiné les suites; Il a vu quels seraient les droits de l'accusé.

TIBÈRE

Il n'a vu qu'un devoir a César imposé, Et dont il faut subir les lois inexorables.

nsoN.

César, faut-il aussi punir tous les coupables!

Tibère.

Sur des preuves, sans doute. Ainsi le veut la lai.

PISON

César sera puni.

TIBÈRE

Qui l'accuserait?

PISON

Les ordres à la main. Je les ai.

TIBÈRE

Moi.

Vous les avez gardés?

Téméraire !

PISON

Je connaissais Tibère.

ce sombre règne. Rien non plus de plus colore et de plus dramatique que l'histoire de

Tibère, tragédie en cinq actes et en vers, de M.-J. Chénier, son chef-d'œuvre dramatique (Théâtre-Français, 1844). Composée sous l'Empire et toute pleine des ressentiments politiques de l'ancien conventionnel, cette tragédie fut successivement interdite par Napoléon, par Louis XVIII et par Charles X. Lorsqu'elle parvint enfin à être jouée,

Tibère a beau se récrier, Pison fera l'aveu de son crime au sénat en nommant son complice devant son accusatrice Agrippine :

Devant elle, au sénat, Tibère entendra lire Les ordres qu'en secret il osa me prescrire, Et, dussent les Romains n'en être pas surpris, On saura que César a fait mourir son fils. Adieu, César.

TIBÈRE

Adieu. Demain ! la nuit me reste.

Et il appelle Séjan.

La belle scène qui suit entre Séjan et Tibère (la quatrième du troisième acte), où touto la politique du tyran se révèle sans honte aux yeux de son digne ministre, mérite aussi d'être signalée :

BÈim.

... Que veut César?

TIBÈHE.

Rompre un dessein funeste.

SÉJAN

De Pison î

TIBÈRE

De lui-même ; il menace et "Vjmain Veut paraître au sénat mes ordre» à. la main.

SÉJAN

La nuit n'a pas encore éclipsé la lumière...

TIBÈRE

Cette nuit de Pison doit être fa dernière.

Et les voila concertant entre eux les moyens de se défaire de cet audacieux Pisou et en

TIBE

même temps, par occasfon, de quelques gens de bien qui ont le malheur de ne pas penser du bien de l'empereur et que les délateurs ont signalés à sou attention. Une émeute apparente, payée, permettra tout; on la réprimera d'autant pins facilement que ce sera « une émeute docile, • et pourvu que Pison disparaisse, tout sera pour le mieux. Séjan, toutefois, veut assurer de justes récompenses à ses créatures, et il dit à Tibère :

Les amis de Séjan vous consacrent leur vie; César se souviendra de leur fidélité î

TIBÈRE

Us obtiendront le prix qu'ils auront mérité.

SÉJAN

Un regard? des faveurs?

TIBÈRE

Dis ma reconnaissance, Séjan, tous mes trésors et toute ma puissance.

SÉJAN

Natta, Balbus, Afer, nos zélés orateurs?

TinÈRE.

Du crédit, des emplois d'édiles, de questeurs.

SÉJAN

Les agents plus obscurs d'une émeute docile?

De l'or.

TIDEB.B, SÉJAH.

Fulcinius?

Tintas.

La prélure en Sicile.

SÊJ1N.

Et les cris importuna de ce peuple odieux?

TinÉRE.

Du pain, les jeux du cirque, un sacrifice aux dieux.

Derniers mots qui résument les moyens de gouvernement des empereurs et l'abjection où était tombée la « tourbe de Rémus, • selon l'expression de Juvênal.

Séjan, par l'ordre de Tibère, excite en effet une sorte d'émeute, et pendant qu'il réprime ce soulèvement factice, Pison est tué.*On répand le bruit qu'il s'est lui-même donné la mort. Mais le fils de Pison dénonce l'assassinat de son père, la participation de l'empereur à l'empoisonnement de Germanicus et se frappe au milieu du sénat en jetant à Tibère celte foudroyante apostrophe :

Tyran profond, mais vil, honte et fléau de Home, Eclipsé dans ta cour par l'ombre d'un grand homme, Quand, de tes attentats ministre infortuné, Pison par Bon complice expire assassiné, Tu m'offres dus trésors teints du sang de mon père! Garde pour un Séjan les faveurs d'un Tibère. C'est le prix des forfaits ; je ne l'accepte pas. Rien de toi, rien, César, pas même le trépas. Un sort plus glorieux doit être mon partage. Le poignard de Pison, voila mon héritage. Ce fer me suffira. Tu pâlis, malheureux ! Va, jeté te rendrai teint d'un sang généreux. Un autre aura l'honneur de venger tes victimes. Séjan respire encor; tu puniras ses crimes. J'ai vécu, je meurs libre, et voila mes adieux : Il est temps de placer Tibère au rang des dieux.

Cette tragédie est d'une ferme allure. Talma ■regretta longtemps de ne pouvoir jouer le rôle de Tibère, si merveilleusement udapté à son génie, où l'ironie amère, la dissimulation profonde, la haine sauvage et raffinée, ta fatigue et le dégoût de la tyrannie sont retracés avec la gravité sombre de Tacite, dans un style presque toujours digne de Racine, quelquefois de Corneille.

Tibère. Ieonogr. Le musée du Vatican possède une admirable statue de Tibère, en marbre pentélique, qui a été trouvée à Piperno- Vecchio à la lin du siècle dernier, et que le gouvernement pontifical a payée 12,000 écus. L'empereur a le torse nu : sa toge, repliée sur ses genoux, forme des plis d'un beau style; son attitude est pleine de gravité et de noblesse. 11 y a au Louvre une statue qui a beaucoup de rapport aveu celle que nous venons de décrire, et une seconde qui a été trouvée à Capri et à laquelle nous consacrons ci-après un article spécial. Des bustes de % Tibère se voient au Capitole, à Rome ; au musée des Offices, à Florence; au musée des Etudes, àNaples; au Louvre et dans plusieurs autres galeries d'Europe.

Un tableau remarquable de M. Barrias, les Exilés de Tibère, appartient au musée du Luxembourg (v. exilés). M. Ch. Sellier a peint les Dernières années de Tibère dans l'iie de Caprëe, (Salon de IS97), et M. Jean-Paul Laurens la Mort de Tibère (Salon de 1864).

Tibère, statue antique en marbre de Paros ; musée du Louvre. Le successeur d'Auguste est représenté vêtu de la toge et tient dans sa main gauche le petit sceptre appelé scipion (bâton). • Si le troisième César, Tibère, n'avait pas un nom qui rappelle tous les crimes, la débauche, la perfidie, la cruauté, un nom souillé de sang et flétri par Tacite, c'est à sa statue qu'eût appartenu le premier rang, dit M. Viardot. Trouvée à Capri (l'ancienne Caprée), séjour préféré de ce tyran ombrageux, et remarquable par le bon goût de la pose, par les hardies délicatesses du ciseau, on peut la regarder comme une des plus belles œuvres de l'époque impériale. » L'exécution de la draperie est admirable de goût et de finesse et offre un modèle achevé de la toge,

TIBE

« ce beau vêtement dont les Romains étaient si fiers, qui les faisait appeler par ie reste du monde gens logata, et dont l'usage se perdit bientôt après, malgré les édits des empereurs. » Le bras droit et la main gauche sont" modernes. Hauteur, 2">,085.

TIBÈRE CONSTANTIN {Anicius Thrax Flavius Constantinus), empereur byzantin, né en Thrace, mort à Constantinople en 582. D'abord maître d'écriture, puis soldat, il devint capitaine des gardes de l'empereur Justin II, qui le désigna comme successeur en lui conférant le titre d'auguste (57-1) et lui laissa la complète direction des affaires. Le nouveau prince se montra cligne de'son élévation et prit pour modèles les Titus et les Antonins. Après avoir battu les Avares, il arrêta les progrès des Lombards en Italie, les empêcha de s'emparer de l'exarchat de Ravenne, fit une alliance avec Chilpéric, roi des Francs, continua la guerre contre les Perses et fut proclamé empereur à la mort de Justin (578). Il fit alors asseoir avec lui sur le troue Anastasie, qu'il avait épousée secrètement. L'impératrice Sophie, qui avait espéré devenir l'épouse du nouvel empereur, en fut tellement irritée qu'elle conspira pour le renverser ; mais le complot fut découverte, et Tibère .se borna à priver Sophie des honneurs dont elle jouissait alors. En 579, la guerre avec les Perses ayant recommencé, 11 les battit et revint triompher à Constantinople (581). Peu après, il fut atteint par une maladie grave et mourut après un règne trop court pour le bonheur de l'empire. C'était un prince bon, affable, d'un jugement droit, économe, qui diminua les taxes dont le peuple était accablé et s'attacha a répandre ses bienfaits sur les malheureux. Son gendre Maurice lui succéda.

TIBÈRE. ABS1MAUE (Tiberius Augustus), empereur d'Orient, mis à mort en 707. C'était un soldat de fortune, issu d'une famille obscure, qui parvint à un grade élevé dans l'armée sous le règne de Léonce et sut donner à l'armée une haute idée de ses talents. A la suite de revers éprouvés par le patrice Jean, qut combattait les Sarrasins, les troupes proclamèrent empereur Absimare (698).

Celui-ci joignit alors a son nom celui de Tibère, marcha contre les Sarrasins qu'il vainquit, puis se rendit à Constantinople, s'empara de l'empereur Léonce et le lit enfermer dans un couvent, après lui avoir fait couper le nez et les oreilles. Le ifouvel empereur essaya de gagner l'affection du peuple en réformant de nombreux abus et résolut de se défaire de Justinien II, renversé du trône par Léonce et qui aspirait à y remonter; mais ce prince prit la fuite, passa chez les Bulgares, en obtint des secours et marcha sur Constantinople, dont il se rendit maître. Tibère Absimare étant tombé entre ses mains, il lui fit trancher la tête, après avoir rassasié ses yeux du spectacle de sou humiliation, en se servant de lui comme d'un marchepied dans le cirque.

TIBÈRE (Alexandre), administrateur romain, d'origine juive, né fa. Alexandrie, mort vers 70 de notre ère. Il abjura le Judaïsme pour se faire païen, devint, en 46, gouverneur de la Judée et lit mettre en croix plusieurs propagateurs du christianisme, Tibère succéda à son père, sous Néron, comme gouverneur d'Alexandrie vers 63. Sous son administration, une violente sédition ayant éclaté parmi les Juifs d'Alexandrie, Tibère, après avoir vainement essayé de les faire rentrer dans le devoir, eut recours a une répression sanglante et mit. en cendres un quartier de la ville. Il jouit d'une grande faveur auprès de Vespasien, qu'il avait été un des premiers à proclamer empereur-, et devint un des lieutenants de Titus lors de la guerre que ce prince fit aux Juifs. On croit qu'il mourut pendant le siège de Jérusalem. 11 était neveu du cëièbre Philon le Juif.

TIBERGHIEN (Guillaume), philosophe belge, né à Bruxelles en 1819. 11 lit ses études à l'université libre de cette ville, sous la direction de M. H. Ahrens, qui lui enseignala doctrine philosophique de Krause. 11 prit part, en 1842, au concours universitaire qui venait d'être institué par le pouvoir législatif et remporta le premier prix en philosophie. Le mémoire couronné par le jury a pour titre : Essai théorique et historique sur la génération des connaissances humaines dans ses rapports avec la morale, lapolilique et la religion (1844, in-8°). Ce premier ouvrage, qui fut mis a l'index par la cour de Rome, décida de la carrière du lauréat. La philosophie devint alors le principal objet de ses études. M. G. Tiberghien présenta, eu I84C, une thèse sur la Théorie de l'infini, qui le fit recevoir docteur agrégé à la Faculté de philosophie de l'université de Bruxelles, où il remplaça comme professeur, en 1848, son maître Ahrens, nommé membre de l'Assemblée constituante de Francfort. Depuis cette époque, M. Tiberghien a continué son enseignement et publié une série d'ouvrages sur les diverses matières de ses cours. En 1854, il lit paraître une Esquisse de philosophie morale, précédée d'une Introduction à la métaphysique, où il a cherché à démontrer que tous les concepts fondamentaux de l'ordre moral peuvent logiquement se déduire de la notion de Dieu, prise comme principe de la science. C'est un essai de philosophie reli-

TIBE

gieuse développé sur le plan de Spinoza, mais réalisé sur la base de la personnalité de Dieu et de la liberté de l'homme. Loin d'être empreinte de l'esprit du panthéisme, cette doctrine s'accorde avec les principes du christianisme , qu'elle développe en prétendant le fonder uniquement sur la raison. Quelquesunes de ces théories, M. Tiberghien les a reprises en 1857 dans une série d'articles insérés dans la Libre recherche, revue dirigée par M. Pascal Duprat pendant son séjour en Belgique ; de la les Eludes sur la religion (1857, in-80), qui $mt suite à l'i?sçume. Depuis, M. Tiberghien a publié une Psychologie ou la Science de l'âme dans les limites de l'observation (IS62, in-8°) ; dans cet ouvrage remarquable, M. Tiberghien s'est attaché à modifier la philosophie cartésienne par les travaux de liant et de Krause. Il croit trouver dans la psychologie le point de départ de la science, combat toutes les doctrines extérioristes qui procèdent du dehors au dedans pour engendrer la conscience et essaye d'élargir le cadre de la critique de Kant en y faisant entrer la métaphysique. La partie expérimentale de ce livre est consacrée à analyser les propriétés de l'àme, ses facultés, ses forces, ses tendances, sa destination, en combinant tous ces aspects dans l'étude de la sexualité, du caractère, du tempérament, des dispositions et de l'individualité et en signalant à l'occasion les points où la logique, la morale, l'esthétique, le droit et la religion se greffent sur la psychologie. Une seconde édition de cet ouvrage n paru en 1868. Dans son traité intitulé : Logique ou la Science de la connaissance (1865, 2 vol. in-8«), M. Tiberghien définit la logique la science de la connaissance ou la théorie de la science. 11 s'agit ici de bien autre chose que de syllogistique, il s'agit des moyens, que nous avons pour acquérir et formuler les vérités certaines; c'est la recherche de la vérité de Malehranche, mise en rapport avec les travaux récents de l'Allemagne et défendue contre le3 tendances positivistes de la pensée contemporaine. Le premier volume est consacré à la formation de la connaissance humaine, à l'étude de ses lois et à l'examen de sa légitimité. Le second volume traite de l'organisation de la connaissance. En 1868, M. Tiberghien, après avoir donné une nouvelle Psychologie, publia une Introduction à la philosophie. Cet ouvrage expose sous une forme facile, en termes accessibles à tous les esprits cultivés, les vues générales de l'école de Krause sur Dieu, sur le monde, sur l'humanité, sur l'ensemble des sciences, qui toutes tiennent il la philosophie par leurs principes, et enfin sur le panenthéisme. On doit, eu outre, à M. Tiberghien divers écrits et de remarquables discours d'ouverture, qu'il a prononcés comme recteur et comme prorecteur de l'université de Bruxelles en 1807 et 1868, le premier dirigé contre le Positivisme, le second sur l'Observation, son râle et ses limites dans la science. Depuis plusieurs années, M. Tiberghien est à la tête du mouvement philosophique spiritualiste et libéral en Belgique.

TIBERI s. m. (ti-bé-ri). Métrol. Mesure de capacité usitée à Tripoli, pour -le commerce du blé et qui vaut environ 2!i',03.

T1BÉB.IADE, ville de la Turquie d'Asie.

Page 1