‹ Grand dictionnaire Universel du XIXe siècle, vol. 15Chapitre 159 sur 1042 · TISSAGE, FILATURE, TISSU · texte numérisé non relu

TISSAGE, FILATURE, TISSU

Tianerand de Ségotie (le) [El Texedor de Segovia], drame de Juan Ruiz Ue Alarcon, une des plus puissantes conceptions de ce grand poète (deux parties de chacune trois journées, en vers). Le Tisserand de Ségovie, c'est le drame de l'héroïsme et de la vengeance, de la vengeance horrible, acharnée jusqu'à la mort. Le poëte a tiré de son invention les situations les plus saisissantes. L'alcade de Madrid, don Bertrand Ramirez de Vargas, un de ces magistrats intègres que le théâtre espagnol aime à mettre en scène, fort aimé du roi Alphonse (xive siècle), est chargé de poursuivre une enquête sur un complot. Deux assassins, surpris, ont été tués dans la chambre même du roi; l'alcade trouve sur le cadavre de l'un d'eux des lettres prouvant la complicité d'un des favoris d'Alphonse, le marquis de Suero- Pelaez, et de son fils, le comte Julien. Ramirez hésite à perdre cet homme qu'il aime ; il lui remet l'enveloppe des lettres en lui disant : « Prenez ces papiers et lisez les noms, vous verrez ce dont il s'agit. Vous vous répondrez à vous-même et vous saurez ce que vous avez à faire. Je garde les lettres, gardez les enveloppes. Je vous sauve la vie. ■ Le marquis aussitôt brûle les enveloppes et dénonce l'alcade. « On trouvera, dit- il, sur lui, -des papiers qui le convaincront du complot. » Ramirez est arrêté, jugé, condamné. Lorsque son fils, capitaine dans l'armée, revient de Grenade où il a accompli des prodiges, le roi refuse de l'entendre et, faisant écarter une draperie, lui montre le cadavre de son père décapité. Le jeune homme tire son épée ; on se jette sur lui, il s'ouvre un passage et, parcourant les rues de Madrid, se réfugie dans la vieille église de Saint-Martin, où on l'assiège.

L'alcade laissait aussi une fille, do2a Anna, d'une merveilleuse beauté et en même temps d'un héroïsme chevaleresque. Le comte Julien, qui vient avec des troupes cerner et fouiller la maison de l'alcade, s'éprend vivement de cette Hère amazone, qui lui dispute l'entrée un poignard à la main. Il la compare à Junon courroucée, à Pallas guerrière, à Diane armée. • Je ne suis ni Junon, ni Pallas, ni Diane, lui répond-elle, mais pour le cœur et pour la vertu je les vaux toutes. » Elle cède cependant devant les ordres du roi, et le comte la fait garder à vue par ses soldats, espérant bien triompher d'elle un jour ou l'autre. Cependant on assiège toujours le fils de l'alcade dans cette vieille église où il s'est retranché avec quelques amis; on en mineles murs, on y met le feu, on réduit les assiégés par la famine. Ils vont succomber, lorsqu'une noble femme des environs, Maria de Luxan, s'éprend de cet héroïsme indomptable, pénètre dans l'église par les caveaux et apporte des uliments à la petite troupe. Fernand s'échappe par ces mêmes conduits souterrains et rentre dans la maison paternelle. Les sentinelles du comte croisent leurs piques. « Imbéciles, s'écrie son valet, enveloppé dans sa cape comme lui, ne recon-

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naissez-vous pas le comte Julien ?» On la laisse passer. Son plan est bien arrêté : il tuera sa sœur, coupable ou non, pour ne pas la laisser entre les mains de son ennemi ; en effet, dans une scène d'une rare éloquence, il la décide à s'empoisonner, et, quittant cette mai* son funeste, il retourne dans la vieille église. Maria de Luxan, à qui il promet sa foi au milieu des tombeaux du souterrain, le décide à fuir à Ségovie. Il revêt de ses habits le cadavre d'un gentilhomme récemment inhumé , dont il rend les traits méconnaissables, et, mort désormais pour tout le inonde, va se faire, avec sa femme, tisserand à Ségovie, dans le quartier des artisans. « Tu tisseras ta toile et ta vengeance, » lui dit Maria de Luxan.

C'est là que s'ouvre la seconde partie de ce beau drame. Sa sœur n'est pas morte, et elle est devenue la maîtresse du comte Julien, qui l'emmène dans une de ses villas, près de Ségovie. Mais, léger dans ses amours, il s'éprend de la femme du tisserand, qu'il ne reconnaît pas. Un jour, il entre chez elle et dit au mari, avec sa nonchalance de gentilhomme : « Bonhomme, va faire un tour de promenade; j'ai à parler à ta femme. » Fernand se jette sur lui et le blesse. On le jette en prison, les fers aux pieds et aux mains; mais il soulève les détenus et s'évade avec eux par un moyen héroïque : il se fait fendre le crâne d'un coup de couteau, pour être transporté à l'infirmerie, et, comme on lui a laissé ses menottes, se mutile une main pour rendre l'autre libre. Le voici salteador, à la tête d'une bande déterminée ; sa chère femme, qui a échappé au comte, l'accompagne partout. Il découvre enfin la retraite du comte et de sa sœur, l'envahit avec sa bande et force Julien à épouser do&a Anna. Le mariage consommé , F'ernand se retourne vers son ennemi.» Me reconnais-tu, comte? — Oui, à votre valeur, même avant que vous eussiez quitté votre masque. — Qui suis-je ? — Vous êtes le tisserand, je ne vous ai pas oublié. — Alors vous ne m avez pas encore reconnu. Regardez-moi mieux, comte. — Maintenant, je pense que, si je pouvais voir le portrait do Fernand Ramirez sur votre figure, vous seriez ce portrait. —Je suis Fernand ttamirez, comte. -r Dieu me sauve! je vous ai vu mort, je vous ai vu mettre au sépulcre ! • Fernand lui demande compte de l'assassinat juridique de son père, du déshonneur de sa sœur, de la séduction tentéo sur sa femme. Pour la sœur, Julien répond qu'en l'épousant il a tout réparé. « Votre main lui a. rendu son honneur, lui dit Julien; votre mort me rendraie mienl» Il le force de prendre une épée et le tue. Reste le père, le marquis de Suero-Pelaez, instigateur de la condamnation de l'alcade. Il est en train de guerroyer contre les Maures, et Fernand à la tête de ses braves l'aide à remporter la victoire ; mais, les Maures mis en fuite, il s'élance sur le marquis, l'épée haute. « Défends-toi, marquis, lui crie-t-il. — Qui es-tu, pourquoi tourner contre les chrétiens l'épée qui a vaincu les Maures î — Je la tourne contre toi seul; je suis Fernand Ramirez de Vargas I Paye de ta vie la vie que tu as enlevée à mon père I » Et il le frappe au cœur.

Tel est, dans ses grandes lignes, ce drame, ou plutôt tels sont ces deux drames pleins de passion farouche, de péripéties, écrits avec cette entraînante verve de dialogue, cette rapidité de scènes où brille le 'génie d'Alarcon. C'est un chef-d'œuvre de mouvement et de vie. M. Ph. Chasles en a donné une saisissante analyse dans ses Etudes sur l'Espagne.

TISSERANDEBIE s. f. (ti-se-ran-de-r! — rad. tisserand). Profession de ceux qui tissent ou qui vendent les ouvrages faits parles tis-> serands.

T1SSERAINT (Hippolyte), acteur français, né à Meudon vers 1802. Il était fils d'un jardinier qui le fit entrer en apprentissage chez un faïencier; il apprit ensuite le métier de peintre sur porcelaine et vint à Paris, où il se lia, en 1826, avec Mélingue (v. ce nom). Attirés l'un et l'autre vers le théâtre, ils débutèrent sur des scènes de société, finirent par s'engager dans une troupe ambulante qui exploitait la Flandre et menèrent pendant plusieurs années une vie de misère et de fatigues dont Alexandre Dumas a fait le sujet de son roman Une vie d'artiste. Rentré à Faris, Tisserant, qui d'abord mauvais acteur était devenu peu à peu un amoureux passable, joua à la banlieue sous son prénom d'Hippolyte; il débuta assez obscurément au bout de deux années aux Variétés, d'où il retourna en province. Ses succès à Dijon, à Chalon-sur-Saône, etc., le ramenèrent à Paris. Le 6 mai 1837, il parut au Gymnase-Dramatique dans Schubry et dans l'Âmant bossu. Apprécié dans le rôle de Stanislas de Michel et Christine, il signa un engagement avec ce théâtre et devint un des acteurs les plus applaudis du boulevard Bonne- Nouvelle. Salué par la presse comme le successeur de Gontier, il fut mis en possession de ces rôles de colonels et de viveurs qui avaient fait la réputation de ce dernier et les joua avec la franchise, la rondeur et la malice, la verve, la bonhomie et le goût qui sont restés jusqu'à la fin de sa carrière ses plus heureuses qualités; il n'abandonnait pas cependant les forts amoureux, qu'il abordait en artiste soigneux, correct, élégant. Nous citerons, parmi ses principales créations uu

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Gymnase : le Discours de rentrée, Industriels et industrieux; le colonel, des Enfants de troupes ;le prince Beauté, dans les Hommes et les mœurs; Georges, dans Cécily ou le £1011 amoureux ; le comte, dans un Mari du bon temps; Hurteaux, dans la Belle Amélie ;Vaucheron, dans la Belle et la bête; Georges et Maurice, Jean Lenoir, Clarisse Harlowe, le Cachemire vert , les Bijoux indiscrets. En 1850, il fit une apparition au théâtre de la Porte-Saint-Martin, dans Pied de fer, et vint débuter en 1851 à l'Odéon, par les trois rôles du conseiller Lindorf, du docteur Miracle et du capitaine ûappertutto, dans les Contes d'Hoffmann, qu'il rendit avec beaucoup de malice. Sa plus belle création à ce théâtre a été ensuite celle de Rodolphe, dans l'Honneur et l'argent. Il s'y est montré comédien supérieur et* lui a d'ù une grande popularité. Depuis, il a rempli avec succès les rôles de Reynold dans la Bourse, de Cotirtenny dans Que dira le monde? d'Alden dans la Conscience, de Miller dans Louise Miller, du taupior dans l'Usurier de village, du mûri dans la Vengeance du mari, de l'oncle dans l'Oncle Million , de Raymond dans l'Institutrice, du vieillard dans la Dernière idole, du marquis dans .fl/me Aubert, sa dernière création (1865). Nous n'avons pas parlé du Vicaire de Wakefield, pièce en cinq actes, jouée en 1856, que Tisserant a signée avec M. Eugène Nus et dans laquelle il a tenu le rôle principal, Tisserant, qui était, depuis 1858, directeur de la scène à l'Odéon, a donné sa représentation de retraite le 25 mai 1865. Ardent républicain en 1848, il avait été à cette époque président du club des Artistes, fonctions que lui ont reprochées ceux qui veulent absolumentqu'un acteur ne puisse être un citoyen s'occupant comme un autre des intérêts de son pays. On lui doit un plan d'organisation dramatique en province. Cet acteur avait, nous le répétons, dans le jeu et le débit, de la Tondeur et de la verve; sa voix forte savait se plier aux exigences des situations touchantes, dramatiques ou amoureuses et convenait à l'ironie. Impossible d'accentuer mieux que lui les tirades de morale, et personne n'était mieux fait pour jouer au théâtre le personnage de mari terrible ou paterne. Outre sa collaboration au Vicaire de Wakefield, il a donné un chant intitulé : le Travail plaît à Dieu. De plus, il est auteur de chansonnettes, de récils comiques, de fables spirituellement naïves et drôles, qu'il excelle à débiter, tels que Velu expiant ses crimes, le Nez et son hôte, etc.

TISSERIN s. m. (ti-se-rain — rad. tisser). Ornith. Genre de passereaux, de la famille des fringillidées, comprenant plusieurs espèces, qui habitent l'Inde et l'Afrique : Les tisserins doivent le nom qu'ils portent à l'art avec lequel ils tissent leurs nids. (Z. Gerbe.) Les tisserins vivent à la manière de tous les frirtgiltes. (Z. Gerbe.)

— Encycl. Les tisserins sont caractérisés par un bec robuste, long, conique, presque droit, aigu, à arête s'avançant sur le front, fléchi et comprimé à la pointe, sans échancrure, à mandibules ayant leurs bords recourbés en dedans; des narines basâtes, ovoïdes et bien ouvertes; des ailes moyennes; des pieds de longueur médiocre, avec les .doigts antérieurs soudés à la base. Ces oiseaux doivent leur nom à l'habileté avec laquelle ils construisent ou plutôt tissent leur nid, dont la forme varie suivant les espèces. Tantôt ce nid est en spirale et suspendu à l'extrémité d'un rameau, tantôt il est pyramidal, tantôt encore il présente une forme qui rappelle celle d'un alambic. Les matériaux employés h sa construction sont des joncs, de la paille, des feuilles, de la laine, des brins d'herbe, en un mot tout ce qui peut servir à faire un tissu. Les tisserins vivent à la manière des moineaux et des gros-becs, dont ils sont très-voisins. Ce sont des oiseaux criards, qui se réunissent volontiers en troupes nombreuses, dévastant les terres ensemencées, se nourrissant de céréales et de bourgeons et occasionnant de grands dégâts, surtout dans les rizières. Toutes les espèces connues de ce genre appartiennent -à l'Inde et a l'Afrique. Le capmore est ainsi nommé à cause de sa tête noire ; son plumage change d'ailleurs suivant les saisons; il vit an Sénégal et a un ramage fort gui; la femelle fait son nid de brins d'herbe et de jonc. Le malimbe habite l'Afrique ; son nid est doublé de colon à l'intérieur. Le républicain a l'habitude de se réunir à d'autres individus et de construire en commun un nid à plusieurs compartiments, A ce genre appartient encore le nélicouvri.V, ce mot.

TISSET (François-Barnabe), écrivain français, né en 1759, mort en 1814. Il était au dé„but de la Révolution ouvrier typographe. Tisset se signala parmi les' plus chauds partisans des idées nouvelles en prononçant des discours dans des clubs, en publiant des brochures, puis il fut, de 1798 jusqu'à sa mort, un des agents de la police de Paris préposés à la surveillance de lu presse. Nous citerons, parmi ses écrits : Compte rendu aux sans-culottes de la république française par trèshaute, très-puissante et très-expéditive dame Guillotine (Paris, 1793, in-8°); Vie privée de Pierre Gaspard, dit Anaxagoras Chaumette, ex-procureur de la commune de Paris (Paris, 1793, in-8°); le Glaive vengeur de la république française ou Galerie révolutionnaire, con-

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tenant les noms, prénoms, lieu de naissance, les ci-devant qualités, l'âge, les crimes et les dernières paroles de tous les grands conspirateurs et traitres à la patrie dont la tête est tombée sous le glaive national; Abrégé des principaux événements de la vie de Jésus - Christ ou le Pot pourri sacré (1798, in-8°) ; Itelation exacte et véritable de tout ce qui vient de se passer à Rome (1798 , in-8°) ; Vie privée du général Bonaparte (1798).

TISSEUR, EUSE s. (ti-seur, eu-ze — rad. tisser). Personne qui tisse : Le célèbre Dolland, l'inventeur des télescopes achromatiques, était tisseur. (Ledru-Rollin.) Fileuse, brodeuse ou tisseuse, la ménagère était ouvrière à ses moments perdus. (T. Delord.)

T1SS1ER (Bertrand), théologien et philologue français, né à Rumigny (Champagne) vers 1610, mort vers 1670. Il entra dans l'ordre de CIteaux, introduisit la réforme dans l'abbaye de Bonnefontaine, près de Reims, en 1664, et devint grand prieur perpétuel. On lui doit : Asseriiones théologies (Charleville, 1647, in-40), somme de théologie; Disputatio theologicainjansenianadogmaia (Charleville, 1651, in-4°); Bibliathecapatrum Cislerciensium (Paris, 1660-1S69, 8 tomes in-fnl.), recueil d'ouvrages de théologie et de divers morceaux historiques relatifs au moyen âge.

T1SSIER (Jean-Baptiste-Ange), peintre, né à Paris en 1814. Elève d'Ary Scheffer et de Paul Deîaroche, il concourut sans succès pour le prix de Rome et débuta au Salon de 1838 par des portraits habilement exécutés. Une Tête de Vierge et des Portraits (Salon de 1844) , un Portrait de femme, un Portrait d'enfant, une Tête d'étude (Salon de 1850), un autre Portrait de femme (Salon de 1852) précédèrent le Portrait du général de Goyon et le Portrait d'Abd-el-ICader, qui furent remarqués au Salon de 1853. L'artiste semblait voué définitivement au portrait; cependant il s'était aussi essayé dans la» peinture d'histoire, et un Christ portant sa croix avait obtenu une 3e méduille en 1845. En 1855, douze de ses portraits furent admis au Salon ; six autres, parmi lesquels ceux du général Mayran, tué en Crimée, et du Colonel M artenot, parurent a celui de 1857. Une Annonciation, achetée par le ministère d'Etat, et six Portraits, quelques tableaux de genre : Une Algérienne et son esclave (Salon de 1861); Napoléon III approuvant les plans du nouveau Louvre, peinture officielle d'un mérite secondaire, et le Portrait de la supérieure des saurs de Sainte - Marie -de- la- Famille (Salou de 1866); le Dimanche des Rameaux en Bretagne (Salon de 1867) ; une Jeune fille, un Mendiant breton (Salon de 1866) ; une Italienne (Salon de 1869) et enfin l'Attente et le Sourire (Salon de 1875) composent, avec un grand nombre de portraits exposés aux mêmes Salons, l'œuvre connu de cet artiste. Il a obtenu , pour ses portraits, une se médaille en 1848 et la décoration de la Légion d'honneur en 1867.

TISSOT (Jean-Maurice), mathématicien français, né à Pontarlier, mort vers 1650. Il servit en Italie sous les ordres du duc de Longueville, puis remplit les fonctions d'ingénieur militaire en Flandre. De retour en France, Tissot fut nommé conseiller à la chambre des comptes de Dôle, puis inspecteur des arsenaux du comté de Bourgogne. On doit à Tissot -Mars adversaire, traitant des attaques et assiégements (in-4°); Comitatus Burgundis chorographica synomitia (in-fol.) et une Carte du comté de Bourgogne, en quatre feuilles (1042).

TISSOT (Simon-André), célèbre médecin suisse, né à Grancy (canton de Vaud) en 1728, mort à. Lausanne en 1797. Il fit ses études médicales à Montpellier, où il fut reçu docteur en 1749. Il revint ensuite à Lausanne, où bientôt il acquit une grande réputation. De brillantes offres lui furent faites pour l'attirer danaidiverses cours d'Allemagne ou dans des universités. En 1780, il consentit, sur l'invitation de Joseph II, à aller occuper une chaire de clinique à l'université de Pavie ; mais il n'obtint comme professeur qu'un succès médiocre et revint à Lausanne au bout de trois ans, après avoir accru considérablement sa renommée de praticien en faisant suivre un excellent traitement pendant une épidémie de fièvre bilieuse qui sévissait dans le Valais.

Des ouvrages nombreux et sur des sujets variés lui donnèrent une célébrité européenne. Il propagea avec zèle la vaccine, récemment découverte; son premier ouvrage a pour titre Vlnoculation justifiée (Lausanne, 1754, in-12). Ce n'est qu'à force de courage et de persévérance qu il parvint a triompher du préjugé, qui regardait l'innovation comme téméraire et appelait sur elle la sévérité de l'Eglise et des magistrats. En 1760 , il fit paraître l'Onanisme (in-12), livre qui fut traduit immédiatement dans toutes les langues et qui valut à l'auteur des bénédictions universelles. Il serait difficile de dire le nombre d'éditions qui en ont été faites ; il se réimprime encore journellement. L'Avis au peuple sur sa santé (ne\, in-12) reçut le même accueil ; c'était la première lois qu'un médecin invitait ses clients à se passer de son ministère en leur donnant les moyens de se traiter euxmêmes. Berne fit graver une médaille en son honneur; Genève lui vota une pension ; Lausanne lui donna, en 1766, la chaire de médecine. L'année suivante, il refusa de se rendre aux vœux du roi de Pologne, Stanislas,

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et du roi d'Angleterre, qui le demandaient comme premier médecin. Cependant il accepta de Joseph II, mais pour trois années seulement, la chaire de clinique à l'université de Pise. Une fièvre bilieuse s'étant déclarée en Lombardie.oùelle causait de grands ravages, il parvint à s'en rendre maître par une méthode simple qu'il avait employée en pareil cas à Lausanne en 1755. Les élèves qui suivaient ses cours inscrivirent alors sur le marbre de la porte: lmmortali prsc epiori. Revenu dans sa patrie, il continua à s'y livrer à. ses utiles travaux. Outre les ouvrages plus haut cités, nous avons encore de lui : Dissertation sur les parties sensibles et irritables des animaux (Lausanne, 1757, in-12) ; Mémoire sur le mouvement du sang et sur les effets de la saignée (Lausanne, 1757, in-12); Dissertatio de febribus biliosis (Lausanne, 1758, in-8°); Tentamen demorbis ex manustupratione ortis (Lausanne, 1760, in-8»); De valetudine lilteratorum (Lausanne , 1766, in-80); EpistoliB medico-practiae (Lausanne, 1770, in-12); Traité de l'épilepsie (Paris, 1772, in-12); Traité des nerfs et de leurs maladies (Paris, 1782, 4 vol. in-12); Essai sur les maladies des gens du monde. Les œuvres de Tissot ont été publiées avec le nom de Halle comme éditeur (il vol. in-SD).

TISSOT (Clément-Joseph), médecin français, né a Ornans en 1768, mort à Paris en 1866. Il se fit connaître avantageusement par divers mémoires qu'il présenta à l'Académie royale de chirurgie et qui furent couronnés par cette société savante. Il fut pendant vingt ans environ chirurgien dans divers corps d'armée ou dans les hôpitaux militaires. 11 se fixa enfin à Paris. Tissot a publié les ouvrages suivants : Gymnastique médicale (Paris, 1781, in-12); Observations sur les causes de la mort des blessés par les armes à feu dans la journée mémorable du 29 mai 1793 (Lyon, 1793, in-8°); Observations générales Sur le service de santé et l'administration des hôpitaux ambulants et sédentaires des armées françaises (Lyon, 1793, in-8"); Recueil d'observations sur les causes de l'épidémie régnante dans les hôpitaux militaires et les dépôts des prisonniers de guerre des départements de Saône - et - Loire et de la Côte- d'Or et sur le moyen d'en arrêter les progrès (Dijon, 1794, in-8°); Recueil d'observations sur les abus dans l'ordre des évacuations des malades ou blessés de l'armée de Rhin-el-Moselle ( Besançon , 1795, in-8°) ; De l'influence des passions de l'âme dans les maladies et des moyens d'en corriger les mauvais effets,précédé du tableau de l'homme moral considéré sous ses différents rapports (Paris, 1798, in-8") ; Effets du sommeil et de la veille dans le traitement des maladies externes (Strasbourg, 1798, in-8°).

TISSOT ( Pierre - François ), littérateur, membre de l'Académie française , né à Versailles en 1768, mort en 1854. Il fit de fortes éludes classiques au collège Louis-le-Grand, sous la direction de Sélis, entra chez un procureur, mais abandonna la jurisprudence à l'époque de la Révolution. Affilié au club de Versailles, secrétaire de la première section de cette ville, il se montra aussi modéré dans ses actes que radical dans ses principes. Dans les premiers mois de 1793, irremplit les fonctions de secrétaire général de la commission législative de commerce et d'approvisionnement, puis accompagna à l'armée de Rhinet-Moselle le conventionnel Goujon, dont il avait épousé la sœur. Lorsque la tête de sou infortuné beau-frère fut tombée sous la hache thermidorienne, il chercha dans des opérations industrielles les moyens de faire vivre deux familles qui n'avaient plus que lui pour soutien. Dans ia conspiration de Babeuf, sous le Directoire, les conjurés le désignèrent

Îiour le département de l'intérieur, dans leur iste des membres d'un gouvernement populaire. Il échappa cependant à toute poursuite et devint même secrétaire rédacteur au ministère de la police après le 18 fructidor. Elu député de la Seine en l'an VI, son élection fut déclarée nulle. A partir de ce moment, il ne s'occupa plus que de littérature. Français de Nantes lui donna, en 1806, une sinécure lucrative dans l'administration des droits réunis, et, en 1810, Delille le prit pour suppléant à sa chaire de poésie latine. A la mort de Delille (1813), Tissot lui succéda ; mais, destitué quelques années après la Restauration , il ne re prit sa chaire qu'à la suite des journées de juillet 1830. L'Académie française le reçut dans son sein en 1833. Outre de nombreux articles dans les feuilles libérales le Pilote, le Constitutionnel, la Minerve, le Mercure, l'Abeille, l'Encyclopédie moderne , l'Encyclopédie des ' gens du monde , etc., on a de lui : Souvenirsde ta journée du 1er prairial an III, contenant deux écrits de Goujon, son hymne en musique, sa défense (1799, in-12), morceau d'histoire d'un touchant intérêt; les Bucoliques de Vir-

file, trad. en vers français (1800, in-B°); les 'rois conjurés irlandais ou 1 Ombre d'Emmet (1804, iu-8°) ; Trophées des armées françaises depuis 1792 jusqu'en 1815 (1819 et suiv., 6 vol. in-80) ; Précis des guerres de la Révolution jusqu'à 1815 (Paris, 1820, in-8"); De la poésie latine (1821, in-80) ; Etudes sur Virgile, comparé avec tous les poètes épiques et dramatiques des anciens et des modernes (1825-1830', 4 vol. in-8°), précieux répertoire poétique, son meilleur ouvrage ; Poésies erotiques (1826, S vol. in-18); Souvenirs historiques sur l'aima (1826, in-8°) ; Histoire complète de la Révolution française (1333-1836, 6 vol. in-8»),

apologie fort bien faite de l'œuvre de 1789; Leçons et modèles de littérature française (1835-1836, 2 vol. in-8a), compilation indigeste, a laquelle il n'a mis que son nom ; Histoire de .France (1837); Précis d'histoire universelle (1841, in-18).

TISSOT (Alexandre-Pascal), jurisconsulte français, né.l Mornas (Comtat-Vena4ssin)en 1782, mort à. Paris en 1823. Il alla étudier le droit à Paris, où il se fixa et devint membre de la Société académique. On lui doit plusieurs ouvrages relatifs à la jurisprudence. Nous citerons, entre autres : le Manuel du négociant (Paris, 1818, in-40); le Trésor de l'ancienne jurisprudence romaine ou Collection des fragments qui nous restent du droit romain antérieur à Justinien (Metz, 1812, I vol. in-40); Cours complet de politique ou Exposition des opinions des anciens sur la matière de gouvernement et d'administration publique (Paris, 1820, in-80). — Son frère, Jean-François Tissot, a laissé un ouvrage intitulé les Ruses des filous et escrocs dévoilées, qui a eu cinq éditions (1819, % vol. in-12).

TISSOT (Claude -Joseph), littérateur et philosophe français , né aux Fourgs (Doubs) le 26 novembre 1801. Il termina ses études a Besançon, où il suivit les cours de la Faculté des lettres, puis se rendit à Paris et mena de front, de 1822 a 1829, l'étude du droit, de la théologie et des sciences physiques. Après avoir pris ses grades à l'Ecole de droit, il suivit assidûment les cours de Pouillet, de Gay-Lussac et de Thenard, ainsi que les leçons de littérature et de philosophie à la âorbonne et au Collège de France. Les études philosophiques le passionnaient depuis longtemps, surtout dans leurs rapports avec la religion , lorsqu'il eut l'occasion de faire la connaissance de Jouffroy, son compatriote, qui le fit nommer professeur de philosophie au collège de Dôle en 1829. De 1829 à 1830 M. Tissot prit ses grades de licencié et de docteur es lettres, fut reçu agrégé en 1831, et envoyé à Bourges, où il enseigna pendant trois ans la philosophie. Nommé à Dijon en 1834, il fut, dès, 1R36, chargé de cours à la Faculté, puis, en 1838, nommé titulaire de la chaire qu'il remplissait depuis deux ans et qu'il a occupée depuis lors. Son enseignement, très-varié , a été constamment l'un des plus suivis de la Faculté. M. Tissot est le premier qui ait relié en France la psychologie et la physiologie sous le titre d'anthropologie générale ; le premier qui, dans une de nos chaires de philosophie, ait remis en lumière, en la rajeunissant, en écartant ce qu'il y avait de faux dans l'apparition première de cette doctrine, l'hypothèse de 1 animisme de Stahl.

On voit, par la préface de M. Tissot à l'Histoire de la philosophie ancienne de Ritter et par ses programmes de 1831-1833, qu'il rompit de très-bonne heure avec l'éclectisme ou plutôt qu'il n'en fit jamais profession, tout en acceptant ce qui lui semblait vrai dans la doctrine du maître d'alors. Cet éclectisme dans l'éclectisme même, et plus encore à côté qu'en dedans, ce besoin de lumière, d'espace et d'air, lui fit rechercher en Angleterre et en Allemagne une doctrine tout à la fois plus substantielle et plus forte que celle qui a régné jusqu'ici en France depuis le commencement du siècle. Peu satisfait de la réserve par trop discrète du cartésianisme en face d'un certain nombre de questions principales, il s'attacha bientôt à Kant, qui fut pour lui suc plus d'un point comme la révélation de sa propre pensée. Mais M. Tissot était jusque-là étranger k la langue allemande. li se mit à étudier seul dans les Principes métaphysiques des mœurs et dans la Critique de la raison pure. Il est le premier qui ait mis le soc .en terre sur un champ dont le labour n'était pas facile ; il fallait trouver et fixer une nomenclature, déchiffrer de perpétuelles énigmes en analysant d'un bout à 1 autre un texte dont rien d'analogue n'existait encore dans notre langue. Malgré ces services, d'autres disent à cause de ces services mêmes, M. Tissot s'attira de bonne heure l'animadversion de Cousin. Cependant, en dépit de l'opposition souvent prépondérante de l'illustre et peu tolérant philosophe , M. Tissot a été couronné plusieurs fois par l'Académia des sciences morales et politiques, ainsi que par des académies de province dont il fit partie depuis. Membre correspondant de la Société médico-psychologique de Paris depuis plusieurs années, il fut nommé après la mort de Cousin correspondant de l'Académie des sciences morales et politiques (1869), officier de l'instruction publique et chevalier de la Légion d'honneur. Il devint eu 1860 doyen de la Faculté des lettres de Dijon, dont il est le doyen honoraire. Voici la longue liste de ses ouvrageSj dont quelques-uns font dans le Grand Dictionnaire l'objet d'une analyse spéciale. Tous se recommandent par la vigueur de la pensée, l'originalité des théories et la solidité de l'érudition. Le style y est plus didactique qu'éloquent ; c'est l'œuvre d'un philosophe, non d'un littérateur. Ses principales traductions sont : Principes métaphysiques de la morale, de Kant ( 1830-1837-1854, in-S°, 3 édit.) ; Critique de la raison pure, de Kant (1837-1847-1864, 2 vol. in-8», 3 édit.); Principes métaphysiques- du droit, de Kant (1837- 1853, iu-8°, 2 édit.); Leçons de métaphysique, de Kant (1843, in-80); Logique, deKunt(l&40- 1861, in-80, g édit.); Mélanges de logique et de métaphysique , de Kant (1862, iu-8») ; An-

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thropologie, de Kant (1S65, in-8°); Eclaircissements sur la critique de la morale pure, de Schulze (1865, in-8°) ; Eléments de morale, de Snell (1837, in-8°, joints à la 2& édit. de la Morale) ; Histoire de la philosophie ancienne, de Ritter (1835-1837, i vol.) ; Pensées sur la liberté de philosopher en matière de foi, de Wieland (1844); De l'éducation du genre humain, de Lessing (1856). Parmi ses ouvrages originaux, nous citerons : Du beau, particulièrement en littérature (1830, m-8<>) ; Cours élémentaire de philosophie (1837-1840-1847-1869, in-8°,4 édit.), ouvrage approuvé par l'ancien conseil royal de l'instruction publique en 1840, ainsi que le suivant ; Histoire abrégée de la philosophie (1840) ; De la manie du suicide et de l'esprit de réuolte (1840); Ethique ou De la science des mœurs (1840, in-8°); Du morcellement du sol et de la division de la propriété (1842) ; Anthropologie spéculative (1843, 2 vol. in - 80 ) ; Appréciation des leçons de philosophie de Laromiguière (1855, in-8°) ; Etude sur les principaux moralistes français (1857, in-8»); le Droit pénal étudié dans ses principes, dans ses coutumes, ses lois, etc. (1860, 2 vol.), ouvrage récompensé d'une médaille de 1,000 francs par l'Académie des sciences morales et politiques; Méditations morales (1860, in-8°); la Vie dans l'homme, ses manifestations et son principe ou Psychologie expérimentale et psychologie rationnelle (1861, 2 vol.in-8°); Turgot, sa vie, son administration, ses ouvrages (1862, in-8»), ouvrage couronné par l'Académie des sciences morales et politiques; l'Animisme et ses adversaires (1865, in-8°); le Patozs des Fourgs (1865, in-8»); les Possédés de M orzine (1865, in-8°); Principes de la morale (1866, in-8°), ouvrage couronné par la même Académie ; Essai de logique objective (1867, in-8°) ; l'Imagination, ses bienfaits et ses égarements (186S, in-8°); le Mariage, la sépation et le divorce (1868, in-8°); Questions de philosophie (1869, in-8»); Pascal, réflexions sur ses Pensées (1869, in-12); Principes de droit public (1872, in-go) • Introduction philosophique à l'étude du droit pénal et de ta réforme pénitentiaire (1874, in-8°), etc., un grand nombre d'articles dans différentes revues, dans les journaux et dans les comptes rendus de plusieurs académies, notamment celle de Dijon.

T1SSOT (Charles-Joseph), agent diplomatique, fils du précédent, nôà Paris eu 1828. Après avoir fait de brillantes études, il devint, en 1848, élève de l'Ecole d'administration et fut ensuite attaché au ministère des affaires étrangères. Depuis'lors, il a été chargé de diverses missions et a rempli successivement les fonctions de vice-consul à Tunis, de consul à La Corogne, en Espagne, àSalonique, où il dut intervenir avec vigueur à diverses reprises pour protéger les chrétiens menacés dans leur vie par le fanatisme musulman, à. Andrinople et à Jassy. Après avoir été pendant quelques années sous - directeur des affaires politiques au ministère des affaires étrangères, M. Tissot a é té nommé ministre plénipotentiaire au Maroc. Il s'est fait recevoir docteur es lettres. On lui doit : les Proxénies grecques et leur rapport avec les institutions consuiaires modernes; De Trilonide (ucu (1863, in-8°)etdes études historiques, géographiques et archéologiques, insérées dans divers recueils. M. Tissot a adressé du Maroc à l'Académie des inscriptions, en octobre et novembre 1875, d'intéressants mémoires sur la Mauritanie Tingitane.

TISSU, UE (tiss-su, û) part, passé du y. Tistre. Dont on a formé une étoffe, un tissu : Autre toile tissuç, autre coup de balai.

La Fontaine.

Par de savantes mains la toison des brebis, Le lin, la soie et l'or sont tissus en habits.

Thomas.

— Fig. Composé, formé : La vie de l'homme est tissue de contradictions. (Proudh.)

— Poétiq. Des jours tissus d'or et de soie, Une vie opulente.

TISSU s. m. (tiss-su — de tissu, part, passé du v. tistre). Ouvrage de fils tissés, entrelacés ; Un Tissu de soie, un Tissu d'or, d'argent. Le premier tissu fabriqué devint probablement une blouse, (E. Blaze.)

— Texture, manière dont les fils d'une étoffe sont assemblés : Etoffe d'un tissu lâche, d'un TISSU serré, résistant.

i — Poétiq. Réunion d'objets enlacés :

Le temps n'a pas encor bruni l'étroite pierre,

Et, sous le vert tissu de la ronce et du lierre,

On distingue un sceptre brisa.

Lamartine.

— Pig. Ordre, suite, enchaînement, enchevêtrement : Tout ce qu'il vient de vous dire n'est qu'un tissu de faussetés, (Acad.) La nature humaine n'est qu'un tissu d'inconséquences. (G. Saud.) Toutes nos lois ne sont qu'un TISSU d'incohérences. (E. de Gir.) Non, désormais ma vie est un tissu d'horreurs.

VOLTA.IHE.

Sous mes pas innocents que de pièges dressés! Quel noir et long tissu de maux entrelacés !

Lebrun.

La jeune flllel elle est un souvenir des deux, Au tissu de la vie une flenr d'or brodée, Un rayon de soleil qui sourit dans l'ondée.

Tu. Gautier.

— Liltér. Agencement des parties : Le Tissu d'un discours, d'un poème.

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— Techn. Sorte de corde plate dont on fait des sangles pour les bêtes de somme.

— Anat. Partie solide d'un corps organisé : Tissu osseuse. Tissu fibreux. Tissus organiques. Tissus des végétaux. Tout ce qui agit sur nos organes en détruisant leur TISSU est toujours cause d'une sensation absolue. (Biehat.) One digestion souvent interrompue amène à ta longue la désorganisation des tissus de l'estomac. (Maquel.)£e tissu végétal est rafraicht, pendant le jour, par l'ascension continuelle de ta sève et par l évaporât ion, (A. Maury.) Tout tissu interne aspire et élabore l'air. (Ruspail.)

Il Tissu dartoïde ou dartoïque, Tissu animal qui a la propriété de se contracter, il Tissu accidentel, Tissu organique qui se produit et se développe accidentellement.

— Syn. Tlua, contexlure, texture, etc. Y.

CONTEXTURB.

— Encycl. Industr. Beaucoup de tissus ont besoin d'être flambés ou grillés : nous avons parlé do cette opération au mot grillage. D'autres doivent être frisés ou ondulés: c'est ainsi que la mode a inventé comme fantaisie: les ratines, les ondulés, les serpentines, etc., dans lesquels le poil est diversement frisé, couché suivant des dessins capricieux. Pour produire ces dessins, des machines sont devenues indispensables, et aussitôt le génie moderne a répondu aux besoins par une invention.

Il paraît que le principe des machines à onduler et friser, utilisé au siècle dernier, avait été complètement abandonné ; il n'a été repris que vers 1850 et ensuite modifié et perfectionné à diverses époques. Avant 1850, le travail se faisait à l'aide de grossières machines en bois, une table et une pierre, entre lesquelles le drap subissait l'opération.

Un Français, M. Beck, d'Elbeuf, est l'inventeur de la friseuse. Sa machine se compose d'une table creusée en fonte, recevanj; de la vapeur pour chauffer, au besoin, et recouverte d'une panne que l'on enlève à volonté, suivant le genre de l'étoffe. Au-dessus est suspendue une autre table en pierre, qui est mobile et à laquelle on substitue, suivant le genre de travail, des tables en. panne, en brosse, etc. L'inventeur a disposé au-dessus de cette table mobile un certain nombre de colonnes ou tiges qui servent, à l'aide de vis, h l'élever ou à la baisser et la maintiennent ensuite à la hauteur voulue , sans qu'elle puisse se soulever ni s'abaisser, tout en demeurant libre de se mouvoir horizontalement dans tous les sens.

C'est entre ces deux tables que passe l'étoffe à friser ou à onduler ; le mouvement de la table supérieure, qui varie suivant les besoins, produit la frisure désirée, taudis que la chaleur de la table inférieure lixe le dessin ou l'apprêt, sans cependant donner aucun iustre à l'étoffe.

Toute la machine est mise en mouvement par des moteurs, des poulies, des engrenages dont nous n'avons pas à nous occuper ici.

Les perfectionnements apportés à cette machine, brevetée en 1855, portent, lés uns sur les surfaces frottantes, les autres sur les transmissions de mouvement. L'Exposition de 1867 présentait plusieurs types, parmi lesquels se distinguait une machine prussienne; un léger changement dans le réglage fait varier l'excentricité de la table de friction, a lin d'obtenir à volonté des effets ondulés, frisés, marbrés, rayés, etc.

Quoique nous ayons déjà parlé de ces tissus au mot impression, nous ajouterons ici quelques nouveaux détails.

— Tissus imprimés. Vers la fin du xviie siècle, lois de la révocation de l'édit de Nantes, et au commencement du xvme siècle, des réfugiés fiançais fondèrent des manufactures de toiles peintes en Angleterre et en Suisse; quelques-uns, par une tolérance et un appui indirect du gouvernement, purent s'établir, en France, sur les côtes de Normandie.

Sous le règne de liberté qui existait déjà en Suisse, pays sans douanes, sans maîtrises et sans jurandes, l'industrie de la toile peinte prit bientôt un vjgoureux essor. Les annales du temps nous la montrent se développant sur tous les points du territoire helvétique, Genève, Vevey, Neuebàtel, Bien ne, Aarau, Bàle, Zurich, Glaris, et «'introduisant, eu 1746, à Mulhouse, ville impériale et alliée à la Suisse.

Elle ne pénétra que plus tard en Allemagne. C'est en 1756 seulement que le célèbre Sehule, d'Augsbourg, obtint des autorités de cette cité le privilège de fonder une fabrique d'indiennes.

Si, dès son introduction à Mulhouse, l'industrie de la toile peinte ou de l'indienne ne se concentra pas immédiatement dans cette ville, où elle a pris depuis un si grand développement; si elle s'est, au contraire, disséminée dans un certain rayon du pays, se réfugiant pour ainsi dire dans les vallées des Vosges ou sur la lisière de cette chaîne de montagnes, il faut l'attribuer aux lois et règlements barbares de cette époque, à l'existence des maîtrises et des jurandes qui autorisaient certains intéressés à bannir une industrie nouvelle sous prétexte qu'elle nuisait, selon les lins, à la vente des tissus de chanvre et de lin, selon les autres à celle des draps ou des étoffes de laine ou mi- laine. Si l'on ajoute à Ces entraves celtes que suscitaient encore les deux puissantes compagnies des Indes, dont l'une au delà du détroit faisait prohiber tou-

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tes les toiles imprimées, et l'autre, en deçà, forçait las imprimeurs à acheter à gros. deniers les toiles blanches dont ils avaient besoin, on aura une idée de toutes les difficultés contre lesquelles les fabricants eurent à lutter durant une grande partie du xvme siècle, difficultés qui se compliquaient encore par l'ignorance où l'on se trouvait concernant l'art de filer et de tisser les toiles, ainsi que par le manque d'agents chimiques Convenables pour les blanchir et les teindre.

Ce n'est guère que pendant les dernières années duxvmo siècle que l'industrie de l'indienne put se développer en France, grâce aux deux grandes révolutions qui ont signalé cette époque : l'une politique, qui nous affranchit à jamais des maîtrises et des jurandes; l'autre scientifique, qui créal'industrie des produits chimiques. Lors de l'introduction en France de la fabrication des indiennes, on se servait, pour obtenir des dessins colorés sur les tissus de procédés encore en usage de nos jours dans l'Inde et pratiqués autrefois, au dire de Pline, chez les Egyptiens, c'est-à-dire qu'on déposait avec un pinceau des substances métalliques (mordants d'alumine et de t'er) sur les tissus et qu'on teignait ensuite ces mordants au moyen du suc de la garance ou de toute autre rubiacée. De là le nom de toiles peintes, encore usité pour désigner des produits semblables sans doute, mais fabriqués d'une façon toute différente.

En effet, de nos jours, on ne peint plus les tissus, on les imprime au moyen d'une gravure en relief ou en creux, décomposée en autant de parties qu'il y a de nuanc.es, servant ensuite à transporter les couleurs ou mordants sur l'étoffe. Ces couleurs sont obtenues par l'un ou l'autre des procédés ciaprès :

1» On imprime un oxyde métallique (mordant) qu'on rixe sur le tissu, puis on teint dans un bain de, matière colorante. C'est ainsi que se font les couleurs garancées et garancinées, en un mot les couleurs teintes.

2° On dépose une couleur formée complètement ou en partie, et par des opérations subséquentes on la fixe sur le tissu; de là les noms de couleurs d'application, qu'on dit solides lorsqu'elles sont aussi stables que les couleurs réalisées par teinture.

3° On imprime une couleur toute formée et mélangée avec les éléments qui permettent de la fixer sur le tissu, à l'aide de la vapeur d'eau.

4°On épaissit des couleurs quelconques, solubles ou non, avec une substance capable de se coaguler sur le tissu sous l'influence de la chaleur, comme le blanc d'œuf, le gluten, le caséum, le caoutchouc, etc.

Tantôt on imprime les couches en dessins plus ou moins déliés sur des toiles blanches, pour constituer le genre dit fond blanc garance, fond blanc garance enluminé, fond blanc couleur d'application, fond blanc couleur vapeur. Tantôt on les applique de manière k couvrir la presque totalité des parties blanches pour obtenir des fonds couverts ou mi- fonds qui sont dits enluminés lorsqu'il s'y trouve des sujets détachés en plusieurs nuances, avec impression réserve ou enlevage dans les circonstances suivantes : réserve, lorsque, par l'impression d'un agent convenable, on "a empêché la fixation de la couleur du fond sur certaines parties; enlevage, lorsqu'au contraire, le fond étant formé uniformément, on a encore, pour l'impression d'une substance convenable, enlevé la couleur en certains points en la dissolvant ou la détruisant. C'est ainsi qu'on obtient les fonds bleu de cuivre, impression blanc réserve et blanc enlevage.

De même qu'on peut produire des blaucs enlevage ou réserve, on peut réaliser aussi des impressions de mordants et couleurs réserveset mordants et couleurs enlevages.

Dans les dessins, on a établi également une sorte de classification dont voici les principaux types :

Genre perse. Ce sont toujours des imitations de fleurs, de fruits, d'oiseaux qui sont représentés soit dans des dimensions réduites et destinés alors à l'impression des étoffes pour robes et pour chemises, soit dans leur grandeur naturelle, et qui servent, dans ce cas, à l'impression des étoffes d'ameublement.

Genre cachemire. Comme son nom l'indique, il rappelle toujours plus ou moins par ses palmes ou patinettes le sujet des dessins des cachemires de l'Inde. Ce genre s'applique particulièrement à l'impression des châles, des écharpes et, suivant le goût du jour, à l'impression des robes fond couvert pour l'hiver, plus rarement à l'impression sur fond blanc.

Genre rayures. Il varie "à l'infini par la dimension et l'assemblage des rubans, qu'on peut disposer de manière à former des rayures complexes dites rayures pékin. On le voit principalement dans les percales et calicots imprimés pour la saison du printemps et dans les tissus croisés pour ameublement.

Genre écossais. Il consiste en rayons uniques ou assemblés qui se coupent perpendiculairement et obliquement, de manière à former des carrés ou des losanges.

Genre mille raies. Il est formé de filets plus ou moins déliés, régulièrement espacés.

Genre mîltepoinis. Picots de dimensions variables, placés à égale distance.

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Genre mignonnette. Dessins de fantaisie extrêmement légers, qu'on emploie en impression, enlevage ou réserve, sur fonds couverts ou sur fonds blancs, pour quelques tissus légers.

Il existe encore un grand nombre d'autres genres de dessins, comme les pois, vermicelle, losanges, carreaux, croissants, arabesques.

Avec ces diverses variétés de dessins, les couleurs s'impriment d'une manière intermittente ou continue, soit par des gravures en relief, soit par des creux. Dans le premier cas, on fait l'impression dite à la planche ou à la main, l'impression à la perrotine, qui n'est en réalité qu'une impression à la planche, mais produite mécaniquement, et enfin l'impression au métier à surface (appelé plombineea France), qui porte un rouleau gravé en relief, à l'aide duquel on imprime d'une manière continue.

Pour ces impressions en relief, la gravure se fait tantôt sur du bois (tilleul, poirier, buis), et pour les sujets déliés avec le concours du cuivre employé en fils ou laines minces, qu'on implante dans le bois; tantôt on emploie le métal seul (cuivre) Ou un alliage fusible (clichés au bois et au plâtre). L'impression en creux est intermittente (planche plate, impression en taille-douce perfectionnée) ou continue (rouleau en cuivre rouge ou en cuivre jaune).

Dans ce genre d'impression, la gravure s'exécute au burin, à la main ou mécaniquement à l'eau-forte, au moyen du tour a guillocher ou d'un pantographe électrique; enfin pnr le poinçon, le poinçon- molette et la molette petit cylindre d'acier gravé en relief, qui, moyennant une pression suffisante, transmet en creux son dessin sur le rouleau de cuivre destiné à l'impression.

Ces rouleaux, selon le sujet de la gravure, ont de O"0,^ à 0>n,20 de diamètre. Les derniers s'emploient pour imprimer les mouchoirs ou bien les robes à volants.

On imprime avec ces machines jusqu'à douze couleurs en Angleterre. De là ces expressions employées dans le commerce : calicots ou percales imprimés simples, doubles, triples rouleaux, fond blanc garance, vapeur, etc.

Ces divers agents de production se trouvent mis en activité sur une foule de points du globe, et ce n'est plus seulement la Suisse, la France, l'Angleterre et l'Allemagne qui se trouvent dotées de cette puissante industrie, source de tant de richesses, car la Turquie et surtoutlaRussie, le Portugal, la Hollande, l'Espagne et l'Amérique du Nord possèdent des établissements qui, sous beaucoup de rapports, peuvent rivaliser avec les premières maisons de France et d'Angleterre.

Dans tous les établissements anciens et modernes on ne se borne plus, comme par le passé, à soumettre à l'impression des toiles de coton plus ou moins fines, mais on y traita une multitude de tissus divers, unis et façonnés, à une ou plusieurs fibres, coton et laine, soie et coton, soie et laine, etc., souvent composés en vue de rehausser les effets de l'impression et destinés soit à l'habillement, soit à l'ameublement.

Il est résulté de la position géographique de ces établissements, de la nature des tissus dont on y dispose ou du génie des imprimeurs, que l'industrie de l'impression a été jusqu'à un certain point classée en différents genres de fabrication qui caractérisent pour ainsi dire la contrée où ils ont été produits.

Il suffit, par exemple, de prononcer les mots d'impression de haute nouveauté pour que la pensée se porte immédiatement sur une foule d'articles imprimés à Mulhouse et dans les environs, tels que calicots et percales, jaconas légers et fins, organdis lisses et façonnés, brillantes, côtelés, croisés, piqués, orleans, reps, foulards, mousselines, etc.

Lorsque, au contraire, on voit de ces calicots imprimés aux couleurs comme aux dessins les plus variés, accessibles à tous en raison de leur bas prix et destinés eu quelque sorte, par les opérations commerciales dont ils sont l'objet, à faire pénétrer la civilisation dans les plus lointains pays, jusque chez les peuples les plus sauvages, on pense aussitôt à ces. grandes manufactures de l'Ecosse et du Lancashire, où d'innombrables machines sont sans cesse en mouvement.

Si de ces deux genres de haute nouveauté nous passons aux spécialités de fabrication, nous trouvons que les genres bleu cuvé avec dessin blanc, enlevage ou réserve, qui sont l'objet d'une consommation importante sur le continent et d'une exportation considérable dans certaines contrées de l'Afrique et de l'Asie, s'impriment particulièrement en Angleterre, en Suisse et en France (Seine-Inférieure) ; que le genre mérinos (rouge turc), fond rouge, dessin blanc enlevage ou bleu, bleu noir et jaune, s'imprime aux environs de Manchester, en Ecosse, en Suisse et, sur une non moins grande échelle, eu Allemagne et en Russie. En France, cette industrie, quoique toute française, est presque entièrement tombée. Ca genre s'imprime sur calicot uni, croisé et façonné, pour cravates, mouchoirs, châles et ameublement, et exceptionnellement pour robes, qu'on expédie eu Espagne, dans- les colonies espagnoles, et surtout dans les Indes anglaises.

Le genre lapis fond bleu de cuve, blanc,

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rouge réserve, enluminé de jaune et de vert, riche, mais dispendieuse fabrication, s'est éteint sur presque tous les points où il existait jadis. A Toulouse, à Glaris et à Ivanhof on continue cependant à imprimer sur toile de coton, unie et quelquefois croisée, des mouchoirs qui s'exportent principalement en Perse et dans l'Inde.

Le genre mouchoir sur calicot et mousseline s'imprime à la main avec la planche en relief et au rouleau. Dans le premier cas, c'est à Glaris, où le prix de la main-d'œuvre est encore assez peu élevé, qu'on imprime les mouchoirs et écharpes dans les genres les plus variés sur des tissus communs comme sur des tissus fins; c'est de ce centre que' s'exportent les plus beaux assortiments de mouchoirs pour la consommation de l'Italie, de la Turquie, de la Grèce et de l'Inde.

Dans le second cas, les Ecossais et les Anglais nous laissent bien loin derrière eux, en raison des nombreuses et puissantes machines à plusieurs couleurs avec lesquelles ils impriment en couleur vapeur une variété infinie de mouchoirs dont on expose une quantité considérable.

Rouen, sur une échelle infiniment moindre, se livre à ce genre en s'attachant visiblement k imiter le genre foulard sur soie en vue des besoins de nos colonies et de la consommation intérieure ; ces impressions se font partie à la machine, au rouleau en creux, partie à la main.

Le genre meuble riche s'exécute d'une manière toute spéciale à Mulhouse, à Claye, à Carlisle et à Young-Bouzelen. Cette fabrication a atteint entre les mains d'un petit nombre de fabricants un degré de perfection tel qu'elle fait l'objet d'un commerce suivi sur tous les marchés du monde. La fabrication du genre meuble ordinaire est très-répandue en Alsace, en Angleterre, en Allemagne, en Russie, en Espagne, partout où il existe des ateliers d'impression.

Le genre châle (riche) s'imprime spécialement à Paris, à Vienne et k Cray fort. La fabrication du châle ordinaire et de l'écharpe s'étend bien davantage. On la trouve kLyon, à Nîmes et à Mulhouse, à Paisseley et à Gluscow, enfin en Bohême, en Saxe, en Prusse et dans le duché de Bade.

La robe haute nouveauté (tissu chaîne coton) se fabrique principalement k Manchester, à .Accrington, k Glascow et aux portes de Vienne. En tissus divers, laine, laine et soie, etc., c'est Paris et Mulhouse qui sont les principaux centres de production de cet article, niais c'est dans le département de l'I- • sère que s'exécutent avec le plus de perfection les articles robes (tissu ou chaîne), foulard, mousseline, soie.

Les genres foulard sur soie s'exécutent dans plusieurs localités. Les établissements les plus importants par la variété des dessins, la perfection de l'exécution, la couleur solide, l'apprêt et le fini de la marchandise sont aux portes de Londres ; puis viennent ceux de Lyon, de Nîmes, de Vienne, en Autriche, d'Elberfeld et de- Moscou.

Le genre pantalon a pris naissance en Angleterre. C'est là qu'on a commencé à comtioser des tissus appropriés à cet usage; fabrication du tissu et impression se sont à peu près répandues dans tous les principaux centres de l'industrie cotonnière. Ce genre a été peu a peu appliqué aux draps dits renaissance, draps légers que l'on fait avec de la laine provenant du détilochage de vieilles défroques, et aux draps micmac. Les premiers de,ces draps sont sujets k laisser apparaître des inégalités que la teinture ne peut pas faire disparaître, de sorte qu'on les livre à l'impression pour en faire des articles pantalons ou manteaux pour dames.

Les tapis imprimés forment une industrie assez locale. Elle s'exerce d'une manière particulière aux environs de- Machensfield, sur des tissus moquette, et à Paris, à Nîmes et a Vienne sur toute espèce de tissus avec impression en relief.

L'impression a créé et développé la richesse dans tous les grands centres où elle a pris racine. Il suffit pour s'en convaincre de considérer la grande part qu'elle a eue dans la fondation de ces nombreuses usines de filature et de tissage et de ces importants ateliers de produits chimiques où l'on fabrique la soude, le chlore, les acides, les savons et les oxydes employés soit à blanchir les tissus, soit k former et k fixer les couleurs.

Au moment où s'introduisit en Europe l'industrie de l'impression, toute la garance nécessaire k la teinture des mordants imprimés nous était expédiée de Smyrne et de Chypre; aujourd'hui, c'est une des plus précieuses cultures de certaines contrées, ain*i que le prouvent les belles et productives récoltes qui se font dans les départements du midi, en Alsace, en Hollande, en Prusse, etc. — Tissus imperméables. L'idée de rendre les tissus imperméables n'a pris naissance qu'à l'époque où l'industrie du caoutchouc et de lit gutta-percha est parvenue k dissoudre ces substances dans du sulfure de carbone et dans des carbures d'hydrogène. On enduisait un tissu de soie d'une couche de caoutchouc dissous, d'un côté seulement; ensuite on appliquait un autre tissu de soie ou de coton ou de laine sur le premier, et l'on obtenait une étoffe dans laquelle on taillait des manteaux,

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des pardessus. Ce genre d'étoffe porta le nom de son inventeur, Mackintosch. Quoique ce procédé soit de tous le plus mauvais, le moins hygiénique, attendu qu'il concentre la transpiration dans les vêtements qui confinent la peau, il s'est néanmoins propagé, malgré l'avis des médecins, et il continue à être exploité. Il convient de reconnaître que les vêtements de ce genre ne sont portés que par les cochers des gens riches, qui se soucient beaucoup plus de la conservation des habits de dessous en temps de pluie que de la santé de leurs serviteurs. Les officiers de l'armée se servent aussi quelquefois de manteaux en caoutchouc quand ils sont en marche par une pluie battante, pour ménager le drap de leur uniforme et leurs galons.

Pour d'autres emplois que celui du vêtir, on a dû rechercher des procédés plus simples et moins coûteux. Ainsi, pour rendre imperméables les toiles des tentes, des stores,- des coutils qui se déroulent au-dessus de la devanture des cafés k l'effet d'abriter passagèrement les consommateurs en plein air; les toiles qui servent a recouvrir les charrettes des messagers et des blanchisseuses, à protéger les «douzaines' de blé elles meules de foin, on a dû avoir recours à des moyens plus pratiques. Voici celui auquel on s'est arrêté : on plonge le tissu dans un bain qui contient 20 pour 100 de savon k base de soude ou de potasse, peu importe; après s'être assuré que l'absorption a été bien faite, c'est-à-dire que tous les endroits de l'étoffe ont été convenablement mouillés, on transporte le iis.su dans un autre bain qui contient en dissolution 20 pour 100 aussi de sulfate de cuivre (vitriol bleu). Quand on juge que la réaction a eu lieu, ce dont on s'aperçoit k la teinte verdâtre que l'étoffe a acquise uniformément, on la lave à grande eau afin d'enlever et l'excédant de savon qui n'a pas été décomposé et l'excédant de sulfate de cuivre dont le tissu se trouve imprégné. Le résultat de l'opération est celui-ci : dans les poresdes filaments et dans les interstices du (issu, i! s'est formé un oléate de cuivre qui a la propriété de rendre la toile complètement imperméable. La teinte verdàtre qu'a revêtue le tissu a limilé l'application de ce procédé aux bâches des voitures, aux stores des cafés et magasins. Mais il est sérieusement regrettable que l'industrie du parapluie de coton, de soie et d'alpaga n'ait pas cru devoir se mettre à la recherche d'un procédé analogue qui permît de conserver aux tissus leur couleur et leur apparence.

Pour les tissus d'habillement, un autre pro cédé avait été préconisé ; il consistait à substituer au sulfate de cuivre un sel de plomb. Leseouleursdesétoffes n'étalent pas altérées, mais un autre résultat plus grave avait été obtenu : la toxicité de l'étoffe. Ceux qui portèrent des vêtements ainsi préparés subirent à la longue un empoisonnement saturnin et toutes ses conséquences.

A l'Exposition du Palais de l'industrie de 1875 surgit un procédé d'imperméabilisation qui parait è;re le desideratum. Cette sorte u'upprêt s'applique indistinctement k toutes espèces de tissus: soie, laine, lin, chanvre, coton, etc., quels qu'en soient le genre et la couleur, sans que leur nuance et leur fraîcheur soient en rien altérées. Les tissus d& tous genres exposés possédaient uue qualité hydrofuge tellement accusée, que même des gazes chargées d'eau n'en laissaient pas filtrer une goutte k travers les interstices de leurs fils. L'eau ne mouille pas ces tissus; elle prend la forme globulaire et apparaît comme sur les feuilles de certains végétaux, tels que les capucines et les choux. Cette propriété hydrofuge résiste aux lavages subséquents, et même k l'usure de l'étoffe. Elle a, en outre, cet avantage de préserver des vers les tissus de laine. Imperméables k la pluie, les tissus quels qu'ils soient, ainsi traités, restent tout a fait perméables à la transpiration , condition hygiénique essentielle. L'invention de ce nouveau procédé est due k M. Dujardin.

— Tissus pharmaceutiques. Ces tissus sont de lin ou de coton. Ils n exigent pas une fabrication spéciale. On choisit d'ordinaire un tissu qui offre une certaine souplesse. On l'enduit manuellement ou mécaniquement de préparations pharmaceutiques qui ont pour objet de le rendre, suivant les cas où il doit être employé, ou calmant, ou révulsif, ou vésicant, ou maturatif. Le sparadrap (v. ce mot) est le type des tissus pharmaceutiques. Sa qualité principale est d'être agglutinatif, mais ou introduit dans sa préparation, suivant l'ordonnance du médecin, diverses substances selon les effets subsidiaires qu'il s'agit d'obtenir. Ces tissus sont livrés soit en feuilles de 0>a,20, soit en bandes. Ainsi , pour les toiles vésicantes, l'unité de longueur adoptée est le mètre; la largeur varie de 0m,18 k 0m,24, et le tissu porte des divisions centésimales pour la commodité de la vente au détail.

Les taffetas anglais ou français sont des (issus desoie, sorte de gazes, enduits d'un seul côté de collodion et'recouverts ensuite d'une couche de colle de poisson adhésive. Il en existe du noir, du blanc et du rose, Le taffetas se vend soit en feuilles de petites dimensions, soit en bandes de 0m,lû de largeur sur 1 mètre de longueur. On en prépare aussi k l'arnica et au baume du commandeur.

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Une autre préparation de taffetas, d'invention récente, porte le nom de callofuge et est destinée kêtre appliquée sur les cors.

Depuis quelques années la baudruche gommée, appelée aussi «taffetas français, » semble avoir remplacé en grande partie l'usage du taffetas. Sa souplesse et sa finesse, qui font qu'elle se moule mieux sur les jointures et les articulations, et son invisibilité la font préférer dans une foula de cas. Cette baudruche, pellicule ou membrane intérieure de l'estomac des ruminants, enduite d'un côté d'une couche de gélatine, est livrée au commerce en bandes de 0^,10 de largeur" sur 1 mètre de longueur.

Les préparations emplastiques, onguents, pommades, baumes, huiles, sont les substances qui, appliquées sur la toile ou le papier, constituent les tissus pharmaceutiques. A ces tissus emplastiques sont venus se joindre,, dans ces dernières années, les (issus eataplasmatiques, qui sont d'un usage beaucoup plus général. Plusieurs pharmaciens se sont ingéniés k découvrir et k rendre pratique l'emploi du cataplasme à farine de graine de lin, si incommode et si malpropre par les procédés ordinaires, qui nécessitent une grande quantité de linge et des ustensiles encombrants. On a inventé successivement un feutré d'ouate de coton, que l'on imbibait jusqu'à sursaturation de mucilage qui, une fois desséché, n'avait pas augmenté sensiblement le volume du tissu. Pour l'employer, on le faisait tremper dans l'eau bouillante qui gonflait le mucilage, et, grâce k une feuille de caoutchouc adhérente k la ouate, on pouvait appliquer le cataplasme. Un médecin avait même imaginé de semer, dans le corps du tissu feutré de la limaille de zinc et de cuivre pour rendre le cataplasme galvanique. Une autre invention, anglaise celle-là, remplaçait la ouate de coton par un feutre d'épouge cardée, recouvert de toile des deux côtés. Elle portait le nom de spongiopiline. Ce procédé n'employait aussi que la partie mucilagineuse de la graine de lin. Il avait un grand défaut, il coûtait cher. Une autre invention plus récente consiste dans une toile de coton d'un tissu très-gros et peu serré , dans le genre des couvertures de coton avant qu'elles soient tirées k poil; trempée dans le mucilage, séchée et pressée un assez grand nombre de fois, elle n'a l'aspect que d'une forte toile ordinaire; mise en contact avec de l'eau bouillante, elle gonfle en effet, mais pas suffisamment pour entretenir assez longtemps l'humidité et la chaleur.

La dernière invention, celle qui prime toutes les autres, car on ne lui a pas encore reconnu d'inconvénients d'aucune sorte, est due au docteur Lelièvre. Elle date de l'année dernière, et elle a obtenu un diplôme d'honneur k l'Exposition de 1875. Ce tissti, qui, k vrai dire, n'en est pas un, se -présente sous l'aspect d'une feuille de carton blanc de Om,001 d'épaisseur et de 0m,2t> sur O^lï de surface. Il est entièrement composé de mucilage de mousse d'Irlande, fucus crispus, recouvert des deux côtés d'une sorte de treillis de coton simulant le grain du ft'ssu au moyen d'un gaufrage. En contact avec l'eau froide ou chaude, cette feuille atteint rapidement une épaisseur de om.OtO à on»,012. Appliquée sur la peau, on la recouvre d'une feuille de gutta-percha, de baudruche ou de toile cirée, et elle peut ainsi rester un grand nombre d'heures, exempte de l'odeur tétide et désagréable des cataplasmes de farine de graine de lin. Un de ses plus grands avantages est de supprimer l'emploi du linge, souvent trèsrare chez les célibataires et dans les ménages pauvres. Sa facilité k recevoir diverses substances, laudanum, acide phénique, morphine, etc., est des plus remarquâmes. Son usage, d'une extrême propreté, l'a fait adopter par les hôpitaux de Paris, par les ambulances et les hôpitaux militaires, par la marine française et américaine, ainsi que par l'amirauté anglaise. La Turquie eu emploie beaucoup pour les eczémas, les maladies de peau et même les vaginites, qui sont très-fréquents k Constantinople.

Les tissus pharmaceutiques représentent, dans le commerce de la pharmacie une importance qui peut se chiffrer par 1 million d'affaires. Plusieurs pharmaciens fabriquent -eux-mêmes leurs tissus; mais la grande majorité les fait exécuter par M. Desnoix, qui a ctéé k cet effet un outillage spécial.

Plusieurs, tissus pharmaceutiques portent le nom de toiles, V. ce mot.

— Anat. et physiol. Les anciens divisaient déjà les parties solides du corps en parties similaires et en parties dissiinilaires ou organiques. Les parties similaires sont celtes qui se distinguent par l'homogénéité de leur composition ; elles se séparent en particules de substances semblables entre elles : tels sont les os, les tendons, la chair musculaire, etc. Les parties dissimilaires, au contraire, sont, de leur nature, complexes et formées par la réunion en plus ou moins grand nombre de parties similaires : telle est la main, par exemple ; tels sont les viscères, les organes des sens, etc. Cette idée d'une division nécessaire des éléments constitutifs de l'organisme animal appartient k Aristote; elle fut développée par Coïter ; Fallope , Bonn, Ûarmichaei Smith, Pinel et enfin Bichat reprirent cette question et établirent les fondements de l'anatomie générale en intro-

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duisant dans la science l'importante distinction des parties élémentaires ou tissus. Depuis Bichat, l'étude des tissus et la détermination précise de leurs caractères distinctifs appelèrent l'attention de tous les anatomistes. On ne se contenta plusd'établir une vague distinction entre les divers tissus; on s attacha à déterminer leur texture par le microscope, leur composition chimique par l'analyse, leurs propriétés par l'expérimentation, leur distribution anaiomique par les recherches cadavériques, et jusqu'à la manière dont ils se comportent en présence des altérations pathologiques dont ils sont le siège. Dans cette carrière s'illustrèrent les anatomistes et les micrographes les plus célèbres de France et d'Allemagne ; Béclard, de Blainville, Henle, et, de nos jours, Ch. Robin, Virchow, Lebert, Kôliiker, Leydig, Donné, Mandl, qui sont les créateurs de l'histologie.

Les tissus ne diffèrent pas, à proprement parler, des humeurs, et tous les traités d'anatomie générale, consacrant cette confusion, ont dû décrire les uns et les autres sous lu domination générale de tissus. 11 importe pourtant de distinguer les parties solides des humeurs ou tissus liquides. Anatomiquement, si ces deux espèces de parties élémentaires se confondent, pathologiquement, elles diffèrent très-sensiblement. Nous n'appliquons donc la dénomination de tissus organiques qu'aux parties similaires et solides de l'organisme, composées d'éléments anatomiques solides eux-mêmes ou demi-mous. Le tissu se distingue ordinairement k la simple vue; il se sépare des tissus voisins, avec lesquels il n'est pas confondu, grâce k son apparence spéciale : tel sera le tissu osseux, qui se distinguera par sa couleur blanc jaunâtre et sa consistance; le tissu musculaire, etc. Mais la délimitation ne sera pus toujours aussi aisée, et, dans plusieurs cas, l'analyse microscopique établira seule une distinction. Une autre délimitation non moins importante est celle qui s'établit d'elle-même dans les cas pathologiques; un grand nombre d'affections, en effet, envahissent un seul et même tissu k l'exclusion de tous les autres, ou, se propageant de proche en proche dans un même tissu continu, s'arrêtent aux limites anatomiques de ce (issu sans pouvoir les franchir.

Le tissu est composé d'éléments anatomiques juxtaposés ou enchevêtrés, mais non combinés ; de lk résulte encore un isolement relatif des éléments constitutifs d'un même tissu, de telle sorte que la propagation des lésions pathologiques peut être modifiée notablement par la disposition même des parties élémentaires. Les (issus se distinguerontdonc entre eux par leur texture, c'est-k-dire par l'arrangement propre aux éléments anatomiques qui les composent; ils se distingueront par leur composition chimique, e'est-k-dire par la répartition des divers principes immédiats qui les constituent-, enfin, ils se distingueront physiologiquementet pathologiquement par leurs propriétés organiques ou physicochimiques, ainsi que par le mode de propagation des lésions dont ils sont le siège.

Déterminés ainsi, on conçoit que les caractères distinctifs de nos tissus n'aient qu'une valeur relative, toute d'appréciation, variant avec les progrès de la micrographie, de la chimie ou de la physiologie, modifiée encore par le fait des conditions particulières k certains orgunismes. De là le peu d'accord qui rè"ne sur le 'nombre et la détermination des tissus; sur les caractères qu'il convient d'adopter pour établir une distinction rationnelle entre quelques-uns d'entre eux. Avec la plupart des micrographes de l'école fran- | çaise, nous pensons que l'analyse microscopique est seule capable d'établir une délimitation tranchée entre les divers tissus de l'organisme et, pour nous, tout tissu sera distinct d'un autre, s'il contient des éléments unatoiniques qui lui soient spéciaux, ou qui, du moins, ne se retrouvent dans aucune autre partie de l'organisme affectant les mêmes dispositions. C'est ainsi que nous pouvons reconnaître, avec M. Ch. Robin, l'existence de vingt-huit tissus normaux, qui sont :

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