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morale violente, d'une sensation vivement ressentie, d'une grande frayeur, d'un éblouissement au milieu d'une lumière très-vive, de la colère, de la contrariété, de violents chagrins, d'habitudes vicieuses, etc.; il se développe de préférence dans un âge peu avancé et atteint les personnes chez lesquelles le tempérament nerveux est très-accusé. On l'a vu aussi succéder à des affections graves et à l'intoxication.
Le tic convulsif résiste généralement à tout traitement et, d'ailleurs, n'attire que rarement l'attention du médecin. L'âge, le séjour à la campagne, le grand air, une vie tranquille apportent d'heureuses modifications à cette infirmité; on réussirait peut-être à la guérir par une sorte d'étude appliquée à régulariser les contractions musculaires, comme on le fait pour le bégayement.
Le tic douloureux est une affection spasmodique des muscles de la face, qui diffère de la précédente en ce qu'elle accompagne constamment la névralgie faciale et qu'elle peut être ainsi regardée comme symptomatique de cette lésion. Le spasme convulsif est, dans ce cas, une conséquence de la douleur occasionnée par la névralgie ; il peut se montrer à la suite d'une blessure, d'une plaie de quelque importance, par suite d'une compression intempestive portant sur certains nerfs. C'est dans ces cas qu'on l'observe comme conséquence de l'application des appareils prothétiques de la bouche. Quant au reste, il est intimement lié à l'existence d'une affection névralgique et réclame le même traitement, c'est-à-dire les injections hypodermiques de morphine, de belladone, etc., l'emploi des antispasmodiques, des révulsifs cutanés, etc. V. névralgie.
— Art vétér. Parmi tous nos animaux domestiques, le cheval est celui chez lequel ces mouvements sont le plus remarqués; il en est même très-souvent déprécié, et il est trèsdifficile, pour ne pas dire impossible, de le corriger de ce défaut, du reste très-variable dans ses manifestations, i La manière la plus commune de tiquer du cheval, dit d'Arboval, consiste à se contourner l'encolure en arc, à s'encapuchonner en rapprochant le menton du poitrail et à faire entendre au fond du pharynx un bruit particulier pendant l'action de manger, une espèce de rot, en appuyant fortement les dents incisives supérieures sur le3 corps^ solides que l'animal trouve à sa portée, même sur les plus durs, ou bien en serrant avec les incisives supérieures et inférieures l'auge, le râtelier, le timon d'une voiture, la longe du licol, le billot de celle-ci, quelquefois même le sabot du pied ou tout autre objet qu'il peut saisir. Ce mode s'appelle tic d'appui, parce que, dans l'action qui le constitue, le cheval prend un point d'appui sur le corps qu'il ronge ou qu'il serre. Quand le tic d'appui existe depuis quelque temps, le bord externe des dents incisives est usé en biseau et irrégulièrement, soit à l'une et l'autre mâchoire, soit seulement à l'une des deux. Dans le cas où le cheval tique en se servant des incisives d'en haut et d'en bas, les pinces et les mitoyennes de dessus et de dessous paraissent usées ainsi ; dans le cas où il ne tique que des incisives de la mâchoire supérieure, les pinces et les mitoyennes de cette mâchoire sont seulement rasées; dans le cas, enfin, où il ne tique que des incisives de la mâchoire inférieure, l'usure des pinces et des mitoyennes de cette dernière le décèle. Assez ordinairement, l'animal ouvre un, peu la bouche et laisse tomber plus ou moins de salive, dont la sécrétion est augmentée par cette action de tiquer. » On a observé que les chevaux tiqueurs maigrissent; on l'a attribué à ce qu'ils se nourrissent mal et à la déperdition de salive qu'ils font et qui peut nuire aux actes de la digestion. Cependant on voit des chevaux tiqueurs qui se trouvent dans un bel état d'embonpoint.
La variété de tic appelée tic en l'air est plus rare que la précédente. Elle consiste dans l'actiou de porter le nez en haut, sans rien saisir avec les dents, sans appuyer les dents sur aucun corps. Cette variété, qui présente moins d'inconvénients que ta précédente, est aussi difficile à guérir. Une troisième variété, appelée tic de l'ours, consiste dans un balancement continuel, dans lequel le cheval, se posant alternativement sur un piedet sur l'autre, se porte tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, comme fait l'ours, et alors la tête se porte alternativement d'un côté à l'autre du refend de la stalle au devant de la mangeoire. Le cheval qui a contracté ce vice ne tique que pendant le- repos absolu, comme par désœuvrement, ou lorsqu'il attend sa ration. Il use ses longes extrêmement vite en raison du frottement continuel qu'elles éprouvent dans leurs anneaux.
Les causes de ce vice ne sont pas parfaitement connues. On admet cependant qu'elles se trouvent dans une lésion organique et ancienne de l'estomac ou de quelque autre partie du tube digestif. La contagion de l'exemple peut encore fournir une explication. Mais il importe peu que le tic soit produit par telle ou telle cause, puisqu'il est incontestable que cette habitude est généralement nuisible à l'animal qui l'a contractée, qu'elle peut nuire à su digestion, la rendre imparfaite, difficile, pénible, qu'elle peut même aller jusqu'à causer la mort quand on empêche la bête qui en est atteinte de s'y livrer. Il faut cependant
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reconnaître que quelquefois le tic se rencontre sur des animaux bien portants et ne présentant aucun dérangement digestif, mais c'est une exception assez rare. Les conditions dans lesquelles le tic apparaît ne sont pas rigoureusement les mêmes pour tous les animaux; habituellement, c'est pendant la digestion que le vice se manifeste. Certaines influences peuvent, sinon détruire cette habitude, du moins en suspendre momentanément la manifestation; ainsi, il est des animaux que la présence d'une personne inconnue, d'un animal étranger empêche de tiquer ; d'autres qui ne se livrent pas à cette habitude vicieuse quand ils sont attachés ou quand ils ont ont un collier, un licol, un bndon; d'autres, enfin, sur lesquels le changement d'habitation, de mangeoire produit momentanément le même effet.
On a fait quelques tentatives pour faire cesser le tic, et presque toutes consistent en obstacles variés à l'accomplissement de cette action. On a conseillé de mettre, au lieu de licol, un large collier de euir, qu'on serre
f>rogressivement et assez, fortement près de a tète ; d'autres ont employé des chaînes au lieu de longes de cuir pour attacher les animaux, et ont garni de tôle ou de morceaux de peau de mouton la laine tournée en dehors, le bord ou le fond de la mangeoire, les traverses et le bas des barreaux du râtelier; on a également fait garnir le devant du râtelier ou le bord de l'auge d'un cuir fort et lardé de clous à lattes, dont la pointe sort extérieurement. Quoi qu'il en soit de ces divers moyens, ils sont rarement suffisants. Aussi a-t-on eu l'idée plus naturelle do supprimer les mangeoires et les râteliers, de donner l'avoine dans un petit sac suspendu à la tête et de suspendre les fourrages avec une simple corde à la hauteur du râtelier; mais on n'a pas toujours réussi en étant au cheval les objets ordinaires sur lesquels il tique. Si le tic ne procédait que d'une simple habitude ou n'était que le résultat de l'imitation, l'industrie humaine pourrait peut-être parvenir un jour à améliorer ou perfectionner les moyens connus de le faire cesser ou à en inventer de meilleurs; il n'en résulterait aucun danger; mais si le tic procède de l'état des viscères digestifs, il serait important, avant tout, de s'assurer de cet état et de faire l'application du traitement particulier qu'il pourrait exiger.
La loi du 20 mai 1838 a rangé le tic sans usure des dents au nombre des cas rédhibitoires, avec délai de neuf jours pour intenter l'action , parce que ce défaut est presque toujours le symptôme d'une affection chronique de l'estomac et que l'absence d'usure des dents empêche de le reconnaître. Cette absence est une condition indispensable pour que le vice soit rédhibitoire, parce qu'alors il ne peut point être reconnu au moment de la livraison. Si donc il existe sur les dents des traces apparentes d'usure , quelque faibles qu'elles soient, la rédhibition n'est point admissible. On comprend qu'il s'agit uniquement de l'usure produite par le tic même, et que toute autre usure, provenant de causes naturelles, serait sans influence pour enlever au vice son caractère rédhibiloire.
Simple habitude vicieuse sans cause déterminée, le tic ne saurait être reconnu sur le cadavre, et il n'entraîne eonséquemment la rédhibition que s'il a été constaté durant la vie. Il n'a, du reste, jamais occasionné la mort de l'animal pendant les délais de garantie et ne le fera pas davantage à l'avenir sans être tellement visible à l'époque de la livraison qu'il serait impossible de le considérer comme un défaut caché.
TICAGE s. m. (ti-ka-je — rad. tic). Art vétér. Etat du cheval qui a des tics : Le ticagis est cas rédhibiloire.
TICAL s. m. (ti-kal). Métrol. Monnaie du royaume de Siam, dont la valeur conventionnelle est de 3 IV. 17. il PI. ticals.
T1CAN, divinité chinoise. V. Ti-kang.
TICAO, une /les îles Philippines, près et au N.-E. de l'île de Masbate et au S. de la péninsule S.-E. de l'Ile de Luçon, par 12" 30' de latit. N. et 121" 22' de longit. E. ; 50 kilom. de longueur et près de 18 kilom. dans sa moyenne grandeur en grande partie couverte de montagnes. On trouve sur sa côte E. le port de San-Jacinto, et au N.-O. celui de San-Miguel. Elle est bien arrosée et trèsproduciive. Les gâJions espagnols avaient coutume d'y relâcher pour s'y approvisionner dans leurs voyages d'Acapulco.
TICENUM ou TICINOM, ancienne ville de la Gaule Cisalpine, sur le fleuve de ce nom. Ses formidables fortifications lui donnèrent une importance très-considérable. La chute du royaume des Lombards, dont elle était la capitale, amena sa décadence, et elle perdit jusqu'à son nom, qui fut remplacé par celui de Pavia ou Papia, Pavie.
TICFAH, rivière des Etats-Unis. Elle prend sa source à 20 kilom. E. de Liberty, dans l'Etat de Mississipi, coule au S., entre dans l'Etat de Louisiane et se jette dans le lac de Maurepas, après un cours de 125 kilom.
T1CI1ATSCHECK (Joseph-Aloys), célèbre chanteur allemand , né à Oberweckelsdorl (Bohème) en 1807. Il fit ses études au gymnase de Braunau et fut en même temps chanteur baryton au couvent des bénédictins de
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cette ville jusqu'à l'âge de dix-sept ans, époque où sa voix se transforma tout à coup en une magnifique voix de ténor. En 1827, il alla à Vienne pour y étudier la médecine ; mais il ne renonça pas à son goût pour la' musique et chanta à diverses reprises dans les églises de cette ville. Il attira ainsi l'attention du chef des chœurs de Saint-Michel, Weinkopf, qui était en même temps chef de chœur au théâtre de la porte de Carinthie et qui l'engagea à se faire entendre sur le théâtre. Tichatscheck prit alors des leçons de chant de Ciecimara, fut admis dans le chœur de l'Opéra delà cour et y obtint, de temps à autre, quelque petit rôle. Il ne commença réellement sa carrière de soliste qu'en 1834 à Gratz ; il chanta ensuite à Vienne et à Dresde et fut engagé en 1838, dans cette dernière ville? au théâtre de la cour, auquel il appartenait encore en 1868, quoique, depuis quelques années, il n'y paraisse plus que comme membre honoraire dans un nombre restreint d'oeuvres lyriques; il est, en outre, chanteur de la musique d'église de la cour. Tichatscheck s'est fait entendre sur presque toutes les scènes de l'Allemagne, à Londres, à Amsterdam, a Stockholm, etc., et partout il a excité le plus vif enthousiasme. Au point de vue de l'ampleur et de l'étendue, la voix de cet artiste peut passer pour un phénomène. Elle triomphe toujours avec facilité des plus grands efforts, et, après une aussi longue carrière artistique, elle est encore d'une rare puissance. C'est surtout dans les ténors héroïques qu'il excelle; muis il a souvent paru avec succès dans les opéras-comiques. La fraîcheur, te naturel et une certaine originalité d'expression sont ses qualités distinctives ; mais sa méthode de chant n'est pas à l'abri de tout reproche.
Tichboroe (procès). Ce procès, le plus colossal et le plus compliqué qui se soit jamais vu de mémoire d'homme et d'avocat, a eu deux phases. Dans la première, le demandeur, qui prétendait être Roger Tichborne et qui fut plus tard reconnu être tout simplement un certain Arthur Orton, garçon boucher, originaire de Wapping, plaidait contre la famille Tichborne, afin d être mis en possession d'un héritage considérable, une fortune de près de 100 millions ; cette première instance nécessita des enquêtes en Angleterre, en Amérique, en Océanie , occupa cent deux audiences et donna prétexte à des plaidoiries qui durèrent plusieurs semaines; les dépositions des témoins rempliraient à elles seules une bibliothèque. Le prétendu Roger Tichborne fut débouté de sa demande. Dans la seconde affaire, il "comparut comme accusé de parjure sur vingt-six chefs et de calomnie contre un des membres de la famille Tichborne ; il s'agissait pour lui non plus de recueillir ou non l'héritage, mais de ne pas aller aux galères. Cette seconde phase du procès présenta les mêmes péripéties que la première ; près de cinq cents témoins turent appelés à grands frais de toutes lès parties du monde ; la cour y consacra cent quatre-vingt-huit audiences ; le défenseur de 1 accusé parla pendant plus d'un mois, et le résumé du président dura vingt jours. Le faux Roger Tichborne fut condamné à quatorze ans de servitude pénale.
Voici, dégagé de ses innombrables détails, l'ensemble de cette curieuse affaire : c'est tout un roman.
La famille Tichborne est une des plus anciennes et des plus opulentes de l'Angleterre ; les seuls revenus de la terre de Tichborne Park s'élèvent à plus de 600,000 francs. Ce domaine et tout le reste de la fortune patrimoniale, évaluée à 70 ou 80 millions, appartenaient en 1852 à sir Edward Doughty Tichborne, qui, n'ayant point d'enfants mâles, laissait pour héritier son frère, M. J aines Tichborne. Ce dernier avait épousé une tille de M. Seymour, élevée en France et toute Française par l'éducation : c'est la lady Tichborne du procès. Peu S3'mpathique à la famille, habitant plus souvent Paris que Londres, elle ne cessa toute sa vie de manifester des sentiments d'hostilité et de défiance visà-vis des parents de son mari. De ce mariage étaient nés deux enfants, Roger et Abel Tichborne. Le fils aine, Roger, né en 1830, reçut une éducation décousue, d'abord en France, sous divers précepteurs français, puis en Irlande, dans l'institution des jésuites de Stonyhurst. Il revint à Paris, jeune homme, fréquenta le boulevard, puis retourna eu Angleterre acheter uu brevet de lieutenant et servit, pendant trois années, dans un régiment de carabiniers. Roger Tichborne était studieux, aimait la lecture, avait l'esprit assez orné de connaissances générales; ses lettres montrent qu'il savait l'Histoire, le latin ; qu'il avait des notions de littérature assez étendues; mais, s'il parlait correctement le français, en revanche, il ècorchait l'anglais et le prononçait avec un accent ridicule. Les officiers, ses camarades, se moquaient de lui, s'amusaient à lui jouer de mauvais tours et, comme c'était un bon enfant, le prenaient volontiers pour plastron. Il se dégoûta de l'état militaire et résolut de voyager. A cette époque, son père et sa mère, qui n'avaient pas souvent vécu en bon accord, vivaient séparés l'un de l'autre, et Roger, élevé au milieu des orages de la famille, se plaisait davantage près de son oncle, sir Edward Doughty, le détenteur de l'immense fortune
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des Tichborne. 11 avait même demandé la main d'une de ses cousines,miss Kate Doughty, qu'il aimait, et se l'était vu refuser, puis accorder, mais avec la condition que te mariage se ferait plus tard, à une époque indéterminée. Ce fut sous l'influence de cette déception qu'il s'embarqua pour l'Amérique du Sud. Il arriva à Valparaiso en juin 1853, visita Santiago, Buenos-Ayr^s, les Cordillères ; il écrivait fréquemment à sa mère, à ses tantes et à ses amis. En février 1854, ayant appris la mort de son oncle, il renouvelait à un de ses ainis, Vincent Gasford, son espoir d'épouser à son retour miss Kate, maintenant que l'héritage avait passe dans les mains de son père et que rien ne semblait plus s'opposer a ce mariage. Comptant, avant son retour, visiter la Jamaïque et le Mexique, il s'embarqua à Rio-Janeiro, pour New- York, le 20 avril 1854 , sur le navire la Bella. Six jours après, ce navire périssait corps et biens ; la chaloupe sur laquelle s'étaient réfugiés les survivants du naufrage était retrouvée, la quille en l'air, par un bâtiment qui passait dans ce3 parages et qui ne put recueillir de la Bella que quelques épaves. Jamais on n'entendit dire qu'un des matelots ou des passagers de la Bella eût réussi à se sauver. Les compagnies d'assurance, après enquête, payèrent les primes aux armateurs, et il parut dès lors certain que Roger Tichborne était mort, ainsi qua tous ses compagnons d'infortune. A la mort de son père, l'héritage passa à son frère cadet, Abel, qui, étant mort lui-même en 1866, le laissa a un fils en bas âge.
Lady Tichborne n'avait pu croire à la mort de Roger j un naufrage, si complet qu'il soit, laisse toujours quelque place à l'espérance, et elle se persuadait que son fils avait pu, par miracle, échapper au sort commun, gagner à la nage le plus prochain rivage, et qu'il vivait probablement dans quelque lie déserte. Elle proposa à lord Tichborne de s'embarquer et de se mettre à sa recherche. Lord Tichborne, pur Anglais, froid et flegmatique, lui remontra que c'était de la folie; il avait lu tous les journaux, pris des renseignements positifs à l'amirauté, et Roger était bien mort. Lady Tichborne se contint jusqu'à ce que lord Tichborne eût passé lui-même de vie a trépas. Libre alors et maîtresse de ses actions, elle n'eut plus qu'une idée, retrouver son dis. Outre la tendresse maternelle, qui excuse bien des illusions, elle était poussée à cette recherche par des sentiments moins avouables. Le colossal héritage des Tichborne passait aux mains de son fils cadet, qu'elle aimait peut-être tout autant que l'aîné, mais dont la femme n'avait pu s'accorder avec elle. La belle-mère et la bru se détestaient cordialement, et la première avait de plus, contre la seconde, l'amer dépit de la voir en possession d'une fortune considérable. Ce fut bien pis, lorsque ce fils cadet, Abel Tichborne, étant mort, la jeune veuve eut en ses mains l'héritage, comme tutrice de son lils mineur, dernier héritier delà famille. Lady Tichborne couvrit alors les journaux anglais, américains et espagnols d'annonces promettant des récompenses fabuleuses à qui lui donnerait des nouvelles de son fils Roger ; elle fit chercher ce fils jusque sur les côtes d'Afrique et parmi les peuplades de l'Océanie; elle se plaisait à inquiéter sa bru par la nouvelle du retour du légitime possesseur, qui ne pouvait manquer de se retrouver un jour ou l'autre. Ces annonces étaient conçues en termes tels qu'elles semblaient destinées moins à avertir le fils, s'il vivait, qu'à donner à quelque hardi aventurier l'idée de se faire passer pour lui. Elles divulguaient, en effet, les renseignements les plus propres à faciliter la fraude. Quel besoin, par exemple, avait lady Tichborne d'avertir que sou fils portait sur le bras, en tatouage, trois lettres, R. O. T., et un dessin représentant la Foi, l'Espérance et la Charité? C'est cependant ce qu'elle fit publier à son de trompe par toute la presse et traduire dans toutes les langues. Elle divulguait de même une foule de particularités inutiles à faire connaître, à moins qu'elle ne supposât que Roger Tichborne en fut arrivé à ne plus savoir lui-même qui il était. Enfin, ses efforts et sa longue attente furent récompensés. Roger Tichborne donna de ses nouvelles en 1866; il vivait, il était, en attendant mieux, garçon boucher à Waga-Waga, au fond de l'Australie. La vieille douairière en pensa mourir de joie et expédia aussitôt à son cher Roger l'ordre de hâter son retour. Le cher Roger ne se pressa pas, car ce ne fut que plus d'un an après qu'il arriva en Europe.
La reconnaissance formelle de l'héritier de la fortune des Tichborne s'était faite dans lés circonstances suivantes. Lady Tichborne entretenait des relations avec une agence internationale, la Société des amis perdus, qui se charge de recueillir dans les deux mondes des renseignements sur les individus disparus et qui a des correspondants un peu partout. Deux de ceux-ci, les sieurs Gibbs et Cubitt, remarquèrent dans un cabaret de Waga- Waga un homme de trente-cinq à trente-six ans, c'est-à-dii'e de l'âge de Roger Tichborne, dont la pipe portait ces trois initiales : R. C. T. Ils prirent des renseignements et surent que cet individu, connu sous le nom de Tom Castro, garçon boucher, menait depuis longtemps une vie errante et aventureuse, qu'on ne savait au juste qui il était. On l'avait vu
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souvent graver, à la pointe d'un couteau ou d'un canif, les trois initiales R. C. T.; il parlait de toutes sortes de choses mystérieuses, disait qu'il était ftls d'une duchesse, qu'il avait droit par sa naissance de siéger à Londres dans la Chambre des lords, puis se taisait, comme s'il craignait d'en trop dire, et désavouait tout ce qu'il avait pu confesser dans un moment d'exaltation. Gibbs et Cubitt furent persuadés qu'ils avaient mis la main sur l'homme qu'ils cherchaient; ils interrogèrent le prétendu 'foin Castro, qui se fit beaucoup prier avant d'avouer qu'il était réellement Roger Tichborne. Il avait été sauvé, lors du naufrage de la Bella, par un bâtiment de commerce, l'Ûsprey, dont, malgré toutes les recherches faites plus tard, on ne put jamais retrouver le capitaine ni l'équipage, et depuis il avait vécu comme il avait pu, de toutes sortes de métiers, sans oser donner de ses nouvelles à sa famille, ce qui était bien inexplicable. Des gens, qui le connaissaient affirmaient l'avoir vu a Gippo-Land, où il portait le nom d'Arthur Orton, poursuivi à deux re-
f>rises pour vol de chevaux, et dans ce tempsà il ne parlait ni de sa mère duchesse ni d'un siège à la Chambre des lords. Ce qu'il y avait de plus'clair, c'est que depuis deux ou trois ans, c'est-à-dire depuis les annonces de lady Tichborne, il se préparait à jouer le rôle de l'héritier perdu. Gibbs et Cubitt étaient-ils de bonne foi ou furent-ils alléchés par l'appât des primes promises? Il faut laisser cela à leur conscience. Toujours est-il que, croyant ou feignant de croire à l'identité de Tom Castro avec Roger Tichborne, ils lui communiquèrent nombre de renseignements confidentiels qu'ils tenaient de lady Tichborne et le sollicitèrent vivement d'écrire à sa mère. Le prétendu Roger s'y décida enfin; mais quelle déception pour la douairière! Roger avait tout oublié, même l'orthographe; il ne savait plus un mot de français, ècorchait horriblement l'anglais, et son écriture, fine et distinguée autrefois, était celle d'un homme qui ne met que rarement la plume à la main. Quoique stylé par Gibbs et Cubitt, il commettait de lourdes méprises ; il demandait des nouvelles de son grand-père, mort longtemps avant qu'il eût quitté l'Angleterre. Seulement, pour bien constater son identité, il rappelait à lady Tichborne deux choses : « Souvenez-vous, lui disait-il, du signe brun au côté et de l'affaire des cartes. » Roger n'avait
.aucun signe brun au côté, lady Tichborne en était bien sûre, mais il lui sembla se rappeler qu'en effet autrefois Roger lui avait raconté une querelle de jeu à laquelle il avait assisté. C'en fut assez pour.elle et elle écrivit à Cubitt
-qu'elle était prête à reconnaître son fils ; dans toutes ses lettres postérieures, elle ne cessa d'appeler Tom Castro son cher fils et de le presser de venir la rejoindre. Le prétendu Roger hésitait toujours, et la condamnation aux travaux forcés qui a servi de conclusion à toute l'affaire justifie assez ses hésitations. Une longue correspondance s'établit entre lui ou ses agents et lady Tichborne; elle a été divulguée au cours des débats. On y voit que la douairière était décidée à le reconnaître, coûte que coûte, pour son fils; que les grossières erreurs commises par lui ne l'influençaient en rien. < Qu'il vienne, disait-elle, et je me charge d'établir son identité, » Cet empressement à accueillir un homme sur lequel Gibbs et Cubitt ne lui avaient donné que des renseignements dérisoires est si extraordinaire qu'il donne lieu de soupçonner fortement la complicité de lady Tichborne. On trouve aussi dans ses lettres le désir constamment exprimé de voir la découverte de l'héritier tenue secrète à l'égard de la famille, ce qui confirme encore ces soupçons. De son côté, le prétendu Roger, la voyant dans un état d'esprit aussi favorable et peu disposée à aller au fond des choses, se crut en droit de se plaindre de ce qu'elle se refusait à reconnaître son écriture et son orthographe comme étant celles de son fils. Il lui reproche d'avoir amené de fâcheuses complications par ce refus et il lui dit que, si elle persiste, il restera où il est. « Je ne tiens pas, disait-il, à quitter un pays où je jouis d'une excellente santé et ou je suis devenu très-corpulent. » Il venait, en effet, d'apprendre que Roger Tichborne avait quitté l'Angleterre mince et fluet et, étant tort gros, il jugeait nécessaire de préparer d'avance la douairière à le trouver bien engraissé. Enfin, deux vieux serviteurs de la famille, Bogie, ancien domestique de sir Edward Doughty, et Guilfroy, qui avait été jardinier à Tichborne Park, vinrent le trouver k Waga- Waga. Envoyés par lady Tichborne, ils reconnurent parfaitement Roger et, sous prétexte de lui remémorer certains faits de son enfance, des particularités que, seul, le vrai Roger pouvait connaître, ils les lui apprirent, l'assurèrent de la bonne volonté à toute épreuve de lady Tichborne et le décidèrent, enfin, a, s'embarquer. Il passa, accompagné des deux compères, à Panama et à New- York ; là, il savait que Roger Tichborne avait laissé chez divers banquiers des dépôts d'argent assez considérables et, quoiqu'il fût fort gêné, il se' donna bien de garde de se présenter à la caisse. De New-York, il fit voile pour l'Angleterre. Lady Tichborue était alors à Paris ; loin de se rendre auprès d'elle avec empressement, il partit aussitôt pour Wapping et l'enquête a révélé que sa première visite fut .pour le cabaret du Ulobe, ou il pèné-
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tra comme un vieil habitué, demanda un verre de sherry et questionna l'hôte sur ce qu'était devenue la famille Orton. Cette famille, qui probablement est la sienne, ne voulut pas témoigner contre lui; mais il demeura constant qu'elle avait reçu à la même époque des nouvelles d'Arthur Orton, disparu depuis longtemps; qu'il avait envoyé à 1 une de ses sœurs de l'argent et sa photographie ; or, cette photographie était celle du prétendu Roger Tiehborue. Au retour de Wapping. il se fit conduire par Bogie à Tichborne Pars, alors loué au colonel Lushington, auquel il se présenta sous le faux nom de Taylor ; il visita surtout la galerie de tableaux, cher* chant à se bien pénétrer de la physionomie de ses ancêtres, se faisant raconter leur vie et étudiant dans ses détails ce château dans lequel il avait dû passer sa jeunesse. Chemin faisant, Bogie le faisait reconnaître car d'anciens serviteurs de la famille, des fermiers, des paysans ; quelquefois même, le prétendu Tichborne les reconnaissait le premier, leur demandait des nouvelles de leurs enfants, leur rappelait des faits lointains, etc. Ce n'était pas bien difficile, puisque Bogie lui soufflait ce qu'il devait dire ; nombre de ces braves gens sont venus pourtant témoigner de leur profonde croyance dans l'identité d'un homme qui les avait si bien reconnus ; aucun, il est vrai, ne disait l'avoir reconnu lui-même, mais les voyages et les années peuvent changer considérablement la physionomie.
Muni des derniers renseignements et se croyant apte à jouer son personnage, il se rendit à Paris près de la douairière. Ce qui se passa dans 1 entrevue, personne ne le sait ; la seule chose certaine, cest que lady Tichborne annonça alors le retour du fils si longtemps attendu et que cette nouvelle fut accueillie dans la famille par de violentes protestations d'incrédulité. Il y avait, en effet, de quoi être incrédule; le nouveau Roger Tichborne était beaucoup plus grand et deux ou trois, fois plus gros que l'ancien ; ses manières ne rappelaient aucunement celles du gentleman dont on avait gardé le souvenir. Toute trace de culture littéraire avait disparu de son esprit ; on lui parle de Molière, et il croit que c'est un professeur d'une des pensions ou il a été élevé ; on lui rappelle les jésuites chez lesquels il a achevé son éducation, il croit que cette institution de jésuites est à Paris et n'a même pas idée de l'endroit où Stonyhurst est situé sur la' carte ; on lui demande s'il ne serait pas bien aise de revoir quelques-uns de ses camarades de régiment : il répond qu'ayant passé quinze jours à peine comme soldat aux gardes, il n'y connaît pas grand monde, et Roger Tichborne avait été trois ans officier de carabiniers. Il ne connaissait aucun des noms militaires de la Grande- Bretagne, pas même celui de son ancien colonel ; il avait tout oublié dans ses. voyages. Malgré ces déboires, que Bogie aurait pu lui épargner en le soufflant adroitement (mais peut-être avait-on éloigné Bogie), le faux Roger, toujours reconnu audacieusement comme vrai par lady Tichborne, croyait qu'il allait être mis en possession de. l'héritage ; la famille le força de s'adresser aux tribunaux, et alors commença devant la cour des plaids communs ce long procès qui surexcita d'abord, puis finit par fatiguer la curiosité publique. 11 s'ouvrit au mois de juin 1867. Tant que vécut lady Tichborne, elle subvint aux trais énormes que nécessite en Angleterre un procès de cette nature, et quand elle mourut, au milieu de l'année 1868, elle y avait déjà englouti plus d'un million. Avec elle, le réclamant, comme on l'appelait, perdait son principal appui, le seul témoignage qui pût militer en sa faveur et même il se voyait, faute de ressources, dans l'impossibilité de soutenir ses prétendus droits, Des souscriptions populaires vinrent à son aide. L'affaire Tichborne, dès ses débuts, avait violemment passionné les masses, et pour beaucoup de gens encore celui dont une enquête admirablement conduite a mis à jour toutes les manœuvres et qu'un arrêt solennel a flétri n'est que la malheureuse victime d'une des plus audacieuses spoliations qui aient jamais été pratiquées. C'est surtout par la classe ouvrière que les souscriptions lurent couvertes; les ouvriers trouvèrent moyen d'épargner sur leurs maigres salaires la somme énorme de 3 millions, à laquelle s'élevèrent le reste des frais du procès, à partir de la mort de la douairière, et l'entretien coûteux du réclamant, qui eut des chevaux, des voitures, des domestiques, un appartement somptueux. Il se monta même, ce qui est bien anglais, des sociétés par actions, dont les dividendes devaient être distribués le jour où l'on gagnerait le fameux procès ; l'héritage Tichborne y aurait passé tout entier. Cette foi aveugle de ses partisans est cependant bien inexplicable; toutes les fois qu'il n'était pas accompagné d'hommes de loi qui l'empêchaient de répondre aux questions indiscrètes, ou de compères qui le renseignaient adroitement, il ne commettait que des bévues. Etant allé chefc un de ses oncles, frère de sa mère, pour s'en faire reconnaître, il rencontre dans l'antichambre un vieux gentleman mis d'uue façontout à fait correcte, s'imagine que ce doit être l'oncle en question et tombe dans ses bras avec effusion ; c'était tout simplement le sommelior. Mis en présence de ses deux cousines, il ne reconnaît pas sa cousine J£»ctf , celle qu'il aimait tant nutrofols ; ou le met au pied du
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mur et on le force k la désigner; il tombe justement sur l'autre. Pour se venger de cet échec, il eut-recours plus tard à une audacieuse manœuvre; il déclara qu'avant son départ pour l'Amérique il avait séduit sa cou- Bine et que la preuve du fait se trouvait dans u,n paquet cacheté, remis autrefois par lui à 1 intendant de la f.imille. Le paquet fut, en effet, trouvé caché dans le château de Tichborne Park; mais, dans le procès criminel qui suivit le procès civil, l'accusé fut convaincu d'avoir fait placer là ces papiers par un de ses compères; les révélations qu'ils contenaient, déshonorantes pour miss Doughty, n étaient écrites ni de la main de Roger ni de celle de l'accusé. Enfin, aucun des officiers du régiment de carabiniers, où Roger Tichborne avait servi trois ans, ne reconnut le réclamant, et celui-ci ne put rappeler à aucun d'eux un fait qui le mit sur la voie, un indice quelconque qui laissât au moins place au doute. Dès les premières audiences, où toutes ces circonstances furent révélées, le jour était fait; mais l'opinion publique, pleine de prévention contre la famille Tichborne, se serait soulevée si la cause avait été jugée sommairement. D'ailleurs, le réclamant ne commettait plus aucune des bévues qui lui avaient été si contraires k ses débuts; plusieurs années s'étaient pasgées, il avait eu le temps de s'identifier plus complètement à son personnage; ses hommes de loi avaient touillé les archives de la famille et il connaissait maintenant sur le bout du doigt toute la parenté; toute la correspondance de Roger Tichborne lui avait été livrée par la douairière, il l'avait apprise par cœur et ne bronchait plus sur aucune question. Il lui .suffisait donc d'accuser de faux témoignage ceux^ qui révélaient ses premières méprises et d'hostilité systématique ceux qui refusaient de le reconnaître, pour donner de la valeur aux témoignages plus ou moins intéressés do ceux qui airirmaient voir eu lui le véritable Roger Tichborne, Une enquête fut ordonnée; un jury spécial dut s'embarquer pour 1 Amérique du Sud et l'Océanie, parcourir successivement les endroits où avait séjourné l'héritier et recueillir toutes les preuves possibles. Le réclamant -déclara qu'il suivrait le jury et qu'il se faisait fort de se faire reconnaître partout; mais, arrivé k Rio-Janeiro, il jugea prudent de disparaître et revint en Angleterre, laissant l'enquête se continuer sans lui. (Jette enquête fut désastreuse pour le réclamant. Il avait bien, en effet, séjourné dans quelques villes où Roger Tichborne avait aussi laissé quelques souvenirs, ®'c. est probablement ce qui lui avait donné 1 idée de se faire passer pour lui ; mais là on retrouvait les traces visibles de deux personnalités distinctes, l'une se rapportant à un riche gentleman, voyageant pour son plaisir, et 1 autre à un certain Arthur .Orton, vivant de toutes sortes de métiers, tantôt garçon boucher, tantôt marchand de chevaux, compromis dans maintes mauvaises affaires. Au Chili, que le réclamant disait avoir visité avant son naufrage, Roger Tichborne était tout à fait inconnu, même des personnes qu'il avait dites être de- ses amis, à Melipilla; mais toutes se rappelaient fort bien Arthur Orton. En Australie, on ne trouva trace que de ce dernier, qui y avait erré un peu partout sous les noms de Stevens, de Morgan et, en dernier lieu, de Toin Castro; il se cachait alors, étant fortement soupçonné d'avoir assommé un de ses amis, garçon boucher comme lui.
Au retour de la commission d'enquête, l'affaire fut reprise; l'on était k lacent-deuxième audience, on avait assisté au dénié d'une myriade de témoins, et l'attorney général parlait depuis vingt-trois jours, lorsque le chef du jury déclara, au nom de ses collègues , qu'ils étaient suffisamment éclairés. Cette déclaration équivalait k la condamnation du prétendu Roger; ses avocatsie comprirent ainsi, car ils déposèrent aussitôt le désistement de leur client. Mais alors le lord chief-justice, se levant à son tour, donna l'ordre d arrêter le réclamant comme coupable de faux témoignage et de le conduire à Newgate (mars 1872).
Un second procès allait s'ouvrir. Il y eut à Londres une agitation extraordinaire; on organisa des meetings ; des pétitions furent couvertes de milliers de signatures protestant contre la décision de la cour des plaids communs, et, lorsque la caution moyennant laquelle l'accusé pouvait être mis en liberté provisoire eut été fixée à 250,000 francs, cette somme fut immédiatement couverte par une souscription publique. Plus d'un million lui fut, en outre, offert pour qu'il pût faire les frais de ce second procès et continuer à vivre largement. Sorti de Newgate, il se vit acclamé dans les meetings et presque porté en triomphe. Partout il figurait escorté de deux membres du Parlement, MM. Whalley et Onslo'w, qui avaient pris fait et cause pour lui, mais qui, depuis, l'abandonnèrent.
L'affaire criminelle s'ouvrit au mois d'avril 1873 et fut close dans les premiers jours de mars 1874 par la condamnation de l'accusé, reconnu être Arthur Orton, garçon boucher, originaire de Wapping, à quatorze années de servitude pénale î sept années pour crime de parjure, 1 accusé ayant affirmé sous la foi du serment être Roger Tichborne, et sept autres années pour avoir affirmé, également par serment, <jn'i] avait séduit miss Doughty Tichborne. Ce n'est pue sans difficulté que
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l'on était arrivé, au bout d'un an d'enquêtes, de contre-enquêtes, de dépositions de témoins et de plaidoiries interminables, à cette solution définitive. L'accusé, toujours soutenu par une armée de fidèles et puisant dans le trésor inépuisable de"s souscriptions, avait suscité à la justice maintes difficultés. Ainsi, au moment où on le convainquait d'être Arthur Orton, il suscitait un faux Arthur Orton, en employant exactement les procédés mis enjeu parla douairière pour susciter un faux Tichborne, en promettant de grosses sommes à qui retrouverait cet Arthur Orton avec lequel on voulait l'identifier. Un Arthur Orton se présenta, non pas au tribunal, il était trop fin pour cela, mais au prétendu Roger, empocha 25,000 francs, déclara dans les journaux qu'il allait se faire reconnaître par la justice..., et disparut. Un autre individu,, le nommé Luie, se donnant comme le cuisinier du bâtiment qui avait recueilli Roger Tichborne, YOsprey, déclara, qu'il reconnaissait parfaitement Roger Tichborne dans le réclamant; cette déposition donnait à ce dernier un appui assez solide; malheureusement, ce Luie, reconnu à son tour au cours du procès pour un coquin de la pire espèce et arrêté alors sous la double prévention de bigamie et d'escroquerie, se voyant décidément trop de mauvaises affaires sur le dos, déclara qu'il n'avait jamais été cuisinier sur l'Osprey et qu'on lui avait acheté, argent comptant, sa déposition. C'était le dernier coup pour le faux Roger.
Après sa condamnation, il ne se découragea pourtant pas et interjeta appel devant la cour du banc de la reine ; la cause fut de nouveau pluidée, cette fois moins longuement. Parmi les juges se trouvait forcément le lord chiefjustice, sir Alexandre Cockburne, qui avait déjà présidé le procès criminel ; c'est une des anomalies de la justice anglaise. L'avocat du réclamant, le docteur Kenealy, plaida avec Une violence inouïe et menaça même le lord chief-justice « de l'asseoir pour jamais sur un banc d'infamie.» Lord Cockburne se contenta de réprimander doucement cette intempérance de langage ; mais, après que l'appel eut été rejeté, les avocats décidèrent que le docteur Kenealy serait rayé du tableau de l'ordre. Aussitôt, les partisans du prétendu Roger Tichborne lui offrirent une compensation éclatante; un siège était vacant à la Chambre des communes, ils y portèrent avec enthousiasme l'excentrique avocat, qui déclara que son premier acte à la Chambre serait dedéposer une pétition réclamant la révision du procès et le recommencement à nouveaux frais de toute la procédure. Il a tenu parole et invité la Chambre des communes, le 24 avril 1875, à prendre elle-même eu main l'affaire, à la juger en dernier ressort, toutes les juridictions légales étant épuisées. Sa motion a été rejetée par quatre cent trente-trois voix contre une, la sienne. Ainsi finit cette monstrueuse affaire qui, entamée en 1867, menaçait de survivre à la génération actuelle.
T1CHEV1LLE, village de France (Orne), cant. de Vimoutiers, arroud. d'Argenton ; ■437 hab. Fabriques de toiles. L'église, qui offre un beau portail du xio siècle, possède un bon tableau de Jean Jouvenet, la Trinité,
T1CHFIELD, bourg d'Angleterre (Hampshire), près de la rivière de son nom, à ls kilom. E.-S.-E. de Southampton et à 5 kiloin, O. de Fareham ; 4,000 hab. L'église renferme le tombeau de Thomas Writhesby, premier comte de Southampton. Aux environs, ruines du château de Tichtield, qui servit de refuge à Charles 1er.
TICHF1ELD, petite rivière d'Angleterre, qui se jette dans le détroit de Wight, près de la ville de son nom, après un cours de 36 kilom.
T1CHITE ou TYCHYTE, ville du désert de Sahara, probablement la Tagazsa de l'O., à 980 kilom. de Tombouctou Elle est bâtie sur une mine de sel, dont il se fait un grand commerce avec les contrées arrosées par le Dialiba.
TICHO-BRAHÉ, célèbre astronome. V. Ty-
CHO-BUAHÉ.
TICHODROME s. m. (ti-ko-dro-me — du gr. teichos, muraille; dromeà, je cours). Ornith. Genre de passereaux, de la famille des certhiudées, formé aux dépens des grimpereaux, et dont l'espèce type habite le midi de l'Europe : Peu d'oiseaux sont aussi tristes que le tichodrome des murailles. (Z. Gerbe.)
— Encycl. Les oiseaux de ce genre ont pour caractères génériques : un bec plus long que ta tête, faiblement arqué, gréte et cylindrique ; narines basales, nues, a moitié fermées par une membrane; ailes longues et arrondies; queue arrondie; tarse de la longueur du doigt médian, doigts longs et grêles, armés d'ongles longs, minces et extrêmement recourbés ; la langue, très-pointue, est large à la base. On connaît deux espèces difrentes : l'une, que l'on rencontre en Europe et en Asie, l'autre eu Asie seulement. Tout ce que le grimpereau fait sur les arbres, -le tichodrome le fait sur les murailles et les rochers coupés à pic. Il y grimpe, y loge et y pond. M. Krœmer a remarqué certains de ces oiseaux qui se tenaient de préférence dans les cimetières et qui pondaient leurs œufs dans les crânes humains. Ils volent en battant des ailes et sont vifs et remuants. Leur
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nourriture habituelle se compose de mouches, de fourmis et d'araignées. C'est surtout l'hiver que ces oiseaux paraissent dans les lieux habités, et, si l'on en croit Belon, on les entend de loin voler en l'air, lorsqu'ils arrivent des montagnes pour s'établir le long des murs des villes. Ils sont généralement seuls ou deux à deux. Le tichodrome se tient contre les pans verticaux des rochers, sur lesquels il se cramponne fortement. D'après Dégland, dans son Ornithologie européenne, c'est un oiseau qui vit solitaire sur les montagnes élevées. Il est si peu farouche qu'on peut l'approcher à quelques pas sans qu'il cherche à fuir. Si cependant on l'observe de trop près, il cesse ce qu'il avait commencé à faire et h son tour observe vos mouvements. .Quand il grimpe, il agite légèrement les ailes k chaque saut qu'il fait. Le tichodrome , dit Temminck, mue deux fois dans l'année; les mâles seuls prennent au printemps du noir à la gorge. Le tichodrome des muraiÙes, tichodroma muralis, a le dessus de la tête et le croupion d'un noir cendré; les joues, la gorge et le devant du cou d'un noir profond. Tout le dessous du corps est cendré, mais plus foncé que celui de la tête. Cet oiseau habite les contrées méridionales de l'Europe. On le trouve assez communément en France, dans les Pyrénées, dans les Hautes et Basses-Alpes et sur les montagnes de la Provence.
TICHONIE s. f. (ti-ko-nl — du gr. teichos, muraille). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des tinèides.
TICHORRHIN, 1NE adj. (ti-kor-rain — du gr. teichos, mur; rhin, nez). 2ool. Dont la voûte nasale est soutenue par une cloison verticale.
TICHOTRIPIS s. m. (ti-ko-tri-piss — du gr. teichos, muraille; tribâ, je brise). Entom. Genre d'insectes lépidoptères nocturnes, de la tribu des tinèides.
TIC1NOM, ancienne ville de la Gaule Cisalpine, dans le pays des Insubres. C'est sur l'emplacement de cette ville que se trouve aujourd'hui Pavie.
TICKELL (Thomas), poète anglais, né à Bridekirk (Cumberland) en 1686, mort en 1740. Il débuta dans la littérature par des éloges des œuvres d'Addison, qui lui valurent la protection de ce poète, ■ lequel, dit Johnson, l'initia aux affaires publiques. » A l'époque où la reine Anne négociait la paix avec la France, il publia la Perspective de la paix, dans laquelle il élevait la voix pour détourner la nation anglaise de ses idées de conquête et qui obtint rapidement six éditions, grâce surtout k la façon élogieuse dont Addison avait parlé de cet ouvrage dans le Spectateur. En 1717, Addison étant devenu secrétaire d'Etat rit nommer sous-secrétaire Tiekell, qui devint, en 1725, secrétaire du lord chief-justice d'Irlande; il occupa cet emploi jusqu'à sa mort. On a encore de lui : le Voyage royal, poème écrit à l'occasion de l'arrivée du roi George 1er et dont Johnson a fait cet éloge assez équivoque, « qu'il n'était ni sublime ni trivial; » une traduction en vers du premier chant de Ylliade, écrite en rivalité avec Pope, à la traduction duquel elle était préférée par Addison, mais non pas par Johnson, qui la mettait beaucoup au-dessous ; Lettre d'une lady en Angleterre à un gentleman à Avignon, dans laquelle Tiekell soutenait les droits de Georges de Hanovre au trône d'Angleterre. A la mort d'Addison, il publia une édition des œuvres de ce poète, en tète de laquelle il écrivit une élégie que Johnson regarde comme égale en élévation et en élégance aux meilleurs poëmes funéraires qui aient été écrits en langue anglaise.
T1CKELL (Richard), poète et littérateur anglais, parent du précèdent, mort à Hamptoncourt en 1793. Il remplit les fonctions do commissaire de l'administration du timbre et employa ses loisirs à cultiver les lettres. Tiekell se tua en tombant d'une fenêtre. On lui doit deux poèmes ingénieux, intitulés : le Projet et la Guirlande de l'élégance ou \'Art de la poésie sentimentale. Il a écrit, en outre, quelques opuscules, remarquables par un tour d'esprit original, plaisant et fin, notamment : Arguments rebattus contre l'administration, avec les réponses qu'ils comportent, à l'usage du nouveau Parlement (1780, in-go) et Anticipation des débats de la Chambre des communes, pamphlet dans lequei il imitait plaisamment la manière des principaux orateurs du Parlement et qui eut un vif succès. Les écrits de Tiekell ont été réimprimés en 1800.
TICKET s. m. (ti-kèt — mot ang].). Carte, billet d'entrée, cachet.
T1CKUILL, ville d'Angleterre (York), dans une vallée traversée par un torrent, à 10 kilom. S. de Doncaster; 3,500 hab. On y remarque l'église et les ruines d'un vieux château. Dans le fond de la vallée sont aussi les ruines d'un prieuré d'augustins, qui avait été fondé sous le règne de Henri III.
TICKNOR (George), littérateur américain, né à Boston en 1791. Il fut élevé au collège de Darmouth, étudia ensuite le droit et, en 1813, se fit inscrire au barreau de Boston. Bien qu'il eût acquis, en peu de temps, une grande réputation comme avocat, il négligea bientôt l'exercice de cette profession pour s'adonner à la littérature et, ayant conçu, par la lecture des ouvrages de Mme de Staël, une haute idée de la culture intellectuelle et