‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 120 sur 1042 · PÉRONÉ · texte numérisé non relu

PÉRONÉ

— Amputation tibio-tarsienne. Cette amputation compte un grand nombre de procédés, dont les principaux sont ceux de Syme, de Roux et de Baudens, que M. Chassaignac résume ainsi qu'il suit :

Procédé de Syme. Le lambeau est constitué par la peau du talon, qui offre résistance et solidité. Au niveau de l'extrémité inférieure des deux malléoles et sur le devant du cou-de-pied, on fait une incision transversale allant du bord antérieur de l'une au bord antérieur de l'autre malléole. On réunit les deux extrémités de cette incision par une autre incision qui coupe perpendiculairement la peau de la plante du pied, en suivant la direction de l'axe des malléoles. On dissèque alors le lambeau d'avant en arrière et de bas en haut jusqu'à l'insertion du tendon d'Achille, et ce n'est qu'après cette dissection qu'on pénètre dans l'articulation, en l'attaquant par la partie antérieure.

Procédé de Roux. Roux fait un lambeau avec la moitié interne de la peau du taion. On fait partir du scaDhoïde une incision d'abord transversale, qui s'arrondit pour gagner la ligne médiane du pied et se prolonge jusqu'à l'insertion du tendon d'Achille. On réunit les deux extrémités de cette première incision par une" autre incision légèrement courbe, qui passe au-dessous de la mailéole externe. On dissèque le lambeau interne de

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bas en haut, puis on fait pénétrer le couteau dans l'articulation en coupant les ligaments antérieurs et externes, en même temps que les tendons des muscles extenseurs et péroniers latéraux. On luxe alors le pied, en portant sa face plantaire en dedans, et le chirurgien, glissant alors le couteau parallèlement à la face interne de l'astragale et du calcanéum, coupe les ligaments internes, les muscles et les tendons, en se rapprochant toujours des os, afin d'éviter la lésion des nerfs et des vaisseaux plantaires.

Procédé de Baudens. On pratique deux incisions horizontales, qui commencent au niveau de l'insertion du tendon d'Achille au calcanéum, et viennent se réunir en s'arrondissant à quelques millimètres de lu commissure des orteils. Il en résulte une espèce de guêtre taillée aux dépens de la face dorsale du pied. Le lambeau circonscrit par ces incisions est formé par toutes les parties molles qui recouvrent les os, et, lorsqu il a été disséqué, on scie les malléoles, sans pénétrer dans l'articulation. Ce lambeau a l'avantage de s'appliquer, par son propre poids, sur les os sciés; mais cet avantage est compensé largement par l'inconvénient" d'une peau fine, sur laquelle la pression du poids du corps ne doit pas tarder à devenir douloureuse (Chassaignac, Traité de thérapeutique chirurgicale).

TIBISIRI s. m. (ti-bi-zi-ri). Bot. Espèce de palmier de la Guyane, qui fournit une fibre textile.

TIBOUCHINE s. f. (ti-bou-chi-ne). Bot, Genre d'arbustes, de la famille des mélastomacées, tribu des osbeckiées, dont l'espèce type croit à la Guyane.

— Encycl. La tibouchine est un arbrisseau à tiges tétragones, portant des feuilles opposées ; les fleurs, solitaires à l'aisselle des feuilles ou groupées en corymbes terminaux sur des pédoncules uni, bi ou triflores, présentent un calice écailleux à la surface, a base entourée de quatre à six écailles imbriquées et opposées en croix, à limbe divisé en cinq lobes; une corolle à cinq pétilles; dix étamines, à anthères bicornes à la base; un ovaire libre, surmonté d'un style simple terminé par cinq stigmates rayonnants ; le fruit est une capsule à cinq loges, «'ouvrant en cinq valves, et entourée à sa base par le calice persistant. Cet arbrisseau croit à la Guyane ; toutes ses parties exhalent une odeur agréable; on emploie ses fleurs, en infusion, comme pectorales. En Europe, la tibouchine ne se trouve guère que dans les jardins botaniques.

TIDKE, en latin Tiberis , en italien Tevere, rivière d'Italie. Il prend sa source en Toscane, dans les Apennins, au monlFumajolo, à 9 kilom. N.de Pieve-San-Stefuno, qu'il arrose, traverse avec impétuosité la vallée Tibérine, entre dans les anciens Etats de l'Eglise, reçoit à droite la Chiana, à gauche la Nera, le Teverone et l'Aja, passe à Rome, puis à Ostie, au-dessous de laquelle il se jette dans la mer Tyrrhénienne, par deux branches qui forment l'île Sacrée, et dont la plus septentrionale , appelée Fiumieino, a à peu près 4 kilom. et peut recevoir des bâtiments de 200 tonneaux ; la plus méridionale, qui a un développement de 7 kilom., se nomme Fiumara. Elle est très-ensablée. Le cours du Tibre est de 370 kilom. La navigation n'en est pas facile; son entretien demande des soins continuels, surtout aux abords de Rome et vers son embouchure. Ses bords sont malsains, et l'on n'y rencontre que peu d'endroits habités; ses eaux, toujours chargées d'un limon jaunâtre, sont de mauvaise qualité, de même que les poissons qu'elles nourrissent. Le Tibre entraîne beaucoup de sables qui s'amassent à son embouchure. Dans le temps de la fonte des neiges, les débordements du Tibre sont à craindre pour Rome, surtout s'ils concourent avec le vent du midi qui, repoussant les eaux du Tibre vers leur source, les empêche de se décharger dans la mer:

Betortis littore etrusco violenter undis.

Avec son lit bourbeux, ses eaux saumâtres, ' ses continuels débordements, le Tibre contribue puissamment à entretenir à l'état de marécage la campagne romaine, infectée par la malaria. Du temps de l'ancienne Rome, la ville était entourée de forêts, que le paganisme tenait en vénération. Après l'invasion des barbares, la campagne romaine fut déboisée en grande partie et devint marécageuse. Le Tibre, jusque-là contenu dans son lit, se répandit dans la plaine, par suite d'inondations fréquentes, et l'atmosphère se satura d'exhalaisons nauséabondes. En outre , sous l'administration pleine d'incurie des papes, on laissa l'embouchure du Tibre s'encombrer de sables apportés par la mer, ce qui entrava l'écoulement des eaux.. Depuis longtemps, il a été question de rectifier le cours duTibre, de l'endiguer, de le désensabler, pour arriver à la fois à dessécher les marais Pontins, à'supprimer parla même la pestilentielle malaria al à arrêter les débordements du fleuve. Sous le gouvernement des papes, on recula devant cette entreprise, tant par incurie que par suite des difficultés à surmonter et des dépenses énormes nécessitées par la réalisation de ce projet. Depuis que Rome est devenue la capitale de l'Italie

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(septembre 1870), la (question du Tibre est redevenue à l'ordre du jour, Le6janvier 1874, le conseil municipal de Rome s'occupa des travaux qu'il y aurait à faire dans la partie urbaine du fleuve pour arrêter les débordements. La dépense pour ce point seul fut évaluée à une quarantaine de millions, sur lesquels le gouvernement ne voulut se charger que de 15 millions, la ville et la province devant fournir environ 25 millions.- Aucune décision ne fut prise. A cette époque, il se constitua une commission pour l'exploration archéologique du Ut du fleuve, dans lequel on devait trouver un grand nombre de chefsd'œuvre d'art enfouis depuis des siècles. Toutefois, la question n'avait pas fait un pas, lorsque le grand patriote Gsiribaldi quitta Caprera pour venir siéger au Parlement à Rome. Depuis longtemps il avait étudié la question du Tibre, dans son ensemble et dans le but d'améliorer la condition sanitaire de Rome et de la campagne romaine. Il présenta alors le projet gigantesque qu'il résuma ainsi, le 4 mars 1875 : «Le détournement du Tibre, à gauche, a partir de Ponte-Millio, par une courbe autour de Rome, en le ramenant dans son lit à environ 3 kilom. au sud de la ville; la création, à l'embouchure du Tibre, près de Piumicino, d'un port commercial et militaire capable de recevoir les plus grands bâtiments ; ce port, qui sera construit dans les terres, servira aussi d'abri contre le mauvais temps. Une jetée d'environ 2 kilom. de longueur partira de la rive gauche du bras du Tibre à Piumicino ; et une seconde jetée d'environ l kilom., de la rive opposée, ce qui formera l'entrée du port et du canal de Piumicino; de petits navires remonteront du port, et vice versa, par le canal de Fiumicino, jusqu'à Ripagrande. L'assainissement et la mise en culture de la campagne de Rome et le détournement d'une partie des eaux de l'Aniane pour l'irrigation des terres une fois drainées sont des plans qui seront adoptés par la suite.» Garibaldi exposa ses projets à Victor-Emmanuel, aux ministres. Un conseil supérieur fut institué pour étudier la question. La Chambre des députés vota, le 16 juin 1S75, une première somme de 10 millions pour qu'il fût procédé a la correction du Tibre, sans adopter toutefois un projet déterminé. Depuis lors, au projet do Garibaldi, dont les dépenses peuvent être évaluées de 90 à 100 millions, te conseil supérieur a opposé un contre-projet consistant tout simplement à corriger le fleuve dans son parcours urbain par des élargissements, des endiguemeuts, des quais, etc., dont les dépenses sont évaluées a 45 millions. La question n'a pas encore été vidée au moment où nous écrivons ces lignes (février 1876).

Ce fleuve, appelé d'abord Aibula, à cause de la blancheur de ses eaux, prit le nom de Tibris d'un roi des Toscans, fameux, par ses brigandages, qui périt sur ses bords. Selon Tite-l.ive, Tiberinus, roi d'Albe, donna sou nom au Tibre, dans lequel il se nova. Mais c'est k'Rome que ce fleuve dut sa plusgrunde célébrité ; Virgile l'appelle ccelo gratissimus amitis. Parmi les nombreuses et sanglantes batailles qui ont été livrées sur les bords du Tibre, nous signalerons celle que Constantin remporta sur Maxenee l'an 312, victoire qui lui assura la paisible possession de l'empire.

Tibre (vues du). La campagne de Rome, cette grande école des paysagistes classiques, perd quelque chose de sa sévérité un peu morne sur les rives du Tibre ; ces rives ne sont ni très-accidentées, ni très- verdoyantes; mais l'eau, en tout paysage, forme un premier plan sur lequel aime à se reposer la vue, et otl're, dans les pays ensoleillés, des tons, des reflets, des scintillements qui sont bien propres à charmer les peintres. Le grand Poussin aimait à venir rêver sur les bords du Tibre ; il y conçut, dit-on, l'idée do son Moïse sauvé des eaux, en voyant une jeune mère soulever au-dessus du fleuve son enfant qu'elle venait d'y baigner. Un altiste contemporain, Léon Beiiouvilks, a mis celte anecdote en peinture. Claude Lorrain et le Guaspre, qui ont si souvent représenté les environs de Rome, ont choisi plusieurs fois d -s sites voisins du Tibre. Une vue «le ce fleuve, peinte au xne siècle par Jean Asselyn, appartient au musée du Louvre ; on y remarque des pâtres et leurs bestiaux traversant un gué, et, dans le fond, un pont de quatre arches protégé par une tour. Ce tableau, qui était autrefois à l'hôtel Lambert, a été gravé dans le Musée Français par Dequevauvilliers et dans les recueils de Pilhol et de Landon. John Both a gravé à l'eauforte une Vue du Tibre, avec des pécheurs. D'autres vues ont été gravées par J.-Ph. Le Bas et par J. Bacheley, d'après fJreeinberg; par J.-J. Aliamet, d'après Lacroix ; par John Boydell, par Ch. Damour, d'après H. de Chucatou (Salon de 1852), etc. Des Vues du Tibre, prises de l'Acqua-Acetosa, ont été peintes par Bodinier (Salon de 1835), Hipp. Lanoue (Salon de 1864), Achille Bciiouville (ijalou de 1867), Le tableau de Lanoue est un des meilleurs ouvrages de cet artiste : • Ce paysage, a dit Maxime Du Camp, est d'une extrême simplicité; la campagne romaine, coupée par les eaux tranquilles du fleuve, s'étend à perle de vue jusqu'aux montagnes qui bleuissent à l'horizon ; le coloris, àla fois très-ferme et limpide, fait valoir la pureté

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des lignes, qu'une lumière ambiante, trèsclaire sans être criarde, semble rendre plus nettes et plus solides. » Cette peinture appartient au musée du Luxembourg. D'autres Vues du Tibre ont été peintes par Paul Flan drin (Salon de 1845), William Wyld (Salon de 1849), Clésinger (Salon de 1864), F. Thomas (Salon de 1864), Anastasi (Salon de 1865), Gourlier (Salon de 1865), Besnus [Soleil couchant sur le Tibre, Salon de 1865), L. Français (les Bords du Tibre, le soir, Salon de 1866), etc. V. Rome (Vues de).

Tibre (le), groupe colossal antique en marbre pentélique. La fleuve y est représenté couché, le bras droit appuyé sur l'urne près de laquelle repose la louve de Mars avec ses nourrissons. Ii tient l'aviron et la corne d'abondance. Cette statue, ouvrage romain de la bonne époque, est d'une grandeur de style qui étonne. Elle fut découverte à la fin du xiv<* siècle sur l'emplacement du temple d'Isis et de Sera pis, à Rome. Le Tibre est actuellement dans les galeries du Louvre.

Théophile Gautier a dit de ce chef-d'œuvre : « Il est impossible de mieux exprimer la force tranquille et majestueuse, la sécurité puissante que dans celte statue, à demi couchée avec une nonchalance robuste au milieu d'attributs opulents. Comme on voit que l'orgueilleux fleuve pense que son onde intarissable baignera toujours les murs de la ville éternelle et coulera au milieu des Romains, maîtres du monde 1 » Cette admirable statue a été gravée par Ch. Alberti et par Béatrizet au xvie siècle, par J.-N. Laugier dans le Musée Napoléon, par Réveil dans les Galeries de l'histoire et des arts (III, pi. 245), etc.

Un tableau de Rubens, représentant le Tibre sous la figure d'un Fleuve inclinant un vase, se voit au palais Chigi, à Rome.

T1BULLE (Aulus Albiiis TiBuXMJs), poète latin, né, d'après la plupart des biographes, à Rome vers 54 av. J.-C., mort vers 19 av. J.-C. On n'a sur sa vie que des renseignements incertains. D'après deux de ses vers, on pourrait conjecturer qu'il naquit, non en 54, mais soit en 42, soit même en 81 av. J.-C. Ii dit en effet (liv. III, élég. v) :

Nalalem nostri primum videre parentes

Quum cecidit fato consul uterque pari.

■ Mes parents fêtèrent pour la première fois mon jour natal l'année où l'un et l'autre consul périrent d'une mort semblable. » Celte indication peut se rapporter à l'année 43 , où les deux consuls A. Hirtius et C. Vibrius Pansa périrent à la bataille de Modène. Mais si Tibuile était né en 43 ou en 42, suivant qu'on interprétera primum natalem par le jour natal ou par le premier anniversaire du jour natal, il n'aurait eu que douze ans en 29 av. J.-C, époque à laquelle il se buttait en Aquitaine, aux côtés de Messala. L'année 82 av. J.-C. est également marquée par la mort violente des deux consuls C. Marius et Cu. Papirius Corbo, tués tous deux en entrant en charge. L'indication de la v« élégie semble donc bien mieux s'adapter à cette année mémorable; mais alors Tibuile aurait eu cinquante-deux ou cinquante-trois ans lors de l'expédition de C. Messala en Aquitaine et environ soixante-trois ans à sa mort, arrivée dix ans après; Cela ne s'accorde guère avec les témoignages de ses contemporains, Ovide et Properce, qui parlent de lui comme d'un poète mort tout jeune, à la fleur de l'âge, avant d'avoir pu donner la mesure de son talent.

Quoi qu'il en soit, Tibuile appartenait a une famille de l'ordre équestre, fortement attachée à la république et que les proscriptions des triumvirs ruinèrent presque complètement. Elle avait possédé des biens considérables; c'était une haute maison, alla domus, comme il le dit lui-même; mais il ne lui restait de ses richesses que le regret : Nam mihi cum magnis opibus domus alla niteret, Cui fuerant...

Nunc desiderium svperest,

(Ad Messat., liv. iv.)

Il ne faut pas cependant exagérer la pauvreté de Tibuile ; c était une pauvreté relative. On a trop pris a la lettre le mot de pauvreté dont il se sert en parlant de son état. Ce mot, dans la bouche d'un homme dont la famille avait brillé (niteret) par de grandes richesses, n'a qu'une valeur relative. Il est certain que Tibuile, dévoué k Messala, zélé partisan de Brutus, un des meurtriers de César, fut tard rayé de la liste des proscrits (l'Octave , et qu'il perdit une grande partie de ses terres, comprises dans celles qu'Octave distribua à ses soldats pour les récompenser. Il fut moins heureux que Virgile, qui se plaignit si vivement de la spoliation et obtint 4,11e restitution partielle. On a. aussi remarqué que , si Tibuile a été le contemporain et l'ami d'Horace, il n'a pus été, comme lui, le favori et le flatteur d'Auguste. Le nom de cet empereur, célébré par tous les poètes de son temps, ne se trouve dans aucun des vers de Tibuile.

Les dieux lui avaient tout donné, dit Horace, la naissance, la figure, les grâces, la fortune et l'art d'en jouir.

. . . Di libi formam,

Di tibi divitias dederunt, artemque fruendi. Hqrat., epist, IV, 1. 1.

Il avait des amis qui l'honoraient, tels

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qu'Horace lui-même, Virgile, Properce et Ovide, qui a fait sur le tombeau de son ami une de ses meilleures élégies; enfin Cor vin us Messala, auquel il était tendrement attaché. Tibuile aimait ce général au point qu'il n'hésita pas à le suivre à la guerre, sans avoir une grande vocation , s'il faut l'en croire; car, tout chevalier qu'il était, il ne se piquait pas de savoir à fond le métier désarmes. Il voulut accompagner Messala en Cilicie lorsque celui-ci, consul en 31 av. J.-C, obtint le proconsulat d'Orient en sortant de charge. Tibuile s'embarqua avec lui, mais il tomba si dangereusement malade en route qu'on fut obligé de le laisser a Corcyre. C'est là que, chagrin de se voir dans un pays étranger, loin de ses amis, de sa mère, de sa sœur et de sa chère Délie, il composa l'élégie qui commence par ce vers ; Ibitis JSgeas sine me, Messala, per undas...,

• Tu iras sans moi, Messala, sur la mer Egée; mais puissiez-vous, ta suite et toi, garder mon souvenir, tandis que la maladie me retient enchaîné sur le rivage inconnu de la Phéaciel Eloigne, ô mort cruelle, éloigne de moi tes mains avides; ô mort cruelle, épargne-moi I Ici, je n'ai pas une mère qui puisse emporter sur sa poitrine gémissante mes ossements brûlés; je n'ai pas une sœur qui verse sur ma cendre des parfums d'Assyrie et pleure sur mon tombeau , les cheveux épars! Je n'ai pas non plus ma Délie; avant de me laisser quitter Rome, elle avait, m'a-ton dit, consulté tous les dieux. Trois fois elle fit tirer les sorts sacrés par un enfant du carrefour, et l'enfant ne ramena que les mêmes présages : tous annonçaient mon retour. Rien cependant ne put l'empêcher de verser des larmes ni de jeter un triste regard sur la route que j'allais suivre... »

Il revint en effet à Rome longtemps avant Messala, et ainsi se réalisèrent les sorts tirés trois fois par l'enfant du carrefour. L'année suivante, il put accompagner Messala, envoyé dans les Gaules, et il se vante même d'avoir pris une part active aux victoires du général :

Ifon sine me est tibi partus honos, Tarbeltœ Pyrene Teslis, et Oceani lillora Santonici. [rumna,

Teslis Avar, Rkodanusque celer, magnusque Ga- Carnuli et jlavi csrula lympha Liger.

(Elej;. VII, 1.1.)

• Tu as recueilli de la gloire, mais non sans moi; j'en prends a témoin Tarbelle, au pied des Pyrénées, les côtes de l'océan Santonique, la Saône, le Rhône rapide, la large Garonne et la Loire dont les liots bleus arrosent le pays du blond Carnute. • Il y a peut-être là. un peu d'hyperbole; la gloire militaire de Tibuile est bien éclipsée par sa gloire poétique. Ce qu'il fut surtout, c'est un poète et un amoureux. 11 s'occupait, en outre, d'ouvrages sérieux qui, sans doute pour n'avoir pas été achevés, ne sont pas venus jusqu'à nous. Une mort prématurée, sinon absolument dans la fleur de l'âge, ne lui permit pas d'y mettre Ja dernière main. Il était philosophe malgré sa vive sensibilité, ami de la campagne et des loisirs studieux, nullement courtisan, peut-être un peu mélancolique :

Il aimait les jardina, était prêtre de Flore ; Il Tétait da Fomone encore.

La Fontaine.

Ce devait être aussi un critique judicieux et estimé, à en juger par l'épltre que lui adresse Horace ( Ad Albium Tibullum , epist. IV, I, i) :

« Albius, jug^e toujours sincère de nos écrits, que fais-tu maintenant dans les champs de Pedum? Composes-tu quelque ouvrage qui doive effacer ceux de Cassius, que vit naître Parme? ou bien, errant en silence au milieu de la fraîcheur salutaire des forêts, médites-tu sur les devoirs du sage et de l'homme de bien? Ce n'est pas toi qui fus jamais un corps sans âme. Les dieux t'ont donné la beauté, ils t'ont donné la richesse, et avec elle l'art d'en jouir. Que pourrait souhaiter de plus une tendre nourrice à son enfant chéri, que la sagesse et le talent de bien dire, l'amabilité, la gloire, la santé avec profusion et une douce existence assurée par une fortune honnête? Au milieu des allernatives d'espérances et de tourments, de craintes et d'emportements, ne perds pas de vue que chaque jour qui luit peut être ton dernier jour. Ainsi te paraîtra délicieuse toute heure de la vie sur laquelle tu n'auras pas compté. Lorsque tu auras envie de rire, viens me voir; tu nie trouveras gras et brillant des soins que je donne h ma personne; tel, en un mot, qu'un pourceau du troupeau d'Epicure. •

On peut soupçonner dans cette épître, d'ailleurs franchement amicale, et qui témoigne si haut de l'estime d'Horace pour le jeune Tibuile, comme une arrière-pensée de ramener celui-ci à Auguste, sans doute par l'intermédiaire de Mécène ; mais il ne parait pas que l'ami de Messala ait fait un seul pas en ce sens; il se tint ferme , loin de la cour, et si, comme Gallus, il n'a pas conspiré contre le misérable piosciipteur de sa famille, arrivé par le crime et la fourberie à l'empire, tout indique au moins qu'il ne cessa jamais de haïr et de mépriser cet empereur si facile aux largesses envers ceux qui consentaient à le flatter. Ce n'est pas pour cela sans doute

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que Tibuile s'est abstenu de rendre à Horace les compliments qu'il en recevait; mais c'est un fait curieux h remarquer que , tandis que l'on trouve le nom de Tibuile bï honorablement placé dans les poésies d'Horace, le nom d'Horace ne se trouve nulle part dans les poésies de Tibuile.

Les œuvres de Tibuile se composent de quatre livres A'Elénies et d'un Panégyrique de Messala si médiocre, que certains critiques lui en ont refusé la paternité; ces* peut-être une composition de sa jeunesse. Ses élégies, outre les quelques renseignements dont nous avons parlé plus haut, n'en donnent plus guère que sur sa vie intime et sur ses maltresses. Il en a chanté trois : Délie, ISLéère et Nemésis. Ovide, dans l'élégie qu il lui a consacrée, dit que ses deux maîtresses, Némésis et Délie, assistèrent à ses funérailles. Des critiques se sont fondés là-dessus pour dire qneNéèreet Délie étaient la même femme, chantée par le poète sou3 deux noms qui d'ailleurs n'auraient été l'un et 1 autre que des pseudonymes; car Apulée nous apprend que Délie s'appelait Plania. Tout cela n'a pas grande importance, mais Tibuile a assuré, par son talent, l'immortalité aux femmes qu'il aima, et les érudits ont longuement disserté sur la question de savoir s il y en avait trois, ou seulement deux.

Les Elégies de Tibuile, auxquelles nous avons consacré un article spécial (v. élégib), lui ont mérité le surnom de PoG«e <ie l'amour, tant il sait rendre avec une énergie passionnée les diverses phases de tendresse, d'expansion, de crainte et de désespoir de ce sentiment humain par excellence. Cependant Tibuile n'est pas seulement le poète de lamour, il a plusieurs tons, et s'il eût vécu plus longtemps, comme le doux Virgile, quelque grand poêine de lui aurait, à ce que tout indique, enrichi la littérature latine. Il y a certes quelque chose de l'auteur des Géorgiques dans la première élégie du second livre, qui a pour titre Lustration champêtre. Il y chante les moissons et les abeilles comme Virgile. On peut citer encore \' Inauguration d'un pontife, qui est d'un style épique. On trouve dans les poésies de Tibuile, comme dans les autres élégiaques latins, plus de variété que ne semblent en permettre les bornes de ce qu'on nomme proprement élégie.

«Tibuile a moins de feu que Properce, dit La Harpe, mais il est plus tendre, plus délicat : c'est le poBte du sentiment. Il est surtout, comme écrivain, supérieur à tous ses rivaux. Son style est d'une élégance exquise, son froût est pur, sa composition irréprochable. Il a un charme d'expression qu'aucune traduction ne peut rendre, et il ne peut être bien senti que par le cœur. Une harmonie délicieuse porte au fond do l'âme les impressions les plus douces : c'est le livre des amants. Il a de plus ce goût pour la campagne qui s'accorde si bien avec l'amour ; car la nature est toujours plus belle quand on n'y voit qu'un seul objet.

i C est à Tibuile qu'il en faut revenir, c est lui qu'il faut relire quand on aime; c'est en le lisant qu'on se dit : Heureux l'homme d'une imagination tendre et flexible, qui joint au goût des voluptés délicates le talent de les retracer ; qui occupe ses heures de loisir à peindre ses moments d'ivresse et arrive à la gloire en chantant ses plaisirs! C'est pour lui que le travail de produire devient une nouvelle jouissance. Poui1 parler à notre âme, il n'a besoin que de répandre la sienne. Il nous associe a son bonheur en nous racontant ses illusions et ses souvenirs; et ses chants, pleins des douceurs de sa vie, ses chants qui ne semblaient faits que pour l'amour qui repose ou pour l'oreille de l'amitié conlidente, sont entendus de la dernière postérité.»

La première édition de Tibuile est de 1472 (in 4»), De puis lors, il en a paru un nombre considérable. Les plus remarquables sont celles de lieyne (Leipzig, 1777), de Voss (Heidelberg, 1811), de Huschk (Leipzig, 1819), de Golbery (Paris, 1826). Ou a de nombreuses traductions françaises, tant en prose qu'en vers, mais aucuue qui rende le charme, la vivacité, la profondeur mélancolique du poète. Les traductions récentes ne valent guère mieux que les anciennes. Il a été traduit d'abord eu prose (1618, in-8°) par l'abbé de Marolles, le grand traducteur du xvn° siècle, puis en vers par Gillet de Moivre et par un M. de La Chapelle; ces deux dernières traductions sont ridicules. Mentionnons encore les traductions en prose de Longchnmps (1776), dePastoret (1784), de Mirabeau (1790), et les traductions en vers de Molle vaut (1806) et de Baderon Suint- Gêniez (1814).

Tibuile ei Délie, opéra en un acte, paroles deFuzelier, musique de Mlle de Beaumesnil; représenté par l'Académie royale de musique le 15 mars 1784. M'ie Villard de Beaumesnil était une artiste de l'Opéra ; elle était bonne musicienne et douée d imagination. Elle eut quelque succès dans Castor et Pollux et dans Jphigénie. Son petit ouvrage fut bien accueilli du public. Elle n'avait fait d'ailleurs que remettre en musique les Saturnales, acte du ballet intitulé : les Fêtes grecques et romaines (13 juillet 1723).

T1BUR, aujourd'hui Tivoli, ville de l'ancienne Italie (Lntium). Elle était déjà puissante plusieurs siècles avant la fondation de Rome et fut bâtie sur un» cMiuo au pied de

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laquelle coulait l'Anio, qui y formait des cascades renommées. Sa situation était enchanteresse, son aspect délicieux, ses sites pittoresques. Au- temps de la puissance de Rome, les riches patriciens y possédaient des habitations de plaisance; la plupart des empereurs y eurent des -villas. Parmi les monuments construits par Adrien, les anciens mettaient au premier rang son palais de Tibur, dont les débris ont plus de dix milles de circuit, ill l'orna, ditSpartien, d'édifices admirables; on y voyait les noms des provinces et des lieux les plus remarquables, tels que le Lycée, l'Académie, le Prytanée, te Pœcile, Tempe, Canope, sans oublier le séjour des ombres.' Malheureusement nousnepouvons en juger que par des vestiges. Les murs de ce palais existentencore et offrent, au levant, une galerie longue de 225 palmes et large de 13-1 ■ c'était vraisemblablement l'appartement de 1 empereur. Au midi, il fit creuser au pied d'une colline quatre corridors pour représenter les enfers, sans doute d'après ce qu'il avait vu à Eleusis. Les champs E^-sées étaient à côté, et deux petites rivières, qu'il avait appelées Céphise et Ilissus, coulaient non loin de cet endroit. Il y avait aussi trois ou quatre théâtres, dont il nous reste une scène parfaitement conservée. A l'issue d'un festin somptueux, l'empereur y faisait représenter des tragédies, des comédies, des atellanes, des sumbuques, et on y récitait différents morceaux en vers et en prose. On croit reconnaître les restes du Pœcile dans un mur de 890 palmes de longueur, auquel sont adossés deux portiques, l'un au nord, l'autre au midi. Une vallée profonde, entre la ville de Tibur et ce palais, au milieu de laquelle coule un ruisseau bordé de roches assez élevées, offrait l'image de la vallée de Tempe. On ne s'était pas contenté d'imiter le temple de Jupiter Olympien; on en avait bâti un autre sur le modèle de celui de Sérapis à Canope, et on avait cherché à rappeler l'idée du canal qui passait près de cette ville, séjour de la philosophie et des plaisirs en Egypte, par un autre canal de 882 palmes de longueur sur 340 de largeur, dont le revêtement en pierre subsiste encore. On trouve aussi quelques vestiges du temple de Sérapis, où l'on distingue même des niches destinées à recevoir des statues égyptiennes d'ancien style. On a cru découvrir de légers indices de la représentation de la fontaine Aréthuse et du mausolée par lequel Artémise, reine de Carie, a fuit passer dans toutes les langues le nom de son époux. Un vaste bassin, revêtu de marbre jaune, servait à donner des naumachies; enfin, de grandes allées pavées en mosaïque, de belles cascades, et tout ce que l'art avait pu concevoir et exécuter, étaient réunis à Tibur. Cette maison de campagne était, dans toute l'acception du mot, une merveille.

Vers le milieu du xvo siècle, ces ruines furent visitées par le célèbre et savant ^Eneas Silvius, devenu pape sous le nom de Pie II ■ un de ses prédécesseurs, Martin V, avait voulu, quelque temps auparavant, en arrêter la dévastation. Environ cent cinquante ans après, on essaya du moins de sauver quelques-unes de ces précieuses reliques de l'art romain. Une salle entière du Capitole fut destinée à les recevoir sous Benoît XIV, et de nos jours, le musée Pio-Clémentin a été enrichi d'un grand nombre de ces débris, dispersés auparavant dans presque tous les cabinets de Rome. Cependant il reste encore dit Winckelniann, des découvertes à faire' pour nos derniers neveux.

Tibur est peut-être encore plus célèbre par le séjour d'Horace, auquel Mécène avait donné une petite maison de campagne attenante à sa propre villa. Le grand poëte a souvent chanté les sites charmants de Tibur et ce nom, immortalisé par ses vers, est resté dans notre langue pour désigner une demeure riante et champêtre, séjour favori de la poésie et des lettres. Auteuil était le Tibur de Boileau.

«Pénelon, l'abbé Fleury, l'abbé Laugeron, l'élite de l'Eglise et de la littérature sacrée', suivaient Bossuet dans sa retraite... Geimigny, maison de campagne de ce prélat, était un Tibur français de génie, de philosophie et de sainteté, supérieur, par les hommes et par les choses, au Tibur de Rome. >

Lamartine.

« Ce nom de Pétrarque signifiait l'amour sans espérance ici-bas, la félicité achetée par le sacrifice, les fiançailles dans la mort, le mariage dans l'éternité, en un mot la pensée de douleur qui s'exhale de chacune des relations humaines au moyen âge.

i Visites Vauoluse. Ce désert stérile, ces rochers, cette nature âpre et sauvage, ce glapissement des oiseaux de proie, tout dans ces lieux parle de sacrifice, de renoncement intérieur aux voluptés de la terre; ne cherche! pas dans cette Thébaïde de l'amour chrétien le Tibur d'Horace. »

Edgar Quinet.

TIBCRCE (saint), martyr en 232. Il embrassa le christianisme sur le conseil de son Irere Valérien, refusa d'adorer les faux dieux et lut décapité, avec son frère , à Rome. L'Eglise lea honore le 14 avril. — Un autre saint iimjRCB, fils dan préfet de Rome, fut con-

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