‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 123 sur 1042 · T1CT · texte numérisé non relu

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scientifique des Allemands', résolut d'aller compléter ses études en Allemagne, Il parfit en 1815 pour cette contrée en compagnie d'Everett, suivit avec lui, pendant deux ans, les cours de l'université de Gcettingue, où il s'occupa surtout de littérature classique et de belles-lettres, et visita ensuite Paris, Rome, Madrid, Lisbonne, Edimbourg et Londres. En Angleterre, il se lia avec .Southey et Walter Scott et, peu de temps avant son retour en Amérique, fut appelé à une chaire de langues modernes à l'université d'Harvard. Il l'occupa avec un succès remarquable jusqu'en 1835, époque où il y renonça à cause de la mauvaise santé de sa femme. Il se rendit alors en Europe avec sa famille, passa trois ans à voyager en Angleterre, en Allemagne, en France et en Italie, et devint l'ami des écrivains les plus remarquables de ces contrées. Depuis son retour dans sa patrie, il s'est exclusivement consacré aux travaux littéraires et s'est surtout occupé de la littérature espagnole, sur laquelle il avait recueilli pendant son séjour en Europe Une foule de documents inédits. Son principal ouvrage est une Histoire de la littérature espagnole (New-York et Londres, 1849, 3 vol.; 1865, 3e édit.), qui a été traduite en plusieurs langues, notamment en espagnol, avec les additions rie Vidal et de Gayangos, et en français par M. Magnabal (1864 et suiv., 3 vol. in-8°). Elle est regardée, non-seulement comme le meilleur travail qui ait été encore écrit sur ce sujet dans une langue quelconque, mais encore comme une mine précieuse pour ceux qui voudront à l'avenir s'occuper de recherches sur la même matière. Ticknor a encore publié : Œuvres posthumes de Nathaniel Appleton Haoen et Biographie de Prescott (1863). Il a, en outre, fourni à la North American Reviexo un grand nombre d'articles remarquables, entre autres une vie de La Fayette qui a obtenu de nombreuses rééditions, bien qu'elle donne prise par beaucoup d'endroits à la critique historique moderne.

Ticomeri, dialecte duMoxos, idiome américain. V. MOXO.

TICORÉE s. f. (ti-ko-ré). Bot. Genre d'arbres et d'arbrisseaux, de la famille des diosmées, tribu des cuspariées, comprenant huit espèces, qui croissent au Brésil et k la Guyane.

TICOU, groupe de petites Iles de l'océan Indien, près de la côte O. de Sumatra, par oo 6' de latit. S. et 96° 38' de longit. E. Elles sont boisées et habitées. Les Anglais et les Hollandais y avaient établi des comptoirs pour le poivre, mais ils en furent chassés en

T1COZZI (Stefano), littérateur et historien italien, né a Pasturo, province de Côme, en 1762, mort k Milan en 1836. 11 entra dans les ordres, se fit recevoir docteur en théologie à Pavie en 1782, puis devint curé de San- Giovanni, près de Lecco. Lorsque les FrançaisenvahirentlaLombardie en 1796,Ticozzi et son frère César, qui exerçait la profession d'avocat, favorisèrent le mouvement révolutionnaire, en sorte que, au retour des Autrichiens en 1799, ils furent arrêtés tous les deux et emprisonnés au Cattaro. Rendu à la liberté l'année suivante, grâce aux victoires des Français, Stefano Ticozzi remplit divers emplois pendant l'existence de la république italienne, épousa la nièce de i'historien Giannone, devint sous-préfet dans la Piave en 1806, puis préfet de ce département, perdit cette place lors de la chute de Napoléon et se retira alors à Milan, où il ne s'occupa plus que de travaux historiques et littéraires. Ticozzi est l'auteur de plusieurs ouvrages qui prou vent des connaissances très-variées. Nous citerons de lui : Trois dialogues sur les institutions claustrales (Bellune, 1810, in-4°) ; Histoire des littérateurs et des artistes du département de la Piave (Bellune, 1813, in-4°); Dictionnaire des peintres depuis la renaissance des arts jusqu'en 1800 (1818, 2 vol. in-8°), ouvrage qu'il remania et publia avec de nombreuses additions sous le titre de Dictionnaire des architectes, peintres, ciseleurs sur cuivre et sur pierre, etc., de tous les siècles et de toutes les nations (1830, 4 vol. in-8°); Considérations impartiales sur le gouvernement des Turcs (Milan, 1821, in-12); Recueil de nouvelles morales (Milan, 1830), etc. On lui doit des continuations des Siècles de la littérature italienne de Corniani (1832, 2 vol. in-4°); du Recueil des lettres sur la peinture, l'architecture et la sculpture, etc., de Bottari (8 vol. in-8°) et de l'Histoire de Milan de Verri (6 vol. in-12). Il avait, en outre, traduit en italien l'Histoire des républiques italiennes de Sismondi, l'Histoire des arts de d'Agincourt, l'Histoire de l'inquisition de Llorente, etc.

TIC TAC s. m. (tik-tak — onomatopée).

Bruit monotone, produit par un mouvement régulier : Le tic tac d'un moulin. Une pendule qui fait tic tac.

Quand je vois une Ailette, Soudain mon cœur fait ne tac.

DÉSAUaiERS.

Toutes mes dents claquent, Mon cœur fait tic tac Et mes genoux craquent.

COONIAKD.

TIC-TIC s. in. (tik-tik — onomatopée, du cri de l'oiseau). Ornith. Espèce de todier, de l'Amérique du Sud.

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TICTO s. m. (tik-to). Ichthyol. Espèce de cyprin, qui vit dans le sud-est du Bengale.

TIDAN-ELF, rivière de Suède (Skaraborg), qui sort d'un petit lac et se jette dans celui de Wener, à Mariestal, après un cours d'environ 130 kilom.

T1DEMÀN (Philippe), peintre allemand, né à Hambourg en 1657, mort en 1705. Il appartenait à une famille riche, qui s'opposa longtemps à ce qu'il suivit son goût pour les arts. Etant parvenu à vaincre cette résistance, il entra chez le peintre Naes, sous la direction duquel il étudia pendant plusieurs années, puis se rendit à Amsterdam, où il suivit les leçons de Lairesse, qui l'associa à ses travaux. Mais l'humeur difficile de ce maître le décida à se séparer de lui et, à partir de ce moment, il exécuta seul un grand nombre de travaux. Ses compositions, ingénieuses, savantes, pleines d'imagination, sont dessinées avec une grande correction, et son coloris ne manque ni d'éclat ni de force. On cite, parmi ses meilleures œuvres : Vénus se plaignant à Jupiter des persécutions dont Enée est l'objet et Junon priant Eole de détruire la flotte troyeune. On o de lui un grand nombre d'excellentes esquisses.

T1DEMAND (Adolphe), peintre danois, né à Mandai (Norvège) en 1815. Il commença en 1833 ses études artistiques à l'Académie de Copenhague, les continua, a dater de 1837, à celle de Dusseldorf et débuta, en 1841, par un grand tableau historique, dont le sujet était emprunté à la vie de Gustave Wasa. Bien que cette toile soit la seule qu'il ait exécutée dans ce genre, il n'eu montra pas moins dans ses compositions postérieures, qui représentent, en général, des scènes de la vie populaire, toutes les qualités caractéristiques d'un peintre d'histoire, c'est-à-dire la vigueur de la conception, la vivacité de l'expression, la science des caractères et le talent d'harmoniser les groupes. Après avoir visité successivement Munich, Rome et la Norvège, il revint à Dusseldorf, où il se consacra exclusivement à la peinture de genre, représentant presque toujours dans ses toiles des types et des épisodes de la vie du peuple norvégien. 11 exposa, à des intervalles tresrapprochés, une foule de tableaux de toutes les dimensions; mais celui qui établit les bases de sa réputation fut la grande toile dans laquelle il a peint l'Assemblée des Haugiens, et qui lui valut la médaille d'or de l'Académie de Berlin, le titre de membre ordinaire de cetie Académie et de l'ordre norvégien de Saint-Olof. Ce tableau, qui se trouve aujourd'hui a la galerie de Dusseldorf, a dû être reproduit plusieurs fois par l'artiste. Parmi ses autres œuvres, il faut citer : dix toiles représentant la Vie d'un paysan norvégien pour la villa royale d'Oskarhall, près de Christiania (1850); le Voyage de noces, la Nuit sur le fjord (reproduit irois fois) ; les Funérailles dans te fjord (1853) ; la Prière domestique (dans la galerie royale de Christiania); la Conteuse de légendes, les Paysans faisant de (a politique, la Vie des pâtres norvégiens, etc. T1DIKELK, territoire du Sahara algérien, dans le Touat. 11 comprend un certain nombre de villages, dont le principal est Msalah ou la Fontaine des saints. Les tribus qui l'habitent sont agricoles et pastorales. Ce sont les Ouled-Moktar, les Ouled-lialifa, les Ouled-Hamoun, les Et-Khouari, les Zenam et les Hammi-Aica.

T1DONE, rivière d'Italie. Elle prend sa source k 10 kilom. E. de Varzi, dans la province de Bobbio, traverse le Parmesan et, après un cours de 60 kilom., se jette dans le Pô, à 9 kilom. N.-O. de Plaisance. Sur ses bords, une année franco-espagnole battit les troupes sardo-allemandes en 1746.

T1DONG, lie de l'archipel de la Sonde (Malaisie), à l'entrée E. du détroit de la Sonde, par 5° 44' de latit. S. et 104° 4' de longit. E. ïidong est aussi connue sous le nom de Wapen-van-Hoorn.

T1DOR, He de la Malaisie néerlandaise, une des Moluques, près de la côte O. et à 12 kilom. de Gilolo, au S. de Ternate, dont elle est séparée par un canal sûr et qui offre un bon ancrage, par 0° 45' de latit. N. et 125" 5' de longit. E.; 18 kilom. de longueur sur autant de largeur; 12,000 hab., tous musulmans. Capitale Tidor. Sa surface, en général montueuse, est très-bien arrosée. Ses principales productions consistent en clous de girolle et autres épices; sagou, noix de coco, etc. Résidence d'un sultan vassal des •Hollandais et dont la domination s'étend aussi sur la partie S. de Gilolo et sur les lies de Vigiou, de Maisal et de Battanta. Toutefois, son pouvoir est très-précaire et dépend entièrement des Hollandais, qui élèvent et déposent les sultans selon que cela entre dans leurs vues commerciales. Découverte par Magellan,.rile fut occupée d'abord par les Espagnols, puis par les Portugais. A ces derniers succédèrent les Hollandais, qui en sont encore les maîtres.

TIÈBLE s. m. (ti-è-ble). Econ. rur. Nom donné, dans quelques départements, à l'endroit ou sont les ruches.

TIECK- (Louis), célèbre poète et littérateur allemand, né k Berlin en 1773, mort dans la même ville eu 1833. Il étudia sccessivement aux universités de Berlin, de Halle, de Gœttingue et d'Erlangen. Sa jeunesse n'offrit au-

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cun incident bien remarquable. Lorsqu'il débuta dans la carrière littéraire, l'Allemagne avait été déjà délivrée par Lesïing, Wieland, Herder, Gœthe et Schiller de cette littérature pseudo-classique qui vivait d'emprunts faits à l'antiquité grecque et romaine par l'intermédiaire des écrivains français du xvil« siècle ; les littérateurs cherchaient leur voie dans des directions différentes; les uns s'inspiraient directement de la Grèce, les autres de la vie moderne, ceux-là de Shakspeare et du moyen âge, le plus grand nombre de Rousseau. Le jeune Tieck écrivit en 1793 William Lowell, roman par lettres, qui n'est qu'une pâle copie de Werther. Il se détourna bientôt de ce genre pour chercher ailleurs une voie plus conforme à ce caractère mélangé de sensibilité naïve et d'ironie fantasque et fine qui te décèle dans l'ensemble de ses autres ouvrages. Abdallah et Pierre Leberecht, deux livres nui appartiennent h cette marne époque d effervescence philosophique et sentimentale, sont, le premier, un pastiche dans le genre oriental, déjà mis à la mode par Klinger; le second, un roman rationaliste et satirique d'une valeur médiocre.

C'est en 1797 que, chargé par un libraire de continuer les Contes populaires de Musajus, le Perrault allemand du xvme siècle, Tieck trouva la veine qu'il devait exploiter avec succès; il ajouta d'abord aux contes de Mutœus trois volumes qui n'en diffèrent que par une forme plus élégante et plus jeune. Cependant on y remarque déjà la manière heureuse avec laquelle il avait dramatisé le conte si connu de Barbe-Bleue. Sa liaison avec un jeune peintre, Waekenroder, contribua à la publication des Voyages de Sternbald. Sternbald est un jeune étudiant enthousiaste d'Albert Durer, qui va visiter l'Italie et dont les voyages servent de prétexte à l'auteur pour peindre la société du xvi*> siècle et l'opposer, avec son ardeur, ses croyances, son imagination vive et pittoresque, à la société rationaliste et bourgeoise du xvtne. Vers la même époque, Tieck entreprit de traduire en allemand le chef-d'œuvre de Cervantes et dota sa patrie d'une excellente traduction do Don Quichotte. Vers 1799, Tieck vint se fixer à lénu ; il s'y trouva avec les frères Schlegel, avec Novalis, Schelling, Solger. Tous ces jeunes esprits d'élite, quoique nés dans le protestantisme, se sentirent saisis du même amour pour le moyen âge catholique et chevaleresque et résolurent de travailler en commun à propager leurs idées par la critique et la poésie. Tieck fut dans l'association le poète chargé de dévoiler toutes les merveilles des vieux siècles et de reproduire la double physionomie du moyen âge, sa force grandiose et sa grâce naïve. Les amis de Tieck, surtout les Schlegel, sympathisaient mieux que lui avec le cosmopolitisme de Gcethe ; quant à lui, cantonné dans le moyen âge, il n'en voulait point sortir. Tieck fit deux parts de son talent créateur : tout ce qu'il avait de gravité, il le consacra à l'expression grande et sérieuse de la chevalerie ; tout ce qu'il avait d'ironie et d'humour, il le voua à mettre en présence, pour en tirer des contrastes comiques, les naïves et gracieuses chimères des vieux âges, le pédantisnie lourd et guindé, les rêveries alambiquées et la prosaïque trivialité de son temps. De là deux genres d'ouvrages parmi les compositions si nombreuses de cette période, la plus brillante (le sa carrière : ceux où il prend le moyen âge au sérieux et ceux où le moyen âge n'est pour lui que le prétexte de railler les travers et les sottises de son siècle. Au premier appartiennent le grand drame de Geneviève de Brabatit, celui ù'Octuvien et une sorte de Décaméron, sous le titre de Phantasus, qui contient des nouvelles et des contes en prose et en vers : les Quatre fils Aymon, V Histoire des amours de la belle Alaguelonne et du comte de Provence, le Rumemberg, les Fées, la Vie et la mort du petit Chaperon rouge; un recueil de Chants lyriques, choisis dans les Minnesingers de Souabe ; le drame de Forlunat et un recueil de poésies lyriques originales. A la seconde classe des ouvrages romantiques de Tieck appartiennent plus spécialement le Chat botté, comédie philosophique; Zerbino ou Voyage à la recherche du bun goût et le Monde renversé. Tieck a écrit, en outre, une innombrable quantité de nouvelles fantastiques, tantôt tragiques, tantôt plaisantes, et remarquables le plus souvent par un mélange bizarre d'ironie gracieuse et de fatalisme sombre qui leur donne une saveur toute particulière. Durant 'près de quarante ans, chaque année, les Taschenbùchers de l'Allemagne se sont enrichis de quelque nouvelle production de l'inépuisable conteur.

Tandis qu'il répandait ainsi en tout sens sa verve romantique, Tieck se livrait à une étude approfondie de Shakspeareet du théâtre antérieur à Shakspeare. Cette étude produisit deux volumes précieux sur ce théâtre peu connu et, quelques années plus tard, une sorte de roman historique destiné à peindre le milieu social dans lequel l'auteur de Macbeth et de Roméo développa son génie ; enrin, plus tard encore, Tieck compléta la traduction allemande du grand dramaturge anglais que son ami Schlegel avait laissée inachevée. A mesure que le goût du moyen âge s'affaiblissait en Allemagne, la verve romantique s'épuisait un peu chez Tieck. Vers 1820, il commença à se livrer au roman historique

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pur, aux œuvres de, critique et au roman intime; en 1826, il publia son roman intitulé la Révolte dans les Cèvennes. Fixé depuis 1829 à Dresde, où le roi de Saxe l'avait appelé et le traitait avec une bienveillance marquée, Use consacra pendant plusieurs années à la critique théâtrale ; ses divers essais en ce genre furent réunis en deux volumes (1836) ; puis il essaya du genre moderne et bourgeois, jadis tant raillé par lui, et il écrivit dans ce genre un ouvrage assez médiocre. Enfin, sans parler des nouvelles toujours abondantes sous sa plume, en 1840, après quarante-cinq ans de fécondité, il publia un nouveau roman historique, Victoria Accorambona, où l'absence de toute fantaisie rendit plus sensibles les défauts de diffusion et d'incohérence qui sont le côté faible de son talent.

A l'époque de son séjour à Dresde, il avait ajouté un nouveau titre de célébrité à tous ceux qu'il possédait déjà. Il n'était bruit en Allemagne que de son merveilleux talent de lecteur. Durant des soirées entières, il lisait à ses amis les principaux chefs-d'œuvre dramatiques de l'antiquité et des temps modernes, et ces séances étaient, dit-on, fort courues. Gœthe lui-même n'avait pas de plus grande jouissance, quand Tieck le visitait à Weimar, que de le prier de lui lire quelques pages. Enrtn, sur ses vieux jours, Tieck ne put résister aux invitations réitérées du roi de Prusse et il vint s'établir à Berlin, où il finit ses jours, entouré de l'estime et de la sympathie publiques.

Tieck fut marié très-jeune encore avec la fille du pasteur Alberti de Hambourg; il eut de ce mariage deux filles, dont l'aînée, qui était une personne remarquable par son savoir et son talent poétique, est morte en 1841. Comme homme privé, 1 illustre écrivain était, dit-on, doué des qualités les plus aimables. Bon, affectueux, spirituel, sa conversation et son caractère offraient autant d'attrait que son talent.

Les nombreux ouvrages de Tieck, certainement l'un des plus féconds écrivains de ce siècle, doivent à leur caractère plus spécialement national de n'avoir jamais obtenu à l'étranger la raâme popularité que les pro* ductions de Gœthe ou de Schiller.; depuis longtemps déjà, même eu Allemagne, l'auteur de Geneviève et de Phantasus n'exerce plus sur la masse du public cette influence qu'il devait au mouvement d'idées dont sa poésie était l'expression la plus franche, la plus éclatante et en mètne temps la plus exclusive. Cependant, le nom de Tieck est à jamais classé parmi les noms les plus illustres de la belle époque de la littérature allemande; son passage dans l'histoire littéraire de son pays a laissé une trace qui no s'effacera pus, et, malgré l'ingratitude dédaigneuse de quelques coryphées de cette école bruyante qui s'est appelée la jeûna Allemagne, la postérité ne saurait oublier que, lorsque l' Allemagne s'appliquait depuis des siècles à singer lourdement le goût français, Tieck fut un des hommes qui contribuèrent le plusénergiqiiement à la pousser dans une voie nouvelle, à la doter d'une littérature originale et à lui l'aire exercer à son tour une part de cette dictature intellectuelle qu'elle avait si longtemps subie.

« Parmi les écrivains de la nouvelle école allemande, dit Mme de Staël, Tieck est celui qui a le plus le sentiment de la plaisanterie. 11 intéresse surtout par la direction qu'il suit donner à ce talent de moquerie; il le tourne tout entier contre l'esprit calculateur et prosaïque, et comme la plupart des plaisanteries de société ont pour but de jeter du ridicule sur l'enthousiasme, on aime l'auteur qui ose prendre corps à corps la prudence, l'égoïsme, toutes ces choses prétendues raisonnables, derrière lesquelles les gens médiocres se croient en sûreté, pour lancer des traits contre les caractères ou les talents supérieurs. Ls s'appuient sur ce qu'ils appellent une j uste mesure pour blâmer tout ce qui se distingue, et tandis que l'élégance consiste dans l'abondance superflue des objets de luxe extérieur, on dirait que cette même élégance interdit le luxe dans l'esprit, l'exaltation dans les sentiments, enrin tout ce qui ne sert pas immédiatement à faire prospérer les affaires de ce inonde. L'égoïsme moiierne a 1 art do louer toujours dans chaque chose la réserve et la mouération, afin de se masquer en sugesse, et ce n'est qu'à la longue qu'on s'est aperçu que de telles opinions pourraient bien anéantir le génie des beaux-arts, la générosité, l'amour et la religion ; que resterait-il après qui valût la peine de vivre? «

TIECK (Chrétien-Frédéric), sculpteur allemand, frère du précédent, né & Berlin en 1776, mort en 1851. Il commença l'étude de son art dans l'atelier de Schadow, se rendit eu 1798 à Paris, où il entra dans celui de David, et, en 1801, fut chargé de la décoration d'une partie du nouveau château de Weimar. Il exécuta aussi, k cette époque, dans la meute ville, un grand nombre de bustes, entre autres ceux de F. -A. Wolf, de J.-H. Voss, de Gœthe, etc. En 1805, il entreprit, en compagnie de son frère, du baron de Rumohr et des frères Riepenhausen, uu voyage en Italie, où, tout en continuant avec ardeur ses études,-il produisit encore plusieurs bustes remarquables, tels que ceux du cardinal Soiuinaglia, de la grande-duchesse Marie-Anne, etc. Le prince royal de Bavière, Louis, l'appela

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